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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2007-06-02, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2007 LITTÉRATURE Salinger vivant Page F 4 Jean Désy, aventurier du Nord et des mots Page F 6 ARCHIVES ANDRE SCHIFFRIN Itinéraire croisé d’un éditeur d’exception Entrevue avec André Schiffrin André Gide et André Schiffrin enfant dans sa maison de campagne à Cuver ville en 1939 Grâce aux efforts de Gide, les Schiffrin réussissent à quitter la France envahie JEAN-FRANÇOIS NADEAU ew York — Un portier en uniforme confirme que nous sommes bien au bon _ endroit.An-né Schiffrin a accepté de nous recevoir dimanche chez lui, à New York, pour parier un peu A'Allers-Retours, ses mémoires, qui viennent de pa- SOURCE NEWSC0M ARCHIVES ANDRE SCHIFFRIN Le père d’André Schiffrin à la fin des années quarante, peu avant sa mort.André Schiffrin, entouré des membres de la John Dewey Society.Ift (K IL™ w *J' S $ 5; «* R U Hi If 1 ^ il ^ ?^ '4^ à te-.-î !é M S: K X 15 âg “Y Lejeune Schiffrin, comme beaucoup d’immigrants, se veut vite plus Américain qu’un simple Américain raitre en finançais, mais aussi pour s’indigner, une fois de plus, de ce qui! considère comme des dérives du monde éditorial contemporain.«M.Schiffrin vous attend au seizième étage, messieurs.» Mais c’est bien au quinzième que le vieil ascenseur de style Art déco s’arrête.L’étage au-dessus n’apparaît tout simplement pas au tableau des commandes de l’ascenseur.Où sommes-nous?Certainement pas au bon endroit D faut redescendre.«Je suis vraiment désolé, messieurs, f aurais dû vous dire d’appuyer sur PH, messieurs.» PH pour penthouse.André Schiffrin, patron de Pantheon Books puis fondateur de New Press, fils du créateur de la prestigieuse collection de la Pléiade, est un des éditeurs américains les plus connus du monde, tant pour ses livres — il a publié notamment Hobs-bawm, Foucault Sartre, Chomsky, Mankell, Ta-har Ben Jelloun, Georges Perec — que pour ses critiques acerbes d’un monde éditorial de plus en phis obnubilé par ses préoccupations de profits croissants.Sa femme nous salue et s’éclipse pour ne plus jamais reparaître.Les Schiffrin habitent depuis près de quatre décennies un vaste et exceptionnel appartement new-yorkais pourtant très sobre qui surplombe, de part et d’autre, Central Park et les eaux ténébreuses qui bordent l’ouest de 111e de Manhattan.Cet immeuble a aussi abrité en son temps Elizabeth Cady Stanton, une des premières militantes du droit de vote, et de l’égalité des femmes aux Etats-Unis.Un détail « Ce que je disais il y a dix ans au sujet de la disparition des éditeurs au profit de grands groupes aux seuls intérêts financiers s’est avéré encore plus juste que je ne l’avais prévu» historique qui n’est pas pour déplaire à Schiffrin, grand amateur de panthéons littéraires et politiques.Dans ses mémoires défilent les noms des personnalités qu’il a côtoyées de près ou de loin, emballées dans un texte intelligent qui ressemble parfois à du papier de soie destiné à border leur majesté historique: André Malraux, Jean Piaget, Adoul Huxley, Alfred Nobel, Jacques Maritain, Hannah Arendt, Boris Souvarine, et bien d’autres encore.Depuis sa grande terrasse un peu laissée à elle-même, on voit la ville entière, avec ses rues au fond de canyons formés par les immeubles.Sur les toits, tout autour, plusieurs réservoirs d’eau construits en bois constituent autant de traces d’un passé archaïque toujours présent dans cette curieuse ville.Nu-pieds dans ses vieilles godasses de sport, Schiffrin enjambe les équipements de jardinage qui traînent sur le sol.«Maïakovski, lorsqu’il est venu à New York après son séjour au Mexique, croyait tenir, dans l’existence de ces châteaux d’eau déjà vétustes, une preuve de l’effondrement prochain du système capitaliste! Il a écrit, sur cette base, des textes qui prédisaient l’effondrement de la ville elle-même!», explique Schiffrin avec un léger sourire dans lequel se trouve encore lovée, malgré ses 72 ans, une part indéfinissable d’une jeunesse pourtant bel et bien disparue.Une éducation politique Dans ses mémoires, qu’il décrit d’abord comme «le récit d’une éducation politique», André Schiffrin se penche notamment sur les origines de son rapport à l’Amérique en tant qu’immigrant.Né à Paris, Schiffirin est le petit-fils d’un richissime homme d’affaires parti à l’aventure de l’or noir dans la Russie tsariste.Très riche, le grand-père aura cependant les reins brisés par la révolution soviétique et ses suites.Jacques Schiffrin, le père, sera quant à lui un amateur d’art qui s’installera à Paris où, devenu éditeur, il lancera La Pléiade, une collection prestigieuse rachetée plus tard par Gallimard, chez qui il travaillera par la suite jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.Madame Schiffrin, belle au point de servir de modèle pour des photos de mode, aura eÜe aussi ses entrées dans certains beaux milieux parisiens, dont celui des salons de Colette, qui éprouvera pour elle un faible certain, raconte Schiffrin.Jusqu’à sa mort survenue à la fin des années 1940, Jacques Schiffrin compte parmi ses très bons amis André Gide.La correspondance de Schiffrin père et de VOIR PAGE E 2: SCHIFFRIN l « 90 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2 0 07 F 2 LIVRES SCH1FFRIN «J'ai appris à mieux découvrir le Canada plus tard, notamment grâce à Michael Ignatieff dont j'ai été le premier éditeur à New York» SUITE DE LA PAGE F 1 Gide a d’ailleurs été récemment publiée chez Gallimard.Au milieu des vastes bibliothèques qui courent sur les murs de l’appartement nçw-yorkais de son fils, on trouve d’ailleurs en très bonne place les œuvres de Gide, cet homme à qui la famille entière doit peut-être la vie autant qu’à Varian Fry.Sous l’occupation nazie, Jacques Schif-frin, parce qu’il est juif, est en effet congédié par Gaston Gallimard.Il doit fuir avec sa famille.André Schiffrin, qui vit depuis sa naissance dans un milieu athée de libre-penseurs, vient de découvrir qu’un homme malingre, Adolf Hitler, le force à être juif malgré lui.L’expérience de l’antisémitisme, il en fait aussi la douloureuse expérience dans les rues et à la petite école de sa ville d’adoption, puis à l’université Yale où, comme dans nombre d’établissements scolaires américains, des quotas pour l’admission des juifs doivent être soigneusement respectés.Grâce aux efforts de Gide, les Schiffrin réussissent à quitter la France envahie.Marseille, Casablanca, puis la haute mer.André Schiffrin a six ans.Leur bateau accoste à New York.Son père y publie Aragon, Saint-Exupéry, Kessel, Vercors et bien d’autres.Le jeune Schiffrin, comme beaucoup d’immigrants, se veut vite plus Américain qu’un simple Américain.«Je me suis sentis d'ici et j’ai voulu être de ce monde tout de suite.Il m'a fallu du temps pour accepter, puis surtout pour comprendre, mon rapport au reste du monde, en particulier à la France, au monde francophone.» Adolescent, André Schiffrin dévore avec passion les bandes dessinées de superhéros.Il se passionne aussi beaucoup pour la politique américaine.Comme le réclame le climat sociopolitique, il se méfie comme de la peste des communistes, tout en demeurant curieux à leur égard.D confesse vite sans hésiter une affection profonde pour le socialisme et anime, à l’université, des cercles de jeunes militants auxquels ses mémoires donnent une place qui tient parfois plus de l'anecdote que de l’analyse.Curieux, lecteur passionné, le jeune Schiffrin s’efforce alors de mieux comprendre la guerre de Corée, qui lui semblera toujours une erreur et une boucherie encore plus grave que celle de la guerre du Vietnam.Mais c’est un voyage en France en 1947, où il est envoyé seul par sa famille en éclaireur, qui contribue à mieux lui faire prendre conscience d'un rapport identitaire double sur lequel sa vie entière s’élaborera.Production et édition Le maccarthysme et ce qui en transpire alors dans l’ensemble de la production éditoriale d’Amérique lui semblent toujours un élément nécessaire à examiner pour mieux comprendre la trajectoire des idées dans le Nouveau Monde.«J'étais alors un peu comme un ouvrier à la recherche d’outils intellectuels.» H repère les marchands de journaux capables de lui fournir des imprimés venus d’ailleurs, alors peu disponibles.L’habitude de lire les journaux étrangers ne l’a pas quitté depuis.Tout juste rentré de Madrid le jour de notre rencontre, André Schiffrin parle volontiers d’un article consacré à un livre qu’il vient de lire dans Le Monde, une de ses lectures régulières, en plus du New York Times et d’imprimés en marge, comme The Nation.«Dans les années 1950, lire les journaux étrangers était dangereux.Je me suis rendu compte que j’étais fiché par la CIA lorsque j'ai voulu assister à une réunion politique au Canada.J’admirais alors ce qui se passait en Saskatchewan, grâce à l'action de la Cooperative Commonwealth Federation (CCF), les socialistes canadiens.On repensait là certains services publics et il y avait une véritable politique d’avant-garde élaborée dans l’intérêt populaire.La CCF, c’était pour moi une référence et je suis allé à Toronto à l'occasion pour m’informer et coordonner une action commune.Je connaissais alors peu de chose du Canada, mis à part J.S.Woodsworth et le D' Norman Bethune peut-être.J’ai appris à mieux découvrir le Canada plus tard, notamment grâce à Michael Ignatieff dont j’ai été le premier éditeur à New York.» Schiffrin continue à s’intéresser aux rapports qu’entretiennent les médias avec les livres.