Le devoir, 1 février 2003, Cahier F
DEVOIR, LES S A M E I) I 1 “ ET DI M A N ( Il E 2 E E V R I E R 2 O O S L E DAVID HOMEL Une fable de notre époque Page F 4 DE VISU Louis Archambault (1915-2003) Hommage au sculpteur Page F 7 ?LE DEVOIR ?JB&Ï L ïS 1 I#' i ?! Défis d’édition CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR CJ est une tendance de fond, qu’on finit, sans doute à tort, par regarder comme une fatalité.Depuis une dizaine d’années, comme celui de la presse, le monde de l’édition s’est concentré, particulièrement en Europe et aux Etats-Unis, au point de devenir peuplé de géants, de Bertelsmann en Allemagne à Lagardère en Erance.11 y a moins d’une quinzaine, les journaux américains annonçaient en gros titres la fusion de deux lignes de Random House (du groupe Bertelsmann, dont Power Corporation est un actionnaire important), le Random House Trade Group, qui produisait des livres plus intellectuels, et le Ballantine Group, versé dans les romans sentimentaux et dans les thrillers à grands tirages.Du même souffle, la directrice de Random House Trade Group, Ann Godoff, était congédiée pour n’avoir pas réussi à atteindre les objectifs financiers de sa compagnie.Au même moment, AOL Time Warner annonçait sa décision de mettre en vente sa division de l’édition, perçue comme n’étant pas assez rentable pour les objectifs de l’entreprise.Ainsi, le monde de l'édition, réputé autrefois pour avoir une rentabilité modeste, doit désormais atteindre des objectifs de profits significatifs et rapides.Dans son livre intitulé L’Edition sans éditeurs,, paru en traduction française aux Editions La Fabrique, André Schiffrin, ancien directeur de Pantheon, ancêtre de Random House, et aujourd’hui directeur d’une maison d’édition indépendante, dénonce vigoureusement cette tendance de l’industrie à tenter la rentabilité à tout prix.Dans les années 1920, explique Schiffrin, les maisons d’édition américaines ne VOIR PAGE F 5: DÉFIS On attend désormais des maisons d’édition des taux de rentabilité de 12 ou 15 %.Nietzsche disait que, sans la musique, la vie serait une erreur.C’est sans doute ce que croyaient les castrats, ces jeunes garçons que l’on émasculait pour en faire des chanteurs d’exception h la voix éternellement juvénile.Dans Orpheo, son dernier roman paru à L’Instant même, l’écrivain Hans-Jürgen Greif raconte l'histoire d’un jeune homme surdoué qui devient chanteur classique A la suite d’un accident de voiture qui lui coûte sa virilité.Plaidoyer pour l’amour de la musique.CAROLINE MONT PETIT LE DEVOIR Orpheo, c'est d'abord et avant lout une voix.Une voix divine, aérienne, une voix d’enfant dans un corps d’homme, qui jette comme un enchantement sur ceux qui l’écoutent.C’est une voix inventée de toutes pièces par 1 lans-Jürgen Greif, une voix de fiction.Pour l’imaginer, l'écrivain d’origine allemande a dû s’inspirer du seul enregistrement de castrat existant, celui, datant de 1912, d’Alessandro Moreschi.Moreschi a été le dernier castrat d’Italie, puisque la castration des garçons pour en faire des chanteurs classiques a été interdite à partir de 1870, après que les Etats papaux eurent été conquis par l’Italie.Cet enregistrement, précise* Greif en entrevue, présente une voix fatiguée-, sur son dée-lin.Et cette voix, Greif l’a rajeunie, rafraîchie, penir en faire un trésor, le centre de son dernier roman.«La voix d'un véritable castrat ou d'un musico, nous n’avons aucune idée de ce que cela pouvait être», explique Greif.Avec un larynx et un pharynx qui rappellent ceux d’une femme, un corps d’homme au torse très développé et la voix d’un enfant, le castrat portait les marques de l’ambiguïté sexuelle.Sa morphologie lui permettait de développer une technique prodigieuse qu’il pouvait exécuter sur trois octaves et demi.Orpheo, le musico de Greif, “castrat» involontaire puisque son émasculation pst la conséquence d’un accident, n’échappe pas à cette règle.A la fois chaste et charnel, physique et spirituel, ce chanteur, qui surgit dans l’Allemagne du XXL siècle comme un anachronisme vivant, séduit hommes et femmes, qui s’évanouissent ou fondent en larmes à la seule écoute de son art.Les castrats des siècles passés n’étaient-ils pas autant sinon plus populaires que lis chanteurs pop d’aujourd’hui?«Il ne peut pas aimer, il ne peut qu'être admiré», dit Greif au sujet de son personnage principal.Cette admiration qu’il souhaite plus que tout, sa raison même d’exister, ne lui est cependant pas acquise.Car pour devenir ce chanteur d’exception, Orpheo, qui s’appelait initialement Ix-nnart Teufel, est soumis à rçntrainement le plus dur qui soit.A la suite de son accident, lennart Teufel, alias Orpheo, a en effet la chance ou la malchance d’être recueilli par la Signora, professeur de piano à la discipline infernale, une discipline calquée sur le mode de vie qu’on imposait précisément aux castrats, dans les siècles passés.VOIR PAGE F 5: VOIX umaine «Il ne peut pas aimer, il ne peut qu’être admiré» IDRA LABRIE / PERSPECTIVE PHOTO Hans-Jürgen Greif • ¦:v- \ ¦ mm w -2x1 s www.renaud-bray.com Venez rencontrer Francis PELLETIER le samedi 8 février de 14 h à 16 h Renaud-B ray » (450) 681-3032 La iKMivaau C»IT»four Laval RÉFÉRENCE Un nouvel atlas sur Pâge d’or du cinéma français félicite chaleureusement * LE F - RI N récipiendaire du Prix de L'Institut Canadien de Québec « pour sa passion de la langue française et de la littérature, pour sa fidélité à la vie littéraire de Québec, pour son audace et sa persévérance comme éditeur ainsi que pour ses talents d'auteur et de communicateur ».REVUE E M P S 2 0 0 3 possible ¦ .aru illégitime face à la liberté n» volutionnaire de Borduas, voilà qui en dit long sur la fonction de I'artisto au Quelxv.IDENTITÉ HT MODERNITÉ DANS L’ART AU QUÉBEC.BORDUAS, SULLIVAN, RIOPELLE I nuise Vigneault HMH, Cahiers du Québec, coll.