Le devoir, 30 novembre 2002, Cahier F
L K DEVOIR.LES SA M E I) I ;i O \ O V E M B R E ET DI M A N l II E I D E ( E M R R E 2 O O 2 Qu’est-ce qu'une vie réussie?de Luc Ferry Page F 6 Le Musée royal de l'Ontario fait peau neuve Page F 9 - LE DEVOIR - Foire du livre Cuba et la liberté d’écrire CAROLINE MONTPETIT l savoir es enf LE DEVOIR C’est Cuba qui est l’invité d’honneur de la 14e Foire internationale du livre de Guadalajara, qui ouvre aujourd’hui ses portes, au Mexique.Une importante délégation cubaine sera donc de cette immense foire du livre, la plus importante d’Amérique latine.Rappelons que l’an prochain, c’est le Québec qui sera l’invité d'honneur de cet événement du monde du livre.Or, cette année, la foire aura ceci de particulier qu’elle accueillera à la fois des écrivains cubains vivant dans l’île et des écrivains cubains en exil.Dans les jours qui suivront, on soulignera donc particulièrement le mérite d’un poète cubain, Cintio Vider, à qui sera décerné le prix Juan Rulfo.Des tables rondes, des forums de discussion auront également lieu sur le cinéma, la littérature ou le théâtre cubains, ou encore sur la lecture.Un colloque, en particulier, portera sur la composante culturelle noire cubaine, «la troisième racine» de cette société.Mais la liberté d’information est une valeur souvent piégée, dans le contexte politique très particulier qui sévit à Cuba.Selon Emile Martel, président du centre québécois du P.E1.N.Club, organisme défendant les droits des écrivains et des journalistes dans le monde, «il y a un certain nombre de membres honoraires du P.E.N.qui sont emprisonnés là-bas, certains sont sujets au harcèlement et certains sont exilés«.Parmi ceux-là, il cite Bernardo Arevalo Padron, journaliste et directeur d'une agence de presse, ou Jesus Joel Diaz Fernandez, ancien directeur exécutif d'une agence de nouvelles, que le gou-verne/nent cubain a laissé partir aux Etats-Unis en mars 2002 après l'avoir emprisonné.Selon M.Martel, qui a participé à un festival de poésie cubain en 2000, il existe «une relation assez ambiguë» entre les écrivains locaux, qui ont choisi de demeurer à Cuba, et le régime.«Ce sont des gens qui ont une sympathie pour les buts et les réalisations de la révolution mais qui se retrouvent en porte-à-faux sur la question des libertés, qui est appliquée parfois de façon extrêmement étroite», dit-il.En février dernier, au moment de la 11e Foire du livre de La Havane, plusieurs écrivains exilés, ainsi VOIR PAGE F 2: CUBA Les questions des enfants — «Pourquoi le ciel est bleu?» «Comment ça marche?» — plongent souvent les adultes dans l’embarras.Mais de nos jours, ce sont souvent les enfants qui fournissent les réponses aux parents grâce aux albums documentaires conçus à leur intention et qui rivalisent d’attraits sur les présentoirs des librairies.Adultes ou jeunesse, les éditeurs québécois ont jusqu’à présent peu publié dans ce domaine.La situation est peut-être en train de changer.GINETTE GU INDON La principale raison invoquée par les éditeurs québécois pour expliquer leur peu d’intérêt à publier des albums documentaires est le coût élevé de leur fabrication: des recherchistes, des spécialistes et des auteurs qu'on doit payer tout au long de la réalisation du projet, une direction artistique à plusieurs personnes qui travaillent aux illustrations, à l’infographie ou à la conception graphique, des mises à jour périodiques des données en cours d’élaboration, etc.Comme les livres documentaires sont surtout achetés par les écoles et les bibliothèques, une baisse du budget alloué par ces institutions aux achats de liyres peut se révéler désastreuse.C'est ainsi que les Editions Héritage ont cessé de produire ce type de document pour faire porter leurs activités sur des coéditions et des traductions, plus lucratives.Les écoliers du Québec n’auront donc plus droit à des livres comme ceux qu’a fait paraître Angèle Delau-nois dans la collection «Nos richesses» et qui, même vieux d’une dizaine d'années, font toujours le bonheur des bibliothèques municipales.L’originalité de leur traitement les distinguait de l’ensemble de la production d’ou vrages consacrés à la faune d'ici.Heureusement, d'autres petits éditeurs continuent de publier des ouvrages de leur cru malgré les contraintes financières, parfois en s'associant à des institutions qui fourpissent spécialistes et crédibilité.C’est le cas des Editions Michel Quintin avec]e deviens astronome, de Pierre Chastenay, responsable des activités éducatives du Planétarium de Montréal et animateur depuis 1996 de l'émission Téléscience, diffusée à Télé-Québec.On a là un parfait exemple d'ouvrage de vulgarisation scientifique écrit par un homme ayant passé son enfance le nez en l’air à observer le ciel et qui est par la suite devenu astronome.Car il faut bien plus que des connaissances pour réussir un album documentaire pour la jeunesse.O' ton doit être juste, les phrases concises, précises et simples, l’iconographie riche et variée; les encadrés, légendes, cartes, index, tableaux, glossaires et schémas doivent rivaliser de séduction, les bibliographies (livres, magazines, sites Internet, etc.) doivent ouvrir sur d’autres horizons, une chronologie des principaux événements relatifs au sujet et des renseignements pratiques complémentaires peuvent être proposés, etc.Le livre documentaire pour la jeunesse exige beaucoup d’efforts, mais quand l’objet est réussi, les adultes se l’approprient autant que les jeunes, et le dialogue adulte-enfant qui s’élabore à partir du livre prend alors des dimensions insoupçonnées.Et qui sait?le livre de M.Chastenay conduira peut-être le jeune lecteur vers !x> Livre du ciel, de Jean-Pierre Urbain, aux éditions Les 400 coups, qui propose plus de 60 activités amusantes et faciles dans les domaines de l’astronomie et de la météorologie.VOIR PAGE F 2: SAVOIR Marie Grattan essi n I M A \ (HE I Ü É (E M H H E :j 0 X 0 V E M B K E ET Livres AM SAVOIR Les Publications du Québec offrent peu d’ouvrages destinés aux jeunes SUITE DK LA PAGE E 1 L’avènement du multimédia et d'Internet remplacerait-il le livre do cumentaire, confiné a la catégorie du manuel scolaire?la question préoccupe le milieu de l'édition jeunesse.L’aspect financier du problème se doublerait-il d’un abandon face à la trop forte concurrence des nouvelles technologies?le livre est pourtant irremplaçable.C’est ce qu’ont compris les Editions Québec Amérique en maintenant une version imprimée du Multidktion-naire, proposée de concert avec la version électronique, fit que dire de la banque d’images de l’éditeur, constituée à partir de différents dictionnaires visuels (le plus grand succès de l’édition québécoise), l’équivalent de I )orling Kindersley, l’entreprise éditoriale anglaise de banques d’images, surtout connue dans le monde francophone à tra vers la collection -la-s yeux de la découverte» chez Gallimard?Une version à la québécoise se donne à voir dans ¦ lesguides de la connaissance», excellents ouvrages de vulgarisation scientifique publiés chez le même éditeur.Car le livre documentaire pour la jeunesse, s’il est bien conçu, est aussi apprécié des adultes, qui comprennent ainsi rapidement un sujet parfois difficile à saisir dans une édition destinée aux adultes.Toujours chez Québec Amérique, L'Encyclopédie junior des sports présente une centaine de sports de façon synthétique et attrayante, avec des illustrations d’athlètes en pleine action, découpant chacun des mouvements relatifs à la technique du sport présenté.Par exemple, la trajectoire d’un volant de badminton ou d’une balle de tennis est clairement exposée.Tous les ouvrages de référence en jeunesse n'a pas empêché le même éditeur de concevoir une collection toute simple comme «•Mini-Bilbo», par laquelle le personnage de Petit Bonhomme présente aux six-huit ans différentes définitions des mots, musiques, chiffres et images avec philosophie et fantaisie; belle façon d’apprivoiser le monde.Car les livres documentaires sont aussi appréciés des tout-petits, dont la curiosité naturelle est telle qu’elle justifie le fait de leur en proposer une multitude et en tout genre, bien qu’il y en ait peu sur le marché québécois.À cet égard, mentionnons I,'Histoire de Ijtuis Braille, de Danielle Vaillancourt, publié chez Soulières éditeur, une excellente biographie romancée, percutante et tonique pour les lecteurs débutants, qui peuvent également mieux comprendre le monde des aveugles grâce à un alphabet en braille reproduit sur le rabat de la quatrième de couverture.Ic-s enfants adorent les histoires vêtues, et ce livre leur en raconte une belle.Its Publications du Québec offrent très peu d'ouvrages destinés aux jeunes, mais une récente collaboration avec le Musée du Québec a suscité de très belles histoires inspirées de l’univers de quelques peintres du Québec.Sans être pour autant des albums documentaires à proprement parler, les titres parus jusqu’à présent se révèlent un complément à une initiation à l’art, ne serait-ce que par les reproductions d'oeuvres qui illustrent le récit L’éditeur MultiMondes ne produit pas, lui non plus, de livres pour les enfants a priori, mais font exception quatre ouvrages récemment parus sur la démocratie, sous la plume du journaliste et professeur 1 auront 1 aplanie, qui «souhaite que tous les jeunes soient membres du Grand Club Démocratique» en la cultivant chaque jour en soi.Les valeurs démocratiques que sont la liberté, l’égalité et la solidarité se transmettent encore mieux chez l'enfant qui Palmarès Renaud-Bray Le baromètre *1 du 20 au 26 novembre 2002 7 1 Biograph Qc ROBERT PICHÉ AUX COMMANDES OU DESTIN P CAY0UETTE Libre Expression 4 2 Biograph.Qc ET ANGÉUL CRÉA CÉLINE J.BEAUN0YER Trait d'Union 2 3 Cuisine Qc LE GUIDE DU VIN 2003 M PIIANFUF L'Homme 2 4 Roman Qc UN PEU DE FATIGUE S.BOURGUIGNON Qc Amérique 4 5 Roman IA CROIX DE FEU, t.5-2« partie 0.GABALD0N Libre Expression 3 6 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS, t.2 N.LESTER les Intouchables 2 / Roman Qc LIFE DF PI 4P - Booker Priie 2002 Y MARTEL Vintage Canada 5 8 Pratique LE GUIDE DE L'AUTO 2003 DUVAL / DUQUEL L'Homme 7 9 Cuisine Qc IA SÉLECTION CHARTIER 2003 t$* E CHARTIER Flammarion Qc 3 10 Actualité Qc L'ANNÉE CHAPLEAU 2002 S CHAPLEAU Boréal 2 11 Jeunesse Qc RACONTE-MOI LA NOUVELLE-FRANCE.4P FOURNIER/RAYMOND Rose-tilms 5 12 Roman Qc ÏCATAUNA 4P G.G0UGE0N Libre Expression 7 13 Polar VOYAGE FATAL K.REICHS Robert Laftont 6 U Biographie KARLA - Le pacte avec le diable S WILLIAMS Trait d'Union 2 15 leunesse Qc CHANSONS ET RONDES POUR S'AMUSER [1 ivre t OC) ?H.MAJOR Fides 6 16 Jeunesse QUATRE ntl ES ÉT UN JEAN 4P A BRASHAHES Gallimard 23 17 Polar MYSTIC RIVER 4P D LEHANE Rivages 32 18 Roman SANAAQ B* M NAPPAALUK Stanké 5 19 Psychologie DE L'ESTIME DE SOI A L’ESTIME DU SOI J.M0NB0URQUETTF Novalis 6 20 Essais ür PAROLES D'HOMMES M.BRUNET Qc Amérique 5 21 Essais Qc LE UVRE NOIR DU CANADA ANGUIS N.LESTER les Intouchables 52 22 Santé ET SI ÇA VENAIT DU VENTRE?P.PAUARDY Robert Laffont 15 23 Roman Qc UN HOMME ET SON PÊCHÉ C.