Le devoir, 4 janvier 2003, Cahier E
L K HISTOIRE LITTÉRAIRE Le manoir de Philippe Aubert de Gaspé en voie detre reconstruit Page E 2 I) E V O 1 K L E S SAMEDI D I M A X ( Il E 5 JANVIER 2 O O A LITTÉRATURE Mummy, mummies d’Alain Fleisher Page E 5 LE DEVOIR MARK l.ENNIHAN AP PHOTO Le greatest rock'n’roll band on Earth de retour à Montréal Stones JIM BOURG REUTERS n’abdiquent pas C’est reparti depuis septembre, comme à tous les trois-quatre ans depuis 1989, et presque toutes les années précédentes depuis 1962: le greatest rock'n’roll band on Earth tient encore et toujours le pari de durer et rouler, rouler et rouler sans (trop) amasser mousse de scène en scène jusqu’à ce que Mick, Keith, Ronnie, Charlie — ou le public ! — passent de vie à trépas.Pour changer, les Stones trimbalent cette fois trois shows à la fois: un pour les clubs, un pour les amphis, un pour les stades, avec listes de chansons distinctes puisées dans un lot de quelque 130 titres dûment répétés.Montréal aura mercredi 8 janvier au Centre Bell la formule patinoire, et peut-être, peut-être, si le lobby du producteur et ultime fan André Ménard n’est pas vain, une virée impromptue la veille ou l’avant-veille au Métropolis.Keith Richards à portée de rides?Tout est possible au pays des plus indécrottables papys du rock.SYLVAIN CORMIER Et ça continue de rouler.Pause des Fêtes passée, le Rolling Stones Licks World Tour 2002-03 reprend la route: le deuxième segment de l’énième périple planétaire des crevassés les plus célébrés de l’histoire du rock commence ce mercredi même à Montréal par un spectacle affichant complet au Centre Bell.Voire deux ou trois jours plus tôt si la séance de réchauffement pressentie a lieu au Métropolis.Imaginez la ruée aux guichets.Calculez les profits des revendeurs.Mesurez l’engouement Et par là, répondez à la sempiternelle question qui, de tournée mondiale en tournée mondiale, montre invariablement le bout de son sale museau: pourquoi encore les Stones?Pourquoi les Stones en 2002-03, après de semblables Stones en 1998, en 1994 et en 1989?Pourquoi encore les Stones vingt ans après leur dernier album vraiment pertinent?Ben, tout bêtement parce qu’il y a de la demande.Parce qu’il se trouve encore aujourd’hui plus de fans des Stones trop heureux d’abouler le flouze exigé par billet (entre 90 $ et 300 $ au Centre Bell) que pour n’importe qui d’autre dans l’industrie du spectacle.«Cette chose que nous avons créée est plus grosse que vous et moi», résuma dans je ne sais plus quelle entrevue Keith Richards, recyclant la fameuse réplique de Bogart à la fin de Casablanca.Pourquoi abdiquer lorsqu’on est plébiscité?Pour faire place aux jeunes?Parce qu’on n’est pas censé jouer du rock avec ses p’tits copains d’école quand on frise la soixantaine?Allez dire ça à «Keef» entre deux riffs et il vous flanquera sa Tele-caster dans les gencives.Sans égard à l’âge.Trop vieux, les Stones ?Trop vieux, les Stones?Certainement pas trop vieux pour revisiter sans tirer la langue quelque 130 titres de leur vaste catalogue lors des répétitions de l’été dernier à Toronto, éreintante et effarante liste de travail à partir de laquelle furent décantés trois spectacles foncièrement différents.«C’est la tournée Fruit of the Loom, formats petit, médium et large», de badiner Keith dans toutes les, entrevues, aussi laconique que sa légende l’exige.A savoir: un show pour les petites salles de 2000 à 3000 places, un pour les Centre Bell et autres halls de gare à 15-25 000 communiants, et un pour les bols à soupe à 50 000 spectateurs et plus.Trois configurations, trois listes variables de chansons, trois conceptions d’éclairage, trois décors, histoire de garder «le produit comestible», pour reprendre l’expression de Keith.Dans les 36 spectacles présentés depuis septembre, les fadas de la communauté stonienne d’Internet ont déjà dénombré 67 titres différents, et pas des moindres.C’est le grand truc des Stones pour renouveler l’intérêt, à la fois au sein des troupes et chez les fans: en ressortir de belles de derrière les fagots.Raviver SUITE PAGE E 2: STONES FRED PROUSRR REUTERS Oublié pendant plusieurs années, Roland Barthes reprend du service avec la publication de ses œuvres complètes et une exposition sur ce contemporain essentiel à Beaubourg.CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR Paris — C’est le bon prof qu’on aurait aimé avoir.Celui qu’on n’a pas eu à l’université ou au cégep mais dont on rêvait secrètement.Qu’est-ce qu'on aurait été intelligents avec lui.Qu’est-ce qu'on aurait brillé.On aurait été à l'affût de tout Rien ne nous aurait échappé.Roland Barthes n'a-t-il pas été d’abord et avant tout un grand, un immense, un sublime professeur?Ce qui n’est pas rien, loin de là! On ressort de la très belle exposition que présente le Centre Georges Pompidou sur cet écrivain oublié depuis quelques années avec le sentiment que Roland Barthes n’est peut-être pas le plus grand des intellectuels de la fin du XX' siècle.Mais, une chose est certaine, il fallait absolument être sur les bancs de l’École pratique des hautes études, dans la petite rue de Tournon, lorsqu’il donnait ses séminaires.S’il faut en croire ses disciples, l’événement tenait de la cérémonie religieuse.L’homme, d’une beauté remarquable et à la voix LITTÉRATURE Barthes, le bon prof suave, s’y présentait avec ses petites fiches.Barthes n’avait ni discours ni texte préparé, mais des idées fortes qu’il expérimentait comme dans un laboratoire.Comme s’il écrivait ses livres, dans une osmose mystérieuse, en parlant à ses étudiants tout en les écoutant On aurait croisé là le jeune Tz-vetan Todorov arrivant de Sofia.Dans un coin, peut-être aurait-on aperçu la belle chevelure de Nancy Huston, fraîchement débarquée de Calgary ou de New York.On y aurait certainement serré la main de Philippe Sollers, déjà célèbre et adulé.Celles aussi de Julia Kristeva, du futur académicien François Cheng et, avec un peu de chance, de Georges Perec.Toute une jeunesse, vaguement antistalinienne et vaguement gau- chiste comme l’époque, traînait et bourdonnait autour du maître.Cette société avait ses codes et ses habitudes.Jusqu’à son propre vocabulaire, comme sérisme, écri-vance, déréel, sidération, etc.On y affirmait que la littérature était une «révolution permanente du langage».Mais on y soutenait aussi que «l’invention (et non la provocation) est un acte révolutionnaire».On y parlait aussi bien de Beethoven que de Sade, mais aussi de la mode et du steak frites.Barthes se vivait comme un personnage de roman.N’a-t-il pas écrit au début de Roland Barthes par Roland Barthes: «Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman»?VOIR PAGE E 7: BARTHES Roland Barthes au Maroc, 1978.» î LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DI M A X C H E .î J A X V I E R 2 O O 3 Culture STONES Trop vieux, les Stones?Certainement pas trop vieux pour engranger des sous.De fait, rappelle la revue Fortune, c’est seulement depuis la tournée Steel Wheels de 1989-90 que les Stones maîtrisent entièrement leur machine à fabriquer de l’argent.SUITE DE LA PAGE E 1 les rarement jouées, pour ne pas dire les jamais jouées du tout hors des studios.Ainsi cette fois-ci a-t-on délaissé les réminiscences psychédéliques pour les pépites de l’âge d’or l%8-72 (Parachute Woman, Nu Expectations, Monkey Man, Love In Vain, Live With Me, Stray Cat Plues, Let It Bleed, Wild Horses, Dead Flowers, 1’extraordinaire Can't You Hear Me Knocking), avec zoom prolongé sur le monumental double album Exile On Main St.: certains soirs, Mick, Keith, Charlie, Ronnie et compagnie ont carrément aligné les Rip This Joint, Torn & Frayed, Sweet Virginia, Loving Cup, All Down The Line et autres Tumbling Dice.Une telle focalisation participe du fantasme de fan: de quoi exciter les déserteurs les plus blasés.Par ici les millions Trop vieux, les Stones?Certainement pas trop vieux pour engranger des sous, la soixantaine, notait le journaliste Andy Serwer dans le dossier que consacrait la très sérieuse revue Fortune au groupe en septembre dernier (Inside The Rolling Stones Inc.), est l’âge moyen d’un p.-d.g.de multinationale.L’âge où l’on sait mieux comment diriger son entreprise, où l’on récolte le plein usufruit de son labeur.De fait, rappelle Fortune, c’est seulement depuis la tournée Steel Wheels de 1989-90 que les Stones maîtrisent entièrement leur machine à fabriquer de l’argent.Jusque-là, en effet, les tournées étaient réglées au cas par cas avec les promoteurs locaux, les cachets et pourcentages variant au petit bonheur des négociations.Vieille approche qui changea radicalement à l’arrivée du directeur de tournée Michael Cohl en 1988: les Stones devinrent leur propre promoteur, louant amphis et stades, contrôlant le prix des billets, multipliant les commandites corporatives, proposant leur gamme complète de produits dérivés, etc.Fortune évalue à 1,5 milliard de dollars les revenus bruts du groupe depuis 1989, les deux tiers du faramineux montant provenant des tournées (le reste découlant des ventes de disques et de dividendes diverses).Pas moyen de savoir combien de millions, après dépenses, taxes et impôts, aboutis- sent dans les goussets de Jagger et consorts: on sait seulement que les quatre partenaires (à parts non égales) et leur conseiller financier Prince Rupert Zu Ixiewenstein sont liés à un conglomérat de compagnies (Promotour, Promotone, Musidor, Promopub) établies aux Pays-Bas.Pourquoi les Pays-Bas?Avantages fiscaux.Pourquoi les répétitions à Toronto?Avantages fiscaux itou.«Je ne suis pas à ce point intéressé par les affaires, nuancera Jagger dans Fortune.Je suis intéressé par ce qui m’est dû en tant qu'artiste, ni plus ni moins.» Ce qui ne veut pas dire que les Stones refont tous les trois-quatre ans le tour du monde seulement parce que c’est fichtrement payant.Le demi-milliard des autres sources conjuguées suffirait à abreuver quatre gars, leurs familles, quelques pensions alimentaires et moult cordes de guitare.D’autant que les Stones possèdent dorénavant la majeure partie de leurs droits d’auteur et d’édition, d'où la récente réédition simultanée en format SACD de 22 albums originaux des années 60, ainsi que la parution au début de l’automne de Forty Licks, première compilation toutes époques du groupe.Et si les chansons des Stones ont été peu utilisées dans les réclames (Start Me Up pour Microsoft, She’s A Rainbow pour les iMacs d’Apple), elles s ont légion sur les bandes sonores.Selon Fortune, il faut compter dans les six chiffres pour faire entendre un Gimme Shelter ou un Monkey Man dans un film important.Une jolie rente.Mais quand, mercredi prochain, autour de 21hl5-21h30, une fois la première partie des Respectables passée et l’entracte égrené, retentira le riff instantanément reconnaissable de Street Fighting Man, Start Me Up ou Brown Sugar— les numéros d’entrée les plus fréquents jusqu’ici —, gageons que Mick Jagger frétillera comme seul Mick frétille, que Keith Richards plaquera ses drôles d’accords dans de drôles de clés, que Charlie Watts frappera dru mais jamais la caisse claire en même temps que la charleston, que Ronnie Wood jouera mieux que jamais (le garde du corps qui l’empêche de boire s'en porte garant) et qu'il ne sera plus du tout question de chiffres, ni d’âge, mais seulement de se donner un peu de bon temps pendant qu’on le peut encore.BIOGRAPHIE Uévangile selon Brian Une bio fouillée mais partisane d’un fan des Stones première époque SYLVAIN CORMIER D> emblée, on est fixé.La couverture blanche avec le titre en lettres attachées renvoie illico à la pochette de Beggar’s Banquet, l'album charnière de 1968, le dernier paru du vivant de Brian Jones, celui qui contient Sympathy For The Devil, Street Fighting Men et Salt Of The Earth, celui qui évoque encore les freluquets de Ruby Tuesday et annonce les roublards de Brown Sugar.La photo de la demi-jaquette est de la même période: Mick a délaissé les vestes militaires de Carnaby Street pour le chandail sans manches et le pantalon moulant, Keith Richards est devenu le «Keef» déglingué, Brian Jones a sous les yeux des poches de patates et cent mille ans de vie frénétique.Ce sont ces Stones-là qui intéressent François Bon: 474 pages sur les 668 de sa brique fouillent les enfances respectives et la première tranche 1962-69 des quatre décennies de rock des Rolling Stones.Et l’histoire très condensée des années d’après s’arrête en 1989.Osons généraliser, quitte à passer pour antifran-chouillard: j’ai trop lu de livraisons mensuelles de Rock 'n Folk en 30 ans pour ne pas reconnaître ici le Français qui, ado dans les années 60, était et demeure fada des Stones avec Brian Jones, à l’exclusion des Stones d’après la mort (le suicide?le meurtre?) du blondinet guitariste en juillet 1969.Obnubilé par le purisme blues du groupe à ses débuts, détaillant chaque contact avec les Chuck Berry, Muddy Waters et autres Howlin' Wolf, ne manquant jamais de souligner la part de Brian Jones dans le moindre enregistrement: on en apprend même sur le bouc de Brian, l’une des nombreuses bêtes qu’il «ramenait tout le temps à la maison» (page 287).Eh ben, crotte au mythe Brian Jones.Les vrais Stones, les Stones qui durent, les Stones qui définissent les Stones, ce sont les Glimmer Twins.Mick et Keith.Brian Jones, outre la guitare slide de Little Red Rooster et les ajouts d’instruments exotiques aux Paint It, Black et Under My Thumb, était décoratif.Tignasse blonde dans la face, fabuleuse guitare en goutte d’eau, flair vestimentaire imparable, cool indéniable, il était l’idole pendant que Charlie Watts et Bill Wyman, aussi efficaces qu’effacés, tenaient le fort et que les Twins créaient.Les albums Sticky Fingers, Exile On Main Street, Some Girls en témoignent: l’apport de Jones n’était pas si crucial.François Bon, à partir de sa vaste bibliothèque de livres sur les Stones et de ses propres entrevues avec Jagger et compagnie, propose ainsi une bio partisane et partielle, mais néanmoins extrêmement lisible, où les sources sont toujours révélées, où les mises en contexte sont éclairantes (un chapitre sur Chuck Berry, un autre sur les Beatles, tout ce qu’il faut pour s’y retrouver), où les épisodes troubles ne sont pas interprétés mais laissés dans leurs variantes au jugement du lecteur, où l’écriture élégante sans excès de style permet une navigation à la fois agréable et aisée dans le parcours pour le moins sinueux du groupe des débuts.