Le devoir, 15 juillet 2006, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 .1 1' I L L E T 2 0 0 6 Senor Coconut : électro-mambo pour une fièvre jaune Page E 6 CINÉMA Lemming: Pesprit, l'humour et la grâce réunis Page E 8 Y 'W # J, I , àif .fi jlfli RANDY MACK BISHOP de vue 11 estjamais trop curieux A l’aube de la quarantaine, Patrick Senécal est professeur de littérature et de cinéma au Cégep de Drummondville depuis 1994.11 est l’auteur d’une pièce de théâtre, Les Aventures de l'inspecteur Hector, montée au théâtre La Licorne en 1997.Il a aussi scénarisé, en collaboration avec Éric Tessier, son roman Sur le seuil (1998), que Tessier a porté â l’écran en 2002.11 travaille présentement à l’adaptation cinématographique de ses nouvelles et met la dernière main A un roman intitulé Le Vide.Patrick Senécal est membre de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois.PATRICK SENÉCAL Grégoire Lévesque ouvre les yeux, la tète lourde, assis dans un vieux fauteuil.La pièce dans laquelle il se trouve lui est totalement inconnue.D’une dimension de quinze mètres sur vingt, ses murs sont en ciment et le sol, en terre meuble, l^a pièce est peu meublée: une armoire en métal, un coffre, une grande table avec des bracelets métalliques aux extrémités, deux ou trois objets qui traînent.Aucune fenêtre.le tout éclairé par un néon maladif au plafond.Sûrement une cave.la dernière chose dont se souvient Lévesque est son trajet habituel pour retourner chez lui.Il a quitté le journal vers 18 heures et est sorti du métro quinze minutes plus tard.Après avoir marché quelques minutes sur Mentana, il s’est engagé dans la petite ruelle qu’il prend tous les jours.Puis, en même temps qu’on le tirait par derrière, quelque chose d’humide s’est pressé contre son nez.et plus rien.Première évidence: on l’a enlevé.On Ta enfermé ici, dans cette cave obscure et sale.Pourtant, il n’est pas attaché.— Comment vous sentez-vous?la journaliste sursaute et regarde derrière lui.Près d’une porte se tient un homme dans la trentaine, les bras croisés.11 fait quelques pas et s’arrête, étonné.— Vous avez l’air plus vieux en vrai, dit l’inconnu.Pourtant vous avez à peine cinquante ans, non?Lévesque le reconnaît et n’en croit pas ses yeux.— Alex Sirois! — Au moins, vous avez la décence de reconnaître les écrivains que vous plantez.Et comme vous les plantez presque tous, votre mérite n’en est que plus grand.Alors Lévesque comprend: Sirois l’a enlevé [xnir se venger des mauvaises critiques du journaliste.Pathétique! Et surtout enfantin! T ous les médias sont en ad miration devant Alex Sirois, le populaire écrivain de thrillers.Et la vedette n’accepte pas qu’un seul d’entre eux fasse entendre une voix discordante?Ijêvesque ne peut s'empêcher d’émettre un ricanement de mépris, mais Sirois, comme s'il avait lu dans ses pensées, lève un doigt: — Ce n’est pas ce que vous pensez.En fait, je tiens a vous dire que vous avez raison.Le critique fronce un sourcil.Avec une moue contrainte, Sirois explique: — Dans vos critiques, vous dites que je décris des meurtres et des tortures, mais comme je ne connais pas moi-même la souffrance et la peur, je suis incapable, dites-vous, de les faire ressentir aux lecteurs.Et vous avez tout a fait raison.Un bon écrivain doit être curieux et vivre les émotions qu’il écrit s'il veut créer des personnages réalistes.J’ai donc décidé de suivre votre conseil.Il commence à marcher de long en large sous l'œil ahuri du journaliste.— Dans mon prochain roman, un étudiant intello est le souffre-douleur d'un dur à cuire.Durant une bonne partie du livre, le malabar donne une série de raclées à llntello et je voudrais que cela soit très, très réaliste.Ia’s traits de Ijêvesque se contractent soudain d’inquiétude.Mais Sirois précise aussitôt: —- Dans le roman, la narration sera du point de vue de l'intello.Ijêvesque n'est pas sûr de bien saisir.Est-ce que Sirois est assez fou pour.Ijc critique se rappelle qu’il n’est pas attaché.D’un bond, malgré sa tête toujours lourde, il se jette vers la |x>rte, tente de l'ouvrir mais en vain.— La clé se trouve dans cette armoire, fait l’écrivain.Il indique l'armoire de métal.Ijêvesque se précipite et constate quelle est fermée avec un cadenas.— Et le numéro de ce cadenas est ici.Sirois pointe son front.I évesque se tourne vers lui, déconcerté, tandis que l'écrivain, les mains dans le dos, ajoute: — Cette armoire renferme aussi l'antidote.— L'antidote?Du poison que je vous ai injecté durant votre inconscience.Evidemment, c’est un jHiison que n'importe quel hôpital |>ourrait détruire en un tournemain, mais comme la clé de la porte est aussi dans l’armoire, je vous conseille de miser toutes vos chances sur celle-ci.Il regarde sa montre: — Il vous reste environ une heure.Peut-être moins, li's vrais poisons ne sont pas aussi précis que dans les filins, vous savez .— Vous êtes fou! — Vous n'en êtes pas a une insulte près.le critique s'approche de Sirois et constate que l'écrivain est non seulement plus jwtit que lui.mais plus maigre, plus chétif.— Donnez-moi le numéro! — C'est avec de tels arguments que vous espérez me convaincre?Et Sirois prend une grande respiration, nerveux et excité a la fois.Ijêvesque, apres une breve seconde d'hésitation, donne un coup de [xiirig a la mâchoire de son geôlier, un coup maladroit provenant d’un homme qui ne s'est iras battu depuis son adolesc enee mais qui est tout de même costaud.Sirois titube vais le choc et ouvre de grands yeux stupéfaits.