«Il y a quelque temps, nous avons publié des lettres d’esclaves américains.Personne n’a parlé de ça vraiment.Nous avons décidé d’organiser des lectures publiques de ces lettres dans JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR André Schiffrin à New York les lieux mêmes où se trouvaient leurs descendants, des usines, des écoles, des salles communautaires.Le livre est devenu un incroyable succès.Je crois à un modèle qui ne tient pas pour acquis que les lecteurs sont des idiots qui ne s’intéressent qu’à des choses faciles qui relèvent du simple divertissement.» Comme éditeur, Schiffrin est un de ceux qui ont fùstigé le plus régulièrement la tendance généralisée des grands groupes économiques à faire main basse sur le monde des éditeurs et à niveler la production au profit d’espoirs de rentabilité à très courte vue.«Ce que je disais il y a dix ans au sujet de la disparition des éditeurs au profit de grands groupes aux seuls intérêts financiers s'est avéré encore plus juste que je ne l’avais prévu.Le modèle américain, auquel une maison sans but lucratif comme The New Press a voulu échapper, s’est étendu au paysage éditorial français, italien, espagnol et même canadien, comme vous le savez.Cela a les conséquences que j’ai décrites dans L’Edition sans éditeurs, puis dans Le Contrôle de la parole.Peut-être même des conséquences pires encore.On verra.» Le Devoir ALLERS-RETOURS André Schiffrin Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez BatUe Liana Levi Paris, 2007,286 pages ESSAI LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE LITTÉRATURE JEUNESSE Laliberté fait son inventaire LOUIS CORNELLIER Les trois courtes proses recueillies par Robert Laliberté, directeur littéraire des essais au Groupe Ville-Marie littérature, dans Inventaire de succession sont déroutantes.La première, qui donne son titre au recueil, apparaît comme la plus assurée.Né en 1949, Laliberté était un enfant pendant la dernière décennie de la Grande Noirceur.En 1991, date de la publication en revue de ce texte, il accepte de se prêter au jeu du souvenir.Et il ne trouve, ô paradoxe, que de la lumière.Celle de sa mère jeune, d’une enfance à l’eau bénite marquée au sceau de la fidélité.«Sous Duplessis, écrit-il, c’était l'enfance et rien ne pourrait jamais venir ternir l’image qu’il en gardait.» L’homme, depuis, a perdu la foi, juge sévèrement l’atmosphère de culpabilité que faisaient régner les bièn-pensants, mais sa nostalgie demeure et elle est belle.Elle relève, en fait, d'une forme de gratitude un peu trouble: «Très tôt, en effet, il avait saisi que la nostalgie ne correspond pas simplement, comme disent les dictionnaires, au regret du pays natal, quelle recouvre quelque chose de plus lancinant, comme une légère névralgie qu'on dirait presque agréable, quelque chose de triste et de beau, comme un massif d’hydrangées au milieu de l’automne, quelque chose de vague, comme un brouillard à travers lequel transparaît, oui, si Ton veut, l’image du pays natal, mais à condition de l’entendre comme une époque et non pas tant comme un territoire.» Cela, bien sûr, cette époque où l’on était déjà moderne avec machine à laver, disques en vinyle et téléviseur, s’en est allé.L’homme ne veut pas revenir en arrière, mais les nouvelles valeurs le laissent insatisfait.Héritier, il a rejeté l’héritage.Mais aujourd’hui?«Et sauf ce rejet total des valeurs de fidélité, demande-t-il, qu’est-ce que ceux de sa génération pourraient bien se vanter d’avoir apporté de nouveau?» Est-ce cette perplexité qui explique que Laliberté s’accroche, dans les deux proses suivantes, à de menus souvenirs qui évoquent très vaguement les années 1970?Cossins, par exemple, n’est qu’une liste d’objets qui encombrent le rebord d’une fenêtre d’un appartement montréalais en 1977.Est-ce tout ce qui reste de cette époque, avec les quelques bribes d’un séjour en Provence, évoqué dans La Baumetane 78, dans une sorte de coqimune gaucho-grano?A Grande Noirceur, enfance lumineuse et lucidité adulte, petite noirceur?Entre la poésie et l’essai, les proses de Laliberté nous proposent un déconcertant inventaire.Collaborateur du Devoir INVENTAIRE DE SUCCESSION Robert Laliberté L’Hexagone Montréal, 2007,48 pages * MDL marchedulivre.qc.ca librairie agréée Littérature • Art • Référença • Nouveauté PLUS DE 10 000 BANDES DESSINÉES ongle de Maisonneuve Est et sur le campus à deux pas de la Grande Bibliothèque EN PRISON POUR LA CAUSE DES FEMMES La conquête du banc des jurés MARJOLAINE PÉLOQUIN EN PRISON POUR LA CAUSE DES FEMMES Chronique intime et politique d'une action solidaire, vécue par des femmes déterminées à mettre le féminisme “sur la mappe", ce livre nous fait vivre de l'Intérieur la genèse de l'Action des jurées.Avons-nous oublié comment nos droits ont été conquis ?les éditions du remue-ménage www.edltions-remuemenage.qc.ca L’espace d’un cillement SUZANNE GIGUÈRE C> est la première fois qu’un de ses livres est publié au Québec.Anne Perry-Bouquet est française.Née dans une famille ouvrière, elle est devenue professeur de lettres puis écrivaine.La majeure partie de son œuvre (romans, nouvelles, pièces de théâtre, fictions radiophoniques) a paru chez Gallimard.Sottises que tout cela réunit onze nouvelles mettant en scène des personnages poursuivis par le destin auquel ils ne sauraient échapper, représentants d’une humanité condamnée, dans toute sa beauté, à souffrir, aimer, mourir.Articulées autour d’une dynamique de dualité constante, les nouvelles jouent sur l’équilibre entre la vie et la mort, l’enfance et la vieillesse, le bien et le mal.Bouleversant de tendresse Dans le rouge du crépuscule, une vieille femme fortunée est assassinée.Tourmenté par son crime, le cœur détraqué, le meurtrier entend la victime lui murmurer d'une voix glacée: «Pleurez Rodion Romanovitch.Ne vous retenez pas.Pleurez, les larmes nettoient les yeux et le cœur» (Sottises que tout cela).Jean Debout s’est senti importun très tôt dans la vie, comme s’il avait été invité sur Terre par erreur.Depuis, il n’a jamais cessé de se demander à chaque réveil: «Je reste ou je conclus?» Il lui suffirait de poser un geste, un seul.En a-t-il pour autant la force?Dans Le Biberon, une vieille dame solitaire reçoit de son filleul un bouquet d’orchidées bleues.Le geste attentionné ne parvient pas à apaiser ses an- goisses.Il est des attentes cruelles: «les vieux ne sont pas prévenus qu'ils seront détenus».Une nouvelle émouvante sur la vieillesse et la solitude.La maladie d’Alzheimer est au cœur de la nouvelle suivante (Ursula).Ursula est désorientée par le départ de son fils unique.Avec le temps, cette absence lui creuse le ventre, brouille son esprit.Lors d’une visite impromptue, devant un thé au citron et un chocolat à la cannelle, le fils reste muet, comme sa mère, et leur silence dure longtemps.Après son départ, Ursula s’étonne d’être soulagée.Elle n’a pas reconnu le visiteur.Dans Petit cheval fourbu, Jeanne souffre d’une infection contagieuse grave.Confinée à sa chambre, la fillette «croit que la mort Ta repérée, qu’elles se sont longuement dévisagées, là-haut, quand personne ne regardait».L’amour de ses parents agit sur elle comme un acide: il révèle, il fixe, dégageant peu à peu un visage neuf, souriant En présence d’une jeunesse lisse et fraîche, qui veut tout voir, tout entendre, tout éprouver, un homme dans la soixantaine est saisi d’une joie douloureuse (Le Vieux Fils).Une méditation sur les déferlantes du temps.L’Aveu parle du désamour d’une mère pour sa fille.«L’erreur, c’est de croire que Tamour est toujours donné au départ.Ou qu’il s’installe peu à peu, s’il n’est pas d’abord là.» Ce n’est pas un crime de ne pas aimer.C’est un drame.Changement de ton.L’auteure refuse la tension, s’ouvre à l’effusion.Les personnages de L’Ogresse s’élancent à la poursuite d’un possible bonheur.La nouvelle, teintée d’humour noir, parle de désir, d’amour et de rêves accomplis, autant de filets serrés qui empêchent de reconnaître la mort.Madame Aristide, une femme dévorante dans tous les sens du terme, éveille le désir d’un libraire célibataire engourdi par la solitude.Du même coup, elle introduit un désordre dans son existence, l’oblige à se poser la seule question vertigineuse qui compte: s’exposer ou non au risque de l’amour.En lisant Les Magiciennes, on croit reconnaître La Chanson des vieux amants de Brel.La nouvelle évoque avec précision les ravages du temps sur la passion amoureuse, avec son cortège de soupçons, de peurs, de doutes.L’amant tente de rattraper les fines attaches qui unissent le couple dans une confidence lyrique: «Allons.Tu es Marianne.