Le devoir, 28 décembre 2002, Cahier E
LE DEVOIR.LES SA M EDI 2 8 E T D 1 M A \ l H E 2 !» D E l E M B R K O O CINÉMA Denzel derrière la caméra Page E 5 DE VISU Troublante inexpressivité Page E 8 LE DEVOIR - L (T ! de la mémoire Le livre enluminé et la méditation A au Moyen Age GEORGKS LEROUX La culture est .affaire de mémoire.Nous ne sommes pas les premiers à l’affirmer, mais on pourrait dire que notre époque ne sait plus très bien ce que cette mémoire signifie.L'instrument dépasse l'artisan.Nos disques durs, nos mémoires vives et virtuelles, sont à l'image des palais que saint Augustin décrivait déjà dans ses Confessions: de vastes entrepôts où les sédiments de nos lec tures viennent s’accumuler, sans que nous puissions toujours nous représenter les modalités concrètes de leur existence caverneuse.Et que dire de nos écritures, infiniment multipliées au rythme des clichés qui reproduisent nos «copier-coller» et que des archéologues, généticiens du futur, inventorieront à l’aide de spectrographes puissants?Brouillons devenus éternels, correspondances donnant substance parfaite à l’amitié qui se relit dans le message toujours à la fois envoyé et conservé, hyperliens archivés vers les bibliothèques et les sites qui décuplent nos univers de référence, tout cela montre la richesse des instruments contemporains de la mémoire.Mais si cette mémoire n’est que stockage, est-elle encore une mémoire?Voilà la question que les intellectuels du Moyen Age, inventeurs du livre en pages (codex) et de la copie enluminée, nous poseraient s’ils devaient être transportés du monde monastique dans lequel leur mémoire s’est exercée vers le monde de notre virtualité.Pour eux, la mémoire, en effet, n’était pas d’abord archives et agrégat mais instrument de l’invention et de la méditation.Les arts de la mémoire, magnifiquement étudiés autrefois par Frances Yates, ne sont identifiés aux techniques de la mémorisation qu’au prix d’une certaine distorsion.Toutes ces méthodes — par exemple les beaux théâtres de mémoire, sortes de dépôts personnels d’objets mémorables — concourent vers un but qui transcende l’archive et que la culture médiévale a assimilé à la méditation.Dans une étude qui se présente comme une vaste enquête sur la machine de la mémoire au Moyen Âge, Mary Carruthers, dont le travail complète et révise plusieurs des lectures de Frances Yates, nous propose une rhétorique de la mémoire: comment, demande-t-elle, se créait la pensée, sinon sur le fond d'un apprentissage infini acquis par l'imitation d'exemples?l a mémoire, dans cette culture du répertoire de lieux, les fameux topoi d’Aristote et de Cicéron, était d’abord un savoir faire.Pas seulement une technique ordonnée à la conservation, mais un véritable instrument de connaissance et de création.Un art de la pensée, donc, au sein duquel le répertoire1 des tropes et des images est sans cesse reconfiguré aux lins d'une cogitatio et d’une medita-tio.Evoquant cette machina memorialis dans la riche figure du Moulin mystique de Vézelay — un chapiteau où on voit un homme broyer le grain qui sera recueilli par un autre (Moïse alimentant saint Paul?) —, Mary Carruthers parle d'une fabrique de la pensée dont il s’agit de décrire les modes d'opération et, disons, pour raccorder son propos à nos instruments contemporains, les schèmes cognitifs.L’entreprise est fascinante, et sa portée pour la méthode contemporaine, considérable.Nous croyons que la puissance de nos instruments d’archives nous dispense de mémoriser, mais ce faisant, nous oublions justement le fait que la mémorisation de la culture du livre et du manuscrit avait une ambition supérieure qu’on peut, en gros, identifier à son effet moral et spirituel.In mémoire était une pratique destinée à modifier non seulement les représentations mais aussi les attitudes et jusqu’aux vertus de la pensée: discipline, attention, silence, toutes dispositions jugées essentielles à l’invention.Plusieurs modèles concurrents avaient déjà été identifiés, et leur formulation ne nous surprend guère huit la question nous sollicite encore: si la mémoire est un souvenir, on peut interroger son contenu (de quoi se souvient-on?), mais on |kmi( aussi s’adresser à la structure du souvenir et demander quels sont les lieux, les images, l’architecture du souvenir.les penseurs du Moyen Âge étaient passés maîtres dans l’art d’associer chacun de ces modèles à leurs répertoires d’exemples, pour cultiver tantôt l’art de «se souvenir de.», tantôt l'art de «comment se souvenir».VOIR PAGE E 2: MÉMOIRE Comment câllez-vous ?Câller par goût, par passion du Québec et par amour du monde À 27 ans, Jean-François Berthiaume est connu et apprécié à travers le monde partout où l’on s’intéresse à la musique et aux danses traditionnelles.Il est l’un des rares câlleurs de sa génération.Pas le câll que le chasseur adresse à l’orignal, plutôt cet art de diriger les breakdowns, coquettes, bastringues et autres sets carrés à l’aide de bouts rimés scandés sur la musique.Mais Jean-François Berthiaume, qui a reçu en 2002 le prix «Artiste de la relève» de la Maison des arts de Laval, a d’autres cordes à son violon.SOLANGE LÉVESQUE Quand on imagine un câlleur, on pense à un grand-père en chemise de flanelle et pantalon à bretelles, pas à un jeune homme à l'abondante chevelure blonde et bouclée