— Ça alors! C'est la première fois qu’on me frappe, vous vous rendez compte?VOIR PAGE K 2 POINT DE VUE Il sort un calepin de sa poche et se met à écrire fébrilement, les lèvres dégoulinantes EXPOSITION L’Eden, en haut de l’escalier Le MBAM se penche sur la photo et la vidéo dans l’art contemporain STÉPHANE BAILLARGEON Le seul petit tout petit problème est le titre.Son et vision.Pas fort fort Même si ces mots résument les choses en question, a savoir ‘limage photographique et vidéographique dans t ari contemporain au Canada comme l’indique le sous-titre de la nouvelle exposition estivale du Musee des beaux-arts de Montreal (MBAM).Une très belle et très instructive expo, par ailleurs.Le travail aurait pu s’intituler Stairuas to Heaven Comme la chanson?Oui.comme la chanson.Les muséologues y ont pense.Seulement la reference au megahypersuper tube de Led Zeppelin sautait aux oreilles sitôt le titre lâche H fallait donc une autorisation spéciale des ayants droit comme le musée en avait obtenu une des mandataires de Serge Gains-bourg en reprenant l’appellation Sous le soleil, exactement pour La récente exposition sur le paysage en Provence.Les conditions légales s’avéraient plus complexes dans ce nouveau cas.Dommage.Stairway to Heaven dirait exactement ce qu’il faut en pointant vers certains themes forts de l'exposition, le portrait d'un monde •sorti de Lere des illusions- constatant ‘l’obsolescence des mythes modernes-.comme le résumait le commissaire Stéphane .Aquin lors d une visite de presse, phis tôt cette semaine -Avec la mode, la musique populaire est ce qui traduit le mieux un moment historique, une époque», poursuit le conservateur a l’art contemporain du MBAM dans le petit catalogue qui accompagne l’exposition.‘Dans un temps de réflexivité historique corn me le nàtre.ou nous ne cessons de mesurer et de commenter notre écart par rapport a certains moments passés — l’utopie des années soixante, les paradis arti-fiaets des années soixante-dix — la référence a la mu stque s'impose Mais la musique, c'est aussi l'émcjtvm.l’emportement, le sublime • Sans bien sûr oublier qu'un hit peut en cacher un autre.En anglais.Sound and Vision évoqué une vraie de vraie chanson de David Bowie ADons-y donc avec ce compromis finalement bien acceptable V/*i et vtsu/n découle d'une premiere collaboration entre Es trois grands musées des beaux-arts du pays (Montréal.Ottawa, Toronto) pour proposer une lecture de l'art contemporain canadien sous l'angle de la transformation et du développement des pratiques photographiques et ac cessoirement vidéographiques Montréal, Toronto, Vancouver Une cinquantaine d'œuvres composent le cornus très agréablement déployé dans le pavillon nord de La rue Sherbrooke Ijes espaces autour de l’escaber VOIR PAGE E 2 ÉDEN 0 K 2 POINT DE VUE Alors, la rage et la terreur balaient le peu de sens moral qui, après quinze ans d'assassinats littéraires, subsistait toujours dans l'âme du journaliste SUITE DE LA PAGE E 1 Il masse sa joue: — C’est pas du tout comme je l’imaginais.Très J intéressant.Enragé par l’arrogance de l’écrivain, Lévesque porte un second coup, cette fois beaucoup plus précis et beaucoup plus fort.Sirois tombe littéralement sur le sol, se redresse et crache un jet de sang, ravi: — Vous m’avez cassé une dent! Il faut absolument que je me souvienne de cette sensation! Il sort un calepin de sa poche et se met a écrire fébrilement, les lèvres dégoulinantes.Affolé, Lévesque s’acharne sur le cadenas et l’ar moire.En vain.Il fouille la cave, trouve une vieille batte de baseball et commence à frapper sur le cadenas.Il l’eut frappé avec un mouchoir qu’il aurait obtenu le même résultat.11 se tourne donc vers Sirois, batte levée, visage grimaçant — Donne-moi le numéro, ostie de malade! Sirois, qui s’est remis debout, fixe la batte, le regard étincelant d’une fascination malsaine.— Oh! Je crois que ça va.devenir.vraiment intéressant, là, non?En grognant, l/vesque vise les jambes.la batte atteint le tibia et, en criant, l’écrivain s’écroule à nouveau.Aveuglé de rage, le journaliste donne deux, trois coups, principalement dans les flancs.Il s’arrête, à bout de souffle, et dévisage Sirois à ses pieds qui, malgré ses côtes cassées, ricane en regardant le plafond: — Vous aviez tellement raison, monsieur Lévesque.Je parlais de choses que j’ignorais complètement.Il a un haut-le-cœur, grimace et bredouille: — Vous saviez, vous, que la douleur donne envie de yorair?Eperdu, le critique lâche la batte et se dirige vers le coffre qu’il ouvre: tournevis, pince, marteau.11 prend les deux premiers et retourne à l’armoire.Pendant quinze minutes, il s’acharne sur le cadenas, mais réussit à peine à le rayer.Couvert de sueur, tremblant de peur, gémissant malgré lui, il se tourne vers Sirois qui, toujours sur le sol, écrit à toute vitesse dans son calepin, en remuant les lèvres silencieusement.Alors, la rage et la terreur balaient le peu de sens moral qui, après quinze ans d’assassinats littéraires, subsistait toujours dans l’âme du journaliste.11 se jette sur son geôlier, s'assoit carrément sur lui et lève le tournevis en lui hurlant de lui donner le numéro.Aussi terrifié qu’excité, l’écrivain refuse.Le tournevis s'abaisse et cloue littéralement la main droite de Sirois au sol, provoquant un cri terrible.