À moi.Partout.Toujours.Viens vite.Ne prenons pas froid.» Chaque nouvelle de Sottises que tout cela s’ouvre sur une proposition claire.L’espace d’un cillement, les frontières deviennent poreuses, les personnages basculent dans un entre-deux où des pans entiers de la réalité s’effondrent.Tout en livrant un constat tragique (la mort l’emporte toujours), Anne Perry-Bouquet insuffle à ses nouvelles une jeunesse, une fraîcheur et une souveraine liberté de ton.Bouleversant de tendresse, le recueil est porté par une écriture lumineuse, évocatrice et puissante.Bravo Léon! Des albums de format «mini-romans» remplis de bandes dessinées, de jeux, de devinettes ANNE MICHAUD Après avoir obtenu un énorme succès, tant auprès des enfants qu’auprès des parents et des enseignants, avec les quatre premiers albums de sa série Rigolons avec Léon, l’auteure et illustratrice Annie Groovie a voulu pousser l’aventure un peu plus loin.C’est ainsi que Léon, le petit cyclope rigolo, est devenu le personnage principal d’une nouvelle série absolument «délirante»! Délirons avec Léon!, ce sont des albums de format «mini-romans» remplis de bandes dessinées, de jeux, de devinettes, d’exercices d'habileté physique et intellectuelle, de pubs, dinfonnations et de toutes sortes de surprises très.surprenantes! Avec Léon et ses amis, le Chat et Lola, les jeunes n’ont pas fini de s’amuser et, mine de rien, de se remplir le ciboulot! En prime, dans chaque numéro, un code secret donne accès à des jeux du site Web de Ijéon ( wimv.cyberieon.ca).D'ailleurs, en allant faire un tour sur ce site, vous pourrez découvrir en primeur trois des dessins animés de 60 secondes produits par la maison québécoise Sardine productions, qui s’ajouteront à la programmation pour enfants de la télévision de Radio-Canada l’automne prochain.Bravo Léon et bravo Annie Groovie! Collaboratrice du Devoir DÉLIRONS AVEC LÉON ! Un recueil de nouvelles bouleversant de tendresse en kiosque dès maintenant! A ne pas manquer dans cette édition: LECTURES D’ÉTÉ et SPÉCIAL POLAR Bulletin d’abonnement Remplir et retourner à : Les éditions Entre les lignes Téléphone : 514.526.2620 2177, nie Masson, bureau 411.Montréal (Québec) H2H IB1 Télécopieur : 514.526.4111 ?Oui, je m’abonne au magazine Entre les lignes*.?Oui, j'abonne unie) de mes ami(e)s au magazine Entre les lignes*.Cadeau de :- Tél.:- ?4 numéros /1 an : 20,00 $ + tx = 22,79 $ (institutions : 22,00 $ + tx = 25,07 $) ?8 numéros 72 ans : 35,00 $ + tx = 39,88 $ (institutions : 40,00 $ + tx = 45,58 $) Nom :-Prénom :- Adresse :________________________________________________________________________ Ville :______________________________Province :-Code postal :- Tél.rés, :-Tél.bur.:- Courriel :_______________________________________________________________________ Mode de paiement : ?Chèque ou mandat à l'ordre de : Les éditions Entre les lignes ?Visa ?MasterCard N" carte de crédit :_____________________________________________________________ Date d'expiration :___________________Date :_____________________________________ Signature :- • l'éBONNÈMENT DÉBUTER* AVEC L'ÉDITION VOL 4 «• 1 ¦ SEPTEMBRE 2007.Jean JuiftpîiSiÉï! rfti»bfith Lu bibiiothAqut Fabienne U'â Laroucbe m Collaboratrice du Devoir SOTTISES QUE TOUT CELA Anne Perry-Bouquet L’Instant même Québec, 2007,160 pages (quatre numéros disponibles) Texte et illustrations d’Annie Groovie La Courte Échelle Montréal, 2007,88 pages (À partir de 8 ans) Dimanche, le 3 juin 2007 Au Marché de la poésie de Montréal Place Gérald-Godin (métro Mont-Royal) Le Loup de Gouttière s'anime Le renku, forme de poésie japonaise Atelier d'écritu Autour du renku Anne Peyrouse André Duhaime À 13h Lecture Anne Peyrouse André Humaine Stéphane Picher Marie-Pier Deschênes À12h30 WWW j'yws/f Ifltrlèrinl gga Le Loup de Gouttière loupgout@videotron.ca Québec W® Conjoil des Art» Canada Ct> du Ginnrin for the Anne Peyrouse Directrice littéraire, poésie le Loup de Gouttière » } f / 38 L K DEVOIR.LES SAME!) I 2 ET DI M A .V C H E S .1 l~ I \ Ü O D 7 F 3 jITTERATURE Tout dire, tout montrer Danielle Laurin On la dénigre, la méprise.On l’accuse de tous les maux: nombrilisme, impudeur, exhibitionnisme.On va jusqu’à dire que ce n’est pas de la littérature, que c’est une mode, que ça va passer.Plus de vingt ans que ça dure.Mais on peine toujours à cerner de quoi il s’agit.Même ceux qui s’en réclament ne s’entendent pas sur le sens du mot.Qu’est-ce au juste que l’autoliction?Bonne question.«L’autofiction est cette forme romanesque approximative et florissante qui ne parvient pas à se définir et à délimiter son territoire avec précision», fait remarquer Madeleine Ouellette-Mi-chalska dans Autofiction et dévoilement de soi.A la base de cet ouvrage, une constatation: il y a une imprécision, une ambiguïté dans le terme même d’autofiction.A peine peut-on déceler, dans la multitude de textes identifiés sous cette appellation, «une même tendance à rétablir le sujet au centre du texte», précise l’essayiste.C'est bien ce qui semble déranger le plus.les détracteurs de l’auto-liction: cette propension au je-me-moi.C’est bien ce que l’on reproche le plus souvent aux Annie Emaux, Nelly Arcan et autres Ma-rie-,Sissi Labrèche.A Christine Angot, tiens.Christine Angot, l’auteure de L'Inceste, qui encore récemment notait dans Le Monde des livres: «C’est comme ça, c’est personnel, ce n’est pas un choix, pour moi c’est je.» Comment en est-on venu à étaler son intimité a pleines pages?L'auto-liction est-elle vraiment un phéno- mène nouveau?Et pourquoi est-ce que ce sont les femmes qui la pratiquent en majorité?Au fait, quelle différence entre autobiographie et autofiction?C’est le genre de questions abordées dans Autofiction et dévoilement de soi.Plus de questions que de réponses Attention.Beaucoup de questions dans ce livre, mais peu de réponses claires, systématiques, définitives.Pas de révélations fracassantes non plus.Madeleine Ouellette-Michalska elle-même en convient «Il est plus facile de poser des questions que d’y répondre.» Dans son cas, on serait porté à croire qu’il s’agit d’un parti pris.D'une posture.D’un refus de trancher.L’auteure, lauréate il y a quelque vingt-cinq ans d’un Prix du gouverneur général pour son percutant essai L’Échappée des discours de l'œil et récompensée à plusieurs reprises pour ses romans, ne semble pas vouloir prouver quoi que ce soit ici.Plutôt elle offre une réflexion en dents de scie.Parfois tâtonnante, parfois éclairante.Fragmentaire.C'est répétitif, aussi, il faut bien le dire.Et un brin scolaire.Mais nourri, documenté.En fait, le grand avantage de cet essai tient à ce qu’il fait le point sur ce qui a été dit sur le sujet.Tout en faisant un inventaire des principaux textes associés à l’auto-fiction et à l’autobiographie.Certains d’ailleurs font l’objet d’une analyse approfondie — Les Mots, de Sartre: L'Amant, de Duras; Passion simple, d’Annie Ernaux; Folle et Putain, de Nelly Arcan, etc.D’abord, mise en contexte: c’est dans l’ère du temps, on assiste à une frénésie confessionnelle, une rage de dire, un besoin de s’exposer.La frontière entre vie privée et vie publique s’amenuise.Le sexe et l’intimité sont donnés en pâture.C’est le voyeurisme généralisé.C’est vrai à la télé.C’est vrai en arts visuels aussi.On n’a qu’à penser à ce photographe états-unien, DOMINIQUE FAGUET AFP Christine Angot en répétition pour le spectacle La Place du singe, qu’elle avait monté en juin 2005 à Montpellier avec la complicité de la chorégraphe Mathilde Monnier XYZ éditeur félicite Daniel Castillo Durante, auteur de La passion des nomades, 9 La passion des nomades vi°M I©I 2() tl'v finaliste au Prix Trillium Spencer Tunick, qui a photogra- Shié dans des lieux publics des lilliers de corps nus ces dernières années.Pour Madeleine Ouellette-Michalska, «ces photos de masses inertes et passives évoquent davantage les condamnés des chambre à gaz de la Deuxième Guerre mondiale que l’expérimentation artistique.Elles suggèrent moins la vulnérabilité du corps que son asservissement à celui qui détient le pouvoir de choisir le lieu de rassemblement, d’organiser la mise en scène, de dicter l'alignement des postures».Bref, la dame n’apprécie pas vraiment «L’anonymat silencieux et sans visage de l’injonction masquée révèle moins l'expérience de la nudité publique que l’expérience d’une forme de totalitarisme nouveau: le pouvoir de la caméra de soumettre des gens à l’image qui biffe leur individualité.» Pour elle, la course à l’image fait en sorte qu’on en vient à confondre individualité et personnalité.Personnalité qui se crée, se construit.Plus de différence entre le spectacle et la vie.L’autofiction ne fait donc pas cavalier seul, insiste l’essayiste.Et l’expansion qu’elle a connue au cours des dernières décennies ne doit pas non plus faire oublier ceci: «La mise en discours de soi par l’aveu, la confession publique, s’inscrit parfaitement dans le discours analytique et introspectif qui parut marquer la littérature française dès le début.» Et l’auteure de remonter jusqu’à ’ Montaigne et à ses Essais: «Je suis la matière de mon livre.» Pour ce qui est de Rousseau, il «fut le premier à oser transformer les mémoires en confession, c’est-à-dire à ouvrir l’autobiographie aux aspects intimes de la vie».Ne pas oublier non plus les Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand.Et ainsi de suite.Même le surréalisme et le nouveau roman ont en quelque sorte préparé le terrain à l’autofiction, affirme Madeleine Ouellette-Michalska.Autrement dit: le mot, comme tel, n’a beau être apparu la première fois que dans les années 1970 sous la plume de Serge Doubrovs-ky, «tout contribua donc à préparer Nelly Arcan, l’auteure de Folle et de Putain la naissance de ce personnage fantomatique, hybride et sans identité stable, qui Imnte si souvent les pages de l’autofiction».Présence massive des femmes Chemin faisant, la confusion entre le roman et l’autobiographie est allée en s’accroissant.Robbe-Grillet lui-même, romancier objectif sacré pape du Nouveau Roman, ne finira-t-il pas par lâcher: «Je