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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1999-03-13, Collections de BAnQ.

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I.K I) K V (llli.I.K S S ,\ M K I) I I A K T I) I M A X l II K II NI A II S I !) !M ?LE DK VOIR ?Lettres québécoises Page 1) 3 Le feuilleton Page D 5 ?Jean-Jules Soucy Page D 8 Formes Page DIO W4 - vjipt* ÉDITION Modifier les perceptions L'avenir du livre québécois en France passe par la promotion MARIE- ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR « L es Français ont une totale méconnaissance de la littérature québécoise.Et ce n'est pas imputable ata Français: c’est à cause de nos petits moyens et de notre relative jeunesse.» Celui qui parle ainsi se situe littéralement aux confins de la littérature québécoise et du regard que la France — disons plutôt Paris — porte dessus: Robert Beauchamp, l’un des copropriétaires de la Librairie du Québec à Paris, attend avec une impatience mal dissimulée l’arrivée de la horde Québécois à Paris cette semaine.Pour basculer de cette «totale méconnaissance» à une parcelle de reconnaissance, la recette lui apparaît simple: titiller d’abord l’intérêt des médias français, ce qui paraît déjà bien amorcé si l’on en juge par l’avalanche de suppléments et dossiers spéciaux sur la littérature québécoise parus et à paraître: diriger ensuite par ces reportages écrits et électroniques les Français vers des pistes de lecture, ce qui les mènera peut-être à demander à leur libraire de se procurer tel ou tel autre titre.Et enfin, faire un suivi en assurant l’embauche — là-bas — d’attachés de presse spécialement voués à la promotion du livre québécois, tout en espérant le passage des droits d’auteur d’un territoire à l’autre.En France, les auteurs québécois les plus en vogue sont Arlette Coustu-re (environ 250 000 exemplaires des Filles de Caleb vendus), Yves Beau-chemin (environ 85 (X)0 exemplaires du Matou) et Michel Tremblay (moins de 10 000 exemplaires d’un de ses derniers volumes, Quarante-quatre minutes et quarante-quatre secondes).Des auteurs tels Anne Hébert ou Jacques Godbout, dont les noms circulent également beaucoup là-bas, atteignent rarement les 1000 exemplaires, affirme Robert Beau-champ.«Il faut savoir aussi que, pour les auteurs français mêmes, une vente honnête, c’est 5000 exemplaires! C’est de l’édition dont on parle, pas du disque!» La promotion après le Salon «Je pense que la demande des lecteurs face à certains auteurs québécois va convaincre les éditeurs français d’acheter des droits, explique Robert Beauchamp, dont la librairie regorge plus que jamais de titres québécois, que des passants voudront peut-être destiner à leur bibliothèque personnelle.L’un des problèmes, même pour des auteurs du Québec déjà publiés en France, c’est qu’ils bénéficient de peu de promotion, en fait du peu de promotion alloué à un auteur qui ne vit pas en France.On ne peut pas exiger les statuts d’auteur étranger et français en même temps!» VOIR PAGE I) 2: PERCEPTIONS l Ça change pas le monde, sauf que.-Voilà quelques années, la télévisioft nous montrait cette dame, d’allure distinguée, passer en l'espace de quelques instants d’un état de calme relatif à une folie débridée, sè catapultant violemment'dans un lustre, criant à tout vent, un billet de loto gagnant en main.«Ça change pas le monde, sauf que.», nous rappelait-on alors, un cri déchirant en arrière-plan.Nos écrivains québécois, sur le point de s’envoler vers Paris pour dévoiler les atours de leur littérature aux Français, pourraient bien penser la même chose du Salon du livre de Paris, les millions en moins.MARIE-ANDRE E C H O IJI N A R D LE DEVOIR A llo! Ici la caravane du Québec!» affirmé Arlette Cousit /1 ture au tout début de l’entretien téléphonique, avant X d’éclater de rire.L’auteure des Filles de Caleb a bien raison d’en faite une blague: en plus de la soixantaine d’auteurs officiellement invités par le Salon du livre de Paris, on fait désormais le décompte à coups de centaines, et il ne s’agit que des écrivains: au total, on estime que plus de 200 plumes québécoises flâneront à Paris entre le 19 et le 24 mars, souhaitant de toute évidence se montrer le bout du nez au Tout-Paris littéraire.Alors qu’on a beaucoup entendu les organisateurs de l’événement évoquer les retombées espérées à la suite de l’invitation de la France — au risque de nous répéter, précisons rapidement que le Salon du livre de Paris braque les.projedeui-s chaque année sur un pays invité; après les États-Unis, le Japon et le Brésil,.c’,est au Québec d’aller y parader cette semaine —, le cœur même de toute celte agitation littéraire, c’est-à-dire les écrivains, est demeuré relativement coi.[y ¦ ¦V ¦ / ys « ,1 jw V Tl 1 Kl L \ aS « SO U RC H MAISON I)K LA FRANCK DE GESTES, DE TERRE ET DE MOTS LIBERTÉ 24i En vente chez votre libraire février 1999 140 pages 6$ CLICHÉ RÉPÉTÉ À ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT, EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR I.E I) E V (I I R .I.E S S A M E I) I I E T R I M A X t UK II M A II S I II I» !» Livres PERCEPTIONS De Vintérêt porté par les médias français aux auteurs québécois PARIS «Je crois sincèrement que cette opération ne servira strictement à rien — Maxime-Olivier Moutier SUITE DE LA PAGE D 1 Ce statut de littérature étrangère, les organisateurs québécois de la présence du Québec au Salon du livre de Paris en ont pourtant fait une pierre angulaire, affirmant à plusieurs reprises qu’elle était francophone mais éloignée géographiquement du berceau de la littérature française.Misant sur la curiosité des médias, le Québec espère par cet événement faire connaître de nouvelles plumes.«Pour ce qui est de la visibilité du Québec à Paris, c’est déjà fait, on peut dire que nous avons atteint un objectif, expliquait plus tôt cette semaine la ministre de la Culture et des Communications, Agnès Maltais, partie à Paris notamment pour l’inauguration du Salon du livre de Paris et celle du Printemps du Québec en France.Il faut vraiment réussir à diffuser le livre québécois en dehors du marché québécois, c’est une opération qui vise ce but-là.Je ne veux pas vraiment parler de chiffres — on parle de doubler ou de tripler les ventes — mais il y a autre chose d’important: maintenant qu’il >¦ a une communauté européenne, entrer en France, c’est entrer en Europe.Un livre dédouané en France est un livre dédouané pour toute l’Europe.» On a beaucoup parlé de l’intérêt porté par les médias français aux auteurs d’ici, qu’ils sont venus rencontrer il y a quelques semaines, voire quelques mois.«Déjà, le choix des auteurs rencontrés démontre un changement et une ouverture des Français par rapport à une littérature qu'ils trouvent différente», croit Robert Beau-champ, qui ne cache pas son enthousiasme pour les possibilités rattachées à la couverture qu’on prévoit Outre Bernard Pivot, qui recevra le 19 mars prochain Gaétan Soucy, Dany Laferrière et Robert Lalonde, quelques revues, dont le Magazine littéraire, ont déjà imprimé des exemplaires au cœur desquels se trouvent des dossiers sur le Québec.Voyage dans la littérature québécoise, intitule pour l’occasion le responsable du supplément, François Busnel.«Les clichés ont la vie dure! af-firme-t-il d’entrée de jeu.Il suffit que l’on prononce ce nom, “Québec”, pour qu’aussitôt surgissent les lieux communs les plus rebattus: le Québec, tout le monde le sait, c’est “ma cabane au Canada”, les forêts d'érables, les vastes étendues enneigées, la police montée, les bûcherons sauvages et hâbleurs, sans oublier cet accent inimitable, si folklorique.» Et puis immédiatement après: «Stop! Autant prévenir tout de suite: ceux qui chercheront un exotisme de carte postale dans les allées du Salon du livre [.] seront déçus.» Le journaliste a beau nous présenter ensuite en l’espace de vingt pages une mosaïque intéressante et très peu arrimée aux clichés (entre autres, des portraits de Gaétan Soucy, une des vedettes pressenties dp ce Salon, Hélène Monette, Bruno Hébert, Emile Ollivier, Dany Laferrière, Sergio Kokis, Stéphane Bourguignon, Neil Bis-soondath, Raymond Klibansky, Claude Poirier,.Charles Taylor ou Lucie Papineau), la réalité le rattrape, le pauvre.Il suffit de lire d’abord un minuscule paragraphe publié dans cet avant-programme encarté dans le Magazine littéraire pour s’en convaincre.Sous le titre «Une si Belle Province», on lit ceci: «120 m2 de Québec authentique au cœur du Salon du livre.Mieux qu’une cabane au Canada, une minutieuse reconstitution, où l’on pourra découvrir, entre des érables, un couple d'élans, des castors et un redoutable glouton (naturalisés), quelques trésors de la Belle Province: la première carte établie situant le Québec, des tuniques indiennes et des minéraux du mont Saint-Hilaire.» Présenté comme un couloir menant au Pavillon du Québec — lequel ne revêtira pas ces atours folkloriques, nous assure-t-on —, cet avant-goût du Québec a été réalisé par l’hôte de l’événement.Que penseront les Français de ce petit bout de Québec planté en plein salon?«Cé l’fonne à'mort», diront-ils peut-être.Ou alors, «cé plate en bébitte» ou moins poliment «ça peut pas êt’ plus dolle», reprenant ici quelques-unes des expressions québécoises publiées dans un lexique d’«expressions québécoises qui font le charme du “français à l’accent d’Amérique”» offert notamment par l’Association nationale des éditeurs de livres aux Français qui passeront par le Salon.«Ce n’est pas l’image principale, ni ce qui ressort d’abord et avant tout ici, rétorque à ce sujet la ministre de la Culture et des Communications, Agnès Maltais.Ce n’est pas le choix qu’on a fait.Nous avons plutôt fait le choix d'un Québec moderne et contemporain.S’ils ont encore besoin de se raccrocher à ce modèle-là, c’est leur choix, mais ce n’est pas le nôtre, au contraire.Mais peut-être avons-nous une modernité respectueuse de ses traditions, ce qui les fascine, avec les grands espaces.» Le Salon du livre de Paris ouvre ses grands espaces au Québec du 19 au 24 mars.Une soixantaine d’auteurs québécois y seront mis particulièrement en évidence, mais près de 150 autres y défileront aussi.Au total, la horde de Québécois de tous azimuts avoisinerait les 400 ou 500 personnes.Les 220 000 Français qu’on y attend se partageront donc entre la modernité du Québec et 1500 auteurs de chez eux.SM rand concours de JOURNALISME LE DEVOIR 19 9 9 VOUS QUE LE JOURNALISME INTÉRESSE ET QUI, ÊTES INSCRIT À TEMPS COMPLET DANS UN CEGEP OU UN COLLEGE DU QUEBEC, VOILÀ UNE OCCASION D'AGIR.Pour saisir cette chance de mesurer vos aptitudes et - qui sait?- de faire vos débuts dans un grand journal, il s'agit de rédiger un article critique d'au moins 700 mots, sur une manifestation sociale ou culturelle d'ici: rassemblement populaire, événement sportif, film, livre, pièce de théâtre, ou autres.À retenir: • Votre participation à ce concours peut s'insérer dans le cadre de vos cours.• La date limite des envois de textes au journal Le Devoir est le 19 mars 1999.• La remise des prix aura lieu en mai 1999.% A gagner: 1er prix: Une bourse d'études de 2 000$ ainsi qu'un voyage et séjour de découverte conviviale de la France (condition d'admissibilité, avoir 1 8 ans et plus).2° prix: Une bourse d'études de 2 000$ 3e prix: Une bourse d'études de 1 000$ Des prix de participation, tels des logiciels et des abonnements au Devoir et à la revue Forces, seront aussi attribués par tirage.La Fondation du DEVOIR «fpy AOi'i \ X Atmiillon quebttoifc dn profrttrurr* et profctteiin de fnn^iii 1-800-267-0947 Votre professeur de français vous en dira davantage sur les modalités de participation.CONSULAT GENERAL DE FRANCE A QUEBEC FORCES MULTIMEDIA SUITE DE LA PAGE I) 1 «C’est un pas que nous nous apprêtons à faire, ce n’est pas une traversée pour toujours!» répond l’écrivaine Marie Laberge lorsqu’on lui demande quelles sont ses attentes toutes personnelles par rapport à cet événement littéraire auquel elle se prépare à participer.Habituée de Paris, figure déjà connue là-bas, d’abord pour sa dramaturgie puis pour sa littérature, Marie Laberge part le cœur léger, laissant de côté les grands espoirs.«Chez eux, ils font déjà face eux-mêmes à une avalanche littéraire! Je suis très sensible à cette invitation, convaincue aussi que c’est une bonne chose pour nous, mais je ne suis pas candide: pour faire bouger Paris, il faut vraiment en faire beaucoup!» Au rancart, les espoirs Demeurés un peu à l’écart de tous les débats — vitrioliques ou non — ayant entouré le départ de la délégation québécoise vers Paris, les auteurs interrogés par Le'Devoir partent le sourire aux lèvres mais n’ont pas l’intention de trébucher dans un lot d’illusions.«Je crois sincèrement que cette opération ne servira strictement à rien, explique le jeune auteur Maxime-Olivier Moutier, légèrement plus tranchant que ses condisciples.C'est l’fun pour nous, on aura certainement du plaisir à se retrouver tous là-bas, mais je ne crois pas que les Français vont tout à coup s’intéresser à ce qu'on fait et à ce qu'on écrit juste parce qu'on est là.Tout ça va être très exotique, les petits Québécois seront regardés attentivement, mais ça n’indique pas pour autant que, tout à coup, ils vont nous supposer un savoir sur la littérature.» Avant que les Québécois n’envahissent le plancher du Salon, ce sont les journalistes français qui ont foulé le sol québécois, préparant cahiers spéciaux et suppléments littéraires orientés sur le Québec.«Ils ont manifesté un intérêt réel pour ce que nous faisons, explique Lise Bissonnette, qui part à Paris non seulement à titre d’écrivaine mais aussi pour faire connaître la Grande Bibliothèque du Québec dont elle tient maintenant les rênes.Pour dépoussiérer l’image qu'ils ont de nous, je crois que ça n’a rien de mauvais.Mais il ne faut pas cependant entretenir de faux espoirs parce que tant et aussi longtemps qu’on n’est pas sur place, pour rencontrer les médias, faire la promotion, il est difficile de croire que seul un salon fera augmenter les ventes.» Cette opération massive, qui revêt des allures de débarquement, ne s’assimile en rien à une célébration de l’acte créateur, sur lequel toute cette agitation n’a d’ailleurs aucune répercussion, note l’auteur Rober Racine, qui participera au Printemps du Québec à Paris immédiatement après le Salon du livre.«Je trouve formidable qu 'on fasse un focus sur la littérature québécoise, mais n'oublions jamais que tout cela n’a rien à voir avec l’acte créateur en soi.Ça n’a aucun lien avec le fait d’écrire, comme les grandes expositions d’art contemporain dans le monde n'ont rien à voir avec le fait d’être seul dans son studio et de créer.C'est un grand jeu, voilà comment il faut percevoir ce type d'opération.» Et le débarquement, puisque c’est de cela qu'il s’agit, les 200 auteurs étant entourés d’éditeurs, de distributeurs, de libraires et de journalistes québécois, pourrait donner l’envie de rester en «gatig», «comme on sait si bien le faire chez nous», note Arlette Cousture, qui craint la ghettoïsation des Québécois.«J’espère qu’on ne restera pas en diaspora et qu’on se mêlera plutôt aux Français, pour échanger avec eux.» «C’est de cette façon que nous allons réussir à changer les choses, en faisant connaître notre littérature aux Français, d’individu à individu, croit Robert Lalonde, qui s’adonne lui-même à cette pratique avec des amis français depuis des lunes.Ils sont toujours très coupables de la méconnaissance qu'ils ont de quelque chose.Avec la littérature québécoise, c’est là-dessus qu’il faut jouer.A chaque fois que j’ai présenté un livre à des amis, et qu'ils ont été charmés, j’ai remarqué toute la honte qu'ils éprouvaient de ne pas avoir su avant.C'est là-dessus qu'il faut jouer!» Naïfs et candides, s’abstenir Remisée, la naïveté! «Il faut être bourré de naïveté et de candeur pour croire que le Salon du livre de Paris va changer nos vies», lance Maxime-Olivier Moutier, qui s’apprête toutefois à signer avec un éditeur français une entente amorcée avant le Salon mais dont l’aboutissement aura été rendu possible plus rapidement à cause de tous ces projecteurs braqués sur le Québec et dont certains éditeurs français veulent profiter.