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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1999-05-15, Collections de BAnQ.

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I.E I) E V (Il H .E E S S A M EDI I 5 E T I) 1 M A N (' Il E I (I M A 1 I !» !l 9 ?LE 7 Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 Essais québécois Page D 7 ?Marc Séguin Page D 9 Formes Page D 10 ÉDITION Liberté a 40 ans En 1959, les Jean-Guy Pilon, André Belleau, Fernand Ouellette, Jacques Godbout, Jean Fi-liatrault fondent une revue pour offrir aux auteurs un lieu, un espace de liberté.En avril 1999, Liberté publie le deux cent quarante-deuxième numéro de cette revue unique dans l’histoire des lettres québécoises.Le thème de la parution est «Media».MARTIN BILODEAU Liberté a 40 ans.Fondée en juin 1959 par une poignée d’écrivains et d’intellectuels québécois qui avaient envie d’écrire et de faire circuler — à quelque mille exemplaires, six fois par anqée — leurs idées et leurs textes.A une époque où la «grande noirceur» se dissipait pour laisser entrevoir une révolution, fût-elle tranquille, Liberté a été de tous les débats de société, de toutes les luttes.Pour la laïcisation, pour une école ouverte, pour une société québécoise démocrate et progressiste.Entre autres.Par la plume d’écrivains d’ici (Hubert Aquin, Jacques Marcotte, etc.), qui promenaient les lecteurs sur les sentiers de leur prose à travers des textes inédits ou faisaient découvrir à leurs contemporains des auteurs étrangers encore inconnus chez nous, Liberté est demeurée pendant quarante ans un des plus importants carrefours d’idées, tant sociopolitiques qu’esthétiques: «Tout intellectuel québécois qui compte a publié au moins un article ou un texte dans Liberté», souligne Marie-Andrée Lamontagne, codirectrice de la revue.La petite histoire En 1959, constatant qu’il n’existait aucune revue littéraire indépendante, Jean-Guy Pilon et quelques autres intellectuels québécois (André Belleau, Fernand Ouellette, Jacques Godbout, Jean Filiatrault, etc.) entreprennent de fonder une revue qui offrirait aux auteurs un lieu, un espace de liberté.La revue Amérique française publiait à l’époque ses derniers numéros, et les autres périodiques littéraires, à l’exception des Ecrits du Canada français, étaient publiés par des universités ou des groupes religieux, en aucun cas indépendants.Liberté, le nom s’est imposé de lui-même et la revue a pris son envol et gagné des fidèles, s’imposant là où ça compte, ouvrant sa porte à de nouveaux auteurs et intellectuels et faisant même l’objet, il y a quelques années, d’un colloque à la Sorbonne et d’un autre à Jérusalem.Liberté aujourd’hui «Le paysage éditorial était moins encombré à l’époque, soutient Marie-Andrée Lamontagne.Depuis, le lectorat s’est fractionné, mais la longévité joue en faveur de Liberté», pense la codirectrice.Aujourd’hui, la revue tire à 1000 exemplaires (ce qui est très honorable pour un périodique de ce type) et fait l’essentiel de ses ventes en librairie et par les abonnements (dont plusieurs groupes et facultés de lettres, d’ici et d’ailleurs), lesquels sont stables et accaparent la moitié du tirage.«La revue navigue entre deux écueils: la littérature universitaire et le magazine», soutient Marie-Andrée Lamontagne, désireuse de voir Liberté continuer de se faufiler ainsi et de happer le plus grand nombre de lecteurs au passage.Jean-Guy Pilon pense quant à lui que «la revue a évolué avec le temps; des universitaires s’y sont joints progressivement, alors qu'au début, le comité de rédaction [formé de huit personnes] n'en comptait aucun».La large circulation de Liberté dans les couloirs universitaires serait attribuable à cette percée importante.VOIR PAGE D 2: LIBERTÉ Vite -Y* » V * * J**: Le Québec fut l’invité du Salon du livre de Paris.Et cela fut heureux! Après en avoir parlé et rêvé pendant plus d’un an, le Salon du livre de Paris et ses mille et une courbettes au Québec est maintenant chose du passé.«Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud», ont ensuite martelé les éditeurs, soucieux de profiter de toute l’attention reçue à Paris et d’en tirer quelques avantages.Mais quoi faire, justement, pour maintenir l’intérêt?MARIE-ANDRÉE CHOUINARD y LE DEVOIR A Paris, en mars dernier, les médias n’en ont eu que pour le Québec.Du salon de Bernard Pivot jusqu’aux pages très convoitées du Nouvel Observateur, des auteurs comme Robert Lalonde, Gaétan Soucy, Dany Laferrière, Rober Racine et Sergio Kokis ont animé la faune journalistique.littérature migrante et ouverte au monde, vision moderne issue du mélange d’améri-canité et de Vieille Europe, tribune offerte aux jeunes écorchés vifs de la littérature, nos écrits ont été dépecés par les critiques littéraires français, certains avançant même une symbolique politique dans un livre comme La petite fille qui aimait trop les allumettes, du Québécois Gaétan Soucy.On n’en a eu que pour lui là-bas, semble-t-il.Elevé aux nues par la critique, l’auteur de L’Acquittement et de L’Immaculée Conception a passé une semaine promotionnelle à Paris, virevoltant d’une tribune à l’autre.Si on ne l’avait pas rapatrié au Québec pour qu’il puisse se consacrer à l’écriture de ce qui sera peut-être son quatrième roman, l’homme aurait d’ailleurs pu poursuivre la promotion plus longuement en France.«La demande était là», explique son éditeur, Pascal Assathiany, directeur du Boréal.Cette surexposition a fait vendre: en France seulement, le distributeur a imprimé au delà de 9500 exemplaires de cette Petite fille qui aimait trop les allumettes.«Un exploit, juge l’éditeur, quand on sait qu'toi premier roman en France vend à peu près 800 ou 900 exemplaires.C'est un marché difficile, la France, et même pour les Français!» Qu’avait-il, lui, que les autres n’avaient pas?A n’en pas douter, un contenu littéraire unique en son genre, une voix particulière.«Mais aussi un attaché de presse, que le Boréal avait embauché spécialement pour le Salon du livre de Paris et qui a permis d'ouvrir plusieurs portes», poursuit M.Assathiany, identifiant là l’une des clés du succès auquel plusieurs écrivains rêvent.VOIR PAGE D 2: BILAN A1C LE DEVOIR.LES SAMEDI 15 ET DI M A N C II E I (i M Al 1 !) !) I» D 2 LIBERTE Livres "*- BILAN Une société en mutation SUITE DE LA PAGE D 1 Installée aux premières loges de la pensée, la revue a commenté et alimenté les débats et les mutations qui ont marqué le Québec des quatre dernières décennies, notamment ceux reliés à la langue et au statut de la province dans la fédération canadienne.De là à forger une idéologie, il n’y a qu’un pas à faire, ce qu’on a refusé à Liberté, au nom de la liberté.«Idéologie, le mot est fort; il faut plutôt parler de sensibilité», proteste Marie-Andrée Lamontagne, pour qui la richesse de la revue tient à sa mouvance progressiste et non à d’hypothétiques prises de position qui auraient encadré cette liberté qu’elle et les collaborateurs de la revue ont voulue plurielle et ouverte.Le fondateur de la revue, Jean-Guy Pilon, abonde dans le même sens: «Nous n’étions pas des idéologues et nous n’avions pas d’idéologie à faire avancer», se rappelle-t-il, visiblement heureux que ce premier mot d’ordre ait survécu jusqu’à aujourd’hui.Et que la revue, qui surfe depuis 40 ans sur ses parti pris et ses coups de cœur, continue d’accueillir chaleureusement des écrivains et des intellectuels qui ont en commun une chose, fondamentale: le goût de l’écriture.«C’est avant tout un carrefour d'amitié et de plaisir», tient à rappeler Jean-Guy Pilon, qui a veillé aux destinées de la revue, à titre de directeur, pendant ses 20 premières années d’existence.Un catalogue regroupant les sommaires des 243 numéros de la revue paraîtra cette semaine, alors qu’un cycle de conférences autour de Liberté démarre lundi soir, à 19h, à la librairie Olivieri.Animées par Marie-Andrée Lamontagne, ces conférences ARCHIVES LE DEVOIR a o a a o.g Jean-Guy Pilon, lors des premières années de la revue Liberté donneront la parole aux écrivains et intellectuels qui ont fait Liberté.Celle de lundi porte d’ailleurs pour titre «Les origines de Liberté», et Jean-Guy Pilon y est attendu.Pour information et réservation: (514) 739-3639.LIBERTÉ N° 242, Media Montréal, avril 1999,134 pages GtiOHtiES Amu.ai 224 PAGES • 22,50 $ us blancs df.mfmoipf.de mémoire histoires Chacune de ees histoires est comme un trait dans une ligne pointillée.Il ne reste plus qu: a combler les « blancs » qui les séparent pour que tout un monde se mette à vivre sous nos yeux.Qui m’aime me lise, hiWHO-.tddionA&oAuil.SUITE DE LA PAGE D 1 De ces auteurs jugés «grands gagnants» de la tournée parisienne, tous ou presque bénéficiaient ainsi d’une attention promotionnelle particulière, et directement orientée vers eux.Dany Laferrière et son éditeur fran- Siis, Le Seipent à plumes.Sergio Ko-s et les éditions de l’Aube.Monique Proulx et Robert Lalonde avec l’attachée de presse du Boréal ou les services du Seuil.Maxime-Olivier Mou-tier grâce, sans doute, à une escapade à Paris avant l’ouverture du Salon, visite d’éclaireur qui a porté fruits (une parution à venir dans la cqllection «J’ai lu»).