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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2002-02-23, Collections de BAnQ.

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DEVOIR.LES SAMEDI 23 ET DIM A N (' HE 24 F É V R I E R 2 O O 2 L E Andre Glucksmann Page D 6 DE VISU Paterson Ewen Page l) 7 LE DEVOIR s/ Papa Hugo CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR Paris — Le 200' anniversaire de naissance de Victor Hugo ne pouvait mieux tomber qu’en cette année électorale.Confrontés à une campagne présidentielle qui tarde à démarrer véritablement jamais les Français ne se sont autant ennuyés du romancier populaire qui connut l’exil, s’opposa à la peine de piort et Fit Européen avant la lettre.Les anniversaires ont au moins cela de bon qu’ils permettent de mettre un peu de chair autour d’une actualité qui en manque désespérément «Ne laissons jamais s'effacer les anniversaires mémorables», avait d’ailleurs déclaré le principal intéressé lors d’un banquet organisé par Louis Blanc pour commémorer la révolte de 1848.Plus d’un siècle après être entré au Panthéon, Victor Hugo demeure un formidable plat de résistance pour tous ceux qui s’en réclament.Et ils ne manquent pas par les temps qui courent Dans l’orgie de conférences, de pièces de théâtre, de lectures et de commémorations de toutes sortes, pas un homme politique, pas un écrivain ou gratte-papier parisien qui n’ait versé son obole à la mémoire de l'auteur de La Légende des siècles.Cela va de l’extrême droite à l’extrême gauche.Il faut dire que peu d’écrivains contemporains ont réussi le tour de force d’être à la fois un grand écrivain et un personnage populaire dont les funérailles furent suivies par deux millions 4e personnes.Peu font autant t'unanimité.A moins qu’il faille plutôt parler de récupération.Mercredi dernier, les sénateurs ont rendu hommage à leur ancien collègue.Les représentants des six groupes politiques ont chacun prononcé un discours sur un thème de l’action politique du sénateur Hugo: la défense des libertés, l'Europe, le progrès social et humain, etc.Car les causes hugoliennes ne manquent pas.Elles vont de la République au suffrage universel, en passant par le combat contre la peine de mort, pour les libertés, la laïcité, l’instruction publique, les droits des enfants, l'émancipation des femmes, la paix, la souveraineté des peuples et la république universelle.Hugo a aussi trouvé le temps de s’opposer à la Commune et de défendre les vertus du travail, de la propriété et de la famille.Même les royalistes pourront commémorer le jeune poète qui écrivit une ode pour le sacre de Charles X afin de mieux faire rager son père, un vieux bonapartiste qu’il n’a à peu près pas connu.VOIR PAGE D 2: HUGO ::sm v m m Éi rll Sema Après cinq mois de tâtonnements, le livre Stupid While Men, de Michael Moore, a tait son apparition cette semaine sur les étagères des librairies américaines et canadiennes.Le livre, particulièrement ironique envers le président américain George W.Bush, était retenu par la maison Harper Collins depuis les événements du 11 septembre.Entre-temps, après avoir vainement demandé à Michael Moore de modifier certains passages, et subi de nombreuses pressions des bibliothécaires, les éditions Harper Collins ont finalement accepté de le publier sous sa forme initiale.mmm JÉtï;- *lli mrM * ffyW, fel vtÜ fa 1 - ¦ H v .«g CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR L% événement a de quoi surprendre ' dans un pays comme les Etats-Unis, où la liberté d’expression ' est un pilier sacro-saint de la Constitution.Au Canada, même si la liberté d’expression est aussi garantie, la censure est affaire courante en comparaison.Beaucoup plus courante qu’on ne le croit On sait que, l’automne dernier, une citoyenne de Hull, Roseline Brien, qui estimait dégradants pour la femme des passages de certaines bandes dessinées, obtenait que le conseil municipal de Hull adopte une loi censurant l’usage de ce type d’ouvrages dans les bibliothèques publiques.Les Loups de Kohm, de Godard et Rivera, la bande dessinée qui l’avait choquée au départ, mettait en scène un monstre entouré d’esclaves nues, monstre que le bédéiste s’empressait par ailleurs de tuer, quelques pages plus tard.Pour répondre à la plainte de Mme Brien, le conseil municipal de Hull adoptait des mesures qui ont mené, dans un premier temps, au retrait de la bibliothèque de 180 ouvrages.Dans cette liste, on trouvait des titres aussi anodins que Les Mères ou Agrippine, de Claire Bretecher.Si le conseil municipal a récemment ordonné le retour de ces livres sur les rayons de la bibliothèque, l’histoire montre tout de même que la censure est un outil que les autorités sont promptes à brandir et qui pourrait d’ailleurs être brandi par pratiquement n’importe qui, dans toutes sortes de circonstances.L’Union des écrivaines et écrivains québécois, qui parraine la Semaine de la liberté d’expression, qui a lieu du 24 février au 2 mars, relève plusieurs exemples d’atteinte à cette liberté recensés au cours des derniers mois.Des exemples?La demande d’injonction, finalement rejetée, contre la bande dessinée sarcastique Où est passé ben Laden?, publiée aux Intouchables.L’auteur, anonyme, met en scène le président américain George W.Bush traitant son secrétaire d’Etat Colin Powell de «sale nègre» dans son dos.La demande d’injonction, intentée par un avocat suivant une initiative de la ügue des Noirs du Québec, a été refusée par la Cour supérieure.«La cour a jugé qu’il n’y avait pas matière à injonction», indique Michel Brûlé, des Intouchables.«Certes, l’idée du clonage en fait rêver plus d’un.Que ce soit l’ultime expression d’une vanité personnelle, le désir de s’assurer de la qualité des gènes, l’illusion de ressusciter les morts ou .a création d’une race supérieure, force est de constater que les enjeux sont énormes.» Les Héritiers de Frankenstein Clones, OGM et autres superstitions génétiques Lancement de ce nouveau titre à la taverne L'Inspecteur Épingle, 4051, rue Saint-Hubert Montréal, le lundi 25 février 2002 de 17 heures é 19 heures.td!tlmtrilttigiiion@i!c.iir!.coiii 2 ma W «Il est difficile d'être pour quelque forme de censure que ce soit» S’ajoute le cas de Normand lester, suspendu par, Radio-Canada pour avoir, selon la société d’Etat, failli à son «devoir de réserve», en publiant son Livre noir du Canada anglais aux éditions des Intouchables.Et, plus récemment, un jugement de la Cour suprême du Canada vient de déclarer que le site du révisionniste Ernst Zundel est illégal au Canada.Enfin, rappelons qu’en Ontario, un adolescent a fait l’objet d’une enquête judiciaire, et a été incarcéré 34 jours, pour avoir écrit un texte de fiction considéré comme un incitation à la violence.Pour Charles Montpetit, porte-parole de la Semaine de la liberté d'expression, et qui en a écrit le guide d’utilisation, 41 est difficile d’être pour quelque forme de censure que ce soit».Car la censure est, selon lui, toujours arbitraire.Où tracer la ligne ?Pour illustrer son propos, il mentionne une exposition intitulée Drawing the Line, présentée en 1991 à Vancouver par le groupe féministe Kiss and Tell.L’exposition présentait une série de cent photos de deux femmes, qui passaient «d’un simple regard à VOIR PAGE D 2: CENSURE KT J U* ItflUllOV TRAIT 'UNION Venez visiter noire site Internet www.traitdunion.net » » 05257560 3 D I M A N ( HE 2 4 FEVRIER 2 0 0 2 I) 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 23 ET Livres CENSURE mfV-i SUITE DE LA PAGE D 1 une relation sexuelle extrême (avec violence, ligotage et compagnie)».IjC public était invité à indiquer, directement sur les photos, l’endroit ou les scènes cessaient d’étre acceptables à ses yeux.Ce qui per- « Fabuleusement distrayant.une surprenante découverte.» René Homier-Roy, Radio-Canada Le baromètre du livre au Québec .s Gallimard H 1 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A JARDIN 7 4 2 Érotisme Qc W.ST HILAIRE Lanctôt i 3 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD » F.VARGAS Hamy Viviane 12 4 Roman LE TUEUR AVEUGLE 4P M.ATWOOD Robert Lattont 5 5 Roman QUELQU'UN D'AUTRE T BENACQUISTA Gallimard 4 6 Roman OÙ ES-TU ?M.LÉVY Robert Laffont 14 7 Érotisme Qc HISTOIRES DE FILLES J.PELLETIER Quebocor 5 8 Essai Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 14 9 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR.T 1.T.2 et T.3 4P M LABERGE Boréal 83 lü Polar LA TRAHISON PROMÉTHtE 4P R.LUDLUM Grasset 2 11 Roman ROUGE BRÉSIL 4P - Prix Concourt 2001 l.-C.RUFIN Gallimard 25 12 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES 4P S.VI2INC2EY du Rocher 42 13 Roman LE PIANISTE r W.SZPILMAN Robert Laffont 53 14 Essai Qc M.-0.M0UTIER Eftet pourpre t 15 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION 4P F.DELAVIER Vigot 194 16 8.0.AGRIPPINE N" E - Agrippine et la secte é Raymonde 4P C.BRETÉCHER Claire Bnetécber 4 17 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI 4P G.HALE Manise 148 18 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 74 19 Biograph.Qc MON AFRIQUE L PAGÉ Ubre Expression 18 20 Psychologie CESSEE D'ÉTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! 