Le devoir, 10 avril 2004, Cahier B
L Les traces historiques de Jésus restent rares et fragiles Page B 6 E DEVOIR LES SAMEDI D l M A X C H E A V R I 2 O O OTTAWA Le blâme à tout le monde et à personne Page B 3 ?PERSPECTIVES JIM BOURG REUTERS Condoleezza Rice jeudi devant la commission qui se penche sur les événements du 11 septembre 2001.Le 11 septembre 2001 La faute au FBI?En substance, le témoignage de Condoleezza Rice se résume ainsi: le président a eu un comportement admirable; le FBI a failli.SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Devant les membres de la commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001, la patronne du Conseil national de sécurité, Condoleezza Rice, s’est portée à la défense du président Bush pour mieux charger le FBI.Si elle s’est attachée à ce que ce dernier soit désormais l’objet des critiques, elle n’est pas parvenue pour autant à éliminer le questionnement sur la capacité du président à hiérarchiser les priorités en la matière.Avant toute chose, peut-être faut-il souligner que la comparution sous serment de Rice,, fait unique dans l’histoire des Etats-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, est la conséquence directe des propos formulés par Richard Clarke, ex-patron de la lutte antiterroriste, devant cette commission.Selon son témoignage, l’exécutif américain traitait les menaces d’al-Qaïda avec moins d’empressement que d’autres dossiers ayant trait à la sécurité du pays, par exemple l’élaboration d’un bouclier antimissiles.Pour mettre un terme à la désaffection de l’électorat constatée après la comparution de Clarke, le président Bush a donc envoyé Rice au front Celle-ci s’est employée à souffler le chaud et le froid en jonglant avec un fait qui suscite depuis quelques jours la curiosité du Tout-Washington.De quoi s’agit-il?Du mémo confidentiel remis au président le 6 août 2001.Grâce aux questions posées par certains membres de la commission, on sait que l’intitulé de ce rapport était le suivant Ben Lgdén est déterminé à attaquer les États-Unis sur leur sol.On sait également, si on en croit Rice, que ce mémo évoquait les 70 enquêtes simultanées que le FBI poursuivait alors sur les cellules dormantes de la nébuleuse terroriste.Cette dernière révélation a fait couler beaucoup d'encre.Et pour cause.En confiant que le réseau chargé de veiller à la sécurité des Américains sur leur territoire menait 70 enquêtes de front, Rice a tenu à envoyer un message selon lequel l’énormité du travail en cours permettait au président de croire que le FBI avait la situation en main.D’après ses propres mots, le FBI m’avait pas fait de recommandation sur ce que nous devions faire à cet égard.Le FBI s'en occupait».De quoi?D’al-Qaïda.Cette précision a heurté certains responsables du FBI, qui se sont empressés de faire savoir, par presse interposée, que l’exposé de Rice devant la commission avait ceci de pernicieux VOIR PAGE B 2: FBI Financement des universités De l’espoir à la déception Le budget Séguin est venu refroidir les attentes des recteurs créées en commission parlementaire Fin du troisième acte.Le rideau est finalement tombé cette semaine sur la commission parlementaire qui a trituré pendant près de deux mois l’avenir de nos universités, qui se disent en péril.La mise en scène les avait remplies d’espoir, mais un coup de théâtre nommé budget, survenu en plein cœur de l’événement avec peu de réponses financières à des demandes de 375 millions, donne lieu à quelques mauvaises critiques.Toute cette orchestration aura-t-elle été vaine?MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Pauline Marois, députée péquiste de Taillon qui porte le chapeau de critique en matière d’éducation, l’avait noté en début de commission parlementaire, à la mi-février.Toute cette opération, si charmante fût-elle, ne trouverait-elle pas sa «clé» dans le budget du ministre Yves Séguin?Fin mars, les clés de ce montage financier ont ouvert aux universités une partie des réponses: sur les 375 millions demandés pour concurrencer les universités canadiennes, le retour d’ascenseur est bien maigre.«J’invite le ministre à faire en sorte que cette commission n’ait pas été vaine», poursuivait la députée Marois dans ses remarques finales, jeudi, dernier jour de la commission parlementaire.«Si l’éducation est une priorité pour le gouvernement, la démonstration reste encore à faire.» Pendant 19 jours et 84 heures, les députés membres de cette commission de l’éducation auront entendu quelque 80 groupes différents, tous liés de très près ou d’un peu plus loin à l’avenir des universités.«Un exerqice éclairant et stimulant», au dire du ministre de l’Education, Pierre Reid, qui n’a pas manqué une minute de ces débats.«H s’est vraiment passé quelque chose ici au cours des dernières semaines», a poursuivi jeudi midi le ministre, appelé à formuler ses impressions finales sur l’ensemble de l’opération, qualifiant de fait «à valeur historique» la seule existence de cette commission.Mais suffira-t-il au ministre de se gargariser du seul fait d’avoir réuni tous les acteurs du monde universitaire autour d’une commission pour être le centre d’une salve d’applaudissements?Au lendemain du budget du ministre des Finances, Yves Séguin, les universités — qui ont toutes défilé devant la commission avant le budget, précisons-le — n’avaient plus le cœur à rire.«Nous sommes déçus», affirmait M.Lacroix quelques instants après le discours du budget, parlant à titre de président de la Conférence des recteurs et principaux d’université du Québec (CRE-PUQ).