Le devoir, 5 janvier 2002, Cahier D
1» I M A N l H K ti .1 A N V I K R 0 0 :> L K l> t V IM K .I E S SA M E I) I ,ï K T Histoire de sœurs Page D 4 Au temps du Vinland Page I) 7 ?l.E DEVOIR ?G CARREFOURS Ecrire Mozart D e v e n i r GILLES MARCOTTE Commençons par un sacrilège, ou plutôt trois.Glenn Gould, le très grand pianiste, déclarant que Mozart était mort trop âgé — à trente-cinq ans! —, qu'une mort plus précoce l’aurait empêché de composer plusieurs œuvres détestables.Et Igor Stravinsky, au sujet d'une de ses propres œuvres: «Ma Messe fut en partie suscitée par quelques messes de Mozart, que j’avais trouvées d’occasion dans un magasin de Los Angeles en 1942 ou 1943.En déchiffrant ces “amours de péché” dans un style d’opéra rococco, je réalisai qu’il me fallait écrire une Messe de mon cru, mais une vraie.» Victor Hugo, enfin, pourquoi pas, racontant dans Choses vues les funérailles de Napoléon: «Le Requiem, de Mozart, a fait peu d’effet.Belle musique déjà ridée.Hélas! La musique se ride; c’est à peine un art.» La contrepartie est facile à trouver.Elle confine souvent à l'adoration.C'est le poète Pierre Jean Jouve, estimant que le ciel même serait insupportable sans la musique de Mozart, ou le théologien protestant Karl Barth écrivant sur le musicien des pages ferventes, ou encore François Mauriac recevant de Mozart, par la radio, les réconforts qui lui permirent de traverser une convalescence assez dure.Quand on aime Beethoven, comme le fait Claudel, ou Chopin, comme Gide, ou Fauré, comme Richard Millet, c'est un sentiment plus raisonnable pour ainsi dire qui s'empare de l'âme, un sentiment qui ne met pas en danger les petits équilibres de l’existence courante.Philippe Sellers, lui, n’écrit pas sur Mozart.Il écrit Mozart, plus précisément il joue, il interprète Mozart avec des mots, des phrases.On le voit, sur la jaquette arrière du livre, au piano forte de la maison natale de Mozart, à Salzbourg.A côté, le portrait du jeune Mozart lui aussi au piano.L’identification est un peu choquante.Elle doit l’être.Il faut détruire le «calmant auditif» qu’est devenue dans notre temps la musique de Mozart et quel moyen plus sûr d’y arriver qu’une implication totalement impudique, de l’individu Sellers, dans ce culte musical?J’ai entendu il y a quelque temps, à la télévision, un pianiste dire pis que pendre de ce livre.Il y avait maldonne.Le Mystérieux Mozart (Plon) de Sellers n’est pas écrit pour ceux qui savent ou croient savoir, mais pour vous et moi, pour les millions de vous et de moi qui ont grand besoin de découvrir, avec lui qui ne cesse de le découvrir deux cents pages durant un Mozart neuf.Pianistes, s’abstenir.Du moins, ceux de Saint-Saëns.Ça commence à Paris, dans un taxi dont le chauffeur écoute à la radio, peut-être au péril de la vie de son passager (Philippe Sellers), le Requiem.Conversation.Puis nous voici à Shanghaï, où le même Sellers demande à une vendeuse remarquablement informée le même Requiem version Karl Bohm, la Petite cantate maçonnique et le Don Giovanni, le plus beau, celui de Carlo Maria Giulini.La Petite cantate n’est pas en stock.Puis, au bord de la mer, en Bretagne sans doute, la 33' Symphonie dirigée par Marriner.Lectrice, écrivez-vous?Lecteur, rêvez-vous de devenir écrivain?De plus en plus, on entend dire qu’écrire, cela s’apprend.On assiste à des ateliers avec des romanciers chevronnés, on s’inscrit à l’université en création ou à des cours par correspondance, aussi dispensés par le biais d’Internet.Mais en réalité, comment fait-on pour devenir écrivain?Et peut-on seulement le devenir?Nous avons posé la question à des professeurs et à des écrivains.Portrait, en deux volets, d’un «métier» de plus en plus recherché.JOHANNE J A R R Y omment devenir écrivain?En 1985, l’écrivaine américaine Ix>rrie Moore posait la question dans Des histoires pour rien (Rivages).«Ifs-sayez d’abord de devenir autre, chose, n’importe quoi d’autre.[.] Le mieux, c’est d’échouer le plus jeune possible — mettons 14 ans.H est indispensable de connaître de bonne heure des déceptions majeures, c’est ce qui vous permettra d’écrire à 15 ans de longues séries de poemes en forme de haïku sur le theme du désir contrarié.» L’ironie qui traverse ce recueil de nouvelles souligne a gros traits l’usage que l’on fait des guides pratiques en tous genres pour résoudre tel problème, réaliser tel rêve.On voudrait que ce soit aussi simple.Mais écrire, n’est-ce pas écarter tous les modes d’emploi de son chemin?Rien de moins sûr que le trajet de celui ou celle qui écrit, désire écrire.Mais la volonté suffit-elle à faire l’écrivain?Et d’abord, qu’est-ce que c’est, un écrivain?Pour Jean-Noël Pontbriand, directeur du programme de certificat en création littéraire et professeur à l’Université I^ival, c’est celui qui anime le langage, le rend vivant et assure la vie des mots dans une société.«l«e langage tend à s’user; s’il n’y a pas d’écrivain, il meurt.» Pour Jean I .arose, professeur au département d’études françaises de l’Université de Montréal, «c’est quelqu'un qui écrit pour écrire.C’est le seul écrivain qui puisse dire: “J’écris”.Tous les autres écrivent quelque chose.» Mais concrètement, qu’est-ce qui distingue le premier du second?Est-ce que celui qui écrit pour écrire se fiche VOIR PAGE D 2: MOZART VOIR PAGE D 2: ÉCRIVAIN ILLUSTRATION: TIFFET C a -fa i e[s p é c i a 1 Rentrée littéraire janvier ' Tombée publicitaire le 18 janvier 2002 éfri Y| f : 5 ipl 2 samedi 1 LE DEVOIR LE DEVOIR.LES SAMEDI ET DI M A X < Il E H .1 A X V I E H i O O i I) 2 •*' L I V K E S *» ÉCRIVAIN Le besoin viscéral de s'opposer crée peut-être la nécessité d'écrire, mais suffit-elle pour faire de soi un écrivain ?SUITE DE LA PAGE D 1 d'être publié?désir d'être publié, c'est très important, poursuit Jean Larose./e ne crois pas du tout qu’on écrive pour soi-même.On veut prouver quelque chose à son temps; on écrit contre son temps.'- Mais à partir du moment ou Ton veut être publié, on écrit quelque chose, non?Une bonne histoire "Je me définis d’abord comme un romancier.C’est moins ambitieux comme définition.Mon travail est celui d’un artisan qui tente de fabriquer m roman divertissant, instructif», explique Marc Fisher, romancier et animateur d’ateliers d’écriture, aussi auteur de Conseils à un jeune romancier (Québec Amérique), titre qui renvoie l’écho lointain de la IMtre à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, mais dont le contenu est (et de loin) beaucoup plus pragmatique.Car le romancier fictif de Fisher, même s’il incite l’apprenti à lire Aristote, Flaubert et d’autres auteurs classiques, propose d’abord à son jeune neveu une méthode quasi infaillible pour écrire une bonne histoire.«Observe-toi écrivant, sans pourtant tomber dans cette complaisance moderne qui a engendré tant d’œuvres exécrables.» On aimerait que l’affirmation soit suivie de quelques titres.On imagine la plume du jeune homme absorbée par la marche à suivre.Qu’est-il en train d’écrire?Une bonne histoire, cela va de soi.Mais qu’est-ce qu’une bonne histoire?Si on peut maîtriser une technique, peut-on aussi apprendre à donner une âme et de la profondeur à un récit?«On peut devenir ce que l’on veut aujourd’hui, y compris écrivain», constate Suzanne Jacob.Cette question quelle tourne et retourne dans sa tête fait surgir une image: «Est-ce que toutes les jeunes filles qui suivent un cours de mannequin peuvent faire la première page des magazines?» Si on répond oui, on ment; si on répond non, on brise LE rêve.«On peut apprendre un savoir-faire, une technique.Mais le travail de l’écrivain, ce n 'est pas juste écrire, c'est aussi penser.» Voilà un élément qui figure rarement dans la liste des ingrédients indispensables a la confection d’un bon livre.Pour plusieurs étudiants aspirants écrivains, savoir écrire signifie d’abord savoir faire des plans, créer des personnages, rédiger des dialogues.Ceux qui reconnaissent ce besoin de maîtrise technique y répondent en donnant des ateliers d’écriture où l’emporte cet aspect de l’écriture.Marc Fisher est de ceux-là: «lœs écrivains québécois font abstraction de la narratologie.Ils sont trop centrés sur l’historique et le sociologique.En fait, ils écrivent des romans d’essayistes.» Chaque année, plus de 300 personnes s’inscrivent aux ateliers d’écriture qu’il anime.Sa devise?«95 % de vos énergies doivent aller à l'histoire et 5 % au style.» Ce qui donne en termes de temps: «Pour une heure que tu consacres à ton style, consacres-en dix à ton histoire!» Parce que le fin mot de l’affaire, du succès, quoi, c’est que le livre soit traduit.«Un histoire doit pouvoir voyager (entendre: être traduite), d'où l’inutilité de travailler un style qui, de toute façon, demeurera intraduisible.» On entend les traductrices et les traducteurs protester.Ce que ça vaut Un livre prend-il de la valeur uniquement parce qu’il est traduit en 23 langues?Mais parlons-nous encore de littérature ou d’une entreprise rentable?Si chacun, pour écrire, consulte les mêmes guides et fréquente les mêmes ateliers, est-ce qu’on ne finira pas par écri- re la même histoire?Prenez un héros, rendez-le amoureux, donnez-lui un défaut physique, acca-blez-le de dettes et débrouillez-vous pour qu’il soit victime d'une injustice.Maintenant, brassez le tout.Est-ce que c’est ça, écrire?Reproduire (en insérant des variantes) ce qu’on a lu mille fois, ce qu’on entend tous les jours à la télévision?L’an dernier, dans son discours de réception du prix Nobel de littérature, l’écrivain chinois Gao Xingjian affirmait: «Si l’écrivain refuse de se plier aux lois du marché, s’il veut créer sans se trouver dans l’état de fabriquer des produits culturels pour satisfaire au goût de la mode, il ne peut pas ne pas se chercher un autre moyen d’existence.Ixi littérature n’a rien à voir avec les best-sellers et les tableaux des ventes, et les médias font plus de cas de la publication que des écrivains.I/i liberté de création n ’est ni une faveur ni une chose que l’on peut acheter, elle vient avant tout d’un besoin intérieur de l’écrivain lui-même.» Qu’est-ce qui prime dans ce désir de devenir écrivain: la nécessité intérieure ou financière?Et la première est-elle compatible avec la seconde?Pour David Homel, écrivain et traducteur, les attentes monétaires de l’écrivain doivent être modestes, de même que son besoin de notoriété.Ce que ça prend pour être écrivain?«Il faut être fâché avec le monde.Et le rester.Il faut aussi écouter la société, et pas uniquement celle où on vit.Ça aide à écrire de bons dialogues.» Creative writing Apprendre à,écrire, on le fait beaucoup aux Etats-Unis.L’Université d’Iowa est une institution pionnière en matière de creative writing.David Homel s’était inscrit à ce programme quand il vivait encore aux Etats-Unis.Accepté comme étudiant, il n’a finalement pas suivi les cours.«Et je le regrette.ILLUSTRATION DF.CHRISTIAN TIFFET Pas pour la formation que j’y aurais trouvée, mais pour les contacts.» Parce que plusieurs écrivains reconnus y enseignent et peuvent vous présenter la bonne personne au bon moment.David Homel a donc fait des études en littérature comparée à l’Indiana University.A l’époque, s’inscrire à l’université, c’était aussi une façon d’échapper au Viêtnam.Mais Homel précise qu’il appartient tout de même à une génération d’écrivains qui privilégiait l’expérience, et celle-là, on la trouvait dans la vie, les voyages, «dans une quête perpétuelle d’absolu».N'empéche que ses études en littérature comparée ont favorisé des rencontres avec d’autres cultures que la sienne, ce qui contribue sans aucun doute à la formation d’un écrivain.Les ateliers d’écriture sont moins populaires en France.Mais l’influence américaine y fait son chemin.On en veut pour exemple Le Studio d’écriture, un site Internet français où les concepteurs affirment que, oui, le métier d’écrivain s’apprend.La preuve?Le système de creative writing aux Etats-Unis a formé aussi bien des stylistes que des producteurs de best-sellers.Cité comme exemple de réussite, l’inévitable John Irving, alors étudiant de Kurt Vonnegut.«M’apprit-il à écrire?Je ne dirais pas ça.Mais il me fit gagner du temps et il m’encouragea.Il me fit voir certaines mauvaises habitudes dans mes premiers textes.[.] J’aurais sans doute fait ces découvertes tôt ou tard, mais peut-être beaucoup plus tard.Or le temps est précieux pour les écrivains, jeunes et vieux.» Mais devrait-on faire confiance à ceux qui veulent apprendre à écrire vite?Ecrire, n’est-ce pas justement prendre le temps de trouver les mots justes pour saisir ce qu’il y a à dire?Singularité «Il n’y a pas de recette pour arriver à une langue», précise l’écrivaine Suzanne Jacob.Dans La Bulle d’encre (Boréal compact), un essai qui explore «de quoi est fait le discernement du créateur», elle écrit: «L’apprentissage de la création par des cours de lancer du javelot est plus utile au créateur que des cours de création.De la création, on ne peut faire l’apprentissage que du maniement de ses outils, ici, la langue.Et celui qui vous enseigne la langue, qu’il soit votre milieu lui-même ou tous les livres, il ne peut rien vous dire de la part d’étrangeté que vous recevez avec la langue, ne peut vous l’inoculer, cette part qui vous permettra d’entrer, comme Ulysse, darts le nom de personne.» Ecrire, n’est-ce pas d’abord être seul?René ! apierre, poète et professeur au département d’études littéraires de l’UQAM, précise dans Ecrire l’Amérique (Les Herbes Rouges): «Toutes sortes de conventions — je pense parmi tant d’autres aux dédicaces, aux hommages de toutes sortes — laissent d’ailleurs croire à bon compte qu’on écrit spontanément, immédiatement ‘‘pour" quelque chose ou pour quelqu ’un.Je ne suis pas sûr de cette prétendue générosité.de ce premier degré du don.Il me semble que bien des œuvres, au contraire, sont portées par le refus, existent contre, profondément et nécessairement contre, avant même qu’il fût possible à leur auteur de dire contre qui ou contre quoi — auquel cas, je suppose, écrire n ’eût pas été indispensable.» Le besoin viscéral de s'opposer crée peut-être la nécessité d'écrire, mais suffit-elle pour faire de soi un écrivain?«Quiconque n’a pas reçu en naissant le don des dieux, ne pourra jamais, quel que soit l'effort qu’il fasse, devenir poète.» L’écrivain et professeur Jean-Noël Pontbriand conteste cette affirmation de Boileau.Pour lui, le don, c’est la passion des mots, et qui l’a pourra écrire s’il s’applique: «Un texte, ça se travaille.» Marc Fisher croit plutôt que le style, c'est un don.Quoi faire alors lorsqu’on possède tout le reste, mais pas le style?Jean Larose: «Les seuls à qui on peut apprendre à écrire, à devenir écrivains, sont ceux qui le sont déjà.Il y a quelque chose dans la maitrise de la langue et dans l’ambition d’écrire qui doit déjà être là, et c’est là-dessus qu’on peut travailler.Quelqu’un qui ne Ta pas.C’est très injuste, il faut l’avoir», répond celui qui, rappelons-le, publiait un premier roman en 1999 {Première Jeunesse, Leméac).Mais que faut-il avoir?Suzanne Jacob pense à Rimbaud.