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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2006-06-17, Collections de BAnQ.

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PHILOSOPHIE Rousseau, père spirituel de Québec solidaire Page B 6 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE IS JUIN 2 0 0 6 jglraK IDEES Sortir de l’impasse en revenant aux idées fondatrices Page B 5 * PERSPECTIVES , CHRIS WAITIE REUTERS Adil Charkaoui conteste devant la Cour suprême le certificat dont il est l’objet .'3t-'à0s Des certificats contestés Les certificats de sécurité existent au Canada sous une forme ou une autre depuis 1978 i Faut-il conserver les certificats de sécurité au Canada?Et faut-il les conserver tels quels?Ces questions ont occupé la Cour suprême cette semaine, alors que les neuf juges du plus haut tribunal du pays entendaient la cause d’Adil Charkaoui, Mohammed Harkat et Hassan Almrei, trois des cinq hommes faisant l’objet de tels certificats à l’heure actuelle.Les opposants à ce régime parlent de racisme étatique, de détention indéfinie et de procès secrets dignes des plus sombres régimes.La réalité est plus nuancée.HÉLÈNE B U Z Z EXT I Ottawa — Le Canada n'est pas le seul Etat de droit à s’être doté de mesures exceptionnelles pour déloger de son territoire ceux qu’il estime indésirables.Comme l’a rappelé Urszula Kaczmarczyk, une des avocates du gouvernement fédéral plaidant cette semaine devant la Cour suprême, «plusieurs pays, comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la NouveüeZélande et l'Australie, ont des procédures similaires pour détenir des personnes, conserver de l’information secrète et expulser les personnes qui sont considérées comme une menace pour le Canada.» Les certificats de sécurité n'ont pas fait leur apparition dans la foulée des attentats new-yorkais du 11 septembre 2001.Ils existent au Canada sous une forme ou une autre depuis 1978.Depuis 1991 (année à laquelle le gouvernement semble avoir commencé à recueillir des statistiques), 27 certificats ont été émis, dont deux pour FEgyptien Mahmoud Jaballah.Son premier, en mars 1999, avait été invalidé par la Cour fédérale, mais le second, deux ans plus tard, a passé le test M.JabaL lah est en prison depuis, attendant la fin des diverses prxédures judiciaires en cours.Seuls deux autres certificats de sécurité ont été invalidés par la Cour fédérale, ceux du couple Smith en 1991, soupçonné d’appartenir au groupe irakien ql-Dawa.Une autre personne s’est enfuie vers les Etats-Unis avant son arrestation, tandis que Mankkavasagam Suresh.arrêté en 1995, est en & berté surveillée parce qu'il n’a pas encore épuisé tous ses recours jucbdatres, bien qu’il ait obtenu un jugement de la Cour suprême.Les 17 autres certificats se sont soldés par l'expulsion de la personne (vers l'Allemagne, l'Algérie, le Béfize, Chypre, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne.Flnde.Oran, le Liban, la Russie et le Soudan).En moyenne, il s’était écoulé huit mois et demi TOMN HANSON PRESSE CANADIENNE Adil Charkaoui est fouillé avant d’entrer dans les locaux de la Cour suprême.V entre leur incarcération et leur départ du Canada, à l’exception notable de Mansour Ahani, dont la cause a aussi abouti en Cour suprême et qui est resté neuf ans en prison avant d’être renvoyé en Iran.C’est justement ce qui attire l’attention sur les cinq certificats actu elkment en vigueur.Outre M.Charkaoui, qui a obtenu une remise en Bberté surveillée après 21 mois d’incarcération, les autres sont enfermés depuis trois, quatre, cinq et même sa ans.La raison; Ds ont entamé des procédures judiciaires qui s’éternisent Cet emprisonnement qui semble sans fin soulève de plus en phis de critiques.Le gouvernement réplique que les prisonniers sont les architectes de leur propre malheur puisqu’en tout temps fls peuvent décider de quitter le Canada de leur propre diet Et après, quoi?Les informations sur le sort réservé aux personnes expulsées sont maigres.On sait qu’Ernst ZundeL un négationniste de FHolocauste, a été inculpé d’incitation a la haine en Allemagne dès son arrivée en 2005.Mourad Ikhlef, soupçonné d’avoir été hé au terroriste Ahmed Ressam en Fan 2000, a été retourné en Algérie en 2003 et selon son frère Nabfl, aurait disparu de la circulation trois jours plus tard.Voilà un des arguments des défenseurs des droits dvüs qui s’opposent à ces certificats de sécurité S on sait quH existe des risques de torture ou même de mort dans le pays d’origine du suspect disent-as, le Canada ne devrait pas les y ren- voyer.La détention en sol canadien, sous prétexte que la personne représente un risque pour le Canada, devient alors indéfinie.La juge en chef de la Cour suprême, Beverly McLacWin, l’a bien résumé cette semaine.«Que fait-on avec ces gens?Cela signifie-t-il que quiconque, tout dangereux ou terrible soit-il, devrait rester ici parce les autres pays le trouveraient dangereux et terrible?Et cela obligerait-il le Canada à accepter n'importe quel individu dangereux qui réussit à atteindre ses côtes?» Le gouvernement canadien rétorque que c’est sa prérogative d’Etat de choisir qui s’installe sur son territoire.«Le renvoi est-il sujet à une pniedion constitutionnelle?Non», a lancé l’autre avocat fédéral Bernard Laprade.«Si une personne n'a pas de droit constitutionnel de demeurer au pays, il n'est donc pas illogique de dire qu’il n'y a pas de violation d'un principe de justice frmdamentale en assurant son renvoi», at-il conclu Le hic, c’est que le Canada choisit souvent un peu tard de renvoyer des étrangers dans leur pays.Adil Charkaoui vivait au Canada depuis huh ans lorsqu’il a été arrêté en 2003.Mohammed Harkat, depuis sept ans.Hassan Abnrei, deux ans.Mohammed Mahjoub, quatre ans Mahmoud Jaballah, trois ans Ces hommes ont eu le temps de s’installer au Canada et s’y faire une vie.Des « ordures » Michel Junot-Katauya, un ex-agent du SCRS, ne voit rien d’anormal a ces délais.Impossible, dit-ü, d’obtenir en toutes drconstanœs des informations fiables sur les nouveaux arrivants, surtout lorsqu'ils proviennent de pays instables.Alors, la cueillette d’informations commence après k*ur arrivée.«On prend des chances.On veut accumuler des preuves.» D’autres s’interrogent quand même sur la Habilité des renseignements obtenus par le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS).Le journaliste Andrew Mitrovica, par exemple, a écrit un livre assassin — Covert Entry — sur ce qull qualifie d’incompétence des services secrets canadiens.«Il faut voir le SCRS pour ce qu’il est: une grosse bureaucratie», lance-t-il au téléphone*.