«Déçus et mécontents.» La CREPUQ, qui n’a pas la fougue de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et qui a toujours en réserve quelques paires de gants blancs à enfiler avant d’oser affirmer sa colère, veut alors peut-être dire, lorsqu’elle prononce les mots déception et mécontentement qu’elle est ravagée par les miettes que lui laisse le dernier budget1 Et courroucée par les réponses du gouvernement à ses nombreuses demandes?r, hmNHÉMHHHI Èà M ; W' f MËfcï r JACQUES GRENIER LE DEVOIR Au lendemain du budget du ministre des Finances, Yves Séguin, les universités n’avaient plus le cœur à rire.McGill comme les autres universités aimerait un hausse de son financement.Pas d’argent neuf Voyons ces miettes.Sur une galette de 307 millions de plus que l’an dernier octroyés à l’éducation, le gouvernement a consenti 125,7 millions de plus aux universités, une hausse de 6,3 % de leurs crédits.De généreuses miettes, diront peut-être certains.Une analyse attentive de la distribution de cette enveloppe permet de constater que le réinvestissement réel — de l’argent neuf destiné à développer et à ajouter des services — n’est pas pour cette année.Car l’engouement pour les universités, qui composent avec des augmentations de clientèle depuis les dernières années, ne s’est pas démenti cette année non plus.Et la majeure partie de l’enveloppe de 125 millions d’augmentation aux universités — certains parlent de plus de 80 millions — sert exactement à financer ces variations de clientèle à 100 %, «ce qui n'a pas été une mince affaire», affirmait le ministre le jour du budget, admettant du coup que ces sommes ne venaient pas résoudre les problèmes de financement soulignés à grands traits rouges par les universités tout au long de la commission.Quand on sait qu’une autre trentaine de millions servent à éponger les coûts de système des universités, on comprend bien les jeux de calculette décevants qu’ont faits les recteurs.«C’est une grande déception, la majeure partie de cette somme passe aux augmentations de clientèle», commentait Robert Lacroix le soir du budget, sans emportement «La commission parlementaire avait créé de telles attentes.Espérons que le premier ministre Jean Charest sera en mesure de «Je tiens seulement à préciser que notre commission dégager une marge de manœuvre pour les universités cette année.» Furieux — à la manière CREPUQ — à cause de ces 120 millions consentis par le budget les recteurs auraient, paraît-il, profondément indisposé à leur tour le ministre de l’Education, qui attendait plutôt quelques chaleureux remerciements.Pourquoi?Revenons un brin en arrière, avant le budget qui a cassé le rythme de la commission et refroidi quelques ardeurs.na pas encore conclu et que l’année 2004-05 est encore jeune.» Une suggestion.25 février dernier.En fin d’après-midi d’une journée au programme chargé, Robert Lacroix étonne un peu tout le monde en proposant à la commission — à titre individuel, le seul qui ait eu ce loisir — une solution de trois pagçs aux maux .s.Eche financiers des universités.Echelonnée sur trois ans, la recette tenait sur un habile amalgame de hausse et d’indexation des droits de scolarité, additionné d’un réinvestissement accru de la part du gouvernement.Pour l’année 2003-04, M.Lacroix proposait une indexation des droits de scolarité à hauteur de 60 millions en plus d’une hausse du financement public de 60 millions, pour un joyeux total de.120 millions.«L'an prochain, moi, je pense que les universités peuvent absorber de façon efficace 120 millions de plus dans leurs budgets», affirmait le recteur.Après avoir réclamé pendant des mois 375 millions pour soulager les universités, le recteur ajoutait «Si on en mettait 300 millions d’un coup, j’ai comme l'impression qu’il y aurait un peu de problèmes d’engorgement.» Certains ont sursauté devant cette affirmation, pour le moins étonnante.Interrogé par Le Devoir à ce sujet au moment du budget fédéral, Robert Lacroix s’explique: «On a reçu 300 millions sur trois ans la dernière fois et c’était un rythme tout à fait gérable.S’ils nous donnaient l’argent, bien sûr qu’on trouverait les moyens de l'utiliser, mais vous voyez bien qu’ils n’ont pas cette capacité.(.] Il faut permettre à un gouvernement de trouver une façon de s’en sortir.Mot, je préférais lui dire: voici une façon intelligente de s’en sortir.» Une semaine plus tard, le ministre Pierre Reid annonçait les 126 millions et confirmait la diminution de l’aide financière à hauteur de.63 millions, ce qui correspond tout à fait à la suggestion que lui glissait le recteur de ITJdeM en guise de montant à tirer de la poche des étudiants.S la CREPUQ s’est dite déçue et étonnée, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), elle, n’a pas mâché ses mots pour décrire sa colère face à cet aval à l’endettement étudiant auquel Pierre Reid a souscrit, le reconnaissant lui-même sans ambages en conférence de presse la semaine dernière.«Le ministre ne sait même pas de quoi il parle avec ses 63 millions», affirmait cette semaine le tout nouveau président de la FEUQ, Pier-André Bouchard St-Amant «Le gars a un doctorat en maths, pourtant c’est pas compliqué, il n’arrive pas à faire une simple règle de trois.» Interpellant jeudi le ministre en pleine conférence de presse, M.Bouchard St-Amand s’est d’ailleurs montré sceptique par rapport au forum sur les cégeps, que M.Reid venait tout juste d’annoncer.«Cest bien beau les consultations que vous êtes en train de tenir, mais on a vu les résultats de ce que vous avez fait avec la commission parlementaire sur les universités.Qu’est-ce que vous répondez aux 240 OOO jeunes que vous venez d’endetter?» VOIR PAGE B 2: UNIVERSITÉS >1 Kl ' » l / » Jp f « [?