«Il est illusoire de croire qu'une manifestation internationale va changer le cours des choses, renchérit Rober Racine, qui se réjouit de la perspective d’échanger avec d’autres écrivains.Je souhaite toutefois que ça donne envie de nous lire, ne serait-ce que pour un bref instant.» L’opération de charme s’effectuera, plus que par les gens, par le seul pouvoir des mots, croit Marie Laberge.«Si on s’impose un jour comme force littéraire mondiale, ce sera à cause de la force de notre littérature, et uniquement à cause ça, note Marie Laberge.Un salon, une opération qui se veut d'abord et avant tout commerciale, ne l'oublions pas, ne peut à elle seule bouleverser le cours des événements.Et les artistes ont une seule chose à faire dans tout cela: leur art.» Littérature québécoise: vouée à l’international?Dans certains secteurs, celui de la littérature jeunesse par exemple, les possibilités d’ouverture au marché français sont peut-être plus grandes qu’en littérature générale, en raison des différences moins notables entre le jeune lectorat did et celui de là-bas.«On sent déjà une différence, il me semble, dans l'intérêt des Français pour ce que nous faisons, parce que des maisons d’édition jeunesse s'intéressent tout à coup à ce que nous faisons ici, explique Lude Papineau, directrice de la collection jeunesse à la maison Dominique et Compagnie et elle-même au-teure d’albums pour eniants.Mais ce ne sera pas évident.On a actuellement l'impression qu’ils vont plus aisément traduire un texte suédois plutôt que de se tourner vers la littérature québécoise! Si l’intérêt est tourné vers nous, c'est maintenant à nous de faire nos preuves et defaire en sorte qu'il sera soutenu.» Pour certains, l’opération de diffusion française qu’on espère effectuer à la suite du passage à Paris supplante un effort qui devrait bien plus être effectué chez nous, là où les habitudes de lecture et les affaires de certaines maisons d’édition laissent croire qu’il y a encore fort à faire.Voilà ce que croit Victor-Lévy Beaulieu, qui faisait partie de la délégation des 60 auteurs envoyés à Paris mais qui annule finalement cette escapade parisienne pour s’adonner à l’écriture intensive du téléroman Bouscotte.«Que j’y aille ou non, cette invitation est somme toute positive, personne n’ira nier cela, a-t-il expliqué cette semaine, depuis Trois-Pistoles.Mais le problème de la littérature québécoise, c’est de vouloir être internationale avant de s’intéresser à ses propres gens, ce qui est à mon avis un choix malencontreux.On essaie de faire croire aux Français que notre littérature est française, alors que pour eux il est encore très difficile d'admettre que nous sommes leurs contemporains.Pour eux, on est encore beaucoup la cabane à sucre!» Dans les coulisses du Salon du livre de Paris, il sera intéressant de surveiller les poignées de main échangées entre éditeurs français et auteurs québécois.Et de constater lesquels de nos auteurs auront la surprise de voir les Français faire sagement la queue devant leur table dans l’espoir de recueillir une dédicace.En attendant ces bonnes nouvelles, les écrivains optent pour la solution du sage: de toute évidence moins attachés aux tractations commerciales due les éditeurs qui les représentent, ils partent l’esprit dégagé, le cœur à la fête, saluant bien bas cette invitation de l’Hexagone, sans croire pour autant à l’inscription de ce moment dans le grand livre de l’Histoire.pour faire durer l’instant Claire Martin Toute la vie Claire Mai Toute 1 présentation de Gilles Dorion 120 pages ; 16,95 S •< I,;i petite fille lit, Ivile comprend que l'uvenii lui promet ries lis res pleins de choses qu'elle ne soupçonne même pas.¦> Unifiant même NOUVELLES • ROMANS • ESSAIS Le Québec à Paris Pensées d’auteurs Alors que le credo populaire nous les présente coupés de la réalité, à griffonner sur la feuille des bouts d’histoires qu’ils se sont inventées, les auteurs québécois ont au contraire la tête froide et les deux pieds bien campés dans les avenues du réel.Alors qu’ils s’apprêtent pour la majorité à participer au Salon du livre de Paris, nous avons recueilli leurs commentaires, histoire de mesurer leurs attentes.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Victor-Lévy Beaulieu Auteur, entre autres, de Race de monde, Monsieur Melville, L’Héritage, Montréal PQ et Don Quichotte de la démanche, il publiait récemment Les Contes québécois d'un grand-père forgeron à son petit-fils Bouscotte.M.Beau-lieu a dû annuler son passage à Paris en raison d’un emploi du temps .trop chargé.,, «Je crois qu’entre la présence des auteurs à Paris et le concours A la découverte du Québec [une soixantaine de titres québécois sont présentés dans la vitrine de 300 librairies à travers la France], c’est la présence en librairie qui est la plus capitale.Parce que les gens verront nos livres parmi tous les autres.[.] Toute cette aventure est très positive, il n’y a pas à douter de cela.Mais je crois qu’il ne faudrait jamais oublier d'être un peu plus régional avant de prendre l’assaut du monde.» Lise Bissonnette Son expérience de romancière a donné Marie suivait l'été, Choses crues et Quittes et doubles.Deux recueils de ses chroniques et éditoriaux parus dans Le Devoir ont également été publiés (La Passion du présent et Toujours la passion du présent, récemment paru).«Le public français aime le Québec.Le vieux folklore et le regard condescendant dont on parle souvent sont peut-être encore un peu vrais, mais avec la manne de touristes français que le Québec accueille de plus en plus, il y a un grand espoir que ça change.\.\ J’ai remarqué que les Français transposaient sur notre littérature des observations qu'ils font sur la leur propre.En venant ici faire des reportages, ils ont remarqué notre littérature de jeunes écorchés, le “déprimisme” qu’ils appellent, et puis celle des migrants.Et ce sont deux mouvements très forts en France actuellement.Ça peut agacer un peu, mais en bout de ligne, ça servira à dépoussiérer l'image.» Arlette Cousture Elle a publié nouvelles, romans, contes pour enfants.Les Filles de Caleb a connu un franc succès en France, aussi bien sur le plan littéraire que télévisuel.J’aurais voulu vous dire William est son tout dernier roman.«I^es Français aiment bien notre petit côté cabotin, je crois qu’on est un peu franchouillards à notre façon, et c'est ce qu'ils aiment par-dessus tout.Ça les fait rire, mais pas de nous, avec nous! [.] Je ne veux surtout pas qu'on ait l’air d’arriver en caravane québécoise, tous reclus dans notre petit coin.Il faut profiter de cette occasion pour tisser des liens avec les Français.» Marie Laberge Dramaturge connue en France pour des pièces comme C'était avant la guerre à L'Anse-à-Gilles et Oublier.Aussi romancière, elle a publié notamment Juillet, Quelques adieux, lœ Poids des ombres et Im Cérémonie des anges.«Paris n'est pas la France en entier, il ne faut jamais perdre cela de vue.[.] Comme écrivain québécois, je suis convaincue que nous avons un effort à faire pour que notre littérature se tende jusque là-bas, mais de là à affirmer que rien ne sera plus pareil comme avant.J'en doute.[.] Cela dit de façon gentille, délicate aussi, j’ai vu des Français amoureux fous d’un accent, d’un certain folklorisme; ce n’est pas parce que nous sommes tout à coup 60 auteurs invités que tout ça va changer.» Robert Lalonde Comédien, traducteur, poète,et Romancier, il a publié Iœ Dernier Été des Indiens, Le Petit Aigle à tête blanche, Où vont les sizerins flammés en été?et U Monde sur le flanc de la truite.Ses deux derniers titres sont Le Vaste Monde et lœ Vacarmeur.VOIR PAGE SUIVANTE: QUÉBEC LIVRES ANCIENS ET MODERNES • Achat • Veille • Expertise BOUQUINERIE SAINT-DENIS 1075.rue St-Denis (ongle Duluth) Admis I I II K T l> I M A N ( II K II M A K S I II II !l I) 3 ItiflCHÂBLES H.ft A la chair Ou >anq >ur d'une pomme Umil'RI I.AIONIll y LE VACARMEUR ifpIlv&jKS-; • CkuV.il ifSfeJ Rmtiiu I.a y LE VACARMEUR Qui m’aime me lise.Claire Mai 1 1 oute 1 loman Ltt.RüDPF 174 PAGES • 17,95 $ Une célébration à la jjoiô païenne et iacrée du monde de la littérature.QUÉBEC L'idée est de faire ici quelque chose de massif, et ça ne peut pas nuire — Robert Lalonde SUITE DE LA PAGE PRÉCÉbENTE «Je suis embarqué dam cette histoire-là sam trop y croire.Mais tout à coup, on sent vraiment un intérêt réel, et comme je connais [les Français] depuis un petit bout, je vois qu’ils en font vraiment plus qu'à l’habitude.[.] On est obligé de considérer que l'impact de là presse et de la télé est réel.L’idée est défaire ici quelque chose de massif, et ça ne peut pas nuire.Il vont au moins se rendre compte d’une chose, ce qu’on attendait depuis des années: “On ne commît pas bien la littérature québécoise!" Et ce sera déjà ça de gagné.[.] Je ne dis pas ça parce que ça me plaît mais parce que c’est comme ça: on est dans un monde où il faut un impact.Là, il y en aura un.Qu’est-ce que ça va faire?Je ne sais pas.Espérons qu’on aura au moins du plaisir.» Maxime-Olivier Moutier Jeune auteur né en 1971, il a publié deux recueils de nouvelles, Potence Machine et Risible et noir, de même qu’un roman, Marie-Hélène au mois de mars.«Chez nous, c’est inné, on s’intéresse d’emblée à la littérature française à l’école, à travers nos achats de livres.On suppose que les Français sont des écrivains, mais pour eux, nous sommes une littérature exotique de plus.S'il y a des gens ici qui ont des illusions, je les trouve franchement naïfs.Pour percer en France, il faut habiter là-bas, se faire connaître, entrer dam les cercles littéraires.Arrêtons de nous raconter des histoires!» Lucie Papineau Romancière, directrice de collection dont l’action littéraire est essentiellement tournée vers les jeunes.A publié Francis Reddy, comédien, Mari-folle, En plein cœur et Monsieur Soleil.«Je crois que ce salon est plutôt une grande fête, il ne faut pas s’y rendre les bras pleins d'illusions.[.] Mais dans le secteur de la littérature jeunesse, je sens un véritable intérêt de la part des éditeurs.Est-ce que c’est à cause du seul Salon du livre de Paris ou est-ce le charme de la littérature qui a œuvré?» Stanley Péan Auteur de nouvelles, critique, il anime aussi une émission littéraire.Il a publié notamment Zombi Plues.«Ça ne change pas le monde, sauf que.Je vais là-bas la tête froide.D’ailleurs, je crois qu'on s'y rend beaucoup plus pour le “trip" que pour changer le monde.On nous invité en grande quantité comme cela, l’espace du Salon, ce qui ne veut pas dire que les Français vont se rappeler ensuite de notre littérature.Il ne faut pas oublier que ce salon attire en tout 220 OOO personnes, alors que celui de Montréal, à beaucoup plus petite échelle, en attrape 120 OOO à lui seul.» Rober Racine Artiste et romancier, a publié Le Mal de Vienne, Là-bas, tout près et, plus récemment, Le Dictionnaire.Travaille sur une mise en espace de son Dictionnaire de la langue française.«Je me dirige vers ce salon sam attente aucune, et sans stratégie d'édition particulière.J’y vais pour l’expérience, la possibilité de rencontrer de nouvelles personnes.Le Salon du livre de Paris nous invite, tant mieux.Mais à partir de cela, on n’a aucun contrôle sur la façon dont les médias s'empareront de ce que nous faisons.[.] Je souhaite que ça donne envie ata gens de nous lire.Mais ça me semble beaucoup plus l’événement des organisateurs que des artistes.» rm- X w ¦B r Nfestts».iMi LUC ASSELIN Luc Asselin Pour Claire Martin, il n’y a toujours eu qu’une langue française, qu’on ne peut aimer et pratiquer qu’en ayant le souci du mot juste t»D &4NG SI»?LACHA»?D UNE POMME l’HEXAGONE www.edhcxagone.com LETTRES QUÉBÉCOISES Nature heureuse et tête bien faite Quand livre un est vraiment EXCEPTIONNEL faut crier les tous toits sur Premiers instants Mais il y en a surtout de délicieux.Toute la vie évoque le sortilège du coup de foudre, ces premiers instants où surgit l’attirance entre deux êtres.Tout se passe ici à la vitesse de l’éclair: l’homme voit déjà sa compagne flétrie — son imagination galope — alors qu’il vient à peine de la connaître: «Il sentait que pour garder cet amour il aurait donné sa vie.Mais c’était l’avenir qu’elle demandait.» La Nouvelle Chanson est un amusant pied de nez à Ottawa, où Claire Martin a longuement vécu; trois femmes esseulées, plus très jeunes, s’y distraient comme elles peuvent, revenant de leurs sorties «délestées d'un peu de célibat, avec des provisions de rires et de paroles pour trois semaines».Certains récits sont plus acides, comme Paris-Montréal, où une mère sacrifie bien inutilement une liaison pour se consacrer à sa grande fille; d’autres, tel U risque d'être dupe, sont nettement cruels.Mais il n’y a pas que des nouvelles dans Toute la vie, d’où l’absence, en sous-titre, d’une indication de genre.Quelques-uns des textes, et parmi les meilleurs, évoquent des souvenirs personnels de l’auteu-re.Dans Un fleuve, c’est celui de la maison où Claire Martin a vécu dans sa jeunesse, au bord du Saint-Laurent: la grève boueuse, une maison voisine pleine de mystères, une grosse pierre, la flore, tout cela a disparu depuis longtemps.Ce lieu, envahi depuis par un boulevard, ne fut pas aimable puisqu’il est lié à la triste époque de Dam un gant de fer mais, note Martin, «il me semble que j’emmagasinais son souvenir pour l'aimer plus tard».Combien j’ai souvenance décrit avec attendrissement un petit village du sud de la France, Cabris, où Claire Martin vécut une dizaine d’années, un havre de paix «bien équipé en souvenirs» littéraires ou autres, qu’elle a cependant quitté sans regrets, étant donné sa «nature heureuse».lecture Enfin et surtout, il y a ce magnifique petit texte, Im petite fille lit, écrit en 1973 et heureusement repris ici.C’est un éloge de la lecture, celle que découvre une enfant de cinq ans qui prit vite goût à être transportée dans «un monde où la vérité est littéraire, c'est-à-dire pas plus belle ou plus horrible, plus surprenante ou plus tragique, mais simplement destinée à être lue, ce qui en fait la chose la plus différente de la vie».Elle découvre, grâce à Nelligan, les larmes littéraires, ces «larmes qui n'ont rien à faire avec sa propre vie, mais qui lui viennent du malheur inconnu d’un être inconnu apec qui il partage les mots qui font mal».A onze ans, ce sont les romans de Laure Conan qui, «avec ce qu’ils ont d’étouffant, d’exaspérant, mats de fatal aussi, apparurent comme une assez bonne image de ce que je connaissais de la vie».Claire Martin est de ces écrivains dont on a l’impression qu’ils ressemblent à leur écriture, comme si leur physionomie ou l’inflexion de leur voix rappelait leur style.Les apercevant après les avoir lus, on croit les reconnaître, à tort ou à raison.Jacques Ferron, Anne Hébert sont de ceux-là, de même que Ying Chen ou Pierre Yergeau.Claire Martin, elle aussi, a la tête de ses textes, dirait-on.Les lecteurs pourront s’amuser à le vérifier puisque, fait très rare pour un livre de fiction, c’est sa photo qu’on trouve sur la jaquette de couverture.Ce regard vif, un tantinet espiègle, cette allure racée annoncent cette vivacité d’écriture, ce sens du trait qui ne se démentent pas dans ces textes écrits sur quelque 40 ans.C’est peu de dire que ni la femme — née en 1914 — ni l’œuvre ne font leur âge.Il y a chez l’une et l’autre un appétit de vivre qu’on ne dirait pas extirpé à une jeunesse difficile, un art de bien faire les choses, y compris celui, rare, d’aimer la vie, sans se prendre au sérieux.rcliartrand@videotro)i.ca Robert LALONDE Le VacarmeuT « Roman dense et intense, d’une douleur extrême et d’une formidable amplitude, Phénix donne lieu à des passages de très grande littérature.» Pierrette Roy, La Tribune « L’oiseau rare pourrait aussi bien être Luc Asselin, l’auteur de cette histoire unique.» Marih-Andrit: Ci ioiinard, Le Devoir « Luc Asselin a réussi, avec Phénix, a créer un beau personnage.» R.w mono Bertin, Voir Notes sur l’art de voir, de lire et d’écrire roman 24,95 S Cette suite au Monde sur le flanc de la tmite nous conduit encore plus près du cœur ardent de l’acte J créateur.TOUTE LA VIE Claire Martin L’instant même, Québec 