Le devoir, 20 octobre 2007, Cahier E
LE DEV 0 I R , LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2007 fit) v ,• ; THEATRE Denis Marleau s’attaque à YOthello de Shakespeare Page E 3 e: CÉ- » S S CULTURE r » % 44 PEDRO RUIZ LE DEVOIR DIANE DUFRESNE, LE NOUVEL ALBUM Velveeta, réglisse noire et grand art SYLVAIN CORMIER Imaginez Diane Dufresne et Alain Lefèvre ensemble, en studio.Si on ne les connaissait pas, on imaginerait une rencontre au sommet Chacun sur son piédestal.Le traiteur tout en haut d’une échelle, avec les sushis.Du raffinement de la raffinerie.Pas le vouvoiement mais des mondanités.Tas vu telle exposition, chère Diââne?Ah oui, cher Aâàlain, l’installation d’Untel, quelle merveille! Et puis, solennellement ils créeraient Création avec un grand C.Pas un souffle.Maîtres à l’œuvre.Je caricature grossier exprès, il se trouve qu’on les connaît la Diane et l’Alain, séparément et depuis un bon moment.On les sait sans chichi.Prononcez la phrase précédente dix fois sans rire.Lefèvre et Dufresne ne pourraient pas: ensemble, fis rigolent tout le temps.Et mangent de la réglisse noire.Et du Velveeta.«On a découvert qu'on avait fa en commun», dit la diva.J’écris diva par habitude, elle l’est si peu en personne.Diane Dufresne est encore et toujours notre Janis.Rock’n’roll, drôle, attentionnée, attachante.Une affable femme pas reposante.Alain Lefèvre, lui, est un Diane Dufresne et Alain Lefèvre ne se connaissaient pas autrement que par œuvres interposées.S’admiraient follement, comme de raison, mais n’osaient pas même rêver de l’impossible: cette voix, ce piano, ensemble.Un ange est intervenu et la rencontre a eu lieu, bénie des dieux.L’album qui en résulte s’intitule Effusions, et il éclabousse.De couleurs, de sang, d’amour et.de notes.Célébrons.«musicien classique en jeans de cuir noir».C’est Diane qui le décrit ainsi.Noir comme la réglisse.«On s’est nourris à la réglisse noire et au Velveeta pendant tout l’enregistrement.» Un certain degré d’intimité J’insiste sur le détail.Ça donne une idée du degré d intimité atteint.Rencontre il y a eue, bien au-delà des pairages habituels de vedettes consacrées.Merci pour ça à Richard Langevin, conjoint de Diane et créateur d’art conceptuel.C’est lui qui a fait les premiers pas.«Je lui ai téléphoné et il a dit oui tout de suite», raconte Langevin en jubilant, content de son coup.«Il n en revenait pas qu’on pense à lui.Diane n’en revenait pas non plus qu’il veuille travailler avec elle.Cétait drô- le de les voir tous les deux, ces deux grands timides qui s’intimidaient l’un l’autre.» Passé le moment embarrassant, Diane et Alain se sont littéralement reconnus.Sœur et frère de passion.«On se ressemble sur certains côtés», résume-t-elle.«Ils ont la même vision d’eux-mêmes», explique langevin.«Lui ne trouve pas nécessairement qu’il est un virtuose, Diane ne se voit pas comme la grande chanteuse qu’elle est.Les deux sont maniaques, perfectionnistes, aiment le travail.Ils savent que ce qu’ils font a de la valeur, mais ils ne passent pas leur temps à se la frotter.» Précision: je cite Diane Dufresne et Richard Langevin en apposition, le propos s’y prêtant mais la ja-sette avec Richard précède l’entrevue avec Diane.C’est toujours ainsi: Richard d’abord.Presque un passage obligé, quoique bienvenu.Inévitablement les sessions de photo s’éternisent, les entrevues s’étirent: Diane n’ayant que peu conscience du temps lorsqu’elle est en action, l’horaire déborde et les journalistes attendent toujours un peu leur tour.Alors Richard fait son Richard.Il aime sa Diane, veut que tout se passe bien, il pare les coups, informe, donne la température ambiante, l’état d’esprit de Diane, et répond d’avance aux questions qu’on pourrait lui poser, à elle.«Tu sais, Alain Lefèvre là-dessus, c’est pas l’accompagnateur de Diane.C’est comme deux solistes ensemble.On a fait exprès pour que le piano soit aussi fort dans le mixage que la voix.» D’égal à égal.«Il s’est vraiment passé quelque chose.» Une rencontre, des rencontres Ainsi apprends-je qu'au départ Diane Dufresne en fin de tournée s'est retrouvée en plan avec une demi-douzaine de chansons créées en spectacle, inédites sur disque.Qu’en faire?Un live?Pas intéressant Un album en studio?Pas envie, a priori.«Faire un disque VOIR PAGE E 5: DUFRESNE CINÉMA Christian Mungiu aux frontières de l’oubli Le Festival du nouveau cinéma clôt sa 36' édition en beauté ce soir avec le très grand 4 mois, 3 semaines et 2 jours, qui a valu à son réalisateur roumain la Palme d’or à Cannes.MARTIN BILODEAU Jusqu’en avril dernier, le Roumain Cristian Mungiu était un quasi-inconnu de la planète cinéma.Puis en mai, son second long métrage, 4 mois, 3 semaines et 2 jours, coup de cœur du Festival de Cannes, a décroché la Palme d'or.Sous le tonnerre d’applaudissements d’une assemblée ravie et les offres de distribution d’une soixantaine de pays.Sans minimiser l’importance du prix prestigieux qu’il a reçu, Mungiu se veut rassurant quant au coefficient de difficulté de son film, puissant et déchirant, campé dans la Roumanie de Ceaucescu, racontant le rendez-vous de deux jeunes amies à Bucarest avec un avorteur.