Le devoir, 21 avril 1999, Page(s) complémentaire(s)
Vol.X C - N - 8 (i ?8 7 C + T A X K S = I $ / T 0 It O X T O I $ LE DEVO PERSPECTIVES Le Far West patrimonial La culture de l’impunité en matière patrimoniale n’est pas dans l’air.Elle est dans nos murs.Elle fait partie de nos mœurs municipales.L’abattage de plus d’une trentaine d’arbres dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce n’en est pas qu’une simple illustration, mais bel et bien une confirmation.M 0 N T R É A L .I.E M E H C H E 1)1 2 1 I ¦ HORIZONS La chronique de Josée Blanchette: Secte symbole, page B1 a v R IL I !) !) i) MONTRÉAL Taxes: le Centre Molson gagne une manche, page A 3 ACTUALITÉS Garderies: cap sur la grève illimitée, page A 2 Le rapport Bédard sur la fiscalité municipale Un gouvernement de plus Vendredi dernier, le promoteur immobilier Gescor a rasé le boisé attenant à l’ancienne maison des dominicains.Il avait obtenu un permis des services de la Ville pour la coupe d’un certain nombre d’entre eux.Plutôt que de s’en tenir à cela, le promoteur en question a décidé de ne pas faire dans le détail en optant, si l’on peut dire, pour la table rase.Pour cette offense, cette entreprise devra éventuellement payer une amende de 600 $.Permettons un trait de mauvais esprit: grâce à la vente du bois coupé, l’auteur de cette saignée devrait être en mesure de faire l’appariement, comme on dit en langue économique, entre l’amende imposée et le gain réalisé à la faveur de la vente du bois coupé.Dans le cas qui nous occupe, on se souviendra qu’après la construction de l’autoroute Décarie on avait consommé bien des deniers publics pour recouvrir d’une dalle la tranchée effectuée afin que l’intégrité architecturale, que l’harmonie des lieux soit préservée.Après coup, la dalle avait été recouverte de verdure.Peu avant cette coupe, l’hôpital Royal Victoria avait également abattu des arbres pour agrandir une aire de stationnement.Dans ce cas, c’est à préciser, les arbres mis à bas étaient enclavés dans le site du mont Royal.Un site dont la qualification de «protégé» s’avère théorique.Peu après ou peu avant, le comité exécutif avait donné son aval à la transformation d’un ancien bâtiment ayant appartenu aux sulpiciens en une ribambelle de condominiums.D y a quelques mois de cela, un commerçant s’est confectionné une terrasse en acier sur l’immeuble qu’il occupe à l’angle de la rue Crescent et du boulevard Maisonneuve sans avoir daigné demander un permis.Ce faisant l’intégrité architecturale de l'endroit a quelque peu été défigurée.Il y a quelques années de cela, un promoteur, immobilier évidemment avait demandé et obtenu la permission de raser l’ilôt Overdale malgré une vive opposition des citoyens qui habitaient les lieux.On passe et on retient que rien, absolument rien, n’a été construit Pitoyable! Des années auparavant alors que Jean Doré était maire, un permis avait été accordé à un promoteur, immobilier naturellement Le projet de ce dernier consistait alors à édifier une tour à bureaux et autres babioles dans le secteur situé à l’angle des rues Guy et SainteCatherine.Dans ce cas, on se rappellera que toute l’enclave à la fois commerciale et résidentielle avait été vidée contre la volonté, la ferme volonté, de ses occupants.Rien n’y fit Tout frit démoli, rasé, mis à terre.Puis, faute d’avoir loué l’espace nécessaire à l’amorce de la construction comme telle, le promoteur effectua, comme ça, mine de rien, une retraite.Et alors?Pendant plus d’une dizaine d’années, les Montréalais ont eu droit, en plein cœur de la ville, à un trou.Un trou immense.Un trou entouré d’une palissade jusqu’à l’an dernier.Aux arbres de la semaine dernière, à ceux des semaines précédentes et aux autres cas évoqués, il faudrait ajouter le couvent Saint-Isidore, la gare Jean-Talon, les prolongations en verre et en aluminium brun qui sont autant de baffes à la richesse patrimoniale; il faudrait ajouter, et surtout ne pas oublier, que nous voici noyés dans la culture de l’impunité, ainsi que l’a constaté Gérald Beaudet, président d’Héritage Montréal et professeur d’urbanisme à l’Université de Montréal.Selon ce dernier, nous sommes tellement plongés dans cette culture de l’impunité que le «comité exécutif de la Ville de Montréal est devenu le lieu d’absolution de toutes les dérogations, de toutes les magouilles les plus injustifiables qui soient».Si l’on en croit le président d’Héritage Montréal, tous les gestes faits en matière patrimoniale par l’actuelle administration sont autant de symboles de la mise au pas, si l’on peut dire, du domaine public pour le bénéfice du privé.On brade le bien public au mépris de la démocratie la plus élémentaire.«Le maire Bourque agit ainsi, et a toujours agi ainsi, parce que la société civile est pour lui une abstraction.Elle n'existe pas.Pour lui, il n’existe que le bien privé.Actuellement, nous sommes confrontés à ceci: une incapacité d’assurer le bien collectif.S’il envisage de réduire le site du patrimoine du Mont-Royal, c'est que par définition ce site est un droit de regard public sur des propriétés privées.» Comparativement à ce qui prévaut ailleurs, le cadre réglementaire qui a cours ici est extrêmement lâche.Dans bien des villes européennes, a indiqué Dinu Bumbaru d’Héritage Montréal, lorsque les balises patrimoniales ne sont pas respectées, on oblige le fautif à reconstruire à l’jdentique.À rétablir les conditions originales.A New York, les pouvoirs alloués à une commission Indépendante des autorités ont fait qu’obligation a été récemment faite à un promoteur immobilier, qui avait çonstruit un édifice à condos sur la fameuse Madison Avenue, de détruire une douzaine d’étages.À croire qu'ici, pour ce qui est du patrimoine, nous sommes en plein Far West MÉTÉO Montréal Québec Ensoleillé le matin.Ennuagement.Des nuages Max: 15 Min: 3 en après-midi.Max: 13 Min: 1 Détails, page B 4 Serge Tr u ffa u t INDEX Annonces.B 4 Le monde.A 5 Avis publics.A 4 Culture.B 8 Economie.B 2 Éditorial.A 6 Horizons.B 1 Les sports.B 6 Montréal.A 3 Mots croisés.B 4 Politique.A4 Télévision.B 7 www.ledevoir.com ¦ De nouveaux élus et de nouveaux M Le monde municipal réagit impôts pour renforcer le palier régional mal aux recommandations MARIO CLOUTIER DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC La commission Bédard sur la fiscalité municipale recommande la création de nouveaux gouvernements régionaux au Québec.La nouvelle structure supramuni-cipale envisagée serait composée de dirigeants élus directement par la population et posséderait des pouvoirs de taxation.Ce renforcement du palier régional pourrait éventuellement absorber la gestion des commissions scolaires et des services de première ligne en santé offerts par les CLSC et des centre hospitaliers de soins de longue durée (CHSLD).Réuni depuis moins d’un an pour élaborer un nouveau pacte fiscal entre Québec et les municipalités, le groupe de neuf personnes dirigé par Denis Bédard convie donc le gouvernement Bouchard à une véritable refonte du monde local et municipal.VOIR PAGE A 8: IMPÔTS MARIO CLOUTIER ÉRIC DESROSIERS LE DEVOIR Le rapport sur les finances et la fiscalité locales reçoit un accueil très mitigé de la part du monde municipal québécois.Les représentants des municipalités estiment que les recommandations de la commission