1999,113 pages Dès qu’elle en a eu la gouverne, Claire Martin a mené sa vie comme elle l’entendait.Et son œuvre, de même.Elle fut à la fois très présente durant les époques qu’elle a connues et rebelle à leurs modes ou à tous les diktats.Après avoir fait de la radio dans les années 40, elle fut des débuts de la télévision, participant à des émissions comme Chacun son métier ou Le Point d’interrogation.Mais elle avait, parait-il, toujours voulu écrire.Elle s’y mit relativement tard, lorsqu’elle estima qu’elle avait acquis la maturité nécessaire pour faire une œuvre digne de ce nom.Parurent d’abord un recueil de nouvelles, Avec ou sans amour, en 1959, puis peu après, deux romans publiés ici au Cercle du livre de France, la maison de Pierre Tisseyre, puis en France, chez Robert Laffont.Elle y manifestait un tempérament d’écrivain.Le style était vif, le ton volontiers incisif, teinté d’ironie, ce «vieux démon» avec lequel elle a signé un pacte aussi joyeux que durable.Certains reprochèrent à ses récits de n’être pas assez canadiens ou québécois — ils auraient pu se passer n’importe où — et à son lexique de manquer de couleur locale.Claire Martin n’en avait cure: elle persistait et signait.Elle avait une horreur égale du jouai et des calembours.Pour elle, il n’y a toujours eu qu’une langue française, qu’on ne peut aimer et pratiquer qu’en ayant le souci du mot juste.Souvenirs Mais par un joli paradoxe, son œuvre majeure fut, elle, profondément enracinée dans notre terreau collectif.Ce furent des souvenirs de jeunesse, véritables mémoires d’une jeune fille rangée, dont elle entreprit la rédaction vers 1957 et qui furent publiés en deux tomes en 1965-66: Dans un gant de fer et La Joue droite-, les deux firent un certain bruit à l’époque.Elle remporta, pour le premier, le prix France-Québec, ex aequo avec le grand roman de Marie-Claire Blais, Une saison dam la vie d’Emmanuel.Dam un gant de fer est le récit circonstancié des vingt premières années de la vie de Claire Martin, dont le per sonnage central est son père, un tyranneau sermonneur, aussi puritain que violent et odieux, devant lequel ses enfants plient, mais sans rompre.Tous solidaires, ils ont leurs ruses et leurs secrets qui leur permettent de préserver leur curiosité intellectuelle et leur appétit de la vie.Ces mémoires étaient des livres forts, exempts de misérabilisme.Ils furent pour Claire Martin un exercice cathartique, une occasion de libération personnelle qui coïncidait avec l’effervescence collective du moment.Elle avait tiré de sa jeunesse difficile le meilleur parti: elle en fit une œuvre.Puis, à partir de 1972, elle sembla prendre sa retraite littéraire, d’où l’événement que constitue ce recueil qui vient tout juste de paraître.Toute une vie marque cependant un retour plutôt timide de Claire Martin à l’écriture: de la douzaine de textes qu’il contient, quatre seulement sont de véritables inédits; les autres, devenus introuvables il est vrai, avaient déjà paru dans divers périodiques.Ils ont été rassemblés par Gilles Dorion, qui les présente avec fierté.La vie ne se trouve pas toute dans ces petits textes, mais elle y est dans plusieurs de ses tonalités: petitesses, déconvenues, éblouissements — ceux-ci souvent brefs, mais d’autant plus précieux.On sera frappé par l’unité de l’ensemble, remarquable quand on sait que certains textes ont 40 ans alors que d’autres sont tout récents.Cela prouve à l’envi que Claire Martin a toujours été fidèle à sa manière.On retrouve ici comme ailleurs dans l’œuvre de Claire Martin un regard grave ou amusé sur ces curieuses créatures que sont les humains: un regard de moraliste au sens noble du terme, fait de compassion et d’esprit critique, tour à tour proche et distant de ses personnages.Ce sont souvent des histoires de couples, d’hommes et de femmes que guettent les malentendus, l’ennui, la routine, qui s’affrontent dans une petite jungle relationnelle où il y a inévitablement un fort et un faible, ou encore un malin et un floué.Quelques récits ne sont que de simples bluettes, comme Les Oignons verts, où les fruits et les légumes et l’éloge du mot juste comptent davantage que les personnages et leurs sentiments, ou Conversation le soir, où on se relance avec des histoires un peu courtes de personnes disparues.Robert Char t r and < Ulf Andersen L K I) E V 0 I H .I.E S S A M EDI I A E T I) I M A N C II E I I M A II S I 9 !» !> I) -*• Livres LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE La poursuite de l’enfance Une belle réflexion sur nos tribus modernes LENA ET LA SOCIETE DES PETITS HOMMES Suzanne Gagné VLB Editeur, Montréal 1999,221 pages DAVID HINCE On aura déjà relevé, bien avant nous, cette prédilection des romanciers québécois pour le thème de l’enfance et de son imaginaire.Nous n’aurions d’ailleurs qu’à évoquer les Emmanuel, Bérénice et Tinamer pour rendre compte de ces univers mémorables qui ont jalonné le parcours de notre modernité littéraire.Si, à cette époque, on ne se gênait pas pour établir des parallèles politiquement douteux entre ces grands enfants de la fiction et l’évolution de la société québécoise, force est de constater combien la réception de pareilles œuvres dépasse aujourd’hui la simple question de l’identité pour poser plutôt celles de la transmission et de la continuité.Fini donc l’éternelle adolescence ou le refus de vieillir d’une enfance en révolte! Les personnages, de nos jours, sè rendent à bon port dans cet âge adulte, pourtant si difficile à raconter tant il nous apparaît raisonnable et sans féerie.C’est justement sur ce dernier point que le roman de Suzanne Gagné nous détrompe avec joie: Léna et ses proches ont emporté avec eux, en grandissant, un peu de la magie de leur regard d’enfants.Ils poursuivent leurs rêves malgré la banalité appréhendée de la vie adulte et, chemin faisant, nous révèlent une nouvelle au-teure, encore à ses premières armes (mais quelles armes!), certes, et dont le roman, remarqué par le jury du prix Robert-Cliche 1998, constitue en soi Une belle réussite.; En fait, celle-ci doit autant à la singularité de l’univers imaginé par l’auteure qu’au traitement, sobre et débridé à la SUZANNE GAG NI fois, de ses personnages.Suzanne Gagné possède un talent indéniable pour transcender l’ordinaire de tous les jours et pour saisir le grain de folie sous-jacent derrière les étapes les plus banales de l’existence.Elle arrive ainsi à rendre tout simplement captivantes les tribulations de Léna et de sa famille «élargie», en y intégrant du même coup une très belle réflexion sur nos tribus modernes et les rites de passage qui les unissent.Le roman d’apprentissage n’est-il pas né presqu’en même temps que l'anthropologie?/ Etrange famille D’aucuns diraient que la famille Pratt, établie dans le confortable quartier de Pointe-aux-Pinsons, est étrangement assortie.Flanquée d’un Dad, père anthropologue exalté, voire carrément excentrique, d’une Mary (alias Mother) imbue de préceptes nouvelâgeux et tenant mordicus à ce que ses lois «universelles» soient respectées, nous retrouvons Léna, onze ans, malicieuse et enjouée, qui assure l’équilibre de son petit monde en dé- partageant les lubies paternelles des accès de rigueur maternels.Chacun à sa manière, les parents de la jeune fille semblent bel et bien obsédés par lés rituels: l’un invoquera l’énergie dionysiaque des esprits animaux, qui forment aussi le sujet de ses recherches, tandis que l’autre se vouera au culte de l’ordre et de la bonne marche à suivre.Cependant, la disparition prématurée, pour ne pas dire énigmatique, du père de Léna vient rompre ce fragile équilibre et laisse celle-ci seule avec le poids des questions sans réponse, notamment quant à la nature des activités de la mystérieuse société des petits hommes.Contrairement à ce que laisse présager le titre, le lecteur lui-même en apprendra peu sur cette fameuse société, sinon que Bernard Pratt en est un membre-fondateur passablement actif et que celle-ci «se réunissait secrètement pour chercher des moyens d'enrayer la discrimination sociale et professionnelle dont ils se disaient victimes, et pour prouver au monde entier que les petits hommes étaient en fait les plus grands»'.Par contre, en découvrant l’implication de son père au sein de cette bande de doux activistes éclairés, Léna choisira contre toute attente de devenir elle-même anthropologue et de poursuivre l’œuvre de son père.Mais qui pourra dire, hormis les tarots de Mother, ce que l’avenir lui réserve?Les rites C’est sans compter aussi les innombrables rites que Léna traversera, consciemment ou non, depuis ses premières épousailles, à onze ans, avec Sam (alias Samuel du Richelieu), ses premières relations et ainsi de suite, jusqu’à son accession à la maternité et.aux problèmes conjugaux.Il est en outre amusant de constater que le roman comme tel s’ouvre et s’achève sur un mariage, mais, fidèles en cela à l’imaginaire primesautier de l’auteure, ces deux cérémonies n’au- ront rien de comparable avec les unions que nous connaissons habituellement.La première, pour ne mentionner que celle-ci, célébrera en effet en grande pompe l’union d’un ami de Dad avec la famille Pratt au grand complet! Par-dessus tout, malgré (ou grâce à) ses sursauts fantaisistes, l’univers dans lequel grandit Léna baigne dans une atmosphère de franche convivialité, où les relations humaines prennent finalement la place qui leur est due.La «société des petits hommes» a beau n’avoir dans le roman qu’une existence toute allusive, en filigrane de cette fresque familiale, il nous apparaît possible d’en faire une lecture légèrement plus vaste, sans toutefois donner dans le second degré.Eu égard à la place particulière qu’occupent les femmes dans ce récit — lequel réunit au moins trois générations — et au relatif effacement des hommes, n’y aurait-il pas lieu de penser que la société des petits hommes désigne aussi l’absence de ces pères et de ces maris, le silence entourant ces absents et le pouvoir de ce silence?Par contraste, le récit de Léna se lit aussi comme un éloquent hommage au rôle parfois merveilleux, souvent ingrat, que sont appelées à jouer les femmes dans la transmission d’une sagesse et d’un mieux-vivre.Etant parvenue à réconcilier en elle les deux forces incarnées par ses parents, Léna pourra affirmer en épilogue: «J’ai aussi choisi d'accepter la nécessité des rites et des règles pour moduler mon existence, pour établir des balises.Un certain ordre dans mon chaos.Les règles qui changent sont les mouvements mêmes de ma liberté, de celle de mon clan.Comme Dad, je crois que les femmes sont les gardiennes du rituel.» Plus qu’une découverte heureuse, donc, ce premier roman de Suzanne Gagné aura réussi à transformer sa lecture en un vrai rituel de bonheur.davidh ince@iname.com VIENT DE PARAÎTRE Chansons et scènes LE THEATRE DU RIDEAU VERT 50 ans à célébrer le théâtre (1949-1999) Sous la direction de Mercedes Palomino, Serge Turgeon et Guillermo de Andrea Leméac, Montréal 1999,204 pages illustrées Pour souligner ses cinquante ans, le théâtre du Rideau Vert publie un album-bilan qui recense, au fil des saisons, la programmation du théâtre, avec ses acteurs et ses metteurs en scène.Richement illustré, cet album de famille permet non seulement de revoir avec nostalgie des visages connus mais aussi de suivre l’évolution de ce monument du théâtre à Montréal.Depuis la présentation des Innocentes de l’Américaine Lilian Heilman le 17 février 1949 jusqu’au Hamlet de Shakespeare présenté le 26 janvier dernier, le feuilleteur découvre l’âme du Rideau Vert, théâtre à la fois résolument ouvert sur le monde mais toujours sensible à ses auteurs nationaux.S’y côtoient Gratien Gélinas, Fe- derico Garcia Lorca, Jean-Paul Sartre, Tome Jones, Eugène Ionesco, Molière, Anton Tchékhov, Antonine Maillet, Carlo Goldoni, Alfred de Musset, Georges Feydeau, Henrik Ibsen, Marcel Dubé, Françoise Sagan, Neil Simon et Michel Tremblay, parmi d’autres.Avec cet album-souvenir, c’est la folle aventure amorcée, un soir d’automne de 1948, par deux jeunes femmes — Yvette Brind’Amour et Mercedes Palomino — animées d’une même passion, que l’on revit.Indispensable à tous les amoureux du théâtre.ET MATHILDE CHANTAIT Denis Monette Les Editions Logiques, Montréal, 1999,448 pages Chroniqueur depuis plus de vingt ans au magazine Le Lundi, Denis Monette entamait, il y a une dizaine d’années, une carrière de romancier à succès.Et Mathilde chantait, son sixième roman publié aux éditions Logiques, devrait connaître le même sort Dans une lettre simple et directe, Gilbert annonce à Mathilde la fin de leur mariage.Les quelque quatre cents pages qui suivent racontent l’histoire de cette rupture, déchirante et subite, qui plonge Mathilde au cœur du désespoir.Pour les amateurs de romans d’amour tristes et de Denis Monette.NAISSANCES DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE, K-XVe SIÈCLE Anthologie Philippe Walter ELLUG/Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 1998,254 pages Le Moyen Âge marque la véritable naissance des écrits en langue vernaculaire, avec ses livres, ses écrivains et ses lecteurs.Mais puisqu’il n’est pas simple de se retrouver dans la multitude de documents de cette vaste période et que l’obstacle de la langue ancienne ajoute aux difficultés éprouvées par le lecteur, Philippe Walter a conçu ce guide, simple et VIENT DE PARAITRE Cahiers de théâtre JEU En vente dans les Maisons de la presse, en librairie et à nos bureaux.Renseignements : (514) 288-2808 Abonnements : (PERIODICA) (514) 274-5468 M Dossier : Don Quichotte au Théâtre du Nouveau Monde Entretiens avec le metteur en scène Dominic Champagne, le compositeur Pierre Benoît et a comédienne Andrée Lachapelle I.es Coups de théâtre 1998 La saison hiver-printemps 1998 en danse Le Théâtre National de Grèce à Montréal jTnO Piiotos, H pratique, qui permet aux pauvres mortels que nous sommes de s’y retrouver.Ce guide arrive à éclairer la lanterne du lecteur sans toutefois tomber dans les vices par trop inhérents à ce type d’ouvrage: terminologie difficile à assimiler, lourdeur de l’appareil analytique, etc.L’auteur y résume les grands moments du développement de la littérature française, en esquisse les principales sources, les grandes institutions et les genres marquants.Des origines musicales de la littérature — pastourelle, trouvère, chanson de geste, lai, etc.— aux émouvants poèmes de Ru-tebeuf, de Charles d’Orléans et de François Villon, cette sélection de textes permet de découvrir les plus belles œuvres du répertoire, avec des exemples types pour chaque période et chaque genre abordés: œuvres inspirées de la tradition antique, premiers romans en vers et en prose, grands cycles épiques, chronique, théâtre, nouvelle poésie, etc.Chaque texte est replacé dans son contexte historique et littéraire, commenté et annoté afin d’en faciliter la compréhension et l’appréciation.La plupart des extraits sont accompagnés de traduction, partielle ou complète, selon le degré de difficulté de la langue utilisée par l’auteur.Une excellente entrée en matière.Marie Claude Mirandette LA CHRONIQUE Sautadit flâneur! Si elle me surprenait à gémir sur mon sort, maman s’exclamait: — Qui t’a dit que t’étais au monde pour te forcer à être heureux, ou ben malheureux?C’est l’été pis c’est l’hiver et c’est pas toi qui décide, mon petit gars! C’te manie de vouloir que la vie ressemble à tes jongleries! Âpres la pluie le beau temps pis après l’éclaircie l’orage, y a pas d’autre évangile que celui-là, même pour toi!.J’étais pris de vertige, je me voyais feuille morte à la merci du tourbillon, brindille emportée par le courant, ruban de fumée qui se défaisait dans le vent.Je ne m’arrêtais de chialer que pour méditer sur ma disgrâce d’être informe, diffus, incertain, promis au hasard, au petit bonheur la chance, à la magie rare des coïncidences signifiantes.Et je levais sur maman un effrayant regard de lièvre pris au piège, qui lui faisait de la peine.— Regarde-moi pas comme ça! On dirait, des fois, que t’es l’ange élu par le bon Dieu lui-même pour toute nous changer en statues de sel! À t’entendre, on aurait été mis sur la terre pour chanter comme des rossignols, à la journée longue, au beau soleil! Veux-tu ben me dire qui c’est qui est censé poser les châssis doubles, abattre le canard pour souper pis déneiger les chemins, dans la création proche du paradis terrestre ousque t’es né?!.