«Partout où je vais, j’essaie de faire savoir aux gens que, en dépit du prix, c’est un film pour tout le monde, me confiait le cinéaste lors de notre rencontre, le mois dernier, au Festival international du film de Toronto.ne jais pas de ces films d’art et d’essai difficiles.Je suis préoccupé par le rythme, la tension, l’émotion, la vivacité Le film est censé tenir les spectateurs en haleine.Je déteste qu'on m’ennuie au cinéma, c’est pourquoi je préconise des narrations vivantes, musclées.Je me sers des moyens du film d’art et d’essai pour parler au plus de gens possible.» Une époque à recréer 4 mois, 3 semaines et 2 jours, qui prend l’affiche vendredi prochain au Québec, n’est pas un film pointu ou impénétrable.La toile, cela dit, est minimaliste et le trait, d’une précision chirurgica- le.Mungiu raconte une histoire, mais avant tout, il raconte une époque, déjà rendue aux frontières de l’oubli, dont ses deux héroïnes servent de révélateur.Ce qu’on ne voit pas, toutefois, le hors-champ, est aussi important que ce qui est dans l’image.«L’histoire est plus large que ce que j’en montre.J’ai choisi de vous montrer une journée dans la vie de deux femmes.Autour d’elles il y a d’autres gens, qui bougent, qui parlent, de sorte que du hors-champ on entend beaucoup de conversations.Pour la même raison, j’ai choisi de démarrer cette histoire, non pas au début, mais en plein milieu d’une conversation.Pareillement, au final, on comprend que tout n’est pas résolu, que l’histoire se poursuit, qu’on s'arrête là mais qu’on aurait pu continuer.Je n’aime pas les films aux résolutions unilatérales, qui répondent à toutes les questions.La vie est beaucoup plus chaotique que ça.» VOIR PAGE E 2: MUNGIU Christian Mungiu VINCENT WEST REUTERS LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2007 E 2 CULTURE La mémoire hantée de Doris Lessing Odile Tremblay On devait être plusieurs à sauter de joie quand Doris Lessing a reçu le prix Nobel de littérature.Si peu de femmes l’ont récolté.Onze à peine depuis la fondation de la puissante institution il y a plus de cent ans.Belle occasion pour dépoussiérer ses livres.Plus nombreux que dans mon souvenir, j’en ai trouvé dispersés ici et là sur les rayons de ma bibliothèque, stratifiés selon les couches de lecture, collés à des étapes de ma vie.Elle n’avait rien d’une romancière ésotérique connue d’un petit cercle d’initiés, Dons Lessing, mais tout de la vieille amie de la famille, à la plume si familière qu’elle donne l’impression d’en avojr fréquenté l’auteure.Etrangement, ce ne sont pas ses œuvres les plus célèbres, du Carnet d’or au Cinquième enfant, qui me revenaient en mémoire à l’annonce du Nobel.Mais ses recueils de nouvelles africaines, aux récits immergés dans une enfance de petite Anglaise en Rhodésie (l’ancien Zimbabwe).Ces nouvelles ressuscitent dans Je continent africain l’univers des riches agriculteurs blancs régnant sur une armée de serviteurs noirs sous-payés, foulés aux pieds.Apres avoir été élevée dans le mépris des indigènes, saoulée par un sens aigu de sa supériorité ethnique, Doris Lessing a dénoncé son berceau avec une lucidité qui frisait la bravade, et qui lui valut, comme il se doit la mise au ban de sa caste.Toute jeune, elle fila en Angleterre.Mais s’évadet-on vraiment de la Rhodésie?Autant Duras est demeurée, sa vie durant l’enfant de l'Indochine française, autant Lessing reste imprégnée de ce monde rhodésien tissé de privilèges, de peur de l’Afrique profonde, d’ennui colonial, sur ces terres d’arbustes rabougris battus par le sable qui portent le nom de veld.En ces temps de grande confusion sur les questions de l’immigration, alors que le débat sur les ac- commodements raisonnables déraille chez nous en repli sur soi et en rejet de la différence, revenir sur les réalités du colonialisme m’apparaît une nécessité.Celles-ci n’expliquent pas tout, mais elles rappellent sur quel terreau la dépossession des uns a nourri la fortune des autres.Et comment, après une décolonisation également brutale, elle a engendré les grands flux contemporains du Sud vers le Nord.En guise d’aide-mémoire, on peut plonger dans les manuels d’histoire.Mais lire les nouvelles de Doris Lessing constitue une méthode tout aussi efficace de remise en perspective.Valeur littéraire en prime.Parmi les trois tomes des Nouvelles africaines, le premier.Le soleil se lève sur le veld, est le meilleur.Lessing a voulu imposer un ton d’entrée de jeu, tirant dans le filet de son camp avec rage.Car ses fictions se nourrissent de souvenirs à peine travestis, qui la hantent et ne la laisseront sans doute jamais en paix.Fût-ce sim son lit de mort «Dans les rares occasions