Le devoir, 29 mars 2006, Supplément 1
INTERNATIONAL I NATIONAL I CULTURE Élections au Pérou Mackenzie : les Autochtones | Mara Tremblay Prétexte nucléaire contre l'Iran haussent le ton ; et les Francouvertes 2006 alternatives LE JOURNAL VOL 12 • NO.7 / AVRIL 2006 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNAT1VES.CA Eau à vendre, jusqu'à plus soif •Atuir PHOTO SANTIAGO PEREZ ALVARADO Le 16 mari dernier s'ouvrait en grandes pompes à Mexico le IV' Forum mondial de l'eau.Organisée par le Conseil mondial de l'eau, think tank lié à la Banque mondiale et financé par les transnationales de l'eau, cette grande conférence «privée» se donne toutes les apparences d'une conférence des Nations Unies.Pourtant, le CME a un objectif politique bien précis : faire advenir un monde où la gestion de l'eau, conçue comme un bien économique, serait entièrement prise en charge par le marché.Mexico — Qu’on ne s’y trompe pas : au-delà des centaines de sessions thématiques réunissant des experts «es eau» de tout acabit, des expositions et des activités de sensibilisation qu'il propose, le Forum mondial de l’eau (FME) est avant tout un sommet ministériel destiné à créer en haut lieu un consensus de plus en plus large autour des vues du Conseil mondial de l'eau (CME) et de la Banque mondiale.Un grand rendez-vous d'affaires qui permet aux multinationales de l’eau de conclure des contrats de gestion avec des entités publiques de divers pays.Aussi, encore cette année, on a bien préparé le pays hôte au virage «obligé» qu'il doit négocier.Abreuvée d'un discours convenu sur la nécessité d'investir - lire : d'ouvrir le secteur à l’investissement privé - pour garantir un accès à l'eau pour tous, la société mexicaine n'a jamais autant entendu parler d'eau.Chercheurs, politiciens, hommes d’affaires et journalistes, tous ont sauté dans le débat sur les moyens de faire face à la «crise de l’eau».Un débat stérile?Or, devait-on apprendre de la bouche de Loïc Fauchon, président du CME, à la cérémonie d’inauguration du Forum : la cause aurait déjà été entendue.Devant des ministres de 121 pays et une partie des 11 000 participants du Forum présents, il a déclaré qu’il était temps de mettre de côté les «querelles vaines, les polémiques stériles et les vieux débats pour avancer dans la solution de la problématique internationale de l'eau-.Cristobal Jaime Jâquez, directeur de la Commission nationale de l'eau du Mexique (CNA, co-organisatrice du Forum) et ex- Ce débat «stérile», il s'agit évidemment de celui qui oppose les partisans de la privatisation de l'eau et ceux qui, comme les militants de la centaine d'ONG réunies au même moment au sein d'un forum alternatif international, exigent que l'eau soit reconnue comme un droit humain inaliénable, et non comme une marchandise ou encore comme un «besoin» susceptible d'être comblé par un «service».Cette dernière conception, plus pragmatique, est de plus en plus mise de l'avant par un CME soucieux de se défaire de son image de think tank en présentant la privatisation comme un faux débat, ce qui ne manque pas de donner lieu aux comparaisons insolites.En conférence de presse, Loïc Fauchon déclarait en effet que, de même que lorsque notre photocopieur se détraque on fait appel à une entreprise privée qui sait le réparer, lorsque que l’on a de l'eau à gérer, on peut faire appel à des personnes compétentes qui offrent ce service.d'attitude qui favorise une nouvelle culture basée sur la responsabilité partagée, l'équité et la solidarité».À 130 km de là, dans les montagnes de l'État de Mexico à l’ouest de la capitale, Maria Cruz de Paz, femme mazahua de San Miguel Xoltepec, cherche la trace de ce changement d'attitude.«Nous allons lutter jusqu'à ce que toutes nos communautés aient de l'eau», lance-t-elle, le regard déterminé.Comme la plupart des communautés autochtones de la région, San Miguel Xoltepec ne dispose d’aucun système de distribution d'eau potable.Les femmes de la communauté doivent franchir de grandes distances à pied jusqu'aux sources les plus proches pour rapporter l'eau nécessaire à leur consommation.Les plus chanceuses disposent d'un âne qu elles chargent plusieurs fois par semaine de bidons ou de vêtements à laver.La région, pourtant, regorge d'eau.Mais depuis 1979, date du début de la construction du système Cutzamala, elle est sous haute sur- de stations de pompage destinées à extraire 19 000 litres d’eau à la seconde des régions montagneuses de l'État de Mexico et de deux États voisins pour approvisionner la capitale dont les réserves souterraines s'épuisent.Là, elle est vendue à profit à ceux qui ont les moyens de la payer par différents consortiums composés d'entreprises nationales et de transnationales de l'eau telles Suez, Vivendi et United Utilities.Véritable catastrophe écologique, cet énorme chantier a occasionné, en plus de l'expropriation sans compensation de centaines d’hectares de terres communales, une diminution dramatique de la quantité et de la qualité de l'eau de laquelle dépendent les paysans de l'État de Mexico.La disparition de sources à la suite des travaux de dynamitage, la baisse du débit de plusieurs cours d’eau harnachés par des barrages ainsi que la pollution de la principale rivière de l'État, dans laquelle l'usine d'assainissement des eaux envoyées à Mexico déverse ses rejets contaminés, ont en effet condamné des milliers de paysans à une misère grandissante.En l'absence d'eau pour l'agriculture, les hommes mazahuas quittent leur communauté pour aller chercher du travail à la ville.Beaucoup ne reviendront jamais, ce qui alourdit d'autant le fardeau des femmes.Réfistan
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