-H GRIGNON Stanké 4 24 Spintualite LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 112 25 Roman U RUE DE L'ESPOIR D STEEL Pr.de la Cité 5 26 Sc Fiction L'ARBRE DES POSSIBLES 4P B.WERBER Albin Michel 2 27 Roman Qc CHERCHER LE VENT 4P Guillaume VIGNEAUT Boréal 56 28 Roman Qc LES YEUX BLEUS DE MISTASSINI 4P J.POULIN Leméac 4 29 Roman Qc A L'HEURE OU LOUP 4P PM0RENCY Boréal 5 30 Essais Qc 0.VAUGE0IS Septentrion 4 31 Jeunesse Qc LE PIANO MUET (Livre » OC) 4P 1$* Gilles VIGNEAUU Fides 3 32 Cuisine 100 PERSONNALITÉS, 100 RECEttES 4P taies profits de le vente setvnt versés à l'Institut de ardiologie C0UECTIF Fondation des Ailes de la mode 5 33 Biographie HERGÉ, FILS DE TINTIN 4P U* B.PEETERS Flammarion 3 34 Roman LE PIANISTE 4P W SZPILMAN Robert Laftont 91 35 Jeunesse ARTEMIS FDM.t.2 - Mission polaire E.COLFER Gallimard b 36 Jeunesse Qc CHANSONS WXICEX CHANSONS TORES Owe t OC) 4P H.MAJOR Fides 58 37 Polar E VARGAS Viviane Hamy 1 38 Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE 4P COLLECTIF Marabout 32 39 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?4P J.SPENCER Michel Laton too 40 Actualité l'ÉTAT OU MONDE 2003 COLLECTIF Boréal 7 41 Spintualité •€TTRE EN PRADQUE LE POIAKS DU MtMïtr PRÉSENT E.T0UE Ariane 30 4?Essais MIKE CONTRE-ATTAQUE ! T M MOORE Boréal 6 43 Psychologie VIVRE AVEC LES AUTRES J SALOME L'Homme 7 44 Arts J.FISHER Pré aux cleics 2 1 45 Actualité ! APRÈS L’EMPIRE 4P E.TOGO Gallimard il ?: Coup de Cœur RB • Nouvelle entrée Ntrs « wri flM tepuii p J Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisir.24 succursales au Québec Ce Noël, faites coup double.Offrez les cadeaux sélectionnés * par l’équipe de Joël Le Bigot et Renaud-Bray "1 (r verseraJ à la grande guignolée * 15 produits identifiés par cet autocollant «invim i 11 ¦« « iKi wi iiiBirm par article vendu aura été mis en contact avec celles-ci au moyen de livres d’une cinquantaine de pages bien conçus.De tels ouvrages ont aussi le mérite de combler de graves lacunes dans l'ensemble de la documentation offerte aux jeunes lecteurs, où on observe souvent le choix des mêmes sujets.Quand verrons-nous, sans doute sur le modèle d’une célèbre collection au Seuil mais il est permis de faire preuve d’originaiité, des Omar Aktouf expliquer l’économie aux enfants, des Claude Ville-neuve leur parler de l’eau d’un point de vue scientifique, politique et social, des Ijouise Vandelac leur expliquer les aliments transgéniques ou le clonage?Les magazines pour les jeunes Félix Maltais, éditeur des magazines Ij’s Débrouillards et Les Explorateurs, voudrait bien que les campagnes de promotion de la lecture chez les jeunes cessent d’ignorer les magazines.«Ils sont le choix numéro un de milliers d'enfants et de parents», affirme-t-il sur un ton enflammé.Fondateur du mouvement d’éducation scientifique Les Débrouillards, M.Maltais dirige une collection de livres et a mis sur pied différentes activités d’animation; une journée nationale des Débrouillards fie 7 décembre), le Défi des classes débrouillardes, qui a lieu dans toutes les régions du Québec alors que les classes participantes se disputent la coupe Scien-tifix.Bref, ce passionné du savoir apporte une réponse moins exclusivement liée au livre lorsqu’il s'agit de faire découvrir le plaisir de la lecture aux jeunes.Chaque mois, 32 500 exemplaires du magazine Les Débrouillards sont distribués dans les foyers québécois, et les abonnements sont individuels dans une proportion de 97 %.A quatre ou cinq lecteurs en moyenne par exemplaire ( parent, enseignant, bibliothèque, photocopies), on ferait bien d’avoir à l'œil ce professeur Scientifix et ce qu’il transmet! Les éditions québécoises de J'aime lire (mensuel comportant un court roman suivi d’une bande dessinée et de jeux de logique et de mémoire) et de Pomme d'api (magazine pour les tout-petits comptant un supplément pour les parents) tirent pour leur part à 200 000 exemplaires par an.Quant au magazine Les Explorateurs (le petit frère des Débrouillards), avec ses quatre numéros annuels, il rejoint directement 7000 enfants à chaque parution.D’ailleurs, dès septembre pnxdiain, le magazine Les Explorateurs deviendra un mensuel, pour la plus grande joie des abonnés.Tous ces chiffres dépassent les ventes maintes fois citées de Harry Potter au Québec! Avec le magazine livré à la maison, ce sont des auteurs qui entrent chez les jeunes lecteurs, un véritable cadeau mensuel.Les Débrouillards ont établi une collaboration avec certains organismes, ce qui assure leur survie.C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’excellent magazine Vidéo-Presse a cessé de paraître, aucune aide à la vulgarisation culturelle n’étant prévue dans les programmes gouvernementaux de subventions.En somme, les magazines sont peut-être la façon que le Québec a trouvée de se distinguer au chapitre des publications documentaires destinées à la jeunesse.Le mouvement des Débrouillards a été exporté en France avec succès, où il s’appelle Les Petits Débrouillards, comme ce fût d’abord le cas au Québec.Sur le même sujet, lire aussi les recensions critiques de Carole Tremblay et de Ginette Guindon en page F 8.Essais sur l'imprégnation fasciste ait Québec EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE.Essais sur l'imprégnation fasciste au Québec Esther Delisle Dans le premier essai, Fragments d'une jeunesse retrouvée, l'auteure relate le passé étonnant de certaines figures imposantes du Québec et fait ainsi comprendre pourquoi elles préfèrent taire cet épisode de leur vie.Le deuxième essai, Vieille garde et jeunes Turcs, est consacré à la Révolution tranquille.L'auteure y expose la circulation des idées entre nationalistes et fédéralistes, entre la droite et la gauche.Enfin, dans Heil Christ !, Esther Delisle raconte une histoire invraisemblable mais révélatrice, qui eut des retentissements internationaux.ISBN 2-922245-79-9 , 216 pages • 23,95 $ LES ÉDITIONS .1 VARIA WWW.Varia.com Distribution Agenda littéraire Décembre 2002 UISTEQ Union des écris aines et des écrivains québécois 1 I I I I I I I ii LUNDI 2 DÉCEMBRE.19 H 30 Des mots de tous les jours Lectures et chansons inspirées par le quotidien avec MONIQUE PROULX et YVES BEAUCHEMIN et le chanteur-guitariste RICHARD FORTIER Bibliothèque de Pierrefonds Dollard-des-Ormeaux.Entrée libre.JEUDI S DÉCEMBRE, 19 H 30 Duel poétique avec FREDERICK HOUDAER et PATRICE DESBIENS accompagnés par CLAUDE MAHEU au saxophone Maison des écrivains, 3492.avenue Laval.Montréal.Entree gratuite.Reservation obligatoire.MARDI 10 DÉCEMBRE.19 H 30 Les Mardis Fugère Confidences littéraires de l'écrivaine CHRISTIANE DUCHESNE et lectures par DOMINIC ANCTIL Maison de la culture Frontenac, 2550.Ontario Est.Montréal.Entrée Libre.JEUDI 12 DÉCEMBRE, 19 H 30 Notes de vers - Inspiration indienne Récital de poésie et de musique du monde MONIQUE JUTEAU et LARRY TREMBLAY avec le musicien CANESH ANANDAN Maison de la culture Plateau Mont-Royal 465, Mont-Royal Est.Montréal.Entrée gratuite.Laissez-passer.Renseignements et réservations au (514) 849-8540 www.uneq.qc.ca ft CUBA Plusieurs écrivains majeurs ont quitté le pays au cours des dernières années SUITE DE LA PAGE F 1 que la propre fille de Fidel Castro.Alina Fernandez, avaient signe un appel a la liberté diffuse clandestinement pendant la foire.Parmi la liste des dissidents, Émile Martel cite notamment le poète et journaliste Raul Rivero, directeur fondateur de la Cuba Press Agency, qui «a toujours refusé de sortir du pays» bien qu’il y ait été emprisonné et harcelé a plusieurs reprises.En 1999, dans un texte publié dans Le Devoir, ce dernier affirmait que la loi cubaine permettait aux autorités de le condamner pour «l’unique acte souverain que j'aie fait depuis que j’ai l’usage de la raison: écrire sans autorisation».Depuis, il semble que la Cuba Press Agency se voie régulièrement confisquer ses ordinateurs et quelle doive fonctionner sans moyens, notamment grâce à des appels à frais vires provenant de l’étranger, principalement de la communauté cubaine exilée à Miami.Selon M.Martel, «la possibilité de publier est extrêmement limitée à l’intérieur du pays [à Cuba] et elle est non existante si on est en brouille avec le régime».Dans un document fourni par la Foire internationale du livre de Guadalajara qui donne certaines informations sur l’économie cubaine, on parle d’«une industrie éditoriale cubaine qui commence à récupérer de la crise économique des années 90».On relève la publication de 1600 titres et de plus de 16 millions d’exemplaires produits annuellement.Maillon fragile Or, selon M.Martel, les bibliothécaires forment l'un des maillons fragiles de l’industrie du livre cubaine.Il y a quelques années, le président Fidel Castro avait annoncé une plus grande ouverture à l’égard dç la circulation des livres qu pays.A cette époque, poursuit Éinile Martel, certaines personnes possédant des bibliothèques personnelles ont choisi de les ouvrir au public: avec comme résultat qu’elles ont immédiatement été empêchées de le faire par le gouvernement cubain.