Bédard signifieront ultimement des hausses de taxes pour le contribuable.Les transferts de responsabilités aux municipalités et la création d’un gouvernement supramunidpal n’augurent rien de bon à leurs yeux.Le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Mario Laframboi-se, avait du mal à garder son calme hier en affirmant que le rapport Bédard démontrait beaucoup de «méconnaissance» du monde municipal.11 croit que la commission a outrepassé son mandat tout en étant trop gentille avec les syndicats municipaux.VOIR PAGE A 8: MONDE MUNICIPAL Carnage dans une école REUTERS DES ELEVES attendaient avec angoisse et horreur la sortie de leurs amis restés à l’intérieur de l’école secondaire Columbine, hier à Littleton, en banlieue de Denver au Colorado, après qu’une fusillade y eut éclaté.Au moins 25 personnes seraient mortes sous les balles de leurs agresseurs.Deux adolescents masqués et vêtus d’imperméables noirs ont ouvert le feu dans la cafétéria et la bibliothèque de l’école et se sont par la suite enlevé la vie, selon la police.Nos informations en page A 5.Alain Finkielkraut au Devoir La maladie du présent JEAN DION LE DEVOIR Notre époque est ingrate.Toute à elle-même.Oublieuse.Terriblement immodeste.Convaincue de sa supériorité, convaincue qu’elle a tout compris alors même qu’en son sein germe et prospère l’inexplicable horreur.Comme au Kosovo.Le constat, ici paraphrasé, est celui d’Alain Frn-kielkraut, l’un des grands philosophes du temps présent, dont il est aussi un observateur d’une rare lucidité.Finkielkraut dont un recueil de conversations avec le journaliste Antoine Robitaille vient d’être publié, L’Ingratitude (Québec Amérique), réflexion sur nos démons, sur l’oubli, sur «l’impudence des vivants».De passage à Montréal, il s’est entretenu avec Le Devoir hier.L’ingratitude?«De notre présent à l'égard de toutes les périodes antérieures de lliistoire humaine.L’absence sidérante d’humilité de notre époque, qui se suffit à elle-même, qui pense avec l’idéal de tolérance qu’on proclame urbi et orbi avoir accédé à la sagesse ultime.Qui pense avoir le dernier mot de l’histoire», répond-il.«Nous tie disons pas que notre époque est paradisiaque mais nous disons que nous savons mieux que toutes les périodes antérieures caractériser le mal.Quand nous convoquons le passé, c’est le plus souvent pour mettre l’accent sur ses lacunes, ses préjugés, ses crimes et ses tares.Nous nous enchantons de combattre toutes les formes d'ethnocentrisme mais nous succombons à sa modalité la plus bête, qui est précisément l'ethnocentrisme de l’actuel.» Dans son essai, Alain Finkielkraut tente de réhabiliter le conservatisme, une idée honnie par la modernité qui ne jure que par le changement, à tel point qu’elle a fait du changement une tradition.11 parle de «l’art d’hériter», de ce contact avec le passé essentiel à la compréhension du monde et que nient les valeurs contemporaines de démocratie et d’égalitarisme radicaux, le tout-est-pareil, tout-se-vaut auquel notre époque adhère.VOIR PAGE A 8: FINKIELKRAUT JACQUES GRENIER LE DEVOIR ik'lÉ k.y ACTUALITÉS Vains efforts pour déjouer l’économie au noir ¦ À lire en page A 2 Envoi de troupes dans les Balkans Le Canada se ralliera à l’OTAN MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Le Canada ne fera pas la promotion de l’envoi de troupes de combat dans les Balkans mais il se rangera derrière ses partenaires de l’OTAN s’ils en viennent à cette solution, a dit le premier ministre Jean Chrétien hier soir, dans deux entrevues distinctes accordées aux télévisions française et anglaise de Radio-Canada.Les leaders des 19 pays membres de l'OTAN se réuniront vendredi, à Washington, pour leur sommet biennal.La situation dans les Balkans a bouleversé les plans de la rencontre destinée, surtout à célébrer le 50 anniversaire de l'Alliance.M.Chrétien s’attend dans ce contexte à ce que certains de ses homologues soulèvent la question du déploiement de troupes terrestres pour imposer la paix au Kosovo.Pour sa part, il refuse de considérer cette option.«Pas à ce moment-ci.Je ne pense pas qu’on doive changer le plan qui consiste à poursuivre les bombardements aériens.On doit intensifier cela», a-t-il indiqué sur les ondes de CBC.En après-midi, le ministre des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, a dit que le Canada avait une seule position sur l’utilisation d’éventuelles troupes au sol.«La position du gou VOIR PAGE A 8: CANADA David Cronenberg Le mutant gentilhomme Le cinéaste canadien David Cronenberg était hier de passage à Montréal pour présenter son saisissant film eXistenZ, qui sort vendredi dans nos salles.Il est également auréolé du prestige de cette présidence du jury de Cannes qui lui échoit cette année.Entre monde virtuel et cinéphilie, entre le bon bourgeois qu’il assure être et les œuvres angoissantes et visionnaires qu’il nous sert, il balance, insaisissable comme ses films.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR David Cronenberg assure qu’il n’est pas fou, comme son œuvre inquiétante pourrait le laisser croire à certains esprits égarés.Même qu’il se décrit comme un bon bourgeois, marié depuis 21 ans et aussi doux que tendre.Pour un peu, on le canoniserait.D’autant plus qu’en entrevue autant qu’en conférence de presse, sous ses éternelles lunettes rondes et son sourire très légèrement narquois, la cinquantaine séduisante, il se révèle courtois comme tout.Manifestement, le cinéma constitue l’exutoire parfait pour l’univers grouillant, sanglant, mutant et déstabilisant qui l’habite.Et quand on émet l’hypothèse de la catharsis par le septième art, il opine du bonnet.VOIR PAGE A 8: CRONENBERG JACQUES GRENIER LE DEVOIR 778313000665 L E 1) E V OIK, I, E M E R C II E I) I 2 1 A V II I L 1 !) !) !> MONDE ÉTATS-UNIS Fusillade meurtrière au Colorado Deux adolescents auraient tué jusqu'à 25 personnes dans un lycée D’APRÈS AP ET REUTER I .Lnttleton, Colorado — Deux adolescents armés jusqu’aux dents et vêtus d’imperméables noirs ont ouvert le feu hier dans une école secondaire d'une ville du Colorado, faisant jusqu’à 25 morts avant de s’enlever la vie.Il s’agit là de la pire tragédie du genre à survenir dans une école, et de l’un des plus effroyables massacres qu’aient connus les Etats-Unis.On a retrouvé les corps des deux jeunes hommes — d’anciens étudiants de l’école — dans! la bibliothèque de l’établissement situé près de Denver.Ils portaient sur eux des engins qui pourraient être dés bombes.'«Il semble qu’il s'agissait d’une mission suicide», a déclaré le shériff de la région, John Stone.On ne sait pas si les victimes se trouvent toutes parmi les élèves ou si on compte également des enseignants.¦ 'Un jeune homme a été emmené par la police, menottes aux poignets, environ quatre heures et demie après le drame.La police croit qu’il s’agit d’un ami des tireurs, mais djue lui-même n’a pas participé à la fusillade.Selon le shériff, il pourrait y avoir jusqu’à 25 victimes, et 23 personnes ont été blessées.Un porte-parole du corps policier local.Steve Davis, a déclaré mardi soir qu’il était encore impossible en soirée d’établir avec certitude le nombre de victimes.