4P T.D'ANSEMBDURG L'Hommo 59 21 Roman Qc PUTAIN 4P N.ARCAN Seuil 24 22 Roman PENSÉES SECRÉTES 4P 0 LODGE Rivages 4 JL Cuisine LE VÉGÉTARISME À TEMPS PARTIEL 4P LAMBERÏÏDESAUUQERS L'Homme 21 24 Sc Sociale DEUX HEURES DE LUCIDITÉ N CHOMSKY des Arènes 3 25 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES (UvreADC) 4P H.MAJOR Fides 22 26 Sc.Fiction L'ULTIME SECRET B.WERBER Albin Michel 13 JL Maternité COMMENT NOURRIR SON ENFANT.3' édition L LAMBERT-LAGACÉ L'Homme 132 28 Psychologie LÂCHER PRISE G.FINLEY du leur 438 29 Polar LA CONSTANCE OU JARDINIER 4P 1.LE CARRÉ Seuil 15 30 Actualité N.CHOMSKY Serpent à pkines 5 .11 Érotisme LE GUIDE DE L'EXTASE SEXUELLE A.HOOPER Trécarré 123 JL Éducation LES CARRIÈRES D'AVENIR 2002 COLLECTIF Ma Carrière 8 33 Ésotérisme LE RÊVE ET SES SYMBOLES 4P M COUPAL de Mortagne 141 34 Psychologie LES HASARDS NÉCESSAIRES I.-F.VÉZINA L'Homme 21 35 Sc.Sociale RÉFLEXIONS SUR LA GUERRE.LE MAL ET LA FIN DE L'HISTOIRE 4P B.-H.LÉVY Grasset 14 JL B.D.J0D0R0WSKY Humanoïdes 2 37 Biographie GRAND-PÈRE 4P M.PICASSO Denoël 13 38 Biographie K.Al BERRV JC Lattis 2 39 Érotisme Qc ROUGIR DE PLUS BELLE M.GRAY Guy St-lean 56 40 Sc.Fiction LE SEIGNEUR DES ANNEAUX 4P (éd.de luxe) 1.R.R.TOLKIEN Bourgois 458 41 Psychologie k CHACUN SA MISSION 4P J M0NB0URQUETTE Novalis 115 42 Psychologie GRANDIR : AIMER.PERDRE ET GRANDIR 1 M0NB0URQUETTE Novalis 416 43 Érotisme A.HOOPER Trécarré 24 44 Maternité MON BÉBÉ IE L'ATTENDS, JE L'ÉLÈVE E.FENWICK Readers Digerst 132 45 Polar Qc LE COLLECTIONNEUR C.BROUILLET la coûte échele 364 4 N ’ Coup rte coeur RB ¦¦¦RH : Nouvelle entrée B Sont exclus les livres prescrits et scolaires.Nbre de semaines depuis parution | Pour commander : ir (514)342-2815 www.renaud-bray.com r SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et [I AGMV Marquis ^ ; IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke mettait de constater que personne n’avait le même degré de tolérance aux images."Alors comment une loi peut-elle trancher pour tout le monde?», demande M.Montpetit Four ce qui est du cas du révisionniste Ernst Zundel, qui remet en question le caractère historique de l’Holocauste, et dont le site est interdit au Canada depuis janvier par un jugement de la Cour suprême, M.Morjtpetit argue que le site, conçu aux Etats-Unis, est toujours accessible par Internet.Il ajoute que les nombreux procès intentés contre Zundel, en vertu des dispositions du Code criminel sur la propagande haineuse, lui ont fait une immense publicité.N’eût été de ces procès, Ernst Zundel serait sans doute toujours ici un illustre inconnu.«On constate là les effets pervers de la censure», acquiesce d’ailleurs M- Pierre Trudel, avocat spécialisé en droit public, professeur de l’Université de Montréal et auteur d’un livre sur le droit du cyberespace.Au-delà de la question morale, la question technique de l’efficacité de la censure se pose tout entière.En matière d’efficacité, il serait plus rentable, selon M.Montpetit, de monter des sites Internet défaisant point par point l'argumentation de Zundel, ou encore de financer des activités pour commémorer l’Holocauste, que d’interdire purement et simplement le site litigieux.Là ne s’arrêtent pas les errements de la censure, que Montpetit a lui-même mesurés.En 1992, quatre écoles lui ont renvoyé ses exemplaires de La Première Fois, une collection de récits sur la première expérience sexuelle dont il a dirigé la publication et qui aurait pu être utilisés dans le cadre de cours d’éducation sexuelle.L’âge moyen des protagonistes de ses histoires, toutes vécues, était de 17 ans et demi.Or la loi canadienne sur la pornographie juvénile, adoptée en 1993, «interdit toute scène d’activité sexuelle avant 18 ans», et cela même si l’âge minimum légal du mariage est fixé à 14 ans et que «la moyenne des premiers ébats est de 15,5 ans», écrit Montpetit Si cette loi avail été appliquée strictement, relève-t-il d’ailleurs, Roméo et Juliette de Shakespeare, qui met en scène des amoureux de 16 ans, aurait pu être censuré.Quant aux définitions de l’obscénité, elles ne sont pas non plus très claires.En effet la loi sur l’obscéni- té, datant de 1959, «définit l'obscénité comme l'exploitation indue de la sexualité., sans préciser ce qui est indu», écrit Montpetit Ainsi, poursuit-il, les lois qui encadrent la censure sont loin de se concentrer sur les cas extrêmes.Elles créent en effet de vastes zones grises, qui peuvent donner lieu à toutes sortes d’interprétations.Au Canada, reconnaît M'Trudel, on a beaucoup moins de respect popr la liberté d’expression qu’aux Etats-Unis.«Ici, dit-il, la tendance est que, dès que cela dérange un peu, on considère que c’est une limite raisonnable.» En défaveur de la censure, il mentionne au premier chef son inefficacité, en cette époque de cyberespace où l’information s’infiltre partout.«La censure n’est pas une technique très efficace dans le contexte actuel, soutient-il.Il faudrait faire preuve de plus d’imagination.La censure donne l’impression de régler le problème mais, en fin de compte, on ne le règle pas.» Au sujet de la loi sur la pornographie juvénile, M.Trudel précise que le jugement Sharpe de la Cour suprême, rendu l’an dernier, prévoit des exceptions permettant aux protagonistes de se mettre en scène eux-mêmes.Dans son guide de la liberté d’expression, Charles Montpetit ajoute que le jugement prévoit une exonération pour les classiques comme Lolita, les photos de bébé, les débats sur l’âge du consentement ou les documents anthropologiques.Mais il reste quand même beaucoup à faire pour réduire le caractère imprécis des lois encadrant la censure.Ainsi, durant toute cette Semaine de la liberté d’expression, les bibliothèques et les librairies sont invitées à mettre en vitrine des livres qui ont déjà été sous le coup de la censure et à distribuer le guide d’utilisation de la liberté d’expression conçu par M.Montpetit On y trouve notamment une chronologie de la censure effectuée au Canada français, de 1625 à nos jours, ainsi qu’une liste de censures remarquables.Quelques excès s’y distinguent, le fait, par exemple, que la chanson L’important, c’est la rose, de Gilbert Bécaud, ait été interdite durant la Crise d’octobre 1970 par Radio-Canada, qui y voyait une possible allusion aux frères Rose, accusés d’avoir tué le ministre Pierre Laporte.Quand les censeurs voient rose.Les définitions de l’obscénité ne sont pas non plus très claires nian onoinsKy ie POUVOIR dus à ou Les États-Unis seraient engagés dans un processus historique visant l'émergence, à l'échelle mondiale, d'«une société tolérante, dans laquelle dirigeants et gouvernements existent non pas pour exploiter la population ou abuser d'elle, mais pour lui fournir liberté et perspectives».Pourtant, de nombreux documents révèlent que la superpuissance agit de façon à détruire la démocratie et à miner les droits de la personne, et ce, avec une certaine cohérence, les prétextes invoqués variant d'une époque à l'autre selon les nécessités doctrinales du moment.«C'est nous qui avons le dernier mot», disait George Bush père Noam Chomsky illustre brillamment la véritable nature et l'étendue du pouvoir impérial américain.Ce livre a aussi le mérite d'offir un tour d'horizon de sa pensée, exposant ses idéaux politiques et ses vues sur la nature, l’esprit et le langage.400 page» O 30,00 S ISBN 2-921561-61-1 DIFFUSION: DIMÊDIA écosociété À CONTRE-COURANT C P.3205?.comptoir Svwnt Andre, Montreal (Québec) H2l 4YS Telephone (514) 521-0913; tdecopro.(514i 521-1283 Cournel.ecosoc cam org; toile www ecosociete orp ARCHIVES LE DEVOIR Victor Hugo en 1829, lithographie de Dévéria.HUGO SUITE DE LA PAGE D 1 Avec les années, les amis de cet ancien élu de droite se recrutent pourtant de plus en plus à gauche.Lundi, un TGV spécial nolisé par Matignon se rendra dans la ville natale de l’écrivain, Besançon.Lionel Jospin y écoutera des poèmes et dévoilera une plaque sur la maison natale de l’auteur des Misérables.Toute la fratrie socialiste sera de la fête.Tellement que certains députés avaient souhaité que le premier ministre profite de l’événement pour annoncer officiellement sa candidature à la présidence.Le 19 février, Jospin a célébré («engagement européen» de Victor Hugo dans le quotidien Ouest-France.Qu’importe si le premier ministre se ferait crucifier s’il osait reprendre à son compte la formule des «Etats-Unis d’Europe» imaginée par Hugo dès 1855.Le quotidien avait aussi sollicité Jacques Chirac, qui a décliné l’invitation.La France est probablement le seul pays du monde où les écrivains morts déplacent encore des foules.Il y a une semaine, 1500 sans-papiers ont déposé une gerbe de fleurs au Panthéon où repose Victor Hugo.Faisant allusion au gouvernement de Lionel Jospin, leur porte-parole a déclaré que ceux qui dorment là avaient au moins tenu leurs promesses.Les défenseurs de l’héritage politique et social de Victor Hugo n’en sont cependant pas à une contradiction près.L’enrôlement de Victor Hugo Par les temps qui courent, ce sont étrangement les eurosceptiques et autres «souverainistes» qui brandissent le plus haut le nom de Victor Hugo.Le troisième homme de la campagne présidentielle, Jean-Pierre Chevènement, a