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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-05-25, Collections de BAnQ.

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ROMAN Éric Chevillard Page D 5 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DI M A X (' Il E (i M A I 2 O O 2 .L DE VISU Janet Cardiff Page D 8 LE DEVOIR (D ILLUSTRATION: HANS HASSELKUS Popol Vuh L’Antiquité américaine CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Pierre DesRuisseaux a beaucoup vécu pour la poésie.D en a écrit, en a traduit.Il a saisi la poésie de l’air du temps en publiant le premier, des proverbes et des expressions québécoises.Parti, dans les années 70, en scooter, glaner en quelques saisons la culture populaire du Québec, de l’Abitibi aux Cantons-de-l’Est il en a tiré le Dictionnaire des expressions québécoises (BQ), son Dictionnaire des croyances et des superstitions du Québec (Tryptyque), celui des proverbes québécois (Typo) et bien d’autres ouvrages encore.Il a cofondé une maison d’édition (Triptyque) et une revue de littérature [Moebius).Il a traduit des poètes anglophones québécois et canadiens, de A M.Klein à Margaret Atwood.Des Indiens d’Amérique du Nord-Est, il a traduit les Hymnes à la grande Terre, des chants, des poèmes, des textes rituels (Tryptyque-Castor Astral).Il vient de publier un onzième recueil de poésie à L’Hexagone, intitulé ]oumal du dedans.Et durant tout ce temps où il collectait et publiait les histoires d’ici, où il déterrait la culture populaire québécoise, Pierre DesRuisseaux était fasciné par l’Amérique centrale.Il le vivait comme un appel, ce qui l’a sans doute mené à choisir comme conjointe une Salvadorienne, Daisy Amaya C’est avec elle d’ailleurs que Pierre DesRuisseaux signe sa dernière traduction du Pop Wooh, ou Popol Vuh, livre du temps, l'histoire sacrée des Mayas quichés, paru chez Triptyque.Le Popol Vuh est une sorte de Bible précolombienne, issue de l’Antiquité américaine et relatant une histoire des Mayas quichés, avec ses mythes de création du monde, son épopée, ses amours et ses fraternités, ses déchirures.Un récit des origines comme il s’en trouve dans toutes les cultures, avec ses naissances mystérieuses, ses résurrections, ses divinités et leurs colères, leurs joies.Dans l’imaginaire maya les dieux, c’est-à-dire Tzacol, le Créateur, Bitol, le Concepteur, Alom, la Mère, Qaholom, le Père, et leur nombreuse parenté, durent s’y prendre à plusieurs reprises pour créer l’homme.«Qu’ils viennent à la vie», avaient dit les divinités en pariant des hommes.La première fois, ce sont de vulgaires petits pantins de bois, rampant, marchant à quatre pattes, qui avaient vu le jour.•Nulle sueur, les joues sèches, leurs visages étaient comme de purs masques, leurs jambes étaient raides et les muscles de leurs bras s’entrechoquaient», dit le texte.Impuissants, mal aimés, mauvais, ils furent anéantis.Sans ménagements.•Un déluge s’est abattu du Ciel.L’aigle arracheur d’yeux leur a arraché les yeux.Est venu Camalotz, la chauvesouns meurtrière, qui leur a coupé la tête.Est venu Cotz Bas-lam, le jaguar menaçant, qui a dévoré leur chair.Est venu Tucum Balam.le jaguar enragé, qui les a broyés et réduits en poussière», dit le texte.Selon le Popol Vuh.il ne resterait de cette espèce que des sagouins, ou ouistitis, ces petits singes à longue queue que l’on trouve en Amérique du Sud.VOIR PAGE D 2: POPOL VUH Anges oudémons?Jacques de Tonnancour Sa passion, il la voue à des coléoptères longi-cornes, des araignées mygales, des papillons morphos aux ailes bleu métallique, des scorpions, des sauterelles.11 a parcouru le monde, de la Papouasie à l’Amazonie, pour les attraper.Et à 85 ans, le peintre et entomologiste Jacques de Tonnancour s’est offert le plaisir d’exposer ses proies dans un livre magnifique sur les insectes, Monstres ou splendeurs cachées, paru chez Hurtubise HMH, CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Sont-ils anges, sont-ils dénions?la distinction s’affine encore quand on contemple l’extrême fragilité des ailes d’une grande sauterelle verte, le dessin précis, imitant les yeux d’une chouette, qui orne les ailes du caligo, un papillon nocturne de l’Amérique tropicale, pour déjouer ses ennemis.Ce livre se voulait d’abord et avant tout un livre sur la beauté dans ce qu’elle a d’étonnant, d’insaisissable.•J’ai toujours été fasciné par la beauté des insectes», dit Jacques de Tonnancour du haut de son appartement de Montréal surplombant le chemin de la Côte-Sainte-Catherine, lui dont les tiroirs sont bourrés de mille-pattes, de mantes religieuses, d’abeilles et de papillons géants momifiés.• L’entomologiste ajoute: «La beauté, c’est très mal compris.Quand quelque chose est classifié beau, c’est entendu que c’est beau», car lui-même dit chercher la beauté sur des chemins moins fréquentés.Le rapport de Jacques de Tonnancour avec les insectes tient de la fascination.Une fascination presque viscérale qui le touche depuis son enfance, bien avant qu’il ne devienne peintre et côtoie les Pellan et les Borduas.Enfant, il avait reçu d’un prêtre deux coléoptères de l’Amérique tropicale, par ailleurs en piteux ¦ état.Le don symbolisait à lui seul, à ses yeux, toutes les tropiques.Ce n’est pourtant que des années plus tard que l’entomologiste devenu peintre partira à l’assaut des milieux qui ont enfanté ses fantasmes d’enfant, les forêts vierges du Brésil ou du Pérou.Et on sent encore poindre toute son émotion, une émotion intense lorsqu’il évoque la friabilité extrême des ailes iridescentes du papillon lorsqu’elles sèchent.VOIR PAGE D 2: TONNANCOUR 111| | H - .Y?’ T’* I LE DEVOIR, LES A M E D I I) 2 PHOTOGRAPHIE Terre en vue OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Reporters sans frontières, organisme voué à la défense de la liberté de la presse dans le monde, édite un nouvel album photo, consacré cette fois au photographe de renommée internationale Yann Arthus-Bertrand.Pas d’inédits parmi ces clichés aériens que nous connaissons depuis la publication des œuvres magistrales que sont Im Terre vue du ciel en 1999, suivi de 365 jours pour la Terre en 2000, voire des nombreux calendriers et cartes postales qui, ainsi que leur autour, ont fait le tour du monde.Ecologiste, humaniste, le photographe volant ne se borne pas à nous éblouir chaque image, dont la légende apparaît en fin de volume, dresse un état des lieux détaillé du globe, à l’instant.Un livre qui vaut le détour et propose, pour la bonne cause et un prix dérisoire, des reproductions d’une étonnante qualité.Un livre pour toute la famille, fi- nalement conviez vos teut-petits à un «Où est donc Charlie?» nouveau genre, où il sera ici pêcheur des immensités océanes, là minuscule cultivateur d’un vaste labour, ailleurs simple témoignage d’une activité que se partagent, de manière peu équitable, vie humaine et animale.En double page, jouez au labyrinthe et trouvez une sortie à ce surprenant village malien vu des airs.Beau joueur, enfin, vous trouverez la photo qui, pour les besoins ludiques de cet exercice, a été im-primée.à l’envers! A découvrir, en complément, l’imposant site Internet (www.yan-narthusbertrand.com) où l’auteur annonce notamment une exposition estivale à Montréal, dans un lieu qui reste à préciser.A suivre.POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE Yann Arthus-Bertrand Reporters sans frontières Paris, 2002,128 pages YANN ARTHUS-BERTRAND Cultures maraîchères aux environs de Tombouctou, Mali.«fessai?¦¦m* .Le baromètre du livre au Quebec 1 Roman LES ENFANTS DE !A TERRE.T.5 - Les refuges de pierre J.AUEL Pr.de la Cité 4 2 Roman P.AUSTER lanéac/Actes Sud 1 3 Biograph Qc L’ALLIANCE DE LA BREBIS G.UVALLÉE JCL 5 4 Roman LA QUATRIÈME MAI J IRVING Seuil 4 5 Polar WONDERLAND AVENUE 4P M.CONNELLY Seuil 4 6 Roman Qc D.BOMBARDIER Albin Michel 2 7 Sexualité FULL SEXUEL J.ROBERT L'Homme 12 8 Nutrition BON POIDS, BON CŒUR » MONIXSNACAXJMESNL Flammarion Qc 2 9 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T.O'ANSEMBOURG L'Homme 10 Actualité 11 SEPTEMBRE 2001 - L'eftroyable imposture T.MAYSSAN Carnot éd.5 11 Cuisine BARBECUE ¥ S.RAICHLEN L'Homme 5 12 Roman MADEMOISELLE LIBERTE A.JARDIN Gallimard 17 13 Roman Qc MIST0UK G.BOUCHARD Boréal 2 14 Spiritualité METTRE EN PRATIQUE LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 5 15 Roman Qc LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE ¥ M.PROULX Boréal 6 16 Roman LA DERNIÈRE RÉCOLTE J.GRISHAM Robert Laffont 5 17 Roman LE LIT D'ALIÊNOR M.CALMEE XOéd.13 18 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 75 19 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ¥ S.VIZINCZEY du Rocher 55 20 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR.T 1,2*3 ¥ M.LABERGE Boréal 76 £ Roman Qc VOYAGE AU PORTUGAL AVEC UN ALLEMAND ¥ L.GAUTHIER Fides 6 22 Faune LE PEUPLE MIGRATEUR ¥ PERRIN/MONGIBAUX Seuil 4 23 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 81 24 Polar MYSTIC RIVER ¥ D.LEHANE Rivages 6 25 Roman LE PIANISTE ¥ W.SZPILMAN Robert Latfont 66 26 Guide Qc GtTES ET AUBERGES OU PASSANT AU QUÉBEC 2002 COLLECTIF Ulysse 13 27 Roman Qc M.FISHER Un Monde Diff.5 28 Roman BAUD0LIN0 ¥ U.ECO Grasset 10 29 Santé RECETTES ET MENUS SANTÉ, T.1 & 2 M.M0NTIGNAC Truster 124 30 Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE ¥ COLLECTIF Marabout 6 31 Érotisme Qc BANQUETTE, PLACARD.COMPTOIR ET AUTRES LIEUX.W.ST-HILAIRE Lanctdt 14 32 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 87 33 Faune GUIDE DES OISEAUX DE L'EST DE L'AMÉRIQUE DU NORD ¥ D./L.STOKES Broduet 273 34 Jeunesse COLLECTIF Héritage 2 35 8.0.XIII N° 15 - Lâchez les chiens VANCE/VAN HAMMf Dargaud 10 36 Roman Qc L.-T.PELLETIER Intouchables 2 37 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD ¥ F.VARGAS Viviane Hamy 25 38 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES lUm * DCJ ¥ H.MAJOR Fides 34 39 Essai Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 27 40 Histoire LES JUIFS, LE MONDE ET L'ARGENT ¥ J.ATTALI Fayard 14 41 Psychologie MÈRES-FILLES, UNE RELATION A TROIS ¥ EUACHEFF/HEMCH Albin Michel 13 42 Sc.Sociale LES FRANÇAIS AUSSI ONT UN ACCENT J.-B.NADEAU Payot 8 43 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION ¥ F.DELAVIER Vigot 207 44 Biograph.Qc JACQUES PARIZEAU, T.2 - Le baron ¥ P DUCHESNE Qc Amérique 6 45 Spiritualité JE VOUS DONNE SIGNE DE VIE M.CARON Marjolaine 13 ?: Coup de Coeur RB HHHH : Nouvelle entrée Mûre de semaine?depuis p*nit»on Plus de 1000 Coups de Cœur, pour mieux choisit r ^ L - SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et AGMV Marquis JP i IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke 25 ET DIMANCHE 26 MAI 2002 «•Livres»- P0P0LVUH SUITE DE LA PAGE D 1 Finalement, c’est de mais que seront faits les hommes et les femmes, comme le relate le quatrième récit de la création.D’abord presque surhumains, ils savaient tout, voyaient rinfiniment petit comme l’infiniment grand.Mais les dieux étaient mécontents de cela.Ils ne voulaient pas faire l'homme semblable à eux-mêmes.Ils ont donc denté de corriger leur œuvre, leur création.Les yeux des humains ont été embués par l’esprit du Ciel.Ils ont été aveuglés comme si Ton avait soufflé à la surface d’un miroir.Leurs yeux ont été obscurcis de sorte qu'ils ne pouvaient voir qu’autour d’eux, ils ne voyaient que l’endroit où ils étaient», dit le Topol Vuh.Ainsi sont nés «nos premiers parents par l’Esprit du Ciel, l’Esprit de la Terre».On s’étonnera de trouver dans ce texte certaines parentés avec la Bible, par exemple.Une jeune fille du nom de Xquic est fécondée sans relation sexuelle par la tête de Hun Ahpu, Seigneur Tireur à la Sarbacane.Et ce dernier ressuscite, après avoir été traqué par ses ennemis et précipité dans un bûcher.