Le devoir, 27 février 1999, Cahier B
i.i: it i v it i u .i i s ,\ \l I It i K I It I M A X ( Il K > s i I-: \ n i !¦: h i it it it LE DEVOIR DANSE : JOSÉ NAVAS À MONTRÉAL DANSE PAGE B 3 THEATRE: LE BARBIER AU TNM PAGE B 7 AU DELA DE LA CARTE POSTALE PAGE B10 Cinéma page B 4 DISQUES page B 8 MUSIQUE page B10 mmmmm mmai ïwiiêh» •Mil1 .•»».-.Jà 9h> SO 1-RC K RADIO-CANADA ET ASSOCIATION DI S REALISATEURS .s3l'j =C5 « ." - m'b! mm.yis&u PAUL CAUCHON LE DEVOIR L e 30 décembre 1958, Mme Hervé Breton de la rue Ontario à Montréal écrit au courrier des lecteurs.«J'ai été pas mal déçue quand je me suis rendu compte que nous n'aurions pas h*s Belles Histoires des pays d’en haut et La Poule amt œufs d’or.Je ne veux pas blâmer les réalisateurs de leur geste.Ils connaissent leur affaire." m» Urcl nriv»*»» rlnmiw In \; !> I' Société Radin'0 £anadlan Canada SOURCE ASSOCIATION UES RÉALISATEURS mm- mm.LAWRENCE RHODES.DIRECTEUR ARTISTIQUE yé‘É$' : M* 3À R T S Un Godot venu de Pespace Après avoir été jouée en Belgique, Nathalie Boisvert sera enfin mise en scène ici par Niveau Parking VINCENT DESAUTELS CORRESPONDANT DU DEVOIR A QUEBEC On s’étonne toujours devant l’histoire des auteurs de théâtre québécois qui sont joués en Europe avant de l’être ici.Quand on creuse un peu, on réalise que ce sont souvent des hasards bien simples qui mènent à de telles situations.C’est du moins le cas de Nathalie Boisvert, dont la pièce L’Histoire sordide de Conrad B.fut montée à Spa, en Belgique, en 1997, alors que jusqu’à aujourd’hui, aucune de ses pièces n’avait été produite ici au Québec.Explication des plus banales, pourtant: lors d’une mise en lecture par le Centre des auteurs dramatiques en 1995, un metteur en scène belge, qui justement passait par là, a eu le béguin pour ce texte et a décidé de l’emporter dans ses bagages.La production s’est faite et Nathalie Boisvert a été jouée en Europe avant le Québec, tout simplement.L’histoire de sa première production en sol québécois ressemble passablement à l’aventure belge.Le texte de L’Été des Martiens a lui aussi été mis en lecture par l’entremise du Centre des auteurs dramatiques pour l’obtention d’une bourse destinée aux auteurs de théâtre.Si le texte n’a pas remporté la bourse, il a quand même réussi à faire son chemin jusqu’aux planches.Mais cette fois-ci, le metteur en scène victime d’un coup de foudre était québécois.Et Michel Nadeau, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a décidé de monter la pièce avec sa compagnie, le Théâtre Niveau Parking, comme il le fait à l’occasion avec des auteurs contemporains qui n’ont jamais été joués ici.Relation particulière L’Été des martiens sera donc montée sur la scène du théâtre Périscope.A la base, le texte raconte la relation particulière qui se développe entre deux enfants que tout sépare, explique l’auteure de sa voix douce depuis son domicile de l’Estrie.Chico et Peanut, 11 ou 12 ans, le bum et l’intel-lo, se dénichent un point commun dans leur intérêt pour les extraterrestres; ils décident non seulement de les attendre mais de partir avec eux.une fois que les petits hommes verts auront débarqué sur Terre, «fai passé une partie de mon enfance à Mont-Saint-Hilaire, explique Nathalie Boisvert, et la croyance populaire voulait que ce soit un lieu de prédilection pour les ovnis.Quand j'étais petite, une rumeur avait circulé que tel soir précis, “ils” allaient atterrir; une bonne foule les avait attendus, en vain.Mais mes parents n'avaient jamais voulu me laisser y aller.», soupire-t-elle, mi-ligue, mi-raisin.SOURCE LE PERISCOPE Nathalie Boisvert Voilà pour l’anecdote qui a inspiré l’auteure.En fait, Nathalie Boisvert révélera qu’il y avait longtemps qu’elle cherchait un moyen de revenir à ce souvenir cocass,e dans un de ses textes; le titre L'Été des Martiens lui est d’ailleurs venu bien avant que la pièce ne s’ébauche.Elle est donc partie de cette attente d’un Godot venu de l’espace et a laissé les personnages guider sa plume vers des territoires moins anodins.Car si les personnages restent des enfants et que la pièce ne manque pas d’humour, le sujet en est grave; la dramaturge aflirme avoir dépeint, au bout du compte, un univers assez sombre.«Il y a toujours un moment précis où meurt l’enfance pour faire place à l’âge adulte, estime-t-elle; bien souvent, on est capable de le situer exactement, de le relier avec un événement isolé.» Ce sera pendant ce soir d’espoir et d’étoiles, dans le cas de Chico et Peanut, rejetons d’une banlieue quelconque, non identifiée, pour qui l’avenir semble noir parce que le présent n’est déjà plus rose.Des deux gamins, Chico est le plus rude, rompu à des expériences précoces pour son âge.L’autre est peut-être plus candide, mais il n’est pas en reste; sa sœur, troisième personnage de la pièce, est une handicapée mentale qu’il pense emmener avec eux dans leur projet d’évasion extraterrestre.L’Été des martiens se veut aussi l’histoire d’un apprentissage alors que chacun des personnages montre un peu de soi à l’autre.C’est aussi l’histoire d’une trahison puisque la pièce, à l’instar d’autres textes de Nathalie Boisvert, se termine plutôt mal.«Je n 'y échappe pas», laisse-t-elle tomber., Nathalie Boisvert signe avec L’Été des Martiens son troisième texte théâtral, après L'Histoire sordide de Conrad B.et Contre, radiodiffusé sur les ondes de Radio-Canada.Formée au bacc et à la maîtrise en art dramatique de l’UQAM, Nathalie Boisvert souhaitait d’abord devenir comédienne, raconte-t-elle: «J’ai bifurqué vers l’écriture parce que le métier de comédien me stressait trop.Tout au long de mon bacc, une petite voix me disait que je n'étais peut-être pas à ma place», évoque-t-elle en concluant.GREVE Les réalisateurs y auront gagné le droit à la négociation collective En 1983, réalisateurs et comédiens (on reconnaît Jean Duceppe a Pavant-plan) célébraient le 25' anniversaire de la grève de 1959.SUITE DE LA PAGE B 1 Dès l’automne 1952, alors que la télévision venait tout juste de naître, les réalisateurs tentaient de se regrouper en association.En décembre 1958, ils approuvent en assemblée la création d’une association affiliée à la CTCC, l’ancêtre de l’actuelle CSN, alors dirigée par Jean Marchand.L’arbitraire semblait alors complet dans l’embauche, les contrats, les congés.Radio-Canada leur conteste le droit de se regrouper.Constamment bafoués dans leurs revendications, les réalisateurs prennent un vote de grève et la majorité d’entre eux, soit 74, sortent dans la rue le 29 décembre 1958, sous la houlette du président de leur association non reconnue, Fernand Quirion, alors réalisateur des Belles Histoires des pays d’en haut.Des appuis de taille Dès le premier jour, Quirion reçoit l’appui de deux groupes majeurs: l’Union des artistes, présidée par Jean Duceppe, et la Société des auteurs, présidée par Jean-Louis Roux.La CTCC marche à fond: Jean Marchand voulait tester le plan de sa centrale visant à syndiquer les cadres des grandes entreprises, ce qui n’avait jamais été fait.Les techniciens de Radio-Canada apportent également leur appui, ce qui finit par entourer le petit noyau de 74 réalisateurs de 3000 grévistes.