[ Ill U Li I I LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 AVRIL 2004 B 2 yb Jean Dion ?Maudits chanceux ui ne connaît une personne aux basques de laquelle la chance colle comme un sparadrap tout neuf?Voilà d’ailleurs un excellent exemple de chance à l’envers: si vous êtes du genre à souffrir de déveine, le sparadrap ne colle pas lorsqu’il doit coller et colle lorsqu’il ne doit pas coller.Il s’agit de l’un des piliers de la loi de Murphy, ainsi nommée en l’honnçur du capitaine Edward A 1 Murphy, de l’armée des Etats-Unis, qui, participant à des tests de décélération en 1949, constata, pour des raisons qu’il serait trop fastidieux d’énoncer ici, que «if anything can go wrong, it will».S’il y a une chance que les choses aillent mal, elles iront mal, c’est sûr.Indéniable.Prouvé scientifiquement La circulation est toujours plus rapide dans la voie d’à côté et pour obtenir un prêt, vous devez d’abord démontrer que vous n’en avez pas besoin.Mais il est des gens qui échappent à la loi de Murphy.Personnellement, c’était pendant les études, une amie: elle n’avait qu’à se présenter quelque part pour gagner quelque chose.Nous ne nous sommes plus guère revus que par accident après qu’elle eut déclaré qu’avec la pensée positive, il était possible d'accomplir de grandes choses, y compris remporter des tirages au sort Dans l’actualité cette semaine, la chance a été omniprésente.11 y a d’abord eu ce monsieur de la Gaspésie, auquel sa charmante épouse venait de servir une soupe alphabet et qui aperçut sur le dessus du bol, dans un ordonnancement tenant du prodige, le chiffre 6 suivi d’une barre oblique puis d’un 4 et d’un 9.Faut-il préciser qu’il y vit un signe?Or, comme de bonne, deux jours plus tard, il remportait un million et quart de dollars à la loterie du mêfne nombre.Mazette.Evidemment, vous comprendrez que, désireux de me la couler douce jusqu’à un âge vénérable, j’ai tenté le même coup, quoiqu’avec une portion d’Alpha-Ghetti goût amélioré.A la première reprise, je n’ai toutefois obtenu, surnageant dans l’orangé à saveur de, ben, à saveur de lui-même, que «dextrosine de di-chlorhydrate benzoïque».Cochon de sort: ça ne se joue même pas au scrabble professionnel.N’écoutant que mon courage et ma cupidité, j’ouvris une seconde conserve, dont j’agitai le contenu en sens inverse d’une course de stock-car jusqu’à quasi-ébullition.Et c’est là que survint un appel de la destinée: «Boston 6».(J’entends déjà les esprits chagrins objecter que cela est impossible puisqu’il n’y a pas de chiffres dans les Alpha-Ghetti.Je me suis d’ailleurs posé la question sur ces entrefaites.Or réponse après visualisation de l’étiquette: il s’agissait d’Alphanumerica-Ghetti, un produit nouveau et très difficile à trouver.) Boston 6, donc.Hum.Le problème, c’est que je n’ai reçu aucun message surnaturel indiquant s’il s’agit d’une annonce d’une victoire des Bruins en six matchs ou d’une incitation à aller acheter une demi-douzaine de laitues.Ou de beignets à la crème.?Hier, à l’orée du deuxième affrontement entre notre Flanellette et le Boston en question, il y avait à la une du succulent Journal de Montréal une déclaration de Sheldon Souray (pour les d’entre vous qui préférez le théâtre néo-expérimental engagé d’auteur et qui n’avez donc l’occasion de suivre le hockey, il s’agit d’un défenseur): «Faudra montrer qu’on a de plus grosses c.».Toujours soucieux de connaître le sens caché de toute chose, j’interpellai aussitôt mon Ford intérieur: «c.?».Qu’est-ce que c’est que c’est que ça?, lui demandai-je.Après avoir pris le tout en délibéré, il me soumit une première hypothèse: faudra montrer qu’on a de plus grosses c.assettes.Moui, ça se tient.Le hockey majeur vit à l’heure de la vidéo et, pour gagner, messieurs dames, il faut s’en taper des heures, décortiquer les systèmes, voir de visu ce qui cloche.Plus on a de grosses cassettes, plus on a de chances.Mais non, ça y est, c’est ça, d’ailleurs, c’est dans l’air: faudra montrer qu’on a de plus grosses c.hances.Effectivement, lors du premier match, les occasions de marquer se sont faites plutôt rares.Or, plus on a de grosses chances, plus on a de chances, et plus on a de chances, enfin vous voyez.J’en étais là, supputant les mérites comparés de grosses c.ylindrées (ou C.orvette), de grosses c.anines et de grosses c.ucurbitacées, lorsqu'une de mes sources dans le domaine de la grosse c.in-quante tablette me suggéra de me rendre en pages intérieures du J de M.Là, c’était en toutes lettres: «Faudra montrer qu’on a de plus grosses couilles.» Ah ben c.Avoir su que c’était en augmentant le volume de la composante la plus fragile de grosses c.ar-easses qu’on remporte de grosses c.oupes Stanley.Mais pourquoi ne pas avoir publié le mot au complet en première page alors qu’il se trouve en toutes lettres en gros caractères gras en page 126?Je vais vous le dire, moi, pourquoi: parce que l’assertion est fausse.Prenez par exemple les astéroïdes ignobili-sants: d’après des documents dont j’ai obtenu de grosses c.opies, elles ont pour effet d'augmenter les capacités physiques et d’améliorer le rendement sportif général tout en réduisant, à terme, le volume de la Joaillerie Jamiliale.Voilà qui prouve que l’un ne prouve pas l'autre.Par ailleurs, l’adjonction de plus grosses c.suppose l’acquisition de plus grosses e.oquilles et, contrairement à ce qu’on a vu au premier match, l’obligation, devant la perspective de grosses c.ollisions dans les coins, de ne pas faire de grosses c.oulisses.?Chance, chance, chance.Il faudra gagner à un tirage au sort pour pouvoir être entendu dans les grosses c.onsultations que tiendra le gouvernement du Québec et qui déjà suscitent une excitation proche de l'hystérie dans la population.Selon mes sources dans le domaine du nul si découvert le procédé prendra la forme de gratteux supervisés par la firme Sans son bel air dont les heureux gagnants, juste avant les audiences dirigées par Guy Mongrain, seront plongés dans un boulier pendant le temps réglementaire.La loterie portera le nom de Bancroute.