qui a grandi à Laval, dans un quartier de duplex en rangées situé à deux pas des centres commerciaux et des grandes autoroutes.C’est pourtant le cas de Jean-François Berthiaume.Son père, par contre, est d’origine rurale; joueur d’accordéon, il a toujours aimé chanter.Toute la famille Berthiaume est attachée à la musique traditionnelle.En plus d'être un des câlleurs les plus en demande au Québec, Jean-François Berthiaume est un artiste-peintre, musicien, gi-gueur, chorégraphe et professeur de danse québécoise et irlandaise très en demande sur le plan international.Avec lui, le câll prend un joyeux coup de fraîcheur.Ce jeune homme ne boude pas les traditionnels «swingez vof compagnie!», mais il insuffle au câll un dynamisme et un humour qui font évoluer cet art vers un style très contempo- rain.Quand il câlle, Jean-François ne se contente pas d’être le meneur «J’aime inventer et mettre de l’action et du plaisir dans la danse.On pourrait qualifier mon style de lyrique, précise-t-il.La danse traditionnelle n’est pas une “vieille bébelle”, elle est composée de figures et de séquences chorégraphiques harmonieuses, organisées selon différents styles» L’art du câll Jean-François Berthiaume a des idées bien arrêtées sur la question du patrimoine; pour lui, ce n’est pas une chose nostalgique ou figée.D aimerait bien qu’on cesse d’associer le patrimoine exclusivement à la ceinture fléchée, à la tuque, aux raquettes, aux bines et à la cabane en bois rond.«Le patrimoine, ça vit sans qu’on l’ait décidé et c’est très vaste.C’est un acquis qu’on possède et qu’on peut contribuer à bâtir.Je souhaiterais qu’on y réfléchisse davantage au Québec.H y a un aspect très visuel dans le patrimoine, et c’est cela qui fait qu 'un pays apparaît différent VOIR PAGE E 6: CÂLLER JACQUES GRENIER LE DEVOIR t *.L)© s s moi I K V 0 I R .I f S S A M K I> I 2 > K I I» I M A N t II h 2 !• I> K ( ^ M R R K 2 O 0 K 5 cinfehna Pour Phocaire compiet, consukez L’( genda Le top 10 de nos critiques En cette fin d'année, nos critiques ont jeté un coup d’œil rétrospectif sur la moisson cinématographique de 2002, qui fut plutôt riche d’ailleurs.Plusieurs films des États-Unis, où le courant créatif prend une vraie vigueur, se retrouvent sur la liste des favoris.Mais Polanski, Almodovar et compagnie sont aussi au rang des grands crus.ODILE TREMBLAY FILMS SEVILLE Parle avec elle, de Pedro Almodovar.PARLE AVEC ELLE de Pedro Almodovar ADAPTATION de Spike J onze INTERVENTION DIVINE d’Elia Suleiman LE PIANISTE de Roman Polanski LE FILS de Jean-Pierre et Inc Dardenne GANGS OF NEW YORK de Martin Scorsese NO MAN'S LAND de Danis Tanovic L’EMPLOI DU TEMPS de Laurent Cantet FAR FROM HEAVEN de Todd Haynes ABOUT SCHMIDT d’Alexander Payne Meilleur film québécois LE NÈG' de Robert Morin MARTIN BILODEAU FAR FROM HEAVEN de Todd Haynes PARLE AVEC ELLE de Pedro Alpiodôvar SUR LES LEVRES de Jacques Audiard L’ANGLAISE ET LE DUC d’Eric Rohmer ABOin'SCHMIDT d'Alexander Payne GANGS OF NEW YORK de Martin Scorsese INSOMNIA de Christopher Nolan LE PIANISTE de Roman Polanski COMMENT J’AI TUE MON PÈRE d’Anne Fontaine L’EMPLOI DU TEMPS de Laurent Cantet Meilleur film québécois QUÉBEC-MONTREAL de Ricardo Trogi ARCHIVES LE DEVOIR Far From Heaven, de Todd Haynes.ANDRÉ LAVOIE ARCHIVES LE DEVOIR Bowling For Columbine, de Michael Moore.BOWLING FOR COLUMBINE de Michael Moore PARLE AVEC ELLE de Pedro Almodovar L’ANGLAISE ET LE DUC d’Éric Rohmer ROAD TO PERDITION de Sam Mendes IN THE BEDROOM de Todd Field ALL OR NOTHING de Mike I nigh BLOODY SUNDAY de Paul Greengrass LE FILS de Inc et Jean-Pierre Dardenne FAR FROM HEAVEN de Todd Haynes CHAOS de Coline Serreau Meilleur film québécois YELLOWKNIFE de Rodrigue Jean ARCHIVES LE DEVOIR Le Pianiste, de Roman Polanski.CINÉ M A e(tx Ce n t r i s horaires 514 847 2206 www.ex-centris.com Derek Luke dans Antwone Fisher, de Denzel Washington.Du tout-cuit sans invention ANTWONE FISHER De Denzel Washington.Avec Derek Inke, Joy Bryant, Denzel Washington, Salli Richardson.Scénario: Antwone Fisher.Image: Philippe Rousselot.Montage: Conrad Buff.Musique: Mychael Danna États-Unis, 2002.117 minutes.MARTIN BILODEAU Signe d’intégrité s’il en est, Denzel Washington est parvenu, pour son premier long métrage à titre de metteur en scène, à réaliser un film qui lui ressemble: d’un ennui poli, réactionnaire, moralisateur et triomphaliste.Du coup.Antwone Fisher se voit et s’entend comme une prière en famille, pour le salut de laquelle Washington signe d’ailleurs cette ronflante plaidoirie.Dans Antwone Fisher Ce prénom se prononce Antoine avec un accent yankee), la famille est une sorte de paradis perdu, un éden pour les orphelins à qui elle promet d’anesthésier tous les maux.L’histoire vécue que nous raconte Washington se déploie sur un axe fortement marqué par ce repère: il y a d’une part Fisher (excellent Derek Luke), matelot dans la marine américaine, solitaire et sans famille, cantonné sur la côte californienne.Et puis il y a Jerome Davenport (Washington), psychologue de l’armée, dont le mariage vacille en raison de l’incapacité de son couple à fonder une famille.Lejeune Fisher débarque un jour dans son cabinet, sous la contrainte d’un supérieur exaspéré par les colères subites dont le jeune matelot a le secret.Passé un premier rapport hostile et muet, la relation entre les