«C’était principalement parce que cela rendait disponibles pour le public des œuvres qui ne le sont pas, celles de Zoé Val-dés, par exemple», dit-il.REUTERS Eduardo Manet JACQUES GRENIER LE DEVOIR Zoé Valdès Par conséquent, plusieurs écrivains cubains majeurs ont quitté le pays au cours des dernières années.C’est le cas notamment de Zoé Valdès et d’Eduardo Manet, qui vivent désormais en France.Zoé Valdès, écrivain désormais reconnu en France, n'a plus pu retourner vivre à Cuba après la publication en français, en 1995, du livre Le Néant quotidien, portrait critique de la société cubaine.Pour les écrivains qui évitent les démêlés avec le gouvernement, «il y a moyen d’avoir une littérature parfaitement vivante, sans engagement politique», dit Émile Martel.Le poète, romancier, essayiste et traducteur Cintio Vitier a, par exemple, ardemment travaillé à la divulgation de la vie et de l’œuvre de José Marti, patriote et écrivain qui fonda le Parti révolutionnaire cubain à la fin du XIX' siècle.Il a aussi traduit les Illuminations d’Arthur Rimbaud.La XIV Foire internationale du livre de Guadalajara est, selon ses organisateurs, le plus important événement éditorial au monde en langue espagnole.Lan dernier, l’événement avait réuni des représentants de 32 pays et de 1258 maisons d’édition.Il s’y était effectué pour 12 millions de dollars de transactions internationales.pour cinq millions de dollars de transactions nationales, pour cinq millions de dollars de ventes directes au public, avec des retombées économiques de 15 millions de dollars pour la ville-hôte de Guadalajara.Outre ses activités purement commerciales, la Foire internationale du livre de Guadalajara propose une série d'événements d’envergure, dont une rencontre internationale des sciences sociales, où on abordera notamment le thème de la sécurité après le 11 septembre ou celui des politiques sociales en Amérique latine, des séminaires et des rencontres internationales sur les communications et la société, sur le droit, sur les recherches en éducation et en culture, etc.Cette année, la délégation québécoise sera passablement importante compte tenu du fait que le Québec sera à l’honneur à Guadalajara l’an prochain.L’événement se poursuit jusqu’au 8 décembre.jji 8 I i I I I I I I I I I I I I I j LE LIVRE DES a ip ri r-x -r-T fi SAGESSES L'AVENTURE SPIRITUELLE DE L'HUMANITÉ La Jju/a auanajjjanï Pour la première fois, toutes les sagesses de l'histoire de l'humanité réunies en un seul uolume! Les meilleurs spécialistes contemporains dressent le portrait des grands maîtres spirituels et proposent une anthologie des plus beaux textes.150 figures spirituelles 100 illustrations 200 textes du monde entier 2000 pages Baya rd Distribution NOVALIS •k V I! f S Noblesse de l’étranger -V/ arie -Andrée Lamontagne Le Devoir Il y a quelque chose d'exasperant dans la façon dont toute formule, toute reflexion, même la plus juste ou la plus originale, finit par devenir banale a force de repetitions.Ni Ovide, ni Victor Hugo, ni Milan Kundera, qui tous trois connurent l'exil, ne sont appelés écrivains de l’exil.Il fallut l'explosion migratoire de la fin du XX siècle, qui eut comme prelude l'emigration russe issue de la révolution d'Octobre, pour que naisse vraiment l'espèce particulière d'écrivains dont la muse est un passeport, et plutôt deux qu'un seul.Encore mieux: le fait de n'en posséder aucun.Commodément, cette catégorie dite de l'exil, tout comme celles qui l’ont précédée dans le catalogue de la critique — dissidents russes, réalisme magique sud-américain, écrivains de l’empire, écriture des femmes —, regroupe toutes sortes d’individus, proposés avec leur mode d’emploi, parfois à leur corps défendant poseurs, frimeurs.ambitieux en mal de reconnaissance rapide, égarés, solitaires, grands, inconnus, mineurs délicieux, qu'une lecture souverainement subjective permettra de départager.Quant à l’authenticité, elle se laissera voir à quelques signes extérieurs à l'œuvre mais agissant sur elle.Nairn Kattan, par exemple, tout jeune juif irakien qu'il est, surtout lorsqu'il débarque à Paris, en 1947, à 18 ans, refuse d’emblée de se laisser enfermer dans l'exotisme vers quoi le premier mouvement d’intérêt de ses interlocuteurs parisiens voudrait l’entrainer et dont, sans doute, il pourrait tirer un profit littéraire immédiat.Le trait, révélateur d'un tempérament de passeur que l’avenir confirmera, se laisse découvrir par une anecdote surgissant au milieu de considerations d'ordre culturel, historique et littéraire, dans l'entretien substantiel que l'écrivain accordait récemment à » CARREFOURS Simone Douek.D'abord diffuse sur les ondes de Fraie ce-Cuhure du 23 février au 3 mars 2000.dans le cadre de l'émission .4 ivix nue.l'entretien est repris en prt^ miere partie d'un recueil d’hommages à Nairn Kattan qui vient de paraitre sous la direction de Jacques Al lard (L'Écrivain du passage.Hurtubise HMH/Blanc Silex éditions) et fait entendre les saluts fraternels de Jean Grosjean, Yves Bonnefoy.Salah Stetie.pour ne nommer que ceux-là.L’exil, on pourrait presque dire que Nairn Kattan le connut une première fois, avec les siens, sous le roi Nabuchodonosor, à Babylo-ne.On imagine quelles assises intellectuelles et spirituelles donne le fait de pouvoir se réclamer, à juste titre, d’une aussi haute antiquité.Car le temps biblique ne donne le vertige qu'à ceux qui auront voulu rompre avec lui.Au contraire, Nairn Kattan, par l’etude combinée de la Bible et du Coran entreprise très tôt, en Irak, de concert avec l’apprentissage de l’hébreu, de l'arabe classique, du français et de l'anglais, n’aura eu de cesse, même une fois installé en Occident et intégré à St's modes de penser et d’agir, de préférer les aller-retour et les mélanges aux choix.Ce qui est encore une façon de choisir, de ne pas être soumis au destin, de repondre à l'appel impérieux qui monte des pages des Nourritures terrestres que recopie à Bagdad, en une nuit, un tout jeune homme ayant promis au soldat anglais qui le lui a prê té de lui rendre le livre le lendemain matin.En 1941, explique Kattan à son interlocutrice de la radio, les Britanniques gouvernent indirectement l'Irak, sorte de colonie qui ne dit pas son nom.S’il faut porter à leur crédit le renversement du gouvernement pronazi de Rachi Ali, les Britanniques font aussi sentir leur présence dans tous les aspects de la vie à Bagdad, jusqu'à mécontenter de jeunes patriotes comme Nairn Nairn Kattan n'aura eu de cesse, même une fois installé en Occident, de préférer les aller-retour et les mélanges aux choix Kattan.Desordres, antisémitisme, tueries: le voici partant s'établir à Paris, où il noue quelques solides amities, choisissant décrire en français, arrivant à Montreal en 1934.Or, qui veut-il oonnaitre.dans une société où les «deux solitudes- semblaient vouees à une ignorance réciproque?-H va des Canadiens anglais, et u /dut gue ie les découvre." Entre l'Anglais honni et l'Anglais a connaître, l'exil avait aboli une distance que les livres, déjà, à Bagdad, avaient malmenée.Cet intérêt trouvera d'ailleurs un echo dans les pages littéraires du Devoir de l'époque, marquant le debut d'une collaboration ininterrompue depuis.C'est donc ce refus des déterminismes culturels, mêle d’une curiosité renouvelée à l'endroit des cultures, qui aura fait de N;um Kattan, en tous lieux, un trait d'union, au sens le plus éleve du terme.Comme le fait remarquer Jean Grosjean dans un hommage bien senti, inséré en guis».' de liminaire, l’homme «a su aimer le génie des nations»', il «interroge les structures mentales des pcuplts et se réjouit de leurs différences comme d'un grand jardin».L’étranger en l’écrivain En serait-ce fini avec l'exil?Ce serait ne plus être écrivain.«Je considère en quelque sorte tout eeri vain comme un migrant, precise Kattan |.], toute personne, meme quand elle change de nom ou de ville à l'intérieur d'un meme pays, éprouvé ce qu'ist l'expérience de la migration.~ Pour nombre d'écrivains et d'intellectuels eanadiens-français, on sait que la migration eut lieu dans le passage d’un monde paysan ou ouvrier à celui de la culture et de l'écrit.Et peut-être trouverait-on, dans cette migration si mal ou si |xni nommée, mais qu'a étu diée Fernand Dumont, l'uni' des explications possibles aux rapports diffieultueux que la stxiete québécoise en tretient encore avec toute espèce d’élite, scolaire, intellectuelle, littéraire et culturelle, à moins qu’elle ne soit sportive ou financière, ces dernières motifs de fierte paire quelles semblent à portée de main et renvoient à un avenir [V'ssihlc.cellesl.1 motifs de malaise et do me pris parce qu'elles révèlent W origines »‘t la distance qui demeure entre soi et le modèle.Le jeune Katka note dans son Journal, apivs avoir subi les moquen»-s d'un oncle au sujet île ses premiers écrits: «Je venais d'être expulse d'un seul coup de men meme avec une signification déni presque reelle.et au sein meme du sentiment familial une rue s’ouvrait à moi sur I, glacial espace du monde que ie devais r, chauffer d'un ten qu 'il me faudrait d'abord allumer « C'est en citant ce [Vissage.entre autres, que l'ocri vain Pierre Mertens a voulu s'expliquer, lors d'une conference au titre idoine, .