n'ai jamais parlé d’autre chose que de moi.» C’est dire l’ampleur du phénomène, glisse l’essayiste, pour qui «la désaffection de l’idéal collectif entraîne un repli sur soi et aux valeurs d’intimité».Pour le reste, on retiendra que la présence massive des femmes dans l’autofiction s’explique de plusieurs façons.Si Colette figure parmi les romancières qui ont osé abordé franchement la sexualité dans leurs livres, les femmes, qui n’ont, pendant longtemps, pas eu LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d'occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humaines Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion@bellnet.ca NOUS NOUS DEPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.LES PRESSES DE L'UNIVERSITE LAVAL Balises et références Acadies, francophonies Sous la direction de Martin Pâquet et Stéphane Savard et references Acadies, Iramophonies Sows u direction d* Martin PAquet «1 Stéphane Savard * * ( uiiurf fiurifitlir d'< .'ImriiqtK mÈMB ISBN : 978-2-7637-8535-6 582 pages • 49 $ CEEAN (418) 656-2131 ext.10996 www.pulaval.com Culture française d’t^sfmirique voix au chapitre, ont trouvé dans l’autofiction un exutoire de choix.Longtemps reléguées au rôle de personnage dans les romans écrits par des hommes, sans pouvoir prendre la parole elles-mêmes, les femmes ont pris leur revanche et investi publiquement le registre intime.Féminisme aidant Mais, note l’auteure, déçue: «Ma plus grande surprise aura été de constater que certains traits du corps féminin, tels l’abandon absolu à l’autre mais aussi la dimension expiatoire de la souffrance et l’attrait de certaines formes de servitude, se transmettent avec une constance stupéfiante d’un siècle à l’autre.» Quant à savoir ce que deviendra l’autofiction, Madeleine Ouellette-Michalska avoue qu’elle n’en a aucune idée.Impossible de le dire, vu la multiplicité de styles, de voix lit- JACQUES CHENIER LE DEVOIR téraires.Car il s’agit bien de cela: de voix littéraires, qui dépassent le simple témoignage.On s’entend là-dessus.Sinon, pas la peine.On n’en parle pas.Christine Angot, en terminant Encore elle, oui.Et toujours dans Le Monde des livres, récemment: «Dire je ce n’est pas être témoin, apporter son témoignage, ce n ’est pas se faire témoin soi-même, apporter son point de vue, son éclairage.Cest l’inverse.C’est rendre les autres témoins.Voilà, ça, c’est le plus important.» Collaboratrice du Devoir AUTOFICTION ET DÉVOILEMENT DE SOI Madeleine Ouellette-Michalska XYZ éditeur Montréal, 2007,152 pages ARCHAMBAULT PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes: 22 au 28 mai 2007 «S QUEBECOR MEDIA ROMAN P LE BIEN DES MIENS Janette Bertrand (Libre Expression) LES ENFANTS DE LA LIBERTÉ Marc Lévy (Robert Laffont) 1 EDNA, IRMA ET GLORIA Denise Bombardier (Albin Michel) 1 LA PART DE L'AUTHE Éric-Emmanuel Schmitt (Livre de pochai ÉVANGÉUNE ET GABRIEL Pauline GUI (LanctSt) U POIDS DES OMBRES Marie Laberge (Boréal) MAUDIT QUE U BONHEUR COUTE CHER Francine Ruel (Libre Expression) A.N.GE.T.2 : REPTIUS Anne Robillard (Lanctôt) MEURTRES A LA CARTE Kathy Reichs (Pocket) NE U MS A PERSONNE.Harian Coben (Pocket) OUVRAGE GENERAL LE SECRET Rhonda Byrne (Un monde différent) QUE U FORGE D'ATTRACTION SOIT.Michèle Cyr (Transcontinental) TOUTE LWSTORtE DU MONDE:.J.-C.Barreau / G.Bigot (Livre de poche) TOXK William Reymond (Rammarion) L'ART DE LA SMPUCTTÉ Dominique Loreau (Marabout) MÉMOIRE CAMUÈRE Philippe Noiret (Robert Laftont) SECRET DE U LM D'ATTRACTION Marcelle Delia Famé (Dauphin Blanc) EXCUSEZ-MM MAIS VOIRE ME JDTEND Lynn Grabhom U CLÉ DE U MAITRISE Charles F, Haanel (Dauphin Blanc) LES QUATRE ACCONDS TDUÉQUES Miguel Ruiz (Jouvence) JEUNESSE LE JOURNAL D'AURÉLIE UFLAMME T.3 India Desjardins (Intouchables! PAKXAL T.T : LE SECRET DE TUZUMA Maxime Roussy (Intouchables) LÉON» T.0 : LE ROYAUME D'ESA Mario Francis (Intouchables) ERAGON T.Z : L'AlNÉ Christopher Paoiini (Bayard) L0RM.UNE T.1 : ET U SECRET DE .Suzanne Julien IPietre Tfeseyre) MONDES DE MAGIE DU DIADÈME T.7 John Peel (ADA) LE SECRET DE L'ÉPOUVARTEUR Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) TÉA STILTON T.2 : LE MYSTÈRE DE .TéaStUten(Albin Michel) LES MARAIS DU TEMPS Frank Le Gall (Dupuis) HARRY POTTER n U PRINCE DE .J.K.Rowling (Gallimard) ANGLOPHONE THE SECRET Rhonda Byrne (Beyond Words) THE LAST TEMPLAR Raymond Khoury (Signet) THE CHILDREN OF HURM J.R.R.Tolkien (Harper Coins) THE AMBLER WARNING Robert Ludkrni (SL Martin's Press) Harlan Coben (Penguin Books) JUDGE AMO JURY James Pattereon (Warner Books) A THOUSAND SPLENDID SIMS Khaled Hosseini (Penguin Books) FALSE IMPRESSION Jeftrey Archer (St.Martin's Press) Plum Sykes (Miramax Books) MARY MARY James Patterson (Warner Books) les escapades découverte culturelles Archambault à Chicago 31 août au 2 sept.cnipcc Le mardi 5 juin 2007 à 19 h OU «ntt Archambault Laval (Calories Lavol) D'INFORMATION SS&UJSST i LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2 0 0 7 F 4 LITTÉRATURE Salinger vivant Louis Hamelin Deux ou trois jours avant d’aller faire un tour au Salon du livre de l’Abitibi, j’ai ressorti de ma bibliothèque la biographie de J.D.Salinger par un certain Paul Alexander.Aucun rapport entre les deux événements.A 88 ans, Salinger fait un peu moins parier de lui depuis quelques années, idem pour sa fameuse malle pleine à craquer d’inédits.On s’est habitué à sa présence d’habitant des limbes transformé en fantôme de son vivant, comme, ici, Gérard Bessette dont à la fin, on ne prenait même plus la peine de se demander s’il était mort ou vivant.De mon lit j’ai simplement allongé la main et tiré la bio de Salinger d’un rayon de la bibliothèque qui se dresse à mon chevet Inconsciemment, je préparais peut-être ma «viande froide», comme disent les gens des médias, histoire d’avoir quelque chose à me mettre sous la plume, de quoi discourir doctement lorsque la Grande Faucheuse ferait un crochet par Comish, à la frontière du Vennont et du New Hampshire.Depuis que le vieux Kurt Vonnegut a passé l’arme à gauche, ils sont deux grands à être sortis littérairement tout équipés des rangs de l’armée américaine et du conflit le plus sanglant de l’histoire.L’autre étant Mailer.On ne sait pas si Jerome David Salinger a puisé cet amour maniaque du secret qui plus tard caractérisera son activité littéraire dans les services de contre-espionnage de la quatrième division d’infanterie.Mais il jaillit d’une barge à Utah Beach le matin du 6 juin 1944, se trouve à Paris le 25 août, manifeste un écœurement tout œdipien devant la manière pleine de nonchalance dont Hemingway, voulant essayer un Luger, fait sauter la tête d’une poule d’un coup de revolver sous ses yeux, participe ensuite aux féroces combats de la forêt de Hurtgen, où sa conception patriotico-ropian-tique de la guerre part en fumée.De retour aux Etats-Unis, le jeune Salinger écrit et fait paraître une nouvelle, A Perfect Day for Banamfish, qui fit grand bruit Le lecteur de l’après-guerre, fasciné, ne sait pas encore que le malaise qui sourd de ce texte sera un jour connu des vétérans du monde entier sous le nom de «syndrome post-traumatique».Salinger donne ensuite au monde l’icône définitive de la rébellion adolescente: Holden Caufield.Pour mémoire, The Catcher in the Rye est un roman de 214 pages qui commençait ainsi: •Si vous voulez vraiment entendre ce qui suit, la première chose que vous voudrez probablement savoir est l’endroit où je suis né, et à quoi ressemblait mon enfance idiote, et à quoi mes parents étaient occupés et tout ça avant de m’avoir, et toute cette merde à la David Copperfield, mais ça ne me tente vraiment pas d'entrer là-dedans, pour vous dire la vérité.» (Ma traduction.) A Fâge de 32 ans, et avec une grosse génération d’avance, Salinger venait d’inventer l’adolescent étemel.Que sais-je encore de Salinger?Caufield, le Huckleberry Finn des temps modernes, quitte son pensionnat d’une petite ville de Pennsylvanie pour aller se perdre tête première dans New York.Précisément la ville à laquelle son créateur tourne le dos lorsque, drop out de l’institution littéraire, cet obsédé du contrôle (de son image, de son produit.) devient le reclus le plus célèbre de la littérature.Deux mariages, dit-on.Un garçon aujourd’hui acteur, une fille qui, en l’an 2000, publie des mémoires dans lesquelles on voit Salinger père boire son urine et parler en langues.Une liaison tapageuse avec une fille de 18 ans (Joyce Maynard) qui, après avoir été frôlée par l’aile du génie, se dépêche de vendre ses lettres d’amour aux enchères.Une photo d’un J.D.septuagénaire chargeant un papa razzi a inspiré à Don Delillo le meilleur roman états-unien des années 90, Mao II.Une nouvelle de Salinger intitulée Hapworth 16,1924, publiée par le New Yorker en 1965, mais jamais éditée sous forme de livre, est annoncée par Aiiiazon.fr pour 2009 chez un très petit éditeur.Le père de l’emblématique jeune baveux aura alors 90 ans.L’aventure de Montréal D y avait plusieurs jours que j’avais cessé de penser à J.D.Salinger lorsque, filant entre deux rangées de concessionnaires de voitures à la sortie de Rouyn, j’ai repris la route de Montréal.J’avais en tête quelques phrases lumineuses de Jean Désy sur le nomadisme, lequel, blanc ou amérindien, est l’état normal de l’homme du Nord.Passé Vakl’Or, j’ai vu le jeune type lever le pouce après le dernier rond-point J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un Algonquien retournant au lac Simon après une séance d’encanaillage en règle dans SOURCE INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Une des rares photos de J.D.Salinger, aujourd’hui âgé de 88 ans les bars plus ou moins bien famés du district Depuis quelques années, j’ai maintes fois servi de chauffeur d’occasion à ces jeunes gars et filles presque toujours oisifs, en quête de sensations, de n’importe quoi, joyeux ou graves.Entre le nord du parc et l'immense mine à ciel ouvert qui accueille le visiteur à l’entrée du pays des Basses-Terres et ressemble à une carrière sur la Lune, ils peuplent les bords du chemin tels les spectres déambulateurs d’une race laissée en plan.Je me rangeais déjà, occupé à déblayer le siège du passager, quand j’ai constaté mon erreur.J’avais affaire, cette fois, à un blondinet à lunettes.La casquette au front, le califourchon aux genoux.Dix-huit ans.Pas du tout indien, non, mais appartenant à une espèce voisine, presque aussi intéressante.Je vous présente Marc-André.Les jeunes se posent des questions, de nos jours.Et lui, encore plus.Comme: «Est-ce qu on est l’automne, là?» La collusion paraissait sincère.