probablement reconnu chez Hugo cette valse-hésitation entre la droite et la gauche chère à son camp, qui recrute aussi bien les déçus de Chirac que les fatigués du socialisme et les égarés de Jean-Marie Le Pen.Le maître à penser de ce courant politique est d’ailleurs nul autre que Max Gallo, l’un des biographes de Victor Hugo (Victor Hugo, Editions XO).Après avoir longtemps fréquenté François Mitterrand et avant de devenir l’inspirateur du Pôle républicain, Gallo avait appelé à voter pour le candidat de la droite dure Charles Pasqua aux élections européennes de 1999.Rarement à court de métaphores, Gallo trace un parallèle (pour lui évident) entre son candidat à la présidence et Victor Hugo, qu’il décrit comme un «homme politique plein d’intelligence, soucieux d’ordre et trop souvent présenté comme un aimable fumiste».Invité dans le TGV socialiste qui se fendra à Besançon, Gallo a préféré refuser pour inaugurer plus tard la permanence de son parti dans la ville natale de l’écrivain.Jean-Pierre Chevènement n’a pas craint non plus de préfacer un recueil de textes politiques de Victor Hugo.Le candidat y loue ce «républicain» «jamais révolutionnaire», pas «marxiste», qui rêva pendant trente ans de devenir président.Comprenne qui voudra! Surtout que le livre, déjà affublé d’un énorme bandeau du nom du préfacier, s’intitule Victor Hugo président!.Dans un moment de lucidité, le candidat à la présidentielle se demande tout de même si l’on se souviendrait «encore de Victor Hugo s’il avait été élu, comme il en rêva, président de la République».Dans le même courant, le directeur du très polémique hebdomadaire Marianne, Jean-François Kahn, ne craint pas lui aussi d’enrôler Hugo dans des combats actuels.Reprenant l’essai lyrique qu’il avait publié en 1984 (Victor Hugo, un révolutionnaire, Fayard), il écrit «Au fond, Salman Rushdie n’a pas été aussi loin, et Michel Houellebecq n ’en a pas dit autant.» Reconnaissons qu’il est tentant de faire parler le fantôme de Victor Hugo à propos de tout et de rien.Un journaliste français a même cru discerner le profil de Jacques Chirac derrière cet extrait de Choses vues-, «M.Guizot est personnellement incorruptible et il gouverne par la corruption.Il me fait l’effet d'une femme honnête qui tiendrait un bordel.» Les deux pieds dans les scandales politiques et les «affaires», la France s’ennuierait-elle de ces poètes qui couchent avec les dieux et qui devraient donc tout naturellement guider les peuples?Grands hommes demandés de toute urgence! Les biographes sérieux ne manquent pourtant pas de souligner que la carrière politique de Victor Hugo fut un étonnant parcours en zigzag.Homme de contradictions, Hugo siégea comme pair de France sous la monarchie de Juillet et comme sénateur sous la IIIe République.En 1848, il refuse contre toute logiqqe de s’opposer à la monarchie.Elu député de droite en 1850, il vote presque toujours à gauche.Revenu d’exil, il démissionne quelques semaines après avoir été élu député de Paris.«Je ne suis pas un homme politique», confia-t-il dans ses carnets.Qu’importe.«Notre peuple est en mal d'exaltation», écrivait cette semaine le ministre délégué à la Santé Bernard Kouchner dans le quotidien Le Monde.Les lycéens (cégépiens) seront bientôt invités à participer à un grand concours d’éloquence intitulé «Les combats de Victor Hugo».Chacun dissertera sur les droits de l’enfant, la liberté d’expression, la république laïque et quelques autres questions toutes aussi actuelles.Comme si papa Hugo avait inventé les réponses aux questions politiques d'aujourd’hui.Une fois qu’on aura fini de demander à Hugo de régler nos problèmes, souhaitons qu’il reste du temps pour relire son œuvre immense.Ceux qui s'y exerceront pourront toujours aller faire un tour à la célèbre brasserie La Coupole, à Montparnasse.Pendant le Printemps des poètes, tous les soirs à 19h.un apéritif sera offert à celui qui déclamera un poème de Victor Hugo.Dans les prochaines éditions du Cahier Livres, nos collaborateurs commenteront quelques parutions liées au bicentenaire de la naissance de Victor Hugo.-C-a h i e i s p é c i a^ Salon du Livre de l'Outaouais mars samedi Tombée publicitaire le 13 mars DEVOIR \ i LE DEVOIR.I E S S A M E I) I ET DI M A X i II E 2 I E E V R I E R 2 O O l) -*¦ Livres - Deux façons de trahir la littérature M i c h e l B i r o n LJ un se prend pour Cicéron, l'autre pour Stephen King.Ils n'ont apparemment rien en commun et leurs livres s'adressent à deux publics totalement différents.Le premier, Marc \ aillancourt, est un écrivain d'une espèce particulière, une sorte de poète pamphlétaire qui écrit surtout en français (celui du Littré), mais parfois aussi en latin.Son essai s'intitule Les Feuilles de la stbylle.Défense de la littérature.Il parait dans la collection «Spirale» de la jeune maison d edition Trait d'union.Le second, Marc Fisher, est un romancier à succès qui offre des leçons d’écriture à qui veut le lire ou l’entendre.Son dernier livre, paru chez le même éditeur (Trait d union), est la suite de ses Conseils à un jeune romancier (Québec Amérique, 2000).Il s'intitule Le Métier de romancier, suivi de Conseils pour être publié et de L'Art du suspense chez Mary Higgins Clark.Le hasard veut que ces deux livres se retrouvent en même temps sur mon bureau.Dans les deux cas, j'ai la même désagréable impression: sous prétexte de défendre la littérature ou de parler boutique, on se moque du lecteur, soit en écrivant dans une langue incompréhensible, soit en jouant sur sa naïveté.Marc Vaillancourt écrit dans une langue extrêmement maniérée, ouvertement prétentieuse, presque illisible.L’auteur a fait son cours classique et il n’en est pas peu fier.Ce n’est pas la littérature qu’il défend, mais bien l’hermétisme du verbe, le plaisir d’être sibyllin.Un exemple parmi cent «C’est au reste le gros des reproches que les hallefessiers, viédases, crétins laurés, dagornes et autres veillaques, lesquels sont les gestionnaires de “Culture inc.”, tous profiteurs immédiats du débellement des Lettres et de l’éviration de la culture, font aux études classiques: elles formaient le jugement et trempaient le caractère.» On dirait le texte d’une dictée de Pivot Cela me rappelle aussi les textes de certains écrivains belges qui, à la fin du dix-neuvième siècle, cherchaient à montrer aux Parisiens qu’on savait écrire aussi en Belgique.Pour se moquer de cette virtuosité ridicule, d’autres Belges plus modérés parlaient d’un «style macaque flamboyant».Il y a de ça chez Vaillancourt.Mais à la défense de quelle N’ littérature se porte-t-il exactement?Difficile de savoir.La parade savante de l'auteur verse ici dans la pure extravagance et semble vouée à un immense soliloque.Elle ne veut pas de nous, place d'emblée le lecteur à distance et lui interdit___________________ d'approcher de son espace sacre.Pour aggraver son cas et se \iar, \.„iiïm„un condamner plus sûrement au rejet, le pamphlétaire attaque tous ceux Lt 'a .ie- > qui se trouvent dans son _ _______ rayon immédiat, à corn- ________ mencer par ses pairs, les poètes québécois, et plus particulièrement les poetesses, qu’il caricature avec un mépris insupportable: «La littérature CARREFOURS contemporaine a renoué avec la barbarie: nos livres, en principale partie grâce à l’apport extravagant des femmes, ressortissent à une liste d'épicerie de sentiments en conserve et de sublimités “chiquées”.[.] On a moins envie, d’ailleurs, de lever son chapeau que de baisser son pantalon devant la performance de nos poétesses récompensées.» Cette misogynie intempestive s’accompagne plus loin d’un ressentiment non moins violent face aux critiques et aux professeurs de littérature.Vaillancourt se fait un point d’honneur d’être dé considéré par tous les «gestionnaires de la Culture inc.».Il va même jusqu’à prévenir son lecteur qu’il le prendrait assez mal s’il fallait qu’on le prônât dans les pages soi-disant culturelles des journaux.Le risque est mince.L’autre livre, celui de Marc Fisher, me paraît être la version populaire de ce même ressentiment envers la critique.Même si son essai se veut moins amer que celui du poète sibyllin — vendre des centaines de milliers d’exemplaires, ça console! —, il ne cesse de flatter les lecteurs (par ailleurs apprentis auteurs) qui auraient fait, Conseils (Himèltv publie comme lui.la douloureuse experience du snobisme de la critique.Selon Fisher, le principal tort des soi-disant spécialistes de la littérature, c'est de mettre le style au-des sus des autres aspects du métier d'écrivain.Au rang des dix grandes qualités romanesques identifiées par Fisher, le style se classe bonne dernière, après l'émotion, l'identification, le suspense, l’humour, le romantisme, l'information, l'imagina lion, la structure et la philosophie.Sa hiérarchie des valeurs romanesques.explique-t-il de façon candide, c'est sa vengeance contre la hiérarchie des valeurs littéraires enseignées à l’université.Durant des années, on lui a dit que le style était la principale, voire l'unique qualité litté raire.Or c’est faux.Lui-mème, piètre styliste contint-il avec humilité, est la preuve vivante qu’on peut écrire de bons romans sans être Flaubert — qu’il