Ça, c’est de la vraie démocratie.Vous ne verriez pas un tel exercice au fédéral, où il faut être copain avec le régime pour pouvoir revendiquer de grosses c.ommandites.jeandioma ledevoir.com -PERSPECTIVES-_____________________ Les mutations de l’antisémitisme La «nouvelle judéophobie» n’est plus aujourd’hui la fin d’uyte race juive que les antisémites souhaitent, mais la fin d’un Etat JACQUES GRENIER LE DEVOIR Des actes comme celui qu’a connu l’école United Talmud ont été perpétrés ces dernières années, notamment en France.» ^*3 Les juifs, dans l’histoire, ont presque toujours été victimes de haines particulières.Mais celle que leur vouaient les pensées d’extrême droite, au début du XX' siècle, et qui a mené à la Shoah, semble avoir à peu près disparu, sinon être devenue marginale, selon l’avis de spécialistes de la question.Ce n’est plus aujourd’hui la fin d’une «race juive» que les antisémites souhaitent mais la disparition d’un État, Israël, et, à travers lui, tous ceux qui seraient susceptibles de le soutenir.Retour de l’antisémitisme ou mutation?Entretien avec Alain Finkielkraut et Pierre-André Taguieff, deux intellectuels français, où la «nouvelle judéophobie» se déploie trop souvent «au nom de l’autre».ANTOINE ROBITAILLE LE DEVOIR L* antisémitisme a-t-il muté?On peut se poser la ' question devant ce qu’on a su de la note collée au mur de l’école primaire United Talmud, dans l’arrondissement Saint-Laurent, à Montréal, dont la bibliothèque a été incendiée dans la nuit de lundi à mardi.Dans cette note laissée par les incendiaires, on faisait référence — selon ce qu’ont rapporté les médias — aux récentes attaques des Israéliens contre les Palestiniens.L’incendie y était présenté comme une réponse à l’assassinat du fondateur du Hamas, cheik Ahmed Yassine.Plusieurs actes antisémites, comparables à celui qui s’est produit à Montréal cette semaine, ont été perpétrés ces dernières années, notamment en France, où le conflit israélo-palestinien semble avoir débordé plus que partout ailleurs.Dans le journal Le Monde, Roger-Pol Droit en faisait récemment une énumération: «Des synagogues incendiées, des rabbins molestés, des files insultées pour une étoile au cou, des garçons pris à partie pour une kippa.La liste des “incidents” s’allonge tous les jours.Les graffitis insupportables se multiplient dans les universités, les cités, les cimetières.» Le Québec et le Canada ne sont pas à l’abri, comme on l'a vu cette semaine.Souvenons-nous qu’en mai 2002, une bombe avait explosé devant une synagogue de Québec.Le mois dernier, des graffitis haineux se sont multipliés à Toronto sur des portes de maisons de résidants juifs et de pierres tombales hébraïques.L’antisémitisme, aujourd’hui comme jadis, prend plusieurs formes, comme on l’a souligné lors d’un grand colloque sur la question, tenu à l’université McGill le mois dernier.Une organisation juive, par exemple, a récemment dénoncé une liste des 50 per-sonnalités américaines les plus influentes, établie par la revue canadienne anticonsonunation Adbusters, où les juifs de l’entourage du président Bush, tels Wolfo-witz et Kristol, étaient clairement identifiés par des points noirs.Comme au temps de la chasse aux sorcières anticommuniste aux États-Unis, où on reprochait aux juifs d’être «représentés de façon disproportionnée» dans les rangs des rouges.Retour ?Peut-on parler d’un retour de l’antisémitisme?«Ce serait enfermer les nouveaux démons dans de vieux schémas», affirme Alain Finkielkraut, philosophe et essayiste français bien connu, qui insiste sur les aspects nouveaux de la haine des juifs.Mais revenons en arrière.C’est pourtant Finkielkraut, à la fin des années 90, qui avait montré comment l’antisémitisme était instrumentalisé dans les Balkans.Pour épingler le nationalisme des peuples croate et Slovène, pour discréditer leur mouvement, on avait fortement insisté, en Europe et en Occident, sur leur passé antisémite.Non sans ironie, en 1998, il écrivait dans Le Monde.«Ah qu’il est doux d’être juif en cette fin de XX' siècle! Nous ne sommes plus les accusés de l’histoire, nous en sommes les chouchous.L’esprit du monde nous aime, nous honore, nous défend, prend en charge nos intérêts; il a même besoin de notre imprimatur.Les journalistes dressent des réquisitoires sans merci contre tout ce que l’Europe compte encore de collaborateurs ou de nostalgiques de la période nazie.Les Eglises se repentent, les Etats font pénitence, la Suisse ne sait plus où se mettre et les Serbes nous dédient la destruction de la ville de Vukovar comme si nous étions leur belle et qu’ils avaient toréé pour nous.» Lorsqu’on lui relit ses propres phrases, Alain Finkielkraut s’étonne des changements survenus depuis seulement six ans.«Evidemment, je ne dirais plus les choses ainsi.» Mais il remarque que «l’Europe, si on lui désigne une résurgence, ici ou là, de son vieil antisémitisme, ne fait ni une ni deux: toutes ses élites condamnent sans la moindre hésitation la judéophobie quand elle vient de l’extrême droite, des nostalgiques du fascisme.» Pierre-André Taguieff, spécialiste français de l’antisémitisme, qui a fait de nombreux travaux sur la question, affirme ceci: «Tant que l’antisémitisme n’est que souvenirs, commémoration d’un vieux discours, on le dénonce de façon extrêmement violente.L’indignation rétrospective est plus facile.» Islamo-progressisme Alain Finkielkraut soutient même que les juifs n’ont plus tellement à craindre du fascisme, «qui est mort», ou du racisme scientiste, «qui est discrédité».Mais ils ont tout à craindre, dit-il, de «l’islamo-progres-sisme, l’alliance entre l’antisémitisme arabo-musul-man et une nouvelle radicalité révolutionnaire».Cette alliance, on l’avait vue à l’œuvre à la conférence sur le racisme à Durban, où des groupes opposés à Israël avaient repris le fameux Protocole des sages de Sion, faux document bricolé par des antisémites il y a plus de 100 ans pour «démontrer» l’existence d’un complot juif international.L’islamo-progressisme, Finkielkraut dit l’avoir aussi vu lorsque José Bové, «l’Astérix de l’altermondialisation», a embrassé le prédicateur islamiste Tarik Ramadan, il y a quelques mois.