«On ne sait pas quoi dire devant ceux qui ont le don.Comme si ces gens arrivaient au monde avec; ils ont ça à l’intérieur d’eux.On espère peut-être s’emparer du feu, de ce qu’a Rimbaud par exemple, en suivant des cours, peut-être.», réfléchit-elle.La semaine prochaine : le pour et le contre de la création littéraire à l'université.INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Mozart MOZART SUITE DE LA PAGE D 1 Enfin.Salzbourg, pour la photo que l’on sait, et un petit circuit touristique qui fournira l’occasion de parler du baroque.11 y a une leçon dans ces déplacements, ces passages rapides: la vitesse.«De nos jours, dit Sollers, la vitesse est partout sauf dans les esprits.Du temps de Wolfgang, c'est le contraire.On voyage en diligence, les préjugés barrent l’horizon, c'est encore l'immense province, la noblesse, à quelques exceptions près, n'entend rien à ce qui va venir, mais le bouillonnement sensuel et neuronal est là, l’intelligence fuse à travers les doigts et les souffles.» Mozart, ou la vitesse, l’agileté, la légèreté.C'est tout le contraire de ce qui se vit à notre époque, rapide par sa technique mais assoupie dans «la sombre nuit wagnérienne».Ce qu’il faut entendre, profondément, c’est ceci: «Lourdeur et superficialité s'opposent à profondeur et légèreté.» Relisez, s'il vous plaît.La profondeur serait du même côté que la légèreté?I.a profondeur pourrait danser, jouer?D' Mozart de Sollers, il ne faut pas s'y méprendre, est une machine de guerre contre les lourdeurs, les pesanteurs qui affligent la vie moderne.Rimbaud et Mozart Philippe Sollers, donc, suit Mozart, ou plus justement il l’accompagne, créant un rythme verbal semblable au sien, dans les méandres de sa vie d’homme et de musicien.Il s’est documenté, il a lu de bons auteurs, il cite fréquemment la correspondance de Mozart, mais rien de tout cela, sous sa plume, ne demeure immobile, pur document, érudition de bibliothèque.Ça bouge, ça pense, ça imagine sans arrêt.Les rencontres les plus inhabi- tuelles se produisent avec un naturel étonnant.Mozart et Rimbaud.la pure joie de créer et la révolte la plus dure, qui d’autre que Sollers aurait pu les voir, les entendre ensemble?Au milieu d’un développement sur la vie ou la musique de Mozart, voici tout à coup, sans apprêt, un extrait des Illuminations, et on ne peut qu’être frappé, ébloui par l'absolue justesse du rapport: «Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir», «0 Douceurs, ô monde, ô musique!», «un musicien même qui [a] trouvé quelque chose comme la clé de Tamour».Tout cela, par ce qu’il faut bien appeler la magie de l’écriture, devient du Mozart, l'explication même de Mozart.11 fallait, pour l’entendre, l’oreille la plus subtile, la plus sûre.«Rimbaud et Mozart, dit Sollers, parlent de la même chose», et l’on en convient, on approuve, même si on sait que sur cette «chose» on ne pourra jamais mettre le mot parfaitement exact.Philippe Sollers a aussi entendu, comme personne d’autre peut-être, la clarinette mozartien-ne, «instrument magique» dont il parle souvent et dont il fait même, à la fin, un «grand personnage mozartien».Soulignons, encore: «Mozart est une clarinette».Je le prends personnel, comme on dit, puisque chez moi, dans ma jeunesse, on jouait souvent et bien de la clarinette.Sollers parle admirablement du Concerto et du Quintette, mais je suis un peu déçu de découvrir, en lisant son Choix discographique, qu’il écoute le deuxième dans un enregistrement de Gervase de Peyer.Quoi, cette clarinette anglaise grasse, un peu poisseuse, abîmée par un vibrato atrocement sentimental?Il fallait, enfin, que je trouve un défaut au Mozart de Sollers.C’est fait.BEAUX LIVRES Ailleurs et autrement VITRAUX.LÉGENDES DE LUMIÈRE Sophie Martineaud Photographies de Michel Maliarevsky Flammarion Paris, 2001,160 pages Lointain, l’art du vitrail exerce toujours la même fascination depuis des siècles.On n’a qu’à penser à Claudel, qui parlait de la «liquidité merveilleuse [de ces] poèmes lumineux ou instructifs», ou encore à Proust, qui évoquera «un précieux et mouvant incendie».Vitraux.Légendes de lumière, de Sophie Martineaud chez Flammarion, retrace l’histoire, parfois complexe, derrière ce que Focil-lon considérait comme «la plus belle invention du Moyen Age occidental».Une aventure fabuleuse en images et en mots.Substance unique par sa brillance et son éclat, le verre renvoie au phénomène aussi magique que déroutant de la lumière.Par contre, il est plutôt difficile de rendre l’intensité chromatique par le biais de la photographie.De ce strict point de vue.l’approche de Michel Maliarevsky demeure admirable maigre les limites d'un pareil exercice.A l’origine inspiré de l’enluminure, des émaux et de l’orfèvrerie, cette pratique prendra des proportions monumentales puisqu’il trouvera véritablement son sens à travers cette architecture qui l’accueille.L'ouvrage de Martineaud va des sources aux différentes regions.Selon Grégoire de Tours, le vitrail aurait fait son apparition en France au Ve siècle.Ces œuvres primitives se rapprochent davantage, aujourd'hui, de la mosaïque abstraite.A cet égard, la cathédrale d’Aug-sbourg conserve une série exceptionnelle représentant les prophètes Jonas, Moïse, Daniel, Osée, exécutée vers 1100.Des «grisailles» aux arabesques ornementales, les vitraux se font l’écho de l'histoire, des récits hagiographiques et des légendes.Les premières verrières typologiques feront leur apparition, sous le signe de l'Ancien et du Nouveau Testament, des thèmes de la Bible à ceux de l'Evangile.Ce livre, magnifiquement illustré, a l’avantage de ne pas adopter un ton trop scolaire.On parle bien sûr de l’histoire, mais aussi des techniques et des distinctions qui s'imposent.Il sera aussi question de la symbolique des couleurs, du choix des personnages, des gestes, des attitudes et des attributs.Evidemment, l’ouvrage ne prétend jamais faire le tour complet des lectures et des codes possibles.On démystifie plutôt, tout en signalant quelques exemples un peu à lecarf des tendances plus classiques.A la fin, un glossaire de même qu’une bibliographie i exhaustive permettra d’approfondir la connaissance de cet art des maîtres verriers de génie.David Cantin NÉPAL- COULEURS ET LUMIÈRES Carisse et Gérard Busquet Photographies de Bruno Morandi Arthaud Paris, 2001,160 pages Une escapade ou.plus, une évasion au Népal: c’est ce que propose Népal, publié chez Arthaud.Par le texte, qui recompose l’histoire de ce pays où «s’épanouirent de brillantes civilisations», mais aussi par l’image, riche et sans compromis, qui fournit sa part d’information.On trouve dans ce livre autant de jungles et de rizières que de palais, de dieux et d’Everest.De plat pays aussi, puis d’«escaliers du ciel», c’est-à-dire le Népal des montagnes, difficile d’accès, où la plupart des marchandises sont acheminées à dos d’homme.I.es principalçs facettes qui caractérisent cet État himalayen y sont traitées.La vallée de Katmandou, qui éveille le mystère à sa seule évocation ici, est probablement la région la plus connue des étrangers.Elle fut façonnée par les Newar, ethnie dominante sans doute établie depuis le début de l’ère chrétienne.«Au XIII' siècle, rois mécènes, architectes et artistes hors du commun modelèrent le paysage urbain de ce petit bassin de 600 kilomètres carrés, protégé par les remparts du Mahaab-harat Lekh.» Les darbars.des musées à ciel ouvert, en sont aujourd’hui le témoignage.Au cœur du vieux Katmandou, la capitale, on trouve le traditionnel marché, où les couleurs des différentes épices {masala), fèves et lentilles composent à elles seules un tableau vivant d’une saisissante beauté.Le curcuma, ou «safran du pauvre», est une «poudre orangée qui sert aussi bien à relever les plats qu’à désinfecter les plaies».En plongeant dans les grands moments qui ont marqué le Népal, on a l’impression de lire un conte où les royaumes et les palais rivalisent avec le religieux et le sacré de ce dernier royaume hindou du monde asiatique.«Le sacré, loin d’être confiné aux temples aussi nombreux que l’infini cortège des divinités hindoues, investit nombre d’espaces naturels tels que les fleuves, les arbres, les confluences et surtout certaines pierres et certains rochers [gucca].La maison newar est un espace habité par le divin: le seuil, les poutres, la cuisine, les portes et fenêtres sont les lieux de résidence de forces invisibles et d’esprits protecteurs.» NEPAL Un tel document ne pourrait être complet sans traiter des visages artistiques du pays.Ira primauté des arts du métal au sein de la civilisation newar y fait l’objet d’un chapitre qui montre la richesse et la complexité symbolique des joailleries népalaises.Au pays des parures toutes plus colorées les unes que les autres s’impose l’ingéniosité des maîtres du ciseau.Les bijoux en or sont les plus prisés, «l’actif qui ne se dévalue jamais dans un pays où les conditions de vie sont des plus précaires.Le port de l’or autrefois réservé aux trois castes pures des brahmanes, guerriers et commerçants, tend à se généraliser en fonction du niveau de vie».L’Occident n’a rien inventé avec sa mode du body-piercing, il en a juste escamoté quelque peu les symboles primitifs.Un livre à regarder autant qu’à lire, ou à consulter pour un éventuel périple népalais, au-delà du seul trekking dont les Occidentaux sont si friands.Diane Précourt VIVRE À JAVA Peter Schoppert Editions du Pacifique Paris, 2001,208 pages L’ART DE VIVRE À BERLIN Barbara Sichtermann et Ingo Rose Flammarion Paris.2001,223 pages Si file de Java est une source de fascination pour le touriste contemporain, tout au long de son histoire, elle a été un objet de curiosité pour les peuples voisins.On décèle donc, tant dans son architecture que dans sa décoration intérieure, des influences européennes (anglaise et française mais surtout néerlandaise.étant donné que la Hollande a longtemps considéré Java comme sa colonie), musulmanes.chinoises et indiennes, pour ne citer que les principales.C’est ce que révèle le livre Vivre à Java.Les pages de texte — toujours isolées, au début de chaque chapitre, des illustrations — s’avèrent plutôt arides, entre autres parce que le condensé d’histoire qui s’y trouve veut trop en dire sans en expliquer assez.Le lecteur, perdu dans une indigeste masse d’information, aura tendance à passer rapidement sur ces pages pour enfin arriver aux magnifiques clichés de Tara Sos-rowardoyo.Végétation luxuriante, toitures aux formes exotiques, intérieurs cossus et conçus pour le rythme modéré des régions tropicales: il y a là de quoi rêver.L’effet créé par Vivre à Java n’est cependant que bien peu de chose si on le compare à l’irrésistible envie de traverser l’Atlantique que fait naître la lecture de L’Art de vivre à Berlin.Si l’ouvrage aborde l’aspect historique de façon moins exhaustive que Vivre à Java, il décrit en revanche les détails de la vie culturelle de la capitale allemande, de l’architecture au design intérieur en passant par les musées, les parcs et les bonnes adresses de magasinage.Bref, le lecteur saura tout ce qu’il doit savoir de cette ville aux mille facettes.On apprendra par exemple que la murale en trompe-l’œil est de plus en plus populaire dans le paysage urbain berlinois, de même que les cours intérieures d’immeubles commerciaux ou résidentiels, qui accueillent volontiers les piétons en quête de verdure et d’un instant de repos.Autre donnée intéressante, 2000 hectares de lacs, 200 kilomètres de canaux et 1915 ponts font de cette ville une Venise nordique qu’il est possible de visiter — quoique superficiellement, bien sûr — par voie maritime.A la fois étude de fond sur ce nouveau Berlin «d’après-Mur» et guide pratique pour tout aspirant visiteur, ce livre est un régal tant pour l’œil que pour l’imagination.On pourra reprocher à la traduction d’être parfois nébuleuse; cependant, cela n’empêche nullement le lecteur de saisir toute l’information qu’on désire lui transmettre.et qu'il se délecte à recevoir.Sophie Pouliot VIVRE A LE DEVOIR.LES SAMEDI 5 ET 1) I M A N C H E ti .1 A \ Y I L R '2 O O 2 I) LIVRES >vi ROMAN QUÉBÉCOIS Un deuil tarabiscoté Bertrand Gervais aurait dû donner à ses personnages et à son narrateur de meilleurs moyens GAZOLE Bertrand Gervais, XYZ, collection Romanichels, 2001,174 p.Les chiffres le disent, qui laissent deviner, au-delà de désespoirs individuels, un malaise de société: les jeunes se suicident en plus grand nombre ici qu’ailleurs, les garçons davantage que les filles.Et chaque fois, c’est une part d’avenir qui disparaît.C’est beaucoup cela qui est raconté par fragments dans le roman de Bertrand Gervais.Un jeune homme s’est pendu quelque part au Saguenay.C’est une amie qui dé- * couvre le cadavre, nu, fascinant dans sa rigidité cadavérique: son sexe est en érection.Voici donc posée dès le début la dyade bien connue de l’érotisme et de la mort qui va se maintenir tout au long, où vont se débattre, parfois en se jouant, les survivants.La plupart sont des jeunes gens somme toute assez ordinaires: ils étudient un peu et jouent de la musique qui «cogne», celle des autres ou la leur.Leur originalité s’affiche surtout dans les surnoms qu’ils se sont donnés.Caroline Rivard a choisi de se faire appeler Gazole parce que son père tient une station-service, son ami de coeur est devenu «Pyramide» par suite d’un moment de révélation lors d’un voyage au Guatemala, et le groupe de musiciens qu’ils forment s’appelle «Le livre des morts» par référence au Bardo Thodol, ce manuel de mystique tibétain qui indique la marche à suivre pour passer de la mort à une nouvelle naissance.Il sera d’ailleurs fait allusion à ce livre, de manière assez appuyée, tout au long du roman de Gervais, pendant ces quelques jours qui suivent le suicide de celui qui était le parolier du groupe, et un peu son âme.Gazole et les autres tentent de faire leur deuil de sa disparition, de se faire à son absence tout en ravivant entre eux le désir qui menace de s’éteindre.Il y aura des obsèques, une vague enquête auprès des amoureuses du suicidé et un concert qui se veut un adieu.Mais on se disperse également beaucoup, pour montrer peut-être que la vie, malgré tout, suit son cours.On s’égare même souvent: dans la lecture des textes plutôt fumeux qu’a laissés le disparu, des glossolalies dont on assure qu’elles auraient pu faire «frémir d’envie Artaud», dans les affaires louches où trempe le gérant du groupe de musiciens, ou dans les considérations navrantes d'un professeur de littérature, partisan de Inanimation» pédagogique, selon qui les morts, à l’instar des personnages de romans, n’existent que si on veut bien y croire: i Robert C h artrand «Les morts, c'est ça.Ils n 'existent pas en soi.On les crée, de toutes pièces.Lance, il n'est que mort.Il était malheureux, maintenant il n'est plus rien.» Curieuses paroles de consolation et étrange point de vue, qui fait peu de cas du poids des mots et leurs sens.Le suicidé du roman de Bertrand Gervais n’est ainsi, par moments, qu'un cadavre gênant, dont la figure, pourtant centrale, se disperse dans toutes les directions jusqu’à disparaître presque avant de resurgir dans ce Saguenay actuel envahi par un orientalisme tarabiscoté: les dessins de mains dans diverses positions, qui séparent les fragments du roman, ne seraient-* ils pas des mündra hindouistes?Gazole est un récit qui progresse sinueusement et par à-coups, à la manière de l’étrange traversée du parc Lafontaine qui était au cœur A’Oslo, le premier roman de Gervais.On avance ici aussi au gré d’épisodes, de détails qui se veulent tous signes ou symboles — on sait que Fauteur est professeur et spécialiste de sémiologie — à reconnaître, à deviner, à déchiffrer, parmi lesquels on n’a d’autre choix que de se perdre, guidés par un narrateur lui-même brouillon, qui se permet des clichés sur la mondialisation et dont l’écriture n’est pas toujours très sûre.Les personnages de Gazole ont une curieuse façon de meubler l’intermède qui sépare la mort d’une éventuelle renaissance, de se souvenir comme pour mieux oublier.Leur deuil est teinté finalement d’une assuétude assez confortable: il s’est produit un incident — cette mort — dont il leur reste à s’accommoder, à défaut de la comprendre, pour retrouver un contentement de soi qui permette de continuer à vivre.On se souviendra que Christian Mistral avait écrit, sur ce thème de la mort d’un jeune homme, un livre remarquable qui sondait par les mots la souffrance de la perte, avec des accents aussi rageurs qu’émouvants: c’était Vautour, paru chez XYZ en 1991 et réédité chez Type deux ans plus tard, le récit d’une fraternité inaboutie, de la douleur sentie après coup, qui disait la peinent les limites de ses moyens.