Le devoir, 14 décembre 2002, Cahier B
2 0 (I 2 L t DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DI M A V ( Il E I 5 D E I E M B K I SCIENCE La fumée secondaire est plus nocive que celle absorbée par le fumeur Page B 6 IDEES Jean David et le PLQ rectifions les faits Page B 5 ^ r mi.LE DEVOIR ?PERSPECTIVES Sécurité Les œillères d’Ottawa Une réflexion sur les questions de défense et de sécurité s'impose Une nouvelle brique a été ajoutée cette semaine au «périmètre de sécurité nord-américain» — une idée née à la suite des attentats du 11 septembre — avec l’élargissement de la coopération ca-nado-américaine en matière de défense terrestre et maritime.Atteinte à la souveraineté du Canada?Noui, répondent deux experts.GUY TAILLEFER LE DEVOIR La nouvelle n’a pas fait les manchettes au Canada et le sacro-saint New York Times l’a enterrée dans ses pages intérieures: dans la fqulée du 11 septembre 2001, les Etats-Unis et le Canada ont approfondi lundi dernier leur coopération militaire afin de prévoir la possibilité que les troupes d’un pays puissent traverser la frontière du voisin en cas d’attaque terroriste ou de désastre naturel.Les deux alliés coordonnent depuis 1957 leur défense aérienne et aérospatiale dans le cadre du NORAD (Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord).Sous la nouvelle entente, cette coordination sera élargie pour inclure la surveillance maritime et ter-r e s t r e conjointe et le partage d’informations dans le domaine du renseignement L’entente de deux ans crée un Groupe de planification dirigé par un Canadien, le lieutenant-général Ken Pennie, commandant adjoint du NORAD, basé au Colorado, chargé de planifier en concertation le déploiement de forces armées et de services d’urgence en situation de crise.L’entente proprement dite n’inquiète pas Stéphane Roussel, spécialiste à l'UQAM en défense et en politique étrangère canadiennes, fi n’y voit pas de menace à la «sou-^ veraineté canadienne» au sens strict — et en convient avec Ottawa — dans la mesure où le Canada, à son avis, n’y perd ni le contrôle et la défense de son territoire ni son identité nationale et sa liberté politique.Depuis Ogdensburg •D'un point de vue historique, il ne s’agit pas d'un précédent, explique M.Roussel.Les deux pays collaborent depuis les années 1940 sur le plan militaire sans que le Canada y ait laissé sa peau.» Le premier accord bilatéral en matière de défense remonte à 1940 (la Déclaration d’Ogdensburg, du nom d’une petite ville frontalière située dans l'État de New York).Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les deux pays ont signé pas moins de 2500 ententes de collaboration.Michel Fortmann, politologue à l'Université de Montréal et expert en polémologie, croit lui aussi que l'accord conclu lundi appartient «à la tradition libérale».Ët il précise: •Le processus de continentalisation de la sécurité a historiquement subi des coups d’accélérateur dans les VOIR PAGE B 2: SÉCURITÉ « Il y a en fait danger de dérive d’une stratégie tous azimuts » .# JACQUES NADKAl) I l DEVOIR Depuis 30 ans, les recensements montrent toujours le même mouvement: l'assimilation des francophones hors Québec, le caractère français è plus de 80 % du Québec et la baisse du nombre d’anglophones ici.wé ± Le dernier recensement La particularité canadienne Nul pays au monde ne produit plus de données linguistiques que nous JOSÉE BOILEAU LE DEVOIR Il y a trois manières, dans un recensement, de traiter des questions linguistiques: il y a les pays qui n’en posent pas, ceux qui en posent une ou deux.et il y a le Canada!» Et le recensement de 2001 posait pas moins de sept questions sur la langue! ajoute Jean-Guy Prévost, professeur de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal et spécialiste de l’histoire et de la sociologie des statistiques.Au Canada, où l’on tient des recensements depuis 1851, on s’est longtemps limité à la langue maternelle.Mais à partir de 1971, Statistique Canada ajoutait une question sur la langue d’usage à la maison.Depuis, le concept a sans cesse été raffiné.Au dernier recensement, on comptait même deux nouveautés: les langues «régulièrement» utilisées à la maison, dont les données ont été connues mardi, et la langue au travail, dont on saura tout en février.Or cette spirale des chiffres, et de toute l’industrie linguistique qui gravite autour, nous est bien particulière, explique M.Prévost.Il vient d'ailleurs de signer un article sur le sujet avec son collègue Jean-Pierre Beaud dans la Revue d’études canadienne.Les deux professeurs comparent la façon dont les recensements traitent de la langue au Canada en Belgique et en Suisse.Ces trois pays, où se croisent différentes langues officielles, ont adopté des approches statistiques radicalement différentes sur la question.Le cas suisse En Suisse, la langue est une affaire territoriale.A chaque canton sa langue et quiconque s’y établit s’y plie.•L’assimilation est rapide et est considérée comme un indice de saine démocratie», précisent MM.Beaud et Prévost Au recensement les Suisses indiquent simplement la langue dans laquelle ils pensent — en soi une question unique au monde! — et qu’ils mai-trisent le mieux.En Belgique, les déchirements linguistiques entre Wallons et Flamands sont au contraire tels que le recensement ne pose plus de question sur le sujet depuis 1960.Les politiques linguistiques belges étaient en fait si liées aux chiffres que les recensements y étaient devenus de véritables référendums, de plus en plus contestés.De boycottages en contestations, le gouvernement finira par ne plus tenir aucun chiffre officiel sur la distribution linguistique des Belges.La bataille a certes repris, mais sous un autre jour: celui du développement économique du territoire wallon par rapport au terrifoire flamand, avec la complexe situation de Bruxelles entre les deux.Un événement Le Canada est l’exact envers de cette approche.Nul pays au monde ne produit plus de données linguistiques que nous.Nulle part ailleurs n’existe-t-il des démo-linguistes — de ces démographes spécialisés dans les questions de langue.Et il n’y a qu’ici que le dévoilement des résultats du recensement relève de l’événement politique.Et même si la langue marque ici aussi le grand clivage de la société, les tensions n’ont jamais atteint les sommets belges en raison •de nos lois linguistiques qui ne précisent pas trop les seuils», explique Jean-Guy Prévost Avec un concept flou comme «/à où le nombre le justifie», inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés, «i7 y a une marge qui permet aux autorités politiques de s’adapter», ajoute-t-ü.Impossible toutefois de pratiquer la belle indifférence suisse.Car nos régimes linguistiques ont été bâtis en fonction des individus, d’où l’importance d’avoir une bonne connaissance de leur comportement •R y a une espèce d’homologie entre l'intérêt de savoir quelle langue parlent les gens et l’importance qu’ont pris les droits indivi- duels, qui incluent les droits linguistiques», indique M.Prévost L’approche a une histoire.Elle s’est développée à la faveur de la dynamique politique en place.Car dans les années 60 circulent des propositions pour associer, comme en Suisse, langue et territoire.Mais c’est aussi l’époque de la commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme, celle de la montée du mouvement souverainiste québécois, celle de l’arrivée sur la scène politique de Pierre Elliott Trudeau qui favorise les droits individuels, celle de l’adoption de la Loi sur les langues officielles, qui sera suivie d’une autre sur le multiculturalisme.En matière de recensement, il est clair que la langue maternelle ne suffit plus à comprendre ce qui se passe.«C’est à partir de 1971 que ça démarre, avec une question sur la langue d’usage», indique M.Prévost Mais seulement à la maison, et non pas aussi au travail, comme l’avait pourtant recommandé la commission Lauren-deau-Dunton.Place aux spécialistes Ces nouvelles distinctions appellent des spécialistes, qui appellent des analyses, qui appellent des nouveaux concepts.Il s’ensuivra toute une série de termes inconnus ailleurs mais entrés dans nos mœurs: francophones, anglophones, allophones.Même notre définition de la langue maternelle ne correspond pas à celle préconisée par lUNESCO, soit la première langue apprise.Au Canada, on y ajoute «et encore comprise».En fait dit M.Prévost «tout le langage est chargé, réutilisé dans l'arène politique».Quant aux chiffres, «produits faciles à recycler politiquement», il y en a tant que chacun trouve matière à nourrir son interprétation.Pourtant, note Jean-Guy Prévost même en multipliant les données, les recensements depuis 30 ans montrent toujours le même mouvement l’assimilation des francophones hors Québec, le caractère français à plus de 80 % du Québec et la baisse du nombre d’anglophones ici.?Les chiffres ne changent rien à la réalité.L’histoire qui sort des re- censements, c’est grosso modo toujours la même.Quand il y a des différences, elles sont bien légères, des frémissements.» Ainsi, il ne comprend guère toute cette attention portée à l’île de Montréal, et au nombre de francophones qu’on y trouve, lorsque les résultats du recensement sont sortis mardi.«L’ile de Montréal, c'est un phénomène géographique, pas un concept sociologique.Une île, c’est une terre entourée d’eau, la région métropolitaine de recensement, c’est l’entité sociale.On n’aura pas du tout les mêmes proportions linguistiques si on prend l'un ou l'autre!» Les recensements ailleurs En fait, aucun découpage n’est innocent en matière de référendum.Et la situation n’est pas propre, loin de là, au Canada.le pouvoir de nommer, de catégoriser est au cœur du pouvoir des VOIR PAGE B 2: LANGUE Lire aussi en page B 3 BELUGA i A ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ CHÂTEAU D’IVOIRE D*puli 1978 2020 rue de la Montagne, Montréal • (514) 845-4651 Les recensements font plus que refléter la réalité, ilss contribuent aussi à la créer 4 I B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIM A X C II E 1 5 D Ê C E M B R E 0 0 2 Jean Dion Comme un drapeau Peut-être devrait-on écrire «con comme un drapeau», mais ce serait courir le risque de faire offense à la gent patriotique de toutes les nations qui ne reprend ses couleurs que lorsqu’elle arbore ses couleurs.Et croyez-moi, elle est nombreuse, la gent patriotique, fière de tout son être et munie d’une solide propension à le prendre personnel.On peut s’essuyer les pieds sur bien des cadavres, il est souvent plus périlleux de marcher sur un drapeau.Ou, pire encore, est-ce qu’on l’a vu oui ou non, de le qualifier de chiffon.Et puis, on ferait offense au plus sympathique des drapeaux, le blanc, celui que l’on brandit en guise de cession totale, allez je me rends, trop fatigué pour continuer à lutter, pitié, c’est trop, trop d’émotions, trop d’importance concentrée.Ainsi de cette nouvelle bombe dans nos chicanes de société se réclamant de la plus haute civilisation, ainsi de ce fleurdelisé innocemment agité sur un podium, qui resurgit six mois plus tard et fait aussitôt l’objet de toutes les manœuvres de récupération imaginables.Une quasi-guignolée pour Ja nageuse.Dix mille petits drapeaux bleu et blanc distribués à la porte du Centre Bell.Pitié.Peut-on mettre ses culottes et les porter sans qu’elles soient retenues par une ceinture fléchée?Mais les détails de l’histoire, dont les médias et le manichéen qui sommeille en chacun de nous raffolent — des bons et des méchants, des bourreaux et des victimes, un problème simple et une solution simple —, oui donc, les détails de l’histoire sont moins intéressants que l’idée sous-jacente à ces montées aux barricades que, il faut le dire, le sport amateur canadien provoque assez fréquemment.L’idée: que le sport est, ou devrait être, apolitique.Mieux: qu’il l’a déjà été et qu’on a tout gâché.?