Le devoir, 2 février 2002, Cahier B
2 ET LE DEVOIR.LES SAMEDI SCIENCES Les dessous de la perception musicale Page B 12 / •; t j D 1 M ANCHE 3 F E V R 1 E R 2 O O 2 OLYMPISME L’Association olympique canadienne vise haut à Salt Lake City Page B 3 LE DEVOIR * PERSPECTIVES .-%.MARION PIEKAREC Juan Alvarado, alias Shafeeq Abdullah Mohammed, en compagnie de son fils Yassou, devanl la grande mosquée de New York.Juan a choisi Shafeeq comme nom de baptême musulman car cela signifie «compassion», et Abdullah, car cela signifie «serviteur de Dieu».« ; Hola ! » ou « Salaam aleikoum » A Etre Sud-Américain, Américain d’adoption, et se convertir à l’islam est moins étonnant qu’il n’y paraît Aux États-Unis, il y aurait de 15 000 à 40 000 musulmans hispaniques sur une communauté de six à huit millions de musulmans, selon les données des organisations islamiques américaines.Généralement des convertis, on les retrouve principalement dans le sud de la Californie, à Chicago, à Miami et à New York.Un mariage culturel qui, s’il parait étonnant à première vue, s’explique historiquement et sociologiquement.Bernard et Pauline en bateau La petite histoire d’un long remaniement Il était une fois Bernard et Pauline en bateau.Il y a un an, quand le capitaine et son premier officier se sont embarqués, unis davantage par la destinée que par une réelle volonté, ils ne se doutaient guère que la mer allait être aussi agitée.MARIO CLOUTIER DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Le salon de l’auto ès limousines ministérielles qui s’est déroulé cette semaine à Québec, c’est l’histoire d’un cabinet à la taille record, mais aussi celle du plus long remaniement de l’histoire.Les conseillers de Bernard Landry jurent tous aujourd’hui avoir suggéré au premier ministre assermenté le 8 mars 2001 de remettre dès le début les compteurs à zéro avec un tout nouveau cabinet Freiné par les crédits budgétaires et de possibles démissions ministérielles, le premier ministre a plutôt opté pour une transition en «douceur».Pourtant, l’après-Bouchard a donné et donne toujours lieu à Québec à l’écoulement d’un magma brûlant, composé d’alliances trahies, de réconciliations pour la galerie, d’élections complémentaires menant à la phobie et de récessions techniques ou garanties.Les idées fusent, mais ratent la cible.Sans pays où mettre le cap, le gouvernement péquiste navigue sur une mer de luttes intestines, de jalousies et de remises en question parfois publiques.L’ancien premier ministre Bouchard aurait sans doute frappé la table du poing en lançant un «toé, tais-toé» bien senti à qui de droii mais M.I^ndry éprouve, disent les méchantes langues, de la difficulté à dire non à ses amis.Il a laissé- trop longtemps la croisière s’amuser.Pour un instant oubliées, les élections complémentaires d’octobre et leurs résultats mitigés avaient juste auparavant relancé le débat sur l’idée d’un remaniement majeur en brassant la marmite des désaccords entre le chef, ses ministres et ses conseillers.Vite, vite, un signal clair de changement, poussaient les uns; il ne faut surtout pas céder à la panique, rétorquaient les autres.Résultat 2-0 pour les attentistes.Coup de barre Dès lors, les proches — Claude H.Roy, Jean St-Ge-lais et Raymond Bréard — se sont mis au travail.Une ligne directrice est vite apparue: donner un coup de barre vers le renouveau en convainquant quelques vétérans de rendre un dernier service à la cause et au parti en cédant leur siège de ministre, mais en restant député pour former la relève et agir en tant que «missionnaire» dans leur région.Suggérés par qui et pourquoi exactement, on ne sait trop, six noms allaient vite figurer au palmarès des mal-aimés et se retrouver dans les médias les semaines et les mois suivants: Guy Chevrette, qui avait pourtant annoncé lui-même son départ, Jacques Brassard, qui n’avait pas pris de décision finale, David Cliche, Jean Rochon, Jacques Baril et Paul Bégin.VOIR PAGE B 2: REMANIEMENT 1 f T À ' M _¦ JACQUES NADEAU LE DEVOIR Bernard Landry MARION PIEKAREC CORRESPONDANTE DU DEVOIR New York — Devrais-je dire «jHola!» ou «Salaam aleikoum»?C’est ce que je me demande en m’approchant de Juan Alvarado, 32 ans, Américain d’origine dominicaine, visage de lune et barbichette mauresque, pour finalement opter pour «Hello! Nice to meet you.».Nous avons rendez-vous devant la grande mosquée de New York, située dans le nord-est de Manhattan.Manque de chance, la mosquée est fermée.Après une invitation pour aller faire l’entrevue dans un Coffee Shop, suggestion qui ne recueille pas sa faveur, nous décidons de mener l’entrevue debout sur le trottoir, dans le vent glacial.C’est que Juan Alvarado, alias Shafeeq Abdullah Mohammed, est musulman, et malgré son ouverture et son extrême gentillesse, c’est déjà beaucoup lui demander que d’accorder une entrevue à une femme journaliste.Il n’a pas l’air de savoir si c’est convenable ou non.La mener dans la rue est un bon compromis.Juan a reçu sa première initiation à l’islam à l’école secondaire, en écoutant des membres de The Nation of Islam, une organisation de musulmans noirs américains.Mais ce n’est qu’à l’université, en lisant des livres sur l’islam, qu’il apprend ce qu’est «le vrai islam, l’islam orthodoxe».Il est séduit Et c’est l’aspect disciplinaire qui le charme: «Tout est tellement flexible aux Etats-Unis», déplore-t-il «Jeune homme de 19 ans vivant à New York, j’avais besoin d’une forme de discipline.» Il se convertit deux ans plus tard — ou plutôt, il choisit une «réversion».Les musulmans parlent en effet de «réversion» plutôt que de «conversion» car ils croient que l'on naît musulman ou, plus précisément en état de fitrah, ce mot signifiant à la fois la tendance à croire en un seul dieu et la disposition naturelle que l’on a à être une bonne personne, en paix avec elle-même et avec le monde.Embrasser l’islam équivaudrait donc à retourner à notre disposition naturelle.Le même combat La démarche des Latinos ressemble énormément à celle des Noirs américains.«À leur instar, la communauté latino-américaine est une communauté défavorisée, qui se sent souvent abandonnée par l’Église et par le gouvernement», selon Hisham Aidi, un étudiant en science politique à l’université Columbia.Se convertir à l’islam est alors un moyen de se distinguer, de se sentir plus fort et de se donner un nouveau sentiment d'appartenance, selon lui.Et les moyens par lesquels ils sont initiés sont d’ailleurs souvent les mêmes que pour les Africains-Américains: contact avec des associations d’aide aux jeunes, prêcheurs dans les prisons, les écoles, les ghettos, la rue.Selon Ronaldo Cruz, directeur du secrétariat des affaires hispaniques cje la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, il y aurait erjviron 100 000 Hispaniques qui quitteraient l’Eglise catholique chaque année.«Ce sont des personnes en quête de quelque chose.Elles ne cherchent pas à s’adapter mais à s’affirmer», dit-il Selon les témoignages des convertis, la raison résiderait aussi dans le malaise qu’ijs éprouveraient, q leur arrivée aux États-Unis, face à l'Église catholique American style: son côté impersonnel et hiérarchique.Et puis.il y a les saints.Je demande à Juan: «C'est quoi le problème, avec les saints?» «Dans la Bible, explique-t-il, il est dit que nous ne devons pas vénérer d’idoles.Ni Jésus, ni Marie, ni Mohammed.Personne d’autre que Dieu.» «R y a trop de diversions dans le catholicisme.C’est une perte de temps», explique quant à elle Guadalupe Martinez, 26, convertie à l’islam en 1997.«Avec l’islam, on n’a pas besoin de passer par la téléphoniste pour avoir un numéro: c'est le numéro direct de Dieu.» Bref retour en arrière.I^s Latino-Américains, comme les Africains-Américains, se réclament de la glorieuse Afrique musulmane.Et pour les Latinos, c’est un retour vers ce qu’ils considèrent comme leur vraie culture: l’Espagne du VUE au XV' siècle, après la conquête des Maures.«La plupart de ceux qui sont venus en Amérique latine et dans les Caraïbes espagnoles venaient de l’Andalousie, en Espagne.C’étaient des “Moriscos”, des Maures forcés de se convertir au christianisme.On les a privés de leur religion et de leur culture.Rs ont été emmenés vers le Nouveau Monde et réduits en esclavage comme les Africains.Mais les Moriscos n 'ont jamais vraiment perdu leur culture», affirme l’imam Ocasio, ancien imam de l’Alianza Islamica, une as- sociation de musulmans latinos créée en 1975 et aujourd'hui basée dans le Bronx.Et les intellectuels sont là pour nourrir cette pensée, selon Hisham Aidi.«À présent, dans de nouveaux ouvrages, ils insistent pour dire à quel point la culture, la littérature et l’art espagnols ont reçu des influences arabes, islamiques ou mauresques.» Sans parler des mots espagnols, dont un millier auraient des origines arabes.Ainsi, selon l’imam Ocasio, l’expression /olé! viendrait d’Allah, et iojalâ!, d’insha’allah, les deux expressions signifiant d’ailleurs «si Dieu le veut».Juan en rajoute: zapato viendrait de l’arabe shabbat, et tous les noms espagnols commençant pas al viendraient eux aussi de l’arabe.L’imam Ocasio est fier de dire que contrairement aux Noirs-Américains, qui doivent changer de nom lorsqu’ils se convertissent (ne prisons qu’à Muhammad Ali), les latinos, eux, n’ont pas à le faire.«Parce que beaucoup de noms propres espagnols, comme “Medina", sont déjq musulmans», dit-il.