«À présent, j’échoue à traiter la mort d’un homme vivant, lire authentiquement réel», était-il écrit au début d’un chapitre.On y lisait également la mauvaise conscience du survivant qui n’a pas su deviner le désespoir d’un proche, et bien d’autres choses encore.Bertrand Gervais, lui, a écrit un tout autre livre, comme il en a le droit.Il aurait cependant dû donner à ses personnages et à son narrateur de meilleurs moyens.robert.chartrandS ((tsympatico.ca K O M A N É T K A N t; K K Salut précaire ENFER Patricia Melo Traduit du portugais (Brésil) par Sofia Laznik-GaKes Actes Sud Paris.2tXH, 399 pages MICHÈLE MALENFANT LE DEVOIR Dès les toutes premières lignes on est séduit par F écriture.Les mots se bousculent, se heurtent les uns aux autres comme s’ils se poussaient pour prendre le devant de la scène.On se sent entraîné dans un tourbillon.étourdi par un feu roulant d’images.Un peu essoufflé mais ravi, on relit encore et encore le paragraphe terminé, rien que pour le plaisir des mots, pour en goûter de nouveau toute la saveur.«Ça monte.Rues en terre battue.Onze ans, le gamin.Petit Roi.Son cerf-volant à la main.Pieds nus.Short orange.[.] Petit Roi suit son chemin en pressant le pas.Tandis qu 'il monte sur la butte, des femmes de menage lui sourient, et passent, des entants, des gens qui vont tra-iatiler.salut Petit Roi.des maçons, ils disent bonjour, des entants, des chiens, des électriciens, salut [.j l'endroit est bruyant, confus, bonde, sale et coloré.» Le rythme est saccade, extrêmement vivant.On entre de plain-pied dans un univers fascinant, celui des favelas de Rio, au Brésil.Petit Roi, José Luis Reis de son vrai nom, est un gamin des rues.Abandonne en bas âge par un père alcoolique qu’il idealise, tabasse régulièrement par sa mère, évoluant dans un monde qui offre très peu de perspectives d’avenir intéressantes.Petit Roi voit son adhésion au sein de la bande de Big Milton, des trafiquants de drogue qui font la pluie et le beau temps sur la butte de Berimbau, comme son seul salut.Non, ce ne sera pas le début d’une longue descente aux enfers, comme pourrait le suggérer le time du roman.Dans hi favela.on est déjà plongé dans l’enfer, un enfer quotidien, banal, fait de Patricia Melo Enfer mille misères, de mille humiliations, de mille frustrations.Pour fuir la réalité, on se soûle, on se drogue, on s’abrutit de feuille- tons telev im's Se joindre aux Ira tiquants, c’est bien sûr se faire beaucoup d’argent et améliorer ses conditions de vio.Mais c'est aussi gagner le respect de toute la population, devenir quelqu'un.Car loin d’etr e des parias, les tra-tiquants sont considérés comme des héros par la plupart des gens, qui les protègent, même, quand les policiers tentent une operation contre eux.L ’est ainsi pour se sortir de l’enfer que Petit Roi, comme bien d’autres ga mins.entre dans la bande de Big Milton.Mais on n’èchapix' pas si facilement à son destin.Sur la couverture du livre, un Christ rédempteur, les bras grands ouverts, semble inviter les déshérités de ce monde à venir chercher refuge auprès de lui.C’est une image bien ironique car la religion, dans Enfer, n’est qu’une autre de ces illusions dans lesquelles on se réfugie, le dieu qu’on implore restant sourd à toutes les prières.11 est vrai que l'enter n’est pas précisément le lieu de predilection des dieux.OUVRAGES DE K È F F R F N C E Apprendre par l’exemple LE BON MOT.DÉJOUER LES PIÈGES DU FRANÇAIS Jacques Laurin les Editions de l’Homme 2001,239 pages LE FRANÇAIS CORRECT POUR LES NULS Editions First Jean-Joseph Julaud 2001,384 pages CHRISTINE DUMAZET LE DEVOIR 1er» et flanqué du panneau routier «sens interdit» qui symbolise l’anglicisme.Afin de mieux faire comprendre pourquoi le premier est à bannir, Fauteur donne trois exemples de phrases courantes: «J’ai annulé (et non pas cancellé) mon rendez-vous chez le dentiste.» Facile jusque-là.Passons aux impropriétés: que penser du couple «débarquer-descendre?» Très simple: on débarqué d’un bateau, d’un avion ou d’un train, mais on descend d’un autobus! Terminons avec les paronymes (les quasi-homonymes), sans doute la catégorie la plus difficile.Le couple «ago-nir-agoniser» est là pour en témoigner.Pour faire définitivement ressaut chapitre sur la prononciation pour ceux qui seraient fâchés avec la phonétique.Une vraie bonne résolution?Apprendre par cœur la phrase suivante pour en finir à jamais avec les «aréoports» (sic): «L’aréopage attend l'aéronef dans l’aéroport d’où Ton aperçoit un aérostat qui fait dans le ciel comme une aréole.» Tiens, au fait, «aréole-auréole», un couple qui manque dans le livre précédent! En résumé, deux ouvrages pratiques qui n’ont pas le même usage : dans le premier, on véri fiera un terme au besoin; dans le second, on reprendra chapitre après chapitre les bases de la langue française.Plus long, mais salutaire! P O L BLUE MOVIE Françoise Rey et Patrick Raynald Éditions Blanche Paris, 2001,214 pages MARIE CLAUDE MIRANDETTE On connaît Françoise Rey pour La Femme de papier, roman qui valut à ce professeur de lycée hors de l’ordinaire une place de choix au cœur de la littérature érotique contemporaine, désormais largement dominée par les filles d’Eve.On est bien loin de l’époque où Régine Deforges faisait figure d’exception dans cet univers masculin des émules du divin marquis! Et Patrick Raynald est non moins bien connu en tant que directeur de la fameuse Série noire, sans compter son indéniable apport journalistique.les deux écrivains se sont réunis le temps d’un polar érotique interactif à quatre mains dont le lecteur choisit le déroulement de l’histoire.L’histoire débute alors que Thomas Capitan, alter ego d’un ami des auteurs, arrive dans la Grosse Pomme pour jpuir de vacances bien méritées.A l'aéroport, il rencontre la très sexy Mary, qui l’invite à prendre un verre.Bientôt ils se rendent dans un luxueux loft au cœur de Manhattan où ils sympathisent avant que Mary ne disparaisse avec la valise de Thomas, laquelle renferme une toile d’un maître de Fart contemporain promise à une galerie new-yorkaise et qui vaut son pesant d’or.Thomas part à la recherche de l’énigmatique et séduisante Mary.Mais il hésite dans la panoplie de pistes qui s’offrent à lui.Il hésite tant et si bien que, finalement, le lecteur devra décider à sa place et suivre la piste qui lui semble la plus prometteuse.proposés par les auteurs.La trame rappelle la suite de tableaux esquissés par Scorsese dans After Hours, film dans lequel Griffin Dunne se perdait, par une nuit torride, dans le labyrinthe qu’est New York, entre les milieux artistiques underground, les planques de camés et de clochards et les tripots hardcore cinématographiques.D’ailleurs, le titre lui-même évoque la tradition de la porno amerloque, et si la recherche de la valise disparue perd rapidement de son importance.la description de ces lieux de perdition vaut bien qu’on s’y égare quelques moments, de même que la quête d’une vidéo peut le relire plusieurs fois avant d’en avoir exploré toutes les avenues.Certains chapitres reviennent d’une piste à l’autre, mais ce n’est pas déplaisant.L’habileté avec laquelle Françoise Rey met en scène les exploits sexuels du héros est digne de son talent, moult détails salés à l’appui.Quant a la trame policière, elle est rondement menée par Raynald, qui n’est pas le premier venu dans cet univers glauque qui hume le macadam.Si l’avion vous fait peur, c’est exactement le genre de lecture pour vous détendre un peu.Mais faites gaffe de ne pas devenir dépendant de ce genre de jeu interactif m Palmarès Le baromètre du litre au Québec 1 résolutions de la nouvelle année, il y a certainement au fond de chacun de nous quelques velléités d’améliorer notre français.Pour nous y aider, deux parutions aux titres encourageants et à l’approche nettement pédagogique: Le Bon mot.Déjouer les pièges du français, du linguiste Jacques Laurin, et Le Fran- propose une phrase conjuguant les deux: «Comme il agonise, ce n ’est pas le temps de T agonir d’injures!» Et nous voilà sauvés au prix de peu d’efforts.Des trucs mnémotechniques, ¦ i 1 ¦ Roman Qc GABRIFLLE - Le goût du bonheui, T.1 O NI LABERGE Boréal 56 2 3 Essais Qc Roman Qc Il IIVRI NOIR nu CANADA ANGIA IIORI NI le (.ont du bonheur I l O N LESTER M LABERGE Intouchables Boréal 7 11 Jean-Joseph Julaud en livre à la tonne dans les 29 (!) chapitres du Français correct pour les Nuis.L'auteur est professeur et écri t Roman ROUGE BRESIL O Pria Concourt 2001 1 -C RULIN Gallimard 18 5 Roman Qc PUTAIN O N ARCAN Seuil 17 6 Roman Qc ADÉLAÏDE - Le goût du bonheur.T ’/ O M LABERGE Boréal 40 çais correct pour les Nuis de Jean-Joseph Julaud.Le premier, particulièrement bien adapté au contexte québécois, adopte une présentation ori- vain, mais surtout pédagogue.U* livre, à la présentation aérée, fourmille d’anecdotes historiques, d’encadrés techniques et d’exercices.Au passage, Fauteur en pro- 7 Roman OÙ ES-TU ?M LÉVY Robert Laffont 7 8 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FFNG SHUI O (êd broché) G.HALE Manise 141 9 Polar LA CONSTANCE DU JARDINIER O J.LE CARRÉ Seuil 11 10 Roman Qc L'HOMME QUI ENTENDAII SIFFLER UNE BOUILLOIRE M TREMBLAY Leméac 9 ginale.Pour traquer les angli cismes, impropriétés et paronymes en tous genres, Jacques Laurin présente un petit dictionnaire dont chaque entrée compor- fite pour truffer son ouvrage de «lectures conseillées», car quoi de mieux que de lire pour apprendre à bien écrire?En plus des inévitables sections sur le par- 11 Roman Qc CHERCHER LE VEN! O G VIGNEAULJ Boréal 11 12 BD.TH0RGAL Nü 26 - Le royaume sous le sable VAN HAMMEyROSINSKI Lombard 6 13 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES (UwüDC) O H MAJOR tides 15 M Sc.Fiction L'ULTIME SECRET B WERBER Albin Michel 6 te deux termes: par exemple «canceller» est présenté avec «annu- ticipe passé, les verbes, les temps, les accords, on trouvera un inté- 15 Fantastique HARRY POTTER A L'ÉCOLE DES SORCIERS, T I O J K R0WIING Gallimard 109 16 0.D.TINTIN GRAND VOYAGEUR DU SIÉCII O COLLECriF Moulinsart 2 17 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULAIION O F, DELAVIER Vigot 187 T S'il fil Y Ifol onf/ïliirc 18 Livre d’art HISTOIRE DU QUEBEC O J LAC0URSIÉRF Henri Rivard 9 c/f/ # %j 19 Psychologie LES HASARDS NÉCESSAIRES J-F VÉZINA L'Homme 14 rhi I lOArrkiy 20 Jeunesse ARTEMIS FOWL E COLLER Gallimard 14 ^ M M.21 Biographie Qc RENÉ LÉVESQUE, T.3 L espoir et le chagrin O P GODIN Boréal 12 'C' n cette période des Fêtes, les .L/ relecteurs du Devoir ont sélectionné pour vous leurs meilleurs outils de travail.glicismes, Constance Forest et Denise Boudreau ¦ Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, Joseph 22 Biographie IL ÉTAU MINUIT CINQ A BHOPAL O LAPIERRE 7 M0R0 Robert Lattont 38 23 Polar CE SOIR JE VEILLERAI SUR LOI M SC rtOGNStlARK Albin Michel 5 24 Sport COMMENT JE JOUE AU GOLF O T WOOD L'Homme 9 25 Polar Qc INSPECTEUR SPECTEUR ET LE CURÉ RÉ G, TASCHEREAU Intouchables 10 ¦ Le Petit Robert de la langue française ¦ Le Petit Robert des noms propres ¦ Dictionnaire Bordas des pièges et difficultés de la langue française, Hanse 26 Biographie Qc LANDRY - Le grand dérangeant M VASTEL L'Homme 9 ¦ Quid 2002 ¦ Dictionnaire Robert du français québécois ¦ Dictionnaire Hachette-Oxford 27 Roman TERRE ET CENDRES O A RAHIMI P.O.L.84 28 Cuisine LE VEGETARISME A TEMPS PARTIEL O LAMBERT/DESAUINERS L'Homme 14 29 Spiritualité LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT E TOLLE Ariane 67 Jean Girodet ¦ Multidictionnqire de la langue française, Marie-Éva de Villers ¦ LArt de conjuguer (Bescherelle) français-anglais 30 Ésotérisme LE RÊVE ET SES SYMBOLES O M COUPAT de Mortagne 134 Martin Duclos, Christine Dumazet 31 Roman L'ALCHIMISTE O R C0ELH0 Anne Carrière 324 32 Roman | ÉLOGE DES FEMMES MÛRES [sVIZINCZEY du Rocher 35 ¦ Le Colpron, dictionnaire des an- et Michèle Malenfant 33 Essais L ABBOTT tides 9 34 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ' O : D’ANSf MBOIJRG L'Homme 51 .A R 35 Polar Qc L'INSPECTEUR SECTEUR ET LE DOIGT MORT 1ASCHFRFAIJ Intouchables 169 36 Album COLLECTIF des Arenes 2 t t • r» 37 Roman PORTRAIT SÉPIA O 1 ALLEN0E Grasset 28 me interacm 38 Fantastique HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS, T 2 O 1 K ROWLING Gallimard 109 3 B.D.BLAKE ET MORTIMER N° 15 - l'étrange rendez-vous COLLECTIF Blake m Mortimer 12 î mains 10 Jeunesse CHANSONS DROLES, CHANSONS F0U£S (Lim » DC, O H MAJOR Entes 66 4!, Roman LE PIANISTE O W S7PILMAN Robert Laffont 47 42 Roman Qc MADAME PERFECT* A MAILLET Leméac 11 43 Roman MAMIE DAN 0.STEEL Pr de la Cité 9 44 Psychologie A CHACUN SA MISSION O MONBÛURÜUfni Novalis 108 Selon l’option choisie, l’intrigue de ce polar franchouillard très érotique — âmes prudes s'abstenir! — prendra une tournure insoupçonnée, permettant ainsi à chacun de construire son itinéraire à travers les divers chemins porno dans laquelle figure Mary.Selon le chemin privilégié par le lecteur, certains raccords sont plus ou moins heureux et auraient gagné à être retravaillés.Le bonheur, avec ce petit livre ludique et divertissant, c’est qu’on 45 Cuisine ENCORE DES PINARDISES O D PINARD Boréal 83 /•s Nbre de semaines depuis parution! ^ Coup de coeur RB ¦¦¦¦¦ 1 semaine sur notre liste — J N B Sont exclus de ce palmares les livres prescrits eMcolatres ainsi que les annuels apres huit semâmes J 24 librairies au Québec J Pour commander : tr tsui 342-2815 www.renaud-bray.com SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et AGMV Marq uis jr IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueull • Montréal • Montmagny • Sherbrooke 1 LE DEVOIR.LES S -L M E D I 5 ET I) I M A X C II E ti J A X V I E K 2 O O 2 I) ! —«- Livres *»— ESSAIS QUÉBÉCOIS Histoires de sœurs ARCHIVES LE DEVOIR MARGUERITE D’YOUVILLE Le cri des pauvres Estelle Tardif Editions Bellarmin Montréal, 2001,198 pages LA ROUTE DES FERVENTES Louis Belzile Editions Iodes et Radio-Canada, coll.