«Beaux-Arts» Montréal, 2(X)2,406 pages SK CARREFOURS TÉMOIGNAGE ROMAN Q U É B É COIS Jacques Hébert en Garamond Parvenir, mais à quoi ?LOUIS CORNELLIER Jacques Hébert n’est plus jeune, mais il pète toujours le feu.Invité par Victor-Lévy Beaulieu à témoigner de son rapport à l’écriture, le joyeux luron raconte, illico presto, quelques-uns de ses souvenirs liés à ses expériences d’auteur et d’éditeur.Sont donc évoqués, dans ce nerveux En 13 points Garamond, son engagement clans l’affaire Coffin, ses voyages autour du monde qui ont lancé sa carrière d’auteur, ses mentors de jeunesse (Esdras Minville, Victor Barbeau), son ami Trudeau et ses bons coups d’éditeur (Jean-Paul Desbiens, Roch Carrier, Marie-Claire Blais et Jacques Perron).Dans un style un peu bourru qui agglutine les épithètes (il écrit une «vie longue brouillonne», un père «estomaqué déçu catastrophé») mais qui brille par sa vivacité, Hébert avoue que chacun de ses livres, «comme une trop courte trêve dans le feu de l’action, avait pour objectif fin discret de changer le monde, même de façon infinitésimale».Mission accomplie?J’aurais envie de répondre oui.En 13 points Garamond, écrit l’éditeur, «se savoure comme un verre de tequila sur une plage mexicaine».Je Tai lu, moi, en buvant une petite froide et en me disant que j’aimerais bien, à son âge, avoir l'énergie du bonhomme.J’ai eu beaucoup de plaisir.EN 13 POINTS GARAMOND , Jacques Hébert r Editions Trois:Pistoles, collection «Écrire» Trois-Pistoles, 2002,152 pages BERNARD BÉRUBÉ / ÉDITIONS TROIS-PISTOLES Voyageur, éditeur, sénateur, Jacques Hébert témoigne.CHANSON Tout Piché JACQUES GRENIER LE DEVOIR Paul Piché, intime et public.DES CHÂTEAUX DE SABLE Paul Piché Lanctôt Montréal, 2002,152 pages \ A titre de militant et d’intellectuel, Paul Piché ne casse rien.Sincère et généreux, il ne parvient, la plupart du temps, qu’à consacrer des arguments faiblards aux bonnes causes qu’il défend.A titre d'auteur-compositeur-interprète, toutefois, l’homme s’impose.Peu d’œuvres ont su, comme la sienne, combiner en un savant et subtil mélange le chant de l’engagement social et celui du discours amoureux.Aussi, relire son œuvre complète de parolier, c’est s'entendre fredonner des mots qui disent qu'on ne se sauve jamais seul, sur la place publique ou dans Tintimité.Piché, bien sûr, c’est L’Escalier et Heureux d'un printemps, mais c’est aussi les sublimes, et méconnues, Quand même chanceux, Le Temps d’aimer, Rien ne m'apaise.Qui est là?et plusieurs autres.L.C.LOUIS CORNELLIER Parvenu fini, Jean-Louis Chate-lois, avocat criminaliste marié à une fille de juge, tarde un peu à quitter sa maison d’Outremont en ce matin pluvieux d'octobre i993.Pourquoi?Il ne le sait pas trop.De vagues ruminations l’occupent.Quand, enfin, il se décide à partir, c’est le choc: un jeune détraqué, arme au poing, s'est introduit dans sa demeure, a ligoté la femme de ménage et menace maintenant de le tuer.Condamné à mort en sursis, le parvenu verra son passé le rattraper au cours de cette journée intense qui occupe l’essentiel de ce roman.Gagnant du prix Angélina-Ber-thiaume-Du Tremblay - Concours littéraire La Plume d’argent, «qui couronne l’œuvre écrite d’une person- ne de 60 ans ou plus» depuis 1980, le Parvenu de Jeannin»' Isabelle»! )s personnages, Jeannine Isabelle-Delorme a construit im»‘ œuvre captivante qui n'a pas ixuir de soulever des questions morales.Aussi, même s’il n’est pas exempt de certaines maladresses narratives («Qu ’en est-il de la triste aventure de Benoit Pelletier?», s»' demande à brûle-pourpoint le narrateur omniscient), le Parvenu n'en rt'sle pas moins un roman social réussi parce que vif »'t dérangeant.LE PARVENU Jeannine Isabelle-Delorme luck's Monfréal, 2002,156 pages E S S E N T I I.Une voix oubliée DAVID CANTIN Qui a lu Robert de Roquebru-ne?Ce cofondateur en 1918 de la revue d’art Le Nigog n’a d’ailleurs publié qu’un seul recueil de poèmes.Paru à une époque où les terroiristes et les exotiques ne cessaient leurs querelles littéraires, L’Invitation à la vie mérite pourtant une place de choix aux côtés des œuvres charnières de Dugas, Lo-ranger et Saint-Denys Garneau.Désormais réédité dans la collection «Five o’clock» aux Herbes rouges, ce livre annonce une certaine modernité poétique québécoise où la forme devient primordiale.Dans une courte préface, Pierre Barrette mentionne avec justesse que «si L’Invitation à la fie garde encore aujourd’hui son pouvoir de séduction, c’est davantage par les libertés qu’il s’octroie, à commencer par un sensualisme certain qui étonne dans le contexte de l’époque».On entre ainsi en contact avec une parole synonyme de plaisir, en réponse à l’étouffement moral et physique que subissent les poètes au début du XX' siècle.