«Ils ne sont pas très bons dans la cueillette d’informatvm!» Rex Breynen, professeur de science politirjue à l’univeTsité McGill, ne va [«s aussi loin.Oui, l’information est souvent ténue, douteuse, mais «c'est le mieux qu’on peut faire! Si quelqu'un ne vous aime pas au bureau, peut-être ferad-il circuler la rumeur que vous êtes lté à al-(Jatda.Cela arrive tout le temps.Ceux qui fournissent des renseignements au SCRS sont souvent des ordures: des vetuleurs de drogue, des petits criminels, le genre de personne qui se retourne contre ses amis » D’où l’importance, selon lui, d’introduire un ami de la Cour lors des audiences tenues à huis clos au sujet du certificat de sécurité.Cette possibilité a été longuement discutée cette semaine devant la Cour suprême.Ainsi, lorsque k* juge de la Cour fédérale entendrait, sans la présence du suspect as non plus d'élections partielles estivales dans Paillon et Pointe-aux-Trembles.En réalité, il n’a exclu que la date du 17 juillet, que désignait la rumeur.En pleines vacances de la construction, la manœuvre aurait été un ]xni trop évidente, mais on n'attendra certainement pas en septembre, alors que tout le monde sera revenu de vacances pour écouter ce qu'André Boisclair ixmrrnit avoir à dire.Vous pouvez parier qu’il sera député de Pointe-aux-Trembles avant la fête du Travail.Il était inquiétant d’entendre le premier ministre dire que son gouvernement désire poursuivre «toutes les bonnes choses» dont il nous a gratifiés au cours des derniers mois.Faisait-il allusion à la vente du mont Orford, aux augmentations de tarifs de la SAAQ ou encore à la fermeture du zoo de Québec?Sérieusement, M.Charest exagère peut-être un peu en parlant de la «sessim formidable» qui s’est terminée cette semaine à l’Assemblée nationale, mais c’est sans aucun doute la meilleure que son gouvernement ait connue depuis son ;irrivée au pouvoir.C'est le budget de Michel Audet qui a change1 le climat Après un remaniement qui avait fait mauvaise impression et un discours inaugural sans ligne directrice claire, le gouvernement semblait parti pour une autre année de misère, malgré les belles perspectives ouvertes par l'arrivée des conservateurs à ( )ttawa.Superbe coup de marketing politique, la création du Fonds des générations a presque fiiit oublier que depuis trois ans, le gouvernement a .systématiquement manqué à sa promesse de diminuer les impôts.Il y a indéniablement eu de «bonnes choses» ])ar la suite: l'entente sur l'UNESCO, le pacte fiscal avec les municipalités, le contrat à Bombardier.Mais il y a surtout eu la vente du mont Orford, qui a occulté tout le reste.On a toujours ix-nsé que M.Charest avait commis une erreur de jeunesse en téléphonant à un juge quand il était ministre de la Jeunesse et du Sport dans le cabinet Mulroney.On se rend compte aujourd’hui que ce manque de jugement n’avait rien à voir avec son inexi)érience.Cette lacune semble permanente chez lui.Au cours des derniers jours, on a assisté à une pluie de nouvelles politiques totalement inhabituelle à cette période de l'année.Il n’y a peut-être pas de plan d’élections générales à l’automne, mais il semble bien qu’il y en ait un |x>ur vérifier si la chose serait possible.Ijes prochains sondages indiqueront dans quelle mesure le gouvernement aura réussi à ébranler le mur d’insatisfaction qui se dresse devant lui.Si une fenêtre s’ouvre, M.Charest sera sûrement tenté.Sinon, il faudra renoncer définitivement à l’automne.?Le scénario idéal consisterait sans doute à attendre que la correction du déséquilibre fiscal fasse pleuvoir les milliards qui permettraient à Michel Audet d'annoncer enfin les baisses d’impôt promises, mais Stephen Harper commence à dire que le déséquilibre n'est peut-être pas aussi grave qu’on le croyait Certes, il n’est fias ixnir se déguiser en père Noël alors que les négociations commencent à peine, mais il reste que ce ne sera peut-être [tas le pactole.Maintenant que M.Harper a promis un scrutin à date fixe, M.Charest ne peut plus tenir pour acquis qu'il suffit de laisser les souverainistes s'épuiser dans une campagne fédérale hâtive pour ensuite leur rentrer dedans.Cela peut encore se produire, mais les sondages ne garantissent [tas uni1 majorité aux conservateurs alors que le PLC n’a même pas de chef.Jusqu’à présent, les libéraux ont toujours pensé r[u'André Boisclair était k-ur meilleur atout Comment les en blâmer alors que k* PQ ne cesse de rlégringoler dans k-s sondages depuis qu'il a été élu chef?Ils devraient observer attentivement son comportement depuis k1 dernier conseil national de son [tar-ti.Il semble en être sorti transformé.Dans l’entrevue qu’il a lui aussi accordée à KadioCanada cette semaine, M.Boisclair paraissait beaucoup plus sûr de hii.Presque trop.Hier, Le Soleil titrait en première page avec une phrase, clairement destinée à faire fa manchette, qu’il avait lancée la veilfc au cours d’une rencontre avec l’équipe édhoriak1: «Je ne suis pas un kamikaze».Autrement dit, peu importe- ce que dit k- programme du PQ, U ne déckuchera pas un référendum s’il ne croit pas être en mesure de le gagner.Il n’aurait jamais pris le risque de jouer les Lucien Bouchard s’il n’avait pas mesuré à Saint-Hyacinthe la marge de manu-uvre que les militant* pé-quistes sont disposés à lui accorder.L’ancien PQ n’aurait pas toléré qu'on tripote aussi allègrement les dispositions du programme «m ce qui concerne l’école privée.Toute l’improvisation dans laquelle baignait le conseil national aurait été vivement dénoncée.Le nouveau PQ ne semble plus vouloir s'enfarger dans les fteurs du tapis.Libéré de l'obligation de surveiller ses arriéres, M.Boisclair pourrait se révéler un adversaire redou-tabk- à l’Assemblée nationale si on avait l’imprudence de l’y laisser entrer.Peut-être M.Charest devrait-il commencer à préparer un plan.mtieivUPa ledevtrir.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUIN 2006 B 4 D I T 0 R I A L Théâtre militaire Nous ne sommes pas à la veille de revoir les célèbres publicités de l’armée canadienne, «Si la vie vous intéresse», qui ont été sa marque de commerce pendant des années.Car ce n’est plus la vie de dépassement faite pour de jeunes gens souriants qui attend les recrues, mais la guerre.Et la guerre, n’en déplaise à la jolie réplique d’un film-culte, c’est une raison pour se faire mal! Surtout quand un premier ministre l’instrumentalise.L Josée Boileau e premier ministre Stephen Harper a beau traiter les Canadiens de naïfs à l’égard du terrorisme, en y opposant la lucidité de son gouvernement qui voit la guerre en Afghanistan comme un moyen de contrer cette menace, sa manière d’emprunter les chemins guerriers est dangereuse car elle rompt avec une tradition qui nous est propre.Tradition que M.Harper ne se prive d’ailleurs pas d’utiliser pour amadouer les électeurs, toujours peu convaincus de la pertinence de notre mission afghane.