Le devoir, 17 juin 2003, Page(s) complémentaire(s)
1 SANTÉ NUCLEAIRE L’Iran a manqué à ses obligations, confirme l’AIEA Page A 5 r Une autre bataille s’engage contre les «légères» et les «douces» Page A 4 ?w w w .1 e d e \' o i r.c o ni LE DEVOIR Au théâtre Pierre Bourgault (1934-2003) Mort d’un homme libre Un halo blanc autour de la tête en forme de cheveux mais sans l’auréole, un gars libre, généreux, bougon, têtu, caractériel.Un type qui avait un jour tout perdu, son domaine adoré de Val-David, ses paons, ses arbres, puis sa santé, et qui se prétendait désormais un peu zen.Zen, lui?Allons donc! L’artiste en Bourgault, car un artiste vivait bel et bien en lui, n’était pas zen mais bouillonnant, la dope au bec.Celui qui tout jeune s’initiait au théâtre, qui a débuté sur les planches et s’est époumoné sur les ondes de tant de radios, n’a-t-il pas, comme tribun, comme polémiste, fait du théâtre toute sa vie?Dans un recueil d’entretiens, il avouait n’avoir rêvé à la sortie du collège que de théâtre.Mais en 1952, les rôles se faisaient bien rares.Restaient Les Jongleurs de la Montagne du père Legault.Il travailla avec la troupe quelque temps.On le retrouva au petit écran dans les années 60 dans La Côte de sable, un téléroman écrit par Marcel Dubé.Il fut de la distribution de YAntigone d’Anouilh.Le public et ses pairs le disaient très doué, mais les carrières tiennent à peu de choses.Si les planches avaient su le retenir, peut-être ce grand discoureur et politicien brûlant eût déclamé plutôt les textes des autres.Rencontrer Bourgault signifiait pénétrer dans son univers à la fois enfumé et poétique.Lui, le buté, le flambeur d’argent, le boxeur, le hâbleur mais aussi le chouette gars amoureux des perroquets, des chiens fous et des mauvais garçons, le sans âge, du moins sans cet âge de fatigue qui émousse la créativité.«Je suis une des quatre ou cinq personnes totalement libres au Québec, m’avait-il un jour déclaré.Personne ne peut me censurer» VOIR PAGE A 8: THÉÂTRE É Tl JACQUES GRENIER I.R DEVOIR Pierre Bourgault, en juin 1983.C’était il y a vingt ans.JEAN DION LE DEVOIR Ces dernières années, quand on sonnait chez Pierre Bourgault avenue du Mont-Royal, au cœur du quartier qu’il aimait tant et qu’il ne quittait pratiquement plus que pour essayer son «char», la passion de sa deuxième vie, un timbre au rez-de-chaussée avertissait qu’on pouvait ouvrir la porte.Dûs, au premier étage, une autre porte s’entrebâillait et une voix, cette voix de stentor qui avait remué tant de foules et qu’avait à peine écorchée le passage des ans, lançait: Avez-vous peur des chiens?» Si on répondait «non», la horde était lâchée.Li horde, c’était Beau Bonhomme, un molosse surexcité et à la salive abondante, mais pas méchant pour deux sous, qui dévalait les marches quatre à quatre pour vous «accueillir».C’était du Bourgault tout craché: vous le vouliez, il était là, mais vous deviez le prendre au complet Son toutou avec.Aujourd’hui, Beau Bonhomme est orphelin, et bien d’autres marquent le deuil.Bourgault est mort hier à l’Hôtel-Dieu de Montréal, à l’âge de 69 ans, emporté par une «maladie pulmonaire chronique obstructive», autre façon de nommer le prix de décennies de tabagisme compulsif et impénitent.Même après une série de pontages, il continuait de fumer sans relâche.Il le disait lui-même, il s’en foutait.Il savait bien sûr que les oraisons funèbres allaient fondre sur sa dépouille aussitôt son dernier soupir rendu, mais il n’en voulait pas.Bourgault était athée, rationnellement et viscéralement, et la mort était quelque chose qui allait arriver un jour, point à la ligne, c’est tout, pas de quoi en faire un plat.