«Il y en a au moins 25.Il pourrait y en avoir 20 ou 21, ou ce pourrait être plus élevé.» Ils tiraient partout A llh30, les deux adolescents ont ouvert le feu à l’arme automatique, et dans toutes les directions, sur les élèves présents dans la cafétéria et la bibliothèque de l’école.Des informations ont également fait état d’explosions dans l’établissement, qui a été investi deux heures après l’incident par une centaine de policiers.Le commando policier a libéré une vingtaine d’élèves qui se terraient dans un coin de l’école, en attendant l’intervention des forces de l’ordre.D’autres élèves sont ensuite sortis en courant lorsqu’un véhicule blindé de la police s'est posté à l’entrée de l’école, tandis que des hélicoptères tentaient de localiser les auteurs des coups de feu.A la suite de cette intervention, trois jeunes gens por- tant eux aussi des vêtements noirs ont été interpellés par la police dans un champ à proximité de l’école Colombine, où s’est déroulé le drame.Des témoins ont raconté ce qu’ils ont vu et entendu.«En entendant les coups de feu, nous nous sommes tous mis à courir», a expliqué une élève, Kaley Boyle.«Ils ont descendu l’escalier et ont soudain commencé à tirer sur les gens», a précisé Janine, une autre élève.«Nous n’y avons d’abord pas cru, et puis nous avons vu du sang», a-t-elle ajouté en état de choc.Elle a ajouté que les assaillants, qui feraient partie d’un gang, avaient ouvert le feu dans toutes les directions et lancé des grenades.«Moi et mes amis, nous nous sommes précipités vers ma voiture et nous avons vu trois personnes se faire tirer dessus.Ils continuaient de tirer et quelque chose a explosé.» Selon plusieurs élèves, les jeunes tueurs faisaient partie d’un groupe qui s’appelait la Mafia en imperméable et qui était la risée des autres étudiants de rétablissement Une jeune fille qui a été témoin du carnage a raconté ce qu’elle a vécu devant les caméras de la télévision.«Il tirait sur les gens qui étaient juste devant moi.Il tirait sur les minorités visibles et sur ceux qui pratiquaient des sports.Il a pointé son arme vers mon visage, puis s’est mis à rire.Il a dit qu'il agissait de la sorte parce que les gens avaient été mesquins avec lui l’an dernier.» En soirée, les policiers arpentaient toujours les couloirs de l’école à la recherche de victimes ou d’explosifs.Selon plusieurs élèves interrogés, dont Wes Lammers; âgé de 17 ans, les tireurs voulaient s’en prendre à des représentants de minorités ethniques et à des athlètes.Ouverte en 1973, l’école Colombine compte 1800 élèves.Près du site de la fusillade, au Parc Clement, des parents affolés ont accouru, cherchant à savoir si leur enfant était toujours vivant.Le président Bill Clinton, informé à la Maison Blanche de cette fusillade, a appelé ses concitoyens à prier pour les élèves, les parents et les enseignants frappés par cette épreuve.Il a demandé au peuple américain de se «réveiller» et de contrer la violence à l’école.Ce nouvel incident fait suife à une série de fusillades meurtrières à survenir aux Etats-Unis l’année dernière dans des établissements scolaires et ayant fait au total 12 morts.Crise du Kosovo La confusion des genres Cette semaine, l'opération «Abri allié» verra 8000 soldats de l'OTAN coiffer la casquette «humanitaire» RADU SIGHETI REUTERS Selon un relevé de Médecins du Monde, 41% des réfugiés hébergés dans les camps de Rozaje, au Montenegro, sont âgés de moins de 15 ans, 20 % de moins de cinq ans.Officiellement mise sur pied pour assurer la sécurité de l’arrivée des aides, de leur transport et de leur distribution, l'opération « Abri allié» laisse les humanitaires plus que sceptiques.Jacky Mamou, président de Médecins du Monde juge «malsaines» ces forces militaires reconverties dans l’humanitaire.Un mélange des rôles sans précédent car les militaires, qui avaient considérablement aidé les humanitaires au Rwanda, sont, cette fois, des acteurs du conflit, non mandatés par l’ONU.Sans compter qu’en Albanie, explique Jacky Mamou, le bataillon humanitaire arrive «après la bataille».Le président de Médecins du Mond s’inquiète surtout de l’organisation pratique de l’opération de l’OTAN: «Y aura-t-il un coordonnateur de l’OTAN, se mettront-ils à la disposition du HCR, qui a la mission de protéger les réfugiés?Voilà le vrai problème».Mais sur ce terrain, le partage clair des tâches que les humanitaires souhaitent semble relever de l’utopie.Surtout lorsque la volonté gouvernementale n’y est pas.La Mission de vérification au Kosovo, organisme de l’OSCE replié en Macédoine depuis le début des raids de l’OTAN, a rendu public hier un premier rapport basé sur les témoignages de 250 réfugiés qui dresse un bilan accablant pour les militaires et les milices serbes: ils font état de viols collectifs, de torture, d’assassinats et de mutilations.Sur le terrain diplomatique comme militaire, la guerre risque de s’étendre sur de nouveaux fronts.La crise humanitaire n’est pas sans causer des maux de tête aux responsables des agences spécialisées.BÉATRICE BANTMAN ET PIERRE HAZAN LIBÉRATION Des camps de réfugiés gérés par des militaires, des ONG débordées qui somment le HCR de jouer son rôle, des aides humanitaires détournées par la mafia albanaise et les bélligérants déployant des forces «humanitaires» en Albanie.La confusion des rôles traditionnels, entre humanitaires et militaires, commencée à la frontière macédonienne àvec la gestion par l’armée des camps de réfugiés, continue.Cette semaine, l’opération«Abri allié» verra 8000 soldats de l’OTAN coiffer la casquette «humanitaire».: Confusion choquante, disent les uns, gênés de voir les parties prenantes de ce conflit tenir, en même temps, les çamps de réfugiés chassés par leurs frappes et se charger, en quelque sorte du «service après vente» de leurs attaques.Mais cette confusion renvoie àussi aux conditions sur place: des petits pays très pauvres confrontés à des |lux sans fin de réfugiés, des avions de çecqurs qui peinent à atterrir et une guerre dont la mesure n’a été prise que tardivement.Dans ce contexte, les humanitaires reconnaissent que la logistique militaire s’avère de très loin supérieure à celle des ONG ou du HCR A condition que les soldats s’en tiennent à cette stricte aide logistique.«Critiquer l'OTAN?On aurait l’air de cracher dans la soupe.Face à des déportations de cette ampleur, personne n’èst capable de monter des camps et de dresser des tentes aussi vite», admet Philippe Biberson, président de Médecins sans frontières.Ce qui ne l’empêche pas de dénoncer un abus «paroxystique» du terme «humanitaire» dans cette guerre qui ne dit pas son nom.«Au début, l’OTAN a même parlé de “frappes humanitaires" pour ménager l’opinion publique.Comme si l’opinion n’était pas assez mature pour comprendre qu'il s'agissait d’imposer des règles pour mettre le fascisme hors la loi.» La suite des événements n’a fait qu’accroitre cette confusion.A Blace, à la frontière entre Macédoine et Kosovo, le retard au démarrage du HCR et le cafouillage initial des humanitaires, mal coordonnés et peu au fait d’un terrain complexe, conduisent les militaires à monter deux énormes camps, de 10 000 à 20 000 personnes.