Énormément de valeurs et de manières de vivre sont aussi communes aux cultures hispaniques et arabo-musul-manes, selon Arwa Avila, une Américaine d’origine mexicaine convertie à l’islam en 1991, «sans parler des ressemblances entre les gouvernements du Moyen-Orient et de l'Amérique latine!», plaisante-t-elle.Et pourtant, ce sont les différences qui l’ont attirée.«I/i culture hispanique est passionnée, alors que la culture islamique est beaucoup plus paisible», dit-elle.Selon l’expérience de Juan Galvan, 27 ans, directeur de la section texane de la latino American Dawah Organization, une organisation islamiste prosélyte, les Jatinas seraient par ailleurs fatiguées d’être considérées comme des «objets sexuels» et d’être jugées uniquement selon leur apparence.«L’islam élève la femme et la libère de “l'esclavage Maybelline" créé parla culture américaine», d’après lui.Vrais ou faux ?Les latinos musulmans ne sont pas unanimes pour commenter l’accueil qu’ils reçoivent de la part de la communauté musulmane américaine.Juan Alvarado affirme que les musulmans arabes sont surpris mais contents.Certains disent par contre qu'ils ne sont pas considérés comme de «vrais musulmans» du fait, par exemple, qu’ils ne parlent pas l’arabe, la langue du Coran.D’ailleurs, Juan, comme beaucoup de nouveaux convertis, prend des cours d'arabe le dimanche matin a la grande mosquée de New York.D’autres disent qu’on les regarde de travers à cause de leur réputation d’avoir le sang chaud, un caractère peu compatible avec l’islam.VOIR PAGE B 2: LATINO-AMÉRICAIN La machine à rumeurs s’est emballée en décembre dernier « Quand je sens un plat fait avec du porc.ça me donne faim ! » *) f LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE E E V R I E R 2 0 0 2 B 2 ?PERSPECTIVES* Jean Dion ?Les vrais durs ne dansent pas Etant de confession polythéiste, chaque jour que Dieu, Allah, YHWH, Vishnou, les Elo-him et leurs homologues me font le bonheur de me donner, enfin pas tous les jours mais presque, je m’assois avec une fébrilité proche de l’évanouissement devant le bulletin de nouvelles de la British Broadcasting Corporation.Question, notamment, de savoir s’ils ont trouvé Oussama ben Laden.Bien sûr, W.essaie de faire diversion en racontant qu’il y a des centaines de milliards de terroristes un peu partout dans le monde et qu’il faut aussi leur mettre la main au turban et le pied ailleurs, mais nous savons tous que l’essentiel est de retrouver Oussama ben Laden avant qu’il ne devienne Oussama has-been Laden.Or, quand ils retrouveront Oussama ben Laden, je suis persuadé que la BBC sera la première à le savoir et à l’annoncer.Je ne serais même pas étonné que ce soit quelqu’un de la BBC qui retrouve Oussama ben Laden.La BBC est partout Pas un centimètre carré qui lui échappe.Quand un tremblement de terre avait secoué le nord du Kamtchatka (population: trois) il y a quelques années, le seul gars à se rendre sur place et à avoir interviewé le pergélisol était un gars de la BBC.Et quel accent, en plus, oh la la, à vous donner des frissons dans la région.Mais ils n'ont pas encore retrouvé Oussama ben Laden, aussi l’actualité s’est-eüe transportée cette semaine vers un autre sujet de considérable intérêt, à savoir la poitrine de la justice.Oui oui, en plein ça, je ne me suis pas trompé en voulant écrire «à savoir la diplomatie internationale» ou «à savoir les recommandations du Forum économique mondial», c’est bien de cela que dont duquel il s’agit la poitrine de la justice.C’est l’histoire d’une statue du Capitole de Washington, The Spirit of justice, qui s’adonne à être placée juste derrière le micro où a l’habitude de prendre la parole l’attorney général des United States of America, John Ashcroft.Or ladite Spirit of Justice, «Minnie Lou» pour les intimes, est représentée sous les traits d’une femme vêtue d’une toge légère et dont le sein droit est découvert Ce qui fait que lorsqu’Ash-croft est croqué, il n’aime pas ça parce que, excusez du peu mais il faut bien se dire les choses comme elles sont, ça fait deux totons sur la photo.Pour la modique somme de 8000 $US, on a donc acheté un rideau, une espèce de burqa de statue si vous tenez absolument à faire des rapprochements vaseux, qui servira à camoufler le 34C incriminant.?Si vous êtes déçu de ne pas être ministre à un moment charnière de l’histoire où à peu près tout le monde est ministre de quelque chose au Québec, rassérénez-vous.En réalité, l’ampleur du nouveau cabinet ne fait que prouver la thèse que je défends depuis des lustres, à savoir que Guy Chevrette était ministre de tout, puisqu'il a fallu nommer sept personnes de plus après son départ.L’actualité démissionnaire apporte itou de l’eau au moulin de ma célèbre thèse n° 2, à savoir que lorsque votre député vous dit que le titre qu’il chérit le plus et qui lui apporte le plus de satisfaction est celui de député, vous avez le droit légitime, de verser dans le sain scepticisme.À part ça, à une exception temporaire, ils sont tous élus, nos ministres, ce qui n’est guère édifiant Alors que, pour prendre un exemple au hasard, aux States, où ils l’ont l’affaire — on ne devient pas première puissance mondiale en ne l’ayant pas l'affaire —, pas question de suivre ce chemin tordu.Pour devenir ministre, prenons un exemple au hasard, il suffit de perdre contre un mort.Ah, vous voyez encore, vous ne me croyez jamais.Pourtant John Ashcroft était candidat à un poste de sénateur au Missouri, en 2000.En octobre de cette année-là, son adversaire démocrate, Mel Carnahan, s’est tué dans un accident d’avion.Mais il était trop tard pour qu'un remplaçant lui fût trouvé et qu'on retirât son nom du bulletin de vote.Et, le jour du scrutin, les électeurs élurent Carnahan, un point de pourcentage devant Ashcroft.Ashcroft, que le président W.s’empressa de féliciter pour son beau programme en l’appelant à son cabinet.Greatest democracy in the world, comme l’a peut-être dit Thomas Jefferson à sa jeune esclave noire qu’il venait de mettre enceinte, aux alentours de 1797.?Si John Ashcroft n’aime pas les seins, ou du moins les seins nus, ou du moins les seins nus en public, ou du moins les seins nus en public de statue, il est d’autres choses qu’il n’aime pas en sa qualité de membre des Assemblies of God, une Église pentecôtiste.Lui est donc monothéiste, et il s’agit sans doute du même Dieu que celui qui guide les pas et les passes de Kurt Warner, le quart-arrière des Rams de Saint Louis dont vous pourrez entrapercevoir l’aura demain au Super Bowl, oui oui vous savez il dit vraiment ça sans arrêt je ne suis qu’un instrument entre les mains de Dieu pour réaliser Ses impénétrables desseins, il faut croire que Dieu, un peu fatigué d'officier autant de messes le dimanche matin, n'affectionne rien autant qu’intervenir dans un petit match de foot pour se changer les idées le dimanche après-midi venu, mais je m’égare.Ainsi, donc, peut-on apprendre que John Ashcroft ne danse pas, ne boit pas, ne joue pas (au sens de parier) et s’oppose farouchement à l'homosexualité et à la pornographie.Formidable, s’opposer à l’homosexualité.C’est un peu comme être contre les cheveux roux, contre l’automne.contre le temps ou contre le ciel.Tenez, pour vous montrer un autre pan de ma personnalité si complexe qu elle devient elle-même toute mêlée juste à penser à elle, moi, je suis contre le nombre n.Ce 3,141592 a quelque chose d’immoral, vous trouvez pas?Par contre, j’applaudis à deux mains, ne serait-ce que parce que vous non plus n’avez pas la moindre idée de comment on peut donner une bonne main d’applaudissement, son refus de la danse.On savait ça depuis que Norman Mailer en a fait le titre d'un de ses bouquins, les vrais durs ne dansent pas.Non monsieur, non madame.Les vrais durs, ceux dont on a vraiment besoin pour nous guider en cette époque troublée, ils ont autre chose à faire.Comme lutter contre le Mal et cacher les seins des femmes.I jdionfaledevoir.com Le visage féminin de Titinérance Malgré leur «discrétion», les femmes dans la rue sont plus souvent victimes de violence que les hommes JULIE BOUCHARD Ce sont des hommes qu'on voit dans les rues, sous les via-ducs ou dans les refuges.Ils ne sont pas tous sans-abri, mais l’instabilité domiciliaire et relationnelle, la pauvreté, l’isolement et une façon d’accumuler les problèmes tout en semblant impuissant à les résoudre les définit comme itinérants.Il est si rare que l’on voie un visage féminin se mêler aux leurs qu’on peut avoir l’impression que le problème de l’itinérance ne concerne pas vraiment les femmes.Pourtant, le nombre de femmes itinérantes augmente avec les années.Elles sont encore minoritaires au sein de la population itinérante de Montréal, mais si on les voit si peu, si elles sont à peine visibles dans la ville, c’est d’abord parce qu’elles le veulent ainsi.Quel visage leur donner?Celui de Roxane, qui se cache sous un prénom fictif et ne cesse de répéter qu’elle n’est pas «comme les autres», c’est-à-dire celles qu’elle côtoie chaque jour Chez Doris?Toutes celles qui n’arrivent plus à se loger convenablement, à se nourrir et à se soigner sans une aide pressante sont sans doute toutes différentes les unes des autres.Et c’est peut-être la seule chose qu’elles aient en commun: une particularité qui leur permet de dire «moi, je ne suis pas comme elles».De se distancier d’une condition dégradée et humiliante.