«Une vie, c'est assez, racontait-il dans une entrevue il y a une dizaine d’années.Je ne suis pas contre la mort.» VOIR PAGE A 8; BOURGAULT Lire aussi en pages A 2, A 3, A 6 et A 7 ¦ À l’école Bourgault ¦ L’allumeur de consciences ¦ L’éditorial de Bernard Descûteaux: Bourgault, l’ifidépendantiste ¦ «Une souveraineté qui a honte d’elle-même», par Pierre Bourgault Les libéraux prennent deux comtés au Bloc Le PLC est maintenant numéro un au Québec Changement de ton à la Fédération des producteurs de porcs Les délégués ne semblent plus croire à la concertation, dit Clément Pouliot, qui vient d’être éjecté de la présidence HÉLÈNE BUZZETTI DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Ça y est: en remportant les deux élections partielles d’hier dans Témiscamingue et Lévis-et-Chutes-de-la-Chaudière, le Parti libéral du Canada a reconquis une pluralité des sièges au Québec, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire depuis le rapatriement de la Constitution en 1982.Christian Jobin a raflé pour le parti de Jean Chrétien la circonscription au sud de Québec avec 55,5 % des voix (contre 35,2 % pour le candidat bloquiste Maxime Fréchette) tandis que son collègue Gilbert Barrette a remporté Témiscamingue avec 56,9 % des voix (contre 35,2 % pour le bloquiste Sylvain Sauvageau).VOIR PAGE A 8: LIBÉRAUX INDEX -q Annonces .B4 Idées A7 00 Avis publics .B 5 Météo B 5 .B2 A S Culture .B8 Mots croisés B 4 a Économie .B1 Sports B 6 0 V/l Éditorial .A6 Télévision B 7 oo REUTERS Beaucoup de producteurs de porcs perçoivent la question de l’environnement comme une contrainte, estime la présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, Claire Bolduc.FABIEN DEGLISE LE DEVOIR La crise qui frappe actuellement le milieu porcin au Québec vient de faire, après les faillites de quelques éleveurs, une nouvelle victime: Clément Pouliot qui, vendredi dernier, a perdu, à sa grande surprise, son poste de président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) au profit de Claude Corbeil, un producteur de 43 ans de la région de Saint-Hyacinthe.La raison?«On vit actuellement des moments difficiles à cause de la chute des prix du porc, des normes environnementales sévères et des problèmes sanitaires dans nos troupeaux, a expliqué hier au Devoir le nouveau président.La base veut donc un changement de ton et le vote de vendredi l'a bien démontré.» Finies donc les campagnes de publicité visant à rapprocher les producteurs de porcs des urbains et l’approche de conciliation, d’ouverture et de cohabitation heureuse préconisée par les anciens dirigeants de la Fédération, croit un Clément Pouliot amer après la défaite.«Les délégués ont préféré de loin une attitude plus revendicatrice, a-t-il commenté en entrevue hier, car ils ne semblent plus croire en la concertation.Ils sont en colère.Leur fierté est blessée par les nombreuses attaques de la population.Ils veulent donc être entendus autrement.Je les comprends.Mais je ne pense pas que des ma- nifestations et des coups d'éclat soient la solution pour se faire respecter et comprendre.» Est-ce à dire que les cochons sont sur le point de revenir bloquer les doubles voies de l’autoroute 20?Plusieurs producteurs, rencontrés dans les derniers mois, en rêvent, en effet Mais M.Corbeil, conduit à la présidence par le vote secret de 66 délégués lors de l’assemblée générale annuelle à Saint-Sauveur, vendredi dernier, n’a pas envisagé la chose.«Je suis un pacifiste, dit-il.Je veux faire les choses dans l’ordre.» VOIR PAGE A 8: PORCS é M.ftoNL du 10 au 22 Juin à Montréal iXwïuTVnjG Rituels de l’immédiat Dans les sillages du rêve Raymond Dupuis Alanis Obomsawin du 9 au 28 juin, jusqu’au 28 juin du mardi au samedi Cinematheque québécoise i .- , de 1i?h à 17 h.335 boul.de Maisonneuve Est A l’Usine C, 1345, ave Lalonde Jeux de création Jusqu’au 27 juin, à la Bibliothèque nationale du Québec, 1700, rue Saint-Denis, du lundi au vendredi, de 9 h a 17 h.Canada ville de Montréal Québec S S M ConwfldM Am Canada Council LE DEVOIR # 88.5 Aboriginal Peoples uciciev oc r*M)«£ »pln Television Networic » ?B 778313000658 LE DEVOIR, LE MARDI 17 .1 U I X 2003 ?les actualités- Pierre Bourgault, 1934-2003 Il quitte ce monde sans avoir vu le pays Les souverainistes rendent hommage à un acteur du Québec moderne % ANTOINE I ANTOINE DESILETS, COLLABORATION SPECIALE Pierre Bourgault en compagnie de la une desilets, collaboration spéciale journaliste Lysiane Gagnon, à l’epoque où celle-Les quatre principaux animateurs du RIN à l’époque de la fondation: Marcel Chaput, André ci écrivait en faveur de l’independance du d’Allemagne, Rodrigue Guité et Pierre^ourgault Québec dans le journal du RIN.A Fécole Bourgault «Il m’a aussi appris une chose qui ne s’enseigne pas: la liberté», raconte l’animatrice Marie-France Bazzo KARINE FORTIN PRESSE CANADIENNE Plusieurs figures de proue du mouvement souverainiste ont rendu hommage hier au journaliste, orateur et militant indépendantiste Pierre Bourgault, dont le courage et l’engagement au service du Québec ont toujours suscité l’admiration.L’ancien président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Gérald Larose, a pour sa part rappelé que l’homme à la tète blanche, au verbe puissant et au regard perçant, avait joué un rôle fondamental pour diffuser et surtout pour légitimer les aspirations nationalistes des Québécois.