«Il y a une espèce de lien entre les différentes traditions, explique DesRuisseaux.Cela vient de Tin-conscient collectif.» Cette nouvelle traduction du Pop Wooh par Pierre DesRuisseaux intègre la notion d’infra-monde, ce passage obligé au moment de la mort Cette portion de l’univers était absente de la première traduction faite par DesRuisseaux en 1987.«Depuis [la première traduction], d’autres gens d’origine maya-quichée ont fourni leur interprétation», précise-t-il.La nouvelle version française qu’il signe ajoute le fruit de ce nouvel échange.Car la version écrite la plus an- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Pierre Des Ruisseaux cienne du Popol Vuh est en fait signée d’un moine dominicain espagnol, Francisco Ximenez, qui vivait au Mexique au début du XVIII' siècle.«J’ai eu le manuscrit [de Francisco Ximenez] en main, à Chicago, se souvient DesRuisseaux.C'est toute une sensation pour un rat de bibliothèque.» Le père Ximenez avait lui-même traduit le Popol Vuh d’un manuscrit maya-quiché datant du XVI' siècle, disparu depuis.Ce manuscrit original avait, croit-on, été écrit, à partir d’une version orale, par Diego Reinoso, chargé en titre des traités hiéroglyphiques, Maya baptisé qui se convertira d’ailleurs plus tard en prêtre chrétien.La connaissance du Popol Vuh est donc diffusée aujourd’hui à partir des écrits des prêtres espagnols, qui tentaient d’ailleurs, à cette époque, dit DesRuis-seaqx, de transformer le Mexique en Etat religieux catholique.Ces prêtres ont-il modifié la teneur initiale de ce récit des origines mayas?«Ximenez était un père.H a interprété certains passages.On peut penser même qu’il a expurgé le texte de certains éléments.Les Mayas étaient des impies, des païens, qui adoraient des idoles, qui n’adoraient pas le bon Dieu», ajoute-t-il Des traditions mayas et de leurs textes, donc, il nous manquera toujours quelque chose.Et les traductions du Popol Vuh en différentes langues sont toujours de deuxième main.«Il y a même eu des autodafés de manuscrits mayas, ajoute DesRuisseaux.Pour les prêtres, c’étaient des œuvres sataniques.» Ce quelque chose d’oublié, de disparu, Pierre DesRuisseaux le traque encore, entre autres quand il visite les sites archéologiques comme El Tajin, près de Veracruz, une cité enfouie qui était autrefois, dit-on, recouverte de feuilles d’or.On situe le début de la civilisation maya autour de 300 après J.-C.Aujourd’hui, les Mayas sont encore très présents en Amérique latine et, s’ils parlent plusieurs langues, environ deux millions de personnes parlent encore le maya-quiché.Leur religion initiale, leur récit des origines, fait partie d’un vaste chant du monde que Pierre DesRuisseaux tente, un peu partout, de capter.«Le monde est trop beau, dit-il,/e ne pourrai jamais en venir à bout.» La poésie, vous dis-je, c’est pour cela qu’il vit POP WOOH OU POPOL VUH, LE LIVRE DU TEMPS L’HISTOIRE DES MAYAS QUICHES Traduit de l’espagnol par Pierre DesRuisseaux, avec la collaboration de Daisy Amaya Triptyque Montréal, 2002,255 pages TONNANCOUR SUITE DE LA PAGE D 1 «On ne fait pas l’art d’après la nature mais d’après l’art et avec la nature», a-t-il déjà dit dans des entretiens avec Pierre Bourgie, publiés chez liber, en collaboration avec le Musée d’art contemporain de Montréal.«Devant bien des insectes, écrit-il, on ne saura pas conclure à leur beauté même s’ils ont une présence saisissante.Dans des milliers de cas semblables, il faudra aller chercher un terme antérieur à la beauté.» En feuilletant les pages de son livre, on s’extasie pourtant devant le bleu fluorescent de YEupholus schoenherri semi-coeruleus, un coléoptère curculionidé ramené directement de Papouasie-Nouvelle-Guinée, et on s’inquiète un instant devant la tête de mort qui orne le dos velu d’une Achrontia lachœsis, sphingidé du sud-est de l’Asie.Le peintre s’est fait photographe, et il y applique encore tout son art Il faut dire que les insectes nous ont précédés de quelques millions d’années sur Terre.Même les poissons d’argent, qu’on retrouve fréquemment dans les cuisines, ont fait leur apparition, à peu près sous la forme qu’on leur connaît aujourd'hui, il y a 300 millions d’années, comme d’ailleurs les blattes, les libellules ou les éphémères.C’est ce qui explique sans doute leur morphologie étonnante et leur anatomie si éloignée de la nôtre.«Si tous les insectes sont si difficiles à approcher, écrit-il encore, c’est qu ils ont des yeux tout autour de la tête.» À défaut d’être mobiles, les yeux des insectes sont énormes.Ces yeux sont en fait la somme de milliers d’yeux agglutinés les uns contre les autres.On apprend en effet que ces yeux globuleux sont composés de facettes qui, chacune, ont la fonction d’un œil.Certaines grandes libellules ont jusqu’à 28 000 de ces organes minuscules.Pas étonnant qu’elles s’enfuient au moindre geste.Surgis du fond des temps, donc, les insectes ont suscité chez les humains toutes sortes de réactions, de la répulsion à l’adoration, du mépris à l’idolâtrie.Les Égyptiens croyaient que les scarabées, sacrés, symbolisaient Râ, le dieu cju soleil, tandis que le Moyen Age chrétien les associait au mal et aux pécheurs.De nombreux peuples ont aussi accordé aux papillons le pouvoir de promener l’âme des défunts dans le monde des vivants.C’est un peu tout cela qu'explique le livre de Jacques de Ton-nancour, qui a pondu un texte volontairement simple pour garder le lecteur sous le charme de l'émerveillement.C’est un livre qui tente finalement de contenir tout entier cet envoûtement que l’homme a éprouvé pour les créatures ailées, les minuscules comme les énormes.Les insectes, nous dit-il, ont fait leur apparition sur Pangée (qui signifie «toutes les terres»), cette masse continentale qui a précédé la création des continents tels qu’on les connaît aujourd’hui, selon la théorie de la dérive des continents élaborée LIBER Sous la direction de Michel Seymour états-nations, multinations et organisations supranationales 504 pages.35 dollars Quelque trente philosophes, politologues et autres observateurs de la scène politique mondiale s’interrogent sur l’avenir de l’État-nation par le météorologue allemand Alfred Wegener.On dit qu’à cette époque volaient dans le ciel des libellules de quelque 70 centimètres d’envergure.Aujourd’hui, c’est sous les tropiques qu’on retrouve la plus grande variété d’insectes.C’est que les forêts pluviales n’ont jamais subi l’effet des périodes glaciaires.«L’évolution a donc joué à fond, et librement, dans ce milieu, poussant le moindre trait à ses limites les plus extravagantes», écrit-il.«C’est là qu’on rencontre tous les extrêmes, dit deTonnancour en entrevue, les plus gros insectes et les plus petits.» Les plus colorés aussi.Les extravagances de la gent des insectes, Jacques de Tonnan-cour prend plaisir à les égrener.Il parle avec tendresse de ce papillon nocturne dont les ailes imitent les couleurs d’une feuille morte et qui prend à l’occasion la posture de cette feuille, ballotté par le vent, pour se mettre à l’abri de ses prédateurs.Il s’emballe aussi devant ce coléoptère de l’Amazonie péruvienne qui se déguise en crotte d’oiseau pour passer inaperçu.L’effet est d’ailleurs assez saisissant.C’est ainsi que des êtres dénués d’intelligence obéissent aux lois d’une intelligence prodigieuse, remarque-t-il.«C’est aussi bouleversant que de regarder le cosmos.» Ce n'est sans doute pas un hasard si l’astrophysicien Hubert Reeves, qui s’extasie tout autant devant l’univers, signe la préface de ce beau livre.Il précisera d’ailleurs, dans cette introduction, que plusieurs espèces d’insectes sont menacées, voire déjà exterminées, par les insecticides agricoles utilisés abondamment dans les campagnes.Jacques de Tonnancour ne s’est pas privé d’admirer celles qui restent.De la mygale, il dira qu'il suffit de la guider, de la laisser courir sur un bras pour l’attraper.Pourtant, l’animal, d’une taille affolante, est muni de deux énormes crocs qui s’enfoncent sans merci dans ses proies.A l’aide de ses crocs, l’araignée paralyse l’adversaire avant de lui injecter des sucs digestifs qui transformeront la victime en une bouillie que la prédatrice se contentera de téter mollement, en une sorte de digestion externe.Il aime aussi raconter comment la mante religieuse coupe la tête de son mâle, ce masochiste qui n'accède pas autrement au désir, avant l’accouplement Une fois attrapés, les insectes chéris de Jacques de Tonnancour sont étouffés dans un pot d'acétate d'éthyle, où ils trouveront la mort C'est ainsi que naissent les collections; car si les insectes sont cruels, les humains le sont aussi.LES INSECTES Monstres OU SPLENDEURS CACHÉES Jacques de Tonnancour Hurtubise HMH Montréal, 2002,162 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Un despote nommé Fidel SOPHIE POULIOT Olimpia de La Havane.Le titre laisse croire qu’il s’agit des péripéties de quelque jolie héroïne évoluant dans la capitale cubaine.Une chanteuse, une actrice, une paysanne qui immigre en ville, peut-être, ou alors une femme d’influence.Or Olimpia Morales n’est rien de tout cela.Elle n’est qu’une bourgeoise dont le mari passera au crible de la purge révolutionnaire cubaine qui entourera la redoutée chute du mur de Berlin.Elle n’est qu’un des multiples personnages d’un livre qui peint un épisode de l’histoire cubaine en adoptant à la fois le point de vue des dirigeants et celui du peuple.Olimpia est le seul personnage, en fait, qui survivra à l’hécatombe sans quitter l’île communiste.Après avoir abordé la culture inuite dans le cadre de son premier roman.Mais qui donc va consoler Mingo?, qui a remporté deux prix littéraires (celui de l’Astrolabe en France et celui de l’Académie des lettres du Québec), Paul Bussières s’intéresse cette fois au pays d’origine de son épouse, Cuba.L’histoire se déroule en 1989, alors que le rideau de fer, en Europe, s’apprête à être définitivçment levé.Le peuple espère, l’État craint C’est pourquoi il se livre à une purge sans précédent, qui se poursuit jusqu’au sein de son élite militaire.Les têtes de certains généraux choisis tombent au milieu de procès trafiqués, chacun épie son voisin et se méfie des micros qui peuvent se trouver n’importe où, on traque les homosexuels, on resserre la censure, on fait discrètement sortir du pays les dissidents ainsi que les individus atteints du sida (quand ils ne sont pas emprisonnés), les seconds étant jugés aussi dangereux que les premiers.La force de l’écriture de Bussières réside indéniablement dans les dialogues.Ceux-ci sont réalistes et chaque personnage possède ses expressions caractéristiques, ainsi que sa propre façon de parler.Le meilleur exemple en est le militaire Mazorra.Homme simple, imaginatif et bon vivant, la langue dans laquelle il s’exprime — et celle qu’utilise le narrateur omniscient lorsqu’il suit le fil de ses pensées — est colorée, franche, elle regorge d’images qui ne manquent pas de faire sourire le lecteur: «Mazorra se mordillait les lèvres, et ne savait pas lequel des trois regards affronter.