«Montréal c’est une ville, qui est là derrière le fleuve, la ville qui est là derrière la brume.Sous les fumées qui sont au-dessus de ses maisons et de ses églises, des routes noires et grises, elle est une île.Et elle est, dans l’eau du fleuve immense, comme un navire, au-dessus, des fumées.» Ixtin d’être un chef-d’œuvre, cette plaqui'tle demeure une contribution plutôt unique à l’histoire de la poésie québécoise.L’INVITATION À LA VIE suivi de PAYSAGES ET AUTRES PROSES Robert de Roquebrune Présentation de Pierre Barrette Ix's Herbes rouges, coll.«Five o’clock» Monfréal, 2002,64 pages ex céXZô voix- LIBER HAfelS-JÛRGËN GREIF OFFRE D’EMPLOI LIBRAIRE SERVICE À LA CLIENTÈLE La Librairie Monet est une librairie générale indépendante se spécialisant en littérature jeunesse et en bandes dessinées.Elle se démarque entre autres par son service personnalisé et par le dynamisme de son équipe depuis plus de 25 ans.Nous recherchons une ou un libraire dont le mandat prioritaire sera de partager ses connaissances, de conseiller et de servir la clientèle du secteur du livre adulte.Le (la) candidat(e) doit posséder 2 à 3 années d'expérience dans le milieu du livre, avoir une bonne culture générale et être à l'affût de l'actualité.Motivé(e) et autonome, il (elle) doit avoir de l'entregent, un bon esprit d'équipe et manifester un intérêt prononcé pour les livres.Les personnes intéressées sont priées de faire parvenir leur c.v.par la poste au 2752, de Salaberry, Mtl, Qc, H3M 1L3, par télécopieur au (514) 337-5982 ou par courriel à info@librairiemonet.com a/s de Céline Bouchard.Prière de ne pas se présenter ni téléphoner.Lmslantmèm Eric Volant La maison de Véthique I.IRKH ^WO^gw^^dolIar^ < 1) E VOIR P.2 O O 15 ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Un regard clinique sur la Serbie d’aujourd’hui Voici plus de vingt ans, David Homel avait émigré de son Chicago natal au Canada, emportant dans ses bagages des souvenirs et des repères affectifs et intellectuels qu’il explore depuis dans ses romans, a sa manière toute personnelle.Car il y a une manière Homel que ses lecteurs reconnaîtront dans ce cinquième livre.Au risque de simplifier un peu, je dirai que ses romans ressemblent à autant de fables — au sens qu’on donnait autrefois à ce mot — sur notre époque.11 y raconte des histoires agréables à lire, pimentées d’un brin de suspense, dont les personnages sont parfois hauts en couleur tout en demeurant crédibles.Mais sur ce fond qui entend plaire et divertir se profilent des questions graves, très actuelles, des interpellations sans réponses simplistes —r Homel et ses personnages ne sont pas si bêtes —, sortes de quêtes de vérité qui se dérobent.Homel raconte et, discrètement, veut donner à réfléchir.Sur la violence états-unienne et une jeunesse traumatisée par la guerre du Vietnam dans Orages électriques’, sur le racisme dans ce même pays et la vieille fracture entre le Sud et le Nord dans II pleut des rats’, sur la crédulité, l’ignorance et leur exploitation dans L’Évangile selon Sabbitha.L’Analyste — c’est le cinquième roman de Homel —, lui, est de la même veine, mais il ressemble plutôt à Un singe à Moscou, paru en 1995, qui racontait l’équipée de deux jeunes Américains décidés à retourner en URSS dans les années trente du siècle dernier.Surprise et déconvenues: le pays mythique des origines était devenu l’enfer stalinien.L’intérêt de Homel pour l’Europe de l’Est est-il lié aux origines, lituanienne et ukrainienne, de ses propres parents?Toujours est-il que nous voici, cette fois-ci, à Belgrade et dans ses environs, de nos jours.Dans cette Serbie qui n’est plus qu’un lambeau de la Yougoslavie de Tito.La guerre civile fait toujours I* * O É S I E Robert Chartrand rage, qui n’est, comme le narrateur le dit, qu'«une forme de psychose suicidaire», e\\i«un assaut prolongé et soutenu contre son propre moi».Celui qui raconte, un certain Alaksandar Jovic, peut se permettre une telle lecture, puisqu’il est lui-même psychologue de métier même s’il avoue ne pas l’être de plein droit.Il semble en tout cas avoir quelquesrunes des qualités d’un bon thérapeute: capacité d’écoute, esprit d’observation, empathie occasionnelle et un certain poids de vie qui le dispose à comprendre la psyché humaine.Alexsandar Jovic est marié à une femme à la fois sensuelle et secrète qui, croit-il, l’a intoxiqué dès leur première rencontre.Ils ont un fils atteint d’une grave maladie des reins — la même que celle qui a emporté la mère d’Aleksandar —, un curieux garçon qui s’en va en faiblesse tout en ayant des fantasmes de vengeance meurtrière.Aleksandar travaille d’abord dans une clinique d’É-tat et fait un peu de pratique privée, histoire d'arrondir les fins de mois.Jusqu’au jour où on le réquisitionne: il sera désormais affecté à un Centre de détresse, une sorte de «SOS j’écoute», où il n’a qu’à écouter au téléphone les confidences de soldats trau- matisés.Il sera également appelé à faire rapport sur un asile récemment