«Sans efforts, ça ne tombe pas du ciel tout seul», argumente Pascal Assa-thiany, également président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et l’un de deux qui ont orchestré la venue du Québec à Paris par la grande porte.Même si on a abondamment insisté sur la nécessité d’agir vite et de profiter de cette attention soudaine des médias sur la littérature québécoise, la nature des efforts à fournir pour percer le marché français n’est pas encore définie.L’après-Paris Un comité directeur composé de membres du ministère de la Culture et des Communications, de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), de l’ANEL et de la Délégation du Québec à Paris s’est déjà réuni pour amorcer la réflexion qui mènera à ce qu’on appelle la vitrine ou le bureau du livre à Paris.De quoi s’agira-t-il?«Il n’est pas question que ce bureau ou que cette personne embauchée comme attachée de presse ou je ne sais trop prenne la place d’une maison d’édition, précise Hervé Foulon, éditeur chez Hurtubise HMH, également prési- ARCHIVES I.E DEVOIR Pascal Assathiany, président de l’Association nationale des éditeurs dent de Québec-Édition, une instance de l’ANEL chargée de penser notamment aux projets d’envergure internationale.Rien n’est encore réglé ni coulé dans le béton, chacun a eu le mandat de définir la nature des besoins.Mais nous avons prévenu le ministère: "Faites attention! Ne faites pas des affaires sans mettre le milieu du livre dans le coup, sinon, ça ne mènera strictement à rien.”» Parmi les priorités à l’ordre du jour, la nécessité d’établir un réseau de distribution efficace du livre québécois en France.«La France est réceptive à ce que le Québec public, c’est clair, nous l’avons prouvé avec ce Salon, explique Robert Beauchamp, l’un des proprié- PALMARÈS fLJy de nos cinq succursa Ventes du 6 au 12 mai 199< f !es O - NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION i ROMAN Une veuve de papier 2 John Irvln Seuil 2 BOGRAPH La prisonnière 3 M.Oufklr Grasset Y ROMAN a La petite fille qui aimait trop les allumettes » "29 Gaëtan Soucy Boréal T SANTÉ Je mange, je maigris et je reste mince! ~5 M.Montlgnac Flammarion T ROMAN La maladie de Sachs * 77 M.Wlnckter POL 6~ SANTÉ Recettes et menus santé 77 M.Montlgnac Trustar Y HflLLER L’associé ~2 John Grisham R.Laffont T ROMAN Q Le pari * 73 D.Demers a-Amérique T ROMAN Geisha 77 A.Golden Lattes ïo ROMAN Manuel de chasse et de pêche à l’usage des filles 77 Melissa Bank Rivages rr ESSAI L’ingratitude * TT Flnklelkraut CL-Amérique Ï7 BOGRAfH H R.Lafontaine 7 Jours 13 CUISINE Pinardises : recettes & propos * 99 D.Pinard Boréal 14 ROMAN O La cérémonie des anges * 77 M.Laberge Boréal 15 ESSAI 0.400 capsules linguistiques TT G.Bertrand Lanctôt 16 ESSAI Q.Passage obligé Charles Slrois Homme 17 ESSAI Q.Les bœufs sont lents mais la terre est patiente TT P.Falardeau VLB 18 ROMAN Le diamant noir V P.Mayle Nil 19 ESSAI Et Dieu créa les français T.02 "T L-B Robltallle Robert Davies 20 THRILLER Babylon babies T M.G.Dantec Gallimard 2?ROMAN Aux fruits de la passion 77 D.Pennac Gallimard 22 SPIRITU.Conversation avec Dieu T.01 » "99 N.Walsch Ariane 23 ROMAN Les particules élémentaires 77 M.Houellebecq Flammarion 24 ESSAI "TT Bill Gates R.Laffont 25 SPIRITU.L’art du bonheur TT Dalaï-Lama R.Laffont 26 ROMAN CL Taxi pour la liberté 77 G.Gougeon Libre Expr.27 ROMAN Q.T N.Bismuth Boréal 28 ROMAN Sous le soleil de Toscane • 77 F.Mayes Quai Voltaire 29 ROMAN Soie * 77 A.Barlcco A.Michel 30 CUISINE La cuisine de Marguerite TT M.Duras Benoît Jacob 3?B.D.Agrippine et l’ancêtre 77 C.Bretecher Bretecher 32 THRILLER Le complot des Matarèse 9 R.Ludlum Grasset 33 ROMAN L’empreinte de l’ange 77 Nancy Huston LeméaoASud 34 ROMAN Q.On dirait ma femme.En mieux 77 R.Chariebols Stanké 35 PSYCHO.L’ogre intérieur 77 C.Olivier Fayard 36 GUIDE 77 Lelf Montln S.D.F.37 GUIDE Guide Voir de Paris 77 Collectif Libre Expr.38 B.D.Faites place à Hyperman ! Calvin #16 T B.Watterson Hors Collée 39 ROMANCE Maître Eckhart 77 J.Bedard Stock 40 PSYCHO.La force du désir 77 W.Paslnl 0.Jacob iT PSYCHO.L’intelligence émotionnelle T.02 8 D.Goleman R.Laffont 42 PSYCHO.Ne vous noyez pas dans un verre d’eau 50 R.Carlson Stanké 43 ROMAN L’équilibre du monde « 14 R.Mlstry Al.Michel 44 ROMANO Les trois premiers coups 6 P.Légaré Stanké 45 ROMAN Océan mer * 62 A.Barlcco Al.Michel 9 : Coups de coeur Renaud-Bray flHHHH ; 1* semaine sur noire liste Montréal Extérieur (514) 342-2815 1-888-746-2283 www.renaud-bray.com Av.Parc • C-d-Neiges • Ste-Cath.