«Plutôt le printemps», j’ai répondu.«L’été, ça commence quand?— Of- ficiellement, le 21 juin.Juste avant la Saint-Jean-Baptiste.— La Saint-Jean, c’est le 14 juin?— Non, le 24.— Ah, c’est ça.Je savais qu’ily avait un 4!» Je ne voudrais pas donner l’impression d’avoir pris à mon bord un jeune gars complètement perdu.Bien sûr qu’il prenait de la drogue et allait continuer.De tout pot hasch, huile, coke, crystal, ecstasy.En cela très représentatif, m’a-t-il expliqué, de la jeunesse vaL dorienne de son âge.L’année dernière, il a été envoyé en désintox à Montréal et a «jumpé» après la première journée.Pas sa place.Un Noir lui a offert de «faire partie de son équipe».D a refrisé.Pas sa place non phis.D a repris l’autobus.Il était à sa manière étrange, allumé, plein d’une calme et troublante lucidité.Il connaît tous les dangers, les ravages causés par l’herbe et le tabac dans ses poumons et par les gaz à effet de serre sur la calotte glaciaire et il se demande de quoi le monde aura l’air dans 20 ou 30 ans tout en rêvant du jour où il pourra s’amuser dans son gros pick-up en continuant de griller des cigarettes.D ne voit nullement l’intérêt d’envisager de vivre jusqu’à 40 ans.J’avais l’impression qu’U sortait tout droit d’une réserve indienne, ce petit Blanc évaché là, le torse incliné en arrière selon un angle de 45 degrés, les genoux enfoncés profondément sous le coffre à gants.L’impression, aussi, d’avoir à côté de moi un trésor dont au moins une personne sur cette terre devait prendre soin.II avait pris sa décision le matin même.Bien avant, il avait lâché le secondaire, emballé des fruits deux semaines dans un supermarché, puis attendu l’appel de son patron.Maintenant il s’en allait à Montréal et pas en désintox.Non monsieur.Il allait commencer par aller se planter devant chez Musique-Plus, rue Bern.«Bleury, tu veux dire.Sur Sainte-Catherine, au coin de Bleury.— Ouais, c’est ça.» Sa mère, m’a-t-il raconté, avait été contente de le voir enfin lâcher la télé.Son père lui avait dit «Si tu veux revenir, appelle avant.» Et son grand-père: «Fais un homme de toi.» Et c’est ce qu’il s'en allait faire dans la grande ville avec 10 $ en poche.Je l’ai déposé devant Musi-quePlus, à deux pas du Devoir.Je lui ai filé une couple de billets retirés à la station-service et lui ai offert le sous-marin et un biscuit Big Daddy achetés pour lui en cachette.11 a refusé la nourriture, accepté l’argent.Merci, monsieur.J’ai mangé le sous-marin en rentrant chez moi par l’autoroute.Ma viande froide.Mais Salinger est vivant hamelinlc@sympatico.ca ROMAN QUÉBÉCOIS LA PETITE CHRONIQUE Perdre la carte Deux romans, deux mondes CHRISTIAN DESMEULES Perdre?Gagner?«Ça n’importe pas, puisqu'on subsiste seul, debout, face à la vie», concède d’entrée de jeu l’antihéros du premier roman de Dieudonné G.Jemoba.Un jour, un ami en rupture amoureuse force un peu la porte de ce perdant systématique et s’y installe à demeure.Timoré comme pas un, incapable de chasser l’intrus, l’homme de trente ans qui croit fermement avoir «la vocation de l’échec» décide plutôt de vider lui-même les lieux, de prendre la route et d’aller à la rencontre d’une vie qu’il devine plus «vivante» que la sienne.Comme s’il était en fuite, il saute dans un autocar, descend dans le Sud et ouvre grands les yeux et les oreilles, comme le ferait un spectateur — «celui qu’on ne voit jamais».On est tout de suite en plein «roman de la route», où les rencontres succèdent aux instants de beauté volée, et où les pas- sages oniriques ont la part la plus belle.La géographie y est incertaine, les paysages, flous.«Perdre, malgré tout, ce n’est jamais un vrai choix.C’est celui que l’on prend quand on ne peut pas gagner.» Tout entière placée sous le thème de l’errance et de la découverte de soi, cette première œuvre un peu désincarnée nous fait d’abord passer, comme pour son personnage, par la confusion et le chaos.Perdre la carte, prendre le parti du hasard et s’abandonner à la dérive est un moyen comme un autre de «devenir ce que l’on est», selon la formule de la fameuse injonction nietzschéenne.Au fil de rencontres qui lui permettront de donner un sens à son errance — et à sa vie —, le héros et le narrateur de Jemoba apprendra lentement à prendre la parole et à se nommer lui-même./o«r«a/ d’un perdant est le récit aux accents mystiques d’une naissance à soi.Des passages pleins de grands silences et d’hallucinations, un peu de développement personnel, de morale de la route: on se croirait par moments dans une adaptation du Prophète de Khalil Gibran réalisée par le cinéaste mexicain Carlos Reygadas (Japon).Confusion, décrochements et personnages allégoriques — la Pan;, la Beauté, la Femme, tout ce qui pousse les hommes à partir, à fuir, à se mettre en mouvement — ne facilitent en ce sens pas la tâche du lecteur.Trop abstrait et éthéré pour parler vraiment au cœur, Journal d’un perdant témoigne d’une démarche personnelle d’écriture mais manque de la force qu’il lui faudrait pour être marquant ou simplement original.Collaborateur du Devoir JOURNAL D’UN PERDANT Dieudonné G.Jemoba Lanctôt éditeur Montréal, 2007,142 pages Offrez £W/V les livres ou.If ûeî Félicitations aux lauréats ! Catégorie Roman québécois Catégorie Roman hors Québec Récipiendaire d'une mention spéciale •Efmvm IV PauSL à jam1 La Fabrication de l'aube Extrêmement fort et incroyablement près Série des Paul Jean-François Beauchemin (Québec Amérique) Jonathan Safran Foer (de l'OtMer) www.prixdeslibraires.qc.ca A 1*1 Pntrimi'i cnnnilior Québec ”5’ Michel Rabagliati (La Pastèque) ARTS MONTRÉAL U: Divin ii MARTIN BUREAU AFP Gilles Archambault La grande licence que m’accorde cette rubrique hebdomadaire me permet toutes les libertés.Comme celles de traiter de deux romans parfaitement différents.Le premier est destiné à un vaste public, l’autre n’aura probablement pas le lectorat qu’il mérite.Marcher sur la rivière d’Hubert Mingarelli a tout pour plaire.Il a pour personnage principal Absalon, petit gamin débrouillard qid, dans une Afrique du Sud à peine évoquée, se débrouille comme il peut avec la vie.Il accomplit de petits travaux, vit dans le souvenir de sa mère décédée, se débrouille avec un père inconsolable qui se sert de boîtes de conserve pour couvrir son toit, fréquente Rosanna, une adolescente qu’il ne parvient pas à intéresser.Le rêve d’Absalon, prendre le car qui le conduira vers ce qu’il imagine être la liberté.Je comprends aisément qu’on puisse être conquis par Absalon.Il est on ne peut plus attachant.Sa jambe malade finit même par être une tare que le lecteur peut lui-même ressentir.Tout est en place pour le plus touchant des romans.Il m’a pourtant semblé que l’auteur a cédé à la tentation de la prolixité.Tout est dit et redit à l’excès.J’aurais quant à moi nettement préféré un tissu romanesque dans lequel les dialogues auraient tenu moins de pla- Hubert Mingarelli ce.Comme elle nous est présentée, cette histoire relève d’une littérature dite populaire dans laquelle les bons sentiments ont libre cours.Des passages qui émeuvent ou qui retiennent l’attention, il s’en trouve, bien sûr, mais ils se perdent parfois dans un verbiage répétitif.Encore une fois, ce qui ne veut pas dire que les tribulations de ce petit diable d’Absalon ne parviennent pas à émouvoir.Loin de là.Mais s’il s’agit de plaisir de lecture, c’est bien plutôt dans Ce qu’en dit James que je l’ai trouvé.Alors que le roman de Mmgarelli table parfois sur une naïveté un peu forcée, celui de Dominique Schneidre a plutôt à voir avec la désinvolture, l’humour et l’expression d’une solitude foncière.Le personnage central est une femme, elle a 70 ans.«Je n’aimais éperdument plus personne.et /avais été coquette.On m’avait trompée, je m’étais fâchée, on m’avait quittée.» Presque du Vivant Denon.La vieille dame estime aussi qu’elle est parvenue à ce moment de la vie où elle peut dire: «Mon but est d’avoir lu la moitié des livres qui sont chez moi et de me rappeler la moitié de ce que /ai lu, ce qui ferait de moi une personne cultivée.Quand on vit seule, il est plus agréable de vivre avec une personne cultivée.» Le James du titre, c’est Henry James.Tout au long du roman, la vieille dame a recours à ses lectures, dialogue avec Tolstoï, Chateaubriand, Shakespeare.Et pendant ce temps, le toit coule toujours.C’est à peu près le seul lien qu’on peut établir avec le roman de Mingarelli.