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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Le devoir, 2007-05-30, Collections de BAnQ.

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INTERNATIONAL I NATIONAL I CULTURE Turquie : la grande peur islamiste Le 4' Sommet citoyen Ces forêts qu’on Sarkozy Imperator de Montréal assassine alternatives LE JOURNAL VOL.13 NO.9 / JUIN 2007 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA Liban : Retour vers le futur « Chili Santiago a le mal des transports PHOTO : AP PHOTO/BEN CURTIS L’armée libanaise resserre l’étau sur le camp de réfugiés palestiniens de Nahr Al-Bared au nord du Liban, officiellement pour en éradiquer un groupuscule aux motivations obscures, Fatah-Al Islam.Mais dans les faits, il y a des mois que les protagonistes libanais de la guerre de l’été 2006 s’apprêtaient à en découdre.PIERRE BEAUDET Ces jours-ci, une grande partie des 40 000 habitants du camp de Nahr Al-Bared se retrouvent en fuite, sur la route, dans des conditions déplorables.Beaucoup aboutissent dans l’autre grand camp palestinien du nord, Badaooui, où ils s’entassent à 10, 20 ou 30 dans de micromaisons déglinguées.On dira que les réfugiés palestiniens en ont vu d’autres, depuis leur expulsion, en 1948.Mais tout de même.Depuis la fin de la « guerre de trente-trois jours », survenue en juillet 2006, les protagonistes libanais ainsi que leurs alliés internationaux n’ont cessé dé se préparer à de nouveaux affrontements.Sur le plan intérieur, le gouvernement libanais et en particulier son « maillon fort », le clan de Saad al-Hariri, cherchent à consolider l’alliance avec les États-Unis et à refouler l’opposition dont le chef de file est le Hezbollah.Le « petit problème », pour M.Hariri, est que le Hezbollah est sorti passablement renforcé de sa victoire contre l’armée israélienne l’été dernier.De facto, le pays est divisé en deux.Le gouvernement et le clan Hariri résistent aux appels de l'opposition pour mettre en place un gouvernement d’unité nationale.Quant au Hezbollah, en dépit d’immenses manifestations, il ne réussit pas à forcer le jeu.Une impasse politique, pourrait-on dire.Ou une partie remise.Au Liban, devant une telle situation, il arrive souvent que le conflit éclate sur le dos des Palestiniens, qui sont vulnérables et parfois instrumentalisés.D’où les doutes à l’endroit du Fatah Al-Islam.On sait en effet, par les médias libanais, qu’Hariri est en contact avec Liban.26 mai 2007.Ahmed al-Ali, 3 ans, dans le camp de réfugiés palestiniens de Badaooui.ce groupe qui se présente comme « sunnite » et « intégriste ».Parallèlement, Hariri développe ses propres appareils de sécurité, en dehors de ceux de l'État, tels ces mystérieux Jihaz al-Ma’alumat.Selon le professeur de l’Université américaine de Beyrouth, Ahmed Moussalli, Hariri aurait financé des intégristes sunnites pour en faire des alliés contre le Hezbollah.En 2005, il aurait même payé la caution de 48 000 $ dollars pour quatre membres d’un autre groupuscule islamiste (Dinniyeh), qui étaient accusés de sédition.Le virage américain Le drame actuel se joue cependant à un autre niveau.Confrontés à leurs échecs en Irak et devant l’incapacité de leurs alliés israéliens à venir à bout de l’opposition libanaise, Bush et son équipe seraient en train, selon le réputé journaliste Seymor Hersh, d’infléchir la stratégie de la « guerre sans fin » entamée depuis 2001.Dans une récente enquête publiée par le magazine New Yorker, Hersh affirme que VOIR PAGE 2 : LIBAN Trois mois après son lancement, le Transantiago, le nouveau plan de transport de la capitale du Chili, tourne au cauchemar.Autopsie d’une fausse bonne idée qui met Santiago sens dessus dessous et qui provoque la première véritable crise politique de la présidence de Michelle Bachelet.ANTOINE CASGRAIN SANTIAGO - Au petit matin du 14 mai, on annonce qu’un problème technique a entraîné la fermeture de la Ligne 1 du métro de Santiago, la plus achalandée de tout le réseau.Spontanément, dans le centre-ville, la foule qui se pressait autour de l’immense station Las Rejas envahit les rues avoisinantes.Elle improvise une manifestation.L’explosion de colère à la station Las Rejas ne doit rien au hasard.Depuis l’implantation du plan Transantiago, la station qui sert de point de correspondance au centre-ville est tellement achalandée que les autorités ont dû installer des feux de circulation pour contrôler et parfois fermer l’accès aux quais du métro! Et l’enfer se poursuit dans les wagons.La densité dépasse parfois sept personnes par mètre carré.Le 14 mai, la population exaspérée a donné libre cours à sa colère.Mais ce n’était pas la première fois.Depuis trois mois, les manifestations contre le plan Transantiago, celui-là même qui devait révolutionner le transport dans la capitale, sont devenues monnaie courante.La colère est particulièrement vive dans les quartiers pauvres, éloignés du centre.Étalement urbain et libre marché La déconfiture du plan Transantiago ne saurait s’expliquer sans un bref retour en arrière.En effet, sous la dictature d’Augusto Pinochet, le développement de la ville de Santiago s’est effectué sous le signe de la déréglementation et du laisser-faire économique.La capitale a connu un étalement urbain débridé, qui a repoussé les populations pauvres loin à la périphérie.Comme si tout cela n’était pas suffisant, la privatisation des compagnies de transport en commun a entraîné une importante diminution de la qualité des services.Et les gouvernements démocratiques des années 90 ont aggravé le problème en encourageant le transport par automobile, notamment par l’octroi de subvention pour la construction d’autoroutes urbaines, données en concession au secteur privé.Héritière d’un modèle de développement à la nord-américaine, Santiago en récolte aujourd’hui les conséquences : embouteillages chroniques et pollution élevée.En fait, l’agglomération de 6 millions d’habitants enregistre les niveaux de pollution atmosphérique parmi les plus élevés de la planète.En hiver, à cause des courants d’air froid qui maintiennent l’air plus chaud au niveau du sol, la ville, située dans une cuvette naturelle, étouffe sous une poussière noire.Jusqu’à tout récemment, le système d’autobus, entièrement privatisé, était assuré par un réseau plus ou moins officiel d’entreprises privées : les fameuses micros amarillos - les autobus jaunes.Avec leurs chauffeurs payés en fonction du nombre de passagers, ces véhicules causaient cependant leur lot de problèmes.D’une part, ils se livraient à une véritable course aux clients sur les artères principales.De l’autre, il n’était pas rare qu’ils refusent d’accorder le tarif réduit aux étudiants.Et puis il y avait la sécurité, souvent aléatoire dans une épave ambulante roulant à tombeau ouvert.L'utilisation de cette flotte de vieux autobus contribuait en grande partie à la pollution de la ville, sans pour autant constituer une aubaine pour les passagers.À Santiago, la tarification se situe sans contredit parmi les plus élevées d’Amérique latine.Le prix du transport en commun y atteint 23 % du salaire minimum, contre 17 % à Buenos Aires et environ 5 % à Montréal.Transantiago : le projet étoile du gouvernement Depuis plusieurs années, le gouvernement chilien caressait l’idée de doter Santiago d’un système de transport « moderne ».Et c’est ainsi qu’est VOIR PAGE 2 : CHILI L’éthanol au Québec et au Canada L’avenir n’est plus ce qu’il était DEUXIÈME DE DEUX ARTICLES D’ici 2010, toutes les essences canadiennes devront contenir en moyenne cinq pour cent d’éthanol.Autrement dit, la consommation annuelle sera multipliée par dix, pour atteindre 2,5 milliards de litres.Est-ce vraiment une bonne nouvelle ?BENOÎTE LABROSSE Apparemment, la cause est entendue.Au Canada, le secteur des transports est responsable de plus de 27 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES).Or, selon des estimations du ministère des Ressources naturelles, l’éthanol générerait jusqu’à 40 % moins de GES que l’essence à laquelle on le mélange.En conséquence, remplacer l’essence par de l’éthanol semble tout à fait logique.Vu sous cet angle, l’éthanol ressemble à une solution inespérée, presque à une bouée de sauvetage.Mais tout n’est pas si simple.Car le Canada ne dispose pas encore d’une grande capacité de production.L’an dernier, en 2006, la production canadienne n’atteignait que 250 millions de litres par an, soit à peine 10 % de l’objectif fixé pour 2010.Pour l’instant, presque tout l’éthanol canadien est extrait du maïs ou du blé, dans les cinq usines de la compagnie Ethanol Greenfield.Et on le retrouve dans plus d’un millier de stations-service.