Le devoir, 28 décembre 2002, Cahier B
I) I M A V l H K 2 9 D K ( K M B H K L t DEVOIR.LES SA M EDI 2 B 2 O O 2 Le projet souverainiste et l’État québécois Page B 5 Pour une exploitation écologique des tourbières Page B 6 LE DEVOIR ?PERSPECT VES 2 0 0 2 E N REVUE s i L’année de toutes les tentations Tentations guerrières des Etats-Unis en Irak, tentations scandaleuses à Ottawa, tentations de changement à Québec, 2002 passera à l’histoire comme une année de transition.La paix mondiale a vécu des moments troubles, les Etats-Unis ayant tenté de faire de Saddam Hussein leur bouc émissaire un an après les attentats du 11 septembre 2001.Sous la pression des scandales et de la grogne des libéraux, Jean Chrétien a scellé son destin en annonçant sa retraite pour.2004.La montée fulgurante de Mario Dumont dans les sondages a pris tout le monde de court et ébranlé libéraux et péquistes.Nous proposons aujourd’hui une rétrospective des grands et des moins grands moments de 2002.Jules Richer Directeur de l’information Textes rédigés par Stéphane Bail-largeon, Hélène Buzzetti, Clairan-drée Cauchy, Tommy Chouinard, Manon Cornellier, Jean Dion, Louis-Gilles Francœur, Claude Lévesque, Kathleen Lévesque, Brian Myles et Isabelle Paré.'WÎ .A ^Al*Vi>Tî£ 'toil- il r Montée inattendue de FADQ JACQUES NADEAU LE DEVOIR Mario Dumont Personne, à pareille date l’an dernier, n’aurait pu croire qu’on parlerait aujourd’hui d’une lutte politique à trois au Québec.Et pourtant.Parti naguère négligé, l’Action démocratique du Québec (ADQ) a bouleversé l’échiquier politique en 2002, tout d’abord par une victoire-surprise.En avril, le député adé-quiste François Corri-veau remporte l’élection partielle dans le comté de Saguenay, rejoignant à l’Assemblée nationale son chef Mario Dumont, jusqu’alors seul à y siéger depuis la création du parti.L’opinion publique s’emballe devant cette troisième option inattendue.Cette montée, que plusieurs considéraient comme un feu de paille, s’avère plus importante: les élections complémentaires de juin permettent à trois autres députés adéquistes, Marie Grégoire, Sylvie Lespéran-ce et François Gaudreau, de rejoindre à leur tour la petite équipe parlementaire.Tous les yeux se tournent alors vers l’ADQ.Son membership monte en flèche et les aspirants candidats se bousculent au portillon.Les idées du parti, controversées pour plusieurs, circulent de plus en plus.Ce soudain intérêt pour le programme adéquiste force Mario Dumont à reculer, notamment au sujet du taux d’imposition unique.Le financement de l’ADQ atteint quant à lui des sommets grâce aux services du président de Ca-nam Manac, Marcel Dutil, et à l’intérêt de gens d’affaires.Puis, les événements se bousculent.Un discours devant les gens d’affaires du Canadian Club à Toronto fait dire au National Post que Mario Dumont est plus à droite que l’ex-pre-mier ministre ontarien Mike Harris; ensuite, un congrès de l’ADQ sur le thème de la santé suscite un débat sur le système public et le rôle du secteur privé; enfin, les révélations du dossier criminel de l'organisateur Marc Snyder ébranlent le parti.Tant et si bien qu’en fin d’année, les sondages montrent des signes de décroissance du parti de Mario Dumont.En août, un sondage Léger Marketing plaçait l’ADQ en tête avec 40 % des intentions de vote.En octobre, la même maison de sondage note un recul de 4 % du parti.Puis, en décembre, la firme CROP démontre que l’ADQ se retrouve troisième, tout juste derrière le PLQ et le PQ, avec 31 % des intentions de vote.La table est mise pour une chaude lutte à trois en 2003.Les idées du parti, controversées pour plusieurs, circulent de plus en plus Irak, régime honni George W.Bush n’a jamais caché son aversion pour le régime de Saddam Hussein en Irak, contre lequel son père avait déclenché en 1991 une guerre restée inachevée.Depuis le début 2002, le sujet est devenu le leitmotiv de la rhétorique du président américain.Le 29 janvier, dans son discours sur l'état de l’Union, il a dit du régime de Bagdad qu’il constituait un «axe du mal» avec ceux de l’Iran et de la Corée du Nord.Ces trois pays sont soupçonnés par les dirigeants américains de développer ou de chercher à développer des armes de destruction massive (nucléaires, chimiques et biologiques).M.Bush a multiplié les accusations et les dénonciations au cours de l'année.Plus encore que ses propres ministres, c'est son fidèle allié, le premier ministre britannique Tony Blair, qui est devenu sa meilleure caisse de résonance.Le 8 novembre, après d’âpres discussions, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution américano-britannique enjoignant à l'Irak d'accueillir des inspecteurs en désarmement et de fournir une liste détaillée de tous ses programmes militaires.Le 13 novembre, Bagdad a accepté de s'y plier.La déclaration de quelque 13 000 pages remise par l'Irak fin novembre a déjà été jugée remplie de lacunes par Washington.Quant aux inspecteurs, ils continuent de visiter des sites suspçcts sur le territoire irakien tandis que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne procèdent à un important déploiement de troupes et de matériel dans la région du golfe Persique.REUTERS Scandales à Ottawa JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean Chrétien Il n’aura fallu qu’une année, une seule, pour faire voler en éclats l’image de bons gestionnaires des libéraux fédéraux.lancée en trombe avec l’éviction d’Alfonso Gaglia-no du cabinet et sa nomination au poste d’ambassadeur au Danemark, l’année 2002 s’est continuée avec la démission ou la rétrograda tion de trois ministres et s’est terminée avec un autre scandale, celui du programme d'enregistrement des armes à feu.Le gouffre financier révélé par la vérificatrice générale Sheila Fraser s’est ajouté au verdict sans appel qu’elle avait rendu en mai sur trois contrats du controversé programme de commandites.«Non-respect généralisé de toutes les règles», avait-elle déclaré après avoir demandé à la GRC d'étudier les trois contrats totalisant 1,6 million de dollars et accordés à Groupaction pour la pro duction de trois rapports dont un a longtemps été introuvable alors qu’un autre s’est avéré incomplet Le premier ministre Jean Chrétien a quand même défendu le pro gramme mis sur pied au lendemain du référendum de 1995, lui attribuant le mérite d’avoir fait reculer la cause souverainiste au Québec.La plupart des entreprises asso ciées au programme (Groupe Everest Groupaction, Lafleur Communications, Gosselin Communications, Groupe Polygone, Communication Coffin) étaient québécoises et proches des libéraux.Mme Fraser, elle, a été si cho quée par ce qu’elle a découvert qu’elle a promis de publier, fin 2003, un rapport sur tous les programmes de publicité et de commandite du gouvernement.Nerveux et embarrassés, les libéraux ont eux-mêmes entrepris un examen interne qui s’est conclu par un bilan dévastateur (surfacturation, argent versé malgré l’annulation de l’événement rapports inexistants), une réorganisation du programme de commandites et au moins 13 dossiers confiés à la GRC.