«Dieu du ciel, qu’est-ce que je fais-là?» Mais, tel un homme dévalant une pente si raide qu’il ne peut plus s’arrêter de courir, Lévesque lève à nouveau l'outil et, cette fois, le plante dans l’épaule gauche.Ensuite, c’est la pince qui se sai sit du nez et qui le tord dans tous les sens, le casse et le broie.Lévesque, qui se serait cru incapable trente minutes plus tôt de poser des gestes aussi barbares, ne réalise plus ni la démence de ses actes, ni la souffrance qu’il inflige: il ne voit qu’un fou qui doit cracher les trois chiffres qui lui sauveront la vie, sa vie qui va s'envoler d’ici trente minutes, et ce, pour rien, absolument pour rien! Sirois crie, hurle, vomit, râle, mais ne donne aucun numéro.Lorsque Lévesque lâche enfin son nez en charpie, l'écrivain a la force de marmonner, souriant sous le sang qui recouvre son visage: — Ali, monsieur l.evesque!.Grâce à vous, je vais vraiment devenir un grand écrivain! la vision déformée, se sentant lui-même sur le point rie basculer dans la folie, le critique approche son tournevis près de l’œil en vociférant: — Je vais te crever les yeux, t’entends?Je vais te crever les yeux! — OK, ça suffit! ricane alors Sirois avec les quelques forces qu'il lui reste.Je [xatse que j’ai suffisamment compris, maintenant! 11 marmonne les trois chiffres, l.evesque se précipite sur le cadenas, le tourne avec ries doigts tremblants, puis la porte s’ouvre.Il voit sur la première ta blette une fiole qu’il prend et boit d’un seul trait.11 fronce les sourcils, regarde la fiole avec incrédulité et se retourne en clamant: — Mais c’est juste de l’eau, ça! 11 a tout juste le temps de voir Sirois, debout tout près de lui.batte brandie, avant que cette dernière ne l’atteigne eu plein front.Etendu sur le sol.il ne perd ('as conscience, mais est si étourdi qu'il ne peut bouger.A travers sa vision confuse, il voit Si rois prendre deux paires de menottes dans l’armoire.11 en met une aux poignets du journaliste, une autre à ses chevilles, puis se redresse.Ensanglante, mal en point, il a tout de même repris une certaine vigueur A force de critiquer de mauvais polars, vous avez fini par y croire vraiment, marmonne-t il.Vous avez réellement cru que je vous avais injecte un poison?Lévesque a nuintenant parfaitement recouvre ses esprits.Sur le sol, il se demène comme un diable mais, menotte aux mains et aux pieds, il ne réussit qu'à si- tortiller de manière grotesque.— C’est vous qui vouliez souffrir! lance-t-il, désespéré.Vous vouliez comprendre les souffrances de votre narrateur, alors pourquoi vous en prendre à moi?Sirois crache du sang, caresse doucement son nez en bouillie.— Oh.mais je continue a agir en professionnel, ne craignez rien.C'est que, voyez vous, durant une bonne partie du roman, le personnage narra leur est la victime, certes, mais au cours des derniers chapitres, il capture le dur a cuire qui lui a mene la vie si dur et.pour se venger, l'enterre vivant.Il retourne à 1',innoire, en sort une pelle et lance un regard étincelant à son prisonnier.— Je dois comprendre toutes les sensations de mon personnage, vous comprenez?Lévesque se met à haleter.Il ne ressent plus aucune colère.Il ne reste que la peur, pure, totale, bit tandis qu'il commence à creuser.Sums s'exclame d'une voix émue: — Merci, monsieur Levesque.Vos critiques a mon egunl auront vraiment ete constructives.% » E V 0 I R .LES SAMEDI 15 ET DIM A .V C H E I fi J E I L L E T 20 0 0 -» Livres •»- POÉSIE QUÉBÉCOISE Dans la frayeur de vivre HUGUES CORRIVEAU Le livre est sombre, comme rarement on en rencontre, sombre et lucide, manifestant une inquiétude ontologique profonde, une sorte de misanthropie suffocante, mais mâtinée d’une sincérité qui nous touche souvent, tant le désarroi s’y traduit par des confidences d’une forte authenticité.Le poids des images Par contre, il faut avoir le courage de confronter «l’épais brouillard de [sjes pensées», le «blaspheme de la lumière», le «délabrement de [s]a mollesse», les «cratères de solitude», les «copeaux de bonheur», «le dessèchement du silence», «son vêtement de maléfices», son «manteau de regrets», un «tison de tracas», «les fleurs froides du feu», «le grand bouc du sommeil», pour parvenir aux «profondeurs de l’être» et au «dé des durs aveux»l Cessons là! Cette poésie est parfois si lourdingue que le livre nous en tombe des mains, qu’on en reste pantois.Faut-il publier dans la collection dont on est soi-même le directeur pour éviter tout élagage?Rob-bert Fortin est, au demeurant, un trop bon poète pour qu’on ne se désole pas, çà et là, devant tant de pesanteur.Heureusement, la voix Il lui suffit pourtant de nous confier qu’il est «exposé aux grands vents le cœur cloué par terre» pour que nous renouions avec la vigueur qui a fait reconnaître cette œuvre.On accompagne le poete dans ses confidences: «si [la parole] est au service d'un poème / je voudrais qu'elle m'initie à la naissance du jour/ comme le prolongement de ma propre demeure».Que n’est-ce toujours ainsi! On le sait dans le déséquilibre qui le mène à chercher ses repères, à vouloir donner à sa vie des assises plus fortes pour supporter les grands changements de l’heure, les mouvances