bombardé, où les fous sont laissés à eux-mêmes et.s’en tirent plutôt bien.Voilà pour le travail de cet analyste-narrateur.Mais il se passe bien d'autres choses dans le roman de Homel.Aleksandar aura une liaison amoureuse avec une pathologiste — très beau personnage —, se liera d'amitié avec un soldat.Et il écrira, dans un sursaut de dignité, un livre, mi-biographie, mi-réquisitoire contre le régime, qui risque de lui causer bien des ennuis.Alexsandar n’essaie pas de jouer les dissidents héroïques.Il n’en a pas la fibre, et il le sait.A 48 ans, il se contente le plus souvent de se tirer d'affaire tout en étant le témoin de l’effondrement de son pays.Son regard est sans complaisance, cynique parfois.Ce ne sont partout que des immeubles décrépits ou hideux, le marché noir semble plus important que l’économie officielle, il n’y a évidemment pas de presse indépendante.Ce pays, dit-il, est peuplé de buveurs et de fumeurs invétérés, d'opprimés fiers de l’être, au milieu de ces Balkans où «le décalage entre la vengeance et l'exercice de la vengeance se mesurait en minutes tout en se prolongeant à l’infini, un lieu où personne n’oubliait jamais rien, sinon ses propres crimes, et où chaque nation se posait bruyamment en victime de l’autre».Ils sont nombreux, dans L’Analyste, ces jugements à l’emporte-pièce qu’on peut imputer au désarroi du personnage principal.Dont on espère en tout cas qu’ils ne sont pas ceux de l’auteur.Ce reste de pays qui a perdu tous ses repères moraux, politiques, identitaires, si tant est qu’il en a déjà eu, apparaît comme une nef de fous qui vogue à la dérive de sa propre histoire.Celui qui raconte le fait sur le ton du réquisitoire, mais également sur celui de l’aveu, s'adressant à l'occasion à un «vous» dont on ne saura pas s’il s'agit d’un thérapeute invisible ou de nous, lecteurs.La-dessus, le titre original du roman, The Speaking Cure, était plus évocateur que sa traduction.On y devinait mieux la piste d'une thérapie par la parole qui engloberait non seulement le métier du narrateur mais également la teneur même de son récit.Mais il était sans doute difficile de trouver un équivalent parfait, ce qui n’enlève rien à l’excellent travail de Lori Saint-Martin et de Paul Gagné.Il y a des passages très prenants dans L’Analyste, tragiques ou quasi comiques.Et Belgrade est décrite avec un souci du détail qui donne l’impression d’y être.On voit que Homel s’est bien documenté et qu’il est allé sur place comme l’indiquent les remerciements de la fin.Les passages dialogués, où l’ironie est parfois féroce, sont particulièrement réussis.Le roman de Homel n’est cependant pas exempt de longueurs et de redites.Et on pourra regretter que son personnage principal ait tendance à planer au-dessus de tout ce chaos, même s’il y est partie prenante.Et puis, vers la fin, cela tend à virer au mélodrame sentimental, alors qu’on se retrouve au Canada, ce lieu de réconfort et de happy end.robert.chartrand3asympatico.ca L’ANALYSTE David Homel Leméac/Actes Sud Montréal, 2003,391 pages Amours désincarnées CATH ER1 MORENCY Rompant un silence de plus de trente ans, Louis Royer publiait récemment son deuxième recueil de poésie.Douze, inaugurant par le fait même la collection «Poésie du square» chez l'éditeur Trait d'union.Coédité avec les Editions ALT.E.S.S., à Paris, cette publication surgit au moment où les lecteurs du genre ne l’attendaient plus.En effet, Royer décidait, après la parution de Poésie O, en 1970, de briser le pacte signé avec la poésie pour se tourner du côté de la chanson à texte.Puis voilà qu’il reprend du collier et livre soudainement, dans la jeune collection qu'il dirige et dont il assume le premier titre, un opuscule qui prend sa source tant dans la sensibilité des troubadours que dans des formes plus modernes.Divisé en quatre parties pratiquement symétriques (elles contiennent une douzaine de poèmes chacune), l'ouvrage s’ouvre sur un chapitre intitulé «Amies et autres artistes», où Royer brosse un portrait pour le moins impressionniste de ses aflinités avec quelques-unes des actrices de la scène culturelle canadienne.Si certaines (de Tania Langlais à Shania Twain) ont la chance d'être citées sans équivoque, d’autres s'y voient affublées de simples initiales (à L H., à celle qui R, à L A) et le parcours qui résulte de cet étrange amalgame n’en devient que plus obscur.Sautillant de la formule de l'hommage à celle de la complainte élégiaque, le poète cite sans relâche les vers et les couplets de celles qui l'ont visiblement laissé, après ou sans l’amour, mi-figue, mi-raisin.Ainsi, les vers prosaïques qu’il dédie à Twain («Canadian chanteuse / en anglais dans le texte / Country femelle singer/superdivine superdiva / d'An-glosaxonie multiculturelle / My western neighbor / pancontinentale / azimutale / zénithale / et al.») cohabitent avec quelques intuitions plus touchantes, moins divertissantes au demeurant, «ri celle qui K», par exemple, il prescrira: «n’oublie jamais que c'est toi / non les mots / qui te penches sur la page blanche».Malheureusement, Tenthousias- Un opuscule qui prend sa source tant dans la sensibilité des troubadours que dans des formes plus modernes me du poète pour les attributs de la femme et les délices partagées avec cette dernière ne saura atteindre le lecteur que de manière superficielle, chacune des strophes demeurant scellée par un intimisme qui verse, la plupart du temps, dans un hermétisme à la fois naïf et suranné.D’une page à l’autre, on risque de se sentir étonnamment exclu de la pratique poétique, comme si Royer avait écrit son recueil en vase clos, sans penser à créer un pont pour rejoindre le lecteur potentiel.