(Une petite chose en passant: il faut se brancher.Si on fait équivaloir, comme on l’a entendu, l’apparition d’un fleurdelisé à celle d’un drapeau de la Saskatchewan, c’est dire qu’il n’y aucune distinction.Que le Québec n’est pas une nation, ni une société distincte, ni un statut particulier, qu’il n’y a aucune charge politique ici, ni de désir de tenir un référendum gagnant sur le rapatriement de points d’impôt avec une question claire.Si on veut, comme M.Landry, que le Québec prenne part entière à certaines compétitions internationales, on ne compare pas son emblème à celui de la Saskatchewan.) On ne remontera pas à la Grèce antique, aux combats olympiques entre cités et aux athlètes-mercenaires qui vendaient leurs services à la plus offrante et en faisaient l’orgueilleuse gloire, mais on pourrait II n'y a qu’à évoquer Pierfe de Coubertin soi-même en personne, dont l’objectif initial par le sport était de «rebronzer la France» et dont, par-delà l’amitié entre les pays professéé, je vous fournirais des dizaines de citations sur la grandeur de la nation si j’avais le temps.L’olympisme moderne ne s’est d’ailleurs jamais départ •» wOiiu all C, de ses fondements nationaux, les délégations par pays, les hymnes et tout le bataclan, car sans doute a-t-il compris qu’il mourrait s'il le faisait.11 mourrait parce que l’athlète est fier quand il arbore les couleurs du Canada, parce que le spectateur-a tout plein de frissons dans son Ford intérieur lorsqu’il voit un Canada gagner une médaille, parce qu’il y a des gens dans les rues quand des millionnaires du Canada battent des millionnaires des Etats en finale de hockey à Salt Lake City.Et ça, ce n’est ni bon ni mauvais en soi.Mais c’est politique.Et puis, les Jeux du Commonwealth, le Common-wealth, résidu de l’empire britannique, c’est quoi?En fait, le plus drôle, c’est qu’on ait distribué ces petits drapeaux à un match du Canadien contre Tampa.Une équipe située au Canada, l'autre aux USA, des gars de toutes les nationalités des deux côtés.Aucune allégeance sauf le fric.le capitalisme, lui, est apatride.?Dans la série «Dites donc, vous écoutez pas les nouvelles des fois?», il s'est passé des choses intéressantes aux United States pendant la semaine du (de la?) Thanksgiving, le plus gros festival de la (du?) dinde au monde.Pendant six jours, dans les 38 aéroports les plus achalandés du pays, les escouades de surveillance ont saisi, dans les bagages des passagers ordinaires, 20 581 objets coupants, 15 982 couteaux de poche, 3242 outils prohibés, 2384 produits inflammables, 1072 bâtons et gourdins, 98 X-acto et six armes à feu.Si on étend la période d’observation des mœurs étranges de la tranche de l’humanité qui avait, vous en souvient-il, juré sur la tète de sa mère que plus rien ne serait plus pareil après le 11 machin, on recense, de février à septembre 2002, la saisie aux postes de contrôle aéroportuaires de 813 armes à feu, de 783 670 couteaux et de 31 064 X-acto.Faut dire que le fait que les terroristes avaient très probablement utilisé ce dernier instrument pour prendre le contrôle des avions suicide qui ont réduit en poussière les monumentales tours jumelles n’a pas été tellement rendu public, pas plus d’ailleurs que la possibilité qu'à compter du lendemain et jusqu’à nouvel ordre, les mesures de sécurité soient légèrement renforcées et qu'on ne puisse plus grimper à bord d’un aéronef avec, genre, un gun.Parmi les artefacts les plus originaux que l’on ait découverts quelque part entre les chaussettes, la brosse à dents (à poils souples, de préférence) et les ti-corps, on rapporte: un canon-jouet contenant de vraies munitions, à l’aéroport O’Hare de Chicago, un fer à souder à l’aéroport de Boise (Idaho), et une brique à l'aéroport Ronald Reagan de Washington.(C’est probablement son traitement amical des contrôleurs aériens qui a valu au vieux cow-boy de voir un aéroport nommé en son honneur, je mets mon équipe d’enquêteurs spéciaux sous-payés sur l'affaire et vous feus rapport.) «Je ne sais pas pourquoi un passager porterait une brique dans ses bagages», a déclaré Robert Johnson, porte-parole de l’Agence pour la sécurité dans les transports.Pourtant, c’est évident.Pour la manger à la place du délicieux bœuf bourguignon servi par les compagnies aériennes.Une brique se digère bien mieux.jdion@ledeimr.cotn PERSPECTIVES Les démissions ou congédiements dans le personnel politique Et la loyauté, bordel ! Pour la plupart inconnus du grand public, ceux qui partent trouvent une tribune hors pair «Mourir pour des idées, d'accord! Mais de mort lente.» - Georges Brassens ROBERT DUTRISAC DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Dans la sphère politique québécoise, les démissions ou congédiements se suivent sans se ressembler, sauf sur un point: ces départs offrent une tribune hors pair à des gens, pour la plupart inconnus du grand public, pour qu’ils crachent dans la soupe, dénoncent la vacuité des leaders politiques, introduisent le nouvelâge en politique, lancent le débat sur les stratégies souverainistes post-post-référendaires.Ces démissionnaires ont des idées.Il faut croire qu’ils sont mus par une irrépressible envie de les communiquer au grand public.Mais, en dehors des cercles politiques, qui avait entendu parler de Jean David, le président de la Commission politique du Parti libéral du Québec, avant qu’il ne traite Jean Charest dé «coquille vide»?Josée Legault, la conseillère du premier ministre à qui on a montré la porte, aurait-elle joui d’une telle couverture médiatique si elle n’avait pas fait partie de l’équipe de Bernard Landry?Même Mathieu Santerre, un obscur conseiller politique de 27 ans, a eu son heure de gloire en juin dernier quand il a donné sa démission avec fracas du cabinet de M.Landry.M.Santerre avait mis son geste sur le compte d’une noble prise de conscience.«Je quitte principalement en raison de la rigidité idéologique stérile et paralysante qui est imposée aux éléments les plus dynamiques et les plus créateurs du Parti québécois», éléments dont il faisait manifestement partie.Le jeune conseiller n'avait pas aimé que M.Landry défende Rita Dionne-Marsolais, qui y était allée d’une autre déclaration maladroite dont elle a le secret, cette fois-ci sur les jeunes.Il n’avait pas pu souffrir que Joseph Facal, qui remettait en cause le misérabilisme que distillerait le modèle québécois, se fasse rabrouer par le premier ministre.Personnage public d’un jour, Mathieu Santerre s’est joint à l’Action démocratique du Québec quelques semaines plus tard, aux côtés de son président, Guy Laforest.Communiqué et conférence de presse Le congédiement de Josée Legault passera sans doute dans les annales.Ce départ a été marqué par la première conférence de presse donnée par une conseillère politique qui venait d’être virée.Marqué aussi par le premier communiqué de presse d'un chef de cabinet pour donner les raisons d’un tel congédiement.Pour Hubert Thibault, l’ancien chef de cabinet de Lucien Bouchard, cette tentation des conseillers politiques de se mettre sous les feux de la rampe est répréhensible.«Quand tu deviens attaché politique ou chef de cabinet, il y a deux choses auxquelles tu t'engages: c’est la loyauté et la discrétion.Tout Ce personnel politique n’a aucune légitimité institutionnelle ou politique envers le public», dit-il.Dans cette optique, M.Thibault trouve «épouvantable» de voir des conseillers politiques jouer un rôle public.«Ce sont des travailleurs de l’ombre» et ils doivent le rester, estime Jean Royer, l’ancien chef de cabinet de Jacques Parizeau.«La loyauté aurait exigé que, même si on se fait mettre à la porte, on ne parle pas», juge-t-il.«Tu es un attaché politique.Tu n’es pas élu et tu n’as pas à prendre la pôle», fait valoir Christiane Mi-ville-Deschênes, l’ancienne attachée de presse de Lucien Bouchard.Il est inévitable que des divergences de vue surviennent parmi le personnel du cabinet, entre le premier ministre et ses conseillers.«Mais ça doit rester en famille», estime Mme Miville-Deschênes.Hubert Thibault n’a pas encore digéré que Jean-François Lisée, quelques mois après sa démission comme conseiller de M.Bouchard, lance son ou- «Tu es un attaché politique.Tu n’es pas élu et tu n’as pas à prendre la pôle.» vrage Sortie de secours à la veille d’un congrès du Parti québécois.Ce livre faisait état d'une profonde divergence de vue entre le conseiller et son chef.Jean Royer et Christiane Miville-Deschênes se montrent plus compréhensifs, soulignant que Jean-François Lisée avait déjà publié des livres a caractère politique, sur Robert Bourassa, notamment.John Parisella, l'ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, ne se scandalise pas que des conseillers politiques décident de livrer leurs états d’âme en public.«Ça fait partie d'une société où les gens s’expriment», dit-il.C’est une «forme de “reality show”politique» qui intéresse les gens.Si les conseillers politiques devraient se la boucler même s’ils sont envoyés aux galères, les élus, eux, jouissent de toute la légitimité d’exprimer leur opinion s’ils démissionnent.Paul Bégin a le devoir d’expri mer ses vues et, maintenant qu’il a quitté le caucus des députés du gouvernement, il n’a de comptes à rendre qu’à ses commettants.Le cas de Jean David diffère dq celui du personnel d’un chef de parti.A titre de président de la Commission politique' du PLQ, M.David avait un rôle public à jouer.Il devait prononcer des discours, émettre des idées, alimenter les débats au sein du parti.Dans une lettre publiée aujourd’hui dans nos pages, Alain Paquet, un membre de la Commission politique du PLQ, qualifie de chimériques certaines de ces conceptions.Mais Jean David a droit à ses idées, aussi farfelues soient-elles.Mais là où le bat blesse, c’est quand Jean David s’en prend à la personne de Jean Charest, qu'il a côtoyé pendant deux ans.«Je ne comprends pas qu’après avoir travaillé de façon aussi soutenue avec un individu, on s’attaque à lui» avec autant de véhémence, dit Jean Royer.Une collègue journaliste qui traîne dans les congrès libéraux depuis des années a bien ri quand elle a lu que Jean David traitait de «coquille vide» Jean Charest.«Coquille vide», c’était justement le surnom dont nombre de militants libéraux affublaient Jean David.L’arrosé arroseur, finalement.- % *, L v ^ B3r Archer es Acclamés un jour, les chefs politiques peuvent être «trahis» par des proches le lendemain.JACQUES NADEAU LE DEVOIR SECURITE SUITE DE LA PAGE B 1 moments de crise.Le 11 septembre a donné un choc supplémentaire et poussé encore plus loin la coopération.» Le dernier coup d’accélérateur a notamment ceci de particulier, dit M.Roussel, qu’il ouvre la porte, dans la foulée de l’ALENA, à la participation du Mexique à l’organisation d’une défense trilatérale du continent — «timidement» peut-être, mais néanmoins pour la première fois.La collaboration est étroite et il est utile pour le Canada quelle soif institutionnalisée, soutiennent ces deux experts.Evidemment qu’«on s'attache un peu les mains», affirme M.Roussel, mais il se dit «fataliste» devant l’irréversibilité du processus.Par souci de réalisme: «Nos relations commerciales sont telles qu'on n’a pas le choix de montrer une certaine empathie à l’égard des préoccupations américaines en matière de sécurité.» Une collaboration utile, compte tenu du poids des États-Unis, dans la mesure où «elle permet au Canada de prendre connaissance des Projets américains», indique M.Fortmann.A ne pas s'impliquer, disent-ils, les Américains n’en seraient que plus unilatéralistes.Définition large.Il y a pourtant un hic, et qui est loin d’être bénin.Que du reste M.Roussel soit fataliste n’exclut pas qu’il soit également inquiet.L’accord de lundi s’inscrit dans le débat sur la création d'un périmètre de sécurité nord-américain — dont Ottawa nie officiellement la mise en place, note l’expert — qui, lui.s'imbrique dans une somme d’ajustements politiques majeurs opérés par Washington depuis un an.Le moindre de ces ajustements n'est pas la nouvelle Stratégie de sécurité nationale, publiée en septembre dernier par la Maison-Blanche et fondée sur la pensée conservatrice du gouvernement de George W.Bush.Une doctrine de défense des intérêts et de la prédominance américains, dans laquelle la sécurité est définie en termes élargis, notent les deux spécialistes, au point finalement de tout englober, y compris les mondes économique et sociale.Le document, qui mentionne le Canada trois fois, expose notamment des mesures de «renforcement énergétique» et dénonce «les pratiques [commerciales] injustes».«llya en fait danger de dérive d'une stratégie tous azimuts, pense M.Roussel, qui pourrait servir de prétexte pour exiger, au nom de la sécurité, des concessions de la part des autres Etats dans d’autres secteurs d’activité pourtant éloignés, masquant d’autres intérêts.» La ressource de l’eau, par exemple: MM.Roussel çt Fortmann jugent tout à fait imaginable que les États-Unis évoquent un jour des impératifs de sécurité pour s’approprier l’eau canadienne.