modernes qui déséquilibrent: «même si la société me semble un ver au creux d'un fruit pourri je vais dans la direction des arbres en pensant trouver d’autres racines et relancer mes jardins»-, or ce combat se fait difficile, parce q\i «on dirait que les mots engourdissent».Tons variables Autant la première partie du recueil, «Les dés du chagrin», se complaît dans les miasmes d’un désespoir errant, autant la seconde, «Relancer les dés», est une révolte contre ce défaitisme, un cri tout entier tourné obstinément vers le devenir et la détermination: «Je suis un humain qu'écrire brûle / j’emploie le mot passion / pour me différencier de la pierre», car «ce n’est pas perdu la poésie».Et viennent les neuf textes en prose de la dernière partie, «Aléa jacta est», qui inscrivent une réflexion sur les heurs et malheurs dans la vie du poète, sur l’Amérique et la difficulté de la paix, sur les possibles soubresauts que la vie réserve à qui se préoccupe d’en sonder les imparables bouleversements.Et devant ces aléas, on trouve la poésie comme réponse du cœur et de l’émoi.Cette troisième partie signe un acte de foi pour le travail du poète, une manière de confidence qui pose l’écriture au milieu du désir.Pour Robbert Fortin, il y a là une possible survivance, non sans naïveté, ce qui étonne, vraiment Ne s’était-il pas demandé en seconde partie: «Et si mes larmes / étaient cette goutte de rosée / qui a miniaturisé ma peine / sur un pétale de rose»?Maintenant il affirme: «Dans mes poèmes, faire voir évoque cette tension amour-blessure-respiration, de même que cette intense intimité déséquilibre / équilibre des sens et du regard en rapport avec émotions et expressions.» On est ici dans une conception de la poésie comme révélation, comme lieu du sublime et de Tâme, on a une très haute vision du pouvoir de la parole, comme autant de «vieilles vieilleries».Mais c’est touchant tellement on souhaiterait au poete le bénéfice de ses extases et de ses découvertes éthérées.«Je tiens aux phrases qui laissent des rameaux d’olivier sur leur passage», écrit-il en final.Passe alors dans l’œuvre une icône souffrante et prophétique.Collaborateur du Devoir LES DÉS DU CHAGRIN Robbert Fortin l’Hexagone, coll.«L’appel des mots» Montréal, 2006,128 pages SOURCK MB AM WW» • - ¦ Établissement thermal, Lynn Cohen, 1999.Collection du MBAM.EDEN SUITE DE LA PAGE E 1 majestueux sont réservés aux figures tutélaires de la photo canadienne.Geneviève Cadieux, Michael ; Snow, A A Bronson (General Idea) et, bien stir, Jeff Wall, star suprême j des arts actuels du pays.Il s’impose | ici avec Stéréo, une diachromie sur caisson à lampe (une boite lumineuse.quoi) de 1980 montrant un nu masculin sur un canapé.Une œuvre bourrée de références à la peinture ¦ et à l’histoire de l’art, capable de sus-! citer d’innombrables réflexions sur le kitsch, l’intimité, le repli sur soi ou Lunusante évolution des rapports occidentaux à la pilosité.Toutes les œuvres proviennent ! des collections des trois institutions.ce qui donne la mesure de leur qualité, la plupart des artistes exposés vivent et travaillent à Montréal, Toronto ou Vancouver.Mais en quoi cet art canadien tiré | des collections canadiennes est-il canadien?Dans les interviews du fascicule accompagnant le travail, les commissaires répondent de di-verses laçons.Ils répètent que Tint du iiays de Marshall McLuhan est un art des médias et même du multimedia (le son.la vision.).Ils soulignent que les artistes d'ici sont très attaches au reel et à son interpretation, à vrai dire aux mécanismes mêmes de la vision.Si ce pays adoptait une partie du corps comme emblème, ce devrait être Tœil.et même le gros iris de Mi-eliael Snow intitule Conceptùm de la lumière, «fespèrr conduire le spectateur à une reconnaissance intellectuelle, sensuelle et émotionnelle de I l'objoctivite manipulabU des representations», expliquait cet artiste mutti-doue dans un commentaire accompagnant la première sortie de l'œuvre ocukürv, à U.iris, en 1992.«Une large part de leur travail rise à maitnser et ci dinner à voir Ut perreptùm», note pour sa pu t David Moos.de l'Art Gallery of Ontario, en parlant des artistes de la selection 11 rapp'lle en mènx' temps un célèbre postulat de Jeff Wall voulant que «les Dieses n 'ont pas besoin d'exister vraiment, ou d’avoir existe, piwr appaniitre dans limage» Construction de l’image Plusieurs grands artistes ont suivi le mot d'ordre en explorant chacun à si taçon des strategies de construction de l'image, le Mont-realu s Nicolas Raier s'avère un ho ritier dinvt de li rictie et complexe mécanique expressive, comme on a pu le voir lors de deux reventes expositions (une au MBAM.une autre à la galerie Rene Rlouin) et tel que le montre l'œuvre lia net e de kl présenté expo, le grand gkv 4 « ï j§ j ¦ J Les Sieurs Sophie et Sarah, Janieta Evre, 2001.Collection du MBAM.ht' terrestre représente en realite un dessus de table de bar use.agrandi et manipulé à l’ordinateur avec mille et un trucages pour engendrer un monde enchanté, exotique et idyllique.Cet artiste, comme tous ceux dignes du noble titre', donne à voir autrement puisque ce sont d’abord et avant tout ces re-gardeurs exceptionnels qui font k's tableaux.et k's photos.Li selection suscite aussi de très intéressantes réflexions sur les grands genres universels que demeurent le portrait, le paysage ou le documentaire, h» plus grande salle est consacrée à des series étrangement complementaires de Stan Douglas et Lynne Cohen.