«Radio-livre» Montréal, 2(X)1,96 pages (CD compris) il est une particulière beauté de notre histoire, écrivait Lionel Groulx, c'est la collaboration de la femme a toutes les grandes choses que nous avons accomplies.» Et Marguerite d’Youville (1701-1771), insiste aujourd’hui Estelle Tardif, figure assurément au nombre de ces femmes qui ont façonné notre histoire et inspiré leurs semblables.Marguerite d'Youville.cri des pauvres, une hagiographie dont le style renoue avec celui de l’histoire sainte d’antan, ne laisse planer aucun doute là-dessus.Sœur grise de la communauté de Montréal, Estelle Tardif ne ménage pas ses transports afin de rendre un hommage sans concession à son inspiratrice.Les faits, dans ce genre d’ouvrage, deviennent presque secondaires et apparaissent au service d’une méditation fervente, tout entière dévolue à la consécration d’un personnage porteur de toutes les vertus chrétiennes et sanctifié par la grandeur de son apostolat auprès des pauvres: «Lui, le Saint, l’Absolu, le Transcendant, habitait son histoire personnelle, l’histoire d’une humble femme, pauvre mais riche de ténacité et de détermination.» Initiée au mystère de Dieu par son arrière-grand-père Pierre Boucher, qui fut gouverneur de Trois-Rivières, épouse négligée d’un contrebandier d’eau-de-vie qui la laissera veuve en 1730, Marguerite d’Youville, selon la tradition, connaît une expérience de conversion en 1727 par l’entremise d’un sulpicien qui lui annonce sa mission: «Dieu vous destine à relever une maison sur son déclin.» Cette maison, c’est à travers son œuvre charitable que cette femme habitée par le feu sacré l’édifiera.\jà vie de Marguerite dYouville ne fut pas une sinécure et Estelle T ardif situe justement la grandeur du personnage dans ce parcours édifiant sur «la voie royale de la Croix».Victimes des insultes et des quolibets de leur voisinage enclin à relayer une rumeur publique mesquine («Entre autres, écrivent les historiens, les Sulpiciens du séminaire leur fournissaient de l’eau-de-vie qu'elles vendaient aux sauvages (sic) pour les enivrer et dont elles s’enivraient elles-mêmes à leur tour.De là le nom de Sœurs grises dont Ville-Marie les affubla par dérision et qu’elles décidèrent de conserver par la couleur de leur costume.»), les premières Sœurs de la Charité de Montréal seront jetées à la rue par le feu à quelques reprises et devront se battre contre les magouilles de l’intendant Bigot et de l’opportuniste M" de Pontbriand.Sur un plan plus personnel, Marguerite dYouville luttera pendant plusieurs années contre des plaies aux genoux qui affectent gravement sa santé.Les circonstances forceront toutefois les autorités a leur octroyer la responsabilité de l’Hôpital général de Montréal et à reconnaître leur apport inestimable a la colonie.Estelle Tardif, fidèle à sa logique hagiographique, tire bien entendu une morale de ce chemin de croix: «Est-ce que la souffrance personnelle justifie l’inaction devant la souffrance des autres?Dieu entre en nous par les blessures du cœur, comme Yahvé entrait chez son peuple par les déchirures du ciel, dans le tonnerre et les éclairs.» De nos jours, ce ton emphatique peut faire sourire, mais il contient néanmoins, me semble-t-il, un message d’espoir, une attitude de refus de la démission complaisante devant les aléas de la vie autrement plus noble que l’acquiescement au grattage de bobos existentiels qui sert de credo à une certaine psychologie contemporaine.La pompe compassée du genre hagiographique ne devrait pas, en d’autres termes, nous empêcher d’apprécier l'intention qui l’inspire, c’est-à-dire celle de redire que l’altruisme et la générosité valent mieux que le quant-à-soi bourgeois des dégrisés de l’espoir.Déclarée «Mère à la charité universelle» par Jean XXIII en 1959, Marguerite dYouville, ajoute Estelle Tardif, n’avait qu’un rêve: «libérer le plus pauvre dans une rencontre de pauvre à pauvre.Le libérer en lui apprenant, par le service, qu’il est aimé.» Dans un style déclamatoire qui semble issu d’une autre époque, Marguerite dYouville.Le cri des pauvres nous sert une morale exigeante qui, elle, n’a pas pris une ride.Dans la même collection aux couvertures magnifiquement ornées par des photos de Lida Mpser qui évoquent un solennel Québec clérical, les Editions Bellarmin publient aussi Vivre les béatitudes, une hagiographie de la religieuse lyonnaise Claudine Thé-venet (1774-1837) par Ghislaine Boucher, et Passionné de sainteté, un choix de textes du père Eugène Prévost (1860-1946) présenté par Marielle Chrétien.Voix de sœurs «La religieuse est ainsi faite que le monde ne lui suffit jamais, écrit Louis Belzile en introduction à La Route des ferventes.Il lui faut Dieu, le grand amoureux, envahisseur poli qui commence par demander: “Veux-tu être à moi?”» Troisième titre de la charmante collection «Radio-livre» qui présente des livres-disques réalisés à partir d’émissions diffusées sur les ondes de la radio de Radio-Canada, cet ouvrage de Louis Belzile enrichit la grande histoire de la religion catholique au Québec en donnant la parole à des voijc individuelles qui l’ont vécue de l’intérieur.A la fois ferventes et modestes, joyeuses et sereines, ces voix de religieuses (ursulines, augus-tines, de la Charité et quelques autres) issues de différentes générations (Annie Lévesque, par Marguerite dYouville exemple, a 20 ans) sont servies par une exceptionnelle qualité de son et agrémentées par une magnifique iconographie très évocatrice.Cet apaisant pèlerinage sur «la route des ferventes» nous permet de partager l’appel insistant entendu par ces femmes (la plus jeune dit joliment: «On résiste aussi longtemps qu’on le peut, mais c’est une période difficile le temps de la résistance, parce qu’on est en tempête.»), l’exil que fut pour elles l’entrée en religion, les épreuves de la vie monastique et communautaires, la joie du don au service de Dieu (sœur Yvonne Ward résume ainsi sa vocation: «Essayer — pauvrement, parce qu’on a tous nos défauts — de manifester l'amour de Dieu.») et les remises en question vécues par ces communautés à l’heure de la sécularisation du Québec.L’humilité et la sérénité de ces voix croyantes que fait entendre ce radio-livre subjuguent.À travers elles, c’est la générosité humaine qui fredonne son chant fragile et beau.louiscornellieria peirroinfo.net L o u i s Cor nellier Comprendre le Canada LIVRES D’ART Présence arabe en Europe LES FINS DU CANADA SELON MACDONALD, LAURIER, MACKENZIE KING ET TRUDEAU Stéphane Kelly Editions Boréal, Montréal, 2001,288 pages LOUIS C O R N E L1.1 K R Pour essayer de comprendre le Canada, pour saisir ses «finalités», le sociologue Stéphane Kelly a décidé d'explorer la tradition politique canadienne.Son enquête lui a permis, écrit-il, de découvrir que l’idéal distinct de ce pays éma-i)e d’un des Pères fondateurs des Etats-Unis indépendants, Alexander Hamilton, dont la pensée s'opposait à celle de son collègue et compétiteur Thomas Jefferson.L'idéal républicain de ce dernier, en effet, privilégiait un fédéralisme décentralisé, un attachement à l’indépendance économique radicale des individus, une méfiance envers l’expansion de la taille de l’État et une attitude isolationniste sur le plan de la politique étrangère.Hamilton, au contraire, prônait un idéal impérial-monar-chique dont les principaux attributs étaient un fédéralisme centralisateur, une adhésion aux principes de l’économie industrielle, l'interventionnisme étatique et le rejet de l’isolationnisme militaire.L’analyse de ITiistoire politique canadienne, selon Kelly, démontre hors de tout doute que l’idéal hamiltonien y a occupé le haut du pavé au point de devenir une cause de sclérose politique.En guise de démonstration, Les Fins du Canada propose des portraits assez détaillés de la carrière «des quatre hommes politiques les plus illustres du Canada: John A.Macdonald, Wilfrid Imu-rier, William Lyon Mackenzie King et Pierre Elliott Trudeau».S’ils permettent au lecteur de redécouvrir les grandeurs (surtout dans le cas de laurier) et les petitesses (surtout dans les cas de Macdonald et Trudeau) de chacun des membres de ce club sélect, ces portraits visent surtout à mettre en lumière le fait que ces premiers ministres se sont imposés dans la durée grâce à leur vision hamiltonienne.Tous, en effet, furent centralisateurs ou contraints de l’être, comme dans le cas de laurier, et tous durent appliquer une politique économique protectionniste et nationaliste.Aussi, «ils utilisèrent les ressources de l’État au moyen du clientélisme et du patronage dans le but de bâtir de larges coalitions politiques.Enfin, ils tournèrent le dos à une conception isolationniste en matière de politique étrangère».Plus jeffersonien que les autres.Laurier, pour s’emparer du pouvoir et s’y maintenir, dû néanmoins suivre le courant.A ce qu’il appelle les «conditions de réussite politique au Canada», Kelly en ajoute d'autres, qualifiées de secondaires mais présentes dans les quatre cas de figures choisis: le lien écossais, la formation d'homme de loi, l'appui d’un bloc canadien-français et la tyrannie du centre.Inutile Tout cela, bien entendu, n’est pas faux et risque même d'en intéresser quelques-uns, mais on reste en droit de se demander où l'auteur veut-il nous amener?Que le fédéralisme canadien ait été, pour l’essentiel de son histoire, hamiltonien, c'est-à-dire centralisateur, porté au nationalisme unitaire et au patronage, cela n’est-il pas, vu du Qqébec, d’une cruelle évidence?À quoi bon, alors, consacrer tant d'intelligentes énergies à le redire?De la même façon, qu'une redécouverte de certains aspects jeffer-sioniens comme la démocratisation des institutions politiques et civiques, l’esprit d'indépendance des députés face au cabinet et le principe de l’autonomie provinciale soit souhaitable, on veut bien aussi, mais fallait-il faire ce long détour alambiqué vers la pensée des Pères fondateurs états-uniens pour parvenir à une telle conclusion, au demeurant peu développée dans cet ouvrage par rapport à d’autres aspects moins importants?Je regrette de le dire parce que j'ai beaucoup de respect pour la démarche d'ensemble de Stéphane Kelly, mais cet ouvrage ne m’a pas convaincu de son utilité.Une remarque, enfin, qui s'adresse à l'éditeur: ce n’est pas servir un jeune auteur, aussi brillant soit-il, que de l’élever pompeusement, au moment de la parution de son deuxième livre, au rang d'^îoi des plus brillants penseurs contemporains».Un peu de patience et de retenue, s’il vous plaît! L’ART MUDÉJAR L’ESTHÉTIQUE ISLAMIQUE DANS L’ART CHRÉTIEN Édisud Cycle international d’expositions «Musées sans frontières» Collection «L’art islamique en Méditerranée» Aix-en-Provence, 2001,318 pages Cet ouvrage appartient à une série de publications consacrées à l’apport islamique dans l’art chrétien occidental qui propose une nouvelle manière de vivre une exposition: in situ, grâce à un guide scientifico-touristique à nul autre pareil.A mi-chemin entre le catalogue d'exposition, l'étude scientifique et le guide de voyage, il propose des circuits historico-ar- MONDES REBELLES JUNIOR Emmanuelle de La Grange Médecins du monde Éditions Michalon Paris, 2001,129 pages Cet ouvrage, destiné en premier lieu aux adolescents, s'adresse aussi aux parents soucieux de mieux comprendre le monde actuel, les conflits internes, souvent complexes et violents qui font rage un peu partout sur la planète, notamment depuis le début des années 1990.Conflits qui mettent en jeu un grand nombre d’acteurs et dont les zones d’affrontement sont dispersées: Afrique, Amérique latine, Asie, Europe, Maghreb, Proche et Moyen-Orient Monde rebelle junior s’ouvre sur «les guerres nouvelles», un chapitre qui fait le point sur l’évolution des conflits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui dresse un portrait des acteurs de ces conflits contemporains.On y fait état de «la guerre sans fin» qui se poursuit en Afghanistan depuis le milieu des années 1970 et des tistiques à travers les plus beaux témoignages de la présence arabe en Europe, particulièrement en Espagne, au Portugal et en Italie, où l’influence islamique est une composante essentielle de la spécificité artistique de ces régions.Le lecteur-visiteur est ainsi convié à une série de visites thématiques et géographiques, textes des plus grands spécialistes à l’appui.Après une excellente introduction qui permet de situer et de comprendre, dans le temps et l’espace, les raisons de cette présence en Europe méditerranéenne, une série de circuits est proposée au visiteur curieux.Vie quotidienne et liturgie: maison, cuisine et chœur, ainsi qu’un tour d’horizon de la céramique mudéjar forment le premier circuit dont la visite s’échelonne sur une demi-jour-née.Le deuxième circuit, consa- lllustration pour le chapitre sur Mondes rebelles junior.