• On ne peut expliquer autrement l’annonce faite par le premier ministre lui-même, à l’ouverture des Communes jeudi, d’un octroi dé 15 millions de dollars pour un projet d’irrigation en Afghanis-fan.C’était sortir le grand jeu pour une initiative aussi modeste (au total, le Canada dépensera 3,5 milliards en Afghanistan d’ici 2009) et aussi ciblée.Le ministre des Affaires étrangères, Peter MacKay, a.par la suite nié que cette annonce — une goutte d’eau pour centrer la production de pavot! — ait été faite pour minimiser les dures opérations militaires menées actuellement en Afghanistan.Pourquoi alors l’avoir théâtralisée?En comparaison, le versement d'une aide de 40 millions au Darfour n’avait eu droit, il y a trois se-hlaines, qu’à un bref point de presse de M.Harper.Le Darfour, il est vrai, ne fait pas partie de nos priorités militaires, maintenant alignées sur le Pentagone.Le premier ministre est très irrité quand on l’accuse de jouer les demi-Bush.Pourtant, ce n’est pas en soi notre présence en sol afghan qui justifie ce reproche, mais plutôt la gestion à l’américaine de celle-ci, comme l’illustraient fort bien, hier, deux textes du Globe and Mail.D’une part, Lloyd Axworthy, ancien ministre libéral des Affaires étrangères, y écrivait que le Canada doit revenir au principe de la «responsabilité de protéger», ce qui implique de s’attar-(jer davantage au sort des civils afghans, en protégeant les écoles par exemple, qu’à pourchasser les talibans dans les montagnes comme le font les Américains.f'Or son texte est à mettre en lien avec un article paru à la une du quotidien de Toronto, signé par un journaliste présent à Kandahar, l ’attentat mené la veille par les talibans, qui s’en sont pris à un mini-Ms, tuant et blessant une trentaine de civils, a rendu furieux les pa-rélts des victimes contre.les soldats canadiens.Parce que la violenté fee confond encore une fois dans ce pays, comme depuis des décennies, avec la présence de troupes étrangères et parce que les blessés n’qnt pas été envoyés à l’hôpital militaire canadien, tout proche et bien équipé, mais à l’hôpital de la ville, vétuste (les Afghans attendent toujours les milliards qu’on leur promet depuis 2001 pour reconstruire leur pays).Hélas pour eux, l’hôpital militaire, a-t-on expliqué, doit garder ses lits ixnir les soldats qui pourraient être blessés dans la vaste Opération «Assaut contre la montagne» présentement en cours.La gôerre d’abord, l’aide aux populations locales ensuite, à la manière dèé États-Unis.Nul étonnement, dès lors, que les Canadiens, et parti-quÈèrement les Québécois, restent rétifs envers notre engagement En mars dernier, interviewé par Le Devoir, le professeur Charles-Philippe David signalait que, avec ce conflit, le Canada était passé des opérations de paix à des «missions de guerre pour faire la paix».Mais sous le gouvernement conservateur, il semble bten que la pane cède de plus en plus de terrain à la guerre.Ainsi, techniquement, la mission canadienne a une durée dans le temps: jusqu’en 2009, ont voté, de justesse, les Conununes le iWois dernier.Dans les faits, et le discours gouvernemental qui a qécoulé de l’arrestation des 17 présumés terroristes ontariens le QQnfirme, le Canada entend maintenant se tailler une place de choix dans les pays en pointe pour la lutte contre le terrorisme.Et on y arrivera par la voie des armes plutôt que par l’aide à la société civile ou par l’action diplomatique.Mettre fin pour de bon au pouvoir des talibans devient dès lors la véritable mesure de la durée de notre engagement en Afghanistan, comme le disent les responsables militaires en poste là-bas.On comprendra que, dans ce coin du monde, la force soit né-(ssaire, mais ne miser que sur celle-ci garantit l’enlisement Le anada a pourtant bien plus à offrir pour la pacification du mon-de; c'est à cette expertise que la guerre, telle que menée par les conservateurs, est en voie de faire le plus mal.j bo i lea uia'lede vo i r.ca dé ca LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910, FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-FRANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directrice, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE I UhmX lfa«tne*Ti 'lèot.-ob-yj &uî>É£T A/v\puT£ faut* ARCAnî>.rim"/! ; £A*AM/i Rappeurs: tolérance zéro J’avoue que le rap et les rappeurs ne sont pas ma tasse de thé.L’attitude dédaigneuse et blasée, limite condescendante, des rappeurs me donne de l’urticaire, et quant à leur musique.Enfin, qu’on m’explique comment on peut trouver sexy et attirant un gars qui se promène avec le fond de culotte à la hauteur des genoux, des grosses chaînes clinquantes et un casque de bain porté sous sa casquette (qu’il n’enlève jamais, bien sûr).Mais des goûts et des couleurs, on ne discute pas.Cependant lorsque certains groupes de rap qualifient les femmes de chiennes, de putes, d’objets sexuels obligés de tout accepter, c’est autre chose.Ce n’est pas de Y entertainment, ça n’a rien de banal, ni surtout de drôle.C’est de la propagande haineuse et sexiste qui ne doit pas être tolérée.Point Final.Que faire alors?D’abord demander aux médias de cesser de faire à ces groupes une publicité aussi gratuite qu’inespérée, et surtout de réfléchir au fait quç leur auditoire comprend aussi des enfants.A ce sujet, j’ai été choquée de voir en-' extraits sonores desdits propos diffusés hier soir au bulletin de nouvelles, à une heure où nombre d’enfants sont pourtant encore devant le téléviseur.H faut aussi s’intéresser sans relâche à ce que les enfants écoutent et regardent et interdire lorsque ça va trop loin.Il faut aussi exiger des acteurs publics — diffuseurs, gouvernements — qu’ils prennent les mesures qui s’imposent afin d’empêcher la diffusion publique de propos aussi révoltants.Du côté du gouvernement québécois, ça tombe bien; il y a odeur de campagne électorale, ce qui contribue toujours.c’est bien connu, à ouvrir les yeux et les oreilles des politiciens.Prêchi-prêcha, retour à l’obscurantisme, au Québec des curés.?Pas du tout.La qualité d’une société tient aux valeurs morales de ses citoyennes et citoyens.Quand on s’attaque à nos LETTRES -4- valeurs morales, il faut réagir.Ce n’est pas du prê-chiprêcha, c’est à ça que tient la qualité de notre vie en société, tous autant que nous sommes.La société québécoise est une société de droits incarnés par des lois régissant la justice, l’équité, l’égalité et la sécurité.Mais la qualité de notre vie en société va bien au-delà des lois.Elle requiert aussi l’observance, par l’ensemble des citoyens, d’un certain nombre de mécanismes d'autorégulation destinés à rendre supportable, voire agréable, notre vie en société.Parmi ces mécanismes, on retrouve entre autres le respect, l’intégrité, le civisme, la décence, la courtoisie, la politesse.Sous couvert de divertissement et de liberté d’expression culturelle, certains voudraient aujourd’hui banaliser des propos sexistes et haineux, qui portent atteinte à l’intégrité, à la dignité et à la sécurité de toutes les femmes, qui nient les valeurs morales de la majorité d’entre nous et qui menacent la qualité de vie des citoyens d’aujourd’hui et de demain.De telles agressions verbales ne doivent pas être tolérées.Tolérance zéro: que les rappeurs changent de discours, le party est fini.Sylvie Bourassa Montréal, le 14 juin 2006 Orford: un gouvernement contre son peuple J'habite une région parfois décriée pour son français hybride, la tristesse de ses boulevards et l'absence de vie dans ses rarissimes bistrots soi-disant branchés.Or, quoi qu’on dise de l’Outaouais, il fait bon y vivre.Il y a bien deux ou trois raisons qui expliquent ce phénomène.Pour ma part il y en a une qui devance toutes les autres.D existe ici en Outaouais un endroit où toute créature humaine en mal de loisirs peut s’épanouir à souhait dans une foule d’activités, et ce, en toute saison: ski de patin ou de fond, ran- donnée pédestre, vélo de montagne ou de route, baignade, randonnée en canot, ornithologie, camping, observation de la flore, pique-nique, photo, lecture sous le chêne et marche de détente qui procure à la fois bonheurs esthétiques à celle ou celui qui daigne poser ses yeux sur ce qui l’entoure et paix de l’âme chaque fois que le silence l’interpelle en ces lieux.J’ai nommé le Parc de la Gatineau.Le Parc de la Gatineau est un endroit d’une richesse naturelle inouïe que l'on peut apprécier seul ou entre amis à toute heure du jour et même la nuit Jamais on n’en aura fait le tour.Ce qui fait le secret de ce parc magnifique?Aucun condo à ses pieds.Il y a bien en son sein une petite station de ski alpin et même un golf; mais l’activité des uns ne nuit jamais à la quiétude des autres.Toute la beauté du Parc de la Gatineau et sa valeur intrinsèque résident dans le fait qu’on n’a pas encore tenté de le monnayer directement.Ou qu’on ne s’y est pas encore risqué.Le jour où, avec l’essentiel concours d’un gouvernement borgne, un promoteur s’aventurerait à le faire, il faudrait l’armée pour bâillonner la population ici.Le mont Orford, c’est la fière version es-trienne du Parc de la Gatineau.