«deux reganis cnrises sur un momie en mutation».Le premier saisit les architectures cubaines et leur rr-assignation depuis la Revolution Une photo lourde des mutations du dernier siècle montre k' vieux siège social déglingue de la Banque Royale du Canada de Li Havane transforme en parking pour motos officielles, soit le témoin des anciens rapports d'ex ploitation Nord-Sud ayant mené Castro au pouvoir et en même temps les symbok's rutilants d'un regime dictatorial ou la richesse tait cruellement defaut.Brillint.I vrai Cohen, quant à idle, dévoilé «iétrange indétermination inscrite dans les espaces jonctionneis».Sous son œil a retaçonner k' monde, une silk' de classe e\oque une chambre de torture et les formes elles-mêmes se dissolvent dans un magma tendu, à la limite de l’abstraction.Dims cette sérié comme dans l’autre, l’absence de personnages accentue l’effet d’etrangete.voire d'alienation, tomme si l'utopie communiste et li froide modernité fonctionnaliste engendraient des cauchemars déshumanises.l es photographies de livres brûles d’Angela Grauerholz disent aussi quelque chose d’infiniment triste sur notre époque marquee par les autodafés, les fours crématoires et la mort de Dieu.De même, la triste beaute fulgurante de l'arbre renversé de Rodney Graham (Cèdre du pan Stanley, n 7) suscite une sorte d'extase noire et laisse une trace de peine métaphysique que les portraits comiques et les paysages fee tiques des espaces voisins ne réussissent pus à effacer compk'tement.• Une has sorti de 1ère des illusions.il nste la beaute plastique», sembk' répliquer un document du MBAM Lesthetique.cet absolu de substitution, comme ultime bouée dans le naufrage de l'existence.Triste leçon en vérité, quelle soit canadienne ou universelle Et tout compte tait, c'est peut-être la trame d’AsceuseKr pour l echa-isud ou Sympathy ixr the Devil quil aurait fallu choisir comme titre pour cette exposition.Le Dt'voir BÉDÉ Guerre, enfance, tolérance DENIS LORD Commencée à la fin des années 70, la carrière de Farid BoudjeM s’avère plutôt accidentée, ponctuée de changements d’éditeur et de registre tant dans l’approche graphique que dans le type de récit Un fil directeur toutefois: la récurrence d’épisodes à tendance autobiographique consacrés, au fil des années, aux Slimani, une famille d’Algériens émigrés en France.La trilogie Petit Polio a été à l’origine publiée par Soleil (boîte dirigée par Mourad, frère de Farid) à la fin des années 90; ce sont, curieusement, les deux premiers tomes, que nous offre aujourd'hui Futuro-polis.Mahmoud, alter ego de l’auteur, grandit à Chicago, un quartier chaud de Toulon, avec ses frères et sœurs.Il souffre de poliomyélite mais c’est un garçon joyeux et farceur, dessinateur et amateur de bédé.Mahmoud partage ses journées entre l’école, les jeux dans les rues et la découverte d'un nouveau voisin, Rémy, dont la mère est mourante.Nous sommes en 1958; il y a quatre ans déjà que le Front de libération nationale (FLN) lutte pour l’indépendance algérienne.Bien sûr, la guerre n’épargne pas le sol français: Abdel, le père de Mahmoud, est arrêté devant sa famille, passé à tabac pour de vagues accointances avec le FLN; son meilleur ami.César, revenant de son service militaire, voue désormais une haine implacable aux Algériens.Graphiquement, avec l’utilisation de Taquarelle pour les plans d'ensemble, Petit Polio est sans doute l'œuvre la plus achevée de Boudjellal; le rythme y est aussi particulièrement efficace.C'est un récit extrêmement émouvant — parfois à la limite du mélo — sur l’enfance.Une enfance avec ses joies, sa liberté et son imaginaire bien sûr, mais aussi à la découverte de terribles réalités comme le racisme, la guerre et la mort Cet appel à la tolérance se trouve également dans la version remaniée et augmentée d’inédits que Futuropolis propose de la série JuifsArabes, aussi signée Boudjellal.SOURCE GALLIMARD Collaborateur du Devoir PETIT POLIO Farid Boudjellal Futuropolis janvier 2006,110 pages JEUNESSE Bizarres, les baisers ANNE MICHAUD Il y a les baisers et les bécots, les bisous et k's gros becs mouilles, les bec s-à-pincettes et les becs qui piquent.en d'autres mots il y a toutes sortes de baisers! Certains enfants aiment en donner et en recevoir.d'autres pas du tout! Mais une chose est certaine: les baisers d'amoureux intriguent tous les entants et en dégoûtent aussi un bon nombre! Pourquoi les amoureux s'embrassent-ils aussi souvent et aussi longtemps?Pour le découvrir, une petite fille se livre' à une enquête et recense toutes les utilisations des levres quelle connaît: téter, parler, chanter, grimacer, embrasser ses parents et même la «matante qui pique*.Mais embrasser un garçon?Pourquoi et surtout lequel?Son papa lui conseiDe d'attendre et Kü dit qu'un jour.eDe aussi aura droit a un Kaiser d'amoureux.Ces joli n’est-ce pas?Ce petit conte de Jacques Godbout illustre par Pierre lYatt fait suite a Mes petites fesses du même tandem.Coquin et legerement impertiment.mais surtout plein de tendresse, c'est un album aussi délicieux qu’un baiser d’enfant! Collaboratrice du Detxtir BIZARRES.LES BAISERS! Texte de Jacques Godbout Illustrations de