-1 propos de l'engagement lit teraire.texte maintenant joliment repris eu volume, avec une preface de Michel Biron (lux éditeur.Mont real.3002).L'engagement de l'écrivain, conclut il.en s'appuyant sur les exemples de lYoust.de Flaubert et de kalku.n'est jamais aussi entier que lorsqu'il n'est ni volontaire ni revendique avec force.Fn somme, la Recherche et Madame l to vary en disent davantage sur l'affaire Dreyfus et la petite-bourgeoisie du Second Fmpire que toutes les harangues de Sartre, impi i niées ou proférées du haut d'une caisse imi bois.«L'homme est un mendiant quand il pense, mais un dieu lorsqu'il rêve.¦ Lumineuse, celle formule de llol deriin, egalement reprise par Mertens, comme ou la voudrait tout à fait oubliée! Ainsi [vnirniilon s'offrir le luxe de la redécouvrir à intervalles, sans jamais l'oxixr ser a devenir banale.NAÏM KA1TAN - 1 ÉCRIVAIN 1)1 PASSAGE Sous la dinvtion de Jacques Allard Hurtubise HMH/Blanc Silex éditions Monüvul/Kt'igoulouot, 2002, IBS pages À PROPOS DK I ENGAGEMENT IHTÉRAIRE lierre Mertens I ux éditeur, coll.«1 et très libres-Montreal, 2(X)2, DO pages E S S A I Réapprendre et recommencer DAVID CANTIN On traverse un essai où les notes, les citations, les commentaires et les poèmes se succèdent au fil d’une chute imprévisible.Tout cela pourrait avoir l’allure d’un curieux chantier d’écriture, sauf que René Lapierre imagine un livre où les cassures ainsi que les dispersions révèlent l’essence même de l’œuvre.Après avoir reçu, la semaine dernière, le prix Victor-Barbeau de l’Académie des lettres du Québec pour L’Entretien du désespoir (Les Herbes rouges, 2(K)1).René Lapierre poursuit, avec Figures de l’abandon, sa recherche extrême d’une pauvreté nécessaire à la parole créatrice.Comme le mentionne l’auteur lui-même, «écrire, c'est [aussi] se perdre».En lisant cette prose inventive, on se remémore plusieurs passages des différents recueils de poèmes de Lapierre: Piano, Love and Sorrow.Fais-moi mal Sarah ou Effacement.Certaines réflexions trouvent un écho dans ce monde où l’intrigue policière et le moindre détail du quotidien invite à reconsidérer une dimension troublante de l’acte poétique.H paraît évident que, pour cet écrivain, la littérature devient une forme d’ascèse rigoureuse.Lit commence d’ailleurs une figure, celle qui consiste à «déparler- comme on arrive à «décomprendre».Dans ce livre, Lapierre cherche à formuler une théorie possible au sujet de l’abandon.Il faut ainsi entendre ce terme comme un moyen de s’en remettre au manque, semblable en cela à l’imagination qui cède sous le poids plus lourd de la mémoire, lœ paragraphe suivant résumera, avec beaucoup de justesse, la lâche du poète devant le moindre état des choses: «Sans doute l’anodin, le minuscule, offrent-ils mieux qu'autre chose d'échapper à cet oubli, et de rétablir à même l’objet le sentiment de la présence et la possibilité de la vision.Sans doute également cette vision contenue dans le détail révèle-t-elle dès lors la mauvaise conscience du grandiose, du monumental, et tente-t-elle de résoudre à l'échelle du plus petit objet l'éternelle chicane des formes et des contenus.» Qu’il parle du mouvement punk, des théories d’Adorno ou d’un roman de Chandler, Lapierre revient à cette hypothèse qui consiste à croire que «là où quelque chose promet l’impossible la langue s'affole, se hâte, reconnaît le chemin; elle est bien sûr venue de là, de ce point dont elle se rappelle tout à l’exception du nom».Il y a quelque chose de radicalement à l’œuvre dans cette pensée qui privilégie une mise au tombeau du moi.L’abandon serait donc à l’image de ce «petit animal [qui] grattera dans la neige durcie».A travers ces figures, l’écriture consiste à aller de côté, sans chercher à tout retenir d’une expérience fugitive.Tel que l’invente le récit de Ionisée de loup, la lumière n’apparaît finalement que faisant suite à l’éblouissement du désapprendre.On trébuche au bout du sentier oblique, mais de manière surprenante le faux pas ouvre sur l'identité véritable.Comme l’énoncera un peu plus loin Tho- reau, «la vie la plus vécue que raconte l’histoire a toujours consisté à se retirer de la vie».Ces textes de lapierre sur le manque, telle une autre forme d’abaissement, invitent à penser au nom d’une détresse nécessaire.Un livre où l’écoute et le non-dit exigent une réponse.FIGURES DE L’ABANDON René Lapierre li's Herbes rouges Montréal, 2002,104 pages Prix Hugh-McLennan yfcjuité salarial* et aunes dérives et dommages collatéraux du féminisme au Quebec EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE.L'Equité salariale et autres dérives et dommages collatéraux du féminisme au Québec André Gélinas soumet à la réflexion publique des considérations à la fois techniques et polémiques.Notre Loi sur l'équité salariale est la plus « chromée » de toutes les lois du genre, soutient-il.Elle assure aux femmes une rémunération au moins égale et parfois supérieure à celle des hommes tout en empêchant que les hommes aient une rémunération supérieure à celle des femmes.Une telle dérive s'expliquerait par un discours f .‘ministe tellement dominant qu'il a émoussé le sens critique des Québécois.ISBN 2-922245-76-4 256 pages • 24,95 $ WWW.Varia.com «itAit/on Prologue T.-imite ., y XYZ.La revue de la nouvelle Cet imperceptible mouvement Recevez en prime Cet imperceptible mouvement de Aude (valeur 14 $) avec un abonnement d’un an à XYZ.La revue de la nouvelle 1 AN/4 NUMÉROS a-T C ) Individu Institution Canada 20 S Canada 25 $ Étranger 25 S Étranger 30 S 2 ANS / 8 NUMÉROS (T.T.C.) Individu Institution Canada 35 S Canada 45 $ Étranger 45 $ Étranger 55 S 3 ANS/12 NUMÉROS (T TC.) Individu Institution Canada 50 $ Canada 70 $ Étranger 70 S Étranger 80 $ m.Cartes postales No 72 : Cartes postales CODE POSTAL-TEL- CI-IOINT ?CHÈQUE ?MASTERCARD ?VISA NO____________________________EXP-L ochelle ^Triptyque www.gcneration.net/tripty Tel.: (514) 597-1666 Par l’auteur de Ada regardait vers nulle part BISSOON « Un livre qui confirme l’artiste et matérialise une étonnante appropriation de la conscience québécoise.» EfL'.-.Ls & SMÊÊÊfr , SIGNATURE A f* \ b récifs.121 p.P RETOURNER À : XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) HaL 3Z1 Téléphone : (514) 525-2i-7° • Télécopieur: (514) 525.7537 Courriel : xy2ed@mtink.net Ces récits gravitent autour de ce nœud où s'agitent les passions humaines, investies ici par un narraicur unique aux mille facettes, sans cesse tiraillé entre le désir et la nonchalance, la nécessité de l'effort et la fatigue, l’appel de l’aventure ou la certitude de l’échec. I.K l> K V (* I f! .I.K S A M K I) I 0 V 0 V t M B H f: K I I) I M A \ (HE t L) E ( E M B K E '1 0 (t > F I -" ITTERATURE - ROMAN QUÉBÉCOIS Trop peu, trop tard Un dialogue entre une fille et son père tourne court ui est Anne lüuricr?L’auteur de ce livre, bien sur, et tout a la lois un de se- person nages principaux, puisqu’elle en est la nar ratrice.Cependant, indique-ton en quatrième de couverture, ce nom est un pseudonyme, celui d’une ¦•écrivaine ayant déjà publié plusieurs titres», qui a voulu ici ¦•éviter de heurter ses proches en racontant ce passé qui l'a meurtrie».Nous aurions donc affaire a un récit autobiographique, ce que semble confirmer le communiqué de l’éditeur où il est écrit que, pour ce livre, l’auteur «met de côté ta fiction pour parler d'elle».Pourtant, Le Crime inachevé est bel et bien identifié comme un roman, publié dans une collection appelée «Fictions».Ce qui n’empêche pas la narratrice de noter quelque part qu’apres avoir écrit des romans — non identifiés —, où elle est passée «par le long détour de la fiction pour éviter de parler» d’elle même, elle a résolu de ne plus traquer dorénavant «le paysage ou l'anecdote, mais le sens du vécu, de l’émotion brute».Voilà bien des complications pour un livre qui, à la lecture, se révéle tout simple.Le Crime inachevé raconte en effet l’histoire d’une famille québécoise, depuis le mariage des parents en 1951 jusque quelque vingt-cinq ans plus tard, c’est-à-dire à la mort du père.Anne laurier, la narratrice, est l’aînée des quatre enfants.Au moment où elle écrit, c’est-à-dire aujourd’hui, tout cela est une histoire ancienne sur laquelle elle sent le besoin de revenir, alors qu’elle approche de l’âge qu’avait son père a sa mort.Lille convoque ses propres souvenirs et, occasionnellement, les témoignages de sa mère et d’un de ses freres.En suppléant aux trous de mémoire par des hypothèses plausibles.Cela donnera un livre — car il s’agit d’écrire, elle le signale à plusieurs reprises — qui reconstitue le passé familial, une sorte de catharsis par l’écriture qui la libérerait de sa propre souffrance.Robert Chartrand ?la famille liturier a d’abord vécu dans une ville de province, puis dans une banlieue proche de Montreal, pudiquement nommées «R.» et «C.» pour ménager les proches, sans doute.On vit bourgeoisement, dans le confort et la respectabilité, du moins au début.Papa est dentiste, maman est une épouse dévouée qui n’a apparemment qu’un tort: celui de préférer ses fils à sa fille.lit faille — il en faut bien une pour légitimer le récit —, c’est l’alcoolisme du père, que la narratrice a peine à reconnaître dans ses souvenirs, symptôme d’une souffrance intime, d’un mal de vivre aux contours flous qui se terminera en tragédie.if récit d’Anne Laurier est donc, pour une bonne part, une tentative de reconstitution de la figure du père, désigné