«Je m’acharne à vieillir frivole, lui [Tolstoï] sentencieux.Nous n’y pouvons rien, ni l’un ni l’autre.» D’être friyole ne dispense pas d’être lucide.À preuve: «Nous nous sommes toutes mariées vierges ou enceintes.Les premières étaient les plus névrosées, les secondes les plus mortifiées.Les enceintes payaient leur faute, les vierges leur ignorance.» Ne pas s’imaginer, surtout, que ce roman bourré de citations littéraires est le moins du monde prétentieux.Au contraire, on le parcourt en se promettant de le relire un jour.Ce qui doit bien être la seule raison d’accumuler à domicile ces livres qui nous encombrent Collaborateur du Devoir MARCHER SUR LA RIVIÈRE Hubert Mingarelli Editions du Seuil Paris, 2007,247 pages CE QU’EN DU JAMES Dopiinique Schneidre Editions du Seuil Paris, 2007,174 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Philosophie, science, politique Autour de Laurent-Michel Vacher Philosophie, sciénet politique COLLABORATEURS Rachel Bégin Marco Bélanger Philippe Boudreau Jean-François Chassay Yves Gingras Jean-Sébastien Guy Christian Nadeau Michel Seymour 160 pages, 12 dollars «petite collection Liber» i LE DEVOIR, LES S A M E R 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2 0 0 7 F 5 LITTERATURE Le malentendu francophone Pour une littérature-monde se lit-comme une suite de témoignages d’auteurs francophones qui récusent tout «impérialisme culturel» comme toute conception folklorisante de la littérature LISE GAUVIN Un récent manifeste publié dans le journal Le Monde (16 mars), puis repris dans Le Devoir (24 mars), sonnait le glas de la francophonie entendue comme le «dernier avatar du colonialisme français» et annonçait l’avènement d’une littérature-monde en français «dont le centre est désormais partout, aux quatre coins du monde».Corédigé par Jean Rouaud, romancier lauréat du prix Concourt pour Les Champs d’honneur et par Michel LeBris, directeur du festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo, et cosigné par 44 écrivains, parmi lesquels Jacques Godbout, Wajdi Moua-wad, Dany Laferrière et Nancy Huston, ce manifeste mettait en évidence l’ambiguïté que recouvre le terme «francophonie» lorsqu’il s’agit d’appliquer à la littérature un concept de nature d’abord politique.Le Salon du livre de Paris en 2006 avait déjà mis en avant le malaise éprouvé par des écrivains dits francophones dont les œuvres étaient marginalisées dans l’institution littéraire française bien que publiées par des maisons d’édition parisiennes.Les prix littéraires de l’automne 2006 semblaient avoir changé la donne, puisque cinq de ces prix sur sept avaient été attribués à des auteurs «venus d’ailleurs».D’où la nécessité, pour plusieurs écrivains, de recomposer avec des notions plus englobantes la scène de l’écriture «en français».On ne peut qu’applaudir à ce souci de décloisonnement et de relations égalitaires entre les diverses littératures de langue française dont on souligne à juste titre \'«effervescence romanesque».On ne peut qu’être d’accord avec les auteurs du manifeste pour dire que Ducharme est un des plus grands romanciers contemporains.Qu’être d’accord également avec ce concept de «littérature-monde», qui fait écho au Tout-Monde cher à Edouard Glissant et qui permet de regrouper le vaste ensemble de l’écriture en français, signalant par le fait même l’autonomisation de la langue et du littéraire.Mais quelques questions soulevées par le manifeste restaient en suspens, auxquelles l’ouvrage collectif rédigé par 27 écrivains apporte des éléments de réponses.Perte d’influence Alors que Jean Rouaud, dans un texte liminaire, réfléchit aux causes de la perte d’influence de la littérature française contemporaine et constate que la langue, désormais libérée de son pacte avec la nation, a pris souche dans les cinq continents où elle donne à voir «un monde ouvert, foisonnant, bigarré, en mouvement», Michel Lebris précise que l’acte de décès constaté dans le manifeste est celui d’une «certaine idée de la francophonie, perçue comme un espace sur lequel la France dispenserait ses lumières au bénéfice, il faut donc le supposer, de masses encore enténébrées».Et Waberi d’attaquer à son tour le paternalisme de la francophonie officielle, «qui n’est rien d’autre qu’un appendice de l’Elysée sourd aux mutations de la modernité».Alain Mabanckou rappelle que, dans un article publié en 2006 à l’occasion du Salon du livre de Pa- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Jacques Godbout ris, il souhaitait que le terme de littérature francophone englobe désormais toutes les littératures «en français», dont la française serait l’une des composantes.Il proposait ainsi de court-circuiter le modèle voulant que les littératures périphériques gravitent autour d’un noyau central, celui de la lit- térature française, alors que «Paris demeurait plus que jamais le centre, l’unité de mesure».Pourquoi ne pas en être resté à cette proposition?Remplacer la notion de littérature francophone par celle de «littérature-monde en français», n’est-ce pas, comme le suggérait Alexandre Najjar dans les pages du Monde (3 avril), «expliquer l’eau par l’eau»! On comprend le scepticisme d’un Jacques Godbout qui, tout en applaudissant à la générosité du projet, se demande si l’on peut croire à une littérature-monde de langue française quand, depuis plus de quarante ans, les hexagonaux, s’ils se réjouissent majoritairement de l’existence de la «francophonie», croient toujours qu’ils n'en font pas partie.«[.] Paris doit modifier son appareil éditorial et critique.Il ne s’agit pas de créer une mode “francophone”, il s’agit de changer la “culture” de l’institution littéraire en France.» Et de changer également, ajouterais-je, les modalités de circulation du livre dans l’espace francophone.L’ouvrage se lit comme une suite de témoignages d’auteurs fran- cophones ou francographes, publiés en France pour la plupart, qui récusent tout «impérialisme culturel» comme toute conception folklorisante de la littérature et revendiquent fièrement leurs appartenances multiples.La prise en charge de ces objectifs par l’ensemble des écrivains regroupés autour du festival Etonnants voyageurs, puis de la convention de Saint-Malo dont la création est annoncée, suffira-t-elle à modifier le centralisme de l’institution littéraire parisienne?Ou encore «la dictature de la diffusion», selon l’expression de Mabanckou?Toutes questions qui, fort heureusement, sont désormais sur la place publique et font l’objet de débats.Up espace de discussion est ouvert A suivre avec le plus grand intérêt Collaboratrice du Devoir POUR UNE LITTÉRATURE-MONDE Sous la direction de Michel LeBris et Jean Rouaud Gallimard Paris, 2007,342 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Les impostures qui font de la bonne littérature GUY LAI NE MASSOUTRE Il n’est pas une de ces plumes littéraires qu'on dit vétilleuses et léchées.Il ne construit pas des romans méthodiques ni autofiction-nels.Marc Dugain est l’auteur de La Chambre des officiers (1998), porté au cinéma par François Dupey-ron en 2001.Ce roman sur la guerre de 1914 a reçu un bel accueil Non, ni facilité ni fioritures.Mais il possède un talent de romancier passionné.Quand il écrit au je, il raconte à la manière d’OrweD, un de ses modèles.Ses personnages semblent tout droit faits pour un film d’action.Comme Wolfgang Petersen dans le film Das Boot, ce brillant huis clos de 1982, il déduit ses caractères de situations typiques.Il a aussi une marque propre.Doué d'une forte rationalité, il tire les fils entremêlés de la politique tapie dans Tombre.C’est sa manière de lire le vrai sous la dictature et ses actes d’extermination.Une exécution ordinaire est donc basé sur des faits.D raconte le naufrage d’im fleuron de la marine russe, le Koursk, rebaptisé Oscar II par l'OTAN et Oskar par Dugain.On se souvient de ce drame d’hommes piégés en mer de Barents, bêtement à 100 mètres de fond.C’était en l’an 2000.L'histoire se déroule sur trois générations, commises par chantage à se noircir les mains dans les affaires publiques.Le tableau est monté et démonté par plusieurs narrateurs successifs, comme autant d’amis que Dugain aurait rencontrés, qui glissent leurs hypothèses en un scénario rebondissant.La plongée Cette Russie, c’est la terreur au service d’un capitalisme sauvage.Dirigée par Staline, par Gorbatchev, par le «spongieux» Eltsine, puis ballottée par la donne de Plotov — un nouvel Ivan le Terrible face à sa nation —, ce pays vit la nùse en place des «déraisons d’Etat» par les hommes opaques des services secrets.Une vie individuelle n’y importe en rien.Tout est centré sur le pouvoir des oligarques, à la tête d’affaires louches.La corruption de cette dictature folle menace ce peuple cultivé et inventif, en fouillant les âmes, leurs qualités et leurs faiblesses, et les conversations.Pourquoi les vingt-trois hommes de l’Oscar sont-ils morts?Est-ce à cause d'une intoxication due aux rumeurs?Aux services politiques?Une défaillance technique?Une sous-traitance indue?Un sabotage tchétchène?Ou une autre criminalité, et à quel niveau?Outre le fait qu’il est allé à Mourmansk, Dugain fait aller une imagination d’enfer pour tirer au clair les magouilles étatiques et privées.S’il se documente, il n'entend pas écrire en reporter.Il suit ses intuitions, chassant un personnage inventé ou parlant de Staline, monolithe du roman.Une exécution ordinaire n’est pas un roman russe, ni un témoignage, mais bien une aventure.D’ailleurs, Dugain en a vécu une belle, lui qui s’est rendu sur cette mer, entre des populations russes qui subissent l’interdiction de parler à un étranger et les sous-marins, les destroyers, les porte-avions de diverses nationalités.L’espoir, savoir La géographie du froid, l’économie anarchique, la police toute-puissante, l’absence de salaires, tout converge vers la catastrophe précise.Mélange de liens de famille et de meurtre, la politique fond tous les repères moraux.Ces dirigeants sont des fous, dignes de l’hôpital psychiatrique.