À travers tout le Canada, l’engouement pour l’éthanol semble soudain généralisé.Au point de devenir suspect.Le gouvernement ontarien a pris les devants, en exigeant une teneur moyenne en éthanol d’au moins 5 % (E5) dans l’essence vendue dans la province depuis le Tr janvier.De son côté, la Colombie-Britannique offre actuellement une exemption de la taxe routière pour l’essence contenant 85 % d’éthanol (E85).Apparemment, il importe peu que seule une flotte de près d’un millier de véhicules gouvernementaux possède des moteurs adaptés à ce mélange, et que la seule station-service canadienne qui en distribue soit située à Ottawa.Trouvez l’erreur! Plus près de nous, le gouvernement québécois a présenté au printemps dernier une politique énergétique qui propose d’exiger une teneur moyenne de 5% d’éthanol dans l’essence pour 20x2.L’objectif est ambitieux, pour ne pas dire téméraire.Il suppose la distillation d’au moins 450 millions de litres d’éthanol par année dans une province qui n’en produisait pas une goutte jusqu’à tout récemment.La première usine québécoise, construite au coût de 109 millions de dollars, a récemment été inaugurée à Varennes.Elle produira annuellement 120 millions de litres d’éthanol à partir de 300 000 tonnes de maïs grain, dont les deux tiers sont fournis par Pro-Ethanol, une entreprise qui regroupe quelque 500 producteurs commerciaux québécois.Les optimistes vous diront que son entrée en fonction a fait bondir à près de 400 millions de litres la production annuelle d’éthanol au Canada.Les pessimistes vous diront que le pays devra en produire (ou en dénicher) deux milliards de litres supplémentaires d’ici 2010 pour atteindre ses objectifs.Effets secondaires de l’éthanol : qui croire?Et c’est là que les choses se compliquent.L’une des inquiétudes suscitées par la production d’éthanol de maïs concerne justement la quantité de terres cultivables qui seront mobilisées pour sa production.Assistera-t-on à une augmentation incontrôlée des surfaces cultivables allouées à la production du maïs ?Le directeur général de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec, Benoît Legault, confiait récemment à La Presse qu’« au Québec, la culture des épis devrait occuper de 5% à 10% plus de terres arables que l’an dernier ».Évidemment, le son de cloche est bien différent à l’usine de Varennes.« L'usine utilise 10 % de la production québécoise de maïs, dont une partie est de toute façon déjà exportée.On n’a pas besoin de plus de culture », explique Jean Roberge, le directeur des nouvelles installations de Varennes.Il assure que le maïs utilisé à Varennes ne sert 1 : * fmÊ - VOIR PAGE 5 : ÉTHANOL L’avenir énergétique vu par un site favorable il la conversion de mats en éthanol.Aux États-Unis, ce genre de combustible suscite un tel enthousiasme que l'on parie parfois de « biocarburantmania ».I 2 JUIN 2007 I I NTERN ATIONAL LIBAN SUITE DE LA UNE Washington a décidé de concentrer ses efforts contre l’Iran et contre ce qui est appelé par l'administration Bush « l’arc chiite ».Ceci implique une politique de rapprochement et d’accommodement avec 1 Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Égypte en tant que principaux gouvernements « sunnites » de la région.Cela pourrait même éventuellement signifier un rapprochement avec des factions sunnites en Irak, en Syrie et au Liban.Selon Hersh, George Bush aurait accepté le fait qu’il ne peut plus gagner sa guerre « contre tout le monde ».De plus, realpo-litik oblige, il lui faut trouver des alliés.Y compris en appliquant le bon vieux principe voulant que « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ».Cela avait été fait à l’époque de la guerre en Afghanistan contre les Soviétiques.Les stratèges de Washington estimeraient que l’Iran et ses alliés comme le Hezbollah représentent une menace potentielle encore plus grande que les autres, compte tenu de leurs capacités militaires.De même, il apparaît difficile d’ignorer les appuis populaires croissants qu’ils reçoivent en tant que forces capables de tenir tête aux dictais états-uniens et israéliens.Si Hersh a raison, le conflit dans le nord du Liban prendrait un sens encore plus sinistre.Agenda plus ou moins caché Les Palestiniens au Liban pourraient devenir les premières victimes de ce réalignement.Selon As’ad Abukhalil, un journaliste palestinien qui anime un site internet très populaire (Electronic Intifada), Fatah Al-Islam apparaît comme un bouc-émissaire tout désigné pour faire éclater la guerre contre un ennemi imaginaire et faible.« Ce sont des combattants qui viennent de l'extérieur et qui n’ont pratiquement aucun lien avec la population de Nahr Al-Bared.Leur combat contre l'armée libanaise est dérisoire.L’armée libanaise veut rehausser son image [et faire oublier] qu’elle ne peut défendre le pays lorsqu’il est réellement agressé.Comme durant l'été dernier, lorsque c’est le Hezbollah qui a résisté aux Israéliens ».Une semaine avant le début des combats au nord, le sous-secrétaire d’État américain, David Welch, était à Beyrouth pour rencontrer le commandant en chef de l’armée libanaise.Toute la presse libanaise avait souligné cette rencontre extraordinaire.Rien n’avait réellement filtré, bien que l’on soupçonnait les États-Unis de demander aux Libanais ce que les Israéliens n’ont pu réussir jusqu’à présent.Abukhalil, du site Electronic Intifada, estime que l’objectif de Washington est « d’inciter le gouvernement libanais à déclencher une guerre globale contre les camps palestiniens, en utilisant Fatah Al-Islam dans un premier temps, puis en visant l’ensemble des organisations palestiniennes légitimes dans un deuxième temps ».Le journaliste n’exclut cependant pas une double manipulation, comme on le voit souvent au Liban.Elle proviendrait des États-Unis, mais aussi de la Syrie, qui peut également jeter de l’huile sur le feu quand elle pense ainsi défendre ses intérêts.De toute manière, le Liban et en particulier les réfugiés palestiniens se retrouvent devant une autre crise majeure.Les damnés de la terre Il est vrai que depuis plus de 50 ans, les Palestiniens réfugiés au Liban ont connu bien des malheurs.« Abrités » au début sous des tentes par l’ONU, ils se sont peu à peu retrouvés des dizaines, puis des centaines de milliers, dans l’attente d’une résolution politique du conflit.Selon les conventions internationales, les réfugiés déplacés par la guerre ont un droit inaliénable au retour dans leur terre d’origine.Mais l’État israélien, avec l’appui des États-Unis, me ce droit.Aujourd’hui, ces réfugiés et leurs descendants sont plus de 400 000 au Liban.Une douzaine de « gros » camps (Sabra et Shatila à Beyrouth, Ain Héloué à Saida, Rachidiyé au sud) sont autant de bidonvilles où l’infrastructure est totalement inadéquate.D’après l’Agence de l’ONU qui s’occupe des Palestiniens, l'UNWRA, 60 % de ces réfugiés vivent sous le seuil de la pauvreté.La législation libanaise leur interdit de travailler dans 72 métiers, notamment la médecine, le droit, l’architecture.Au mieux, ils vivotent de petits boulots.Au-delà des conditions de vie inacceptables, les réfugiés vivent constamment sous la menace.En 1982, lors de l’invasion israélienne, plus de 3 000 civils ont été massacrés à Sabra et Chatila par des milices libanaises alliées à Israël.En 1986, l’armée syrienne, qui voulait expulser le leadership palestinien du Liban, a organisé une violente « guerre des camps » qui a fait elle aussi des centaines de victimes.Chaque année, bon an mal an, des bombardements israéliens, des attaques de diverses factions libanaises et syriennes et des conflits interpalestiniens continuent la ronde de la mort et de la destruction.L'auteur est fondateur d'Alternatives et enseigne à l’Université d’Ottawa CHILI SUITE DE LA UNE né le Transantiago.Mis en route le 19 février, par la coalition dirigée par Michelle Bachelet, le plan s’appuyait sur un montage financier et une organisation complexes.Par dessus tout, il devait révolutionner le transport en remplaçant la flotte de vieux autobus vétustes par des nouveaux véhicules moins bruyants, moins polluants et plus performants.En résumé, le Transantiago se propose de remplacer les anciens tracés un peu chaotiques par une série de parcours permettant de combiner l’autobus et le métro.Chaque secteur est donné à contrat à une compagnie privée.Le métro, géré par compagnie étatique efficace et rentable, fait office de colonne vertébrale au réseau.Grande avancée du nouveau plan : grâce à une carte à puce rechargeable, il est dorénavant possible d’effectuer des correspondances entre les lignes d’autobus et le métro.Pourtant, malgré les bonnes intentions initiales, l’imposition soudaine, pour ne pas dire brutale, du Transantiago a constitué un véritable choc pour les Santiaguinos.Du jour au lendemain, des centaines de lignes d’autobus ont disparu.Plusieurs liaisons directes vers le centre-ville ont été remplacées par des tracés complexes, nécessitant plusieurs transferts interminables.« Aujourd'hui, pour me rendre au travail, je combine une micro [autobus], deux lignes de métro et un taxi collectif, explique une femme vivant à la périphérie.Je mets presque deux heures.Avant, je pouvais y aller en prenant une ou deux micros.» Ce récit se répète à l’infini partout dans la ville.Les citoyens, désorientés par les nouveaux parcours, frustrés d’attendre des autobus moins nombreux et toujours archi pleins, se sont rabattus sur le seul service encore fiable : le métro.Du coup, l’achalandage de ce dernier a doublé, atteignant le chiffre affolant de 2,3 millions de passagers à chaque jour.De toute évidence, les opérateurs privés n’ont pas répondu à la demande.Pour limiter les coûts, ils ont réduit au minimum le service et la fréquence des autobus.Neuf des onze compagnies ont dû être mises à l’amende.Certaines ne fournissaient que 30 % du service exigé.Reste que le plan contenait aussi de nombreuses failles techniques, que les meilleurs modèles mathématiques n’ont pas su prévoir.Une dirigeante d’un comité de voisinage de la Poblaciôn La Victoria ra- BERNARD DREANO L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et la probabilité que son gouvernement obtienne une majorité conséquente aux élections parlementaires du 77 juin prochain ouvrent une nouvelle phase politique en France.Le nouveau président, son premier ministre François Fillon, son super ministre de l’écologie Alain Juppé, et quelques autres, étaient des habitués des postes de haute responsabilité sous la présidence de Chirac.Mais on aurait tort de voir dans la dynamique du nouveau gouvernement, comme le font trop rapidement