deux hommes, au fil des confidences égrénées en flash-backs, se développe jusqu’à prendre valeur paternelle.Reculant devant cette intimité inhabituelle, Davenport pousse Fisher en bas du nid, l’obligeant à retrouver sa propre famille, éparpillée, pense-t-il, dans les quartiers ouvriers de Cleveland.Fait rare dans le milieu du cinéma, toutes époques et nationalités confondues, le scénario à'Antwone Fisher est signé.Antwone Fisher.Plutôt que de voir son vécu dénaturé par d’autres, l’ex-marine de 42 ans, qui a franchi la porte des studios d’Hollywood à titre de gardien de sécurité, a mis lui-même ses bleus à l’âme au service d’une dramaturgie de salle d’attente, comprimé son long parcours sur un axe de temps et d’action qui fait briller le mélo, puis, au nom de la clarté, réduit sa galerie de personnages à quelques figures clés.De fait, dans ce Good Will Hunting black, rien ne se cheveauche, rien ne dépasse, tout est dit et montré dans le but de cueillir des réactions homogènes.f—CIWtPCE» OOtON——I I-MAISON UU CIWtMA —1 f" GINtMA PINE ¦ ¦¦ ¦ ¦ r [QUARTIER UOTN ?11 SHERBROOKE ?11 8TE-APÉLE ?I [ EXCWTWS SMMIIMM M A L’AFFICHE! J OU «Votre coeur en sera clraviré ! » un filin de" / ¦''lilijjf Almodovar "jÿ mài«f>.fl Du réalisateur «te «Tout sui Javier Câmara Leonor Watling Dano Gradinetti Geraldine Chaplin Scénario et réalisation: Pedro Almodovar www.talktoherniovie.com .fjfc- SIDNEY BALDWIN Denzc‘l Washington dans un nouveau rôle: réalisateur.^ A 7 Dans le fond plus proche d’un Ron Howard que d’un Spike Ire, Washington nous propose un ci néma industriel maquillé en arti sanat, du tout-cuit compétent mais sans invention, astiqué, plastifié, trop, en fait pour paraître vraiment sincère.Cela dit, il a su s’entourer de gens compétents : avec à la photo le Français Philippe Rousselot (1m Reine Margot), i\ la musique le Canadien Mychael Danna (The Sweet Hereafter), au moulage Conrad Buff (Titanic), facteur oscarisé en mars dernier pour son rôle de policier réac dans Training Day partait avec une longueur d’avance.Une longueur qu’il souhaite maintenant voir l’avantager dans la course aux Oscars.Hélas, n’est pas Robert Redford qui veut.Frédéric Back à la rencontre du peuple haida Des animations et des images saisissantes.une véritable ode à la création! L’Office national du film du Cai I ^ Æ 'rJçjri ! 1 ytèj de la terr UN FILM DE JEAN LEMIRE du 27 au 30 décembre, 14 h et 19 h 31 décembre, 14 h du 2 au 5 janvier, 14 h et 19 h Cinéma ONF Billets en vente sur place 1564, rue Saint Denis Tél (514) 496-6895 Métro Bern UQAM www.onf.ca/memoiresdelaterre ena films LOFFICE NATIONAL DU FILM DU CANADA vous souhaite de Joyeuses fêtes 1 v et vous offre A travers m I» m Un rêve collectif à portée de voix • Un film de Tahatti Racked Dimanche 29 décembre, 19 h 30 à Radio-Canada, dans le cadre des Beaux-dimanches ^ ilfi L K DEVOIR.EES S a .\l E D l 2 * E T D I M A \ L H E 2D DÉCEMBRE 2 0 0 2 K (> ?Culture * CALLER SPECTACLES SUITE DE LA PAGE E 1 d’un autre.» A ses yeux, le patrimoine n’est pas seulement un héritage ou une chose à prouver, c’est un ensemble d’éléments concrets qu’on ne peut pas effacer du jour au lendemain, d’où son côté presque sacré.«On trouve des danses traditionnelles typiques dans chaque région; pourquoi n’y en aurait-il pas qui soient typiques de Im-val?Il faut travailler dès maintenant au traditionnel du futur!» En 1999, après avoir complété un baccalauréat en arts visuels à l’UQAM, Jean-François Berthiau-me a peint une série de tableaux «ethnographiques» à travers lesquels il dénonce l’architecture aseptisée des nouveaux quartiers résidentiels et, par le fait même, l’appauvrissement du patrimoine visuel pour les années à venir.11 travaille actuellement à un ensemble de portraits symboliques de la province de Québec: pour commencer, il a demandé à des gens de diverses régions de tracer le contour de la provjnce tel qu’ils l’ont en mémoire.A partir de ces dessins, il crée une série de très grands tableaux dans lesquels les dessins apparaissent agrandis et enrichis de graffitis, de mosaïques et de broderies à même la toile et de motifs floraux.Pédagogue, Jean-François ne l’est pas seulement quand il enseigne la gigue ou la danse, il l’est aussi en arts visuels puisque, depuis plusieurs années, il travaille à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval, où il initie les jeunes enfants aux arts plastiques à partir des expositions qui y sont présentées.L’art du câll n’était pas une priorité pour Jean-François Ber-thiaume au départ; il voulait surtout danser.Sa mère lui avait dit qu’un garçon qui savait bien danser avait beaucoup plus de chance avec les filles; le conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd! Adolescent, les copines trouvaient son breakdancing exceptionnel.Mais ce sont les danses des pays de l’Est qui le fascinaient.La danse québécoise le laissait plutôt tiède.Jean-François s’est inscrit à la troupe de folklore Les Pieds Légers de Laval.Une tournée l’a amené en Europe.«Après avoir vu là de très grands danseurs, je me suis dit: au lieu d’essayer de devenir un danseur hongrois, par exemple, pourquoi est-ce que je ne serais pas un danseur québécois?» Au début, il cachait son goût pour la danse traditionnelle, mais bientôt, il a entraîné ses amis, qui y ont pris goût.Lors d’ui) autre voyage en Irlande et en Ecosse, il a rencontré de fabuleux danseurs.