• St-Denis • Brossard 276-7651 • 342-1515 .876-9119 .499-3656 .443-5350 taires de la Librairie du Québec à Paris, qui a connu une hausse de son chiffre d’affaires de l’ordre de 35 % au cours du mois d’avril, un «effet direct» du Salon du livre.«Maintenant, c’est à la distribution et à la promotion qu'il faut s’attaquer, sinon, nous allons tout perdre, c’est certain.Pour qu'un livre fonctionne, ici comme ailleurs, il faut d'abord qu'on en parle et qu’il soit ensuite disponible.» Une stratégie , Des maisons d’édition comme les Editions de l’Homme ont compris ce précepte depuis belle lurette.La maison québécoise, spécialisée notamment dans le livre de service et la littérature psycho-populaire, a pignon sur rue à Paris depuis une vingtaine d’années.Contrairement à quelques éditeurs québécois (Boréal, Groupe Ville-Marie littérature, Lanctôt éditeur, Stan-ké, La Courte Echelle, etc.), qui ont profité de l’attention tournée vers le Québec et son stand principal pour louer leur propre stand ef effectuer leurs propres ventes, les Éditions de l’Homme ont l’habitude de Paris et de son Salon.«Cette année encore, nous y avions notre stand, complètement à l’écart des autres Québécois, explique Jacques Laurin, éditeur des Éditions de l’Homme.Ce n’était pas par snobisme mais parce que nous faisons déjà partie du décor français.Pour réussir à Paris, comme partout ailleurs, il faut être présent.C’est la clé du succès.» Avec un créneau particulier et pour lequel l’intérêt est présent en France — «pas parce que nous sommes Québécois mais parce que ce type de littérature pratique suscite un intérêt», explique M.Laurin —, les Éditions de l’Homme ont tout de même profité de retombées inusitées cette année, que l’éditeur impute à la publicité entourant le Salon.«J’ai reçu là-bas des manuscrits de huit ou neuf auteurs français qui désirent publier chez nous, ce qui ne s’était jamais vu!», se félicite M.Laurin.Avec cette présence constante en France et le soutien d’un des distributeurs les plus importants là-bas (Interforum), cette maison aura donc réussi, à l’instar de quelques autres, à ren- verser la vapeur: intéresser des auteurs français à publier sous étiquette québécoise, alors que le débat actuel consiste plutôt à convaincre la France de publier les Québécois sous étiquette québécoise chez nous, sous étiquette française là-bas, le principe premier de la coédition.Pour plusieurs, Paris 1999 a d’ailleurs permis des poignées de main beaucoup plus faciles que les apnées précédentes.«L’atmosphère était très propice aux contacts, explique à ce sujet Denis Vaugeois, éditeur de Septentrion.Avant, on se présentait à Paris et les gens nous croisaient, nous promettaient des rencontres mais ne rappelaient jamais.Cette année, j'ai vu des gens, des éditeurs très sérieux, à plus d’une reprise, pour parler affaires! C’était beaucoup plus chaleureux, et plus sérieux aussi.» Coédition Septentrion s’apprête d’ailleurs à conclure une entente de coédition avec un éditeur français pour ses livres relatifs aux Amérindiens.Ün autre pacte d’affaires lierait la maison québécoise à une coédition française pour la traduction d’ouvrages américains sur la condition amérindienne.«Pour la toute première fois, je fais des contacts à mon entière satisfaction.» D’autres réussites du genre sont actuellement compilées par PANEL, qui fait la tournée de ses membres par voie de sondage pour connaître les répercussions précises du passage québécois en sol français.Sans grap-de surprise, Gaétan Soucy sera ainsi publié sous étiquette Seuil pour son prochain roman alors qu’un producteur français lorgne La petite fille qui aimait trop les allumettes pour le porter au grand écran.La Librairie du Québec à Paris a des idées de grandeur: sentant la France entière à son écoute, elle s’apprête à soumettre un projet à la SODEC pour élargir son volet distribution (une dizaine de représentants sillonnent déjà la France et cognent aux portes de 1200 librairies pour présenter la littérature québécoise) et, surtout, sa surface d’entreposage («Si les livres ne sont pas disponibles au moment où il y a une demande, tous nos efforts sont vains», explique Robert Beauchamp).Chacun dans son coin, les éditeurs songent, à la mesure de leurs moyens, à une façon de profiter de l’attention parisienne.Sans un fort réseau de distribution, des ententes particulières avec des maisons françaises