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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2003-06-21, Collections de BAnQ.

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[> E V 0 I R .LES SAMEDI 21 ET l> I NI V \ l II E ,1 t I \ 2 0 0 A L E ~1 PIERRE BOURGAULT «Je suis un radical dans tous les sens du mot mais non dans le sens extrémiste.Un radical est une sorte de libertaire organisé.Les radicaux ne sont ni à droite ni à gauche, ils sont contre tout, et c'est fatigant pour les doctrinaires.» LE DEVOIR à Bourgault Un homme de convictions BERNARD DESCÔTEAUX ierre Bourgault n’est plus.Lorsque la mort arrive, qu’il s’agisse de celle d’un parent, d’un ami ou d’un personnage public, la vie de ceux qui lui survivent s’arrête un instant.L’hommage que nous rendons au disparu n’est pas que de circonstance.D est une façon de prolonger son existence, ne serait-ce qu’un peu.Bourgault a eu plusieurs vies.Toujours, il est demeuré un homme public parce que jamais il n’a cessé de parler.L’homme ne laissait personne indifférent D a eu beaucoup d’amis, de nombreux adversaires et bien sûr, un certain nombre d’ennemis.De tous, il suscitait si ce n’est l’admiration, tout au moins le respect Comme Le Devoir l’a fait à l’occasion du décès d’autres personnalités qui ont marqué le Québec, nous ouvrons aujourd’hui nos pages à quelques-uns parmi ceux et celles, amis personnels, compagnons de route ou observateurs politiques, qui ont bien voulu témoigner du parcours de Pierre Bourgault.Ce cahier réunit leurs textes.Pierre Bourgault est un personnage familier pour nos lecteurs.Comme chef du Rassemblement pour l’indépendance nationale, il a souvent fait les manchettes de ce journal et son action a fait l’objet de nombreux commentaires et débats.Redevenu simple militant indépendantiste, nous lui avons souvent ouvert nos pages.En 1993 et 1994, nous l’avons accueilli à titre de collaborateur régulier.Il était heureux de venir au Devoir.Lorsqu’il m’envoyait son texte, il prenait toujours un malin plaisir à me dire qu’il allait secouer les puces de cette «vieille» institution.D avait d’abord voulu se faire chroniqueur télé, mais le goût du commentaire politique le reprit vite.Nous étions dans l’après-Meech et il piaffait d’impatience de prendre part au débat politique.Lorsque le premier ministre Jacques Parizeau l’invita à accepter un mandat politique, il mit entre parenthèses son métier de chroniqueur pour le reprendre, plus tard, dans les pages d’un autre quotidien.On a souligné quel tribun extraordinaire fut Fierre Bourgault Ce talent lui venait de l’art qu’il possédait de manier les mots, aussi bien à l’écrit qu’en paroles.Mais au delà des mots, il y avait les idées.N’est bon communicateur que celui qui se sert de son talent pour propager des idées.On pourrait résumer sa carrière en disant qu’il a été un magnifique propagateur d’idées.Le Québec de la Révolution tranquille a été porté par plusieurs grandes vont.Celle de Jean Lesage, celle de René Lévesque surtout.Ces hommes politiques ont voulu léguer un Etat fort aux Québécois.Ils parlaient de confiance en soi, de prise en main, de développement pour un Québec qui sortait d’une longue période de repli sur lui-même.Bourgault développait ces mêmes thèipes et sa voix portait loin car ü regardait loin.Il voulait plus qu’un Etat pour le Québec.Il voulait un pays.Pierre Bourgault était un homme de convictions.Il ne voulait n’être lié que par elles.Aussi, est-il demeuré un esprit droit II fut l’une de ces «voix prophétiques» qui ont marqué l’histoire du peuple québécois.Ajuste titre, Hélène Pelletier-Baillargeon, qui signe un texte dans ce cahier, utilise cette expression à son propos.Bourgault n’a pas réalisé son rêve mais il a contribué à ouvrir les esprits et à éveiller les consciences.Si tous ne partageaient pas sa vision, son propos nous a tous forcés à regarder vers l’avenir.Il a été un magnifique propagateur d’idées r i y LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JUIN 2 0 0 3 F 2 HOMMAGE A PIERRE BOl'RGAULT Au pays de l’enfance JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR \ ACookshire, la famille de Pierre Bourgault habitait à côté de chez moi.Au lendemain de la mort du tribun, j'ai appelé les occupants actuels de la maison, des voisins de longue date, des amis.Est-ce qu’on savait pourquoi j’appelais?•Mais c’est l’anniversaire de ta mère, non?» Oui.Mais Pierre Bourgault, lui, est.mort.À Cookshire, univers plutôt conservateur, je ne me souviens pas qu'on ait jamais beaucoup parlé de Bourgault Cet homme n’existait guère dans la parole publique du village, sauf en de très rares occasions, en privé, essentiellement en famille.Mon oncle, une fois, me dit qu’il avait déjà vu le tribun prendre le thé avec sa mère, sur la pelouse.Et je me disais tout au plus que ce devait être quelqu’un d’important pour prendre ainsi le thé à l’anglaise, en plein après-midi.Le jour de son décès, la maison d’enfance de Pierre Bourgault a été envahie par des caméras de télévision et une meute de journalistes.Mon vieux grand-père, sorte de mémoire politique vivante du coin, a donné ses souvenirs en pâture à quelques médias.Ici et là, on a cherché à «savoir» ce qu’était Bourgault dans les lieux même de son enfance, comme si forcément dans ce pays de la première mémoire, on pouvait y mieux mesurer la taille du Bourgault adulte.Pierre Bourgault est né en 1934 dans le village voisin.East Angus, situé en bordure de la rivière Saint-François.Il suffit d’avoir le sens de l’odorat pour savoir que l’on se trouve dans cette ville: il y flotte, depuis les débuts de la papetière locale, une odeur désagréable de souffre qui s’accroche à vous comme une damnée.Albert Bourgault à la suite de je ne sais trop quelle mauvaise manœuvre à titre d’intendant, se retrouva régisseur au bureau du comté à Cookshire.Remarquez que c’est ici mon grand-père qui raconte-je sais pour ma part que le paternel Bourgault avait fait de la politique auprès d’Henri Bourassa, le fondateur du Devoir, certainement le plus grand orateur québécois de son époque.Mais cela suffisait-il à pousser le petit Pierre vers la vie politique?Certainement pas.Le chqf du Rassemblement pour l’indépendance nationale l’affirmait lui-même: «Ceux qui disent que je me voyais premier ministre dans mon enfance sont dans l’erreur la plus totale.» Troisième d’une famille de cinq enfants, Pierre Bourgault déména- COLLECTION PRIVÉE 1940 — East Angus, au Québec: un gamin brandit l’Union Jack.II s’appelle Pierre Bourgault.ge d’East Angus à Cookshire alors qu’il n’a que six ans.Au village, les noms des rues sont en anglais: Spring, Main, Craig.À vrai dire, tout donne encore l'impression de respirer à l’heure de l’empire britannique.Au haut de la colline, la vieille maison de John Henry Pope — le «château Pope» — donne les indices appréciables de l’emprise anglaise sur la vie locale.Ministre sous le gouvernement de John A.Macdonald, ce Pope est pendant longtemps, avec sa descendance, un baron de l'industrie régionale.D contribue même à financer une armée de volontaires au cas où des rebelles francos se risqueraient à remettre en question l’autorité de la couronne, c’est-àdire la sienne.Dans un recueil d'entretiens publié en 1983, Bourgault expliquait que sa famille avait été la première de souche canadienne-françai-se à s’installer à Cookshire.C’est faux.Plusieurs familles canadiennes-françaises y étaient déjà établies depuis le XIX' siècle.Seulement, en raison même de l’organisation locale du pouvoir, il pou- vait encore être difficile de percevoir cette présence.Une photo datée de 1940 montre le petit Pierre agiter, avec un léger sourire, un drapeau britannique.Le colonialisme flotte sur ce monde-là, sans conteste.Mais est-ce bien différent alors dans nombre de villages du Québec?Bourgault juge d’ailleurs stupide de croire que sa révolte politique est née de cette expérience liée à l’enfance.A leur arrivée à Cookshire, durant les premiers mois, les Bourgault sont forcés de loger à l’hôtel Osgood.Pourquoi?Albert Bourgault affirme que personne ne veut lui vendre une maison.Des années phis tard, au fil d’une conversation à bâtons rompus au sujet de Cookshire, son fils me donne plutôt pour explication qu’aucune maison n’était alors disponible.Il faut donc que le père en fasse construire une.Mais les Bourgault ne sont pas riches pour autant : famille moyenne, tout au plus.La mère de Bourgault?Elle appartient aux organisations de femmes du village.Elle ouvre chez elle une sorte de maternelle privée, une des premières du genre dans la région.Elle monte des pièces de théâtre.Pierre en fera aussi : «fai commencé à rêver de théâtre vers 12 ou 13 ans.» Mme Bourgault aime le piano.Son Pierre en jouera.Beaucoup.