[/¦s problèmes du premier ministre ne se sont pas arrêtés là.Lui qui aimait se vanter qu’aucun de ses ministres n’avait dû démissionner pour des motifs de scandale a dû renvoyer Don Boudria, successeur d’Alfonso Gagliano à la tête du ministère des Travaux publics, au poste de leader parlementaire après que celui-ci eut séjourné à la résidence du propriétaire du Groupe Everest, un des principaux clients de son nouveau ministère et grand bénéficiaire du programme de commandites.Art Eggleton a perdu son titre de ministre de la Défense pour avoir accordé un contrat sans soumission à une ancienne amie de cœur.Lawrence MacAulay, que le premier ministre n'a jamais cessé de défendre, a démissionné de son poste de solliciteur général après avoir été la cible d’accusations de patronage.?k.w - B 2 LE DEVOIR.LES S A M EDI 2 8 E T D I M A X ( Il K DECEMBRE 2 0 0 2 P E R S P E C TIV E S Une fête environnementale ratée Jean Dion ?Ceci est une revue de l’année n fait, ceci aurait dû être une sorte de revue de l’année, mais il ne faut pas croire tout ce qu’on lit, ni tout ce qu’on entend.Prenez par exemple les vœux de Noël et du Nouvel An de nos politiciens, de loin mon émission de télé préférée (à l’exception possible de l’ensemble de la programmation de CPAC, surtout traduite): faut en laisser un peu plus qu’en prendre, ainsi que le recommanda saint Denys l’Aréopagite, à ne pas confondre avec Pseudo-Denys.Il en va d’ailleurs des vœux comme des promesses électorales: on s’emballe, on en beurre épais, la paix le bonheur la santé tout ce que vous désirez, l’ivresse des Fêtes lait son œuvre, puis on trouve tout plein de prétextes pour expliquer que ça n’a pas marché.Une chance qu’il y a Nez Rouge pour limiter les dégâts.Et puis, en fait de revues, je suis abonné à toutes celles qu’il est loisible d’imaginer, alors pitié, pas celle de l’année.De toute façon, il ne s’est rien passé en 2002, contrairement à ce qu’on voudra vous faire croire.C’était couru d’avance, remarquez: allez un peu accoter 2001 en matière d’actualité fébrile.S’il avait fallu battre ça, nous ne serions même pas là pour s’en parler dans le creux du paragraphe puisque, si j’ai bien compris, c’est le combat final entre le Bien et le Mal qui se joue, et il est de notoriété publique et parapublique depuis 10 000 ans que c’est le Mal qui gagne, comme le démontre la vanité des souhaits de paix qui doivent sans cesse être renouvelés.Non, il ne s’est rien passé.(C’est d’ailleurs ce que relevait l’autre jour un z’expert en toutes choses mondiales, qui observait que personne n’avait souligné que le principal événement de 2002 consistait dans le fait qu’il n’y avait pas eu d’attaque contre les Etats-Unis.Il y a bien eu des attentats terroristes ailleurs, mais ça ne compte pas parce que ce sont les USA et son peuple que Dieu a choisis pour accomplir Son dessein.Qui, vous ne le saviez peut-être pas, est en tous points identique à la plate-forme du Parti républicain.Si si.) 11 n’y a pas eu de guerre contre l’Irak, ce qui est compréhensible puisque, je m’use le clavier à le clamer à la face du monde, Saddam Hussein n'existe pas et n’est qu’un gars avec une fausse moustache qu’on filme dans un bunker du Montana pour faire peur au monde et qu’on montre de temps à autre en train de tirer des coups de feu pour faire de la pub à la National Rifle Association.(Selon mes sources dans le monde fascinant du renseignement, celui qui se cache sous les traits de Saddam H.serait d’ailleurs Charlton Heston, qui s’y connaît en postiches depuis qu’il a si admirablement incarné Moïse.) Il n’y a pas eu d’invasion de la Corée du Nord, ce qui s’explique puisque la Corée du Nord n’existe pas.Ou plutôt si, il y a bien un territoire, mais personne dedans.Je vous jure, je fais souvent de petites blagues pour détendre l’atmosphère chargée de ce début de millénaire complexe, mais là, c’est vrai.Il y a quelques semaines, on présentait un documentaire de la télé néerlandaise qui montrait qu'il n'y a personne nulle part en Cnr«- ;1" Nord, une agente de police qui dirige ia circulation en plein centre de Pyongyang alors qu’il n’y a aucune voiture.Des rues entières, des places publiques, des musées entièrement déserts.Il y a même un spectacle organisé chaque année en l’honneur du bien-aimé chef de la patrie, mais personne n’y assiste, un peu comme c’est le cas de nos Expos.On n'a pas non plus mis la main au collet d’Oussama ben L’airqu’onletrouverajamais, qui continue de produire des vidéos et de les envoyer à al-Jazeera alors qu’il ferait tout un tabac à MTV, le sot.(Du reste, j’aimerais bien voir la tête du préposé à la réception des enveloppes brunes à al-Jazeera.Tiens, une cassette avec une grotte comme adresse de retour.) ?Même chez nous, où pourtant l'agitation est une seconde nature, il ne s’est rien passé.M.Chrétien n’est pas parti, et on peut déjà commencer à rédiger les bilans de 2003 puisqu'il ne sera toujours pas parti.Oui, il est bien comme la visite, M.Chrétien.L’avez-vous remarqué, elle est comme ça, la visite: ce n’est pas quelle ne nous fait pas rigoler de temps à autre, mais entre le moment où elle annonce qu'elle va faire une trace et celui où elle s’en va effectivement, il se déroule souvent un délai approchant les 18 mois.Notez, cela a au moins l'avantage de nous permettre de passa" toute une formidable année- à suivre Paul Martin par-ci par-là Ce faisant, je vous invite instamment à dresser un tableau comparatif de son massacre de la langue française en regard de son futur prédécesseur, de même que, à l'aide d’un abaque que vous vous serez procuré en spécial chez Canadian Tire avec tous ces dollars que vous avez amassés depuis le temps, à faire le décompte des fois où il emploiera ses deux expressions favorites, à savoir «vraiment» et «CanadiensCanadiennes».A moins, bien sûr, que vous ne soyez occupés à des tâches plus urgentes, par exemple tenir à jour votre registre des éléments du programme de chacun des candidats à la direction du NPI).Et au Québec?Rien.Mario Dumont monte et descend dans les sondages alors qu’il ne se passe rien, mais selon mes sources dais le milieu de la consultation téléphonique, il s’agit d’un stratagème des répondants pour se désennuyer en attendant quelque chose, mais personne ne sait quoi.?Allez, j’ai quand même fait des efforts louables pour dénicher la nouvelle de l’année.Elle était bien camouflée dans un coin de page de journal, comme toutes les choses importantes.Il s’agit d’une offre d'emplois du Centre de’la sécurité des télécommunications, un organisme fédéral chargé, ben, de la sécurité des télécommunications.On recherche: espions.Bon, ce n'est pas dit comme ça, mais il est toujours utile de faire dans la litote, tout comme la sécurité des télécommunications ne consiste pas précisément à tricoter une housse pour l'hiver à votre câble Vidéotron.Habituellement, le CSE reçoit environ 25 candidatures pour ce genre de poste.Cette fois: 13 000.Il faut dire que l'offre précise que sont bienvenues les demandes de femnjes, de gens des minorités visibles, d’autochtones et de personnes handicapées, lœ prochain James Bond pourrait être étonnant.Et ce sera grâce à eux s’il ne se passe rien en 2003.On aime mieux ça comme ça, de toute façon.jdioH@ledevoir.com On pourrait paraphraser un célèbre astronaute en disant du Sommet de Johannesburg sur le développement durable qu’il a constitué un petit pas pour l’environnement mais un grand pas dans la lutte contre la pauvreté.Si, pour une fois, les pays riches pouvaient donner suite à leurs promesses de financement! En préparation depuis trois ans à l’occasion d’importantes rencontres internationales, le «Rio + 10» n’a pas eu lieu.Pas de fête environnementale.Pas de grand-messe verte.Plusieurs des plus grands groupes écologistes internationaux ont même parlé d’échec parce que le sommet a esquivé les grands enjeux environnementaux de l’heure — énergie, forêts, écosystèmes et biodiversité — ou parce que la communauté internationale a soigneusement évité de se lier par des objectifs et des échéanciers précis.Les difficultés de mise en œuvre du protocole de Kyoto, qui bute de- puis deux ans sur la question des objectifs et des échéanciers, avaient visiblement traumatisé les négociateurs occidentaux.Ce sommet n’en reste pas moins un succès pour les pays les plus démunis de la