«Ils nous ont sauvé la mise mais l'humanitaire n’est pas qu’une logistique», tempère Philippe Biberson qui dénonce la violence avec laquelle les militaires ont vidé Blace: «Les familles ont été séparées, envoyées en Turquie et dans tous les sens.» L’OTAN a profité d’un vide pour organiser les camps, mais aussi la désinformation.Impossible d’enregistrer les réfugiés et de connaître les conséquences exactes des frappes, la désinformation s’étend aussi au HCR dont les principaux bailleurs de fonds sont les belligérants.L’OTAN rechigne à lui faire part des informations capitales qu’elle détient «Ils sont capables de nous faire voir où sont les tombes fraîches, mais ne voient pas les colonnes de déplacés», fulmine un humanitaire.La confusion a continué en Albanie où, selon les ONG, les armées nationales, plus que l’OTAN elle-même, montent des camps, à des fins pas forcément désintéressées.«Chaque pays veut son petit camp», dit Philippe Biberson, qui juge totalement inefficaces les parachutages de vivres sur l’Albanie, faits «pour le journal télévisé».«l«e déploiement des forces gouvernementales humanitaires est avant tout une question de visibilité, une stratégie de positionnement médiatique.Plus identifiables que les ONG», confirme Rony Braumann, ancien président de MSE Le fourvoiement des aides humanitaires dans un pays infesté par la mafia ajoute encore au mélange des genres.L’OTAN cherche à priver Belgrade de pétrole Tension à la frontière i i s ( croate REUTERS Zagreb — Le conflit du Kosovo a pris une nouvelle dimension hier avec un regain soudain de la tension entre la Croatie et la Yougoslavie.L’agence de presse croate Hina a annoncé que des soldats serbes avaient pénétré dans la zone démilitarisée située à la frontière du Monténégro et de la Croatie, et objet d’un litige entre les deux pays.Les autorités de Zagreb ont exigé de la Yougoslavie qu’elle retire immédiatement ses troupes.L’ambassadeur de Croatie aux Nations unies, Ivan Simonovic, a officiellement protesté auprès du Conseil de sécurité de l’ONU après la prise de contrôle par les forces serbes, sans l’accord de Podgorica, du seul poste-frontière entre les deux pays, situé à Debeli Brijeg.Ce poste se trouve dans la zone démilitarisée de la péninsule de Prevla-ka, une région dans sa majeure partie sous contrôle croate, mais qui constitue aussi le seul accès maritime au port en eaux profondes de la marine du Monténégro.AGENCE FRANCE-PRESSE Paris — L’OTAN et l’Union Européenne s’efforcent désormais de parvenir à un accord pour priver Belgrade de pétrole, produit stratégique pour une armée en campagne, après un mois de bombardements aériens qui ont échoué à provoquer l’effondrement militaire de la Yougoslavie.Mais Moscou s’oppose à un blocus sur le pétrole et Athènes et Rome sont réticents.Depuis le début de la guerre contre la Yougoslavie, l’OTAN a systématiquement visé les raffineries yougoslaves, les réservoirs de carburant et les ponts sur le Danube |x>ur tenter de paralyser les forces militaires serbes.Selon le Pentagone, les capacités de raffinage pétrolier en Yougoslavie ont été détruites à 100 % par les raids de l’OTAN, mais le pays conserve des réserves considérables, et ses voies de ravitaillement ne sont pas totalement coupées.Selon Léo Drollas, expert du Centre for Global Energy Studies (CGES) à Ijondres, la Serbie a produit, en 1998, 24 000 barils de pétrole par jour.1m consommation quotidienne pour l'ensemble du pays, en temps de |)aix, était évaluée à 50 (XXI barils/jour.1m Yougoslavie n’étant pas actuellement soumise à un embargo pétrolier de l’ONU, tout le pétrole qui peut lui parvenir, est légalement acheminé au regard de la loi internationale.La Hongrie a annoncé avoir fermé l’oléoduc qui traverse son territoire en direction de la raffinerie, aujourd’hui détruite, de Novi Sad (au nord de Belgrade), mais le pétrole continue essentiellement à arriver par le port monténégrin de Bar, sur l’Adriatique.Pressions américaines Les États-Unis ont entrepris de convaincre leurs alliés européens qu’il est nécessaire de mettre en place un blocus — bien que ce mot ne soit pas employé à Washington — pétrolier de la Yougoslavie.Four cela, Washington estime qu'il n’est pas nécessaire d’une autorisation des Nations unies.Tout en affirmant vouloir également priver de carburant la machine de guerre serbe, la France estime qu’un blocus pétrolier ne [x:ut être décrété sans une «base juridique solide» qui «n'existe pas», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, au quotidien parisien Is Figaro.Four la France, la solution pourrait être apportée par une décision de l’Union européenne visant à restreindre ses livraisons d’hydrocarbures à destination de la Yougoslavie et inviterait les pays associés à l'UE — particulièrement les pays riverains de la RFY: Hongrie, Roumanie, Bulgarie — à se joindre à cette mesure.Tout recours aux Nations unies pour décréter un blocus pétrolier est exclu, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, s'étant déclaré op-posée à une telle mesure.«Il faut faire porter les efforts non pas sur la recherche de mesures répressives mais sur celle d'une solution politique», a expliqué le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov.Au sein de l’UE, la résistance vient essentiellement de la Grèce qui est par principe opposée à un embargo pétrolier, et de l’Italie qui estime qu’un embargo pétrolier contre la Yougoslavie devait être utilisé seulement en dernier ressort, comme l’alternative aux frappes aériennes.Les treize autres pays de l’UE, favorables à un embargo, estiment au contraire qu’il viendrait en appui des opérations militaires de l’OTAN contre la Yougoslavie.ALGÉRIE Les Kabyles rendent hommage à Lounès Matoub AGENCE FRANCE-PRESSE Tizi Ouzou — ls étaient des milliers de Kabyles, jeunes pour la plupart, à se presser mardi sur la petite route de montagne qui serpente de Tizi Ouzou au village de Lounes Matoub, chanteur berbère assassiné en juin dernier, symbole de la cause kabyle.En ce jour anniversaire des émeutes d’avril 1980, marquant la révolte des Kabyles pour obtenir la reconnaissance de leur culture, ils sont venus en masse de toute leur province pour faire ce pèlerinage sur les lieux-mêmes de l’assassinat du chanteur amazighe (berbère), qui fut pendant des années leur porte-parole.Pendant des heures, les partisans de la cause berbère ont grimpé à pied les huit kilomètres séparant Tizi Ouzou du lieu où Lounes Matoub été as: sassiné de plusieurs balles le 25 juin 1998, au sommet d’une petite montagne.Là, une plaque simple et discrète indique en berbère: «Matoub Lounes né le 26 janvier 1956 à Taourirt Moussa - 25 juin 1998, tombé en héros l’arme à la main».Deux bougies; et des fleurs de toute provenance ont rappelé qu’il s’agissait de l’hommage de; toute une région.Certains, dépourvus dé moyen de locomotion, n’ont pas hésité à faire plusieurs dizaines de kilomètres à pied pour venir «saluer la mémoire de Lounes».«On s’est levé à quatre heures du matin.C’est notre manière de revendiquer notre culture et notre identité», a affirmé Idir, à la tête d'un groupe d’une vingtaine de jeunes.«Tombé en héros» ¦’ c-.g INDE Le Congrès veut former un gouvernement ASSOCIATED PRESS ET REUTERS New Delhi — Trois jours après la chute du gouvernement du nationaliste Atal Bihari Vajpayee, le Parti du Congrès présidé par Sonia Gandhi a annoncé hier qu’il sera prêt à former un gouvernement dès aujourd’hui, après que le Parlement aura voté le budget Le président indien K.R.Narayanan a fait de l’adoption de ce budget une priorité et indiqué qu’il ne parlerait à aucune formation politique tant que le Lok Sabha (Chambre basse du Parlement) ne l’aura pas voté.