reconnues, une promotion efficace dans la jungle littéraire qu’est le marché français, la partie n’est pas gagnée.Pour ce bureau du livre à Paris, qui agirait dans tout cela comme centre névralgique en quelque sorte, on a déjà avancé l’idée d’une contribution financière de la part des éditeurs qui profiteraient des services offerts.Mais le milieu s’arc-boute.Ce milieu, il faut le savoir, craint le consensus et arrive peu souvent à la décision unanime.Autour du succès du Salon du livre de Paris, et malgré le succès d’ensemble de l’entreprise, les représailles étaient nombreuses la semaine dernière lors d’une réunion de la section littéraire de l’ANEL.S’il fallait que la réflexion stagne et que la décision tarde, espérons que quelqu’un saura trancher pour l’ensemble avant la nuit des temps.ARC HIVES LE DEVOIR ARCHIVES LE DEVOIR Gaétan Soucy Jacques Laurin •Y~, • ' LE CERCLE DE CLARA de Martine Desjardins "Un écrivain de qu.ilité exceptionnelle vous téléporte d.ms tin monde et un temps inconnus.» Reginald Martel.l .i Pirsse 1.1 •Ml;.AC 4 t E I) E V 0 I R .LES S A M EDI I 5 E T 1) I M A N C II E I (i M A 1 Ml !» !» Livres mr i i \ i i ) i; ^ LETTRES QUÉBÉCOISES Vilain comme nous tous, certains jours LES GENS FIDÈLES NE FONT PAS LES NOUVELLES Nadine Bismuth ' Boréal, Montréal, 1999,229 pages Le parti pris de simplicité qu’on retrouve dans la composition et l’écriture de ce premier recueil de Nadine Bismuth fait plaisir à lire; on se demande Pourquoi les écrivains débutants ne d’y tiennent pas plus souvent.Le thè-ihe qu elle a choisi, l’infidélité, est tine faiblesse bien humaine où chacun pourra se reconnaître, mais qui ne fait pas trop «tendance».Elle est universelle, mais moins abstraite que ne le sont l'amour, la mort, la vie, et surtout moins fréquentée que le désarroi devant la disparition des «valeurs» ou, 'pire, l’enfance blessée que 'notre littérature a tendance à ressasser.Le titre du recueil accroche et est signifiant.Il fait évidemment penser à dette maxime selon laquelle les gens heureux n’ont pas d’histoire et dont la ’justesse est confirmée par les actualités, sans compter la quasi-totalité des romans, des pièces de théâtre, des livrets d’opé-rà.Les personnages de ’jSïadine Bismuth seront donc infidèles, à l’exception de ceux de la nouvelle éponyme, astucieusement placée à la fin, sorte d’exception qui confirme la ' règle.C’est, si l’on veut, la treizième de la douzaine.Les personnages principaux de Cette dernière nouvelle sont un couple de retraités, de ces braves gens comme il y en a des milliers dans la réalité.Ils meublent tant bien que mal leur quotidien désormais déserté des tâches qui les avaient accaparés: le soin des enfants pour la femme, le travail pour l’homme.S’ils devaient avoir tardivement une histoire, il leur faudrait sombrer soudain dans quelque folie comme l’homme en lit dans les faits divers cfu journal.Mais Nadine Bismuth n’a pas voulu donner dans l’horrible.Elle les montre accaparés par la nourriture, coincés entre le four et le congélateur qui deviennent des appareils de mort ou de sclérose.Mais ils ne comprennent pas l’usage étrange qu’en font ceux qui vivent dans ce monde qui se cache derrière les arbres de leur cour.Robert Ch a r t r a nd Un livre économe de moyens où l’auteur fait preuve d’une maturité certaine Infidèles Les infidèles du recueil, largement majoritaires, représentent un assez bon échantillonnage d’âges et de milieux sociaux.La plupart sont jeunes: il y a un garçonnet de dix ans dont le cœur et le corps balancent entre deux copines, au grand désespoir de sa mère qui voit déjà en lui le digne fils de son père; des étudiants, garçons et filles, copains ou amoureux; une serveuse sexy.Mais également quelques mères de famille, des hommes d’affaires.L’infidélité se commet un peu partout; au travail ou à la maison, chez des parents ou des amis.Jamais spectaculaire, elle ne surprend que ceux qui la subissent — et encore, pas tous.Certains en sont vexés, d’autres blessés; il y en a qui se vengent, mais davantage par réflexe que par préméditation.Chacune des nouvelles de Nadine Bismuth démarre rondement.Le cadre et le ton sont fixés en quelques lignes; l’élément déclencheur est un incident plutôt banal.Parfois, un revirement d’importance variable survient vers le milieu.Les chutes, elles, peuvent surprendre, mais elles n’essaient pas d’étonner.Bref, ces nouvelles ne cherchent pas à renouveler le genre; elles se contentent d’être bien menées et de nous donner envie de les lire.Et Nadine