planète car, du point de vue de l’ONU, on y a repris certains des objectifs du Sommet du millénaire en vue de les réaliser, promet-on, dans le respect de l’environnement.lœ sommet a décidé de donner un accès a l’eau potable d’ici 2015 à la moitié des 1,1 milliard d’humains qui n’en ont pas et de fournir des services sanitaires et d’assainissement à la moitié des 2,4 milliards d’humains qui en sont privés.D'autre part, le plan d’action adopté par le sommet a prévu de relever, sans toutefois en préciser le niveau et les échéances, la part des énergies renouvelables dans le bilan énergétique de la planète.Le sommet, qui a battu tous les records de participation avec 193 pays représentés sur 195, a par ailleurs convenu de "maintenir ou rétablir aux niveaux permettant une exploitation maximale soutenable les stocks de poissons en déclin», un objectif contraire a l'approche préventive necessaire à l’atteinte d'une «réduction significative du taux actuel de perte de la diversité biologique», ont prétendu plusieurs écologistes.Le sommet, qui s’est donné d'autres objectifs humanitaires dans le domaine de la santé, s’est aussi engagé à réduire les modèles actuels de consommation et de production, jugés insoutenables, mais, encore une fois, sans préciser le moindre objectif ni la moindre échéance.De façon générale, les écologistes ont tiré comme leçon de ce mégasommet qu’il faudra en revenir à des conférences internationales plus ciblées pour que le discours et les enjeux environnementaux ne soient plus récupérés, reportés ou noyés dans d’autres problématiques.Un petit royaume Pour 25 000 $, les 75.proprié-taires de chalets de l’île-Dorval ont transformé un bien public en copropriété privée.Opposés à la fusion municipale, les résidants saisonniers de l’Ile-Dorval ont acheté, trois jours avant la création du nouveau Montréal, leur petite municipalité qui baigne dans le lac Saint-Louis, juste en face de Dorval.Comme l’a révélé Le Devoir, ces insulaires, parmi lesquels on retrouve Peter Yeomans, ancien maire de Dorval aujourd’hui membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, ont agi en dépit de l’obligation édictée par Québec de ne pas aliéner les biens publics dans le contexte des fusions municipales.Le ministère des Affaires municipales a déposé une action en justice mais a également entrepris des discussions avec les propriétaires pour tenter d’obtenir un règlement à l’amiable qui se fait toujours attendre.Le juge Bernard Flynn, de la Cour supérieure, dont la conjointe est l’une des signataires de l’acte de vente, a commenté publiquement la transaction qui, selon lui, visait à conserver les «droits acquis dans ce petit royaume».Du coup, le juge Flynn a fait l'objet d’une enquête de la part du Conseil canadien de la magistrature, qui n’a pas tranché la question.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La coupe Grey à Montréal Toujours, ils étaient si près et en même temps si loip.Cette fois, ils ont touché au but.A la septième saison de leur deuxième vie, les Alouettes de Montréal ont remporté la coupe Grey, un quart de siècle exactement après qu'ils l'eurent enlevée la dernière fois.• Assurés très tôt de gagner le championnat de la division Est, les Alouettes ont bouclé le calendrier avec un dossier de 13-5, le meilleur de la ligue canadienne, à égalité avec les Eskimos d’Edmonton, qu'ils devaient vaincre difficilement (25-16) lors de l’ultime rencontre, chez eux, sur un terrain gelé.Contesté dans les médias, Don Matthews n'en a pas moins réussi à galvaniser ses troupes et a décroché un cinquième titre comme entraîneur-chef, égalant un record de la LCE Four les Alouettes, tout n'est cependant pas réglé.Ils ne font pas leurs frais au stade Percival-Molson, ne veulent pas retourner au Stade olympique, et si l’idée d’un nouveau stade au centre-ville a commencé à circuler, il y a encore très loin de la coupe aux lèvres.Le football mont-réalais a de quoi réjouir l’amateur, et de quoi l’inquiéter.jro’i Uri m \\ ;»# m JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les motards ébranlés La police et la justice ont frappé les gangs de motards criminels au flanc, déstabilisant du coup l’inventif marché de la revente de drogue.Les raids policiers lancés dans le cadre de l’opération Printemps, en 2001, ont permis d’arrêter quelque 300 motards depuis deux ans au Québec.La drogue circule toujours, mais elle emprunte de nouvelles routes.Et les motards se font plus discrets.Maurice Boucher n'a fait aucun coup d’éclat.lœ 5 mai, il a pris le chemin de sa cellule pour le reste de ses jours après qu’un jury eut trouvé la force de sortir de l’impasse et de le reconnaître coupable du meurtre de deux gardiens de prison.Le verdict est fondé sur le pragmatisme et la sagesse populaire: le chef des Nomads ne pouvait pas ignorer les meurtres commis par ses subalternes en 1997, même s’il ne les avait pas commandés personnellement.Le procès de 17 présumés membres ou associés des Hells a par ailleurs levé le voile sur le caractère froid et sanguinaire de la guerre des motards.L’once de cœ caïne valait plus cher que la vie humaine, et les Rock Machine, aujourd’hui des Bandidos, étaient perçus comme de vulgaires canards à abattre.Ce procès pour trafic de drogue, complot pour meurtre et gangstérisme filait bon train jusqu’à ce que le juge Jean-Guy Boilard démissionne avec fracas le 22 juillet.Un deuxième procès s’est lentement ouvert sous les auspices de Pierre Béliveau.Six accusés ont plaidé coupables de trafic de drogue et de gangstérisme, écopant de peines variant de trois à onze ans de pénitencier.Les autres attendent la suite.Treize autres membres présumés des Hells ont choisi d’étirer leur procès pour 13 meurtres au maximum, au point où le juge Réjean Paul est sorti de ses gonds à plusieurs reprises pour dénoncer des contre-interrogatoires «répétitifs, inutiles, non pertinents, futiles ou vexatoires» à l’endroit de témoins de seconde importance.Une parade de délateurs devrait défiler à la barre des témoins plus tard cet hiver.Les Bandidos devront également répondre de leurs actes.Une soixantaine de personnes sont sous le coup de 150 chefs d’accusation de trafic de drogue et de gangstérisme.Si la loi antigangs a déstabilisé les Hells, elle a purement et simplement décimé les Bandidos.Salt Lake City sous surveillance Ce fut incontestablement l’un des épisodes les phis rocambo-lesques de l'histoire du sport.Sait Lake City.Jeux de la XXI' olympiade d’hiver, 11 février, un lundi soir.Epreuve de patinage artistique en couples.Tout le monde s’accorde à le dire: les Canadiens Jamie Sale et David Pelletier ont effectué un parcours sans tache, et la médaille d’or leur appartient Tout le monde, sauf les juges de la compétition qui, dans un lourd parfum de scandale, leur préfèrent, à cinq voix contre quatre, les Russes Elena Berezhnaya et Anton Sikharulidze.Scandale?L’«affaire» est née.Controverse internationale, soupçons de corruption qui ont eu tôt fait d’éclabousser la juge française Marie-Reine le Gougne et par son biais, toutes It's autorités du patinage artistique, enquête qui ira jusqu’à désigner un caïd de la mafia msse.Le gâchis est total.Si elle témoigne d’une tentative de rétablir les faits vaille que vaille, La médaille d’or remise par la suite à Sale et Pelletier (alors que les Russes conservent la leur) est aussi un aveu patent de malfaisance ou, pire, une fenêtre qui s’ouvre sur toutes les combines qui rongent de l’intérieur le monde du patinage.Pendant des jours, de conférence de presse en conference de presse, d’allégations en démentis, le dossier relègue dans l’ombre les performances des athlètes sur le terrain, et Sale et Pelletier, consacrés victimes de l’odieux, deviennent des personnalités à la réputation mondiale, parachutés à la une de tous les magazines, participant aux talk-sftows, acquérant le statut de coqueluches partout., sauf en Russie.Ils se retrouvent cent fois plus populaires que s’ils avaient tout simplement gagné.Premiers Jeux olympiques à avoir lieu après la conflagration du 11 septembre 2001, ceux de Salt lake City se déroulent sous très haute surveillance, mais aucun incidept notable ne se produit.Les Etats-Unis figurent avantageusement avec 34 médailles (au deuxième rang derrière l’Allemagne), dont dix d’or, mais l’une des plus convoitées leur échappe: au hockey, ils s’inclinent en finale contre le Canada qui, après un début de tournoi hésitant, met fin à une disette d’un demi-siècle sous la houlette de Wayne Gretzky.Le Canada prend la quatrième place au classement des nations avec 17 médailles, dont six d’or.Cinq «régulières», et une dont on parlera encore avec des trémolos dans bien des années.