«[.] mon calme perdu / Sur le sommet du mont Ridicule / de la chaîne des Majuscules» annonce, chancelant, le ton sur lequel s’étiolera le reste du recueil.Les trois parties subséquentes se déclinent ensuite sur des modes plus ou, moins semblables.A chaque page sa figure féminine, à qui le poète attribue méticuleusement son pesant d’or sous forme d’apologies troubadouresques servies à la sauce contemporaine.«Son sang lui brûle les tempes / quand elle s’enfonce d'un coup / dans un fantasme de miel / elle chavire comme une conque / quand cela coule dans sa gorge.» Riche en références (littéraires et autres), la poésie de Royer pige trop souvent dans le registre des clichés érotiques.L’es-sence sensuelle qu'on s’attendait à voir émerger d'une telle entreprise se trouve dès lors annihilée.Même déception à la lecture des deux derniers chapitres, «Constellationnaires» et «Initiatique», qui surprennent d’abord par leur densité et l’attention portée au travail formel.U's interrogations et les réflexions ébauchées demeurent toutefois sus-pendues à un til dont nous ne saurions suivre le chemin jusqu'à trouver, dans le corps du texte, une voie d’accès, une brèche ouverte à l’interprétation.Par ce retour à l’écriture poétique.Louis Royer signe en fait une énigme: pourquoi s’être enfermé seul dans une œuvre de chair et de mots, mais «des mots, comme il l’écrit lui-même, dont tu cherches en min la clef».DOUZE Louis Royer Trait d'union Montréal, 2002.150 pages B I O Ci K Un monument exceptionnel GUYLAINE MASSOUTRE Il a yopé cinquante ans de sa vie à Emile Zola.Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur le romancier naturaliste, en plus d’avoir édité ses romans, Henri Mitte-rand voit son savoir encyclopédique sur le XIXe siècle couronné dans une biographie monumentale: 3000 pages, intitulées Zola, chez Fayard.Les trois volumes couvrent trois grandes périodes, désignées Sous le regard d’Olympia (1840-1871), L’Homme de Germinal (1871-1893) et L’Honneur (1893-1902).1840-1902: tout juste un siècle a passé depuis la mort — trouble — de Zola.Sur la scène publique des commémorations, le bicentenaire de la naissance de Hugo a failli tout rafler.Serait-ce que l'assassinat de celui qui signa «J’accuse.!» dans L’Aurore, dernier faux pas des temps, remue une histoire encore proche?Le biographe cautionne l’hypothèse: Zola paya ses idées de sa vie.Qu’on lise, sur ce dossier seulement, Zola assassiné (Flammarion, 2002) de Jean Bedel, préfacé par Mitterand.Zola fauteur de scandale, Zola gêneur?Il fut bien davantage.«Homme de cœur, pas seulement d’idées», écrit Mitterand, il fit refluer le courant, sommant au tribunal de la République les antisémites et les misérables qui avaient envoyé, avec fabrication de preuves, l’innocent Dreyfus à Cayenne.Il fit honte à l’armée.Dans l’exposition de la Bibliothèque nationale de France, qui s’est tenue jusqu’au 20 janvier, le professeur n’hésite pas à comparer son courage et sa clairvoyance à celle de De Gaulle, lors de l’appel du 18 juin.Il a d'ailleurs consacré un volume complet à ses neuf dernières années de vie, tant de tels engagements, avec leurs conséquences, sont exceptionnels.L’instinct et le choc Qui ne connaît la fameuse lettre ouverte à Félix Faure, président de la République, le 13 janvier 1898?Zola y défiait le^ plus hauts pouvoirs, la raison d'Ftat, la justice et Tannée, ameutant une extrême droite très virulente.Il se passa même du soutien des socialistes ses amis, sinon Jean Jaurès et Jules Guesde, qui firent la moue à la cause.Qu’importe! Zola, au-delà de sa mort, serait l’homme capable de déclencher la révision des lois, de mettre fin à une terrible alliance.11 ferait séparer la triple auto- rité militaire, judiciaire et politique.Ceux qui, en 1894, avaient envoyé le capitaine Dreyfus à Tile du Diable — un complot avec fabrication de preuves, un «assassinat judiciaire» antisémite, destiné à couvrir l'agent double Este-rhazy —, allaient devoir rendre compte à l'histoire de leur conception de la trahison.Cette quasi-révolution ne s’est pas faite en un jour.Pas plus que cette biographie, d’ailleurs, écrite à la main «à raison de cinq à six pages par jour, comme Zola», a confié l’auteur: cinquante ans de travail, mené avec la rigueur de l’historien et l’aisance du littéraire, pour saisir la hauteur, la force de Zola.Justice est faite à ce porte-parole des opprimés: voici la voix unique d’un polémiste, un écrivain d’offensive, un penseur moral et social éloquent.Les avocats de Dreyfus ne se sont pas trompés.Lorsqu’ils s’adressent à lui, ils connaissent le défenseur de Manet en 1866, le républicain de 1870, l’auteur persévérant de Germinal et de Im Débâcle, aux idées et aux œuvres