«La principale matière de ce livre sera leur propre parole», promet l’auteur dans son introduction.Promesse tenue et crédibilité accrue.On aurait souhaité un travail aussi approfondi sur les Stones du dernier quart de siècle, un peu de lumière sur le fonctionnement interne de la multinationale au fameux logo de langue tirée, ses pirouettes fiscales, ses stratégies de mise en marché et ses querelles intestines.Peut-être faudra-t-il, pour avoir la bio véritablement définitive des Rolling Stones, attendre la retraite de Charlie.Ou la démission de Mick.Ne nous fions pas à Keith: il nous enterrera tous, Telecaster au poing, plaquant le riff de Start Me Up.ROLLING STONES -UNE BIOGRAPHIE François Bon Fayard Paris, 2002,668 pages PATRIMOINE Pour lutter contre les trous de mémoire d’une province dont la devise est «Je me souviens» Création d’un lieu consacré à l’histoire des idées à Saint-Jean-Port-Joli Le dynamisme d’une région tient souvent à quelques personnes qui ont une idée originale et qui savent la transformer en projet pour la mener jusqu’à sa réalisation.Dans la continuité des objectifs de la Corporation Philippe-Aubert-de-Gas-pé fondée en 1987, Gaétan Nadeau et Michel A.Noreau travaillent à ce que le Manoir de Philippe Aubert de Gaspé soit reconstruit sur son domaine d’origine pour en faire un lieu consacré à l’histoire des idées au Québec.SOLANGE LÉVESQUE Gaétan Nadeau el Michel -A.Noreau ont un amour com- mun pour l’histoire du Québec et le patrimoine sous toutes ses formes.11 existe déjà plusieurs centres d’interprétation et mu- sées consacrés au patrimoine, mais aucun ne se consacre à l’histoire des idées au Québec; pourquoi ne pas en créer un à Saint-Jean-Port-Joli, se sont dit les deux collègues?Leur village s’y prête naturellement, ayant été la patrie des deux premiers écrivains de langue française au Québec: Philippe Aubert de Gaspé père (1786-1871), auteur des Anciens Canadiens, considéré comme un écrivain canadien important du XDU siècle, et son fils, prénommé aussi Philippe (1814- 1841), auteur à 22 ans de L’Influence d’un livre, réputé premier roman canadien-français.Situé à mi-chemin entre Québec et Ri-vière-du-[.oup, ce village est déjà associé à l’art, à l’artisanat et au patrimoine; un symposium de sculpture et des résidences d'artistes, ainsi que le Festival annuel international des chants de marins y ont vu le jour dans les dernières années.Restaurer la mémoire Respectivement président et Hydro Québec présente PRO MUSICA Série Émeraude JAMES EHNES violon Cours de tango argentin hiver2003 du 20 janvier aq 29 mars au piano, EDUARD LAURE Lundi.13 janvier 2003, 20h.- Théâtre Maisonneuve.Place des arts ÜYst ¦ ARTS MONTREAL ft> ntt 1 a aL-.»L.;>V Programme Suite italienne de Stravinsky.Sonate n 1.op 75 de Saint-Saëns Partita n 3.BWV 1006.de J.S.Bach.Z Dorhoviny.de Smetana Variations sur un thème original, de Wieniawski Billets 25 $.20 $.12 $ (taxes et redevances en sus) Place des Arts : 514 842-2112 Réseau admission 1-800-361-4595 Informations Pro Musica; 514 845-0532 Théâtre Maisonneuve Place des Arts SKI Billets en vente eu 514 842 2112 et au www.pda.qc.ca Réseau Admission 514 790 1245 Cours d'initiation gratuit: Réservation par téléphone: 13,17 et 18 janvier téL: 514.495.8645 de 19H30 à 21h00 5390, bout.Saint-Laurent, Montréal * tangueri^genpr.nion.net La Tangufiria est gérée par la Société culturelle Argentine Québec Canada CLERMONT GUAY Jean-Paul Blanchet en train de décharger le bois qui sera vendu pour financer la reconstruction du manoir.vice-président de la Corporation Philippe-Aubert-de-Gaspé, Gaétan Nadeau et Michel A Noreau poursuivent les principaux objectifs de cet organisme: faire connaître les deux écrivains père et fils, recréer l’ambiance et le milieu dans lesquels la famille de Gaspé vivait, diffuser et promouvoir la littérature canadienne-française, créer un pôle d'attraction touristique axé sur l'histoire et le patrimoine, développer un centre d'éducation populaire visant à faire connaître la richesse de l’histoire du Québec et démontrer l’importance du fait français en Amérique à travers la littérature canadienne-française.«Pour commencer, il faut reconstruire le manoir de la Seigneurie qui sera le lieu où tous ces objectifs pourront être réalisés», explique Gaétan Nadeau.Erigé sous le régime français, l’édifice a été incendié une pre- mière fois par les Anglais en 1759.Il ne reste du manoir, rasé par un autre feu en 1909, que des dessins et des photos, ses fondations, le four à pain qui date de 1764 ainsi que les vestiges d’un cellier.«Le manoir De Gaspé est un lieu patrimonial symbolique important dans Tico-nographie québécoise», souligne Gaétan Nadeau.«Il est indispensable que le manoir soit reconstruit sur le domaine même [le long de la route 132), pour que soient mises en valeur autant la résonance de l’implication politique et intellectuelle de Philippe Aubert de Gaspé père, l'œuvre littéraire du père et du fils, que l’aspect historique incluant le régime seigneurial et la période d’ajustement difficile consécutive à la Conquête», ajoute Michel A.Noreau.«Les divergences de vue sur VOIR PAGE E 3: MANOIR Des liaisons dangereuses?Ce soir 22 h Le vendredi de Jeanne Robinson Court métrage avec Louise Laparé et Luc Picard.Une jeune femme rencontre un homme amnésique.22 h 30 Piwi Premier court métrage de Jean-Claude Lauzon.Avec Gaston Lepage et Charlotte Laurier.La relation tragique entre un livreur et une petite fille.Ça change de fa téféj Télé-Québec telequebec.tv ) LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIM A X ( Il K 5 .1 A V V I E R 2 O O 3 K -* Culture *- THÉÂTRE DOCUMENTAIRE Radiographies d’un s e x Cent ris horaires S14 847 2206 www.ex-centris.com ystème tir ANTHONY PATMORE Le projet Santé! avec les comédiens Julie Burrouhgs, France Rolland, Frank Fontaine et Neil Kroetsch.Fondée en 1998 par Annabel Soutar et Alex Ivanovici, la compagnie Projet Porte-Parole (PPP) s’est donné comme mandat de créer et de produire du théâtre documentaire portant sur les principaux enjeux politiques et sociaux québécois contemporains.PPP propose maintenant une série de spectacles portant sur le thème des soins de santé.Jointe au téléphone, Annabel Soutar évoque cette nouvelle aventure amorcée en novembre dernier et qui se poursuivra jusqu’en juin prochain.SOLANGE LÉVESQUE Les deux fondateurs du Projet Porte-Parole travaillent en collaboration depuis quelques années déjà.Issue d’une famille anglophone de West-mount, Annabel Soutar décroche son diplôme d’études collégiales puis décide de s’iqscrire à la prestigieuse université Princeton aux Etats-Unis: «Il y a dans cette université une dramaturge nommée Emily Mann qui pratique et enseigne le théâtre documentaire, d'où mon intérêt pour Princeton», explique Annabel Soutar.Elle complète donc en 1994 un baccalauréat spécialisé en littérature anglaise et en théâtre documentaire, un théâtre dont les tenants et les aboutissants sont intimement, ponctuellement et concrètement liés à des sujets qui intéressent la société où il se pratique.Quant à Alex Ivanovici, qui est d’origine roumaine, il est né en Italie et a grandi au Québec où il a étudié le théâtre à l’école Dawson Dome.Ivanovici œuvrait déjà dans le théâtre de recherche: elle avançait à contre-courant du chemin qui semblait tracé pour elle (son père, financier, ne l’imaginait pas précisément faire carrière dans le théâtre.).Tous deux sentaient le besoin d’enrichir leur travail dramaturgique d’une intervention plus directement sociale.Ensemble, ils ont décidé de se lancer dans l’expérience d’un théâtre documentaire, engagé et bilingue, écrit sur la base d'une parole recueillie en milieu naturel, la parole de monsieur et madame Tout-le-monde.Ce genre de théâtre permet au spectateur de prendre le pouls de certains aspects de la société et rend compte des réactions des gens face à ces réalités.«La base du texte est donc constituée de milliers d’heures d’entrevues avec des centaines de participants de toutes conditions», souligne Annabel Soutar.(Cela va de soi: Alex Ivanovici et sa collègue maîtrisent parfaitement l'anglais et le français).Politique, santé et finance A ce jour, trois productions marquent leur parcours théâtral commun: il y a eu d'abord un premier spectacle, au début de l’an 2000, qui portait sur la pensée populaire entourant les questions politiques.A l’occasion de la campagne électorale de 1998, les deux concepteurs avaient parcouru le Québec de long en large, magnétophone à la main, pour recueillir partout, dans les bars, les cuisines ou les salons, les auberges et autres lieux publics, d’Amos à Gaspé en passant par les Cantons de l'Est et West-mount, des conversations et des commentaires concernant la politique.Il a résulté de ce travail la première production de la compagnie Projet Porte-Parole, un spectacle aussi percutant qu'étonnant appelé Novembre, qui brossait un portrait très vif de la politique et des politiciens à travers le regard de gens de toute allégeance et de toute provenance.L’année suivante, la compagnie PPP se penchait sur l'univers de la finance et des financiers: intoxiqués du profit et des cours boursiers, drogués du travail et malades du dollard parmi lesquels quelques saints bien intentionnés se livraient à eux, encore une fois, lors de centaines d’entrevues qui ont servi de substrat à la pièce intitulée 2000 Questions.Comme Novembre, la pièce se voulait bilingue; elle l’était cependant beaucoup moins que Novembre, et force est d’admettre qu'un spectateur francophone ne comprenant pas l’anglais devait trimer dur pour suivre les dialogues, puisque plus des deux tiers de la soirée se passaient en anglais.Ne reculant devant aucune difficulté, le PPP va encore plus loin en s’attaquant maintenant à un sujet aussi complexe que brûlant: la question des soins de santé.Annabel Soutar et Alex Ivanovici proposent au public une série de sept événements uniques, chapeautés du titre Santé! Le premier volet de cette série, qui s’intitulait Quel est le problème?a été présenté le 20 novembre dernier.Dans un premier temps, le public a pu assister à une dramatique écrite à partir d’entrevues réalisées au préalable avec des intervenants et des patients autour de thèmes qui touchent la santé et les relations avec les hôpitaux; une discussion nourrie a suivi.Là se situe l'innovation dans la formule: pour le premier spectacle de Santé!, ainsi que pour les six autres à venir, on suscite des interventions directes de la part du public lors d’un forum dirigé qui a lieu après la dramatique et sur le sujet traité par celle-ci.«Pour ces forums, nous avons recours aux services d'un animateur professionnel, et nous souhaitons la présence d’au moins une personne ressource.Claude Castonguay n'a pu être présent au premier spectacle pour cause.de maladie» (eh oui!), explique la conceptrice.«Au spectacle-rencontre du 29 janvier, nous aurons la présence de deux médecins, ainsi que David ls vine et Michel Æs-selin, deux administrateurs en santé.Car il est important d’entendre plusieurs points de vue», ajoute-t-elle.Le but de l’entreprise est d’explorer toutes les coutures d'une problématique on ne peut plus actuelle: les services de soins de santé au Québec, écueils, avantages, impedimenta, points forts, impasses, solutions, etc.«Chaque nouveau volet nous permettra de raffiner et de perfectionner la manière de diriger le forum public et d’utiliser la dramatique qui précède», remarque Annabel Soutar.«J’ai écrit les deux premiers, mais comme notre compagnie désire vraiment s’implanter comme un centre de théâtre documentaire à Montréal, nous ferons appel à d'autres dramaturges pour écrire les autres volets de la série.» Le projet Santé! s’inscrit en droite ligne dans les objectifs de la compagnie PPP qui souhaite bien modestement clarifier les enjeux, contribuer à diffuser l’information et susciter un débat entre les différentes parties.Ix-s six autres pièces documentaires à venir de la série Santé! auront toujours lieu le mercredi, aux dates suivantes: ¦ le 29 janvier 2(XX?: Médecins et fonctionnaires ¦ le 26 février Économie et services de soins de santé ¦ le 26mars: Prévention ou traitement?