[.] celui de Cardoso [.] devait être rouge comme de la braise de forge; quant à celui de Rodriguez, il était plus amer encore qu’une marmelade de groseilles des Balkans.» Reste tout de même que le principal intérêt du roman est ce portrait tracé par l'auteur, d’une part, d’une autocratie qui entend demeurer en place malgré l’effondrement des principaux régimes communistes du monde et, d’autre part, d’un peuple qui espère qu’il en sera autrement.Car, embargo oblige, tout est rationné: les citoyens n’ont pratiquement plus accès à la viande, les bistrots n’ont même plus la possibilité d’offrir un verre d’eau à leurs clients, pendant que les militaires se régalent pour leur part de café.Les civils perçoivent le régime castriste comme une source intarissable d’injustices, alors que ses représentants y voient une façon d’assurer à tous les mêmes chances.Peuvent-ils véritablement croire en ce discours officiel?Le lieutenant Cardoso dira, le plus sincèrement du monde, lorsqu’il raconte comment, issu d'une famille pauvre, il a été privé d’éducation: «Tu me prends parfois pour un abruti, Mazorra, mais laisse-moi te dire que la Révolution n’aurait jamais fait subir une telle humiliation à un enfant.Regarde mon fils; il lui doit son instruction.Elle Ta même envoyé en Union soviétique pour en faire un ingénieur et un pilote.Alors, moi, je ne laisserai jamais tomber la Révolution, et je ne laisserai pas un seul salaud la trahir.» Pourtant, un peu plus loin, le narrateur verra l’ombre du hié-rarchisme social se profiler dans l'âme du militaire: «Il enrageait à Vidée que la Révolution puisse procurer ses faveurs à un subalterne.» Croyons-nous jamais à autre chose qu’à ce qui nous avantage?Les personnages créés par Paul Bussières sont humains et nuancés.L’atmosphère qui règne dans son récit est réaliste.Elle est sombre sans être terrifiante ou désespérée.Olimpia de La Havane est sans conteste un livre fort intéressant OLIMPIA DE LA HAVANE Paul Bussières Éd.Robert Laffont Paris, 2002,346 pages « *i LE DEVOIR.LES SA M E D I • 5 ET DI M A X ( Il E 2 «i M A I 2 O O beaux livres -» Livres - Un dieu nommé littérature Le parc de Rosay.VINCENT MOTTE Au jardin RENEE ROWAN Aux amateurs de beaux albums, aux amoureux des fleurs et ( des jardins harmonieux, voici deux ouvrages qui sont un véritable plaisir pour les yeux en plus d’être in-formatifs.Il ne s'agit pas d’ouvrages pratiques sur le jardinage mais plutôt de la visite d’une région de France où nichent une multitude de jardins qui enchâssent manoirs, châ-’ teaux ou fermes anciennes.Quelle ; fête pour les yeux, quelle source d’inspiration pour les jardiniers amateurs! Ce qui fait aussi l’intérêt de ces albums, c’est, pour l’éventuel voyageur qui compte se rendre en Normandie ou se promener en fle-de-France, une liste des bonnes adresses de chaque région avec une description succincte des jardins ouverts au public, non seulement le jardin de Monet à Giverny, ' voire les jardins de Bagatelle, mais aussi de nombreux autres qui n’attendent que votre visite.À défaut d’aller s’y promener, ces beaux albums nous invitent à les découvrir ' par l’image.JARDINS DE NORMANDIE Marie-Françoise Valérie ! Photographies de Vincent Motte et Christian Sarramon Flammarion Paris, 2002,200 pages JARDINS D’ÎLE-DE-FRANCE Isabelle Schlienger Photographies de Vincent Motte Flammarion Paris, 2002,200 pages Ata rie-A h drée Lamontagne Le Devoir Quand le livre paraît plusieurs visages se penchent sur son berceau — étranges fées, aux intérêts multiples, aux regards fouineurs: que va-t-il se passer, maintenant?Dans la petite foule de visages, on reconnaîtra, au premier rang, celui de l’auteur, anxieux, terrorisé, quêtant l’éloge comme un baume, redoutant le reproche qui l’achèvera, toujours puéril.Celui de l’éditeur, en apparence maître du jeu, néanmoins aux abois quant au sort qui sera fait à son rejeton.Celui du lecteur, intrigué, indifférent, impitoya blement sélectif.Celui du critique, du professeur, de l'étudiant, du libraire, du directeur de revue, de l’organisateur d’événements littéraires, du bibliothécaire, du membre d’un jury, du directeur de collection, de l'enfant, enchanté des histoires qu’on lui raconte et qui lira peut-être un jour assidûment, du journaliste, du lecteur encore, cette fois inconnu et à séduire, du fonctionnaire administrateur de programmes d’aide de l’État.Du pauvre en matière de culture littéraire, qui voudrait bien.Du mondain, qui ne veut que ça.Cela fait beaucoup de personnes, n’est-ce pas, réunies autour d'un objet réputé plutôt confidentiel, par essence réservé aux amateurs.Ce n’est pas tout.Tout ce monde caquette à qui mieux mieux, souvent moins par savoir que pour conjurer, on dirait, le sommeil hors duquel le livre vient d'être tiré et où il ne doit surtout pas retomber.De la foule monte donc un tapage de mots lancés, repris, trouvés, approximatifs ou savants; banals ou précis.C’est une écriture attentive au réel.Ira société du spectacle règne en maître.Ira névrose est le moteur de la création.C’est faire preuve d’une attitude de colonisés.Il n’y a pas de littérature sans plagiat.Le journalisme est une plaie.Etc.Contre ces lieux communs mais aussi dans une tentative convaincante d’ordonner quelque peu le vivant, l'informe et le proliférant de la chose littéraire vient de paraître aux Presses universitaires de France un Dictionnaire du littéraire, sous la triple direction de Paul Aron, Denis Saint-Jacques et Alain Viala.Destiné a priori à tous ceux qui se pressent autour du berceau, l'objet n’est pas seulement d’approche séduisante, de manipulation simple et agréable.Il offre avant tout des qualités de synthèse et de clarté, combinées à une ouverture sur la diversité des modes d’expression de la littérature en français, que ce soit sur le plan formel ou géographique, qui devraient en faire très rapidement une référence dans toutes les bibliothèques, scolaires ou non.IU lO ill IL U M CARREFOURS D'abord un mot sur ses collaborateurs, au nombre de 110, de provenance si diversifiée que l'ouvrage ne peut d'aucune manière être soupçonné de parisianisme.On y trouve un fort contingent d’universitaires québécois, tous réputés dans leur spécialité (Jacques Mi-chon sur l'édition.Michel Têtu sur les littératures francophones, Marie-Andrée Beaudet sur les littératures québécoise et canadienne-françai-se, pour ne nommer que ceux-là), mais tout aussi nombreuses sont les contributions, tout compte fait, de Bruxelles, de Liège, de Lausanne, de Toronto, d'Oxford, de Varsovie, de Tel-Aviv, de Berne, ainsi que de plusieurs grandes villes universitaires hors Paris.La place singulière de l'université dans les pays non occidentaux où le français est présent explique sans doute à elle seule l’absence de collaborateurs du Maghreb, du Proche-Orient, de l'Asie du Sud-Est ou de l'Afrique subsaharienne.Ce qui n’empêche pas les sujets s’y rapportant d’être traités avec nuance et mesure.Aux entrées spécifiques de ces lieux géographiques s’ajoutent celles renvoyant aux nodons ô combien périlleuses de Coloniale (littérature), Centre et périphérie.Exotisme, Exil.Sur ces questions comme sur d’autres d’ordre esthétique ou rele- vant de l’histoire littéraire, le jeu des renvois, à fa fin des articles, permet de baliser un parcours du coup rendu moins aléatoire.D’autres associations sont alors suggérées, traçant des cercles concentriques par lesquels le lecteur est invité à prendre la mesure de la complexité du fait littéraire.C’est ainsi qu'on voudra croiser les entrées Exotis>ne et Édition pour mieux comprendre ce qui se joue dans l'acte editorial francophone, dont Paris demeure le centre, même décrie, même affaibli.•L'éditeur fiait des choix en fonction d’un projet d'entreprise, d'un public et d'une certaine conception des genres et de leur dignité», résume sobrement Jacques Michon à Édition.•L'exotisme ramène l'autre à soi.et il n est donc pas nécessairement porteur de vérité», rappellent Michel Têtu et Annt^Marie Busqué à Exotisme.*Dans les zones périphériques de la francoplumie, le processus d'institution d’une littérature nationale se réalise dans un rapport conflictuel avec la littérature hexagonale et prend fréquemment un caractère programmatique, voire utopique», fait observer hide Robert à Institution.Les bornes d’un domaine Il va de soi que d’autres parcours seront empruntés avec profit.Il est plutôt piquant d’observer que les hasards de l’ordre alphabétique font s'ouvrir ce dictionnaire à l’entrée Absurde et le font se fermer à Vmisi'tnblarue, montrant bien par là quelles seraient les portes d’ivoire et de corne ouvrant sur le royaume de la littérature, h's poètes maudits, vous dira-t-on, ont d’abord été appelés crottes, et ce n’étaient lias eux-mêmes qui se désignaient ainsi, à la difference de leur progéniture romantique qui revendiquera le terme «maudits».Quant au mot «écriture», si galvaudé que, bientôt, même les coiffeurs l’emploieront pour signer leur coup de ciseau, il a bien pour père Roland Barthes, même si ses frères, issus de Tel Quel, st' sont empressés de lui faire une descendance douteuse.•Dissiper le flou des fausses évidences», tel est le programme que se sont fixé, entre autres considerations, les éditeurs de l’ouvrage.Us ont atteint leur objectif en adoptant le mode de la synthèse et de l’état des lieux propre au genre.On appréciera la precision des termes, l’esprit de concision des auteurs, l’objectivité visée que vient colorer, çà et là, une formulation prudente.«Ij?Québec a affirmé son autonomie culturelle [.]», écrivent ainsi Benoît Denis et Rainer Grutman à Centre et périphérie.L’a-t-il réalisée' pour autant?Rien n’est sûr.Et comment cette affirmation a-t-elle su ou non éviter le piège du repli sur soi et de l’autoréférence satisfaite, on n’en saura rien.Ce notait sans doute pas le lieu d’un tel commentaire, qu’une perspective comparatiste, comme celle qui traverse cet ouvra- ge.aurait encore enrichi, on le suppose'.Chaque fois, tout n’est donc p;is dit, mais ce qui est dit servira de point de depart à la reflexion en permettant de clarifier les notions en cause — d'Erudition à Ibvpriéte littéraire, de Baroque à Figure, de Batristique à Internet.Des indications bibliographiques, arbitrairement réduites à cinq, complètent chaque entree.•la littérature aussi est un dieu», affirme Pierre Michon dans la très belle analogie qui sert d accroche à l’entreprise et est reproduite fort à propos en quatrième de l'ouverture, affirmant ainsi la primauté de l’écrivain sur l’analy se du fait littéraire: •Encore faut-il delimiter scs terres et ses temples, définir ses attributs.sis avatars, le dirin qui s'appelle id le littéraire.» Ouvrir la statue, voir ce que le dieu a dans le ventre, ferait-il perdre1 la foi?Chaque jour, singulièrement.des écrivains montrent qu’une telle question est sms objet.Consciencieusement, avec bonheur.D Dictionnaire du littéraire a cependant note lis réponses.IE DICTIONNAIRE DU LITTÉRAIRE Ouvrage publié sous la direction de Paul Aron, Denis Saint-Jacques et Alain Viala Presses universitaires de France Paris, 2W2,646 pages Uii RSfRCUK SOUS III UNGUE SHMM IBDD^ Les éditions Les Allusifs félicitent SYLVAIN TRUDEL, lauréat du Prix des libraires du Québec 2002.hiéroglyphe XVI LIBER LABORATOIRE D’ETHIQUE PUBLIQUE CHAIRE FERNAND-DUMONT (iNRS) Éthique publique, vol.4, n° 1 Éthique de l'administration et du service public collaborateurs Jean-Pierre Aumont Michel Bergeron Pierre Bemier Janos Bertok Jean-Luc Bodiguel Yves Boisvert Guy Breton Janice Cochrane Jean-Louis Genard David Giauque Diane Girard | r*vv« iflttfiurtHHMt* d’éthiqee wctétti* et Éthique de l’administration et du service public • nsQrrt et tofiçue du s*mc« public • « pratiqu** oas Axel Gosseries Steve Jacob Daniel Janett Gilles Paquet Florence Piron Éric Racine Scott Serson 186 pages, 20 dollars Un voyage en Inde L’apprentissage du kathakali.Je vibre, dit le narrateur, comme un grillon tapi sous une feuille humide.Poudre de kumkuro Poudre de kumkum 8o p.