les opposants socialistes, le simple prolongement des politiques antérieures, par ailleurs féminisées.Bien entendu, les « réformes » économiques et sociales néolibérales entamées antérieurement vont être poursuivies et amplifiées.On peut aussi prévoir que le caractère autoritaire de l’État, déjà renforcé quand Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, va se durcir.Mais la différence avec l’ère Chirac réside d’abord dans le mode de légitimation de ces mesures.Nicolas Sarkozy a mené une campagne idéologiquement offensive mêlant le néolibéralisme économique et l’autoritarisme à un appel insistant, voire obsédant, à « une identité nationale » aux résonances nationalistes voire un tantinet racistes.Cette posture est celle de la nouvelle droite dure qui s’affirme de plus en plus en Europe, de la Pologne à l’Espagne, en passant par l’Italie de l’après Berlusconi, et d’anciens berceaux du libéralisme démocratique comme les Pays-Bas ou le Danemark.Dans de nombreux pays, des mouvements de centre droite développent ainsi une politique à la fois néolibérale, sécuritaire et nationaliste.Cette thématique de la droite dure, recyclant les thèmes xénophobes et populistes, leur permet de récupérer une partie des voix de l’extrême droite.On l'avait vu hier en Autriche ou aux Pays-Bas.Et Nicolas Sarkozy vient de le démontrer en France en raflant la moitié des suffrages qui s’étaient portés lors des élections précédentes sur Le Pen.Elle permet également à cette droite, bien implantée évidemment dans les strates supérieures de la société, d’élargir sérieusement sa basé dans certaines couches populaires.Il ne s'agit donc pas d’un simple épisode électoral mais d’un phénomène profond, dont la gauche ne semble pas avoir pris toute la mesure.Le Parti socialiste, bien que battu, paraît mainte- 1 ' nant totalement hégémonique sur cette gauche.Il peut se réjouir d’un affaiblissement considérable de la contestation politique « à gauche de la gauche », même s’il doit faire face à la concurrence nouvelle d’un centrisme démocratique incarné par François Bayrou (qui a recueilli 18 % des voix au premier tour des présidentielles).Mais les propositions de Ségolène Royal, très molles face au néolibéralisme triomphant, et ambiguës face au populisme et à la xénophobie, ne constituent guère des promesses d’avenir face au « Sarkoland ».Dès lors, certains pensent que la seule alternative crédible et efficace à la droite dure réside dans une alliance recentrée et potentiellement majoritaire.En résumé, elle unirait le rose (socialiste), l’orange (Bayrou) et le vert (écologiste), à l’instar du nouveau parti démocrate italien et de la coalition de centre gauche qu’il domine.Pour le moment, cette option libérale (beaucoup), libertaire (un peu) et sociale (un tout petit peu) n’est pas officiellement à l’ordre du jour.La vie politique reste en apparence dans le schéma traditionnel français « gauche contre droite ».Mais une fois les législatives passées, elle aura d’autant plus de force que l’avenir de la « gauche de la gauche » aura moins de crédibilité.Et les candidats de cette mouvance présents aux présidentielles, depuis les verts jusqu’aux trotskistes en passant par les communistes et les altermondialistes, ont rassemblé moins de la moitié des votes qu’ils avaient obtenus en 2002 ! La division a beaucoup joué dans ce résultat, mais il conviendrait aussi de mentionner le manque de dynamisme Parodie de Nicolas Sarkozy sur lobofakes.com des campagnes et l’absence de cohérence dans les propositions.Collectivement, il faut bien l’admettre, cette « gauche antilibérale » n’est apparue ni comme une force de transformation sociale ni comme un force de défense des catégories sociales les plus menacées par le Sarkozysme.Ainsi, les jeunes de banlieue admirateurs de José Bové l’al-termondialsite ont massivement voté pour.Ségolène Royal et pour François Bayrou ! Nicolas Sarkozy a clairement indiqué sa volonté d’éradiquer l’esprit de mai 68, c’est-à-dire l’esprit même de la contestation sociale.Èn fait, s’il a fait venir à lui comme ministre des Affaires étrangères l’ancien soixante-huitard Bernard Kouchner, c’est parce que ce dernier est devenu le chantre de la guerre des civilisations.Le président de la République a sifflé la fin de la récréation.La leçon est rude pour ceux qui ne se résignent pas à la glorification des inégalités de la société actuelle.Mais ce défi même peut être salutaire.Après tout, les mouvements sociaux en France ont conservé un dynamisme et une imagination que leur envient bien des voisins européens.En Sarkoland, c’est ce dynamisme et cette capacité d’invention qu’il reste maintenant à transformer en force de résistance et de reconquête.PHOTO : FUCKR.COM/PHOTOS/METROTREN Manifestation contre le Transantiago dans le centre de la capitale chilienne conte : « Nous sommes allés rencontrer la compagnie opératrice et la municipalité pour nous plaindre.Il y a plusieurs lieux qui ne sont plus desservis : écoles, cliniques, centres communautaires.» À l’échelle de la ville entière, les plaintes ont entraîné plus de 200 modifications aux parcours initiaux.Un rapiéçage qui aurait sûrement pu être évité si les autorités avaient sollicité, dès le départ, la participation de la population.Vers une étatisation du transport en commun ?Devant un tel fiasco, l’heure des comptes a sonné.Au départ, l’État se portait garant de « l’infrastructure physique », c’est-à-dire de la rénovation des arrêts d'autobus, de l’aménagement de voies réservées et des stations de correspondance.Mais en réalité, le secteur public subventionne largement une activité dont les gains sont réservés au privé.Le gouvernement va même bientôt financer l’acquisition de 1300 nouveaux véhicules ainsi que l’implantation de parcours accélérés.Tout cela ne fait qu’accentuer l'impression que les mesures d’urgence annoncées semaine après semaine ne sont qu’un puits sans fond.Le métro, géré par une société d’État, constitue la seule composante efficace du système.Et il doit compenser bien au-delà de ses capacités pour les carences des compagnies d'autobus privées.Pas surprenant que la crise du transport en commun soit devenue l’un des grands sujets de préoccupation à Santiago.Au point de porter un dur coup à la popularité du gouvernement de la présidente Michelle Bachelet.Mises au banc des accusés, les compagnies privées n’ont pas tardé à riposter, en pointant.les usagers.Elles suggèrent désormais d’augmenter la tarification pour combler les « coûts réels » et exercer un meilleur contrôle sur le paiement des passages.En fait, le nombre de passagers clandestins aurait augmenté de 5 % en février à 30 % au mois de mai.Frustrés de ne pas recevoir un service digne de ce nom, plusieurs citoyens semblent résolus à boycotter le paiement de leur voyage.Devant le naufrage évident du Transantiago, l’idée de créer une compagnie publique de transport en commun fait son chemin.Jusqu’ici, elle n’était soutenue que par le Parti communiste et les mouvements sociaux.Mais voilà qu’elle est aujourd’hui proposée par l’ancien président Eduardo Frei, aujourd’hui sénateur.« Qui paye pour les coûts financiers et humains de ce plan ?Pourquoi l’État doit-il s'agenouiller devant les entreprises ?», a déclaré en substance le sénateur démocrate-chrétien durant un rassemblement de son parti, le 13 mai dernier.Loin d'être un politicien de gauche ou un « populiste », Eduardo Frei n’a fait que dire tout haut ce qui apparaît de plus en plus comme une évidence.Quoi qu’il arrive, c’est l’État qui éponge les déficits.Et quand quelque chose flanche, les entreprises privées cessent tout simplement d’assurer le service, sans pitié pour le citoyen.En attendant les résultats d’une énième mesure d’urgence, le mouvement citoyen se fait chaque jour plus insistant.En exprimant sa rage, au centre-ville de Santiago, la population a lancé le débat sur le vivre en ville.Lasse d’être traitée comme une vulgaire marchandise, elle réclame désormais un service public de qualité.L’auteur est membre du Conseil d’administration d’Alternatives La France au temps de Sarkoland Faculté de l'éducation permanente La faculté d'évoluer L’auteur est président du Centre d’études et d’irritiatives de solidarité internationale (Cedetim) et membre du réseau Initiatives pour un autre monde (1PAM) NOUVEAU Certificat en coopération internationale Un programme pluridisciplinaire dont l'objectif est d'acquérir les connaissances et les outils nécessaires pour comprendre, analyser et agir dans des situations et des contextes liés à la coopération internationale et au développement.Toutes les dimensions du programme ont été conçues et développées en étroite collaboration avec ces organismes partenaires : CCI (Carrefour canadien international), CECI (Centre canadien d'étude et de coopération internationale), CUSO (Canadian University Services Overseas), Équiterre, Jeunesse Canada Monde, Oxfam-Québec et SACO (Service d’assistance canadienne aux organismes).Ce programme de premier cycle s’adresse aux candidats ayant complété une formation universitaire initiale dans un domaine pertinent, ou aux candidats ayant complété un DEC général ou technique et qui détiennent une expérience professionnelle d’une année.Responsable du programme Louise Blanchette AUTOMNE 2007 514 343.6090 1 800 363.8876 www.fep.umontreal.ca/cooperation/ Université fHl de Montréal ?1 I NTERNATIONAL JUIN 2007 3 “I Turquie La République est-elle soluble dans l’Islam ?' JUIN 2007 BILLETS Les nouvelles politiques du changement social DIMITRI ROUSSOPOULOS À la veille du 4e Sommet Citoyen, qui se déroulera du ter au 3 juin à Montréal, deux