«Moi, je suis intelligente», dira Roxane à plusieurs reprises en osant à peine jeter un regard autour d’elle, comme si elle avait peur de croiser des yeux celles qu’elle définit en pointant un index sur la tempe.Selon Maria Trudel-Day, directrice de Chez Doris, elles seraient de plus en plus nombreuses à se présenter avec de lourds problèmes de santé mentale dans ce centre de jour où de 60 à 80 femmes sont nourries et soutenues chaque jour.L’isolement Couchée sur un des sofas qui meublent la petite pièce où Roxane raconte son histoire, une femme dort et semble sourde aux bruits qui l’environnent.Roxane, bien sùr, ç'est pas comme elle.A 54 ans, elle est bien plus âgée.Il y a déjà près de 15 ans qu’elle fuit son mari violent.Mais ce qui la distingue vraiment, ce qui fait d’elle une femme isolée dans une société où elle se voit exclue, c’est peut-être la part d'ombre dont elle entou-re son existence.D’abord pour assurer sa survie: craignant toujours son mari, elle se cache dans ce texte sous un faux prénom.Et sur la route qu’elle a parcourue après sa fuite, elle ne dit qu’un mot sur deux, esca-«notant les questions embarrassantes, comme lorsqu'on lui demande des détails sur son inadmissibilité actuelle à l’aide sociale.Bien qu’elle dise ne pas avoir «de bonne chance», elle en a quand même un peu.En effet, si elle déjeune, dîne, se douche et se fait coiffer Chez Doris, si elle soupe à la Old Brewery Mission, si elle fait les poubelles et ramasse les canettes vides pour s’offrir une bière de temps à autre, elle a encore un toit.Ses deux enfants assument le loyer de l'appartement qu’elle partage avec son fils.Un loyer toujours payé en retard.Récemment, Roxane a reçu une lettre des nouveaux propriétaires — une entreprise — qui tenaient à l’aviser de leur façon de voir les choses: désormais, le loyer devait être acquitté à la date prévue.«J’ai peur de me retrouver à la rue», dit-elle.Dans les services de première ligne où elle s’approvisionne, elle est considérée comme semi-itinérante.Fuyant au départ une situation de violence domestique, Roxane rejoint le registre des «femmes battues».Mais par son mode de vie actuel, elle appartient à la population itinérante.Un profil qui ne serait pas unique.Si chacune des 19 femmes qui trouvent refuge à l’Auberge Madeleine cumulent de multiples problèmes, 80 % d’entre elles, selon Micheline Cyr, directrice de ce centre d’hébergement, ont été victimes de violence.Suzanne Bourret, intervenante à La Rue des femmes, trouve des racines à la violence qui ponctue la vie de celles qui fréquentent ce centre de jour: «Elles ont connu une violence extrême dans l’enfance [.].Une violence qui se continue dans la vie, car elles n 'ont pas pu développer les habiletés relationnelles dont on a besoin au travail, en amour.» «Moi, je ne suis pas comme les autres», répète Roxane.Et c’est vrai entre autres parce qu’elle n’hésite pas, même si elle joue dans l’ombre, à dévoiler ses besoins, à se dire pauvre, à avouer sa peur de se retrouver à la rue.Taire à tout prix Membre du Collectif de recherche sur l’itinérance, la pauvreté et l’exclusion sociale (CRI) de l’UQAM, Daphnée Morin soutient que le premier réflexe des femmes itinérantes ou en difficulté serait plutôt de tenter de «camoufler leur situation».Question de ne pas alerter les services sociaux, en train de statuer sur le sort des enfants, ou de ne pas devenir une proie alors qu’on se sait vulnérable.Elles se logent temporairement chez «une connaissance».Puis chez une autre, et ainsi de suite, au risque de mal tomber et de tomber surtout dans l’esclavage domestique.«Elles font les vestiaires pour s’habiller comme tout le monde et passer inaperçues», soutient Suzanne BourreL de la Rue des femmes.Elles volent ce qui leur manque, au risque de tomber, cette fois, entre les mains de la police.Elles échan- « Certaines disent avoir leur cachette mais elles s’y rendent en s’assurant de ne pas être suivies » JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le phénomène de Titinérance n’est pas l’apanage des seuls hommes.i m i mSS/i s füfæ gent services sexuels contre nourriture ou hébergement C’est le sex survival.Mais, on s’en doute, elles risquent l’exploitation sexuelle systématique et la maladie.Et il y a aussi celles qui, pour payer leurs doses, se prostituent Comme tout leur argent y passe, elles sont sans domicile fixe.Et ça serait le cas, selon Suzanne BourreL de toutes les prostituées de rue.L’écart que les femmes mettent entre elles et la condition d’itinérante pourrait aussi s’expliquer autrement.«Par le passé, l’itinérance, c'était réservé aux hommes.Tout d’un coup, il y a des femmes qui se joignent à tout ça.Elles ne se sont pas encore “affirmées” dans ce rôle», croit Givet-te Titcombe Volet, directrice de L’Abri d’Espoir, refuge affilié à l’Armée du Salut, rue Notre-Dame Ouest.«Ici, on sert une soupe populaire le dimanche soir.On a 180 hommes.Peut-être cinq ou six femmes.Les femmes ont beaucoup trop peur de venir se montrer», ajoute-t-elle.Et elles auraient aussi peur de se montrer sur la rue.Une étude du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), citée par Connie Peto-sa, coordonnatrice à L’Abri d’Espoir, aurait révélé que les femmes dans la rue seraient «plus souvent victimes que les hommes de vols, coups, assauts», etc.La rue Il arrive pourtant qu’elles n’aient d’autre recours, voire de souhait, que la rue.Alors, elles y vivent autrement.«Les hommes semblent se tenir plus en groupes.On peut les voir se réunir, se faire des cabanes.Les femmes sont plus isolées.On ne voit pas de groupes de femmes», soutient Connie Petosa.«Elles ne peuvent pas dormir n’importe où, clans un parc, sur un banc public, où elles risquent d’être attaquées.Elles se cherchent un endroit isolé.Certaines disent avoir leur cachette dans Montréal mais elles s’y rendent en s’assurant de ne pas être suivies», ajoute Suzanne Bourret, de La Rue des femmes.L’inattendu peut aussi survenir.«Il y a quelques années, une femme s’était fait une tente davis un parc, en face du métro Atwater.La police l'avait amenée ici, mais elle a préféré retourner dans sa tente.l£s gens lui laissaient de.la nourriture», raconte Connie Petosa.«Lorsque les femmes succombent, elles arrivent dans les refuges dans un état plus détérioré que celui des hommes.C’est du moins ce que nous disent les intervenants», soutient Daphnée Morin, qui, au cours des dernières années, a coordonné, en partenariat avec les milieux communautaires, une étude sur l’itinérance des femmes.Selon Micheline Cyr, directrice de l’Aubeige Madeleine, environ 50 % de la clientèle du refuge connaît des problèmes plus ou moins graves de santé mentale.Une proportion qui atteint près de 80 % à L’Abri d’Espoir, selon Givette Titcombe, qui rappelle du même souffle qu’il ne faut pas confondre maladie mentale, désordre de la perception et problème de santé mentale.Faute de place, de 1500 à 1600 refus par armée sont opposés à celles qui se présentent à L’Abri d’Espoir, qui ne peut açcueillir que 25 femmes à la fois.A l’Auberge Madeleine, fondée en 1984 et remplie à pleine capacité depuis, la demande aurait triplé au cours des cinq dernières années, et le temps «des intervenants [serait] de plus en plus consacré à réorienter les demandes vers d’autres ressources», affirme Micheline Cyr.Mais Chez Doris, un centre de jour qui doublera bientôt sa capacité actuelle, aucun refus n’est opposé à celles qui se présentent soutient Maria Trudel-Day.REMANIEMENT SUITE DE LA PAGE B 1 Mais ce n’est pas tout.Les fusions municipales ont coûté cher au gouvernement, croit-on, Louise Harel doit partir ou être déplacée.Déjà en décembre, la présidence de l'Assemblée nationale est mentionnée à son sujet.Et si des ministres quittent, il faut les remplacer.Malheureusement, les candidatures de prestige tombent une à une: Gé-rald Larose, Françoise David, Michel Clair.Au même moment, de son côté, Pauline Marois continuait de tisser patiemment sa toile, déterminée à récupérer l'Industrie et le Commerce des mains de Gilles Baril pour compléter son portefeuille économique.En attendait le grand jour, les sociétés d’État offraient une cible de choix.Son équipe, ayant réussi l'examen du budget, préparait donc son propre remaniement à la tète des institutions majeures comme Investissement Québec, la SAQ et Loto-Québec.L'idée d'y placer des proches a vite donné lieu à des parties de souque à la corde aq conseil des ministres avec des échos dans les médias.Imperturbable, Mme Marois aura le dernier mot.En décembre, la machine à rumeurs s’emballe lorsque le premier ministre laisse entendre qu'un remaniement pourrait avoir lieu à la rentrée.On chuchote même que Guy Chevrette a reçu une offre pour occuper un poste dans la haute fonction publique.C’en est trop pour cet homme fier et émotif.Il part furieux pour le congé des Fêtes.Le périple de Gilles Baril au Mexique avec un lobbyiste, les propos de François Legault sur le financement de la santé et un débat sur les frais de scolarité et ceux de Guy Chevrette sur un présumé pot de vin non versé finissent de mettre la table du remaniement.C’est maintenant à Bernard Landry de jouer, lui qui a laissé passer son tour à plusieurs reprises durant la partie.Les ministres dont on visait le départ à la fin de l’automne n’ont pas bronché.M.Landry fera à Jacques Brassard et Guy Chevrette des offres qu’ils ne pouvaient que refuser.Ils annoncent leur départ.Par la suite, le premier ministre s’entretient au téléphone avec David Cliche.Ce dernier reçoit une douche froide: il sera le seul déchu du cabinet.Il remet sa démission sur-le-champ.Le premier ministre dévoile son nouveau jeu.Si jamais une nouvelle saison parlementaire