«Les techniciens ne sont pas sortis dehors pour nous faire plaisir, expliquait cette semaine au Devoir Max Cacopar-do, jeune réalisateur à l’époque.Ils ressentaient tous la même chose face à la direction de Radio-Canada.» «C’était une direction qui n’écoutait pas nos besoins, très répressive et autoritaire, continue-t-il.Radio-Canada commençait à se structurer.Depuis 1952 nous expérimentions notre métier sur te tas.Et il y avait un affrontement entre les créateurs et la direction, qui ne savait pas comment gérer la créativité du nouveau médium.» «C’était aussi le règne de la gestion paternaliste, ajoute Jacques Langui-rand, qui a vécu la grève du côté des artistes.La grève marque une rupture dans l’époque de Duplessis: on passait du paternalisme au syndicalisme.» Pour soutenir les grévistes, un groupe d’artistes a l’idée de monter un spectacle, Difficultés temporaires.En 48 heures on monte un spectacle de 60 numéros différents étalés sur trois soirs.Première le 12 janvier 1959 à la Comédie-Canadienne.Le succès sera total: 30 000 personnes verront ce spectacle (et un autre subséquent, N’ajustez pas votre appareil).Imaginez à peu près tout ce que le Québec compte d’artistes importants sur la même scène: Jean Duceppe, Roger Baulu, Monique leyrac, Félix Leclerc, Gratien Gélinas, Dominique Michel, Denyse Filiatrault, Denise Pelletier, Clémence Desrochers, Paul Berval, Denis Drouin, Olivier Guimond, Lucille Dumont, n’en jetez plus, la cour est pleine., Et un homme, René Lévesque, alors animateur de télévision, qui pré- La saga des deux films PAUL CAUCHON LE DEVOIR Pour ne pas perdre la main, le réalisateur Louis-Georges Carrier a pris sa caméra et filmé tout ce qu’il voyait pendant les semaines de grève en 1959.11 en a résulté un film de 45 minutes dont on avait carrément perdu la trace.Retrouvé par hasard l’année dernière, le film a été restauré par l’Association des réalisateurs.Ce film, que Le Devoir a vu en exclusivité, sera présenté le 7 mars à la Cinémathèque québécoise.Il s’agit d’un documentaire d’auteur et non d’un reportage journalistique.Pas de son direct: plutôt une série de vignettes scénarisées par les auteurs, avec une narration lue par Andrée Lachapelle, Guy Provost et Robert Ga-douas.Parmi les séquences les plus remarquables sur le plan historique, le voyage en train vers Ottawa des grévistes permet de voir René Lévesque, l’air bougon, circuler dans les allées, Paul Berval faire semblant de dormir, Serge Deyglun chanter a la guitare accompagné de Monique Miller et de Marcel Dubé, et Jean-Pierre Masson discuter avec Pierre Elliott Trudeau qui rit aux éclats! À la toute fin du film, on assiste aux discours célébrant la fin de la grève.Jean Marchand s’emballe: le syndicalisme, c’est là pour défendre la liberté, dit-il, pour que les gens puissent s’exprimer librement.On boucle la boucle: Roger Racine avait tenu la caméra pour Carrier il y a 40 ans, lors du tournage de ce film militant.Aujourd’hui, il coproduit un film préparé par Max Cacopardo et Jean Lebel, film qui veut faire l’histoire de la grève.M.Cacopardo a mené récemment plusieurs entrevues avec des témoins de l’époque.L’ancien ministre conservateur Pierre Sévigny y confirme que Diefenbaker ne voulait pas que le cabinet fédéral se mêle de cette grève.M.Cacopardo intègre aussi dans son film les images du film retrouvé de Carrier et il prévoit terminer son œuvre dans un mois.Mais il y a un hic.«Le film a été proposé à Radio-Canada, a-t-il dit au Devoir.On nous a dit que ça ne les intéressait pas et qu’il y avait beaucoup d’anniversaires à célébrer.» Plutôt étonnant de la part d’une chaîne publique qui veut créer une chaîne spécialisée en histoire.Pour le moment, TV5 se montre très intéressé à diffuser le film.sente sur scène, en direct, pendant 30 minutes, une version de son émission Point de mire.C’était le numéro qui remportait le plus grand succès.Plusieurs observateurs mentionnent que c’est à cette occasion qu’on découvre son pouvoir sur la foule.Enjeu politique Il y a plus encore.Car tout à coup la grève quitte le champ syndical pour devenir un enjeu politique.Fin janvier, une grande manifestation réunit à Ottawa 1500 grévistes.Peine perdue, le gouvernement conservateur ne veut pas bouger.La grève est marquée par la mauvaise foi de Radio-Canada et une manifestation de brutalité policière à Montréal.En colère, Lévesque commence à déclarer que tout aurait été réglé en trois jours si les grévistes avaient été des anglophones de Toronto.Levesque et plusieurs autres prennent note que les grévistes sont appuyés par tous les médias francophones mais fustigés par les médias anglophones et boudés par les réalisateurs anglophones du Canada anglais.Dans Le Devoir, André Laurendeau commence à s’indigner: cette grève représente la tragédie des Canadiens français, qui ne sont pas maîtres de leurs institutions, écrit-il.Dans la biographie de Pierre Godin sur Lévesque, Doris Lussier soutient que Lévesque est devenu nationaliste pen-dant ces trois mois.Jean Duceppe, lui, soutient plutôt que la grève a créé le Lévesque politique.Lorsqu’elle se terminera, les réalisateurs auront gagné le droit à la négociation collective (mais pas celui de se constituer en syndicat!).Mais pour le public, ce fut la prise de conscience que la petite boîte magique était animée par des hommes et des femmes véritables qui étaient en train d’expérimenter une nouvelle invention.Quarante ans plus tard, l’Association des réalisateurs de Radio-Canada organise, samedi prochain 6 mars, à la Cinémathèque québécoise, un forum pour faire le point.Car de multiples questions se posent, pour une association dont 50 % des 350 membres le sont depuis moins de cinq ans.La télévision est en bouleversement: les chaînes se multiplient, la concurrence s’accroît, les tâches sont de plus en plus décloisonnées dans les équipes de production, de nouveaux médias apparaissent sur Internet, et la technologie permet maintenant de triturer les images dans tous les sens.L’enjeu est le suivant: comment un réalisateur peut-il imprimer sa signature dans ce nouvel environnement?«Nous devons retrouver notre enthousiasme, explique l’actuelle présidente de l’association, Nicole Tremblay.Nous nous demandons comment demeurer un groupe fort.Mais il y a tellement de compétition dans le monde de la télévision que ce sont les contenus forts et originaux qui remporteront le succès, j’en suis convaincue.Et la technologie nous pousse toujours plus loin » Paul Cauchon A e n s MONTREAL DANSK présente Première partie: LETTRE D'AMOUR À TARANTINO Chorégraphe: Paulo de Vnsroncelos Deuxième partie: ENTER: LAST Chorégraphe: jasé Nnvus al' USINE O Du 2 au 6 mars et du 9 au 13 mars 1999 i 20h 1345, avenue Lalande, Montreal (entre In lue Panel cl do la Visitnlion, une rue au sud d'Ontario, Mélio Benudry) Billetterie (514) 521.4493«Réseauadmission: (514) 790 1745 lovedeathdeloils.com Admission ; (514) 790 1245 Groupes : (514) 849-8981 rsa ARrs noiHi LJ\I ¦ib > Kevin O'Day commanditée par , /UCCGHiûM ff.W./cW, I.K DKVDIH love, et autres détails Théâtre Maisonneuve, Place des Arts : (514) 842-2112 www.pda.qc.ca OEUVRES ORIGINALES DE > Septime Webre > Gioconda Barbuto commanditée par jiATsT Canada tio mo / I.K II K V II I II .I.E S S A .U K I) I E T I» I M A \ ( Il E 2 .S F E V li I E li I !) !l !