souvent conspuées.Zola n’est pas seulement un auteur de romans, un caractère hu-golien tempêtant de son rocher.Lorsqu’il publie son premier article sur «l’Affaire» dans Le Figaro, il y a tout juste seize jours que les avocats de Dreyfus l’ont rencontré.Zola a les idées claires, un courage sans borne.Pour dire sa force d'impact, Mitterand invoque Stendhal: un coup de pistolet au milieu d’un concert.Qu’on pense à ce que signifie déstabiliser Tordre national.Les alliances les plus verrouillées tombèrent devant sa «conjonction de la Parole et de l'Acte», écrit Mitterand.Si le romancier put une nouvelle fois écrire à Alexandrine, sa femme, alarmée: «Sois tranquille sur mon compte: je suis en train d’écrire la plus belle page de ma vie.C'est un grand bonheur et une grande gloire qui m'arrivent», n’est-ce pas qu’il dominait, par l’esprit, les antagonismes idéologiques et politiques de son temps, si bien décrits dans ses romans?Une biographie exceptionnelle Si Zola a été l’homme des enquêtes fouillées et indépendantes.il fut aussi un visionnaire, un utopiste du progrès.C’est l’image moins connue qui ressort de cette biographie, vaste projet cohérent qui achève un parcours de vérité.Avant celle-ci.il existait deux biographies officielles de Zola.Celle de Paul Alexis, de 1882, Olnq GMoxtJjmL** EHWHT V > IIP H A II ÎSissirAït;': H : :! .i : L’AURORE Littéraire.Artistique.Sociale «l’Accusé» »*! LETTRE AU PRÉSIDENT DE U RÉPUBLIQUE Par ÉMILE ZOLA LETTRE A E FÎL1X FADRF * ; rjræz^rrx; : .u.J JM T»« Mk m U! r- — *1 RlÏta^SÏ ***1*! 11 ta ^ rt MM 1» jRsgng.jüjâaHr&g'-gj Hï Kaai’i S h.“i*sit.=.-2Z .ARCHIVES LE DEVOIR «J'accuse.I», la lettre ouverte d’Émile Zola à Félix Faure, président de la République française, sur l’affaire Dreyfus, parut dans L’Aurore le 13 janvier 1898.revue par lui, et celle de sa fille, en 1931.Aussi, une biographie anglaise de Hemmings et une américaine de Frederic Brown.Une équipe conjointe de Toronto et de Paris a ensuite publié, sous la direction de B.H.Bak-ker, sa correspondance en dix volumes (Presses.de l’Université de Montré.al, Ed.du CNRS, 1978-1995).À cette fabuleuse documentation s’ajoutent les éditions génétiques, travail tout aussi considérable dont la publication court encore.Ce savoir réuni dans cette biographie est digne de l’organisation des vingt Rougon-Macquarl.la biographie montre comment Zola a survécu au Second Empire, aux drames historiques de la Commune et de Sedan, aux petites intrigues de la vie privée.Comment il a marqué la société littéraire, à l’instar des Flaubert et Concourt qui l’avaient précédé.On découvre que.comme eux, il a cultivé l’obsession, le cauchemar.même la superstition, résultat de sa hantise du mal et de son désir d’un monde meilleur.On savait son amour de la science et de la vérité.Mais pas ces 5000 photographies qu’il a prises sans les faire servir à son œuvre naturaliste.Le troisième volume biographique est le plus étonnant: outre la grande machine de l’affaire Dreyfus, avec ses deux procès, on y lit Texil en Angleterre et la fin des combats.On comprend alors mieux son «réalisme critique»: Zola annonce et dénonce les grandes plaies du XX1 siècle: totalitarisme, violences armées, désespoirs humains.massacres généralisés.Au bonheur de lire On y lit aussi l’expression de sa grande «bonté», un mot qu’il aimait: la certitude que le meilleur roman est celui des fins heureuses, lyriques, sentimentales, bref libérées de la réalité.Deux œuvres littéraires décrivent bien le tournant du siècle: Trois villes et Quatre évangiles.Ces romans, moins connus, bouclent ce qui ouvrait le cycle des Rougon-Macquart: le récit de l'histoire en train de se fourvoyer.Zola est un être d’intuition, d'imagination, un formidable écrivain que l’enquête de terrain relance dans le jeu constructeur de réalité.L’année 2003 verra la publication des grands chantiers Zola.On pourra voir ce que les manuscrits ont dûment préservé.Michèle Sacquin, conservatrice de l'exposition de la BNF, à Paris, a servi l’image d’un Zola moderne, proche de ses amis peintres.L’exposition se prolonge, durant trois mois, par celle de l’artisan du Bonheur des dames, ou l’univers des grands magasins, ici Le Bon Marché.Un excellent dossier du Magazine littéraire, en octobre 2002, a fait le point: l’image de Zola est en train de changer.ZOLA Tome I: Sous le regard d'Olympia, 1999,943 pages: tome II: L'Homme de Germinal, 2001,1192 pages; tome III: L’Honneur, 2002,860 pages.Henri Mitterand Fayard, Paris ReLatioNS siH'h'ic politique religion NUmeRO t>82 féVRieR IQOX Dossier ^^ctualité de l'anarchisme I.'itnaiTlihiiie : Icnlalion ou I ET DIMANCHE 2 FÉVRIER 2 0 0 3 LE DEVOIR * ARTS VISUELS Aux armes, psychédéliques ! LE CHEVALIER DE L’ARC-EN-CIEL SOUS LE RÈGNE DE L’ARAIGNÉE Bill Anhang Galerie Liane et Dandy Taran Centre des arts Saidye Bronfman 5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Jusqu’au 2 mars BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR e Centre des arts Saidye Bronfman accueille des œuvres absolument ahurissantes.Ie;s murs sont couverts de lumières clignotantes, de bidules articulés et de toiles aux couleurs fortes.Ces élucubrations sont l’œuvre de Bill Anhang, un