est nécessaire, un nouveau leader et des ministres habiles pourront répondre aux questions sur la santé et l'éducation.mais la carte du nouveau cabinet reproduit presque parfaitement celle des circonscriptions que le Parti québécois craint de perdre lors des prochaines élections.En outre, sa taille en fait une mécanique qui deviendra rapidement incontrôlable.C’est une machine électorale qui démarre et qui se promènera avec un œil sur les sondages et un autre.sur les sondages! Le premier ministre a également pris soin de placer quelques messages cachés pour initiés.Tout en remettant certains à leur place, il a clairement invité les pessimistes à s’écarter devant les candidats qui veulent se battre vraiment et gagner les prochaines élections.Il compte demeurer en selle, indique-t-il aux aspirants.Et si on doutait des ambitions d’André Boisclair à ce sujet, le premier ministre n’a pas cherché à le décourager mercredi.François Legault et Pauline Marois ne seront pas seuls et, comme par hasard, fort occupés jusqu'aux élections.Et si Mme Marois a repris l’Industrie et le Commerce à Gilles Baril, a-t-on souligné jeudi, ses deux adjointes, a-t-on oublié, Lucie Papineau et Solange Charest, œuvrent dans le camp Baril.Elles étaient jusqu'à mercredi adjointes parlementaires au ministre d'État aux Régions.LATINO- AMÉRICAIN SUITE DE LA PAGE B 1 En effet.qu’en est-il de la salsa, du merengue, Juan?D’un air torturé, il répond: «J’aime la musique.Enormément.Je crois qu’on a le droit d’en écouter, mais pour la question de la danse, les avis divergent.Je ne suis même pas sûr d’avoir le droit de danser avec ma femme chez moi.» Et le porc?Même air déchiré — et coupable: «Quand je sens un plat fait avec du porc.ça me donne faim!», avoue-t-il, jurant par ailleurs ne pas en avoir mangé depuis une éternité.Un mariage entre latinité et islamicité qui peut donc être déchirant.et à la limite de l’acceptable pour leur propre communauté.«Ils disent: vous n’êtes plus Portoricains si vous ne mangez plus de porc», déplore Ibrahim Gonzalez, un des fondateurs de l’Alianza Is-lamica.«Le catholicisme est tellement enraciné dans la communauté hispanique qu'il en est presque indissociable.Ainsi, se convertir à l’islam, c’est comme arrêter d'être hispanique», explique Samantha Sanchez, une musulmane qui prépare un doctorat en anthropologie culturelle à la New School University.Il y a aussi certaines familles qui se déchirent Des parents qui refusent de reparler à leurs enfants.Juan Alvarado a été chanceux, même s'il a eu son lot de tensions.Son père d’abord, qui n'a pas avalé le fait qu'il abandonne «la religion de ses ancêtres», puis sa femme, catholique, qui aurait bien voulu savoir, avant qu’ils ne se marient s’il avait l’intention de se convertir.Mais même s’il a essayé de la sensibiliser à l'islam, il n'est pas question pour lui de la forcer à se convertir, dit-il.Et leurs enfants?«Nous avons passé un accord, sourit-il.Si c'étaient des garçons, je choisissais les prénoms, et si c’étaient des filles, elle les choisissait.» C’est donc un Yassou, né il y a sept ans, et un petit Jamil, né il y a un an.«Et Yassou sait déjà comment prier», dit Juan fièrement piekaremia hotmail, corn A.i S 1 LE DEVOIR.L E S ' S A M E D I I* EI! S l> E (' TI V E S Marc Gagnon se dit nerveux à la veille des Jeux.JACQUES NADEAU I E DEVOIR Les 500, 1000 et 1500 mètres en plus du relais Les troisièmes Jeux de Marc Gagnon.I ne troisième place est convoitée L’OAC vise haut à Salt Lake City VALÉRIE DUFOUR LE DEVOIR La barre est haute et l’Association olympique canadienne (AOC) ne le cache pas.On vise rien de moins qu’une place sur le podium des pays qui auront récolté le plus de médailles aux Jeux olympiques de Salt lake City.En fait, on vise la troisième marche.«C’est un objectif, et pourtant, ce n’est pas une prédiction ni une promesse», précise la chef de mission de l’équipe canadienne des Jeux d’hiver de 2002, Sally Rehorick.«Nous savons que nous avons beaucoup de talent dans notre groupe, que nous avons beaucoup d’athlètes doués.[.] Mais le sport reste le sport, et on ne sait jamais ce qui peut arriver.» Mme Rehorick connaît bien les rouages des Jeux puisqu’elle en est à sa quatrième présence.En 1992, elle était la chef de l’équipe de patinage artistique; en 1994, elle était la chef adjointe de la délégation canadienne; et à Nagano, elle était juge en patinage artistique.La délégation canadienne comptera 156 athlètes (deux de plus qu’à Nagano), doi.it 46 Québécois.À Nagano, en 1998, le Canada a remporté 15 médailles: six d’or, cinq d’argent et quatre de bronze.Ces résultats lui ont valu une cinquième position au classement des pays.Cependant, avec ses 14 médailles aux Jeux olympiques de Sydney, en 2000, le pays avait déçu.Mince récolte pour des jeux d’été, où le nombre de pays et d’épreuves est multiplié.Les athlètes adorent leur sport, reprend Mme Rehorick.«Il faut mettre l’accent sur ce qu’ils font et faire comprendre à quel point c’est difficile.Ce ne sont pas tous les Canadiens qui saisissent à quel point leur travail est ardu.Ça l'air facile quand on les voit à la télé.Je voudrais que les gens apprécient les sports pas seulement du point de vue des résultats mais qu’ils considèrent aussi leurs athlètes comme des individus très spéciaux.» Cette année, la délégation canadienne compte sept champions du monde dans ses rangs.Tous les yeux sont d’ailleurs rivés sur les patineurs de vitesse Ca-triona Le May Doan et Jeremy Wotherspoon, qui récoltent records et médailles sur le circuit mondial.L’équipe féminine de hockey, le duo de patinage artistique formé par Jamie Salé et David Pelletier et le surfeur des neiges Jasey-Jay Anderson sont également au sommet de leur art.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Ce seront les derniers Jeux de Marc Gagnon.¦ Catriona Ce May Doan.la reine de la vitesse La patineuse originaire de Saskatoon a bien mérité l’honneur de porter le drapeau canadien lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.A Nagano, l’athlète de 31 ans avait remporté deux médailles: l’or (500 m) et le bronze (1000 m).Catriona détient le record du monde sur 500 m depuis 1997 (record qu'elle a elle-même brisé à huit reprises.dont trois fois cette saison).Depuis deux ans, l’athlète au joli sourire n’a perdu qu’une seule fois l’épreuve de sprint sur le circuit international.¦ Jeremy Wotherspoon, gueule de sprinter Cet athlète de 25 ans est lui aussi un marchand de vitesse.Wotherspoon est dominant sur le circuit international.Médaillé d’argent sur 500 m à Nagano, le jeune homme originaire de Humboldt, en Saskatchewan, a été champion du monde au sprint en 1999 et en 2000.Il détient également le record du monde sur 1000 m.Lors d’une compétition internationale qui avait lieu il y a une dizaine de jours en Norvège, il a remporté l’or sur 500 m et 1000 m.¦ Jasey-Jay Anderson surfe sur l’or Concentré sur sa préparation olympique, Jasey- Jay n’a remporté sa première victoire de la saison qu’à la mi-janvier.Il a remporté la finale de cross lors de la Coupe du monde de surf des neiges qui avait lieu à Sestrières, en Italie.Bien que le cross ne soit pas une épreuve olympique, l’athlète de 25 ans de Mont-Tremblant est un des favoris pour le slalom géant en parallèle.Il compte déjà deux championnats du monde dans cette catégorie.¦ Une valse olympique Jamie Salé et David Pelletier se présenteront aux Jeux olympiques avec, en poche, le titre mondial .VALÉRIE DUFOUR LE DEVOIR Aréna Maurice-Richard, un matin de la fin du mois de janvier dernier.Une quinzaine d’athlètes ont envahi la glace et patinent à la queue leu leu.Parmi eux se trouve Marc Gagnon.Regard fixe et coups de lame précis, le quadruple champion du monde de patinage de vitesse sur courte piste se prépare les muscles et la tête pour sa troisième aventure olympique.Entre deux exercices, il revient au banc pour ajuster ses lames, ultime outil de performance.L’homme a l’air détendu.E sourit et repart aussitôt rejoindre ses coéquipiers au centre de la patinoire.Marc Gagnon dé gage une certaine assurance.Peut-être celle de n’avoir plus rien à prouver.Vers llh30, U retourne au vestiaire.Comme l’avant-midi d’entraînement a été plus court que prévu, Marc Gagnon demande à la représentante du Devoir de le suivre dans la salle de conditionnement physique.E saute sur le vélo stationnaire.D’autres membres de son équipe pédalent déjà Naturel, l’athlète natif de Chicoutimi se prête gentiment au jeu des questions, même s’il affirme en riant avoir passé «le mois à donner des entrevues».C’est que le nom de Marc Gagnon circule depuis plusieurs années dans les médias.Sa carrière de patineur est un parcours sans tache.B a chaussé ses premiers patins à longues lames à l’âge de quatre ans.Doué et travaillant, Marc est devenu membre de l’équipe nationale dès l’âge de 15 ans.Deux ans plus tard, il devenait champion du monde,, exploit qu’il répétera trois fois.À 26 ans, Marc Gagnon est aujourd’hui un vétéran de son sport.Il compte à sa feuille de route un impressionnant nombre de médailles, dont deux olympiques.Humble, l’athlète ne se voit pourtant pas comme un modèle pour les plus jeunes patineurs.«Nous sommes six gars dans l’équipe et nous sommes tous à peu près pareils.Chacun a ses forces et ses faiblesses.».A peine a-t-il fini sa phrase que deux jeunes filles s’es- de patinage artistique en couple.Eux qui patinent ensemble depuis 1998 sont favoris pour gagner l’or.S’il réussit cet exploit, le couple envisage de prendre sa retraite.Aux épreuves individuelles, Jennifer Robinson s’est classée au quatrième rang lors de la dernière rencontre des Quatre Continents.Elvis Stojko en sera à ses quatrièmes et derniers Jeux olympiques.