«Ce n'était plus des déguisements et du folklore, c’était une vraie danse vivante, un moyen d'expression.» Son apprentissage du câll s’est fait tout naturellement.«Il fallait bien quelqu'un pour diriger la danse!» De nombreuses qualités sont requises pour devenir un bon câl-leur «H faut d'abord être bon pédagogue: pouvoir expliquer la danse avec des mots sans avoir besoin de démontrer en faisant.Il faut aimer le monde, avoir une personnalité forte et de l'ascendant, sans être au- toritaire, pour que les gens puissent vous faire confiance tout de suite.Surtout quand on est jeune.» Selon Jean-François Berthiaume, on n’apprend pas à caller comme on apprend les paroles d’une chanson: on doit s’adapter à mesure, connaître a fond les figures de danse sans les confondre et pouvoir déterminer rapidement les différents tempos.«Il faut beaucoup de créativité et savoir s'exprimer en rythme: le câll, c’est une sorte de rap ou de hip-hop qui parle de la danse.» Travail de formation «Im majorité des amoureux de la danse s’inscrivent à des cours de tango, de salsa ou de danse africaine sans considérer qu’ils pourraient tout aussi bien apprendre la gigue, le quadrillç, la contredanse ou le cotillon.» A fréquenter assidûment les endroits où l’on propose de la danse traditionnelle, Jean-François Berthiaume remarque que les très bons danseurs sont devenus trop âgés; ils ne fréquentent plus ces lieux.L’écart considérable entre le pourcentage de gens qui savent danser et ceux qui ne savent pas le frappe.«Im danse traditionnelle et la gigue s’apprennent comme tout autre style dansé, il y a àmc un travail de formation à promouvoir et à accomplir.» Jean-François déplore que les Québécois connaissent si mal leur passé de façon générale et regrette que la danse traditionnelle soit d’emblée écartée des cours universitaires d’histoire de la danse.«L’idéal serait de mettre musique et danse traditionnelles au programme dès le cours primaire, comme c'est le cas en Irlande.La danse traditionnelle est riche à plus d’un égard; elle ne va pas sans un contact social; c’est me activité communautaire au sens fort du terme.» Des danseurs pédagogues comme Pierre Chartrand, des organismes comme la Société pour la promotion de la danse traditionnelle, québécoise (SPDTQ), qui tient l’École des arts de la Veillée et organise les Veillées du Plateau, l’As-sociation québécoise des loisirs folkloriques (AQLF), responsable de soirées de danse Pattes et Patrimoine à Longueuil, des événements annuels comme La Grande Rencontre, des groupes comme La Bottine Souriante, Rapetipetam, Entourloupe, La Galvaude, Les Charbonniers de l'enfer, Les Chauffeurs à pied, langues fourchues, Norouet, Genticorum, Réveillons!, etc., ont soulevé une vague d’intérêt pour la musique et la danse traditionnelles.«Ceux-là font un travail formidable; il y a malheureusement plusieurs groupes émergents parmi lesquels on trouve du meilleur et du pire, et beaucoup de n’importe quoi».«La danse traditionnelle n ’est pas une vieille bébelle: elle est composée de figures et de séquences chorégraphiques harmonieuses organisées selon différents styles.» De nombreuses qualités sont requises pour devenir un bon câl-leun «H fout d’abord être pédagogue: pouvoir expliquer la danse avec des mots sans avoir besoin de démontrer en le faisant.Il fout aimer le monde, avoir une personnalité forte et de l’ascendant, sans être autoritaire, pour que les gens puissent vous foire confiance tout de suite.Surtout quand on est jeune.» Les dix meilleurs du cru SYLVAIN CORMIER 1.Michel Rivard au Gesù.Peut-être plus que jamais, lors de ce remarquable spectacle en formule intime promené tout l’été dernier au Québec, a-t-on compris a quel point Rivard chérit sa musique.A quels petits soins il la traite, la sertissant des plus exquis arrangements imaginables, la façonnant et la refaçonnant comme un bel ouvrage d’artisan toujours bon à remettre sur le métier, l’offrant au volume le plus confortable possible et avec la meilleure définition que l’on puisse obtenir entre quatre murs dans un lieu où il y a une scène, des sièges et un public.On a compris aussi, à cette liste très variable de chansons, grand bol de titres dans lequel Rivard pigeait selon l’humeur jusqu’à la dernière minute, qu’il aime sa musique bien faite mais libre de mouvement.Bien jouer, c’est aussi bien vivre.2.Ariane Moffatt sur la grande scène extérieure des FrancoFolies de Montréal.C’est ce moment-là qui, à jamais, définira pour moi l’été 2002.Du haut de la terrasse de l’hôtel Wyndham, à l'heure du souper, goûtant goutte à goutte le spectacle liquéfiant d’Ariane Moffatt, ces chansons de l’album Aqua-naute qui flottaient comme autant de bulles fraîches dans la moiteur ambiante, j’étais bien.Suant, suintant, peut-être même un peu puant, mais surtout bien.C’était l’été et c’étaient les FrancoFolies, et les deux, ma foi, se faisaient risette entre les rigoles de sueur.3.Daniel Bélanger au Spectrum.Tout un tas de nouvelles chansons d’un coup.Toutes les anciennes radicalement réarrangées.Qui d’autre que Bélanger peut exiger autant d’absorption de neuf d’un public et s’en tirer avec les honneurs?Il est à lui tout seul nos Beatles, et on va comme on allait avec eux partout où il veut.Partout?Partout, sauf dans son interminable monologue.