«Ou encore que, dans une perspective de normalisation des pratiques, des pressions soient exercées sur Hydro-Québee afin qu’il privatise certaines de ses activités, dit M.Roussel.Le risque de dérapage est toujours présent.» M.Fortmann trouve éloquent une récente déclaration de l’ambassadeur américain à Ottawa, Paul Cel-lucci: «Il a dit des réserves canadiennes qu’elles sont “notre ressource domestique”.» Autre hic: s'il est utile que le Canada institutionnalise sa collaboration militaire avec les Etats-Unis, estiment ces spécialistes, sa capacité de faire contrepoids aux Américains sera négligeable s’il continue de laisser se détériorer, comme il le fait depuis une dizaine d'années, son appareil de défense.«Ilya une tendance du gouvernement Chrétien à porter des œillères, dit M.Fortmann.Il néglige ses responsabilités alors que devrait s'engager une véritable réflexion sur les questions de défense et de sécurité.Il se cache derrière le pacifisme des Canadiens pour ne pas augmenter ses budget, pour ne rien ./aire.» Avec le résultat estime-t-il, que, tout en défendant en rhétorique la souveraineté canadienne, il abandonne le terrain à l'unila-téralisme américain.LANGUE SUITE DE LA PAGE B 1 États modernes, comme le démontrent les sociologues américains David I.Kertzer et Dominique Arel.Dans un ouvrage publié à la fin de 2001 — Census and Identity: The Politics of Race, Ethnicity, and Language in National Censuses, chez Cambridge University Press —, ils rappellent que les recensements font plus que refléter la réalité mais contribuent aussi à la créer.Surtout quand il s'agit de «diviser des populations dans des catégories identitaires séparées: raciale, ethnique, linguistique ou religieuse».Ou de refuser de le faire! Peu de pays échappent à ces débats.On a vu ainsi le Pakistan retarder son recensement à cinq reprises, entre 1991 et 1998, craignant les éclosions de violence de la part de groupes qui se disaient sousévalués.Le récent recensement mené en Russie en octobre, le premier de 1ère postsoviétique, a nécessité cinq ans de préparatifs et de débats sur l’appartenance ethnique, linguistique, religieuse.Il s’est finalement conclu sur beaucoup de portes closes et d’indifférence des Russes envers cet exercice que plusieurs assimilaient à de la propagande.Mais certains pays ont résolu ces problèmes: ils ne tiennent plus de recensement.Les sondages, les enquêtes, les cartes d'identité obligatoires répondent à eux seuls aux besoins de renseignements du gouvernement C'est le cas depuis un certain temps des Pays-Bas, c'est le cas maintenant de la Belgique, qui a tenu son dernier recensement en 2001.Le Canada lui, ne semble toutefois pas près de succomber à cette mouvance.Statistique Canada est reconnue comme la meilleure agence du genre au monde, selon la prestigieuse revue britannique The Economist.et nous sonunes friands de chiffres — pas seulement les linguistiques.D’ailleurs, ne tenons-nous pas des recensements tous les cinq ans plutôt qu'à chaque décennie, comme c'est la norme ailleurs? LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET D I M A \ ( Il E I 5 D E i E M R R E 2 O O 2 H II PERSPECTIVES œffl lis®; v %¦ * v ¦ ^ \\iii i ! .J .- w: •: *•, 2'"îf •* -ifv; : • -.r ' ‘•T * .~ "V- .'¦VS3 ¦ ¦ - f-.'ï Le programme d'enregistrement des armes à feu est beaucoup plus dispendieux que prévu.Le dispendieux registre des armes à feu l’RKSSL t ANADIKNNK Dans la mire de Sheila Fraser L’étude des budgets des dépenses fait problème depuis longtemps à Ottawa En révélant la flambée des coûts du registre des armes à feu, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, avait déploré le fait que le Parlement ait été «tenu dans le noir».Pourtant, ce même Parlement a autorisé chaque nouvelle augmentation de budget contenue dans des documents publics.Les élus auraient-ils aussi failli à la tâche?La réponse n’est pas simple.MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Le chiffre est tombé comme une bombe.Un milliard de dollars.Voilà le sommet qu'atteindra la facture du programme d'enregistrement des armes à feu en 200405 si rien ne change d'ici là.Et le pire est qu’on avait promis en 1995 qu'il n’en coûterait que deux millions une fois tous les frais perçus.«L’enjeu ici n ’est pas le contrôle des armes à jeu comme tel.Ce n’est même pas les dépassements de coûts énormes, qui sont toutefois un problème sérieux.Ce qui est vraiment impardonnable, c'est que le Parlement a été tenu dans le noir.Je me demande pourquoi le ministère a cmtinué de surveiller l’escalade des coûts sans en informer le Parlement et sans envisager de solutions de rechange», a déclaré la vérificatrice générale, Sheila Fraser, le 3 décembre dernier.Environ 70 % des nouveaux fonds demandés chaque année l’ont été à travers les budgets supplémentaires des dépenses plutôt qu'au moment du dépôt des budgets principaux des dépenses.Les premiers sont censés répondre à des besoins imprévus du gouvernement et non pas couvrir l’essentiel des coûts d’un programme.Ces plans de dépenses supplémentaires sont donc beaucoup moins détaillés que les plans principaux.De plus, «la présentation des budgets des dépenses est faite de telle manière qu’il y a peu d’explications et que tout se fait très rapidement», a expliqué Sheila Fraser en entrevue au Devoir.Des protestations Mais les députés les voient ces documents.Us peuvent les éplucher et poser des questions.A preuve, les sénateurs le font Le 27 novembre dernier, le comité des Finances du Sénat a exigé des explications au sujet des 72 millions supplémentaires que le gouvernement demandait pour le programme d’enregistrement des armes à feu.Les députés n’ont pas fait la même chose.Ils ont seulement protesté après le dépôt du rapport de Mme Fraser.Le gouvernement a alors craint de «Le Parlement a besoin d’une information complète sur les coûts» perdre le vote et a demandé, dans un geste sans precedent, de retirer cette demande de crédits.Selon le député libéral Reg Alcock, président du nouveau comité des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires, les députés doivent porter une part du blâme dans cette affaire.«Nous devons accepter une part de responsabilité, moi y compris», dit-il, car l’étude des crédits a été négligée.Il note toutefois que l’intérêt de beaucoup de députés est proportionnel à l'effet que leur travail a sur le gouvernement.«On peut bien accuser les députés d’avoir manqué à leur devoir, mais il faut se rappeler que le gouvernement dépense 175 milliards par année et que les plans supplémentaires ne représentent que cinq à huit milliards par année.On ne peut pas s’attendre à ce que les députés passent ces documents au même peigne fin que le plan principal», de nuancer le président des comptes publics, l’alliancis-te John Williams.Laxisme Mme Fraser constate que plusieurs comités accordent peu d’attention aux plans de dépenses et qu’il y a lieu de revoir le système établi et la façon de présenter l’information.«Mais il ne faut pas que le gouvernement offre des réponses uniquement quand le Parlement pose dés questions.En vertu des exigences de reddition de comptes pour des programmes de cette nature, l’information aurait dû être beaucoup plus transparente qu’elle ne l’était.» C’est d’ailleurs ce manque de clarté qu’elle déplorait lors de la présentation de son rapport sur le programme d’enregistrement des armes à feu il y a dix jours.«Un gouvernement responsable signifie que les députés sont en mesure d'approuver les plans de dépenses du gouvernement et de surveiller de près les résultats de ces dépenses.Pour bien s’acquitter de cette tâche, le Parlement a besoin d'une information complète sur les coûts et sur les résultats escomptés», a-t-elle dit Le libéral John Bryden, un champion de la transparence aux Communes, convient que «le Parlement n ’exerce pas depuis un moment ses responsabilités à l’égard des budgets des dépenses».Il précise que «ces documents sont généralement ennuyeux, difficiles à interpréter, pleins de chiffres présentés d'une manière malaisée à maîtriser pour bien des députés.Mais cela n écarte pas le fait que les députés ne les ont pas examinés».Peu d'informations L’étude des crédits pose problème depuis longtemps à Ottawa.Les documents sont byzantins et confus.Les députés ont peu d’informations pour juger de la justesse des fonds demandés.Avec le temps, une des tâches les plus fondamentales du Parlement — tenir le gouvernement responsable pour son usage des fonds publics — s'est retrouvée négligée.Les comités ont accordé de moins en moins de temps, si ce n'est pas du tout, à l’étude des crédits et les débats en Chambre ont été escamotés.la question est devenue si préoccupante qu’un comité parlementaire recommandait en 1997 de créer un comité dédié strictement à l’étude des crédits et à l'amélioration du processus de présentation des budgets des dépenses.Actuellement, chaque comité a la responsabilité d’examiner les crédits alloués à son domaine d’activités alors que le comité des comptes publics examine, lui, l’utilisation judicieuse ou non qui en est faite en s’appuyant sur les rapports de la vérificatrice générale.Le nouveau comité des opérations gouvernementales a finalement vu le jour en juin dernier mais, à cause de la prorogation de la session pariementaire, ses travaux n’ont démarré qu’en novembre.M.Al cock veut que le comité facilite l’étude des crédits pour les députés et se serve du dossier des armes à feu comme un exemple de ce qu’il ne faut pas faire.Mme Fraser applaudit à cette suggestion mais se demande si le comité arrivera à remplir le mandat très lourd qui lui a été confié.John Williams, qui a coprésidé le comité ayant suggéré cette innovation, reste confiant mais note, comme plusieurs autres députés, que le comité y parviendra si ses membres restent en poste assez longtemps pour développer l’expertise nécessaire à l’examen des crédits.Sheila Fraser est du même avis.«J'ai toujours trouvé que les audiences des sénateurs allaient plus loin parce que la plupart ont suivi les dossiers depuis plus longtemps.Ils en connaissent l'histoire et peuvent déceler ces choses.Aux Communes, la rotation des membres impose un travail énorme aux députés qui veulent approfondir les sujets.» Au pays des arguties linguistiques La richesse des chiffres La complexité des recensements est nécessaire pour avoir un portrait fin de la société JOSÉE BOILEAU LE DEVOIR C> est vrai que le Québec est le pays des arguties linguistiques, reconnaît le sociologue Paul Bernard, de l’Université de Montréal.Il le dit d'autant plus qu’il a lui-même participé à l’élaboration d’un nouvel indice, celui de la langue d’usage public, présenté il y a trois ans par le Conseil de la langue française.C'est vrai aussi que le grand public se sent souvent confus et exaspéré face à tous ces débats, ajoute-t-il.«Mais la pléthore de chiffres qu 'on a ici est le fruit de la situation politique.Et au Canada, notre système est en- m v m Ê JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le recensement est bien plus qu’une bonne enquête.core dans une situation où les intérêts politiques justifient une telle activité.» Qui, insiste-t-il, ne se limite pas aux enjeux linguistiques, comme il le sait d’expérience, pour avoir siégé pendant 15 ans au comité consultatif de Statistique Canada sur les conditions sociales — ce qui englobe la langue.Ainsi, raconte-t-il, il faudra bien un jour raffiner les questions du recensement sur le divorce dans un pays où l’union libre occupe une telle place.Mais l’abondance de chiffres est à ses yeux une richesse plutôt qu’un handicap.Seules des connaissances fines peuvent répondre aux besoins tant scientifiques que politiques de nos sociétés complexes.Et la question linguistique le démontre à merveille.D note par exemple que l’approche de Statistique Canada, à travers le recensement, a servi à bâtir une conception privée de l’usage des langues.Chacun, maintenant, tient pour acquis qu’un francophone, c’est quelqu'un qui parle français à la maison.Or cette approche heurte de plein fouet la dynamique même de la loi 101, qui s’intéressait elle, à la dimension publique de la langue: au travail, à l’école, dans l’administration.Comment l’approche privée du recensement peut-elle, dès lors, servir à mesurer l’impact d’une loi?C’est pourtant sur cette seule base que les débats se font depuis des années.D'où l’idée du Conseil de la langue française, en 1999, d’imaginer une façon de mesurer ce qui se passait dans l’arène publique.Paul Bernard a été appelé, comme conseiller, à se pencher sur l'idée d’une langue d'usage public, qui suscita à sa sortie une vive controverse.Lui croit plutôt «qu’il y avait là une coïncidence des rôles scientifique et politique: donner l’heure juste participe des deux démarches.Si certains des efforts politiques qui ont été faits pour franciser le Québec paient, il faut prendre acte de ça.» L’équilibre entre savoir et pouvoir est toutefois délicat fait-il aussi valoir.Ainsi, le recensement est bien plus qu'une bonne enquête de Statistique Canada: Statistique Canada elle-même doit parfois louvoyer c'est un document approuvé par le gouvernement Et ce n’est pas une simple formalité, assure le sociologue.