parfois comme «l’Absent», mais qui avait bien des qualités: un goût pour le bricolage, pour les gadgets, un amour de ce que la narratrice appelle «les arts».Mais la mère «a le don de s'immiscer» dans le récit d’Anne, comme pour brouiller les pistes de cette entreprise de reconnaissance.Elle parlait trop, cette femme, dont les mots faisaient mal.Et voilà la clé que croit avoir trouvée la narratrice, qui expliquerait tous les malaises de sa famille: ce déséquilibre de la paro- le, rarissime chez le pere — elle se rappellera six de ses phrases, les seules peut-être qu’elle lui ait entendu prononcer — et celle, toujours lourde de reproches, chez la mère, qui l’amène à reconnaître qu’«0H (laj déposséda des mots».La fillette, puis l’adolescente renfermée sur elle-même, gênée dans son corps, se rappelle alors ses lectures, des phrases ou des vers lus ou entendus en diverses circonstances, de Prévert, de Saint-Exupéry, de Camus ou des Beatles, qui lui font à peu près le même effet, celui de quelque vérité profonde qu’elle-même n’avait pu exprimer.Ces mots de toutes origines, elle se les était appropriés — sans toujours en saisir le sens — à défaut des siens propres.Cette tentative d’accession à la parole, c’est on le devine, la piste que suit la narratrice, dont le père parlait si peu et la mère trop.Ou mal.Le thème n’est pas neuf, loin s’en faut.Mais qu’importe, pourvu qu’on en fasse un livre différent.Impossible, ici, de ne pas se rappeler Us Dimanches sont mortels, de Francine D’Amour (Guérin, 1987; Typo, 1994), ce roman remarquable qui racontait, à peu de détails près, une histoire semblable, celle d’une famille bourgeoise dont le père sombre dans l’alcoolisme.Il y avait là une écriture, un style où s’affrontaient le cynisme et la compassion qu’on ne retrouve pas dans Le Crime inachevé.Ce livre au genre incertain, qui entendait traquer au plus près un certain vécu, est truffé de métaphores ronflantes — «L’araignée du malheur fabriquait lentement son nid», «Paule sentait les lames du désir la traverser» —, de comparaisons qui prêtent à sourire — «son emprise sur moi s’était relâchée comme un élastique éventé finit par casser» —, quand il ne cède pas à la facilité de certains jeux de mots — les souvenirs du père deviennent des «re-pères» — ou à un cynisme manifestement involontaire: la narratrice se souvient d’avoir «grandi d’un coup sec» et d’avoir vu sa mère «ivre de colère» alors que, pendant ce temps, le pere s'imbibait.Curieux, par ailleurs, qu'on retrouve sous la plume d’une romancière chevronnée des propos platement fatalistes comme ceux-ci: «Sous sommes condamnés à écrire dans la marge des pages que nos parents ont noircies avant nous» ou: «Entre une mère et son fils, il n'y a aucune place pour le père.Il est de trop.» Autre comparaison avec le roman de Francine D'Amour, aussi accablante que les précédentes: ces passages en italiques, qui, dans Les Dimanches sont mortels, faisaient entendre les voix des personnages, rythmaient le récit en l'informant.Dans Le Crime inachevé, ce sont des dialogues imaginaires entre la narratrice et le fantôme de son père, qui commentent le livre en cours ou leurs rapports, sur le mode bêtement explicatif qui emprunte abondamment à la psychologie populaire.On y parle de «problèmes», de «besoins», d’un «déni de réalité».Ce récit d'Anne laurier qui se veut un crime — par dévoilement?— est raté, quelles qu’en soient les bonnes intentions.Le crime dont il est question dans le titre, c’est peut-être le meurtre d’un père admiré et détesté, celui d’un homme secret, peu doué pour la parole, que ce livre ressuscite tant bien que mal La narratrice a cet aveu, vers la fin de son récit: «Je ne sais plus comment parler de cet homme que j’ai si mal connu, donc si mal aimé.» On serait porté à lui donner raison.LE CRIME INACHEVÉ Anne laurier L’Hexagone, collection «Fictions» Montréal, 2002,171 pages T T É R A T U RE (J U E B E C O I S E Yourcenar vue par Lalonde SOPHIE POULIOT Après s’être intéressé à Gustave Flaubert dans la pièce de théâtre Monsieur Bovary, ou mourir au théâtre, Robert Lalonde rend maintenant hommage à un autre écrivain.Cette fois, c’est Marguerite Yourcenar, née de Crayeneour, qui est célébrée par l’auteur du Petit Aigle à tête blanche et de I/i Belle Epouvante, entre autres titres.«Tout grand amour est un jardin entouré de murailles», écrivait Yourcenar.C’est donc de l’amour qu’elle a partagé pendant plus de 40 ans avec l’Américaine Grace Frick que Robert I alonde a entrepris de faire le portrait.Lalonde s’est inspiré d’un épisode réel de la vie de la romancière, critique, historienne et essayiste d’origine belge, soit une tournée de conférences faite par Yourcenar à Montréal et à Ottawa, en octobre 1957, et cela pour élaborer une histoire où se mêlent amour et colère, séduction et douleur.Car non seulement Grace a, quelque temps avant ce périple, subi l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer, mais Marguerite sera hospitalisée d'urgence avant d’arriver à Ottawa à la suite d’une défaillance car- Komm I AïoNm UN JARDIN ENTOURE DE MURAILLES diaque — ce qui n’empêchera pas la première femme admise à l’Académie française de vivre jusqu’à l’âge de 84 ans.Mais la souffrance la plus aiguë qu’auront à subir les deux femmes sera un quiproquo, à partir d’une note écrite trouvée et mal interprétée, qui leur laissera croire, chacune de son côté, à la fin de leur relation.portrait ici tracé de Marguerite Yourcenar est celui d'une femme de tête, parfois acariâtre, souvent opiniâtre, qui ne tolère aucune faute de français chez ses interlocuteurs mais que la beauté des éphèbes bouleverse volontiers.Bref, un être au tempérament excessif qui ne trouve la paix qu'auprès d’une femme à l’humeur égale, cette Grace qu’elle ne manque pourtant pas de rudoyer lorsque Yourcenar est agacée par ceci ou par cela.11 n’est pas de tout repos, on le sait, de fréquenter un être de génie.La trame du récit est faite d’autant de réalité inventée (le quotidien de ces femmes qu’a imaginé lalonde) que de rêves, sans doute proches de ceux qui servaient d’inspiration à l'écrivaine, où apparaissent les personnages qui habitent ses romans, Hadrien, Anti-noüs et l’Homme obscur, par exemple.D’ailleurs, ce dernier, selon l’hypothèse de l'auteur, serait inspiré d'un homme rencontré au Quebec au cours de ce séjour, un médecin qui rêvait de devenir écrivain et que Yourcenar aurait rabroué sans détours.le roman de lalonde est donc essentiellement une étude de caractère, plutôt bien menée, quoique comportant son lot de redondances.La langue y est précise, élégante, se faisant parfois l'instrument de critiques sévères, comme dans cet extrait: «Ils LE CABARET BLEU Sheldon Currie Marie-Sissi Labrèche Beatrice MacNeil Claudette L'Heureux Orealis (musique celte) Chloé Sainte-Marie Gaétan Soucv Les mots dits musicaux (et les mots dits anglophones !) «f BU f METROPOLIS ïï Lundi 2 décembre 2002 à 19 h 30 Le Cabaret, 2111, boni.Saint-Laurent Billets: 6$ Tél.: (514) 790-1245 vvwvv.admission.com et sur place, au Cabaret i*i Canada CNSEU ?ES ARTS Lv MONTRÉAL KEY PORTER , BOOKS Lis Akis du Maurier y LIBRAIRIE METROPOLIS BLEU BUE METROPOLIS BOOKSTORE NICHOLAS HOARE • OLIVIERI -ABYA-YALA étaient beaux, c’est vrai, les trois chevaux, avec leur robe bigarrée, leur grand pas véloce, gracieux, leur ardeur impatiente de dieux galopants.Mais sans doute les desti-nait-on à quelque kermesse imbécile, à quelque film désopilant où, les pauvres bêtes, nourries de sucreries, se donneraient en spectacle à ces grands enfants éberlués et violents quêtaient les Américains, si sim de leur présent, si ignorants de leur passé, si insouciants de leur avenir, comme de celui du monde.» Du reste, les Québécois qui maltraitent leur langue ne sont pas épargnés par Yourcenar.Ou s’agit-il d’un jugement prononcé par Lalonde lui-même?Il est parfois difficile, au cours du roman, de départager les vont.Un jardin entouré de murailles a le mérite de faire connaître aux lecteurs la personne «[•••] vulnérable, effrayée, puis exaspérée, furieuse, emportée, fulminante [.]» que fut probablement la grande Yourcenar sans avoir à supporter les détails parfois ennuyeux que rapportent les biographies.Cependant, comme il se passe relativement peu de choses au cours de ces 200 pages, et puisque les rêves, les querelles et les moments de complicité ou de nostalgie partagés par les protagonistes — notamment en ce qui a trait à leur jeunesse envolée — sont plutôt répétitifs, on trouvera peut-être un peu long ce roman dont la finalité est essentiellement de rendre hommage à une grande auteure du XX1' siècle.UN JARDIN ENTOURÉ DE MURAILLES Robert Lalonde Boréal Montréal, 2002,204 pages Hors de la page, le gouffre CATHERINE MORENCY automne fut faste pour les lec- 1 leurs de Dominique Blondeau, qui dorme à lire deux œuvres plutôt qu’une.En effet, la récente parution de son quinzième titre, Larmes de fond, se faisait de concert avec celle d’un recueil de notes parues sous le titre Des grains de sel.De natures différentes, les deux ouvrages élaborent pourtant un dialogue commun, les réflexions de l’écrivaine répondant souvent aux troubles de ses personnages, alors que ces derniers révèlent au grand jour une part du questionnement de la femme de lettres.Dans Larmes de fond, Dominique Blondeau ne déroge pas à sa prédilection habituelle pour les plongées impérieuses au cœur des profondeurs humaines.