Bismuth a le sens de l’observation.Les différents milieux où elle situe ses histoires donnent invariablement une impression de vraisemblance, qu’il s’agisse de l’Europe vue par deux étudiants, d’une noce ou d’un brunch familial.Peut-être les comportements de certains personnages sont-ils, selon les circonstances, trop «typiques», mais on finit par se dire que, oui, c’est ainsi que les choses se passent pour le très grand nombre.Ce qui fait la saveur de ces nouvelles, c’est l’ironie qui y circule et qui est souvent celle du sort, celui qui fait se rencontrer, dans Un secret bien gardé, la maîtresse d’un homme d’affaires et sa veuve.Elle s’exerce parfois à l’insu des personnages à qui il suffit d’ouvrir la bouche pour se rendre ridicules; ainsi, ce cinéaste en herbe dont le film, promet-il, «sera le genre trash underground avec un soupçon d’inspiration asiatique à la Jackie Chan, LEMEAC Été et lecture se conjuguent.Passez chez votre libraire! — ! •£ c c O G OJ 00 Daniel Martin La solitude est un plat qui se mange seul r- ON \T\ r-H V-TN 'M H QTriptyque En psychologie, on définit la fabulation comme un «récit imaginaire présenté comme réel».En ce sens, ce mot vient bien mettre en évidence le réalisme farci d'imaginaire de l’écriture de Daniel Martin.132 p., 17 $ Nadine Bismuth mais soft et intelligent en même temps, un peu Nouvelle Vague», si vous voyez ce qu’il veut dire.Mononcles et matantes L’étudiante capricieuse obsédée par l’hygiène, le quadragénaire radin et tatillon, les mononcles et les matantes gaffeurs, la mariée qui refuse de se lever chaque fois que les invités font tinter leurs verres à cause de sa robe qui l’embarrasse: on les voit, ces personnages, on s’en amuse, on jurerait les avoir déjà connus.Et c’est lorsqu’ils sont en groupe que Nadine Bismuth les raconte le plus savoureusement.La noce, dans La Demoiselle d’honneur, est très bien rendue, mais on se délectera SOURCE BOREAL surtout de cette soirée entre deux couples amis dans Fondue chinoise.L’hôtesse, en attendant ses invités, se demande si c’est le hasard ou le destin qui lui a fait découvrir cet amour de coiffeuse qui lui a fait une aussi jolie tête.Nous sommes chez des gens bien sous tous rapports: la moquette du salon, choisie judicieusement, est si confortable qu’on peut s’asseoir par terre en tout confort.Le chien et le mari, sans même se consulter, réagissent à l’unisson quand les invités sonnent à la porte.Quant à la conversation qui se déroule pendant le repas, c’est un véritable morceau d’anthologie.On s’apitoie sur la misère aperçue dans les rues de Calcutta LE DÉSARROI DU MATELOT de Michael Delisle 5 « [.1 son nouveau roman,' D Désarroi “ Jilt du iiiiitclot, est une réussite rare, dense troublant, à la structure complexe et au style limpide, tragiqucet bien % - d'aujourd’hui.» Raymond Berlin, Voir 0 Fondée en 1959 par Jean-Guy Pilon, Liberté est l’une des plus anciennes revues au Québec.Elle est aussi l’une des plus remarquables.Vivier d’auteurs, lieu de débats, moteur de la vie intellectuelle et littéraire, Liberté a une passion: la littérature et les écrivains.À l’occasion de cet anniversaire important, venez rencontrer les écrivains de Liberté tous les soirs à I9h, du 17 au 21 mai 1999 à la librairie Olivieri RSV P 739-3639 5219, chemin de la Côte-des-Neiges, à Montréal.Mario Girard L’abimetiere * «Je ne suis ni éboueur ni écrivain, je suis menuisier.[.] Et pourtant, je m'obstine à assembler des mots.» Mario Girard Uabîmetière 120 p.• 16,95 $ m id item* 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: (514) 525.21.70 • Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel : xyzed@mlink.net en s’empiffrant, puis les deux hommes s’affrontent sur leur conception de la vie; l’un se dit zen — il boit du thé, puis va se demander si d’être cocu ne ferait pas partie de son karma —, mais il ne faut pas croire que l’autre, qui est un businessman «positif», est sans âme: lorsqu’il va à la pêche, seul en pleine nature, il se dit que celle-ci est trop belle, trop parfaite pour qu’il n’y ait rien.Il décrète donc que «Dieu est dans la nature», avant de prendre une longue gorgée de vin.L’hôtesse, elle, pense (!) que Dieu, c’est dépassé, ce qui ne l’empêche pas d’imaginer que son chien soit la réincarnation d’un enfant affamé de Calcutta: cela justifierait qu’elle lui jette les restes du repas.Le lecteur sourira donc souvent, avec les personnages ou à leur insu.L’infidélité même peut être amusante: c’est en tout cas une vaste affaire.Les hommes s’y