«Je sais que ma mère aurait aimé avoir un pianiste dans la famille.» Après la mort de sa mère, Bourgault affirme à son sujet qu’elle était «un peu acariâtre».D préfère à l’évidence le côté gentleman et discret de son père.Au village, quand on questionne aujourd’hui les gens, on découvre d’ailleurs que Mme Alice Bourgault a laissé l’image d’une femme assez dure, plutôt pincée et qui avait l’art de se mêler de tout, de haut, pour rien.Une image: «Monsieur mon mari», disait-elle avec affectation pour parler de son Albert- Adolescent, Pierre Bourgault lit des romans d’aventures.Comme plusieurs intellectuels québécois depuis un siècle, il se prend à se passionner pour la Pologne.Nous gommes au début des années 50.Ecoutons Bourgault: «À cette époque les mots “courageux” et “polonais” étaient synonymes, et plus d'un livre pour les jeunes mettaient en valeur des héros polonais.» La Pologne: le mot seul évoque déjà assez ce qu’est ce Québec d’avant 1960.Bourgault rit alors une forte poussée de mysticisme catholique.«Huit messes par semaine», écrit-il.C’est bien avant de devenir, et pour de bon, farouchement athée, au point de recevoir, quelques années avant sa mort, le prix Condorcet pour son engagement envers la promotion et la défense de la laïcité.Mais voilà qui doit être dit la vie de Pierre Bourgault n’appartient pas à l’univers de sa famille, de son village.Pierre Bourgault s’est inventé ailleurs.D’ailleurs, il écrit : «A vrai dire, je n’ai pas eu d’enfance: je suis né vieux.» Comme plusieurs enfants doués, ou que l’on tient pour tels, Bour- gault quitte très jeune le domicile familial pour le pensionnat A sept ans, c’est d’abord les sœurs.A Saint-Lambert Puis le vieux séminaire Saint-Charles, à Sherbrooke.Et enfin, Brébeut «Ma mère tenait beaucoup à ce que f étudie chez les Jésuites» ü y rencontre Jacques God-bout mais aussi Robert Bourassa, avec qui il se liera d’amitié plus tard.Premier de classe?Bien sûr.Du moins, c’est ce qui aime à dire.Il resterait à vérifier.Remarquez que les Jésuites ne s’empêchent pas de mettre à la porte même un bon élève.Pour avoir entraîné des camarades dans on ne sait trop quelle aventure et surtout pour avoir échoué ses examens de Philo I, il est écarté de l’institution.Le cas n’est pas unique: Jacques Perron, par exemple, connaît un sort semblable.Donc, finies les études du cours classique.Et Bourgault jeune militaire de réserve durant l’été, ne tirera plus du canon en compagnie de Jacques God-bout dans les plaines du Manitoba.La carrière militaire, il la laisse volontiers à d’autres.En avant désormais pour le théâtre, la télévision, la radio.Et pour l’Europe, à commencer par l’Angleterre.«Évidemment, je ne pouvais pas vivre de ça.[.] Entre autres, j’ai été commis à la banque Toronto Dominion, comme au crédit chez A Gold and Son, etc.» La politique?11 n’a encore qu’une mince idée de ce que c’est Mais il connaît déjà ce qu’est l’injustice.C’est déjà beaucoup.D rencontre par hasard, dans la rue, Claude Préfontaine, qui le présente à André d’Allemagne.Le Rassemblement pour l’Indépendance Nationale est là, en germe.11 plonge: Bourgault a rendez-vous avec l’histoire.Et cette histoire-là, vous pouvez la lire.Notamment sous la plume de d’Alle magne et de Bourgault eux-mêmes.André Laurendeau disait à raison: «Les séparatistes sont des gens qui écrivent.Ils le font, en général, fort bien.» De l’enfance, le Bourgault adulte a toujours su garder le désir de la transformation du monde à un de gré illimité.Depuis les profondeurs d’un passé dont il parlait peu, il n’a pas cessé de rêver.Bourgault s’est ainsi fait sans cesse le découvreur d’un monde neuf dont il transmettait le sens grâce à son don de la parole.Et c’est sans doute en cela que, malgré certains dérapages, cet homme était presque toujours grand.«À vrai dire, je n’ai pas eu d’enfance : je suis né vieux.» Message d’un homme libre à une génération qui ne l’est plus Le 20 février 1961, André Laurendeau, rédacteur en chef du Devoir publie un article auquel réplique Pierre Bourgault.Un ; échange en découle.Le dernier texte de Bourgault ne sera pas publié dans Le Devoir, mais dans le Bulletin du RIN (août-septembre 1961).En voici des extraits, pour la première fois dans Le Devoir.(JFN) Je suis séparatiste, vous le savez.Mais ça n’est pas en tant que séparatiste que je vous parle aujourd’hui, c’est en tant que Canadien français.Cela nous place donc sur un pied d’égalité, (pour combien de temps encore?).Je vous parle donc d’homme à homme, du fond de mon instinct, de ma dignité et de ma colère.[.] J'ai trop longtemps refoulé ma fureur devant les agissements puérils et néfastes de votre génération pour pouvoir la contenir plus longtemps.Le sentiment que je ressens est partagé, j’en ai la certitude, par un très grand nombre de Canadiens français.Mais ne voulant pas présumer de l’intensité de leur colère, r je vous parle donc en mon nom .personnel, face à face, libre de toute association à quelque mouve-I ment que ce soit.[.] Je sais que vous avez bataillé, que vous avez fait des sacrifices, que les circonstances étaient diffi-> ciles.Mais ce dont je vous accuse ’ c’est de ne pas avoir assez bataillé, de n'avoir pas multiplié vos sacri- fices.Les circonstances sont encore aujourd’hui trop pénibles pour que nous arrivions à croire que vous ayez gagné quoi que ce soit Vous avez lâché avant le temps, et à ce compte, vous auriez mieux fait de ne jamais vous engager dans la bataille et de n’avoir jamais fait de sacrifices.Vous seriez aujourd’hui plus serein et l’on ne verrait pas à travers l’épaisse couche de poussière qui recouvre votre génération, surgir sans cesse le visage morbide de l’amertume et de la déception.Vous aviez de l’intelligence, vous avez manqué d'entrailles, de sang et de peau.[.] Que votre génération continue à réclamer ses chèques bilingues.Nous, nous avons décidé de faire autre chose.Mais ne vous avisez pas de vouloir contrecarrer notre action, car si aujourd'hui nous considérons vos actes comme puérils, à partir de ce jour, nous devons les considérer comme hostiles.Si nous devons, malgré notre bonne volonté (et elle est réelle) avoir des adversaires, nous préfé- rons les choisir nous-mêmes.On se débarrasse plus facilement de «croulants» irrités que d'hommes dignes et fiers.Si d’ailleurs il restait à votre génération, M.Laurendeau, un peu de dignité et de fierté, j’essaierais de vous convaincre que j'ai raison.Dans l’état où elle se trouve aujourd’hui, je ne peux que l'écarter de ma pensée.Si je me laissais aller au pragmatisme, je n’hésiterais pas une seconde à dire que j’ai tout à fait raison: une génération dans un si piètre état, qui présente au monde un visage si déplorable a sûrement fait erreur quelque part.Ou bien elle était inconsciente, ou bien elle ne mérite pas aujourd’hui qu’on lui accorde la moindre considération.Quand des adultes sont rendus à réclamer sans arrêt des chèques bilingues ou une pauvre affiche en français quelque part au Canada pour se donner l'impression qu’ils sont encore dans la bataille, alors nous n’avons plus le choix: nous refusons de les suivre, nous prenons im autre chemin, un peu triste il est vrai, de voir ces grands hommes en qui nous avions crû, aller mourir tranquillement, en se cachant comme des bêtes, honteux de ne pas nous avoir donner de raison qui nous donne envie de les pleurer.Nous en avons plein le dos des enfantillages ridicules de nos «chefs».[.] Mais faut-il être aveugle, faut-il être inconscient?Vous avez là un peuple fatigué, écoeuré par toutes les batailles perdues, déçu par tous les résultats négatifs de ses efforts inutiles.Ce peuple s’affiche partout en anglais, parce qu’un jour on lui a dit que c’était dans son intérêt, parce qu’un jour il s'est aperçu que le français lui était, après tout plus ou moins utile, parce qu'un jour les meilleurs ont lâché, parce que.Aujourd’hui il est installé dans son petit confort; et vous croyez que ce sont quelques annonces dans un poste de radio de province qui le feront bouger, qui lui feront faire l’effort nécessaire pour retrouver un peu de fierté?Allons donc! Ce peuple a compris, bien avant nos «chefs» que tous nos petits efforts, petits sacrifices et petites réclamations n’ont jamais servi à rien.Ce peuple est fatigué de lutter jour après jour, et bon an mal an, sans gagner jamais une once de liberté, une once de fierté incarnée dans la réalité, autrement que dans les beaux discours des congrès de refrancisation.