> •> DANS K Et vogue le navire B Après avoir subi d’importantes réductions de subvention, Montréal Danse a le vent dans les voiles comme jamais.En spectacle à l’Usine C du 2 au 13 mars prochain, la compagnie montréalaise est l’exemple type de l’antagonisme existant entre un milieu et son gouvernement.ANDRÉE MARTIN Montréal Danse connaît depuis un peu plus de deux ;uis des temps difficiles.Après le passage du couperet du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), une perte de plus de 100 000 $ par année, la compagnie parvient toujours à se tenir debout.Bien sûr, il y a eu une réduction significative des dépenses: déménagement dans des locaux plus modestes, réduction des salaires du personnel de bureau, diminution du nombre de semaines de travail pour les danseurs, etc.Mais, fait étrange, au moment même où le CAI.Q leur reproche de produire beaucoup et de ne pas diffuser suffisamment (principale raison évoquée pour justifier la réduction de subvention), la compagnie renverse la machine et réalise ce qu’elle n’avait visiblement jamais réussi à faire auparavant.Elle inscrit à son calendrier annuel une importante tournée canadienne, avec des arrêts au Nouveau-Brunswick, à Terre-Neuve, en Ontario et daps l’Ouest, ajoute quelques dates aux États-Unis et connaît un succès grandissant auprès des programmateurs de spectacles et du public, dont les résultats se feront sentir dès la saison prochaine, notamment avec une tournée américaine et européenne.GUY BORRKMANS .'*s*v Enter: Last, la nouvelle chorégraphie de José Navas avec le danseur Sylvain Lafortune en avant-plan.XMtt même ordre d’idées, Montréal Danse fera appel l’an prochain à de jeunes chorégraphes parmi les plus prometteurs, dont Dominique Porte et Estelle Clareton, des créatrices aux univers foisonnant d’images et d’idées.Un spectacle prometteur Grâce à ce mandat élargi, le public montréalais aura droit cette saison à un spectacle énergique, entre l’humour, la dénonciation et la folie.Au programme, deux pièces, deux signatures, deux manières de voir et de présenter le corps en mouvement.lettre d'amour à Tarantino de la metteure en scène Paula de Vasconcelos — en reprise ici — s’inscrit dans la veine des oeuvres de danse-théâtre qui ont quelque chose à dire, et n’ont pas peur de le dire.Clin d’oeil au cinéaste Quentin Tarantino, reconnu pour ces univers décapants, violents et.disons-le, machos, cette pièce nous renvoie des images inventives où les armes à feu, les relations de couple, la passion et la destruction demeurent au centre d’une danse pleine de verve.«Cette pièce n'a pas été beaucoup vue à Montréal, précise Manon Levac, danseuse chez Montréal Danse.Nous avions envie de la présenter une fois de plus.C'est un autre ton que le travail de José Navas, la seconde oeuvre au programme.C’est fantaisiste, parfois humoristique, et les deux univers, celui de José et de Paula, vont bien ensemble.» Si la pièce de Paula de Vasconcelos traite du ridicule et de la violence et fait appel au talent dramatique des interprètes, celle de José Navas, elle, s’attarde plutôt à l’inévitable et intense moment de la mort.Sur une musique prenante de Unirent Maslé, cette première oeuvre de groupe de Navas, présentée en première mondiale à Santa Fé (Nouveau-Mexique) en juin dernier, risque de faire son effet.«Enter: Uist est une pièce qui frappe énormément, affirme Manon Levac.Elle frappe par l’énergie du mouvement, l'énergie de la musique et la beauté des images, souvent saisissantes.Tout est Remue-ménage Que s’est-il donc passé?A l’origine de ce remue-ménage: Kathy Casey, directrice artistique de la compagnie, appuyée par l’ensemble des danseurs.En poste depuis 1996, elle n’a pas attendu les calendes grecques pour remanier de fond en comble les structures et modes de fonctionnement de Montréal Danse.La compagnie était en péril, et elle en avait parfaitement conscience.Demeurant fidèle au mandat initial, basé sur la mise en place d’un répertoire provenant de chorégraphes au langage riche et diversifié, elle arrive tout de même â injecter du sang neuf sur le plan artistique, en ne ménageant ni le temps ni l’énergie, et à installer avec des œuvres intelligentes et accessibles la compagnie au programme de plusieurs théâtres.«Nous avons décidé d’inviter les artistes à faire des choses avec nous, qu'ils ne font pas ailleurs, explique Kathy Casey.Ce n’est pas intéressant pour personne lorsque les interprètes reproduisent quelque chose qui a déjà été fait.Ce qui est intéressant, c’est d’entrer dans un processus de création et de voir ce que Ton peut faire ensemble.L’idée derrière tout ça, c'est d’essayer autre chose.De plus, nous voulons vraiment encourager des créateurs chevronnés, mais aussi des jeunes, à aller au bout de leurs idées.Pour ça, nous avons toujours un dialogue artistique avec les chorégraphes lors du processus.» Le choix d’artistes tels Paula de Vasconcelos, Pigeon International et José Navas, l’un des chorégraphes les plus en vue*à Montréal actuellement, entre de plain-pied dans cette philosophie de travail.L’une provenant du théâtre, l’autre n’ayant jamais fait l’expérience de création pour des groupes de plus de trois danseurs, le défi était à la fois grand et tentant.Dans le Ia“ chorégraphe José Navas JACQUES GRENIER LE DEVOIR dans le choc, le choc des images, le choc des mouvements, le choc de l’énergie.C'est aussi une pièce segmentée, mais chaque section est bien imbriquée aux autres.Au bout du compte, on sent le même voyage, ou encore, différentes facettes d’une même chose.» A l’origine de cette création, l’idée selon laquelle toutes les images d’une vie se déroulent à toute vitesse avant le dernier souffle.Pour celui dont la perte d’un être cher — le chorégraphe William Douglas — ne remonte pas à si longtemps, la mort semble être au cœur de toutes choses.«J’avais envie de parler de la vie, précise José Navas.Nous allons vivre l'avènement de Tan 2000, et je trouve ça extraordinaire.Une manière de parler de la vie, pour moi, c’est de parler de la mort.Parler de la mort me permet de montrer la grande valeur de la vie.» Au centre de la pièce, il y a donc une femme, celle-là même qui va mourir.Autour d’elle, des danseurs énergiques, toujours sur la corde raide, représentant cette vie qui défile jusqu’à la fin, jusqu’à la lumière finale.De là, la vitesse contenue dans la danse, et l’effet-choc dont parle Manon Levac.