adonnent, semble-t-il, à cause de leur patrimoine génétique, qu’ils soient des séducteurs impénitents ou des salauds d’occasion; comme l’explique sentencieusement un jeune homme à une amie, chez les mâles, on sépare aisément sexualité et amour.Les femmes ne sont pas en reste: il y a parmi elles des croqueuses d’hommes.Les enfants, eux, seront infidèles sans le vouloir: trahissent-ils leur mère s’ils ne se détournent pas de leur père qui l’a trompée puis laissée; renient-ils leurs parents lorsqu’ils décident de s’éloigner pour faire leur propre vie?Quotidiens La plupart des nouvelles du recueil de Bismuth étant écrites au «je», la langue de chacune varie en fonction Nadine Bismuth LES GENS FIDÈLES NE FONT PAS LES NOUVELLES des divers personnages, de leur âge et de leur condition.Mais c’est, dajis tous les cas, une langue quotidienne, à peine transposée de la réalité, qui charrie des idées toutes faites et un conformisme qui sont ceux-là mêmes des personnages.De même qu’il nous semble avoir déjà rencontré des gens comme eux, on croit avoir entendu leurs propos quelque part.Mais il y manquait l’écho ironique dont les enrobe habilement Nadiue Bismuth.Les gens fidèles ne font pas les nouvelles est donc un livre économe de moyens, qui refuse l’épate.Nadfne Bismuth, qui n’a pas vingt-cinq ans, .y fait preuve d’une maturité certaine.Le résultat est tout simple.Encore fallait-il pouvoir y arriver, et aussi bien.Nadine Bismuth LES GENS FIDÈLES NE FONT PAS LES NOUVELLES —- 240 PAGES • 22,50 $ nouvelles Une premiere « Ce recueil de nouvelles est le premier de Nadine Bismuth, une fille de 23 ans qui a un talent fou.[.] Pas un mot de trop et pas un qui manque.Une adéquation parfaite du propos et du stvle.» œuvre qui révèle un étonnant temperament a écrivain.REGINALD MARTEL • Li Presse httji: I liLHiHu.MitiotviùoAcal.qc.ca SJ» 1)' K I) K V 0 [ K .I.K S S A M EDI I û K T I) I M A X C II E I li M Al I il il O É S I E Des voix chercheuses Le double risque des libertés singulières MONTREAL BRULE-T-ELLE Hélène Monette : - Écrits ties Eorges/Ediciones del Ermitano, coll.>Minimalia», édition bilingue,Trois-Rivières/Mexico, ri 1998,183 pages ROMAMOR ri Francis Catalano ; 1 Écrits des Forges, Trois-Rivières, 1999,90 pages « * DAVID CANTIN Depuis sa première édition en 1987 aux Ecrits des Forges, Montréal brûle-t-elle d’Hélène Monette demeure toujours aussi instable et pertinent.D’emblée, ce rèçueil assumait sa révolte, ses contradictions, son urgence lyrique comme ses maladresses.Loin des préoccupa-tçms intimes et féministes de l’époque, Monette semble sVingueuler elle-même dans une langue qui n'évite jamais le Sarcasme ou l’ironie.Elle creuse son propre trou, afin et; mettre en jeu 4e sort du monde».Œuvre des plus instinctives, elle n’hésite pas à affronter sa propre métamor-[ÜKise «dans le chaos des sensations unanimes».] Quelque part entre Gardez tout (Écrits des Forges, KÏ87) d’Yves Boisvert et Nécessairement putain (Les Herbes rouges, 1982) de FranceThéoret, Montréal bride-t-elle s'acharne contre un désastre autant social que personnel.Derrière ses allures de manifeste polémique, ce texte témoigne d’abord de l’émergence d’une parole des plus distinctes.Une voix féminine qui s’accroche aux parois de sa solitude brutale, de sa peur incontestable.Dans cette poésie qui intègre l’oralité révélatrice d’un Gauvreau ou d’un Miron, on passe rapidement de l'essentiel au dérisoire pour mieux transmettre ce «quelque chose (i'Otcoinprehensible (qui] est en train de se produire».A Hniage de l'espace vulnérable qu'il se crée, ce recueil riéloigne des lieux communs de la contre-culture à travers ijjie grandiloquence loufoque et personnelle.On ne sait cfailleurs jamais si cette grimace publique s’exhibe plus quelle ne dérange.•s travaux et les jours Lui, il vient d’arriver d’Italie avec trois de ses élèves.C’est un grand maître italien, à la fois peintre, sculpteur, architecte, ingénieur et anatomiste, venu s’installer sur les bord de la b lire sur l’invitation du roi de France pour y construire une demeure royale.Ni l’un ni l’autre ne sont identifiés, mais on peut penser à Léonard de Vinci et à François 1 qui le fit venir à Amboise en 1515 (mais cela n’a guère d’importance dans ce récit essentiellement poétique).Quand le maître quitte l'Italie, il sait qu’il ne reviendra pas.Son âge avan- cé, le temps qu’il faut pour mener a bien les travaux, et puis une certaine lassitude, l’ont déjà persuadé qu’il mourra en terre étrangère.Aussi, quand il arrive au manoir de Clan où la servante Tassine l’attend depuis déjà un moment, c’est à peine s’il la remarque.Il s’installe dans ses quartiers, discute longuement avec ses élèves, songe sans doute à ce qu’il ne reverra plus.Ce n’est que lentement, très lentement, au fil des jours, qu’un lien va s’établir entre l’artiste et la servante.Un lien tissé de silences, de regards croisés, d’observations à la dérobée, mais toujours franches.