faits capitaux doivent être considérés.En particulier si nous voulons comprendre comment notre société peut changer.Primo, l’année 2007 marque une étape particulièrement significative dans l’évolution de la civilisation humaine.Pour la première fois, la majorité de l’humanité vit maintenant dans des villes.Le processus d’urbanisation semble irréversible.Secundo, un nombre important d’analystes de l’urbanisation et de l'histoire des villes ont déterminé, depuis quelques décennies, que la croissance économique est principalement générée dans des villes ou dans des régions urbaines métropolitaines.Cette analyse a été étendue et renforcée par l’émergence d'une économie globale qui est largement menée par des compagnies transnationales basées dans des villes globales.Des études démontrent que ces villes globales, dont le nombre peut varier de 50 à 60, selon les estimations, se répartissent en trois grades d’importance et contrôlent plusieurs aspects de l’économie mondiale.Si elle est exacte, cette nouvelle réalité du 21e siècle comporte des conséquences déterminantes pour notre avenir et pour les politiques de la gauche.Ainsi, en travaillant sur plusieurs aspects de la qualité de vie, tels que le logement, le zonage, l’aménagement urbain, sans oublier la santé, la pollution, la pauvreté, le chômage, le crime, le trafic automobile, le transport public ou les impacts du changement climatique, nous devons prendre en compte l’économie politique des villes.De plus, même si les populations urbaines sont plus affectées par certains des problèmes sociaux et économiques les plus graves, les villes au Québec sont largement ignorées par les gouvernements.Une partie de l'argent est ainsi soutirée de Montréal par les taxes provinciales et fédérales et les profits d’entreprises, plutôt que d’être retournée à la ville pour mieux répondre à ses besoins.Autrement dit, Montréal continue d’être saignée.Dans plusieurs pays et régions où les villes sont en train de devenir des acteurs majeurs dans la sphère économique et politique, elles jouissent d’un plus grand pouvoir que chez nous.Elles possèdent donc un plus grand degré d’autonomie.Ce développement s'accompagne d’une démocratie civile constante et organique, qui crée une nouvelle relation entre le gouvernement local, la société civile et les mouvements sociaux.Le dynamisme économique et politique semble aller de pair avec une nouvelle prise de décision urbaine, citoyenne et participative.Les livres de la grande urbaniste Jane Jacobs, The Economy of Cities et Cities and the Wealth of Nations ont critiqué l’économie traditionnelle et ils n’ont pas manqué d’influencer le Nobel en économie Robert Lucas.L’analyse de Mme Jacobs a défié la prémisse d’Adam Smith selon laquelle la « division du travail » constitue la première source de développement économique.Et on pourrait aussi ajouter à cette liste incontournable les travaux de Saskia Sassen, de l’Université de Chicago, de même que ceux de son réseau international de collègues qui étudient le rôle et l’impact des cités sur l’économie.Le 4e Sommet Citoyen, grâce à ses nombreuses tables rondes, ateliers et invités, tentera lui aussi d’améliorer la compréhension des villes.En particulier en ce qui concerne Montréal.Il va de soi que la question de l’économie des villes sera liée à celle de l’environnement, à la diversité culturelle et, par-dessus tout, à la démocratie.Inséparables les uns des autres, ces thèmes nous permettront de réaffirmer notre intérêt pour le « Droit à la ville ».Mieux, ils nous font espérer que le 4e Sommet Citoyen fournira, à travers les discussions et les débats, les clefs du changement social et politique.Réinventer le pouvoir /udy Rebick Conquérir et réinventer le pouvoir grâce à la démocratie participative.C’est sous ce thème prometteur que s’est tenu le mois dernier une conférence extraordinaire, à l’Université de Ryerson, à Toronto.Huit conférenciers venus de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Mexique et du Venezuela sont venus y présenter une vue de l’intérieur des changements en cours dans leurs pays respectifs.Grâce à des représentants des gouvernements, comme M.Hugo Salvatierra, ancien ministre bolivien de l’Agriculture, ou à des militants de la base, comme Soraia Soriano, du puissant Mouvement des Sans-Terre, au Brésil, la conférence a entendu quantité de témoignages démontrant combien la mobilisation et la participation des citoyens changent la face des Amériques.Hormis le Chili, qui demeure fermement dans l’orbite du néolibéralisme, les autres pays du continent travaillent en effet à réinventer le pouvoir à travers la participation des citoyens.Dans certains cas, on peut même parler d’une véritable révolution, autant du point de vue démocratique que du point de vue culturel.Pepe Vargas, un membre du congrès fédéral du Parti des travailleurs, au Brésil, a résumé la situation de la manière suivante : « Nous sommes en train de démocratiser la démocratie.L’élargissement de la démocratie populaire conduit à une réduction de la bureaucratie.Les citoyens n'ont plus à quémander leurs droits, parce qu’ils se voient accorder d’emblée le droit de participer.L’exercice permet d’entraîner les gens à dépasser l’individualisme créé par le néolibéralisme.» Au Vénézuela, les politiques sociales ont nécessité d’importants investissements de la part du gouvernement Châvez, financés en bonne partie par les revenus tirés des vastes ressources pétrolières du pays.De plus, les Vénézuéliens ordinaires ont l’opportunité de participer à tous les aspects de la vie publique grâce à des consultations publiques, à des assemblées de citoyens et à la démocratie participative.Mais cela n’empêche pas le gouvernement Chavez d’être confronté à une série de problèmes potentiels.L’un des plus importants demeure la contradiction qui existe entre son désir d’encourager l’émergence d’organisations autonomes des citoyens, et la dépendance financière et technique de ces mêmes organisations envers l’État.Cela peut facilement conduire au clientélisme.« Notre arme principale, ce n’est pas le fusil ou le vote, expliquait Dolores Villalobos, une institutrice du primaire représentant du Conseil autochtone populaire d’Oaxaca.C’est la solidarité, le réseau, le mouvement.Certains voudraient que nous soyons tous des individus isolés, mais nous sommes une communauté.» En définitive, la conférence de Toronto a permis de constater qu'à travers l’Amérique du Sud, les partis de gauche et les mouvements sociaux ne sont pas seulement en train d’approfondir la démocratie.Ils sont aussi en train de réinventer les stratégies de la gauche.Auparavant, le choix se limitait à prendre le pouvoir à la manière des guérillas révolutionnaires ou à remporter les élections à la manière des partis sociaux-démocrates de l’Europe ou du Canada.Maintenant, la gauche sud-américaine parle de conquérir le pouvoir et de transformer la société à la longue, par la base.Évidemment, plusieurs des solutions proposées par les conférenciers de Toronto paraissaient adaptées à la situation de leurs pays respectifs.Il serait naïf de vouloir toutes les importer ici.Mais on peut espérer que la conférence a fourni amplement de sujets de réflexion pour les militants d’ici.Et qu’elle leur a donné envie de réinventer le pouvoir, à leur façon.ALTERNATIVES DIRECTRICE GÉNÉRALE : Marie-Hélène Bonin RESPONSABLE DES COMMUNICATIONS : Jean-Simon Gagné MONTRÉAL - 3720, avenue du Parc, bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2)1 Tél : (514) 982-6606 Fax : (514) 982-6122 QUÉBEC - 266, rue Saint-Vallier Ouest, Québec (Québec) GiK 1K2 Tél.: (418) 521-4000 Fax : (418) 521-4000 Courriel : commentairestglaltematives.ca .Site Internet : www.alternatives.ca Ce journal est produit par Alternatives, réseau d'action et de communication pour le développement international, en partie grJce à l’appui financier de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).Le contenu n'engage en rien ce dernier organisme.Tirage : 50 000 exemplaires.Le journal Alternatives est distribué de façon indépendante et ce numéro est publié dans l'édition du 30 mai 2007 du quotidien Le Devoir.La reproduction des textes est autorisée Veuillez mentionner la source.Les points de vue exprimés par les auteurs n’engagent que ceux-ci.COORDINATION ET RÉDACTION : )ean-Simon Gagné - COMITÉ DE RÉDACTION : Pierre Beaudet, Ève Gauthier, France-Isabelle Langlois, François L'Écuyer, Adam Novak, Tania Vachon - CHRONIQUES : Normand Baillargeon, Pierre Beaudet, Cil Courtemanche, Francis Dupuis-Déri, Ariane Émond, David Homel, Naomi Klein, judy Rebick et Michel Warschawski - RÉVISION ET CORRECTION DES TEXTES : Gilles McMillan -INFOGRAPHIE : Brigitte Beaudet - CARICATURE : Boris ccvt cJ'ime éle^tt^n A'/EC ?2.0* PoüPPAir PAUVJPæ S'OPê^ cAMpî t>E .72s000‘ 000 ^ Ou fooppAVr PAh£ Uc.TPAfop-r ùvs commua.SS b LivpeSR*'*2 LFS foiWArr A\J&‘ P&MBTr&Z ¦±0$A Toté LZÇ et Forum social québécois Un autre Québec est en marche! « Le Forum social québécois s’inscrit dans la lignée des batailles historiquement menées par les peuples du Québec et du monde.et opposera la solidarité et l'espoir à l’exploitation de l’homme par l’homme.» Armand Vaillancourt a tenu ces propos il y a quelques semaines, lorsqu’il est devenu porte-parole du premier FSQ, avec, à ses côtés, Louise Beaudoin, Paul Piché, Raoul Duguay et le rappeur algonquin Samian.Cet énoncé résume à plusieurs égards les fondements de cette démarche, profondément collective et québécoise, qu’est le Forum social québécois.Les forums sociaux mondiaux ont d'abord vu le jour à Porto Alegre en 2001, puis ailleurs dans le