Pierre Pratt les 400 coups Montreal.2006.32 pages.4 ans et plus e I) ! M A \ C H K 1 « .1111 I.K T '1 a 0 (i LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET -«-Livres •» LA PETITE CHRONIQUE L’un sourit, l’autre pas Gilles Archambault Dans Les Vertes Lectures, Michel Tournier se penche sur les lectures enfantines.S’il est un secteur négligé par les adultes, c’est bien celui-là.Comme si, devenus plus âges, ils reniaient les evasions de jadis.Les évocations qui nous sont soumises ici n’ont rien de lourd.Tournier peint les figures de la comtesse de Segur, de Jules Verne, de Lewis Carroll et de quelques autres comme on le ferait au cours d'une discussion amicale sous un parasol.Légèreté de ton ne veut pas dire insignifiance du propos.L’auteur de Vendredi et les limbes du Pacifique nous rappelle, par exemple, que Verne a produit une œuvre quantitativement aussi importante que celle de Balzac, il nous apprend également l’existence d’un auteur allemand pour la jeunesse.Karl May, voleur de métier et auteur de 99 romans traduits en 57 langues.Tournier a surtout le don de fai- re rêver.Veut-il nous convaincre de la supériorité de la modestie du conteur sur celle du nouvelliste, il avance: *]e vais vous dire le conte le plus fabuleux, le plus merveilleux que vous ayez entendu.Mais je n 'y suis pour rien, car je l’ai recueilli de la bouche de ma grand-mère ou du conteur arabe ibn-al-Houdat-da.» Alors que le nouvelliste prétend innover.Dans un cas comme dans l'autre, on est en présence de frimeurs, d’inventeurs.D’où la nécessité de la littérature.Tournier écrit: «L’enfant qui naît ne sait ni lire ni écrire.Quelle que soit l érudition des parents, l’enfant à sa naissance est d une ignorance totale.» Heureux ceux qui l'acquerront, ce goût, cette porte ouverte vers ce qui ressemble à du bonheur.C'est en tout cas vers ces paradis que nous invite Michel Tournier.Le Journal atrabilaire de Jean Clair ne promet ni ne livre cette vision du monde.L'humeur de l'auteur est carrément noire.L’auteur aime rouspéter.La justification de ce journal tenu entre septembre 2004 et septembre 2tX>5, on la trouve dans une réflexion de Julien Green donnée en guise de conclusion: «Le secret, c’est décrire n'importe quoi, parce que Urrsqu'on écrit n'importe quoi, on commence n dire les choses les plus importantes.« De ce très contestable point de vue, Jean Clair n’abuse pas.11 n’écrit vraiment pas n'importe quoi.Il dit des choses et les dit bien.Que l'humeur soit triste, cela est evident.Le spectacle de la vie contemporaine n'est tout de même pas à ce point réjouissant qu’on puisse en être ébloui à longueur de journée.Jean Clair trouve à redire des campagnes contre le tabac, contre certaines pratiques langagières, contre les agissements abusifs à son sens des -intermittents” du spectacle, il rechigne contre l’exiguïté des appartements parisiens, il renâcle à l’envi, mais le fait avec intelligence.On ne se sent pas toujours tenu d’être d’accord, mais on ne peut que goûter la façon dont les choses sont dites.11 vitupère, mais il sait aussi se moquer: «Toutes les décorations il les avait eues, avec gourmandise, comme Tentant dont on dit qu 'il a eu toutes les maladiis.» Ça vous dit quelque chose?Regardez les tï gures que l'actualité vous propose.Il sait aussi s’émouvoir, comme en témoignent les pages qu'il consacre à sa mère, d'origine modeste, qui.à l’hôtel, se croit tenue de refaire son lit pour que la femme de chambre n’ait pas à s’en charger.11 y a aussi le nid de pigeons qu’il trouve à sa fenêtre.Comme quoi, on peut être atrabilaire et s'émouvoir comme on le taisait à l'époque évoquée par Michel Tournier.Collaborateur du Devoir LES VERTES LECTURES Michel Tournier Flammarion Paris, 2(XXi.155 pages JOURNAL ATRABILAIRE Jean Clair Gallimard, coll.«L'un et l'autre» Paris, 2(Xt6,224 pages P O I.A R ROMAN RANG E R Conspiration vaticane MARIE CLAUDE MI RANDETTE En 1917, la Vierge Marie apparut à quelques reprises à la jeune Lucia à Fatima, au Portugal.Et lui confia trois secrets; le Vatican rendit publics les deux premiers peu de temps après.Ce n’est qu'en 2000 que Jean-Paul II dévoila la «version officielle» du troisième de ces secrets, le plus sibyllin, le plus hermétique.Mais, fait étrange, la jeune iille, devenue sœur Lucia, décédée l’année dernière, ne confirma jamais la teneur de ce mystérieux secret.Se pourrait-il que celui-ci ait été tronqué, du moins dans sa version dévoilée?A l’instar des doutes formulés par plusieurs spécialistes de la question, c’est la thèse qu’a imaginée Steve Berry dans Le Troisième Secret, un éniè-me thriller qui explore les arcanes de l’Église catholique romaine pour élaborer une histoire de machination et de complot Contrairement à Dan Brown et à tant d'autres auteurs qui ont récemment tiré profit de la popularité des «intrigues religieuses», Berry fait preuve ici d’une relative rigueur documentaire qui confère à l’histoire qu’il a élaborée un peu plus de crédibilité que celles de ses prédécesseurs.Dans cette intrigue, c'est un certain Clément XV qui a succédé à Jean-Paul II et non Benoît XVI; mais tout comme Benoît Clément est allemand, septuagénaire et a élimé sa soutane dans les plus hautes sphères vaticanes avant d’accéder au pouvoir suprême.Lïntrigue se déroule en 2005, alors que le souverain pontife envoie