où les enfants blancs se réunissaient, ils pouvaient s’amuser à harceler un indigène qui passait son chemin pourle tourner en ridicule: ils pouvaient lâcher leurs chiens à ses trousses et le regarder courir; ils pouvaient tourmenter un jeune enfant noir comme ils l’auraient fait d’un jeune chiot — sauf qu'ils n’auraient jamais lancé de pierres ni de bâtons à un chien sans en éprouver de la honte», évoque-t-elle.Enfoui dans le passé lointain de la nobélisée octogénaire, ce mépris racial?Allons donc! 11 suffit de se promener en Afrique, en Asie ou ailleurs pour saisir à quel point le colonialisme demeure vivace, à travers les ahurissants propos des Blancs restés sur place, qui profèrent des horreurs racistes avec la sérénité des bien-pensants.On les écoute en tremblant, estomaqués par la survivance du pouvoir des uns, de la servitude des autres.Et puis les guerres d’influence font rage entre les anciens empires coloniaux pour tirer parti des développements économiques dans leurs fiefs d’antan.Le racisme et l’opportunisme occidental rongent les anciennes colonies comme les termites s'attaquent aux charpentes des maisons, sous l’humidité des tropiques.Les Nouvelles africaines de Doris Lessing regorgent d'histoires de serviteurs noirs bafoués, ridiculisés, exploités, d’enfants métissés rejetés par leur père blanc, de jeunes Africaines acculées à la prostitution, de la condescendance des propriétaires terriens, régnant sur leurs boys à genoux.— THÉÂTRE DU RIDEAU VERT yaro Québec \ ci jamais été auss.Vert.-le it l'une grande puissance.r bien meilleur le matin UNE PIÈCE DE -m ** Friedrich von Schiller1 TEXTE FRANÇAIS DE Normand Chaurette d’après une traduction LITTÉRALE DE Marie-Élisabeth Mort iR IE SÜPPLÉMENTAIR 26 OCTOBRE, 201 27 OCTOBRE, 161 MISE EN SCÈNE DE Alexandre Marine PARTENAIRE PRINCIPAL QUEBECOR DU 25 SEPTEMBRE AU 20 OCTOBRE 2007 BILLETTERIE 514 844-1793 www.rideauvert.qc.ca DISTRIBUTION SYLVIE DRAPEAU i USE ROY ! CATHERINE BÉGIN I ROBERT LALONDE ! JACQUES GIRARD ! ÉMILE PROULX-CLOUTIER I JEAN-FRANÇOIS CASABONNE ! JEAN-LOUIS ROUX i FRÉDÉRIC DESAGER l VITALI MAKAROV concepteurs Jean Bard I Jessica P.Chang ! Spike Lyne I Dmitri Marine ! Nikita U.r 'i .Montréal ¦ Festival du Monde Arabe de Montréal riSStv,*:-: ; Dimaftdn* 28 octobre A 20kt (Humour - Québec) LÉS ZAPARTISTÉS À L'ÎLE DÉ PÂQUÉS Au FMA 2006, dans un passage rapide, Les Zapartistes nous ont dit ce que les Québécois pensent de leurs Arabes.On a beaucoup ri.Ils récidivent cette année dans un spectacle complet.Il y a de ('accommodement dans l’air.La Tulipe - 25 $ fTxs en sus.) fiés.: 514,790.1245 Vendredi 9 novembre A 20ln (Musique - Franco, Algérie) DÉSOXYDANTsefsaf et son ensemble La scène est prise par un artiste double, un cœur partagé entre la France et la Kabylie.L’Artiste est Sefsaf, et te spectacte.désoxydant ! Sefsaf offre un double récit, visuel et sonore, de son retour sur tes terres d’Algérie, mêlant sa force poétique aux chants des grands-mères vivifiant sa propre mémoire.Un concert en forme de rêve et de réalité.Un coup de cœur du FMA 2007.! Théâtre Maisonneuve • 29 S, 39 $ fTxs en sus.) Rés.: 514.790.1245 Samedi 10 novembre à 20ln (Musique - Maroc) LES LÉGENDAIRES MAÎTRES MUSICIENS DE JAJOUKA DIRIGÉS PAR BACHIR ATTAR Les légendaires Maîtres Musiciens de Jajouka, qualifiés par William Burrough de « groupe de rock de 4000 ans d'âge », sont à Montréal sous la direction de Bachir Attar.Hs ont côtoyé Brian Jones, Mick dagger.John Lennon, Omette Coleman, Peter Gabriel, tes Sex Pistols et bien d'autres.Par cette musique sans âge à base de ghaita (hautbois arabe), lira (flûte de bambou), guembri et percussions, les Jajouka sont entrés par la grande porte dans la légende.Théâtre Maisonneuve -29 $.39 $,49$ (Txs en sus.) Rés.: 514.790.1245 Irimanclne 11 novembre à 20b (Musique - Irak, Hollande Québec) LA DIVA DE L'IRAK Farida, la diva irakienne et son ensemble CLÔTURE Digne représentante d une civilisation et d’une culture musicale ancrées dans la mémoire humaine, et dans la lignée des grands compositeurs et chanteurs Irakiens.Farlda Mohammad AH et son Ensemble de maqâm irakien insufflent une nouvelle ardeur â ce genre musical.Femme à la foie généreuse et simple à ta manière des soufis, Farida offre â Montréal le Concert de l'année I Théâtre Maisonneuve -29$,39$, 49$ (Txs en sus.) Rés.: 514.790.1246 www.festivalarabe.com KIERAN DOHERTY REUTERS Doris Lessing, Prix Nobel de littérature 2007 ¦ Le premier récit du recueil, intitulé Le Vieux Chef Mshlanga, est un des plus poignants de la séide.A travers cette nouvelle rédigée à la première personne, la petite Rhodésienne fait la timide découverte de l’injustice raciale.Sur sa plantation familiale, elle rencontre le vieux chef Mshlanga, ancien maître de la contrée, acculé à la famine mais encore digne.Et elle comprend qu’il est non seulement son égal (lui, un Noir!), mais un grand personnage au passé glorieux, que les documents officiels effacent de leurs registres.