•C'est sous Bourgault que cette question a pris toute sa dimension politique au sens où c’est devenu un enjeu électoral, un enjeu de l’exercice du pouvoir et donc un enjeu qui mobilise l’ensemble de la population, a-t-il dit.A partir de Bourgault, la question nationale n’a plus jamais été ce qu’elle était auparavant.» Les deux principaux syndicats québécois ont déploré la disparition d’un «ami» et d’un «camarade de combat».«Ce qui nous peine le plus, c’est que M.Bourgault nous quitte avant qu’il puisse voir le Québec devenir un pays, ce qui était la grande cause de sa vie, a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FI'Q), René Roy.Mais si certains meurent au combat, d’autres continuent.» «Pour toute une génération, il restera un des grands mobilisateurs de la jeunesse autour d’idéaux progressistes.Démocrate et pourfendeur de visions qui auraient rapetissé l’idée ouverte qu’il se faisait du peuple québécois, Pierre Bourgault demeurera Pour l’histoire un de ceux qui ont contribué avec force et à plus d’un égard à l’émancipation de ses concitoyens», a quant à elle souligné la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.Beaucoup de Québécois se souviendront de Pierre Bourgault comme d’un maître des mots: professeur et chroniqueur infatigable, il a consacré une part importante de sa vie professionnelle à la défense de la langue française.Pour le maire de Lévis et ancien ministre pé-quiste Jean Garon, «le Québec est plus français aujourd’hui parce qu’il a joué un rôle important pour sensibiliser les gens au fait français» dès ses premiers combats en faveur de l’indépendance, dans les années 1960.Plus grand tribun du Québec depuis Louis-Joseph Papineau, Pierre Bourgault aura porté haut les aspirations des Québécois, a affirmé le président du Mouvement souverainiste du Québec, Gilles Rhéaume.«C’est une conscience [du Québec] qui vient de s’éteindre», affirme M.Rhéaume, selon qui Pierre Bourgault fut un artisan véritable de la Révolution tranquille, au même titre que René Lévesque.De plus, Pierre Bourgault a modernisé le militantisme politique au Québec.«Il a donné un sens à ce que l'on appelle l’engagement politique», dit-il.«Avant Bourgault, il n’y avait pas de militants dans les partis politiques.Il n’y avait que des travailleurs d’élections», a expliqué M.Rhéaume.CLAIRANDRÉE CAUCHY LE DEVOIR Homme politique et tribun hors pair, Pierre Bourgault a aussi joué le rôle de mentor peur de nombreux jeunes qui débutaient dans la profession de journaliste.Plusieurs militants souverainistes ont aussi été formés à «l’école Bourgault».Tous se souviennent de lui comme d’un homme «libre».L’animatrice-vedette de Radio-Canada Marie-France Bazzo a commencé sa carrière aux côtés de Pierre Bourgault, dans une émission intitulée Plaisirs, il y a une quinzaine d’années.«Il m’a appris à faire ma place et m’a aidée à la faire.Il m’a tout enseigné sur la façon de faire des entrevues, de les structurer, d’installer un climat [.].Il m’a aussi appris une chose qui ne s’enseigne pas mais qu’il démontrait à tous les niveaux dans sa vie: la liberté», se rappelle l’animatrice, encore sous le choc de son départ rapide.Au cours de la dernière année, les rôles se sont inversés: Marie-France Bazzo recevait Pierre Bourgault à tous les matins pour une chronique quotidienne.