¦ Bédard, Gagnon et compagnie L’équipe masculine de patinage de vitesse sur courte piste est l’équipe à battre au relais.En 1998, à Nagano, les hommes avaient remporté la médaille d’or et ils sont toujours aussi forts sur le circuit mondial.Dans les compétitions individuelles, Eric Bédard avait décroché la médaille de bronze sur 1000 m à Nagano.Il détient également le record du monde sur 1500 m.Médaillé de bronze sur 1000 m à lillehammer en 1994 et médaillé d’or par équipe à Nagano, Marc Gagnon veut tirer sa révérence en atteignant le podium à chacune de ses courses (500,1000 et 1500 m).¦ Le hockey Autant chez les hommes que chez les femmes, le Canada vise rien de moins que l’or.Aux derniers Jeux, l’équipe féminine avait perdu en finale dans un match intense contre ses rivales de toujours, les Américaines, ces mêmes Américaines contre lesquelles elles viennent de perdre huit fois de suite lors de matchs hors concours.De son côté, l’équipe masculine avait été écartée du podium à Nagano.¦ Les filles et le ski Elles ne sont pas loin du peloton de tête et elles peuvent toutes terminer parmi les 30 premières.claffent: «Ce n’est pas vrai!» «Il ne faut pas les écouter», glisse-t-il, un peu gêné.Nerveux à la veille des Jeux de Salt lake City?«Anxieux, oui.Nerveux, on l’est toujours.Je pense que ceux qui ne le sont pas.c'est parce qu'ils ne veulent pas gagner, tranche-t-il.Ceci dit, cette année, je contrôle mieux ma nervosité.» De son propre aveu, l’entraînement en vue des Jeux olympiques ne diffère pas du régime qu’il s’impose pendant le reste de la saison de compétition.«C’est la préparation mentale qui est la plus importante», souligne-t-il.Reste que le groupe de patineurs s’échine chaque jour de 9h30 à 17hl5 sur la patinoire pour peaufiner départs, relais, négociations de virages et dépassements.Après les Jeux de Nagano, en 1998, Marc Gagnon s’est donné un an de répit.Cette année-là lui a permis de refaire le plein et, surtout, de s’ennuyer du patin.«Je ne regrette pas d’avoir arrêté, parce que ça m'a permis de revenir.Et je me sens mieux, peut-être pas physiquement, mais mentalement.Je m’amuse pas mal plus.» S’il a plus de plaisir dans sa discipline, cela ne l’empêche pas de viser haut aux Jeux olympiques, où il participera aux épreuves du 500, du 1000 et du 1500 mètres en plus du relais par équipes.Mais la concurrence sera féroce puisque les athlètes, de la Corée, du Japon, de la Chine et des Etats-Unis poussent dans le dos des Canadiens.«Depuis 1992, notre sport a beaucoup évolué, mais on demeure bons et on n’a pas encore perdu notre “spot" d’équipe à battre.Nous sommes encore forts.Il y a de la compétition, mais le but est justement de gagner dans la compétition.» Marc Gagnon compte poursuivre sa carrière l’an prochain.«Je vais évaluer la situation année par année.» E souligne cependant qu’une participation aux prochains Jeux est improbable.Après?La porte est ouverte.«Je travaille un peu en informatique, mais je ne suis pas sûr à 100 % que je veux aller dans ce domaine.» E envisage également une carriê re en droit ou dans les forces policières.Sara-Maude Boucher (descente, super G), Anne-Marie Lefrançois (descente, super G, combiné), Geneviève Simard (slalom, slalom géant, super G) et Mélanie Turgeon (descente, super G) forment un excellent quatuor.A Berchtesgaden, en Allemagne, Geneviève Simard a pris la troisième position au slalom géant.La jeune femme de 21 ans n’en est qu’à sa première saison sur le circuit mondial.Aux Québécoises, il faudrait ajouter le nom d’Allison Forsyth, qui s’inscrit parmi les dix meilleures géantistes au monde.I-a skieuse de Nanaimo, en Colombie-Britannique, participera aux épreuves de slalom géant et de slalom.Elle aussi a réussi à se hisser sur le podium (deuxième position en novembre au Colorado), cette saison, dans une épreuve de slalom géant comptant pour la Coupe du monde.¦ Acrobates L’équipe canadienne de ski acrobatique compte elle aussi des athletes qui peuvent s’illustrer lors des épreuves olympiques de sauts et de bosses.En janvier, a Lake Placid, Veronika Bauer a remporté sa première épreuve de Coupe du monde en saut pendant que sa coéquipière Deidra Dionne gagnait la médaille de bronze.Jean-Luc Brassard, champion olympique de 1994, avait profité de cette compétition pour décrocher le bronze.Pour lui, il s’agissait d’une première médaille depuis 1999.Et le 26 janvier, Stéphane Rochon a remporté la médaille d’argent à Whistler, en Colombie-Britannique, lors d’une descente de bosses en parallèle comptant pour la Coupe du monde.Au cours du même week-end, Nicolas Fontaine a ravi l’argent lors des épreuves de saut.4/ i c h , /li J l A./*, /// w if /J%: i Af/y3"""’ 1, .u.M 5000.00 x>rt l 4500 00 1 1 nv 537521 PRODUITS INDUSTRIELS TOR.(X-IPTSE) .200 Jours rV’y Vi A \ .Résistances^ v/v-i / >; V y ^ Suppi l, - .'¦G'/-' Support Support 5000.00 4000 00 rt 3000.00 | Mai j Jun| Jui ] Aoûj Sep] Oct | Nov Dôc| Jan | 1 Fév iM u 26 AURIFERES TOK.(X-GE TSEl 5500.00 5000 00 TRANSPORTS TOR.(X T R TSE) Résistance 200 Jours 7000.00 I f~ Suppoi I / Suppor Support 6000 00 Support TSE Biotechnology & (X-KIO T SE) Résistance.200 Jours 3000.00 2750.00 Support1 2500.00 2250.00 Support Mai Jun Jui , Aoû Sept Oct Nov Déc! Jan Les taux d’intérêt Voici les taux d'intérêt en «gueur le 31 larvier 2002 dans les principales institutions financières au Canada Ces taux sont tournis par les institutions financières Banques Dépôt é terme Prêt hypothécaire 30-59 |R 1 an 3 ans 5 an B mois 1 an 3am Bans HSBC Canada 0.85 1.05 270 3,65 4,90 4.55 6,05 7 00 " Nationale 085 105 2.70 3.65 490 4 55 505 700 Royale 0.80 105 2.70 365 4 70 4 35 575 685 Scotia 0.95 130 2,70 390 4 70 4.35 575 6.85 TD 1.10 140 2.70 4,00 4,70 4,35 5.75 6.85 B Montréal 0.85 1.05 2.70 365 4.90 4.55 6.05 7,00 ¦ CI6C 0.85 1,05 2.70 365 4,90 4.55 5.75 6.85 Detjardmr 0.85 1.05 2.70 365 4,90 4.55 6,05 7.00 * Tw i* ta m otwn Dtwdins du Outhec Fiducies Dépôt é terme Prêt hypothécaire 30-59 |ts 1 in 3 ans 5 m S moil i an Sans Bans Oesjariliiii 0.85 1.05 2,70 365 4.90 4.55 6,05 7.00 Gr.Investors — 1.05 2.70 365 490 455 6,05 7.00 1 London Lite — 1.40 3.00 415 4.90 4.55 5,05 7.00 Trust Général 0.85 1,05 270 365 490 4.55 605 7.00 1 I i I K K) LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET D 1 M A X THE FEVRIER 2 0 0 2 EDITORIAL Refaire le monde Ils sont 40 000 réunis depuis jeudi à Porto AJegre, dans une sorte de vaste nébuleuse qui regroupe tous ceux qui voudraient à tout le moins, si ce n’est mettre un frein à la libéralisation des marchés, trouver le moyen d’encadrer ce phénomène pour en limiter les excès.C’est d’abord un mouvement d’opposition.Mais il ne s’agit pas que de s’opposer, il faut aussi proposer.A Bernard Descôteuux ?ce forum social mondial de Porto Alegre sont présents des activistes de toute sorte qui, sous le couvert de la mondialisation, défendent leurs droits.Cela va du droit à la terre et a la sécurité économique jusqu'au droit à la liberté sexuelle.On pourrait croire a un vaste carnaval où on débat de toutes les causes dans une sympathique anarchie.Cet arrêt sur image ne témoigne toutefois pas avec justesse de la maturité que prend peu à peu le mouvement antimondialisation.Que 40 000 personnes participent à ce forum social mondial, qui n’en est qu’à sa deuxième édition, témoigne tout d’abord de l’ampleur de l’inquiétude qui existe au Nord comme au Sud en ce qui a trait à la libéralisation des marchés.Cela traduit par ailleurs une évolution parmi les divers courants d’opposition à la mondialisation, qui ont compris la nécessité de se réunir.Porto Alegre est un lieu à la fois physique et virtuel de convergence des mouvements sociaux.Ce n’est pas sans raison qu’on retrouve cette année à ce forum plusieurs représentants de partis politiques et de gouvernements, y com- JjLTjdjM Pr*s du gouvernement québécois.Ils ont vu l'importance de ce lieu.Les participants au Forum social mondial veulent «refaire le monde».Il ne faut pas prendre cette expression au premier degré.Comprenons plutôt que l’on veut être partie à la définition de ce monde, qu’on avait jusqu’ici laissée aux pouvoirs politiques et économiques.On veut participer et surtout influencer les débats qui ont lieu au sein des grandes organisations internationales.Jusqu’à maintenant, le pouvoir d’influence des mouvements sociaux se trouvait dans la rue.Que l’on songe aux manifestations qui ont eu lieu lors du Sommet du G8 à Gênes ou au Sommet des Amériques à Québec, l’an dernier, ou encore lors de la Conférence de l’Organisation mondiale du commerce à Seattle, en 1999.Ces manifestations ont montré l’existence d’un déficit démocratique qui est encore bien loin d’être comblé.Depuis le 11 septembre, les dirigeants politiques et économiques se préoccupent surtout de combattre la récession et le terrorisme, comme le montrent ces jours-ci les débats au Forum économique mondial de Davos qui, cette année, s’est déplacé à New York.Le moment est venu pour des organisations structurées de prendre le relais des manifestants et d’entreprendre un dialogue avec les promoteurs de la mondialisation.Porto Alegre peut en être l’amorce.Il ne faut toutefois pas se bercer d’illusions.Très souvent, les promoteurs de la mondialisation ont une vision manichéenne du monde.