[.] Ce peuple est fatigué, mais il n’est pas mort.Cependant, pour le faire bouger, il faudra lui présenter autre chose que de vagues petites promesses messianiques.Ce peuple a besoin de grandeur, il a besoin de sentir qu’il n’est pas tout à fait inutile dans le monde.On guérit le mal par où il vient.Si les Canadiens français ont perdu leur fierté, pour qu’ils la retrouvent il faudra leur présenter quelque chose dont ils pourront être fiers.Ce qui me met en colère, c’est qu’on lui présente des miettes et qu’on s’attende à ce qu’il se traîne pour venir manger dans sa main.Ce peuple s’affichera en français quand il saura que dans le monde entier il est considéré comme peuple français.Ce peuple parlera français quand celui lui sera utile: quand à la manufacture, au bureau, ou à la direction d'une compagnie il pourra se servir de sa langue.Ce peule sera fier quand il aura appris à se gouverner lui-même.Ce peuple sera digne et relèvera la tête quand cela voudra dire quelque chose d’être Canadien français.Ce peuple a besoin de grandeur.Si on ne la lui offre pas maintenant, il n’aura même plus la force de la vouloir.Ce peuple a compris ce que vingt générations avant lui n’ont pas compris: qu’on n’atteint pas à la grandeur en se traînant sur les genoux ou en se tapant le ventre d’aise devant une nouvelle affiche française à Dor-val ou ailleurs.Pierre Bourgault ARCHIVES LE DEVOIR « jk \ A propos d’un homme libre JACQUES LANCTÔT Éditeur On ne peut pas dire que Pierre Bourgault a cherché, sa vie durant, à tirer son épingle du jeu.D a plutôt pratiqué la stratégie de l'engagement social et individuel, sans nécessairement prendre soin de garder ses distances.En tout temps, il est intervenu dans les affaires du siècle parce qu’il avait envie de voir le monde se transformer.Il fut de tous les partis pris tout en sachant prendre des pauses entre deux combats.Dans le tragique quotidien, il trouvait la force de se jouer en se livrant tout entier, tel un comédien de scène, dans ce qu'il disait de voix vive et écrivait, libre penseur toujours.Pour tout cela, pour son authenticité qui n’a rien du mythe, Bourgault suscite l’admiration.LA PAROLE C’EST D'ABORD ET AVANT TOUT ET SURTOUT PEUT-ETRE .L’INSTRUMENT PRIVILEGIE DE LA LIBERTE.” Pierre Bourgault Extrait du message televise et realise pour la CEO ( 1988) Hommage à un homme de parole CSG ( LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE *J ') J r I \ 2 O O 3 HOMMAGE A PIERRE BOURGAULT Uesprit Bourgault MICHEL DAVID LE DEVOIR ,.T f ^ veut l'indépendance nationale du Qué-l~jbec et rien d’autre», déclarait Bernard Lan-.dry, la semaine dernière, à l’ouverture du Conseil national.C'est certainement ce que voulait Pierre ¦Bourgault, mais le PQ?En octobre 1999, le même Bernard Landry dirait: •Même moi, je ne suis pas sûr que je répondrais oui à une question qui porterait sur l’indépendance, parce que ce je veux, c’est la souveraineté-partenariat».Il ne s’agit pas de l’embêter, en soulignant cette apparente contradiction, mais simplement d’illus-iitrer le contraste entre l’indépendantisme intransi-dgeant de l’ancien chef du RIN et les circonvolutions auxquelles se livrent les péquistes depuis -.trente-cinq ans.^ Je ne veux suggérer d'aucune façon que M.Lan-dry soit un velléitaire, dont l’engagement envers la souveraineté serait plus tiède que celui de son ami Bourgault.C’est plutôt que celui-ci était, par nature, un antipoliticien, allergique aux compromis stratégiques, tandis que la politique est justement la seconde nature du chef péquiste.Il y a des gens dont l’engagement est si absolu jqu’il peut affecter leur lucidité.Ce n’était pas le cas de Pierre Bourgault Un homme doté d’un tel pourvoir d’hypnotiser une foule ne pouvait être modeste.Qu’il ait accepté de s’effacer derrière René Lévesque, malgré tout le mal qu’il en pensait, est d’autant plus remarquable.fl est tout aussi extraordinaire qu’un homme ayant .sabordé son propre parti, après seulement huit ans d’existence et une élection où il n’avait recueilli que •6,6 % des vont, ait pu exercer une influence aussi profonde et aussi durable.•>.Dans son récit de «La terrible et belle campagne du ¦RIN», daté de 1973, il a lui-même donné la raison profonde de son succès: «Ce n’était plus à moi que s'adressaient ces applaudissements, ces bravos, ces cris: /¦¦c’était au Québec tout entier.Je ne servais que de catalyseur à cette projbnde émotion si longtemps retenue, si longtemps méprisée par l'histoire».Très peu d’hommes ont ce privilège.On exagérerait à peine en disant que l’histoire du PQ se ramène à la sourde lutte que les héri-ders du RIN et ceux du MSA se livrent depuis sa .¦fondation.Même si un groupe de jeunes militants tentent • présentement de raviver le débat sur l’élection référendaire, le rêve du «grand soir» a passé.Cela ne signifie cependant pas que l’esprit Bourgault ait disparu.Au contraire, depuis le triomphe de l’éta- pisme, les militants n’ont ces- WiRf BOURfiAUlî fé d'adresser à ei m equine SmêS ” proches que î’ex-président du RIN faisait jadis à René Lévesque.«L’idée de l’indépendance a commencé à plafonner quand les supposés indépendantistes, surtout les dirigeants du Parti québécois, se J, sont mis à s'ex- cuser d’être indépendantistes et ont commencé à ne plus l’expliquer», écrivait-il en 1978.On croirait entendre un «pur et dur» parler de Lucien Bouchard ou de Bernard Landry.* On ne fait pas de révolution sans révolutionnaires, le jour où l’esprit Bourgault quittera le PQ, il n’exis-¦Jera déjà plus.A -.—====== REAUiTt it lüiiïCfMSf Bourgault, à titre de président du RIN, apporte ici son aide à des grévistes.l'HOTO MK HK1 SAIN 1I AN Circonstances de l’Histoire, histoire de circonstances ANDRÉE FERRETTI Militante La voix fait du bruit, celle du poète comme celle du tribun.L’une et l’autre, cependant, même lorsqu’elle porte le même message, ne font pas immédiatement le même effet.La parole du poète qui s’apparente souvent à celle du prophète demande au moins un désert pour passer.A l’évidence, celle du tribun est plus fulgurante.Pourtant, ô paradoxe, ma peine fut foudroyante à l’annonce de la mort de Gaston Miron, alors que celle de Pierre Bourgault m’a sur le moment à peine émue.Je n’aimais pas cet homme et il ne m’aimait pas.En dépit de cette inimitié, son ardent patriotisme, autant que celui de Gaston Miron, a su m’inspirer une sincère admiration et une profonde reconnaissance.C’est donc en toute liberté que je peux aujourd’hui rendre hommage à ce grand militant que fut Pierre Bourgault dans la lutte engagée par le RIN, en 1960, pour la libération nationale du peuple québécois et pour l’indépendance politique du Québec.Le dialogue Pendant près de quatre ans, de 1963 à 1967, Pierre Bourgault a été pour moi un compagnon de lutte exemplaire.J’ai, en effet, beaucoup appris de lui.Première menL que le peuple québécois, tout empêtré qu’il soit dans l’usage de sa langue, est un peuple de dialogue, un peuple qui se laisse porter avec bonheur par les discours qui, lui parlant de justice et de liberté, l’engagent dans une vraie discussion sur son avenir.Deuxièmement, qu'il ne faut jamais se laisser démonter par l’adversaire, en étant toujours prêt, parce que préparé en conséquence, à lui faire face.Troisièmement qu’il ne faut pas se plaire à provoquer les événements mais, bien plutôt, savoir se laisser porter par eux Cent fois et plus, à l’occasion de réunion de cuisine qui rassemblait entre 10 et 20 personnes, j’ai pu admirer l’immense talent de Bourgault à faire parler les gens de ce peuple, alors taciturne, parce que mépri- sé par les détenteurs des pouvoirs qui le dominaient, l’exploitaient l’opprimaient.Après leur avoir exposé brièvement la longue histoire des luttes menées par notre peuple pour sa seule survie, après avoir expliqué les causes et démonté les mécanismes de notre assujettissement, après avoir démontré la nécessité de l'indépendance politique du Québec, comme source véritable et irréversible d’affirmation et d’émancipation nationales, il invitait ces hommes et ces femmes à lui poser des questions et à lui soumettre leurs objections, s’ils en avaient.Chaque fois, j'ai été émerveillée par la qualité du débat qui s’engageait alors.Tous et toutes prenaient la parole.Les uns exprimaient leur scepticisme, d’autres leur enthousiasme, d’autres leurs inquiétudes.Tous et toutes, cependant, se laissaient à la fin convaincre par la conviction de Pierre que notre peuple a droit à son autodétermination et qu’il est capable de l’assumer.Infailliblement, quand nous quittions nos hôtes, nous partions avec dans nos mains les cartes d'adhésion au RIN dime forte majorité de ces Québécois et Québécoises qui s’étaient réunies pour entendre ce que obscurément elles savaient être vrai et désirable et que Pierre Bourgault avait su leur rendre clair et réalisable.Il est aussi arrivé qu’on nous ait invités pour se payer notre tête.J’ai connu une fois cette situation avec Pierre Bourgault, un dimanche après-midi, dans un sous-sol de Longueuil.Une trentaine d’hommes, presque tous actifs dans des organisations politiques provinciales et municipales, s’étaient réunis pour voir comment ces jeunes idéalistes oseraient soutenir devant eux que le séparatisme était unç option envisageable.A peine installé à la petite table qui devait lui servir de tribune, Pierre comprit qu’il n’avait pas devant lui des personnes soucieuses d’entendre ce qu’il avait à dire sur la pertinence de la lutte pour l’indépendance, mais uniquement prêtes à le contredire, décidées à ridiculiser son option.11 leur dit donc, d’entrée de jeu, sans les salutations et préambules habituels: «Messieurs, posez vos questions, je suis prêt à les entendre et à y répondre».Ce fut le silence pendant plusieurs secondes.INtis quelqu’un l'invita à faire d’abord son discours, que les questions viendraient ensuite.Pierre refusa, les mettant dans l'obligation de reconnaître qu'ils étaient bien inca pables d’apporter de manière intelligente des objec lions à un discours qu’ils ne connaissaient pas.Ils étaient de ces gens qui croient que penser consiste à nier pour les nier les positions de l’adversaire.Quand finalement on lui demanda poliment de bien vouloir exposer sa «doctrine», Pierre Bourgault entreprit de leur dire quelles questions et objections sérieuses, ils auraient pu légitimement soulever, et ils y répondaient.A la fin de l’après-midi, il avait désarçonné les désarçonneurs et, cette fois encore, nous