événements plus récents du 11 septembre alors que des terroristes liés à ben laden ont lancé des avions de ligne sur les deux tours du World Trade Center de New York et le quartier général de l’armée américaine à Wa- cré au style Cisneros, met en évidence la menuiserie mudéjare.le troisième trajet amène le visiteur au cœur de la cour de Pierre IV pour y assister au couronnement des rois d’Aragon.Une visite architecturale des villes mudéjares invite à découvrir l’apport des bâtisseurs islamiques au paysage urbain hispanique; suit un saut à Castille,pour y découvrir le Moyen Âge, ses églises-forteresses et leur principal maître d’œuvre, Mahoma Rami.Viennent ensuite les villes et châteaux fortifiés et, en un circuit de deux jours, un voyage chez les clarisses au temps de Pierre Ier de Castille.Les foires, les marchés et les cathédrales gothiques, toutes de brique construites, sont au rendez-vous, ainsi que les architectures de stuc ouvragé de Tolède, avec leurs églises, synagogues et SOURCE ÉDITIONS MICHALON la guerre en Tchétchénie dans shington.Ces terribles attentats ont entraîné dans la mort près de 5000 personnes, sans compter les immenses conséquences humaines, économiques et politiques qu’ils suscitent partout à travers le monde.palais.Les ordres militaires, le mécénat nobiliaire et monastique sont passés au crible, de même que les temples et palais sévillans, où se confondent nature et architecture.Les chapelles funéraires et presbytères de tradition musulmane, de Gerena à Aznalcàzar, sont au rendez-vous, de même que l’importance du marquis de Zenete et l’enseignement scientifique dispensé à Grenade.Un glossaire des principaux termes, quelques courtes notices biographiques des grands personnages historiques et une bibliographie essentielle complètent cet excellent ouvrage qui, bien qu’il se lise comme un coffee table book, est à mille lieues d’en être un.Une très bonne introduction au sujet à acquérir avant les prochaines vacances en Espagne.Plaisir garanti! Marie Claude Mirandette L’ouvrage, écrit en collaboration avec Médecins du monde, dresse le tableau des 27 grands conflits qui ont éclaté sur la planète depuis cinquante ans: Israël, Palestine, Yougoslavie, Rwanda, Chiapas, Soudan, Tchétchénie, pour ne nommer que ceux-là.Pour chacun de ces conflits, l’au-teure, professeure agrégée d’histoire-géographie, retrace brièvement l’historique, propose une carte où sont indiquées ses caractéristiques territoriales, présente les enjeux régionaux, nationaux et internationaux, fait état des rivalités ethniques, religieuses et politiques et les resitue dans leur contexte historique, géopolitique.Une série d’encadrés décrit le travail des organisations humanitaires.Un lexique, des cartes et des photos complètent les textes.On se trouve ici en face d’un excellent outil pédagogique qui aidera les adolescents à mieux comprendre ce qui se passe à travers le monde mais rafraîchira aussi la mémoire des parents et éducateurs souvent confrontés aux questions des jeunes.C’est un ouvrage clair, bien présenté, facile à consulter.Renée Rowan LIVRES JEUNESSE Pour mieux connaître le monde d’aujourd’hui i LE DEVOIR.LES SAMEDI à E T D I M A N l II E « .1 A \ V I E R 2 O o 2 d r* -L i v h i: s *•- POÉSIE A la verticale du temps • t • * m m m m M mm « KM l'KKS T* r fNtr mm** mtf ’ ***% * |M|pl miriHl WW& (*$%*§¦ DAVID CANTIN ‘ haque poème a quelque chose de l'éclair.Je ne dirais pas que le poème est un éclair, mais qu 'il y a en lui un éclair Tel est le point de départ, il implique une exigence, mais il est très difficile d’être fidèle à un éclair, défaire en sorte que le poème s'organise, croisse comme un organisme autour de cet éclair, cette petite illumination initiale.» Cette intuition fondatrice que Roberto Juarroz propose dans les conversations de Fidélité à l'éclair pourrait tout aussi bien s’appliquer aux mots d’Israël Eli-raz.De plus en plus traduit en français, cet auteur né à Jérusalem étonne encore une fois à travers son Petit Carnet du levant.Deux livres où l’on découvre, à nouveau, une expérience indispensable de la poésie.Grâce à des éditeurs tels Unes, Le Taillis Pré et José Cor-ti, l’œuvre d’Eliraz commence à prendre l’envergure qu’elle mérite auprès du lectorat francophone.Avec ce Petit Carnet du Levant, il s’agit donc d’un douzième titre (en comptant quelques minces plaquettes) depuis 1997.Toutefois, il faut préciser que ce volume rassemble des poèmes qui vont de 1999 à 2001.S’inspirant d’un monde où le sacré côtoie le profane, les quatre suites de ce livre interrogent les soubassements d’une «terre [qui] appelle le vent et le vent la lumière et la lumière la paupière».Chez cet écrivain, les détails du paysage engendrent un reflet possible de la vie intérieure.Grâce à ce vers constamment brisé et repris, une parole émerge de ce silence qui passe du dehors au dedans.D’une strophe à l’autre, on constate une présence où le déséquilibre du regard rappelle, sans cesse, cette ascension vers le «corps du monde».Des jardins et des vergers de Jérusalem, Eliraz déploie la transparence ainsi que l’effacement d’un arrière-pays natal.Il y a, dans cette poésie, un lyrisme Une vue de Jérusalem.capable de circuler librement dans la matière des choses.Ce lieu qu’érige le temps recule dans un éveil qui n’est jamais le même; «j'écoute la substance / au fond de l’œil / dans l’immédiat./ Est-ce le corps de Dieu?/ Et l’enfant s'agenouille / tout près./ Le levant passe devant lui / avec ses poches tirées / dehors./ Il colporte la nouvelle / de rqain en main,/ reprend pied./ A gauche le vieux jardin / ne cesse de sombrer/ perdu dans le bleu / de l’Orient».Il faut lire attentivement ces mots en accord avec une vibration aussi lumineuse que cohérente.L’œuvre d’Israël Eliraz continue son chemin taillé dans la mémoire.Conversations Dans la continuité de Poésie et Création (Unes, 1987) ainsi que Poésie et Réalité (Lettres Vives, 1987), Fidélité à l'éclair approfondit certaines réflexions de l’Argentin Roberto Juarroz autour de l’acte poétique.Mentionnons d’ailleurs que ces conversations ont eu lieu au Mexique vers la fin des années 80.Divisé en deux parties, le texte permet de mieux comprendre la notion de vertica lite chez ce poète majeur, mais surtout, sa rencontre cruciale avec Antonio i’orchia.Malheureusement.l’édition française de l'eu, traduite par Roger Munier (Fayard, 1979).est de plus en plus difficile a trouver.On sait à quel point ce chef-d'œuvre inclassable aura eu une influence majeure sur l'ensemble des Poésies verticales.Dans un dialogue sur la poésie et la sagesse, Juarroz s'explique clairement face à cet état de disponibilité totale: «D'poème n'est ni un divertissement bon marche, ni un ornement ou une satisfaction hédoniste, ni un moyen de gagner du prestige, ni un bavardage de plus dans un monde bavard et verbeux: le poème.on le fait ou on meurt.» Evidemment, une pareille déclara lion a beaucoup fait jaser.Toutefois, comment donner tort à ce poète à la recherche du plus grand réalisme possible?On ne peut pas faire comme si l'œuvre magistrale de Juarroz perdait de l’importance.Chaque fois qu'on ouvre ces pages, on accède en cote une fois à un langage qui résonne connue tint' cloche de vérité.On (tense aussi, en termi liant, à cette réflexion cyclique de Porchia: «Tout ce qui ne peut être est presque toujours un reproche à tout ce qui peut être.» PETIT CARNET DU LEVANT Israël Eliraz Traduit de l'hébreu par Colette Salem et Luirent Schuman Éditions José Corti Paris, 2001,120 pages FIDÉLITÉ À L’ÉCIAIR Roberto Juarroz Traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Ancet Éditions I r‘t 1res Vives, collection «Terre de Poésie» Paris, 2001,80 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE L’histoire comme jeu d’échecs L I T T É R A T U R E FRANÇAIS E La zone enfouie des origines Bergounioux trace les lignes d’une immense carte qui contiendrait à jamais ce paysage éternel de l’enfance UN PEU DE BLEU AMPHITRYON Ignacio Padilla Traduit de l’espagnol (Mexique) par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casés Gallimard Paris 2001,193 pages N A ï M KATTAN Je me demande parfois si, en fait, ces deux hommes ne se sont pas brusquement insurgés, tentant de se rendre maîtres de la mort dans leur révolte contre Dieu, ce joueur omniprésent et tout-puissant qui insistait à les réduire, eux aussi, à la condition de misérables pièces d’échiquier.» Avec ces mots, au terme d’un périple mouvementé, Ignacio Padilla cherche à nous fournir une explication, sinon une conclusion, à son roman.On ne peut que manifester notre admiration pour cet écrivain mexicain né en 1968 qui, dans une écriture dense, serrée, rend compte, à sa manière, de l’histoire européenne du siècle dernier.Cela commence par un pari.Au cours de la Première Guerre mondiale, deux hommes se rencontrent dans un train.Ils sont des joueurs d’échecs et se lancent MON TESTAMENT -LE FEU DE L’ALLIANCE André Chouraqui Éditions Bayard Paris, 2001,192 pages N A ï M KATTAN Rares sont ceux qui ont pratiqué, vécu et transmis la spiritualité monothéiste avec autant de persistance et d’intensité qu’André Chouraqui.Mon testament - Le feu de l'alliance est le fruit d’une longue interrogation faite par Alain Michel et ensuite corrigée par l’auteur.Chouraqui raconte son enfance en Algérie, où il est né et où il a reçu de son père l’exemple d’une fidélité à la tradition juive de ses ancêtres.Enfant, il a été happé par la poliomyélite, dont il est sorti boiteux mais toutefois résolu à prati- un défi.Celui qui gagne doit accepter la substitution de son identité par celle de l’autre.Le premier protagoniste se voit acculé au destin obscur d’un aiguilleur du rail alors que l’autre, le perdant, ira combattre et se haussera à l’héroïsme.Durant 50 ans, ces deux personnages s’affrontent et se défient sur la scène de l'Europe.De Genève à Londres en passant par Buenos Aires où Tun d’eux trouve refuge, ils resurgissent d'un épais brouillard, portant chaque fois un visage différent, parfois réel et souvent imaginaire.Goering, Eichmann, défilent à côté d’un Kretzschmar, d'un Goliadkine, d’un Schley et d’un Dreyer.Qui sont-ils?P’abord des joueurs d’échecs.A tour de rôle, ils nous livrent leurs récits, où les identités sont fuyantes même quand elles apparaissent précises car elles sont interchangeables.Empruntant des noms de substitution, les personnages de Padilla se promènent d’un champ de bataille à un camp de concentration.Ainsi, le véritable Eichmann n’est peut-être pas celui qui fut pendu à Tel-Aviv à la suite d’un retentissant procès mais le substitut du véritable tueur qui s’était donné la mort pour restituer son âme quer des sports, la natation et le vélo, et à parcourir le monde.Né en 1917, Chouraqui a connu les affres de la guerre.Dépouillé de sa nationalité française par le régime de Vichy, il s’est réfugie dans le Midi de la France.A la fin de la guerre, il a fait des études de droit à Paris, travaillé à l'Alliance Israélite universelle auprès de René Gassin.En 1958, il a décidé de faire son alya, c’est-à-dire de s’installer en Israël, où il a été conseiller de David Ben Gourion puis pro-maire de Jérusalem.La Bible est la grande affaire dans la vie de Chouraqui.Pratiquant l’hébreu depuis son enfance, connaissant l'arabe et le grec, il a entrepris la traduction du Livre ainsi que celle des Évangiles et du Coran.H a lu les livres sacrés en homme de conviction et son œuvre de traduction est sa manière de transmettre, dans un ensemble, cette à l’homme incriminé.Il n’avait été, tout au long de sa vie, qu’un pion dans un jeu d’échecs qui manipulait les existences.Par conséquent, toute identité se trouve évacuée et tout récit est un mensonge puisqu’il peut être remplacé par un autre récit.Padilla aligne de main de maître les intrigues et les événements.Aussi, le véritable grand joueur d’échecs, le manipulateur suprême n’est nul autre que le romancier lui-même, qui livre la version de l'histoire qu’on lui a racontée, ajoutant au mensonge possible un mensonge de sa fabrication.Nous nous promenons dans un monde privé de son âme, abritant des existences dépourvues de sens.Tout acte est égal à un autre, le crime comme le sacrifice, qui prend alors la figure du crime.Eichmann est-il un juif qui se cache et qui, tout au long de sa vie, a rejeté l’identité qu’on lui a collée?Il s’agirait d’une image, d’une apparence physique, mais si ce n’était la qu’imagé et apparence?Dans un tel univers, tout homme est un escroc, trompeur et trompé.L’auteur fait allusion à une opération Amphitryon où Goering et ses acolytes cherchaient à mettre sur pied une colossale lecture des trois monothéismes.Dans ce testament, Chouraqui reprend ce qu’il avait souvent exprimé dans d’autres ouvrages.Il a une foi fondamentale en l’homme en tant que créature de Dieu qui participe.tout au long de son séjour sur Terre, à l’œuvre de création.Dieu a conclu une alliance avec les juifs, qu’il a choisis comme serviteurs, non en les privilégiant mais en en faisant les témoins de son message et encore davantage, par leur obéissance à la Loi, comme ses transmetteurs.Dès le départ ce message s'adresse à tous les hommes.Il fut repris par Jésus puis par Mahomet.Pour Chouraqui, les trois religions, le judaïsme, le christianisme et Tislam, sont unies par le feu de l’alliance, et ce n’est que par oubli, par exploitation politique ou par une mauvaise lecture qu’elles s’affrontent II livre un vibrant appel a l’unité qui doit com- opération de substitution d'identité.L’entreprise a échoué, mais le mensonge persiste et, encore davantage, le doute.Le romancier nous confie qu’il raconte une histoire fausse qu’un personnage a racontée à un autre qui, à son tour, Ta transmise à l’écrivain.Par conséquent, ce dernier participe au mensonge.Cependant, une telle réflexion sur la littérature ne peut pas nous détourner du sens donné à l’événement.Pa dilla fait part de faits réels.Le nazisme a bel et bien existé, ainsi que les camps de concentration.Mettre en doute l’identité d’Eichmann n’exonère nullement les nazis d’avoir tué six millions de juifs.La mise en question de toute identité n’élimine pas la responsabilité de ceux qui commettent des crimes.Les assassinats ne peuvent être réduits à un jeu d’échecs, à moins de nier l’humanité de l’homme.Le grand talent de Padilla ne nous empêche pas de récuser la base sous-jacente de son roman, qui aboutit à la négation de toute responsabilité.Et même si l’homme est une pièce dérisoire sur Téchiquier du monde, il n’en demeure pas moins qu’il peut être tenu responsable de la vie et de la mort des autres.mencer par la reconnaissance de la différence, par le respect de l’autre, car ces religions sont des voies qui mènent au même Dieu.Chouraqui procède à l’analyse des Dix Commandements qu’il préfère appeler, en reprenant le terme hébraïque, les Dix Paroles, paroles destinées à toute l’humanité.Il ne se contente pas de proférer des vœux pieux, ayant consacré sa vie à tenter de consolider les liens entre les monothéistes.Il a rendu visite aux papes, aux évêques, au roi du Maroc, adressé des lettres ouvertes à un ami chrétien puis à un ami arabe.Il croit que le conflit du Proche-Orient est néfaste aussi bien pour les Juifs que pour les Arabes: et il ajoute sa voix à toutes celles qui réclament la paix.En ces temps ou certains des monothéistes s’entre-déchirent, la lecture de ce livre est on ne peut plus salutaire.DANS LE PAYSAGE Piçrre Bergounioux Éditions Verdier, Paris, 2(X)1,107 (rages SIMPLES, MAGISTRAUX ET AUTRES ANTIDOTES Piçrre Bergounioux Éditions Verdier, Paris, 2001,80 pages DAVID CANTIN DI une œuvre à l’autre, Pierre Bergounioux ne cesse de suivre ce long trajet qui le ramène constamment sur les lieux même de sa Corrèze natale.Comme quoi le destin se rapproche toujours de cette recherche obsessive du premier mot, des ancêtres, mais surtout des étapes charnières d’une vie.Avec Un peu de bleu dans le paysage et Simples, magistraux et autres antidotes qu’il publie chez Verdier, on découvre encore une fois cette langue capable d’imaginer les failles d’une histoire autobiographique que l’on reconnaît dans l’épaisseur jaillissante du temps.Depuis Catherine (Gallimard, 1984), Bergounioux trace les lignes d’une immense carte qui contiendrait à jamais ce paysage éternel de l’enfance.Entre le rire et l’angoisse, la présence se manifeste chez cet auteur français de manière a révéler une authenticité féconde.En lisant ces deux nouveaux livres, on n’apprend rien de neuf sinon que Bergounioux précise, encore une fois, sa quête singulière.Simples, magistraux et autres antidates commence dans Tombre de l’effroi maternel, afin de découvrir ce qui se cache derrière l’inquiétude fondatrice.Ce court texte est fait de petites choses, de détails que Ton soupçonne tout au long d’une existence.