«Elle les regardait attentive, ils surprenaient le regard sur eux, sans méfiance, le regard simplement curieux et craintif.Elle observait le vieillard aux yeux clairs, il la regardait, souriait sans rien dire.» Elle, c’est l’archétype même de toutes ces femmes qui ont passé leur vie à servir, a travailler, sans jamais se plaindre, sans jamais rien réclamer.«Une paysanne [.) venue des tourbières, plus bas après la première forêt, de celles qui servaient dans les maisons du fleuve, ayant toujours servi, à peine grandies travaillaient aux récoltes, fauctllaient le foin ou le jonc des étangs, rouissaient le chanvre et s’occupaient des bêtes, le soir dans les masures filaient et tissaient sans rien dire si ce n 'est l’hiver aux veillées et encore dans ces forêts on était peu bavard, de bonne heure on apprenait à se taire.» Des petits riens de la vie On ne résume pas un tel livre.Il est fait de ces petits riens dont est faite la vie quand on la considère comme une matière sensible et une lente procession de tâches toujours recommencées, sous le regard aveugle du temps.Et c’est sans doute ce qui attire et fascine le regard de l’artiste qui vient y mesurer «le souci de bien faire, tragique et sans mesure» — tragique parce que sans mesure! Car, au contraire de l’artiste qui est tout à son devoir de marquer le temps, de lui donner un sens, de le conf igurer, d’en arrêter les contours («Que resterait-il de lui et qu’était-ce donc que l'éternité [.]?), cette femme ne fait rien qui ne soit éphémère, rien qui ne soit immédiatement consumé ou consommé.Pourtant, grâce à elle, la vie devient belle, agréable, lourde de présent et de plaisirs simples.En fait, bien plus qu’une servante, elle représente la continuité silencieuse du monde qu’assure la mère.Elle est cette li-leuse muette du temps que rencontre et reconnaît tout homme à la lin de sa vie.«La petite silhouette claire brillait dans le matin.Il lui en était reconnaissant.Il pensait qu’elle ignorait les images folles, rêves de bonheur et de plaisir.Qu'elle n'avait connu ni le trouble ni l’attente.Ni la peur de tout perdre.Qu'elle s'était tenue à l'écart, par prudence, heureuse des jours tranquilles, du bol de soupe et du pain frais dans son torchon le matin sur le coin de la table, et le soir de l’odeur qui montait des terres, du pas des chevaux qui rentraient.» C’est admirable de pudeur et d’amour contenu.Ia1 temps de l’imparfait Tout le récit de Michèle Desbordes est écrit à la troisième personne — il, ils et elle —, et surtout à l’imparfait, ce temps dont Marcel Proust dit de manière tellement juste qu’il est «un temps cruel qui nous présente la vie comme quelque chose d'éphémère à la fois et de passif, qui, au moment même où il retrace nos actions, les frappe d'illusion, les anéantit dans le passé sans nous laisser, comme le parfait, la consolation de l'activité», un temps qui lui était toujours apparu comme «une source inépuisable de mystérieuses tristesses.» Ce serait le temps idéal de la mélancolie, toujours frappé par l’inanité des choses, par la vanité du monde et de son spectacle.Temps d’autant plus juste dans les circonstances qu’un artiste de génie, sur la fin de sa vie, et alors même qu’il doit exalter la grandeur d’un roi en le mettant en valeur dans un savant ordonnancement de lignes, de volumes, de perspectives, de couleurs et d’artifices, est amené à considérer le peu d’importance qu’il a sur cette terre, lui que la mort va bientôt emporter sans qu’il puisse rien décider, rien arrêter, rien choisir, sinon sa résignation même, sa soumission à plus fort que lui.Je ne vous dirai pas en quoi consiste la demande qui donne son titre au livre.Demande qui, bien que longtemps retenue par la servante, puis reçue par le maître, ne pourra être exaucée.Elle est ce point de fuite vers quoi converge toute vie qui ne peut laisser de trace sur cette terre.Un livre vraiment superbe et d’une grande poésie.denisjp@mlink.net Jeu n-Pierre Den is Ces petits riens dont est faite la vie sous le regard aveugle du temps Michèle Desbordes La LVnunJc >'«!•
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