«Si le président nous convoque demain soir [ce soir], nous répondrons immédiatement en lui présentant toutes les lettres de soutien» parlementaires en faveur de Mme Gandhi, a déclaré à l’Associated Press Ajit Jogi, porte-parole du Congrès.Mais le parti nationaliste BJP de M.Vajpayee a également assuré de son côté disposer de lettres de soutien venant de tous les partis qui composaient sa coalition gouvernementale voici 13 mois, soit au moins 235 des 541 sièges du Lok Sabha.Si aucune majorité ne peut être trouvée, il faudra appeler à de nouvelles élections, les troisièmes en trois ans.Ce que peu d’hommes politiques indiens souhaitent Après une réunion du cabinet par intérim, Pramod Mahajan, l’un des responsables du BJP, a dit à la presse que la direction de son parti et ses alliés rencontreraient le président K.R Narayanan aujourd’hui et lui présenteraient des lettres de soutien de 270 députés (sur un total de 543).L’Inde est confrontée à une nouvelle crise politique après la censure, par une seule voix de majorité (270 contre 269), du gouvernement de coalition formé il y a treize mois par le BJP.Le gouvernement a été mis en échec par le parti du Congrès allié à un groupe de formations de gauche régionales et liées à des castes, qui tentent de leur côté de former un gouvernement.Nouveau massacre au Timor Lisbonne (AFP) —Trente personnes ont été tuées hier soir dans la banlieue de Dili, capitale du Timor oriental, par des milices pro-in-donésiennes, selon un communiqué de l’Union démocratique de Timor-Est (UDT) cité par l’agence portugaise Lusa.Selon le communiqué de ce mouvement qui, avec le Front révolutionnaire pour l’indépendance de Timor-Est (FRETILIN) intègre le Conseil national de la résistance timoraise, le massacre a eu lieu dans la localité de Hera.Les milices armées venues de Dili ont attaqué les maisons qui n’avaient pas hissé le drapeau indonésien et son reparties aussitôt, selon la même source.L’UDT fait état également de la mort en fin de journée de trois personnes dans le quartier de Becora.Une attaque des miliciens pro-in-donésiens déclenchée samedi contre des militants indépendantistes avait fait au moins 20 morts, selon des organisations de défense des droits de l'homme locales.Pauline SAMSON La psychomotricité par la leu au préscolaire Co> L’action, le leu.le succès.128 pages 14,50$ GUERIN En uente dans mules les nnraines A1C L E I) E V DIR, L E M K li c n v.I) 1 21 A V R I L 1 !» !) !» A 8 KOSOVO SUITE DE LA PAGE 1 vemement canadien est et était la suivante: nous appuierons seulement [l’envoi] de troupes terrestres en tant que membres d’une force de maintien de la paix destinée à mettre e)t œuvre un accord de paix», a-t-il dit aux Communes.Le premier ministre est cependant prêt à se rallier si les âùtres pays de l’Alliance privilégient l’envoi de troupes de combat pour imposer la paix.«Si tout le monde est d’accord, je ne voudrais pas être le seul à ne pas être d’accord et je pense que ce peut être le problème de chaque dirigeant», a-t-il répondu à Stéphan Bureau.; 11 nie toutefois être à la remorque des Américains dont il reconnaît toutefois l’influence.«Nous prenons des décisiçns collectives.Ce r\e sont pas des décisions des Américains.Evidemment, les Etats-Unis ont un poids proportionnel à leur importance dans les attaques, mais tout se décide sous une forme de consensus.» M.Chrétien ne doute pas de la légitimité de l’intervention de l’OTAN ou de la participation du Canada D a de nouveau évoqué des raisons humanitaires, la nécessité de défendre certaines valeurs et l’obligation pour le Canada de respecter ses engagements en matière de sécurité européenne.Il a reconnu, cependant, que l’afflux de réfugiés l’avait surpris.Confronté à cette situation et aux atrocités com-niises au Kosovo, «je me demande parfois si nous n’avons pas attendu trop longtemps avant de commencer les bombardements», a-t-il dit en anglais.M.Chrétien s’attendait à ce que le président yougoslave Slobodan Milosevic cède devant les bombardements aussi rapidement qu’il l’avait fait en Bosnie quelques années plus tôt : Le premier ministre a admis qu’il ignorait la force de l’attachement culturel et religieux que ressentent les Serbes pour le Kosovo.Il avait donc sous-estimé la résistance du gouvernement serbe.Il croit toujours à une solution diplomatique et se réjouit de l’entrée en scène de l'ancien premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine, nommé envoyé spécial par le président Boris Elstine.M.Chrétien lui a parlé dès lundi et s’est dit encouragé par sa détermination à en arriver à une résolution rapide du conflit 1 Le premier ministre n’a pas eu à expliquer pourquoi il refuse de promettre un vote aux Communes sur l’envoi éventuel de troupes terrestres.Mais sa position n’a pas changé comme l’ont montré ses députés qui ont défait à 146 voix contre 119, une motion bloquiste exigeant du gouvernement qu’il s’engage à ne pas envoyer de troupes terrestres dans les Balkans sans tenir un vote en ce sens au Parlement La participation du Canada à l’opération de l’OTAN demeure d’un coût imprécis.M.Chrétien a fiait état de coûts oscillant entre un et deux millions de dollars par jour mais le ministre de la Défense, Art Eggleton, a dit à la presse, plus tôt dans la journée, que la facture atteignait 32,4 millions depuis juin dernier, date du déploiement des premiers CF-18.De cette somme, environ 12 millions ont été dépensés depuis le début des bombardements, le 24 mars dernier, a-t-il dit M.Chrétien a de nouveau nié la présence sur le territoire de la fédération yougoslave de soldats canadiens, membres d’un groupe tactique spécial.Son démenti s’ajoutait à ceux de son ministre de la Défense qui, pour la deuxième journée consécutive, a catégoriquement rejeté les allégations du député conservateur David Price.A ce dernier qui revenait à la charge aux Communes, M.Eggleton a répliqué «de se la fermer», soutenant qu’il mettait la sécurité de certains Canadiens en danger.Le chef conservateur Joe Clark était furieux.«Plutôt que de faire un excès de colère aux Communes, M.Eggleton aurait dû respecter la tradition canadienne et inclure les députés, les représentants élus du peuple, dans ses discussions.» Selon lui, les libéraux récoltent ce qu’ils ont semé en refusant d’informer adéquatement les députés, les obligeant à interroger publiquement le ministre.M.Price, de son côté, a rejeté les affirmations du ministre Eggleton, notant que plusieurs médias internationaux avaient fait état de groupes d’opération spéciaux de l’OTAN actifs en Yougoslavie.Il a rejeté du revers de la main les démentis du ministre et des autorités militaires, les accusant carrément de mentir.Selon lui, sa seule source est suffisamment crédible pour qu’il persiste à croire que des soldats canadiens menaient encore des opérations secrètes au Kosovo, la semaine dernière.S.V.P.Assurez-vous de recycler ce papier journal.LE DEVOIR Iæs bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal (Québec), H3A3M9 [53 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction Au téléphone (514) 985-3333 Par télécopieur (514) 985-3360 Par courrier électronique redaction ©ledevoir .com Pour l’agenda culturel (514) 985-3551 La publicité Au téléphone (514) 985-3399 Par télécopieur (514) 985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et appels d’offres Au téléphone (514) 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La commission Bédard favorise les fusions «obligatoires» des municipalités québécoises pour en arriver, par exemple, à un maximum de cinq villes sur l’île de Montréal.Dans la région métropolitaine de Montréal, la commission suggère une limite de 20 municipalités.Egalement dirigée par des élus disposant de revenus autonomes, l’instance régionale montréalaise remplacerait éventuellement la CUM et l’Agence métropolitaine de transport Le président de la commission, Denis Bédard, affirme que l’idée des fusions municipales n’est pas de créer des économies mais d’assurer une meilleure efficacité de la gestion municipale.Il croit que forcer les municipalités à fusionner est non seulement possible mais souhaitable.