Être Daniel Bélanger sans être Claude Meunier, c’est déjà extraordinaire.4.Pierre Flynn au Cabaret La révélation de l’année.Révélation, ce vieux Flynn?Oui, pour le public et pour lui-même.Assister à cette première montréalaise, c’était voir Flynn se découvrir showman et en .A Michel Rivard en spectacle.jouir.C’était voir Flynn arriver guitare électrique en main, jambes bien plantées en V (à la Richard Séguin), éminenunent complice, menant son spectacle avec autant d'intensité que de joie de vivre, enfin sorti de ses ténèbres et de derrière son piano noir.Flynn lumineux?J’aurai vu ça.Et on le reverra.5.Rock’n'Roll Orgy 1: les Porn Flakes au Club Soda.La riche idée facultative de l’année.Un lundi de relâche transformé en karaoké pour pros, sans téléprompteur.Les meilleurs musiciens de session du Québec en récréation publique, servant de «house band» aux copains chanteurs et musiciens (Polo, Marc Déry), le temps d’une virée rock’n’roll sans autre ambition que de jouer fort et bien du Stones, du Led Zep et du Lenny Kravitz.Avec sofas sur scène et sur le parterre.Exutoire salutaire.6.La Grande Soirée country à la salle Wïlfirid-Pelletier (FrancoFolies de Montréal).L’approche sur papier pouvait paraître audacieuse: un spectacle chic de chansons d’allégeance country données avec grand orchestre.Sur place, c’était rien de moins qu’un mariage d’amour.L’orchestre, loin de coincer le country aux entournures, anoblissait les airs.Comme à Nashville au temps où le producteur Owen Bradley tapissait de cordes les disques de Patsy Cline, les Patrick Norman, Stephen Faulkner et compagnie auront pleinement profité de leurs habits de gala.7.Kevin Parent au Gesù.Kevin content, heureux d’être sur scène plutôt qu’ailleurs, jasant, engageant jouant ses tounes comme si ce n’était pas une première montréalaise mais un bivouac entre copains, pour ainsi dire à la bonne franquette, je ne croyais plus ça possible.Lui non plus, sans doute.Pourtant suffisait d’une petite salle, d’une guitare et d’un peu de bonne volonté.8.Jeszcze Raz au Club Soda.Ma découverte de l’année.Avec quelques métros de retard, mais bon.Vous saviez tous quelle splendide tribu de Québécois de souche les musiciens de Jeszcze Raz formaient autour du cher troubadour gitan Paul Kunigis, vous saviez avec quel abandon ils pouvaient s’adonner aux musiques klezmer, arabe, tzigane, blues ou jazz.Moi pas.Maintenant, je suis un petit peu comme ARCHIVES LE DEVOIR eux: il y a des moments où cette musique m’emporte.Très loin et tout près à la fois.9.Outrage aux Sinners au Lion d’Or (Coup de cœur francophone).Une autre vision indélébile de 2002: Lucien Francœur à genoux répétant «Tout’tout’heavy» comme un mantra pendant qu’autour de lui des ex-Sinners dansaient et hurlaient.Avant, il y avait eu toutes sortes de bonnes versions des chansons du groupe, mais il aura fallu la participation impromptue et intempestive des Sinners eux-mèmes pour que le show vire outrageusement au happening.Le déshonneur est sauf.10.Québec Issime au Saint-Denis.Impressionné.Un peu soufflé, même.Comment vous dire à quel point cette rétrospective en quinze tableaux des immortelles et incontournables de la chanson populaire québécoise des 75 dernières années, «musical» saguenéen tout juste honnêtement apprécié il y a deux ans au théâtre Maisonneuve de la PdA, était en septembre au Saint-Denis un spectacle absolument formidable?A la quantité de points d’exclamation dans mon carnet de notes, tiens.Une vraie pluie.Les meilleurs venus d’ailleurs On ne peut pas être partout à la fois, c’est de la gent humaine et, plus précisément, du critique de spectacles.Il y a des soirs où c’est patent: mieux aurait valu être ailleurs.D'autres soirs, on bénit le ciel: artiste et auditoire baignent en pleine félicité et on est absolument privilégié d’en rendre compte.Il y a aussi les soirs de diapason fêlé, où tout le monde semble communier sauf l’observateur interloqué, stylo dans la bouche.FT le contraire: le bonheur dans l’adversité.Il y a aussi des tas de rendez-vous manqués, parmi lesquels, assurément, le véri- Un tableau épouvantable et comique du vide profond que portent en elles trois femmes dans la quarantaine qui s’expriment sur le mode psy des pseudo-intellectuelles.Une œuvre incisive, méchante et douloureusement ironique.UJt (Xi-énuftA Josette Trépanier MISE EN SCÈNE Diane Dubeau DISTRIBUTION Markka Boies Louise Bombardier Andrée Vachon Frédéric Paquet Roch Aubert UNE PRODUCTION DU DÉCOR ET COSTUMES Francine Martin ÉCLAIRAGES Sylvie Morissette MUSIQUE Chantal Dumas ASSISTANCE À IA MISE EN SCÈNE Isabelle Gingras DIRECTION TECHNIQUE Anne Plamondon RÉGIE Claudine Paradis table meilleur spectacle de l’année a eu lieu.Tant pis.Voici néanmoins mes 20 soirées les plus mémorables de 2002, divisées comme le palmarès des disques en deux listes distinctes: celles que proposaient des artistes qui ne sont pas de chez nous, et celles des artistes qui le sont.Catégorisation arbitraire qui a pour seul mérite de doubler le plaisir du souvenir.1.Daniel Lanois au Spectrum (FIJM).Une guitare Les Paul.Ou une sèche.Ou une pedal steel.Deux, trois accords, rarement plus.Des mélodies coulant de source.Des solos tournant autour d'une note ou d’un riff.Des sons malmenés ou caressés.Des séquences instrumentales allongées jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à en extirper.Deux heures de musique dense et intense et essentielle.2.Billy Lee Riley au sous-sol de l’église Immaculée-Conception (17’ Rockabilly Jam).11 était là quand tout démarra, avec Elvis et Jerry Lee et les autres au studio Sun à Memphis, Tennessee, au milieu des années 50.Et il était là en oc- tobre dernier, dans un sous-sol d’église du Plateau, devant nos yeux écarquillés, servant Red Hot et Flying Saucer Rock 'n Roll comme si le demi-siècle n’avait duré que six furieuses minutes.Le rockabilly conserve son homme.3.Billy Bob Thomton au Cabaret.Bien sûr que la foule curieuse allait zieuter en pied l'homme de L’homme qui n'était pas là et autres films cultes.La star la plus cool d'Hollywood n’a pas moins offert le meilleur country-rock de ce côté-ci du Rio Grande, avec un peu de rock de garage des années 60 pour le plaisir du party.Sacrée récré.4.Henri Salvador à la salle Wil-frid-Pelletier (FrancoFolies de Montréal).Monsieur Henri est venu Élire le Salvador, et on lui a fait la salve d’or en retour il n’avait pas besoin d’être si cabotin, l’éternel Collégien de Ray Ventura, ses fabuleux swings et ses douces bossas et sa voix sans âge atteignant aussi sûrement le cœur que ses boules de pétanque le cochonneL 5.Charles Aznavour à la salle Wil-frid-Pelletier.Joue contre joue pour Nouveau Théâtre Expérimental www.nte.qc.ca y .Cours de tango argentin se«»°n h'ver 2003 ® du 20 janvier au 29 mars Du 14 janvier au 8 février 2003 DU MARDI AU SAMEDI À 20H30 a Espace Libre 19*5 fuilum.metro frontenac RÉSERVATIONS 521-4191 ENTRÉE 18S m ; W ''r4 RESTAURANT DEVOIR Ltuwortcahi ¦MBPHKMr \hâ>.Cours d’initiation gratuit Réservation par téléphone 13,17 et 18 janvier tél.: 514.495.8645 de 19hB0 à 21HOO 53^, boul.Saint Laurent, Montréal • tangueri&generativn.net La Tanguerla est gérée par ta Société culturelle Argentine Québec Canada la dernière fois (multipliée par moult supplémentaires), le petit grand Charles nous aura servi avec le grand art d’interpréter qui est le sien ses chansons comme autant de plaisirs indémodables, conjuguant au présent de l’éternité ce temps que les moins de vingt ans n’ont vraiment plus de raison de ne pas connaître.6.Christophe à la grande salle du Casino (FrancoFolies de Spa).Méconnaissable et un peu terrifiant en spectre à moustaches blanches et à limettes fumées, le bel amour d'Aline est revenu et a revisité ses plus belles plages, tout aussi méconnaissables que lui, peuplées de marionnettes, de mots bleus et de paradis perdus.Etrange et somptueux spectacle.Inoubliable vision.7.Marianne Faithfull à la salle WHfrid-Pelletier (FIJM).Marianne s’est amenée sans sa sœurette Morphine et sans les chansons de Kurt Well, à la fois vulnérable comme la fleur d'As Tears Go By et indestructible comme la junkie rescapée de Broken English.Drôle, touchante et un brin salace, elle était parfaitement elle-même, survivante magnifique de 35 ans d’histoire du rock.8.Roger Hodgson au Spectrum.Supertramp avec Rick Davies au Centre Bell quelques semaines plus tôt a eu beau reproduire les musiques à la perfection avec sa bande de remplaçants patentés, le vrai frisson a couru les échines avec le gentil Roger.La voix de Supertramp.Seul sur scène, avec l’auditoire en groupe d’accompagnement, il a donné jusqu’à l’injouable Fool’s Ouverture, ei ce n’était pas du fac-similé.9.Cher au Centre Bell.Le show-business au superlatif.Strass, glitz et glamour au centuple.Mais entre les falbalas et l’éléphant baudruche, c’est la version folk-rock estampillée 1965 d',4//1 Really Want To Do qui m’a titillé la corde sensible, telle une corde de mi aigu de Ric-kenbacker 12-cordes.10.Damien Hurdebise à la grande salle du Casino (FrancoFolies de Spa).Quelque part entre Thomas Fersen.Juliette et William Sheller, ce Spadois incisif et brillant a eu trop de trouvailles fines et de truculences sans facilité durant sa demi-heure en lever de rideau de Christophe pour ne pas en partager le vif souvenir.Et souhaiter qu'on nous l’amène au plus vite.S.C. I K l) K V 0 I H .I K S S A M K[>1 2 S K I H I M A \ l II K !> D K ( K M B I! K 2 0 O K 7 ?* Chariot, encore et toujours.Les clowns meurent a Noël, sans doute pour mieux se réfugier à jamais dans leur légende riante, avec ou sans chapeau melon, avec ou sans nez rouge.Mourir à Noël ne fait guere serieux.Ça sonne comme un gag, comme l'ultime coup de pied au cul de la fatalité acharnée sur leur dos.Après tout, Noël, c’est le moment de faire la fête, de boire du champagne, d'embrasser sa famille et de bouffer du foie gras.Mais mourir, allons donc.Bien fol qui irait croire quils sont vraiment morts, ces clowms-là.L’histoire officielle, laquelle ne pige rien à l’immortalité de 1 écran, assure que Charlie Chaplin est décédé le 25 décembre 1977, à un quart de siècle de nos propres temps modernes, aussi aliénants que les siens, soit dit en passant On fait semblant d'emboîter le pas à cette histoire officieDe, on joue le jeu sans être dupe.En effet, comment résister au plaisir de lever son chapeau à celui qui sut si bien jouer du melon?L’année se termine et on la dédie à Chaplin.Aurions-nous passé 25 ans sans lui, vraiment?Et dire, pourtant qu’il nous a accompagnés partout.Une silhouette claudiquante, une canne de bambou, un veston étriqué, des souliers d’une longueur démesurée, le chapeau vissé court, une moustache en brosse, une bouche d’abord muette: tiens, v’ià Chariot! Un peu juif errant, un peu don Quichotte, aristocrate déchu à dégaine de clochard, sans cesse drapé dans une dignité trop grande pour lui, à côté de ses vastes pompes.Chariot, c’est vous et moi, bien sûr malin et naïf, peureux et courageux, gai et triste, voleur et honnête, toujours vaincu mais toujours vengé, lancé comme un boulet de canon sur la piste du cirque du mon- r Odile Tremblay ?de.mal rattrape par le filet Et hop!, on repart avec lui sur une autre piste, propulse par un nouveau canon.