«Avec Enter: Uist, j’ai du vaincre ma peur de la vitesse.Ici, il y a un rapport à la vitesse du mouvement, mais aussi à la vitesse de réaction.Nous ne devons pas nous poser trop de questions, nous devons plonger dans chacune des situations.C’est une pièce difficile à porter, parce qu'elle est très exigeante sur les plans physique et émotif.Vraiment, des jours, j'ai l’impression de me défoncer et de défoncer quelque chose.» Mais le jeu en valait visiblement la chandelle.Avec Enter: Inst, José Navas admet avoir touché à l’aboutissement d’un cycle — un cycle aux ambiances sombres et à l’énergie physique prononcée, entamé avec Lun a IJena et One Night Only — tandis que Manon Levac affirme avoir trouvé dans le travail de (et avec) José Navas un terrain d’échange riche et un défi à la mesure de ses désire.j£yE|R L’AGORA DE LA DANSE 840, RUE CHERRIER MÉTRO SHERBROOKE * LAUREmiENNl JWrjUUL arm mnr* Dulcinée Langfelder et Compagnie PRÉSENTE Victoria D'après une idée originale et des textes de CHARLES FARIALA avec RÉAL BOSSÉ et DULCINÉE LA.XGFELDER Composition électroacoustique : CHRISTIAN GALON Scénographie ri éclairage : A) 1 CAPPELLl TO Vidéo : ) UN LABELI.E et JIMMY LAKATOS Mi-e rn scène : KATE BUC,H et MARI SE PIGEON Direction technique et >nn : ( LU DE DÉSOR.ME H \ U INolIVI ATI MoNIll CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÈRENT.EN RAISON OU TEXTE MAL IMPRIMÉ I.K I) K V 0 I It .1.K S S A NI V.I) I K T l> I M A N ( Il K 2 8 Y K V It I V.It I !» !» !» B 8 1) I S Q II K trésors de l’imaginaire I N I) U S T R I E Céline à tout prix VITRINE 1) II 1)1S Q U E CLOSING IN ON THE FIRE Waylon Jennings Grand-Père Cailloux continue à jouer le rôle d’éveilleur avec son premier DC André Cailloux MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Ses tout premiers gazouillis d'enfants, c’est à la maison qu'il les a entendus.Celui qu’on appelle aujourd’hui Grand-Père Cailloux avec sympathie a curieusement déjà été le jeune fiston à qui maman demandait un coup de main avec les petiots de la maison.Le marmot a grandi — et un peu blanchi! —, s’apprête à célébrer ses 79 ans, parle des enfants avec la sagesse d'un grand-papa, mais semble avoir conservé de sa vie auprès des tout-petits toute la fraîcheur que confère un cœur d’enfant.En fait foi sa toute dernière mouture, qu'il présente après avoir roulé sa bosse à la télévision (vous vous souvenez du Grenier aux images, de Sang ei or, du Moulin aux images, d'Ulysse et Oscar, de Virginie?), publié plus d’une quarantaine de titres et enregistré quelques disques.Malgré toute cette route effectuée auprès des enfants et à travers le monde de l'imaginaire, André Cailloux, alias Grand-Père Cailloux, diffuse son tout premier disque compact, un cadeau que des proches ont décidé de lui faire après l’avoir entendu affirmer que sa voix ne répondait plus aussi bien qu’avant à ses commandes.Textes-Prétextes reprend près d’une • quarantaine de comptines, de refrains (et de rondes, certains inédits, d’autres partie prenante du bagage de Grand-Père Cailloux depuis quelques (lunes déjà.Pour accompagner le -disque, il a aussi écrit un recueil de (textes destiné à l’usage des parents .ou éducateurs qui voudraient suivre • des yeux les comptines récitées ou ( chantées par les petits.De la maternelle à l’université *i Car si Grand-Père Cailloux a le (Cœur d’un enfant, il a aussi de toute (évidence l’âme d’un éducateur.Après ; avoir tenu de main de maître, en compagnie de son épouse Jacqueline, les (Jardins de Grand-Père, sorte de pré-' maternelle privée vouée à chatouiller (l’imaginaire des petits (l’entreprise, (florissante, est aujourd’hui entre les - mains de sa fille Marie-Josée), André ' Cailloux poursuit aujourd’hui encore sa tournée des écoles, de la maternelle à l’université, pour parler et entendre parler des enfants."À l'occa-'àion de ces rencontres, nous sommes évidemment très en contact avec les éducateurs, qui se plaignent souvent d'avoir difficilement accès au matériel éducatif, a expliqué Grand-Père Cailloux, joint lors d’un entretien téléphonique depuis son domicile de Magog.Et le besoin est encore plus pressant depuis l'avènement des maternelles à temps plein.Je crois que le disque et le cahier vont répondre à une demande réelle.» André Cailloux s’émerveille encore des prouesses des petits, parle d’eux avec grand respect.Mais il observe que les enfants qu’il côtoie aujourd'hui ne conservent plus aussi longtemps la candeur d'antan.«Je suis avec mes tout-petits de six ans, et ils sont pleins de projets, c'est rafraîchissant de les entendre, raconte Grand-Père Cailloux.Puis dans la même école, je rencontre des plus vieux, de & année.On leur demande ce qu'ils veulent faire plus tard et, déjà, ils sont démotivés, nous servent un haussement d’épaules en guise de réponse.Comment se fait-il qu’ils soient en train de s’éteindre dans une institution créée pour maintenir le feu sacré?» Par l’entremise de ses comptines, tel qu'il l’a fait à la télévision et aussi dans les Jardins de Grand-Père, André Cailloux cherche à jouer le rôle d’éveilleur et surtout à miser le plus possible sur l’imaginaire des jeunes.«A ceux qui ne croient pas à l'importance de l'imaginaire, je me plais à répéter une maxime d’Albert Einstein, qui disait: “L’imaginaire est plus im- portant que l'intelligence.” Réfléchissez là-dessus, que je dis à tous ceux qui en doutent.» La société et le système d’éducation dans lequel les enfants baignent n’encouragent malheureusement pas l'ébullition de l’imaginaire.«On est en train de faire d’eux des bêtes à bachots.Ils ont une tête énorme, et tout le côté émotif, ce qui fait la grandeur d’une personne, il n’y a plus de place pour cela.Ils sont complètement déboussolés, on passe notre temps à les programmer à faire des choses que nous voulons qu’ils fassent, sans tenir compte de ce qu’ils veulent eux-mêmes.» Avec les comptines qu’il a soigneusement choisies pour la composition du disque, André Cailloux espère amener l'enfant du mot au jeu, en voguant dans les méandres de l'imagination, encore, toujours.«Partant du jeu, j’aboutis à la comptine.Et ce que je souhaite, c'est y retourner.On va jouer à la pluie, que je dis aux enfants.Sautons dans les flaques imaginaires! Raisons le bruit de la pluie! Arrosons-nous! Et à travers ces mots, et ce jeu, je passe le plaisir.Ils ont des trésors d'imagination, ces petits, et assez pour s'amuser des heures et des heures.Il suffit d’avoir le plaisir de leur apprendre le plaisir.» TEXTES-PRÉTEXTES Refrains, rondes et comptines Grand-Père Cailloux •SENTE chorégraphie de une LIN SNELLING EN VENTE DÈS MAINTENANT - NOMBRE DE PLACES LIMITÉES RÉSERVATIONS : USINE C (514) 521-4493 / ADMISSION 790-1 245 De remise de Victoires en collecte de Grammy Awards, ce ne sont pas toujours les gagnants qui gagnent.Quand les premières pages jouent à la chaise musicale.SYLVAIN CORMIER Allez savoir pourquoi, je tique.Peut-être est-ce le char et la barge d’insultes (et les bravos tout aussi exacerbés) reçus à la suite de mon coup de sang à propos de Céline Dion lors de son dernier spectacle au Centre Molson.Jusqu'à The Gazette qui a voulu savoir quel émoi l’article d’infamante mémoire intitulé «La princesse Tuppertvare» avait suscité.Bref, j’ai l’épiderme un peu sensible sur le sujet.L’autre soir, à la remise des Victoires de la musique, les Félix de France, j’avoue avoir joui un tantinet à la pensée que le Journal de Montréal l’aurait dans la baba, vu que le titanesque «combat» annoncé entre Céline Dion et Lara Fabian, toutes deux en nomination pour la Victoire de l'interprète féminine, avait abouti à un non-lieu, la rouquine belge Axelle Red coiffant tout le monde au poteau.Non, on ne saurait pas qui est «la meilleure» (sic).J’imaginais la première page prévue, consacrant le triomphe de l’une contre l’autre, jetée aux orties.C’est Plamondon qui allait leur ravir la une, véritable triomphateur de la soirée avec Richard Cocciante et la troupe de Notre-Dame-de-Paris.Tra la lèreuuu.Mais non! On n’allait pas gaspiller une belle page frontispice si brillamment planifiée pour si peu: 10 000 exemplaires supplémentaires garantis à chaque première page ornée par Céline, cela se chérit.