Être contre le libre-échange, c’est être contre les pauvres, a déjà soutenu George W.Bush.On présente souvent le forum de Porto Alegre comme l’antithèse du forum de Davos, le social s’opposant à l’économie.D est certain que le débat autour de la mondialisation est fortement polarisé.A moins de croire que l'on puisse stopper la libéralisation des échanges, ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses.Ce qui devrait nous préoccuper est la recherche d’un équilibre entre ces deux pôles.Cette vision ne sera sûrement pas partagée par tous à Porto Alegre, du moins pas cette fois-ci.Si l’intérêt de ce forum est d’abord de manifester clairement l’existence d’un mouvement de résistance, celui-ci devra pourtant pouvoir définir cet «autre monde» qu'on réclame pour être crédible et être écouté.Cela est indispensable si on veut en arriver à établir un dialogue.bdescotea uxCalede voir.ca LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l'information MICHEL VENNE Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU.MARIE ANDRÉE LAMONTAGNE.LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE i 1 LETT R ES Le nouveau conseil des ministres Je suis très satisfait de la composition du nouveau conseil des ministres et de la façon dont il a été formé.En effet, un ministre senior et des ministres associés aux responsabilités principales, ce sera la marque de M.Landry.A la Santé, on peut se réjouir d'avoir un administrateur de pratique privée, François 1^-gault, et un administrateur du système, David Levine.En passant, si ma députée quittait le comté de Marie-Victorin, je serais très heureux d'avoir un David Levine comme candidat.A l'Economie, ce sera trois femmes dont la chef de file, Pauline Marois, assistée à l'Industrie et au Commerce de Lucie Papineau et à la R & D de Solange Charest.Le Développement régional est à l'honneur, de même que le développement du Nord.Louise Harel qui présidera les travaux de l'Assemblée nationale, bravo! Pour les autres secteurs, l'équilibre est intè cessant et on assistera à une visibilité politique pour Jean-Pierre Charbonneau: il était temps.Les femmes prennent leur place au conseil des ministres; il reste à souhaiter qu'elles soient nombreuses lors des élections.Je suggère au premier ministre de mettre à l'ordre du jour de la prochaine campagne électorale des débats régionaux, la participation à la politique y serait stimulée.André Mainguy Retraité Longueuil, 30 janvier 2002 Vocab-hiver Slush, sloche ou gadoue?Aucun, évidemment.Le premier est anglais, Iç deuxième, bâtard et le troisième, aberrant.Ecartons d’emblée la malheureuse gadoue, ce coup de force manqué des linguistes.Elle n'a aucune chance devant la si gênante et si appropriée slush.Prononcer ce dernier mot, c’est avoir déjà les deux pieds dedans.Prenons-en notre parti, mais, pleins de ressources, ajustons sa graphie.Le commerce propose sloche.C’est à la fois intéressant et félon: le «s» et le «1» ne se fréquentent pas chez nous.Qu’à cela ne tienne! Allons puiser dans notre grand sac de «e» et réanimons, regonflons le mot, qui devient seloche, cette fois par- fois conforme, que tout francophone prononcera s’ioche en contraction, comme il se doit, sans hésiter, sans se forcer, comme dans c’ma-tin ou ciivre-là.Et voilà l’anglais et le français réconciliés, solidaires, devant la même misère.Zamboni ou (re)surfaceuse?Les deux se livrent une lutte inégale sur nos patinoires intè rieures.Le premier est trop sympathique, naif, joufflu; le deuxième, trop froid, trop tranchant Il emprunte peut-être aussi à l’anglais (surfacer).Mais si zamboni (le nom essaime et désigne déjà dans les écoles, les magasins et ailleurs ces machines qui, du coup, essuient et lavent les parquets) devait rester, ce ne serait que faute de mieux.L’Office de la langue française préconise dè sormais une tisseuse, véritable plaisir phonè tique et image avenante.Le mot existe déjà en industrie, dans le traitement du papier et du cuir.Et après?Par la lisse des traîneaux, il se trouve autant dans le champ sémantique hivernal.Une lisseuse, donc.Et tant mieux si, dans trois générations, l’image s’étant animée et la prononciation un peu relâchée, on en venait à la lécheusel Yves Presseau Montréal, 26 janvier 2002 La guerre plutôt qu’Enron orsqu’il a abordé le thème du terrorisme dans son discours sur l’état de l’Union, le président Bush a conjugué le tout au mode vindicatif.On se rappellera qu’il a montré du doigt les États suivants: l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord.Quarante-huit heures plus tard, il a haussé le ton pour mieux accoster ce territoire où ce qui est vindicatif laisse place au belliqueux.Après avoir nommé, il s’est tait plus menaçant Pour que ses intentions soient bien entendues, à défaut d’être comprises, tous les hauts dirigeants de la chose militaire sont montés au créneau simultanément avec leur patron.En une journée, et une seule, le secrétaire d’État à la Défense, Donald Rumsfeld, la conseillère à la sécurité nationale, Condoleez-za Rice, ainsi que le directeur du FBI, Robert Mueller, ont tous clamé que la guerre au terrorisme n'étant pas terminée, loin de là, il fallait agir avec fermeté et constance.Pour résumer les discours formulés, on retiendra cette profession de foi formulée par Rumsfeld: «La meilleure, et dans bien des cas la seule défense, est une bonne offensive.» C’est dire jusqu’à quel point les principaux acteurs de la scène américaine sont prêts à en découdre avec les trois pays nommés, mais également avec certains autres.11 est vrai que les leaders des États en question ont un comportement dictatorial.La Corée du Nord préfère remplir les coffres de l’année plutôt que de contrer ces famines qui, année après année, déciment la population.Il est exact que Saddam Hussein a commis, selon les Nations unies, le pire génocide constaté depuis la Deuxième Guerre mondiale en tuant au delà de 150 000 Kurdes.D est vrai que l'Iran demeure sous la coupe des fondamentalistes du Conseil suprême de la révolution, qui ne cesse de défaire les politiques du président Mohammad Khatami.Mais bon.de là à composer des quasi-dédarations de guerre, il y a un pas que beaucoup n’ont pas franchi.À cet égard, la position défendue par le secrétaire général de l’OTAN, George Robertson, est quelque peu révélatrice du malaise qu’éprouvent la majorité des Européens.Celui-ci a rappelé que l’article 5 de l’OTAN, article qui oblige les alliés à s'engager aux côtés du pays attaqué, avait été évoqué pour le 11 septembre.Mais là, il n'est pas question de s'y confonner de nouveau, à moins que d’autres attentats soient commis sur le sol des États-Unis.Le ministre britannique des Affaires étrangères.Jack Straw, a pour sa part souligné que le dialogue amorcé avec l'Iran serait poursuivi.Pour l’instant, l’administration Bush a suscité des réactions qui laissent d’autant plus entrevoir un certain isolationnisme qu’au sein même de la classe politique américaine, des voix ont commencé à critiquer cette rhétorique guerrière.C’est avec beaucoup d’à-propos que certains ont demandé au président de mettre un peu la pédale douce sur le front militaire pour mieux canaliser les énergies sur le virus Enron.Espérons que ceux-ci seront plus qu’entendus.Serge Truffaut ?REVUE DE PRESSE -—?- L’annexion tranquille de la banlieue nord?Antoine Robitaille L) historien Michael Bliss, de l’Université de Toronto, a le don des formules qui f choquent et qui.parfois, restent.Après sa distinction entre le soi-disant «nouveau Canada» — regardant vers le Pacifique, fou de l’entreprise privée et commis aux finances publiques «responsables» — et «l’ancien Canada», à l'est de l’Ontario — pétri de favoritisme, d’interventions étatiques dans l’économie et d'autres choses répréhensibles, Bliss se penchait cette semaine çur ce qu’il qualifiait de «banlieue nord» des États-Unis, c’est-à-dire le Canada.Nous devenons de plus en plus une sorte de banlieue des États-Unis, il faut bien l'avouer, écrivait-il.Ce processus a commencé bien avant le 11 septembre, avec les traités de libre-échange, mais s’est La presse accéléré depuis d’une façon impressionnante.Si bien qu’il faudrait se poser la question: «Comment la banlieue nord devrait-elle se gouverner en rapport avec la grande du Canada "métropole”au sud?» De quelle marge de mà-nœuvre réelle notre «conseil municipal» jouit-il?Devrions-nous poser l’ultime question, à savoir pourquoi donc s'encombrer d'un gouvernement de banlieue séparé?Pourquoi ne pas fusionner?