vénère par ailleurs.Fort de son succès de romancier traduit en Allemagne et aux Etats-Unis, Marc Fisher n’a pas peur de donner des leçons de littérature.Depuis qu’il multiplie les conférences sur le métier de ro mander, il est devenu une sorte d’expert en la matière.Les premiers chapitres du livre racontent sa success story fondée sur le triomphe international du roman Le Millionnaire (1997).Puis il explique comment construire un bon personnage romanesque, ni trop banal ni trop invraisemblable.On pourrait avoir l'impression qu'on se trouve dans la cuisine devant un livre de recettes.En effet, l’auteur propose de vous faire vérifier vos chances de réussite en posant quatorze questions.Parmi les plus simples: le person nage est-il bien identifié?Apparaît-il rapidement dans le roman?Est-il suffisamment présent?Avez vous réussi à «ventiler la description»'! les person- nages secondaires sont-ils bien necessaires à l'action?De quoi penser que le succès est essentiellement une affaire d’ingrédients.Qu'on me comprenne bien: si Le Metier de romancier me parait trahir l’idée de littérature, ce n’est pas parce que l'auteur défend une littérature de type p»> pulaire C'est sa conception du metier qui est sus(xv te, car elle se limite à presenter la littérature comme une grille a remplir ou une liste d'opérations à cocher.On peut très bien imaginer un autre écrivain populaire qui parlerait de façon moins simpliste de son métier.J’ai cite en commençant le nom de Stephen King: allez lire ce qu’il a à dire sur le sujet (fieri turc Mémoire d'un metier.Albin Michel, 2001).À la difference de Fisher, l'auteur de Carrie entre dans la matière même du travail d'écrivain.11 montre en quoi les verbes à la voix passive affaiblissent la plmise, il explique pourquoi les adverbes sont presque toujours de trop, il compare les verbes déclaratifs dans les dialogues, il étudie les effets du paragraphe, etc.Sa bible: The Clements of Style de William Strunk Jr.et F.B.White.11 n'y a rien à faire: parler boutique, en littérature, c'est parler langage.Qu’on soit poète, ro mancier ou critique, c’est la base du métier.Ce qui ne veut pas dire, on l'aura compris, qu'il faille faire du langage un monde reserve aux happy few, aux seuls amateurs de la Sibylle.On peut trahir la littérature par narcissisme comme par complaisance.LES FEUILLES DE IA SIBYLLE Dm NSI DK LA LITTÉRATURE Mttrc Vaillancourt Montréal Trait d'union, coll.«Spirale» Montréal, 2(X)2,144 liages (En librairie le 25 lévrier) LE METIER DE ROMANCIER St m m: CONSEILS POUR ÊTRE PUBLIÉ ET |)K L’ART DU SUSPENSE CHEZ MARY HIGGINS CLARK Marc Fîsher Préface de Bruno Roy Trait d’Union Montréal, 2(X)2, 190 pages CATHERINE MORENCY De format modeste, une centaine de pages seulement, le premier roman de Germaine Dionne se présente comme une intrusion timide dans le monde de la fiction.Un récit très simple, en somme, dont la narration comme le style se révèlent malheureusement inefficaces.Comme si la trame narrative de la fille-mère aux prises avec ses lendemains narcotiques n’avait pas été assez exploitée dans la littérature occidentale moderne, l’auteure du Fils de Jimi monte une histoire en épingle mais manque visiblement de fil pour tisser un tableau narratif digne d’intérêt.On nous ressert le même décor, usé à la corde, celui de l'éternel Woodstock enfumé, dans lequel une jeune femme, victime de son insouciance, tombe enceinte sous l’effet d’un jeune rebelle, qui s'évanouit dans la brume une fois l'acte consommé.S’ensuit une série de sauts temporels lors desquels le lecteur assiste, non sans ennui, à la naissance Depuis 1991.ÛitioM te (a Huit 20 titres parus, dont : COLLECTION ANCIENS Boucher de Boucherville Nicolas Perrot Édouard Duquel Pierre et Amélie Vinceslas-Eugène Dick Une horrible aventure Eugène L’Écuyer La Fille du brigand Napoléon Legendre Sabre et scalpel Pamphile Le May Bataille d'âmes Le Pèlerin de Sainte-Anne L'Affaire Sougraine Joseph Provost La Maison du coteau M.C.Watson Hamlin Du Crapaud à cheval au Nain rouge COLLECTION CONTEMPORAINS David Cantin La Mort enterrée Denis Vanier Hôtel Putama Une Inca sauvage comme le (eu Distribution Univers : 1-800-859-7474 www.carpediem.qc.ca/lahuit ROMAN Calme et vacuité p—i O r H MAIN I IJlOSV il MIS DE JIMl puis à l’éducation chaotique d’un Ftls plus ou moins désiré, de même qu’à la déchéance de sa mère, modèle d’inconscience dont les relents de sensibilité maladroite n’arrivent pas à doter le roman, qui se veut psychologique, d’un soupçon d’humanité.Parcours initiatique, donc, mais dont les diverses étapes n’offrent de constance que dans le manque d'originalité et dans le caractère convenu du style.Volontairement dépouillée, elliptique et réaliste, l'œuvre emprunte avec maladresse les sentiers qu'un Jacques Poulin, écrivain confirmé il est vrai, sait s’approprier avec élégance et précision.Comme ce dernier, Dionne tente d’élucider une part de la nature humaine, mais contrairement à l’auteur du Vieux chagrin, elle tombe systématiquement dans le piège du cliché littéraire, ses phrases n’arrivant que rarement à transcender le factuel et l’anecdotique, anémiant de facto la fiction.S’ajoute à cela une affection pour les formules vaseuses qui, faute de raffiner le récit, l’alourdissent: «R lui avait pris la main, et l’avait aimé de tous ses yeux», ou: «Encore aujourd’hui, Jimi vous dira que son cri a déchiré les ténèbres et fendu la mer en deux.» Le défi était intéressant se pencher, encore une fois, sur la complexité de la relation mère-fils en proposant des pistes nouvelles pour une meilleure compréhension de cette question épineuse.Malheureusement, Le Fils de Jimi demeure une ébauche (sur le plan tant de la forme que du contenu), et si on sent bien la volonté de l’auteure d’engendrer des personnages attachants, ceux-ci, comme leur existence d’ailleurs, demeurent impalpables et souvent superficiels.Bien que l’acceptation d’un manuscrit relève d’une décision arbitraire, il est tout de même étonnant qu’une maison d’édition qui publie des romancières de la trempe de Marie-Claire Blais et de Christiane Frenette accepte d’appuyer une démarche aussi hésitante, que celle de Germaine Dionne.A moins qu’on ait décidé par là de célébrer, sans en avertir le lecteur, les 40 ans du mouvement beat et un certain retour à la simplicité.LE FILS DE JIMI Germaine Dionne Le Boréal Montréal, 2002,139 pages iRCHES EFFICACES g Les Editions Ouomxim (QO 07V lté ^ourblblhwtlon* MW LOGIQUES Eti&üsta ¦i&èe jn M •w *4 .!a,î .»»»• .X • t .-’i A4 \ EXCF.IIYV Mif Pcjt W-Pcksw» .« OLEBECOR MEDIA «Un roman formidable, nourri de métaphysique et d'étrangeté.» Marie-France Bazzo, Radio-Canada Et si nous étions tous des assassins ?ALBIN MICHEL www.albin-michel fr LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DIMANCHE 24 K Ê V K I E K 2002 I) —~ LITTERATURE -— ROMAN QUÉBÉCOIS Un continent à la dérive incident qui a servi de déclencheur au roman de Louis Caron — à l’histoire qu’il raconte de même qu’au projet d’écriture — est un drame qui s’est vraiment produit en 1979, une tragédie qui, à quelques variantes près, se répète souvent de nos jours et dont certains diront qu’il s’agit désormais d’un phénomène de société.Un soir, deux adolescents de bonne famille, une fille et un garçon, ne rentrent pas chez eux à l’heure prévue.Les heures passent, puis les jours sans qu’on ait de leurs nouvelles.La fugue parait improbable, on ne leur connaît pas d’ennemis ni de fréquentations louches.police est alertée.Les parents tentent eux-mêmes des recherches.Au fil des jours, ils se résignent a l’hypothèse de la disparition.Puis, ils apprennent que le pire est arrivé, dans des circonstances atroces.Ce sont les suites de cet incident, vécues par les parents du garçon, qui vont constituer l’essentiel du récit de Caron.Hubert Gendron et Suzanne Demers sont des Longueillois qui dirigent, en tandem une entreprise d’import-export de bois.A première vue, ces bourgeois tranquilles n’ont pas le profil ni les coordonnées des personnages qu’on a coutume de trouver dans les romans de I/iuis Caron, depuis L’Emmitouflé jusqu’à ses deux trilogies, Les Fils de la liberté et Les Chemins du Nord, qui ont fait la réputation de Dm is Caron, ces vastes «racontages» où, sur fond d’un segment de l’histoire du Québec, des hommes, fugueurs de tempérament ou par nécessité, poursuivent — souvent dans une nature sauvage — un rêve plus ou moins chimérique de justice, de liberté ou de révélation de quelque vérité intime que la société organisée ne leur permet pas d’atteindre.On est cependant bien chez Louis Caron, ici encore, différent mais toujours fidèle à sa manière.L’histoire est là, en toile de fond: c’est celle de la société nord-américaine actuelle et de certaines de Robert Chartrand ses dérives.Et dès les premieres pages, tout juste avant le récit de la disparition des adolescents, nous nous trouvons dans un décor tout à fait çaronien: un coin retiré des monts Catskills, dans l’Etat de New York, ou vient d’arriver Suzanne Demers, la mère du garçon disparu.Ce n’est pas pour fuir son chagrin, vieux déjà de plusieurs mois.Elle vient plutôt faire la connaissance d’un Amérindien qui vit là, seul dans sa caravane, un