son homme de confiance.Colin Miche ner, en Roumanie afin de délivrer un message de la première importance au père Andrej Tibor.Bientôt, monseigneur Michener découvre que le Tibor en question est en fait le traducteur du texte du troisième secret de Fatima; dès lors, il se demande pourquoi le souverain pontife lui a confie cette mission.Et ce qu’il découvre n'est certes pas pour le rassurer, car jl s’avère que certains princes de l’Eglise seraient prêts à tout pour etouffer l’incroyable vérité que l’on a tenté de cacher au monde.Le suspense tranquille et minutieux imagine par Berry démonte les rouages ecclésiastiques romains et se révèle presque aussi passionnant que le delectable Imprimatur de Monaldi & Sorti.A l'instar des Rois maudits de Maurice Druon, on y découvre, ravis, les manœuvres de la curie romaine en période d'élection papale ainsi que les luttes intestines entre conservateurs et reformateurs de l'Église.Un très agréable divertimento que ce premier roman d'un auteur a succès.Et une carrière qui s'annonce lucrative et prometteuse pour celui que Dan Brown lui-même qualifie déjà de maître du genre! Collaboratrice du Devoir LE TROISIÈME SECRET i - i 51 LE TROISIÈME SECRET Steve Berry Traduit de 1 américain par Jean-Luc Piningre Le Cherche Midi Paris, 2006.449 pages L’Immeubfe Yacoubian, miroir de l’Egypte de la rue Alaa El Aswany signe un chef-d'œuvre de la littérature arabe FRANCE-ISABELLE LANGLOIS En feuilletant quelques journaux français dans l’avion qui me menait de Paris au Caire, en mai dernier, mon attention a été attirée par deux ou trois critiques portant sur le roman d'un auteur égyptien, Alaa El Aswany, intitulé L’Immeuble Yacoubian.Quelques heures plus tard, je me retrouvais, par hasard, au sein du vrai immeuble Yacoubian, celui qui trône rue Talaat Harb, autrefois la rue Soliman Pacha.Le centre du Caire, organisé à l’européenne autour d’un grand rond-point, ouvre sur une étoile d’enfilades d’immeubles, sales et décrépis.Des chefs-d'œuvre architecturaux du tournant du XIX' siècle, de la belle époque coloniale et dominatrice.Grande porte de vitrail mal en point, vaste entrée de marbre.Au centre, l’ascenseur d’origine, une petite cabine de bois dans une cage de fer forgé aux jolies frises, et un système de poulies électriques, aux allures par trop.d’origine.De chaque côté, en tourbillon, de vastes escaliers de marbre quelque peu affaissé.De hauts plafonds, des lustres qui n’ont plus de lustre que le nom.Aux étages, d’immenses appartements haussmanniens, en mauvais état.Mais sous la patine crasseuse, un monde de beauté qui pourrait encore être sauvé.Au-dessus de la porte d’entrée, des lettres d’alphabet latin formaient I le nom de N.Yacoubian.[.’immeuble Yacoubian existe donc véritablement, je l’ai vu.Dans le roman d’Alaa El Aswany, il est le personnage central.Construit en 1934 par le millionnaire Nichan Yacoubian, président de la communauté arménienne d’Egypte, l’immeuble est à l’époque, et jusqu’à la ! révolution, celui de la belle société qui peuple les dix étages luxueux : dont les fenêtres sont ornées de I statues de pierre.Apres 1952, il est | un temps habite par les militaires, nouveaux barons de la société.Puis par toutes sortes de petites : gens plus ou moins déchus, plus ! ou moins pauvres.Tout en haut, sur le toit la terrasse, peuplee par les plus misérables, qui ont fait des cabanons qui autrefois servaient de buanderies leurs maisons de fortune.Un monde bigarré C’est tout ce monde, très bigar-ré.très égyptien, très cairote.qu’Alaa El Aswany met en scene avec brio, dans un style typiquement égyptien et dans la lignee de Naguib Mahfouz.Prix Nobel de littérature.Même univers de la rue, du monde ordinaire, de ses petites trompenes.supercheries, taquineries, joies, tendresses et innombrables bassesses.Voici qu’un jeune homme studieux et travailleur, dont le rêve était de devenir poBcier.devient petit a petit un fervent islamiste et rejoint les rangs des intégristes.Voici •le bureau» d’un vieux pacha déchu par la révolution, ou celui-ci •reçoit».Par ici.une jeune et jofie jeune fiDe.qui finit par trouver son compte a mettre en valeur ses jolis atours.Vbüa encore l’appartement ou ce nouvel -élu» du Parti national démocratique loge sa deuxieme épousé, qui! cache a sa premiere.Voici l’endroit ou vit le bel amant de ce beau et si distingue re \ MONA SHARAI Rt- I I ERS Scène quotidienne dans un bazar du Caire.Dans L’Immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany met en scène un monde bigarré, très cairote.dacteur en chef d’un quotidien cairote de langue française.Voila enfin quelques serviteurs et autres voisins et habitants du quartier que l’on finit inévitablement par croiser.Corruption et hypocrisie, tout a l’honneur.L’immeuble Yacoubian accueille les uns et les autres, provoque les rencontres, les disputes, les espoirs et les prises de tête.Sans lui, plus rien ne tient L’auteur connait bien son sujet, l’observant depuis des années de son bureau dans le centre du Caire, ou il officie en tant que dentiste.Métier qu’exerce toujours Alaa El Aswany, parallèlement a celui d’écrivain et de journaliste.Il parie le français, l’anglais et l’espagnol.