«J’ai usé et j’use toujours de psychologie dans mes romans, écrira-t-elle dans Des grains de sel.Iss situations rocambolesques et tirées du subconscient ont ma préférence, elles reflètent ce que nous sommes dans le tréfonds insoupçonnable de nos esprits.» Ce roman, quoiqu’il possède son propre fil narratif, ne fait pas oublier les œuvres précédentes de l’auteure.Dans ce huis clos rassemblant trois femmes qui abordent le mitan de la vie (elles ont entre quarante et cinquante ans) avec une angoisse qui finira par unir leurs solitudes, les lecteurs fidèles reconnaîtront l’acuité de Blondeau au moment de sonder un passé inévitablement trouble.Pour cette romancière ayant fui le Maroc il y a trente-trois ans et pratiquant un métier envers lequel elle ne semble entretenir aucun mythe, l'écriture est encore une fois, à travers Larmes de fond, une vieri librairie »bistr Causerie avec Droit d’entrée et contribution au Centre québécois du P.E.N.international 12 $ 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com JOHN SAUL Littérature et liberté en ces temps de complexité Animateur Émile Martel Président Centre québécois du P.E.N.international Vendredi 6 décembre, 19 h Réservation obligatoire : 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.question de survie.Écrire pour comprendre les êtres qui l’entourent mais aussi pour se définir, se nommer, et se réapproprier une identité qui aurait pu se trouver dissoute dans l’exil.Ainsi tente-t-elle — et c’est peut-être la fonction ultime de la fiction chez Blondeau — d’exorciser les traumatismes ayant meurtri Julia, Agnès et Ulla Sylvia au cours de leur ; enfances troublées, violées, marquées par l’isolement et dépouillées d’un accès vital au rêve.Récits entremêlés de trois femmes ayant osé, à un moment ou à un autre, se soustraire à l’étau du réel par l’évasion ou par la transgression, ce roman traite, avec une acuité exempte de sensiblerie, de la quête qui porte ceux et celles qui n’ont pas encore trouvé leur place dans l’existence.Celle qui confie, au tout début des Grains de sel: «Je n’ose pas me demander — la question se pose parfois — si, habitant encore au Maroc, j’aurais écrit autant que je l’ai fait au Québec» révèle ensuite: «J’ai réalisé, année après année, que jetais confortable entre l’océan et le désert.» Or, en se livrant si librement, Dominique Blondeau offre certainement au lecteur la clé dénouant l’une des énigmes les plus récurrentes dans sa prose.Celle-ci, nourrie de paradoxes élémentaires et souvent insolubles, porte la marque d’une auteure qui s’est «convertie en un être civilisé mais profondément imprégné de paysages confondants».Ainsi poursuit-elle dans Ixirmes de fond l’exploration d'une réalité qui se forge sur la matière friable que sont l’imaginaire et le souvenir, matériaux impalpables dont elle extrait les enseignements qui veulent bien transcender l’inconscient pour percer le jour.«Écrire, pour Martin Winckler comme pour Blondeau (qui le cite en exergue de ses notes), ça se fait contre la mémoire et non pas avec.Ecrire, c ’est mesurer sa perte.» LARMES DE FOND Dominique Blondeau Editions de la Pleine Lune litchine, 2002,152 pages DES GRAINS DE SEL Dominique Blondeau Editions Trois:Pistoles, collection «Ecrire» Troisr-Rstoles, 2002,103 pages V IM 11 .I K S S A M K II I \ O V V M H li K K T II I M A \ ( | M H K K L E LE FEUILLETON Innombrables solitudes Si la conscience individuelle n'etait pas aussi developpee.si les gens n'avaient pas tant le sentiment qu'ils doivent réussir leur vie, s'ils n'éprouvaient pas de manière si aigue leur différence, s'ils n'etaient pas aussi instruits de leur unicité, s'ils n'etaient pas a ce point travaillés par leur désir d’authenticité et d’accomplissement personnel, en d'autres mots s'ils h étaient pas aussi conscients de leur finitude, aussi seuls devant leur destin, aussi privés de transcendance.que se passerait-il?Il nV aurait pas un tel livre que celui de Richard Ford.Ou bien celui-ci paraîtrait une telle aberration pour ses contemporains qu'il tomberait immédiatement dans l'oubli.Mais cela est impossible aujourd'hui.Chacun de nous sait bien qu’il vit dans un tel monde, sans gloire, seul, chevillé au manque.Toujours prêt à lâcher la proie pour l'ombre, a recommencer parce que rien ne comble.Pas plus le travail que l’amour — du moins ce qui en tient lieu dans cette civilisation où le désir protéiforme a remplacé l'attachement, jugé aujourd'hui une prison.Un n'est pas Deux.Deux n'est pas l n.et Un plus Un égalé.Un.Kn fait, pour être précis, moins que Un, car ce qui ne s’additionne pas se soustrait.Aussi chacun doit-il admettre qu'il risque d'être moins que lui-même s'il ne sait se donner à autrui, être aussi pour l’autre.Mais cela est-il encore possible?.La fragilité des perceptions Onze nouvelles, donc — sans doute pour ne pas faire douze, un chiffre rond, plein, biblique —, qui racontent les péripéties de jeunes couples de classe moyenne (avocats, écrivains, banquiers, experts-comptables, agents immobiliers), tous dans la quarantaine, parvenus à un tournant de leur vie.Tournant de leur vie est un bien grand mot.car gé- Jea tt-Pierre Denis ?neralement rien ne vient s'imposer de l'extérieur qui les obligerait au changement.Non.Plutôt un ressort qui, avec le temps, s'est distendu, ou qui soudainement se met à grincer, à couiner.Oh.pas grand-chose! Juste une petite musique qui se met à sonner faux, alors que tout semblait parfait."C'est une chose qui m'intrigue.La façon dont on perçoit sa vie est tellement fragile.» Remarque anodine, mais qui à tout coup indique que les choses ont déjà changé.La realisation de ce changement n'est plus qu'une question de temps.Réaliser le vide affectif, l’ennui que l'on a commencé à éprouver, ou, pire, le mensonge sur lequel repose la relation que l’on ne mettait pas en question.«[.] il se rendait compte qu 'il ne connaissait pas du tout sa femme; et que la conception même d’une connaissance de l'autre — la confiance, l'intimité, le mariage en soi —, si elle ne constituait pas à proprement un mensonge, puisqu'elle existait, en tout cas à titre d’idée [.], était pourtant tout à fait caduque, périmée, caractéristique d’un autre âge, malheureusement disparu.» Les hommes et les femmes sont ici égaux dans leur désarroi, bien que habitant des planètes dis tinctes.Lt partout l'adultère guette, faisant miroiter letincelle qui manque dorénavant.Pas une nouvel le où il ne s offre comme une solution, une ixissibi lite de renouvellement.Pourtant, et c'est la tragédie commune, personne n'est réellement dupe de cette operation illusoire et toujours décevante.-I.identité profonde et les convictions t.) s'expriment dans ce qu'on preserve ou ce qu'on ne peut changer (.] dans son milieu, la plupart croyaient que tout était possible à tout moment, et persistaient donc a tenter de devenir autre chose.Pourtant, au bout d'un certain temps, ces vérités individuelles se révèlent simplement irréfutables, quoi qu 'on dise ou quoi qu'on fasse pour les repousser Voilà tout-Dans cette Amérique qui soutire de surabondait ce et repose en même temps sur la vacuité, qui rêve de conquérir alors quelle a perdu «prise sur le monde», qui cherche a mondialiser son besoin de s émouvoir alors qu elle ne secrète plus qu'un sentiment de deuil mondialise-', il peut même arriver que le C anada apparaisse comme une terre promi se.«[.] sous bien des aspects, le Canada semblait supérieur aux Etats-l nis.Le Canada était plus sain d esprit, plus tolérant, plus chaleureux, moins chiea nier, tout en offrant plus de sécurité.Il avait même songe à s'y retirer, peut-être même dans Pile du Cap-lireton.où il n'était jamais aile -F h oui.Richard Ford n’est pas chauvin, du moins ne dédaigné pas imaginer qu'il y ait autre chose que les Etats-Unis.Mais ce n'est sans doute qu'un rêve compensatoire, car la Madeleine ('.ran ville de sa nouvelle intitulée Dominion n’hesile pas un instant à engager un acteur américain se faisant passer pour son mari afin d'engueuler son amant.Façon comme une autre de mettre fin à une rela tion.Mais tout cela se passe toujours de manière civilisée, l'Amérique dont il est ici question à travers ces personnages est une Amérique lisse, polie.sans veritable mechancete, avec toujours ce petit remords qui la rend sympathique et.finale ment, la disculpe.Les coupables sont partout, c'est a-dire nulle part.I es choses sont ainsi, tout simplement, et les gens font montre de bonne volonté.Qu'un ivre ait quitte le foy er familial pour aller vivre avec son amant n'a rien de surprenant, pas plus que le fait qu'il invite son fils a une partie de chasse des années plus tard, et que ce fils n'arrive plus à reconnaître son père (Appel).On se remet de tout.Hn somme, rien de tragique dans la mesure où ce qui détail la vie est aussi ce qui la refait.Mais certainement un sentiment de tristesse qui ne nous lâche pas tout au long de ces nouvelles qui additionnent des riens a des riens, des impressions à îles perceptions.de petits péchés a de petits horizons, pour mieux faire sentir ce qui manque.( "est fait finement, sans jamais entrer dans la psychologie des personnages, mais plutôt dans leurs désirs, l'errance de leurs sentiments.Au final, c'est meurtrier! On n'a pas fini d'entendre parler de ce Richard Ford qui, en LOti.obtenait le prix l’ulit zer et le prix Faulkner pour son roman Indépendance.cl qui' je comparerais volontiers a Raymond Carver, un autre très grand écrivain américain.