ermite qui dit traquer la vérité dans certains livres et dont le nom est plus qu’évocateur: Jimmy Memory.C’est là, dans la caravane de Jimmy et dans les environs immédiats, que Suzanne et cet homme vont reconstituer, en se relayant, ce qui est arrivé à Hubert et à Suzanne elle-même depuis la perte de leur enfant.Dans cet espace-temps circonscrit — leur entretien, étalé tout au long du roman, ne va durer que vingt-quatre heures —, ils vont échanger leurs souvenirs émaillés de réflexions.Grâce à Memory, Suzanne va savoir ce qu'est devenu son mari, quelle a perdu de vue, et, peut-être, trouver quelque signification à sa propre vie.La forêt permet le recul indispensable à la compréhension, surtout si on y est en compagnie d’un sage.On saura donc que Suzanne et Hubert ont été éga- lement brisés par le chagrin.Mais ils ont habité «chacun pour soi la mort de leur fils».Le couple, dès lors, va se défaire.Elle et lui, chacun de leur côté, vont être désorbités.Ils seront à leur tour les victimes mi-lucides, mi-inconscientes de dérives modernes, aussi spectaculaires que les disparitions d’enfants, sexuées.Ce sont des embrigadements dont on dirait qu’ils correspondent aux stéréotypes des deux sexes.Pour Suzanne, ce sera l’adhésion à une secte dont le gourou exige que les femmes se donnent à lui corps et biens: il a bien pressenti le pouvoir que confère le double monopole de l’argent et de la sexualité.Hubert, lui, aura été assez lucide pour mesurer les manipulations subies par sa femme, mais bien incapable de voir le piège où, dans son désir de vengeance, il va lui-même tomber.Pour lui, ce sera la fréquentation d’une de ces milices «survivalistes» comme il y çn a, paraît-il, des dizaines aux Etats-Unis.Rapts d’enfants, sectes, milices: tout cela se prête à un traitement romanesque captivant pour qui sait, comme Louis Caron, bien s’y prendre.Le montage narratif d'// n’y a plus d'Amérique, bien connu des romanciers populaires, des scénaristes et de leur public, est aussi simple qu’efficace.Dans la caravane de Jimmy Memory, Suzanne et ce dernier racontent les événements des derniers mois, en s’interrompant pour échanger des réflexions, ce qui permet de titiller la curiosité du lecteur.Ces pauses entretiennent donc habilement le suspense.Ce qui s'y dit, cependant, surtout provenant de Jimmy Memory, est moins heureux.Ce bon Sauvage, utile dans la mesure où il a été témoin des faits et gestes de Hubert, devient parfois agaçant avec ses propos sentencieux, cette assurance qu’il a de détenir toutes les clés de la sagesse, y compris la vérité intime que cherche la femme éplorée qui est venue le voir.Il en sait trop, ce sage archétypal qui s’appuie indifféremment sur le savoir traditionnel de ses ancêtres et sur les réflexions de penseurs modernes, dont celles qu’il a lues chez l’astrophysicien Hubert Reeves.Et il distille tout cela à petites doses, pour ménager ses effets.L’Amérique dont le titre affirme la disparition, ce serait celle où les humains ont su être en communion avec la terre, celle d’une présence au monde respectueuse des lieux, celle où nous serions conscients d’être des poussières d’étoiles, des enfants du monde.Cette cosmologie, on le voit bien au fil du roman de Caron, est destinée à offrir un sens à des vies modernes qui semblent en être dépourvues, y compris à des épisodes aussi effroyables que des morts d’enfants.A ces propos, si profonds qu’ils soient, on préférera l'agitation de Suzanne et de Hubert, leurs dérives, leurs colères, leurs mesquineries de couple, tout ce brassage habilement rendu dans les dialogues comme dans les descriptions.C’est là que se trouve, il me semble, l'intérêt du roman de Louis Caron, où il exerce au mieux ses talents de conteur.robert.chartrand5@sympatico.ca Louis Caron IL N’Y A PLUS D’AMÉRIQUE LITTÉRATURE FRANÇAISE La leçon de musique Catherine Lépront dénonce la confusion entre culture et art GUYLAINE MASSOUTRE Qui a lu Namokel, paru en 1997, n’aura pas oublié Catherine Lépront.Elle possède une voix rocailleuse, heurtée, plongeant dans les abysses de la conscience pour en ramener les hantises, les secrets, la vérité existentielle de ses narrateurs.Elle publie un huitième roman remarquable, complexe, après plusieurs ouvrages de récits, nouvelles et essai, qui lui ont valu de se distinguer, notamment par le Concourt de la nouvelle en 1992.Critique à L’Avant-Scène Opéra, elle a aussi signé une biographie de Clara Schumann et un essai sur le peintre romantique allemand Caspar David Friedrich.Dans son quinzième ouvrage, elle a placé au coeur l’œuvre de Bach, un ensemble de musiciens danois et la vie culturelle dans une ville de province française.Le tableau de mœurs contemporaines, croquées, prend un tour brillant, impitoyable, caustique; la musique, attirante, audible.La lecture joue dans les registres de l’exquis.Composition musicale à trois parties, entre plusieurs strates d’oralité, avec divers narrateurs aux phrasés mélodiques qui fermeront le livre tour à tour, Lépront a écrit au fil de la plume ce que vous entendrez, en lisant, dans Le Café Zimmermann.Son titre est emprunté au lieu où le Cantor de Leipzig donna 600 concerts, rétribués par un simple cafetier.Revenant sur les clichés qui nuisent à l’écoute de Bach, elle met en parallèle les conditions de la création, au moment où Bach écrivit le Concerto en ré mineur pour clavecin BWV 1052, un des sept concertos qu’il composa entre 1730 et 1733, et les relations entre les musiciens d’un orchestre de chambre, artistes authentiques, et ceux qui les font entendre, sans jamais les rejoindre.Qualités d’un regard La satire est sans pitié, à la manière de Thomas Bernhard.Lépront vise d’abord l’ignorance crasse des gens qui œuvrent dans la culture, «la cohorte des faire-valoir».On est en France, en 1984, et la gauche, depuis quatre ans au pouvoir, donne à la culture des moyens d’expansion.D’une galerie de portraits de «politico-média-tico-culturels» — la plupart des «ratés» — se détache Gabriel Meuret, administrateur de centre culturel et directeur de festival, qui, «rescapé de la quincaillerie familiale», tombe amoureux de l’altiste Maja Usa Bogh, malgré ses complexes en matière d’art.Grâce à ce personnage, qui accepte de réformer sa médiocrité, la satire se nuance, et le lecteur trouvera en lui un habile médiateur vers Bach.VARGAS lARS VITE ET REVIENS TARI) VARGAS Le polar réinventé « Un bonheur de lecture rare.» Gilbert Grand, La Presse « Un univers unique, extravagant.J’ai été complètement séduit.» Jean Fugère, Radio-Canada « Le nouveau Vargas a des résonances troublantes.» Sabrina Champenois, Libération Pars vite et reviens tard Éditions Viviane Hamy 348 pages 26,95 $ « Une écriture d'une élégance aux raffinements classiques et clins d'œil pleins d'humour.» Dinah Brand, Lire ©J.FOLEY W Catherine lépront Mais la distance entre l’organisateur débordé et les musiciens n’est-elle pas immense, eux qui font vibrer la détresse, telle que la reconnaîtrait un pasteur luthérien dans un passage d’exégèse biblique, là où justement prennent leur source les textes sacrés des cantates qui sous-tendent le fameux concerto 1052 au programme?Sans tomber dans la caricature, le roman accuse le décalage entre un défi aveugle, qui pousse le génie artistique à se raffiner toujours, et l’ignorance gavée d’un public qui s’y frotte, institution à l’appui d’un confort bourgeois qui l’installe, avec moult nuances, entre l’arrogance satisfaite et l’admiration éperdue.Pourtant, malgré ce qui oppo- se la culture à l’art, l’artiste puise l’énergie de rebondir.Il est symptomatique, en effet, que ce roman sur notre temps, commandé par René de Ceccaty au Seuil, fasse un retour dans le XVIIL baroque: Lépront y fait revivre ce café Zimmermann où, pour la première fois, la commande d’œuvres musicales venait d’un laïc, d’un milieu bourgeois, et non d’une institution cléricale ou aristocratique.C’est dans ce milieu que «ce sacré bonhomme de Bach», quittant son expérience de maître de chapelle, produisit le meilleur, «ses trouvailles musicales de génie».Lépront revient donc sur les fondements de la culture bourgeoise et s’interroge sur ce que L’actualité de Léui-Strauss : de la nature à la culture L'œuvre de Claude Lévi-Strauss, figure emblématique du structuralisme, a connu un rayonnement qui a dépassé de loin le champ de l'anthropologie.Son influence a ete marquante pour les chercheurs de disciplines aussi diverses que la philosophie, l'histoire de l'art ou la psychanalyse.Dans les années 60.ses theses sur la relation entre nature et culture, sur « le cru et le cuit », sur les mythes et la pensee magique faisaient l’objet d'un véritable engouement Aujourd'hui que le structuralisme est passé de mode, en quoi l'œuvre de Claude Lévi-Strauss continue-t-elle à enrichir notre comprehension du monde ?Invités : Bernard Arcand Anthropologue Marcel Brisebois Directeur, Musée d'art contemporain Jean Grondin Philosophe, Université de Montreal Yvan Sirdoms Anthropologue Realisation : Simon Girard Chasseurs d’idées Dimanche 14 h et 23 h 08 mardi 15 h Cette emission est enregistrée Olivieri librairie * bistro Tel 514 739 J639 Télé-Québec telequebec.tv nous faisons de