«Toute la terre, dont vous dites qu’elle vous appar- tient, est sa terre à lui, et elle appartient à notre peuple», profère le fils du chef avant de suivre ce dernier dans la brousse, ou ce qu’il en reste.Parfois, dans notre marmite multiculturelle, je pense à cette colonisation sauvage derrière l’histoire personnelle des gens que je croise dans l’autobus et dans la rue, avec leurs voiles, leurs turbans, leurs boubous.Et j’aurais envie que d’autres Doris Lessing se lèvent pour raconter leurs destins, en fissurant les murs d’intolérance qui riment surtout avec la plus impardonnable des ignorances.otrem blay@ledevoir.com MUNGIU SUITE DE LA PAGE E 1 La vie des Roumains, en 1987, était marquée par la peur et l’humiliation.Peur de faire un faux pas et d’être dénoncés, humiliation d’être contrôlés quotidiennement , LWf jf* f üf ¦"«S ¦¦v kYtp •sàJÆ.)résentent leur nouveau spectacle à imb&it présentent leur Uf mmS en association avec le Festival de films de Portneuf sur l'environnement, un moyen métrage différent chaque mercredi sera présenté en première partie par la réalisatrice ou le réalisateur Découvres un monde de quête et de fête les mercredis 10,17 «t 24 octobre 2007 à 20:00 au Lion d'Or 1676 rue Ontario est (coin Papineau) SillstM vents: à la billetterie articulée (S14) 844 2172 ou 1866 844-2172 et le soir du spectacle au Lion d'Or CoOt du billet : 25 $ (aMts comprises (frets pouf carte de crédit en iu*) jfimt rmwtc action l JL, , OwiEsæ w*« topruclwlib»-* corn Québec» Fusion nnirinm Québec Sn 614 E 10 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2007 Traces de lumière ,, " SOURCE MUSEE NATIONAL DES BEAUX ARTS DU QUEBEC Virginia, 2005, d’Isabelle Hayeur.Le travail de l’image de Hayeur met en relief les travers de la standardisation de nos habitations.Paysages impossibles Malgré le manque d’espace, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) continue heureusement de consacrer une de ses salles à l’art contemporain.Cet automne, l’institution reçoit la photographe Isabelle Hayeur, qui présente son exposition Habiter/Inhabited.ICI Bertrand Carrière Plein sud, centre d’exposition en art actuel à Longueuil, 150, rue de Gentilly Est, jusqu’au 28 octobre.JÉRÔME DELGADO Au sortir de ce 10' Mois de la photo à Montréal très «image en mouvement», il y a quelque chose d’agréable à se retrouver, soudainement, devant une exposition de photographie.Dans son sens le plus classique.L’art de Bertrand Carrière, photographe avec plus de vingt ans d’expérience, n’aura jamais paru aussi élémentaire.Aussi près de son essence: la lumière.Sans vouloir trancher entre ce qu’est le Mois de la photo et ce qu’il n’est pas, parler d’une expo comme celle à Plein sud, centre d’exposition en art actuel à Ixm-gueuil, ressemble à un parti pris.Il n’en est rien.Reste que les quatre séries noir et blanc regroupées sous le titre Ici sont d’une belle cohérence, fortes de leur propos et de leur poésie, marquées par l’absence de toute figure humaine.Elles rassemblent une trentaine d’images coUectées depuis quinze ans — si on se fie à la plus ancienne image exposée, une étonnante et pourtant simple plongée sur un sentier en nature.In collecte, que l’on imagine construite au gré des allers et venues, au hasard des saisons et des rencontres, ne trouve pourtant sa raison d’être que sur ces murs blancs.L’accrochage, d’une belle simplicité, fait défiler les images les unes après les autres, sans aucune fioriture, sinon celle de les afficher par groupes.Rien d’autre dans l’espace pour nous distraire, aucune signature autre que celle de l’artiste, chose presque inusitée à notre époque où règne le commissaire.Clouées directement au mur, les photos se répondent entre elles, à travers de légers jeux formels ou thématiques, liés par un motif central passablement évocateur.Ici (les titres de Carrière SOURCE PLEIN SUD Greenfield Park (cheval), 2006, de Bertrand Carrière ne sont jamais anodins), un trampoline recouvert de feuilles — Greenfield Park (trampoline) —, là, des pierres en cercle — Notre-Dame-des-Bois (feu).Ambivalences Evocateur du passé, Tart de Bertrand Carrière ne renie aucunement cette valeur de trace si indissociable à la photographie, comme le défend Marcel Blouin dans le catalogue de l’expo.Cette trace, cependant l’artiste la fait sienne, la bouscule, l’apprécie davantage pour sa portée esthétique que pour sa portée documentaire, d’un regard sur l’accumulation de neige sur une balançoire à un autre sur l’absence de celle-ci, la faute à un objet tout juste retiré.Dans un projet précédent, plus ambitieux, Carrière avait revisité le débarquement en Normandie en reproduisant 913 portraits d’hommes (le nombre de soldats canadiens morts sur la plage), /m-bilee fonctionnait comme un outil de mémoire, un document d’archives, sans pourtant en être un.D y avait de l’inventé