sommes repartis avec de nombreuses nouvelles adhésions.lin provocateur?Depuis son décès, on entend ou lit plusieurs personnes qui disent que Pierre Bourgault était un provocateur.Je ne le crois pas.En tout cas, s’il donnait par l'originalité de sa pensée et la force de son ;u gu-mentation le sentiment qu’il provoquait ses adversaires, il ne provoquait pas les situations.Ce que je connais de lui m’amène à affirmer qu’au contraire, il se laissait plutôt porter par les événements, les espérant le plus souvent possible exceptionnels, sûr qu’il était de maîtriser la situation quand elle se présenterait et d'en sortir grandi aux yeux de l’opinion.Il avait non seulement confiance en son immense intelligence, mais il savait que ce sont les circonstances imprévues qui déterminent l’Histoire.Je conclurai en disant qu’il y a aussi des histoires de circonstances.Par exemple, sa mort alors que le Parti libéral du Québec est au pouvoir pour déconstruire le Québec, le prive des funérailles nationales qu’il souhaitait peut-être et qui le consacreraient Hérault national.Heureusement, nous avons notre poète national.Pierre Bourgault, 1934 - 2003 1934 — Pierre Bourgault voit le jour le 23 janvier à East Angus, dans les Cantons-de-d’Est; il est le ,troisième d’une famille de cinq enfants.Pensionnaire jusqu’à 18 ans, notamment au réputé Collège Jean-de-Brébœuf.Il s’enrôle ensuite dans l’armée.1950 — Il tente une percée du côté du théâtre et tient quelques petits rôles dans les années 1950 /iet au début des années 1960.11960-64 — Pierre Bourgault travaille comme grand reporter à La .presse, fl sera aussi régisseur à Ra-rdio-Canada à la même époque.1964 — Militant du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) depuis 1961, il en devient le président en 1964.Il or-rganise notamment la manifesta-,tion du «samedi de la matraque», .lors de la venqe de la reine le 10 ^octobre 1964.A cette occasion, il .déchire son certificat de l'armée ¦•canadienne.-1 •1966 — Il est candidat du RIN nux élections provinciales de 1966 dans la circonscription de Duplessis, sur la Côte-Nord.Il récolte 31 % des votes exprimés.1968 — Pierre Bourgault décide de mettre fin à l’aventure du RIN et invite les membres à joindre les rangs du Parti québécois.Il y restera jusqu’au milieu des années 1970, occupant d'ailleurs un poste à l’exécutif national.Un conflit avec René Lévesque l’incite ensuite à partir.Au cours de cette période, U vit maigrement de quelques contrats et de l’aide sociale.1970 — Pierre Bourgault est candidat du Parti québécois dans Mercier, contre Robert Bourassa.Il recueille 37 % des suffrages.1976 — fl est embauché comme professeur au département de communications de l’Université du Québec à Montréal.Jusqu’en 2000, il enseignera la communication orale, le journalisme d’opinion et l’histoire du Québec contemporain.1990 — Pendant trois ans, Pierre Bourgault tient la barre de l’émission Plaisirs, à la radio de Radio-Canada, en compagnie de Marie-France Bazzo.1991 — Il joue un vieux libraire dans le film Léolo de Jean-Claude Lauzon, présenté au festival de Cannes.1993- 94 — fl est chroniqueur au journal Le Devoir.A la même période, il écrit également dans le Globe and Mail.1994- 95 — Il occupera brièvement le poste de conseiller spécial du premier ministre Jacques Parizeau, jusqu’à ce qu’une déclaration sur le «vote anglophone monolithique» l’oblige à démissionner.1996-2003 — Il signera une chronique trois fois par semaine dans le Journal de Montréal, jusqu’à quelques jours avant sa mort Au cours de sa carrière, Pierre Bourgault collaborera aussi, entre autres, à The Gazette, L’Actualité, Nous et Perspective.2002-03 — Il tient une chronique quotidienne à l'émission Indicatif présent, sur les ondes de la radio de Radio-Canada.2003 — Hospitalisé depuis le 8 juin, Pierre Bourgault décède le 16 juin à l’Hôtel-Dieu de Montréal.liste des livres et recueils publiés par Pierre Bourgault: 1962 — Révolution 1970 — Québec quitte ou double 1977 — Oui à l’indépendance du Québec 1983 — Le Plaisir de la liberté: entretiens (propos recueillis par Andrée Le Bel) 1983 — Écrits polémiques 1960-1981: la politique (tome 1) 1988 — Écrits polémiques: La culture (tome 2) (traduction des textes de The Gazette, Patricia Godbout) 1989 — Moi, je m’en souviens 1990 — Maintenant ou jamais! 1991 — Now or never: manifesto for an indépendant Quebec (traduit par David Homel) 1992 — Bourgault doux-amer 1996 — Écrits polémiques: La colère (tome 3) 1999 — Écrits polémiques: La résistance (tome4) Sa soif de liberté et sa détermination continueront de nous inspirer encore longtemps Mouvement national des Québécoises et Québécois et ses 19 Sociétés nationales et Sociétés Saint-Jean-Baptiste affiliées « Il fallait à l'éternité un homme comme toi pour qu'elle parvienne un jour jusqu'à nous.» Salut, Pierre, et merci! LANCTOT ÉDITEUR I LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 2 2 JUIN 2003 F 4 * HOMMAGE A PIERRE BOURGAULT * Bourgault à propos de.Uémeute qui a transformé la Saint-Jean-Baptiste en fête nationale Robert Bourassa «Le premier ministre de la province de Québec ne croit pas avoir l’envergure qu’il faut pour devenir le premier ministre d’un pays souverain.Il a raison.» Jean Chrétien «Je me battrai pour l'abolition de toutes les frontières quand Jean Chrétien dénoncera les frontières qui existent entre le Canada et les autres pays du monde.Je renoncerai à l’indépendance du Québec quand Jean Chrétien renoncera à l’indépendance du Canada.» De Gaulle «De Gaulle démontrait qu’il n’y avait pas d’internationalsime possible sans une véritable indépendance, ce qui était la thèse du Rassemblement pour l’indépendance nationale.C’était par souci d'internationalisme que nous souhaitions l’indépendance du Québec.» Mario Dumont «Certains l’appellent Super Mario, on se demande bien pourquoi; en effet, le petit Dumont ne nous a pas donné l’impression Jusqu’à maintenant, d'être beaucoup plus que la somme de ses naïves déclarations et des roucoulades intéressées qu’il adresse à quelques jeunes affairistes qui se prennent pour l'avant-garde d’une génération.» André Laurendeau «Les séparatistes, pas plus que les autres citoyens, ne se préparent, comme vous dites, d’amères désillusions : vous leur avez finement mâché les vôtres, et maintenant vous essayez de les en nourrir.La plus grande déception qu’ils ne pourront jamais avoir de leur vie, c’est de vous voir si petit, après avoir entendu dire, dans leur enfance, que vous étiez grand.» René Lévesque «J’ai déjà dit de René Lévesque que sa modestie était trop spectaculaire pour ne pas être suspecte.» Jacques Parizeau «J’aime l’homme aussi bien que l'homme politique.J’aime sa loyauté, son courage, son engagement irréversible.J’aime aussi cette qualité moins apparente qui l’honore, la compassion.» Claude Ryan «En tout cas si, sur votre lit de mort, vous ne m'entendez pas répéter que vous êtes malhonnête, sachez que je le penserai encore.» Pierre-Elliott Trudeau «Il a démontré à plusieurs reprises, dans des dizaines de déclarations, que son bagage culturel était plutôt mince.Il recherche la compagnie des sculpteurs et de peintres, mais il n’a jamais acheté une seule de leurs œuvres.Il a voyagé de par le monde en se regardant le nombril, au lieu d’essayer de goûter à la différence.Il était l’ami des écrivains et des poètes, mais il les a fait emprisonner en 1970.» La reine d’Angleterre «La reine doit rester chez elle.[.] Que la reine aille faire son petit tour d’Australie ou du Ghana si ça lui chante.Mais au Québec, nous avons décidé d’être maîtres chez nous, complètement.» WT RIVA INS GRACIEUSETÉ JOURNAL DE MONTRÉAL Au début des années 60 avec Gaston Miron.k ANTOINE DESUETS, COLLABORATION SPECIALE Pierre Bourgault est arrêté par la police la nuit de l’émeute de la Saint-Jean, en 1968.La nuit se solde par 292 arrestations et 123 blessés.JEAN-CLAUDE GERMAIN Dramaturge et historien Au moment où il nous quitte, il serait bon de se souvenir que, sans Pierre Bourgault.sans le RIN dont il était le chef et sans l’émeute du 24 juin 1968, la Saint-Jean-Baptiste ne serait pas devenue la fête nationale.Il y a 35 ans, le Québec attend un messie et le Canada anglais désespère d’un saint George.Pierre Elliott Trudeau choisit alors d’être ce paladin qui terrasse le dragon du nationalisme sur son cheval blanc.Quant le fier PET ne cabriole pas, il se cabre et lance des ruades verbales qui lui ont déjà valu de remplacer Lester B.Pearson à la tête du Parti libéral fédéral.A chaque nouvelle bombe fel-quiste qui éclate, le fier PET bombe le torse, roule les épaules et gonfle les biceps.C’est un agent-provocateur né.«Comme les assassins de Robert Kennedy, vous êtes porteurs de haine et vous allez vous faire mal!» aboie-t-il à Rouyn en menaçant les séparatistes.Le premier ministre Daniel Johnson s’emporte.Trudeau «perpétue le mythe du patois québécois qui sert d’excuse aux anglophones pour refuser d’apprendre le français».Le tout nouveau chef du Mouvement souveraineté-association, René Lévesque, grommelle que «Trudeau continue de mépriser un peuple qu’il n’a jamais représenté».D n’y a que Pierre Bourgault pour répondre au fier PET sur le même ton.