«Il faut savoir que ce dernier avait commis, sur un site Internet du Forum social européen, un article très ouvertement antisémite.R avait notamment dressé une liste noire d’intellectuels juifs, coupables de soutenir Israël, et il avait imputé la guerre en Irak aux “sionistes de la Maison-Blanche”, ce qui lui avait valu d’être accueilli comme un héros par plusieurs altermondialistes.» Dans ces milieux, poursuit Finkielkraut, beaucoup de gens sont passés de l'attitude éthique — développée notamment par Emmanuel Lévinas —, qui consiste à prendre le parti de «l’autre», à une véritable «religion de l’autre».Une attitude abstraite qui en a conduit plusieurs à prendre fait et cause pour les Palestiniens, lesquels se muent ainsi en «victimes parfaites», contre des juifs, transformés du coup en bourreaux tout aussi «parfaits».S’ensuit une quasi-nazification des juifs, que certains ont cru percevoir dans un texte cosigné par le sociologue Edgar Morin, où ce dernier écrivait «Les juifs qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens.Les juifs qui furent victimes d’un ordre impitoyable imposent leur ordre impitoyable aux Palestiniens.Les juifs victimes de l’inhumanité montrent une terrible inhumanité.Les juifs, boucs émissaires de tous les maux, “bouc-émissarisent” Arafat et l’Autorité palestinienne, rendus responsables d’attentats qu’on les empêche d’empêcher.» Pour ce texte, une organisation juive a même intenté une poursuite contre Edgar Morin devant les tribunaux.Alain Finkielkraut n’est pas très chaud face à la voie judiciaire, pas plus que Pierre-André Taguieff.Mais le premier signale toutefois que dans le texte de Morin, on ne s’en prenait pas spécifiquement au gouvernement israélien mais «aux juifs», généralisation qu’il juge source de dangers.Pierre-André Taguieff ajoute qu’il est «tout à fait légitime de critiquer le gouvernement d’Israël actuel».Ce qui ne relève pas à ses yeux de la liberté de critique, «c’est la volonté de détruire Israël, ce qui suppose que les juifs seraient le seul peuple n’ayant pas droit à un État».Cette volonté est au cœur de la pensée que Taguieff nomme l’islamo-terrorisme.Or cette dernière mouvance arrive souvent, note-t-il, «à s’allier avec toutes les variétés de néo-tiers-mondisme, de néogauchisme, de néocommunisme.Et c’est un phénomène très visible aujourd’hui dans les manifestations, où on voit des gauchistes à côté d’islamistes radicaux».Ce qui, selon lui, est une des figures les plus inquiétantes de la nouvelle judéophobie.UNIVERSITES SUITE DE LA PAGE B 1 Les étudiants promettent en outre qu’ils joindront leurs voix à celles des autres groupes sociaux le 14 avril prochain, histoire de manifester leur grogne devant la façon qu’a ce gouvernement de mener le bal social Le ministre Pierre Reid a beau être vexé en coulisses de voir les universités faire la fine bouche sur ses 120 millions — n’a-t-il pas livré la marchandise?—, il convenait publiquement jeudi, au moment de boucler la commission avec ses remarques finales, qu’il n’avait pas donné autant que les universités le souhaitaient peut-être.«Il faut réinvestir.Je l’affirme, même si les crédits déposés la semaine dernière ne prévoient pas le réinvestissement souhaité, ce que je reconnais sans ambages.Mais je ne dois pas être le seul à estimer que, à défimt de réinvestir dès maintenant, nous investissons très significativement dans les universités.Et je ne me défile pas pour autant, je tiens seulement à préciser que notre commission n'a pas encore conclu et que l’année 200405 est encore jeune.» Aurait-il donc en réserve quelques dizaines de millions qu’il sortira d’une boîte à surprise, certain de ravir là l’ensemble de la communauté?«Je n’en ai pas la moindre idée», explique le recteur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui se désole de l’at- tentisme de plusieurs face aux millions qui pourraient dormir à Ottawa.«La santé la mène, son offensive! Pourquoi pas l’éducation?Je ne peux pas croire que nous ne profiterons pas de tous les moyens dont nous disposons pour aller réclamer une partie de cet argent qui nous revient.» Avec cette commission, les universités auront réussi à tout le moins à occuper l’avant-scène médiatique, poussant de nombreux médias à octroyer une large vitrine aux universités, peu abonnées aux manchettes.Après celles-ci, voilà que les cégeps passeront à cet exercice de remise en forme, qui se fera à travers un cyberforum plutôt que par l’entremise d’une commission parlementaire.Ces opérations alimentent le débat social.Elles jouent un rôle d’éducation et permettent des mises au point Mais sont-elles caduques lorsqu’elles donnent l’impression — traficotées par les semonces d’un budget — que les dés sont déjà jetés?«Avant ou après le budget, peu importe le moment où est survenue la commission parlementaire, nous avons fait ce que nous devions, c’est-à-dire démontrer l’importance du sous-financement des universités et ses effets pervers»', explique Roch Denis.