«Je ne suis que Staline.», disait le dictateur, se contemplant lui-même dans sa grandeur maniaque et schizophrène.Le romancier utilise bien ces mots.Sait-on bien ce que cette Russie embrouille, en temps de paix avec l’Occident?Le talent de Dugain consiste à nous présenter chaque destin dans ses conditions de survie: un chercheur, une femme malade, un pauvre fille serveuse, un enfant qu’on croise, un professeur d’histoire, de sombres brutes espions, répandus comme gangrène où on ne les attend pas.On aimerait que ce simple polar se résume à une fausse manœuvre en mer froide.Mais non.On a refrisé de secourir ces hommes, en mission de routine.Dugain se représente leur situation.Lui-même issu d’une famille de communistes français, il s’intéresse avec passion à cette Russie paranoïaque.Sa maestria sert le livre: on ne le posera pas avant la dernière page.Question de réalisme et de romanesque On n’en finira jamais de ressaisir le roman sous la perspective réaliste, car «le réel n’existe pas».Bernard Pingaud, écrivain engagé et auteur d’une vingtaine de titres, en a fait l’exercice dans La Bonne Aventure.Essai sur la «vraie vie», le romanesque et le roman.À partir d’un florilège de citations prises dans les journaux, il s’insurge contre la fausse évidence qu’est «la vraie vie», lui préférant «la vie vraie», telle que le travail du roman la saisit.On ne peut écrire qu’après avoir vécu et, comme Proust l’a montré, écrire rapproche des faits vrais.Pingaud s’appuie sur Rimbaud, qui aimait le romanesque, «l’aventure» jusque dans son existence.Fidèle à Sartre et à Roquentin, Pingaud rattrape le monde par la littérature.Depuis le Nouveau Roman, qui a balayé le romanesque pour restaurer la responsabilité du romancier, le roman a pour but de représenter le monde.L'unité doit s’y sentir c’est là l’imaginaire dont l’auteur porte le sens et la responsabilité.Pingaud, né en 1923, a fait profession de secrétaire des débats à l’Assemblée nationale.D’où sa clarté et son sens de la synthèse.Son essai est senti, le ton modeste et intelligent, éclairé de lectures qui n’ennuiejit pas.Des vivants, il cite Jean Echenoz parmi les grands.Collaboratrice du Devoir UNE EXÉCUTION ORDINAIRE Marc Dugain Gallimard Paris, 2007,351 pages LA BONNE AVENTURE Essai sur « la vraie vie », LE ROMANESQUE ET LE ROMAN Bernard Pingaud Seuil, Paris, 2007,170 pages ÉCHOS Correspondances de jardins Les Correspondances d’Eastman se sont alliées cette année au Festival de jardins de Montréal, qui se déroule pour sa part du 29 juin au 3 septembre aux Jardins des écluses, sur les quais du Vieux-Port, à Montréal Trois stations d’écriture y seront donc aménagées, et les amateurs y seront invités à disserter sur le thème «Souvenirs de jardins de mon enfance».- Le Devoir Éloge de la misanthropie Ils se sont inspirés de l’œuvre de l’écrivain Philippe Murray, celui-là qui disait «Le monde est détruit, il s'agit maintenant dele versi-^ fier», et qui est lui-même mort • J|lM en 2006.Le ¦ thème de La misanthropie est au cœur du dernier numé-Dominique rode la revue Noguez L’Inconvénient, intitulé «L'interdit de l'Alceste».On y trouve notamment des textes de Dominique Noguez, de Gilles Archambault d’André Major.«Pour avoir le temps d’écrire, l’écrivain devrait être misanthrope.Même pas, car il risquerait ainsi de perdre du temps à régler ses comptes.N’avoir ni amis, ni ennemis, tout simplement», écrit Dominique Noguez.Le numéro compte aussi divers billets, signés, entre autres, par Pierre Vade-boncœur, Yin Chen et Serge Bouchard.- Le Devoir Fernand Dumont: œuvres complètes auxPUL Les Presses de l’Université Laval rééditent les œuvres complètes de Fernand Dumont.Ces œuvres se présenteront en cinq tomes, les deux premiers portant sur les sciences et la culture, le troisième sur les études québécoises, le quatrième sur les études religieuses, et le cinquième regroupant les poèmes et les mémoires.- Le Devoir Francine Ruel et le prix du bonheur Francine Ruel a redonné vie à son héroïne Olivia Lamoureux dans son dernier livre, Maudit que le bonheur coûte cher, publié chez Libre Expression.On y parle de mariage, d’adoption, de naissance et de mort, mais aussi de rénovations.Est-ce le coût du bonheur?- Le Devoir Uab oratoire O© e communautique — pilquéts Collection dirigée par Pierre-Léonard Harvey LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL apptl Madeleine Pastinelli Des souris, des hommes et des femmes au village global JtWS KlUCRU M SWJPWMT I.¦ 4j Bibliothèque et Archives nationales du Québec en collaboration avec la Société des Dix vous invite à assister à la conférence La littérature au Québec de 1P60 à 1800 prononcée par Bernard Andrés professeur de lettres à l’Université du Québec à Montréal à l’Auditorium de la Grande Bibliothèque le mercredi 6 juin à 19 h 30 4?S, bout De Maisonneuve Est, Montréal @101^ Métro Berri-UQAM Renseignements : 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 Entrée libre www.banq.qc.ca Bibliothèque et Archives nationales __ Québec S S Parole, pratiques dans un espace d Des souris, des hommes et des femmes au village global Parole ot»UCMf* ùj*nm*lr*s et lien social dans un espace de bavardage électronioue Madeleine Pastihcu.1 ISBN : 978-2- 336 (418) 656-2131 ext.10996 www.pulaval.com i r LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 J D I N 2 0 0 7 ESSAIS ESSAIS QUÉBÉCOIS Poésie blanche, poésie noire GUY SAINT-MARTIN Jean Désy, écrivain et amoureux du Nord québécois Louis Cornellier Aventurier, amoureux de la glace et du Nord québécois et écrivain, Jean Désy est aussi enseignant et médecin.Dans un essai intitulé Âme, foi et poésie, il témoigne avec intensité des forces contradictoires qui l’habitent et de la spiritualité qui tente de les unifier.Déchiré entre la souffrance et la joie, le néant et le sens, Désy avoue se réfugier dans la littérature pour révéler et se révéler «certaines bribes du mystère humain, essentiellement humain».Son engagement en médecine lui crée des tourments.«Etre médecin restera pour moi une tâche teintée d’une longue souffrance à porter», écrit-il.Seule la poésie parvient à l’apaiser.Utile, extraordinaire même, la science ne saurait suffire à la quête humaine.Il faut donc «croire en des valeurs qui vont au delà des puissances de la science», tout en reconnaissant «l’extrême difficulté de faire coïncider science et poésie».Ce deynier thème domine les réflexions qui composent Ame, foi et poésie.Sans cesse, Désy revient sur la nécessité d’amalgamer les «fonctions rationnelles et irrationnelles», la science et l’émotion.Dans un beau chapitre destiné à ses étudiants en médecine, il rappelle à ces derniers que l’essentiel relève «à la fois du poétique, du scientifique et du religieux», les met en garde contre la tentation de «ïéconomico-déli-rant» et, surtout, les invite «à jongler avec les sciences en artistes».Insistant sur les similitudes entre la médecine et la littérature, Désy tente de former des «lecteurs-soignants» capables de lire l'Autre en se faisant aussi bien voyants rimbaldiens que spécialistes puisque «l'expérience poétique est tout aussi essentielle aux soins des malades que la vision scientifique».Chercheur de sens, Désy se fond dans le Nord pour éprouver une transcendance qu’il laisse sans explication logique pour éviter de la trahir.Sa foi, d’ailleurs, s’accommode d’un flou conceptuel souvent décevant Apparentée au panthéisme, elle postule une vague «vie après la mort» et emprunte à la spiritualité orientale, tout en se réclamant surtout de la tradition poétique occidentale.