derrière les visages de Carrière.Dans Ici, l’histoire, plutôt personnelle (l’artiste photographie son environnerpent), vogue sur les ambivalences.A l’instar d’une Raymonde April ou d’un Yan Giguère, Bertrand Carrière dévoile une partie de son univers: son Greenfield Park familial, ses voyages, ses paysages.Ses photos n’ont tout de même pas cette propension à l’instantané.C’est comme si cette apparence de mise en scène découlait du temps qu’il prenait pour étudier la lumière, les contrastes, la richesse d’un détail.L’organisation en salle des images par petits segments, en chapitres, nous plonge inévitablement dans une narration, riche et ambiguë.Dans des narrations, mais qui n’explorent peut-être pas autant les conventions que ce Mois de la photo auquel Carrière ne participait pas.Convenu, peut-être, mais drôlement efficace.Rythmée et éloquente, l’expo perd par contre son tonus en fin de parcours.Les cinq dernières photos, plus grandes, encadrées et, surtout, en couleurs, rompent la belle unité, si bien fignolée du reste.C’est que ces cinq œuvres sont des rappels des photos que Bertrand Carrière a installées, sur invitation de la Ville de Longueuil qui fête ses 350 ans, sur des murs extérieurs d’édifices municipaux (hôtel de ville, Centre culturel Jacques-Ferron.).Elles gagnent à être vues sur leurs sites extérieurs, ne serait-ce que parce quelles font cohabiter des univers disparates (Motel Oscar., œuvre affichée sur la bibliothèque).Et quelles valorisent des traces d’histoire négligées, mais non moins révélatrices d’identité.Collaborateur du Devoir PATRICK CAUX Québec — Immobiles, hors du temps, les images numériques grands formats d’Isabelle Hayeur dérangent Dans une sorte de documentaire-fiction, elle examine le phénomène des banlieues et leurs répercussions sur l’environnement Formée à l’Université du Québec à Montréal, dont elle détient une maîtrise en arts'plastiques, Isabelle Hayeur est principalement connue pour ses montages numériques et pour ses installations in situ.Dans la métropole, on peut d’ailleurs voir un de ses triptyques photographiques, réalisé pour le réseau piétonnier souterrain de la ville.Dans Habiter, l’artiste montréalaise critique avec pertinence la manière dont nos sociétés s’emparent du territoire pour l’adapter à leurs besoins.Pour illustrer ses réflexions environnementales, elle mélange adroitement le vrai et le faux afin de créer des paysages fictifs inquiétants — parce que près de la réalité— d’un monde usé.Trois séries L’exposition, que l’on peut présentement voir au MNBAQ, est en fait un amalgame de trois séries (Maisons modèles, Excavations et Destinations) présentées il y a quelques années par Oakville Galleries en Ontario.La juxtaposition intelligente de ces séries par le commissaire Serge Bérard (qui signe d’ailleurs les textes inspirés du catalogue) permet à Hayeur de jouer avec les perspectives et d’étendre sa réflexion du particulier vers le planétaire.La première, Maisons modèles, ouvre sur le monde du préfabriqué.En conférence de presse, l’artiste nous révélait que les plans des maisons produites en usine portent généralement des noms de femmes.De la plus modeste, Nadia, au luxe démesuré de la maison monstre, Tiffany, le travail de l’image de Hayeur met en relief les travers de la standardisation de nos habitations.On s’attarde notamment devant Virginia, fruit d’un habile métissage entre une résidence neuve et une maison abandonnée, où l’on perçoit en filigrane l’aspect éphémère de telles constructions.Pour Excavations, Hayeur recule un peu son objectif afin de saisir la fiange des banlieues.Au premier plan, on retrouve la nature défigurée par la présence de l’homme.Terre appauvrie, rejets de construction et ordures composent un univers stérile.Au loin, on aperçoit des quartiers résidentiels qui semblent insouciants à l’égard du chaos si proche.Finalement, dans Destinations, l’artiste offre une vision macroscopique des mêmes enjeux.Sur d’immenses photos panoramiques, on voit quelques effets — désertification, pollution, etc.— de l’exploitation sauvage du territoire.Hyperréalisme et incongruités La maîtrise technique d’Isabelle Hayeur participe à la force de frappe de cette exposition.Ses montages numériques donnent une vision nette, plus que réelle, des impacts néfastes de certaines visions urbanistiques.Par facéties, ou pour souligner qu’il s’agit de fiction, l’artiste s’est plu à inclure des éléments incongrus dans ses assemblages.Ces imperfections contrôlées, comme ce plan d’eau où le vent souffle de directions opposées de chaque côté d’une lagune, brisent la trame réaliste des œuvres, ouvrant ainsi de nouveaux champs narratifs plus oniriques.Au final, il est troublant de constater que l’on ne retrouve aucune présence humaine dans Habiter/Inhabited.Partout, on sent la trace de l’homme, mais le sujet est volontairement exclu des œuvres.Probablement qu’on peut lire dans ce choix artistique un certain pessimisme.une impression que l’humain finira par s’effacer lui-même du paysage.Collaborateur du Devoir Entrée et activités gratuites & \ SSQ financier Action RE-buts o> exw La porte d'entrée aux solutions ÉVÉNEMENT DE CLÔTURE DE LA SEMAINE QUÉBÉCOISE DE RÉDUCTION DES DÉCHETS (SQRD) Le dimanche 21 octobre 2007, de 10 h à 17 h • 57 kiosques d’artistes récupérateurs et de groupes environnementaux présentant une panoplie d’objets 3R et d'information pratiques.