Ç’est apres un séjour d’étude aux Etats-1 nis qu’il publie un premier recueil de nouvelles immédiatement remarqué en Egypte.D publie un second recueil en 1998, et c’est en 2002 qu’il fait paraître L'Immeuble Yacoubian, son premier roman, vendu a plus de 100 000 exemplaires a travers le monde arabe.L’adaptation cinématogra- phique, qui doit sortir en France en août a été présentée au Festival de films de Berlin cet hiver.\a‘ film a toutefois été tourné dans l’immeuble voisin car, dit-on, les habitants se plaignent de la mauvaise réputation que leur a faite le roman.«Iss gens disent qu on habite I mmeuble de l’homosexualité et de la prostitution-, a déclaré l’un des administrateurs de l’immeuble au Cairo Magazine.Un procès contre l’auteur et le producteur serait egalement en cours.L'Immeuble Yacoubian, un chef-d’œuvre de la littérature arabe contemporaine ou les tabous sont découverts simplement, sans fane bour ni trompette.Collaboratrice du Devoir L’IMMEUBLE YACOUBIAN Alaa El Aswaqy Traduit de l’arabe (Egypte) par Gill*-s Gauthier Éditions Actes Sud Paris, 2006,336 pages LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Livres d’art et de collections Canadiana Livres anciens et rares Bibliothèque de la Pléiade Littérature Philosophie Sciences humâmes Service de presse Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 *487.nie De La Roche (angle Mont-Royal) bonheurdoccasion ® beünet.ca NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC.POUR L ACHAT DE BIBI KïTHÉQUES IMPORTANTES.CONTES Au seuil du drame N AÏ M K A TT A N Dans ses Petits contes noirs, A S, Ryatt nous conduit dans des chemins de traverse et nous invite à des parcours inattendus.Par-delà la conduite de ses personnages, elle nous reserve des surprises sur le comportement humain.Ecrivain britannique marquant, Ryatt s’est t;üt connaître par ses romans et notamment par celui qui lui a valu le Booker lYize en 1990, Possession.Paradoxalement.ces petits contes sont, en fait, de longues nouvelles sombres.Comme dans plusieurs de ses écrits, Byatt a recours à des descriptions détaillées, à la limite de l’érudition, et plonge le lecteur dans des univers étranges et insolites.Dans la Chost' dans la prêt, deux adolescentes sont convaincues d’avoir assiste à la présence puis à Li disparition d’une jeune fille.Elles gardent le stvivt île cette vision et.des ;uuiees plus tiuxl, ayant atteint le troisième âge.elles se ivvoient pu hasard et choisissent de ne pis revenir sur le stvivt qui les lie.LArt corporel réunit deux personnages que tout sépare: une jeune femme à la dérive, aux aspirations artistiques, sans domicile fixe, suis moyen de subsistimce, et un médecin austère que si femme a abandonne pour devenir comédienne.Par compassion, il la logo chez lui pmr quelques jours et, une nuit, elle se glisse (Luis son lit.Elle disparait ensuite et, quelques semaines plus laid, il L» revoit à l’hôpital et apprend quelle cherche à se faire avorter.Cet enfant esl le mien, s’écrie-t-il.La jeune tille tente d’en finir avec une vie de detresse alors que lui pour suit une existence de vacuité.Mais voici qu’un miracle survient: Li nais sanoe d’une tille, la leur.Ils sont ensemble et leur vie recommence.Une femme de pierre relève de la science-fiction.11 s'agit d'une femme qui aperçoit la transformation progressive de son corps en pierre.Un sculpteur islandais l'emmène d;uis son piys, dont la romancière évoque l'histoire et la géographie, donnant au sculpteur libre cours dans sa réflexion sur son art.11 ne deserte pis k' reel car Li tomme de pierre demeure vivante en dépit de sa métamorphose en statue.Dans une autre nouvelle, le Matériau brut, c’est d’une réflexion siu la littérature qu’il est question.Un rom.ux'ioren panne d'inspiration dirige un atelier d’écriture.Des hommes et des femmes jeunes ou d’àge mûr font état de leurs tentatives pour entrer cLuts llmivers littenii re.Le professeur répète que la littérature n'est pas une thérapie.11 est ébloui par le récit d’une femme discrète, d'un cer tain âge, qui se met à l’écart.11 esl convaincu qu'elle lait sans effort son entree dans Li littérature U la prxipise purr un prix Elle disparaît.Il tente de la retrouver purr lui annoncer quelle on est la laureate 11 la trouve dans un taudis, morte, victime de la torture que lui lait subir une lemtrte.elle-même torturée pu l'écrivain en herbe.IV sor te que l'eerituie, contrairement à ce qu’il parse, lui sert de thérapie, la dernière nouvelle du recueil, le Ruban rose, a pour p-rsonnage rut homme qui prend soin de sa leur me, atteinte d'alzheimer.Uti tnènte en eUuit menace, il continue de voir sa femme aussi jeune qu'à leur pie mière leneonlre.Byatt revient souvent sur la Deuxième Guerre mondiale, alors que Londres était la proie des bombes allemandes.Période sombre qui imprègne longtemps des existences qui survivent à d'implacables malheurs.La vie peut certes être un miracle, mais celui-ci surgit du fond de la detr esse la lumière est trompeuse et cache constamment des destins qui se dégagent p niblement de la noirceur.Chez cotte romancière, l’insolite esl une manière d’aller au -delà des apparences.Collaborateur du Devoir PETITS CONTES NOIRS A.S.Byatl Traduit de l’anglais par Jean 1 nuis Chevalier Editions Riunmarion Pari», 2006,236 piges t'es petits contes sont, en fait, de longues nouvelles sombres PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT-!
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