«Le projet de questionnaire est remis à tous les ministères, qui l’examinent sous toutes ses coutures.Puis il est approuvé par le cabinet», explique-t-il.Statistique Canada a sa réputation et suscite un grand respect les interventions des élus sont donc feutrées.Mais réelles.Pas question de risquer un boycottage à cause d’une question qui heurte les sensibilités, par exemple.Dans ce difficile équilibre, l’agence elle-même doit parfois louvoyer, comme elle semble l’avoir fait cette fois-ci.Ainsi, estime Paul Bernard, il n’était pas en soi si grave qu'elle change l’ordre des réponses à propos de la langue d’usage à la maison, mettant le français avant l’anglais dans ses questionnaires en français.Ce qui a entraîné un spectaculaire bond de quatre points de pourcentage, de 16 à 20 %, du nombre d’allophones parlant français en privé à Montréal.Un chiffre qui a fait sourciller plusieurs démographes, qui ont remis en question la méthode.Mais le problème, croit M.Bernard, est tout simplement d’avoir fait la comparaison avec la question d'avant, comme l’a curieusement fait Statistique Ca nada en identifiant le point dans ses faits saillants.«Il aurait fallu ne rien écrire et attendre le prochain recensement», note-t-il.Mais ces subtils jeux politiques ont aussi du bon.Ainsi, l’indice de la langue d’usage public n’a pas été retenu par le Conseil de la langue française en raison de difficultés d’application.Mais l'idée est restée, a fait parler, a entraîné d’autres travaux.«Et, conséquence des débats ou cadeau des dieux, le dernier recensement posait pour la première fois une question sur la langue au travail.Passer du privé au public, c’est un acquis à mes yeux», se réjouit M.Bernard.En recoupant ces chiffres, qui sortiront en février, avec toutes les données géographiques fines que contient le recensement, «on va pouvoir s’amuser pas mal!», conclut-il.1/ » r h r I D a r i d ?Les moutons noirs Le dernier sondage léger Marketing, dont /e Ihawr publie aujourd'hui le deuxième volet, a de quoi laisser perplexe.Même si le gouvernement jugeait inacceptables conditions posées jxu' Ottawa |vmr investir plus d’argent dans It's soins de santé, 62 % îles Québécois estiment qu’il devrait quand même les accepter Pourtant, ils sont aussi nombreux (61 %) à se dire prêts à appuyer un parti qui ferait du respect des competences (lu Québtv le principü enjeu de la prochaine campagne électorale l'ont le drame du Québtv, particulièrement pour les souverainistes, est resume là.Tant que ça ne porte pis à consequence, les Québécois sont déterminés à défendre leur autonomie au sein de la federation cana dieune.Mais dès qu’il est question de sous.Au début des années 90.le cinéaste Jacques (iod bout avait voulu fixer sur pellicule le climat d’effervescence politique qu’avaient créé l'échec de l’accord du lac M civil et la commission Bélanger-Campeau.A l'époque, certains voyaient déjà Robert Bourassa ut Jacques Parizeau se donner la main pour mener le Québec à la terre promise.Uodbout avait titre son lilm le Mouton noir.Bien sûr, il y avait là une reference à l'empêcheur de tourner en rond qu’est le Québec mais surtout à ses éter nels atermoiements.«Un mouton noir, mais un mouton quand même», soulignait il.Entre deux défilés de la Fête nationale, le mouton rentre gentiment à In bergerie.À Ottawa, il y a longtemps qu’on a compris ça.Avant même qu’il ne devienne ministre du plan B, Stéphane Dion avait clairement expliqué où se situait le ixiint faible du camp souverainiste à l'occasion d’un colloque organisé par l’Institut C.D.Ilowe, à Toronto: «Plus ça fera mal, plus l'appui à la souveraineté diminuera.» le corollaire de ce principe est le suivant: plus le gouvernement federal sera en mesure de répandre ses lar gesses, plusses intrusions seront tolérées.Lucien Bouchard en était venu à la conclusion qu’il ne pouvait rien y changer.?A l'approche des élections, le premier ministre Dm dry se trouve aux prises avec un dilemme de taille.Si on en croit le sondage Léger Marketing, les électeurs veulent bien qu'il déchire sa chemise ixuir dénoncer le rapport Romanow, à la condition qu'il s'écrase après ce baroud d’honneur.Pour un chef du PQ, qu’on accuse déjà de manquer à ses devoirs de souverainiste, il ne saurait évidemment en être question.Ce n’est pas dans le tempérament de M.Landry non plus.Qui plus est, de toutes les solutions alternatives à l’acceptation des conditions d’Ottawa, celle que propose le ITj, soit une augmentation des impôts, est jugée la moins acceptable, déficit mis à part.Personne ne sera surpris d'apprendre que la très grande majorité des personnes interrogées (59 %) préférerait qu'on coupe dans la fonction publique, comme le propose l’ADQ, ou encore qu’on réduise les budgets des autres ministères (22 %), comme le propose le plan d’action libéral., Iv problème est qu’à moins d’émasculer carrément l’E'tat issu de la Révolution tranquille, ces solutions ne généreraient pas suffisamment d’économies ixiur répondre aux besoins du réseau de la santé tels que les a évalués François Legault Ça ne pose pas de problème aux partis d’opposition, qui pourront toujours prétendre qu'on leur avait caché la gravité de la situation budgétaire, mais le gouvernement ne ixsit |>as plaider sa propre turpitude.De toute manière, c’est M.landry qui devra éventuellement porter l’odieux de refuser l’argent d’Ottawa.Auquel cas Jean Charest et Mario 1 himont s'empresseront de l’accuser d’avoir mal négocié.les autres provinces auront encore laissé tomber le Québec?Mais voyons, elles ne pouvaient tout de même pas s’associer à quelqu’un qui projette de briser le pays! ?Bas plus qu’une hirondelle ne fait le printemps, un sondage n’est garant de l’avenir.Une série de trois ou quatre sondages permet néanmoins de discerner certaines tendances.I )ans la mesure où les élections ne seront iras déclenchées avant quelques mois, les ehiffrt's de I/ger Marketing suggèrent que l’élection d’un gouvernement libéral est l’hypothèse la plus probable.Rien n’assure toutefois que cette tendance va se maintenir.Il est vrai que l’ADQ a perdu sept points depuis le mois d’août et que le BIAj en a gagné autant.la diminution du vote adéquiste semble toutefois s’être arrêtée.la progression d’un jxiint que Ijé-ger Marketing a enregistrée au cours du dernier mois n’est pas significative sur le plan statistique.En revanche, la hausse de sept points de la cote (x-rson-nelle de Mario Dumont est nettement supérieure à la marge d’erreur habituelle d’un sondage mené avec un échantillon de cette taille.S’il est vrai que l’ADQ avait pâti des contre-performances de son chef, qui avait semblé déstabilisé par les réactions à son discours devant le Canadian Club de Toronto et les nombreuses critiques dont le programme de son parti a été l’objet, on peut supposer que son regain de popularité, même s’il est assez difficile à expliquer, aura également un effet sur les intentions de vote pour l’ADQ.Inversement, les progrès réalisés par les libéraux dans l’électorat résisteront-ils à la nouvelle détérioration de l’image de M.Charest auprès des francophones, dont seulement 14 % voient maintenant en lui le meilleur premier ministre potentiel?Même si l’ancien président de la commission politique du I’IjQ, Jean David, est bien mal placé pour le traiter de «coquille vide», M.Charest n’avait vraiment pas besoin de ça Pour Bernard landry, le sondage de léger Marketing est encore plus déprimant.Depuis quelques semaines, son gouvernement a réussi plusieurs bons coups, que ce soit le Rendez-vous des régions, le plan d’action dans le secteur de la santé ou encore la politique de l’eau.Rien n’y fait: le vote péquiste demeure désespérément stagnant.Même les souverainistes cherchent refuge ailleurs.Dernièrement, Jacques Uodbout a entrepris de tourner une suite à son Mouton noir.En 1992, les vedettes de son film se nommaient Mario Dumont, Joseph Facal, Jean-François Simard, qui piaffaient de jouer un rôle dans une pièce qui s’annonçait épique.Cette fois-ci, il pourrait peut-être emprunter le regard d’un homme qui s’apprête à quitter la scène.mdavidfa ledevoir.com s LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 2 0 0 2 ÉDITORIAL Le prix d’une victoire Le dernier sondage Léger Marketing dont nous publions aujourd’hui la deuxième tranche indique que la majorité des Québécois, toutes allégeances confondues, dit non à un système de santé uniforme au Canada.Ce qui est moins évident, c’est à quel parti politique ils confieront la responsabilité de les représenter lors des prochaines élections.P as moins des deux tiers des répondants à ce sondage ont montré leur préférence pour un système de santé adapté aux besoins de chaque province plutôt que pour un système uniforme à l’échelle du Canada Voilà donc une des priorités de la commission Romanow qui est rejetée massivement pas les Québécois.Autre bonne nouvelle pour les défenseurs du Québec, 61 % des répondants se disent prêts à donner leur appui à un parti qui ferait du respect des compétences du Québec en santé l'atout majeur de sa campagne lors des prochaines élections.Cela dit, on aurait tort de conclure que les électeurs sont prêts à tout pour appuyer leur gouvernement En effet, c’est dans une proix)rtion aussi forte que les répondants lui conseillent de laisser Ottawa intervenir en santé au lieu de refuser son argent.Contradictoires, ces Gaulois?On pourrait le croire, mais en y regardant de plus près, on doit plutôt conclure qu’ils sont surtout très divisés.D’un côté, une majorité d’électeurs qui disent vouloir voter pour le PQ (51 % d’entre eux) sont aussi prêts à se priver des milliards du fédéral au lieu d’abdiquer; en revanche, très peu d’électeurs libéraux (17 %) et une minorité d’adéquistes (33 %) pensent de cette façon.Ils souhaitent plutôt que Québec laisse Ottawa poser ses conditions au lieu de refuser l’argent.Comme prévu, c’est aussi parmi l’électorat du Parti québécois qu’on retrouve l’appui le plus fort à la gratuité universelle des soins (59 % des électeurs péquistes), et au sein de l’électorat libéral (52 %), alors que seulement 39 % des électeurs adé-quistes tiennent à cette particularité du système.Les Québécois sont donc divisés en trois clans distincts, sur le plan tant idéologique que constitutionnel.Le Parti québécois recueille de moins en moins d’appuis parmi les Québécois, dont la pensée politique oscille et vacille d’une élection à l’autre.Sa clientèle, il la recrute surtout dans la frange la plus déterminée des francophones sociaux-démocrates et souverainistes.De son côté, le Parti libéral rassemble surtout les anglophones et les allophones, ce qui ne fait pas d’eux des gens très à droite puisqu’un fort pourcentage tient aussi au statu quo en matière de programmes de santé.Quant à l’ADQ, elle consolide sa présence dans l'esprit des électeurs francophones plus à droite mais aussi de ceux dont on dit qu’ils sont «mous», indécis ou peu intéressés par les questions constitutionnelles.Cette répartition confronte les grands partis, qui ne sont pas habitués à une lutte à trois.Pour les libéraux, le défi reste de poursuivre une remontée difficile parmi les francophones indécis qui sont séduits par le comportement affable de Mario Dumont.Ils doivent s’attaquer inlassablement à cette image de bon garçon et faire ressortir huit l’amateurisme de l’ADQ que l’absence de crédibilité de son équipe.Pour le gouvernement du Parti québécois, le plein étant fait de vrais indépendantistes et d’électeurs sociaux-démocrates, c'est aussi du côté des indécis qu’il faut chercher des appuis.Pour ce faire, il faudra leur offrir la perspective d’une solution avec Ottawa en matière de financement des soins de santé et remettre les grandes batailles à plus tard, de même qu’un programme de simplicité volontaire dans la gestion de l’État.Quant à l’ADQ, dont l’électorat est déjà surtout composé d’électeurs mous, il lui faut continuer à adoucir les aspérités de son programme et ratisser large sur le plan idéologique.Mais il lui faut aussi s’associer à des candidats crédibles et populaires, comme l’ex-maire de Montréal, Pierre Bourque.lajs jeux ne sont pas encore faits, loin s'en faut.Le gouvernement de Bernard landry peut toujours se maintenir au pouvoir, mais il doit revoir sa stratégie pour se rapprocher du bloc de ceux qui en ont assez des vieux partis et qui ne sont attirés, pour le moment du moins, que par ce qui brille.j rsa n s faconlaleilevo i r.c a Jean-Robert Sansfaçon ?La Turquie en attente .