«Et je continue à espérer, à croire que le gouvernement va se mettre à l’ouvrage pour redresser nos bases de financement.» FBI SUITE DE LA PAGE B 1 qu'il exagérait l’ampleur des efforts réalisés avant le 11 septembre 2001 pour combattre le terrorisme.De prime abord, la position défendue par ces notables anonymes du FBI pourrait surprendre.Sauf que.Le FBI a deinc hantises: l’une est juridique, l’autre tient de la politique, de celle que mènent entre elles certaines administrations.La première?En chargeant le FBI comme elle l’a fait Rice l’a rendu de facto plus vulnérable pour tout ce qui concerné l’imputabilité, la responsabilité afférente aux drames du 11 septembre.Ainsi, Bush serait passablement blanchi.A ce propos, il est intéressant de noter qu’à la suite de la requête formulée par le président de cette commission, selon laquelle la Maison-Blanche devrait «déclassifier» le mémo du 6 août 2001, cette dernière a clairement laissé entendre qu’elle souhaitait donner satisfaction aux membres de la commission.On murmure même, selon le New York Times, que l’administration Bush aurait aimé rendre ce document public hier.Qui a freiné le processus?Les avocats.Ceux du FBI en particulier, qui analyseraient sous toutes ses coutures le document en question afin d’en évaluer les conséquences.Au passage, on retiendra qu'il y a un an de cela, l'administration Bush s’était opposée avec ardeur à toute communication de ce mémo, alors qualifié de top secret La deuxième hantise, d’ordre politique, illustre à quel point les principaux acteurs de l’appareil d’État se livrent derrière les rideaux, une guerre sourde.En cette histoire, on ne doit pas oublier que le mandat de la commission consiste à faire la lumière sur les attentats mais aussi, voire surtout à formuler des propositions afin de mener à bien, et plus en profondeur, la réforme bureaucratique amorcée avec la création du Homeland Security Department ou ministère de la Sécurité intérieure.Les patrons du FBI, comme ceux de la CIA d’ailleurs, craignent qu’on ne leur retire un certain nombre de pouvoirs ou de compétences qui seraient alloués au nouveau ministère.Autrement dit ils ont peur de faire les frais de l’exercice de décloisonnement en cours, que la commission va accélérer.Exercice, soit dit en passant qui se traduira par un rabotage des droits individuels.Cela étant le témoignage de Rice ne doit pas faire illusion.Sachant que Bush était au parfum des agissements du FBI, il avait le devoir de hiérarchiser les priorités à la lumière, justement de ce fait Lequel?Celui qui stipule que 70 enquêtes, et non quatre ou douze, étaient en cours.LE DEVOIR Une analysedu budget Séguin permet de constater que le réinvestissement réel dans les universités n’est pas pour cette année.gf- * i 4 i LE DEVOIR.LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE 11 AVRIL 2004 B 3 PERSPECTIVES Le blâme à tout le monde et à personne La confusion règne au Canada autour de la notion de responsabilité ministérielle MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D OTTAWA .T T n ministre ne gère pas son ministère: il vJ n’a ni le temps ni la liberté d'agir pour ce faire.» Lorsque Alfonso Gagliano a Mt cette déclaration devant le comité des Comptes publics qui enquête sur le scandale des commandites, bien des députés sont restés bouche bée.Si un ministre ne dirige pas son ministère, qui le fait?Et si ça ne tourne pas rond, qui alors doit être tenu responsable?Le sous-ministre?Les fonctionnaires?Depuis le début des audiences du comité, ces questions surgissent à chaque détour, provoquées par la manie de certains témoins, anciens ministre# et fonctionnaires, de se relancer la balle, p De Davig Dingwall, ministre des Travaux publics de 1993 à 1996, à M.Gagliano en passant par Diane Marleau, la vision est similaire et reflète celle exposée par Jean Chrétien au moment de son arrivée au pouvoir en 1993.S’adressant aux sous-ministres et aux ministres, il a dit «que chacun reste dans son secteur.Que les sous-ministres donnent les avis législatifs et administratifs à leurs ministres, que leurs cabinets politiques donnent des avis politiques.Les ministres, après cela, prendront les décisions», a raconté Jean Pelletier, le chef de cabinet du premier ministre de 1993 à 2001.Quant aux programmes, il revient aux fonctionnaires de les gérer.Alfonso Gagliano, qui a occupé ce poste de 1997 à 2002, jugeait donc que sa responsabilité était d’intervenir dès qu’il avait vent des problèmes, ce qu’il dit avoir fait dans le cas des commandites en ordonnant une vérification interne, celle de 2000, et en exigeant l’application des remèdes recommandés pour mettre fin aux lacunes «administratives».S’il revient aux fonctionnaires de gérer le ministère, on s’explique mal l’attitude du sous-ministre, Ronald Quail, qui a dit avoir été tenu pratiquement à l’écart de ce qui se passait dans le dossier des commandites, le fonctionnaire responsable du programme, Chuck Gui-té, faisant affaire directement avec le ministre.Et le fait que la demande de fonds était signée par le ministre et le premier ministre ne le laissait pas indifférent non plus.