(h’iiisj/Ka videotron.ea PÉCHÉS INNOMBRABLES Richard Ford Traduit de l'américain par Suzanne V.Mailloux Editions de l'Olivier Paris.L’IIOL', dû t pages LITTÉR A T V R E F R A N (, A I S K Retrouver l’intensité JOHANNE JARRY Connu en France pour son œuvre dramaturgique, Laurent Gaudé remportait il y a quelques semaines le prix Concourt des lycéens pour son deuxième roman, La Mort du roi Tsongor.On imagine (à tort) que les jeunes préfèrent une littérature mettant en scène des héros auxquels ils peuvent facilement s'identifier.Et pourtant, le roman de Laurent (Jaudé offre peu de repères au lecteur moderne.Récit épique ancré dans une Afrique ancestrale, il rappelle aussi les tragédies grecques par son intensité.Portée par un style poétique, cette énergie vitale traverse l’univers que crée Laurent Gaudé et rappelle au lecteur, qu’il soit jeune ou non, qu’exister est une question de vie ou de mort.Tsongor est roi de Massaba, un royaume qu’il a conquis en soumettant plusieurs peuplades à sa loi.Katabolonga, le dernier rescapé des massacres, met Tsongor au défi: il lui propose de devenir son serviteur, à la condition qu’il puisse un jour le tuer pour venger les siens.Tsongor accepte le pacte de Katabolonga.«En l’entourant de sa présence, il lui rappelait sans cesse ses crimes et le deuil.Et jamais, ainsi, Tsongor ne pouvait oublier ce qu’il avait fait durant ces vingt années de jeunesse.La guerre était là, dans ce grand corps maigre, qui marchait à ses côtés.Sans rien dire.Et qui pouvait à toi{t moment lui trancher la gorge.» A partir de ce jour, le roi cesse de piller et gouverne son royaume sans fracas.Demain, Tsongor va marier Sa-milia à Kouame.Massaba déploie toutes ses richesses pour honorer l’unique fille du roi.Toutefois, avant la nuit un cavalier demande à voir Tsongor.On met du temps à reconnaître Sango Kerim, celui que le roi a élevé comme un fils et qui a quitté son giron pour créer sa fortune afin d'honorer son tuteur.d iiiort i sensor Sango est de retour, à la tête d’une armée.Il veut que Samilia reconnaisse sa promesse de jeunesse: l’épouser.Que faire?Ce même jour, Katabolonga sent dans les frémissements de son corps qu’il est temps de tuer Tsongor.Mais une si longue fréquentation a usé son besoin de vengeance.le roi l’encourage; seule sa mort peut empêcher qu’éclate la guerre entre le clan de Sango et celui de Kouame.«Souffle sur ta colère d'autrefois.Elle est là.Il est temps quelle t’embrase à nouveau.Souviens-toi de ce que je t'ai pris.De ce que j’ai détruit.Nous sommes deux au milieu d'un campement immense de guerriers arrogants.» Katabolonga cède.Avant de mourir, Tsongor convoque Souba, le plus jeune de ses fils, et lui demande de partir construire sept tombeaux qui rappelleront l’homme qu’il fut La mort de Tsongor n’empêche rien.L’affrontement a lieu.Samilia se range, fidèle à sa promesse d’an-tan, du côté de Sango Kerim.Mais Kouame refuse d’abdiquer; leurs armées se battent sans merci.Massaba est détruite, et la famille, anéantie.La guerre dure des an- LIBER LABORATOIRE D’ETHIQUE PUBLIQUE ENAP-CHAIRE FERNAND-DUMONT (iNRS) Éthique publique, vol.4, n° 2 Éthique préventive COLLABORATEURS Alaa-El-Din Awad André Beauchamp Gaelic Bombereau Sébastien Brunet Frédéric Claisse Jean Constance Frantz Denat Olivier Godard Francisco Klauser Francis Moreault MRM Daniel Parent Johane Patenaude Thierry C.Fauchant Eric Volant Yves Rogister Jean Ruegg Edwin Zaccaï Catherine Zwetkoff uoriaie « ethmu« sociétal* tt ghivermnienUK ^th,qpféventive ¦at* *•* p«intr»|i*qw 236 pages.20 dollai nées, pendant lesquelles Souba accomplit la mission que lui a confiée son père.Trahie, Samilia tourne le dos au monde des hommes et s’enfonce dans le désert.Quant à l’esprit de Tsongor, il erre dans le monde des vivants et voit tomber ceux qui sont victimes d'une guerre provoquée par sa lâcheté.Tourmenté, il ne trouvera le repos que lorsque Souba conduira son corps à son dernier tombeau.Dans une entrevue qu’il accordait au magazine Le Matricule des anges en novembre 1999, I au rent Gaudé, parlant de ses pièces de théâtre, constatait sans toutefois pouvoir l’expliquer l'importance qu’il accorde au mythe dans son écriture.Peu intéressé à repro- duire la vie telle qu’elle esl, l’auteur préfère explorer la sauvagerie, la barbarie.Son dernier roman témoigne de cette démarche sans aucune gratuité.Il éclaire la violence que chacun porte en soi et la façon dont l’orgueil peut être un puissant déclencheur.L’honneur et la fidélité sont des valeurs que le récit de Laurent Gaudé réaffirme avec force, sans grandiloquence.Est-ce ce qui nous fait frémir au moment de franchir le seuil de ces paysages lointains?Une chose est sûre: on veut poursuivre la lecture de cette œuvre avec Cris, premier roman de l’auteur, et découvrir les textes dra-maturgiques, également publiés chez Actes Sud.IA MORT DU KOI TSONGOR PRIX VICTOR-BARBEAU DE L’ACADÉMIE DES LETTRES DU QUÉBEC RENÉ LAPIERRE L’entretien du désespoir LES HERBES ROUGES / ESSAI Luirent Gaudé Editions Actes Sud Ai les, !?(K)1?, l?llô pages Prix du Gouverneur général 2002 Romans et nouvelles WBl.à III LARUE « Monique LaRue nous offre un regard pénétrant sur le monde de l’éducation.Son roman, d’un style éblouissant, est une fête de l’esprit.» Réginald Martel Momqiii I.aKli LA GLOIRE DE CASSIODQRE ] « De rironie comme l’un des beaux-arts.» .J sstir icQ uci dy / tpUr u PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL 2002 de la jpi ifm Chants polaires « Chants polaires est l'un des très rares recueils où mots et images participent du même souffle poétique, comme si l'encre des mots el des photos avait gelé au même instant.» > Régis Tremblay, Le Soleil (514) 524-5558 lemeac4IMemeac.com 5 Pierre Frliion) LA GLOIRE | ~1de CASSIODORE Roman 304 pages • 24,95 $ Boréal www.edltionsboreal.qc.ca L K 1) K V 0 I K .I.R S S A M K I) I 3 0 Y O V K M B K F.FT I) I M A Y THF I '11 L> F t F M B H F 2 0 0 2 Littérature ESSAIS Histoires amérindiennes Il y a des travaux d’historiens qui, a cause de leur caractère spécialisé et peu à la mode, ne feront jamais les manchettes.Ils n'en demeurent pas moins, souvent, essentiels a une compréhension juste de notre passé, sans laquelle, on le sait, des pans de notre présent risquent de nous échapper.C’est le cas, entre autres, des travaux que mene Jean-Pierre Sawaya au sujet des Indiens de la vallée du Saint-I^iurent au XVIII' siècle.Dans Alliance et dépendance, l'historien, en se basant sur «les archives de Sir William Johnson, le surintendant britannique des Affaires indiennes, et celles de Daniel Claus, son délégué à Montréal», expose «comment la couronne britannique a obtenu la collaboration des Indiens de la vallée du Saint-Laurent entre 1760 et 1774».Cette histoire de la soumission des Amérindiens domiciliés (convertis au catholicisme) de la vallée du Saint-Laurent (Iroquois, Algonquins, Nipis-singues, Murons, Abénaquis) est celle d’une entreprise réussie de manipulation et de menace de la part du pouvoir britannique.Utilisant les Iroquois, avec lesquels ils étaient déjà familiers, afin de s’imposer a l’ensemble des Amérindiens, les dirigeants britanniques parlaient d’alliance au moment même ou ils travaillaient sans relâche à instaurer un rapport de dépendance absolu.Contraints, par faiblesse, de jouer ce jeu, les Iroquois du Canada en ont tout de même profité pour s’élever au-dessus des autres nations, désormais aux prises avec la couronne anglaise: «Toutefois, cette union fut source de leur pouvoir et de leur prestige.En même temps, elle fut la source de leur servitude et de leur assujettissement.» Alliés des Anglais contre les séditieux de tout Jïk Louis Cornellier ?acabit en 1761, contre Pontiac le révolté en 1765 et à plusieurs reprises ensuite, même lorsque des intérêts indiens sont en jeu, les Iroquois du Canada, doublement soumis dans la mesure ou, au pouvoir britannique, s’ajoute pour eux l’autorité de la Confédération des Six-Nations (les Iroquois du sud), subissent un triste sort: «C'était là un des paradoxes de l’alliance entre les Anglais et les domiciliés: les Iroquois allaient mourir pour des gens qui ne voulaient même pas d'eux, pour des officiers qui n’étaient pas du tout prêts à sacriHer leurs hommes quand ils pouvaient envoyer quelques Indiens se faire massacrer à leur place.» Alliés mais soumis, donc.Privilégiés par rapport aux autres, mais uniquement dans la mesure ou ils acceptaient de jouer le rôle de valets obséquieux de la couronne britannique.Voilà le sort de ces Amérindiens à la suite de la Conquête de 1760.Que retenir de cette triste histoire?Peut-être cette conclusion, qui trouve des résonances dans le présent: «Derrière l’alliance entre les Anglais et les Amérindiens se cachent les vrais rapports entre le conquérant et les conquis: la domination, l’exclusion, l’apartheid.On en sous-estime trop souvent les processus.Et pourtant, l'affreux germe des réserves y trouve ses racines.» De l’espionnage franco-indien Travail de recherche historique lui aussi très pointu, le Stratèges, diplomates et espions - La politique étrangère franco-indienne, 1667-1701, de l’historien Sylvain Fortin, ne risque pas de se retrouver sur la liste des meilleurs vendeurs.Son propos, cela dit, s’avère tout de même passionnant parce qu’il explore des chemins historiques peu fréquentés.Si, en effet quelques chercheurs se sont intéressés aux enjeux politiques et économiques de cette période et aux moyens diplomatiques officiels mis en œuvre par les acteurs en présence, «en ce qui concerne les moyens stratégiques souterrains, l’historiographie est, à toutes fins utiles, inexistante».Aussi, après avoir établi un portrait d’une remarquable clarté des intérêts commerciaux, militaires et politiques des acteurs en cause, c’est-à-dire la Nouvelle-France, les nations des Pays d’en Haut, la Nouvelle-York et l’Iroquoisie, Sylvain Fortin présente avec brio les stratégies souterraines que ces mêmes acteurs ont utilisées «afin d’assurer leur sécurité, de faire valoir leurs intérêts et d’atteindre leurs objectifs géopolitiques réciproques».Pullulent, donc, de part et d'autre et dans tous les sens, pendant cette période très instable sur