«La spécificité culturelle du Canada a été pratiquement gommée à la fin du XX' siècle», affirme Bliss.Nous sommes devenus un pays ni britannique ni «anglo-français» ni conservateur, et «certainement pas un pays plus tolérant et plus multiculturel» que notre voisin du sud.Bliss affirme que les Etats-Unis sont des plus présents dans notre vie quotidienne et que les Canadiens forment le peuple «qui ressemble le plus aux Américains».Bref, nulle surprise que, depuis quelque temps, des voix osent faire entendre des questions taboues, comme celle de l'union éventuelle du Canada aux États-Unis.Ce n’est pas le scénario que Michael Bliss souhaite.Il le répète plusieurs fois.Mais son analyse s'avère si implacable qu’on se demande comment d'autres scénarios pourraient être envisageables.Diverses crises probables, écrit-il, risquent de faire basculer le Canada dans le giron américain.L’écrasement total du huard, d'abord, qui pourrait nous «dollariser dans les faits autant que la Ligue nationale de hockey».Ensuite, un renouveau du séparatisme québécois ou «l’incompétence d’Ottawa»; ou alors «la tendance irrépressible du Canada de l’Est à vivre aux dépens des autres».Les Canadiens auront-ils ce qu’ils méritent?Bliss semble répondre par l’affirmative lorsqu’il dè nonce notre peu d’attirance pour l’excellence et l’ambition.Cela fera qu’un jour nous choisirons librement de troquer notre état ,de «banlieue» pour celui de «ville fusionnée».A propos du Canada actuel, il parle de «ce pays mal géré, mal gouverné, où la dénégation est un mode de vie, où la médiocrité passe pour de l’excellence, où la politique de l’abandon à la petite semaine devient la norme».Nous dérivons tranquillement, «tels des somnambules», vers une intégration totale aux États-Unis.Et un jour, on proposera l’union avec notre grand voisin parce que «personne ne se souviendra plus des raisons qui militent pour que nous en demeurions séparés».?La perspective et les inquiétudes étaient presque les mêmes chez un autre historien, Robert Fulford, dans le National Post de lundi.Fulford analysait les trois crises qui ont fait qu'en quelques semaines le Canada semble tout simplement «méconnaissable» sur le plan de sa souveraineté.La valeur plancher atteinte par le huard a transformé les politiciens négligents en défenseurs vigoureux du dollar; changement d’attitude qui survient toutefois trop tard, note Fulford.Ensuite, la lutte contre le terrorisme a poussé le Canada à accepter d'harmoniser plusieurs normes avec celles des États-Unis.Enfin, Fulford s’attarde longuement au changement de ton, au fédéral, sur les questions de santé, où l'on jongle maintenant ouvertement avec certains éléments de privatisation.Ce sont principalement les déclarations de la nouvelle ministre Anne McLellan qui inquiè tent l'historien: «Elle dit considérer des modifications à la Loi canadienne sur la santé.[.] La politique canadienne fonctionnait pourtant depuis une génération sur la base de ce commandement: tu ne toucheras pas [ni n’auras l’air de toucher] à une virgule de la lai canadienne sur la santé et tu ne songeras même pas à établir un système de santé à deux vitesses ou quoi que ce soit y ressemblant.» Face à ces changements considérables, Fulford se désole de voir revenir certaines atti- tudes nationalistes qu’il juge douteuses.Comme celles, empreintes de ressentiments, où les Canadiens tentent de se convaincre qu'ils sont «supérieurs aux Américains sur le plan moral», notamment sur le plan du multiculturalisme.?Dans le Toronto Star, David Crane exprimait dimanche dernier des craintes similaires concernant le déclin de la souveraineté du Canada.Il dénonçait entre autres les thèses d’un économiste de l’Université Simon Fraser, Richard Harris, auteur d’un récent rapport pour le compte d’industrie Canada, rapport fondé sur la thèse d’une «progression naturelle allant d’une zone de libre-échange à une union douanière et aboutissant enfin à une monnaie et un marché communs».Crane souligne avec effroi plusieurs éléments précis du rapport «Harmonisation des règles d'impôt pour les entreprises [.], adoption d’une approche commune sur l’accord de Kyoto sur les changements climatiques; approche commune sur la biotechnologie; donner accès aux Américains aux sources d’eau potable canadiennes; élimination des règles sur la propriété des entreprises canadiennes dans les domaines financiers, des télécommunications et des transports.» Crane conclut: «Ceux qui veulent sauver le Canada doivent se serrer les coudes et montrer qu’il y a d’autres options que de se muer en 5l'Etat américain.» ?.?Sur l’accord de Kyoto, justement, le Globe and Mail réagissait mardi en éditorial aux récentes déclarations de l’ambassadeur américain au Canada, Paul Cellucci.Ce dernier, en interview au Globe, s’était autorisé à dire que ce n’est «pas dans l’intérêt des États-Unis et peut-être pas non plus dans celui du Canada de ratifier» l’accord de Kyoto.Ces deux économies seraient trop enchevêtrées pour souffrir des politiques différentes.Le Globe répond que le réchauffement climatique menace à terme l’ensemble de l’économie nord-américaine.Le sud de la Floride, notamment «pourrait être immergé de façon permanente» si le climat continue à se réchauffer.Les États-Unis devraient renoncer à l’isolationnisme sur cette question, indique le Globe.Et cesser de donner des conseils trop directs à un Etat ami, mais souverain: «Des amis intimes peuvent parfois se marcher sur les pieds.M.Celluci marche ici un peu trop près de nos orteils.» \ \ I > LE DEVOIR LES SA M E D l E T l> t M A N l H E A E E V K I E R 2 0 0 H 1 I IDEES Décès de Thérèse Daviau Montréalaise jusqu’au bout des doigts LOUISE ROY Directrice générale adjointe du Parti québécois alut Thérèse, Tu nous laisses ton magnifique sourire, ta fidélité, ton engagement et surtout l’amour du monde.Ce fut pour moi un privilège et un honneur de te côtoyer.Ce fut extraordinaire d’être ton amie, ta voisine et ta collègue pendant prés de 20 ans.Tu aimais profondément la vie politique, avec ses hauts, ses bas, ses grandeurs et ses revers.Je me rappelle toutes ces réunions, rencontres et assemblées de cuisine, tous ces comités de travail, pour faire avancer un dossier ou faire participer les gens; tu savais les convaincre et t’assurer leur collaboration.Je me rappelle que nous avons sillonné de long en large ce Plateau que tu aimais tant.Combien tu aimais ses habitants, leur façon d’être contestataires et solidaires! De conseil de quartier en conseil municipal, il n’y avait pas de petits dossiers pour toi.Tu en faisais le tour de long en large et, pendant des heures, tu tentais de convaincre un fonctionnaire ou un citoyen qu’il y a toujours une solution pour faire avancer les choses.Je me rappelle surtout combien tu aimais tes filles.Un souvenir me re- 1 Thérèse Daviau JACQUES N AD EAU LE DEVOIR Les coûts de la santé - 1 Un système qui coûte de plus en plus cher 4 Le coût de la santé est une préoccupation importante du ministère des Finances.En effet, non seulement la santé contribue largement aux dépenses de ce ministère, celles-ci augmentent d’année en année.Ce texte se veut une analyse des divers facteurs impliqués dans cette montée: hypertrophie administrative, accroissement de la population, augmentation de la prédisposition à certaines maladies, longévité accrue.Plusieurs solutions sont proposées afin de réduire ces coûts 83118 pour autant nuire à la qualité des soins.MICHÈLE GAGNAN BRUNETTE Pédiatre-néphrologue et directrice d’une unité de recherche à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont Premier de deux textes otre système de santé coûte de plus en plus cher aux gouvernements.Il coûte plus cher que ceux des pays de l’Europe de l’Ouest, voire du Japon.La Grande-Bretagne, par exemple, dépense 6 % de son produit intérieur brut (PIB) pour la santé.Le Japon, 6,5 %, bien que sa population soit plus âgée.Or le Canada dépense actuellement 9,2 % dans ce secteur, soit davantage que beaucoup d’autres pays, sans pour autant que la santç des gens soit meilleure.Le Canada suit de près les États-Unis, qui amputent leur PIB de 12,1 % à cet effet Les facteurs de ces coûts élevés sont multiples.Au fur et à mesure que les soins médicaux se diver-sifient, la hiérarchie administrative se développe.Nous citerons à titre d’exemple les soins infirmiers, un sujet quelque peu névralgique car nos institutions médicales ont actuellement de sérieux problèmes de recrutement d’infirmières soignantes.D y a un manque d’infirmières, certes, mais relativement plus au chevet des patients qu’en administration.Une enquête faite récemment dans un des hôpitaux de Montréal a révélé que le ratio «encadrement» (qui exige des diplômes supérieurs) par rapport à «simple employé» s’est notablement élevé depuis une vingtaine d'années.Immigration impressionnante Et la population s’accroît, pas nécessairement à cause des familles nombreuses mais davantage à cause d’une immigration impressionnante, et ce, à peu près uniquement en milieu urbain.Dans les années 40, Montréal ressemblait à une ville de province.Sans connaître les niveaux de vie de ces immigrants, il est difficile d'évaluer leur contribution financière par le truchement des impôts, d'une part, et leur consommation de soins de santé, d’autre part mais ü est certain que plusieurs de leurs pays d’origine ont un niveau social modeste et, par conséquent de sérieux problèmes de santé.La décision récente de n’octroyer la carte soleil à un immigrant qu'après un séjour d’un mois est peut-être un premier pas dans une sage direction.Autre facteur la longévité moyenne dans les pays occidentaux augmente de décennie en décennie.Les causes en sont multiples.En plus de la venue des différents vaccins, les connaissances en bactériologie ont servi de base aux préceptes d’hygiène qui lurent certainement à l’origine du recul de nombreuses maladies entrainant la mort à plus ou moins long terme.La multiplication des antibiotiques et, d’une façon générale, l’évolution des connaissances médicales, les techniques diagnostiques ainsi que la naissance de diverses thérapies comme les immunosuppresseurs ont aussi contribué à prolonger la vie.L’envers de la médaille: le vieillissement En 1994, 12 % seulement des Canadiens avaient plus de 65 ans, contre 18 % en Suède et 16 % au Royaume-Uni (Foot et Stoffman, 1996).Or cette proportion augmente actuellement de façon spectaculaire, comme en témoignait chiffres