«Le fondement de la réalité, de ce qui se donnait pour tel, c’était le sol, le grès concave, grossier, bistre qui en formait le socle.On ne foule pas impunément la terre.Même quand on habite une petite ville, qu 'on va entre des murs, le long des rues, c’est par les yeux qu’on absorbe le premier principe, comme les plantes font par leur chevelu».Cette nécessité de comprendre les fondations du territoire s'égare dans une parole charnelle et inquiète, où la peur fragile se mêle à une vision plutôt lucide de l’existence.De Tincon-fort aux grands frissons, il suffit toujours de poursuivre cette route qui mène vers d’autres visages.Comme à son habitude, Bergounioux n'a pas mille choses à raconter.De nature différente, Un peu de bleu dans le paysage regroupe huit textes parus dans certaines revues comme la NRF, Conférence ou Chemins.le propos gagne en concision, mais demeure une autre variation autour de cette Brive fondatrice.Un muet désespoir causé par l’absence de la figure paternelle renvoie a la solitude déterminante de l’écriture.Bergounioux écrit, «Quelque chose finissait quand on a commencé.La vie se retirait, sans bruit, comme elle avait rempli l'intermède immobile qui avait précédé.Nos enfances appartenaient au passé mais nous n’en savions rien.Notre destin — mais nous l’ignorions —, c’était l'exil, la grande ville, les deux existences successives et opposées qui nous furent assignées».Du pont de Bonnel où Ton perçoit la porte du monde à cette vie qui se retire des hauteurs limousines, Bergounioux entre par ce bleu pour aussitôt ne plus jamais en sortir.I! dresse les frontières d’un émotion qui prend toute sa consistance à travers la robustesse du monde extérieur.Un élan continu, de même qu’une prose toujours aussi magnifique et discrète.Testament d’un homme généreux Pour Chouraqui, les trois grandes religions monothéistes sont unies par le feu de Valliance, et ce n'est que par oubli, par exploitation politique ou par une mauvaise lecture qu'elles s'affrontent De l’inconfort aux grands frissons, il suffit toujours de poursuivre cette route qui mène vers d’autres visages \ i I) li 1.E I) E V O 1 R , LES S A M E I) I ET I) I M A X CHE « J A X V I E R 2 O 0 2 Livres- DANS L A POCHE Pot-pourri JOHANNE JARKY époque est aux coups de ' cœur.Cela laisse peu de place aux livres qui suscitent des commentaires plus tempérés.Pourtant, ces livres-là font partie du bagage de tout lecteur aventureux.11 arrive aussi que ces coups de cœur, une fois lus, laissent leur lectrice ou leur lecteur sur leur faim.On a dit grand bien de J» m,'en vais (Collection double, Editions de Minuit) de Jean Echenoz, roman couronné du prix Concourt en 1999.Que dire, maintenant qu'on l’a lu?Qu’il s’agit d’une machine à mots fort bien huilée.On reconnaît l’habileté narrative et l’humour d’Echenoz, mais pour ce qui est du fond, le pourquoi de l’histoire, on cherche un peu.Ferrer, propriétaire d’une galerie d’art, quitte sa femme.Pour renflouer les coffres de son entreprise artistique, il va ramener du pôle Nord des pièces d’art paléobaleinier trouvées à bord d’un navire échoué depuis longtemps.Ce qui devait lui permettre de redorer la galerie lui causera quelques sou- II \\ IA IIENOZ jK vh;\ vais t-J m tij ¦p cis.Un suspense ludique, peut-être trop léger pour les amateurs d’émotions fortes.Le narrateur de L’Hiver au cœur (Boréal compact) décide, lui aussi, de tout quitter un bon matin.Tournant le dos a l’éditeur pour qui il travaille et à une femme en crise d’identité, il prend chambre sur Sainte-Catherine, quartier d’enfance où il retrouve, au casse-croûte d’en face, la femme de ces premiers émois physiques.L’atmosphère qui règne dans cette novella d’André Major, son style blanc, fait penser à L’Etranger de Camus.Des polars Dans Le Nœud gordien (Série Noire, Gallimard) de Bernhard Schlink, un traducteur fauché devient miraculeusement propriétaire d'une petite agence de traduction.Il traduit frénétiquement, sans le savoir, des documents ultra secrets.Il aime une femme mystérieuse et un brin hystérique (eh oui) qui disparaît après qu’il ait compris qu’elle était dans son lit (eh oui) pour copier les documents traduits.Cette affaire d’espionnage, si on se fie à la quatrième de couverture, devrait nous permettre de réfléchir à l’ambiguité des femmes.On espérait retrouver ici la subtilité à l’œuvre dans Le Liseur (du même auteur).Une affaire de genre, peut-être, mais pour garder son lecteur en haleine, le polar doit quand même mieux cacher ses ficelles.Quoi de mieux, pour les vacances (finies), que de plonger dans un polar qui se passe à Florence?L’Anglaise Magdalen Nabb vit à Florence depuis 1975 et y a écrit, en 1981, Le Gentleman florentin, son premier roman salué par Simenon; le voici publié (traduit) en inédit chez 10/18.Quelques jours avant Noël, l’adjudant Guarnaccia, qualifié de Maigret florentin, est cloué au lit par une grippe carabi- Ç BERNHARD SCHLINK .Le nœud ^ gordieiy A 37 J** SERir NOIRE * Gallimard née qui l’empêche de rejoindre sa famille en Sicile.Pendant qu’il délire, un Anglais est tué.Deux agents de Scotland Yard se déplacent et cherchent à résoudre cette affaire avec les commissaires Italiens.On soupçonne un trafic d’antiquités, on se promène dans Florence (exotisme oblige), mais une figure centrale d’enquêteur manque au récit; on voudrait bien que l’adjudant, dont on devine le méchant caractère, se rétablisse pour donner un sens à cette histoire.Mais laissons la chance au coureur; dans Mort d’un orfèvre (aussi disponible en 10/18), Guarnaccia, enfin rétabli, est aux commandes de l’enquête.En Asie L’écrivain japonais Sôseki était malade au moment où il a écrit À travers la vitre (Rivages poche) en 1915, soit un an avant sa mort.Découpé en petits chapitres, ce livre est fait de souvenirs d’enfance et d’observations quotidiennes.Celui à qui on doit, entre autres, Oreiller d’herbes se rappelle aussi ses amis et parmi eux, le poète Shiki, pour qui il écrit ce haiku: «Tous bien ali- gnés/Près de la cloche d’alarme/Les arbres d’hiver.» On trouvera une sensibilité beaucoup plus crue dans L’Homme-boite (La Cosmopolite, Stock) de Kôbô Abé.Un homme abrite le haut de son corps dans une boîte de carton où il finit par prendre ses repas et dormir.Pourquoi décide-t-il de vivre ainsi?C’est ce qu’on tentera de comprendre tout au long de ce roman très moderne, publié en 1973.Fait rare; l’histoire est accompagnée de quelques photographies.Toujours en Asie, mais du côté de la Chine, on peut lire Le Dit de Tianyi (Livre de poche), le premier roman de François Cheng, couronné du prix Femina 1998.Ce roman inspiré des confessions du peintre Tyanyi révèle un regard oriental fasciné par le monde occidental, et curieux de cette différence.C’est aussi une histoire d’amour et d’amitié entre Tianyi, son ami Haolong et Yumei, baptisée l’amante, et le récit d’années d’exil à Paris.Une belle histoire, peut-être trop lyrique par moment, mais qui témoigne de la vie d’intellectuels chinois qui ont vécu avant et pendant la Révolution culturelle chinoise.Celles et ceux qui souhaitent prolonger ce périple pourront le faire avec Balzac et la Petite Tailleuse chinoise (Folio), un roman fort populaire de Dai Sijie.Populaire, Michel Quint (aussi auteur de polars) l’est devenu avec Effroyables jardins, un court roman qui rend hommage à la mémoire.On avait hâte de retrouver cet auteur avec Cake-walk (Arcanes, Editions Joelle Losfeld), roman familial composé de figures tragiques et expressives.La langue de Quint l’est aussi; les nombreuses expressions savoureuses finissent même par étourdir.Et puis il faut dire qu’elles sont très françaises et que le lecteur d’ici ne pige pas tout.Bref, c’est enlevant, émouvant par moment, mais trop peu économe en regard du premier.FRANÇOIS CHENG Le Dit de lanvi Excentriques Ceux qui aiment les personnages hors du commun seront servis avec Un diable d’homme (Phébus «libretto») où Fawn Bro-die raconte la biographie de Richard Burton.Aventurier du XCC siècle, il fut un des premiers Occidentaux à visiter clandestinement La Mecque, se lança à la découverte des sources de Nil, apprit 25 langues et traduisit, entre autres, Les Mille et une nuits.Le narrateur de Sylvia au bout du rouleau ivre (Romanichels poche, XYZ éditeur) de Christian Mistral est, dans son genre, tout aussi extravagant et avoue faire preuve «d’un talent stupéfiant pour justifier ma propre décadence».Installé à New York où il écrit des textes en tout genre, Max revient à Montréal pour assister aux funérailles de son père.Mais c’est surtout à Sylvia, sa femme avec enfant de lui, qu’il pense, espère et craint de revoir.L’alcool coule à flot dans ce récit bien construit, pavé de phrases stylisées.Seulement, il faut avoir un faible pour le type de narrateur seul (et ivre) contre tous, toujours au-dessus de la mêlée, alors que nous.En vrac Quelques ouvrages de références pour démarrer la session universitaire du bon pied.L’Espace vide (Points essais) de Peter Brook.Publié une première fois en 1977, cet essai profitera aussi bien à ceux et celles qui étudient le théâtre qu’aux spectateurs et créateurs d’autres disciplines.Dans La Fiction, (Corpus GF Flammarion), l’auteure Christine Montalbetti interroge le statut de l’énoncé de fiction.A l’appui, des textes d’Aristote, de Genette.de Perec, de Barthes, de Borges, de Cervantès et bien d'autres.Très stimulant.Enfin, celui ou celle qui voudrait en apprendre un peu plus sur V.S.Naipaul, prix Nobel de l’année, pourra lire Un chemin dans le monde (10/18).L’auteur, né à Trinidad, a quitté ce pays depuis 40 ans au moment où il commence ce récit Mais revient-on jamais au pays natal une fois qu'on l’a quitté?«Je comprenais leurs sentiments, les partageais dans une certaine mesure, mais je tenais, malgré cette sympathie, à n’appartenir qu’à moi-même.Je ne pouvais supporter l’idée de faire partie d’un groupe.» Christian Mistral Sylvia au bout du rouleau ivre xn I» O L A R Bonbon italien L’ABSENCE DE L’ABSINTHE Andrea G.Pinketts Traduit de l’italien par Gérard Le-cas et Claude-Sophie Mazéas Rivages, collection «Thriller» Paris, 2001,332 pages MARIE CLAUDE MI RAN DETTE Avouons-le d’entrée de jeu: j’aime Andrea Pinketts.Son style déganté et pince-avec-rire tout ce qu’il y a de plus italien, son langage franc et coloré, ses mises en scène crues, ses personnages de sconfitti à nid autre pareils.Son sens de la repartie, son univers sordide et attachant, sa plume acerbe et satirique.Sa vision lucide d’un pays délicieux qui n'en finit plus d'être décadent depuis l'antique Rome, ses tarés émouvants, ses riches héritières alcoolos jusque dans l'âme.J'adore, même.Comme un bon film de Nanni Moretti qui, au delà de l’humour, touche comme un uppercut là où ça craint.Et ce troisième titre traduit en français ne me fera certainement pas changer d’idée! Lazarre Santandrea, émule de Verlaine et de l'absinthe qui passe le temps d’un trait de génie, en est le héros malgré lui.35 ans, un tantinet porté sur la dive bouteille et les nanas, il cherche désespérément, pour faire plaisir à la mamma et à son porte-monnaie, une riche héritière à marier.Et ses amis l’y aident, à leur manière.Au mariage de l'une d’entre eux, il rencontre Orsetta Orsini, riche héritière de 25 ans, un peu paumée, vaguement suicidaire.Au fil des marches avec Chasmere, dit Cash, un lévrier afghan avec lequel personne ne fait bon ménage, une sympathie mutuelle s'installe.Puis, un jour, le père Orsini l’apostrophe pour lui demander de marier sa fille, question de lui faire passer ses envies de passer outre.Orsetta a un petit frère, affublé du cynique prénom d’Absinthe, le troisième d'un triptyque que rencontrera lazarre au cours de son étrange itinéraire.Le deuxième, Absinthe Mario, menteur professionnel, vient de quitter New York pour venir retrouver ses racines.Et le premier, puisqu’on y va dans le désordre, question de dérouter un peu, est un certain Absinthe Renard, un rêveur éternel de 75 ans qui a toujours souhaité devenir cycliste.L’un après l’autre, les Absinthe disparaissent, et notre ressuscité, lui, est soudainement aspiré par une histoire peuplée de monstres tous plus sanguinaires les uns que les autres, parsemée de snuff movies (grand dieu, c’est vachement à la mode ces temps-ci!) sans sexe, de Gitans en colère, sans compter un kangourou qui carbure aux drogues dures.Bel itinéraire pour ce nouvel opus d'un romancier au talent singulier qui prétend que l’humour est «l'expression de la politesse du désespoir».Du bonbon! LITTÉRATURE FRANÇAISE Drames et vie quotidienne LITTÉRATURE FRANÇAISE Le calme d’un cœur brûlant PAULETTE ET ROGER Daniel lâcouly Editions Grasset Paris, 2001,332 pages LA CAISSIÈRE Michel Waldberg Éditions de la Différence Paris, 2tX)l, 140 pages NAÏM KATTAN Daniel Picouly, l'auteur de plusieurs romans dont L'Enfant léopard, Prix Renaudot en 1999, revit dans Paulette et Roger l'histoire de ses parents avant qu’ils ne lui donnent naissance.L’action se déroule à Nevers au cours de la Deuxième Guerre mondiale.L'auteur donne à son roman la forme d'un journal dont la majeure partie porte la date de sa naissance, en 1943.Paulette était déjà mère de plusieurs enfants quand elle a fait la connaissance de Roger.Elle a 27 ans et lui, 20.Engagé dans la Résistance, il est dénoncé et fait prisonnier.On lui donne le choix de rester en taule ou de démanteler des bombes au risque de sa vie.Il choisit le risque et, grâce à la complicité de ses camarades résistants, il échappe aux griffes de l’occupant.Tous les ingrédients d'un sentimentalisme facile sont réunis dans ce récit mais, heureusement, Daniel Picouly réussit à les éviter.Il évoque la jeunesse, l’héroïsme de Roger, son amour partagé par Paulette, le courage et la détermination de celle-ci.la menace extérieure pèse de tout son poids et rend tout sentiment fragile.In séparation et la mort guettent.Le romancier fait la chronique de ces années de lutte.Il dresse par fragments, en mosaïque, les péripéties d'une époque où la loyauté et la fidélité sont constamment mises en question.Dans le déroulement d’une vie quotidienne qui, autrement, eût été banale, chacun des personnages est plus grand que nature.le lecteur doit s’habituer à la feusse naïveté d’un enfant qui rêve des années qui ont précédé sa naissance et qui.plus tard, ont marqué sa vie.Pour rendre hommage à ses parents, le narrateur,évite les pièges de la sensiblerie.A ses yeux illuminés par l’amour qu’il leur porte.Paulette et Roger sont des êtres d'exception, même s'ils peuvent paraître un homme et une femme comme tant d’autres.?Critique d’art, Michel Waldberg est l’auteur de plusieurs monographies, dont une consacrée à Riopel-le.Il a également publié plusieurs romans.La Caissière est le récit d’un romancier dont les livres ne se vendent pas et qui ne parvient plus à écrire.Sa femme, Juana, est une caissière dans une grande surface, le narrateur, Emmanuel d’Ombre, décrit un Paris de cafés, de bars, de boites