•Chariot doit s'en aller toujours», disait Philippe Sou-pault.En s’en allant, le clown tragicomique laisse derrière lui les espoirs et les rêves de l'humanité.D'où son mythe.Charlie Chaplin est né le 16 avril 1889, •quatre jours avant Hitler», prit-il soin de préciser un jour.Encore que la date de naissance exacte de cet enfant de la balle aux parents bohèmes et comédiens demeure mystérieuse aux yeux de plusieurs, faute de registres londoniens très éloquents à son sujet.Inutile de décliner la filmographie du cinéaste de La Ruée vers l'or et du Kid.Chacun peut évoquer ses propres moments de grâce partagés en sa compagnie à l’écran.Qui n'a pas son Chariot à lui, dont il connaît par cœur les mimiques, les défaites et les roueries?La preuve que Chaplin est immortel, c’est que son film Le Dictateur, tout frais nettoyé et restauré.prendra l'affiche en salles au Quebec dès le 24 janvier prochain.62 ans après sa mise au monde.Re voici la géniale parodie du Führer faisant sauter sur son doigt le ballon du monde.Moloch avalant les enfants de la planète, ogre à moitié fou et affame comme un loup.11 était presque jumeau d'Hitler par la date de naissance, donc, allez vous étonner si leurs destins opposés.clown noir et clown blanc, devaient se croiser le temps d'un film.Dans Le Dictateur, ils ne forment plus qu'un.Gémeaux d’une même époque troublée, l'un barbier juif, l'autre tyran, tous deux incarnés par Chaplin, le monstre et son double.Ce film est sorti en 1940, au tout début de la guerre, alors que tant de voix prétendaient ne pas connaître le sort reserve aux juifs.Chaplin savait et parlait U Dictateur cric encore aujourd’hui la folie du Führer, plus d’un demi-siècle apres la fin de cette guerre.Jadis, les rois avaient leurs bouffons qui osaient leur révéler une vérité que les courtisans taisaient par prudence.En 1940, l’Amérique aurait dû écouter son clown plutôt que de fermer les yeux tant Chaplin était en avance sur la conscience historique de la ma jorité de ses contemporains.Les vrais bouffons demeurent des sages.On dit souvent que les comédies sont un genre qui s’exporte mal.que les tics d’une société ne par lent qu’à ceux qui ont été élevés en son sein.Ft pourtant.11 suffit de s’asseoir devant un bon vieux Chariot pour oublier le temps, le lieu et le contexte qui nous séparent de son univers.Et même si les années de crise sont loin dans la mémoire collective, on est tous le vagabond affamé qui reçoit des coups de pied au cul d'une autorité aveugle.Car le vrai comique est universel, et on peut s'amuser à le prouver en citant Molière et h-s comedies de Shakespeare pour accoler à côté du nom de ces illustres celui de notre Chariot, «/«i étudié l’homme parce que.sans le connaître, je n'aurais rien pu faire (Lins mon metier», disait-il simplement.11 est un pou à nous, ce Chariot, l e clown humaniste a nourri notre imaginaire national comme celui des autres.C’est d’ailleurs un Québécois.Yves Durand.d’Fxpérience International, qui va collaborer à la creation du Musée Chaplin à Yevey.en Suisse.Ft ça se passera dans l’ancien domaine de celui qui ne finit pas sa vie comme vagabond mais comme richissime, l'reize hectares de jardin, à liane de montagne.C’était mieux d'y vivre que de bouffer ses lacets de bottines.De fait, la creation porte toujours un poids de paradoxe.Un soir, Jean Cocteau demanda à Chaplin pourquoi il avait l'air si triste.Ft de rétorquer l’autre: •C’est que je porte en moi la tristesse d'un homme qui.pour avoir trop joue sur les écrans des personnages de pauvres, est un jour devenu riche.» A lui la (errible rançon du génie comblé et inconsolable.A nous l'immortelle compagnie de son double appelé Chariot.?Cette chronique s’interrompt pour deux semaines pour cause de vacances et de voyage vers des deux plus cléments.Bonne année à tous! otrem hlayaledcvoi r.com VITRINE DU DISQUE Luxuriante, la pop de Jim Guthrie MORNING NOON NIGHT Jim Guthrie (Three Gut Records - Outside) \ A quoi rêve ce personnage masculin sur la pochette du dernier disque de Jim Guthrie?Dans sa bulle, on l’imagine en train de réfléchir à une pop luxuriante qui puiserait son inspiration quelque part entre les règles prescrites de l’in-die-rock et l’électro artisanale.Sur Morning Noon Night, le guitariste de Royal City met en pratique un art lo-fi où la console Haystation et le programme MTV Music Generator sont devenus des outils indispensables.Tel un puzzle à résoudre, les nouvelles chansons du Torontois intriguent grâce à une légèreté qui met à l'épreuve la pertinence du propos.Entre humeurs et confidences, Guthrie invente de courtes pièces aux arrangements analogiques dans le but d’édifier un psychédélisme moderne plutôt