artiste dit «indiscipliné», populaire ou outsider.Se dévoile ici un univers d’une densité étonnante.Le ballet de ses diodes électroluminescentes est saisissant L’exposition retrace 30 années de production.1 es œuvres de Bill Anhang, bien qu’il tâte de la création depuis le début des années 1970, ne nous sont connues que depuis 1998.A l'époque, l’exposition Artifice, organisée par l’ancien directeur de la galerie Saidye Bronfman, David Uss, l’avait intégré dans ses rangs.Bill Anhang n’a rien d’un artiste au sens convenu du terme, professionnel ou amateur.Autodidacte, en marge des courants ou des préoccupations familières à l’art contemporain, Anhang est de ceux qui créent comme si la reconnaissance de leur travail n’était pas à l’ordre du jour.Animés d’une pulsion irrépressible, continuellement nourris par leur entourage immédiat, par leurs lubies surtout, les artistes comme Anhang ne parcourent pas les sentiers battus.C’est bien pour cela qu’ils sont considérés comme «outsiders».La métaphore n’est pas fortuite dans le cas d’artistes de la trempe d’Anhang.Véritable excentrique aujourd’hui âgé de plus de 70 ans, An-l\ang ne semble participer d'aucune catégorie connue, si ce n’est, justement, de celle des artistes outsiders.Cette catégorie d’artistes est souvent présentée comme en dehors des courants dominants.Ceux qui collent à la rubrique seraient animés d'une pulsion artistique dégagée de tout intérêt de reconnais sauce de la part de pairs ou d'un quelconque système établi.Cette position permet aux commentateurs de reconduire, souvent aveuglément, le mythe de l’artiste pur, non entaché de considérations autres qu’artistiques, venu de mille part, ce qui leur conférerait une aura d'intouchable.Ce débat tient d’une vanité dont l’ampleur jette l’effroi.Comme s’il fallait ignorer ou rejeter les artistes «consciemment» engagés dans un processus artistique dans le but d'être reconnu, cette position passe par un culte de la pureté difficile à dégommer, une blancheur proche de la plus haute marche possible de l’échelle de l’intégrité.Or, il n'y a rien de plus impossible à débattre comme question que celle de l’intégrité artistique.11 est trop facile de tomber, ce faisant, dans un vulgaire procès d’intention.Heureusement, Valérie Rousseau (de la Société des arts indisciplinés), la commissaire de l'exposition Anhang, dans le très beau petit catalogue qui complète l'exposition, évite cet écueil de façon intelligente.L’appel de l’art Ancien ingénieur, Anhang a quitté Northern Telecom en 1973.H aurait été l’objet d’un «appel».Si une telle chose est vraie, alors on devient artiste comme on entre en religion.Il s’agit d’un autre mythe rattaché à la création: celle-ci rapprocherait les êtres de l’être suprême.Dieu est dans les petites choses et l’art est un absolu de substitution, nous rebat régulièrement les oreilles le collègue Baillargeon.Mais appliqué au cas des artistes outsiders, il s’agit d'un lieu commun, qui dit en gros qu’à travers l’art.Dieu ou les esprits communs nous parlent.Or, rien n’est moins certain.Les récits d’artistes mé-diumniques sont certes captivants, mais uniquement du point de vue de la mythographie et de la sociologie.Cela dit, la spiritualité est un élément crucial dans le cheminement marginal d’Anhang, lui qui a rencontré au moins un gourou sur sa route.Il prétend même avoir vu le vrai visage de Dieu et entrevu ce qui se tramait derrière les portes du paradis.Du mythe à l’œuvre De tels arguments tiennent difficilement dans le cas d’Anhang.Dans cette production fascinante, de multiples références pullulent, le plus souvent sous la forme de portraits des grands de ce monde — politiciens, artistes ou grands compositeurs —, tous représentés à foison.Dans l’exposition admirablement présentée par la commissaire, une galerie de portraits de gens célèbres — Oprah Winfrey, le frère André, Roosevelt, Colin Powell.— illuminés de diodes lumineuses est accrochée dans une pièce obscure, The Optical Tunnel, qui offre un véritable ballet de lumières cadencées.Juste auparavant, on aura vu une de ces larges compositions telles que les affectionne l’artiste: San Diego Symphony (2002), une œuvre illuminée et sonore.Cette toile a ;::5 ils SOURCE CENTRE DES ARTS SAIDYE BRONFMAN Bill Anhang avec son œuvre intitulée Sconce, Chest Plate, Sceptre, 1987.rf — ¦ xyt ¦ t »-* ri y *': m m HUfli'Mi mu mi iiiii ii i f et t@| mâ R mm v-.è * mm 'Ajh ffiM I mi Am w&m .m ÜMh SOURCE CENTRE DES ARTS SAIDYE BRONFMAN San Diego Symphony, 2002, œuvre de Bill Anhang réalisée en collaboration avec Glen Luckock.