¦ le 23 avril: Les hôpitaux ¦ le 21 mai: Infirmières et infirmiers ¦ le 18juin: /epatient Toutes auront lieu au Théâtre J.Armand Bombardier du musée McCord, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.Pour réserver et s’informer (514) 842-8883.MANOIR Le nouvel édifice respectera le volume original.De Vextérieur, il sera rebâti à Videntique, en bois non plané blanchi à la chaux, mais bénéficiera des techniques de constructions modernes.Les objets trouvés lors de fouilles archéologiques seront mis en valeur, et le très beau cellier sera restauré.SUITE DE LA PAGE E 2 le Québec ne datent pas d’hier; à la fin du XIX' siècle, notamment, plusieurs factions s’opposaient et chaque groupe tentait d’établir un contrôle sur la population pour transmettre une idée de ce que devait être le Québec», poursuit Gaétan Nadeau.Pour décider des activités du lieu, un comité de programmation a été formé.«Notre apport original serait de souligner l’importance de la littérarure comme instrument, mais surtout, nous insisterons sur l’histoire des idées.Il n’existe pas d’institution qui se consacre à leur progression, au combat qui a été mené depuis la présence française en Amérique: son adieu forcé à la mère patrie [la France] et l’apprentisssage d'un nouveau régime après la Conquête».Mi-chel-A.Noreau voit dans l’œuvre de Philippe Aubert de Gaspé une source quasi intar-rissable: «Elle traite des problèmes de la religion, du commerce, du droit, de la politique, du système judiciaire, bref, du mode de vie en général.Nous voudrions aussi raconter l’histoire passionnante des Seigneuries au Québec», souligne-t-il.«En France, on accomplit naturellement le devoir de mémoire.Ici, les trous de mémoire sont nombreux.», remarque son collègue.Le lieu comprendrait un salon de lecture, une salle d’exposition et une salle de rencontre pour les groupes.«Nous désirons trouver un ancrage dans des sujets pratiques très actuels.Par exemple: comment se construisent les nouvelles diffusées par les médias; comment décrypter ce qu ’on voit à la télé pour mieux comprendre le sens des événements que l’on y traite», explique Michel A Noreau.L’utile à l’agréable Les deux instigateurs ont imaginé des moyens ingénieux pour financer le projet.Les compagnies forestières de la région fourniront le bois nécessaire à la reconstruction du manoir.Et pour donner aux habitants du village l’occasion d’une participation symbolique, chaque famille qui peut le faire est invitée à fournir une épinette de gros calibre.Une campagne de financement auprès du public va bon train; un total de 100 000 $ est visé, à raison de 33 000 $ par année.Un volet de cette campagne s’adresse aux institutions locales et un autre volet sollicite des commandites auprès des entreprises.On prévoit édifier le manoir avec la modeste somme de 300 000 $, car une partie du travail sera effectuée en corvée par les gens de la région.Pour financer les activités qui se tiendront au manoir par la suite, ceux-ci formeront une entreprise qui offrirait aux entrepreneurs et aux commerçants (tout groupe que la chose pourrait intéresser) On prévoit édifier le manoir avec la modeste somme de 300 000 $, car une partie du travail sera effectuée en corvée par les gens de la région des ateliers de perfectionnement portant sur la rédaction de textes et de rapports.«On contribuerait donc à créer des emplois de qualité, et les revenus seraient versés à la Fondation», explique Gaétan Nadeau.«Ce qui nous intéresse, c’est de rétablir le souvenir, pour que la mémoire devienne un réflexe sain et normal.De manière que ce que nous avons été et ce que nous sommes acquière une valeur symbolique importante», signale Michel-A.Noreau.Le nouvel édifice respectera le volume original.De l’extérieur, il sera rebâti à l’identique, en bois non plané blanchi à la chaux, mais bénéficiera des techniques de constructions modernes.Les objets trouvés lors de fouilles archéologiques seront mis en valeur, et le très beau cellier sera restauré.Philippe Aubert de Gaspé est inhumé dans l’église de St-Jean-Port-Joli sous le banc seigneurial, selon la coutume.Son fils est mort dans l’indigence à 27 ans, à Halifax où il a été inhumé.Aucune plaque ne rappelle là sa mémoire.Michel A.Noreau et Gaétan Nadeau trouvent essentiel qu’une plaque commémorant sa sépulture soit apposée à Halifax.Les autorité néo-écossaises sont d’accord.«Nos gouvernements ont été sollicités», explique Michel A.Noreau.«Récemment, la Corporation essuyait deux refus.Elle a donc procédé autrement pour recueillir les fonds nécessaires [environ 1000 $].La plaque sera vraisemblablement dévoilée l’au-' tomne prochain à Halifax, à l’occasion d'une importante rencontre d’historiens.» ?«Un superbe cinéaste au sommet de son art!» «Le meilleur film de l’année! » ?Première parle ^avec,, elle .Javier Ohmara Jjconor Watliug-Dario (jratiinotti Rosario Flores Géraldine Chaplin Scénario et realisation Pedro Almodovar ft* • .ww.talktohennovie.com vensiON OftKMNALB AVCC »OU*-TrmM FRANÇAM [âÜMmew ufwiTl (sherbrooke F] rrr^ÂpÉTeTn | tn-cnnu» | m À L’AFFICHE! sx DU 14 JANVIER AU 9 FÉVRIER 2003 ^ THÉÂTRE DU RIDEAU VERT ANTONINE MAILLET Mise en scène Guillermo de Andrea avec VIOLA LÉGER Concepteurs : Claude Allain, Mario Bouchard, François Barbeau, Michel Beaulieu, David Ouellet.Réservations (514) 844-1793 www.rideauvert.qc.ca Représentations du mardi au vendredi 19h30 samedi 20h30 • dimanche 16h Québec Conseil de» Arts du Ceneda Canada Council forth* Arts r\ Hydro VoC Québec La Presse *1 Affichags Astral Med/a SPEXEL Voyages improvisés, Dimanche 22 h Limpro en rappel Meilleurs numéros sur les voyages.Avec Patrice L’Écuyer, Sylvie Legault, Robert Lepage, Yvan Ponton.Réalisation ; louis Charts! 18 h Le club des 100 watts Sketches, capsules et entrevue avec Benoît Brière sur l'insécurité.Réalisation-coordination : Ginette Nantel 20 h Cest pas ma faute Avec Martin, 11 ans, c'est toujours la catastrophe ! Comédie avec Thierry Lhermitte.Ça change de fa télé Télé-Québec telequebec.tv ) L K I> K V 0 I H .LES S A M EDI 4 ET DI M A N C H E 5 .1 A X V I E R 2 0 0 3 E 4 ?Culture * CINÉMA VITRINE OU DISQUE La maison Daney ANDRÉ LAVOIE Alors que l’on ne cesse de célébrer la mémoire de grands réalisateurs depuis longtemps disparus, pourquoi ne ferions-nous pas de même pour l’œuvre d’éminents critiques?Ayant parfois plus d’influence que bien des mercenaires de la pellicule, ces éclaireurs du septième art obligent les cinéastes à se remettre en question, poussent les cinéphiles à transcender leur admiration béate et forcent ceux qui veulent suivre leurs traces à plus de vigilance et d’exigence.Pour plusieurs, Serge Daney fait figure d’icône et occupe une place à part dans le paysage du discours critique, place que personne en France ne semble capable d’occuper depuis son décès en juin 1992: une preuve parmi d’autres de sa singularité, de sa finesse d’observation et de l’élégance raffinée de sa plume, parfois trempée dans le vitriol.La somme de son œuvre, car il y en a une et elle est imposante, fait maintenant l’objet d’anthologies, dégageant les périodes importantes de son parcours professionnel, des Cahiers du cinéma au quotidien Libération pour se conclure à la revue Trafic, sa dernière aventure avant de mourir du sida.Cette deuxième grande borne, La Maison cinéma et le monde, couvre les premières années du critique à Libération, après avoir délaissé les destinées des Cahiers qui se remettaient à peine des égarements idéologiques de sa période «rouge».Son arrivée à Libé coïncide aussi avec son désir d’aller au-delà de l’objet cinématographique, de poursuivre ses voyages mais aussi de laisser libre cours à sa passion du tennis et à sa curiosité teintée de méfiance à l’égard de la télévision, le tout dans «une sorte d’exhibitionnisme d’écriture qu’on ne se permet pas aux Cahiers».Loin d’avoir claqué la porte de la revue, Daney y revient régulièrement, plus que jamais sensible aux avantages et aux inconvénients de l’un et de l’autre: «Quand on écrit pour un quotidien, on sait qu on ne réussit qu'un article sur trois ou sur cinq, mais on apprend à ne pas trouver ça tragique, alors que le rythme du mensuel alourdit l’écriture, l’angoisse.» Ce Serge Daney «libéré» nous est ainsi offert sur près de 1000 pages, faisant la part belle aux critiques de films mais aussi aux comptes rendus de festivals, aux éloges funèbres (dont un plutôt ironique au scénariste à succès Michel Audiard, qualifié par Da- SOURCE l’.O L EDITEUR Serge Daney ney de «ventriloque de talent»), récits de voyages, etc.On a aussi droit à une série de reportages sur les Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, où il dénonce, brillamment et avec de nombreux exemples à l'appui, la couverture ethnocentrique du réseau ABC.Pour ceux qui, comme moi, ont amorcé leur «carrière» de cinéphile au début des années 80, le regard de Serge Daney sur le cinéma de cette époque s’avère particulièrement éclairant, d’autant plus juste qu’il ne s’agit pas d’une vision distanciée mais d’un jugement solide collé sur l’air de ce temps flou, incertain.Lucide devant les errances de Francis Ford Coppola dans The Cotton Club {«On ne “capte”plus le réel, on le ripoline d’une couche supplémentaire “d’effets-cinéma»), il sait également distinguer les véritables mutations d'un art terrassé par l’apparition du magnétoscope et la puissance dévorante des médias.Dans un texte que l’on pourrait qualifier de prophétique, Daney synthétise les principaux enjeux de cette période dans sa critique du premier film de Leos Carax, Boy Meet Girl, œuvre d’««« jeune vieillard qui ne pourra que rajeunir»'.«On se contente de savoir gré aux jeunes cinéastes d’aujourd’hui de porter avec eux la sensibilité des années quatre-vingt, de “ressembler” à leur époque (sociologiquement), alors qu’ils n’y ont, évidemment, aucun mérite.Ils arrivent maintenant, dans un après-coup, très maniérés, souvent nostalgiques, agressifs par force, ignares et très cinéphiles.Ils savent bien qu’il leur est difficile de faire aussi facilement scandale que leurs aînés et qu’il y a une révolte, quelque part, dont on les a privés.» En peu de mots, il résumait les enjeux politiques esthétiques d’une décennie où le tape-à-l’œil et la vacuité triomphaient trop souvent.Ces quelques années de la carrière de Daney, courte période (1981 à 1985) riche en analyses et regards de toutes sortes (dont un, plutôt méchant, sur un colloque à Montréal portant sur le vidéoclip), donnent la pleine mesure du talent indéniable du critique à viser juste et à assumer ses partis pris, sa subjectivité.Même si le tout a parfois des allures d’auberge espagnole alors que de nombreux textes résistent mal au poids des décennies et au caractère volatil de l'actualité cinématographique, cette anthologie n’est pas assez grande pour contenir tout l’amour de Serge Daney pour le cinéma.Un amour passionné mais jamais inconditionnel, balançant toujours entre rigueur et lyrisme.LA MAISON CINÉMA ET LE MONDE 2.Les Années Libé I 1981-1985 Serge Daney HO.L éditeur Paris, 2002,1039 pages Un tableau épouvantable et comique du vide profond que portent en elles trois femmes dans la quarantaine qui s’expriment sur le mode psy des pseudo-intellectuelles.Une œuvre incisive, méchante et douloureusement ironique.NT 6 i ’natif/ TEXTE Josette Trépanier MISE EN SCÈNE Diane Dubeau DISTRIBUTION Markita Boies Louise Bombardier Andrée Vachon Frédéric Paquet Roch Aubert DECOR ET COSTUMES Francine Martin ÉCLAIRAGES Sylvie Morissette MUSIQUE Chantal Dumas ASSISTANCE À LA MISE LN SCÈNE Isabelle Gingras DIRECTION TECHNIQUE Anne Plamondon RÉGIE Claudine Paradis UNE PRODUCTION DU Nouveau Théâtre Expérimental www.nte.qc.ca T ; Devoir vA^htoricain DES CHOSES Du 14 janvier au 8 février 2003 DU MARDI AU SAMEDI À 20H30 A Espace Libre 1945 fullum, métro frontenac RÉSERVATIONS 521-4191 ENTRÉE 18$ Une passion post-moderne vraiment réussie C I.A S S I Q U IC WATER PASSION Tan Dun: Water Passion after Saint Matthew.Elizabeth Keusch, soprano; Stephen Bryant, basse; Mark O’Connor, violon; Maya Beiser, violoncelle; David Cossin, Martin Homann et Adam Weisman, percussion; RIAS Kammerchor (préparation Sarah loannides); dir.Tan Dun.Sony Classical S2K 89927.Dans certains cercles, il est de bon ton de présenter Tan Dun comme une sorte d’épiphénomène un peu vulgaire et opportuniste.Cela s’appelle faire de l’intellectualisme snobinard.Stravinski a écrit son Sacre du printemps à gros traits, Boulez en tète le reconnaît.Pire encore, Tan Dun est devenu connu du grand public pour la musique qu’il a composée pour le film Crouching Tiger, Hidden Dragon.Malheur encore plus grand, le film a remporté les Oscars que l’on sait, y compris celui pour la meilleure trame sonore.Alors, un compositeur contemporain qui a du succès semble louche en certains cénacles — qui n’en boudent pas moins les fortunés Stockhausen, Henze, Boulez ou Berio.Allez comprendre.Bref, il faut prendre la musique de ce Sino-Américain pour ce qu’elle est.Un mélange d’influences utilisé par un créateur qui veut se faire comprendre des masses.Est-ce qu’il faut penser alors qu’on fait populaire?Au sens chinois du terme, certes.11 est fort probable que Tan Dun croie en un langage qui parle à tous.Au sens américain, cela ne veut pas dire renier sa personnalité.Son art étrange, à la fois sophistiqué et brut, original comme affichant parfois ses multiples filiations, fait partie de cette sorte de musique qui ne sait laisser quiconque indifférent.Ce fut le cas de Helmut Rilling.Ce chef allemand, basé à Stuttgart, et qu'on associe autant à la radio qu’au répertoire laissé par Jean Sébastien Bach.Pour son chœur, il a demandé à Tan Dun de composer une Passion en répopse à celle que Bach a écrite sur l’Évangile de saint Matthieu.On imagine l’angoisse ressentie par le compositeur qui se voit offrir un tel défi.Une autre condition était que le texte soit en anglais.Il peut paraître téméraire de risquer telle