Êtes-vous jamais monté en silence au sommet de cette superbe montagne?Ce que le gouvernement du Québec s’apprête à faire du mont Orford, un de nos rares joyaux protégés de la province, est non seulement illégal, c’est aussi un outrage à toute la population du Québec.Il faut agir maintenant pour sauver notre montagne à tous.Claire Charron Marc Bégin Marie-Thérèse Boily Louis Charron Nicole Pelletier Eduardo Pelletier-Vemooy Camille Pelletier-Vernooy Ronnie Vernooy Gatineau, le 14 juin 2006 R EVUE DE P R ESSE Multiculturalisme en question Ma non Cornellier Faut-il blâmer le multiculturalisme pour l’adhésion de certains jeunes Canadiens musulmans à l'islam radical ?La question han-tè êarrément les médias anglophones, en particulier en Ontario.C'est que le multiculturalisme est considéré comme un élément central de l’identité canadienne.Le remettre en question équivaut à ébranler un édifice symbolique fondamental et, bien que le doute soit perceptible, peu de commentateurs sont prêts à le démolir.Représentatif du point de vue majoritaire, le Toronto Star constate en éditorial que plusieurs Ca-riadiens se demandent si le Canada n'est pas trop to-lèrhnt ou trop peu exigeant à l'endroit de ses nouveaux citoyens.Selon le quotidien, cette réaction est excessive.Sept millions d'immigrants sont venus au Cànada depuis 40 ans et la très grande majorité d’entre eux ont adopte les valeurs canadiennes.C Vst dans ce contexte que les gestes d’une toute petite minorité doivent être jugés, poursuit le Star.11 rappelle que les extrémistes qui invpquent l’islam n’ont pas le monopole de la terreur.À preuve, écrit lé Star, l'explosion du vol d'Air India en 1985.les attentats du FLQ dans les aimées I960, l'attaque perpétrée contre des diplomates turns dans les années 1980.Selon le Star, la tolérance et l'inclusion offrent davantage' de possibilités de succès que l'inverse.«Les leaders communautaires, religieux et du milieu des affiiirrs doivent défendre avec farce les valeurs de démocratie, de liberté de parole, de responsabilité civique, de respect d’autrui.Les écoles doivent renf freer ce message», prescrit toutefois le quotidien, car les quelques individus qui méprisent ces valeurs sont les pint's ennemis de kmrs communautés.Personnalité bien connue de la communauté musulmane de Toronto, Tarek Fatah veut bk'n deténdre la notion de multiculturalisme, mais il pense que ce dernier mérite un sérieux examen et une réorientation.11 note, dans le National Post, que certains groupes musulmans utilisent le multiculturalisme comme paravent pour un discours ségrégationniste et que les politiciens, eux, s'en servent pour justifier le financement de groupes ethniques dans le but d’en exercer le contrôle par l'intermédiaire des lea-ders qu'ils appuient.Selon Fatah, le multiculturalisme n'explique pas le terrorisme, mais il doit être revu pour passer de La promotion de fa diversité à celle des valeurs qui unissent les Canadiens.Fini les subventions pour acheter l’allégeance des leaders communautaires.La priorité doit être donnée à l’éducation de tous les Canadiens au sujet des droits humains, «de l’histoire d’un pays où la citoyenneté n’est pas .fondée sur l’apfxirte-nance d une race ou d une religion et où les lois sont adoptées par le Parlement et non pas inspirées de textes religieux».Selon Fatah, cette transformation est nécessaire pour éviter le piège de 1a fragmentation.lan Robinson, du Calgary Sun, offre sûrement la critique la phis dure du multiculturalisme.Selon lui.le multiculturalisme a des retombées indésirables et pour l'illustrer, il parie non pas de jeunes musulmans pour une fois, mais de jeunes Canadiens d’origine croate, nés et ek'vès au Canada.Les amis d’un jeune avec qui il tra-vaiüajt avaient décidé d’aller se battre en Yougoslavie.À leur retour, brisés par les horreurs qu’ils avaient eux-mêmes commises, ils ont plongé dans l'ak'ool, alors que leur ami se demandait s’il n’avait pas failli à son devoir en refusant d’aller à fa guerre avec eux.Quand sa mère lui a dit que ce frétait pas sa guerre, ü lui a répondu que.si elle n’avait pas voulu qu’il ressente un tel attachement à ses racines, eUe ne l’aurait nas inscrit à des cours sur sa culture.sa langue et son histoire parsemée de rancîmes anciennes.Selon Robinson, le multiculturalisme envoie malheureusement deux messages aux nouveaux arrivants: «Ne changez pas, nous vous aimons comme vous êtes» et «Vous arrivez dans un pays si confus et dégénéré qu’il ne pense pas que sa culture mérite d’être préservée, défendue ou promue.Tout ce que nous avons d vous offrir, c’est du travail».Difficile position Ce débat est étroitement associé, dans tous les journaux, aux réflexions sur fa présence, en sol canadien, de supporteurs d’un islam radical.Pour le simple citoyen de religion musulmane qui ne cherche qu’à se perdre dans l’anonymat de 1a foule, les arrestations des dernières semaines viennent donc ^jouter à une vie déjà plus compliquée depuis les attentats du 11 septembre 2001.L’écrivaine Anar Ali raconte, dans le National Post, comment.à partir de cette date, elle s’est faite à l'idée d’être fouillée, interrogée et parfois détenue lorsqu'elle voyage à l'étranger.Ce qui fa perturbe davantage, c’est le fait qu'à chaque incident on l'interroge sur 1a question du terrorisme ou de l'extrémisme, non pas pour avoir son opinion de citoyenne, mais celle d’une musulmane.Comme si le fait d'appartenir à cette religion faisait d'efle une experte ou encore fa détentrice d’un savoir qui échapperait aux non-musulmans.«Je n ’ai aucune idée de ce qui motive nu terroriste [.).Les terroristes et les islamistes radicaux vivent dans un autre espace que moi, psy-ckidogiquement et culturellement, même s’ils ont été élevés au Canada, comme moi.Pour mieux comprendre ces jeunes hommes et les raisons de leur recours d la violence.U serait plus sensé de poser la question i un skinhead, à un membre de l’IRA.à un Tigre tamoul ou à un Weatherman.Si vous me posez la question, je devrai conjecturer, comme la plupart des gens, à partir des estrades.» Salim Mansur, du Toronto Sun, prend au contraire ses coreligionnaires de front II reconnaît l’existence d'un sentiment d’isolement et d'incompréhension au sein de sa communauté depuis l’arrestation des 17 jeunes Torontois, mais U demande: à qui 1a faute?Selon lui, les musulmans ont hérité d’une culture du déni qui les mène trop souvent à refuser la responsabilité pour le malaise à l’origine de la triste situation économique, politique et sociale de fa majorité des pays arabo-musulmans.