«Je suis athée autant que croyant», va même jusqu’à écrire Désy, dont la soupe théocosmique contient aussi des ingrédients empruntés à Nietzsche, au sucré Paulo Coelho et au débridé Carl Gustav Jung.La méditation, par moments, prend donc des allures d’élucubrations par trop syncrétiques.Désy, de plus, n’évite pas toujours le catastrophisme adolescent quand il évoque, sans argumentation, notre société «puissamment insignifiante» et «la totale robotisation du monde et des esprits».C’est un peu court Cette remarque s’applique aussi à sa maladroite suggestion «d’un retour à un solide gros bon sens vitaliste», une solution terre à terre qui conclut bien pauvrement des envolées sur l’âme, la foi et la poésie.Esprit scientifique et aventurier ayant embrassé l’univers poétique «pour découvrir une forme d’intelligence métaphysique», Jean Désy signe ici une œuvre inégale qui plonge bellement dans d’inatteignables profondeurs mais s’égare parfois en chemin.Hébert dans le noir «Dans le noir du monde au sens où je l’entends, au sujet duquel il y a bien peu à savoir mais beaucoup à apprendre, ni la lumière du soleil ni les lumières culturelles ne montrent le chemin», écrit le professeur et critique François Hébert.Seule la poésie, selon lui, peut faire voir à l’explorateur du mystère les pistes à suivre, mais «le résultat n'est pas garanti».Recueil de six essais littéraires touffus et écheve- lés, Dans le noir du poème.Les aléas de la transcendance postule «que la littérature ne s’écarte de la religion (en tant que réseau des relations avec la transcendance) que pour y revenir».D’où le projet d’Hébert «d'aller aux livres de [son] pays et de [son] temps, et aux poèmes surtout, et d’essayer d’y lire le sort dévolu aux dieux».Or les dieux, dit-on souvent, seraient morts.Aussi, les auteurs visités ici ne sont pas les croyants qui résistent à cette annonce (Rina Lasnier, par exemple), mais «des auteurs plus ou moins sacrilèges, sceptiques, athées, agnostiques ou indifférents» qui n’en ont pourtant pas fini avec les «dieux anciens, dieux désactivés si l’on peut dire, désuets ou enfuis».Les poèmes, écrit Hébert, contiennent «les secrets du sacré» et ouvrent «sur l'abîme qu’est notre monde aux yeux de ceux qui ont des yeux pour voir.Voir l’invisible, évidemment».Ce stimulant programme ne remplit toutefois pas ses promesses.Erudit et énergique, le critique ne brille malheureusement pas par son souci de clarté.Son éditeur évoque «un angle résolument personnel et libre».Il s’agit plutôt, en fait, de méditations totalement débridées qui laissent le lecteur sur le carreau.Qu’il traite de «la dimension métaphysique» de l’œuvre de Louis Dantin, d’un carnet d’asile de Nelligan, des Tableaux de l’amoureuse de Paul-Marie Lapointe ou des rapports entre poésie et musique, Hébert, toujours savant, parfois grave, parfois amusé, ne semble jamais se soucier de 1 intelligibilité d’ensemble de son propos.Ses considérations psychanalytiques et, surtout, sémiotiques ouvrent quelques pistes intéressantes, mais elles se perdent toujours dans un capharnaüm interprétatif qui décourage l’attention.A cet égard, les essais consacrés à Gilles Cyr et à Saint-Denys Carneau (déchiré entre le salut par la foi et le salut par l’art) font meilleure figure, mais eux aussi déroutent trop radicalement pour convaincre.Au bout du compte, le lecteur se retrouve bel et bien dans le noir, mais il s’agit moins de celui du poème que de celui de la pensée alambiquée du critique.Dans Pabîme de Nelligan Prolifique auteur pour la jeunesse, Daniel Mati-vat a eu la bonne idée d’un roman poqr ados qui prend la forme du journal personnel d’Emile Nelligan.De décembre 1896 à novembre 1941, on y suit le jeune génie aux «ennuis assassins» et au cœur «pavé de désespoir» dans sa brûlante aventure poétique.La vraie poésie, lui fait écrire Mativat, n’est pas un passe-temps mondain, mais «un don total de soi, un idéal absolu qui vous précipite dans un abyssal gouffre intellectuel».Instructif petit portrait du milieu poétique de l’époque (il contient toutefois un anachronisme: Nelligan reçoit, en 1896, en cadeau, un exemplaire de La Bonne Chanson, un projet lancé en 1937), ce roman présente aux ados un Nelligan à la fois troublant et inspirant.louisco@sympatico.ca ÂME, FOI ET POÉSIE Jean Désy Préface de Thomas de Koninck XYZ Montréal, 2007,150 pages DANS LE NOIR DU POÈME Les aléas de la transcendance François Hébert Fides Montréal, 2007,218 pages ÉMILE NELLIGAN OU L’ABÎME DU RÊVE Daniel Mativat Pierre Tisseyre Saint-Laurent 2007,208 pages Émile Nelligan POLITIQUE Chomsky ou l’anarchisme contre la haine CLAUDIA DAUT REUTERS Noam Chomsky photographié lors d’un voyage à Cuba, en 2003 MICHEL LAPIE R RE Dans les années 1940, lorsque j’étais un des dirigeants des jeunesses sionistes, je m’opposais à la création d’un Etat juif.» Cette confession aussi paradoxale que surprenante est de Noam Chomsky.Il précise qu’à l’époque, le milieu sioniste admettait que des juifs, comme lui, pouvaient rêver de la formation en Palestine à’«une communauté bina-tionale socialiste», fondée sur le dialogue judéo-arabe.Comme Chomsky le signale, même «les colombes israéliennes», dans leur quasi-totalité, ne toléreront plus, parmi les sionistes, cette tendance minoritaire.Des réflexions semblables, reliées à la vie personnelle, font que La Poudrière du Moyen-Orient, recueil d’entretiens entre Gilbert Achcar, journaliste d’origine libanaise, et Noam Chomsky, essayiste améri-cain, échappe aux lieux communs et à l’aridité qui déparent si souvent les ouvrages de ce genre.Éncore mieux qu’Achcar, Chomsky aborde la question palestinienne en allant au fond des choses avec pne vigueur renouvelée.«Les Etats-Unis et Israël sont, dit-il, en passe de consommer leur projet de meurtre d’une nation, événement sinistre et rare dans l'histoire.» Il montre que les attitudes américaine et israélienne s’assimilept toutes les deux au terrorisme d’Etat Par exemple, il souligne qu’en décembre 1987, seuls les Américains et les Israéliens se sont opposés à une résolution des Nations unies qui condamnait le terrorisme.Pourtant Washington et Tel-Aviv ont toujours ce mot à la bouche pour désigner les réactions les plus violentes qui proviennent du monde musulman.Le linguiste éminent, devenu, depuis des lustres, un analyste politique au labeur incessant se sou-çie d’expliquer que ce sont les Etats-Unis et Israël qui emploient indirectement le vocabulaire de la tradition juridique internationale pour définir, malgré eux, leur action concertée.Dans la résolution de l’ONU contre le terrorisme, Chomsky a découvert que les tennes selon lesquels rien ne saurait porter préjudice au droit à l’autodétermination des peuples «sous occupation étrangère» rendaient le texte inacceptable pour les deux pays alliés.C’est dire que les Américains et les Israéliens admettaient de manière tacite qu’ils s’opposent au droit qu'auraient les Palestiniens de s’affranchir du joug colonial que l’État juif fait peser sur eux depuis sa création en 1948.Chomsky serait-il en faveur de la substi- tution d’un État palestinien à Israël pour régler le problème?Une solution aussi extrême et périlleuse ne correspond pas à sa pensée.«Aucun Etat n’a le droit à l'existence», tranche Chomsky.Cette assertion étonnante se comprend seulement à la lumière d’un anarchisme philosophique fondé sur le rejet non violent de toute contrainte politique.Mais, en dia- loguant avec Achcar, Chomsky, si utopiste soit-il, ne se perd pas dans les rêveries.Il trouve des formules percutantes et colorées qui parlent à l’imagination et au cœur.En voici une: «Si le Moyen-Orient ne disposait pas des principales ressources énergétiques du monde, les décideurs ne s'en soucieraient guère plus aujourd’hui qu’ils ne se soucient de TAntarc- tique.» Chomsky insiste: «Le pétrole est depuis toujours le moteur» de la stratégie américaine dans la région.Très terre à terre, cette stratégie s’associe à une politique qui, quant à elle, relève de l’idéologie en s’appuyant sur l’alliance indéfectible avec Israël.Pour expliquer le lien entre les deux pays.Chomsky propose une interprétation originale.Selon lui, beaucoup d’intellectuels américains de droite, juifs et non-juifs, soutiennent la cause israélienne pour vengçr secrètement la défaite que les Etats-Unis ont subie au Vietnam.À leurs yeux, Israël, en écrasant les Palestiniens, «montre, explique Chomsky, comment il faut traiter les parvenus du tiers-monde».Pour l’essayiste, cette lente humiliation des faibles est une insulte aux victimes de l’Holocauste, dont on exploite la rçiémoire pour justifier l’action de l’État juif.Comment s’élever contre la spirale de la haine qui, dans la stratégie américano-israélienne au Moyen-Orient, mêle le sang au pétrole?En répondant à la violence par la violence?Absolument pas.Contre la spirale de la haine Dans le «Cahier de l'Herne» qui lui est consacré et auquel ont collaboré une trentaine de per- sonnes, notamment Pierre Vidal-Naquet, Susan George et le Québécois Normand Baillargeon, Chomsky, en s’entretenant avec Jean Bricmont, fait de l’anarchisme la seule pensée susceptible de briser la spirale de la haine.L’anarchisme «cherche, explique-t-il, à identifier les structures d’autorité et de domination, à leur demander de se justifier, et, dès qu’elles en sont incapables (ce qui arrive fréquemment), à tenter de les dépasser».Quoi de plus utopique que le dépassement des bombes par la simple pensée analytique?On ne peut répondre à cette question que par une autre, tout aussi inévitable: quoi de plus vain et de plus atroce que la spirale de la haine?Collaborateur du Devoir LA POUDRIÈRE DU MOYEN-ORIENT Gilbert Achcar et Nçam Chomsky Écosociété Montréal, 2007,376 pages CHOMSKY Sous la direction de Jean Briçmont et Julie Franck Éditions de l’Herne Paris, 2007,360 pages les éditions Le lézard amoureux a ^Poésie as .Le Quatuor marâtre (polyphonie poétique) ¦ÂP0 avec : Thierry Dimanche Martine Audet Renée Gagnon Annie Lafleur samedi 2 juin, 19 h, sous le chapiteau de la place Gérald-Godin (métro Mont-Royal) Nouveautés : Les Petits Villages, collectif Prolégomènes à mon géant, d’Annie Lafleur .-HJ*"" »• villages * * ¦ .; .V'M'L Lectures des Éditions du Noroît www.lonoroit.oam APCtifE Dimanche, 3 juin à 13 h 30 Michèle Gagné L'autre corps Alexandre L'Archevêque Morts du ciel [MÉTRO MONT-ROYAL) Patrick Lafontaine au lieu de l'abandon Pierre Ouellet dépositions Diane Régimbald Des cendres des corps È.s î {
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