— Mais j’ai pelleté la galerie, tout l’hiver passé! — Ouais! Un petit passage pas plus large que ma main.On sait ben, faut pas que t’abîmes tes blanches mains de saint Michel archange! — Pis les châssis doubles, c’est toi qui veux pas que je les pose! — Je cré ben, la dernière fois, t’as tellement cassé de carreaux qu’on a passé l'hiver à déchiffrer les articles de journaux qu'y a fallu mettre pour remplacer la vitre! — Bon, ben, dans ces cas-là.— Non, non, non, tu t’en claireras pas comme ça! Tu vas aller faire mes commissions.Prends-toi un crayon pis un bout de papier.J’ai pas envie que tu me rapportes du poison à rats à la place du Paris-pâté! Je sortais en coup de vent et claquais la porte-moustiquaire, pour bien montrer que je n’étais pas né pour courir les allées du magasin général et démêler le chou frisé de la salade, frisée elle aussi, comme de raison.Etre en vie Mais pourquoi donc étais-je en vie?Pour compter les fentes du trottoir, sans en oublier une et sans jamais marcher dessus?Pour épouvanter le goglu, qui décollait du poteau de clôture en poussant une criaillerie qui, inexplicablement, me soulageait?Pour caresser le chat de madame Lanthier, qui m’attendait, les quatre fers en l’air, sur la boîte aux lettres de monsieur Théorêt?Pour reprendre l'air de Tino Rossi que maman avait entonné tout à l’heure, en faisant son repassage?Pour épier la folle, à moitié déshabillée, notre voisine qui se berçait sur sa véranda en déclamant un sermon sans queue ni tête, où revenaient, comme autant de feulements et de chuintements de bête enragée, les fesses des hommes et le nom de l’Enfant-Jésus?Pour m’allonger dans l’herbe, au bord du trottoir, et découvrir l’éléphant, le dragon ou la face de mon oncle Edward, que dessinait le nuage, au-dessus du 5-10-15?Pour contempler les moutons sur le lac, que j’apercevais entre deux maisons, et qui me faisait battre le Ro be rt Lato n d e ?Flâner en écrivant ou écrire en flânant cœur, car il était promesses de pique-nique, de partie de pêche, de baignade, à cinq heures de l’après-midi, sur le radeau que mon gros cousin Rémi faisait caler quasiment jusqu’au font! et alors nous plongions tous en poussant des hurlements de pirates à: l’abordage?Pour questionner les graines de pissenlit en vol sur la magie d’un beau voyage au-dessus des arbres et des maisons?Pour regarder, éberlué, sortir les pommes de route du troufignon, de la jument des Du-, fresne, qui s’ouvrait comme une grosse fleur vénéneuse, épouvantable, envoûtante?Pour, non pas marcher, mais courir, sauter, enjamber les haies et les clôtures, sauter dans le, ciel et atterrir sur une marche de la véranda des Girard, où m'attendait un beau setter roux comme du feu, fou comme de la marde, et mon grand ami, à la vie à la mort?Raisons d’être Il faisait beau, infiniment, aller-retour, et je perdais le.fil de mes raisons d’exister, dictées aussi bien par mon insouciance que par le bon sens et par ma mère.Je m’échappais, m’oubliais et en même temps oubliais le sac sur le comptoir du marchand et revenais à la maison essoufflé, tout rouge de joie et d’ahurissement, le toupet filasseux comme de la corde à foin.— Ousqu’y sont mon beurre pis ma farine?Pis qu’est-ce que mon cinq piastres fait entre ton cou pis ton collet de chemise?! — Euh.Ben j’ai.— T’as oublié, c’est ça?Comme de raison! Taurais pas oublié aussi de respirer, t’es rouge comme une tomate?! Pis tant qu’à y être, t’aurais pas aussi oublié que t’avais une mère, un père, des frères pis des sœurs, qui vont finir par mourir de faim à cause de ton étourderie?! — Ben non, mais.— Y a pas de mais! Retourne au magasin, pis tâche de pas t’accrocher les pieds dans ton ombre! Sautadit flâneur! Flâner! C’était bien pour ça que j’étais au monde: pour arpenter les champs, le nez en l’air et les yeux écarquillés, chien fou, chien en chasse, attrapé par des chants d’oiseaux, des odeurs d’herbe et d’eau et quelques désopilantes pantomimes dans les fenêtres des maisons.J'avais, sans aucun doute, partie liée avec l’errance, la battue, le vagabondage, l’école buissonnière.D’ailleurs, papa le disait, à qui voulait ou ne voulait pas l’entendre: — C’t’enfant-là a pas d’allure, mais il a les yeux en face des trous et des nez tout le tour de la tête! Ma légende de bon-à-rien-aux-aguets ne m’attristait quasiment pas: à force de s’acharner sans succès à faire de moi une créature travaillante et soucieuse, à leur ressemblance, les grands en vinrent à ne pas faire plus attention à moi qu’au chat qui se faufile par la fenêtre entrouverte: j’avais de longues heures à consacrer à la flânerie, à mes délires d’éberlué, à la fréquentation passionnée de cent beaux mystères qui refusaient obstinément de se désembrouiller à mon approche.S’il est un idéal, qu’il m’arrive encore souvent de désirer atteindre, c’est bien celui de flâner en écrivant, ou encore d’écrire en flânant.Je rêve toujours de ce paradis avant la fin de mes jours, et donnerais n’importe quoi pour y accéder plus souvent qu’à mon tour.Fainéant au fond du cœur et toujours éberlué, je voudrais tant que Ga-brielle Roy ait raison quand elle affirme que «c'est toujours le rêveur qui l’emporte», même dans les meilleures familles.LE SEUL TRIMESTRIEL AU QUEBEC CONSACRE AUX ARTS DE LA SCENE Voyagez dam des régions inexplorées de la planète littéraire et musicale Les vendeurs de rêves - Félix Leclerc Le mercredi 17 mars 1999, à 19 h 30 Vos guides, Marc Laberge et Jocelyn Bérubé, vous feront découvrir les contes et les rêves de Félix.À la Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal (métro Sherbrooke) Réservation obligatoire : (514) 849-8540 Entrée litre uneq - - Us Arts CONSEIL DESERTS Union des écrit nines cl écrivains québécois le Devoir s^Mouner COMMUNAUTE unOAINt OF MONTRÉA1 TMtAL ff) li éclats ire e aUX ^Cfealon du livre de TOutaOUais.du 24 au 28 mars I999,g Adultes: 6$ Adolescents : 3$ ENFANTS: GRATUIT (12 ans et moins) Gratuit pour les 20 ans Remise de coupons-rabais d’une valeur équivalente à votre prix d'admission valides au Salon ou chez les librairies participantes de l’Outaouais jusqu’au 30 avril 1999 (details à entrée).Venez aussi voir le Café Internet « Plus vite, plus l'fun! » sur modem câble de vidéotron (I.aurenticn) ltce Vidéotron (Laurentien) Itée u Palais des congrès 35di,o IxDrolt TJE Télévision GaUnéâûC» ¦ cawton w.alo.qc.c* l'aminé par la UaUao populaire St-Joarph J» I lull I.K I) K V (t|«.L K S S A M K I) I I A K T I) I M A X ( Il K I I M A II S I !l !l II SYMPATHIE TOUR :.r; mABt.i; Sympathie, pouch' diittpviïï.j,la suitç ilu piviniùr foiirag&jt un ouvrage dé.rêniini^Qeiu es ipii nous c'ntiMi(iiï-:de Y Beyrouth à Sarajevo etbic termine dans tln jfit d’hôpital a Paris.«Sympathie pouf le i'V.\7 le livre conp-iic-jmHjlÿiu' l'aimée, qui tient à la fois ilu m it, iltt témoignage et i/» < réquisitoire, •> ¦ Robert Chartrand, l.e Devoir.••Son livre, an style épileptique, mais au talent accrocheur, vous laisse K.O.l'n côté Lautréamont desperado.>> - Manuel C'areassonne, /.t*i DU CAPITALISME MONDIAL ' L’intégrisme des marchés Georges Soros Plon, Paris, 1998,258 pages y." du 'v FRANÇOIS NORMAND LE DEVOIR omnipotence des marchés finan-1 ciers est de plus en plus décriée en raison de leur influence sur les ouvoirs publics.Règle générale, cet-: critique origine de la gauche, très rement de la droite.Imaginez alors la surprise que peut jsciter la publication d’un ouvrage ^énonçant «l'intégrisme de marchés» l’un des plus célèbres financiers : spéculateurs de la planète, George oros.Fondateur du Quantum Fund, George Soros s’est fait connaître en 1992 en spéculant à grande échelle sur la valeur de la livre sterling dans le système monétaire européen (SMI), forçant du coup la Grande-Bretagne à sortir du SMI.L’opération a permis au financier d’empocher la rondelette somme d’un milliard de dollars américains.Dans son livre, qui fait souvent référence à la «société ouverte» du philosophe et épistémologue britannique d’origine autrichienne Karl Popper (méconnu dans la francophonie), Soros cherche à démontrer que le capitalisme mondial court à sa perte si rien n’est fait pour encadrer les marchés financiers qui «sont par nature instables».«Je soutiens que l’état actuel des choses est malsain et ne peut pas durer, écrit-il.Les marchés financiers sont par nature instables.En lais- CROUPE SCABR1NI IMPRIMEUR PRÉSENTE LES A G M V MARQUIS imprimeu r La passion du livre., 2WP, Romans Québécois 1- ON DIRAIT MA FEMME.EN MIEUX, Robert Charlebois, Stanké 2- LE PARI, Dominique Demers, Québec Amérique 3- TAXI POUR LA LIBERTÉ, Gilles Gougeon, Libre Expression Essais Québécois 1- ABOLISSONS L'HIVER, Bernard Arcand, Boréal 2- MÉDIAPOLIS, Camille Gagnon, Québec Amérique 3- LE'ITRE À UN FRANÇAIS QUI VEUT ÉMIGRER AU QUÉBEC, Cari Dubuc, Boréal v^.Livres jeunesse Québécois 1- CHARLOTTE PORTE-BONHEUR, Macha Grenon, Alexandre Stanké 2- JE NE SUIS PAS UNE FILLE À PAPA, Christophe Honoré, Stanké 3- UN CADAVRE DE CLASSE.Robert Soulières, Soulières éditeur Poésie Québécoise 1 - L'ARMOIRE DES JOURS, Gilles Vigneault, A'ouvelles éditions de l’Arc X.Livres pratiques 1- RECETTES ET MENUS SANTÉ, Michel Monügnac, Tmstar 2- GLIDE PRATIQUE DES CARRIÈRES D'AVENIR AL QUÉBEC - 1999, Collectif, Mn Carrière >K4 Ir*.mdi «R* n.1 K* Itàtfi i r* y Romans Etrangers 1- AUX FRUITS DE IA PASSION, Daniel Pennac, Gallimard 2- CRÉANCE DE SANG, Michael Connelly, Seuil 3- GEISHA, Arthur Golding,J-C Laites S S A I S T R A N G E R S 1- IA FORCE DU DÉSIR, Willy Pasini, Odile Jacob 2- MANUEL DU GUERRIER DE LUMIÈRE, Paulo Cocllm, Anne Carrière 3- L’ÂME DE HEGEL ET LES VACHES DU WISCONSIN, Alessandro Baricco, Albin Michel Le coup de coeur Québécois 1- LE TIROIR AU PAPILLON, Elena Iiotchorichvili, Boréal Oiampigny sant libre cours aux forces du marché, on ne peut satisfaire certaines exigences sociales.» Chaos annoncé Soros va plus loin.Si l’économie et la finance sont abandonnées aux forces du marché, celles-ci conduiront rien de moins qu’au «chaos et à la chute du capitalisme mondial».Le financier affirme en fait que nous sommes en train de passer d’un extrême à, l’autre, faisant référence au tout État caractérisant le communisme au tout marché prôné par ce qu'il nomme «l'intégrisme de marché».«Cette fois, le danger ne vient pas du communisme mais de l’intégrisme de marché, lâche Soros.Le communisme a aboli les mécanismes de marché et imposé un contrôle collectif sur toutes les activités économiques.» «L'intégrisme de marché, poursuit-il, cherche à abolir les décisions collectives et à imposer la suprématie des valeurs du marché sur les valeurs politiques et sociales.Les deux extrêmes sont erronés.Ce qu’il nous faut, c’est un équilibre entre la politique et les marchés, entre fixer les règles et jouer selon les règles.» Les critiques formulées par Soros à l'endroit du capitalisme mondial sont pertinentes mais loin d’être nouvelles.La littérature abonde à ce sujet.Le célèbre financier démolit bien sur aussi certains clichés ou lieux communs véhiculés par l’ultralibéralisme (ou «rétro-libéralisme»), comme la capacité SOROS la crise capitalisme mondial L’intégrisme des marchés Plon des marchés à s’autodisçipliner, une idée du XIX' siècle dont l’histoire économique de ce siècle a largement démontré l’absurdité.Mais on demeure sur son appétit.Car Soros est plutôt discret sur sa part de responsabilité dans le déclenchement de la crise asiatique en juillet 1997.La spéculation n’est pas le seul responsable, la structure socioéconomique des pays asiatiques étant aussi en cause, mais Soros s’absout un peu trop facilement merci.Ce qui ne va pas sans soulever la question de la crédibilité de l’auteur.^27 5S7 SOLDE DE LIVRES A 1 $ ET MOINS par les Amis de la Bibliothèque de Montréal Du 20 au 28 mars 1999, de 12h à 19h, dans le hall de la future maison de la culture Ahuntsic (au-dessus de la bibliothèque) 10300, rue Lajeunesse (coin Fleury) Viviane Janouin-Benanti Prévenez le suicide, sachez comment intervenir.Arthaœtaull Musique et livres, 849-6201 • Librairie CbampiRny.844-2587 • Ubrairie dément Morin.18)9) 379-4153 Librairie du .Soleil, (613) 241-6999 • Librairie du Square.845-7617 • Librairie Gallimard, 499-2012 Librairie Garneau inc.384-8760 • Librairie GC Cam.(819) 566-0344 • Librairie Hermès Inc.274-3669 Librairie le fureteur Inc., (450) 465-5597 • librairie Le Parchemin.845-5213 • Ubrairie Olivieri.739-3639 Ubrairie Pantoute.(418) 694-9748 • Ubrairie Renaud-Bra) Inc.342-1516 • librairie tau crois, (418) 681-0254 Vnrf*M> Jwtoulr» Suicide modes de prévention 204 pages 24,95 $ EN COLLABORAT ION AVEC ASSOCIATION NATIONALE DES ÉDITEURS DE LIVRES POÉSIE !/!/ !/ 'M it * cJij!^ b l lyj L& SOURCES ACTES SUD La Fin du jeûne, un poème de Hâfez Shirâzi Plaisirs du corps Les grands textes classiques arabes et persans L’AMOUR, L’AMANT, L’AIME Hâfez Shirâzi Traduction du persan par Vincent-Mansour Monteil QUATRAINS/BALLADES Omar Khayyam et Hâfez Traduction du persan par Vincent-Mansour Monteil LE VIN, LE VENT, LA VIE Abû-Nuwâs Traduction de l’arabe par Vincent-Mansour Monteil L’AMOUR POÈME Majnûn Traduction de l’arabe par André Miquel Sindbad/Actes Sud, Arles 1998,301,171,190 et 105 pages N A ï M KATTAN Les éditions Sindbad-Actes Sud ont eu l’excellente idée de rééditer quatre importants ouvrages de poésies persanes et arabes.Hâfez est sans nul doute l’un des plus grands poètes persans.Mort il y a 600 ans, en 1389, il est peut-être le poète oriental le plus connu en Occident.Adopté dès le début du dix-neuvième siècle par les Allemands, son Diwan fut adapté, d'après une traduction littérale par nul autre que Goethe.Plus tard, André Gide le cite en exergue dans Les Nourritures terrestres.Poète de l’amour, Hâfez est fidèle à l’islam, ce qui ne l’empêche pas d’exprimer sa liberté par rapport à la religion.Il exprime, dans certains textes, un mysticisme que certains critiques retracent dans la majeure partie de ses écrits, y compris dans ses chants d’amour.Omar Khayyam est, lui aussi, très populaire en Occident.Mort deux siècles et demi avant Hâfez, c’est surtout grâce à Edward Fitzgerald, qui a traduit ou plutôt transposé en poésie anglaise ses quatrains voici plus d’un siècle, qu’il est célébré en Occident.Mathématicien, astronome, Khayyam a chanté dans ses quatrains le plaisir, la sensualité, le vin et l’amour.Sa liberté de vie et de pensée en ont fait la cible d’attaques des orthodoxes de son époque dont certains l'avaient accusé d’hérésie.Prosodie Vincent-Mansour Monteil, qui a consacré une trentaine d’ouvrages aux littératures arabe et persane, nous offre de nouvelles traductions de ces deux poètes.Tâche ardue, délicate, surtout qu’il tente de respecter la prosodie persane en la transformant en prosodie française.Au delà du sens, il réussit néanmoins à faire sentir le rythme et la musique du vers persan.C’est lui aussi qui s’attache au pbè-te arabe Abû-Nuwâs.Mort à Bagdad en 815, ce poète est assurément qn géant du vers.Il était l’ami et le compagnon du calife Al Amin, fils du célébré Haroun al Rachid, calife assassiné par son frère Al Maamoun, qui l’accusait de faiblesse et d'une trop forte propension aux plaisirs des sehs.Abû-Nuwâs a laissé une œuvre considérable.Chantre du vin, de l’amour, surtout celui des garçons, il a au^si fait l’éloge de ses mécènes.Même si on croit qu’il a fini sa vie dans le'repentir, sa poésie demeure hautemèht libre, sensuelle, l’une des plus richès du classicisme arabe.Le quatrième recueil est celui de Majnûn (le fou).On connaît l’histoire de ce poète, devenue une légende.Qays était amoureux de sa cousine Laylâ, qui lui était destinée comme future épouse.Or sa passion était tellement débordante qu’il a commis l’impardonnable erreur de l’exprimer publiquement.Cette indiscrétion était une transgression de la loi tribale.Ayant révélé son amour avant le mariage, il ne pouvait plus épouser sa promise.Il passa le restant de ses jours à errer, à vivre en misérable et à écrire des poèmes d’amour.Quelques exégètes croient que certains de ces vers de désespoir sont, en fait, attribués à ce fou d’amour.Qu’importe, leur beauté nous envahit et, dans sa traduction, André Miquel réussit à nous la transmettre.