• 12,05 $ XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montreal (Quebec) Hzf 3Z1 Téléphone : (514) 525.21.70 • Télécopieur : (514) 525.75.37 Courriel : xy7ed@mlink.net Isabel Vaiflancourt frèquenTâtioris \\ 41 j /> Tito 4ditqar vlb éditeur .www.edvlb.corn L’OR Un roman (TAndré Petrowski Préface de Marina Orsini ANDRE PETROWSKI L’OR A travers une intrigue où s’affrontent les dirigeants de compagnies minières de l’Abitibi, L’Or raconte u ¦ i n « u l’histoire de Laure Laçasse, jeune géologue, redoutable femme d’affaires qui rêve de réussir dans un univers où circulent des personnages passionnés qui vivent et qui meurent de la fièvre de l’or, tardivement ou précocement.LE LANCEMENT AURA LIEU LE MERCREDI 29 MAI, À LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC DE 17 H 30 À 19 H 30 TRAIT D’UNION Venez visiter notre site\ Internet: www.traitdunion.net U ri .v y.d L K DEVOIR.LES S A M E D I 25 ET DI M A \ C H E 2 6 M A I 2 O O 2 ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Famille, suite et fin Admettons qu’il se trouverait une fois, en quelque lieu de l’époque actuelle, un jeu-ne homme bien sous tous rapports, Québécois de naissance, à qui les misères du commun des mortels ont été épargnées.Il n’a pas de soucis d’argent puisque son grand-père, avec qui il vit à Nassau, est un banquier prospère qui lui offre de faire des études dans une université étasunien-ne.Simon Godin est donc un garçon apparemment choyé, qui va pouvoir affronter la vie avec ce mélange d’assurance, de désinvolture et de cynisme des vainqueurs d’aujourd’hui.Comment Serge I^mothe a-t-il pu faire en sorte que ce personnage, qui n’a rien d’un souffreteux, d’un mal-aimé, qui ne vit que dans l’instant présent, ait envie de se lancer dans une quête de ses origines?Il fallait bien y mettre quelques astuces de romancier.Le personnage paraît d’abord bardé d’indifférence: au début du roman, il rentre du Québec où il a témoigné au procès d’un certain Mathieu Arbour qui aurait tué, parmi d’autres, ses père et mère.Simon, pourtant, n’en semble pas affecté.Il s’inquiète davantage de la disparition de son grand-père, sorti en mer par temps d’ouragan, cet homme qu’il appelle affectueusement «Daddy».Simon serait donc un orphelin qui s’accommode bien de sa situation.Il serait de ces enfants qu'ont eus sans y réfléchir les baby-boomers dans les folles années soixante du siècle dernier, occupés de dérives diverses.Serge lamothe, qui est né en 1963, aurait été lui-même un de ces enfants, selon ce qu’il nous confiait dans une entrevue en 1998 lors de la sortie de La langue Portée, son premier roman qui amorçait une trilogie que clôt L’Ange au berceau.I^mothe n’a pas entrepris de faire le procès de ces parents inconséquents, mais plutôt de creuser, par l’écriture, ce manque générationnel.On se souviendra que le père de Simon, Charles Godin, écrivait une longue lettre à son tils dans La langue Portée.C’était un adieu, un bilan de sa vie où il offrait à retardement à son fils des repères où Robert Chartrand ?il était bien difficile de distinguer le vrai du faux.Il fallait au fils — et aux lecteurs — faire dans tout cela la part de l’affabulation.I^s éclaircissements du père avaient de quoi laisser le fils pantois: Simon Godin se retrouvait avec trois hommes qui revendiquaient sa paternité.Mais on a beau sauter une génération et vouloir prendre appui sur les grands-parents, ce ne sont pas des repères plus sûrs qu’on l’aurait souhaité.Ce que découvre Simon — et qu’il invente pour une bonne part, en fier rêveur qu’il est —, c’est que la lignée d’hommes dont il est le descendant est peut-être inconnaissable.Merveilleuse, décevante, elle lui constitue un passé, un roman des origines qui parcourt une partie de la planète, de Saint-De-nis-sur-Richelieu à Istanbul en passant par Paris et New York.Un passé dont il retrace le tracé comme il en explore l’imaginaire.Car on sera transporté très loiq, à l’occasion, dans ce roman: dans le Moyen Age, où l’occultisme florissait, au XVIIL siècle à propos du célèbre comte de Saint-Germain, et dans le cœur obscur de la psychanalyse puisqu’un des personnages du roman de Lamothe est Otto Rank lui-même, ce gardien peu fiable de l’orthodoxie freudienne.On pourra lire dans ce roman, à la guise de chacun, un thriller — de calibre moyen —, une quête LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La conquête du style CATHERINE MORENCY Le public québécois n’a pas oublié les pièces Un reel ben beau ben triste et Un oiseau vivant dans la gueule pour lesquelles Jeanne-Mance Delisle avait remporté le prix littéraire Abitibi-Témiscamingue et celui du Gouverneur général.Depuis quelques années, l’auteure originaire de l’Abitibi privilégie les voies du roman et de la nouvelle pour livrer au monde une troublante empreinte de cette région du nord, berceau aurifère d’une nature ardenfe.Paru récemment aux Éditions de la Pleine Lune, Et l’or tomba dans le quartz du nord recueille deux longues nouvelles (une cinquantaine de pages chacune) d'une qualité soutenue.Se déployant dans un même champ lexical, celui de la quête de l’or dans des contrées arides, El cami-no tan triste et Le Rêve d'un géant proposent cependant deux incursions bien distinctes dans un univers qui ne trouve son juste reflet que dans la diversité.Car cet espace exploré par Delisle transcende les limites des exploitations minières abitibiennes, longuement racontées par ses collègues et dont des milliers de pages gisent désormais dans le giron d’une littérature, il faut bien le dire, trop souvent rendue désuète.Plutôt que de situer l’action des nouvelles sur un amoncellement de sable ou dans quelques grottes exploitées par des entreprises commerciales, Delisle extrait la quête de son contexte habituel, entreprenant avec le lecteur un périple qui le mènera aux quatre coins de l’Amérique.Que ce soit chez Claude, le gringo exilé en Équa- teur, à la recherche d'un eldorado dont les poussières de bitume et d’indigence remplaceront rapidement celles d’un or rêvé mais introuvable dans El camino tan triste, ou chez le père Paradis, géant révolté du Rêve.et fervent socialiste avant l’heure (fin du XIX" siècle), la même énergie foudroyante, le même sens de la démesure et les mêmes réflexions — aussi douloureuses qu’exaltantes — à propos de la fidélité et de la loyauté, qualités corruptibles qui s’érodent facilement devant l’appât du gain, se donnent à lire.Chez Delisle, l'ampleur narrative prend tout son sens au contact d’une expressivité claire, limpide, qui n'a d’égale que le pouvoir d’évocation d’un style farouchement ancré dans une prose lyrique; celle-ci, mise au service d’une conception à la fois onirique et naturaliste des richesse terrestres (mondes minéral, végétal et aquatique), n’est pas sans rappeler celle de Gabrielle Roy dans La Montagne secrète et La Rivière sans repos.Comme sa précurseure, l’auteure d’Et l’or tomba dans le quartz du nord sait mettre une maîtrise humble mais fertile de la langue au profit de la sauvegarde inconditionnelle d’une humanité qui se définirait par son lien ontologique à la terre et à ses éléments fondamentaux, qu’ils soient ou non des symboles de fortune matérielle.ET L’OR TOMBA DANS LE QUARTZ DU NORD , Jeanne-Mance Delisle Éditions de la Pleine Ume Montréal, 2002,122 pages La Série de lecture des* magazines canadiens Neuf événements pendant cinq jours à travers le Canada, avec des auteurs et personnages médiatiques les mieux connus au pays, qui liront des extraits de leurs magazines canadiens préférés.Le mercredi 29 mai, 2002 à 19h Starbucks, 1709 rue St.Denis, Montreal Accueilli par Francine Pelletier, Will Aiken, Dena Davida, et Carole Beaulieu Vous pouvez obtenir des billets gratuits au Starbucks, 1709 rue St.Denis, ou réserver votre place en composant sans frais le 1 877 838-5702.CANADIAN MAGAZINE PUBLISHERS ASSOCIATION L'ASSOCIATION DES ÉDITEURS DE MAGAZINES CANADIENS Pour bien comprendre la réalité d'ici, mieux vaut lire let magazine* d'ici M,, JV' Nous reconnaissons le soutien financier du gouvernement du Canada, par font rem iee du L ci I IclClc 1 Fonds du Conodo pour les magazine», du ministère du Mnmoine canadien pour ce protêt.Olivieri librairie.bislii) BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 514.739.3639 Fax : 514-739.3630 servicetS’librairieollvieri.tom des origines inusitée, ou encore une très belle entreprise, par monts et par vaux, de reconnaissance de soi qui ne dédaigne pas de se moquer d’eUe-méme.Serge Lamothe ne s’en est jamais caché, bien au contraire: il se réclame de la génération et de la famille d’esprit de Gaétan Soucy et de Pierre Yergeau.De ces écrivains qui font feu de tout bois, tous amoureux — parfois irrespectueux — de cette langue qui est leur et qui est un matériau inépuisable.Il y a du jeu dans ce roman, des pistes exactes dans leurs détails — on pourra, si on en a envie, vérifier la justesse de ce qui est dit sur l’occultisme — et surtout une énigme, explorée mais jamais résolue: qui suis-je?Et d’abord, d’où viens-je?Là-dessus, Lamothe nous entraîne dans une quête fantasmatique, historique, culturelle, dans des pérégrinations découpées en parties dont les sous-titres sont empruntés à la musique populaire — «Pink Floyd», «White Christmas», «Yellow Submarine» — qui forment un curieux contrepoint à ceux du premier roman de Lamothe, où on faisait davantage allusion à la vie du Christ — «L’annonce faite à Mathieu», «Le reniement de Simon», etc.Les références explicites, les allusions furtives à des écrivains, voire la convocation de personnages attestés — comme celui d’Otto Rank, ce psychanalyste délinquant qui fut pourtant chargé pendant quelque temps d’assurer la pureté de la doctrine freudienne — sont chargées de sens et de dérision.Ainsi va le roman de Serge Lamothe, parsemé de pistes significatives ou de culs-de-sac, qui disent non pas que tout s’équivaut, mais qui dessinent plutôt un paysage mental hétéroclite, né deux livres plus tôt d’une confusion originelle dont on devinait qu’il serait ardu de la démêler.On retiendra de ce livre la façon très particulière qu’il a d’aborder la question des origines: par toutes sortes de biais, une accumulation de points de vue, de tâtonnements au cours desquels les réponses se dérobent.Et cette confrontation, folle mais réjouissante, d’époques, de mentalités, de sa- voirs: l’occultisme pratiqué au Moyen Âge et la contrebande d’aujourd’hui.Cela forme un mélange étonnant — détonnant — qui clôt avec brio une trilogie qui devait s’achever.Car il y a encore ceci, dans ce roman, mais qui court dans les deux livres précédents de Serge Lamothe — La Longue Portée et La Tierce Personne —: cette constance ternaire, reprise sous tous les angles, et qui laisse soupçonner que gisent là, dans ce chiffre, toutes les inconnues imaginables: des triangles amoureux aux triades familiales ou professionnelles.L’Ange au berceau est un livre, ou un bateau, ou encore un jeu de mots, au choix.C’est une saga maganée où on n’en a, à vrai dire, que pour les hommes — aïeuls, pères, frères, amis ou complices —, où les femmes ne servent que de faire-valoir, pleine de trous et de manques, superbement comblés par des ouï-dire ou des rêves.robert.chartrandS@videotron.ca L’ANGE AU BERCEAU Serge Lamothe L’Instant même Québec, 2002,179 pages POÉSIE Des reflets fugitifs du monde DAVID CANTIN L?expérience spirituelle profon-’ de est à la source de bien des œuvres poétiques.José Angel Va-lente affirmera, dans une préface aux poèmes de Jean de la Croix, que «la parole du poète et celle du mystique sont une parole dont l’obscurité ne s'illumine que dans son mouvement vers l’intériorité de l’expérience».Il y a un peu de cette grande nuit obscure dans