de nuit et de restaurants où il retrouve ses amis qui, comme lui, cherchent à percer comme écrivains ou comme artistes, fi met en scène des éditeurs à la recherche de produits à vendre alors que la littérature est réduite à la marginalité des petites maisons.Juana mène une vie d’esclavage, doit sourire et dire merci à tous les clients, et il lui est interdit de parler aux autres caissières.Il n'y a ni intrigue ni action dans ce roman qui est plutôt une description triste et désenchantée de Paris et de ses cités de banlieue.RESSUSCITER Christian Bobin Gallimard Paris, 2001,167 pages LA LUMIÈRE DU MONDE Christian Bobin Gallimard Paris, 2001,165 pages DAVID CANTIN Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre: telle est la petite chambre dont l’âme est locataire», ainsi débute le plus récent livre de Christian Bobin, qui renoue avec la densité éparse du fragment De la transparence spirituelle au constat le plus anodin.Ressusciter est un long geste de partage et de réconciliation.Après quelques récits méditatifs à partir du décès de l’être aimé, l'auteur de L’Autre Visage se laisse prendre de nouveau dans l’élan d’une inexplicable présence au monde.En guise d’accompagnement La Lumière du monde permet à Lydie Dattas de rassembler un certain nombre d’aveux sortis de la bouche de ce poète discret On reproche souvent à Christian Bobin de toujours dire les mêmes choses ou encore de trop diluer quelques réflexions décisives.Par contre, ce nouveau texte ramène le lecteur vers une écriture beaucoup plus frilgurapte.On pense, notamment à ses premiers écrits aux Éditions Brandes ou chez Lettres Vives.D’ailleurs, au même moment le hasard fait en sorte Le versant lumineux d’une vérité essentielle que L’Enchantement simple apparaît dans la collection «Poésie» chez Gallimard.Un ajout qui s’imposait Dès qu'on traverse les premières pages de Ressusciter, on constate que ces variations sur le regard amoureux poursuivent une même démarche où l’ignorance créatrice et la foi se retrouvent Avec Bobin, on avance toujours lentement vers la connaissance intérieure, la beauté fugitive, de même qu’une détresse révélatrice.Ces notes tentent d’éclaircir ce lien indicible face à Dieu.Une voix cherche dans la nature, le quotidien et le silence des preuves de sa propre vibration.«J’ai trouvé Dieu dans les flaques d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées.Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d’en parler.» On s’aperçoit, au fil de la lecture, que ce livre tente sans cesse d'évoquer l’insaisissable.Bobin dévoile, à travers l’anecdote la plus simple, le versant lumineux d’une vérité essentielle.Qu’il se trouve dans l’intimité d’un lieu d’écriture ou sur la place publique.ce parcours tisse ses propres leçons à propos de l’existence.Se méfiant toujours autant d’une littérature trop savante ou du strict point de vue de la théologie, Bobin préfère entreprendre un dialogue avec la présence inquiète de la grâce.Certains diront que le poète articule toujours ce même discours fondé sur l’attention minutieuse, il serait toutefois dommage d’éviter un tel trajet qui se rapproche davantage de son essence créatrice.Suite et fin d’Ostinato DAVID CANTIN Comment faire face à la mort qui approche, qui tend la main et guette sans cesse le promeneur solitaire?Tout au long de Pas à pas jusqu'au dernier, Louis-René des Forêts poursuit la quête autobiographique déjà amorcée avec Ostinato.A la suite de son décès, en décembre 2000, ce livre posthume (revu et ordonné par l'auteur lui-même) arrive donc comme le dernier chapitre d'une œuvre aussi dense que profonde sur l’horizon des lettres françaises.«Dire et redire encore, redire autant de fois que la redite s’impose, tel est notre devoir qui use le meilleur de nos forces et ne prendra fin qu'avec elles.» Ce fragment qui entame l’ouvrage ultime de Louis-René des Forêts montre en quelque sorte le chemin à suivre.Loin d'un narcissisme racoleur et anecdotique, une telle entreprise littéraire a pour but de confronter la parole à un monde fait de temps, d’espace et d'obstacles.L'écrivain prend tranquillement conscience d'une vieillesse lourde à porter mais surtout d'une impossible victoire face à l'absence définitive.Il s’agit de se rendre, encore et toujours, à l’affût de cette présence immédiate par le biais de l’écriture.Comme dans Ostinato, ces séquences narratives passent de l'observation au constat, de la solution au doute nécessaire.Cette marche est celle d’un individu qui trace, d'un fragment à l’autre, la ligne qui en viendra à le séparer de l'existence.Cette lente progression n’évite jamais le réflexe lucide, voire un rire qui devient peut-être la dernière des ruses.Entre la douleur physique et la sagesse nerveuse, on est bien devant l'âge dans cette poursuite du souvenir abstrait le plus juste.L’illusion serait probablement de se taire au cours de ce trajet intérieur aussi radieux qu'instinctif: «Ne pas se regarder vieillir dans le miroir que nous tend la mort, non plus que la défier avec de grands mots, mais, s'il se peut, l’accueillir en silence comme sourit à sa mère un enfant au berceau.» Curieusement, grâce à l’usage de la troisième personne, des Forêt s’éloigne de tout intimisme.I Le moi s'efface derrière cette prose qui n’hésite pas à se faire cruelle.Près du seuil, l’écrivain français suit ce temps qui lui reste à partir de la «conjugaison laborieuse de la mémoire et du langage».L’épreuve, bien que tragique, ne sombre pas dans la souffrance affective.Cette voix passe d’une rupture à une autre avec la patience la plus juste.Devant le bavardage de la fiction, il faut désormais reprendre la tâche assumée par ce regard qui se mêle au jour, lequel n’arrête jamais son mouvement: «Le grand mur du silence, nous l’avons construit de nos mains, et nos mains aujourd'hui n ’ont plus l’opportunité ni le pouvoir sans doute de l’abattre: autant dire qu'il est indestructible.» Avec Pas à pas jusqu'au dernier, Louis-René des Forêts signe une courte médiation d’une grande justesse sur la mort et ses conséquences.P.AS À PAS JUSQU’AU DERNIER Louis-René des Forêts Mercure de France Paris, 2001,80 pages WÊÊÊSÊÊÊÊÊÊ LE DEVOIR.LES S A M K I» I ET l> I M A V < Il E »! .1 A X V I E R l O O 2 I) 7 LE DEVOIR De Visu EXPOSITION Au temps du Vinland LE GRAND CERCLE : PREMIER CONTACT Les Vikings et les Skraelings à Terre-Nette et at Labrador Musée McCord, 690, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 2 avril 2002 MARIE-ÈVE CHARRON Vinland.Ainsi les Vikings nommaient-ils la partie la plus au sud du territoire qu’ils avaient foulé en Amérique du Nord.Les célèbres sag£s islandaises écrites au Moyen Age rapportaient en effet l'existence d’une région aux ressources abondantes dont la porte d’entrée correspond aujourd’hui à l’anse aux Meadows, située sur la péninsule nord de Terre-Neuve.Longtemps, par contre, la localisation du Vinland est demeurée un mystère Il Semble aux yeux des spécialistes, que les pour qui les documents contacts de it-avail se avec les limitaient aux avec tes évocations autochtones parfois my- thiques des aient été ?a«as- Lcs fouilles ar-ténus, chéologiques menées dans réservés les années 60 par les Nor-3U troc végiens Anne Stine et Hel- ou éclatant ge Ingstad à ^l’anse aux parfois Meadows ont en affronts finalement permis de sanglants confirmer le passage des Vikings à cet endroit et, avec l’appui d’une carte ancienne, de supposer qu’il s'agissait bien là des vestiges d’un site qui, avant d’être abandonné, avait été convoité pour ses diverses essences de bois et ses vignes sauvages, le Vinland.Cette ambitieuse percée vers l’Ouest des Vikings n’a effectivement pas été de longue durée, la fuite ayant assez rapidement pris le pas sur les projets de colonisation.Neanmoins, cette traversée de l’Atlantique effectuée vers l’an 1000 a provoqué un précédent: la rencontre d’un peuple venu de l’Est avec les autochtones de l’Amérique, un premier contact donc entre les descendants d'une même souche d'humains issus de l’Afrique et que 100 000 ans d’exploration en direction opposée avaient fini par séparer.C’est à ce vaste mouvement de l’humanité que s'intéresse l'exposition actuellement en cours au musée McCord.Mouvement migratoire Organisée par le Musée de Terre-Neuve et le gouvernement de Terre-Neuve et du Labrador, l’exposition fait de l’arrivée de Vikings en Amérique un jalon important de l’histoire de l'humanité pour avoir amorcé le mouvement de globalisation tel qu’on le connaît aujourd’hui.Si ce raccourci est peu convaincant, l’image proposée par le titre de l’exposition, et empruntée à l’historien Robert McGhee, d’un grand cercle planétaire complété par les explorations Scandinaves en Amérique, reste séduisante.Après avoir esquissé dans une première section le mouvement migratoire de l’humanité à l’échelle mondiale, le parcours de l’exposition aborde ensuite la venue des Vikings selon l’angle de leur rencontre avec les autochtones, un aspect que des recherches récentes ont permis d’éclairer.Ces autochtones que les Vikings ont rencontrés lors de leur passage, ils les avaient baptisés Skraelings, un terme norrois qui voulait dire «étrangers».Cultivateurs accomplis, et non pas seulement pilleurs et pirates comme l'histoire le rapporte en général, les Vikings avaient peu de respect pour les peuples dont le mode de vie reposait sur la chasse et la cueillette.Par l'entremise d’arté-facts (amulette, aiguille, harpon et grattoir, en silex en os ou en sapo- nite), quelques escales de l’exposition suggèrent la réalité des populations autochtones établies en Amérique (paléoesquimaux du Dorset, Mic- SOURCE MUSEE MCCORD Pendantif avec proue de navire.macs et Indiens récents) avec lesquelles les explorateurs Scandinaves ont pratiqué le troc.Périples maritimes De grands pans de miroir juxtaposés à des murs couleur bleu nuit aménagent le parcours de l’exposition dans lequel s’insèrent des photographies de paysages nordiques montées sur panneaux lumineux, théâtre époustouflant de ce récit vieux de 1000 ans.L’enveloppe de l’exposition se charge, avec les coques de navire vitrées qui servent de niches aux artéfacts présentés, d’évoquer les prouesses maritimes redoutables qui ont fait la réputation des Vikings.Ces derniers n’avaient certes pas froid aux yeux pour prendre la mer, mais c’est surtout à la faveur d’un important réchauffement climatique survenu vers l’an 800 que les expéditions en Occident furent Écuelle témoignant de l’établissement des Vikings au Vinland.SOURCE MUSEE MCCORD possibles.Jusqu’en l'an 1100 a suivi 1ère viking, une période d’expansion musclée au cours de laquelle la démographie croissante en Scandinavie, les conflits politiques internes et le commerce base sur l'échange ont encouragé le déferlement des Nordiques à travers l’Europe, l’Asie et à l’Ouest, évidemment, en faisant successivement des îles Féroé (800), de 'Islande (875), du Groenland (985) et de Terre-Neuve (992) des lieux de ravitaillement précieux et, dans certains cas, d’etablissements durables.Parmi les objets présentés, la majorité provenant de musées Scandinaves, plusieurs en fer témoignent d’un savoir-faire mis à profit pour la navigation.Ailleurs, d'autres objets usuels tels qu’une balance en bronze et un verre à boire s’arrêtent sur un quotidien marqué par les transactions marchandes et les banquets festifs.Des colliers en fer, des perles en verre et des pendentifs d’argent qui n'ont absolument rien à envier aux bijoux actuels rappellent que les parures étaient pour les Vikings une p;»rt essentielle du code vestimentaire.Trône également sur un présentoir une épée de fer grugée par le temps.Loin de faire la promotion des qualités guerrières des Vikings, cette arme sert à souligner l’impuissance de ceux-ci face aux autochtones.Minoritaires en Amérique, les Scandinaves n'avaient pas la force, malgré l’arsenal militaire, pour triompher des habitants qui les avaient précédés sur ce territoire.Du reste, il semble que les contacts avec les autochtones aient été ténus, réservés au troc ou éclatant parfois en affronts sanglants, mais jamais traduits en termes de cohabitation.Ainsi, l’exposition ne relate pas vraiment les exploits des écumeurs de mers que furent Erik le Rouge et son fils Leif Eriksson, héros des sagas islandaises, mais s’attarde davantage sur les relations des autochtones avec les nouveaux arrivants et les raisons expliquant le départ de ceux-ci après seulement quelques siècles d’occupation.Le cas du Vinland est probant.Après 10 ou 15 années d’exploration de ce territoire qui atteignait le golfe du Saint-Laurent, l’éloignement du Groenland, la faible démographie et le refroidissement climatique ont finalement eu raison des Viîdngs, qui ont laissé derrière eux les côtes américaines.Ils ont donc repris la route de la mer, peu avant que d’autres Européens accomplissent la grande traversée, à commencer par les Basques au XVT siècle, qui pratiquaient sur les côtes du Labrador la chasse à la baleine.La disparition progressive des peuples autochtones à la suite de l’établissement définitif des Européens dans le Nouveau Continent occupe une bonne part de l’exposition, qui délaisse ainsi momentanément la question viking.Elle la reprend pour la section finale avec le récit des fouilles archéologiques réalisées à l’anse aux Meadows dans les années 60.En faisant de cet épisode le prétexte à la présentation d’objets personnels ayant appartenu aux archéologues, l’exposition risque malheureusement de DESIGN Hommage à l’un des grands du XXe siècle MARCEL BREUER DESIGN Magdalena Droste et Manfred lodewig Traduit de l'allemand par Marie-Anne Trémeau-Bôhm Benedikt-Taschen Cologne, 2001,158 pages MARIE CLAUDE MIRANDETTE Mettant à profit les archives du Bauhaus, les auteurs rendent hommage, par cette publication et l’exposition qu'elle accompagne, à l'un des plus éminents designers du XX' siècle: Marcel Breuer.L’occasion s'y prêtait puisque l'homme, décédé il y a 20 ans, aurait célébré son 90" anniversaire de naissance cette année.Et comme on aime souligner les anniversaires par des expos et des publications, ça tombe plutôt bien pour honorer l’un des grands philosophes du design moderniste, père du célé-brissime fauteuil Wassily flequel célébrait un autre artiste influent, l’un de ceux par qui arriva l’abstraction, Kandinsky celui-là).Mais Breuer, ce n’est pas que cet incontournable fauteuil, loin de là! C’est un professeur, pédagogue dans l'homme, qui a initié les élèves du Bauhaus — dont il fut de la première mouture, d’ailleurs — à une philosophie nouvelle de l'apprentissage, à une * vision socialiste et universaliste de l’art, tous média et genres confondus.Plus de clivage art majeur/art mineur, plus d’architectes, de designers, de peintres.Que des artisans travaillant en fraternité, comme au Moyen Age.Mais avec les matériaux modernes, les techniques industrielles, à la recherche de la forme pour servir la fonction, dans toute sa sobriété.Le tout en partenariat avec l’industrie.De ses premiers meubles néogothiques dans la lignée du Arts & Craft aux projets architecturaux définitivement tournés vers l'avenir en Angleterre et aux États-Unis, durant et après la Seconde Guerre mondiale, tout y est passé au peigne fin, archives et documentation à l'appui.U- texte offre une belle synthèse de l’apport de ce menuisier, designer, architecte.Et les images, généreuses et d’assez bonne qualité somme toute, complètent la monographie divisée en grandes périodes historiques.Au texte d’introduction consacré aux meubles de Breuer succèdent les années Bauhaus (1920-28), Berlin, la Suisse (1928-34) ainsi que l'Angleterre et les ÉtaLvUnis (1935-50).Suivent une biographie et une bibliographie essentielle.Une excellente synthèse, à prix modique.Reste à espérer que cette exposition voyagera quelque part en Amérique.SOURCE M USE h MCCORD Une épée de fer grugée par le temps.Loin de faire la promotion des qualités guerrières des Vikings, cette arme sert à souligner l’impuissance de ceux-ci face aux autochtones.ne pas capter l’attention jusqu'à la fin.L’intérêt en effet s’étiole devant ce saut abrupt dans le XX" siècle au détriment d’un aperçu plus fouillé sur une période plus succincte.L'usage de l'audio-guide bonifie le parcours de l’exposition en palliant la présence élaguée des textes explicatifs.Sinon, il faut bien vouloir se pencher longuement sur un livre placé au cours du trajet, qui concentre plusieurs informations complémentaires certainement captivantes mais qui, justement à cause de cette concentration, gênait un [Hii la visite.la publication accompagnant l’exposition offre par ailleurs d’excellents textes d’analyse sur les peuples autochtones.En définitive, il reste fort à parier que l’on ressorte de cette exposition avec une image adoucie des Vikings, image qui toutefois garde intact le pouvoir de fascination que leur histoire exerce depuis des siècles.