«Je n’irai pas plus loin, Laylâ: vingt ans, c’est trop.Je t’attendrai ici, pleurant sur ma misère.Ton amour de mon cœur malade est le bourreau, Mais contre l’ennemi, s’il est aimé, que faire?Je vais où va Laylâ, et puis elle me laisse.Telle est la vie: on se rejoint, on se désunit.\ J’ai, passée à mon cœur, je crois bien, une laisse: iMylâ me traîne ainsi partout, êt je la suis.Le nuit est mon séjour, mon chemin, et je tremble Comme le fou dont tout le corps 'se désassemble.» Chacun de ces poètes a fait l’objet d’études critiques, de recherches, d’exégèses.Je me contente ici d’en .signaler la nouvelle disponibilité, surtout en ces temps où l’on oublie que, dans ces terres, aujourd’hui aiix prises avec les affrontements et le;ri-gorisme, des poètes, ont exprimé l;( liberté de pensée et chanté les plaisirs du corps.Pendant des siècles ces poètes s’étaient insurgés contre le 'fanatisme et ont chanté la joie, l’amour, le vin.Bref, ils ont célébré la vie et il est heureux que ces voix nous parviennent encore aujourd’hui et, eèpé-rons-le, réussissent à nous rejoindre.C O U K K I E R Audet et Le Droit La présente fait suite à une lettre de l’auteur Noël Audet parue en ces pages le 7 février dernier.Dans sa missive qui porte sur la réception critique de son livre La Terre promise, Remember!, M.Audet fait allusion à un article paru dans notre quotidien, reprochant à «cette incompétente du Droit» d’avoir lu son livre à l’envers et de l’avoir accusé de racisme.Nous nous voyons ici dans l’obligation de répliquer à ce que nous considérons comme une attaque vile tout autant qu’injustifiée à l’endroit du personnel de notre quotidien.La chroniqueuse littéraire visée par l’auteur exerce sa profession avec rigueur et concision depuis plus de 10 (uis.Ainsi, sa valeur, comme le professionnalisme de sa plume, est reconnue dans le milieu; il en va de même |xmr l’ensemble des collaborateurs à notre Cahier des arts.M.Audet nous avait déjà fait part de ses récriminations par écrit I automne dernier.En toute sincérité, nous lui avons ouvert nos pages et avons publié sa lettre.Nous estimons donc modestement que nous avons été déférents à ses doléances.Cependant, nous ne tolérons ni les attaques personnelles envers nos journalistes ni ce genre de colportage calomnieux.Pas plus que nous ne tolérons que l’on soulève quelque doute sur la compétence de notre équipe rédactionnelle.Le quotidien Le Droit et son Cahier des arts rayonnent bien au-delà de la région outaouaise et sont hautement appréciés du public comme de la communauté artistique.Espérant avoir ainsi rectifié toute fausse perception, Patrice Bergeron Responsable Arts et spectacles Quotidien Le Droit i.K I) E V «IR, LES S A M EDI I 3 ET I) I M A N C II E I I M A H S I !» il !» D 7 LA VIE LITTÉRAIRE Prix unique: rien en vue Le groupe de travail sur la consolidation du réseau des librairies a été mandaté par le premier ministre Bouchard il y a maintenant près d’un an.Objectif: trouver une façon de solidifier le maillon librairie de la chaîne du livre sans que le citoyen doive payer plus cher les bouquins.Ce comité s’active encore et, s’il ne tranche pas, tel que le souhaitait le gouvernement, la ministre de la Culture et des Communications prévient qu’elle pourra le faire à sa place.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR C> était au terme du Sommet sur la lecture et le livre, en avril dernier.Devant quelques centaines de personnes, toutes intéressées d’une façon ou d’une autre par l’avenir du livre, le premier ministre Lucien Bouchard avait reporté le débat autour de la pertinence d’imposer un prix unique sur le livre (pour réduire les effets, en librairie, des rabais proposés par les grandes surfaces), renvoyant la balle à un groupe de travail.Composé d’une dizaine d’acteurs du livre, des éditeurs aux libraires en passant par les consommateurs et les représentants de grandes surfaces, ce groupe de travail devait d’abord rendre une décision à l’automne dernier, puis en décembre.La dernière échéance laissait entrevoir une possibilité pour janvier — dernier! —, mais il semblerait que le rapport ne soit pas encore prêt, a expliqué mercredi la ministre de la Culture et des Communications, Agnès Maltais.«Je l'attends, je ne sais pas si les positions sont encore assez prêtes pour être rendues publiques; je ne veux pas pousser dans le dos des gens, je les laisse respectueusement continuer leurs travaux», a-t-elle dit.Très silencieux depuis le tout début du processus, le groupe de travail aurait toujours maille à partir avec l’atteinte d’un consensus, nous dit-on.Alors que tous semblent s’entendre sur l’objectif à atteindre — soit trouver des façons de consolider le réseau des librairies, essentiel pour faire tourner la roue de l’édition —, les divergences d’opinion surgissent quant aux façons d’atteindre cet objectif, le prix unique faisant partie du lot.Attendue d’abord dans la politique de la lecture et du livre, cette décision d’imposer ou non le prix unique a été renvoyée au milieu, a tranché Québec en créant ce groupe de travail.Qu’arrivera-t-il si le comité n’atteint pas le consensus souhajté, comme certains le prédisent?«À ce moment-là, la ministre peut toujours agir de son droit de ministre et d’arbitre, explique Agnès Maltais.Je verrai quelle position gouvernementale on va prendre.[.] Notre décision pourrait aussi être de ne pas prendre de décision.On va voir le contenu du rapport, c’est pour cela que je suis très prudente et que je veux que le milieu finisse son travail en paix.» Décès d’AdoIfo Bioy-Casares L’écrivain argentin Adolfo Bioy-Casares s’est éteint lundi soir dernier à Buenos Aires, à l’âge de 84 ans.On le considérait comme l’un des grands maîtres de la littérature latino-américaine depuis l’écriture de son chef-d’œuvre d’inspiration fantastique, L’Invention de Morel, roman qui mélange fantastique et amour, la base de l’ensemble de son œu,vre.Editeur, traducteur et directeur de revue, il fut l’ami de Jorge Luis Borges, avec qui il a écrit plusieurs ouvrages.Après la publication de L'Invention de Morel, en 1940, il publia des recueils de nouvelles et divers ouvrages écrits avec Borges sous un pseudonyme.«J'ai tenté de fuir le fantastique mais il m’a rattrapé tout de suite», déclarait celui qui fut récompensé pour l’ensemble de son œuvre en 1991 par le prix Cervantes, plus haute distinction littéraire espagnole.Vivant entre la France et l’Argentine, Adolfo Bioy-Casares avait été marié à l’écrivaine Silvina Ocampo, décédée en 1993.Avec l'Agence France-Presse Stanké court les vedettes Nous remarquions cette saison littéraire une abondance particulière de titres écrits par des auteurs connus d’abord pour autre chose que la littérature.Après Robert Charlebois, l’éditeur Alain Stanké annonce maintenant les écrits de Pierre Légaré (recueil de monologues), Nanette Workman (biographie), Pierre Falardeau (scénarios d’Elvis Gratton, I et II), Jean Lapointe (monologues et chansons), Jean-Luc Mongrain (autobiographie) et Jean Cournoyer (répertoire intitulé La Mémoire du Québec).-«- Livres *» ESSAIS QUÉBÉCOIS Sagesses tragiques UNE FIN DE SIÈCLE PHILOSOPHIQUE Entretiens avec Comte-Sponville, Conche, Ferry, Uppvetsky, Onfray, Rosset Editions Liber Montréal, 1999,258 pages ourquoi lit-on des essais?Y cherche-t-on la confirmation de nos valeurs et croyances, l’ébranlement de nos préjugés et la remise en question salutaire, le charme d’une pensée en acte qui monterait à l’assaut de notre conscience avec notre assentiment?La vérité, si tant est que cela soit chose possible, réside quelque part dans cet enchevêtrement d’intentions et d’espoirs dans la mesure où le désir de connaissance les habite.Sébastien Charles, à qui un tel appel, puisque c’en est un, n’a pas échappé, a voulu contribuer au dialogue des esprits en nous offrant cette «présentation d'une philosophie française contemporaine encore méconnue de ce coté de l’Atlantique», et son travail ne déçoit pas.11 importe, je crois, de recevoir comme un véritable présent ce recueil d’entretiens menés avec six philosophes français contemporains dont les œuvres ont été, au préalable, introduites par un commentaire éclairant du présentateur.Les six philosophes choisis, nous dit Charles, partagent trois attitudes: le refus du dogmatisme religieux, une attention à la vie et une propension à la clarté stylistique.Il aurait pu ajouter, au moins pour quatre d’entre eux: un sens prononcé du tragique.A partir de là, les démarches personnelles se déploient et le lecteur se voit confronté à des pensées riches qui honorent la pratique philosophique.Chacun, placé devant tant d’offrandes singulières, choisira la sagesse qui lui semble contenir le plus de potentialités, mais, Sébastien Charles y a veillé, son périple philosophique ne connaîtra pas de temps mort.Moment fort du livre, le chapitre d’ouverture consacré à André Comte-Sponville vient dissiper un malentendu: ce philosophe, que d’aucuns méprisent en l’associant au moralisme et aux bons sentiments, mérite toute l’attention qu’on lui porte depuis quelques années.Spinoziste qui refuse l’abandon de la morale, Comte-Sponville, écrit Charles, se distingue autant des moralistes que des sophistes en suggérant d’opérer une disjonction entre valeur et vérité là où les autres tentent de les lier: «Il nous apprend que la valeur n'est pas vraie et que la vérité n’a pas de valeur», ce qui l’amène à situer dans la seule volonté la boussole de nos actions et, dans la sagesse, l’idéal philosophique.Pour lui, l’enjeu de notre époque se résume à une simple formule: comment habiter le relativisme sans le nier, mais sans pour autant sombrer dans le nihilisme?L’impératif éthique augustinien tient toujours: «Aime, et fais ce que tu veux», mais Comte-Sponville croit nécessaire de corriger ses lacunes par un impératif moral: «Et quand tu n’aimes pas, fais ce que tu dois.» Vulgarisation Sébastien Charles a placé la notion de vulgarisation au cœur de l’entretien qui suit.A ce sujet, l’auteur du Petit Traité des grandes vertus signale que si l’histoire de la philosophie peut se vulgariser (puisqu’il y a ici un savoir préalable), la philosophie en tant que telle (qui est une réflexion sur les savoirs disponibles) se prête mal à une telle démarche, ce qui ne signifie pas qu’elle doive être absconse.Comte-Sponville, d’ailleurs, affirme lui-même se situer dans un entre-deux entre les lisibles Montaigne et Descartes.Enfin, questionné sur les raisons du regain de popularité de la philosophie à l’heure actuelle, il pointe trois déclins (les grandes religions, les grandes idéologies, les sciences humaines comme pourvoyeuses de sens) et la crise économique en guise d’explication.Consacré à Marcel Conche (le maître du précédent), le deuxième chapitre nous confronte à une sagesse tragique au sens fort du terme.Devant le Mal absolu exercé sur des innocents et laissé sans réponse par Dieu, le philosophe tire une conclusion irréversible: «Ainsi, d’un point de vue moral, je n’ai pas le droit de croire, je ne puis croire en Dieu.Il est donc moralement nécessaire de nier l'existence de Dieu.» Une telle posture n’exclut cependant pas la recherche du vrai même si elle cantonne la vérité à la sphère subjective.La morale, alors, doit se fonder sur un dialogue interpersonnel (position rejetée par Comte-Sponville) et ne rechercher qu’une chose: repousser la mort.Il en résulte une sagesse tragique dont le mot d’ordre a la beauté de sa simplicité: «Donner la plus haute valeur à ce qui va périr.» La transcendance disparue, l’humain se retrouve face à cette mort qui ne peut être vécue que comme sienne et cette conscience fait éclater le miroir aux alouettes de la totalité ordonnée.Chacun constitue donc «un monde à lui tout seul» au sein d’une réalité où se succèdent des «événements toujours nouveaux».Seuls le don (l'amour) et la transmission (l'oeuvre) sauraient nous garder du nihilisme.Sébastien Charles résume ainsi cette sagesse conchéenne: «Il faut vivre comme si l’humanité raisonnable acquérait un statut étemel, comme si notre présence dans un univers froid et mort, malgré la disparition de Dieu, gardait tout son sens, tout en acceptant pourtant qu’il n’en soit rien.» La fin des codes Chez Luc Ferry, le désespoir pèse moins lourd.Partisan d’un humanisme non métaphysique (c’est-à-dire d’une conception du sujet débarrassée de ses illusions), l’auteur du Nouvel Ordre écologique fait de la capacité d’arrachement aux codes (historiques, sociaux, génétiques) la ca- ractéristique principale de l’humain.Sébastien Charles résume: «Ferry et Renaut proposent de réhabiliter la subjectivité comme seule possibilité de penser le politique.Car, sans sujets libres et responsables de leur discours, comment parvenir à un consensus, et donc adhérer à des valeurs démocratiques?» En entrevue, Ferry précisera, à la suite de Sartre, que rejeter la thèse de la détermination ne signifie pas nier que l’existence a toujours lieu en situations particulières.Cependant, cette option permet de conserver la possibilité de l’arrachement, de l’homme-com-me-projet.Réfractaire au spinoziste qui prône une acceptation inconditionnelle du réel, Luc Ferry refuse dans une certaine mesure la sagesse tragique et maintient que l’on peut être hostile au présent et à ses drames sans l’être à la modernité, réhabilitant ainsi la notion d’engagement plutôt méprisée par Conche et Rosset.Les trois auteurs qui complètent le recueil m’inspirent moins, mais d’autres y trouveront assurément des univers stimulants.Ainsi, la lecture originale que fait Gilles Lipovetsky de la modernité mérite attention.Analyste brillant à l’écriture limpide, l’auteur de L’Ere du vide propose en effet de renverser, du moins en partie, l’interprétation foucaldienne de la modernité comme logique d’enfermement pour lui opposer une vision beaucoup moins sombre du même processus plutôt considéré, écrit Charles, comme «une formidable libération qui prend véritablement acte au sein de notre postmodernité».Emancipé des normes externes, l’individu postmoderne ne serait pas le zombi décervelé décrit par plusieurs, et ce, même si la tentation de l’irresponsabilité le guette et exige donc une vigilance qui ne saurait, toutefois, venir que de lui-même.J’entretiens des réserves, mais je reconnais l’intelligence du travail.Individualisme Face à l’exubérant Michel Onfray, en revanche, mes réserves se transforment en refus et, à ce titre, je partage entièrement la prudence du commentateur quand il écrit que «la proposition d’Onfray [sur le plan politique] ne peut qu’inquiéter».Individualiste forcené, chantre pétaradant d’un hédonisme philosophique prenant sa source dans le corps, critique féroce des institutions en tous genres, Michel Onfray, comme son maître Nietzsche, philosophe au marteau avec grand style (Clément Rosset parlerait probablement de grandiloquence), mais son plaidoyer en faveur du solipsisme me heurte de front.Je n’ai rien contre l’idéal de la «sculpture de soi», mais faire d’autrui, comme le pointe Charles chez Onfray, «l'objet d’un plaisir pris en commun» m’apparaît indéfendable.De plus, il y a chez lui une hargne jubilatoire envers le judéo-christianisme qui me déplaît souverainement.Enfin, l’honneur de clore la démarche revient au tragique Clément Rosset, qui prône une acceptation du réel inconditionnelle.Pour lui, le désir, la littérature, la philosophie, la religion, la morale et la politique constituent des symptômes d’un déni du réel que l’on se doit de combattre.Définissant son œuvre comme une redite du réel plutôt que comme une doublure de celui-ci (ce que seraient les expériences mentionnées précédemment), ce philosophe radicalise la logique tragique: «Or, pour Rosset, ce qu’il faut penser, c’est un monde dénaturé qui ne se prête pas à un influx humain de sens.Bref, toute entité voulant rendre compte du réel sera toujours de trop.» Ce qui, semble-t-il, ne devrait pas interdire la joie qu’apporte la lucidité.Refrisant l’engagement politique, Rosset conclura pourtant son entretien en prenant parti.en faveur de l’indépendance du Québec! Excellent commentateur, intervieweur efficace qui parvient à tirer de ses interlocuteurs la substantifique moelle de leurs travaux, Sébastien Charles nous propose ici Une fin de siècle philosophique extrêmement riche et stimulante.Six pensées offertes au prix d’une.Voilà une introduction que l’on attendait sans même le savoir.louis.cornellier@collattaud.qc.ca ARCHIVES LE DEVOIR Luc Ferry M a n o n Cor ne II i e r Six pensées offertes au prix d’une Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions par poste ou messagerie Pour commander : Montréal : 342-2815 Extérieur : 1-888-746-2283 E-mail : sad@renaud-bray.com Via Internet www.renaud-bray.com paiement sécuritaire LIVRAISON RAPIDE www» SM LES EMIGRANTS WG.Sebald - |.