-i-A: REUTERS Le Woodstock catholique Toronto a été pris d’assaut, du 22 au 28 juillet, par quelque 207 000 pèlerins catholiques venus de plus de 170 pays pour assister à la 17r édition de la Journée mondiale de la jeunesse.L’événement a attiré moins de gens que les 350 000 jeunes prévus à l’origine en raison du coût élevé des billets d’avion et de la crainte des voyageurs dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.La rencontre bisannuelle a révélé une véritable histoire d’amour entre les jeunes et le vieux pape de 82 ans, «chargé d’années mais encore jeune de cœur», disait-on.Tout au long de l’événement, le souverain pontife a demandé aux jeunes de devenir «le sel de la terre», les invitant à choisir entre «la voie de Jésus et l'esprit du monde, qui sont en compétition pour s’emparer de votre âme».Lors défia messe de clôture, qui a attiré 800 000 personnes, le Saint Père a enjoint aux jeunes de «conserver et de maintenir vive la conscience de la présence de Jésus-Christ, notre Sauveur».Il a aussi profité de l’occasion pour exprimer «un profond sentiment de tristesse et de honte» devant les sévices physiques et sexuels perpétrés par certains prêtres et religieux.Il s’est cependant empressé d’ajouter que la grande majorité des prêtres et des religieux «vivent généreusement leur engagement».Les paroisses du Québec et du Canada paieront longtemps ce Woodstock de la foi.L’opération s’est soldée par un déficit de 38 millions sur un budget total de 70 millions, réparti au prorata de la population catholique.La facture est de 18 millions pour le Québec.Dutoit claque la porte Un coup de tonnerre au beau milieu de la Neuvième de Beethoven n’aurait pas plus surpris.Le 10 avril au soir, par un communiqué laconique, le directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal annonçait sa démission.Charles Dutoit était en poste depuis 25 ans.Il avait fait de l’OSM un des orchestres symphoniques les plus réputés au monde.Le mot du chef évoquait les «propos hostiles du président de la Guilde des musiciens du Québec, caution-nés par la majorité des musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal».Plus tôt, la Guilde des musiciens du Québec avait accusé M.Dutoit de harcèlement, envers ses membres.lœ président de l’organisme, Emile Subirana, avait ajouté que la grande majorité des musiciens se sentait oppressée par les agissements du directeur artistique.Ironiquement, le gouvernement du Québec avait annoncé, quelques semaines auparavant, qu’il construirait enfin une nouvelle salle de concert, au centre-ville de Montréal, à côté du complexe de la Place des Arts.Iü nouvelle maison de l’OSM devrait être inaugurée en 2004.La rupture brutale a forcé l’orchestre à dénicher des substituts au pupitre pour le reste de la saison.L’orchestre orphelin fonctionne toujours sans tête.La saison 2002-03 compte 81 concerts, dont 35 devaient être dirigés par le démissionnaire.Un comité de sélection s’active depuis des mois.Son président, Bernard Shapiro, a averti que dans le contexte actuel, malgré son salaire annuel de plus de un million, Charles Dutoit était «une aubaine», laissant aussi entendre que la quête de la perle rare pourrait être longue, voire prendre plusieurs années.Cadenas sur la SRC Le 23 mars.1400 syndiqués de la Société Radio-Canada (SRC) ont déclenché une grève de 24 heures.L’employeur a riposté, au grand étonnement de tous, en décrétant un lock-out qui s’est éternisé pendant deux mois.Deux longs mois pendant lesquels les «cadenassés» —, journalistes, recher-chistes, annonceurs, assistants à la production et à la réalisation —, interloqués par la stratégie sans compromis de la direction, ont ouvertement exprimé leur désarroi devant un service public qui ne jouait plus correctement son rôle à cause d’un manque de fins et de moyens.La précarité d’emploi était au centre de ce long conflit qui, avec ceux chez Vidéotron et Bombardier, a contribué à faire de 2002 une année record pour les arrêts de travail au Québec depuis 1993.La précarité a pris de l’ampleur dans le contexte de la privatisation d’une grande partie de la production.de la concurrence croissante des nouvelles chaînes et du déclin de l’auditoire du média d’Etat.Les employés ont accepté les offres patronales, fin mai, dans une proportion des deux tiers.Les cadenassés ont reçu une somme forfaitaire de 1000 $ et une augmentation de 2 % à la signature du contrat.Ils toucheront une nouvelle hausse de 1,5 % à compter de la semaine prochaine et encore une autre, de 2,5 %, en juin 2003.Par ailleurs, plus de 130 employés contractuels et pigistes du service de l’information devraient obtenir leur permanence.Le syndicat a aussi obtenu qu’après 195 jours de service, les employés temporaires de tous les départements soient rappelés en fonction de leur ancienneté.Le vrai bilan est ailleurs, au delà des statistiques et des pourcentages.Ce conflit difficile a mis au jour les tensions profondes entre les employés et la direction, le besoin de redéfinir le rôle et les moyens de la SRC.Le long silence des ondes a aussi évidemment fait comprendre à la population l’importance de ce service public. LE DEVOIR.LES SA M EDI 28 ET DIM A V ( H E 2 O D E l K M B I! E 2 O O 2 B B E R S P E (' T I V E S Le choc Le Pen Le 21 avril, la France subit un électrochoc à l'occasion du premier tour de l'élection présidentielle: le candidat d'extrême droite Jean-Marie Le Pen obtient, avec plus de 17 % des voix, le deuxième score, devant les socialistes, ce qui lui accorde un laissez-passer pour le second tour.Pendant deux semaines, non sans réticence dans bien des cas, la classe politique et la presse françaises se mobilisent en faveur du candidat de la droite modérée, le président sortant Jacques Chirac.Les manifestations anti-Le Pen se succèdent quotidiennement La stratégie porte fruits puisque, dans cette lutte à deux qu’est le second tour, Chirac écrasé son adversaire du Front national avec près de 82 % des suffrages exprimés.L’année Lula Le 27 octobre, Luiz Inacio Lula da Silva, ancien ouvrier et syndicaliste, a été élu à la présidence du Brésil, une victoire historique qui marque le virage à gauche de la première puissance économique de l’Amérique Latine.Lula, candidat du Parti des travailleurs dont il est le fondateur, a été élu avec plus de 60 % des voix, devançant son adversaire José Serra, candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, centre-gauche, au pouvoir).Chômage en hausse, pauvreté endémique, violence, dette publique explosive, il hérite d’une situation économique, sociale et financière délicate.11 a promis dTionorer les échéances de la dette extérieure, qui s’élève à 230 milliards $US.Pendant la campagne, Lula