• Conférences, ateliers et animation pour toute la famille.Visites guidées de la TOHU et du Complexe environnemental de Saint-Michel.Exposition des œuvres des gagnants du Concours Alcoa.S ALCOA YRecyclez le génie en direct avec Armand Vaillancourt P Invité par Matériaux pour les Arts Montréal (MAM) Cet artiste reconnu mondialement réalisera en direct une oeuvre créée à partirde matériaux récupérés et recyclable;, dont l'aluminium d'Alcoa.Admirez ce qui façonnera l’art et le monde de demain dans une ambiance des plus inspirantes.Armand V.’lHancnuft CltivwlXi La SQRD battra son plein partout en province du 14 au 21 octobre 2007.Pour plus d’information www.tohu.ca et www.sqrd.org Argent comptant seulement pour vos achats.SS 2345.rue Jurry Est (ungle d'Iberville) Montréal (Québec) H1Z4P3 (514) 376-TOHU (8648) 1888 376-TOHU (8648) info@1ohu.ca www.tohu.ca dutobus 193 (Mme hon est dulubus (lircrtinn rinril Montréal a QoriMft S! Michel Bourguignon «Mouvement relatif », Mixtes médias Vernissage mercredi le 24 oct.de 17h à 20h Exposition jusqu'au 17 novembre 2007 I GALERIE BERNARD Z 3986 rue Saint-Denis.MontréaJ (Québec) H8W SM8, Tél.: (614) 877-0770 mercredi Ilh-17ti jeudi-vendredi llli-19h samedi 12h-17h www.galerletiemarfl.ca LISE VÉZINA BELTRAMI « ANAMNÈSE ».Jusqu’au 3 novembre Galerie d’art L’Union-Vie du Centre culturel de Drummondville 175 rue Ringuet Drummondville Du lundi au samedi de 13hà I6h30 — 819477-5518 BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC vous invite à assister à la conférence La bibliothèque des premiers orateurs québécois : de l’art de bien dire à l’invention d’une parole citoyenne t M v / i* v t'n-éc.-nA*, ’tic i^tcii fùin Mfirive crtfiTu.i f-Afir crjfafir Lï' SuLhClïfilS CrAATvri &0fi five 1 T' MLi (rtAtnir (rM/mr Jyiti.'u/'î JyffAé 1* cMU'Y/.r Htis ^ _r„ 4 .iwlv,.* OU* - PAC- TP .JJ,».frAAMj rs»;r )T Cr«*r“' ARH*'» mi VENEZ DECOUVRIR LES COULISSES DU MUSÉE! CE DIMANCHE 21 OCTOBRE, DÈS 10 H Une activité gratuite pour toute la famille qui vous fera découvrir l’envers du décor du Musée.un parcours qui vous amènera dans: • les réserves des œuvres d’art, • les ateliers de restauration, • les dédales des trois pavillons du Musée, • l'église Erskine and American avec ses vitraux Tiffany.Ne manquez pas cet événement unique! Le dimanche 21 octobre, de 10 h à 16 h CET AUTOMNE,TOUT EST GRATUIT AU MUSÉE: TOUTES LES EXPOSITIONS TOUTES LES ŒUVRES DE LA COLLECTION Renseignements: 514-285-2000 ou 1-800-899-MUSE www.mbam.qc.ca/gratuit 1/ MÜSÉP.DliS UKALX-AUTS DH MONTRÉAL kï É, i 1 .,4 m « j W I *¦ Spî1, * ¦*# * i Hi m ill m mu Sfit TU » i Cft Êk 'ÂfhU ' ’ il fy#*?’ ’i .M trait la petitesse de notre planète et la profondeur des fossés qui séparent les cultures en suivant sur la boule le parcours d’une arme à feu.Dans le même ordre d’idées, Rendition, premier film américain du Sud-Africain Gavin Hood (Tsotsi), observe et docu- mente l’onde de choc planétaire provoquée par un attentat suicide survenu dans un pays non identifié d’Afrique du Nord, au cours duquel un agent de la CIA a perdu layie.A l’inverse du film d’Alejandro Gonzalez Inârritu, qui tirait des fils invisibles entre les citoyens ordinaires du monde, Rendition s’enferme volontairement dans sa ronde politique, où tous les acteurs du drame sont liés, indirectement le plus souvent Ainsi, un agent de la CIA en Afrique (Jake Gyllen-haal), dubitatif devant le présumé complice de l’attentat (Omar Metwally) dont il observe l’interrogatoire, dialogue sans le savoir et par-delà l’océan avec l’épouse américaine de ce dernier (Reese Witherspoon).Laquelle, jeune I I | f I ï CINÉMA SEMAINE DU 20 AU 26 OCTOBRE 2007 WII’ÈtÊi Les NOUVEAUTÉS et le CINEMA en résumé, pages « a; La liste complète des FILMS, des SALLES et des HORAIRES pages LAGENDA cul 40 ANS œ?h Süïz mère désespérée maintenue dans l’ignorance, tente de remonter la filière en passant par le cabinet d’un sénateur influent (Alan Arkin) dirigé par un ancien amoureux à elle (Peter Sarsgaard).Lequel, pour l’aider, interpelle un peu cavalièrement la chef du bureau du contre-terrorisme de la CIA (Meryl Streep).Laquelle a donné l’ordre d’enlever et d’expulser le suspect dans un pays où la torture est permise, suivant la politique de «reddition extraordinaire» («extraordinary rendition») votée sous le gouvernement Clinton et passée dans les mœurs depuis les attentats du 11 septembre 2001 (cf.l’affaire Maher