«C'est faisable politiquement.Il s’agit de vouloir le faire», a-t-il déclaré hier aux journalistes en rendant publiques les 108 recommandations du rapport de 400 pages intitujé Pacte 2000.La ministre d’Etat aux Affaires municipales et à la Métropole, Louise Hard, a accueilli positivement le rapport Bédard hier.En répondant aux questions de l’opposition libérale à l’Assemblée nationale, elle n’a pas caché son appui à l’idée des fusions municipales.«Il y a dans l’ensemble des pays industrialisés un mouvement de fond.C’est un courant mondial en faveur d'un regroupement de municipalités.» Qualifiant le travail de la commission Bédard de «considérable et rigoureux», Mme Hard affirme que l’objectif de son gouvernement est d’améliorer l’efficacité de la gestion des villes.Elle a toutefois refusé l’invitation de l’opposition libérale de tenir une commission parlementaire sur le rapport Bédard.La ministre Hard rencontrera lundi les représentants des unions municipales et quelques maires afin de connaître leurs réactions.Par la suite, elle compte présenter les orientations qu’elle aura retenues au conseil des ministres pour approbation.La commission propose donc de renforcer le palier régional sur la base des actuelles MRC, des instances métropolitaines de Montréal et de Québec et des munidpalités d’agglomération qui serait le résultat de la fusion des municipalités entourant les villes de Sherbrooke, Chicoutimi-Jonquière, Trois-Rivières et Hull.Ces nouvelles instances régionales seraient dirigées par des personnes élues directement par la population.Leur budget proviendrait de revenus autonomes au lieu des quote-parts actuellement versées par les municipalités aux MRC.Au total, précise M.Bédard, il y aurait moins d’élus que maintenant.Même si de nouveaux élus siégeaient aux organismes ré- gionaux ou supramunicipaux, il y aurait toutefois moins de municipalités et donc moins de maires.Ceux-ci auraient un rôle de plus en plus local à assumer, notamment pour offrir les services directs à la population: voirie locale, loisirs, zonage.Les instances supramunicipales récupéreraient de nombreuses responsabilités, notamment en matière de développement économique.Plusieurs autres secteurs d’activité tomberaient sous la gouverne de ce palier renforcé: les services policiers et les pompiers, la sécurité civile, les routes régionales, îe transport en commun, le transport ambulancier et adapté, le logement social, l’environnement et l’hygiène du milieu.La commission Bédard suggère des changements à la fiscalité municipale, dont la diversification des revenus: 20 % des recettes sur la TVQ et sur,les redevances des ressources naturelles.A Montréal et à Québec, le gouvernement effectuerait un nouveau partage régional de l’assiette foncière au profit des deux villes centres.Ce programme serait ensuite pris en charge par les instances supramunicipales.Le rééquilibrage de la taxation entre îes villes centres et la banlieue est nécessaire, selon le président de la commission.D ne s’agit pas de transférer le fardeau fiscal des grandes villes vers les banlieues, affirme M.Bédard, mais de «corriger une situation d’iniquité qui existe à l’heure actuelle».Le rapport recommande la prise en charge, gestion et financement, par le palier supramunicipal, des équipements régionaux à portée régionale.A Québec et à Montréal, le rapport Bédard propose une prise en charge similaire des équipements relevant du gouvernement En outre, les villes obtiendraient le pouvoir d’instaurer des taux de taxation distincts pour les secteurs résidentiel et non résidentiel.Sur ces derniers immeubles, le rapport propose d’ailleurs l’abolition de la taxe et de la surtaxe.On suggère d’accorder aux municipalités le pouvoir de taxer les terrains et les bâtiments en fonction de leur superficie.Quant aux commissions scolaires, le rapport Bédard recommande leur prise en charge éventuelle par les instances régionales.Pour l’instant il suggère le maintien des limites de l’impôt foncier scolaire mais la reprise en charge par le gouvernement du financement des activités de base.Le document aborde très brièvement les relations de travail dans le monde municipal en souhaitant que les articles 45 et 46 du Code du travail ne s’appliquent plus aux cas de sous-traitance.Le rapport suggère une uniformisation des conventions collectives et l’abolition des planchers d’emplois.Une loi spéciale devrait également corriger la «surrémunération des employés municipaux».SUITE DE LA PAGE 1 Il déplore la comparaison que fait le rapport avec la fiscalité municipale ontarienne.«Si l’intention du gouvernement est de récupérer le 12 milliard d'écart avec l’Ontario, personne ne va gagner, y compris Montréal.Tout le monde va payer plus dans le milieu local.» Sans proposition ferme pour modifier les règles des relations de travail entre les élus municipaux et leurs employés, M.Laframboi-se estime inacceptable d’envisager un maintien d’une contribution financière du monde municipal.Selon lui, la possibilité de hausser la taxe foncière, «la pire des taxes» et qui ne tient pas compte des revenus des familles, n’annonce pas de gain pour le contribuable.Devant un rapport qui préconise le renforcement des MRC, la présidente de l’Union des MRC du Québec (UMRCQ), Jacinthe Simard, a été un peu plus positive.Elle a parlé d’un rapport «timide et audacieux à la fois».Mme Simard déplore le fait que la facture de 375 millions transmise aux municipalités en 1997 par Québec ne soit pas disparue.Elle se réjouit toutefois de voir émerger l’idée d’un gouvernement supramunicipal élu et doté de pouvoirs de taxation.Mais elle prévient le gouvernement de ne pas se laisser tenter par une diminution du nombre de MRC selon la nouvelle carte des commissions scolaires.«U ne faudrait pas, en alourdissant le fardeau fiscal, éloigner les services des citoyens.» Pour le président de la Fédération des commissions scolaires, André Caron, le rapport Bédard relève parfois de la science-fiction.Il salue toutefois la reconnaissance du rôle des commissions scolaires dans la gestion et le financement des équipements et du transport d’écoliers.