monde, jusqu'à Nairobi en janvier dernier.Mais ces forums sociaux se sont aussi multipliés du global vers le local.Et c’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit notre rendez-vous québécois d’août prochain.Ici aussi nous ressentons la volonté profonde de rompre avec la pensée unique véhiculée par la mondialisation néolibérale et la logique économique qu’elle impose.Les Québécois veulent eux aussi participer à ce réveil citoyen, qui a pris une envergure inédite depuis 2001.Le premier FSQ cherche à susciter, ici au Québec, un « mouvement de mouvements », qui se caractérise par une richesse et une diversité de points de vue et de propositions.Bref, déployer des stratégies d’actions à tous les niveaux, contribuer à initier un vaste mouvement global de transformation par la base, mettant ainsi sur la touche les structures de pouvoir hiérarchique.Enfin, un FSQ ne saurait démontrer toute sa pertinence sans témoigner d’un ensemble de préoccupations et de sensibilités pour la situation économique et sociale de dizaines d’autres pays à travers le monde.Notre Forum social, à l’instar des autres forums sociaux tenus partout ailleurs dans le monde, repose largement sur Tautoprogrammation, c’est-à-dire sur des activités, ateliers, débats ou tables rondes proposés par des individus et organisations venant de tous les horizons du Québec.Près d’une centaine d’activités sont déjà inscrites au Forum.Elles se regroupent autour des huit axes thématiques du FSQ, dont les plus larges sont : droits humains et lutte pour l’égalité; monde du travail, luttes syndicales et économie sociale et solidaire; environnement et écologie; participation citoyenne, démocratie et pouvoir populaire : repenser le politique; et solidarité internationale et pacifisme.Quatre grandes conférences alimenteront également le Forum, portant des titres comme Québec-Amériques : quelles solidarités ?ou encore Un Québec riche de toutes ses régions.De nombreux conférenciers, tels que Chico Whitaker, un des fondateurs des forums sociaux mondiaux, ou Jacques Proulx, membre fondateur de Solidarité rurale, prendront la parole.La programmation culturelle du FSQ se voudra un point d’ancrage fondamental de l’événement.Dans le concept même d’un Forum social, l’aménagement d’un espace culturel et artistique fait partie intégrante de la démarche, puis- qu'il offre une zone de rassemblement populaire, accessible et festive.Des dizaines d’artistes seront d’ailleurs présents pour l’occasion.En effet, les formes de résistance et d’expression sont multiples : leurs manifestations artistiques témoignent de la diversité de la créativité humaine, tout en sachant piquer la curiosité et éveiller la conscience du plus grand nombre.Voilà pourquoi le spectacle d’ouverture, les soirées thématiques culturelles, le festival de films et de documentaires, les espaces de création libre et les expositions d’arts visuels font partie des centaines d’activités que nous comptons susciter par la tenue de ce premier FSQ.Le FSQ devra composer lui aussi avec les mêmes tensions et les mêmes difficultés vécues lors des autres forums sociaux.Mentionnons, parmi les défis les plus importants à relever, celui d’assurer une présence significative et une participation réelle de personnes et de groupes des classes défavorisées.Sans oublier la nécéssité d’approfondir, de consolider et de concrétiser de véritables alternatives progressistes, en évitant exclusions et sectarisme.Mais le FSQ cherche aussi à relever un défi de taille à l’échelle du Québec : celui de favoriser la participation constructive de l’ensemble des régions.L’objectif sera de s’assurer que soient soulevés les divers enjeux rencontrés dans les régions et que soient tissés des liens de solidarités à travers l’ensemble du territoire.C’est pourquoi le FSQ compte aujourd’hui, ou comptera sous peu, des collectifs régionaux dans plusieurs régions : Saguenay Lac St-Jean, Outaouais, Centre du Québec, Estrie, Montérégie, Lanaudière, Bas St-Laurent et, bien sûr, la Capitale nationale, qui a pour objectif d’inscrire 500 personnes à ce premier FSQ.Ces collectifs visent à regrouper des forces vives dans chaque région pour notamment convenir d’actions communes, ainsi que pour susciter une mobilisation et une participation forte des personnes et groupes de chaque région au FSQ.Avec la tenue de ce premier Forum social québécois, où des milliers de gens sont conviés, se profile une occasion unique pour nous toutes et tous de s’associer à un mouvement al-termondialiste de plus en plus puissant à travers le monde, parce qu’il s’appuie en premier lieu sur des forces locales, régionales et nationales.Comme le soulignait Raoul Duguay, autre porte-parole, « le FSQ, c’est la convergence des intelligences créatrices, du pouvoir de l’imagination et de la solidarité citoyenne au service d’une humanité qui ne se soucie pas seulement de survivre mais de vivre mieux.Les alternatives proposées au FSQconcernent l’avenir des générations et doivent les unir».Le Secrétariat du Forum social québécois (514) 982-0533 www.forumsocialquebecois.org y Abonnez-vous au journal Alternatives ! EN VOUS ABONNANT, POUR SEULEMENT 25 $ PAR ANNÉE, vous contribuez à soutenir l’équipe d’un journal qui travaille à vous offrir une information différente et de qualité.alterniS tives Nom LE JOURNAL - Adresse Envoyez ce coupon avec un chèque à : JOURNAL ALTERNATIVES 3720, avenue du Parc bureau 300, Montréal (Québec) H2X 2J1 Ville Code postal Téléphone Courriel Alternatives, c’est beaucoup plus qu’un journal! Pour en savoir plus : www.alternatives.ca i N ATIONAL JUIN 2007 5 ¦MNMMNMWMMnMMMHHMMMH Le quatrième Sommet citoyen de Montréal Prendre les clés de la ville! D’ici quelques jours, se tiendra le quatrième Sommet citoyen de Montréal, à l’UQAM.L'une des organisatrices de l’événement résume ici les objectifs d’un sommet qui vise à rassembler plus de 500 personnes, depuis les simples citoyens jusqu’aux élus, en passant par les militants et tous ceux qui ont Montréal à cœur.AN ME LATENDRESSE En tout, le Sommet citoyen proposera une trentaine d’ateliers sur des thèmes liés à l'économie, à l’environnement, à l’aménagement, à la justice sociale, à la diversité et à la démocratie.Comme l’explique Luc Rabouin, coordonnateur du Centre d’écologie urbaine et membre du comité organisateur : « Il s'agit d’une opportunité' unique de participer aux débats sur le droit à la ville.Ce droit met l’accent sur le pouvoir des citoyens, peu importe leur provenance, leur statut, leur classe sociale, la couleur de leur peau et leur religion.Il rend légitime leur participation aux débats et aux prises de décision concernant les stratégies de développement économique, les projets urbains et le type d’aménagement que ceux et celles qui habitent Montréal veulent pour leur ville et ses quartiers.» Depuis quelques années l’élite montréalaise et québécoise mise sur un urbanisme transnational, qui met en valeur les grands projets.Elle valorise aussi l’extension du centre-ville pour rendre Montréal plus compétitive et plus attrayante pour les investisseurs.Les grands projets d’aménagement publics et privés comme le déménagement du Casino, la construction de pavillons universitaires ou de centres hospitaliers universitaires, les mégaprojets immobiliers et commerciaux comme ceux de Nordelec dans le Sud-Ouest ou encore le Quartier des spectacles au centre-ville sont considérés comme bénéfiques.Le plan Montréal 2025, adopté par la Ville, repose sur une forme de développement économique qui mise sur un certain nombre de projets qui rallient une partie des principaux acteurs économiques.Évoquaint les problèmes de sous-financement de la ville, en avril dernier, le maire Gérald Tremblay annonçait du même coup l'appui des principaux décideurs qui sont derrière lui pour la relance de Montréal.Mais comme le fait valoir Karine Triollet, coordonnatrice de la table de quartier Action-Gardien : « Il n’y a pas que l'élite qui a le droit de se prononcer sur cette stratégie.Ces projets ont des impacts sur nos quartiers et nos milieux de vie.Il est légitime que les citoyens et les citoyennes puissent décider eux aussi des projets qui sont implantés dans leurs quartiers.» Rappelons qu’à la suite du retrait du projet de réaménagement du Casino les groupes communautaires ayant mobilisé la population contre ce projet ont été accusés d’être des « empêcheurs de tourner en rond », qui s’opposent au développement.D’où le fameux débat sur ce que certains ont appelé « l’immobilisme ».Pour les organisateurs du Sommet, la stratégie des élites montréalaises et québécoises qui misent sur les grands projets soulève un certain nombre de questions.Quels sont les impacts de ces projets sur la population de la ville ?Contribuent-ils vraiment au développement économique et social des quartiers dans une approche intégrée ainsi qu’à l’inclusion sociale dans la métropole.Au contraire, participent-ils d’une tendance à la ségrégation ?Ces projets, souvent portés par de grands promoteurs extérieurs au quartier, peuvent-ils être planifiés et développés pour répondre davantage aux besoins et aux intérêts des citoyens?Est-il possible de concevoir autrement l’aménagement des quartiers et de la métropole?Ou d’y revoir le rôle des citoyens et des élus, des fonctionnaires et des promoteurs ?Comment établir de nouveaux rapports entre ces groupes à partir des enjeux d’aménagement et de développement ?Toutes ces questions aboutissent à poser .la question de la démocratie participative, entendue ici comme un processus de cogestion des affaires urbaines, qui associent les élus, les citoyens et le gouvernement local.De l’avis de Luc Rabouin, « C’est à partir d’enjeux très concrets, comme l’aménagement du territoire et le développement urbain, qu’on peut construire la démocratie participative.» Pour Bernard Vallée, coprésident d'honneur du quatrième Sommet citoyen, cet événement s'inscrit dans une histoire de luttes urbaines et de mobilisations collectives pour protéger et pour développer Montréal et ses quartiers.L’histoire de la ville est marquée par ces luttes qui ont permis de préserver nos quartiers, mais aussi d’expérimenter de nouvelles pratiques.Rappelons les mobilisations autour de la rue St-Norbert, du quartier Milton-Parc ou encore d’Overdale.Plus récemment, on pense au Technopole Angus dans le quartier Rosemont.