| Vqalil, .tvcc une émouvante puueui .s'attache- à recréer ce qui nest plus, lia composé île superbes ci élégiaques monuments à la mémoire de ces Emighliifs.M.uii' l abrainie.Voir Slinômi! \ !e livre, d une grande force, est remarquable à plus d'un litre et nous rappelle une grande et paradoxale leçon : rien ne change qui ne revienne.pouraliirmer que rien ne change." Iv.m - Pierre Dénié /,* Devoir 44 Les F.miyrmh nous otite une méditation profonde et nerveuse; dense et poétique.sur les rapports entre histoire et mémoire Pierre I teilui'H»./ ¦ Mo'u/t \cTi:ssrn u:.\ii;,\( VIENT DE PARAÎTRE Questionner Bourdieu L’HOMME PLURIEL Les ressorts de l’action Bernard Lahire Nathan, coll.«Essais & Recherches», Paris, 1998,254 pages Si les sciences sociales et humaines s’intéressent à l’homme et à son environnement, c’est le plus souvent dans un contexte très spécifique: milieu professionnel, social, familial, religieux ou culturel.Cette théorie de la pratique sociologique, largement tributaire des travaux de Pierre Bourdieu, fait présentement l’objet d’une profonde remise en question qui échauffe les esprits et crée des remous chez nos cousins français.Au cœur du tumulte, un ouvrage de Bernard I^ahire qui remet en question le portrait, trop souvent tristement unidimensionnel, que la sociologie tend à donner de l’homme.Dans L’Homme pluriel, l’auteur s’intéresse à l’homme comme entité porteuse de multiples expériences hétérogènes, parfois même contradictoires, qui façonnent et déterminent sa personnalité.C’est donc l’homme dans sa diversité, sa pluralité, qui est au cœur du travail de Lahire, lequel tend à démontrer que l’individu est en fait le produit complexe de nombreux processus sociaux.Pour Lahire, l’être humain n’est donc-pas entièrement soluble dans son milieu d’appartenance et essentiellement soumis à la déterminance de l’habitus.D’où la crise chez nombre de sociologues, émules de Bourdieu, qui expliquent justement le lien entre le comportement de l’individu et son milieu social par la prégnance de Yhabitus.Le remous créé par la publication de ce livre devrait nourrir le débat un bon moment Professeur de sociologie à l’université Lumière Lyon III, Bernard Lahire est membre de l’Institut universitaire de France et chercheur au CNRS.DE L’AUTRE CÔTÉ DU DÉSESPOIR Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad André Comte-Sponville Éditions Accarias/L’Originel, Paris, 1997,128 pages Dans cet essai, le philosophe André Comte-Sponville propose une introduction à l’enseignement de Svâmi Prajnânpad (1891-1974), guide spirituel indien qui influença largement Arnaud Desjardins.Maître spirituel et thérapeute, Prajnânpad a cherché, entre la psychanalyse et la Vedânta, une voie originale vers la sagesse et la liberté.Comte-Sponville, auteur du Petit Traité des grandes vertus (PU.E, Paris, 1995), invite le lecteur à suivre ce chemin vers l’essentiel afin de sortir de sa prison, de se délivrer de toute dépendance et d’atteindre la spiritualité, en dehors de toute religion.Une démarche originale, entre Orient et Occident, tradition et modernité.LE SECRET DE BLANCHE Blanche Landry Éditions de l’homme, Montréal, 1999,288 pages Bernard haltin' Essais iV Recherche MAI Ce témoignage, qui raconte la profonde métamorphose de son auteure, est un récit troublant sur l’inceste.Blanche Landry, aujourd’hui psychothérapeute, y fait le récit de la longue démarche qui lui a permis de comprendre, d’accepter et de se libérer des séquelles subies en bas âge.Un ouvrage bouleversant qui se veut un message d’espoir pour tous ceux qui ont eu une enfonce meurtrie.MÉDIAPOUS Camille Gagnon Québec Amérique, Montréal, 1999,340 pages Anciennement au service de la Sûreté du Québec, Camille Gagnon fut garde du corps de René Lévesque et de Robert Bourassa.Dans son premier livre, il aborde un sujet trouble s’il en est: les rapports, mystérieux et incontournables, entre les médias d’information et les corps policiers.De la crise d’Oka à la guerre des motards en passant par Ta mort du hockeyeur John Kordic, cet homme de terrain trace, dans un style simple et direct, un portrait de cet étrange mariage de raison entre des partenaires qui, «à défaut de s’aimer ou de se détester, doivent nécessairement collaborer».Le point de vue d’un flic.- Marie Claude Mirandette Camille Gagnon MÉDIAPOUS 0' *» • Ql II lut AMtfllQUf Il avait tout pour réussir.Il a tout raté.utoîntxw»« d’être i akuRE M0CH£ XYZ éditeur Cela ne l’a pas empêché le plus grand poète de sa génération.André Brochu Saint-Denys Carneau Le poète en sursis.XYZ éditeur 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: (514) 525.21.70 • Télécopieur : (514) 525.75.37 Courriel : xyzed@mlink.net D 8 L K I) K V OIK.L K S S A M EDI 1 3 K T I) I M A N C II K I M A II S I !» !) !) TRUFO MISTO Froid dans le dos Un récit documenté d'un réalisme déprimant LE DEVOIR Jonathan Harr a fait ce que Truman Capote et Norman Mailer avaient fait avant lui.Il s’est attaché à l’un de ces faits que l'on rabaisse au niveau du divers pour ainsi mélanger le bipède.Il a étudié sous toutes ses coutures le fait en question.Autrement dit, il en a été le témoin.Le témoin constant.Il a interviewé tous les acteurs du fait en question qui en fait est un drame à tous égards.Les acteurs en question, surtout des avocats, lui ont permis d’assister à toutes leurs réunions.Il a potassé les milliers de pages des rapports confectionnés.Puis, il a ramassé le tout pour composer un livre qui n’est pas un roman mais bien le récit très documenté d’une histoire qui s’est déroulée à Boston.Cela a donné Une action au civil aux Éditions Robert Laffont.On sait que cette histoire a été portée à l’écran avec John Travolta et Robert Duvall dans les rôles d’avocats.Si le film est bon, on n’en sait rien.Par contre, le bouquin.Il donne froid dans le dos.Voilà, il s’agit de l’histoire suivante: huit enfants habitant Woburn, bourgade du Massachusetts, meurent des suites d’une leucémie foudroyante.Géographiquement, leurs maisons étaient assez proches.On précise cela pour mieux signaler qu’ils s’abreuvaient à La même source.d’eau potable.La mère d’un des enfants se rend à Boston pour y rencontrer un avocat qui lui a été recommandé.Il s’appelle Jan Schlichtmann.Nous sommes en juillet 1986.Il fait de l’argent.Il mène grand train.Il est un tantinet cynique.Au début, il n’est pas certain que cette affaire d’eau polluée qui sème la leucémie dans les corps des bambins l’intéresse.Pour faire court, disons qu’à cette cause il va se dévouer corps et âme.En face, soit au sein de la partie adverse, il y a des gros canons.Les meilleurs avocats de Boston.Autrement dit, Schlichtmann affronte les gros bureaux de la capitale américaine de l'avocaserie.Êt notamment Charles Nesson, qui aujourd’hui encore enseigne, entre deux présences au palais dit de justice, à la faculté de droit de Harvard.Nesson et d’autres défendent les intérêts, dans cette histoire, de Beatrice Foods, Monsanto, W.R.Grace et autres géants inscrits au Dow Jones de New York.Bref, Schlichtmann affronte le gratin économique des États-Unis.Au fil des pages, Jonathan Harr, qui enseigne le journalisme au Smith College, nous fait réaliser l’horreur sous MEMOIRES DE CHAIR PASTELS ET ENCAUSTIQUES EXPOSITION DE NATHALIE CLOUTIER Du 3.mars au 11 avril 1999 MAISON DE LA m ( Jonathan Mark ACTION AU CIVIL UOIUKJ lAHONI toutes ses formes.Le cynisme des uns se conjugue avec la magouille des autres, qui se dispute l'ingratitude de tiers, le tout fondu dans l’argent roi.Surtout surtout, Harr décline les mille et une façons qui font qu’il n’y a pas de justice réelle ou neutre ou objective.En fait, ce roman qui n’en est pas un parce qu’il est au fond un long documentaire écrit est peut-être bien le livre de l’amertume.Amertume parce que l’argent a pris assurément le pas sur la justice.Au terme de ce bouquin palpitant, on a le sentiment que la justice est en fait comme en vérité.un faux-semblant! Le réalisme A'Une action au civil est déprimant.Polar américain Avec James Lee Burke, James Crumley, Larry Brown et quatre ou cinq autres, Michael Connelly est un des rénovateurs du polar made in USA.Après Les Égouts de Los Angeles, La Glace noire, La Blonde en béton, Le Cadavre dans la Rolls et Le Poète, cet ancien journaliste du Los Angeles Time récidive dans le très bon.Créance de sang, c’est le titre de son dernier roman paru aux Éditions du Seuil, est une histoire de cœur.Une intrigue de première.L’histoire est grosso modo la suivante: Terry McCaleb est un ex-agent du FBI.Il y a peu, il a subi une greffe cardiaque.Il faut préciser que, son groupe sanguin étant rare, donc peu compatible, il a attendu longtemps avant de bénéficier, si l’on peut dire, du cœur d’une personne.En fait, cette personne, elle s’appelait Gloria Torres, a été assassinée de sang-froid alors qu’elle s’achetait une barre de chocolat dans un dépanneur tenu par des Coréens.Petite note en passant: la caméra de sécurité enregistre toute la scène.Toujours est-il qu’un beau jour Gra-ciela Rivers, la sœur de Gloria, frappe à la porte de McCaleb.Excédée par la lenteur de l’enquête officielle, elle demande, elle implore McCaleb de faire le boulot en souvenir du cœur de Graciek S’ensuivent bien des rebondissements provoqués par les luttes intestines entre divers corps policiers, par le corps médical qui ne veut pas que McCaleb mène enquête parce que cela peut provoquer des problèmes sérieux.S’ensuit surtout une lutte entre deux intelligences, celle de McCaleb et celle diabolique de l’assassin.Créance de sang est un autre de ces romans dont on dit, faute de mieux dire, qu’il est si passionnant qu’on l’a lu d’une traite.UNE ACTION AU CIVIL Jonathan Harr, Robert Iiiffont, Paris 1999,476 pages CRÉANCE DE SANG Michael Connelly, Éditions du Seuil, Paris, 1999,460 pages AliT> ARTS VISUELS wVQS&£H A-' yfr, 'W m MICHEL DUBREUII.Une vue générale de l’exposition des œuvres de Jean-Jules Soucy, au Centre des arts contemporains du Québec à Montréal, rue Saint-Dominique.Petit traité de restauration Le spectaculaire projet de Soucy pour la baie des Ha! Ha! CORRIDORS D’HUMOUR Jean-Jules Soucy Centre des arts contemporains du Québec à Montréal 4247, rue Saint-Dominique Jusqu’au 2 avril BERNARD LAMARCHE Vous le savez peut-être, ou peut-être pas après tout, mais il se trame au Sague-nay-Lac-Saint-Jean, plus particulièrement à La Baie, une vaste entreprise de (re)eonstruction.Au cœur de ce projet se trouve l’artiste boulimique Jean-Jules Soucy.Il est le maître d’œuvre, en quelque sorte, d’un monumental projet artistique dont la particularité est d’impliquer le visage entier que prendra bientôt la ville de La Baie, dévastée par les déluges de juillet 1996.En quoi cela nous concerne-t-il?Jusqu’au 2 avril, le Centre des arts contemporains du Québec à Montréal présente les travaux de Soucy afin de préparer cette reconstruction.Dans la galerie, à travers des jeux de mots, de phonèmes, de formes géométriques, de références à l’histoire et à l’architecture, se dévoile pas à pas le système de pensée touffu de Soucy.De renvoi en renvoi s’établit l’ampleur du projet de Soucy, sa polyvalence et son extrême cohérence, bien qu’il soit tout à la fois loufoque.Une des figures favorites de Soucy demeure l’homophonie, la concordance des sons, pour démultiplier le sens des mots qu’il emploie.I^a fascination de ce travail tient à cette manière qu’a eue Soucy d’investir de sa folie boulimique le système des mathématiques et de la géométrie qui, pour EXPOSITION GIORGIO CELIBERTI TÉMOIN DU TEMPS JUSQU’AU 31 MARS 1999 WADDINGTON & GORCE 1446, rue Sherbrooke Ouest Montréal H3G IK4 Tél.: 847-1112 Fax:847-1113 Du mercredi au samedi de 10 lia 17 h E-mail : wadnorce@total.net Web : http://www.total.net/~wadgorce la galerie d'art Stewart Hall Centre culturel rie Pointe-Claire 176, Bord du Lac, Pointe-Claire, 630-1285 du 10 mars au 11 avril Femmes peintres à l’aube de la modernité montréalaise une exposition du Musée des beaux-arts de Montréal présentée grâce au programme Exposer dans Me du Conseil des arts de la CUM du 10 mars au 11 avril Fritz Brandtner 1896-1969 'champion de l'art moderne au Canada' dessins et peintures de la collection de la galene Kastel Entrit litre • Accessible aux foultuils roulons ¦ Horaire de la galerie: du lundi ou vendredi, de 14h à 17h lundi et mercredi soin, de I9h à 21 h d’autres, sont des mondes de rigidité.En sautant d’un système de référence à un autre — mathématique, lexical, etc.—, Soucy parvient à établir une suite de jeux de mots et de formes, se basant en fin de compte sur un système de fractales qui se déploie patiemment dans l’espace de la galerie.Le triangle et les lettres Voyez.Partant d’un seul motif, le triangle, les éléments visuels se couplent et s’emboîtent, puis, finalement, mine de rien, reviennent à leur état premier, gonflés des références multiples glanées au passage.Le triangle, c’est aussi le delta grec, la lettre 3 ou, en majuscule, A.Entre autres, cette confluence permet d’introduire le triangle, mais celui-là ne vient-il pas de la situation géographique de la baie des Ha! Ha!, située sur un delta?C’est ce que Soucy appelle le «système D», sur lequel se base la nature communautaire de l'entreprise, puisque cela donne «legoût dd» (d’aider).Avec l’acronyme bdaa, l’artiste investit la lettre A (le triangle) d’une mission identitaire, par la géographie et la forme.Ceci dit, si les ramifications n’allaient pas plus loin, l’affaire serait classée rapidement.Or la danse des mots ne s’arrête pas là.Puisant dans le lexique des formes de l’architecture, on y découvre le haha, cette ouverture aménagée en bordure des parcs privés pour dégager la vue, la partie non plantée d'arbres.Ainsi, en rapprochant les motifs triangulaires où, dans chacun, est inscrite la lettre c, Soucy, par multiplication et agencement des formes, parvient à l’hexagone, puis au pentagone.Au détour, il accroche une sculpture de Man Ray, Objet non euclidien, qui ressemble à un ballon de football (européen, bien sûr).D’ajout en ajout, l’artiste arrive à ces corridors d’humour, une expression qu’il reprend a Marcel Duchamp, percés à même ces ballons superposés, lesquels évoquent le Pentagone mais qui, en coupe — Soucy le pointe bien —, permettent d’apercevoir la Grande Arche de Paris.Puis vient le squelette de cette structure, qui n’est pas sans faire penser à certaines sculptures de Sol Lewitt.Ce mondial de sculpture ne serait pas complet sans impliquer les obélisques du rqonde entier, puis les pyramides, celles de l’Égypte et celle du Louvre.Ce que fait ipso facto Soucy.Cette dernière étape vient d’un jeu de blocs sophistiqué, aussi présenté dans la galerie.Là, on retrouve un cube échappé au départ, lequel contient des pyramides, qui renferment tout ce qui vient avant.Ce même cube, on l’imagine, correspond à chacun des petits cubes du squelette, montrant que le système fonctionne dans l’infiniment petit, mais aussi à l’inverse.Rien n’est laissé au hasard dans ce processus de fragmentation.Maintenant, détrompez-vous.Aucune connaissance particulière n’est exigée de vous lors de cette visite.Au contraire, l’exposition se parcourt comme un manuel où toutes les étapes sont clairement démontrées.Bien évidemment, il faut être attentif, rien n’est donné tout à fait facilement dans ces pages.11 fjaut avoir l’esprit alerte, et surtout disponible.A la manière de