«Les rapports sur les pays arabes sont un triste catalogue de tyrannies bien implantées, d’économies en panne, de richesse dilapidée.d’oppression des femmes, de persécution des minorités et de violence endémique.» Il déplore que beaucoup de musulmans aient tendance à blâmer les autres pour leurs malheurs, offrant ainsi un terreau fertile aux terroristes.«Nous avons fait de Ihy-pocrisie un art et nous nous sommes emmêlés nous-mêmes dans un enchevêtrement de mensonges qui m?us aveuglent du monde réel autour de nous», poursuit Mansur avec dureté.Le chroniqueur compare l'infinie minorité d'extrémistes au sein de la communauté musulmane à ces quelques gouttes de citron qui font tourner le lait mais encore trop de musulmans refusent de les confronter.D déplore aussi cette incapacité à voir que le refus de séparer religion et politique permet à cette dernière de dominer l'islam et d’en faire «un paravent pour le tribalisme et le nationalisme».Mansur conclut par une tirade san.- merci.«Nous, musulmans, stmmes à l’origine de notre propre misère et nous ne sommes pas incompris par les autres qui voient dans ncère conduite une menace à leur paix • mcomellieraledetxtir.com La presse ** du Canada LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 JUIN 2 0 0 6 IDÉES JACQUES NADEAU LE DEVOIR Ce qui presse, c’est de rallumer la foi, de remplacer la langue de bois par une vraie parole.< - Le projet de souveraineté du Québec Sortir de l’impasse en revenant aux idées fondatrices GÉRARD BOUCHARD Professeur au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Chicoutimi u cours des années 196080, le projet de souveraineté du Québec a inspiré une forte tradition de pensée et de sentiment des appels qui visaient à éveiller les consciences, à allumer la foi, à stimuler la fierté, la confiance; des argumentations qui allaient au fond des choses et fixaient les concepts, les finalités, les justifications.Tous ces apports ont fait émerger le mouvement ur de la vie politique du Québec (et du Canada), ils ont alimenté un très grand débat démocratique et ont suscite une ample mobilisation collective qui a fait des vagues bien au-delà de nos frontières, venant tout près de frire basculer le destin du Québec.Après l’échec du dernier référendum, le mouvement souverainiste est passé progressivement à un autre régime.Depuis quelques années, ses porte-parole se sont faits plus tacticiens, plus techniciens.Ds ont donné la priorité à des questions plus pointues (élection référendaire ou non, norme des 50 %, réforme du mode de scrutin.).D en a résulté les débats très spécialisés — et les controverses — que l’on sait Qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ce rappel: je reconnais la nécessité de ces réflexions et ne songe nullement à en diminuer l’apport Mais on acquiert peu à peu le sentiment que la pensée souverainiste s'est refroidie, que les discussions sur les modalités ou sur la mécanique ont rejeté à l’arrière-plan la réflexion sur le fond.Le danger, c’est qu’à tant conjecturer sur les façons de harnacher la rivière, les stratèges en viennent à négliger le niveau de l’eau.Or ce niveau, il est trop bas, U ne lève pas et si rien ne change, il risque de décroître si on ne retrouve pas la part du rêve.ils l’ont inscrit au Une réorientation nécessaire Un changement de cap s'impose; j’en donne trois raisons parmi d’autres.D’abord, le projet souverainiste est dans une impasse.Il n’arrive pas à franchir nettement le mur des 50 % de l’appui populaire et à s’assurer une majorité politiquement viable.En frit il semble depuis quelques années se nourrir davantage des déconvenues de ses opposants (dernier avatar le scandale des commandites) que de son propre dynamisme.D s'avère aussi que le projet ne parvient pas à susciter des appuis importants dans la communauté internationale.Deuxièmement le nationalisme québécois est devenu plus fragile qu’on le croit On l’a bien vu lors des dernières élections fédérales; il a suffi que Stephen Harper improvise un brin de cour au Québec pour que plusieurs redécouvrent les vertus du «beau risque».Troisièmement le Parti québécois, qui était jusqu’ici le véhicule politique du projet vient de se diviser, avec les conséquences dramatiques qu’on peut entrevoir sur l’issue des prochaines élections.Ajoutons que, de ce point de vue, l’essor de Québec solidaire représente beaucoup plus qu’im échec stratégique; c’est aussi la conscience la phis vive du problème social qui vient de déserter les rangs du PQ.Un changement donc.Mais quand on examine tous les scénarios qui ont déjà été rigoureusement analyses, l’impressionnant éventail des questions si finement disséquées et l’énorme documentation qui en est issue, on se demande ce qu’on pourrait bien y ajouter.En fait il ne faut rien y ajouter, justement Car ce qui s'impose, c’est de revenir en arrière, de retourner au fond des choses, aux intentions premières, et de les reformuler à l’heure d’aujourd’hui.Ce qui presse, c’est de rallumer la foi, de remplacer la langue de bois par une vraie parole.Les techniciens, les stratèges pourront continuer à faire leur travail indispensable, mais à leur place: dans les officines plutôt que sous les projecteurs.Les défections qui ont conduit à la naissance de Québec solidaire tout comme les résultats du récent flirt conservateur sont des événements annonciateurs.Il est grand temps de refaire les fondements: c'est le seul moyen de consolider puis d’étendre substantiellement le soutien à la souveraineté.Trois idées fondatrices De quels messages, de quels grands idéaux le projet de souveraineté était-il donc porteur à l’origine?Pour ma part, j’en vois trois.D’abord, le projet affirmait cette grande et noble idée que le Québec, comme nation francophone d’Amérique, doit présider à sa destinée, en toute maturité et en toute responsabilité, plutôt que d’en confier la gestion à un autre Etat qui sera toujours dominé par l’ancien colonisateur.Deuxièmement, on voulait anoblir le statut des francophones québécois en prenant les moyens institutionnels d’un redressement puis d’une affirmation nationale et internationale dans toutes les sphères de la vie collective.Enfin, il y avait la volonté de refaire l’identité des Canadiens français, de répudier l’héritage du colonialisme, de restaurer la confiance et le respect de soi, en somme de donner aux Québécois de goût de l'avenir» (comme le dit maintenant l’Institut du Nouveau Monde).Ces messages d’une grande clarté, empreints de bon sens et de dignité, en prise sur l’histoire et la sagesse des peuples, étaient puissants.Ils ont du reste démontré leur efficacité en faisant faire un grand bout de chemin autant à la société québécoise qu’au projet souverainiste.Or ces idéaux me semblent n’avoir rien perdu de leur actualité, fis devraient servir de base à tout nouvel argumentaire.La tâche se présente toutefois différemment Depuis 10 ou 15 ans, le discours souverainiste a