«C’est une situation très difficile pour un sous-ministre», a confié M.Quail au comité.Distinctions floues Les guides fournis aux ministres et aux sous-ministres n’aident pas à clarifier qui devrait être tenu responsable, les distinctions y étant moins tranchées que dans l'esprit de M.Chrétien.Les ministres y sont toujours responsables devant le Parlement mais ils ne sont pas tenus de démissionner pour des erreurs administratives des fonctionnaires.Il leur incombe plutôt de prendre des mesures pour corriger la situation et d’en rendre compte au Parlement.Les sous-ministres, pour leur part sont responsables de la saine gestion des ministères mais rendent des comptes à leurs ministres respectifs et au premier ministre par l’intermédiaire du greffier du Conseil privé.La confusion autour de la notion de responsabilité ministérielle n’est pas nouvelle mais elle est telle que la vérificatrice générale, Sheila Fraser, a cru nécessaire d’y consacrer un des chapitres de son rapport portant sur les commandites.Elle y recommandait de clarifier les deux guides et de préciser si les fonctionnaires devaient rendre des comptes au Parlement «à titre personnel ou seulement s’expliquer au nom des ministres», comme maintenant Le gouvernement Martin l’a prise au mot et le jour même du dépôt du rapport il annonçait que le président du Conseil du trésor, Reg Alcock, analyserai «les responsabilités respectives des ministres et des fonctionnaires» et ferait rapport en septembre.Un comité d’experts a été mis sur pied à cette fin.Le débat peut paraître byzantin, mais il est fondamental.«En théorie, un ministre au Canada est responsable de tout, mais la réalité est qu’il ne peut pas être partout à la fois.Résultat: lorsqu’il faut blâmer quelqu un, tout le monde se met à se relancer la balle.[.] La confusion qui prévaut au Canada fait en sorte que tout le monde est frustré quand vient le temps de dénouer un problème», relève Alan Gilmore, directeur principal au Bureau du vérificateur général et responsable de la rédaction du chapitre touchant la responsabilité ministérielle.Réalisme ‘Ancien vérificateur général, Denis Desautels fait partie du comité créé par Reg Alcock.«Le but est de rendre la définition plus réaliste.Ce serait déjà un progrès car, si on ne le fait pas, chacun peut se réfugier derrière sa définition.Il devient difficile alors d’obtenir une responsabili- .te 1 rw i /N * «1* *'.vesque ; Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédaction) ; Louise-Maude Rioux Soucy, (ïeneviève Otis-Dionnc* (commis) La documentation Gilles Paré (directeur), Manon Derome, Serge Implante (Québec).Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBLICITÉ ET UE MARKETING.Jacqueline Avril, Jean de Billy.Marlène CAté, Slavica Bogdanov, Véronique Géraud, Christiane I-cgault, Amélie Maltais.Jacques A Nadeàu, Claire Paquet, Micheline Ruelland.Nadia Se bai (publicitaires).Laurence Thériault (directrice adjointe), Manon Blanchette.Sylvie Laporte.Martine Bérubé (secrétaire).LA PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production), Nathalie Zemaitls, Michel Bernatchez.Philippe Borne.Johanne Brunet.Danielle Cantara.Richard Des Cormiers.Donald Fillon.Olivier Zuida.INFORMATIQUE, Yankk Martel (responsable).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE.linda Thériault (responsable service à la clientèle, distribution et tirage), Gisèle lenartl, (coordonnatrice à la promo turn et d la sollicitation).MoniqueL'Heureux, lise Lachapelle.RacheDe Leclerc.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables).Céline Furoy.Germain Hæck (contrôleur), Ghislaine I^afleur, Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Chantal Rochon, Danielle Ross.LA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général) 4’ LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II AVRIL 200A DEVOIR SOCIETE Les traces historiques de Jésus restent rares et fragiles Le film de Mel Gibson a relancé les polémiques sur la vie du Christ, sa famille, sa Passion et sa mort L’exégèse et l’histoire mesurent le caractère partiel et partial des indices archéologiques autant que scripturaires.Les interrogations demeurent plus nombreuses que les réponses dans un domaine où les sources littéraires et archéologiques sont rares et fragiles.HENRI TI NC Q LE MONDE Son existence.Aucune trace archéologique connue ne vient corroborer les récits évangéliques de la vie de Jésus (Nouveau Testament) dans l’Israël du premier siècle.Et les indices sont très fragmentaires.Parmi les plus récents, une statue retrouvée en 1961 dans le théâtre de Césarée Maritime, capitale administrative de Judée, portant les noms de l’empereur Tibère et de PUate, gouverneur de Judée (de 26 à 36), qui ordonna la crucifixion de Jésus.C’est la première preuve épigraphique de l’existence de Pilate cité depuis des siècles dans le Credo des chrétiens.Les sources littéraires sont plus nombreuses, mais d’origine chrétienne et donc sujettes à caution.La plus ancienne, la correspondance de l’apôtre Paul, les « épî-tres», est adressée entre 50 et 58 aux premières communautés de convertis (Ephésiens, Corin-thieng, Romains, etc.).L’Évangile de Marc est composé vers 65 à Rente : c’est le premier des quatre Evangilqs canoniques (reconnus par l’Eglise).Suivent L'Évangile de Matthieu, écrit en Palestine entre 75 et 90, et celui de Luc, dans les milieu^ grecs de Syrie, entre 65 et 80.LE-vangile de Jean, le plus tardif, est publié entre 90 et 100, en Asie mineure.Mais ces témoignages de croyants ne sont pas des récits historiques.Les sources juives et latines constituent des données scientifiquement plus fiables.La première attestation écrite non chrétienne de l’existence de Jésus est celle de l’historien juif Flavius Josèphe, mort en l’an 100.Dans ses Antiquités juives, il rapporte le martyre de Jacques, •frère de Jésus, dit le Christ», un texte de 93-94 dont les critiqqes reconnaissent l’authenticité.A la différence d’un autre passage plus connu dont les savants estiment qu’il a été retouché par des scribes chrétiens: «À cette époque-là, écrit Flavius Josèphe, il y eut un homme sage nommé Jésus.Pilate le condamna à être crucifié et à mourir [.].Mais ses disciples racontèrent qu’il leur apparut trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant.» Côté romain, Pline le Jeune, Tacite et Suétone parlent de Jésus, ou plutôt de «Christ» (mot