«J'étais l’animatrice et lui l’interviewé.Il comprenait que je menais mon émission.Ce n’était pas évident, il fallait trouver le ton juste et retrouver en ondes le rapport de complicité qui s’était installé pendant 15 ans.C’est le seul, mais vraiment le seul invité qui m’aura intimidée», confie Mme Bazzo.Elle a eu l’occasion de voir Pierre Bourgault seul à seul vendredi dernier à l’hôpital et de le remercier de ce qu’il avait été pour elle.Il était alors très lucide, commentant l’actualité du jour et pestant contre le film Les Invasions barbares qui ne reflète pas la réalité.«Il s’est arrangé pour être en contrôle jusqu’à la fin.Il n’aurait pas aimé se voir diminué ou à la charge des autres.Je lui ai demandé: “Est-ce que tu veux aller mourir chez toi?” Il a dit: “Non, cela va prendre du monde 24 heures sur 24, je ne veux pas déranger mes amis.Cela va être ici, à l’hôpital." Il prenait les décisions, comme il les a prises dans sa vie.Il est mort comme il avait vécu», raconte Mme Bazzo qui s’apprêtait à retourner à l’hôpital quand elle a appris la nouvelle hier après-midi.Le professeur Après avoir sabordé le RIN pour faire place au PQ, Pierre Bourgault se retrouvait, en 1976, sans emploi, sans le sou, quand l’Université du Québec à Montréal lui a offert d’enseigner au département des communications.«Je dois remercier mes collègues d’être allés le chercher à une époque où il était au ban de la société, traité comme un paria parce qu’il avait le courage de dire tout haut ce que d’autres pensaient tout bas.Il l’a bien rendu au département.Cétait la personne tout indiquée pour enseigner la communication orale.Il a toujours su établir un rapport de complicité avec les étudiants, sans jamais perdre de vue l’exigence», se souvient Jean-Pierre Boyer, un collègue du département qui l’a côtoyé jusqu’à sa retraite en 2000.Le professeur se rappelle aussi de Bourgault comme président d’assemblée lors des réunions départementales.«Il était pincesans-rire et arrivait à détendre l’atmosphère.Mais quand il perdait le contrôle de l’assemblée, cela le désarçonnait complètement.» Au travers des cours sur la communication orale et le journalisme d’opinion, il a formé des centaines de jeunes journalistes qui se rappellent sa rigueur et ses qualités d’orateur exceptionnelles.Alors qu’il était étudiant en communication au début des années 1980, en pleine période référendaire, Guy A Lepage a assisté à ses cours sur l’histoire du Québec de 1960 à nos jours, comme étudiant puis comme correcteur.«Cétait fascinant.C’était un nouveau discours à chaque semaine.Le cours bougeait d’une année à l’autre», se rappelle-t-il.Rompu à la rhétorique comme on l’enseignait dans «les collèges de frères», Pierre Bourgault avait gardé ce côté grec dans ses cours de communication orale.«Non seulement il voulait convaincre les gens, mais il voulait les convaincre au niveau de leur intelligence.C’est peut-être pour cela qu’il se distinguait des politiciens.Comme professeur, il avait la même rigueur», souligne Guy A Lepage.L’artiste, qui a toujours gardé le contact avec Pierre Bourgault, se rappelle de lui comme d’un professeur exigeant, qui n’aimait pas la complaisance.«Les groupies ne l’intéressaient pas.Il n’aimait pas les gens obséquieux.Il voulait que tu aies un argumentaire.Tu avais plus de grâce à ses yeux en étant en désaccord avec lui et en argumentant, qu’en étant un yesman» «Au niveau de la collectivité, son moule est cassé.On vient de perdre quelqu’un que personne aujourd’hui ne peut remplacer, loin de là», poursuit le comédien.Maintenant journaliste à Radio-Canada, Sophie-Andrée Blondin garde un bon souvenir du professeur Bourgault «Il était {rès bon.Il se crinquait et prenait le ton des discours.A Wh le lundi matin, cela réveillait.H n’aimait pas la médiocrité et ignorait ceux qui ne voulaient pas performer», se rappelle-t-elle.«Il m’a appris à parler à du monde, à me soucier des gens à qui je m’adresse.Il nous ramenait à l’essence même de la communication: un orateur s’adressant à une foule», poursuit Mme Blondin.Le professeur était aussi très près de ses étudiants et ne manquait pas une occasion d’aller prendre une bière au Bistrot à Jojo avec eux.