perdu d’importants appuis.Le thème a presque disparu de la littérature et déserté une bonne partie des sciences sociales.A moins de réintégrer ces lieux de pensée et de parole, il devra se donner d’autres canaux, d’autres locuteurs.Double paradoxe L’impasse du projet souverainiste apparaît clairement quand on prend en compte la faiblesse actuelle de l’idée fédéraliste.Jamais depuis longtemps l’option canadienne n’a été aussi pauvrement présentée.Après le référendum de 1995, Ottawa s’est replié dans une position défensive, se limitant par divers moyens (souvent peu recommandables, toujours impopulaires) à avilir le souverainisme.Entre 1960 et 1990, on avait connu les projets d’Etat binational, de société juste, de fédéralisme coopératif il y a aussi eu Meech et Charlottetown.Rien de tel aujourd’hui.Malgré tout, l’appui à la souveraineté n'a pas progressé (et l'option fédéraliste est restée très forte).Autre paradoxe: l’appui populaire au projet semble se nourrir de lui-même.Il survit même si les porte-parole semblent incapables d’en reconstruire le discours.A cet égard, la situation s’est inversée par rapport à celle qui prévalait avant 1960-70: des intellectuels qui avaient formulé un argumentaire robuste mais n’arrivaient pas à rallier la population.De la vigilance Travailler à promouvoir un nouvel argumentaire, c’est d’abord se montrer plus agressif dans la riposte.D’énormes faussetés font leur chemin au gré de l’apathie ambiante.Par exemple, un argument particulièrement spécieux (récemment repris par nul autre que Michael Ignatieffi) veut que la souveraineté soit démodée, l’heure étant aux grands ensembles, à l’universel.Spit Mais alors, comment expliquer cette course à l’Etat-nation depuis 1990 alors que près de 40 nouveaux pays sont néi?Par ailleurs, connalt-on un seul Etat qui ait songé à renoncer à son statut?Au contraire, on assiste partout à une défense jalouse de ses prérogatives.Et chacun sait que les Etats comptent parmi les principaux acteurs au sein des grands organismes mondiaux En regard, songeons aux génuflexions auxquelles le gouvernement Charest s’abaisse a l’heure actueDe pour occuper un coin de chaise à IT'NES CO, sans véritable droit de parole.Ici, en somme, les riches prêchent aux pauvres fa vertu de fa pauvreté.Une autre objection, non moins étonnante, remet en cause fa pertinence de fa souveraineté sous prétexte que le Québec ne saurait pas quoi en faire, sinon rééditer le modèle canadien (démocrate, pluraliste, pacifique, égalitariste); dès lors, pourquoi se séparer?(«Pour quoi faire, fa souveraineté?», demande-t-on.) La réponse est pourtant évidente.IVesque tous les pays d’Occident se définissent en référence à ces grands idéaux, mais chacun essaie de les concrétiser à sa manière, en accord avec ses traditions, ses institutions.Chacun aussi le fait en assurant fa défense de ses intérêts.Ajoutons que, dans le cas du Québec, le nouveau pays serait francophone.Qui voudrait voir là des éléments accessoires?Pour quoi faire, 1a souveraineté?Pour tout faire.Autre exemple, plus relevé cette fois: cette thèse affirmant que notre société serait si fragmentée culturellement et idéologiquement que le projet souverainiste ne serait plus viable.Dans ce contexte, il ne représenterait qu’un «fragment» parmi bien d’autres projets, orientations ou allégeances.Encore là, fa force de l’objection se nourrit surtout de la faiblesse de 1a réplique.Car, en fait, l'engage ment souverainiste est évidemment compatible avec tous les autres.Plus encore, s’il est bien défini, il est destiné, par nature, à les incorporer en les faisant avancer eux aussi.Les idées fondatrices Pour y arriver, il est nécessaire de revenir à l'essentiel.Il faut d’abord se réimprégner de fa dignité et de 1a nécessité pour un peuple de se gouverner lui-même, de ne pas faire écrire son histoire par un autre, en particulier quand on est une minorité culturelle.Ce principe est plus actuel que jamais justement à cause de la mondialisation, où il presse de se donner une voix.Dans le régime politique canadien, le Québec est exclu des grandes décisions, notamment sur le plan international.Cela en fait une société à la fois empêchée et entretenue.Les Québécois souffrent (si on me permet le mot) d’irresponsabilisation collective: ils sont contraints à s’échiner sur des affaires d’intendance, laissant à d’autres la gestion des grands dossiers qui les concernent Dira-t-on que le Québec n’a pas les moyens de s’autogouverner?C’est fa conclusion à laquelle une longue dépendance peut conduire.Il est toujours bon de rappeler que, parmi les Etats membres de l’ONU (près de 200), la moitié ont une population inférieure à celle du Québec, lequel se situerait entre le seizième et le vingtième rang pour le PIB et le niveau de vie et parmi les dix premiers pour quelques secteurs clés de l’économie.En deuxième lieu, fa maîtrise de l’Etat constitue un levier essentiel du développement coDectit Le Québec a progressé rapidement depuis 1960 parce qu’il a utilisé au maximum les pouvoirs dont il disposait Et il continue à faire des avancées spectaculaires dans divers domaines même s’il ne contrôle que très partiellement ce levier.Soutenir le contraire, c'est raisonner à l’encontre de toute l’histoire occidentale depuis deux siècles.Au cours des 150 dernières années, les Québécois ont souvent commis l'erreur de sous-estimer l’importance de l’Etat et du politique; cet héritage, semble-t-il, n’est pas mort Enfin, il faut redonner aux Québécois l'estime de soi et dégoût de l'avenir».Notre société, dit-on, est à fa recherche de grands projets; je n’en connais pas de plus vaste, de plus noble et de plus prometteur pour l’ensemble des Québécois.Je n’en connais pas non phis de phis apte à secouer Fespèce de léthargie qui parait s’être emparée de nous récemment Il faudra pour cela redorer le blason de la nation et ressouder l’idéal souverainiste avec les grandes préoccupations des Québécois, membres d’une minorité des Amériques, voisins d’un empire aux humeurs changeantes, petite nation confrontée à fa mondialisation, comme toutes les autres petites nations.Le message à diffuser est clair la sécession va en quelque sorte rapetisser le cadre politique du Québec, mais elle va énormément grandir les Québécois.Denise Bombardier \ A distance -m ¦ç'ij est fou comme on nous aime à l’étranger.C’est fou aussi qu’on le sache si peu.Cette semaine, que je viens de passer en Roumanie pour discourir sur fa francophonie, j’ai reçu de nombreux hommages de Roumains, des hommages à ma qualité de Québécoise.On nous apprécie pour notre dynamisme, pour notre simpfid té également et, bien sûr, pour notre absence d’arrogance, d’orgueil et de supériorité.Je crois même qu’on nous idéalise, mais je me suis bien gardée de le faire remarquer à mes interlocuteurs.Sincère-ment, je crois qu'ils exagérant un peu.Cette perception démontre aussi qu’un Québécois à l’étranger se transforme, qu’il le veuille ou non, en ambassadeur du peuple tout entier.En ce sens, le Québécois voyageur a une responsabilité.Celui qui se conduit en mufle nous rend mufles, celui qui est grossier nous transforme en grossiers, celui qui se comporte dignement fait rejaillir fa dignité sur nous tous.Ceux qui parlent, drapés dans leur québécitude exacerbée en malmenant la langue, nous font passer pour des rustres, voire des incultes.En jouant les handicapés linguistiques, ils folklorisent non seulement notre langage mais notre pensée.Ijps «chu t’un Québécois, hostie, pis nous autos, on parle [vis comme les Français» sont classés dans 1a catégorie des «sympas, drôles à leurs heures mais tout de même frustres» par des étrangers ignorant d'ailleurs que l’envie de rire supplante au Québec la capacité à choisir clairement notre destin collectif.Mais heureusement, il faut croire que fa majorité des Québécois pi qués par le goût du voyage laissent sur leur passage une impression si positive qu’elle donne envie à ceux qui les croisent de venir nous visiter.Quand j’ai eu 14 ans, un garçon un peu pédant, un peu suffisant, a influencé, à son insu, ma vie intellectuelle.Je vibrais pour lui, mais hélas, l’inverse ne s’appliquait pas.