À Montréal Réservant ses réactions officielles pour le mois de mai, le maire de Montréal, Pierre Bourque, n’a cependant pas manqué de mentionner son étonnement de voir la commission Bédard affirmer que les municipalités disposaient encore d’un potentiel de taxation foncière inexploité.Il s’est toutefois réjoui de l’ouverture annoncée en matière de relations de travail, notamment en ce qui concerne la sous-traitance et les planchers d’emplois et d’équipements.Tout en reconnaissant que la fusion de certaines municipalités se révélait inévitable, il s’est gardé de porter un jugement sur les fusions proposées.Il a répété son opposition à toute forme de gouvernement régional élu.Terminant cette semaine sa tournée de sensibilisation dans les régions du Québec, Pierre Bourque a dit devoir encore mener le même exercice dans la région de Montréal puis compléter son travail de consultation et d’analyse avec les différents leaders de la région avant de pouvoir se prononcer formellement sur le rapport de la commission Bédard et sur le type de réformes susceptibles de renforcer véritablement le statut de métropole de Montréal.11 a réitéré son intention de continuer à négocier directement avéc le gouvernement du Québec et écarter l’idée de mener d’ici là des consultations publiques formelles à ce sujet La présidente de la Communauté urbaine de Montréal (CUM), Vera Danyluk, aura été l’une des seules représentantes du monde municipal à se réjouir franchement des conclusions de la commission Bédard.Sur le plan fiscal, elle voit dans le repartage des recettes de la taxe de vente ainsi que dans la révision de la question des paiements en lieu de taxes des façons de donner au futur gouvernement régional les moyens de ses responsabilités.Vera Danyluk croit qu’il est maintenant important pour le gouvernement d’agir rapidement.«Après tous les exercices de consultation qui ont été réalisés ces dernières années, les gens veulent que ça bouge.Ils n’accepteront pas qu’on les laisse en plan encore une fois.» Détectant chez le premier ministre Bouchard et la ministre Louise Harel une volonté ferme d’aller de l’avant, elle affirme que les besoins sont aujourd’hui tellement pressants, dans le monde municipal, que les opposants sauront se rallier aux réformes proposées plutôt que de risquer le statu quo.Le maire de Verdun et porte-parole de l’Union des maires de banlieue, Georges Bossé, pense que la commission Bédard apporte une contribution intéressante au débat sur la fiscalité mais qualifie d’«illogique» l’idée d’une nouvelle structure paramunicipale.«Le Grand Montréal a besoin d’une structure légère, pas de fusions forcées», soutient-il.Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, s’est dit déçu de se faire dire qu’il y a encore de la place dans le champ foncier, alors que les villes demandaient une réduction des taxes.«La commission a surtout rempli la conftnande du gouvernement», a-t-il dit A Québec, le critique libéral en matière d’affaires municipales, Christos Sirros, pense que la création d’une nouvelle structure supramunicipale entraînera inévitablement des hausses de taxes pour le contribuable.Il ajoute que l’idée de forcer les fusions de municipalités enlèverait de la crédibilité à tout le processus de réforme municipale.Le chef de l’Action démocratique, Mario Dumont, note que si l’impact de la réforme proposée est neutre pour le contribuable, elle ne «servira à rien».CRONENBERG SUITE DE LA PAGE 1 Précisons que le cinéaste torontois de The Fly, Naked Lunch, Crash et autres œuvres où le gore se marie tantôt au surréalisme, tantôt à l’anticipation, monte avec eXistenZ un cran plus haut dans la démonstration qui est la sienne: par la technologie, par la mutation des corps, une transformation de l’esprit se dessine.Son œuvre, à ce titre, se révèle d’une remarquable cohérence.eXistenZ, qui donne la vedette à Jennifer Jason Leigh, met en scène une nouvelle génération de jeux virtuels directement branchés sur le système nerveux des participants et dont la matrice est constituée d’organes d’animaux mutants.Mais tout est mutation dans cette affaire.La créatrice des jeux est menacée de mort, et T’idée du scénario est venue à Cronenberg à travers l’affaire Salman Rushdie, qui le scandalisai Puis, les jeux virtuels ont pris le pas sur la littérature.On, ne se refait pas.A ses yeux, le futur est déjà parmi nous et les transformations psychiques sont bel et bien en cours.«Les jeunes branchés sur des jeux vidéo depuis leur tendre enfance ont des systèmes nerveux différents du mien et du vôtre, me dit-il.L’être humain continue à évoluer mais nous n’en avons pas le contrôle et nous en sommes en grande partie inconscients.Les simples développements de la médecine qui prolongent la vie modifient la trajectoire de l’homme.» Il déclare ne pas être effrayé par le phénomène de ces mutations; excité, fasciné, ça oui.Cronenberg attend la suite de l’aventure humaine, ou plutôt l’anticipe dans ses films.Numéro un au box-office parisien où eXistenZ tient l’affiche depuis une semaine, le film a ses fans et ses détracteurs.Mais Croqenberg est apprécié en France, bien davantage qu’aux Etats-Unis où il est distribué au compte- gouttes en tant qu’auteur d’œuvres inclassables, donc suspectes.Il en a su quelque chose avec Crash, son controversé film précédent sur fond de sexe et d’accidents d’auto.La sortie américaine fut retardée, quasi bousillée.Et ça continue.MGM n’a pas voulu du projet d’eXistenZ.Pas assez linéaire.«Hollywood est plein de règles et de restrictions», soupire le cinéaste, qui n’y a décidément pas la cote.eXistenZ est une production canadienne d’Alliance Viva-film et a reçu le tout compte fait modeste budget de 31 millions.D’ailleurs, il trouve courageuse l’actrice américaine Jennifer Jason Leigh d’avoir plongé dans son film.Depuis longtemps, ils voulaient travailler ensemble.«Elle est une crack de l’informatique et elle adorait le scénario, alors.» Il avoue avoir de la difficulté à recruter des stars, lesquelles protègent souvent leurs arrières pour s’éviter des lendemains difficiles.Si Jennifer Jason Leigh n’est d’ailleurs pas de la distribution d’Eyes Wide Shut, le dernier Kubrick, c’est parce que ce dernier lui réclamait trois semaines de tournage alors qu’elle travaillait sur eXistenZ.La vie est par,fois remplie de choix difficiles.À ceux qui s’inquiètent des goûts éventuels de ce cinéaste à l’heure d’éraluer les films présentés à Cannes, où il présidera le jury, il répond d’abord par une boutade.«Une belle histoire d’amour, disons qu’elle serait malbarrée avecmoi»Ençfm, Cronenbeig déclare pourtant avoir des goûts très éclectiques et apprécier un tas de films différents des siens, avec un faible pour les œuvres originales et excessives.Il affirme craindre par-dessus tout les considérations politiques qui peuvent influencer un jury.«En tant que président, si je veux exercer une influence, ce sera pour tâcher de convaincre les membres d’ignorer ces aspectsta.» Mais revenons à cet eXistenZ gorgé de réalités virtuelles à paliers.«Toute réalité est virtuelle, tranche le cinéaste, et la technologie est devenue une composante de l'être humain.Quant à la sexualité, elle se révèle également en changement.Elle n’est plus liée à la procréation et s'affranchit, se réinvente.Pourquoi n’apparaîtraient pas de nouveaux organes sexuels?Pour mon film, le Québécois Stéphane Dupuis, aujourd’hui à Hollywood, a créé le “gamepod”, un objet doté d’une espèce de peau qui procure des sensations tactiles et peut évoquer n’importe quoi: des mamelles, un utérus.» Dans eXistenZ, les joueurs se sont fait percer un trou au bas de la colonne vertébrale pour y introduire les cordons qui les relient au gamepod.Pourquoi la colonne vertébrale?Il sourit.