confrontation.Surtout de mettre sur le marché en ce temps de Noël une œuvre qui, par son titre, appelle Pâques.Le scénario — sans aucune mauvaise intention ici — en vaut la peine.Tan Dun ne met pas le texte de la Passion en musique.Il écrit une sorte d'opéra en neuf scènes sur la vie publique du Christ On commence avec le baptême — dans l’eau où Jean le bap-tiste exerçait une part de son mis-sionariat — et on saisit tout de suite l’importance aquatique du titre.Suit l’épisode des tentations du diable dans le désert (admirons le contraste de construction) pour arriver au cœur du sujet, la Cène.Pour les pleurs, l’eau s'impose, pour le jardin de Gethsémani aussi, mais avec la dureté des pierres — la scène qui suit s'intitule «chant de roche».Tout se termine avec la Résurrection, donc encore avec l’eau, comme la mer qui est l’élément originel de toute vie.Le niveau poétique de l’architecture est donc assez intéressant pour qu’on le souligne.La composition est sidérante.De la musique criée, chantée, faite avec des bouteilles de soda pour qu’on en amplifie le son des bulles, des gongs chinois qu’on plonge dans l’eau pour modifier le son, des éclats de voix mis en contrastes comme les envolées dans le suraigu de la soprano et de musique chorale toute issue de la musique religieuse tibétaine si ancrée dans le grave du registre, des glissandos qui laissent difficilement perceptibles la note comme les sons des percussions, voilà de quoi tout cela est formé.Pour entourer tout cela, un violon et un violoncelle; rien de surprenant: le violon symbolise l’Orient et pour nous, Occidentaux, le violoncelle est l’instrument de la voix.Ces deux instruments lient tout et font le pont entre les groupes choraux et de percussions pour que les deux chanteurs, une basse et une soprano (vous sentez le parallèle) déclament le texte biblique.On entend donc une œuvre très hybride, fortement charpentée et qui prend aux tripes.Il y a des moments de trivialité, j’en conviens, mais le souffle toujours présent d’une inspiration hors du commun s’affirme sans laisser indifférent.Il faut dire la qualité du RIAS Kammerchor dans cet enregistrement en direct sous la baguette du compositeur.Dans une prise de son magnifique, il rend toutes les intentions et les effets «spéciaux» que demande Tan Dun avec un solfège et une qualité de sonorité impeccables.Les mêmes éloges vont aux percussionnistes, fortement sollicités et qui, sachant laisser leur dureté à certains moments, arrivent à cette rare magie de pouvoir faire chanter des instruments plus souvent pris comme secs.Puis il y a les deux solistes.Diction impeccable, émission sans effort, ils sont parfaits pour ce répertoire.Quand Elizabeth Keusch s’envole vers l’hyper aigu avec une sorte de scie musicale, on sent l’ange.Stephen Bryant manque peut-être d’un peu de coffre pour compenser, surtout dans les dernières paroles du Christ en croix.Mais la réserve est si légère qu’on la souligne, qu’on sait que cette œuvre magistrale est vouée à un avenir qui fera que, comme son modèle baroque, on ne pourra que la reprendre et y trouver encore plus de richesses.C’est encore le temps des vacances et comme l’œuvre est longue, on a le temps de s’en imprégner avec toute l’attention que cette hauteur de pensée commande.Ce qui est curieux, c’est qu’on ressort de cette expérience spirituellement intrigué, physiquement interpellé.Mais n’est-ce pas le cas des Passions que Bach a écrites?Qu’on puisse retrouver aujourd’hui, dans un idiome si inattendu, ce genre de découverte est à chérir.François Tousignant ROCK THE HEADPHONE MASTERPIECE Cody Chesnutt (Ready Set Go!) Voilà quelqu'un qui ne recule guère devant l’excès.Comme carte de visite, Cody Chesnutt s’offre un double album carrément gargantuesque: du soul au rock garage, en passant par un peu de funk et d’électronique.Après une série de mésaventures avec son ancien groupe The Crosswalk, ce jeune surdoué décide de repartir à zéro en produisant une œuvre où les genres s’entrecroisent sans gêne aucune.Pas question de mettre au monde un autre album de soul formaté et prévisible, ce multi-instru-mentiste a beaucoup trop de talent Pour réussir un tel coup, Chesnutt a tout fait lui-même dans le cpnfort de sa maison en Californie.A ranger quelque part entre Prince et Robert Pollard {Guided by Voices), l'excentrique propose sur The Headphone Masterpiece une relecture du rock ajnéricain dans toute sa splendeur.Évidemment, certains diront que la qualité sonore laisse trop à désirer.Toutefois, il ne s’agit pas d’un obstacle mais bien d’un choix qui s’apprivoise au fil des écoutes.En fait.The Headphone Masterpiece va plutôt à l’encontre des règles d’une industrie musicale à la dérive pour l’instant.Grâce à une brève apparition sur le dernier album de The Roots, on espère que ce spécimen aura aussi son mot à dire en 2003.Cody Chesnutt mérite de se démarquer de la masse conformiste et ennuyeuse.David Cantin MAKE IT POP Giddy Motors (Fat Cat-Fusion III) Comment décrire adéquatement le rock musclé et brutal que propose le trio londonien Giddy Motors tout au long des huit pièces de Make it Pop?Une collaboration improbable entre le Magic Band de Captain Beefheart et les Melvins?La seconde naissance de Jesus Lizard?Avec l’aide ainsi que les judicieux conseils de Steve Albini au désormais célèbre Electrical Audio Studios de Chicago, il faut croire que cette nouvelle signature sur Éat Cat risque de faire beaucoup de bruit.Une rare force destructrice habite ce rock qui carbure aux guitares répétitives et aux percussions malsaines.Dès Magmanic, on jongle avec des rythmes lourds de même que des atmosphères plutôt pesantes.Le résultat final impressionne, surtout lorsqu’on enchaîne avec une pièce plus introspective du calibre de Cranium Crux.Encore une fois, la réalisation d’Albini mise sur les extrêmes: le son demeure d’une virulence peu commune.Toutefois, c’est le dépouillement ainsi que la complexité des pièces de Giddy Motors qui étonnent de prime abord.Make it Pop dévoile un talent à l’éclat brut.Du rock sans concessions.D.C.Le Bruit des caMions dANS la NUIT de Martin Pouliot mise en scène Michel Bérubé assisté de Nadia Bélanger AVEC Patrick Hivon Isabelle Roy Olivier Morin LES CONCEPTEURS Jean Bard Claude Accolas Marie-Pierre Irieury Alain Dauphinais UNE CRÉATION DU Théâtre d’Aujourd’hui EN COLLABORATION Hydro Québec du 14 jAnvien au 8 fEvrÏEr 2003 3900, rue Saint-Denis métro sherbrooke (514) 282-3900 www.theatredaujourdhui.qc.ca direction René Richard Cyr Jacques Vézlna Gilles Renaud BANQUE LAURENTIENNE lU r A__ N I Û i® ü 1 ^zoh Gilles Vigneault, Richard Desjardins, Mononc’ Serge, Félix Gourd, Fred Fortin, Olivier Langevin, Sylvie Legault, Jean Derôme, Normand Guilbeault, Marie-Claude Lamoureux, Yves Desrosiers, François Marcaurelle, Charlotte Laurier & Annick Kanzala, Jorane, Pierre Tanguay, Jean Vanasse, Yvano Jolicœur, Yannick Rieux, Eve Cournoyer, René Lussier.22I130 bal : la Fanfare PourPour, Kùmpania et TODD (l’orchestre de danse) Toile décor : Armand Vaillancourt, Maître sans cérémonie : François Glenn Gourd vendredi 31 janvier 200 SOIRÉE DE FINANCEMENT POUR LOFE FESTIVAL DE JAZZ DE MONTRÉAL AU MEDLEY, 1170 ST-DENIS 842-6557 20S à l'avance, 25S à la porte.En vente au Medley, Réseau Admission et à l’Oblique, 4333 rivard coin mariannc 499.1323 I t LE DEVOIR.LES SA M EDI 4 ET DI M A X l I! E 5 JANVIER 2 O O 3 K Gilles Marcotte Dans le dernier roman de V.S.Naipaul, La Moitié d'une vie, un jeune Indien nommé Willie Chandran, étudiant à Londres, rêve d'écrire des nouvelles.A l'école, déjà, dans son pays natal, il épatait ses professeurs par la façon qu'il avait de tourner adroitement de brefs récits.Mais cette habileté ne suffit pas à faire de lui un véritable écrivain, il s’en rend compte lorsqu'il montre une de ses nouvelles à un ami londonien qui s’y entend un peu en littérature.De retour à la maison, après avoir savouré son échec pendant quelques heures, il croit avoir trouvé la solution en lisant une nouvelle admirablement bâtie de Hemingway.Mais on n’imite pas Hemingway, la perfection même de ses récits les rend impropres à l'imitation.C’est le cinéma qui le sauvera.Le cinéma dont, en bon Indien, il est un fervent consommateur, et particulièrement le cinéma américain, le plus éloigné par ses images, ses valeurs, de sa culture d’origine.S’il peut s’en inspirer, c’est à causç de cet éloignement même.«À la surprise de Willie, grâce aux emprunts faits à -«• Livres -*- Né à Chaguanas des histoires complètement étrangères à son expérience, et par le biais de ces personnages tout aussi étrangers à lui, il parvenait à exprimer ses propres sentiments plus fidèlement que dans les paraboles précautionneuses, à demi voilées qu 'il avait écrites à l'école.» Il poursuit en observant que Shakespeare avait fait de même, en empruntant le cadre et l’intrigue de ses pièces à ces sources temporellement ou spatialement lointaines.Le personnage shakespearien par excellence est, faut-il le rappeler, un Danois.Il s’appelle Hamlet.Cette parabole a quelque chose de cynique, d’impitoyable pour la conviction assez généralement répandue que les oeuvres littéraires viennent en direct, sans intervention extérieure, du coeur pur des écrivains.Elle a sa vérité propre, générale: la littérature est fabrication.Elle porte aussi la marque personnelle de V.S.Naipaul, ce romancier des identités plurielles qui jette sur les contradictions du monde un regard d’une lucidité sans concession.Il a fâché beaucoup de monde, comme le rappelait dans Le Devoir, en août dernier, CARREFOURS son plus fidèle lecteur québécois, Andre Major.Et son dernier roman, lui Moitié d une vie.n'a rien pour consoler les Indiens qui avaient été choqués par ses grands reportages sur le sous-continent.La première partie, qui se passe en Inde, raconte avec une sèche ironie comment le père de Willie, devenu célèbre pour avoir fait vœu de silence, et visité pour cette raison par le romancier anglais Somerset Maugham, ne se trouve dans cette situation que pour avoir imprudemment bravé des interdits sociaux.Issu d'une longue lignée de brahmanes, il en est réduit à utiliser la religion comme un simple moyen pour se tirer d'affaire.Pour V.S.Naipaul, prophète du désenchantement, les convictions religieuses n'ont pas d'autre utilité.La Moitié d'une vie est un roman assez bizarre, composé de trois parties qui semblent n’avoir en commun que la présence d’un Willie Chandran indécis, ballotte par les événements.La première, celle qui se déroule dans une ville de l’Inde, est de beaucoup la meilleure; il y a là une force de récit qui est celle des grands ro- mans de Naipaul et nous fait recevoir comme naturels, en quelque sorte inéluctables des événements, des émotions, des pensees qui sont pour nous extrêmement étranges.A Londres, où Willie se rend, comme boursier, pour faire des études, la tension baisse: oui, certes, il accède à l’écriture et arrive même à se faire publier, en même temps qu'il poursuit une initiation sexuelle assez triste, mais il lui suffit de recevoir une lettre admiratrice d'une jeune femme pour s’embarquer avec elle pour l'Afrique et oublier pour de bon la littérature.Cette troisième partie du roman est la plus déconcertante: on ne sait vraiment pas ce que Willie va faire là-bas, et il ne semble pas?le savoir lui-même non plus.A la fin.il va quitter l’Afrique comme il avait quitte auparavant l’Inde et l’Angleterre.«Il y a trop longtemps que je me cache», dit-il à la femme dont il se séparera.Cette petite phrase, qui clôt le roman, n’est pas d’une clarté éblouissante.On doute que Willie Chaudron puisse être autre chose qu’un éternel exilé: il l’était déjà dans son pays natal, et ses déplacements n’ont fait que confirmer son étrangeté fondamentale.Il n’est, il ne sera nul- le part chez lui, il semble prive pour toujours d’un monde qui serait véritablement le sien.Né à Trinidad Cette experience parait être celle du romancier lui-même, mais au contraire de son héros — si le mot peut convenir à Willie Chandran —, il a conservé le souvenir d’un coin de pays, mais un pays paradoxal, lui-même marqué par l’oubli.Naipaul est né à Trinidad.dans une bourgade appelée Chauhan, où se trouvait une petite communauté venue de l'Inde.Mais à Tàge de trente-quatre mis, alors qu’il faisait à Londres des recherches sur son pays d’origine, il découvrit que Chahan était la transformation du mot Chaguanas, appellation d’une tribu indienne (d’Amérique) complètement disparue de la mémoire humaine depuis le dix-septième siècle.«Une disparition, dit Naipaul, puis des siècles de silence.» Il raconte cette histoire dans son discours de réception du prix Nobel.où se trouve également la petite phrase suivante: «jp suis la somme de mes livres».Écrivain, V.S.Naipaul est ainsi moins l’héritier des Indiens venus d’Asie que de ces Indiens d’Amérique disparus de l’histoire.Ils sont sa véritable communauté — une com- munauté de disparus.On ne peut dire plus fortement que l’écrivain est prive d’ancêtres naturels, et particulièrement celui-ci, Naipaul, qui est l'exilé par excellence.Je lisais dans Le Nouvel Obser-iw/cwr du 5 décembre dernier que V.S.Naipaul, invité à Aix pour y recevoir un hommage, avait beaucoup déçu ses hôtes.