«J’habite loin», avais-je dit pour meubler fa conversation.«Tout est relatif», avait-il répondu, un léger sourire aux lèvres, indéchiffrable à mes yeux.Etait-ce un aveu de son intérêt pour ma pauvre [tor-sonne?Se moquait-il de moi?J’ignorais le sens du mot «relatif», si bien que j’ai [vissé les deux jours suivants à chercher dans différents dictionnaires un sens de ce mot qui me permette d’espérer le revoir.En vain.J’ai cependant retenu l’essentiel.Sms la mise en contexte et les nuances nécessaires, toute affirmation absolue devient nulle et non avenue, et ce, quand cette affirmation n’est pas au départ déplacée.Plus tard, à 20 ans, quand mes camarades de combat se sont mises à comparer la situation du Québec à celle de l’Algérie avec, comme conséquence, de passer-à l’action violente pour instaurer l’indépendance, j’ai décroché dare dare, comme disait à son chauffeur F ancien ministre péquiste Jacques-Yvan Morin, pressé de regagner Montréal par fa Transcanadienne.Cette semaine en Roumanie, encore une fois, fa leçon du garçon, aux yeux duquel je n’avais pas trouvé grâce, m’a servie.«On dit, Madame, que les (Québécois ont été asservis par le clergé», m’a glissé un intellectual de Bucarest Asservis?Que répondre à un Roumain qui, lui, a subi 1a tyrannie délirante de Ceausescu?«Vous, les francophones, avez beaucoup souffert de la dominatùm et de l'exploitation anglaises, n'est-ce pas?», s’est enquis un jeune étudiant qui n’a encore jamais mis les pieds en France mais dont fa qualité du français parlé aurait de quoi faire rougir une bonne partit du Québec dit instruit Dominés?Exploités?Certes, mais devant une assemblée de Roumains bardés de diplômes, cultivés dans le sens humaniste du terme, qui vivent dans un pays ravagé, défiguré, exsangue, à cause des folies ceausescuesques, à cause du communisme, cette utopie qui a semé fa mort et la peur, asservi physiquement et moralement des centaines de millions de personnes, comment oser jiro-noncer ces mots usuels pour nous, ces mots qui nous servent d’alibis devant notre incapacité à nous assumer dans un sens ou dans l’autre?Vais-je plaindre au s si nos professeurs universitaires devant leurs collègues roumains, qui gagnent en moyenne 700 euros par mois dans un pays où le coût de fa vie a explosé de façon vertigineuse depuis quelques .innées?Comment expliquer le décrochage universitaire des étudiants de chez nous qui accèdent en masse dans nos facultés devant de jeunes Roumains soumis à des critères d’entrée extrêmement sévères et oui s’échinent à décrocher leur diplôme?Peut-on jianer de nos problèmes politiques, de nos malheurs sectoriels, de nos frustrations collectives, de nos subventions culturelles trop peu généreuses, devant des créateurs sans autres moyens que ceux qu'ils s’inventent?Dois-je aborder notre mal de l’âme devant ceux qui ont survécu en réussissant à garder l'espoir, seul rempart contre fa barbarie?Vaisje dénoncer nos malheurs de consommateurs devant des gens qui ne rêvent que de ces produits efficaces, utiles et attirants qui leur simplifieraient la vie?Devant un peuple qui a subi tant de tragédies depuis un siècle, il faudrait manquer de fa décence fa plus élémentaire pour nous présenter en victim»».Vus de Bucarest ou de Brasov, en Transylvanie, hûk propres combats ne disparaissent pas, ne perdorij pas de leur sens mais de leur intensité.«Tout est relatif», comme je l’ai appris à 14 ans.dertbom bardierrugrés du bieinMre eonsunxris-te engendre de-s appétits insatiables et une quête du « toujours plus ».Nulle surprise, donc, d’entendre Françoise David taire la promotion d'une « décroissance,tumble» et tie la AGENCE FRANCE-HRKSSE Jean-Jacques Rousseau : « Mieux l’Etat est constitué, plus les affaires publiques l’emportent sur les privées dans l’esprit des citoyens.» FRÉDÉRICK TÊTU Professeur au cégep François-Xavier-Garneau Se pourrait-il que le vrai fondateur du parti Québec solidaire (QS) soit non pas Françoise David et compagnie mais bien Jean-Jacques Rousseau?En effet, la Déclaration de principes de (JS recoupe en plusieurs points la pensée de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).Ses étiquettes d’écologiste, de gauchiste, de féministe, d’altermondialiste et de démocratie « participative » découlent en grande partie du rousseauis-me, la première philosophie à identifier et à chercher à résoudre un des problèmes de la modernité politique : le fait qu’en visant une émancipation totale de l’être humain, cette même modernité risque toutefois, au contraire, de conduire à une existence déshu-manisée et malheureuse.Rousseau et Québec solidaire ont un ennemi commun fondamental et clairement identifié contre lequel ils concentrent leurs attaques.Les dirigeants de QS parlent du « néolibéralisme, cette version moderne du capitalisme».Selon leur déclaration, celui-ci génère la pauvreté à grande échelle au profit d’une petite minorité de possédants, entraîne la dévastation environnementale, cause des inégalités entre les hommes et les femmes et i>ose une menace redoutable pour les programmes sociaux dans leur ensemble.Homme des Lumières et penseur politique, Rousseau était convaincu que la monarchie absolue de son çjàoque était moribonde et que son veritable ennemi idéologique était plutôt le libéralisme classique.Tous les grands penseurs prérévolution-naires de l’époque voyaient dans le régime économique et politique qui se développait en Angleterre le mo dèle de l’avenir eumpéen.Rousseau, le premier, condom na le libéralisme comme la source des maux qui, à ses yeux, dépasseraient tout ceux que la monarchie absolue avait pu causer.Cela fait de lui, en Occident, le fondateur tie la gauche.En approfondissant les raisons qui ont pousse Rousseau à ixiscr un diagnostic si extrême, nous pouvons mieux s,u; sir la toile de fond intellectuelle qui se profile derrière un mouvement partisan comme Quebec st>-fidnire.