à l’appui (en 2020, les sexagénaires seront majoritaires dans le monde), une émission présentée à la télévision de Radio-Canada, intitulée «Le boom des centenaires».Il faudra beaucoup de planification et de sagesse à nos services de santé pour affronter cette réalité démographique: développement de centres de gérontologie, centres d’hébergement soins à domicile et autres.L’obésité Par ailleurs, un des problèmes de santé de la population nord-américaine, dont nous faisons partie, est celui de l’obésité et avec l’obésité, l’athérosclérose, l’infarctus, le diabète et autres maladies.Peut-être y a-t-il un facteur génétique dans l’incidence de l’obésité, de toute évidence supérieure à celle des pays d’Europe.Mais les habitudes de vie en sont en grande partie responsables.Une idée fausêe ancrée dans les esprits est le lien entre l’obésité et les régimes riches en lipides.Ce lien est erroné car si les lipides sont la source de neuf calories au gramme, ils constituent une proportion faible de l’alimentation.Ce sont essentiellement les hydrates de carbone, en d’autres mots les fé-culents, soit les farineux, le pain, les pâtes, les pommes de terre, les pâtisseries, qui, au cours d’une journée, apportent le plus de calories.Deux particularités des modes de vie nord-américains prédisposent à des apports exagérés en hydrates de carbone: les soupers relativement tôt dans la journée et le grignotage entre les repas.Autre facteur, mais à notre avis un peu moins important le manque d’activité physique.Mais allez donc faire du jogging si vous pesez 100 kilos! Enfin, la montée relativement récente du tabagisme, une salve de cancers bronchiques qui a certainement contribué à hausser les taux d’hospitalisation et de traitements onéreux.D est aussi évident que la gratuité des soins favorise des consultations pour des raisons triviales: une infection banale des voies respiratoires supérieures, des céphalées modérées occasionnelles ou une simple pharyngite, pour n’en citer que quelques-unes.On pourra objecter à cette critique qu’un abus de consultations peut éventuellement se justifier par leurs effets de prevention de complications plus sérieuses.H est difficile de quantifier l’économie éventuelle occasionnée par de telles visites médicales, mais il est certain qu’un enseignement au patient de la part de son médecin, tenant compte de tous les facteurs de risque, devrait limiter les consultations inappropriées.Responsabilité du corps médical Certaines attitudes des médecins contribuent à augmenter indûment le coût de la médecine.Par manque de formation clinique, par insécurité psychologique ou par peur des poursuites judiciaires, beaucoup de jeunes médecins prescrivent dès le dé vient sans cesse: lors de la campagne électorale municipale de 1978, nous parlions, dans ton petit logement du Plateau, de la nécessité d'améliorer la présence des femmes en politique.Geneviève et Catherine étaient autour de la table de la cuisine, c’était chaleureux! On voulait changer le monde, et toutes les luttes qui amé lioraient la qualité de vie de tes concitoyens t'intéressaient.line lutte douce et patiente Tu as probablement été une philosophe dans une autre vie pour réussir ainsi à transformer le départ de Geneviève et cet événement cauchemardesque de Polytechnique en une lutte douce et patiente pour le contrôle des armes à feu au pays.Pendant la dernière décennie, tu t’es investie sans hargne dans la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence avec les parents et les amies des victimes afin que plus jamais un événement semblable n’arrive.Tu étais Montréalaise jusqu'au bout des doigts; tu entretenais un rapport intime avec Montréal.Dans cette ville que tu aimais tant, tu as mis de la vie, de la chaleur humaine et de la beauté.Tu as consacré les meilleures années de ta vie à la politique municipale.Avec près d’un quart de siècle d’engagement, tu fais partie des femmes qui ont bâti Montréal.Merci, mon amie, pour tous ces moments de bonheur.A René, Catherine et tous tes proches, mon soutien le plus sincère.part une panoplie de tests dont une faible proportion sont pertinents, du moins au stade initial de l’investigation.In même chose se passe dans les hôpitaux universitaires, où les patients sont vus par des médecins en formation.Un des secteurs où se prescrivent de nombreux tests parfois un peu trop rapidement est celui de l’imagerie (radiographies et tests de médecine nucléaire).L’accroissement du coût des tests radiologiques au cours des dernières années est essentiellement dû à l’augmentation du nombre de ces examens et non à leur coût unitaire.Les coûts d’acquisition des appareils s’alourdissent mais ceux-ci sont de plus en plus efficaces.Autre facteur le médecin donne lui-même les rendez-vous au patient.Il semble évident que le médecin est le meilleur juge du type de suivi de son patient, donc du rythme de ses visites médicales.Par contre, n’est-il pas dangereux qu’il soit, dans une certaine mesure, le principal décideur du nombre de consultations à son bureau?Cette situation pourrait être occasionnellement propice à des conflits d’intérêts puisque, de façon générale, le médecin est payé à l’acte.Le pouvoir qu'a le médecin de diriger le montant de ses revenus n’est-il pas un peu dangereux?Rares sont les professions qui permettent une telle liberté.Possibilité de conflits d’intérêts Les médecins cliniciens, chargés de laboratoire, sont aussi dans une situation de conflits d’intérêts potentiels.En effet certains médecins impliqués dans des départements de biochimie, de pathologie, d’hématologie ou de microbiologie sont généralement payés à l’acte.Us assurent l’aspect clinique des soins apportés au patient et prescrivent les tests de laboratoire dont Us ont la charge.Deux sources de rémunération avec, évidemment, la possibilité de conflits d’intérêts.Certains de ces médecins spécialistes communiquent directement les résultats des tests effectués dans leur laboratoire aux patients référés par d’autres médecins.Communiquer ces résultats, voire donner des conseils et desprescriptions, ne prend que quelques minutes, si bien qu’ils peuvent voir défiler dans leur bureau une quarantaine de patients en un après-midi de pratique.Ést-ce normal?Enfin, les cas d’acharnement thérapeutique sont fréquents.La décision pour un médecin d’abandonner la lutte pour la survie d’un patient dont le pronostic est pauvre est toujours extrêmement délicate à prendre.Il voudrait gagner sur la maladie, retarder le dénouement.Cette situation est compliquée par les relations avec la famille du malade.Celle-ci est-elle prête à abandonner la lutte?Il est toutefois difficile d’évaluer exactement l’impact qu’un certain acharnement peut avoir sur le coût global de la médecine.Il y a cependant des secteurs où l’acharnement thérapeutique a donné lieu à des résultats dramatiques.C’est le cas, entre autres de certaines unités de soins intensifs néonataux.Il est en effet difficile de prévoir le devenir physique et mental des très grands prématurés, disons de 27 semaines et moins.On a déjà vu survivre des prématurés de 600 grammes à la naissance.Mais quelle est la souffrance de ces prématurés intubés, qui ne reçoivent pas de sédatifs, et quelle sera leur qualité de vie et celle de leur famille?Ne vaut-il pas mieux, parfois, cesser de s’acharner et laisser mourir 1’enfant, avec l’accord des parents, bien sûr?Ce sont toutefois là des décisions extrêmement laborieuses pour les néonatalogistes, qui les vivent comme des échecs.G i l Court e tu a ne h e ?La guerre, yes sir! rois fois cette semaine, j’ai écouté un discours de George Bush, dont celui de l’état de l’Union.Deux fois, j’ai entendu le secié» taire à la Défense, Donald Rumsfeld, évoquer la nécessité pour les Etats-Unis d’être capables de mener quatre guerres à la fois.J’ai aussi lu les propos absolu ment meurtriers d’Ariel Sharon et pris connaissance d’un plan de reoccupation des territoires sous contrôle palestinien et de destruction de l’Autorité palestinien ne.Chaque fois, j’en ai eu des frissons dans le dos.Il n’y a pas que les propos qui soient terrifiants mais aussi le langage, la symbolique manichéenne qui s’en dégage.Nous ne sommes plus dans le domaine de l’analyse, de la complexité, de la riposte mesurée et équilibrée, de la réévaluation des politiques, toutes choses absolument essentielles pour faire face à un phénomène aussi dangereux que le terrorisme d’al-Qaïda.Nous sommes dorénavant dans le domaine de la foi.Même le discours a re-: cours à une forme biblique, presque prophétique.«Nous avons été blessés par le Mal», a dit Bush mardi.Aussi: «Nous faisons face à un axe du Mal.,.».et encore: «Et la justice de cette nation les écrasera.» Finies les précautions le président américain, dans les jours qui ont suivi le 11 septembre, nous avait convies à défendre la civilisation occidentale.Aujourd'hui, il ne prend plus de piv-cautions oratoires.les Etats sommes de choisir entre le Bien et le Mal doivent défendre les Etats-Unis et leurs intérêts partout où ils seraient hypothétiquement menacés par des terroristes ou des Etats terroristes.MM.Chrétien et Eggleton, si prompts depuis le 11 septembre à lécher la main de MM.Chrétien leur maître, savaient-ils, en s’agenouillant, que des sol- et Eggleton dats canadiens devraient aussi peut-être entrer en guerre savaient lls, en contre l'Iran, l’Irak ou la Co- , , rée du Nord, sinon ils seraient s Hsen
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