«Ni Lara ni Céline!», a-t-on titré envers et contre tout sous les grosses photos des chanteuses, reléguant Plamondon et ses deux Victoires en page 9.Avec tout juste une mention en fin d’article pour Axelle, celle que «les professionnels ont préférée».Pardi! Ce n’est pas le bon peuple qui aurait commis un tel crime de lèse-majesté, heureusement réparé par le journal.Conclusion à cinq cennes: Céline est en voie de remplacer le Canadien dans la hiérarchie des premières pages obligatoires du Journal de Montréal, véritable mesure des palpitations du Québec profond.La primauté absolue lui est dorénavant accordée: gagne, perd, annule, elle fait la une quand même.Cela dit, applaudissons: un gala qui couronne Alain Bashung (trois Victoires) et laisse le groupe rock Zebda interpréter Le Sud en reggae pour rendre hommage à Nino Ferrer n’est pas un mauvais cheval.Si les Français apprenaient à débiter un boniment pas trop coincé au micro (et intimaient ce faisant à Drucker de la boucler), on aurait vraiment passé un bon moment.Les 41‘ Grammy Awards Mercredi, laissant Lara et Axelle à leur gloire toute hexagonale, Céline repartait à l’assaut du gros morceau: le Grammy.Elle en a empoché deux, éminemment mérités, pour sa meilleure performance à vie, la chanson-bateau à propos de la laitue iceberg: «best female pop vocal performance» et le très convoité «record of the year».De quoi exploser à la une du Journal de Montréal?Mais non.Le Canadien a invoqué son droit d’aînesse, et m'sieur Corey a relégué Céline au médaillon du haut, à droite.Allez comprendre: il s’agit seulement de la récompense la plus importante qui soit dans l’industrie mondiale dq disque.Un sommet de carrière.A la une de la Gazette, Céline n’a pas non plus fait le poids devant une Shania Twain court vêtue.La grande gagnante, la chanteuse des Fugees, Lauryn Hill (cinq trophées.), a eu droit à une petite photo en pages intérieures.Et personne nulle part n’a parlé des véritables héros de la soirée, les ineffables Mel Brooks et Cari Reiner, qui ont obtenu la plus chaleureuse ovation en trois heures pour le Grammy du meilleur album de comédie (The 2000 Year-Old Man In The Year 2000, histoires de juif increvable, variations sur un numéro de stand-up vieux de 40 ans).Imaginez.Ouste Céline et Lara! Ouste Ronald Corey! La bonne bouille de Mel Brooks à la une! On peut rêver.MP3 se propage en toute légalité On vous en causait récemment, l’industrie du disque réagit de toutes les façons au phénomène du téléchargement par MP3, ce format fichier qui permet la circulation informatique de chansons en qualité digitale parfaite.Certain s prêchent par l’exemple: ainsi, The Ulti-m a t e Band List (www.ubl.com), le carrefour Internet des groupes en tous genres, offre-t-il dorénavant en toute gratuité et en toute légalité des titres prèts-à-téléchar-ger avec MP3.Le site du magazine industriel Billboard confirme qu’il est dès maintenant possible d'obtenir des titres temporairement «libérés» par les artistes et leurs compagnies à l'occasion d’événements promotionnels.Ainsi, le 5 février dernier, pendant huit heures, on pouvait télécharger Kittens, extrait de l’album du groupe hard-techno Underworld à paraître incessamment chez V2, avec la bénédiction de tout le monde.Des quelque 100 000 visiteurs, quelque 4000 internautes se sont prévalus de l’occasion.Beau ralliement pour Gram Parsons Le même Daily News Update du Billboard promet l’arrivée d’un album qui fera du bien par où il passera.Autour du regretté Gram Parsons.martyr rock des années 70, partenaire d'Emmylou Harris, copain d’héroïne de Keith Richards, génial propagateur du country-rock avec les Byrds, les Flying Burrito Brothers et ses propres Fallen Angels, on a en effet réuni la plus belle bande de desperados imaginable: mentionnons les Cowboy Junkies, Wilco, les formidables Mavericks, Evan Dando avec Juliana Hatfield, Lucinda Williams avec David Crosby, et bien sûr la fidèle Emmylou, qui chante en compagnie des Beck, Sheryl Crow, et même des Pretenders.Attendu en mai chez Almo Sounds, une obscure étiquette indépendante, l’album soutiendra une campagne d’éradication des mines antipersonnel menée par le Vietnam Veterans America Foundation.Tous en chœur pour Gram, alias le Grievous Angel: «He’s a druck store truck drivin’ man / He's a member of the Ku Klux Klan.» Entre-temps, 1’album-hommage au groupe de demi-dieux punks TÎie Clash, intitulé Burning London et ameutant rien de moins que No Doubt (avec Billy Idol!), les Mighty Mighty Bosstones, Indigo Girls, Afghan Whigs, Silverchair et autres Cracker, débarque le 16 mars dans les étals.Le bulletin du disque compact Ice précise qu’une «version internationale» de l’album contiendra sept titres de plus.Il faudra surveiller les bacs d’importations.Gagne, perd, annule, Céline fait la une quand même FMI Philosophons un brin.Judéo-chrétiens que nous sommes, nous devons nous prouver à nous-mêmes tous les jours que nous méritons de vivre, histoire de mériter notre ciel.D’aucuns se lèvent, ce qui est déjà ça.Certains achètent des hélicoptères ou veulent devenir maîtres du monde a la place de Victor Hugo.Pour Waylon Jennings, le poids de la preuve est lourd.11 doit chaque matin démontrer que le fait d’avoir cédé à la dernière minute sa place sur l’avion Beechcraft qui mena Buddy Holly, Richie Valons et le Big Bopper à la mort en février 1959 ne constitua pas une totale injustice.Voyez le problème.Pas facile d’avoir au-dessus de soi trois fantômes (sans compter le pauvre pilote dont personne ne parle jamais) qui vous gâchent éternellement le sommeil de l'injuste.Damné, Waylon a bien essayé la dive bouteille pour éloigner les fantômes.En vain.Aujourd’hui, il leg,affronte.Mieux, il écrit les meilleures chansons de sa longue et dure carrière de contryman hors la loi.Des chàn-sons pleines de vraie douleur et de véritable espoir de rédemption, telle l’évocatrice Best Friends Of Mine: .«Somewhere, sometime / In this life of mine /1 must have done something all right.» Ne vous y trompez pas: Closing In On The Fire est tout sauf un banal produit country usiné à Nashville.Tel Johnny Cash.Jennings ratisse tout le champ de l’honnête singer-songwriter sudiste: blues (The Blues Don't Care), soul O’éreintante She's Too Good For Me), rock'n’roll (Back Home).Set country traditionnel (Be Mine).Pas gêné, il s’approprie même le No Expectations des Rolling Stones.Tel Cash, il attire aujourd’hui à lui les vedettes, qui savent de quel bois il est lait: notons la réalisation de Don Was et la participation des Sheryl Crow, Sting, Marty Stuart, Travis Tritt, et l’as guitariste Mark Knopfler.Buddy serait fier.Sylvain Cormier ftuitamt ÿuitifiutton SUICAINE GRATIFICATION Paul Westerberg Capitol (EMI) Comment vieillissent les punks?SouvenL ils ne vieillissent pas du tout, comme Sid Vicious ou Bob Stinson, le guitariste des légendaires Replacements, le furieux groupe qui poursuivit au début des années 80 le combat de ruelle commencé par les Ramones la décennie d'avant.Ils meurent d'avoir trop pris de tout trop vite, comme Stinson, ou ils survivent, le plus souvent tout seuls, tel Paul Westerberg, l’autre tète forte du groupe, un doué qui parvenait à ciseler de petits bijoux pop dans le chaos ambiant des Replacements.Il a toujours le même talent, même qu’on l’entend mieux avec moins de bruit