Arar).L’hypocrisie de cette pratique, démontrée avec éloquence dans le très habile scénario de Kelley Sane, consiste à ordonner la torture des personnes suspectées de terrorisme par des autorités étrangères.Ici par le chef de police (Igal Naor) d’une ville qui pourrait être Tanger ou Casablanca, qui ignore les liens que sa fille adolescente (Zineb Oukach) a tissés avec un élève d’une madrassa clandestine, foyer du drame.Gavin Hood raccorde tous ces éléments et recouvre toutes ces couches de sens au moyen d’une intrigue politique menée tambour battant, grâce entre autres à un montage astucieux.Cela dit, devant la puissance du sujet, et son potentiel d’agitation, on s’étonne que le film soit réalisé de façon aussi générique et que sa puissance soit si délibérément atténuée.La mise en scène, en effet, paraît trop retenue, trop sage, trop «mode d’emploi», pour qu’un point de vue personnel émerge.De fait, on quitte Rendition avec cette impression, un peu floue, d’avoir vu un film inquiétant mais suspectement «équilibré», qui au fur et à mesure que le récit progresse désamorce les arguments potentiellement controversés avancés dans la scène précédente.On aurait souhaité être choqués, perturbés; Rendition nous divertit et, au mieux, nous informe.Vous me direz qu'en comparaison du cinéma en salle présentement, c’est déjà pas mal.Samedi 20 octobre 2007 22h Le Cercle 228 St-Joseph Est Collaborateur du Devoir Choisir entre la justice et le bonheur SOURCE ALLIANCE Le film de Ben Affleck, Gone Baby Gone, est inspiré du roman de Dennis Lehane du même titre.GONE BABY GONE De Ben Affleck.Avec Casey Affleck, Michelle Monaghan, Ed Harris, Amy Madigan, Morgan Freeman, Amy Ryan.Scénario: Ben Affleck, Aaron Stockard, d’après le roman de Dennis Lehane.Image: John Toll Montage: William Goldenberg.Musique: Barry Gregson-Williams.Etats-Unis, 2007,114 min.MARTIN BILODEAU Ben Affleck n’a certes pas la prestance et l’éloquence de Clint Eastwood, mais avec un captivant roman de Dennis Lehane pour carte géographique et le Boston défavorisé qui l’a vu grandir comme décor, il pouvait difficilement se tromper de chemin.A l’inverse de Mystic River (même quartier, même auteur), auquel Eastwood donnait par moments des allures de western (on peut sortir de la Car lifornie mais.), Gone Baby Gone fait à première vue l’effet d’un documentaire dans la rue, filmé avec modestie et à hauteur d’homme.Dans les premières minutes du film, Affleck raconte un lieu.Un lieu délabré, sale, de misère, peuplé de délinquants, de démunis et d’obèses morbides.Sa caméra scanne cet univers avec une tendresse évidente.En peu de mots, l’acteur-cinéaste plante un décor, forge un climat, sème les germes de l’histoire qui prendra son envol dans quelques instants: une enfant de quatre ans a disparu de son domicile quelques jours plus tôt.La police la recherche, les médias font le pied de grue devant chez elle, sa mère alcoolique et à moitié junlde (Amy Ryan) feint l’inquiétude, sa tante (la trop rare Amy Madigan) est aux abois.C’est par elle qu’entrent en scène un jeune détective du quartier fie solide Casey Affleck, frère de Ben) et sa conjointe (Michelle Monaghan).Issus du quartier, ils sont mieux équipés pour faire parler les témoins, mais pas assez pour comprendre l’ampleur de la galère dans laquelle ils se sont embarqués, ce que les deux policiers chargés de l’enquête (Ed Harris et John Ashton) leur feront rapidement comprendre.Bien que l’enquête soit captivante à suivre et, par moments, très émouvante, le film, dans sa deuxième partie, multiplie les bavardages, les complications et les retournements inutiles.On sent l’effort, on sent la sueur, on sent surtout que tout ça n’a qu’un but nous conduire jusqu’à l’issue de l’intrigue et au dilemme cornélien opposant la justice et le bonheur, qui en constitue l’essence et déclenchera quelques discussions au sortir de la salle.Intrigués?Désolé de ne pas pouvoir vous en dire plus.Collaborateur du Devoir La comédie humaine version Clouzot OLIVIER BARROT Au début du parlant Henri-Georges Clouzot (1907-1970) s’était frotté aux versions françaises des opérettes allemandes tournées dans les studios de Berlin.Ensuite, il avait collaboré à quantité de scénarios, et en particulier à l’excellente adaptation d’un roman de Simenon, Les Inconnus dans la maison, film réalisé par Henri Decoin (1941).H débute l’année suivante dans la mise en scène avec déjà un film de genre, portant néanmoins fortement sa marque, L’assassin habite au 21, une enquête policière inspirée d’un roman du Belge Steeman.Son deuxième long métrage, Le Corbeau, authentique chef-d’œuvre du film noir, un genre finalement peu pratiqué par le cinéma fiançais, éveilla tôt la polémique.Une petite ville fiançaise, imaginaire, est secouée par des lettres anonymes signées «Le Corbeau» et qui dénoncent les turpitudes de certains notables.La comédie humaine, faite d’esquives et d’aveux, se