espiègle.Avec des extraits tels Houndz Of Love et Trouble, cette musique laisse des traces radieuses.Au fil de 3am, il chante, entre deux accords: «Somewhere a love is lost/A love is won / Knowing ifs jar/From that/Are you having fun?» Le ton enchante, sans toutefois verser dans l'expérimentation coriace.Ce deuxième album solo prouve que Guthrie a encore bien des choses à dire parallèlement au futur de Royal City.Une sorte de pendant anglophone au Petit cosmonaute de Jérôme Minière.David Cantin THE BEGINNING STAGES OF The Polyphonie Spree (Good Records) Vous vous souvenez peut-être de Tripping Daisy?Peut-être aussi d’un succès éphémère qui avait pour nom I Got A Girl alors que la vague grunge envahissait l’Amérique tout entière?En 1999, un accident tragique change le cours des choses: le guitariste Wes Berggren meurt d’une surdose dans un coin perdu de Dallas.Quelques années plus tard, voilà que Tim DeLaugh-ter décide de prendre un virage radical.Loin de toute forme de nihilisme, The Polyphonie Spree prône la joie révélatrice et l’émerveillement continu.Avec l’aide d’un chœur et de nombreux musiciens, on dirait une version contemporaine de l’In-fonie où le gospel, le rock fougueux, les arrangements baroques et une spiritualité naïve mènent de front cette pop symphonique.Il y a quelque chose de courageux dans cette manière de chanter la nature, l’amour et la vie en général.Les références vont de Pet Sounds k Mercury Rev, sans oublier l’ambition ultime d’un groupe comme les Flaming Lips.Toutefois.The Polyphonie Spree va jusqu’au bout de son délire musical alors que les percussions, les cordes, les cuivres, de même que certains effets électroniques viennent défier la raison même.Sur la pochette, les 24 membres sont tous vêtus de soutanes blanches impeccables.Est-ce une secte?D ne reste qu’à communiquer la bonne nouvelle: The Beginning Stage Qf réconforte le cœur.D.C.TODO SIGUE LNTACTO Apeiron (Foehn-Stafik) Proche de Stereolab ou de Lali Puna, le trio Apeiron d'Espagne récidive dans un genre à la frontière de la pop et de l’électronique.Sur Todo Sigue Intacta, il faut prendre le temps d’apprivoiser des pièces où le voix discrète de Belen Rodriguez Martinez agace par moments.Il est aussi nécessaire de ne pas juger immédiatement ces morceaux un peu pâles qui intriguent sans toutefois séduire.Derrière des couches rythmiques et certains détails judicieux, des ambiances lo-fi accompagnent quelques mélodies contagieuses.Les motifs sont plutôt sombres, avec un réel désir de créer de courtes pièces entêtantes.Une ligne très mince sépare parfois l'émotion de l’intention.Sans chercher à tout reconstruire, les 11 extraits de Todo Sigue Intacta dévoilent un collage familier où le rêve guide les humeurs.Il y a tout de même quelques étincelles sur cet album qui aurait gagné à moins s’éparpiller.Du rock exotique et léger comme un nuage.D.C.K O C K YOU FORGOT rr IN PEOPLE Broken Social Scene (Paperbag Records - Outside) Broken Social Scene n’est pas un groupe typique mais plutôt un collectif torontois à géométrie variable.Des membres de KC Accidentai, Blurtonia et Do Make Say Think ainsi que d’autres figures dominantes de l’underground canadien se retrouvent à l’occasion pour créer une musique difficilement identifiable.Sur le plus récent You Forgot It In People, on passe de 1’in-die-rock expérimental à une noise-pop plutôt aérienne.Paradoxalement, cette ouverture d’esprit donne à l’ensemble une cohérence ainsi qu’une saveur des plus audacieuses.On pense bien sûr à Sonic Youth comme à Radiohead, sauf que œ projet mené par Kevin Drew et Brendan Canning mise beaucoup sur la spontanéité des rencontres.On se retrouve donc avec un deuxième album où les nombreux registres offrent une profondeur aussi tenace que séduisante.Fait des plus rares de nos jours, une grande liberté artistique gouverne cette formation qui mise sur les guitares torturées, les mélodies complexes et une puissante section rythmique.Grâce à des pièces telles Capture Vie Flag ou Almost Crimes, Broken Social Scene devient l'une des aventures parallèles les plus crédibles du moment.Fortement recommandé.D.C.É L E U T R O SQUAREDANCING IN A ROUNDHOUSE Derrick L Carter (Classic - Fusion III) Depuis une bonne quinzaine d’années, Derrick L Carter s’acharne à définir les paramètres de la house américaine.De Daft lYink à Felix da Housecat, ses disciples sont d’ailleurs très nombreux.Surtout connu en tant que DJ culte, voilà que ce surdoué des platines offre au grand public un album de house hors norme qui se moque assez bien des conventions du genre.Avec Squaredancing In A Roundhouse, on passe d'une idée à l’autre sans cloisonnement futile.Sur ce disque étrange, la house n’est plus une atmosphère de transe prévisible et répétitive mais plutôt de la dance music des plus efficaces.Loin des productions à la chaîne, Carter mêle les rythmes torrides aux intermèdes curieux comme s’il s’agissait d’un cours d’histoire en accéléré.H invente constamment, bien qu’il se réfère aussi aux tendances disco, funky et soul, sans pour autant mettre de côté une techno plus abstraite.De plus.Carter a l’avantage de n’en faire qu’à sa tête avec soin et intelligence.Chacune de ses 15 pièces déborde d’audace et d’imagination.Que la fête commence! D.C.C
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