autour.Suicaine Gratification, son troisième effort en solo (le premier chez FMI après une longue association à Warner-Sire), réalisé par l’omniprésent Don Was, s’écoute un peu comme un Uni Reed: en marchant ou en roulant tout seul en ville la nuit.Le ton est plaintif, voire plaignard, et le propos toujours aussi noir (Best Thing That Never Happened, Final Hurrah) mais les VOIR PAGE H 9: VITRINE 1998 1999 QUINZIÈME SAISON I es Violons du Ron présentent Daniel Taylor, alto Teresa Van Der Hoeven et Shannon Mercer, soprani Avec La Chapelle de Québec Chef : Bernard Labadie Samedi 27 février 1999 à 20 h , Salle Pollack, Université McGill Billetterie : (514) 398-4547 Présenté en collaboration avec uns Fiducie Desjardins r.e Group* Optimum - , i.K i) i: v il i is .i i: s s a m i: i> i K T I) I M A X ( Il K 2 S I K \' Il I K II I SM» S i B 9 MTS VITRINE DISQUES C L A S S I Q U E S SUITE DE LA PAGE B 8 mélodies sont franchement superbes, surtout Actor In The Street et Bookmark, belles et tristes à pleurer.Du miani-miam pour le spleen.S.C.1)00 DAH Cartoons EMI '• • \ Ce petit paquet de bonbons surs nous arrive des pays nordiques, là où les I laides corporels gèlent avant d’at-tefcndre le cerveau, ce qui explique Abba.Roxette et les Cartoons, nouvelle lubie de producteur en mal de succès minute.Si Guy Cloutier ne lit pas cette chronique, peut-être serons-nous épargnés d'une version québécoise de ces larrons de Copenhague, qui rabâchent, remixent, compressent et ratatinent du doowop, du rockabilly, du reggae et du swing sur rythme techno poum poum.Imaginez une caricature surréaliste de Dread Zeppelin, un croisement de Dee-bite et de la troupe rétro Rock'n’Rol-lers, un dessin animé cauchemardesque de fin de siècle fourre-tout.Affligeant.J’aimerais autant que Lara Fabian me hurle «Je t'aiiiiiiiiime!» entre l’enclume et l’étrier.S.C.BEST OF Mano Negra (Virgin/EM I) C’était le 13 juillet.Zidane marquait deux buts, la France découvrait (et appréciait) soudain qu'elle est multicolore — c’est même Charles Pasqua, l'ex-mi-nistre pourfendeur des sans-papiers, qui disait ça, multicolore.Découvrait?Fallait vraiment être aveugle pour ne pas s’apercevoir de cette réalité évidente et présente depuis belle lurette.Fallait avoir manqué toute une série de phénomènes culturels.Comme Mano Negra, ce groupe de joyeuses bêtes de fête qui chantaient la vie sous toutes ses coutures, en français, en anglais, en espagnol et en arabe.En écoutant aujourd'hui le Best of de la «Main noire», on retrouve avec bonheur cet état d'esprit remarquable, cette énergie de puce sauteuse, cette masse musicale puissante (ils étaient treize, après tout) capable de tout jouer ce qui lui plaisait.Mano Negra, c’est le groupe qui fête malgré tout, qui peut chanter la frustration en ayant l'air de s’en foutre, comme on le sent sur Pas assez de toi ou Ronde de nuit.C’est aussi un groupe qui pouvait fêter le rythme comme une fin en soi («Listen to the beat, the beat of the song, song.», sur King Kong Five).Et c’est aussi un groupe qui avait sa passion du football, comme en témoigne la chanson Santa Maradona.Ce qui nous ramènerait, inévitablement, à Zidane et à la France multicolore.Y a pas de hasard, dans la vie.Rémy Charest Musiques de l’âme et du souvenir FRANÇOIS T O 11 S I G N A N T TAKEMITSU - KNUSSEN Toru Takemitsu: Quotation of Dream (1991), Day Signal — Signal from Heaven I — (1987), Night Signal — Signal from Heaven II — (1987), How Slow the Wind (1991), Twill by Twilight (1998), Archipelago S.(1993), Dream Window (1985); Paul Crossley et Peter Serkin, pianos I et II; London Sinfonietta, dir.: Oliver Knussen.Durée: 71 minutes 03.DGG 20/21453 495-2 Toru Takemitsu fut un de ces rares compositeurs à toujours accorder une place prépondérante à la beauté poétique dans son œuvre.11 a parfois été servi par des interprètes complaisants ou agressifs, quelquefois sensibles.Cette nouvelle aventure-découverte offerte par Oliver Knussen fait entendre un créateur servi avec un amour et une compréhension formidables.Commençons l’écoute par l'œuvre qui donne son titre au disque, le premier enregistrement de Quotation of Dream (Citation de rêve).Debussy y est partout présent, le Debussy de Ixi Mer, abondamment cité avec la finesse nipponne proverbiale.Ravel aussi, comme Messiaen.Je crois même avoir reconnu du Berg.Ix- réseau de signification au deuxième et au troisième niveau s’enrichit avec chaque écoute, sans que jamais on ne se sente face à une démonstration de style.Au contraire, si style il y a, c’est celui si personnel de Takemitsu, qui sait parler à son public avec pudeur et retenue.A une période où, encore, on nous ressasse les oreilles sur les faillites de la musique «contemporaine», on se demande si ses détracteurs ont jamais entendu une si belle musique, qui étonne et surprend, procure de nouvelles sensations sans jamais ennuyer ou errer en terrain vague et gris.L’homogénéité de ton des œuvres choisies va vous aider à entrer dans le riche univers de cet illustre Japonais.Ayant beaucoup composé pour le cinéma, il fait se joindre la tradition classique japonaise et l’art savant occidental, s’inspirant abondamment de la nature, chacune des pièces apporte sa pierre bien placée dans la rocaille zen de la musique.Ce que Knussen et ses interprètes nous font ressentir — non iras le choc de deux civilisations mais, au contraire, leur rencontre et leur dialogue productifs — se définit probablement mieux comme un véritable impressionnisme musical.Comme lorsque ce style de peinture atteint à l'abstrait sans dénigrer le réel, les partitions de cette dernière période de Takemitsu jouent de légers coups de pinceau, de nuances délicates comme de tons plus vifs que l’instrumentation, la durée et la dynamique mettent de vibration, comme un soleil couchant sur la surface d'un lac légèrement agitée par un vent.Naturellement, il n’est pas nécessaire de se faire des images visuelles: l’oreille arrive fort bien à se débrouiller toute seule pour décoder ces tableaux sonores.Encore une fois, avec ce type d’enregistrement de qualité d’œuvres réussies et abouties (on ne le soulignera jamais assez, c’est encore plus important pour une musique nouvelle), la nouvel- l’mil Çrosslry • |>ç(er serkin .