Duchamp autrefois, Soucy laisse dans la foulée de sa production une série de clés, comprises dans l’exposition, qui permettent de suivre le développement de sa pensée.A ceci près, toutefois, que là où Dû-champ jouait la carte de l’énigme, Soucy joue celle du rébus.De fait, il oppose son système au ready-made duchampien, l’appelant arclti-made (d’où, vous le voyez, un autre tourbillon de références.).La restauration de La Baie À quoi bon, me direz-vous?D'abord, pour le plaisir de la démonstration bien faite, par les moyens de la pensée plastique, d’abord pour les idées aménagées et conduites par une série de références formelles pour la plupart.Donc, pour la surprise.Aussi, il faut savoir que cette explosion de formes est la pierre d’assise du projet gigantesque de reconstruction de La Baie.Il s’agit de redonner un sens à une section de la ville détruite par le déluge.Ainsi, la pyramide faite de panneaux réfléchissants («Cédez le passage» = delta, dans le code de la route) sera bâtie sur le site de la destruction.Et l’ancien lit de la rivière maintenant détournée sera recouvert de 30 (XX) triangles d’aluminium agencés en motifs des AA Finalement, une place sera aménagée.Une société a été formée, 350 personnes y travaillent Et le motif des AA circule, repris par les gens de l'endroit, pour s'infiltrer dans l’art populaire.C’est d’ailleurs une des dimensions importantes du travail de Soucy: impliquer la communauté.On se souvient de ce qu’il avait fait en juillet 1997 à Amos, recouvrant la ville de milliers de cristaux de carton, lors du troisième Symposium d’art visuel de l’Abitibi-Té-miscamingue.On se souvient aussi de son passage au Musée d’art contemporain de Montréal, où il avait travaillé avec les écoles pour amasser des dizaines de milliers de cartons de lait afin de former son Tapis stressé (1993).Cet axe est toujours à l’œuvre dans le travail de Soucy.Pour en savoir plus long, consultez le site Internet du projet, très bien conçu: http://www.restaurationdaa.com :§< CULTURE 1 Jusqu'au 20 murs MARIE-UGUAY pJànQjofinson 6052, boulevard Monk métro : Monk, autobus 36 Est fêtent 20 années en affaires ENTRÉE LIBRE Jusqu'au 20 mari Renseignements : 872-2044 SUE RUSK www.ville.montre3l.qc.ca/maisons de lu série SoilCltC rrs collages aux techniques mixtes r» O nu?Ville de Montréal Envoyez vos dont : 3680, rue Jeanne-Mance Bureau 410 Montréal (Québec) H2X 2K5 (514) 902-6622 1-800-471-SUCO www.suco org frécLa offçz la planète SU C 0 t I.K I» E V (Il H .[, K S S A M EDI I A E T D I M A X ( HE II M A H S I il !» !» I) î): SA I) m n FESTIVAL INTERNATIONAL I)U FILM SUR L’ART Morceaux choisis Un dimanche après-midi pas très tranquille BERNARD LAMARCHE On en revient parfois à se demander à quoi servent les films sur l’art.Entre le film d’auteur et le documentaire, ils sont en effet des figures de paradoxe.Doivent-ils véhiculer des informations que les supports statiques ne peuvent déployer?Etre appréciés pour l;j photographie qu’ils présentent?Etre jugés en fonction de ce qu’ils nous apprennent de nouveau sur les productions qu’ils traitent?Ces questions et bien d’autres reviennent chaque année lors du Festival international des films sur l’art (FIFA).Le lecteur assidu et doté d’une mémoire plus qu’infaillible se souviendra que nous posions ce dilemme en des termes sensiblement similaires l’an dernier à pareille date.Comme quoi notre discours n’a que peu évolué depuis un an.N'empêche.S’agit-il, pour le film sur l’art, d’explorer l’art selon les moyens du cinéma ou de fournir une médiation que le livre déjà peut livrer?Telle est la question.Très influencé par la culture télévisuelle, le film sur l’art doit-il donner une couleur propre au regard porté sur la chose?Puisqu’il s’agit d’avoir les priorités à la bonne place et puisque nous avons chaque semaine la mission de dire notre engagement envers l’art contemporain, un programme s’impose à nous en cette fin de semaine, tenu dimanche après-midi.Vous avez donc encore le temps de faire les courses.Il s’agit d’un duo de choix, qui présente dans la même séance un film sur l’artiste allemand qui a élu domicile non fixe à Vancouver, Jochen Gerz, et le film Body Art, qui présente des performances intenses où le corps des artistes est pris à partie de façon draconienne.BODY ART Réalisation de Daniel Wiles Royaume-Uni, 1997,51 minutes De ce dernier, disons qu’il s’agit d’un petit bijou d’étude.D’un ton posé et non alarmiste, ce petit film, justement fait pour la télé, place bien les enjeux de ce type de performance dont les sources, pour ce qui est de l’art contemporain occidental, remontent aux années 60.En lice, les perfor-meurs Ron Athey, de Los Angeles, que la Galerie d’art du Centre Saidye Bronfman présentait il y a un mois environ en collaboration avec l’université Concordia, Orlan, que les Montréalais ont pu voir il y a deux ans à Champ libre, Fakir Musafar, qui a commencé dans les années 60 à se produire dans ses exigeantes performances, et Franco B., de loin le plus dérangeant de ces performeurs extrêmes.Atteindre les limites du corps En quelque sorte, cette forme de théâtralité est largement démystifiée par les paroles des artistes concernés, qui discutent de leur quête et de cette défiance de la douleur extrême.De nombreux liens, surtout avec Fakir Musafar, qui puise le plus dans ces formes ritualisées, sont produits pour montrer combien ces pratiques inscrivent dans le champ de la performance des mythes et des pratiques tribales, et qu’elles répondent de traditions qui dépassent la culture occidentale.Le film parvient à montrer ce que cette sublimation de la douleur emprunte aux corps brutalisés de la tradition picturale classique.En cette ère du body piercing, de la chirurgie plastique et de la perméabilité entre la culture mainstream et les couches des cultures marginales (subculture), ces artistes expliquent combien leur art offense le sens des règles de la société, mais qu’ils visent, plutôt qu’à représenter la douleur, à l’inscrire dans les actes théâtraux, de manière à créer des rituels pour tester les limites physiques du corps.Forcément, ces scarifications, lacérations du corps, épandages de sang et autres manières d'exhiber l’intérieur du corps ne, plairont pas aux âmes sensibles.A d’autres, il s’en trouvera, ces actions sembleront faiblardes (si, si!).A entendre, toutefois, les explications de cet historien de l’art, qui décline les précédents dans l'histoire de l’humanité où la science et l’art rivalisaient dans le but de comprendre les mécanismes du corps viscéral, montrant avec éloquence que cette fascination pour le corps ne s’infiltre pas dans la sphère sociale uniquement du lieu de la médecine.Réellement, ce film traite de ce sujet pas du tout évident, on en convient, mais avec intelligence.Études anato- SODEC Ministère de lo Culture et des Communicolions Oesjotdins rnfUctvifrrt' Premières fournées des métiers d’art France-Québec ColloQui: 11 Exposition LE JEUDI 18 MARS 1999 16h Voûte SEMA 23, Avenue Doumesnil 75012 Ports Présentation du FILM «4e Festival International de l'Image des Métiers de Péienas» Por: Potrice Drevet Présentation des films: «Beauté de lame» 1er prix 1997 de Pierre Reverdy et «lo Restauration du minbar de la Koutoubia» ter prix 1998 de Falen Safiedinne ' LE VENDREDI 19 MARS 1999 VERNISSAGE 1 049, AVENUE DES ÉRABLES QUÉBEC (4 18) 525-8393 iniques et films anthropologiques se marient non pas pour justifier ces pratiques mais pour en faire comprendre les sources et les pulsions.A voir, pour la mine d’information qu’il contient, mais à voir peut-être davantage si vous êtes, comme nous, déjà gagné à la cause.Malheureusement, le film n’est offert qu’en version anglaise (dimanche, Musée d’art contemporain [MACM], 16h).EN QUÊTE D’ART Art et technique Réalisation de Michel Quinejure France,1997,26 minutes Issu d’une série de reportages sur l’art de la télé française, ce film cherche à démystifier l’art contemporain par le truchement de l’histoire des techniques.Depuis Duchamp et ses sciences amusantes, avec ses demi-sphères rotatives, qui introduisent la machine dans l’art, on voit les artistes expérimenter avec différents matériaux technologiques.La critique de la culture de la télévision y est aux premières loges: Nam June Paik, qui utilise l’écran pour tout «sauf pour diffuser des messages», et Wolf Vostell, plus négatif, qui tous deux «dénoncent les habitudes du spectateur clectronisé».On y voit rapidement abordées les productions de Jeffrey Shaw (Australie) et ses nouveaux espaces de fiction, Panamarenko, dans le rôle de l’ingénieur qui s'intéresse au vol des insectes pour bricoler ses machines volantes, Takis, «plus bricoleur qu ’ingénieur», et ses colonnes de métal vrillé, couronnées de lumières clignotantes, véritable signalétique vidée de son sens, et finalement Yann Kersalé, dont le matériau est la lumière, pour créer des illusions rythmiques saisissantes.Un petit film bien mené, que ce En quête d’art: art et technique, sobre et très clair (ce soir, MACM, 18h) JOCHEN GERZ Your.Art.Réalisation de Heinz Peter Schwerfel France/Allemagne, 1998,60 minutes Le FIFA présentait cette année un regard rétrospectif sur l’œuvre filmique de Jochen Gerz.Si vous avez, manqué en début de semaine ce collage de quatre bandes de cet artiste conceptuel important, reste encore ce film: Jochen Gerz - Your.Art., qui pose un regard rétrospectif sur les œuvres de Gerz majoritairement issues des années 70, accompagnées par les commentaires soufflants de l’artiste allemand sur ce qui motive sa démarche.Le film commence par l’évocation d’un bombardement à Berlin où le jeune Gerz, sortant des décombres de la maison qui s’était écroulée sur lui, a commencé à se questionner sur la familiarité que nous pouvons développer avec les choses qui nous entourent.«J’étais adulte à partir de ce moment.Après, la vie, c’était comme une sorte de déception.» Encore: «Le langage est une chose pourrie, un outil de remplacement indirect par rapport à des moyens plus communicatifs.» À propos de son art et de la pluralité des significations, Gerz sera plus incisif: «L’identité comme singulier, pour moi, devient raciste, cela crée des exclus.Vu ainsi, la majorité ne partage pas mon identité.» Le film a ceci de louable qu’il ne joue pas du tout la carte du mythe d’artiste.L’artiste, dont on connaît les monuments contre le fascisme et le racisme, et le projet de monument à la mémoire des juifs assassinés, à Berlin, y explique simplement cette sculpture, qu’il voulait envahissante, dans laquelle il a vécu pour entendre les commentaires des visiteurs, ce projet qui nécessitait la destruction de toutes les traces ayant précédé sa réalisation, etc.Par son rythme volontairement lent, le film est largement plus intéressant par ce que Gerz dit que par ses qualités à soutenir notre attention.Les textes lus d’une voix monocorde, sans qu’on sache toujours s’ils proviennent des carnets de notes de l’artiste ou s’ils sont inscrits à même les installations (mais est-ce important de le savoir?), marquent tout de même une distance appréciable par rapport au ton détestable, dramatique, que prennent souvent les films sur l’art.Un excellent duo avec Body Art.Un film sur l’art sans musique aucune, presque un exploit.GUSTAVE MOREAU L’Ouvrier assembleur de rêves Réalisation de Bernard Boespflug France, 1998,52 minutes Décidément, cette année, un vieux lieu commun revient.Le très éculé truc de la déambulation dans les salles de musée nimbées de noirceur, armé d’une lampe de poche, est de mise.Au moins deux films l’utilisent, celui sur Rodin et cet autre sur Gustave Moreau (L’Ouvrier assembleur de rêves, dimanche, Cinémathèque québécoise, 13h30).Ce recours à la lampe de poche renoue avec une des figures championnes de l’histoire de l’art et des sciences humaines, à savoir le détective.Au fait, saviez-vous que le héraut de l’histoire de l’art esL Sherlock Holmes?Bref, comme métaphore de l’intrusion dans l’univers de l'artiste, on ne saurait être moins raffiné.Ce Gustave Moreau, film monographique, a été produit lors de la rétrospective du Grand Palais de Paris (2 octobre 19984 janvier 1999).Entièrement tourné au musée Moreau de Paris, le film se promène dans les salles de la maison que l’artiste a transformée en musée de ses œuvres (il a repeint certaines de ses œuvres précédemment vendues pour que le musée soit plus complet).Semblant avoir été fait pour compenser le vide laissé dans le musée lors de l’accrochage au Grand Palais, le film est la vidéocassette officielle que pouvaient se procurer les visiteurs.Pour préparer une éventuelle sortie à la Art Institute de Chicago?L’exposition y fait eè-cale encore jusqu’au 25 avril.SOURCE FIFA Dans le film Body Art, le performeur Franco B.en action: Ci-contre, Voltaire, une œuvre do Nam June Paik, tirée du film En quête: art et technique.Dans le cadre du Printemps du Québec, le Conseil des métiers d’art du Québec et la Société d’Encouragement des Métiers d’Art de France, présentent les activités des premières journées Métiers d’art France-Québec : AUGUSTE RODIN, SCULPTEUR Réalisation de Michaël Gaumnitz France, 1998,26 minutes À titre d’exemple à ne pas faire, ce film est parfait.Non seulement concède-t-il tous les clichés du genre l’homme et l’œuvre, au point que plutôt d’avoir brisé Camille Claudel, du point de vue de ce film, la grandeur de l’homme n’aura été que légèrement entachée par son goût pour les femmes, mais il ne nous apprend rien sur quoi que ce soit.Bref, avec le ton ampoulé que l’on déteste et le peu de connaissances que le film apporte face à n’importe quelle autre biographie bon marché sur le sculpteur, il est à éviter.Tout ce qui rend un homme plus grand que nature est souligné à gros traits.Et de plus, sans doute pour le distinguer du format livre, les responsables de ce film l’ont «agrémenté» de quelques travelings saccadés des plus maniérés.Même quelques effets dramatiques d’éclairages tombent à plat.Imbuvable (dimanche, Goethe-Institut, 14h30; en passant, que penser de la cohérence de ce programme?Le Rodin est projeté en compagnie de deux films sur l’art de diriger des symphonies!).12h Voûta SEMA 23, Avenue Doumesnil 75012 Poris Inauguration de l'CxposItlon «Racines» Présentation d'une sélection d’oeuvres du 9e Grand Prix des métiers d'art du Québec et de l'exposition Artefacts: «Trésors et Secrets des premiers métiers d'art français en Nouvelle-France» une sélection de 43 artefacts de verre, de céramique, de métaux, etc., recueillis sur Place-Royale à Québec En présence de Agnès Mallois, Ministre de la Culture et des Communicolions du Québec et sous le haut patrono-ge de Morylise tebronchu, Secrétaire d’État oux Petites et Moyennes Entreprises au Commerce et à l’Artisanat, Louise Lemieux-Bérubé, Présidente du Conseil des métiers d’ort du Québec, Pierre Chevalier, Président de lo Société d’Encourogement oux Métiers d’art (SEMA) Signature d’une convention de coopération entre le Conseil des métiers d’art du Québec et lo Société d’Encourogemenl oux Métiers d'art (SEMA) Cocktail Visite de lo voûte no 91 14h - 15h30 Voûte SEMA 23 Avenue Doumesnil 75012 Paris CONFÉRENCE - DÉBAT «De l'enracinement local aux relations internationales» Les métiers d'art, acteurs du développement local: pour une coopération durable entre le Québec et la France «Institutions québécoises et développement local» por Xovier Fonleneou, Haut Fonctionnaire du Gouvernement du Québec, Chargé de mission à la Direction des Entreprises Commerciales, Artisanales et de Services.«Une expérience de développement local en réseau: l'Archipel des métiers d'art» par Yvan Houssard, Commissaire Général -Directeur de la SEMA «Les métiers d'art du Québec» pot Yvan Gauthier, directeur général du Conseil des métiers d'art du Québec «Le réseau Ville et Métiers d'art» por Jacques Moucher, Président de lo Confédération Françoise des métiers d'ort et Vice-président de l'Association Ville et métieis d'art.«Culture et métiers d'art: les nouveaux pôles d'excellence de l'international» por Jean Digne, ancien Directeur de l'AFAA.