da Silva a cependant attaqué les réformes libérales dUenrique Cardoso, qui n’avait pas le droit de se présenter pour un troisième mandat Lula deviendra, le l" janvier 2003, le premier président de gauche depuis l’instauration de la République du Brésil, le 15 novembre 1889.New York se souvient JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le 11 septembre, New York — et le monde entier — se sont souvenus des attentats terroristes qui ont détruit les tours jumelles du World Tracje Center, faisant 2800 victimes.A Ground Zero, une minute de silence a ete observée à 8h4t>.heure a laquelle le premier avion détourne avait percute la tour nord un an plus tôt.Hnsuite.des voix célébrés ou anonymes ont egrene un à un les noms des morts du 11 septembre 2tX)l.D'autres commemorations se sont tenues ailleurs aux Ktÿts Unis et à travers le monde.A la Maison-Blanche, George W.Bush a également observe une minute de silence à 8h46.Plus tard, le président s'est rendu au Pentagone, où 184 personnes ont perdu la vie le jour des attentats.Après un arrêt en Pennsylvanie à la mémoire des victimes de l’écrasement du quatrième avion détourné, le president a gagné New York.En soirée.dans un discours télévisé, il a réitéré sa volonté de poursuivre la lutte contre le, terrorisme jusqu’à la victoire.A ce jour, on ignore encore si Oussama ben Laden, le commanditaire présumé des attentats, est mort ou vivant.On ignore également le sort du mollah Omar, le chef de la milice des talibans qui avait hébergé le terroriste saoudien avant d’être chassée du pouvoir en Afghanistan par une coalition militaire occidentale, fin 2001.« Cher flic, je suis Dieu » Le 2 octobre, un mystérieux tireur tue un homme sur le stationnement d’un supermarché du Maryland.en banlieue de Washington.En moins de 24 heures, les services policiers de la region rapportent cinq meurtres gratuits, chacun commis avec un seul projectile.Pendant trois semaines, dans la région de la capitale américaine, la population terrorisée déserte les lieux publics et les cours de recreation, hésite à faire le plein d'essence.Jusqu'à leur arrestation, le 24 octobre, John Allan Muhammad, un ancien militaire, et John lee Malvo auront presumement tue dix personnes qui leur étaient inconnues et en auraient blés se trois autres.En plein drame, ils auraient même eu l'outrecuidance de laisser le message suivant à l’en dos d'une carte de tarot: •Cherflic, je suis Dieu.» Ils font face à diverses accusations de meurtre, de tentative de meurtre et d'acte de terrorisme.REUTERS Le docteur Romanow Des départs fracassants Le rapport de la Commission sur l’avenir des soins de santé déposé en novembre par l’ex-premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow, a ébranlé bien des idées reçues et dictera l’ordre du jour politique canadien au début de l’année.Le rapport Romanow donne raison aux provinces sur au moins un point Ottawa ne leur verse pas assez d’argent afin qu'elles puissent assumer leurs responsabilités en santé.Il propose de réinvestir 15 milliards de dollars en argent neuf d’ici trois ans puis d’ajuster cette somme pour que la part fédérale équivaille toujours à 25 % de toutes les dépenses des pro- vinces.Et pour éviter toute querelle future entre les deux échelons de gouvernement sur la part exacte de financement fédéral, on propose de créer un transfert d’argent distinct Là où M.Romanow se montre audacieux, c’est lorsqu’il conclut qu’Ottawa doit utiliser son argent pour susciter les changements qu’il juge appropriés dans les systèmes de soins de santé provinciaux.Un milliard devra ainsi servir à éponger les «coûts catastrophiques» des médicaments.Des politiques de soins à domicile, de soins palliatifs et en santé mentale devront être mises sur pied.On devra acheter plus d’équipement afin de faire plus de tests d'imagerie par résonance magnétique et autres tests diagnostiques.Sentant la soupe chaude, le gouvernement fédéral a déjà pris ses distances du rapport.Déjà, il semble possible qu’Ottawa permette aux provinces de faire leurs propres choix à partir d’une liste de priorités en vue d’obtenir le financement fédéral.Les premiers ministres devraient se rencontrer à la fin janvier pour discuter des suites à donner au rapport Romanow, le Québec promet de s’opposer à toute tentative du fédéral d’imposer des priorités.«L'argent sans conditions» sera son mantra.Une position que l’Ontario semble prêt à partager.Roy Romanow a ébranlé bien des idées reçues Pour le premier ministre Bernard Landry, l’an née 2002 s’est terminée comme elle avail commencé: avec des départs fracassants.En janvier, la démission des ministres Guy Chevrette et Jacques Brassard, qui mettaient alors un tenue à 25 ans de vie politique, puis celle de David Cliche ont ébranlé un gouvernement aux prist's avec des conflits internes.Ces vétérans n’ont pas accepté d’être exclus du conseil des ministres et assignés à d’autres fonctions par Bernard Landry, qui souhaitait alors imposer une cure de rajeunissement à son conseil à l’occasion d’un remaniement ministériel.Or cette cure a plutôt fait place à la nomination d’un nombre inégalé de ministres.Treize nouveaux membres ont en effet accédé au conseil des ministres en janvier, le plus volumineux de l’histoirç du Québec avec 31 ministres et quatre secrétaires d’Etat.C’était toutefois avant le départ, en février, du ministre Gilles Baril, qui a annoncé, en larmes, sa démission à la suite de révélations portant sur ses relations étroites avec le lobbyiste André Desroches, de la firme Oxygène !).En juin, le ministre non élu David Levine, ox-p.-d.g.de 11 lôpital général d’(Htawa, a quant à lui été forcé de démissionner après sa défaite lors de l’élection partieUe de Berthier aux mains de la candidate adéquis-te Marie Grégoire.> A l'automne, un autre ministre de haut rang.Paul Bégin, a claqué la porte et décidé de devenir député indépendant.Reprochant au gouvernement son manque d’ardeur à faire la promotion de la souveraineté, il n’avait pas digéré la décision de Bernard Landry de nommer, contre son gré, un médiateur dans le très médiatisé conflit avec lis procureurs de la Couronne alors qu’il se trouvait sur une table d’opération |x>ur une intervention chirurgicale à l’œil.En fin d’année, le chef de cabinet du premier ministre, Claude H.Roy, à qui on imputait des démissions survenues au cours de l’année, a été remplacé par Brigitte Pelletier.Aussitôt en poste, celle-ci a remercié de ses services la plus fervente des souverai nistes parmi les conseillers du premier ministre, Josée I/'gault.Québec à l’heure de renvironnement En voiture pour Kyoto Après moult débats, la Chambre des communes a fini par consentir à accorder son feu vert à la ratification du protocole de Kyoto, le premier ministre Jean Chrétien, à apposer sa signature sur l’arrêté en conseil, et le ministre de l’Environnement, David Anderson, à entamer les procédures aux Nations unies.Tout le débat consiste maintenant à savoir comment le Canada respectera ses engagements internationaux en matière de changements climatiques.Pour le Canada, réduire d’ici 2012 ses émissions de 6 % sous leur niveau de 1990 signifie retrancher 240 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES).Pour l’instant, le gouvernement fédéral n’a accouché que d’un plan prévoyant une réduction de 170 millions de tonnes.Le Canada espère encore, d’un point de vue politique, aller chercher des crédits pour ses exporta-tjons d’énergie dite propre vers les Etats-Unis.Les gros pollueurs industriels devront réduire leurs GES de 55 millions de tonnes.Les citoyens devront aussi faire leur part en réduisant leurs émissions de 15 à 20 millions de tonnes.Ceci correspond à 20 % de