la plupart (jes livres qui trouvent refuge aux Éditions Arfuyen.Du poète méconnu (Nathan Katz) à l'auteur confirmé (Charles Juliet), Gérard Pfister demeure toujours à la recherche de ces voix singulières qui ne cessent de briller au loin.Court survol des derniers titres parus.Qui a déjà entendu parler de Nathan Katz?Guillevic et Jean-Paul de Dadelsen admiraient la musique rauque ainsi que la matière brute de ses poèmes alémaniques.Une traduction partielle verra le jour en 1987.Cette édition, beaucoup plus complète, laisse entendre une polyphonie de voix qui tente de rendre en français la langue connue des seuls enfants de cette région de l’extrême sud de l’Alsace qu’on appelle le Sundgau.Lecteur du Faust de Goethe et de La Vie de Jésus de Renan, Katz exprime une forme de lyrisme universel qui traverse sans cesse l’horizon du village natal.La dimension mystique de l’amour ne fait qu’enrichir un chant de la terre rejoint une amplitude radicale: «Maintenant la neige tombe / sans bruit / sur les granges et les remises / sur les bois et les champs / sur les croix et les tombes / et, tout est recouvert de blanc / — tout — / tous les chemins, tous les cimetières / le village tout entier/ est pris sous l’abondante neige / C'est le silence qui va régner/ maintenant — et, la tranquillité / Seules nous attendent les veillées maintenant.» Le Hameau des Roseaux du Vietnamien Han Mac Tu emprunte un chemin de souffrance.Brisé Arfuyen dès Tâge de 24 ans par la lèpre, le poète surmonte mal une détresse qui l’amènera à écrire les grands poèmes mystiques du Printemps idéal, regroupés en 1939.Dans sa réclusion terrible, une force créatrice s’empare de l’individu démuni.Toute sa quête sera vouée à l’expression de l’harmonie suprême qu’il ressent au plus profond de lui-même: «Parce que le monde céleste est un lieu tranquille et embaumé / L’âme vole d’un trait jusqu'à la lune et aux étoiles / Flots et vents se lèvent dans un grondement de tremblement de terre / d’innombrables esprits tombent, bouleversés.» Chez Pierre Dhainaut, le poème remonte vers l’origine du temps et des choses.Son Introduction au large nomme la force qui change, de même que la houle permanente.Chaque strophe devient pays de rémanence, un chant à l’image des empreintes dans le sable des plages.Une voix qui tremble dans sa transparence lumineuse: «Clameur, splendeur, / aucun horizon ne partage / le corps de l’aube: / ils recréent le monde / en offrande au vent, / à l’invisible.» Traductrice de Juarroz, Calveyra et Borges, Silvia Baron Supervielle exprime cette distance qui sépare la mé- moire de l’espace réel.Ces Essais pour un espace creusent une parole elliptique dans la verticale du monde: «L’heure se conforme / au travail des saisons / enfantées par le ciel / à la respiration / intérieure des arbres / à l’architecture / diamétrale des tiges / quiètes à l’ombre / des parfums.» Dans Bribes pour un double, Charles Juliet délaisse la prose pour de courtes strophes qui tentent de retrouver ce temps insaisissable.La nature demeure au centre de ce terrain où l’existence et le doute se recoupent: «Ces pensées informes et sans consistance / qui glissent aux confins de la conscience / sache les capter leur donner un contour / les agréger autour d'un noyau / Et c’est alors que se proposeront / les mots qu’il appelle.» Une leçon à retenir à travers cette poésie fugace et intuitive.ŒUVRE POÉTIQUE -NATHAN KATZ Traduit de l’alémanique par Théophane Bruchlen, Jean-Paul Dadelsen, Guillevic, Alfred Kern, Jean-Paul Klée, Gérard Pfister, Yolande Siebert et Claude Vigée Arfuyen, collection «Neige» Orbey, 2001,255 pages LE HAMEAU DES ROSEAUX Han Mac Tu Traduit du vietnamien par Hélène Péras et Vu Thi Bich Arfuyen, collection «Neige» Orbey, 2001,189 pages ESSAIS POUR UN ESPACE Silvia Baron Supervielle Arfuyen Orbey, 2001,80 pages INTRODUCTION AU LARGE Pierre Dhainaut Arfuyen Orbey, 2001,80 pages I T T E R Au cœur du Kentucky cruel ANDRÉ DE SÈVE Il n’y a pas à dire, quand on sort des nouvelles de Chris Offtitt, la vie parait difficile au pays de Daniel Boone et du fort Knox! Le lecteur avait déjà été prévenu, par un recueil précédent, particulièrement percutant Kentucky Straight (Folio-policier).Fidèle à son univers, Of-futt propose cette fois Sortis du bois (Gallimard).huit courts récits dont les personnages sont également originaires du Kentucky.Même s’il se réclame du récit policier, ce nouveau recueil n’entre pas vraiment dans cette catégorie.Offutt donne à voir des personnages tantôt attachants, tantôt méprisants, tantôt cruels, qui tous se débattent avec la grande pauvreté du Kentucky.La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, nous entraîne dans la vie de Gerald, parti chercher, dans l'État voisin du Nebraska, son beau-frère Orÿ gravement blessé.Si Gerald accepte d’aller là-bas.c'est aussi pour être mieux considéré par sa jeune femme et sa belle-famille.S’en fera-t-il mieux aimer?Du moins, il va découvrir que la vie, ou ce qui en tient lieu, n'est pas tellement plus significative que la mort elle-même.À Moscow, en Idaho, deux repris de justice doivent construire une route qui passe au milieu d’un cimetière.Tout en déplaçant les tombes et les pierres, ils revoient le fil de leur vie.Surtout des limites qu’impose la vie.Une fois n'est pas coutume dans ce recueil, les personnages prendront en main leur destinée et feront un pied de nez à la société.L’écriture d’Offutt est précise et économe.Chacune des nouvelles fait entre 15 et 20 pages.Tout y est c’est finement construit descriptif comme il se doit au moment de camper les lieux et les personnages.et le résultat prend parfois des airs de reportage, de cinéma vérité.On y croit et c'est terrible.La nature y est très présente: puissante et souvent hostile.Les villes, les maisons, les campagnes sont habitées par des hommes faibles ou violents.Dans la nouvelle Exercice de tir, le fils rentre au pays et tue presque son père.Instruction zéro.peu pour le père, presque pas pour le fils; la nature seule instruit ces hommes qui connaissent surtout l'usage du fusil de chasse.Où est la civilisation?Où est la femme?Il y a peu de l'une et de 1 autre dans les histoires de Chris Offutt.Pourtant, les personnages en rêvent Le lecteur aussi, qui n'est pas sorti du bois! SORTIS DU BOIS Chris Offtitt Traduit de l’anglais par Philippe Garnier Gallimard Paris, 2002,145 pages ( L E I) E V 0 I R .LES S A M EDI 25 ET i) I M A \ ( H E 2 ti M A I 2 0 0 2 LITTÉRATURE'' Peur de tout ROWAN A Etes-vous du genre à amplifier tous les problèmes, même les événements incontrôlables ou imprévisibles, tout ce qui est flou ou incertain?Avez-vous le trac dès que vous êtes plus de deux personnes dans une pièce?Vous méfiez-vous de tous et de chacun?Avez-vous peur des araignées, des fourmis?Evitez-vous de prendre l’ascenseur lorsque vous êtes seul?Vous sentez-vous malade à la seule idée de devoir prendre l’avion ou de traverser un pont?Vous vous lavez les mains dix fois plutôt qu’une avant de passer à table?Petites angoisses et grosses phobies s'adresse à vous.Ce livre vous aidera à mieux comprendre, à évaluer ce qui est normal et ce qui ne l'est pas, à savoir quoi faire pour résister ou qui consulter pour trouver de l’aide.L'auteur, Christophe André, est psychiatre.Il dirige une unité spécialisée dans le traitement des troubles anxieux et phobiques dans un hôpital universitaire à Paris.Les textes sont clairs et faciles d'accès; les dessins de Muzo sont drolatiques et dédramatisent avec humour la situation, aidant ainsi à prendre la vie avec recul.PETITES ANGOISSES ET GROSSES PHOBIES Christophe André et Muzo Editions du Seuil Paris, 2002,240 pages Des flèches, à toute volée GUY LAI NE MASSOUTRE André Breton, sur les pas de Thomas de Quineey, vantait l’assassinat comme l'un des beaux-arts.Il favorisa ainsi une production de textes à l’humour noir.Cet humour-là visait, dit-on, à pacifier un sentiment de danger, la menace de violences imminentes.Il apaisait la peur et l’angoisse en les annihilant dans le rire.En imitant l'horrible, l’écrivain humoriste s’en sauvait par une pirouette subite.Et s’il avait paru céder au piège de la soumission, il revenait en force avec la subversion.Eric Paye et Eric Chevillard sont deux écrivains de l’humour qui ferraillent du côté tranchant de l’épée.Sans être émules de Jar-ry, au rire cynique et révolté, ils lui doivent de s'attaquer à leur tour aux interdits.Au nom de quoi une société exclut-elle, exige-t-elle de la résignation et impose-t-elle compromis et mensonges?Ces livres proposent des stratagèmes de dénonciation et, en cassant les pots, ils font surgir des perles.Paye la tension Quelques nobles causes.est un recueil de neuf nouvelles absurdes dont deux, plus longues, comptent une trentaine de pages.Souvent écrites au je, elles n’en campent pas moins des personnages variés qui ont tous de sérieux problèmes avec la perception du réel.Le premier est un auteur paranoïaque qui, halluciné, voit des insultes dans tout ce qu'il a écrit.Le second, directeur de renseignements généraux, reçoit des rapports pour le moins incon- grus qui l’entrainent dans une valse de passeports jusqu’à une femme, et pas n'importe laquelle.Le troisième fait l'expérience d'un nouveau jour de la semaine, le neptédi, qui s’accordera à une curieuse pendule intérieure.Les trois suivants vont successivement réclamer du temps perdu aux objets trouvés, remailler les fils d’un tissu urbain déchiré et explorer un trou noir derrière un vieux meuble.On se croirait dans les jeux labyrinthiques de l'enfance, face aux joies impromptues des rêves et aux peurs des passerelles brinquebalantes à franchir.Quant aux trois autres, ils sont aussi loufoques — fous de lecture et de métonymies glissantes: l’un échangera un livre qui fuit, l’autre lira avec délice des pages aux mots manquants et le dernier se complaira dans les méandres invisibles d’un ultime rapport sur des civilisations éteintes.Paye poursuit son travail de sape sur le temps, l’espace et les mots.L’espion voit du camouflage là où l’amateur de fiction distingue la métamorphose incongrue.Mais seul un œil de poète retiendra la chimère et se réjouira des troubles identitaires chez ces farfelus, qui brouillent références et savoirs.Au lecteur de pouffer de rire, le temps d'apercevoir ce qu'une telle intériorité dévoile: l’impossibilité de vivre ici et maintenant.Chevillard en boule Du hérisson, onzième roman de Chevillard, marque une étape dans une œuvre déjà fort solide.Ce saboteur vertigineux de l’esprit de sérieux dans le roman publie un avatar percutant de ses drôles de réflexions.Un hérisson r~* | I > 4 r^rl I ri Q n U il y I r ttes fables de l'auteur de Müilles à l'envers et de Contes par-ci par-là ka^ouls Màjw Los Éditions 1678, rue Sansonnet Ottawa {Ontario} K1C5Y7 eci.daviil a s\mp;Uico.ca Tél.: (613) 830-3336 200 pages Téléc.: (613) 830-2819 ISBN 2-922109-71-2 www3.sympatico.ca/ed .3 avid «LE LIMON DE LA TERRE» à l'occasion de la pièce LES FLEUVES PROFONDS de JOSE-MARIA ARGUEDAS ADAPTATION DE WAJDI MOUAWAD ET MISE EN SCÈNE DE JOSE NAVAS Wajdi roinnimd THÉÂTRE DE QUAf SOUS Pierre Çurnson SAMEDI LE 1er JUIN.