«Trudeau a son dictionnaire de citations à côté de lui et il n’a aucune culture.H a finit le tour du monde en se regardant le nombril et il n’a jamais rien compris.Il est poseur et inculte.» Le 24 juin 1968, Bourgault a été invité par la Société Saint-Jean-Baptiste à prendre place sur l’estrade d’honneur érigée rue Sherbrooke devant la Bibliothèque municipale.«J’ai refusé cette invitation et j’ai condamné la Société Saint-Jean-Baptiste d’avoir invité Trudeau», raconte l’ancien chef du RIN dans Le Plaisir de la liberté (1983).«C’était une aberration d’inviter un homme qui ne reconnaît pas la nation québécoise à célébrer sa fête nationale.J’ai préféré aller manifester dans la rue avec les vrais Québécois que j’ai invité à manifester publiquement leur réprobation à la présence de Trudeau.» Le 24 juin, qui est la veille des élections fédérales où il brigue le poste de premier ministre du Canada, le fier PET assiste au défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur l'estrade d’honneur entre les rues Montcalm et Wolfe qui sont pour Montréal ce que les plaines d’Abraham sont pour Québec.Sa présence provoque la furie.Des milliers de personne?conspuent son arrogance.«À bas Trudeau! Trudeau traître! Trudeau vendu! Trudeau au po- teau! Trudeau impérialiste!» L’émeute bat son plein.Le premier ministre du Québec a également pris place sur l’estrade d’honneur.Daniel Johnson est sidéré et bouleversé par la violence.«fai vu des policiers fédéraux en civil charger Pierre Bourgault qui regardait passer le défilé et venir ensuite le jeter devant les policiers municipaux qui l'ont embarqué», relate-t-il dans ses confidences à Paul Gros d’Aillon.«Je ne suis pas resté plus de dix minutes à cette manifestation», se souvient Bourgault pour sa part «J’ai été arrêté dès les premières minutes quand des militants m’ont porté sur leurs épaules vers l'estrade d’honneur.» Dans la rue c'est le chaos! Pierre Elliott Trudeau reçoit un œuf en pleine poitrine et, pour le protéger d’une pluie de projectiles, ses gorilles le couvrent de leurs corps.«Tout le monde s’est précipité sur Trudeau.Moi, je n’étais que le premier ministre du Québec réduit à s’enfuir sans protection policière parmi les chaises renversées», raille Daniel Johnson.Le fier PET se relève, brosse son veston et refuse de se retirer.» Je veux voir ce qui va se passer», cràne-t-il.Le sourire aux lèvres, impassible comme un bonze, il s’efforce d’admirer le défilé pour les caméras de télévision qui regardent partout ailleurs sauf celles de Radio-Canada qui s’obstinent à ne montrer que les corps de clairon et les chars allégoriques.«De l’autre côté de la rue, je vois, du haut de son cheval, un policier pesant environ 200 livres, frapper une mère de famille et ses enfants avec sa matraque longue de deux pieds», rapporte Pierre Cloutier, du Montréal Matin.«Je vois également une vieille femme d’environ 70 ans, étendue de tout son long sur la chaussée, à quelques pas des sabots d’un cheval.Je vois des tas de policiers la chemise ensanglantée.» Un peu ahuri par ce qui se passe sur l’estrade d’honneur, André Dubois décrit à la radio ce qu’il voit.«D’ici, j’aperçois M.Trudeau sourire, se taper la poitrine et sourire de nouveau à ses partisans qui l’entoure.» Lorsqu’il se lève enfin pour quitter l’estrade, Pierre Elliott Trudeau n’a pas cessé de sourire.Son élection est assurée dans le reste du Canada.La loi et l’ordre! Le PET est l’homme dont les Canadians ont besoin pour mater le Québec.Le lendemain, le bilan de l’émeute sera 292 arrestations dont celles de 81 mineurs, 123 blessés dont 42 policiers, auxquels il faut ajouter 12 auto-patrouilles brûlées, six chevaux blessés et une suspension, celle de Claude-Jean De Virieux, journaliste à Radio-Canada, qui avait osé manifester son indignation sim les ondes et décrire le défilé comme étant le «lundi de la matraque».Ni Pierre Elliott Trudeau qui a été élu premier ministre du Canada le lendemain, ni Pierre Bourgault n’ont jamais manifesté le moindre remords pour l’émeute du 24 juin 1968.Au contraire même.«Quand une manifestation dégénère le moindrement, c’est catastrophique pour l’image à court terme.Par contre, à long terme c'est rentable.Et à long terme, la manifestation de la Saint-Jean-Baptiste a été très profitable à la cause de l'indépendance», a estimé Pierre Bourgault par la suite «plusieurs ont souffert de cette manifestation à cause des blessures et des accusations mais elle a fait du bien à tout le monde et ce fut un grand bien pour le Québec.D’ailleurs, c’est une des meilleures manifestations du RIN.Notre intervention a changé cette fête à jamais.Trudeau n’est jamais revenu célébrer la fête des Québécois.La Saint-Jean qui était une fête folklorique est véritablement devenue notre fête nationale à partir du 24 juin 1968».Quelques semaines plus tard, Yvon Deschamps que L’Osstidcho avait fait connaître en mai immortalisait dans un monologue le nouveau numéro de chevaux de la police montée présenté à la Saint-Jean.«Moi quand j’tais p’tit, c’tait pas d’même: les chevaux passaient et pis après, la parade suivant.Ast-heure y ont tout changé ça: astheu-re quand les chevaux arrivent devant l’estrade d’honneur, y ont décidé qu’y jnisaient un show d'chevals.L’affaire c’est qu’nous autres, y nous l’avaient pas dit pis on était dans l’chemin.Ça fait que la police essayait de nous pousser pour faire d’là place pour les chevaux, mais en arrière y avaient d’autres polices qui eux autres nous /poussaient.Sont niaiseux les Saint-Jean-Baptiste! Y auraient pu nous l’dire, c’est dangereux pour les enfants ces affaires là! Eille les chevaux là, y dansaient parmi Tmonde, envoyé donc! Fa qu’y a des chevaux qui s’enfargeaient dans l’monde pis y a du monde qui s’enfargeait dins chevaux, c’est dangereux ces affaires-là! Tsais qu’un cheval qui s’casse une patte, c’est pus bon!» Petite tentative de faire tenir mon Pierre Bourgault dans un abécédaire L’UQAM rend hommage à Pierre Bourgault L'UQAM joint sa voix aux nombreux témoignages publics, officiels et citoyens qui expriment leurs regrets et leurs condoléances sincères à la famille et aux proches de î ; monsieur Pierre Bourgault.En séance, son Conseil d'administration a souligné la contribution exceptionnelle de monsieur Bourgault à la vie politique et aux 4 4 v ïr, 's institutions démocratiques québécoises au cours des quarante dernières années.'ll tMirar Il a aussi noté son apport remarquable aux *41 ' débats publics, au monde de l'information et des communications ainsi que son "jj engagement dans la formation de la relève à titre de professeur au Département des J*! ¦ Bk communications de I UQAM de •a JH qjjf’g 1979 à 2000.SOURCE RADIO-CANADA Pierre Bourgault et Marie-France Bazzo: une vieille complicité.MARIE-FRANCE BAZZO Bourgault Personnage public et historique flamboyant, en représentation constante, pan incontournable de notre histoire et de notre conscience politique, impitoyable metteur en scène de sa parole, son premier et plus intraitable critique.C’est ççça! H faut l’avoir entendu dire «ÇA!» à sa façon cinglante et définitive pour entrevoir cette manière qu'il avait de parler, faire de la langue un outil aigu et tranchant, câlin aussi, par le choix des mots mais aussi par sa diction claire et si particulière.Et quand c’était «ÇÇÇA» qui était «ÇÇÇA», on ne s’obstinait pas longtemps.Dix heures dix.Son heure à Indicatif Présent.D m’aura fait ce cadeau immense; faire cette chronique libre et tendre, sept minutes quotidiennes polémiques et drôles qu’il savait certainement, ce printemps, être ses ultimes moments à la radio.Edgar.Il a bien pu tripper sur le cochon du plateau: pure mauvaise foi.C’était lui, la pire tète de cochon de la République du plateau.FOU: Excessif au point de planter une forêt mature sur sa terre de Saint-David, parce qu'il ne voulait pas attendre de les voir pousser.Fous, son engouement d’ado pour les chars à 60 ans, son marsupila-mi dans un 4 1/2, sa collection d’orchidées, ses perroquets, ses aventures délirantes.Gitanes.Jusqu'à la toute fin.en allumant deux par jour à l’hôpital, narguant la rectitude politique et la mort.Intellectuel.Lucide, parfois découragé, toujours allumé.Il pensait en dehors des cadres et de l’orthodoxie, original dans sa ma- nière de retourner le gant du discours ambiant.Il aura creusé avec constance trois ou quatre idées majeures: la langue, la nation, la liberté, et avec acharnement deux ou trois sujets «niaiseux»-, les vélos, les géraniums, les écureuils, tout ça avec une boîte à outils étonnamment variée: prof et théoricien, orateur, politicien de terrain, communicateur flamboyant, et surtout, un souci constant de faire passer son savoir aux autres.Libre.Au point de risquer ses jobs, sans entraves politiques mal- gré son engagement pour la cause indépendantiste, indigné par les injustices, intègre.Mentor.Mot quasi disparu, entre maître, père et ami.Ce qu’il aura été, discrètement, avec beaucoup d’exigence et de générosité, pour quelques-uns de ma génération.Orateur.Pour moi, une image d’une autre époque, énervée et historique, en noir et blanc.J’aurai connu le communicateur hors pair, en couleurs, érotico-cochon, tendre ou tranchant, un modèle étonnamment moderne.Pierre.Homme secret, ayant horreur