////////// LUC 2001- 2002 Archambault Œuvres peintes et céramiques Galerie d’un jour aux Façades de la Gare, (Stationnement SAQ) Du mercredi au dimanche de I2h30 à IKh(X) ou sur R, V,, jusqu’au 13 janvier www.Luc-Archambault.qc.ca Représenté à Montréal par la Galerie Simon Blais et la Galerie d’Avignon Galerie d’un jour.400, bout Jean-Lesage, Québec, GIK 7B3 4IK 523 2.3 16 ¦'WUÊÊÊÊÊÊÊÊ' ' mies en amérique du 17 octobre 2001 au 20 janvier 2002 CCA Contra Canadian d'Arcfiitactura 1920, rua fraila, Montréal, Ouébac S14 939 7026 www.cca.9c.ca Houra* d'owortura du muséa : mardi au di ma ne ha, 11 h à 18 h; jaudi, 11 h à 20 h Vivendi univers/vl ta CO m la WSrf»*, MwMvw -V Aawneon An Teae te *> Mwiav" '* Me te »«*>•* da fliia Krfte a< laArrr fcowo da te fou-sdosor ter Adwarrad Vu4>«i " ** G CDP Capital ¦ Ar*i at da Rj f'>rvdi»o« Lteroal iongle»t I) 8 E DEVOIR.LES S A M E D 5 K T D I M A V C H E 6 .1 A V V I E R 2 0 0 Im bibliothèque municipale centrale de Toronto a inauguré sa nouvelle salle des journaux, le 27 novembre dernier.Passé, présent et futur cohabitent harmonieusement dans cet espace de conception ouverte, qui rassemble microfilms, journaux sür support papier et journaux en ligne.• DE VISU ' ARCHITECTURE Au plaisir de lire ife ¦ “1 CHARLES-ANTOINE ROUYEK Toronto — La lecture de la nouvelle salle des journaux de la Toronto Reference Library est d’une limpidité éclatante.Dès le premier coup d’œil, il est possible de savoir instantanément où se diriger dans ce nouvel espace de 930 mètres carrés (10 000 pieds carrés), au sous-sol de la bibliothèque.Avant même d’y entrer, l’arrondi d’une longue cloison de verre laisse apercevoir la salle de lecture centrale et ses tables de lecture, de véritables papillons de verre posés sur une tige d’aluminium (spécialement dessinées pour ce lieu); sur le pourtour, au fond, des lecteurs de microfilms se dessinent dans la demi-pénombre; sur la droite des visiteurs attendent devant le comptoir du personnel; sur la gauche,,des rayonnages blancs accueillent les journaux du moment, dans un petit salon où les lecteurs s’enfoncent dans des fauteuils profonds, disposés autour de tables basses, ovales en bois clair; il ne manque guère que le sifflement d’une machine à espresso pour compléter le tableau; enfin, au premier plan, une ribambelle d’internautes pianotent devant leur écran plat de part et d’autre de la porte d'entrée, face au visiteur sur le point d’entrer; un comptoir en aluminium court dans les airs le long de l’arrondi de verre et laisse voir le reste de la pièce.«Nous avons conservé la porte d'origine», explique Ajon Moriya-ma, l’architecte responsable de cette rénovation de l’ancienne salle des journaux, épaulé par la designer d’intérieur Joni Inouye, tous deux du cabinet Moriyama & Teshima Architects.(Le père d’Ajon Moriyama, Raymond Moriyama, avait dessiné la bibliothèque inaugurée en 1977, qui respire l’ouverture, avec son atrium central baigné de lumière naturelle et ses dégradés de balcons ondulants d’où plongent d’innombrables plantes vertes.) 'J An " < m: C- 11 * h * "WH fH ; i ! SOURCE BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE CENTRALE DE TORONTO La salle de lecture centrale et ses tables de lecture, de véritables papillons de verre posés sur une tige d’aluminium.Le visiteur entre d’emblée dans une immense pièce ronde, baignée de lumière qui semblerait presque naturelle (grâce à trois types d’éclairage différents).Tout autour, d’immenses panneaux de verre, du sol au plafond, proion gent l’arrondi, comme une sorte de cloison en pointillé.Sur ces immense vitres, des unes de journaux entières ont été sablées dans lé verre et semblent flotter dans les airs.De loin, seuls les grands titres accrocheurs sont déchiffrables.De près, il est possible de lire les articles.«Nous avons adapté l’éclairage aux différentes fonctions», poursuit Ajon Moriyama.«La salle de lecture est la plus fortement éclairée.La lumière dans le salon (lounge) est un peu plus douce.La semi-pénombre ici est nécessaire pour consulter les microfilms», conclut-il, pendant qu'à nos côtés, un visiteur mouline sur un lecteur de miciofilms et fait défiler des pages et des pages de journaux en continu, dans un frottement caractéristique.«Ces lettres sablées dans le verre évoquent pour moi les pages de journaux composées lettre par lettre, au tout début», confie ensuite Ajon Moriyama, en regardant par transparence l’envers de l’une d’elles.Notons au passage que ces gravures permettent aussi de faire mousser artistiquement le commanditaire privé de cette rénovation, le quotidien The Toronto Star, dont les Unes couvrent la totalité des dix panneaux.Dans la grande pièce centrale, les tables de lecture en verre assurent la continuité des matériaux et de l’espace et remplacent les anciennes tables en bois qui auraient bloqué la vue.Deux panneaux de verre de 15 x 30 centimètres montés en V dans le sens de la longueur, dessinant comme un immense livre ouvert ou les ailes d’un papillon flottant dans les airs, viennent épouser les grandes pages des journaux du monde entier qui s’y couchent.Le plan est légèrement incliné vers le lecteur, à l'image d’un pupitre de conférencier.Le bas des journaux vient reposer sur une barre en aluminium qui réunit les deux feuilles de verre et cette barre est montée sur une tige de métal où sont fixés les pieds.Le coût total de la rénovation s’élève à 600 000 $, entièrement financées par le quotidien The Toronto Star, précise Unda Mackenzie, directrice des bibliothèques de recherche et de référence de la Ville de Toronto.L’effectif du personnel demeure le même que dans l'ancienne salle, pour un tiers de superficie supplémentaire et une capacité presque doublée, de 55 à 106 places.Linda Mackenzie précise enfin que cette rénovation du sous-sol n’est que la première phase du réaménagement de l’ensemble de la bibliothèque, pour s’adapter aux nouveaux outils de gestion de l’information.ri tem.î —fiy WL SOURCE BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE CENTRALE DE TORONTO Des rayonnages blancs accueillent les journaux du moment, dans un petit salon où les lecteurs s’enfoncent dans des fauteuils profonds, disposés autour de tables basses, ovales en bois clair.Brasilia, capitale du rêve NORMAND CAZELAIS Déjà, au temps des premières révoltes des esclaves noirs qui allèrent fonder le quüombo de Palmarès, vivait le rêve: celui de fonder une capitale à l'intérieur de ce pays vaste comme un empire.Ce lève devint une fonne d’obsession, repris au cours des siècles: arracher le Brésil, malgré l’image d’apparence paradoxale, à \’«enclave-ment» du littoral et conquérir le cœur de cet immense espace, ce «bout du monde».Quel qu'en soit le prix.«Depuis le Flanalto Central qui accueillera bientôt la nouvelle capitale, s’exclama en 1956 le président fraîchement élu Juscelino Kubit-schek, se répandra une confiance sans limites en notre grande destinée.» Quatre ans plus tard, presque au même moment où le gouvernement lisage prenait les rênes du Québec et lançait la Révolution tranquille, était inaugurée Brasilia Pour accomplir ce rêve, Kubit-schek voulait un centre de pouvoir politique, certes, mais encore davantage un pôle d'influence «global» et une ville apte à «réinventer le futur».D'où la «vision d’avenir» commandée à l’urbaniste Lücio Costa et à l’architecte Oscar Nie-meyer.Né à Toulon en 1902, élevé eq Angleterre avant de s’inscrire à l'École des beaux-arts de Rio, le premier lit la connaissance en 1929 du Corbusier, alors de passage en Argentine: intégrer technique, esthétique et écologie fut une constante de son œuvre.Carioca d'origine — du barrio (quartier) das Laranjeiras — et de tempérament, le second était un homme de gauche, agnostique, nourrissant un idéal d’harmonie de la forme et de la liberté totale.leur cohésion fut exceptionnelle.Dégagée des tabous Ils s'en confièrent par la suite: en planifiant Brasilia, Costa et Nie-meyer ont écouté Baudelaire pour qui la matière première de toute œuvre d'art réside dans la surprise, dans la rupture avec les conventions.Ensemble, ils conçurent une ¦ Des hautes tours jumelles du Congrès à la coupole renversée du Sénat.SOURCE GOUVERNEMENT DU BRESIL ville «dégagée» des tabous urbanistiques, inspirée des jardins à l’anglaise, une ville dont les formes et l'organisation exprimeraient «l’esprit.l’imagination, la poésie».Ainsi portée, Brasilia a vu le jour dans un contexte d'urgence.En 1957 apparurent les premières maisons de bois des travailleurs et, deux ans plus tard, 60 000 ouvriers s'affairaient sur le chantier.Aujourd'hui.la capitale et son district fédéral s'inscrivent dans l’Etat de Goiâs, à 1100 mètres d'altitude.Son plan général respecte les orientations d’origine: en forme d’avion, avec deux grandes ailes recourbées rattachées à un corps principal.A sa tète, arrimés à la place des Trois-Pouvoirs sur une hauteur dominant le paysage, furent construits les bâtiments destines à l'exécutif, au législatif et au judiciaire.Le long de l’esplanade des Ministères et du sillon largement dégagé des grands axes routiers, s’élevèrent les édifices gouvernementaux alors que les quartiers résidentiels et commerciaux, regroupés en quaddras, turent distribués dims les ailes et en périphérie.On creusa un lac, le Paranoâ, d'un périmètre de 80 km, pour alimenter et «rafraîchir» la ville.Depuis, l’audace de son architecture a fait le tour de la planète.Et est devenue une référence.Comment Brasilia a-t-elle vieilli?Devant accueillir 800 000 habitants, elle en compte maintenant deux millions.Tout autour, villes satellites et tavelas ont marqué leur emprise et tend le tissu urbain initial.Mais les fonctionnaires, qui au début refusaient de s’y établir à demeure, ont peu à peu révisé leurs positions: le temps et la volonté politique ont fait leur œuvre, Brasilia s'est vraiment imposée comme capitale.Sauf en quelques cas, la plupart des edifices ont gardé leur puissance expressive, de la grâce aérienne de la cathédrale (dont l’extrémité des 16 nervures de béton évoque la couronne d'épines du Christ) à la conque acoustique du quartier général de l’armée, de la pyramide du Théâtre national au palais présidentiel que Kubitschek désirait «admirable, même dans cent ans», des hautes tours jumelles du Congrès à la coupole renversée du Sénat.«Brasilia est une île de fantaisie, explique Maria Manuella, qui y vit depuis plusieurs années.Cette ville jeune, sans histoire, a stm identité, sa propre logique.Ici, ce ne sont pas des lignes mais des points qui forment les repères Bien sûr, le taux de divorces est plus élevé que la moyenne; bien sûr.il est très difficile d'y vitre sans voiture; bien sûr, il y a des démunis comme partout ailleurs au Brésil.Mais le danger qui la guette vient plutôt des autorités actuelles qui t'eu-lent changer son concept urbanistique et accroître la densité des im- meubles dans le centre et au bord du lac.S’ils persistent dans leurs intentions, le rêve de Brasilia pourrait bien mourir.» Une lente maturation ¦ 1761: le marquis de Pombal lance l’idée de construire une «nouvelle capitale du Portugal, de l’Afrique et des Indes», dans le sertâo, région sèche de l’intérieur du Brésil.¦ 1763: la capitale du gouvernement colonial déménage de Salvador de Bahia à Rio de Janeiro.¦ 1813: le journal Correia Braàlien-se tente de convaincre l’opinion publique de construire une nouvelle capitale à l'intérieur du pays.¦ 1823: l’architecte José Bonifâcio présente les plans d’une nouvelle capitale qui, déjà, portait le nom de Brasilia.¦ 1883: le prêtre salésien Jean Bosco, qui sera plus tard canonisé, a une vision, celle que surgira au Brésil une grande civilisation, une «Terre promise», entre les 15' et 20' parallèles.¦ 1891: l’article 3 de la Constitution stipule qu’une zone de 14 400 km- soit réservée dans le Planalto Central pour y établir la future capitale fédérale.¦ 1940: le président Getûlio Vargas lance la «Marche vers l’est» pour y transférer la capitale.¦ 1946: le président Enrico Caspar Dutra crée une commission de localisation de la nouvelle capitale.¦ 1955: le 4 avril, durant la campagne présidentielle, le candidat Juscelino Kubitschek promet, s’il est élu, d’implanter la capitale dans le Planalto.¦ 1956: le 18 avril, le président Kubitschek annonce la mise sur pied de la Compagnie d’urbanisation de la nouvelle capitale du Brésil (Novacap) et entérine le nom de Brasilia; le 19 septembre, la loi promulguant le transfert définitif de la capitale est votée et, le même jour, est lancé le concours du Plan directeur que remportera l’urbaniste Lûcio Costa ¦ I960: le 21 avril, inauguration officielle de Brasilia ¦ 1970: inauguration de la cathédrale, l'un des plus beaux édifices de la capitale.¦ 1986: inauguration du panthéon de la Liberté, place des Trois-Pouvoirs.¦ 1987: au même titre que les villes millénaires du Caire et de Jérusalem.Brasilia fait désormais partie du Patrimoine culturel de l'humanité reconnu par 11JNESCO.• y ^ 1 llSlSfe! * v ,-S.ri*) “ mff %.:.SOURCE GOUVERNEMENT DU BRÉSIL La grâce aérienne de la cathédrale (dont l’extrémité des 16 nervures de béton évoque la couronne d'épines du Christ).t
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