À 13h30 à la librairie Gaümard, 3700 Boulevard Saint-Laurent, Montréal POUR INFORMATIONS ET RÉSERVATIONS : 514 / 499 2012 UNE COLLABORATION ACTIVITÉ GRATÜjlL ibrairie Gallimard Clara Marais • Roger LL Landry • Lori Miller JOHN FOLEY/OPALE Eric Chevillard en est le héros, figure emblématique et envahissante de l’écrivain attablé à son autobiographie.Ce singulier tête-à-tête avec soi, perturbé par l’animal piquant dont la vue s’interpose et distrait la marche du raisonnement, a pour cible le narcissisme, la paresse et les clichés.Cette bête naïve et globuleuse sert d’appui à un vaste programme de nettoyage littéraire.Comment parler de soi quand on mène une vie ordinaire qui ne cède rien aux facilités de l’époque?Comment déjouer les pièges du genre, s’offrir aux regards sans céder au spectacle, dire l’enfance sans la nostalgie ou la rancune coutumières?Pire, comment ne pas poser ces questions banales tout en les prenant au sérieux?Tel est le paradoxe que résout l'humour, cette pente intelligente qui, chez Samuel Beckett ou Thomas Bernhard, a mené la littérature sur des voies neuves.Car Chevillard trouve une forme.en plus de mener son introspection à bien.En paragraphes courts et réguliers, coupés arbitrairement sans égard au souffle, il introduit des espaces de pensée qui permettent de respirer, de rebondir et de réfléchir — des «hectares de solitude».Fragments?Non, osselets démantelés, décombres, phrases explosées, accidents successifs de l'esprit en marche.Des zones vierges, on n'en eût pas soupçonné autant.Chevillard on colère Parler encore ou se taire?Chevillard est en colère.Ce je qui, chez lut, fait table rase, ne prône ni le suicide ni le superfétatoire.C’est à la vitesse de la pensée, à ses digressions, ses replis et ses cris qu'il confie l’irréparable geste: dresser ses mots, des mots qui ne sont pas du genre à en dosser n’importe quoi.Des mots qui exigent un monde radicalement indépendant.Ce Chevillard, en peau de hérisson, harponne chaque mot de la tribu.Il est armé d’un vacuum extractor, une sorte de siphon qui nettoie les mauvaises intentions littéraires.Aspiration! Sous cette image adolescente et naïve si* dégage la magie du désert, où un cerveau plus mûr discerne des existences libres et paisibles.Finies, les minuscules prisons desquelles les écrivains captifs ne sortent même pas en promenade.À qui ne reconnaîtra pas la satire d’une littérature bien-pensante, égocentrique et bavarde, celles des «écrivains-tripiers», il faut recommander une cure d’amaigrissement.«Tout sc passe dedans.Il s'évade par l'intérieur.Il creuse en lui un tunnel vers la sortie»: le hérisson en boule se retranche par des replis successifs sur sa propre sphère.Dans sa forteresse de piquants, le quidam peut commencer à mettre en ordre le puzzle de son crâne.11 aperçoit l’essentiel: «Biaise Pascal.Emmanuel Pascal.Karl Pascal.Arthur Pascal.Friedrich Pascal.Sigmund Pascal, Martin Pascal».et s'il reste un travail de gomme, avouez que c’est désormais plus simple.QUELQUES NOBLES CAUSES POUR RÉBELLIONS EN PANNE Eric Paye José Corti Paris, 2(X)2,149 pages DU HÉRISSON Eric Chevillard Editions de Minuit Paris, 2002,252 pages Que Freud me pardonne! touchant et éé ?joliment écrit Nathalie Petrowski, La Presse .s Jaçquef Que mud me Pardonnef RéCit au'°» Voyer page^ - 18,95 S l‘ yxwti J Le Dr Jacques Voyer, psychiatre, raconte son périple intérieur depuis le moment où à 21 ans, un accident le rendait quadriplé^ique.Résultat : un récit autobiographique où humour et lucidité cohabitent harmonieusement.DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES lire f Fxpressoi itions internationales Alain Stanke Un homme, deux femmes et leur secret LE SANS TACHE Stanké Roman policier « québécor media www.stanke.com I) 6 I.£ l> E V 0 I K , LES SAMEDI 25 ET DIMA X C HE 2 « M A I 2 0 0 2 i'" Essais Nos ancêtres savaient-ils lire et écrire ?Ouvrage très savant (il s’agit d’une thèse de doctorat remaniée), L’Alphabétisation au Québec, 1660-1900de Michel Verrette se lit néanmoins facilement et offre un passionnant point de vue sur un aspect mal connu de notre histoire.On pense souvent, en effet, que nos ancêtres ne savaient ni lire ni écrire et qu’au Québec, plus qu’ailleurs, l’analphabétisme était très répandu.Mais qu’en était-il vraiment?Pour '-prendre la mesure statistique du phénomène de développement de l’alphabétisation au Québec entre 1660 et 1899», l’historien Michel Verrette a mené une enquête ayant pour sources les registres paroissiaux de mariages «de 43 paroisses à très forte majorité rurale, plus la ville de Québec, qui compte 6 paroisses à la fin du XIX' siècle».Les signatures retrouvées (ou non) dans ces registres lui ont servi d’indicateur pour évaluer le niveau d’alphabétisation.Ses conclusions sont les suivantes: pour la période qui va de 1660 à 1729, le taux d’alphabétisation se situe autour de 25.%; de 1730 à 1809, de 15 à 18 %; de 1810 à 1899, la remontée est constante pour atteindre, finalement, un taux de 75 %.L'enquête fait également ressortir que, contrairement à ce que prétend la croyance populaire, les femmes d’ici n'étaient pas plus instruites que les hommes puisque «jamais, avant le milieu du XIXe siècle, les femmes n’atteignent le niveau d’alphabétisation des hommes», les influences de la classe sociale (le groupe supérieur est plus alphabétisé que le groupe populaire), du'groupe ethno-linguistique (les anglophones sont plus alphabétisés que les francophones) et du groupe religieux (les protestants sont plus alphabétisés que les catholiques) sont, elles, bien réelles.Aussi, si la géographie a peu d’influence, l’ancienneté de la colonisation entraîne toutefois des variations puisqu’on constate un retard dans les paroisses de colonisation récente.Peut-on conclure, devant dç tels résultats, à l’ignorance relative de nos ancêtres, à leur retard en matière d’alphabétisation?Selon Verrette, une telle conclusion n’est valable ni pour l’époque de la Nouvelle-France ni pour la période qui suit.Dans le premier cas, «on ne peut dire que ces gens sont ignorants compte tenu du niveau de développement de l’écrit en Occident» et, dans le deuxième cas, on peut affirmer que «le fait qu’à la fin du XIX' siècle le Québec a un taux d'alphabétisation légèrement inférieur aux il r Louis Cornellier ?grandes puissances d’Europe occidentale n’a rien de dramatique.A preuve, le Québec rattrape ce “retard” dès le début du XX' siècle et se classe aujourd’hui parmi les régions du monde ayant les plus hauts taux d’alphabétisation de la planète.Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a plus de problèmes d’alphabétisation dans la population québécoise d’aujourd’hui».La Conquête n’aurait eu, d’après l’historien, que très peu d’influence sur le phénomène d’ensemble.L’alphabétisation d’une société, évidemment, ne relève pas du miracle et le rôle du système scolaire est essentiel dans ce processus.Dans un excellent chapitre qui trace à gros traits l’évolution de l’école québécoise au XIX' siècle, Verrette résume les luttes qui ont opposé les libéraux aux ultramontains pour le contrôle de l'école, l’accord des deux camps sur la fonction de contrôle social exercée par l’éducation et l’attitude d’une population «dominée par un sentiment d’apathie envers l’éducation dont elle ne sait trop à quoi elle peut servir dans le contexte économique où elle vit».Plus loin, il rappelle les difficultés de l’entreprise éducative québécoise de l’époque, aux prises avec un personnel souvent incompétent, un manque d’écoles, de matériel pédagogique, et une fréquentation scolaire erratique.Tout cela pour bien illustrer que l’alphabétisation, dans nos parages et en ce temps-là, n’était pas une sinécure.UNE HISTOIRE DU QUÉBEC racontée p*?Jacques Lacoursière Admirable de clarté et de nuance (Verrette in- dique franchement qu’il «faut établir et accepter le caractère approximatif des résultats des recherches sur l’alphabétisation»), cet ouvrage ne néglige rien.L’historien y a inclus une lumineuse critique des sources, de passionnantes considérations sur l’histoire de la signature et une intéressante confrontation de ses résultats avec la thèse anthropologique d’Emmanuel Todd.Du travail de maître, malgré quelques malheureuses coquilles.Lacoursière à l’essentiel Les historiens québécois produisent beaucoup et publient, la plupart du temps, depuis quelques années surtout, des ouvrages de qualité.Cela dit, les livres savants, comme celui de Verrette par exemple, s’adressent surtout à des spécialistes ou a des amateurs particulièrement zélés et ne conviennent pas au grand public en quête de synthèses qui vont à l’essentiel.Que lire, en effet, quand l’histoire du Québec en général nous intéresse et que le temps de lecture nous est compté?Accessible, L’Histoire populaire du Québec en quatre tomes de Jacques Lacoursière reste un peu fastidieuse.Essentiel et judicieusement enrichi depuis sa mise à jour récente, le Canada-Québec, 1534-2000 de Lacoursière, Provencher et Vaugeois demeure trop scolaire pour s’imposer comme lecture d’agrément Original et iconoclaste, le Petit manuel d'histoire du Québec de Léandre Bergeron manque de rigueur et a mal vieilli.Efficace, la Brève histoire du Québec de Jean Hamelin remplit bien son rôle d'ouvrage de synthèse mais laisse quand même le lecteur sur sa faim.Aussi faut-il se réjouir de la publication d'Une histoire du Québec racontée par Jacques Lacoursière, qui vient combler un manque à cet égard.Vulgarisateur efficace en totale maîtrise de sa matière, l’historien populaire offre enfin au grand public le compendium de qualité dont il avait besoin.Déjà publiée dans un livre de luxe édité par Henri Rivard en 2001, cette Histoire du Québec condensée se lit d’une traite et parvient, malgré sa brièveté, à ne jamais négliger l’essentiel.De Jacques Cartier à Bernard Landry, Lacoursière s’efforce d’y conserver le ton le plus neutre possible, mais les faits mêmes l’obligent parfois à adopter une perspective nationaliste, qu'il maintient toutefois dans les limites de la prudence idéologique.Les jeunes (et moins jeunes) Québécois d’aujourd’hui connaissent très mal leur histoire, qu’on ne leur a racontée que trop rapidement en quatrième secondaire, et cette ignorance les rend inaptes à leurs devoirs de citoyens en les exposant démunis à tous les préjugés de l’air du temps.La lecture du livre de Lacoursière, sans exiger un effort excessif de leur part puisque l’ensemble est bref et dynamique, pourrait leur permettre de découvrir le sens de notre aventure collective et les inciter à y participer consciencieusement.Nous avons besoin d’historiens populaires afin que la conscience historique devienne l’affaire de la majorité de nos contemporains.Jacques Lacoursière en est un bon.Saluons-le et, surtout, lisons-le.L’ALPHABÉTISATION AU QUÉBEC, 1660-1900 Michel Verrette Éd.Septentrion Sillery, 2002,192 pages UNE HISTOIRE DU QUÉBEC RACONTÉE PAR JACQUES LACOURSIÈRE Jacques Lacoursière Ed.Septentrion Sillery, 2002,196 pages Rectificatif Dans ma chronique de la semaine dernière, il fallait lire que Léandre Bergeron «enfourche le douteux cheval de l’anarchisme terroiriste» et non celui de «l’anarchisme terroriste».La première monture, pour être contestable, n’en reste pas moins sympathique.La deuxième serait bien sûr absolument condamnable et ne concerne en rien les thèses de Bergeron.louiscornellier^tipar roinfo.net UEurope doit être plus qu’une zone monétaire Philippe Herzog est politologue et député européen.Ancien membre du Parti communiste français, il a contribué dans les années 70 à la mise sur pied du fameux «programme commun de la gauche».Il dirige Confrontations, une association qui réfléchit à l’évolution de la démocratie européenne et qui vient de publier L’Europe après l’Europe, les voies d’une métamorphose (Bruxelles, De Boeck université, 325 pages), un plaidoyer pour une Europe fédérale.Entretien avec un fédéraliste?Le mot nécessite quelques précisions.ANTOINE ROBITAILLE Le Devoir: L’euro est là.Mais que faire maintenant, en Europe?Philippe Herzog: Tout ou presque! A commencer par définir