•—-ii ux Turcs, l’Europe vient de servir une réponse de Nor- Amand.A ces derniers, les 15 chefs d’État réunis à Copenhague ont indiqué que l’examen de leur éventuelle intégration à l’Union européenne (UE) avait été remis à plus tard.Contrairement à ce qu’avaient souhaité les dirigeants turcs, ils devront donc patienter deux ans avant que ne soit fixée non pas la date d'entrée de ce pays dans l’UE mais bel et bien la date à laquelle on entreprendra les négociations devant déboucher sur l’arrimage de la Turquie au club européen.A cette date, la candidature de la Turquie sera soumise à l’assentiment ou au rejet de nations devenues membres de l’UE bien des années après que ce pays eut frappé à la porte.Cela fait 40 ans en effet qu’Ankara arpente l'antichambre de l’UE.Pour s’assurer qu’il y aura amorce des pourparlers, la Turquie devra afficher un bilan plus étoffé pour tout ce qui a trait à l'instauration d’un État de droit, la protection des droits de la personne et la levée d’obstacles qui restreignent encore et toujours l'expression politique.De fait.Recep Erdogan, le dirigeant du Parti de la justice et du développement qui a récemment remporté les élections législatives, sera dans l’obligation d’affronter tôt ou tard une année toujours aussi puissante et aussi jalouse de ses prérogatives.Antérieurement à la tenue du sommet de Copen-Serge Truffaut hague, la Turquie avait adopté tout un train de 0 mesures afin de montrer patte blanche.Évidemment, la requête des Européens est aussi justifiée que louable.On ne peut pas s’objecter à ce que la Turquie dirige ses mœurs politiques vers davantage de démocratie et de respect des minorités, notamment les Kurdes.Par contre, il faut espérer que cet autre ajournement favorisera un éclaircissement de la position respective des États qui composent l’UE.À cet égard, on se souviendra que les propos formulés par Valéry Giscard d’Éstaing selon lesquels l’intégration de la Turquie signifierait la mort du projet européen ont eu un écho trop large pour étouffer le débat.Or l’une des raisons qui ont convaincu Paris et Berlin qu’il fallait reporter l’arrêt d’une date est qu'on ne voulait pas poursuivre un tel débat avant les prochaines élections européennes, qui auront lieu en juin 2004.D’ici là, il faut espérer que les principaux acteurs de l’UE s’attellent à une définition plus nette du projet européen, voire de tout ce qu’est et doit être l’Europe.Bien des questions restent en suspens et méritent des éclaircissements, notamment sur le plan géographique.Les frontières de l’Europe s’arrêtent-elles à l’Oural et sur les rives du Bosphore ou pas?Politiquement et culturellement, il faut se demander si l’Europe n’est pas la mieux placée pour établir des ponts entre cette civilisation et la civilisation islamique.Sur ces questions et bien d’autres encore, les Européens doivent se pencher.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-RO BERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE, LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE j] W U/ ^ CANÎiÛUt p.UT;ai)Ei*wifj-Tip.< / 4A>Î- (l ¦ l*f LETTRES -?- Querelles au sujet du déplacement de La Joute Une chicane de clocher?Je suis un citoyen d’Hochelaga-Maisonneu-ve et fier de l’être.J’aime beaucoup mon quartier et m’enthousiasme de le voir grandir et s’épanouir.Je reste par ailleurs sceptique et étonné devant la querelle relative au déplacement de La Joute dans le nouveau centre international de ma ville.Voici mes réflexions sur le sujet La sculpture était bel et bien installée dans mon quartier, mais de telle façon que nous ne pouvions pas en profiter.Cette situation, dans l’indifférence générale depuis plus de 20 ans, ne soulevait aucune controverse.Alors que nul n’y portait quelque attention que ce soit, on a décidé de sortir l’œuvre de l’oubli en lui donnant une visibilité particulière.Avec fierté, on a pensé à l’offrir à la vue de tous les Monfréalais et à celle des visiteurs étrangers.A toutes fins utiles, on peut résumer l’histoire en disant qu’on a sorti de l’ombre une œuvre dont personne ne voulait vraiment puisque tous acceptaient sans problème qu’elle reste dans l’oubli.Comment expliquer alors le déchaînement de ceux qui, soudain, semblent apprécier cette sculpture au plus haut point alors qu’ils n’en avaient cure jusqu’à maintenant?Cette réaction me rappelle étrangement celle d’un enfant gâté qui tempête parce qu’on offre à son petit frère de jouer avec un ballon inutilisé.Soudain, à la surprise de tout le monde, le ballon devient le jouet qu’il préfère, étonnamment devenu essentiel à son bonheur.J’invite ceux qui trépignent à considérer avec respect l’accord donné par la famille de l’artiste pour que l’œuvre bénéficie du grand rayonnement que lui assure le plan projeté.Comme Montréalais et comme Québécois, je ne peux qu’applaudir à ce qu’on traite La Joute comme un joyau et qu’on l’offre à l’appréciation du monde.Comme on ne m’a pas enlevé quelque chose mais qu’on l’a plutôt sortie du placard pour lui donner un lustre nouveau, il ne m’apparaît pas déraisonnable d’accepter la décision, et même d’y adhérer.J’irai plus loin: même si La Joute avait été visible avant son déplacement, il aurait pu être justifiable de l’élever en l’installant sur un site plus prestigieux, même si ç’avait été à trois kilomètres dans ce qui est tout de même aussi la ville des citoyens d’Hochelaga-Maisonneuve.Pierre Valois Le 11 décembre 2002 L’école et la promotion du commerce équitable Chaque année, des centaines d’écoles du Québec entreprennent des campagnes dans le but de financer diverses activités parascolaires.On demande alors aux élèves de vendre toutes sortes de produits.Le chocolat est un des choix les plus populaires, et la campagne est souvent truffée d’autres publicités et de prix pour les meilleurs vendeurs.Certaines écoles ont par contre choisi de financer leurs activités par la vente de «chocolat équitable».Cette approche me paraît aller de soi.Elle devrait même, à mon avis, être adoptée par l’ensemble des «équipes écoles» des pays riches.Le chocolat vendu par les grands importateurs de cacao est inéquitable — c’est le moins qu’on puisse dire — pour ceux qui en récoltent la matière première.Les plantations de cacaoyers, en effet, exploitent sans pitié des paysans et des enfants.Des observateurs rapportent même qu’en Afrique de l’Ouest, des enfants sont forcés de travailler, voire carrément enlevés, pour travailler à un salaire dérisoire.Non seulement ce chocolat est inéquitable, il perpétue des conditions d’esclavage incompatibles avec l’État de droit des sociétés développées où ce chocolat est vendu.Ce sont les consommateurs, nous tous — et particulièrement les «équipes écoles» —, qui disposent du plus grand pouvoir afin de contribuer à changer cet état de fait.En décidant d’acheter du chocolat certifié équitable, le consommateur envoie aux principaux producteurs le message suivant: «Vous devez désormais me prouver que votre commerce ne génère pas des profits sur le dos d’esclaves et d’enfants enlevés.» Si les écoles adoptent finalement cette approche, ce sont maintenant des milliers de consommateurs qui envoient le même message.C’est aussi l’occasion, pour les milieux scolaires, de financer leurs activités tout en faisant la promotion de valeurs compatibles avec l’éducation que doit recevoir, à mon avis, un jeune citoyen du monde aujourd’hui, soit l’idée toute simple que si le commerce international doit avoir un avenir, il faut que l’accès à la condition de citoyen (à des droits fondamentaux, à l’éducation, etc.) fasse partie du même monde.Maurice Langlois Enseignant Le 9 décembre 2002 LIBRE OPINION -?- Le recteur de l’UQAM se dissocie des propos de la directrice de la TELUQ ROCH DENIS Recteur de l'UQAM LJ article consacré au projet de rattachement TELUQ-UQAM dans Le Devoir ' du 13 décembre, signé par Marie-Andrée Chouinard et Robert Dutrisac, contient l’essentiel de la proposition conjointe que la directrice générale de la TELUQ et moi-même sommes convenus de soumettre aux conseils d’administration de nos établissements respectifs.L’article est fort bien fait et résume bien les enjeux de ce grand projet.Les propos attribués à ma collègue Anne Marrec dénaturent notre proposition et le projet TELUQ-UQAM et je veux m’en dissocier.D’abord, le fait que, selon ce qui est cité d’elle, Mme Marrec aurait dit •Ce qui m’a été proposé [en septembre dernier], c’était une OPA pilotée par le président de l’Université du Québec.* Je tiens à dire que jamais, ni de ma part ni de la part du président Lucien il n’a été question de monter une OPA sur la TELUQ.Ces propos allégués sont entièrement faux et sont aussi très injustes pour le président de l’Université du Québec, qui n’a fait qu’accompagner, à notre demande d’ailleurs, la démarche liée au projet de rattachement TELUQ-UQAM.Une des premières choses dites à propos de ce projet il y a déjà plusieurs mois, est justement qu’il n’y aurait de rattachement de la TELUQ à l’UQAM que sur la base du consentement mutuel des parties.Le président Pierre Lucier a lui-même redit dans son allocution de rentrée devant le réseau de l’Université du Québec en août dernier, les principes qui fondaient son appui au ^ projet qui sont tout à l’opposé de quelque pro- jet de fusion ou d’OPA.Dans le cadre du rattachement à l’UQAM, la TELUQ va préserver son entité et sa dynamique spécifiques, codifiées et reconnues dans des instances et des dispositifs propres: il en va du développement du téléenseignement et de sa mission, pour le bénéfice non seulement des deux établissements mais aussi des établissements du réseau et des régions.Voilà ce qui était établi alors, et voilà ce qui définit encore le projet de rattachement TELUQ-UQAM.Le deuxième propos rapporté dont je veux me dissocier concerne la question des lettres patentes de la TELUQ.Mme Marrec et moi sommes convenus que cette question ne serait abordée qu’au terme du plan de travail que nous voulons proposer à nos deux communautés.Or je lis ceci dans l’article du Devoir.