«Un trou dans la tête aurait été moins esthétique.» Cronenberg se dit fasciné par le dégoût qu’éprouvent plusieurs personnes pour leur corps, l’intérieur de celui-ci surtout, avec des organes qu’il a de son côté envie de montrer.L’action d’eXistenZ se déroule dans un futur indéterminé où les villes n’existent plus, mais est-ce vraiment un univers du futur?«Il s'agit plutôt d’un présent parallèle et aussi d’un rêve, répond Cronenberg.Pas de ville à la Blade Runner.J’ai fait sauter un tas de références contemporaines.On ne trouve ni téléviseurs, ni ordinateurs, ni montres, ni horloges, pas même de miroirs.J’ai voulu construire un monde privé d,e certains repères mais néanmoins proche de nous.» A son avis, les adolescents s’y retrouveront en premier chef.«Ils ne sont pas effrayés par eXistenZ.Ils entrent dans le jeu naturellement, en connaissent déjà les règles.» Cronenberg ne croit pas que ses films soient des œuvres terminées, empaquetées et prêtes à servir.«Hitchcock se voyait comme un montreur de marionnettes qui manipulait son audience.Moi, j’estime que les gens rêvent les films à leur manière, leur apportent leurs projections, lès saisissent à leur tour.» FINKIELKRAUT SUITE DE LA PAGE 1 «Je ne plaide pas pour la supériorité des périodes antérieures par rapport à la nôtre; je m’interroge sur notre rapport au passé, explique-t-il.Je constate que notre mémoire étant exclusivement accaparée par les crimes, il n’y a pas de place en nous pour l’humilité suffisante, pour les œuvres.Les œuvres demandent un peu d’humilité pour être reçues.Si nous pensons tout savoir, nous n’avons pas besoin de lire; or nous pensons tout savoir, donc nous ne lisons pas ou nous lisons mal.» «Je tie me rabats pas sur le passé; je pense eti ternes de lietts.Je pense aussi que des œuvres présentes sont menacées.Les classiques et les modernes sont dans le même sac aujourd'hui.Ce qui me fait peur, c'est l'incapacité d’admirer caractéristique de l’égalitarisme radical.» «La tolérance dont nous nous enorgueillissons, que nous applaudissons tous les jours, ce respect égal pour toutes les formes de vie et tous les individus, ce respect s’oppose en apparence au mépris, à l'exclusion, mais en fait, son ennemi intime, c’est aussi l’admiration.Je m'interroge sur la place du ressentiment dans notre société; je me demande si nos démocraties ne sont pas entrées dans l'âge du ressentiment, comme l’avait prévu Nietzsche.» Ressentiment Difficile, à cet égard, de ne pas évoquer la question du Kosovo.Alain Finkielkraut s’est beaucoup intéressé, ces dernières années, au sort des «petites nations», objets et non sujets de l’histoire, et l’ex-Yougoslavie s’est révélée dans l’abomination un terrain propice à la réflexion.Au moment où la guerre interpelle l’humanité, le philosophe dit comprendre la «stupeur» manifestée par le monde qui, «pour la première fois, est convoqué au spectacle du crime en direct».«Et la stupeur est aggravée par la capacité qu’ont les Serbes de mener à bien cette entreprise alors même que le monde leur fait la guerre pour tenter de les en empêcher.Ni l’image ni les bombes n'ont la capacité d’intimider les Serbes.Au contraire, ils utilisent la guerre pour aller plus vite.C’est à mon avis ce qui explique l'effarement du public.» Cela dit si l’homme reconnaît assister à «une sauvagerie à laquelle je n’étais pas plus préparé que quiconque», il déclare aussi que «le nettoyage ethnique en plein XX' siècle, je ne vois pas bieti en quoi cela devrait nous étonner.Le XX' siècle a été le plus criminel de l’histoire de Ihumanité, un siècle qui devrait nous guérir définitivement des illusions du progrès».Cette fois, le blâme de la tragédie revient largement aux dirigeants politiques occidentaux qui ont «accepté trop tard de traiter les différents acteurs en sujets adultes et les ont perçus comme des pions».Ressentiment N’est-il pas paradoxal d’appeler à une plus grande conscience du passé quand on voit le Kosovo faire les frais d’une histoire qui remonte à plus de 600 ans?N’y aurait-il pas, parallèlement à un devoir de mémoire incontournable, une nécessité de l’oubli en certaines circonstances?«Toutes les nations sont fondées à la fois sur la mémoire et sur l'oubli, répond Alain Finkielkraut Le prix de la paix civile, souvent, c'est l'oubli.L’amnistie exige en tout cas une certaine forme d'amnésie: il faut tourner la page.Cest la raison pour laquelle, d’ailleurs, je ne sttis pas absolument sûr que l’arrestatioti et l’extradition du général Pinochet soit vraiment une idée géniale.Nous ne pouvons pas choisir à la place du Chili son propre destin.Si le Chili a décidé que la transition démocratique ne pouvait s'opérer que dans l’oubli, c’est son droit, et nulle itistance n 'est habilitée à lui refuser ce droit.» «Donc, quand je plaide pour un rapport plus riche avec le passé, ce n 'est pas du tout au nom du devoir de mémoire.Cest avec l’idée que le crime ne devrait pas exercer un monopole absolu sur notre mémoire.Il y a une mémoire incriminatrice, certes, mais il y a aussi toutes soties de mémoires II y a la dette que nous avons contractée envers des institutions qui nous ont permis d’être ce que twus sommes Cest de cette dette-là que je parle.» Par ailleurs, si le Kosovo accapare l’attention de l’Occident, il n’en reste pas moins que d’autres conflits, parfois beaucoup plus sanglants, sévissent sur la planète sans que nous n’ayons trop de scrupules à les balayer sous le tapis.Ramener l’horreur à un endroit particulier, près du nôtre, n’est-ce pas aussi de l’ethnocentrisme?Pour Alain Finkielkraut «nous ne devons pas oublier que nous sommes des créatures terrestres et non des habitants de l'univers.Cest vrai que le journal télévisé nous donne l’illusion de considérer la Terre sans en faire partie.Mais nous sommes forcément de quelque part, et étant de quelque part, étant moi-même Européen, je suis particulièrement sensible à ce qui se passe au Kosovo.Je ne suis pas Superman, je ne peux pas fondre sur tous les endroits de la misère humaine».«Il est dommage qu'on soit à ce point indifférent à la famine en Corée du Nord, mais je sais que nous ne pouvons pas agir simultanément sur tous les lieux de b Terre.Il ne faudrait pas que la rhétorique des droits de l’homme, débouchant sur le sentiment d’une responsabilité illimitée, puisse ensuite induire un vœu de toute-puissance.Lhomme n’est pas Dieu, et quand il se pretxd pour Dieu, les clwses tournent mal.» «Plutôt que de fustiger au nom d’une morale authentiquement planétaire notre finitude, twus devons l’accepter et faire avec, c'est-à-dire: j’interviens, je me préoccupe d’une injustice, je ne suis pas capable de me préoccuper de toutes, mais l’illimité, c'est l’inhumain.» ?^Main Finkielkraut prononcera une conférence intitulée L'Erosion de ta tangue ou ta adture menacée demain soir, à 19h30, au Musée de la civilisation de Québec.D1C I, E I) E V OIK.L K M E R C IT EDI 21 A V K I L I tl !» !> B 6 I.tat
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