le rôle qu’elle veut jouer dans le monde.Elle dispose maintenant d'une monnaie appelée à avoir une vocation internationale.Mais elle doit devenir un acteur dans ce monde au-delà de la puissance commerciale.Le deuxième défi, c'est le renouvellement de notre modèle social et économique.11 y a en Europe une diversité de réactions face à la vague de la mondialisation.Les Européens L'AIRE DES IDÉES vont devoir essayer d’accorder leurs vues.Ces deux défis, nous devons les traiter tout en nous élargissant, en accueillant d'autres membres dans l’Union.C'est en fait beaucoup plus qu’un élargissement.Puisque les pays d’Europe centrale et orientale ont été séparés de l’Occident depuis plusieurs siècles.Et pas seulement par le communisme.En clair, le défi, c’est l’unification de l’Europe.Mais les institutions européennes sont dépassées.Elles ont été fondées lorsqu’il n’y avait que six acteurs.Or, plus il y a de monde, plus il est compliqué de prendre des déci- sions.Il faut penser à bâtir une fédération.Le Devoir: Vous êtes donc un fédéraliste.P.H.: Attention.Je sais que le ipot est chargé ici, au Québec! Évidemment, l’on ne peut transposer chez nous la situation canadienne et québécoise.D’une part, vous êtes un pays jeune.Chez vous, la fédération est le fruit, au départ, d’un certain accord entre deux nations.Bien sûr, elle repose sur des bases contestables et vous cherchez à la refonder depuis un moment.Chez nous, c’est assez différent il s'agit de créer une fédération avec des peuples qui ont des ancrages nationaux très typés, des pays très anciens où l’É-tat-nation est très ancien.Il s'agit donc de nous accorder sur un minimum de choses pour exister ensemble face à la mondialisation.Chez nous aussi il y a des souverainistes et des fédéralistes! Mais ça n'a pas du tout le même sens.Le Devoir: En effet, ici, plusieurs souverainistes sont en faveur d’un modèle européen pour le Canada alors que chez vous ils sont contre l’Europe.P.H.: Voilà.Les souverainistes, ici, ne me paraissent pas fermés.Le mot souverainiste n'est peut-être pas le bon, d'ailleurs, car REVUE -m possibles -ML V0LU M E 24, N 0 3 ÉTÉ 2 0 0: ÉTÉ 2 0 0 2 possibles Reprenant la boutade de Cavanna.Jean-Marc Lévy-Leblond observait que « si la culture c est “ce qu'on n a pas vu.pas lu.mais dont on a entendu causer” et dont on cause donc, on remarquera qu'à l'heure de l'apéritif, tout un chacun suivant son milieu causera sport ou bagnole, ciné ou politique, peinture ou littérature — pas chimie ou maths ».Cette observation campe bien nos soucis au départ de ce numéro.Elle dit bien notre inquiétude de voir les citoyens que nous sommes coupés du principal agent de changement dans nos vies.Nos ancêtres pouvaient jusqu à récemment « causer ».à [ heure de I apéritif, des inventions de Gutenberg, des théories de Darwin ou des recherches de Marie Curie Ils pouvaient encore saisir les impacts de la pilule anticonceptionnelle, de la fission nucléaire ou de la révolution informatique.Aujourd'hui, après la physique quantique — aussi contre-intuitive qu i! est possible de l’être avant de verser dans 1 invraisemblable — ou le projet du génome humain, avec son jargon impénétrable et son cocktail de cures miracle et dèugénisme potentiel —, il est plus sûr de causer sport ou bagnole, ciné ou politique, peinture ou littérature Pourtant les thèmes de discussion vigoureuse ne manquent pas comme en témoigne la table des matières ci-contre - Abonnement Rebrancher science et culture ANDRÉ THIBAULT Éthique, crème de beauté MATHIEU-ROBERT SAUVÉ Le développement de l’hypothèse JEAN-FRANÇOIS CHASSAY Contre le charlatanisme .universitaire NORMAND BAILLARGEON La technoscience contre l’humanisme CÉLINE LAFONTAINE Judaïsme et islam face aux défis technologiques YAK0V M.RABKIN BENOIT MALOUF et CHANTAL LABELLE Le dialogue, le Coran et la science AMINE TEHAMI Soif DOMINIC GAGNÉ Suture SYLVAIN CHAMPAGNE Culture et émancipation JACQUES PELLETIER Nom Ce numéro : B $ Par la poste : 10 $ Adnsn Abonnement individuel : 25 $ Abonnement de soutien 40 $ Ville Codé postal Abonnement institutionnel : 40 $ Province Téléphone Occupation Revue Possibles 5070.rue de Lanaudière Ci-joint chèque ou mandat-poste de 25 $ pour un abonnement à quatre numéros à compter du numéro Montréal.Québec H2J 3R1 plusieurs de ceux qui veulent la souveraineté du Québec semblent accepter l’idée d’une fédération canadienne.Ils pensent seulement qu’elle est mal fondée et cherchent à en redéfinir les bases.Les Européens, eux, ont fabriqué un marché.Mais sur un marché, s’il n’y a pas d’ententes politiques, la compétition fiscale, sociale et réglementaire risque de se déchaîner.Il nous faut maintenant un accord politique.Là où les souverainistes québécois et les fédéralistes européens se rejoignent, c’est sur la volonté de bien bâtir une union.Bien sûr, l’idée des États-Unis d’Europe, selon le mot de Victor Hugo, est encore prématurée.Il ne s’agit pas d’emblée de fabriquer un pouvoir fédéral auquel on va confier des compétences supranationales; je pense qu’il faut un contrat! D’ailleurs, l’expérience Québec-Canada donne à réfléchir.Vous, au Québec, souhaitez un contrat qui respecte mieux vos capacités de développement propres.Le Devoir: Mais en Èurope, vous avez déjà plusieurs contrats: Rome, Maastricht, Nice, etc.P.H.: Ce ne sont que des pactes de marché.Tout ça ne fait pas une solidarité très forte.On s’accorde pour faire un marché, mais on ne s’accorde pas sur la fiscalité, sur les finances publiques, sur la politique extérieure, sur l'immigration, etc.Dès qu’on arrive à des questions de sociétés, à des politiques communes, on est bloqués.C'est pour ça qu’il faut, selon moi, bâtir une fédération.Le traité de Maastricht a recueilli une très petite majorité de votes il y a dbc ans.Croyez-vous que les Érançais adhèrent en plus grand ou en moins grand nombre à l’Union européenne aujourd'hui?Il y a une bonne majorité de #¦ Philippe Herzog rope, je crois.Mais en même temps, elle ne se sentpas toujours à l’aise.La cause: l'État républicain, qui n’a pas bien fait sa pédagogie.Lorsque les choses vont mal chez nous, les ministres disent souvent que c’est la faute de Bruxelles.On accrédite l'idée, par exemple, que la concurrence européenne nuit à nos services publics, met en danger la protection sociale.Comment les citoyens peuvent-ils réagir à cela?Qu bien ils se disent: l’État est impuissant, accepte sans réagir les contraintes de la mondialisation et de l’Europe.Ou alorç ils en viennent à croire que l'État est hypocrite parce qu'il accepte la libéralisation tout en prétendant les protéger! Cela ne les conduit pas au rejet de l'Europe, sauf chez les partisans de Le Pen, et aussi chez ceux de l’extrême gauche.Ces derniers ne proposent pas de «sortir de l’Europe», mais ils pourfendent constamment «l’Europe du capital», du «marché», ce qui revient au même.Le Devoir: Mais vous, vous avez été communiste.P.H.: Oui.Et l’une des raisons de mon départ du Parti communiste français, il y a six ans, c’était justement l’Europe.Je me disais qu'il ne s’agit pas d’être «pour ou contre l'Europe», mais plutôt d’avoir une stratégie d’implication.Je ne veux pas transposer ici la question du Québec, mais je crois qu’il faut marcher sur deux pieds: on doit chercher à se développer chez soi; et en même temps, à faire bouger la dynamique de l’union.Moi, j’ai toujours pensé qu’il fallait participer à la construction de l’Europe en proposant des contrepoids par rapport au marché.11 faut se souvenir aussi que Congrès de La Haye, en 1948, proposaient de faire trois choses en même temps: un projet culturel, une Europe politique, et une union économique fondée sur le marché commun.On a eu droit au marché commun, mais pas à l’Europe politique.Quant au projet culturel, personne n’en parle.Ce qui est illogique.Une communauté suppose une certaine identité culturelle.Moi, je crois que les Européens ont beaucoup en commun.Mais chacun préfère ne pas en parler.Or, si l’on veut exister dans le monde, il faut partager une certaine identité.L’EUROPE APRÈS L’EUROPE Les voies d’une métamorphose Philippe Herzog De Boeck université Bruxelles, 2002,325 pages Éloge de la science-fiction par Houellebecq Le numéro de la Nouvelle revue française d’avril 2002 (n° 561) propose un dossier fort intéressant sur «L’avenir de la fiction».Y participent, entre autres, Maurice G.Dantec, Annie Le Brun.Michel Le Bris et Michel Houellebecq.Ce dernier, dans un texte tranchant intitulé «Sortir du XX' siècle», affirme: «Compte tenu de l’extraordinaire, de la honteuse médiocrité des “sciences humaines” au XX' siècle, compte tenu aussi des progrès accomplis par les sciences exactes et la technologie, on peut s’attendre à ce que la littérature la plus brillante, la plus inventive du siècle soit la littérature de science-fiction.» Français qui est en faveur de l’Eu- les fédéralistes du début, au arobitailletjjsympatico.ca PRATIQUE Le ventre de Paris RENÉE ROWAN J ) ai toujours été gourmande.Gourmande de la vie, de ses plaisirs, de ses beautés et, bien sûr, de la bonne cuisine.» C’est par cette confession sans détour que débute Les Promenades d'une gourmande, en l’occurrence Patricia Wells, une amoureuse de Paris et de la province française, quelle a arpentés pendant 20 ans.Critique gastronomique à \’International Herald Tribune, elle est l’auteur de nombreux livres, dont Ma cuisine en Provence et L’Atelier de Joël Robuchon.Ce nouvel ouvrage, c’est «son» Paris, celui quelle arpente quotidiennement, son sac à provisions à la main, pour se rendre dans un marché ou un magasin d’alimentation pour le plaisir des yeux ou sine plement pour voir si elle a raté quelque chose ou si quelque chose a changé depuis son dernier passage.Toujours à I’affut d’une nouveüé tendance, d'une nouvelle expérience, la cuisine, les marchés, les restaurants de Paris, c’est son affaire.Elle nous invite ici à l’accompagner, à parcourir la ville dans tous les sens, à partager ses découvertes, ses coups de cœur, à entrer dans ses bistrots préférés, à partager un bon repas dans les restaurants de son choix, à fréquenter ses marchands de vins et ses fromagers.Des anecdotes, des remarques personnelles coiffent les 150 recettes dont elle nous fait ici cadeau.Elle donne des conseils pour réussir les plats qui, au premier coup d'œil, apparaissent plus difficiles à réaliser; elle recommande les vins les mieux appropriés pour la recette suggérée.La journaliste n'hésite pas à jeter un regard amusé, espiègle à ses heures, sur les Français et leurs habitudes à table.Un autre livre de recettes, oui, mais différent et personnel, qui nous fait découvrir les nouvelles tendances de la cuisine française contemporaine.Même si la cuisine a bien changé à Paris depuis deux décennies, elle n’a pour autant rien sacrifié à sa réputation de ville gastronomique, constate l’auteure.Une promenade vivifiante! LES PROMENADES D’UNE GOURMANDE , Patricia Wells Editions JeanClaude Lattès Pans, 2001,310 pages 1 L K 0 K V 0 I R .L K S S A M E I* I 2 5 ET RI M A X (' Il E 2 fi M A I 2 0 U 2 I) 7 * DE VISU * ARTS VISUELS Le presque rien EXPOSITION SOME DAY YOU’LL STOP SEARCHING FOR MEANING Pierre-François Ouellet Art contemporain 372, Saint-Catherine Ouest, espace 216 Jusqu’au 23 juin BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Ne boudez pas le plaisir de croiser la dernière œuvre de Karilee Fuglem chez Pierre-François Ouellet Art contemporain.Pour sa deuxième apparition en galerie depuis quelques mois, la précédente à La Centrale, Fuglem renoue avec ce qui a fait sa marque, soit de transfigurer le banal, pour reprendre (trop