« Il ne faut pas l'oublier, dit-il, que le plus grand projet de logement mis en place à Montréal est sans doute celui des coopératives d’habitation initiés par des organismes communautaires et des groupes de ressources techniques, mieux connus sous le nom des CRT.» Karine Triollet, du comité organisateur du Sommet, ajoute que ce dernier vise également à mieux faire connaître des pratiques et des expériences innovatrices en matière d’aménagement et de développement.Pensons aux Opérations populaires d’aménagement menées dans Pointe Saint-Charles et Centre-Sud, ou aux déclarations citoyennes émanant des centres de femmes de Montréal.Pensons aussi aux cafés citoyens de Rosemont, qui'ont abouti au Forum citoyen de Rosemont ou, plus récemment, au Forum social de Villeray.« Ces expériences, moins connues du grand public, ont en commun de contribuer au renforcement de l'appropriation de la ville et de ses quartiers par les Montréalais ».« Le quatrième Sommet citoyen est donc un appel à prendre les clés de la ville », résume Luc Rabouin, du Centre d’écologie urbaine.Il rappelle qu’il s’inscrit dans la lignée du Forum social mondial et dans la préparation au Forum social québécois.De plus, il s’inscrit à la suite de trois autres sommets citoyens de Montréal (tenus en juin 2001, mars 2002 et septembre 2004).Ces derniers ont mené à l’adoption de la Charte montréalaise des droits et responsabilités par la Ville de Montréal, de même WMA & *i VrSt^kF'- QU! JIM, F" ! ON PEUT S'ORWniSER poUfMlf GRIVE f ÉTHANOL SUITE DE LA UNE pas à la consommation humaine, mais bien à la production de moulée pour les animaux.De plus, la portion du maïs qui ne fermente pas, soit environ 30 %, est revendue aux agriculteurs sous le nom de drêche de distillerie.L’usine prévoit en remettre 100 000 tonnes par an sur le marché.Éric Darier, responsable de la campagne OGM de Greenpeace Canada, met en garde contre cette vision rassurante des choses.Il invite le Québec à observer ce qui s’est passé en Ontario, la province voisine.« [Dans un premier temps] Toutefois, l'usine devrait en effet servir à passer le surplus des agriculteurs.Sauf qu’en Ontario, le principe était le même et que maintenant, la moitié du maïs utilisé dans les usines provient des États- Unis.» L’importation d’éthanol serait d’ailleurs inévitable pour atteindre les objectifs gouvernementaux, si l’on en croit Camil Lagacé, PDG du Conseil québécois du biodiesel.« C’est sûr et certain que l’on n'atteint pas l'objectif £5 avec l’usine de Varenne, explique M.Lagacé.Il va vite falloir ouvrir d’autres usines ou importer de l’éthanol ontarien ou américain.» À l’heure actuelle, le Québec importe déjà de petites quantités d’éthanol brésilien et étasu-nien, contribuant ainsi à y accentuer la compétition avec la culture alimentaire, l’épuisement des sols, la déforestation et autres effets négatifs de cette production (voir l’article paru en avril 2007).Reste que l’éthanol peut être produit à partir n’importe quelle ressource biologique convertissable en sucre.Le maïs grain n’a été préféré aux autres produits que pour sa grande disponibilité et son coût abordable.Ajoutons à cette liste de qualités le fait que son cours soit contrôlé en bourse et qu’il se révèle assez facile à transformer.Selon deux professeurs d’économie de l’Université du Minnesota, C.Ford Runge et Benjamin Senauer, « l’industrie des biocarburants a longtemps été dominée non par les forces du marché, mais par les politiques et les intérêts de quelques grandes compagnies ».Leur étude How Biofuels Could Starve the Poor, publiée dans le plus récent numéro de la revue de politi- que internationale Foreign Affairs, fait également état d’une « biocarburant-mania » créée par les fortes pressions spéculatives que subissent le marché du maïs et de la canne à sucre.« Les prix augmentent parce que de nombreux acheteurs pensent qu’ils vont augmenter», estiment les chercheurs.Comme par hasard, l’entreprise alimentaire Maple Leaf annonçait en février dernier à la Presse canadienne que «l'augmentation du coût du blé et du maïs, provoquée par la hausse de la demande pour l'éthanol, pourrait l’obliger à abolir des postes et à augmenter ses prix, notamment pour la viande, les aliments pour animaux et les produits de boulangerie ».Depuis peu, les vertus écologiques de l’éthanol sont également remises en cause.Le chercheur Mark Jacobson, de l’Université Stanford, écrivait dans la revue Environmental Science Éc Technology, en avril dernier, « qu’un mélange d’essence avec une concentration élevée d'éthanol présente un risque égal, voire plus grand, pour la santé publique, que l’essence seule ».Ses analyses montrent que l’utilisation de E85 entraînerait une forte augmentation de l’ozone, un des éléments responsables de la formation du smog.Le tout conduirait à « l'augmentation des cas d’asthme, à un affaiblissement du système immunitaire et à d'autres problèmes de santé ».L’efficacité énergétique réelle de l’éthanol est aussi contestée.Plusieurs chercheurs soutiennent que l’éthanol de maïs nécessite plus d’énergie à produire qu’il n’en fournit.Jean Roberge, de l’usine de Varennes, rectifie le tir.« On en est à une unité d’énergie utilisée pour 2,4 unités produites.Le pétrole est loin de là.» 11 reproche entre autres à ses détracteurs, Greenpeace en tête, de se référer surtout aux études du professeur David Pimentel, qui date selon lui « des années 1980 ».« Moi je vais voir les compteurs dans mon usine, je ne vais pas sur Internet pour chercher mes informations.» Nouvelles technologies à l’horizon 11 y a malgré tout au moins un point sur lequel les chantres de l’éthanol et leurs détracteurs s’entendent : l’utilisation de maïs grain est un choix purement économique.« Le maïs n’est pas la meilleure façon de produire de l’éthanol, mais il faut commencer quelque part! », résume Camil Lagacé.À l’heure actuelle, une foule de technologies de conversion, dites de deuxième génération, sont étudiées dans le but de mettre au point un processus au meilleur rendement énergétique et écologique possible.La voie la plus prometteuse semble être l’éthanol cellulosique, c’est-à-dire produit à partir de biomasse lignocellulo-sique (bois, herbe, tiges, feuilles, etc.).La disponibilité des matières premières, tels les déchets forestiers et agricoles ou les graminées sauvages, est énorme.De plus, leur coût est plutôt bas et leur combustion ne produit presque pas de carbone.Et comme elles sont non comestibles, ces matières n’entrent aucunement en compétition avec l’alimentation humaine.Selon le Centre de la technologie de l’énergie affilié au ministère des Ressources naturelles du Canada, on retrouvait en 2002 «suffisamment de résidus de bois dans la seule province de la Colombie-Britannique pour remplacer la moitié de l'essence consommée au Canada par de l’Eio »! Messieurs Lagacé et Roberge s’entendent pour dire qu’une usine d’éthanol cellulosique sera implantée au Québec d’ici environ cinq ans, probablement accompagnée d’une seconde distillerie au maïs.Mais les professeurs Runge et Senauer ne sont pas d’accord avec cette estimation.À leur avis, « les difficultés logistiques et les coûts de conversion de la cellulose en carburant, combinés avec les subventions et les politiques qui favorisent présentement l'usage du maïs et du soya rendent irréaliste l'espoir que l'éthanol cellulosique devienne une solution viable au cours de la prochaine décennie ».Dans ces conditions, on se demandera peut-être pourquoi l’implantation de l’éthanol ne soulève pas de plus grandes objections.Les experts vous répondront que l’absence d’études d’envergure et de données spécifiques sur les impacts de l’éthanol dans le « plus meilleur pays du monde » y est peut-être pour quelque chose ?qu’à celle d’un agenda citoyen, outil d’éducation populaire qui fait la promotion de la démocratie participative et du droit à la ville.Ils ont aussi conduit à l’expérimentation d’un budget participatif autour du programme triennal d’immobilisation dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal.Bref, les sommets citoyens ont réussi à imposer la démocratie participative dans le débat public! L’auteur est membre du comité de coordination du quatrième Sommet citoyen de Montréal et professeure au département de géographie de l’UQAM COMMUNIQUÉ Un budget hostile à l’intégration des immigrants Suite au dépôt du budget qui vient de soulever la controverse à Québec, Alternatives et la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) sont préoeçupés par l’absence de mesures d’investissement et de développement favorisant l’intégration des nouveaux arrivants.La Table réunit 130 organismes communautaires œuvrant dans le secteur de l’immigration et de l’intégration au Québec, dont Alternatives est l’un des membres.Mises à part de nouvelles mesures de francisation, le budget des dépenses 2007-2008 du ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration (MICC) a été reconduit sans la moindre augmentation, perpétuant ainsi le sous-financement chronique dont souffrent ce ministère et ses programmes.Cette décision politique est aussi décevante que surprenante, alors que les débats actuels sur l’immigration devraient au contraire inciter le gouvernement Charest à enfin investir sérieusement dans l’intégration appropriée des nouveaux arrivants.Force est de constater que les baisses d’impôts bénéficieront peu aux personnes réfugiées et immigrantes, dont les revenus sont généralement nettement * plus faibles que ceu* du reste de la population.Aucune nouvelle mesure n’est prévue pour répondre aux besoins des dizaines de milliers d’immigrants que le Québec sélectionne annuellement, notamment pour les aider à intégrer le marché du travail.C’est d’ailleurs en ce sens qu’Alternatives œuvre depuis de nombreuses années.Rappelons que le gouvernement fédéral vient d’augmenter de façon importante le financement des programmes d’intégration dans le reste du Canada.En effet, le budget de Citoyenneté et Immigration Canada (CIC), pour les programmes d’intégration, est passé de 241 millions $ à 401 millions $ pour l’année 2006-2007.Entre-temps, le Québec continue à offrir des services insuffisants et inadéquats et ce, malgré la hausse des niveaux d’immigration et les importantes sommes d’argent qu’il reçoit annuellement du gouvernement fédéral.Cette année le transfert d’argent du Fédéral au Québec pour l’intégration des immigrants dans le cadre de l’Accord Canada-Québec se chiffre à 224 millions $.L’indexation compte pour 26 millions $ par rapport au montant de l’année précédente.Or, le nouveau budget alloué au MICC par le gouvernement minoritaire de Jean Charest se limite à seulement 110,5 millions $.La Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes se demande comment expliquer un tel écart.Toujours trop peu pour les nouveaux arrivants • Le budget alloué au MICC pour les mesures d’aide à l’intégration des nouveaux arrivants couvertes par l’Accord Canada-Québec sera de 75,7 millions $ pour 2007-2008 (il était de 70,5 millions $ en 2006-2007).• Les dépenses permises pour la francisation connaîtraient une légère hausse en 2007-2008, passant à 51,1 millions $ (45,8 millions en 2006-2007).• Les autres mesures d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants plafonnent à 24,6 millions $ pour 2007-2008 (24,7 millions $ en 2006-2007).• De plus, Québec n’a pas rehaussé les maigres 5,3 millions $ consacrés l’an dernier au rapprochement interculturel et à la lutte contre la discrimination, ni les 5,3 millions $ octroyés au financement des instances locales et régionales en matière d’immigration, d’intégration et de relations interculturelles.f • Les crédits autorisés pour les dépenses d’infrastructure pour l’ensemble du MICC et des services administratifs centralisés s’élèvent à 20,5 millions $ pour 2007-2008 (dépenses en 2006-2007:19-4 rnillionsS).Vous avez un poste à combler au sein de votre entreprise?Le service d’employabilité d’Alternatives peut vous proposer des candidats, adaptés à vos exigences, pour une période allant jusqu’à six mois, avec une subvention salariale.INFORMATIONS Khadija Mounib 514.982.6606'poste 2238 khadijam@alternatives.ca * 4 v > i 6 JUIN 2007 1 CU LTU RE I LIVRES ESSAIS Fidel Castro : Biographie à deux voix.Ignacio Ramonet, Éditions Fayard, 2007,700 pages C'est une magistrale « biographie à deux voix » que nous propose le directeur du monde Diplomatique, Ignacio Ramonet, sur la vie et l’œuvre de Fidel Castro.À partir de plusieurs semaines de conversations, l'entretien raconte la révolution sous toutes ses coutures.Faisant étalage de son impressionnante culture politique et historique, la voix du leader maximo se fait entendre sur une multitude de sujets.Mélangeant l’anecdote et l’analyse, chaque chapitre mérite d’être lu dans la mesure où il raconte l’histoire de cette révolution de manière passionnante.De l’enfance au maquis, en passant par la crise des missiles et les difficiles relations avec le partenaire soviétique, Castro parle sans cesse de l’idéalisme qui animait la poignée de guérilléros motivés par la révolution et par la quête « de l’homme nouveau ».Ces histoires racontées par celui qui dirige Cuba depuis près de cinquante ans témoignent d’une volonté sans cesse renouvelée de construire une société plus juste et égalitaire.La révolution a-t-elle réussi ?Castro n’admet pas facilement les erreurs et laisse souvent planer un bilan qui est pour le moins en décalage avec la dure réalité.Ramenant inlassablement les difficultés rencontrées à l’embargo imposé par les États-Unis, Castro reste intraitable sur des questions comme l'économie de marché et la démocratie parlementaire qu’il assimile au projet porté « par la grande bourgeoisie impérialiste ».Complaisant, Ramonet ?Pas tant que ça dans la mesure où il aborde avec Castro des questions plus litigieuses, particulièrement celles concernant la dissidence, les prisonniers politiques, la peine de mort ou encore le monopole exercé par le parti communiste.Si les réponses du « commandant » nous laissent parfois sur notre appétit, l’auteur a pris soin en introduction de marquer sa propre distance sur certains aspects, tout en reconnaissant l’apport incontestable de la révolution cubaine en Amérique latine.Fidel Castro, qui est d’abord et avant tout un praticien, se laisse aller à quelques considérations idéologiques en admettant par exemple que le socialisme est aujourd’hui à renouveler.Sans exposer clairement sa conception, il témoigne de sa grande sympathie pour la révolution bolivarienne du président Hugo Châvez et de l’apport actuel de la « puissance économique et politique de la Chine » avec laquelle il faut selon lui compter.Que l’on partage ou non le point de vie de Fidel Castro, cette biographie aux allures de testament politique restera un indispensable pour celui ou celle qui souhaite approfondir l’expérience révolutionnaire du 20e siècle et qui travaille du même souffle à construire un monde différent.Jacques Letourneau Antimanuel d’économie 2 : les cigales Bernard Maris, Éditions Bréal, Rosny, 384 pages Lois du marché.Concurrence.Rentabilité.Efficacité.Répétez en boucle.C’est ainsi qu'on parle d’économie chez les économistes.Bernard Maris, lui, tient un autre discours et revisite au passage la fable de La Fontaine : sans les cigales, les fourmis n'auraient rien à croûter.En d’autres termes, les marchands, pour avoir quelque chose à marchander, ont besoin des êtres insouciants, des glandeurs que sont les poètes, inventeurs, rêveurs et autres créateurs.À partir de là, l’auteur nous explique les rouages du capitalisme et égratigne quelques mythes au passage.Vous croyez qu’une grande fortune se construit sur des bases de loyauté, de mérite et de saine persuasion ?Essayez plutôt la force, la ruse et le mensonge.Vous pensez que l’idéal des marchands est la concurrence?Tentez le monopole.Vous vous imaginez que les brevets sont à la base de l’invention?L’auteur affirme plutôt que c’est la copie qui y mène.Il reviendra d’ailleurs fréquemment sur l'importance de la gratuité et de l’inutilité dans la création de richesses.Pour tenter de comprendre certains des aspects les plus étonnants du capitalis-« me, Maris est allé faire un tour du côté de chez Freud.Il puise dans les thèses du père de la psychanalyse pour découvrir la source de l’insatiable besoin d’accumulation ou pour savoir ce qui pousse le commun des mortels à s’engager sur la voie de la servitude volontaire.Dans la vie de tous les jours, Maris s’occupe des pages économiques de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo sous le nom d’Oncle Bernard.Excellent vulgarisateur, il fait d’une matière aride un bouquin qui se dévore.Comme il l’avait fait pour son livre précédent, il enrichit sa prose de textes choisis qui appuient ou illustrent ses propos, une initiative qui contribue elle aussi à alléger la matière.À l’exception de quelques textes, un brin obscurs.Pas tout à fait le genre de lecture pour se réconcilier avec le genre humain : l’homo economicus est, parfois, tellement désespérant.Heureusement, il reste les cigales! Pierre Frisko Fidel Castro sooptl «{bécots ^ *É.! ,\W 9fl2 aintenant! becois.org nnTIRTIOUE! fez-vous df s m orumsocialque mnn i:urif 1 he un r ESTRTinn H| EU _____ Ces forêts qu'on assassine Pour la suite du monde La primatologue française Emmanuelle Grundmann vient de publier Ces forêts qu'on assassine, chez Calmann-Lévy.Un livre de combat, pour la survie des forêts, des grands singes et des êtres humains.Imprimé sur du papier 100 % recyclé, il va sans dire.Alternatives l’a rejointe à Paris.FRANCE-ISABELLE LANGLOIS Quelques minutes avant de prendre un avion pour le « terrain », comme elle le dit, Emmanuelle Grundmann, 34 ans, primatologue de son métier, a pris le temps de répondre à quelques questions.«Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé d’étudier le comportement des animaux.Vivant en France et qui plus est en ville, je me suis d’abord intéressée aux oiseaux, mais avec une passion pour les écureuils et pour les autres petits mammifères des campagnes ou des bois.Je rêvais de la forêt amazonienne, si loin, si mystérieuse, je savais que je voulais devenir éthologue, partir à la rencontre des animaux en forêt tropicale.De préférence les singes, dont la ressemblance avec nous me fascinait.» Et c’est en devenant primatologue, à force d’étudier et de prendre soin des grands singes, qu’Emmanuelle Grundmann a pris conscience de la nécessité d’agir contre le massacre des forêts.Dès les premières pages de son livre, la scientifique dresse un portrait effarant de la déforestation sur la planète.