leurs émissions, soit une tonne par personne.Les solutions?Baisser le thermostat la nuit remiser les véhicules utilitaires et mieux isoler les maisons.L’opposition n’est pas matée pour autant L’Alberta mise sur l’arrivée de Paul Martin à la tète du pays pour assouplir l’application de ce protocole.Elle se réserve encore la possibilité d’en appeler aux tribunaux pour faire valoir que les ressources naturelles sont de compétence provinciale et que l’Alberta n’a donc pas l’obligation d’appliquer le protocole.Chose certaine, on indique dans les coulisses qu’il faudra que le budget de février prochain annonce des investissements significatifs pour mettre en œuvre ce protocole.Sans quoi, craint-on, c’est toute la sincérité du gouvernement qui sera mise en doute.Départ annoncé Le premier ministre Jean Chrétien a commencé l’année 2002 confiant et frondeur.Il se croyait bien en selle avec un parti au sommet des sondages et une opposition tout autant divisée et aussi peu menaçante que par le passé.Il termine l’année un pied dans la porte, forcé par ses troupes à annoncer son départ Une dégringolade peu reluisante mais dont il avait lui-même semé le germe à l’automne 2000 en permettant à ses aspirants successeurs de s’organiser.L’erreur est devenue évidente en janvier lorsqu’il a refusé d’intervenir dans la course, comme le lui demandait l’ex-ministre de l’Industrie, Brian Tobin, un refus qui a mené ce dernier à claquer la porte en janvier, provoquant un remaniement ministériel important et inattendu.La campagne officieuse s’est quand même poursuivie et les affaires de l’Etat en ont été affectées.Tout a été analysé à travers le prisme de cette lutte.Quand, en juin, Jean Chrétien a voulu mettre fin au désordre, il était déjà trop tard.Paul Martin a refusé de retraiter, signant ainsi son ordre d’éviction du cabinet et provoquant un mouvement de sympathie sans précédent Soudainement, le vote de confiance en M.Chrétien, prévu pour février, a pris une nouvelle allure.La défaite du chef était possible puisque bon nombre de ses députés la préparaient visière levée.Après tout un été passé à se débattre mais mis devant l’inévitable, Jean Chrétien, fin août a dû annoncer à son caucus que le vote serait inutile puisqu’il quitterait son poste.en février 2004.Cette sortie de scène, d’une durée sans précédent, n’a rien fait pour calmer l’agitation au sein du caucus.L’opposition est maintenant intérieure et n’a pas hésité à donner un avertissement à l’automne, lors d’un vote sur l’élection des présidents de comité.Paul Martin et 55 autres libéraux ont alors voté avec l’opposition malgré la désapprobation de Jean Chrétien.Depuis, le premier ministre doit sans cesse jeter du lest pour voir ses dossiers progresser, une situation qui perdurera et qui pourrait même s’aggraver en 2003.002 aura été une année intensive sur le plan environnemental au Québec.Le gouvernement faisait adopter plusieurs lois sur divers enjeux environnementaux, en plus de publier deux importants règlements, notamment celui qui modifie les règles du jeu dans le domaine agricole, une nouvelle politique de l’eau ainsi qu’un projet de code des pesticides et d’incinération de déchets dangereux dans les fournaises de grandes industries, un dossier mis sur la glace depuis quelques semaines à la demande des écologistes.Pendant que le ministre de l’Environnement et de l’eau, An- dré Boisclair, parrainait tous ces dossiers, son collègue responsable de la faune, Richard Legendre, faisait enchâsser dans la loi le «droit de pêcher, chasser et trapper», un projet de loi historique, lui aussi adopté en fin de session.L’importante loi 129 permettra au gouvernement de désigner des «aires protégées» afin de conserver le patrimoine naturel du Québec, ce qui s’ajoute aux réserves privées créées par le gouvernement l’an dernier.La loi 102 obligera les entreprises polluantes à payer leur part de la collecte sélective.Et, au printemps dernier, le gou- vernement a fait adopter la loi 72, qui lui permet de poursuivre toute personne ayant ou ayant eu la garde d’un terrain contaminé au lieu de cibler uniquement le pollueur initial, souvent disparu, ou le propriétaire actuel.Enfin, en même temps que démarraient les audiences de plus en plus controversées du BAPE sur l’intensification de la production porcine au Québec, le gouvernement décrétait un moratoire de quelques semaines sur les demandes d’augmentation de la production, le temps d’adopter le nouveau règlement sur les établissements agricoles.Celui-ci change sensiblement les règles du jeu en exigeant ixnir tout nouvel établissement un traitement complet des déjections animales dans les régions aux prises avec des surplus.D's nouvelles normes exigeront d’ici 2010 des épandages théoriquement proportionnés à l’appétit des plantes pour chaque ferme.Le changement, néanmoins jugé trop timide parce qu’il ne stoppe ni la prolifération des établissements porcins ni le mouvement de concentration jugé contraire à une saine agriculture, a occasionné l’abattage systématique de plusieurs boisés dans certaines régions.Legault affronte les médecins On se souviendra longtemps de l’année 2002 dans les annales de la confrérie médicale du Québec.Avec l’entrée en scène de François Legault, nommé ministre de la Santé et des Services sociaux en février, le ton était donné pour des changements majeurs dans le réseau de la santé.En juin, le ministre, atterré par le décès d’un patient en raison de la fermeture de l’urgence de Shawinigan, demande aux médecins de trouver une façon d’assurer l’ouverture de toutes les urgences pendant l’été.D décrète en juillet une loi spéciale qui obligera ces derniers à être au poste.La loi 114, décriée par les médecins, donnera au gouvernement le pouvoir d’assigner des généralistes dans les urgences là où ils l’entendent, à quelques heures d’avis.Ce fut le tollé.Le cas du jeune D'Martin Loranger de Montréal, suivi de celui du D Georges lèvesque, chef du service de traumatologie au CHUL, dépêché à quelques heures d’avis apres avoir travaillé toute la nuit, fit déborder le vase.A l’automne, le ministre décide d’entamer des négociations intensives avec les deux fédérations de médecins.D réussira à gagner à l’arraché un accord de principe: les médecins omnipraticiens obtiendront en échange des augmentations de 17 % pour les médecins travaillant en urgence et des hausses substantielles pour le suivi de clientèles lourdes.Au même moment, les négociations avec les médecins spécialistes tournent à vide.Les spécialistes réclament notamment un engagement à combler l’écart salarial d’environ 30 % qui les sépare de leurs collègues du reste du Canada.Ceux-ci tiendront par la suite deux journées d’étude.Devant la menace de la promulgation d’une autre loi spéciales, le 20 décembre, le CoDège des médecins intervient pour tenter d’apaiser les parties et appelle les médecins à faire la trêve pendant la période des Fêtes.Filature trouble Le Parti libéral du Québec a eu droit à sa part de tourmente au printemps dernier dans la vague des questions d’éthique publique.Les libéraux ont été associés à une filature menée par un détective privé sur la personne de l’ancien p.