des épanchements et des états d’âme, solitaire, jaloux de son intimité, planteur de cèdres et de twits.Téléphone.La voix de l’amitié, chez Pierre Bourgault.Il appelait ses amis à l’heure se son apéro, sans se nommer, sans de mander s’il dérangeait commençant la conversation par un inimitable: «Ma maudite!»,pour un quasi-monologue d’une heure de commentaires sur l’actualité, de méméring, de conseils parfois, de traits d’esprits fulgurants, avec le spectre de la solitude planant, très perceptible pour l’oreille avertie.Puis soudainement «OK Bye».Vais-je m’ennuyer quand le téléphone ne sonnera plus à cinq heures et quart.Viarge! Son sacre préféré, rarissime mais spectaculaire, lâché comme une bombe H dans un discours policé.Vouvoiement II m’aura tout appris du charme et des possibilités subtiles du vouvoiement extrême: mettre une distance pour mieux surprendre, se rapprocher.Très cher ami, vous me manquez beaucoup.i I # LE DEVOIR.LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 J C I X 2 0 0 3 Pierre Bourgault, la vertu d’intransigeance * HOMMAGE A PIERRE BOURGAPIT * '¦ 'ÿSf 'SMT ' -HORS, h ouce: ••T-r ' 1 'Tl ITlltAUT t&idi&SSioS MklW ANDKI nKSII KTS.COLIAÜOKATION SI'ECIAI.K André d’Allemagne et Pierre Bourgault le 19 avril 1963, lors d’une manifestation du RIN devant le quartier général de la Gendarmerie royale (RCMP) de Westmount.JEAN-MARC LÉGER Journaliste Il y a une sorte de contradiction entre Pierre Bourgault et la mort: le rapprochement de ce nom et de ce mot constitue un parfait oxymore.Aussi n'est-ce pas en forme d’éloge post mortem que je tenterai d’évoquer certaines dimensions de son action politique: je l'aurais fait de même façon lorsqu’il était encore physiquement parmi nous.Au reste, la camarde n’avait rien pour l’effrayer, tant s’en faut il attendait sereinement son passage.Je parlerai d'autant plus librement de son action, essentiellement de son action politique, que je ne fus à aucun titre de ses intimes, ni de ses proches ni de ses amis.Je le fais à titre de simple militant des premières années du mouvement et surtout de souverainiste ou d’indépendantiste avant la lettre, si j’ose dire (dès le milieu des années 50).Pierre Bourgault nous aura enseigné, et l’aura répété inlassablement l’ardente et pressante obligation de la souveraineté, à la fois comme raison d’être et comme unique moyen pour une nation d’être pleinement En l’écoutant au cours de nombreux meetings, surtout dans les années 1962-63 à 1970-72, puis lors des deux référendums, et parfois en le lisant il m’arrivait de penser, selon le cas, à Saint-Just ou, plus près de nous, à Jaurès, ou encore, sur un autre plan, à Olivar Asselin.Il était par excellence l'homme du verbe à la fois par sa maîtrise de la langue et par sa qualité incontestable de tribun.Trois dominantes De son constant et singulier combat, je retiens trois dominantes: l’intransigeance quant à l’essentiel, la cohérence et le caractère global du grand dessein politique (et par là, socioculturel), la persévérance enfin dans les convictions et dans la démarche.D’abord, son admirable intransigeance, devenue véritable vertu.D nous aura rappelé qu’un peuple n’existe pas à demi, fustigeant la vieille résignation au «petit pain» («nés pour un p’tit pain»!), le rejet de tout compromis, même et surtout camouflé sous les couleurs de la fausse sagesse et du calcul, propre à affaiblir ou à infléchir le Faut-il LOUIS CORNELLIER Depuis un quart de siècle, deux figures ont dominé, à leur façon, l’univers de la chronique journalistique québécoise: Pierre Fo-glia et Pierre Bourgault Deux stylistes, deux journalistes mordants qui ont su durer, malgré le nombre des années passées à faire de l’opinion dans le vif du présent Mauvaise conscience du journal La Presse qui en a bien besoin, bourru mais sensible, provocateur mais rarement poseur, parfois présomptueux mais souvent capable de s’amender, Foglia demeure inclassable, suiprenant jusque dans ses contradictions.Un cavalier seul, qui choque et charme, irrite et ravit vers lequel on avance comme devant un défi.Bourgault lui, c’était autre chose.Plus politique, plus militant; moins railleur, plus tribun; styliste de la clarté plus que des effets; aiguillon de la conscience civique plutôt que poète un peu anarchique du temps qui passe.L'essentiel, chez Bourgault cherchait à se dire en droite ligne plutôt qu’à émaner, diffus, d’une atmosphère.En coulisse, on a dit toutefois, et j’ai moi-même été tenté de le penser, que ces dernières années n’étaient pas ses meilleures.Qu’il rabâchait.Qu’il devenait anecdotique.La résistance, quatrième tome de ses Écrits polémiques et dernier livre publié du pamphlétaire, confirme-t-il ce soupçon?Pour poser la question clairement faut-il encore lire Pierre Bourgault?A-t-il eu, même dans ses dernières années, toujours quelque chose d’essentiel à dire?En novembre 1999, j’avais lu, au profit des fidèles lecteurs du Devoir, les chroniques regroupées dans ce livre.Je vous offre aujourd'hui, en rappel, le verdict sans complaisance que je rendais alors.Qu'on le lise comme un hommage critique à un homme qui considérait la franchise intellectuelle comme un devoir.Apprendre ?Non: débattre Grand consommateur d’informations et de prose d’idées, autant journalistiques que livresques, j’ai toujours l’impression, en lisant Bouigauh, de ne rien apprendre de neuf, sauf son opinion sur le sujet dont U parle.Comment expliquer, alors, le plaisir que je continue de prendre à le lire?A mes yeux, Bouigauh fait figure de vieil ami (vieux, c’est lui qui le dh) un peu fatigant parce qu’imbu de lui-même, mais avec qui on ne peut s’empêcher de discuter pendant des heures parce que, comme nous, il a des idées sur tout et qull prend un combat.Il connaissait bien son peuple, aussi prompt à l’enthousiasme que peu porté à la persévérance, incertain de ses ressources et doutant de sa capacité à assumer son destin, porté à accepter l’image de lui que lui renvoie son conquérant ( «le plus grand triomphe de l’adversaire est de nous faire croire ce qu’il pense de nous» - Valéry).Il entendait rendre à ce peuple la confiance en lui-même et lui insuffler la conviction qu’il pouvait et devait accéder à l’indépendance pour assumer pleinement la maîtrise de son destin.On n’est pas à demi «maître chez soi».D’où son refus de la stratégie (du faux calcul, disait-il) de r«étapisme», qui devait nourrir des illusions multiples puis conduire à la mystification du «beau risque».Bourgault avait la conviction ab- solue, et savait la faire partager, qu’il n’est d’autre façon pour un peuple de se réaliser et de se situer dans le monde que d’assumer la plénitude de l’indépendance, quitte à rechercher ultérieurement, en toute souveraineté, des formes diverses de libre association avec d’autres pays pour des objectifs précis et sous forme de traités toujours révocables.Bref, Bourgault aura fait avec passion, lucidité et persévérance la pédagogie de la souveraineté, chez nous.Il ne fut pas le seul, certes (pensons à André d’Allemagne, à Andrée Ferretti, toujours ardente, ou encore, sous d’autres formes, à Raymond Barbeau, à Marcel Cha-put), mais l’un des premiers et assurément le plus présent, le plus brillant, le plus convaincant L’indépendance, comme Bourgault la comprenait la sentait était.est reste de l’ordre de La nécessité et rejoignait toutes les dimensions de la vie collective.Ce grand dessein politique était dès lors, et naturellement, un projet social et culturel, un projet socioculturel enraciné dans notre histoire et exprimant une identité dont le facteur majeur et l’expression première s’exprimaient dans la langue nationale.Bourgault tenait avec raison pour indissociables le combat pour la souveraineté et le combat pour la langue.Grâce à lui, les slogans «Québec libre» et «Québec français» étaient en quelque sorte interchangeables comme étaient interdépendantes les réalités qu’ils évoquaient, les appels qu’ils lançaient, la mobilisation qu’ils entretenaient Et si nous avons eu enfin, en 1977, la Charte de la langue française, la loi 101, ce fut pour une part impor- tante grâce à Bourgault et au RIN, au climat créé, à l'immense effort d’éducation populaire poursuivi pendant près de 15 ans.