rapidement, bien évidemment), le titre d’un ouvrage d’Arthur Danto.Fuglem ajoute à la panoplie de matériaux pauvres qu’elle a utilisés dans le passé.Après le latex dont elle a tiré parti pour faire un mur entier semblant respirer, des ampoules lumineuses pour couvrir un autre mur de plaies tièdes, séduisantes et repoussantes à la fois, des sacs de plastique pour les transformer en méduses flottant dans les airs, ou encore de la gomme à mâcher, Fuglem a découpé cette fois une multitude de pastilles dans des acétates, qu’elle a fichées au mur à l’aide d’épingles pour former une nuée de lumière papillotante.L’œuvre s’intitule Secret Visibility.Le ton est donné.Avec cette exposition, Fuglem revient intelligemment, de façon sensible, à une esthétique du presque rien.Entre visibilité et invisibilité — je sais, les discours sur l’art contemporain raffolent de ces listes de couples antagonistes, du genre «entre le lisse et le rugueux», «entre l’intérieur et l’extérieur», «entre l'ombre et la lumière» —, entre visibilité et invisibilité, donc, fort à propos, ces pastilles sont animées par des ventilateurs et se fondent, au gré de ce mouvement, dans l’obscurité pour ensuite mieux réapparaitre.Sur la fragilité, au profit de sa patiente élaboration, l’installation profite d’une belle cohérence Sur quelques Palestiniens morts RICHARD-MAX TREMBLAY Water Drawing #5 (détail), de Karilee Fuglem.Fuglem a confectionné des dessins aquatiques, élaborés uniquement en déposant patiemment des gouttes d’eau sur le papier - oui, oui, entre le dispositif d’accrochage (elle n’est que ça) et ce dont elle traite.En cela, parmi toutes les œuvres des dernières années qui ont eu recours à cette technique de l’épinglage (empruntée à la muséologie et à l’art de la collection), celle de Fuglem articule une proposition qui charge le banal de quelque chose qu’on aurait tendance à appeler aura, faute de mieux.Dans l’espace bureau de la galerie (qu’on peut visiter), Fuglem a accroché une photographie finement trouée, qui montre une étendue de neige sale, où le même phénomène de scintillement sur le mur se répète.Plus intéressante que cette installation, Fuglem a confectionné des dessins aquatiques, élaborés uniquement en déposant patiemment des gouttes d’eau sur le papier.Encore une fois, par un sens aiguisé de la composition, Fuglem parvient à créer des espaces (qui se tordent, se gonflent, etc.) qui jouent sur le fantastique.Barry Allikas On s’en voudrait de ne pas vous inviter à regarder d’un bon œil les nouveaux tableaux de Barry Allikas, chez Sylviane Poirier Art contemporain.L’exposition se ter- Vêtements cPart Exposition collective Galerie Yergeau du Quartier Latin du 23 mai au 15 juin Ouverture: du mercredi au samedi de I 3 à 17 heures, et le vendredi de 13 à 21 heures 2060 Ji'lv (entre St-Denis et Sanguinet) Montréal Inf: 514.843.0955 La Galerie Liane et Danny Taran, ABSOLUT VODKA ET l’Ambassade DE Finlande à Ottawa présentent NOUVEAUX MÉDIAS DE LA FINLANDE F2F NEW MEDIA ART FROM FINLAND HANNA HAASLAHTI JUHA HUUSKONEN MARITA LIULIA TEIJO PELLINEN KRISTIAN SIMOLIN TUOMO TAMMENPÀÀ HEIDI TIKKA DU 18 AVRIL AU 2 JUIN 2002 Organisée par la Finnish Foundation for the Visual Arts.New York en collaboration avec l’Ambassade de Finlande, Ottawa Centre des arts Saidye Bronfman 5170, chemin de la Côte-Ste-Catherine Montréal (Québec) H3W 1M7 (514) 739-2301 www.sbca.qc.ca COKSt l ¦ j*n W Québec S 5 UNÎSÏS sonera mine malheureusement demain, mais le détour en vaut la peine.Allikas, depuis des années, produit une peinture exigeante, difficile et d’une rigueur que peu de peintres savent cultiver.En abstraction géométrique, Allikas couvre ses surfaces d’un réseau dense de plages qui se répandent selon le motif de la grille.La série précédente d’Alli-kas, uniquement présentée à Toronto chez Pari Nadimi il y a deux ans, faisait s'imbriquer des carrés de couleurs suscitant du mouvement dans une surface relativement statique.Dans la nouvelle série, Timelines /Singularities, Allikas continue dans la veine hard-edge et minimaliste, alors qu'il développe l’horizontalité des toiles, mise en tension avec la verticalité, tension qui se manifeste par les bandes de couleurs superposées de bas en haut, alors qu’elles traversent la surface latéralement Aussi, cette verticalité est jouée par des couleurs étincelantes qu'Allikas fait cohabiter avec d’autres, plus ternes, pour animer la surface que le peintre traite avec une texture intensément régulière.Fascinant.Chez Sylviane Poirier Art contemporain, 372, rue Ste-Cathe-rine O., local 234.MARIE-ANDRÉE L A M O N T A G N E LE DEVOIR Beyrouth — L’art vampirise4-il là vie?Peut-on faire une œuvre d'art d’existences détruites?Ces questions pour organisateurs de colloques, et qui trahissent sans doute un esprit occidental, n’ont vraisemblablement pas effleuré l’esprit d’Adila Laïdi au moment d'organiser l'exposition Cent cha-hids, cent vies.Présentée du 10 au 17 mai au Palais de l’UNESCO à Beyrouth, l’exposition tient pourtant tout autant de l'installation, chère à l’art contemporain, que du document d’actualité.L’idée en est venue à Adila laidi en octobre 2000, au lendemain de la seconde intifada.Pour cette Algérienne ayant épousé un Palestinien et vivant à Ramallah depuis 1996, où elle dirige le centre culturel palestinien Khalil Saka-kini, le but était double: montrer à l’Occident que ces Palestiniens morts, dont aucun, en passant, n'avait participé à des opérations suicide, menaient aussi des vies ordinaires, si tant est que l’adjectif ait encore un sens dans cette région du monde; offrir un espace méditatif aux Palestiniens forcés de vivre dans un milieu où la violence est historique, quotidienne, politique.En langue arabe, chahid veut dire martyr, ce qui ne fait pas pour autant de ce dernier un saint, aux yeux de l’islam.Martyrs, victimes, cent individus, âgés de 11 à 68 ans (et parmi eux quelques femmes) sont morts, quoi qu'il en soit, tous tués par des balles israéliennes, tandis qu’il sortait d’un taxi pour l’un, pariait au téléphone à sa mère pour l’autre, rentrait de l’école pour ce garçon, ou lançait des pierres, oui, comment ne pas lancer des pierres?Un missile lâché du haut d’un hélicoptère, le fusil-mitrailleur d’un soldat ou d’un tireur embusqué auront répliqué, souvent à bout Muhammad Al-Durra portant.On aura compris dans quel camp se situe l’exposition.Et l’art?le voici, sobre, poignant, sans pathos.On entre dans une grande pièce nue.Sur trois murs, classés par âge croissant des victimes, cent petites boîtes en plastique, chacune contenant un objet cher au disparu, remis par la famille et entouré d’une ficelle en rafla.Au-dessus, une photo, pauvre cliché que les familles les plus pauvres n’auront même iras été en mesure de fournir, pour certains.Toutes les photos sont floues, legtv rement bougées à dessein, comme pour accentuer le caractère déjà fantomatique de leurs sujets.L’uniformité de la presentation privilégiée par le commissaire Samir Salameh vient rythmer le parcours de l’exposition, en rappelant l'égalité de tous devant la mort, bientôt dans l'oubli.C’est compter sans l’objet retenu, dépositaire en quelque sorte de l’existence anéantie et irradiant d'autant plus de cette vie qu'il est banal: game-boy, porte-monnaie, ceinture, tee-shirt, photo d’une mère morte, chaussure de sport, gant de boxe, keffief, CD, coran de poche.An centre de la pièce, le dispositif est rompu ])ar l'insertion d'artefacts répondant aux mêmes critères de sélection, mais disposés autrement en raison de leurs dimensions.C'est un vélo d’enfant, une cage d’oiseau.Est-ce aussi le mouvement?L’échappée hors du destin?Sur place, aucun texte n’accompagne l’exposition si l’on excepte le nom du disparu, inscrit à côté de la photo.Le visiteur est donc renvoyé à l’énigme de ces vies (de toute vie) ici réduites à une épure, usée, bri- see.Et il faut se reporter au catalogue pour obtenir quelques details biographiques, le plus jeune des chahids avait 11 ans.11 s'appelait Muhammad Al-Durra.Le 3 octobre L’tHXt, souvenez-vous, vous l’avez vu mourir en direct à la télévision, blotti contre son père, impuissant à le protéger des tirs israéliens.D;uis leur boîte en plastique, les baskets, qui ont gardé la forme des pieds de l’enfant, tiennent de l’ex-voto profane, mais aussi de l'objet à l'ère de sa reproduction industrielle et (U-s grandes marques, que seul un souffle de vie, aussi bien dire peu de chose, est en mesure de rendre unique.Cent chahids, cent ries a d'abord été présentée à Ramallah et à Na-plouse, comme il se doit.Après Beyrouth, elle se transportera en Jordanie et en Syrie.Dans son édition du 13 mai dernier, le quotidien français de Beyrouth L'Orient-Le Jour flüsait état d'invitations reçues de Grèce, d’Italie et du Canada, que les événements du 11 septembre auraient mises en veilleuse.A quand Montréal?ISABKI DK LA CRUZ .et les baskets qu’il portait le jour de sa mort.La neige de ses rires, acryl.sur toile, S4X73 cm, 2001 BERNARD du mercredi 1" mai au samedi 8 juin 2002 MARCEL BARBEAU LIMITES VERTIGINEUSES (Acrylique sur toile, œuvres récentes) 90 av.Laurier Ouest Montréal (Québec) H2T 2N4 Téléphone: (514) 277-0770 Horaire de la galerie : du mardi au vendredi de 11 h à 17 h, samedi de 12 h à 17 h et sur rendez-vous JEAN PAUL RIOPELLE PEINTURES, SCULPTURES ET OEUVRES SUR PAPIER GALERIE SI M ON BLAIS_____________________________ 5420, boul.Saint-Laurent H2T iSI 514.8491165 Ouvert du mardi au vendredi lOh à 18h et le samedi lOh a 17h Une exposiîiorUhematlque.prçidjUte £**4.la Corporation de développement culturel de Trois-ftîvteres Artistes invités: Thérèse Chabot jeane Fabb Roger Gaudreau Annie Pelletier Annie Thibault Pierre Thibault Dominique Laquerre Christopher Varady-Szabo du 10 mai au 9 juin 2002 du mardi au dimanche de 12 à 17 heures.% Lj.mâfron Centre d'exposition Raymond-Lasnier Mated* de la < ulture de Trois-Rivières 1425, place de l'Hdtel de Ville, Trois Rivières I OCWFOFWno»» IIX O&fXOmUfHI Ecmiuki ftDC information 4€ii NOS FELICITATIONS ! Le Musée d'art Contemporain de Montréal se réjouit de l'hommage rendu à Marcel Brisebois, nouveau Chevalier de l'Ordre national du Québec.Actuellement directeur général du Musée d'art Contemporain de Montréal, monsieur Brisebois s'est, depuis lontemps, distingué pour ses qualités de pédagogue, philosophe et communicateur.Il est de surcroît responsable de l'implantation du Musée au cœur du centre-ville.Monsieur Brisebois a cumulé, au cours des ans, de prestigieuses distinctions telles que Chevalier de l'Ordre de la Légion d'honneur, l'Ordre du Canada et l'Ordre de la Pléiade.La grande famille du Musée d'art contemporain de Montréal est fier de lui.MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec :s •La peinture de Serge Marchettt se situe à la jonction de la forme et de la couleur dans cette zone incertaine où ce rapport premier est toulours à redéfinir par le regard du spectateur.¦ Jules Artec Serge Marchetta Jusqu’au 9 juin 2002 Jeudi au dimanche : 10 h à 17 h Entrée libre Musée du Château Dufresne 2929, avenue Jeanne4)’Arc (métro Pie IX) Renseignements : Maison de la culture Maisonneuve (514)872-2200 Ville de Montréal - '/'¦/& ¦ I ' § Sylvie POMERLEAU Ombreuses, l'infinité des possibles peinture 26 mai au 30 juin 2002 vernissage, dimanche 26 mai de 14 h à 17 h Le CEO {CENTRE D EXPOSmON DES SOUVERNEURS) 90, Chemin des Patriotes Sorel-Tracy (Québec) J3P 2K7 Tél.: (450) 780-5720 Télécopie: (450) 780-5737 Courriel: info@leceg.com Site internet: www.leceg.com 0 * SOREL-TRACY ocs -mm CT umrrmts L@ CEO bénéficia
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