« Les hommes sont méchants, une triste et continuelle experience dispense de la preuve: cependant, (homme tst naturellement bon ».affirme Rousseau dans son célébré Discours sur l'origine ri lesfimde-ments de l'inegalite parmi les hommes (Second discours), qu’on pourrait classer parmi les textes fondateurs de Québec solidaire.: Comment l’homme devient-il uh loup pour l’homme ?Tour Rousseau, c’est à cause du développement de la société, laquelle produit l'individualisme et l'inégalité.Et plus la société se développe et st' complexifie, plus l'individualisme est exacerbe et les inégalités, accentuées.Four le dire comme Rousseau : famour de soi, normal et sain, a tendance à dégénérer en amour- Krpre, c’est-fedire en vanité.CeL fi, présente dans la plupart des sociétés humaines, entraîne une Série d’effets pervers tels que la jalousie, l’hypocrisie, l'ambition et «Les hommes sont méchants, une triste expérience dispense de la preuve ; cependant, l'homme est naturellement bon.» Manon Massé un CLEMENT ALLARD LE DEVOIR Frédérick Têtu : « Comment l’homme devient-il un loup pour l’homme?Pour Rousseau, c’est à cause du développement de la société, laquelle produit l’individualisme et l’inégalité.» voir publier son livre chez un éditeur qui fait la promotion de la simplicité volontaire.Loin de brimer l’homme, une économie verte et moins productiviste détournerait l’humain des valeurs matérialistes pour le réorienter vers ce qu’on nomme béatement de nos jours «les vraies valeurs».Pour contrer rindiviclualisme consumériste engendré par les progrès de la société, Rousseau propose une solution d’ordre politique, c’est-à-dire sociale: il faut que les institutions politiques favorisent autant que faire se peut le collectivisme : « Mieux l’État est constitué, plus les af/hires publiques l’emportent sur les privées dans l’esprit des citoyens», affirme-t-il dans Du contrat social.Sur ce point Québec solidaire est on ne peut plus clair: « Québec solidaire se voue entièrement à la défense et à la promotion du bien commun.En d’autres mois, il fait primer l’intérêt de la collectivité sur l’intérêt d’une minorité possédante.» Ou encore, selon la même Déclaration : « Quel que soit le secteur, notre objectif sem de renforcer le contrôle collectif et les initiatives de la population au sein même des entreprises et par rapport aux décisions économiques qui la concernent » Pour donner un sens au primat du collectif sur l’individualiste, Rousseau, tout comme Québec solidaire, entrevoient une sodété poli- tique axée sur la participation active du citoyen dans les processus d’exercice du pouvoir.«Dans un État vraiment libre, nous dit Rousseau dans Du contrat social, les citoyens font tout avec leurs bras et rien avec de l’argent.Loin de payer pour s'exempter de leurs devoirs, ils paieront pour les remplir eux-mêmes.» On jurerait lire le philosophe genevois lorsqu’on se penche sur la Déclaration et qu’on y trouve ce passage : * L’exercice démocratique doit donc être repensé pour encourager la participation des citoyennes et des citoyens.» A la lire, on se rappelle que la pensée de Françoise David a été forgée dans le creuset des groupes communautaires.(Québec solidaire, tout à sa poursuite du bien commun, devrait d’ailleurs se rebaptiser Québec communautaire.) David-Khadir : robespierristes ?L’étiquette de néocommunistes pourrait très bien convenir aux ouailles de Québec solidaire.Car la pensée de Rousseau a eu une forte influence sur les marxistes.Pas autant, toutefois, que sur les jacobins de Saint-Just et Robespierre.On pourrait donc qualifier de néojacobinisme les valeurs promues par QS.Attention, il ne s’agit pas ici d’agiter l’épouvantail d’une possible néoterreur.Notre époque postmoderne, évidemment, est une période soft.Reste que la sympathie admirative de Françoise David et d’Amir Kha-dir pour des personnages révolutionnaires ou quasi révolutionnaires tels que Fidel Castro, Hugo Châvez et Evo Morales montre que le parallèle n’a rien de gratuit Au reste, Rousseau aurait eu des sympathies pour le penchant souverainiste de Québec solidaire car il voyait dans les petites nations des lieux plus propices à la prédominance des intérêts collectifs sur les intérêts purement individuels et des espaces davantage disposés à l’engagement «citoyen».Par ailleurs, Rousseau n’a pas corn que ce collectivisme à petite échel puisse être compatible avec l'internationalisme engagé que souhaite promouvoir Québec solidaire sous le vocable d’altermondialisme.Quant au féminisme, Rousseau, souvent traité de penseur macho, ne peut certes pas être considéré comme un précurseur de QS.Quoique dans une étude peu connue, intitulée Sur les femmes, on trouve des passages que Françoise David pourrait revendiquer.Par exemple: « Les femmes auraient pu donner de plus grands exemples de grandeur d’âme et d’amour de la vertu et en plus grand nombre que les hommes n’ont jamais fait si notre injustice ne leur eut ravi avec leur liberté touttes [sic] les occasions de les manifester aux yeux du monde.» Notons tout de même que le féminisme de QS semble plutôt procéder d’une analyse marxiste, de « lutte des sexes», que d'un rousseauisme.Avec leur appel à une oxymo-rique utopie réalisable, les deux coleaders de QS ont indéniablement quelque chose de sympathique.Ces grands fervents d’éoliennes auraient eu l'heur de plaire à Cervantes.Mais les railler est trop facile.Car, comme descendants intellectuels de Rousseau, ils méritent d’être pris au sérieux.Surtout si l'on se remémore des effets (souvent nocifs) qu’ont eus, depuis quelque 200 ans, les positions et actions des autres nombreux rejetons du célèbre philosophe genevois.?Ce texte conclut notre série Le Devoir de philo pour cette saison.Merci d’avoir été si nombreux à la suivre et revenez-nous à la rentrée d’automne.Suggestions et commentaires : Antoine Robi-taille, arobitaille@ledevoir.com.«MM O 1e Outgames /lontréal 2006 présentent CONFÉRENCE INTERNATIONALE sur les droits humains des LG6T 26 au 29 juillet 2006 Palais des congrès • Montréal Inscrive! vous! Passes journ.ilieios aussi disponibles.Joignez-vous à 2000 participants de plus de 100 pays, réunis pour faire avancer les droits humains des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT) à travers le monde.Près de 40 orateurs de prestige, incluant : - Mme Louise ARBOUR, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Genève; - Mme Claire L'HEUREUX-DUBÉ, juge à la Cour suprême du Canada (1987-2002); - Mme Martina NAVRATILOVA, gagnante de 18 championnats du Grand Chelem de tennis en simple, en double et en mixte; - Mme Irshad MANJI, auteure du livre Musulmane mais libre-, - M.Mark TEWKSBURY, médaillé d'or, d'argent et de bronze en natation aux Jeux olympiques de Séoul (1988) et de Barcelone (1992); - M.Martin CAUCHON, ministre de la Justice et Procureur générai du Canada (2002-2003).200 ateliers, dont 2 séances plénières par jour et 40 ateliers simultanément.Workers Out! : séances en compagnie de 500 représentants de centrales syndicales à travers le monde.Out for Business : séances avec plus de 300 professionnels et gens d'affaires discutant d'enjeux importants pour la communauté LGBT internationale.Un héritage pour les droits humains : la Déclaration de Montréal sera présentée lors de la Conférence et portée aux autorités des Nations Unies et des gouvernements nationaux.intcrivox-vouil www.montreal2006.org Cliquez sur l'onglet « Conférence » l A gl sa O I^Outgamesmondiaux CanacCt HR Montréal (S ®CCI &STM (332= i*i sr ss CanariS Oif® HP! 5m »y>Vj Su & «
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