(«Je dis que la langue est le fondement même de l'existence d'un peuple parce qu elle réfléchit la totalité de sa culture, en signe, en signifié, en signifiance» -Gaston Miron) In question de la langue chez nous plus que toute autre signale et signe depuis plus de deux siècles l’anormalité de notre condition.Elle fut au cœur du combat pour la survivance tout comme elle continue dans sa situation d’évoquer notre dépendance et notre fragilité.L'histoire de la langue française chez nous se confond avec celle du peuple cana-dien-français puis québécois-fran-çais.La langue nous définit et nous protège autant que nous de- vons la défendre.Et.langue internationale, elle nous ouvre sur le monde en même temps quelle nous fait cohéritiers d'un extraordinaire patrimoine culturel millénaire.Bourgault savait et sentait cela de tout son cœur, de toutes ses tripes, d'où la place centrale qu’il fit toujours à la langue dans son long combat pour l'indépen dance.Il ne concevait le Quebec indépendant que comme Quebec français.11 souscrivait pleinement à cette parole de l'écrivain Htilipiie de Saint-Robert: «Im langue est l'ultime patrie des pauvres.» Modèle de persévérance Herre Bourgault comme modèle de persévérance, enfin.11 avait garde jusqu'au bout, intactes, ses convictions, lors même qu'il n’en faisait iras étalage et, malgré tout, un très secret espoir, «jamais las de guetter dans l'ombre la lueur invincible de l'esperance», selon une phrase de De Gaulle dans la conclusion de ses Mémoires, la-Québec comme patrie s'invente et se mérite chaque jour.C’est en raison de son commerce avec lltistoi-re que la nation jx-ul avoir rendez-vous avec l’avenir.Aujourd’hui, le destin de chaque peuple concerne l’ensemble de la communauté humaine comme il en va de l'avenir de chaque culture.La même piété et la même sollicitude angoissée vont vers Lt patrie humaine, alliance et symbiose de toutes les patries, que vers la sienne propre.Rien n’est plus triste que l’apatride, plus douloureux que l'amnésique.Etre ardemment de sa langue et de sa patrie, par toutes ses racines, c’est l’unique et l'authentique voie vers 1'universel.L’intransigeance quant à l'essentiel, la vision de l’indépendance comme affirmation et illustration de sa culture et comme membre à part entière de la communauté internationale, la persévérance dans l’action en dépit de tous les obs taeles: telles sont, à mon sens, les hautes et admirables leçons de cet honune exceptionnel que fut lierre Bourgault.fl n’appelle pas, surtout pas, le culte de la personnalité, dont il avait horreur.H nous invite simplement, puissamment, à tenir, à poursuivre une démarche et une œuvre émancipatrices.Dans ce combat qu'il poursuit, nous l’accompagnerons.encore lire Pierre Bourgault?JACQUES GRENIER LE DEVOIR Bourgault, contrairement à plusieurs hypocrites qui prétendent encore l’être tout en agissant en parfaite contradiction avec cette prétention, est un véritable social-démocrate.malin plaisir à les partager.C’est vrai: ce livre ne m’a rien appris, mais je l’ai néanmoins lu d’une traite parce que ce genre de feu roulant d’opinions, balancé par un touche-à-tout expérimenté, provocateur et incapable de se contenir, me plaît bien.Oui, l’ensemble est inégal, contient de coups de gueule bâclés, des redondances, mais il est porté, tout du long, par une prose teflement limpide et franche, totalement dénuée d’artifices, qu’on le traverse de fort agréable façon.D’aucuns considéreront ce jugement comme un sacrilège, mais il m’apparaît néanmoins essentiel d’afficher clairement mon point de vue: Bourgault n’est pas le grand penseur que ses fans les plus inconditionnels ont voulu en faire.C’est un chroniqueur efficace, honnête, parfois courageux, mais en rajouter relèverait de l’enflure qualitative.En ce sens, je ne crois pas que l’on puisse dire que l’homme souffre d’essoufflement intellectuel.La résistance, c’est du pur Bourgault Ni plus ni moins.Au chapitre de ses bons coups, on peut placer, en tête de liste, sa dénonciation bien ciblée des hystériques détracteurs de nos services publics.Les récents ratés des systèmes de santé et d’éducation ne justifient pas, selon lui, l’inquiétante fuite en avant à laquelle bien des esprits étroits semblent sur le point de succomber «Otialage de privilégiés et de sans-dessein! Allez-y, crissez tout à terre, privatisez-moi tout ça, et qu'on en finisse, et vive la santé pour les riches, et l’école pour les riches, et l’eau pour les riches, et la maison pour les riches, et le pain et le beurre pour les riches, comme le veut la Chambre de commerce!» Un homme de convictions Bourgault contrairement à plusieurs hypocrites qui prétendent encore l’être tout en agissant en parfaite contradiction avec cette prétention, egt un véritable social-démocrate.A preuve, sa défense passionnée du syndicalisme réel auquel il attribue «tous les progrès que nous avons connus dans le monde du travail depuis cent ans».Cela dit, cette fidélité à une certaine idée du syndicalisme lui fait vomir, avec raison, cette forme détournée de militantisme en habits neufs qui a pour nom le corporatisme.Ainsi, à l’été 1999, au moment de la fronde des infirmières, il écrit «Non, je n’ai pas klaxonné devant l’hôpital.Les solidarités de façade et d'intérêt me répugnent.Mais, quand la tempête sera apaisée, je n’aurai pas perdu mon âme en sautant dans le train fini mais je resterai, envers et contre tous, le plus farouche défenseur des syndicats et du syndicalisme.Ce n’est pas affaire de religion, c’est affaire de dignité.» Dans la même veine, Bourgault refuse, avec l’énergie du désespoir, de participer à la grand-messe idéologique qui accompagne le retour en force du capitalisme sauvage.Au risque de passer pour un dinosaure, il persiste à défendre le principe essentiel de la sécurité d’emploi que de jeunes réactionnaires, Dumont en tête, n’ont de cesse de dénigrer, il s’en prend à l’hypocrisie de l’entreprise privée qui «veut bien que les gouvernements s’occupent de tout ce qui coûte cher et ne rapporte rien» et il s’entête à réitérer, à contre-courant, que la lutte des classes demeure un concept pertinent pour expliquer le temps présent.Il a choisi son camp: «Si je dis faisons payer les riches, on se rira de moi en me traitant de gauchiste nostalgique.Mais si je ne le dis pas on aura raison de me traiter de salaud.» Le lecteur de ces chroniques n’échappera pas, bien sûr, à la pro- fession de foi indépendantiste du polémiste.Je n’y reviens pas en détail, puisque presque tout a été dit à ce sujet, sauf pour rappeler une qualité essentielle de ce discours: sa franchise.Bourgault ne tergiverse pas.L’indépendance du Québec relève, pour lui, de la «normalité» des choses et ceux qui ne partagent pas cette opinion sont désignés id comme des adversaires.Le combat, dans ces pages, se mène à visage découvert.Cela peut choquer puisque la première victime d'une telle posture est toujours la nuance.Bourgault n’est pas objectif?Il a déjà réglé la question dans La culture, le tome 2 de ses Écrits polémiques: «L’observation incomplète et personnelle d'une situation, si elle reste aussi honnête que possible, peut être objective, à condition de ne pas prétendre qu’elle soit autre chose que personnelle et incomplète.[.] Certains concluront que l'objectivité, finalement, n’existe pas.Ne vaudrait-il pas mieux parler de subjectivité honnête?» Tous azimuts Il y a encore, dans ce gros livre, des dizaines d’autres sujets auxquels le manque d’espace m’empêche de rendre justice.Au sujet de l’éducation, par exemple, on retrouve le bon (contre la pub à l’école) et le moins bon (les techniques pédagogiques du maître sentent la boule à mite).Au sujet de la culture, le meilleur (contre notre colonisation culturelle volontaire) et le pire (une décevante et confuse complaisance envers les Plamon-don.Dion, Robert Lepage et le Cirque du Soleil).Sur le terrain de la politique internationale, des engagements constants (l'Algérie et la Palestine) et des cibles récurrentes (Israël et l’aigle américain qui «n’a plus de tête»).Bourgault résiste.Au temps, qu’il assume avec une lucidité un peu frondeuse, mais surtout à l’engourdissement du débat public.Son empressement à déranger la tranquillité du lecteur l’amène parfois à confondre les genres fles petites crises de vedettes de Jacques Villeneuve ne méritent pas le beau mot d’«indignafion» qu’il leur accorde) et à bâcler certains de ses envois, mais le mot d’ordre qui pourrait servir d’exergue à son œuvre me semble incontestable: «H faut savoir s’ostiner pour faire avancer les choses dans le sens qui nous convient.Autrement, elles continuent d’avancer mais au seul profit de ceux qui ne veulent pas s'ostiner pour mieux nous asservir.» Sans oublier toutes les précautions qui précèdent, je vous le demande: qui, quand Bourgault ne sera plus là, dira cela aux lecteurs du Journal de Montréal et aux autres?vlb éditeur www.edvlb.com \ I i 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 J I I N 2 0 0 3 F 6 HOMMAGE A PIERRE BODRGAl'LT Les voix prophétiques Les prophètes sont difficiles à prévoir, à encadrer, plus encore à enrégimenter.Ils ne connaissent qu’un seul maître: celui de cette conviction profonde à laquelle ils ont voué leur vie.