«Le romancier, à qui l'on rendait hommage pendant trois jours, s'est peu exprimé dans ses différentes rencontres avec le publie, laissant journalistes et éditeurs parler de son teuire à sa place.» Avis aux organisateurs de colloques, de foires et de salons: cet homme-là est véritablement un citoyen de Chiguanas.IA MOITIÉ D’UNE VIE V.S.Naipaul lYix Nobel de littérature Traduit de l’anglais ixir Suzanne V.Mayoux Plon Paris, L’(X)2,238 pages COMMENT JE SUIS DEVENU ÉCRIVAIN V.S.Naipaul Traduit de l'anglais p;u- Philippe Delamarre 10/18 P.iris, 2(X)2,87 pages Tout reposait sur la simplification et il était parvenu à un point où il lui fallait simplifier.» Sur le coup — ah! ces intuitions de lecteur.—, j’ai été frappé par cette phrase pourtant banale, sans charme particulier, lue dans la deuxième nouvelle du recueil de Gaëtan Brulotte.Il y est question d’un personnage qui, à l’instar de la plupart des autres de ce livre, est affligé d’un nom improbable.Pour lui, c’est Iltrum, dont on trouvera les origines en cherchant là où il faut.Il aurait pu, à mon avis, s’appeler Aschenbach, si l’auteur avait eu un goût plus prononcé pour les références littéraires.Iltrum est en effet le cousin caricatural du personnage inoubliable de Thomas Mann dans Mort à Venise.Observateur distant lui aussi, Iltrum est désabusé, encore qu’il ne recherche pas la beauté idéale qui va signer sa perte.Réfugié dans une station balnéaire, il se contente d’enregistrer, dans des instantanés, des parcelles de vies étrangères auxquelles il tente de trouver un sens.Et qui lui font conclure — la belle découverte! — que tout n’est pas si simple qu’il l’aurait cru.La phrase citée plus haut m’a semblé comme un aveu ou un leitmotiv, répercuté dans tout le recueil.Elle suggère, dans Taprès-coup de la lecture, un parti pris de simplicité volontaire, pour emprunter au jargon à la mode d’aujourd’hui.Simples, ils le sont en effet, les personnages de ces nouvelles.Un peu trop même, réduits le plus souvent au statut d’esquisses, qu’ils soient concierges, professeurs ou chefs d’entreprise.On leur cherchera en vain un corps ou une âme.Ils existent plutôt par leurs goûts, leurs manies et surtout leur regard, qui s’essaie à être narquois, en tout cas oblique, ce en quoi ils sont fidèles au titre du recueil.Paradoxe attendu: pour inscrire cette simplification, ces personnages empruntent des détours qui ROMAN QUÉBÉCOIS Des travers trafiqués Robert Chartrand ?leur nuisent: celui de la fantaisie onomastique — on s’appelle Puff, Monsieur Assis ou Monsieur Toujours, ou Inemi, et quand on a la chance de n’être que Roger Durand, on se fait rebaptiser Bou: de même, les lieux, pourtant sans mystère, sont enrobés d’un flou qu’il faut croire symbolique: un village, Soubirous, ou encore l’Europe et l'Amérique du Nord, devenues respectivement TEst et l’Ouest.Nous sommes dans la proximité, dans du connu qui se donne des allures d’étrangeté.La Vie de biais relate des fantaisies qui prennent leur départ dans l’anecdotique, apparemment réaliste, et versent à l’occasion dans le bizarre.Une tortue est ainsi recyclée en cheval marin; un professeur qui en pince pour une de ses étudiantes a si peur de passer pour un harceleur qu’on le convertit en homme plus rose que rose, moitié potiche, moitié nounours.Mais la tortue accomplit sa tâche, de même que le professeur, qui conquiert l’étudiante de ses fantasmes, en toute quiétude morale.Affaires classées: on se réjouira pour eux deux.L’embêtant, dans ce recueil dont les histoires en valent bien d’autres, ce sont les leçons qui s'y profilent, ces messages qui empruntent à une moralité ancienne ou, pire, à la sagesse des nations.Iz*s psychologues seraient des fumistes — cela court dans les livres de Brulottte —; dans les entreprises, tout n’est qu’hypocrisie, on se hait et se jalouse en faisant mine de s’estimer; les Européens — Italiens, Français, au choix — seraient prétentieux, mesquins, en fait proprement insupportables, alors que les Nord-Américains, eux, seraient tolérants et tellement mieux organisés.Ce propos, lourdement appuyé, se trouve dans la plus longue nouvelle du recueil de Brulotte, Le Complexe de Putiphar, heureusement placée à la fin du livre.I,a référence biblique est même donnée pour le bénéfice de ceux qui ne l’auraient pas devinée.Mais il y est surtout dit, par des biais soulignés à gros traits, de se méfier des échanges dits culturels, auxquels nous, Nord-Américains, avons tout à perdre.Car ici — le saviez-vous?—, il y a le confort, les commodités, l’efficacité; et là-bas, leurs contraires obligés.Cela va jusqu’à l’honnêteté et au savoir-vivre, qui seraient des vertus nord-américaines.Puisqu’on en est aux clichés, on lira dans La Fulgurante Ascension de Bou que pour devenir une vedette, il suffit de trouver les moyens de faire parler de soi, de s’exhiber en jetant de la poudre aux yeux, pourvu que cela crée un scandale médiatique.Ces messages, simplistes, dont certains fleurent bon la misogynie ou la xénophobie, ne sont pas écrits en toutes lettres dans les nouvelles de Brulotte.Ils y sont pourtant inscrits, et ce sont eux que j’ai retenus, à regret.A défaut de pouvoir m’agripper aux personnages, aux situations où ils se trouvent, où la banalité est boursouflée d’invraisemblance.Au delà des épisodes parfois loufoques, des identités — de personnages et de lieux — dont les clés pourront amuser les amateurs d’allusions obscures —, on trouve, dans La Vie de biais, un dis- cours — enrobé, il est vrai — le plus souvent banal, un éloge d’un gros bon sens qui confortera, à la rigueur, ceux qui en auraient besoin.On y suggère que la vie n’est pas simple, que les gens qu’on observe ne sont pas ce qu’on aurait cru, et puis, tiens, tant qu’à y être, que pierre qui roule n’amasse pas mousse, qu'a beau mentir qui vient de loin, que la vie est une chiennerie mais qu’on n’a qu’elle, alors autant s’en accommoder.Cette douzaine de nouvelles ont beaucoup voyagé — sous une forme différente, précise-t-on dans une note en fin de volume — avant d’être rapaillées ici.Elles ont paru en Europe et en Amérique, dans des collectifs, des périodiques qui signalent la réputation de l’auteur.Surfaite, dans ce cas-ci.Brulotte est un écrivain d’expérience, et un universitaire, qui a déjà fait un peu mieux, notamment dans un recueil intitulé Ce qui nous tient.Mais les nouvelles de La Vie de biais sont médiocres; elles ne méritaient pas d’être dispersées de par le monde.On y trouvera un emploi immodéré des adjectifs, et mille détours pour dire une simplicité discutable, et qui, par là, se dérobe.La littérature, la vraie, peut jouer de détours et d'enlourloupetles pourvu qu'il s’y trouve au bout du compte un effet de séduction — qui ne joue pas ici — ou un espace de lecture qui laisse à ceux qui en ont envie le loisir de rêver ou de prendre parti.Ici, on est prié d’obéir à cette injonction paradoxale: suivez aveuglément le cours des choses, et croyez, foi de narrateurs, en la déviance.LA VIE DE BIAIS Gaëtan Brulotte Editions Trait d’union, collection «Script» Montréal, 2002,177 pages robert.chartrandSa Isympatico.ca LITTÉRATURE FRANÇAISE Souvenirs de voyages méditerranéens Même le narrateur paraît saisi de sa propre frayeur: il revient au monde d'ici par deux fragments autobiographiques, comme pour se convaincre d'être dans la réalité SOURCE VERDIER À notre époque, en nos villes où la mort est si occultée dans sa réalité prosaïque, qui ose encore s’aventurer entre les dépouilles parcheminées, déchirées, mais si ressemblantes aux vivants des momies?GUYLAIN E MASSOUTRE Alain Fleisher consacre sa vie aux images.Il a donné au cinéma d’art de belles heures consacrées aux musées et, du commentaire, il a versé dans Tart de raconter ses voyages.Il donnait entre autres au Seuil, en 2000 et en 2001, deux beaux romans, Quatre voyageurs et Les Trapézistes et le rat, précis comme une enquête, fouillés comme une étude, organisés comme un film.Fleisher sait se mettre au service de mondes étranges, loin de sa personne, tout investis de sa curiosité.Mummy, mummies en est un exemple parfait.Ce texte bref, sous-titré «Nouvelle avec hors-texte et prétexte», campe l’univers sombre et sec des catacombes palermitaines.Peu de touristes savent que le sous-sol sicilien abonde de ces nécropoles hantées depuis 1599.À notre époque, en nos villes où la mort est si occultée dans sa réalité prosâïque, qui ose encore s'aventurer entre les dépouilles parcheminées, déchirées, mais si ressemblantes aux vivants des momies?L’envers du visible Le caractère des momies porte aux émotions fortes: «Et leur grimace est sans douleur, toute douleur disparue, elles font la grimace par habitude, c’est leur théâtre, ou c’est leur cinéma, c’est leur mimique toujours expressive d’interprètes d’un film muet.» Iæ corps mort parle encore, et Fleisher s’abandonne, du moins dans ces brèves pages, aux vertiges du squelette disert et de la décomposition lente.Morbide, direz-vous?Assurément.Objets obscènes, en quelque sorte munis de leur âme et de ses secrets, ou moulages d’un drôle de type, les trépassés sont étalés, outre par les mots, sur de belles planches photographiques.L’impact visuel est grand.On s'arrête à penser.La mort, ineffable spectacle, est ici ralentie, au point que les projections de la mémoire sont activées.Voilà que la pensée prend forme, sans les liens qui la retiennent entre ses balises habituelles.Il y a là matière à extra, à méta, à fantastique.Or, qui s’est saisi du livre ira jusqu’au bout Ces momies nous sont servies en simple hors d’œuvre.La traversée de l’étrange débouche sur un récit de sommeil, d'initiation et d’interdit, dont on ne révélera pas le punch.Même le narrateur paraît saisi de sa propre frayeur: il revient au monde d’ici par deux fragments autobiographiques, comme pour se pincer et pour se convaincre d’être dans la réalité.Pas question de quitter TOm-brie, où la terre est gonflée d’une si révulsante ténèbre silencieuse.Car l’Italie, c’est aussi la mort environnante, les croyances du Ciel et de l’Enfer, et tous ces gens, pétrifiés dans leur ruine, sont des trésors de mémoire gelée, entre l’ambre et le conte.Que dit la promenade, la fouille de Fleisher?Finalement, ce n'est pas le passé qui triomphe, mais la vie quotidienne, sertie dans la poussière des catacombes, comme un diamant entre des mâchoires blanches qui le pincent Dernière escale Le récit La Promesse du seuil.de Christian Dumais-Lvowski, est consacré à ses souvenirs d’un voyage au Maroc, en compagnie de Marguerite Yourcenar.Elle devait mourir un an plus tard.Mais au Maroc, l’heure du thé s’assor-tissait encore, semble-t-il, d'une ambiance de sortilège cadrant parfaitement avec son visage.Si les souvenirs d’une rencontre en décembre 1986, somme toute circonstancielle, s’avè- rent de portée restreinte aux impressions et aux conversations du quotidien, les photographies qui accompagnent ce bel ouvrage, signées Saddri Derradji, «dont les portraits montraient l’humanité de leur modèle sans s’encombrer de leur légende», restituent une présence de Yourcenar à la fois chaleureuse et vivante.Yourcenar, enveloppée sous ses multiples châles colorés, était très photogénique.Dans les paysages fabuleux du Maroc, entre les murs de pisé ou parmi les femmes, dans les dunes ou devant un coucher de soleil, le sourire de l’écrivain perce les pages et illumine les images que Ton se fait de la vieillesse en beauté.L’ouvrage se termine par une visite à Petite Plaisance, dans le Maine, la demeure de Yourcenar, aux Monts-Déserts.Là, les albums de photos sont sortis; les anecdotes fusent, tant la maison est un musée de ses rêves, de ses périples et de ses parcours littéraires.Digne et malicieuse, Yourcenar a laissé l’empreinte de son mystère derrière elle.Le voyage à Dharamsala, prévu pour la fin de 1987, n’eut pas lieu.A ceux qui l’ont connue, même peu, elle a laissé une aura de regrets et, entre autre, cette image d’une femme du voyage, sacrifiant au Nil une petite bourse où TAntinoüs des Mémoires d’Adrien s’est noyé.MUMMY, MUMMIES Alain Fleisher Verdier lAgrasse, 2002,75 pages LA PROMESSE DU SEUIL Un voyage avec Marguerite Yourcenar Actes Sud Arles, 2002,111 pages i t I I r I E I» E V OIK.L E S S A M E I) I I E fi ET I) I M A X C II E A X V 1 E K 2 O II A m- VUES LE FEUILLETON LITTÉRATURE FRANÇAISE Une saga familiale sur fond de déclin industriel Jean-Pierre Denis ?Un homme presque parfait, le troisième roman de Richard Russo, avait été adapté au cinéma en 1994 par Robert Benton, avec Paul Newman et Melanie Griffith.Gageons que Le Déclin de l’empire Whiting, qui lui a valu le prestigieux prix Pulitzer en 2002, suivra les mêmes traces.La diversité et le nombre des personnages, leur caractère exemplaire, leur humanité déchirée, l’arrière-fond historique d’une petite ville provinciale et industrielle qui a connu des jours meilleurs, les imbroglios familiaux lourds de secrets, l’aspect naturaliste du récit, tout est là pour mettre à l’aise le lecteur et lui faire éprouver ce plaisir un peu voyeuriste d’assister à la vie de toute une communauté sur son déclin.La pauvreté, la richesse, la honté, la férocité, le pouvoir, l’impuissance, la volonté, la velléité, telles sont les forces intraitables qui se jouent de cette petite humanité abandonnée sur les berges de l’histoire.où semblent par ailleurs se concentrer tous les immondices que charrie le fleuve en aval.Une galerie impressionnante de personnages C.B.Whiting, l’héritier d’une riche famille qui a fait fortune d^ns le textile à Empire Falls, dans l’Etat du Maine, au nord de Boston, a connu cela, d'être la risée d’un fleuve qui dépose ses animaux morts et toutes sortes d’autres objets au pied de la hacienda qu’il vient juste de se construire, symbole de son originalité et de sa déviance familiale.Qu’à cela ne tienne, l’on n’est pas impunément riche pour rien! Un cours d’eau se détourne, se creuse, se maîtrise! Et s’il faut y voir le signe d’un dessein divin, alors, se dit-il, ce ne peut être que pour le punir d’avoir abandonné son «moi profond» au Mexique où il avait fui plusieurs années durant sûr qu'il était destiné à «rêver, peindre et écrire des poèmes», et non pour quelque autre raison beaucoup plus vraisemblable.Ce personnage, qui ouvre le roman et lui donne immédiatement sa toile de fond (une famille sur son déclin, où les maris, de père en fils, tentent d’assassiner leur femme on ne sait trop pour quelle raison, mais qui n’y arrivent pas, ce qui les rend dingues), restera tout au long du récit une figure fantomatique qu'on évoque de temps à autre comme celui qui s’est un jour suicidé.le corps du récit, lui, tourne essentiellement autour de Miles Roby, quarante-deux ans, un de ces petits gars de la place, qui aurait pu devenir autre chose que le gérant d’un grill qui sert du fastfood et que possède la veuve Whiting (sous la M Palmarès Le baromètre du livre au Québec 24 succursales au Québec PJ Pour commander : S (su) 342-2x1 s r e n a u d - b r a v.c o m tjow cette nouvelle année, la librairie fRenauJ-CBray j ooas ojjre ses meilleurs vœux H.thnm Huat> LE DÉCLIN DF.L’EMPIRE WHIT1NC Quai Vfttlwrs Cuisina Oc U GUIDE DU VIN 2803 M.PHANEUF L'Homme r 7 Olograph.Oc ROBERt PICHÉ AUX COMMANDES DU DESTIN P.CAY0UETTE Uhre Expression 3 Roman 8c UN PEU DE FATIGUE S.BOURGUIGNON 0c Amérique 9 4 Cuisine 8c U SÉLECTION CHARTIER 2003 F.CHARTIER Flammarion Qc B 5 Actualité Oc L'ANNÉE CHAPLEAU 2002 S.CHAPLEAU Boréal 7 JB Roman LE PIANISTE T W.SZPILMAN Robert Laffont 96 Roman 0c UN HOMME ET SON PÉCHÉ C.