«C’était le fun de refaire le monde avec quelqu’un qui en avait déjà fait un grand bout», affirme Mme Blondin.Son attachement à la langue française incitait ses étudiants au dépassement «Je relisais mes textes cinq fois avant de les lui donner.Nous faisions des efforts supplémentaires pour l’impressionner, ou à tout le moins survivre à sa correction», se rappelle Gary Ar-pin, journaliste à TQS.Des militants à «Pécole Bourgault» Fidèle à son engagement indépendantiste tout au long de sa vie, Pierre Bourgault a aussi été «conseiller à temps partiel pour le OUI-UQAM» pendant la campagne référendaire.11 a pris sous son aile le noyau de militants qui ont formé un comité de quelque 500 personnes en 1995.«Nous en étions à nos premières armes en militantisme.Il nous a vraiment montré l’abécédaire de la mobilisation», se rappelle Nikolas Ducharme, à l’époque porte-parole du OUI-UQAM.Réserver une salle trop petite pour qu’elle ait l’air bondée, être à l’affût de l’actualité pour saisir l’impulsion du moment, voilà autant de conseils que le mentor a donnés au jeune homme, qui a par la suite présidé la Fédération étudiante universitaire du Québec.«R a semé partout et plein de gens grandissent aujourd’hui avec un morceau de ce qu’il nous a appris», conclut M.Ducharme.«À partir de Bourgault, la question nationale n’a plus jamais été la même » À la Saint-Jean, en 1968, les manifestants dénoncent la présence de Pierre Elliott Trudeau sur l’estrade d’honneur.Bourgault est arrêté.La nuit se solde par 292 arrestations et 123 blessés.il ip ANTOINE DESILETS.COLLABORATION SPÉCIALE .«»>•••*•* • •• • • * • i t * LE DEVOIR.LE MARDI 17 JUIN 2 0 0 3 A 4 LES ACTUALITES SANTÉ ¦?Michel David ?Uinvitation au putsch est devenu un classique au PQ.Quand le chef souhaite que rien ne change, il annonce un «grand brassage d’idées».Plus déterminé que jamais à s’en tenir à sa stratégie des «conditions gagnantes», c’est donc à ces grands remue-méninges que Lucien Bouchard avait convié les délégués au conseil national de janvier 1999.«fl ne faudrait pas se livrer à une réflexion transcendantale qui fasse plus de rhétorique qu’autre chose», avait-il lancé.Venant de lui, cette invitation à se méfier des effets de toge ne manquait d’ailleurs pas d’humour.Comme Bernard Landry l’a fait, au conseil national de samedi dernier, M.Bouchard avait repris la formule de Jacques Parizeau qui, au lendemain du référendum de 1995, avait invité les militants pé-quistes à «retourner chaque pierre».Pour donner un semblant de sérieux à l’exercice, M.Bouchard avait annoncé la création d’un «comité de réflexion et d’actions stratégiques sur la souveraineté du Québec», dont la présidence avait, bien entendu, été confiée à Bernard Landry.Ce comité avait parfaitement joué son rôle.Autrement dit, il ne proposait rien de nouveau.Son rapport, intitulé Le Québec, un nouveau pays pour un nouveau siècle, était un ramassis de lieux communs surles exactions du gouvernement fédéral, qui rendaient — ô surprise — la souveraineté plus nécessaire que jamais.Au train où vont les choses, M.Landry n’aura qu’à le dépoussiérer sans que personne au PQ trouve quoi que ce soit à redire.Samedi, personne n’a rouspété quand la direction du parti a proposé de reporter le prochain congrès au printemps 2005.Si on fait abstraction du congrès bidon de mars dernier, jamais dans toute l’histoire du PQ il n’y aura eu un tel délai entre deux congrès: cinq ans, alors que les statuts en prévoient un tous les deux ans.Compte tenu des résultats des élections du 14 avril, où le PQ a recueilli son plus faible pourcentage de voix depuis trente ans, l’ambiance était remarquablement joyeuse.Les militants ne semblaient sous l’effet d’aucun choc.Ça ressemblait plutôt à une anesthésie.?Plusieurs m’ont fait reproche d’une récente _ chronique dans laquelle je contestais la logique d’une démarche consistant à tenir un congrès d’orientation avant de choisir un nouveau chef.Selon eux, c’est le meilleur moyen de s’assurer que les orientations retenues seront conformes aux vœux de la base militante plutôt que d’être imposées par le chef.Le problème est qu’il y a présentement un chef, qui pèsera de tout son poids pour infléchir les décisions du congrès dans le sens qu’il souhaite.Ceux qui s’imaginent que M.Landry va jouer le rôle d’arbitre impartial rêvent en couleurs.D’autant plus qu’il envisage sérieusement de conduire le PQ à la prochaine élection et, si possible, au prochain référendum.Au congrès de mai 2000, M.Landry était intervenu