l’art, nous, gens de culture, héritiers et continuateurs.Sa réflexion n’est ni amère ni facile car ce qu’elle montre, avec ce concerto qui sert de fil conducteur au roman, est la vie rythmée de ceux qui s’en laissent affecter.Qualités d’une écoute On ne sort pas indemne de Bach en compagnie de Vilhem Zachariasen, musicologue érudit, claveciniste de Copenhague et directeur de l’Ensemble du Nord, ou de Hanne, sa femme, pure émanation musicale flottant entre les interprètes.L’écriture dit la grandeur des virtuoses et la somptuosité du concerto, et elle les montre, brisée par les émotions qu’un Bouvier, violoncelliste, arrache à son instrument.L’écriture plaidoyer transpose Bach, son amour divin et humain qui, au delà des mille peines et pertes de sa vie, colore sa musique: «[.] telle surprenante dysharmonie camouflée dans la fluidité d'un mélisme particulièrement développé et décoré, tel immense écart tragique, tel frémissement d’inquiétude, soudaine irruption de la douleur dans une atmosphère illusoirement festive, ailleurs comme une promesse que la douleur, un jour, sera consolée [.].» Lépront montre la fragilité et les aléas de la réception de l’art.Le partage artistique élèvera certains esthètes au-dessus de la mêlée, pain quotidien des nécessaires institutions, tandis que d’autres s’en rassasieront à l’envi, imposant leurs modes, leurs pouvoirs et leur manque de jugement.A moins d’être concertiste, on imagine mal comment des œuvres aussi complexes, tel ce 1052, «prodige d’écriture contra-puntique», mélodie bouleversante en six mouvements, ont pu traverser les obstacles qui en réduisirent tant d’autres au silence.Mais Lépront met des mots justes sur le vertige de Bach, touche également son génie et sa volonté de survie matérielle, réussit à saturer d’espace sonore les silences forcés sur la péroraison culturelle.Ce qu’on entend, dans la syntaxe rythmée du concerto, parle d’une époque où l’artiste, à un tournant de sa carrière, mena un combat sans concession, sans relâche, pour que sa musique soit: les interprètes y consacrent toujours leur vie.A qui dira «le roman français n’a plus rien à dire», il est urgent de répondre: il faut lire.Le Café Zimmermann de Catherine Lépront efface justement la paresse et les idées reçues dans le contre-jour sur lequel sa main, légère et noire, trace les signes ijluminés d’un roman qui pense.A cette oreille fine, penchée sur les pages avec son diapason, la main ajoute un reflet soyeux d’écriture, la caresse d’un rire et le plaisir inouï d’éprouver la passion Bach à l’unisson.LE CAFÉ ZIMMERMANN Catherine Lépront Le Seuil Paris, 2001,269 pages LIBER Jacques Beaudry L’œil de l’eau Notes sur douze écrivains des Pays-Bas L’œil de l’eau ; ¦ Mim 'ït'méi t* ¦' i « * LE D E V 0 E R , LES SAMEDI 23 ET DI M A \ L H E 24 FÉVRIER hSSAIs ESSAIS QUÉBÉCOIS Etre juif à Montréal dans la tourmente Disons-le clairement: c'est un document de premiere importance que publient les Éditions Septentrion avec cette traduction par Pierre Anctil du deuxième tome des Mémoires d'Israël Medresh.Juif montréalais arrive au Canada en 1910 en provenance de Biélorussie, journaliste à L'Aigle canadien.quotidien yiddish local, pendant plus de 40 ans, Medresh a publié cet ouvrage, traduit ici pour la première fois, quelques semaines avant sa mort, en 19t>4.Ce qu offre au lectorat québécois ce Montréal juif entre les deux guerres, c’est un regard original, de l'intérieur, porté sur une communauté à la fois fragile et forte pendant une période critique de son histoire.Medresh.qui n a rien ni de l’historien ni de ses méthodes, présente sa matière en petits tableaux thématiques, plus ou moins chronologiques, très simples et très efficaces.L’ensemble se lit donc agréablement et nous permet de découvrir une version de la vie des juifs montréalais de l’entre-deux-guerres qui tranche avec celle des agités de l’antinationalisme québécois (Esther Delisle, René-Daniel Dubois).Yiddishophone de tradition est-européenne, Medresh insiste, au début de cet ouvrage, sur la solidarité qui unit les juifs d’ici à leurs compatriotes martyrisés de là-bas, plus particulière,ment de Russie, pendant la guerre civile de 1917.A la même époque, la déclaration Balfour du gouvernement britannique, qui appuie la création d’un foyer national juif en Palestine, suscite aussi beaucoup d'espoir dans la communauté, comme partout à travers le monde juif.Cette adhésion au courant sioniste, et les débats qu’elle entraîne, apparaît d’ailleurs comme une des principales préoccupations juives de cette période.A l’échelle locale, le sioniste de gauche qu’est Medresh retient surtout, pour les années 20, le réjouissant développement d’une classe moyenne juive à Montréal, rendu possible par la prospérité économique, la vitalité du syndicalisme juif dans l’industrie du vêtement et quelques querelles communautaires (sur le contrôle Louis Corne11ier ?de la viande casher et sur les écoles separees) qui illustrent les courants opposes de la collectivite.le krach de 1929 n'epaignera pas le Montreal juif, plongé lui aussi dans la tourmente au moment où Hitler, en Allemagne, commence à faire des siennes.En socialiste consequent, Medresh attribue d’ailleurs les succès du Führer en herbe à la misère allemande: •Hitler entreprit de s'adresser à des gens bissés sans ressources et réduits au désespoir, à des chômeurs et à tous ses compatriotes déçus par les circonstances Ses discours attirèrent un grand nombre d'auditeurs » Le journaliste consacre plusieurs pages aux craintes et au désarroi de ses frères et sœurs d’Europe devant la montée de l’antisémitisme fasciste et nazi, mais celles qu'il réserve aux manifestations québécoises de cette ideologic méritent surtout toute notre attention.Lionel Groulx et Le Devoir y sont-ils pointés comme dans certains ouvrages récents qui en ont fait les dangers publics de l'époque?Même pas.Sans nier l’existence de ce qu’il appelle «ta variété cléricale» de l’antisé mitisme des années 30 dont notre journal fut parfois le triste porte-parole, Pierre Anctil, dans sa lumineuse préface, précise: «Dans ses Mémoires, Medresh se souciera peu des premiers, ne mentionnant pas même une seule fois le nom de Lionel Groulx ou sur un mode négatif l’influence du Quotidien le Devoir.En fait, l'auteur concentra toutes ses énergies sur le porte-parole principal des fascistes Québécois Adrien Arnaud - L'agitation antisémite inquiétante, au Quebec, s’in came donc, pour Medresh, dans la figure du «petit Hitler du Québec» et dans celle de res sbires, propagandistes haineux sans envergure intellectuelle, qui remporteront un certain succès populaiiv niais rencontre rent surtout «une vive opposition» dans la communauté francophone.Condamnés par Henri Bourassa en 1931, par Olivar Asrelin peu de temps après et |xir •de plus en plus de journaux francophones» au cours des années 30.les adeptes québécois de l’hitlérisme, selon Medresh.ne tiendront jamais le haut du pave.Anctil résume: «Sur cette Question, le témoignage tie Medresh estjbrmel: chaque fois que l'occasion leur en était offerte, les francophones refusèrent de s'engager massivement sur ta voie du fascisme, même sous la variante que défendait Ar-cand.» En 1934, par exemple, les médecins grévistes de l’hôpital NotreDame, protestant contre l'embauche d’un interne juif, seront condamnes «de toutes parts».Quant à Maurice Duplessis, écrit Medresh, il se repentira.en 1938, d'avoir «tait preuve de sympathie eniEV0IR.LES SAMEDI 2 3 ET DI M V \ ( Il E 2 I LEVRIER ! VISU ' Paterson Ewen (1925-2002) Ewen, dit le prospecteur BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Dimanche dernier s'est eteim l'un des artistes les plus importants de la scene de l'art contemporain canadien.Paterson Ewen était de ces peintres qui, au profit d un engagement les plus contants envers son art, a réussi, d une manière bien de son temps, à réaliser ce que Matisse autrefois défendait, à savoir que 1 importancejd un peintre devait être jugee au nombre de signes qu il avait introduits dans le langage pictural.Prolifique, Ewen l'a été.Ewen est de ces artistes dont on peut dire qu'il aura eu le souffle long.Qu elle ait été abstraite ou figurative, la peinture de Paterson Ewen aura été constamment habitée par le paysage.Même ses Lifestreams de la fin des années 60, où ne subsiste qu'une ligne, irrégulière, flottant dans un champ colore, sont nourries par la culture que les peintres, dans l’histoire, ont pu construire du paysage.Cet engagement lui aura valu une réponse soutenue, notamment au Canada anglais, où l'héritage du célèbre Groupe des Sept et leur dépiction du paysage canadien nourrissent encore une fortune critique abondante.Le peintre, né à Montréal en 1925 et installé en 1968 à London, en Ontario, aura commencé sa carrière sous les auspices de l'automatisme, puis des plasticiens, passant rapidement d'une peinture jugee prémoderne à une autre, s’inscrivant avec enthousiasme dans l’aventure de l'avant-garde.Fait d’armes de sa carrière, Ewen finira par résister à l’avancée séduisante de l’avant-garde que certains, même dans les années 60, croyaient sans fin.Tournant le dos à cet élan, Ewen demeurera plusieurs années tout