«La TELUQ conservera ses lettres patentes, a affirmé la directrice générale.» L’entente que j’ai faite avec Mme Marrec prévoit plutôt ceci: «Sur la base des conclusions favorables de ces travaux et participations conjoints, les instances conviendront du cadre juridique approprié de mise en œuvre du rattachement TELUQ-UQAM.» Nous n’avons donc pas voulu régler d’abord cette question d’ordre juridique mais la réserver pour la fin du processus, car ce qui importe dans tout cela, c’est le développement de la mission académique en enseignement et en recherche-création.Les structures doivent être au service de la mission et non l’inverse.Je ne comprends donc pas comment cette question peut maintenant se retrouver dans l’article du Devoir, contrairement à notre entente, parce que, ce faisant, elle paraît être dressée comme une condition préalable au travail qui devra être entrepris.Enfin, on peut lire que «la TELUQ projette de signer des ententes de collaboration semblables avec d’autres composantes de TUQ, voire avec les autres universités québécoises».Soyons clair le projet de rattachement de la TELUQ a l’UQAM vise à procurer à la TELUQ la masse critique d’étudiants, de programmes d’enseignement et de déploiement en recherche qu’elle ne peut pas trouver seule.Si le projet se réalise, bien des partenariats seront possibles avec les établissements universitaires, ici et à l’échelle internationale.Le projet prévoit par ailleurs comme une de ses bases constitutives essentielles et incontournables l’établissement d’une «convention de partenariat» avec les établissements du réseau de l’Université du Québec.Alors, quoi?Comment la TELUQ pourrait-elle proposer aux autres établissements des ententes semblables à celle envisagée avec l’UQAM?La TELUQ serait multirattachée, ses effectifs multipolarisés, segmentés, fragmentés?C’est à n’y rien comprendre et j’en perds mon latin, sans doute parce que je l’ai appris il y a trop longtemps.Non.Autant le projet de rattachement TELUQ-UQAM ouvert aux régions se fonde sur une logique raisonnable et saisis-sable pour tout le personnel et pour les étudiants, autant ce qui est évoqué dans l’article conduirait inévitablement le télé-enseignement à l’impasse, et la TELUQ avec lui.Les faits étant rétablis, je souhaite vivement que le projet TELUQ-UQAM puisse enfin être mis en route.La revue de presse d’Antoine Robitaille reviendra la semaine prochaine.t 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE :> D E C K M B R K > O O 2 H 5 IDÉES Jean David et le PLQ : rectifions les faits ALAIN PAQUET Membre de la commission politique du PLQ depuis 1996 et professeur titulaire au département de sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal ans les textes qu’il a rendus publics mercredi dernier et dans les commentaires qu'ü a formulés par la suite dans les médias, Jean David a entrepris de dénigrer de façon mesquine et intempestive le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest et le Parti libéral du Québec lui-même, ainsi que tous les partis politiques québécois.Je crois que cette sortie publique est le fruit d’une erreur profonde d’appréciation de la situation politique québécoise et d’une méprise tout aussi fondamentale en ce qui a trait au rôle de la politique dans un régime démocratique.Ayant participé activement à la recherche de solutions aux problèmes qui intéressent tous les Québécois au cours d'un processus qui a mené à la publication du plan d’action du PLQ, Réinventer le Québec, j’aimerais rectifier les faits qu’il a travestis avec rancoeur.¦ Le chef du Parti libéral du Québec a participé activement depuis quatre ans à l’élaboration des orientations politiques du PLQ.Jean Charest a également présidé et participé à toutes les réunions de travail de l’été dernier, y compris la rédaction du document final.Ces sessions de travail étaient ouvertes, et plusieurs personnes, tant de la commission politique que du caucus, y ont participé.¦ Les accusations portées contre Jean Charest sont gratuites et sans fondement L’engagement politique de Jean Charest dure depuis 18 ans, et les gens qui ont travaillé avec lui à tous les niveaux, de tous les partis, pensent exactement le contraire de Jean David.Il est un leader ouvert aux idées neuves et au changement, respectueux de l’opinion des militants, des élus de son parti et de ses diverses instances, et soucieux avant tout du bien public.¦ Jean Charest a choisi une approche différente de celle proposée par Jean David.Cette approche, Jean Charest la voulait comme une réponse aux attentes manifestées lors de ses multiples rencontres avec les Québécois.Il la voulait aussi fidèle aux valeurs libérales qui sont les nôtres.Il voulait aussi une approche responsable en fonction des contraintes perceptibles de l’état des finances publiques.Il voulait que les gens puissent se reconnaître dans cette approche et être assurés qu’ils auraient enfin un gouvernement à leur service, non pas un gouvernement au service d’un idéal abstrait ou d'une vision du futur par trop imprévisible mais un gouvernement au service des besoins concrets de la société québécoise.Jean Charest a donné le ton à la démarche libérale.Il a pleinement assumé son rôle de leader.¦ Le document Réinventer le Québec est le fruit du travail de toutes les instances du PLQ de 1998 à aujourd’hui en passant par le congrès plénier de 2000, des tournées régionales et des groupes sectoriels jusqu’au conseil général élargi de septembre dernier.; Il appartient donc à cette vaste équipe de militants et de contributeurs ainsi qu’aux divers spécialistes non partisans qui ont aidé à en valider de larges seg-: ments.Ce document, qui traduit un vaste consensus au sein de toutes les instances du parti, a reçu un accueil chaleureux des membres et des commentateurs politiques.¦ Contrairement à ce qu’il prétend, l’apport de M.David à ce travail a été minime, quoique apprécié.La .,S* * : V\»h * .F T ï :#* Vi JACQUES NADEAU I.E DEVOIR Le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, en compagnie de militants.réalité est qu’il n’a pas formulé d’idées susceptibles de contribuer de façon concrète au changement.Il est facile de répéter qu’il faut changer les choses du tout au tout.Il est beaucoup plus difficile de dire comment le faire, d'articuler les changements en fonction des multiples besoins et intérêts de toutes les composantes de notre société et en respectant le cadre économique dans lequel toute action gouvernementale doit obligatoirement s’intégrer.¦ Comme vous le démontre de façon éloquente son article de La Presse du 11 décembre dernier, là vision qu’a M.David de la scène politique québécoise est grossière et simpliste, et les «risques de dérapage» auxquels il fait allusion comme à une grave menace me semblent chimériques.Le Québec a sans contredit besoin d'être réinven- Relations intergouvemementales té, c’est-à-dire en partie redessiné, afin d’améliorer ses fonctions vitales: la santé, le savoir, la prospérité et la sécurité.Le plan de gouvernement du PI J}, solidement ancré dans les valeurs de justice sociale et de libertés individuelles, vise un changement responsable, celui qu’attend de nous la population du Québec.Il est malheureux que M.David ne sache pas le reconnaître et que, après avoir contribué depuis deux ans à la réflexion de ce parti, il en sorte avec amertume parce que celui-ci ne Ta pas suivi sur la voie de l’utopie.Toutefois, il est encore plus regrettable que, par dépit, il ait décidé de transformer ce désaccord sur la vision et sur la démarche en vindicte personnelle contre Jean Charest et contre le PLQ.Après moi, le déluge.L’insoutenable légèreté de l’ADQ BENOÎT PELLETIER Député de Chapleau à l’Assemblée nationale du Québec et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires intergouvemementales canadiennes ==j| epuis un certain temps, le nouveau pré- Dsident de l’Action démocratique du Québec, Guy Laforest, se fait fort de défendre la «nouvelle» philosophie adé-quiste en matière de relations intergou-—vernementales.Celle-ci se résume à deux expressions: la fidélité première au Québec et la main tendue aux autres provinces.Ces formules sont simplistes et traduisent l’improvisation de l’ADQ dans le dossier national.Elles n’offrent qu’un portrait " réducteur des enjeux complexes avec lesquels sont ; aux prises à la fois le Québec et le Canada dans un contexte d’intégration des Amériques, de mondialisation et de modernité avancée.Qui peut prétendre de nos jours avoir le monopole de la fidélité au Québec?Cette fidélité peut être revendiquée par les membres de l’Assemblée nationale, fussent-ils libéraux, pé-quistes ou adéquistes.EL surtout, le fait d’affirmer son attachement à un Québec au sein du Canada est-il signe d’une moins grande fidélité au Québec?Si je me souviens bien, le chef de l’ADQ n’a pas jugé bon de se présenter à l’Assemblée nationale le 17 avril dernier afin d’appuyer la motion visant à réitérer l’opposition du Québec au «rapatriement» survenu 20 ans plus tôt Pour le courage, on repassera.Pour la fidélité au Québec aussi.Quant à la stratégie de la main tendue de l’ADQ, elle paraît séduisante à première vue, mais elle prend _ néanmoins tout son sens à la lumière du discours récemment prononcé par Mario Dumont à Toronto.Ce discours, dans lequel le chef de l’ADQ a mis au rancart les revendications traditionnelles du Québec et vendu à rabais la position québécoise dans tout le débat portant sur la réforme du fédéralisme canadien, _ est probablement l'un des plus avilissants de notre histoire.Ce discours était marqué par la duplicité, vu le programme officiel «allairiste» de l’ADQ et la rhétorique officieuse de son chef à Toronto.Quelle belle fidélité au Québec! Approche attentiste L’ADQ, qui, il y a à peine quelques mois, revendiquait au moins une quinzaine de pouvoirs nouveaux pour le Québec et promettait en même temps la paix constitutionnelle — ce qui est contradictoire, irréaliste et irresponsable —, est maintenant muette sur la question.Tendre la main aux autres partenaires fédérés est une chose, mais faut-il pour cela être à genoux?Nous ne le croyons pas.Nous pensons au contraire qu’il est possible pour le Québec de bâtir des alliances prometteuses avec les autres provinces tout en se tenant debout face à Ottawa.ou devant l’élite financière de Toronto.En réalité, la stratégie de «la main tendue» de l'ADQ cache une approche purement attentiste dans nos relations avec les autres provinces; c’est une profession de foi aveugle, un chèque en blanc signé sans même faire connaître nos exigences et conditions.L'ADQ prétend protéger l’autonomie du Québec en refusant systématiquement de jouer un rôle dynamique au Canada C’est le triomphe de la logique du repli sur soi, du provincialisme passif.On se condamne ainsi à devenir la cinquième roue du carrosse.Le Parti libéral du Québec ne se contentera pas de tendre une main molle au reste du Canada.Au contraire, nous voulons que le Québec fasse valoir tout son leadership auprès des autres provinces canadiennes en avançant des propositions concrètes en vue de renforcer le Québec dans l’espace canadien et sur la scène internationale.Le Québec ne doit pas hésiter à redevenir le chef de file qu’il a historiquement été à l’intérieur du Canada et à donner une impulsion significative à l’évolution du fédéralisme canadien.Dans cette optique, j’ai entrepris récemment, à la demande de Jean Charest, une tournée panca- nadienne visant à permettre au Québec de s’entendre sur un programme commun avec ses partenaires provinciaux, question d’éventuellement permettre à toutes les provinces de passer à l’action de leur propre chef lorsque cela est possible ou encore de renforcer leur position commune vis-à-vis Ottawa dans les dossiers où il y a convergence de points de vue.Ce programme tient en cinq points: ¦ l’élimination du déséquilibre fiscal; ¦ l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence des provinces, notamment en ce qui concerne l’Union sociale canadienne; ¦ un nouvel arrangement fédéral-provincial en matière de santé qui respecte pleinement les compétences et les priorités des provinces en même temps que leur besoin d’un financement stable et prévisible; ¦ un rôle accru pour les provinces en ce qui touche à la négociation des grands traités internationaux affectant leurs compétences, y compris les traités commerciaux; ¦ la création de mécanismes permettant de mieux structurer et de mieux institutionnaliser les relations interprovinciales, ces mécanismes étant susceptibles d'ouvrir la voie à la création d’un conseil de la fédération, c'est-à-dire une nouvelle institution favorisant la collaboration intergouvemementale (y compris fédérale-provinciale) dans des secteurs clés pour le développement de la société canadienne.Jusqu'à présent, la réaction des provinces consultées sur cette proposition de programme a été très enthousiaste.Entre le projet de plus en plus illusoire caressé par le Parti québécois, soit celui d’une souveraineté qui ne rejoint plus les Québécois et ne semble pas répondre à leurs besoins actuels, et l’insoutenable légèreté de l’ADQ, le Parti libéral du Québec est le seul parti qui a le mérite d'offrir un plan d’action pragmatique, cohérent et réaliste en matière d’affaires intergouvemementales.Denise Bombardier ?Uinertie triomphante A vrai dire, d'un scandale à l'autre, ces dernières semaines, la réaction de l’opinion publique a somme toute été volatile, te moignant d’une faille du comportement democra tique.Dans une société moins marquée par les groupes d’intérêt économiques que par les grou|>es de pression politiques, les derniers événements choquants, tant à Ottawa qu’à Québec, auraient dû snsei ter une grogne permanente.En dépit des centaines de millions de dollars en dépassements de budget d;ms l'application d’une loi sur les