-H.GRIGNON Stanké 9 8 Pratiqua 0c LE GUIDE DE L'AUTO 2003 DUVAL/DUQUET L'Homme 9 Essais 0c LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS.L 2 N.LESTER les Intouchables J 10 Cuida Oc LE GUIDE DE Ut MOTO 2003 B.GAHEL Les Guides Meta J il Roman 0c CATALINA 4P G.G0UGE0N Libre Expression 12 12 Jeunesse QUATRE FILLES ET UN JEAN 4P A.BRASHARES Gallimard 2J1 13 Guide 0c GUIDE DES RESTOS VOIR 2003 BEAUCHEMIN/RENAUD Voir J 14 Roman 0c À L'HEURE DU LOUP 4P P MORENCY Boréal JJL 15 Polar MYSTIC RIVER 4P D.LEHANE Rivages JX 16 Polar LE BILLET GAGNANT M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 5 17 Roman 0c LIFE DF PI 4P - Booker Prize 2002 Y.MARTEL Vintage Canada J0 1®.Roman Oc LE GOÛT DU BONHEUR.1.1 - Gabrielle 4P M.LABERGE Boréal 107 19 Arts 365 JOURS POUR U TERRE 4P Y.AR1HUS-BERTRAND deLaMatlnére JB 20 Roman U TACHE 4P R ROTH Ballimard J! 21 Roman 0c MEILLEURS CONTES FANTASTIQUES QUÉBÉCOIS COLLECTIF Fides 50 22 Essais 0c LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER les Intouchables 57 23 Santé ET SI (A VENAIT DU VENTRE?P.PALLARDY Robert Laffont 20 24 Jeunesse Qc CHANSONS n RONDES POUR S'AMUSER (U*n>40C)4p H.MAJOR Fides 11 25 Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE ¥ COLLECTIF Marabout 37 26 Polar VOYAGE FATAL K REICHS Robert Laffont 11 21 Sc.Fiction L'ARBRE DES POSSIBLES ¥ B.WERBER Albin Michel 7 28 Essais MIKE CONTRE-ATTAQUE ! ¥ M.MOORE Boréal 11 IL Roman LA CROIX DE FEU, 15 - 2* partie D.GABALDON Un Expression 8 30 Actualité APRÈS L'EMPIRE ¥ E.T0D0 Gallimard 12 31 B.D.KID PADDLE.18 - Paddle.my name is Kid Paddle MIDAM Dupuis 4 32 Roman PAS DE NOEL CETTE ANNEE I.GRISHAM Robert Laffont 7 33 Roman Ut RUE DE L'ESPOIR D.STEEL Pr.de la Cité 10 34 Essais Qc LE LIVRE NOIR DES ETATS-UNIS R SC OWEN les imoucnaues ü 35 Jeunesse 0c LE PIANO MUET (Livre 8 OC) ¥ Gilles VIGNEAULT Fides 8 38 Photos LE SIÈCLE ¥ COUECTIF Phaidon 6 37 Psychologie LES VILAINS PETITS CANARDS ¥ B.CYRULNIK Odile Jacob 91 38 Actualité L'ÉTAT DU MONDE 2003 COLLECTIF Boréal 12 39 Ésotérisme HOROSCOPE CHALIF0UX 2003 A.-M.CHALIF0UX Publistar 20 40 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 117 41 B.D.TH0RGAL.1.27 • le Bartara VAN HMME/RQSMSN Lombard 6 42 Roman 0c CHERCHER LE VENT ¥ GuOaume VIGNEAULT Boréal 61 43 Essais Oc PAROLES D'HOMMES M.BRUNET 0c Amérique 10 44 Psychologie OUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 105 45 Biographie F.W.ABAGNALE Stanké 4 V : Coup de Coeur RB ¦¦¦¦ : Nouvelle entrée N.B.: Sont exclus les livres prescrits et scolaires.Plus de 1000 Coups de 0 NbfT de «emniiM-* ctrpui* panilton T iieur, pour mieux choisir.pression de sa mère, il avait commencé à étudier à l'université), mais qui se retrouve, lui aussi, pris dans les rets d’une réalité qui l’écrase.En cela, il ressemble à C.B.Whiting.Et tout autour de lui, toute une galerie de personnages: son vieux père Max, un fainéant et un parasite qui tape continuellement son fils pour s’enfuir dans les Keys où il en tape d’autres, sa mère, Grace, un modèle de vertu et de générosité pour lequel Miles a toujours éprouvé la plus vive admiration et qui est maintenant morte, sa femme Janine, qui croit retrouver sa liberté et sa jeunesse avec un vieux bellâtre gérant d’un club de sport, sa fille Tick, une adolescente fragile et un peu anorexique, sujette aux évanouissements et qui ne supporte pas sa mère, le frère de Miles, David, qui a perdu l’usage d'un bras lors d’un accident, la fille de la veuve Whiting, Cindy, qui a toujours été amoureuse de Miles (elle est née le même jour, dans le même hôpital), mais qui doit se soutenir à l’aide d’une marchette à la suite d’un grave accident survenu dans son enfance, le flic ripoux.Minty, qui a toujours été jaloux de Miles, et puis quelques autres, aussi amoureusement dépeints que ceux-là Car Russo est un écrivain généreux, c’est-àdire qui ne juge personne, qui donne de la présence, de l’intensité, de l’épaisseur à tous ses personnages — ce pourquoi ils finissent fatalement par nous émouvoir, même l’exécrable égoïste qu’est le vieux Max, ou encore la terrible veuve Whiting, une femme apparemment cruelle et sans état d'âme qui tient toute la communauté, et surtout Miles, sous sa férule.Fait à noter pour le lecteur québécois, elle est d’origine canadienne-française et porte le nom de Francine Robi-deaux — qui est sans doute la version déformée de Robidoux pour l’oreille anglaise de Russo, qui se plaît par ailleurs à constater qu’il est courant, chez les femmes de cette origine, de n’avoir pas de menton.Autre fait à noter, on trouve aussi un vieux prêtre maintenant sénile, le père Tibideaux (sans doute en réalité un Thibaudeau), responsable de la paroisse de Sainte-Catherine avant qu'elle ne soit fusionnée à celle de Sacred Heart, un obsédé du confessionnal, qui se laisse convaincre par le vieux Max de s’enfuir dans les Keys.Comme par ailleurs le vieux Max ne cesse de répéter à son fils que son nom de famille, Roby, a sûrement un lien de parenté avec celui de Robideaux, on peut se demander jusqu’où va la présence des Canadiens français dans ce récit, et par quelle perversion ils sont si souvent associés à la folie ou à la cruauté.Fin de l’anecdote.L’art de ménager les secrets Même si la facture de son roman reste conservatrice (Russo est un écrivain naturaliste), l’auteur nous éblouit et par sa force compassionnelle et par la complexité des relations qu’il tisse entre ses personnages, par la richesse de son intrigue.Sans entrer dans les détails, disons qu’il y a plein de secrets dans ce roman et qu’ils sont admirablement retenus par le narrateur jusqu’à leur dénouement, jusqu'à leur nécessaire divulgation: que l’auteur suit ici ses personnages dans leur errance et leur lente prise de conscience sans jamais nous en dire plus qu’il ne faut, de manière à nous réserver, à nous lecteurs, les mêmes surprises, les mêmes ef-fets-chocs.Et il y réussit très bien.En somme, un roman que je recommande pour la maîtrise et la conduite de son intrigue, aussi bien que pour la richesse de ses personnages.Ça ne révolutionne pas la forme romanesque, mais c'est sacrement bien raconté.LE DÉCLIN DE L’EMPIRE WHITING Richard Russo Traduit de l'américain par Jean-Luc Hningre Quai Voltaire Paris, 2002,525 pages denisjptd videotron.ca Le temps de guerre : le passé, l’avenir MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Ly épigraphe, d’entrée de jeu, saisit «À toi, où que 1 vous soyez.» Ce passage du «tu» au «vous» évoque l’inscription de gestes, de moments, allant de l’intimité à la distance.Ou le glissement du singulier au pluriel: là où la multiplicité des êtres renvoie à une multiplicité sans visage, sans nom, et s’adresse à l’interchangeabilité des corps, objets de désir pourvu qu’ils participent de la jeunesse et de la beauté.Ainsi s’ouvre ce petit récit à la fois troublant, beau et vain que s’offre Claude Michel Cluny.Parallèlement, la publication de la première tranche de son journal littéraire, Le Silence de Delphes, lui vaut, en 2002, le prix RenaudoL Pourquoi écrire un tel récit, si longtemps après son advenue?Ce qui ne se veut ni confession ni aveu, hors de la culpabilité, du regret et de la honte, sort de sa mémoire où il a été gardé intact, nimbé d’un silence protecteur.Travail de mémoire qui trouve, enfin, une proposition esthétique pour lui donner vie: «Par un autre mouvement, écrire, nous inventons l’espace d’une mémoire à venir.» Cette mémoire se donne comme vérité, retraçant efficacement la force des couleurs, des formes, des sensations.Elle lui fait écrire ce récit étale, lisse, sans failles, orné, poncé, qui n’offre aucune prise à la critique.S’adressant à «tu» et à «vous»: «Ces pages ne veulent qu’exprimer ma double, ma belle dette d’amour.» Claude Michel Cluny raconte sa sortie de l’enfance et l’éclair fulgurant qui marqua son adolescence.Dans un paysage de guerre qui résonne faiblement, malgré les détails qui jonchent les mots, il trace la fin d’une enfance détestée, non pas malheureuse mais définie comme un état larvaire et sans intérêt, comme un moment dans lequel il n’aimait pas «ce moi qui n'était pas mien».Tout le récit est orienté vers le point culminant, ce qu’il appelle, au mépris d'une «freudité», «la scène capitale», qui déchirera son désir, son corps, sa sexualité, et contribuera à tracer sa géographie érotique.Cette rencontre avec l’Ennemi qui devint l’espace d’un moment l’Aimé, Cluny la décrit avec toute l’intensité et la poésie dont il est maître.Il fait sonner les mots, et les formules font images: les Barbares, l’uniforme noir serré à la taille par le ceinturon, le jeune tankiste à la beauté quasi imberbe, le tragique et l’énigme d’un accès de peine, l'affolement des sens, l’excitation de l’interdit Après le récit de ce noir éclat, les propos s’étiolent.Passé le mystère des pleurs de l’Ennemi-Aimé viennent les considérations sur les objets d’amour — «ceux qui auraient pu être moi» —, ceux qui lui ressemblent comme dans un miroir, comme des frères à peine plus âgés que lui, ceux dont il aime le corps et dont le corps nouveau excite et trouble, ceux pour qui il éprouve l’affection des sens, le désordre du désir et l’amour de l’amour.Aussi, des propos amers sur les compatriotes français au temps de cette guerre ou peu après.Ses parents seront épargnés.Sa mère, surtout, dont il trace un bref portrait flatteur.De la mémoire au futur Le paysage de guerre, chez Cluny, évoque La Mort à Venise de Thomas Mann, cet état particulier de mise en danger — la peste là, la guerre ici — qui permet ou favorise la rencontre amoureuse.Ainsi se mêlent Bros, Mars et Thanatos, l'amour-la guerre-la mort, sur fond de mémoire.Chez le même éditeur, la guerre trouve un autre preneur: Colette Lambrichs recherche un ton tragicomique sur fond d’un avenir prochain.Cela donne une fable mi-figue, mi-raisin, qui se veut cri d’alerte et fiction idéologico-sociale.L’auteur dira que ce dont il est question dans ce livre, la guerre qui sévit à Glome, ville nouvelle, est une «guerre contre les mots».C’est une guerre qui fait en sorte que les mots ont survécu à la disparition de leurs référents.Les mots deviennent des entités creuses, ridées de leur sens.Réalités matérielles et concepts ont tous subi le même sort «Ok appelle un hôpital usine, une ferme station-service, les pompiers fleuristes, la pornographie littérature [.], une iniquité devient un acte de courage, un coup deforce du civisme, la vengeance de la justice.» Cela crée des quiproquos et des situations ambiguës, tantôt cocasses, tantôt désespérantes.Un journaliste chargé d’enquêter doit «étonner» son directeur.D se lance donc à l’assaut de cette «ville nouvelle».C’est lui qui sera le premier étonné.Bien plus que le lecteur, qui pourra, petit à petit, deviner ce qui se déroulera.Qui pourrait même espérer que l’aventure aille beaucoup plus loin que le roman ne le fera.Les descriptions tournent court; les mésaventures sont prévisibles.Cette ville avec son grand trou plein d’immondices au centre et ses autos qui tournent autour, avec son restoocéan où les plats de poisson sont des reconstitutions faites de poudres et de gélules indigestes pour les non-initiés, son faux magasin de chaussures, ses pharmacies déguisées en marché d’alimentation, son culte de l’automobile et son manque d’eau, c’est du connu, de l’archiconnu.Et cela est à nos portes.Pour décrire cette caricature de ville moderne, le cinéma serait plus efficace que cet écrit; on songe à Tati, Chaplin ou Mr.Bean.Les rapports hommes-femmes aussi seront pris à partie.Une infirmière sèmera des fantasmes dans la tête du journaliste.Et puis, pffft, elle disparaît, alors que l’on pourrait continuer à l’espérer à un tournant Mais le tournant sera raté.Ce qui se veut, entre autres, une boucle contre la fausse liberté de presse, ce qui se nomme une guerre est