-d.g.de la Société des alcools du Québec, Gaétan Frigon.L’agence d’investigation Sirco avait été mandatée à l’automne 2001 pour mener l’enquête à la suite d’une rencontre avec l’organisateur du PLQ, Pierre Bibeau, le président de la désormais célèbre firme de publicité Groupaction, Jean Brault et le détective privé Claude Sarrazin.Devant la tourmente qu’ont suscitée les révélations du Devoir, le PLQ et Groupaction ont affirmé n’avoir ni commandé ni payé une telle enquête.Les libéraux ont d’ailleurs remis à M.Frigon le rapport d’étape du détective, qu’ils avaient toutefois en main.Gaétan Frigon et son épouse Hélène Héroux ont intenté une poursuite contre Sirco «pour troubles et inconvénients» ainsi qu’atteinte à la «dignité», à Y«honneur», à la «réputation» et à la «vie privée».Ix' couple réclame un million de dollars, qui serait remis à une œuvre de bienfaisance advenant une victoire.1a dossier a franchi l’étape des interrogatoires à la mi-décembre.U MobÈtit Q\>tUC0\$-: MtAtAl rpvvvt’ tMVH 0» B I LE DEVOIR.LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 2D DÉCEMBRE > O O > ÉDITORIAL L’année des remises en cause Quelle année ce fut! 2002 aura été l’année de toutes les surprises sur le plan politique au Québec.Le point culminant aura été cette victoire de l’Action démocratique aux élections partielles de juin dernier, reçue comme un véritable coup de tonnerre dans un paysage devenu trop tranquille.LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS L Bernard Descôteaux ?a montée aussi spectaculaire que subite de l’ADQ ne cesse de susciter l’étonnemenL Encore aujourd’hui, il est difficile de l'expliquer de façon rationnelle.Demeure au sein du Parti libéral et encore plus au sein du Parti québécois une part d’incompréhension qui se traduit par des incursions dans toutes sortes de directions.L’effet heureux de cette situation est que nous sommes collectivement entrés dans une période de recherche intense qui nous conduira, lors des prévesque ; Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédaction) ; I/wise-Maude Rioux Soucy, Geneviève Otis-Dionne (commis).La documentation : Gilles Paré (directeur)-, Manon Derome.Serge 1 aplanie (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa).L^ PUBLICITÉ ET LE MARKETING, Jacqueline Avril.Jean de Billy, Gyslaine Côté, Marlène Côté, Annie Duguay, Martin Fournier, Christiane Izegault, Amélie Maltais, Jacques A.Nadeau, Claire Paquet, Micheline Rueiland.(publicitaires).Laurence Thériault (directrice adjointe), Manon Blanchette, Sylvie laporte.Martine Bérubé (secrétaire).Ij\ PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production), Claudine Bédard, Michel Bernatchez, Philippe Borne.Johanne Brunet, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers.Donald Filion, Olivier Zuida.INFORMATIQUE, Yanick Martel (responsable) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE.Linda Thériault (responsable service à la clientele, distribution et tirage).Matie-Ève Santerre.(coordonnatrice à la promotion et â la sollicitation), Monique L’Heureux.Use Lachapelle.Rachelle Leclerc, Marie-France Dalcourt.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des sendees comptables), Céline Furoy, Germain Haeck (contrôleur), Ghislaine I^afleur, Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier.Chantal Rochon, Danielle Ross LA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (weeprésident exéndifd directeur général) LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 2 il DÉCEMBRE 2 0 0 2 B (i LE DEVOIR SCEM RECHERCHE “f .' ' “ ^ 1 ,r: , ‘ ^ ©PBRs?' r-r-ninii?^* WW- .8-33* ¦f^S^ En proposant une méthode pour restaurer les tourbières après leur exploitation, la biologiste Line Rochefort a convaincu les PHOTOS LOUISE BILODEAU industriels canadiens d’investir dans la recherche et dans l’environnement.Pour une exploitation écologique des tourbières VALÉRIE BORDE DÉCOUVRIR Vous faire rencontrer des chercheurs passionnants et passionnés, c’est ce que vous proposent la revue Découvrir et Le Devoir dans cette série de portraits de membres de notre communauté scientifique.Ces portraits, présentés en primeur ici, sont extraits de la revue bimestrielle Découvrir, qui rend compte des avancées de la recherche d’ici, dans toutes les disciplines.U prochain numéro sera disponible en kiosque au cours des prochains jours (www.acfas.ca/decouvrir).Se battre pour que les générations futures héritent d’une planète en bon état, voilà sa motivation profonde.Mais Line Rochefort n’est pas du genre à crier haro sur les méchants industriels.Elle préfère de loin la voie de la concertation.quitte à défoncer quelques portes au passage.A la voir arpenter la tourbière d'un pas décidé, courant presque d'une parcelle à l’autre pour vérifier la croissance de «ses» mousses, on comprend vite comment cette femme a réussi à convaincre une industrie traditionnelle de se lancer dans des projets de recherche pour sauvegarder des habitats d'une irrémédiable destruction.Onze ans après son entrée au département de phytologie de l’Université Laval, line Rochefort est à la tête d’une équipe qui compte quatre professionnels de recherche, une dizaine d'étudiants diplômés et deux stagiaires postscolaires, et on peut compter au total près de 40 personnes pour les expériences si l'on inclut les assistants de recherche de laboratoire ou de terrain.Directrice du Groupe de recherche en écologie des tourbières (GRET) depuis sa création en 1993, membre du Centre d’études nordiques, line Rochefort est surtout l’instigatrice d’un courant de recherche encore jamais vu dans l’industrie de la tourbe.En proposant, preuves scientifiques à l’appui, une méthode pour restaurer les tourbières après leur exploitation, la biologiste a convaincu les industriels canadiens d'investir dans la recherche et dans l’environnement.Et la technique mise en avant par son équipe est en passe d’être adoptée partout en Amérique du Nord.Sa crédibilité scientifique, son dynamisme et son charisme ont eu raison des sceptiques.In preuve: l’International Feat Society, qui regroupe les producteurs de tourbe du monde entier, l’a récemment nommée à la tête de sa commission chargée d’examiner le devenir des tourbières après leur exploitation.C’est la première femme à occuper un poste de direction dans cette association depuis sa création, il y a 35 ans.Un parcours fructueux Pourtant, lorsqu’elle s'inscrit au baccalauréat à l’Université laval.Line Rochefort n'a pas d’ambition démesurée.lYemière de sa famille à entrer à l'université, elle se voit bien technicienne en foresterie, pas plus.Née à Port-Alfred, devenue la Baie et aujourd’hui Saguenay, line est l'ainée de trois enfants.La famille Rochefort ne roule pas sur l’or.« Votre héritage, ce sera votre éducation», répète son père.Pendant les vacances, la famille s'installe dans un chalet au fond du bois, près de Sainte-Rose-du-Nord.C’est là que Line fait son premier apprentissage de la nature.En écoutant Pierre Morency sur les ondes de Radio-Canada, elle découvre l’univers des oiseaux.C’est le début d’une passion pour l’ornithologie, qu’elle partage aujourd'hui avec son mari, ifotdré Desrochers, professeur dans ce domaine et également membre du GRET.Cette soif de connaissances, elle l'assouvit aussi dans les livres, dévorant tout ce qui lui tombe sous la main.Le reste du temps, c’est le sport qui l’occupe.Natation, canot, ski, plon- gée sous-marine.déjà, son horaire est réglé comme du papier à musique.Après l'école, elle est surveillante en piscine.Le vendredi soir, elle combine devoirs et babysitting pour pouvoir consacrer ses fins de semaine au sport et donner ses cours de ski.Lorsqu’elle quitte le Saguenay pour l’Université [.aval.Line Rochefort n’a jamais voyagé.Il lui faudra un peu de temps pour s’adapter à la ville.Mais son expérience de la vie dans le bois lui vaut de décrocher son premier emploi d’été, sous la gouverne du professeur Serge Payette, du Centre d’études nordiques, qui deviendra par la suite son mentor.Quelques semaines à inventorier les plantes au bord de la baie d’Hudson lui font découvrir la beauté des paysages nordiques et les incroyables nuances de couleur des étendues de mousses et de lichens.Line passe sa dernière année de