armes à feu, lias de démission, pas d’excuses: les membres du gouvernement impliqués rentrent chez eux le soir, sirotent un verre, entourés d'amis qui les réconfortent en blâmant les médias et en rien nanl de cette femme zélée, payée par les contribuables pour chercher la bête noire.Les fonctionnaires impliqués retiennent leur souffle et attendent qu’une catastrophe terroriste ou la mort d’une mégastar, quelque part dans le monde, distraie' l’opinion jusqu’à lui faire perdre la mémoire de çe scandale-là.A Québec, la gestion irresponsable du bas de laine des Québécois par des cow-boys qui sabrent le champagne qu’ils s’offrent grâce aux économies des autres a donné lient à des expulsions, ces démissions auxquelles on attache des bas de Noël remplis de' billets verts pour services non rendus.Tous ces MBA, cette république des copains, renie- , viennent solidaires, qu’ils Lorsqu on soient ou non impliqués dans , les choix ineptes de certaines s occupe activités de la Caisse de dépôt.Après tout, croient-ils, sans eux qui incarnent le Québec inc., jp tondre les assistés sociaux ru* toucheraient pas les primes qui sont son gazon, les leurs et l’économie québé- ' ” ’ coise ne connaîtrait pas le dy- d’autres namisme qui la caractérise.Us confondent leur propre s’activent enrichissement et l’enrichissement collectif; ils disposent dans nos de l’argent public comme de .l’argent de Monopoly.Le plates- «connais-toi toi-même» est KanHee remplacé par «je te connais, Danaes donc je te finance».Beau témoignage d’amitié, sauf que les fonds ne sont pas les leurs et qu’eux-mêmes ne risquent rien personnellement.Voilà ce qui arrive lorsqu’on ne fait plus de distinction entre les secteurs public et privé, entre les objectifs collectifs et personnels.Entre un statut d’employé et celui do patron.I-es gestionnaires de haut niveau, qui recueillent des millions pour orienter et donner des avis, devraient non seulement pratiquer la modestie mais aussi être habités par une éthique rigoureuse.Or, trop souvent, ces dépositaires du pouvoir des autres finissent par croire que les meubles de leur bureau sont leur propriété, que les chauffeurs rattachés à leur fonction sont leurs créatures et que leur train de vie mirobolant résulte de la justice immanente.Absence d’indignation Cette mentalité se trouve confortée par une absence de véritable indignation de l’opinion publique.Celle-ci réagit de façon épidermique aux scandales en tout genre, c’est-à-dire sans assumer longtemps la déception, voire l’écœurement, que ces abus provoquent chez elle.«Bof! Qu’est-ce que ça donne de prie tester?», semble-t-on croire.Cette attitude défaitiste, déprimée et déprimante contribue à la perpétuation de telles situations.Le «plus ça change, plus c’est pareil» sous-entend qu’on est soi-même renvoyé à son impuissance et qu’il est préférable de se replier sur son monde privé plutôt que de tenter d’exister comme citoyen.Or, lorsqu’on ne s’occupe que de tondre son gazon, d’autres s’activent dans nos plates-bandes.Il y a une responsabilité à exercer dans le champ public en dehors du jour du situ tin afin que la paresse, ce péché capital rebaptisé «force d’inertie» ici, ne se substitue à l’indignation, cette réaction salutaire à la source de tout progrès social.Que cela plaise ou non à ceux qui croient a la bonté ineffable de l’homme, sans contrainte morale, sans une certaine dose de répression sociale exprimée par les institutions démocratiques, tous les abus sont permis.Ceux qui nous gouvernent, nous gèrent et nous influencent dépasseront obligatoirement les bornes fixées si celles-ci deviennent élastiques du seul fait de notre passivité.Or, de nos jours, l’étalement systématique des aberrations humaines, présentées de telle façon qu’on les banalise et les normalise du seul fait qu’on les compare à pire — et le pire est sans fond —, cet étalement, donc, a un effet délétère sur nos esprits.Une horreur en annule une autre, un scandale en dépasse un autre, si bien que tout devient égal à tout, c’est-à-dire que rien ne nous touche plus, à moins qu’on ne soit directement et concrétement impliqué.C’est exactement le phénomène de l’érosion des rochers, transposé (qu’on me passe le mot) sur nos consciences.Qu’on nous démontre les malversations des uns, qu’on soulève les conflits d’intérêts des politiciens, qu’on s’adresse à nous dans les médias, dans une langue débilitante, qu’un animateur de la télé publique québécoise s’adresse au premier ministre, représentant de nous tous, en lui disant qu'avec sa nouvelle compagne a son bras, il a l’air de sortir d’une publicité de Viagra: aucune protestation.Tout se tient dirait l’autre.dcnbombardieriicearthIink.net L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine : Gérald Dallaire (adjoint an directeur de l'information), François Cardinal (actualité municipale), Jeanne Corriveau(vigile), Marie-Andrée Chouinard (éducation) ; Paule des Rivières (éditorialiste), Jean Dion Louis-Gilles Franorur (environnement).Benoît Munger {responsable du site Internet).Josée Boileau.Julie Carpentier (sports), Brian Myles (justice et faits divers), Isabelle Pare (santé): Michel Carneau (caricaturiste) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), Martin Dudos et Christine Dumazet (relecteurs) Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; à l'information culturelle : Michel Bélair (responsable), Jean-Pierre Legault, Stéphane Baillargeon (théâtre), Paul Cauchon (médias).Caroline Montpetit (litres).Odile Tremblay (cinéma), Bernard Umardie (arts visuels): à l'information économique Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l'information), Dominique Reny.Eric Desrosiers.Valérie Dufour.Pauline Gravel, Claude Turcotte; à l'information internationale Claude Lévesque, Guy Taillefer, Serge Truffaut (éditorialiste); à l'informatior politique : Hélène Buzzetti, Manon Cornellier (correspi/ndantes parlementaires d Ottawa).Tommy Chouinard et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québecj, Kathleen li-vesque ; Marie-Hélene Alarie (secrétaire à la rédaction) ; I/iuise-Maude Rioux Soucy, Geneviève Otis-Dionne (commis) La documentation : Gilles Paré (directeur): Manon Derome, Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa) \A PUBLICITE ET LE MARKETING.Jacqueline Avril, Jean de Billy.Gyslaine Côté, Marlène Côté, Annie Duguay, Martin Fournier, Christiane legault, Amélie Maltais, Jacques A.Nadeau Claire Paquet.Micheline Ruelland.(publicitaires).I^urence Thériault (directrice adjointe).Manon Blanchette, Sylvie Importe, Martine Bérubé (secrétaire) LA PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production), Claudine Bédard.Michel Bernatchez.Philippe Borne, Johanne Brunet, Danielle Can tara Richard Des Cormiers, Donald Filion, Olivier Zuida.INFORMATIQUE, Yanick Martel (responsable).PROMOTION, DISTRJBITION ET TIRAGE.linda Thériauh (responsable service à la clientèle, distribution et tirage), Marie-Ève Santerre, (coordonnatrice à la pronvdion et à la sollicitation), Moniqui L’Heureux.Lise Lachapelle.Rachelle Leclerc, Marie-France Dalcourt.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables), Céline Furoy, Germain Haeck (contrôleur), Ghislaine Lafleur, Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Chantal Rochon Danielle Ross IA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (ticrivésujent executif et àredeur général).* I LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET D I M A X C H E 15 DÉCEMBRE 2 0 0 2 LE DEVOIR SC ENCt EN BREF Tetris, dur à battre ! (ASP) — Si vous êtes un fervent des jeux d’ordinateur, vous connaissez sûrement Tetris.Peut-être êtes-vous même un mordu de ce jeu de blocs qui court depuis les années 80.Contrairement a la croyance populaire toutefois, ce jeu serait plus complexe qu’il en a l’air.Une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’est fendue de calculs mathématiques poussés afin de démontrer que, même dans des conditions idéales, il est impossible pour le joueur de prévoir les séquences dans lesquelles les blocs apparaîtront Aucun algorithme connu, expliquent-ils, n’est parvenu à trouver la solution optimale de ce jeu.Et vous?Ricocher sur des chiffres (ASP) — Il y en a vraiment qui ont du temps à perdre.Une physicienne s’est attachée à créer une formule mathématique qui déterminerait quelle forme idéale et quelle vitesse devrait avoir la pierre que l’on fail ricocher à la surface de l’eau.Son équation confirme l’expérience: plus vite une pierre voyage et plus nombreux seront ses rebonds.Mais ce n’est pas tout: il faut aussi qu’elle tourne sur elle-même: idéalement, 14 révolutions à la seconde, tout en filant à 40 kilomètres à l’heure.C’est sans doute ce qui est arrivé au champion du monde des rebonds de pierre (!), Jerdone CoIeman-McGhee, qui, sur la rivière Blanco, au Texas, en 1992, a fait rebondir son caillou.38 fois.Le sexe du cerveau (ASP) — Ije sexe, c’est dans la tête.Des études sur des souris viennent de démontrer que, chez les embryons, il se passe quelque chose dans le cerveau avant même que les organes sexuels ne se soient développés et avant même que ne se soit activé un gène-clé déterminant si le futur embryon sera mâle ou femelle.Pas moins de 50 gènes sont à ce moment déjà différenciés, assure Eric Vilain, de l’Université de la Californie à ü)s Angeles.Ses résultats ont été présentés au cours du dernier congrès de la Société américaine de génétique humaine — puisque l’étape suivante sera de vérifier si ces gènes existent aussi chez nous et s’ils s’activent chez nous tout aussi vite.L’art de l’espace (ASP) — Une galaxie évanescente, le visage d'un astronaute, un tableau chamarré d’étoiles: voilà un aperçu des œuvres de Copernica, une collection de toiles d'artistes consacrées à l’espace.C'est le dernier projet du NASA Art Program qui se découvre sur Internet.On peut y admirer les œuvres d’artistes connus: Robert Rauschenberg, Annie Leibovitz, Andy Warhol, Jamie Wyeth et bien d'autres.Certaines se retrouvent dans les musées de science américains, d’autres sont visibles uniquement en ligne.Lancé en 1962, le NASA Art IVogram rassemble actuellement des productions de plus de 200 artistes, http://wumhq.nasa.gov/copemica/index.html.Publicité interdite (ASF5) — Les chercheurs qui parlent prématurément aux journalistes de résultats qui n’ont pas encore été relus et approuvés par une publication pourraient faire face à des sanctions.C’est ce que souhaite un regroupement britannique d’organismes qui subventionnent la recherche scientifique, dont les lignes directrices ont été publiées cet automne.11 est en effet fréquent de voir un chercheur se pointer devant les caméras avec des résultats très préliminaires, mais si bien présentés que des journalistes naïfs avalent cela sans poser de questions.De tels événements ont pour conséquence de biaiser l'information, dénonce l'association, qui compte parmi ses donateurs des géants tels que le Wellcome Trust Ces chercheurs pressés font une excellente publicité à un centre de recherche ou à une compagnie pharmaceutique mais ils donnent de faux espoirs, par exemple à des malades.La fin de la faim n’est pas pour demain (ASP) — Les chefs d’État réunis au Sommet de Johannesburg ont insisté entre autres sur un objectif qui plane au-dessus de leurs tètes depuis des années: réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de famine d'ici 2015.Eh bien, ce plan est voué à l’échec, vient de conclure un rapport des Nations unies.Les experts qui signent ce rapport, pas optimistes du tout prévoient que si les choses continuent au rythme actuel il faudra plutôt.un siècle pour atteindre l’objectif.Les progrès sont virtuellement arrêtés depuis l’an dernier, dénonce le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l'alimentation (FAO), Jacques Diouf.L’objectif de réduire la malnutrition de moitié d’ici 2015 avait été fixé en 1996.Les Nations unies ont mis sur pied un programme anti-malnutrition qui vise à augmenter les investissements dirigés vers les pays en voie de développement de 24 milliards de dollars par an.Selon la FAO, en 1998-2000.il y avait 840 millions de personnes sous-alimentées dans le monde, dont 799 millions dans les pays en voie de développement.Elus dramatique encore: chaque jour, 25000 personnes meurent de causes liées à la pauvreté ou la faim.Chimiquement élémentaire, mon cher Watson (ASP) — 1-a Société royale de chimie, en Angleterre, était-elle