le plan politique, «la désinformation, les négociations secrètes, la propagande, la corruption des personnes influentes et l'espionnage».Travail d’ethnohistoire (c'est-a-dire qu'il évité la perspective coloniale ou française) basé sur des sources multiples (récits de voyage.Relations des Jésuites, récits d'historiens comme Charlevoix, par exemple, et correspondance entre la cour de France et les administrateurs coloniaux), cette étude a le mérite, comme l’indique à juste titre le préfacier Alain Beaulieu, de nous plonger «dans le quotidien de la géopolitique franco-aménndienne» et de nous faire rencontrer des nations amérindiennes très peu «sauvages», «aux traditions diplomatiques bien établies, conscientes de leurs intérêts et capables de manœuvrer habilement pour les faire valoir».louiscornellier@parroinfo.net ALLIANCE ET DÉPENDANCE Comment la couronne britannique A OBTENU LA COLLABORATION DES INDIENS DE LA VALLÉE DU S.AINT-LaURENT ENTRE 1760 ET 1774 Jean-Pierre Sawaya Editions Septentrion Sillery, 2002,206 pages STRATÈGES, DIPLOMATES ET ESPIONS LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE FRANCO-INDIENNE, 1667-1701 Sylvain Fortin Éditions Septentrion Sillery, 2002,304 pages P II 1 L O S O P H Une sagesse pour notre temps GEORGES LEROUX La vie réussie n’est sans doute jamais qu’un autre nom de la vie heureuse, et une réflexion sur la réussite ne peut éviter de répondre à la question de la nature du bonheur.Mais là où tant d’autres penseurs contemporains résistent, devant le foisonnement des formes de vie favorisé par l’individualisme moderne, au projet de formuler une sagesse pour notre temps, Luc Ferry poursuit avec cet essai une recherche entreprise dans ses livres précédents (surtout L’Homme-dieu, ou le sens de la vie.Grasset, 1996, et La Sagesse des modernes, avec André Comte Sponville, Robert Laffont, 1998) sur la possibilité d’un nouvel humanisme.La réponse, très lisible, n’est cependant ni simple ni assurée, elle est proposée au terme d’un long parcours historique qui mettra à rude épreuve les lecteurs impatients, mais qui mérite l’effort exigé pour le suivre: cette réponse refuse aussi bien le matérialisme scientiste que le spiritualisme édulcoré des nouvelles transcendances.la troisième voie de Luc Ferry est une voie kantienne, faite de confiance en la raison universelle.Respectueuse des positions traditionnelles, elle est aussi consciente de la nécessité de les dépasser.la question des modèles Qu'est-ce que réussir?C’est d'abord accomplir, réaliser une fin, atteindre des buts qu'on s’était fixés, et à pro[X)rtion que cette détermination est toujours plus individuelle, la réussite est de moins en moins définie par la conformité avec des valeurs conventionnelles.Là où les Anciens avaient placé dans des modèles transcen-dants — l’ordre de la nature, Dieu — les normes auxquelles il s’agissait de se conformer dans la vie, l'expérience contemporaine renvoie l’individu à lui-même et ne lui impose aucune hiérarchie qu’il n’ait d’abord adoptée.Rêve-t-il de posséder, son bonheur sera la possession.Rêve-t-il de séduire, son bonheur sera la jouissance.Rèv(4-il de dominer, son bonheur sera le pouvoir.Les hiérarchies traditionnelles, reprises de Platon à Kierkegaard, et toujours renforcées par les éthiques religieuses, n'hésitaient aucunement à placer la jouissance et la possession comme des formes de vie inférieures au pouvoir et à l'honneur, mais celles-ci n’étaient encore que des tremplins possibles vers le génie et la sainteté.Le culte moderne de la performance, qu’on peut voir comme l’héritier des formes inférieures de l’éthique traditionnelle, n’est cependant plus compensé aujourd'hui par une forme de vie qui le transcende: dans son exigence démesurée, il est devenu une nouvelle tyrannie.Or la question du bonheur est pour chacun la question de la valeur de la vie: pour chaque geste qu’il fait, pour chaque décision, chacun se demande si ces derniers contribueront à la réussite de sa vie, mais aucune réponse n’est possible si les finalités n’ont pas été clarifiées.Luc Ferry pense que ce devoir de clarification passe d’abord par une élucidation historique des finalités modernes et son livre emprunte un chemin très différent des éthiques d’inspiration aristotélicienne qui fleurissent actuellement dans la pensée anglo-saxonne: alors que celles-ci s’engagent dans la recherche de nouvelles manières de déterminer des tins vertueuses (comment être heureux en devenant meilleur), son travail cherche d’abord à déterminer les conditions de possibilité des formes de vie pour le sujet contemporain.Ce que serait la vertu ne peut être identifié que si sa possibilité est éclairée par les conditions du présent.Vers l’intensité: Nietzsche Ces conditions sont nouvelles: la réussite d'une vie ne peut plus s’évaluer selon sa conformité à des modèles transcendants, et les souffrances comme tous les renoncements ne sont plus la monnaie rédemptrice d'un paradis à venir.Seul le présent peut être interrogé, autant pour le bonheur que pour la vertu.Cette situation résulte d’une profonde mutation dont le foyer d'interprétation est la pensée de Nietzsche, à laquelle Luc Ferry consacre la première moitié de son livre.Pourquoi?Par- ce que au-delà de la religion et de la métaphysique, Nietzsche est le premier à avoir affronté le poids de la liberté et de la solitude moderne.Critique des anciennes servitudes, il est aussi le héraut de la volonté de puissance et de l’éternel retour, dans lesquels le moderne est invité à voir les formes nouvelles des fins qui lui sont accessibles: d'abord l’intensité (être soi-même, être authentique), dont l’art constitue le destin privilégié; ensuite, l’infini de l’investissement (choisir les expériences qui méritent d’être infiniment répétées et refuser les autres), dont la vie de pensée est 1',accomplissement exemplaire.A la différence des Anciens, qui étaient appelés à découvrir leur place dans un ordre qui les transcendait, les modernes sont invités à inventer le sens de leur vie et à choisir dans un répertoire quasi infini de formes de vie.Seules les limites de leur naissance et de leur talent naturel peuvent contraindre cette liberté, convoquée par ailleurs à tous les dépassements.C’est ce que Nietzsche appelait «le grand style».Le moment nietzschéen est donc celui de l’intensification maximale de sa propre vie, il s’accomplit quand chacun se transforme en artiste de son existence.Les exigences de la solitude sont d’abord celles de la réconciliation avec les forces contradictoires de la vie: la vie réussie est celle du geste parfait, la balle attrapée au bond, la percée de l’art, la discipline qui engendre la légèreté.Au cœur de cette éthique, le fragment 1881 de La Volonté de puissance: «Vis de telle sorte que tu puisses souhaiter revivre!» Agir, donc, de telle sorte qu’on souhaite infiniment répéter ce qu’on décide de faire.La définition des fins A qui une éthique aussi haute peut-elle s’adresser?L’éternel retour recoupe les idéaux bouddhistes dans son idéalisation d’un présent pur et, avec le grand style, il constitue la seule résistance possible à la tyrannie d’une norme extérieure, comme celle du culte de la performance.Mais aux yeux de Luc Ferry, cet idéal demeure encore indifférent aux fins: l’intensité et le style sont certes la condition du moderne renvoyé à sa propre force, mais l’horizon ainsi dessiné demeure vide.Peut-on le réenchanter en recourant aux sagesses de l'Antiquité grecque?Dans la partie de son livre qu’il consacre aux stoïciens, Luc Ferry montre qu’en dépit de la grandeur de leur idéal moral de béatitude, ces penseurs demeurent prisonniers d’un ordre transcendant, celui d'une nature divinisée, et qu'en ce sens ils ne sont pas foncièrement différents des théologiens chrétiens: la sagesse qu’ils proposent est celle d'une réconciliation avec le cosmos divin, alors que le présent impose la formulation d’une transcendance séculière.Ni Épictète ni Spinoza ne peuvent nous libérer des ornières du matérialisme: réussir sa vie, ce ne peut être seulement consentir à son destin naturel et au règne de l’utilité, ce doit être aussi accomplir une fidélité à des valeurs jugées nécessaires.Mais il ne saurait être question non plus de se replier sur la nostalgie de transcendances religieuses passées.Nietzsche, jugé essentiel, doit être ici complété par Pascal et Kant: Xamor fati doit se dépasser dans un amour qui rend possibles de nouvelles transcendances, dont la formulation est l’enjeu d’un humanisme postmétaphysique.Le livre se clôt sur quelques propositions qui permettent d’en entrevoir le contenu, notamment les valeurs du respect du singulier dans la recherche maintenue de l’universel.Un programme kantien qui ne pourra sans doute éviter dans sa réalisation la proposition d’une doctrine de la vertu.Si réussir, c’est atteindre une fin, et si la formulation des fins est désormais notre responsabilité, réussir, c’est aussi exceller, non seulement au sens de «performer», mais au sens de devenir meilleur, de vivre dans la sphère du bien, et à ces questions il sera encore plus urgent de répondre.QU’EST-CE QU’UNE VIE RÉUSSIE?, Luc Ferry Editions Bernard Grasset Paris, 2002,487 pages Pour des heures * f' J «c w/.L'abécédaire f pays imaglnaîTes | L'ABÉCÉDAIRE DES PAYS IMAGINAIRES Maude Bonenfant • Réjane Bougé 64 p.19,95$ Lancement le dimanche 1" décembre de 16h à 18h L'écume des jours, 125 rue Saint-Viateurouest, Montréal L'ABÉCÉDAIRE DES ANIMOTS Marjolaine Bonenfant • Robert Soulléres 64 p.19,95$ L'ABÉCÉDAIRE DES ROBOTS Jacques Thtsdel • Alexis Lefrançols 64 p.19,95$ O vie ri Mibrairietbistrcfi OC ( ¦//r: c/e-r 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