donne libre cours dans cette parade amère fondée sur un authentique fait divers qui s’était produit à Tulle, en Corrèze.Si personne ne contesta la qualité intrinsèque de l’œuvre, tournée en 1943, ce sont les conditions de sa réalisation qui alimentèrent les colonnes des journaux de l’aprèsgperre.Le Corbeau en effet, comme L’assassin habite au 21, est produit par la société Continental Films, entreprise allemande installée à Paris et dirigée par un envoyé spécial de Goebbels, le docteur Alfred Greven.On prêta donc au producteur et au réalisateur de sombres propos: il se serait agi d’avilir la réalité de la France occupée par l’Allemagne, de laisser entendre que nos compatriotes avaient tous bien des choses à dissimuler, que la lâcheté quotidienne s'était installée.D’autant que Clouzot avait accepté la supervision de l’ensemble des scénarios commandés par la Continental Le film connut l’interdiction et, à la Libération, Clouzot subit même un véritable procès, assorti d’une interdiction professionnelle, bien que des intellectuels en vue aient pris sa défense, à commencer par le couple Sartre-Beauvoir, mais aussi René Clair et Jacques Prévert Ce ne sont là qu’épisodes, à inscrire dans un contexte acéré.Ce qui demeure, et c’est l’essentiel, c’est l’accomplissement d'un style.Clouzot n’aime rien tant que l’implicite, la pulsion criminelle, l’apparence trompeuse.Pour incarner cette fantaisie en noir majeur, il a choisi des interprètes à contreem-ploi.Pierre Fresnay, d’ordinaire immaculé, semble affecté par le soupçon.Pierre Larquey, habitué des seconds rôles bonasses et ici promu en vedette, fait montre d’une effrayante ambiguïté.Les femmes, à commencer par la sulfureuse Ginette Leclerc — ô cette combinaison de satin noir relevée sur la jambe.—, portent comme un calvaire le vénéneux appel de la chair.Et les silhouettes des comparses, l'infirmière, l'instituteur, la gantine perverse, le substitut, charrient leur dose d’inavouable culpabilité.Peu de films français exaltent comme Le Corbeau la vision si personnelle de leur auteur, l’espace y est découpé et l’éclairage travaillé au tranchant Lors d'une scène célèbre, où s’opposent les deux médecins calomniés, une lampe pendue au plafond oscille de l’un à l’autre: l’ombre et la lumière en alternance.Une perfection à laquelle succédera, quatre ans plus tard seulement, l’autre aboutissement de l'œuvre de Clouzot l’admirable Quai des Orfèvres.Collaboration spéciale ¦ Olivier Barrot que les téléspectateurs de la chaîne TV5 connaissent pour son émission Un livre un jour, propose mardi prochain, à 18h30, à la Cinémathèque québécoise, une causerie autour de la présentation du film Le Corbeau.L’entrée est libre.Gatineau Creature 8 $ en prévente 10 $ à la porte Billets en vente à CHYZ et chez Platine (565 B, rue St-Jean) RR ffl uNivtRsrù HTT si iaval mij 45» Tek'-Quebec Hjjjflj _ arc u (F m Bibliothèque et Archives nationales du Québec en collaboration avec Science pour tous vous invite à assister à la conférence Les imaginaires d’aujourd’hui prononcée par Hervé Fischer, sociologue et auteur, cofondateur et président de Science pour tous à l'Auditorium de la Grande Bibliothèque le mardi 23 octobre à 19 h 4?5, bout.De Maisonneuve Est, Montréal mm Métro Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre dans la limite des 300 placss disponibles www.banq.qc.ca Science Tous! Bibliothèque et Archives nationales Québec EU E9 E2 ES « 4994 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2007 E 13 /^1 • ^ inomo \ I i l n i i iu 1 e x Ce n t r i s 1 EX-CENTHIS.COM / 514.847.220B VOLEURS DE CHEVAUX / MICHA WALD 15h10 17h10 19h10 21h10 Le cavalier du cinéma belge Micha Wald réalise Voleurs de chevaux m PEDRO RUIZ LE DEVOIR Voleurs de chevaux est le premier long métrage de Micha Wald.Les frères à cheval ANDRÉ LAVOIE Un Belge chez les cosaques?Cela n’est pas surprenant de la part du cinéaste Micha Wald, né au pays du surréalisme, plus précisément à Bruxelles en 1974, appartenant à une cinématographie nationale qui ressemble à une armada d’objets volants non identifiés.Avec Voleurs de chevaux, son premier long métrage, ce cavalier du cinéma belge puise à la fois dans ses racines juives ashkénazes ainsi que dans une cinéphilie nourrie par Kurosawa, Ridley Scott.et Claire Denis.Un tel éclectisme laisse ses empreintes sur un film qu’il qualifie «d’organique, où l’on sent la terre, l’eau, le vent et la forêt».De passage au Festival du nouveau cinéma et juste avant la sortie en salle de son film ce week-end, Micha Wald évoque son plaisir à plonger dans un univers qui ne semble pas le sien — du moins en apparence.Il voulait recréer (très simplement) le paysage de ses ancêtres — ses grandsparents viennent de la région frontalière entre la Pologne et l’Ukraine — et surtout illustrer le sadisme de ceux qui leur empoisonnaient l’existence,
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