«Aujourd'hui, seulement 5% des terres émergées seraient occupées par la forêt tropicale, contre près de 15 % il y a moins d’un siècle, écrit-elle.Entre 2000 et 2005, environ 7,3 millions d'hectares de forêt tropicale — soit l’équivalent de la surface d’un pays comme le Panama — ont été rayés chaque année de la surface du globe.La moitié [de ces coupes] ont eu lieu en Amazonie.Mais ce sont certainement les forêts du Sud-Est asiatique qui souffrent le plus, attaquées de toutes parts par les exploitations de bois et de pâte à papier.Sans parler des monocultures tita-nesques de palmiers à huile.» S’agit-il donc un combat perdu d’avance ?L’auteure veut croire que non.Certes, l’industrialisation avance à grands pas.Et l’industrialisation de pays comme la Chine se révèle particulièrement destructrice.Mais si Emmanuelle Grundmann a écrit ce livre, c’est qu’elle pense qu’il est encore temps d’agir.Selon elle, il faut « se mobiliser et enrayer le processus avant qu’il ne soit trop tard.Mais pour cela, ajoute-t-elle, il faut informer les gens, les consommateurs.C’était le but de ce travail: montrer l’histoire cachée de nombreux produits que nous consommons, par exemple les meubles de jardin, les crevettes, les gâteaux, les cosmétiques ou les agrocarburants.Tout cela pour que l’on puisse mieux comprendre et réagir, avant qu’il ne soit trop tard.» La primatologue aimerait que les di- PHOTO CYRIL RU0S0 rigeants d’entreprises, les hommes politiques et les représentants d’institutions financières internationales finissent un jour par se sentir interpellés.En étalant leurs méfaits tout au long de son livre, elles espèrent qu’ils remettront en question leurs façons de faire.« Néanmoins, ne mettons pas tout le monde dans le même sac, prévient-elle.Il y a des entreprises qui s’engagent aussi, qui se mobilisent.Par exemple, on voit de plus en plus de bois certifié FSC [équitable] en Europe, et la demande des consommateurs augmente avec l’information.» Pour Emmanuelle Grundmann, il ne fait pas de doute que ce sont les consommateurs qui feront la différence.Dans la mesure où ils seront adéquatement informés, elle estime qu’ils exigeront des produits humainement et écologiquement équitables.L’auteure insiste pour dire que la déforestation constitue LA cause principale du réchauffement climatique.Bien avant les émissions de gaz à effet de serre.Il s’agit donc de «faire modifier la demande », de sorte que les entreprises soient obligées de transformer l’offre.« Il faut montrer aux entreprises qu’il est possible de gérer durablement la forêt et que cela peut leur rapporter d’un côté tout en leur faisant réaliser des économies de l’autre.» Évidemment, bon nombre des géants de l’industrie ou de l’agriculture ne se soucient guère des problèmes environnementaux ou des problèmes sociaux.L’auteure donne l’exemple des plantations d’hévéas, qui servent pour le caoutchouc de Firestone.Ou encore du groupe Bolloré, en Afrique, où les travailleurs sont durement exploités.Selon elle, on y pratiquerait ce que beaucoup appellent de l’esclavage moderne.« L’implication de ces groupes dans la politique, les liens qu’ils peuvent Emmanuelle Grundmann: « Aujourd'hui, seulement 5 % des terres émergées seraient occupées par la forêt tropicale, contre près de 15 % il y a moins d’un siècle.» entretenir, parfois avec les plus hauts échelons du gouvernement, ne constituent pas un bon signe.Quant aux institutions financières internationales, elles imposent une véritable dictature du profit, au mépris des peuples et de l’environnement.Il faut arrêter de ne voir le monde que sous le prisme économique.Heureusement, de plus en plus de voix s’élèvent aujourd'hui contre ce système prédateur.J'ose espérer que cela va amener bientôt un changement sur le fond.» Emmanuelle Grundmann préfère être optimiste, ne pas tout voir en noir.«Autrement, mieux vaudrait se mettre au tricot plutôt que d’écrire un tel livre », lance-t-elle en boutade.Elle ne cache pas son admiration pour les personnes qui, individuellement ou à travers des associations, se mobilisent sur le terrain.« Ces gens, je les admire.C'est à eux et aux peuples forestiers que je veux dédier ce livre.Quand je broie du noir, notamment avec le problème gravissime des agrocarburants qui vont décimer des millions d’hectares supplémentaires de forêt, (.) je pense à eux.Je me dis que je n’ai pas le droit de ne pas être optimiste car eux, ils y croient.» La forêt, pour Emmanuelle Grundmann, c’est le berceau d’une grande biodiversité.Elle estime que sans elle, l’Humanité perdrait non seulement des substances intéressantes pour une éventuelle utilisation médicale, mais également du rêve.Pour elle, sauver les forêts que l’Humanité assassine, c’est aussi cela : empêcher que le rêve ne disparaisse à tout jamais.L’auteure est adjointe ¦ Politiques , programmes, planification à Droits et démocratie Yolande à la Yolande Geadah aime prendre la plume pour éclaircir nos idées sur des sujets chauds.Son court essai, intitulé Accommodements raisonnables : Droit à la différence et non différence de droits, vient d’atterrir dans les librairies et arrive à point nommé.Je ne saurais trop vous dire jusqu’à quel point c’est le livre à acheter avant de partir en vacances, à lire où vous voudrez, sur la terrasse ou à la plage.Mais à lire et à faire lire à vos proches, de tous horizons culturels et politiques.C’est concis, clair et bien documenté.Ça se lit comme un roman, en ce sens qu’on ne peut le lâcher dès qu’on a commencé à parcourir les premières pages.On comprend d’où nous sommes partis collectivement pour que s’installent ces malaises et tensions identitaires.On comprend aussi vers où nous sommes susceptibles d’aller, si nous ne recentrons pas notre manière de répondre aux demandes des diverses communautés ethnicoreligieuses.Et même si, au total, les demandes d’accommodement sont relativement peu nombreuses, elles ne sont pas pour autant dénuées d’impacts susceptibles d’alimenter le ressentiment autant chez les minorités (qui ne sont pas un bloc monolithique) que parmi la majorité (qui ne l’est pas non plus!) Et la colère, comme l’ignorance, est bien mauvaise conseillère, on le sait.Bref, c’est le livre que nous attendions sur cette question névralgique à laquelle collectivement nous devrons répondre plus intelligemment dans les mois qui viennent.La commission d’étude, coprésidée par l’historien et sociologue Gérard Bouchard et l’auteur et philosophe Charles Taylor, vient de lancer ses travaux.Elle sillonne actuellement le Québec pour entendre les citoyens « sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles».Il est clair que les mémoires déposés à la commission et les demandes d’auditions seront nombreuses.Tant qu’à réfléchir sur ces questions de laïcité, de valeurs communes partagées, de respect de l’espace public commun, bref sur « ces exigences du vivre ensemble au-delà de ce que le droit permet », autant le faire avec des arguments pesés et une perspective citoyenne et sociopolitique.Et en mettant les nuances qui s’imposent aussi.Les journalistes, les femmes et les hommes politiques, les membres des communautés culturelles, les leaders religieux, les intellectuels, les citoyens jeunes et moins jeunes devraient prendre quelques heures pour par- V * ^ plage courir cet essai et refaire le tour de la question, à tête reposée.Si l’auteure, elle-même issue de l’immigration et formée en sciences politiques, a été capable d’écrire cet ouvrage en quelques semaines, c’est que les accommodements raisonnables made in Québec la préoccupent depuis une douzaine d’années.La force de Yolande Geadah - et cela est constant depuis son tout premier essai en 1996 (Femmes voilées, intégrismes démasqués, VLB) - tient à sa capacité d’expliquer les enjeux cachés sous les arguments centrés autour des libertés individuelles (la nouvelle vache sacrée de notre époque), pour montrer combien les droits collectifs sont souvent atteints, irrémédiablement, par des décisions visant à protéger les seuls droits individuels.Pour elle, l’approche juridique lourdement privilégiée actuellement, nous mène à une impasse.Elle apporte des preuves comme quoi cette approche ne favorise pas l’inclusion des minorités dans les institutions.Il est donc nécessaire désormais de trouver de nouvelles stratégies pour empêcher « le communautarisme de tuer la communauté », selon la belle expression de Michel Onfray qu’elle cite en guise de mot de la fin.Yolande Geadah est une essayiste à la plume alerte et accessible, le genre qui nous donne l’impression de nous sentir plus intelligents à chaque chapitre qu’on termine.Elle a aussi brillamment écrit sur la prostitution (La prostitution.Un métier comme un autre?VLB, 2003).Son ouvrage répondait avec sensibilité et rigueur à la question : le droit de se prostituer existe-t-il vraiment ?Quels enjeux se cachent derrière la légalisation de la prostitution pour l’ensemble des femmes, quels en sont les effets sur les relations entre les hommes et les femmes ?Même pour celles et ceux qui ne partageraient pas son analyse entièrement, Yolande Geadah apporte toujours des pièces à conviction substantielles pour hausser le niveau des débats et stimuler l’émergence de propositions créatives.Le genre d’intellectuelle passionnée par l’éducation à la citoyenneté, qu’il faut saluer bien bas.L’auteure est journaliste indépendante et cofondatrice du magazine La Vie en rose.Elle anime régulièrement des débats publics.Ariane Émond i.t
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