bac dans le nord de la Californie où, en plus d'apprendre l’anglais, elle consacre des heures aux études de terrain.Puis, sur les conseils de son mentor, pour sa maîtrise, elle choisit l’Alberta et un groupe de recherche sur l’écologie des sphaignes, les mousses typiques des tourbières.Le retour au Québec sera de courte durée.le temps de se marier et de refuser une bourse du CRSNG.Line Rochefort et son mari s’installent à Cambridge, en Angleterre, où André commence un doctorat.Un an plus tard, avec une bourse du FCAR et du Cambridge Commonwealth Trust, c’est au tour de Line d’amorcer un doctorat de trois ans.Là, la jeune chercheuse se frotte à une vision plus théorique des écosystèmes en se penchant sur des modèles d’impact des changements climatiques.Elle se met à l’aviron, se joint à l’équipe de son collège, Trinity Hall, et s'entraîne chaque matin pendant deux heures avant d’entrer au laboratoire.Le bonheur! «Cambridge est un endroit fantastique, une plaque tournante de la recherche qui accueille des professeurs de partout dans le monde», raconte-t-elle.Pour ce qui est de son doctorat, elle retiendra surtout qu’elle n’est pas faite pour la modélisation mais bien pour la recherche de type expérimental.En 1991, devenue professeure adjointe à l'Université Laval, Line Rochefort décide d’étudier les problèmes d’érosion des sols dans les bleuetières.Ses travaux l’amènent à connaître Johnson & Johnson inc., de Desbiens, au Lac-Saint-Jean, qui produit alors un carton absorbant à base de sphaigne et qui, de fil en aiguille, la met en contact avec l’Association canadienne de l’industrie de la tourbe.Dès les premières rencontres, on s’empresse de lui demander conseil: en Europe, le marché de la tourbe est au plus mal car les compagnies sont accusées de détruire l’environnement en transformant les tourbières en immenses terrains déserts.La vague attein-dra-t-elle l’Amérique du Nord?Au Canada, ces écosystèmes sont loin d’ètre menacés par l’exploitation puisque seulement 0,02 % des 113 millions d’hectares de tourbières servent à produire de la tourbe.Mais là où les industries sont installées depuis longtemps, comme au [.ac-Saint-Jean ou dans le Bas-Saint-Laurent, les riches milieux humides que formaient les anciennes tourbières ont fait place à des zones de taillis où la biodiversité s'est effondrée.«Je ne savais rien au sujet de la production de la tourbe horticole, mais j’étais une des rares francophones à bien connaître les tourbières», précise la biologiste.Développer des tourbières écologiques En collaboration avec la compagnie et avec le Centre québécois de valorisation de la biomasse, elle met sur pied un programme de recherche pour tenter de trouver un moyen plus écologique d'exploiter les tourbières.C’est le début d’une grande aventure.Inventorier les tourbières abandonnées, étudier la recolonisation végétale après l’exploitation, chercher comment on pourrait favoriser la repousse des sphaignes, développer des techniques facilement applicables par les producteurs de tourbe, analyser la biodiversité, etc., depuis dix ans, Line Rochefort et son équipe ont travaillé sans relâche.«Grâce à nos travaux, on sait aujourd'hui qu’il est illusoire de croire que les tourbières vont se régénérer naturellement et redevenir des écosystèmes jonctionnels.Il faut donc les aider en favorisant le ré- tablissement des sphaignes», explique la chercheuse.Pas à pas, les membres du GRET ont donc élaboré une recette pour donner un coup de pouce à la nature.«Mais plus on avance, plus je prends conscience de la complexité de la tâche: agir sur un écosystème de manière globale est très difficile, mais tellement essentiel, explique-t-elle.C’est une occasion unique de comparer nos connaissances théoriques avec la réalité du terrain, en faisant appel à une multitude de disciplines.» Au fil des ans, ses travaux sur la restauration des tourbières ont attiré l’ensemble des producteurs canadiens.«Ses qualités de leadership ont eu raison des réticences, et tous les industriels sont aujourd'hui convaincus».precise Martin Fa-fard, président d’une des plus grandes compagnies du secteur au Canada.La chaire industrielle que la chercheuse met actuellement sur pied regroupera 20 entreprises.«En sensibilisant les producteurs à une gestion plus durable de la ressource, en leur faisant comprendre pourquoi il est important de restaurer et de conserver des milieux humides, en discutant avec eux pour trouver des solutions, j’ai l’impression dç faire vraiment avancer la cause, de contribuer à sauvegarder la planète pour les générations futures», confie la chercheuse.Pendant ce temps, parallèlement à tous ces travaux, Line Rochefort participe à une multitude d’autres projets.Avec ses collègues du Centre d’études nordiques, elle s’intéresse entre autres aux habitats de nidification de la grapde oie des neiges sur l’île Bylot, dans l’Arctique.A l’été 2000, elle s’investit dans l’organisation d’un congrès sur les milieux humides qui rassemble 2500 personnes à Québec.Avec Serge Payette, elle publie en 2001 une monographie de 600 pages, Ecologie des tourbières du Québec-Labrador.Depuis quelques années, on l'approche pour des postes de type plus administratif, mais elle les refuse systématiquement «J'ai encore trop à apprendre sur mon sujet actuel et j’aime trop la recherche pour m’en éloigner», explique-t-elle.En Finlande, où elle vient de passer 13 mois avec sa famille, elle a étudié l’écologie des tourbières de l’Europe du Nord et de l’Est «Je voulais aussi trouver de nouvelles approches pour mes cours, en vue de les appliquer ici», ajoute-t-elle.Car la chercheuse se double d’une enseignante passionnée.que ce soit au primaire, à l’université ou en formation continue auprès des industriels, ou encore, dans le cadre de sessions intensives de formation sur le terrain et de la supervision des étudiants diplômés de son équipe.«Au premier abord, sa capacité de travail et sa ténacité sont très intimidantes, mais on s'aperçoit vite qu'elle accorde aussi une grande importance aux relations humaines: elle n’hésite pas à inviter les étudiants chez elle, s’intéresse à eux et essaye de les aider», raconte Nathalie Kinnard, une étudiante engagée pendant un an pour vulgariser les travaux de la chercheuse.Un ou deux jours par semaine, Line Rochefort s'isole pour réfléchir, corriger des thèses ou écrire des articles.«Je rentre à la maison, je ne lis pas mes courriels, et une seule personne peut m’appeler en cas d’urgence.» Pour cette organisatrice née, concilier vie de famille et travail n’est pas non plus un problème.Les discussions professionnelles sont bannies de la maison.«Quand André et moi avons besoin de parler travail, nous prenons rendez-vous.Et pendant qu’il prépare les repas, je joue avec les enfants.La fin de semaine.c’est sport et nature pour tout le monde.» Manuel, sept ans.et François, quatre ans, ont une vie bien remplie.Ils ont adoré la Finlande, où ils ont vite maîtrisé le finnois, appris à se tartiner le visage de tourbe avant le sauna et trouvé des amis.Le dépaysement ne leur fait pas peur.A quatre mois, Manuel visitait déjà l’île Bylot, où sa maman s’était rendue en catastrophe pour aider deux étudiantes! Inventorier les tourbières abandonnées, étudier la recolonisation végétale après l’exploitation, développer des techniques facilement applicables par les producteurs de tourbe, etc., depuis dix ans, line Rochefort et son équipe ont travaillé sans relâche.«llMKl Zr*T mm • T- «Grâce à nos travaux, on sait aujourd’hui qu’il est illusoire de croire que les tourbières vont se régénérer naturellement et redevenir des écosystèmes fonctionnels » i
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