•Je m’accommode fort bien du commerce des révoltés.» Lettre d’Olivar Asselin à Louis Dan tin, 11 avril 1926 HÉLÈNE PELLETI EK-BAILLARGEON Biographe Au commencement était le verbe.La parole, souvent, se contente d’exprimer la pensée.Il lui arrive parfois de lui donner naissance.Les voix prophétiques surgissent ainsi de manière cyclique dans l’histoire des peuples pour mettre au monde une vérité, un impératif que leurs contemporains pressentent confusément sans pouvoir, faute de mots, l’exprimer par eux-mêmes.Les voix prophétiques sont les sages femmes de la liberté.Pour le Québec, durant la seconde partie du XX' siècle, Pierre Bourgault aura été de celles-là.Avec les Miron, les Perrault, les Godin.I^es prophètes ne laissent personne indifférent.Ils parlent dru et ne font pas dans la dentelle.Ils n’ont besoin, pour être bien compris, ni d’exégètes ni de commentateurs! Leur parole rassemble, réjouit, affranchit et mobilise les uns.Elle en irrite profondément d’autres qui se transforment aussitôt en contempteurs.Il arrive que les prophètes aillent en prison.A leur élargissement, leurs disciples et admirateurs leur font la fête.C’est arrivé à Bourgault.A Chartrand et Fer-retti en 1970.Au début du siècle à Olivar Asselin et à Jules Fournier.Au delà même de la mort, les prophètes continuent de nous interpeller.Les Patriotes de 1837, exécutés au Pied-du-courant, nous parlent encore à travers des films de Michel Brault et de Pierre Falardeau.Tant que leur prophétie ne s’est pas réalisée, les prophètes demeurent un aiguillon blindé au flanc de notre mémoire et de nos consciences.Pour notre époque, Pierre Bourgault, une fois pour toutes, avait su regarder bien en face le rapport de forces qui permettait au Canada anglais majoritaire de barrer régulièrement la route au Québec français vers le plein accomplissement de son dessin de nation.Il en parlait clairement, crûment, au grand dam de ceux et celles que l’idée même de lutte à finir, fût elle, idéologique et démocratique, effaroucha toujours.A la fin de sa vie, il pressentait l'urgence d’agir: l’usure du temps et la démographie, jour après jour, ajoutaient des points de démérite à la cause du Québec.Retiré lui aussi de la vie militante, Olivar Asselin, en 1920, ne pensait pas autrement: «Je ne crois pas que tous les Anglais soient nos ennemis, écrivait-il à un ami (1), mais je crois que nous ne devons plus ARCHIVES LE DEVOIR Olivar Asselin compter que sur nous-mêmes et que ceux qui ne pensent pas encore ainsi sont consciemment ou non des cocus.» I^a political correctness n’existait pas du temps d’Asselin.Elle existait du temps de Bourgault mais on connaît l’idée qu’il s’en faisait! Emportés par l’ivresse du verbe, il leur est arrivé à tous deux — Asselin et Bourgault — d'écorcher au passage des hommes et des fenunes qui ne le méritaient pas vraiment.Le silence du mot leur était plus impossible encore que celui de la pensée! Les prophètes sont difficiles à prévoir, à encadrer, plus encore à enrégimenter.Ils ne connaissent qu’un seul maître: celui de cette conviction profonde à laquelle ils ont voué leur vie.Asselin avec Henri Bourassa, Bourgault avec René Lévesque auront connu, tous deux, des rapports douloureux avec des chefs politiques qu'ils admiraient et auxquels ils avaient ouvert la voie pour leur engagement militant.Les répugnances fréquentes des deux grands leaders nationalistes à l'égard du recours au rapport de forces (Lévesque y avait pourtant recouru lui-même avec opiniâtreté à l’égard de la haute finance anglaise qui s’opposait farouchement, en 1962, à la ARCHIVES LE DEVOIR Henri Bourassa nationalisation de l’électricité) (2), leur crainte de voir leurs prises de position débordées par les déclarations-choc de leurs imprévisibles lieutenants avaient assigné des limites extrêmement frustrantes à leur collaboration.En 1904, soucieux d’assurer la diffusion des idées de Bourassa, Asselin fonde Le Nationaliste.En 1910, Bourassa, qui ne prise guère le style pamphlétaire et les procès pour libellé de l’hebdomadaire de son plus ardent supporteur, fonde Le Devoir où Asselin se trouve relégué aux affaires municipales.Avec Jules Fournier, il claque la porte après quelques semaines.Après l’élection du Parti québécois en 1976, Bourgault connaîtra un sort semblable.Il sera confiné à des tâches subalternes qui s’avéreront, elles aussi, fort éphémères.Tous deux auront mis au service de «la cause», un journal, un mouvement — La Ligue nationaliste (1908) dans le cas d’Asselin — un parti politique, le RIN (fondé en 1961 par Marcel Chaput et André d’Allemagne) dans le cas de Bourgault.Tous deux auront récolté la méfiance au lieu de la collaboration ardente à laquelle ils eussent pu s’attendre.Bourassa et Lévesque avaient tous deux le favoritis- ARCHIVES LE DEVOIR Pierre Bourgault, orateur.me et les prébendes en horreur.Asselin, peu économe de formules, écrira plus tard de Bourassa qu’il «s’était fait de l'ingratitude un devoir.» Tous ceux et celles qui ont suivi René Lévesque après la dissolution du RIN en fàveur du PQ voudront toutefois se souvenir de Pierre Bourgault comme de l’indispensable prophète donné à leur époque pour leur rappeler impérativement et avec constance le devoir de souveraineté pour toute nation parvenue à maturité.Mais comment fixer par l’écrit la mémoire d’tm homme de parole aussi non conformiste et qui, à l’époque où il nous a été donné de travailler ensemble, se faisait une fleur de ne conserver aucun document et dont le cadet de ses soucis aura sans doute été de se considérer un fonds d’archives! Reste, pour les hommes de cette trempe, la pérennité de la légende dont le philosophe Bachelard disait; qu’elle s’avère parfois, en certaines circonstances, plus vraie que l’Histoire.1.Lettre à Louis Dantin, 18 novembre 1920.2.Sous le gouvernement de Jean Lesage, Lévesque étant alors ministre des Ressources naturelles.Vivant à jamais pierre falardeau mÊÊÊÊmmÊÊmÊÊiiÊÊmÊmÊÊÊmmmmmiÊÊÊKm PieneBOURGAlILT dans DUPLESSIS Cinéaste Pierre Bourgault est mort.C'était quelqu’un.Les hommages pleuvent de partout.Il y a d’abord les camarades qui tentent de dire leur peine, qui remercient l’homme du fond du cœur, qui continuent d’espérer.11 y a aussi les éternels vautours qui s’abattent sur son cadavre pour mieux se faire voir.Et il y a les autres, nos ennemis, trop lâches pour se réjouir sur la place publique et qui, sous les clichés et les compliments d'usage, plantent leurs couteaux assassins pour terminer le travail.Ils veulent s’assurer, l’air de rien, en douceur, que le bonhomme est bien mort.Qu’il est devenu parfaitement inoffensif.Comme disait Léo Ferré: •C'est vraiment dégueulasse».Je pense entre autres à cette petite matante d’Outremont, cette blonde un peu passée date qui parle de lui, en première page, comme du dernier rebelle.Comme si la vie s’arrêtait avec la mort de Bourgault.Comme si la rébellion allait s'éteindre avec lui.Comme si la lutte pour la liberté allait disparaître avec son corps.En fait, c’est ce quelle espère la madame.C’est ce qu’ils espèrent tous malgré leurs hommages frelatés.On les connaît trop bien pour les croire sur parole.Ils rêvent tous, ces salopards, d'enterrer notre révolte, notre résistance, avec le cadavre de Bourgault.Ils rêvent tous, ces ordures, de se débarrasser enfin et pour toujours de ces emmerdeurs, de ces empêcheurs de bien penser en rond, de ces trouble-fête de la bonne Conscience.Le procédé est fort simple.Il s’agit de statufier le bonhomme, de le fixer dans le temps, de le réduire à quelques détails insignifiants.La langue par exemple.•Notre belle langue française» avec des trémolos dans la voix, en roulant les «r» comme Jean Lesage.Ils réduisent Bourgault à sa maîtrise de la langue.Et ses idées?Ils n’en parlent pas.Comme si derrière la clarté du discours, la flamboyance du verbe, la fulgurance des images, il n’y avait pas, d'abord, la clarté des idées, la flamboyance de la pensée, la fulgurance de la démonstration.Allez-vous un jour cesser de nous faire chier avec «notre belle langue française»?Il ne s'agit pas de bien dire ou de mal dire mais de dire.Tout simplement.De dire, haut et fort, l’injustice.De dire l’oppression.De dire le mépris et l'exploitation.Et c’est, d’abord, ce qu’il disait Bourgault.En plus, il le disait magnifiquement.Autre détail insignifiant: les excès de langage de Bourgault.Quels excès?Pour tous ces embaumeurs professionnels, Bourgault allait trop loin.Evidemment, pour tous ces hypocrites qui font du sur place depuis toujours, il suffit qu’un homme mette simplement un pied devant l'autre, pour qu’on l’accuse d’aller trop loin.Pour ces lavettes pour qui s’allonger sans pudeur est devenu une habitude de vie, un homme qui se tient tout simplement debout ne peut être qu’un dangereux extrémiste.A écouter ces potineurs serviles, il faudrait élever un monument à Bourgault parce qu'il n’avait pas peur des mots.Mais si vous avez peur des mots, vous, dont le travail consiste précisément à manipuler les mots, il faut changer de métier et devenir vendeur de beignes, marchand de choucroute ou réparateur Maytag.J’ai même entendu un petit annonceur de service à la radio dire que «Bourgault repoussait constamment les limites de la liberté de parole».Non, mais tu parles d'une andouille: lui et tous les autres, ils acceptent sans mot dire les limites à leur liberté de parole?Ils ferment leur gueule à double tour pour garder leur job?Ils s'écrasent devant les boss d’Ottawa?Oui Ferré, c'est vraiment dégueulasse cette entreprise de récupération d’un homme irrécupérable.Il faut leur refuser, à ces croque-morts de la pensée, le droit d'enterrer le cri de liberté de Bourgault.Moi ce qui d’indépendance, il m'est resté en travers de la gorge depuis quarante ans.Neuf.Comme au premier jour.Plus brillant, même.Pour moi, Bourgault est toujours vivant.Je ne suis pas triste.Et son cri est plus vivant que jamais.Vivant à jamais.MERCI, PIERRE ! « D'autres ont été portés par la vague; Bourgault, lui, a contribué à la créer.» Jean Dorian président général i SS JB T Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H2X 1X3 Tél.(514) 843-8851 Courriel : info@ssjb.com t I »
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