*>,43 London Sinlotiî&tt;) • Ollvrr Knussen le série 20/21 de DGG s’impose comme étalon sur ce qu'on est en droit de s’attendre pour partir à la découverte et s’enrichir.IN PARADISUM Gabriel Fauré: Requiem, op.48\ Maurice Duruflé: Requiem, op.9.Cecilia Bartoli, mezzo-soprano; Bryn Terfel, baryton-basse; chœur et orchestre de l’Académie-Sainte-Cécile de Rome, dir.: Myung-Whun Chun.Durée: 77 minutes 07.DGG 459 365-2 En ce temps qui nous mène à Pâques, les messes de requiem ont la cote.Venant d’Italie, la centenaire allemande DG propose un programme combinant les deux plus célèbres requiem français, celui de Fauré et celui de 1 luruflé.Déjà le choix du programme laisse entrevoir un succès certain au disque: combien d’entre nous n’ont-ils pas piis part à une exécution de l’un ou l’autre de ces requiem alors qu'adolescents nous pratiquions le chant choral?Pour assurer les recettes, il y a la «brochette» de solistes! En dépit d’une participation minime, je ne connais pas un fan de Cecilia Bartoli qui n’achètera cet enregistrement pour l’entendre chanter le Pie Jesu de Fauré, et les inconditionnels de Bryn Terfel ne voudront pas manquer sa version du Libéra Me non plus.Personne ne sera déçu.Après cela, on passe à l’interprétation de Myung-Whun Chung.Souvent ü'ès théâtral dans sa façon de doser les effets, il n’en arrive iras moins à faire du Requiem de Fauré une messe d’une intériorité et d'un,e humilité comme on en entend peu.A l'opposé de chefs qui se servent du propos pour faire de la musique, Chung la laisse tout simplement sortir d’elle-même et expose bien la subtile combinatoire de geste et de sens entre la composition de Fauré et le texte liturgique.Sa conception du piano orchestral et choral est probablement ce qui émeut le plus, rendant un peu de sincérité à un répertoire, ne nous le cachons pas, souvent galvaudé par la facilité.En imposant des exigences techniques éprouvantes à ses musiciens — ait! la réussite des molto piano sostenuto qui ne tombent jamais, naissant de nulle p;u-t et y retournant, comme la vie —, il élague ce qui sonne facile sous d’autres baguettes.Mieux encore, il force notre attention: on tient trop souvent ce Requiem pour acquis, l'écoutant en musique de fond pour la détente.C’est faire bien peu de cas de l’émotion ressentie par Fauré à la mort de sa mère et qui a provoqué cette messe.On doit tellement, mais tellement se concentrer pour entendre qu’on a l’impression d’entendre, en priant, certaines pages pour la première fois huit l'harmonie de Fauré devient vivante.Il y a peut-être des trucs de prise de son?Qu’importe, une prise de son est aussi une interprétation, et celle-ci est fort valable.Depuis Giulini, on n’avait rien entendu d’aussi réussi.Petits bémols pour les chœurs et l'orchestre, dont la sonorité très italienne va surprendre par un certain manque de raffinement et un manque d’homogénéité.Difficile d'être élevé avec Verdi et Puccini pour travailler le fondu et la subtilité.Les mêmes remarques s’imposent pour le Requiem de Duruflé.Chung y souligne adroitement les inflexions d'origine grégorienne et use de juste assez de rhétorique pour que cela soit efficace.Il n'y manque qu’un peu de souplesse dans les mélismes plus libres des chœurs pour que cela soit parfait.Avouons qu'il s’agit là de la très grande difficulté de cette œuvre et qu’on l’écoute toujours dans cette vibration entre les esthétiques anciennes et les sensibilités plus d'époque.GOLDBERG Jean Sébastien Bach: Les Variations Goldbeig.BWV 988; Extraits (10) du petit livre d'Anna Magdalena Bach.Andrei Vieru, piano.Durée: 75 minutes 53.Hannonia Mundi HMC 901666 Encore des Variations Goldberg?Bien plus: un enregistrement d'une rare intelligence de conception dont le livret et la structure de présentation des œuvres valent l’achat.L’écoute commence avec des extraits du petit livre d’Anna Magdalena, sorte de laboratoire domestique d’où émergera Y Aria à travers une série de choral, d’airs et de pièces de clavier.Suivent ensuite quatorze canons, sorte d’études préliminaires à échafaudage du chef-d’œuvre.Retour à l’Aria, puis c’est la succession des variations.Tel qu’ordonné par Bach, retour final de l'Aria.Quel voyage musical! L’analyse qu'en propose le pianiste russe Andrei Vieru est stimulante et ai> porte au néophyte comme à bien des professionnels un éclairage nouveau propice à la réflexion intense comme à la contemplation esthétique que provoque la manifestation du génie.Vous entendrez ou avez entendu des interprétations qui vous plairont plus.Le jeu est parfois dur, le piano curieusement accordé et enregistré de si près que la pédale, réglée avec des étouffoirs trop bruyants, arrive à incommoder tant le détail de la mécanique pianistique est mis en evidence.Pourtant, à suivre ce parcours avec intelligence, nous en ressortons nous aussi plus intelligents.EISLER - GOERNE IkutsEislenHollywoodUederbuch (Ix1 Cahier de mélodies d’Hollywood).Matthias Goerne, baryton; Eric Schneider, piano.Durée: 70 minutes.London 298 460 582-2 On le disait un des élèves les plus doués de Schoenberg; la vie le verra s’enflammer pour les idéaux communistes.s’exiler à Hollywood pendant lêpe nazie, puis devenir compositeur d’Etat en ancienne Allemagne de l'Est.Hans Eisler est un compositeur du paradoxe, maîtrisant les plus actuelles techniques de compositions de son époque et cherchant aussi à les allier aux influences du jazz et d'autres musiques d’origine populaire, Iœs textes de ce Hollywood Songbook sont presque tous de Brecht, lui aussi exilé un temps aux Etats-Unis.On est à des lieues de l’univers de Kurt Weil.C'est qu’Eisler croyait à la force de la tradition de la mélodie allemande.Alors, si les styles varient du plus traditionnel lied au quasi exploratoire miniature tableau abstrait, la force expressive reste la même, elle qui naît de la conjonction texte-musique Matthias Goerne et son comparse Peter Schneider savent en retrouver toutes les couleurs, sans exagération.Ils s’attachent (un peu trop parfois) à chaque détail.ht voix est romantique, même si les aigus sont un peu coincés.On le pardonne pour un médium et un grave superbes et une expressivité vocale rigoureuse et sensuelle.Savoir trouver le plaisir de chaque note, retrouver la peine d’une harmonie, l'effroi d’un trille au piano ainsi, c’est presque de la voltige.Surtout, ce duo caractérise chacune des miniatures avec la précision aphoristique des cartes postales de Peter Al-tenberg ou des épigraphes de Paul Eluard.Pour sa réhabilitation, ce répertoire ne pouvait guère rêver mieux.Matthias Goerne Théâtre Maisonneuve s.ü.t.PoA/suMjim Place des Arts u 21:29:: 3e SERIE DE SUPPLÉMENTAIRES ITt 11 peciade n s ^SÙecKuM!* VENDREDI 5 et SAWEDt 6 MARS 1999 «UN PURWïNHEÜR-faites-vous PLAISIR, ALLEZ-Y VOIR!» u presse « Un régal' Un banquet.Un must ! » journal de Montréal Cette soirée-là, vous ne voudrez pas ’elle finisse» LE DEVOIR Michel Rivard et ses musiciens s’amusent comme des fous » LE SOLEIL qu Ævec ' ." Rick Haworth," Mario Légaré, Francis Covan, Sylvain Clavette et Marylou Gauthier • .•* ‘ '.*• Billets en vente au Spectrum, chez Admission et au 790-1245 * * I AXI S I I FRAIS DI SKRVKI I N SI S £üi !•!' Radio-Canada \00K' • HUlrf 1 LJ tjurtxi * ‘ "cr jPKÎRA 'Michel Rivard et Le l ait appuient la t ond ai ion oio SPÉCTRUJÏI 31*, Stl-CATHtRINt OUEST (SH) 861 5851 @3 SX,un B 10 I.K I) K V (MU.I.K S S A M K 1)1 2 7 K T I) I M A X (' IIE 2 8 F K V H IKK I !> !» !» Par-delà la carte postale Parfois, je me dis que j’ai grandi dans une carte postale, une ville qui suintait le cliché de toutes ses pierres, toute belle et vieille, trop photographiée pour n’ètre pas coquette.Québec me semblait bien lasse de distribuer à la ronde ses t-shirts avec son château et ses remparts tout gris, mais les distribuait tout de même et les distribue toujours.L’habitude, c’est fort, que voulez-vous! A force d’y vivre, on finit par voir ses caps, ses rues en pente, ses escaliers géants, ses canons transformés en perchoirs aux touristes et le traverser de Lévis qui slalome entre les glaces comme des stations incontournables de son chemin du Roi pour visiteurs ébahis.Et une petite citadelle avec ça?«So typical», disent les Américains en la mitraillant de leurs flashs.Et Québec de tendre à tous son beau profil du château Frontenac découpé en ombre chinoise sur la silhouette du cap Diamant.