formé à partir du grec Khristos, qui veut dire «celui qui a reçu l’onction»), à propos des démêlés des premiers chrétiens avec les autorités impériales.Légat de Bithynie (Asie mineure), Pline informe Rome, vers 112, de mesures prises contre ses disciples «qui chantent entre eux un hymne à Christ, comme à un dieu».Plus tard (vers 116), l’historien Tacite mentionne aussi dans ses Annales (XV, 44) la «détestable superstition [.] au nom d’un Christ que, sous le principal de Tibère, le procurateur Pilate avait livré au supplice».Les exégètes accordent REUTERS Le film de Mel Gibson, La Passion du Christ, a relancé les polémiques sur la vie, la famille, la Passion et la mort de Jésus.plus d’authenticité au juif Flavius Josèphe, jugé plus neutre que les patriciens romains comme Suétone et Tacite, qui n’avaient que mépris pour cette secte chrétienne venue d’Orient Sa famille.En octobre 2002, un archéologue français, André Lemaire, a mis au jour un ossuaire sur lequel une inscription en ara-méen porte le nom de trois figures évangéliques: «Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus».Mais en juin 2003, le département des antiquités en Israël rendait publiques les réserves des paléographes, des linguistes, des géologues et des archéologues: l’inscription est postérieure à l’ossuaire, dont la provenance est inconnue.Le Nouveau Testament atteste sans équivoque l’existence de frères et sœurs de Jésus: l’évangéliste Luc dit de Marie qu’«elle enfanta son fils premier-né», ce qui laisse supposer qu’elle eut d’autres enfants.Quand Jésus quitte son métier d’ouvrier du bois à Nazareth, son auditoire aussi s’inquiète: «Ta mère, tes frères et tes soeurs te cherchent» (Marc).Au nom du dogme de la virginité de Marie, les Eglises catholiques et orthodoxes ont toujours refrisé de reconnaître des frères et des sœurs à Jésus.Les noms cités feraient partie d’une parentèle proche.En puisant à la fois aux Évangiles de Jean et de Marc, les Eglises soulignent la présence au pied de la croix du Christ d’une «sœur» de Marie, femme de Clo-pas et mère de Jacques et de Joset, qui ne seraient donc au mieux que les «cousins» de Jésus, appelés «frères du Seigneur» à la manière orientale.A l’époque, dans tout l’Orient, les enfants vivant sous un même toit étaient tous «frères», même s’ils n’étaient que de simples cousins.D’ailleurs, la Septante (traduction grecque de LAn-cien Testament, 150 avant J.-C.) emploie beaucoup plus souvent le mot «fre-re» (adelphos) que celui de «cousin» (anepsios).Sa mort Les premiers témoignages écrits sur la mort de Jésus (vers 30-33) datent du milieu des années 50 chez l’apôtre Paul, premier auteur chrétien connu.Mais, dégageant surtout la portée métahistorique de l’événement (rédemption des péchés du monde), Paul est avare de détails.«La portée salutaire de ces faits importait plus aux premiers chrétiens que les contingences extérieures qui les ont historiquement provoqués», explique l’exégète François Bovon, professeur à la Divinity School de Harvard.La tâche des chercheurs est toutefois facilitée par le fait qu’avec beaucqup de différences, les quatre Évangiles ont une structure identique: Jésus est livré aux chefs juife, puis à la justice romaine ; il est exécuté sur une croix et ressuscite trois jours plus tard.Ces récits de la Passion sont à la fois apologé tiques et missionnaires.Apologétiques: dans le contexte de polémique croissante avec le judaïsme (fin du premier siècle), ces récits évangéliques montrent la conformité de la mort de Jésus le Messie avec les écrits prophé- Les Romains faisaient subir la crucifixion aux condamnés des classes inférieures.tiques de L’Ancien Testament.Ils tentent de répondre à l’incrédulité des juife pour qui un condamné à mort, suspendu à une croix, loin de pouvoir être le Messie, est maudit par la loi.Saint-Paul dira: «La croix, scandale pour les juifs, folie pour les païens.» Missionnaires : pour convaincre les païens, précisément, les récits évangéliques tendent à disculper les Romains.Matthieu dépeint Ponce Pilate se lavant les mains.Luc le montre proclamant par trois fois l’innocence de Jésus.Jean décrit Pilate livrant Jésus aux juifs pour être crucifié.Son supplice.En 1968, à Jérusalem, dans le quartier de Giv’at ha-Mivtar, des chercheurs israéliens ont mis au jour la tombe, datant du premier siècle, d’un crucifié nommé Johanan (Jean).De quoi préciser — sans certitude — la façon dont Jésus a été mis à mort Les talons du crucifié étaient transpercés par un dou en fer de 17 cm, les jambes étaient fléchies, les tibias avaient été brisés.Les Romains faisaient subir la crucifixion aux condamnés des classes inférieures.Le supplicié devait porter la traverse (fiatibu-lum) et non la croix entière.Sur le parcours du gibet les flagellations étaient courantes.Le condamné était déshabillé et ses vêtements partagés.Ses membres étaient fixés aux poutres par des clous: dans la partie osseuse de l’avant-bras, non dans la paume de la main, comme chez Gibson.Les tibias étaient fracturés avec une barre de fer pour accélérer la mort par asphyxie.Hormis les témoignages de ses disciples, aucune source non chrétienne n’évoque bien sûr la résurrection de Jésus.LE DEVOIR CONCOURS VIGNOBLES D'AOTRICHE en collaboration avec AUSTRIAN AIRLINES > SOL^BEC ^ vins « spiritueux tours .nc «Montréal .wnvV* de Montréal de Montréal HOLIDAY i9ü obbj7 ?-> BURGENLAND Consultez le site www.solbectours.com Venez déposer votre coupon au Selon des vkw et spiritueux de Montréal entre le 22 et le 25 avril 2004 W Palais 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Certes à l'UQAM e de ressource m:-' W ¦ Pf O’* ’ .* fe’ /s.» Prenez position
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