juste en retrait, revenant à la figuration, tou- SOI RCI- MBA ONTARIO, TORONTO La Comète de Halley eue par Giotto, 1979, de Paterson Ewen.jours culbutant la tradition et conservant, peut-être, des mouvements de pointe, une horreur du sur-place.Tout ceci au cours d'une carrière qui se sera étendue sur près de six décennies.Est-ce faire de l'artiste un héros que de fétichiser ce que d’aucuns associeraient à un geste rétrograde?Il reste qu'au moment où Ewen, alors bien engagé dans l’abstraction, fait volte-face, les discours sur les avant-gardes et leur manière de repousser toujours et encore les limites du connu sont encore en vogue et la peinture mise en cause de toutes parts.Le geste accompli alors par Ewen en est un de courage.Ce geste, avec sa décision de s'installer à London, où fleurissait autour de la figure de Greg Curnoe (193G 1992), une communauté de peintres encline à l'expérimentation.aura grandement contribue à la reception favorable de ses œuvres au Canada anglais.Ewen concrétisait, d'une certaine façon, une sorte de mort anticipée des avant-gardes.Le paysage la retrospective, organisée il y a quatre ans par la Art Gallery of Ontario (AGO) et présentée la même année au Musée d'art contemporain de Montreal, montrait plus de cinquante tylivres déployées sur les deux axes d'un même sujet.A l’honneur se trouvaient les phénomènes terrestres et célestes dans l’art du peintre.Ce sont ces phénomènes, également, qui en 1999 avaient ouvert toutes grandes les portes de Cosmos.titre de l'exposition du Musée dis beaux-arts de Montréal où l'on retrouvait de ses œuvres.Le paysage.Ewen l'aura réécrit grâce à une technique, «découverte» par lui au tournant des années 70, où la toupie électrique et le contre-plaqué deviennent son outil et son support de predilection.C’est ce qui a valu egalement à Ewen cette réputation de peintre héroïque, l’énergie brute qu’exigeait la fabrication de ces peintures-objets qui pour lui rompaient avec ce qu’il avait précédemment realise.Ewen passe d’une peinture caractérisée par le hard-edge pour bifurquer vers la peinture rugueuse et physique qu’on lui connaît.Pour rendre ces phénomènes terrestres et célestes, Ewen aura puise son langage du côté de la science et de la signaletique, bref aux livres de météorologie qu'il avait étudiés.Entre le caractère otherè des plu» nomènes représentes et la brute matérialité des œuvres suivant cette nouvelle orientation, Ewen aura produit toute une sérié de signt's, introduits, comme le desirait Matisse, dims la peinture.Paterson Ewen se sera tenu non pas à la remorque des avant-gardes, mais bien en retrait, comme on le disait.C'est ce qui lui aura valu un temps le sobriquet de «prospecteur».Ce surnom chaix-autant sa production n’est (xts sans résonner avec celui donne au gnm pe influent des (X'intres du Grou|v des Sept, monu meftts de l’histoire de l’art canadien, vus plutôt comme des «défricheurs», entiches qu'ils étaient du live Sortit.1 es métaphores dans ce domaine se nourris sent les uns It's autres, surtout lorsque vient le temps de donner une identité à l'art d'une nation, de donner un figure au nationalisme.Or le nationalisme, pour ceux qui veulent loger Ewen à telle enseigne, n'est pas celui des premiers peintres de la modernité canadienne.11 rien est pas un d’héroïsme, notion plus «utile» pour le G7, bien qu'elle soit encore un boulet aux pieds du discours sur l'art canadien.Epique, Ewen?comme l'écrivait à l'époque le conservateur de la retrosptvtive de l'AGO, aujourd'hui son directeur, Matthew leitelbaum.Rien de moins sûr.Mais pour un genre aussi stcri'otype que le paysage.Ewen aura apporte des solutions, inventives, qui le détachent d'une vision traditionaliste.C'est pre cisément en raison de l’envergure de ces solutions que son nom fait déjà partie de l'histoire et y restera gravé, aussi profondément que les sillons traces aviv sa toupie dans le bois, y figurant les constellations vues dans Cosmos.ARTS VISUELS Les vertus de l’illusion ABSTRACTIONS TRÈS SINGULIÈRES Céramiques récentes dç Ijéopold L Foulem À la galerie Materia 395, boulevard Charest Est Québec Jusqu'au 17 mars 2002 DAVID CANTIN v A première vue, la forme d’une céramique orientale ancienne n’a rien de bien abstrait.A moins de pirater ce modèle pour ainsi pervertir, en quelque sorte, le prototype historique.C’est un peu ce qu’envisage Léopold L.Foulem à travers une pratique qui se démarque des normes habituelles.Lauréat, il y a quelques mois, du prestigieux prix Saidye-Bronf-man d’excellence en métiers d’art, cet artiste de réputation internationale présente pour la première fois ses Abstractions très singulières à la galerie Materia à Québec.Lorsque l’illusion utilise la tradition à d’autres fins.Dès qu’on franchit le seuil de la galerie Materia, on discerne des cylindres, des cônes et des sphères.Des poteries décoratives qui renvoient directement au charme d’authentiques et précieuses céramiques chinoises, lorsqu'on regarde plus attentivement, il n’en est rien.Il s’agit plutôt d’objets de curiosité.Ce ne sont pas des copies mais bien un simple effet de trompe-l'œil.Les formes, les surfaces et la gamme des couleurs sont tout à fait plausibles.En bout de course, le produit reste bâtard.Du kitsch chinois, peut-être?Foulem s’intéresse beaucoup à l’effet d’ambiguïté que provoquent ses pièces.A l’origine, les sources le confirment.Pas question de s’inspirer de monographies consacrées aux chefs-d'œuvre de l’art oriental: on a plutôt recours à des catalogues d’encans publics.Foulem bouscule le sens même de l’art décoratif, tout comme ses codes.En numérotant chacune des œuvres des Abstractions très singulières Foulem s’intéresse beaucoup à l’effet d’ambiguïté que provoquent ses pièces et en singularisant la surface des pièces, la stratégie est inversée.Plus aucune catégorie ne tient.Deux réalités s’opposent donc.Ce qui intéresse Foulem d’abord et avant tout demeure l’idée de l'objet en soi.L’absence de fonctionnalité reste évidente.On peut ainsi, à travers l’objet, se concentrer sur la nature abstraite de l’image.Cette démarche conceptuelle «décontextualise» la forme de la céramique.Elle invite à regarder ailleurs, en bouleversant les attentes.Toutes ces pièces s’inscrivent dans une histoire spécifique qui libère une nouvelle compréhension de l’œuvre.L'approche de Foulem préconise une conception neutre et intemporelle de l’art.Les ouvertures de ces formes demeurent scellées.On se demande ainsi: qu'est-ce qu’une céramique, véritablement?Qu'est-ce que cet objet aussi minimal que familier?Il s’agit aussi, pour Foulem, de déconstruire un stéréotype.L'objet réel ne compte plus.\ YAbstraction 2154 (bleu poudré orné d'or) à Abstraction 2021 (jaune et bleu), tout est dans le titre.La surface dévoile une narration, une identité particulière.Il est plutôt fascinant de déambuler parmi ces céramiques.Ix*s traditions, les savoirs, les goûts et les composantes ne sont plus les mêmes.Qui a dit que la réalité ne change pas d’intention, parfois?Grâce à l'art de Foulem, on le sait désormais: une surface céramique peut en imiter une autre.Le Musée d'art de Joliette SOULIGNE AVEC TRISTESSE LE DÉPART D'UN TRÈS GRAND ARTISTE Paterson Ewen 1925-2002 In memoriam Paterson Ewen 925 - 2002 HOMMAGE À PATERSON EWEN 1925-2002 e Musée d'art contemporain de Montréal rend hommage à Paterson Ewen.Ses peintures illustrant des phénomènes naturels demeurent dans la production artistique contemporaine parmi les plus audacieuses, énigmatiques et achevées.Une œuvre de l'artiste sera exposée dans le hall d’entrée du Musée à compter du 23 février.Pink Full Moon, 1994 Collection du Musée d'art contemporain de Montréal Photo : Richard-Max Tremblay MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss Éruption solaire, 1982, Musée des beaux-arts de Montréal, achat, legs Horsley et Annie Townsend Si MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL LE DEVOIR.LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 FÉVRIER 2 0 0 2 I) 8 LE DEVOIR De Visu E X P O S O N L’archiviste du provisoire PIERRE GRANCHE : ARC H ITECTl JRER LE SITE Œuvres, fragments • ET TÉMOINS 1973-1997 Musée régional de Rimouski 35, rue Saint-Germain Ouest, à Rimouski (418) 724-2272 M A RI E - È V E CHARRON Le Musée régional de Rimouski (MRR) et le Centre d’exposition de l’Université de Montréal consacrent au travail de Pierre Grandie une première rétrospective.Il faut s’en réjouir, nul doute.Le décès de l’artiste en 1997 a mis fin abruptement à un parcours qui a été marquant à plusieurs égards pour les arts visuels au Québec et dont les contributions les plus décisives pour l’histoire remontent aux années 80, un passé donc encore récent.L’institution rimouskoise peut se féliciter de donner le coup d’envoi à cette exposition appelée à circuler, d’autant plus que l’on pouvait s’attendre à ce que ce soit un musée aux moyens, disons, moins limités qui se lance dans l’aventure.L’artiste, en effet, s'est livré à un travail de redéfinition fondamentale de la sculpture, si bien qu’aujourd’hui ses œuvres obligent la muséologie à revoir sa tâche par quelques acrobaties.L’exercice, au départ, est pour le moins audacieux.Granche, au dire de ceux qui l’ont connu, est celui qui s’est distingué par son implication infatigable dans l’enseignement à l’Université de Montréal et pour ses collaborations multiples avec ses étudiants.Pour le public, il s'est fait connaître peut-être davantage par ses œuvres intégrées à l’architecture dans le cadre du programme du 1 %.C’est du moins un travail de cette nature qui occupait Granche au moment de sa mort avec Trente-deux fois la dernière passera (1997-98), œuvre située sur une façade extérieure du pavillon J.