désireuse de faire parler d’elle dans les journaux?Toujours est-il quelle a décidé de nominer membre honoraire.Sherlock Holmes.La cérémonie a eu lieu en plein air, puisque la médaille de membre honoraire a dû être mise au cou d'une.statue de l'illustre détective.Et pour bien faim les choses, le membre de la Société royale qui avait été choisi pour remettre la médaille s’appelait.John Watson, évidemment.Le tabagisme passif JACQUES NADEAU LE DEVOIR wm : uHSfimtR Environ les deux tiers de la fumée d’une cigarette ne sont pas inhalés par le fumeur mais se dispersent dans l’environnement Bien jolies, les volutes de fumée qui flottent dans l’air environnant les fumeurs.Redoutables, toutefois, pour ceux qui les respirent.Constituée d’une multitude de composés toxiques et cancérigènes, la fumée s’échappant d’une cigarette qui se consume serait à certains égards plus nocive que celle absorbée par la personne qui la fume.PAULINE GRAVEL LE DEVOIR Il y a quelques mois, Heather Crowe, une serveuse d’Ottawa âgée de 57 ans, remportait l’une des deux grandes batailles qu’elle menait Le Workplace Safety and Insurance Board, l’équivalent ontarien de la Commission de la santé et de la sécurité du travail, ordonnait que lui soit versée une indemnisation parce qu'elle était contrainte de cesser de travailler en raison d’un cancer du poumon engendré par la fumée secondaire, ce cocktail extraordinairement complexe de gaz et de particules solides qui se dégagent des cigaretU's, cigares et tabacs de pipe en incandescence et qu’expirent les fumeurs.Selon certains experts, cette mixture serait composée de plus de 100 (XX) produits chimiques, dont 4000 ont été identifiés.Parmi ceux-ci figurent 250 substances cancérigènes et toxines de toutes sortes (hydrocarbones aromatiques polycycliques — les fameux HAP —, métaux lourds et radionucléides — ces atomes radioactifs).« Tous ces composés chimiques sont présents dans le tabac lui-même et n’ont pas été ajoutés par les manufacturiers », précise Sue Lan-tos, qui a compilé les résultats d’une panoplie d’études sur les effets nocifs de la fumée secondaire pour l’organisme Physicians for a Smoke-free Canada.Des effets nuisibles qui sont légion puisque les composés chimiques contenus dans la fumée secondaire peuvent causer ou être associés à des irritations des voies respiratoires, des réactions allergiques, une incidence accrue d’asthme, un affaiblissement de la fonction pulmonaire, une inflammation des poumons, de l’emphysème, des maladies cardiaques, des cancers affectant non seulement le poumon mais vraisemblablement plusieurs autres organes tels que le sein et la vessie.Environ les deux tiers de la fumée d’une cigarette ne sont pas inhalés par le fumeur mais se dispersent dans l’environnement, ajoute Sue Lantos, aujourd’hui à l'emploi du Conseil national de recherche du Canada.Or cette famée secondaire qui pollue l’air ambiant contient des quantités plus élevées de certains toxiques et carcinogènes que la fumée inhalée par le fumeur.Selon les résultats de recherches effectuées secrètement par l’industrie du tabac (British American Tobacco Company, BAT) de 1964 à 1994, et que la BAT a été contrainte de rendre publics lors d’un procès en 1998, les niveaux d'irritants seraient deux à trente fois plus élevés dans la fumée secondaire que dans celle inspirée par le fumeur.Une observation qui corrobore le fait que la fumée secondaire est très souvent perçue comme étant plus irritante que la fumée dominante, fait remarquer Sue Lantos.Grâce aux multiples expérimentations réalisées dans les laboratoires d’Imperial Tobacco à Montréal, la BAT savait depuis longtemps que la fumée secondaire endommage les tissus tapissant les voies respiratoires et altère significativement la fonction respiratoire, affirme M"" liantes.Alors qu’elle niait catégoriquement les effets nocifs du tabagisme passif, l'industrie avait pourtant observé expérimentalement que la fumée indirecte provoque des mutations génétiques et que son pouvoir mutagène est aussi grand, voire supérieur à celui de la fumée absorbée par le fumeur.Dès 1980, les scientifiques du BAT avaient noté que les voies respiratoires Ce larynx et les poumons, particulièrement) de rongeurs exposées quatre heures par jour pendant trois semaines à la famée secondaire présentaient des modifications physiologiques et parfois même des pathologies.De plus, le rythme respiratoire des animaux était significativement déprimé et la concentration sanguine en monoxyde de carbone s’accroissait en fonction de la durée d’exposition.Après aussi peu que quatre séances successives d'exposition à raison d'une heure par jour, la membrane tapissant la trachée des animaux soumis à un environnement enfumé avait perdu l’essentiel de ses cils et une bonne proportion des cellules qui normalement sécrètent un mucus protecteur.Parmi les principales toxines présentes dans la famée secondaire qui sont reconnues pour irriter les voies respiratoires et induire des difficultés respiratoires se trouvent l’acétaldéhyde, le cadmium, l’acroléine, le plomb, le nickel, la nicotine, l'oxyde nitrique et le toluène.La fumée secondaire recèle aussi plus de 50 substances cancérigènes dont au moins huit peuvent induire des dommages irréversibles en quantité infinitésimale.Autrement dit il n’y a pas de concentration minimale sous laquelle l’exposition serait sans danger.Au nombre de ces carcinogènes du groupe 1, comme on les appelle, figure d'abord le 4-aminobiphényle, réputé pour être l’un des plus puissants promoteurs du cancer de la vessie.Mais aussi le benzène qui peut favoriser l'apparition d'une leucémie, deux ans, voire 50 ans après que la personne y a été exposée.Le tabac renferme également quelques radionucléides, comme le polonium 210, qui, comme tous les composés radioactifs, peuvent causer le cancer chez l'humain et l'animal.Identifiées comme les carcinogènes les plus abondants dans la famée de tabac, les nitrosamines sont pour leur part étiquetées comme les plus puissants dé- clencheurs des cancers du poumon fie NNK), du nez et de la gorge (le NNN).Or, «les nitrosamines sont présentes dans la fumée secondaire en quantité 10 à 200fins plus importante que dans la fumée inhalée parle fumeur», souligne Sue Lantos.Mais plusieurs autres carcinogènes contenus dans la famée indirecte s’attaquent aux poumons : notamment, la 1-aminonaphtalène, le benzo[a]pyrène et le formaldéhyde qui est 1000 fois plus abondant dans la famée secondaire que dans un environnement naturel sans famée.Or l’exposition prolongée au formaldéhyde accroît non seulement le risque de cancer du poumon mais également celui du pharynx et de la bouche.Le plomb, la nicotine, le cadmium, le toluène, le monoxyde de carbone et les HAP contenus dans la famée secondaire représentent aussi de véritables poisons pour le système reproducteur des hommes comme des femmes.Il a en effet été démontré que ces produits augmentent l’incidence d’avortement spontané ainsi que le nombre de spermatozoïdes anormaux.«Il n’existe aujourd’hui aucun système de ventilation qui soit suffisamment puissant pour éliminer le risque que laisse courir l’exposition à la fumée secondaire, précise Sue Lantos.Aucune ventilation ne parvient à extraire les carcinogènes du groupe 1.Il faudrait une ventilation 700fois plus efficace que les systèmes actuellement disponibles.» Effets sur la santé Il ne fait donc plus aucun doute, l’exposition à la fumée secondaire peut provoquer le cancer du poumon.Une importante étude japonaise l’a bel et bien confirmé: les femmes non fameuses vivant auprès d’un mari fumeur sont très nombreuses à développer un cancer du poumon.Certaines y échappent bien sûr, et ce, probablement en raison de gènes protecteurs que possède entre 25% et 30% de la population.Alors que certaines personnes ont hérité d'une prédisposition génétique au cancer, d’autres sont dotées d'un patrimoine génétique qui les garde à l’abri de tout problème respiratoire, et ce, même en présence de la famée de tabac.Les substances cancérigènes contenues dans la fumée secondaire peuvent également s'attaquer aux autres segments des voies respiratoires, précisent les études épidémiologiques.Il n’est donc pas rare qu’elles causent des cancers du larynx et de la gorge.Une enquête européenne (European Community Respiratory Health Survey, ECRHS), à laquelle ont contribué plusieurs centres canadiens, a identifié les divers ennuis de santé que peut induire le tabagisme secondaire.Cette étude, qui incluait 7000 sujets, a révélé que les personnes qui ne fumaient pas mais qui subissaient la fumée de tabac émise dans leur environnement couraient un risque deux fois plus grand de souffrir d’une bronchite chronique.Leur contact avec la famée secondaire augmentait également d’une fois et demie (1,5) le risque de gêne respiratoire durant leur sommeil, d’asthme et de maladies cardiovasculaires.D’autres recherches ont même montré que le tabagisme passif pouvait quadrupler le risque d'obstruction des artères coronaires qui irriguent le cœur.• Lorsque les sujets de l'enquête de la ECRHS étaient exposés plus de huit heures par jour à la fumée des autres, le risque qu’ils soient atteints d’asthme grimpait à 2,6.La bronchite chronique devenait quant à elle trois fois plus fréquente», précise Isabella Annesi-Mae-sano, épidémiologue à ITNSERM Ville-juif, en région parisienne.Particulièrement vulnérables, les personnes âgées étaient deux fois plus à risque de contracter des infections des voies respiratoires à pneumocoques, des bactéries entraînant fréquemment des complications graves chez cette catégorie de personnes fragiles.Les grandes victimes : les enfants Celui qui subit bien malgré lui les effets du tabagisme passif est le fœtus enfermé dans le ventre de sa mère.La famée inhalée par la mère passe à travers le placenta et freine la croissance du fœtus.Il est bien connu que les femmes qui fument donnent naissance à des bébés de petit poids, pesant en moyenne 200 grammes de moins que la normale.Des études récentes sont par ailleurs venues raffermir le lien entre le tabagisme et la mort subite du nourrisson.Selon l’équipe du professeur Claude Gaultier de l’hôpital Robert-Debré, à Paris, l'exposition à la nicotine durant la grossesse active certaines protéines du cerveau intervenant dans le contrôle de la respiration.La nicotine perturberait de façon durable le système qui permet de réagir contre la chute d’oxygène, avec pour conséquence que l’enfant respirera plus difficilement et se réveillera moins spontanément en réponse à un manque d’oxygène pendant le sommeil.Les enfants qui ont été exposés à la fumée de tabac durant leur vie fœtale — particulièrement si leur mère filmait durant la grossesse — souffrent plus souvent d’infections respiratoires, d’otites et de coliques apres les repas, souligne Isabella Annesi-Maesano.Leur fonction ventilatoire est amoindrie.Le volume d’air maximal que peuvent expirer ces enfants est en effet moins grand que celui des marmots vivant dans un environnement sans famée.Si la famée de tabac demeure présente dans leur environnement ces nourrissons développeront également une hyperréactivité des bronches qui occasionnera une respiration sifflante et éventuellement les symptômes de l’asthme.Dans le cadre d’une vaste enquête internationale (International Study of Asthma and Allergies in Childhood) portant sur 600000 enfants âgés de 6 à 14 ans, Isabella Annesi-Maesano a observé un effet marqué du tabagisme passif sur la prévalence de toutes les formes d'allergies, allant de la rhinite allergique à l’eczéma en passant par l’asthme.«L’asthme et les allergies chez l’enfant ont augmenté depuis une trentaine d’années, explique-t-elle.Pour expliquer cette hausse, on regarde les facteurs de risque qui ont changé durant cette même période.Or l’un de ces facteurs est le tabagisme passif.Les femmes ont commencé à fumer et ont même rattrapé les hommes dans nombre de pays industrialisés.De plus, elles fument beaucoup d l’âge de la procréation.Le tabagisme environnemental auquel sont exposés les enfants s’est également accru en raison du changement de mode de vie.Les maisons sont plus petites et plus hermétiques et on ouvre moins les fenêtres.» I.a fumée secondaire qui pollue l’air ambiant contient des quantités plus élevées de certains toxiques et carcinogènes que la fumée inhalée par le fumeur.t 4
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