plus une dénonciation de l’hyper-technicisation qui guette nos ries.Quand les lilas n’auront plus d’odeur.Quand la mémoire effacera jusqu’au souvenir du lilas.Quel sens, alors, aura la guerre?SOUS LE SIGNE DE MARS , Claude Michel Cluny Éditions de la Différence, collection «Littérature» Paris, 2002,110 pages LA GUERRE Colette Lambrichs Éditions de la Différence, collection «Littérature» Paris, 2002,105 pages Contre le silence Ecrit dans une langue riche et foisonnante à Vexcès, Silence est un colosse aux pieds d’argile LOUISE-MAUDE RIOUX S O U C Y LE DEVOIR Nulle Part, on ne modifie les lois de la musique sans modifier en même temps les dispositions civiles les plus importantes», prétendait Platon.Entrée par hasard à la radio de France Culture par la porte des programmes musicaux, la journaliste, animatrice et productrice Jeanne-Martine Vacher y a vu le prélude de son premier roman, Silence, un thriller sur la musique et ses incommensurables pouvoirs.Présenté comme une fiction de savoir dans la lignée du Monde de Sophie de Jostein Gaarder, Silence n’a cependant pas les reins assez solides pour soutenir une telle comparaison.En effet, plutôt que de s'astreindre à une somme des musiques qui, il faut bien l’admettre, aurait pu être fastidieuse, Jeanne-Martine Vacher a préféré se servir de ses découvertes — souvent terriblement fascinantes — pour servir une histoire qui, en contrepartie, n’a malheureusement pas l’envergure de ses passionnantes trouvailles.Elle-même animatrice de Décibels, une émission musicale française, Jeanne-Martine Vacher a choisi pour héroïne Lynn Lagu-nitas, son alter ego.Audacieuse, entière et déterminée, Lynn est l’animatrice-vedette de la Maison des Ondes de Mongour, une cité-Ëtat démocratique qui a voté par référendum, 25 ans auparavant, la fin de la musique à la suite d’un terrible massacre survenu dans la basilique dédiée à l’abbesse et compositrice allemande Hildegarde von Bingen.Incapable de se résoudre à la dictature du silence, Lynn se servira de son micro pour ramener la musique dans les bonnes grâces du peuple de Mongour.Mais si plusieurs citoyens décident d’embrasser littéralement sa cause, d’autres, au contraire, condamnent fermement son projet.Parmi eux, Noise, un inquiétant personnage, prêt à tout — même au pire — pour empêcher la ipusique de renaître.Éclairée par un fin musicologue, Robert Blek, Lynn mène l’enquête seule, au mépris de sa propre vie, traquant la musique jusque dans les milieux clandestins, fascinée par ceux qui entretiennent secrètement les flammes encore chaqdes des mélodies d’autrefois.Élément fort du roman, Blek s’avère un véritable puits de science, traçant à travers l’histoire de la musique une fabuleuse cosmogonie où s’entretiennent les plus grands, de Jean-Baptiste Lully à Bob Marley en passant par Ëarinelli ou un populaire DJ de hip-hop.Écrit dans une langue riche et foisonnante à l’excès, pour ne pas dire parfois ampoulée, Silence est un colosse aux pieds d'argile.En effet, en dépit de cette solide et passionnante incursion au cœur des «transversalités» musicales, historiques et philosophiques, Jeanne-Martine Vacher n’a pas su dompter son imposante créature.Il en résulte un polar quelconque, qui agace plus qu’il n’impressionne, essoufflé par une intrigue trop mièvre pour être crédible.Les prémisses étaient pourtant prometteuses: il aurait suffi de pousser davantage cette dualité qui habite la musique, déchirée entre l’harmonie et le chaos, pour faire triompher toutes ces bonnes intentions.SILENCE Jeanne-Martine Vacher Editions du Seuil Paris, 2002,540 pages ESSENTIEL Le roman en question Après un dossier fort intéressant sur la poésie contemporaine, le numéro de septembre-novembre du Nouveau Recueil propose une série de réflexions et de fictions sur l’avenir possible du roman.Comme le souligne Benoit Conort, «est-ce possible, selon vous, d’affronter les enjeux du roman au-delà du roman?».Régine Detambel répond: «Venir au roman, aujourd'hui, c'est être parmi ses semblables, homme ou femme, dans la même volonté de métamorphose, d’obtention de la maturité.» Du même souffle, François Bon réplique: «Le problème c’est Proust.Parce qu'on n'en est pas sorti encore.Qu’on est toujours, à quatre-vingts ans en arrière, à marcher à reculons dans notre temps, tandis que sur l'horizon se détache encore sa cathédrale.» En complément, un très bel entretien de Jania Sarno avec Yves Bonnefoy s'intéresse aux lectures, à la vocation ainsi qu’au mariage de la poésie et de la critique d’art chez l'auteur de L’Arrière-Pays.On lira également avec un intérêt soutenu la poésie du Brésilien Carlos Nejar: «Tu passeras parmi les formes / muables, vaines.Tu passeras / entre les montagnes et les vestiges / du jour, tu passeras./ Et il faut que reste l’étoile, / le souffle, la voix / dans les vestiges du jour.Tu passeras.» David Cantin I I I * LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET I) 1 M A X < Il E 5 J A X VIER 2 0 0 3 4 K -o-Livres»- ESSAIS QUÉBÉCOIS Si le critère de l'envergure intellectuelle comptait pour quelque chose à l’heure de choisir un premier ministre pour le Québec, Bernard Landry mériterait d’être élu par acclamation.Economiste brillant et politicien à la fois pragmatique et progressiste, le chef du Parti Québécois est aussi un homme de culture, attaché au parcours historique de son peuple.Militant social-démocrate cohérent et avisé, Bernard Landry, c’est inévitable, sera toujours, pour les uns, à gauche, trop libéral, et pour les autres, à droite, trop interventionniste.Peut-on le qualifier, alors, de centriste?Ce serait, me semble-t-il, lui faire injure.Par les temps qui courent, un politicien qui, comme lui.insiste pour dire que «le temps est venu, comme dirait Balzac, de tailler des croupières aux idéologues qui prétendent que l'État doit se retirer de la conduite de l’économie et laisser agir les seules forces du marché* et qui rappeUe que, même s’il est «vrai que notre fiscalité est l’une des plus lourdes d'Amérique du Nord», elle reste aussi «la plus sociale de notre continent*, un tel politicien, donc, mérite au moins le noble titre de réformiste de centre-gauche.Sa propension à l’économisme et son libre-échangisme enthousiaste et résolu inquiètent, de même que son parti pris en faveur d’une intégration économique et monétaire de la zone des Amériques, mais sa défense du modèle québécois, «un modèle qui cherche à dire oui à l’économie de marché tout en disant non à la société de marché, livrée aux seules forces du marché*, rassure un peu à cet égard, encore que son récent appui aux propositions «minceur* de Joseph Facal entretiennent une ambiguïté de mauvais aloi.«La mondialisation des marchés, écrit-il, est incontestablement une opportunité à saisir pour le Québec.» Peut-être, aurait-on envie de lui répondre, mais un peu plus de prudence et un peu moins d'empressement seraient bienvenus en cette matière.S'il est une cause, cela dit, que Bernard landry défend avec une ardeur, une intelligence et une conviction irréprochables, c’est bien celle du Québec, qui donne son nom à ce recueil de textes, interventions et discours politiques.Le PQ, écrivait-il en 1984, «doit Landry et Louis Cornellier ?adopter la ligne de la fidélité, dans le respect absolu du rythme dévolution du Québec».La formule résume l'œuvre de l’homme.Présenté, en avant-propos, avec profondeur et sensibilité, son parcours d’indépendantiste s’impose comme celui d'un patriote aux inébranlables convictions démocratiques.Il a d’abord, précise-t-il, «aimé physiquement ce pays» et «admiré le peuple qui l’habitait», avant de découvrir que «la chère nation, [qu’il avait] tendance à idéaliser, était en fait, presque à tous égards, dorpinée, colonisée, exploitée».C’est l’Ecole historique de Montréal qui, «en démontrant quelles conséquences profondes avaient eues sur nous la Conquête», lui a fait comprendre «les vraies raisons de tous ces retards».La vaste entreprise de rattrapage qu'a constitué la Révolution tranquille a révélé deux choses: l’immense potentiel de la nation québécoise et le caractère inachevé de sa lutte: «Sans un statut normal d’Êtat indépendant, tous nos progrès demeureront entravés, plus lents, plus difficiles et menacés.Dans plusieurs cas d’ailleurs, quand elles requièrent des pouvoirs législatifs supplémentaires, des moyens financiers plus importants ou une pleine participation au concert des nations, certaines avancées deviennent carrément impossibles».D’accord avec René Lévesque pour affirmer que le système fédéral canadien n’est pas le «goulag», Landry insiste donc sur la logique démocratique de la lutte à mener «Je déduis de cela que l’attitude et la sémantique d’opposition à un tel système ne peuvent ni les autres ne doivent ress(’mbler à celles qui conviennent à la lutte contre une dictature.On doit confesser que le passe ne pend pas superfétatoire ce petit rappel».A l'approche d’élections qui placeront les Québécois devant des choix fondamentaux quant à leur avenir national et socioéconomique, Bernard Landry, dans La cause du Québec, se présente pour ce qu’il est: un indépendantiste convaincu mais pragmatique, prêt à convaincre mais pas à contraindre, et un social-démocrate plus enclin à la modération, trop peut-être, qu'à la hardiesse.Y a-t-il, dans le paysage politique québécois actuel, mieux que cet ex-ministre des Finances capable d’intégrer, à ses discours du budget, les mots de Gaston Miron, Fernand Dumont, Pauline Julien, Pierre Perrault et Anne Hébert?Les premiers ministres de Gilles Proulx Selon Gilles Proulx, le chef d’antenne gueulard et démagogue du Grand Journal à TQS, Landry, en plus d’être «l'un des politiciens les mieux ferrés pour diriger le Québec», s’avère aussi un «puissant intellectuel» et un «discoureur impeccable», mais son parti, «de nationaliste qu'il était», serait «passé trop à gauche».Ce jugement, Gilles Proulx en fait la conclusion de son essai intitulé Les premiers ministres du Canada et du Québec.Petit ouvrage de vulgarisation historique qui présente, un à un, tous ceux et celle (Kim Campbell) qui ont occupé' la fonction la plus prestigieuse des états canadien et québécois depuis 1867, ainsi que leurs réalisations, cette œuvre intéressante mais mineure est celle d'un nationaliste de droite qui ne cache pas ses convictions.A la fois pédagogue et idéologue, Proulx essaie de s’en tenir à des résumés honnêtes et assez objectifs, mais ses opinions finissent toujours par colorer les portraits qu'il trace.Ainsi, il parle de Montréal comme de «la deuxième ville française au monde même si on n'y parle plus le français.», il critique sans relâche les «intellos» et la «gauche caviar», il remet en cause les CLSC «dont nombre de gens ne savent toujours pas à quoi ils servent» et il prend plaisir à rappeler que «le Québec est la province la plus lourdement taxée au Canada».Franchement réactionnaires et démagogiques, ses commentaires sur le système scolaire québécois confortent les pires préjugés et s’avèrent particuliérement affligeants.Que retient il, par exemple, de la réforme de l’éducation des années 1960?Ce jugement grossier et injuste resume sa position: «L'éducation est totalement repensée et pas toujours à la fiit'eur de l’instruction et de la lulture.Finies les écoles de la compétition avec leurs équipés de hockty et vive les polyvalentes dépersonnalisantes!» La compétition et les équipes de hockey! Méchant projet éducatif! Sa conception de l'école d'aujourd'hui ne brille |>as non plus par sa subtilité: «L'école est toujours à l’enseigne du parasitisme et du tutoiement, ne faisant pas de nous une nation hautement cultivée, tire, ce gouvernement Bouchard va subventionner une culture "joualisante" colportée par plusieurs de nos artistes et laisser de côté l'enseignement de l'histoire malgré mille et un débats sur le sujet.» la' parasitisme et la culture joualisante?Mais de quoi parle-t-il au juste?Avec Proulx, les jugements gratuits à l’emporte-piéce tiennent malheureusement lieu d’argumentation.Auteur très quelconque, plus habile à donner des levons de rigueur qu'à les appliquer (sa syntaxe n’est pas toujours assurée et.sous sa plume, la nuit des longs couteaux devient celle des «grands» couteaux), Proulx, au fond, n’a qu’une qualité: sa passion de l’histoire et son désir de la partager avec le plus grand nombre.Ça ne compense pas ses défauts.L\CAUSE DU QUÉBEC Berpard liuidry Ed.VLB Montréal, 2(X)2,256 pages LES PREMIERS MINISTRES DU CANADA ET DU QUÉBEC QUles Proulx Ed.Trécarré Montréal, 2002,192 |>ages louiscorrielliertqparroirifo.net BARTHES SUITE DE LA PAGE D 1 Ce que les anthropologues comme Marcel Mauss et Claude Lévy-Strauss ont cherché dans les mythes des peuplades primitives, Barthes le cherchera sans cesse dans les mythologies de l’homme moderne.Il explique l’iconographie 100 % franciscaine de l’abbé Pierre, la magie moderne du plastique et compare le dernier modèle de Citroën aux cathédrales gothiques.Si tout cela semble aujourd’hui banal, c’est que les vérités de Barthes nous sont devenues des évidences.Très tôt il constate cette propension du monde moderne à ne plus seulement vendre des objets, mais l’image de ces mêmes objets.fl s’intéresse au détergent comme à la révolution chimique.