été peinte avec l’aide du fidèle assistant d’Anhang, le peintre Glen Luckock.Hommage à la musique classique et à ses célébrités, cette œuvre touffue présente une salle de spectacle dont la scène est occupée par un orchestre.Parmi les musiciens, on y reconnaît entre autres Beethoven et Bach.Une filiation Ce qu’il y a d’intéressant dans cette toile — outre son ardeur à couvrir toute la surface de nombreux détails et sa palette soutenue et parfaitement assumée —, c’est que l’arrière-scène est décorée d’œuvres qui ressemblent à celles de l’artiste médiumnique Fleury-Joseph Crépin (1875-1948).Anhang le cite régulièrement dans son travail, lui vouant, semble-t-il, une grande admiration.Les pièces de Crépin, comme suspendues à l’arrière-scè-ne, sont accompagnées par d’autres qui ressemblent à s’y méprendre à celles que réalise déjà Anhang (et qui lui ont été inspirées par d’autres œuvres, des portraits de Crépin).Dans un secteur plus «officiel» de l’art, on dirait que cette reprise d’Anhang de ses propres œuvres, une véritable citation, lui permet de s’inscrire auprès de Crépin.En prime, ces œuvres sont accompagnées, au premier plan, par une galerie de compositeurs célèbres, comme Liszt, Rubinstein ou encore Berlioz.Autrement dit, Anhang.par le fait même, crée une filiation entre ces grands noms, Crépin et lui-même.Ainsi est-il porté par l’ambition, il l'énonce clairement en signant cette œuvre riche en références, d'appartenir à ce groupe, ou du moins à la lignée des artistes bruts qui le précèdent, comme Crépin.Il en va d’une «stratégie» fréquente dans les arts visuels.Et le fait qu'Anhang se réclame de cette lignée, qu'on se comprenne bien, ne lui enlève absolument rien comme artiste.C’est justement ce qui fascine dans le travail d'Anhang, qui se désigne lui-même comme «l'araignée de l'époque».En s’autoprodamant comme tel et en signant des tableaux comme San Diego Sympho- ny, Anhang crée autour de lui du mythe.L’araignée ne fait-elle pas œuvre de patience, d’habileté, c’est le cas de le dire, arachnéenne, en plus de symboliser, dans les croyances populaires, l’àme du rêveur qui peut s’échapper du corps par la bouche pour y revenir par le même chemin?L’image colle parfaitement à l’individu, lui qui s’amuse à amalgamer les époques, les manières et les références, à puiser dans le Htsch, les icônes populaires et le grand art, en plus de donner place à des considérations écologiques et historiques.Lite-Brite Anhang est un boulimique, autre caractéristique reliée aux outsiders.Entre 1975 et 2000, il a fabriqué pas moins de 3500 plaques murales pour commutateurs, des émaux sur cuivre, dont 2400 sont en montre dans l’exposition qui nous occupe.Elles sont alignées sur un mur, en une immense grille, ne présentant jamais deux faces identiques, parfois abstraites, ailleurs fi-guratives.Ici, la présentation souffle ces petits gestes quotidiens à une tout autre échelle.Ces plaques sont ici exposées sous tonne d’installation, devenant The Chambers of Globes, où Anhang se montre préoccupé du sort de la planète, avec trois globes d’aluminium à l’image de la planète.Un premier globe terrestre s’ouvre mécaniquement et révèle une liste de vingt-sept villes qui ont été frappées par la guerre au cours de leur histoire.Un autre globe terrestre permet de décliner les espèces animales selon la géographie de la planète, dans une sorte d'appel à la protection de la faune.Les obsessions et l'excès à l’œuvre dans ce travail se retrouvent dans une myriade de jeux de Lite-Brite débridés.L’exposition est rythmée de plusieurs œuvres géométriques, parfois décoratives, des Sconces, des Rectangles et des Solar Disc.Toutes ces pièces sont animées par un système complexe de diodes lumineuses dont la séquence est réglée par des micro-processeurs (dans les tableaux, sous le même principe, la fibre optique est fréquemment utilisée par Anhang).Le tout, disséminé dans l’espace, parfois observe un ballet gracieux, parfois cède au chaos, ce qui donne un léger effet psychédélique, ou hypnotique, à l’ensemble.Des résonances spirituelles Plusieurs de ces œuvres illuminées, dont les Sconces ou les œufs, évoquent des formes aux résonances clairement spirituelles.D’autres pièces existent que l’on peut porter, comme des boucliers ou des plastrons, elles aussi ornées de petites lumières.Un de ces habits, aux côtés d’un plastron et d’un sceptre, est le Chapeau de Don Quichotte.On comprend une fois de plus que le mythe que construit Anhang autour de son propre personnage joue dans ce clin d’œil au chasseur de géants.A Montréal, vous avez peut-être déjà croisé, l’été dernier, des œuvres de Bill Anhang au Château Dufresne, dans l'exposition Chassé-croisé, art populaire et art indiscipliné.BU! Anhang a ceci de particulier qu’il a beau être un artiste hors norme, il désire s'insérer dans le réseau habituel de l'art, qui commence à le soutenir.Et vu la qualité et la richesse de ses travaux, ce réseau n’a pas tort iV Exposition de groupe Stéphanie Béliveau Marc Séguin Jean-Sébastien Denis Julie Ouellet Jusqu’au 15 février GALERIE SIMON BLAIS il.Sdml-laurent H2T 1SI SH 8491165 Ouvert du mardi au vendredi 10h à 18h.samedi lOh à I7h Art Mûr 5826 rue St-Hubert 514 933 0711 Métro Rosemont literr- IKlMHIiMii'i > III 'III ssa Fou««hnotojy.©î000 PURFORM.COM MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec:: La création contemporaine face aux nouvelles images (technologies, publicité, réalité virtuelle) avecYan Breuleux, Céline Lafontaine.Vincent Lavoie.Yves Rousseau, Marie-Noëlle Ryan, Martin-Pierre Tremblay, Jean-Philippe Uzel.Le mercredi S février 2003 de 13 h à 16 h et de 18 h à 20 h Entrée libre 185, rue Sainte-Catherine Ouest Montréal (Québec) Renseignements : (514) 847-6226 www.macm.org
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