-A.-DeSève de l’UQAM.Pas loin de là, sur, ou sous l’esplanade de la Place des Arts, les structures d’aluminium rehaussées d’éclairage de Comme si le temps.de la rue (1985-92) peuvent difficilement passer inaperçues.La liste pourrait s’allonger.En plus de ces interventions «durables» inscrites dans le paysage urbain, l’artiste a posé également les jalons d’une pratique installative qui, elle, au contraire, se caractérise par une occupation provisoire.En galerie, en musée ou sur des sites extérieurs, les interventions menées par Granche à partir des années 80 faisaient du lieu leur matière première en y greffant des éléments sculpturaux dont les propriétés étaient précisément définies en fonction de cet espace d’accueil.Si étroitement liée au lieu qui la recevait, l'œuvre voyait sa vie irrévocablement interrompue avec la fin de l'exposition ou de l’événement.Le caractère temporaire de l’œuvre ou l’éphémérité de ses matériaux, deux choses distinctes mais qui conduisent toutes deux, plus généralement, à la disparition de l’objet (lire à ce sujet René Payant, Parachute, n° 30), parviennent moins aujourd’hui à étonner.Elles restent pourtant significatives pour des pratiques actuelles qui veulent poursuivre le problème ou le déplacer.Les artistes que l’on a regroupés sous l’étiquette d’esthétique relationnelle seraient par exemple de cette trempe puisqu’ils privilégient la rencontre entre individus et dévaluent la présence de l’objet en le reléguant au second plan.Mais chez Granche, le statut de l’objet se reformule autrement.Chaque œuvre tirait ses conditions d’existence de la spécificité de l’espace d’accueil, scellant du coup sa dépendance à celui-ci.Même si une certaine fragilité des matériaux n’est pas à ignorer dans ce cas, c’est d’abord le lieu, comme donnée physique, mais aussi comme endroit socialement et historiquement déterminé, que l’artiste a toujours voulu garder dans sa mire.En cela, il est plus juste de penser aux interventions de Stéphane Gilot réalisées au MACM l’année dernière ou encore à la galerie Liliane Rodriguez en 1999 comme héritières actuelles des préoccupations de Granche.L’archiviste Parce qu’elles ne devaient durer que le temps de l’exposition, de manière circonstancielle, les œuvres de Pierre Granche ont pour la plupart été détruites ou conservées sous la forme de fragments.C’est pourquoi la tâche de la rétrospective s’est définie en des termes différents, qui montrent l’importance, pour une pratique de cette nature, de la documentation par la photographie des œuvres réalisées et de la conservation des travaux préparatoires qui les ont précédées, tels que les maquettes et les plans.Tous ces documents, Granche, à la manière de l’archiviste de métier, les avait rassemblés et numérotés avec un soin minutieux, préparant ainsi le terrain des historiens.C’est surtout à partir des fragments et des maquettes que l’exposition a été élaborée.Au lieu de privilégier l’approche chronologique, les conservateurs, Jocelyne Connely et Cari Johnson, également directeur du MRR.ont fait le choix éclairé de présenter le travail de l’artiste à travers certains enjeux théoriques, notamment ceux posés par la conservation et l’exposition de ces œuvres.Ce qui peut d’ailleurs expliquer, hormis l’indisponibilité de certains fragments témoins ou de maquettes, que, assez étrangement, des œuvres majeures — la monumentale installation au MACM, Pomme.si Euclide avait croqué, de 1986, ou, plus récemment en 1991, Zones, au Musée du Québec, qui confirmait la dextérité de l’artiste à faire voir l’enveloppe du musée — n'aient pas droit de cité au sein de la rétrospective.Plus que de simples témoins d’une réalité qui n’est plus, les maquettes dans l’exposition sont révélatrices de l’importance de la modélisation dans le travail de Granche et défendent ainsi leur autonomie (c’est sans compter les projets non réalisés, dont la maquette a finalement été le A *- = Fragments de Profils, 1985, de Pierre Granche.C’est surtout à partir des fragments et des maquettes que l’exposition a été élaborée point d’arrivée).Les nombreuses études consacrées à la sphère (Sphère 20,1973) et, surtout, à la pyramide tronquée, module adopté pour des assemblages ou présenté seul, informent sur la structure des œuvres dont la possibilité de déplacement et de décomposition est plus grande qu’il n’y paraissait au départ.La démonstration de ces modèles réduits ne s’arrête pas là: constamment amené à maîtriser le calcul de la perspective et la mise à l’échelle dans ses travaux préparatoires, Granche a voulu faire de ces outillages mathématiques le propos même de ses installations.Celles-ci sont devenues, au fil des années, moins strictement mimétiques dans leur relation au lieu.Par l'ajout de figures puisées à même un lexique hétérogène, les œuvres ont acquis une dimension plus allégorique.11 n'est pas rare que, en guise de supplément subtilement animé et anachronique, se côtoient, sur un même site investi par l’artiste, des silhouettes de chiens ou d’autres animaux domestiques ainsi que des figures mythiques égyptiennes.Ces figures sont le prétexte, entre autres, à des télescopages d'échelles et des renversements de rapports comme veulent le prouver dans l'exposition les fragments de Profils (1985) et Inclinaison-VILLE-lnclination (1987).Les maquettes au fil du parcours, lequel du reste est irréprochable tant il est soigné, restituent en miniature l'intégrité de certaines œuvres, sans permettre, évidemment, la déambulation du spectateur, laquelle était centrale pour l’artiste.C’était le cas par exemple avec l'installation De Durer à Malevit-ch (1982), sans contredit une étape cruciale sur la feuille de route de l’artiste et de la galerie Jolliet qui l’avait accueillie.Tout en soulignant la pertinence de présenter ces documents ou fragments (ils faisaient partie de l’installation initiale en 1982), ce moment fort de l’exposition renvoie aussi aux visiteurs le sentiment qu’une part insaisissable du travail de Granche demeurera telle inévitablement.Au moment de la mort de l’artiste, l’historienne et sociologue de l’art Lise Lamarche avait bien vu la difficulté soulevée par le travail de Granche pour les musées (Le Devoir, 11 octobre 1997).L'aventure de la rétrospective avait alors été estimée impossible.Celle présentée à Rimouski est une proposition fort courageuse, qui présente pourtant certaines lacunes, et la faute est peut-être à imputer à la modestie des moyens du musée.Le parti pris des conservateurs est clair et convaincant: ne pas reconstituer les œuvres initiales et démontrer la valeur des documents.Mais, précisément, pour cela, il aurait peut-être fallu avoir recours plus franchement aux plans, esquisses et photographies.N’est-ce pas déjà le traitement réservé au travail de l’architecte, dont celui de SOURCE MUSEE REGIONAL DE RIMOUSKI Granche s’approche beaucoup?Cette rétrospective, en voulant offrir un premier recul sur cette figure artistique importante, était une nécessité: elle aura également engagé une réflexion à propos des enjeux muséaux sur lesquels, plus que jamais avec les pratiques actuelles, il faudra se pencher.C’était alors un risque ambitieux lié à l’entreprise.La question pourra encore être débattue, puisque l’exposition prévoit d’autres escales, la prochaine en septembre au Centre d’exposition de l’Université de Montréal.CAROL BERNIER Voir rouge Expositio.n d'œuvres récentes Jusqu'au 30 mars , GALERIE SIMON BLAIS I 4521, tut’ Clark Montreal H2T 2T5 5l4.B49.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9 h 30 à 17 h 30 et le samedi 10ha 17h Du 9 février au 16 mars 2002 Monique Mongeau Lucie Robert Barbara Todd Galerie Art Mûr encaclr ei > lents JS ^ ~ O X m * SS .! - £ tn o> -w .CVJ C _ xï o 3; ro S t— i \ MELVIN CHARNEY DU 22 FÉVRIER AU 28 AVRIL 2002 MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss Mnsu d’art irmU mpnrain de Montreal IBS, rtn Sainte-Catherine Ouest Renseignements : (514) H47-G226 I www voir ( .r MACM I www.macm.org LE CENTRE D’EXPOSITION DE BAIE-SAINT-PAUL Jusqu’au 30 mars 2002 RITA LETENDRE Signe de feu Le samedi 2 mars à 1 5 heures Conférence de Hedwidge Asselin «La carrière de'Rita Letendre» Lancement de la publication «Rita Letendre, Le feu et l’esprit» Projection du film «Les couleurs de l'émotion» de Michel Moreau Prolongée jusqu'au 3 mars JACQUES THISDEL L’abécédaire des robots 23.rue Ambroise-Fafard Tél.: (418) 435-3681 Téléc.: (418) 435-6269 wv\w centredart-bsp.qc ca Ouvert tous les jours de 9 h à 17 h.LE CENTRE D'EXPOSfTîON EST SUBVENTIONNÉ PAR LE MINISTERE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS DU QUÉBEC < V 1
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