«Échanges commerciaux à l'international» par Raymond tubrano, Président des Ateliers d'art de France.Regards et Témoignages «Le couteau d'art et la coutellerie: poétique d'une lame» et «La légende d'Ouroboros» par Pierre et Nicole Reverdy, couteliers «Une discipline en particulier: la coutellerie d'art» par Chantal Gilbert, lauréate du 9e Grand Prix des métiers d'art du Québec Conclusion «Perspectives et évolutions: Une nouvelle dynamique partenariale métiers d'art France-Québec» par Louise Lemieux Bérubé, présidente du Conseil des métiers d’ort du Québec et Pierre Chevalier, président delà SEMA les partenaires : Espace D, René Harrison vous invite à l’inauguration de son nouveau lieu d’exposition samedi 20 mars (Je Ia monstruosité e x p i e s sio e des passions Commissaire Christine Palmiéri Artistes invités Louis-Pierre Bougie Laurence Cardinal Jean-Sébastien Denis René Donais Paul Grégoire Lise-Hélène Larin Orlan Christine Palmiéri Bernard Paquet Mark Prent Arnulf Rainer Ariane Thézé Richard-Max Tremblay Conférenciers invités Manon Blanchette Jean Ernest Joss Michaël La Chance Bernard Lévy Pierre Ouellet Louise Poissant Jean-Pierre Vidal Jea n-Philippe Uzel Samedi 20 mars au BELG0 # 418 Colloque : lOh à 12h 30 Vernissage: 17h 30 14h à 16h 30 Exposition du 20 mars au 30 avril Espace 1: 372, rue Sainte-Catherine 0., local 418 Espace 2: 383, rue Saint-Jacques 0., mezzanine N214 Tél.: (514) 847-1644 Extérieur: 1 800 668-6389 ^ Société d’Arci de Montréal HURBISOM Trois Points • • • Suzanne Dubuc Jusqu’au 27mars Catalogue disponible éd.Les 400 coups 372, rue Sainte-Catherine Ouest Porte 520, Montréal (Québec) Canada H 3 B 1A2 Tél.:(5 ] 4 >866.8008 Téléc.: ( 5 14)866.1 288 Avec la participation du Ministère de ia Culture du Québec Donner, c'est leur redonner espoir.Associitiofl Memra de la DystriphiBlWuscvliin MA 1425, René-Lévesque Ouest, bureau 506, Montréal (Québec) H3G1T7 Tél.: 1 800 567-ACDM GALERIE DE BELLEFEUILLE MARION WAGSCHAL Œuvres récentes l.exposition se poursuit jusqu au 21 mars 1367, AV.GRI I.Ni;, WKSTMOUNT TEL: 933-4406 In il.- su ni.: tOh - Iti/i • dim.: I2h.it) - 171)20 LE DIMANCHE 14 MARS 1999 Jusqu'au 9 avril MARC PAQUET Linda Verge Frontières, Frontiers, Fronteras René Derouin Between-Paraiso bois reliefs polychromes, céramiques, bronzes et œuvres sur papier Rencontre avec l’artiste le samedi 13 mars de 14 h à 16 h Jusqu'au 27 mars _ GALERIE SIMON BLAIS René Derouin Musée ties heàlix'-ai'ls de Montréal, dernière fin île semaine Bibliothèque nationale (5 I4) 873-1100 Centre d'exposition du Vieux-Palais.à Saint-Jérôme (450) 132-7171 Galerie Simon Blais (514) 849-1165 jusqu'au 14 mars jusqu au 4521, rue Clark Montréal H2T 2T3 514.849.1165 OuVeit du mardi au samedi de 10 h 00 à 17 h 10 jusqu'au 27 mars I) K) 1.K I) E V 0 I li .I.E S S A M EDI I S E T I) I M A \ C II E 1 I M A R S I !) il !) ?LE DEVOIR ?La collaboration interuniversitaire et, surtout, interdépartementale n’est pas chose courante.Depuis bientôt sept ans, le département de génie mécanique de l’Université de Sherbrooke et l’École de design industriel de l’Université de Montréal ont conjointement mis sur pied un programme original de coopération interuniversitaire sur des projets reliés principalement au domaine des transports.Les projets Hémisphère, comme on les appelle, ont ainsi permis de réaliser plus d’une dizaine de projets importants, financés et gérés à 100 % par les étudiants, et suivis de près non seulement par les professeurs mais par des entreprises québécoises et américaines avides d’idées rentables.Aurait-on déniché le moyen de décloisonner nos universités?JACQUES MARTIN LJ idée vient des étudiants eux-mêmes.Il y a quelques années, ' un groupe d’étudiants du département montréalais a voulu participer à la fameuse compétition internationale de Formule SAE, tenue à Detroit chaque année par la compagnie Chrysler.Après informations, les professeurs se sont rendus compte que participer au concours demanderait aux étudiants d’investir non seulement plus 15 000 heures de travail, mais au moins 30 000'$.Loin d’être rebutés, les étudiants ont décidé de former un comité de levée de commandites afin de financer le projet soit en argent, soit en équipement: moteurs, roues, etc.L’idée des commandites était lancée.•Les^projets Hémisphère sont très formateurs.À ma connaissance, il n’y a pas d’équivalent ni au Québec ni dans le reste du Canada.Aujourd’hui, on ne saurait imaginer se lancer dans un projet d’envergure, même s’il est mis de l’avant par un étudiant, sans partenaires financiers», soutient Denis Proulx, directeur du département de génie mécanique de l’Université de Sherbrooke.Des projets auxquels s’associent maintenant des entreprises d’envergure comme Rotax, Bombardier, 3M, Pro-cycle (CCM) et Inflatable Industries et plusieurs autres ainsi que les gouvernements du Canada et du Québec.Les étapes Les étapes d’idéation, de développement, puis l’étape de fabrication et de va-fJidation du prototype et, enfin, celui de la promotion (participation à des salons et concours) sont menées en parallèle.Ainsi, depuis 1994, les deux écoles ont développé plusieurs projets de transports conjoints dans le cadre des projets Hémisphère: Formule SAE, une voiture de course monoplace: IDO, un fauteuil roulant manuel multipositions; Exocet, une motomarine de haute performance propulsée sur trois points d’appui, une coque et deux flotteurs directionnels; Rorqual, une embarcation nautique haute performance à propulsion humaine; Cyclone, un véhicule récréatif urbain à trois roues, biplace, muni d’un moteur à deux temps; et récemment Mirage, un tandem tricycle de cyclotourisme à péda-lage en position réclinée, et Triton, un aéroglisseur utilitaire performant, biplace.On travaille présentement sur le projet Vecthor, un véhicule électrique utilitaire ou de service, et sur le projet Rémora, une remorque innovatrice de haute performance.Difficile à gérer La logistique de tels projets n’est cependant pas de tout repos pour les professeurs et les étudiants.«L’ingénierie simultanée a d’abord été développée au Japon mais elle est maintenant très présente au Québec.Cette approche par équipes multidisciplinaires donne beaucoup de crédibilité aux projets.Aujourd’hui, à l’Université de Sherbrooke, on ne fait presque plus de projets de génie mécanique pur.Nos projets cherchent à reproduire un contexte impliquant plusieurs intervenants.Ils permettent d’intégrer toutes sortes de compétences et les étudiants se rapprochent ainsi davantage de ce qui se passe réellement sur le marché du travail», estime Denis Proulx.Mais comme le faisait remarquer un étudiant en design: «Ces défis supplémentaires ont permis aux étudiants de fonctionner au rythme de l'industrie avant de terminer les études en design industriel.Il y a une énorme différence entre gérer un projet étudiant, même si le projet engendre la fabrication d'un prototype fonctionnel, et de gérer un projet avec des industriels qui ont d'autres contrats, souvent plus importants que le vôtre.Pour des raisons occultes, l’industrie n'a pas beaucoup de res- Ménagez vos transports! ; y ¦ y projet pect pour les échéanciers.Il a fallu faire des pieds et des mains pour obtenir du matériel à temps pour les expositions, et même là.» Néanmoins, on peut comprendre la complexité inhérente à des projets réalisés en grande partie hors des murs de l’usine ou de l’université.Mais c’est devenu la norme.«On encourage les étudiants à participer à des concours, sans en faire un objectif à atteindre.Le but n’est pas de participer à des concours.Nos projets peuvent facilement s'échelonner sur une période excédant deux ans.Il serait ainsi difficile de planifier le tout en vue d’une date précise.Il y a trop d'intervenant et le contexte ne s’y prête que difficilement.D’ailleurs les étudiants doivent organiser et financer eux-mêmes leur participation.Une compétition peut être coûteuse: de cinq à dix mille dollars incluant le transport.Généralement, on devra donc se limiter à des compétitions locales», commente Denis Proulx La part du design Depuis longtemps, on connaît l’engouement des Québécois pour le véhicule récréatif.Plusieurs designers québécois se sont carrément spécialisés dans les transports.On n’a qu’à penser aux Jean Labbé, Michel Swift et Anselme La-pointe — malheureusement décédé il y a quelques semaines et qui avait fait l’objet d’une page Formes récemment — ou à Paul Deutschman, un autre designer québécois à qui l’on doit le véhicule Spexter et les automobiles de compétition Callaway.L’Ecole de design industriel de l’Université de Montréal possédait une certaine expertise en ce sens qui remonte déjà aux années 70.La compagnie Bombardier, entre autres, a déjà encadré plys d’une dizaine de projets réalisés à l’École depuis ce temps.C’est la raison pour laquelle Alain Dardenne, professeur au département de design industriel et responsable du projet Hémisphère, a sauté à pieds joints dans l’aventure lorsqu’on le lui a proposé.L’objectif est clair: «Notre intention est de faire un retour au Salon de l’auto de Montréal dès l’an prochain.Parallèlement, nous cherchons à mettre sur pied un studio autonome spécialisé en transport qui nous permettra de développer nos propres prototypes.Le projet Axia a d’ailleurs été entièrement développé par nous, tout en continuant de participer à Hémisphères.Nous voulons surtout axer la recherche sur les véhicules alternatifs, des véhicules à propulsion propre (VPP): véhicules hybrides, électriques, à faible émission, etc.» Perspectives automobiles Alain Dardenne ne mâche pas ses mots quand il parle du transport: «Au Québec, on n'est pas des producteurs de véhicules au sens traditionnel, mais on est des passionnés de l’auto et du transport en général.Nos designers sont plus visionnaires que les Américains et plus près de la tradition européenne.Le Québécois est en général meilleur critique des nouveaux produits automobiles que ne le sont les Américains, principalement parce qu’on n ’a pas d’indiistrie à protéger dans ce secteur, si ce n'est l'usine de Boisbriand.Mais on n ’achète pas nécessairement du GM parce qu’ils ont implanté une usine à proximité de Montréal.L’attitude est différente.» Il lance pourtant un signal d’alarme aux concepteurs de véhicules automobiles: «Pour moi, il devient clair qu’on est REGARD OBLIQUE Opération [interface] Une manifestation architecturale organisée dans le cadre du Printemps du Québec en France, du 10 mars au 24 juin, veut jeter un pont entre la jeune architecture française et québécoise.On peut visiter le Musée éphémère, réel et virtuel, une expositon-reportage portant sur des thèmes architecturaux et urbains, se renouvelant chaque jour et retransmise en direct à l’adresse www.operationinterface.org.Dans le cadre du même événement, avait lieu mercredi de cette semaine le lancement de l’exposition Montréal-Paris 24h/24 au Centre de design de l’UQAM qui présente les œuvres des architectes Pierre Leclerc, Philippe Lupien et Nicolas Reeves.Amateurs de nouvelle architecture, ajustez vos lentilles! Par la même occasion, on dévoilait les lauréats représentant le Québec pour l’Opération interface.Ce sont René-Luc Desjardins, architecte et designer, Régine I^afata et Francis Novak, designers, tous gradués de l’UQAM par-dessus le marché.Félicitations.Ces activités sont organisées conjointement par Z.one (Z-l) Architecture et la compagnie So-lotech Multimédia de Montréal, ainsi que la section française de l’International Forum of Young Architects (IFYA-France).Concours interface/projet lauréat Projet Exocet sur le dernier souffle, la dernière vague de ces grosses voitures puissantes (genre Viper).La fin d’un cycle qui donnera la place au convivial, au social.Je dis à mes étudiants: concevoir une voiture électrique ne consiste pas à électrifier une voiture.Le véhicule doit être pensé différemment.Im transformation de ce qui existe déjà n’est pas une solution envisageable.Peut-être pour encore 15 ans, mais au delà.La transition, cette période de 15 ans, sera difficile à gérer pour tout le monde, mais elle sera absolument passionnante à voir.Et nous tenons à y participer.» Savoir et vouloir agir Les projets ont été jusqu’à présent initiés à Sherbrooke.Montréal accepte alors de collaborer ou non sur les projets qui leur sont proposés, selon la disponibilité des étudiants en design et selon le champ d’expertise exigé.Mais la porte reste ouverte à toutes les possibilités, mais il faut savoir et vouloir agir.«Quoiqu'on l’ait d’abord fait de manière intuitive, la meilleure façon consiste à ne pas passer par la filière officielle.Les pre- SOURCE UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL miers contacts doivent se faire de manière informelle, de personne à personne, cas par cas», insiste Alain Dardenne.On amorce un dialogue, puis on démarre un projet-pilote.Le précédent cautionne la continuité, surtout si le premier projet s’avère un succès.A Sherbrooke comme à l’EDI, on collabore parfois avec le département de marketing ou d’autres départements de génie, lorsque l’étudiant est intéressé.Dans le cas du design et du génie cependant, certains aspects sçmblent être encore laissés dans le flou.A la question de la propriété du droit d’auteur, on nous a répondu que le cas ne s’était présenté qu’une seule fois et qu’on avait tranché en faveur des étudiants.Mais comme nos universités cherchent les sources de financement, parions pour l’avenir.On aimerait pourtant voir l’exemple du projet Hémisphères se répandre davantage dans nos universités et qui sait, solutionner une part du problème de l'État jacqmartin@mlink.net Projet Axia Hémisphère: un qui roule Bombardier se distingue par le design ID Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours (niveau 3| Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 Téléphone (514)866 - 2436 Télécopieur (514)866 - 0881 E-mail : idm@idm qc.ca Site web : http//www idm.qc.ca Dans son numéro de janvier/février 1999, le magazine new yorkais I.D, a dévoilé le nom des 40 entreprises nord-américaines qui, selon lui.se distinguent par la place prépondérante quelles accordent au design lors de la conception et du développement de leurs produits.Trois entreprises canadiennes, dont une québécoise, se sont démarquées: Bombardier, Club Monaco et Teknion.La présence de Bombardier parmi les 40 lauréats désignés par I.D.n'est pas véritablement une surprise.En effet, la compagnie a su très tôt intégrer toutes les facettes du design dans ses activités de production.Cet honneur s'explique facilement par l'engagement et la constance dont a fait preuve la compagnie envers le design et les designers.Fondée par Joseph-Armand Bombardier en 1942, Bombardier est un des plus beaux fleurons de l'industrie québécoise.Présente dans 11 pays, la compagnie emploie actuellement plus de 47 000 personnes et est considérée, dans le monde, comme un des leaders dans le domaine du transport.Ses champs d'intervention sont l'aviation, les véhicules ferroviaires (train et métro dont ceux de Montréal et de New York) et bien sûr, les véhicules récréatifs dont l'incontournable SKI-DOO et plus récemment, le véhicule tout terrain TRAXTER, le véhicule électrique NV et le SEA-D00.Les nombreux succès industriels et commerciaux de Bombardier sont indissociables de la culture du design que la compagnie a su développer au fil des ans.Pour Bombardier, le design est plus qu'une simple étape dans le processus de conception et de développement d'un produit.C'est un des facteurs-clef de sa réussite car c'est un véritable outil de différenciation vis-à-vis de la concurrence.La compagnie l'a rapidement compris et a fait en sorte de s'entourer de designers compétents, issus de plusieurs disciplines du design, dont Denys Lapointe qui a été nommé vice-président, design industriel, Division SEA-D00/SKI-D00.L'Institut de Design Montréal est fier d'adresser toutes ses félicitations à Bombardier gui, dans son domaine, est un exemple à suivre et une référence en matière d'intégration du design dans ses activités de production OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Heures d'ouverture de la Galerie de l'IDM : samedi 13 et dimanche 14 mars, de 10 h à 17 h du lundi 15 au vendredi 19 mars, de 11 h à 16 fi J
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