personnellement, et avec toute l’énergie dont il est capable, pour s’assurer que le modèle d’union à l'européenne qu’il affectionne tant devienne officiellement l’option du PQ.Ceux qui s’y opposaient ont été littéralement écrasés.En fin de semaine dernière, M.Landry a clairement indiqué qu’il y tenait mordicus.Pensez-vous qu’il n’utilisera pas tous les moyens à sa disposition, qui sont considérables, pour imposer ses vues?H ne faut tout de même pas être naît D est vrai que M.Landry ne peut pas donner le moindre signe qu’il songe à partir sans perdre instantanément toute son autorité, mais à partir du moment où il existe une sérieuse possibilité qu’il demeure en poste, toute prise de position contraire aux siennes sur une question aussi importante que la définition de l’article un du programme sera immanquablement perçue comme un contestation de son leadership.Quand il a semoncé ceux qui le pressaient de «se brancher», tout le monde a bien compris qu’il n’entendait pas à rire.On reconnaîtra que ce ne sont pas les conditions idéales d’un débat serein et ouvert Au lendemain du 14 avril, M.Landry a déclaré qu’il aurait aimé avoir des adversaires dans la course à la succession de Lucien Bouchard.S’il le pensait vraiment il est encore temps de mettre son leadership en jeu.Oui, je sais, il ne faut pas être naïf.?L’affrontement n’est pas dans la nature de Pauline Marois, mais c’est surtout parce qu’elle savait ce que M.Landry allait dire à l’ouverture du conseil national qu’elle a fait publier un texte aussi vague dans les journaux de samedi.Dans son entourage, on se bidonnait de la déconvenue de François Legauh, dont la prise de position sans nuance contre le «partenariat politique» le place ouvertement en contradiction avec M.Landry.D est vrai que M.Legault a une admirable faculté de récupération.Chaque fois qu’il est envoyé au plancher, il semble rebondir plus fort, mais la contradiction a ses limites.Quelle crédibilité aurait-il pour faire la promotion du partenariat maintenant qu’il a déclaré publiquement qu’il n’en voulait pas?Tout en réaffirmant que son poste n’est pas vacant, M.Landry continue d’encourager les candidats à sa succession à poursuivre leurs préparatifs, mais on ne peut s’organiser indéfiniment dans l'abstrait Par définition, les nouveaux militants que Pauline Marois et François Legault s’emploient à recru ter sont des gens qui croient qu’un changement de chef serait bénéfique au PQ.Comment leur expliquera-t-on qu'ils doivent accorder un vote de confiance à M.Landry si, à la dernière minute, il décide de demeurer en poste?Une fois qu’un parti politique est engagé dans une dynamique de succession, celle-ci devient rapidement irréversible.Au fond de lui-même, M.Landry est sans doute convaincu d’être le meilleur chef pour le PQ.D a peut-être raison, mais son attitude équi voque est une véritable invitation au putsch.mdavid@ledevoir.com Une nouvelle bataille s’engage contre les « légères » et les « douces » Des experts s'adressent au Bureau de la concurrence pour faire interdire ces appellations sur les paquets de cigarettes TERRY PEDWELL PRESSE CANADIENNE Ottawa — Un groupe d’experts des milieux juridique et de la santé a déposé une plainte contre les fabricants de cigarettes au Bureau fédéral de la concurrence, afin de les obliger à cesser de vendre des cigarettes dites «légères» ou «douces».«Nous leur demandons d’enquêter sur des accusations de pratiques frauduleuses relatives aux appellations légères et douces», a indiqué le docteur Robert Cushman, médecin-conseil en santé publique d’Ottawa Etant donné que les deux tiers des cigarettes sur le marché sont dites légères ou douces, les consommateurs pensent que ces produits protègent leur santé et améliorent leurs chances de cesser de fumer, a poursuivi le D' Cushman.«Ceci est faux [.] ’est une pratique frauduleuse de marketing.• Mais les manufacturiers de cigarettes soutiennent que les consommateurs ne sont nullement trompés par la mise en marché de cigarettes douces ou légères.Selon les fabricants, les appellations légères et douces visent à souligner les différences de goût et de saveur, pas les avantages pour la santé.
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