«Le blanc, ce neuf absolu; cette mode [.] est continuellement neuve, sans complexe parce qu’elle habille des êtres neufs», écrit-il.Ironie du sort, c’est en sortant du Collège de France qu’il se fit renverser, en 1981, à l’âge de 64 ans, par une camionnette.de blanchisserie.L’exposition que présente le Centre Georges Pompidou traque surtout l’écrivain qui se cache derrière le ton parfois formaliste et froid du théoricien qui avait décrété la mort de l'auteur.On avait oublié que Barthes était entré en littérature par le théâtre — tous les bons profs n’ont-ils pas fait du théâtre?C’est la découverte de Brecht qui représente son acte de naissance.Une véritable illumination.Ses premiers articles sont publiés dans des revues de théâtre.Ils concernent aussi bien les classiques grecs que Claudel.Rassemblés par Jean-Loup Rivière, ses Écrits sur le théâtre (Seuil) sortent enfin de l’ombre.Dans le contexte des années 50, on se surprend de découvrir un des rares auteurs français qui ne sont pas staliniens.Est-ce pour cela qu’il séduira plus tard les maoïstes?Lorsque Jean Paulhan, de la NRF, lui demanda s’il était marxiste, il eut cette réponse: «C'est une question qui ne vous intéresse que lorsqu’on est maccarthyste!» Marxiste, Barthes l’a été.Comme il a été structuraliste et bien d’autres choses encore.Mais, la plupart du temps, c’est encore l'écrivain qui navigue entre les modes de la pensée.«Barthes refuse d’instrumentaliser la littérature comme Sartre», explique Antoine Comgagnon, professeur à la Sorbonne.«J’ai une maladie, disait-Barthes: je vois le langage.» Pour Marc Auger, Barthes est aussi un anti-ethnocentrique.«Ses Mythologies sont une cosmologie moderne qui dénonce le monocentrisme occidental.» Barthes s’amuse à déconsfruire les descriptions des «types» de population qu’il lit dans les Guides bleus.Lorsqu’il découvre le Japon, à l’occasion de trois courts séjours en 1966,1967 et 1968, il ne sera plus le même.Il découvre au pays du Soleil levant un système qui lui permet d’entrevoir le moyen de sortir de l’enclos symbolique et sémantique de l’Occident.Ce qu’il nomme «un monde exempté de sens».Barthes admirait l’Orient, entre autres, parce que le poème s’y confondait avec le paysage peint.Lui-même se laissera aller au dessin sans trop se prendre au sérieux.Le visiteur prend pourtant un grand plaisir à suivre ses lignes sinueuses et colorées.Comme si, en dessinant, Barthes écrivait encore.Il trouvait pourtant dans le dessin le «soulagement (repos) de pouvoir créer quelque chose qui ne soit pas pris directement dans le piège du langage, dans la responsabilité de toute phrase: une sorte d’innocence, en somme, dont l’écriture [\’]exclut».Ses dessins, souvent réalisés sur du papier à en-tête ou accompagnés de notes manuscrites, ressemblent étrangement à ses fiches qui occupent tout un pan de mur du Centre Georges Pompidou.C’est qu’il en rédigea plus de 12 000, de 1942 à sa mort.Il s’amusait à les classer par thèmes dans de petites boîtes qu’il décorait lui-même.De ces fiches reclassées sans cesse, il faisait ses livres et surtout ses cours.Barthe aurait-il découvert l’hy-pertexte bien avant que l’ordinateur entre dans les cabinets de travail?L’homme est un humaniste qui a de ces fulgurances qui vous clouent au sol.Tout cela lui vient comme par illuminations.Comme au théâtre, qu’il mettait au carrefour de son œuvre («Au carrefour de toute l’œuvre, peut-être le théâtre»).Dans La Chambre claire, rédigé après la mort de sa mère en 1977, il disait chercher une forme d’écriture qui dise «en même temps l’amour et la mort».Barthes avait peut-être tué l’auteur, mais pas la littérature.Dans le catalogue de l’exposition, R/B (Seuil), l’écrivain Philippe Sollers défend pied à pied son maître en rappelant que, pour Barthes, la littérature était «devenue un état difficile, étroit, mortel.Ce ne sont plus ses ornements qu'elle défend, c’est sa peau».En sortant de Beaubourg, on se prend à imaginer ce que Barthes aurait eu à dire sur l’iconographie d’Oussama ben Laden et la gestuelle de George Bush.Qui sait ce qu’il aurait écrit sur le téléphone cellulaire ou l’engouement pour Harry Potter?Heureusement, comme tous les bons professeurs, Barthes nous a surtout appris à faire un petit bout de chemin tout seuls.?Le Seuil republie en format semi-poche les Œuvres complètes de Roland Barthes en cinq volumes, sous la direction d’Eric Marty.Au Seuil paraissent aussi ses Écrits sur le théâtre et deux cours et séminaires du Collège de France: Comment vivre ensemble (1976-77) et Le Neutre (1977-78), en collaboration avec 11MEC.Des cassettes de ces séances que Barthes n’a jamais voulu mettre par écrit sont disponibles.La Revue des deux mondes consacre son numéro de décembre à Roland Barthes.Et on peut se procurer le catalogue de l’exposition, R/B Roland Barthes, sous la direction de Marianne Alphant et Nathalie Léger (Seuil/Centre Pompidou, 2002, 256 pages).L’exposition se poursuit jusqu’au 10 mars 2003.L’homme est un humaniste qui a de ces fulgurances qui vous clouent au sol HISTOIRE Aussi vieux que le monde ULYSSE BERGERON Certaines questions sont éternelles.Pourquoi la mort, la souffrance, la maladie?Pourquoi les famines, la vieillesse, les cataclysmes naturels?Mais surtout, qui pourrait être à l’origine de ces maux?Des questions existentielles auxquelles l’humanité, à travers les prismes religieux, a sans cesse tenté de répondre.«Les religions, convaincues que le monde tel qu’il est ne peut correspondre à la volonté délibérée d'un créateur, ont envisagé toutes sortes de solutions.» Le voyage que propose le professeur d’histoire Georges Minois est audacieux et grandiose.C’est l’épopée d’une puissante allégorie utilisée comme argument par des théologiens et des moralistes afin de réprimer la sexualité et favoriser la supériorité de l’homme sur la femme; c’est l’histoire d’une croyance et de ses interprétations au fil des siècles.Se transformant en archéologue du mythe adamique, l’historien des mentalités creuse le sol poussiéreux des perceptions qu’ont entretenues les humains à l’égard de la faute commise par le premier homme.Il y présente une généalogie documentée et érudite des répercussions de la chute originelle sur l’humanité.La cosmogonie décrite à l’intérieur de la Bible résume le début de l’univers et de l’humanité à un Dieu, sept jours de création, le jardin d’Eden, un homme el une femme, l’arbre de la connaissance du bien et du mal, un fruit défendu, et un serpent.Le piythe est connu et universel: Eve se laisse tenter par le reptile et mange le fruit proscrit.Par la suite, Adam succombe également à la tentation et commet ainsi le péché originel.Toutefois, comme le souligne Minois, ce n’est qu’avec les textes de saint Augustin, au V' siècle, que le terme fut employé pour la première fois.L’ancien manichéen converti au christianisme, littéralement obsédé par le problème du mal, exposa à l’intérieur de plusieurs ouvrages sa vision pessimiste de la chute de l’homme.Un événement qu’il liait directement à la sexualité et à la concupiscence «qui se manifeste dans les mouvements des membres génitaux contre l’ordre de la raison».En désobéissant à Dieu, Adam aurait entraîné l’humanité dans la voie du péché.Saint Augustin affirmait que «tout homme, parce qu’il naît de la concupiscence de ses parents, se trouve à la fois coupable et atteint du mal».En fait, l’évêque africain, père de l’augustinisme, installa les prémisses et les assises d’un débat qui perdure encore aujourd’hui.Les manipulations génétiques, «Adam eugénique» des temps modernes, ne ressemblent-elles pas au mythe de «l’homme-Dieu» dévorant, par l’entremise de la science, le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal?11 y a autant de différentes compréhensions du mythe adamique qu’il y a d’écrits apocryphes, de traductions et d’exégèses sur le sujet.«Chaque époque a proposé son interprétation du péché originel en fonction de ses propres outils culturels, et selon les avancées des sciences humaines, de la philosophie et de l’épistémologie [.] Au Moyen Age, le péché originel était essentiellement un problème de théologie, discuté en latin entre spécialistes.Au XVII' siècle, on en parle toujours dans les sermons et les traités théologiques, mais aussi en philosophie, dans les œuvres des moralistes comme dans celles des théoriciens de l’économie et de la politique.» Au cours du XVI' siècle, les évêques du concile de Trente dogmatisèrent le péché originel.Ils soutenaient que ce dernier aurait profondément corrompu la nature humaine.Le mythe adamique était alors à son apogée.Par ailleurs, le péché fut durement frappé par le rationalisme des Lumières.En rejetant toute vérité révélée et en s’appuyant sur les capacités des individus à pouvoir déchiffrer et expliquer les lois de la nature, les philosophes de l’époque rejetèrent l’explication scolastique élaborée par leurs prédécesseurs.«En tant que dogme fondamental du christianisme au XVIL siècle, la croyance au péché originel et en sa valeur explicative ne peut qu être victime de la pensée rationalisante et antichrétienne du XVIIL siècle.Les philosophes croient au progrès de l'humanité, et le bonheur devient un droit; il est devant, et non dans un Éden à jamais perdu.» Toutefois, le coup fatal ne vint qu’un siècle plus tard, en 1859, lorsque Charles Darwin publia On the Origin of Species.L’homme devenait le résultat d’une longue évolution marquée par une multitude d’adaptations à son environnement.Il n’était plus cette création divine qui aurait failli.Pour ces raisons, l’auteur se permet de qualifier le naturaliste britannique comme le réel «meurtrier d’Adam».Les Origines du mal traverse l’histoire: les grandes époques et les principaux courants de pensée y sont peints.De vieux textes babyloniens à la bioéthique, en passant par Freud, saint Paul, Rousseau, Huxley, Kant el Sartre, Georges Minois entraîne le lecteur dans un tourbillon d’informations.Il ouvre toute grande la porte à un univers où le mythe se mélange à la réalité et où l’allégorie devient vérité et certitude.LES ORIGINES DU MAL Une histoire du péché originel Georges Minois Editions Fayard Paris, 2(X)2,439 pages DOCUMENT Un homme de courage Le curé Shoufani poursuit son entreprise de réunir des Juifs et des Arabes, ne reculant pas devant les tensions et les souffrances NAÏM KATTAN Le curé de Nazareth Emile Shoufani est triplement minoritaire: arabe en Israël, chrétien dans une communauté à majorité musulmane, catholique melkite appartenant à une église orientale.Il a fait du dialogue, de la défense de la paix, la mission de sa vie.Non seulement il assume sa condition, il réussit à lui donner un autre sens.Arabe, il est majoritaire dans la région; chrétien, il partage la foi de millions d’hommes et de femmes; oriental, il appartient à une civilisation séculaire.Il a choisi l’enseignement pour vivre un idéal de service et d’échanges.Il dirige le collège Saint-Joseph, une institution qui reçoit autant d’enfants musulmans que d’enfants chrétiens et qui est l’une des meilleures en Israël.Il ne s’est pas arrêté là.De concert avec une enseignante juive, il organise depuis une trentaine d’années des rencontres entre des enseignants et des étudiants arabes, musulmans, chrétiens, et des juifs.Les uns et les autres se déplacent leurs rencontres ne se résumant pas à des débats mais à un partage de la vie au quotidien.Hubert Prolongeau, journaliste au Nouvel Observateur, avait consacré, il y a quelques années, un ouvrage à cet homme de foi et de courage sous le titre Le Curé de Nazareth, qui vient de paraître en livre de poche.Un veilleur qui attend la paix est un long entretien où le même journaliste interroge Shoufani sur les événements qui déchirent les habitants juifs et arabes en Israël.Shoufani refuse de porter des accusations à l’encontre des uns et des autres.II blâme sévèrement les politiciens israéliens et palestiniens qui recourent à la violence plutôt que de chercher à poursuivre le dialogue afin de parvenir à des compromis, à des concessions mutuelles.Pour sa part, en dépit des événements désastreux, il poursuit son entreprise de réunir des Juifs et des Arabes, ne reculant pas devant les tensions, les colères et les souffrances.Il est convaincu que la violence ne mène nulle part car les deux peuples sont forcés de vivre côte à côte.Ce qu’il déplore le plus vivement est l’introduction de la religion dans les débats politiques.Il est partisan de la laïcité de l’État car rien n’est plus néfaste EMILE SHOUFANI Entretint» «ver, Hubert Protatitteau COMME UN VEILLEUR ATTEND LA PAIX ALUN MICHH qu’une guerre religieuse.Il est hostile à toute entreprise qui tente d’utiliser Dieu dans la défense d’une idéologie.Jeune, Shoufani a visité le camp de concentration de Dachau.Cela lui a permis de comprendre l’inquiétude et la peur des juifs.Il récuse le négationnisme et souhaite faire visiter Auschwitz à des étudiants arabes, chrétiens et musulmans en compagnie d’étudiants juifs.Par ailleurs, il préconise fortement la reconnaissance du droit des Palestiniens d’avoir leur propre Etat.S’il critique durement la politique de Sharon, il le fait en tant que citoyen israélien ne mettant pas en question la légitimité de l’État d’Israël.Shoufani dresse dans ce livre le bilan d’un désastre, ce qui ne l’empêche pas de garder sa foi en l’avenir: «Si l’on perd cette foi dans les hommes, cette certitude qu’il n'est jamais trop tard, que rien n’est irréversible, que nous pouvons, à tout instant, renverser, soulever le poids du passé et repartir vers un nouvel avenir, alors m a tout perdu.» COMME UN VEILLEUR ATTEND LA PAIX -ÉMILE SHOUFANI Entretiens avec Hubert Prolongeau Editions Albin Michel Paris, 2002,230 pages LE CURÉ DE NAZARETH Biographie p
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