«On ne bouge plus, le petit oiseau va sortir.» Tout ça pour vous dire que les villes touristiques et leurs ouailles ont parfois besoin d’une petite séance de renouveau conjugal pour titiller encore leur imagination.Ainsi, l’autre jour, de passage dans le berceau de mes premières fredaines, je suis descendue dans l’antre du Musée de la civilisation voir ce qu’avaient bien pu tirer de neuf de ma ville statufiée ces vingt grands photographes étrangers à qui on avait donné le mandat de la décoder en trois jours.Ils travaillent pour Match, Gamma, Géo, Le Figaro, Tha-lassa, Life, le New York Times, L’Express, etc.Vingt reporters photo parmi les plus hot du monde, correspondants de guerre à leurs heures, sont venus se saucer à Québec en plein carnaval pour tirer le portrait des uns et des autres, le regard vierge de découvrir la place, aguerri d'en avoir vu d’autres.O(l i I e T rem b la y Ça s’intitule L’Œil de la capitale et le résultat de l’opération est exposé dans le hall du musée où le badaud moyen vient vérifier s’il se trouve ressemblant.11 répond «oui», en général.Rien de tel que des regards étrangers pour faire du neuf avec du vieux et s’étonner de ce que nos yeux blasés ne remarquent plus.Comment voient-ils les Québécois, ces as de la gâchette?— Comme ça?Tiens donc! En bref, 80 photos cherchent tant bien que mal à s'extirper de la carte postale.Mais est-ce toujours possible?Bof! On voit bien ici et là un bout de château surgir derrière un toit en déneigement.Quand même, bel effort pour émerger du déjà-vu.Par ici, les gens de la rue: des enfants, les familles, un cocher avec ses chevaux et le bar de strip-tease, et le gymnase où les jeunes hommes au regard concentré s’entraînent.De l’humain au delà des pierres, quoi! D’autres compositions frappent par leur esthétisme, comme ces glaces craquantes du fleuve captées par Georges Mérillon.Pas de doute, Québec gagne à l’exercice un petit côté insolite, piquant, moderne, ou simplement une beauté plastique accrochée à des points de vue qu'on ne lui soupçonnait pas toujours.De fil en aiguille, les photos atterriront en juin dans un livre, avec commentaires d’un artiste du coin (peut-être Robert Lepage).Les habits neufs de Québec essaieront de combattre en librairie les clichés habituels qui lui collent aux fortifications.Bonne chance! Mais qu’y a-t-il en dessous de tout ça?De la pub?En tout cas, une drôle d’expérience où l’offensive touristique flirte avec l'objet culturel et où on ne sait trop où s’arrêtent les frontières de l’un et où commencent celles de l'autre.Glissements de terrain désormais standardisés; art et promo couchant de plus en plus dans le même lit sur les cimaises des musées comme entre les pages des livres.La confusion des genres constitue un signe des temps et un jeu de société fort rigolo au demeurant.I\ib à la remorque de l’art ou art à la remorque de la pub.C’est selon.Alors, en voyant cette plogue tous azimuts pour Québec s’afficher joyeusement au Musée de la civilisation, je me suis dit: «Vive la pub si c'est grâce à elle que s’anime enfin l’image de marque de ma ville carte postale.» Celui qui a convaincu tous ces artistes de l’appareil photo de se pencher sur les enfants du cap Diamant s’appelle Jean-Eudes Schurr.Il est Français et il trouve qu’on avait transformé jusqu’ici Québec en Disneyland.«Yen a marre des calèches et du château Frontenac qui tuent le produit, qui l’édulcorent», grogne-t-il.Cet ancien journaliste d’agence venu travailler chez nous dans l’industrie touristique nous retourne le portrait comme un gant.Tout a commencé en Minganie, une région du Québec magnifique, soit dit en passant, mais fort mal connue et qui se résume, côté clichés, à quelques monolithes balayés par le vent sur des îlots déserts.Rien pour convaincre les voyageurs qu’on peut également y vivre.Comme Jean-Eudes Schurr connaissait toute la faune des grands médias, avec sa copine Louise Larivière il a eu l’idée — repiquée des opérations promotionnelles des années 70 — de battre le rappel l’été dernier de vingt grands reporters photo du monde en les invitant à capturer la région.Et de mettre sur pied Les Productions de l’oeil désormais associées à l’éditeur Sylvain Harvey pour la partie album.Car après l’expo vient le livre.Le volet un de l’affaire, La Minganie vue par vingt grands reporters, sortait cette semaine, publireportage mais superbe, avec un poème inédit de Vigneault, les fameux grands espaces du coin, mais aussi la belle tête des pêcheurs de Rivière-au-Tonnerre ou de bruns enfants de Mingan apportant une dimension humaine à l’opération promo.Le livre s’envolera pour le Salon du livre de Paris avec son fleuve, ses îles, ses pêcheurs, ses Montagnais et ses tam fi di lam.Rapplique qui voudra.Drôle d’objet quand même que ce livre.A voile, à vapeur, à moteur, à roulettes un coup parti, sorte d’auto amphibie du volume à usages multiples.Vocation touristique, ethnologique, culturelle; mêlez tout ça.La Minganie vue par vingt grands reporters se promènera en France et ici avec son kaléidoscope de facettes inconnues d’une Côte-Nord ayant revu son portfolio.L’été prochain suivra l’ouvrage sur Québec.Plus tard viendra le tour de Montréal.Les reporters font, nous dit-on, le pied de grue pour revenir photographier d’autres coins du Québec sous toutes ses coutures.Ils rigolent, ils voient du pays.Qui dit mieux?Alors quoi?Alors rien.On se dit que ça prenait, et c’est dommage, une œuvre de commande pour nous tendre un miroir plus juste de nous-mêmes et des étrangers pour y poser un regard en biais.Allez renouveler tout seul votre bassin de clichés.N’empêche, la prochaine fois, faudrait bien penser soi-même à se rafraîchir la promo.En attendant, j’ai fait le tour cette semaine, en musée et en album, de photos d'art en forme de pub qui osaient un œil hors de la carte postale.Juste assez pour constater qu’on ne le fait vraiment pas souvent.MUSIQUE Paysages musicaux «autres» JACQUES GRENIER LE DEVOIR Véronique Lacroix est une pédagogue passionnée, Ne cherchant pas à raviver la querelle des anciens et des modernes, Véronique Lacroix tient en réserve plein d’aphorismes: «La musique du passé fut, à un moment ou l’autre, considérée comme musique d’aujourd’hui» ou «Il est possible de savourer les délices de deux gâteaux même s’ils sont constitués d’ingrédients différents»! CLÉMENT TRUDEL LE DEVOIR Avant même de compléter ses études au Conservatoire, Véronique Lacroix fondait en 1987 son orchestre, l’Ensemble Contemporain de Montréal (ECM), dont le parcours est, depuis, presque sans faille.L’ECM ne fait pas la nique aux grands noms du répertoire classique (qui figurent pour environ 10 % des pièces à ses programmes), mais il occupe avec enthousiasme un créneau de créations d’œuvres de jeunes compositeurs d’ici — environ dix par année.Trois de ces créations sont dues, par exemple, à la talentueuse Ana Sokolovic: Pesma, Cinq locomotives et quelques animaux et Géométrie sentimentale.Cçtte dernière œuvre figurait au prestigieux festival Présences 99, de Radio-France, le mois dernier à Paris, avec des pièces d’une vingtaine d’autres compositeurs du Québec, dont le regretté Claude Vivier et certains des anciens professeurs de Véronique Lacroix: Gilles Tremblay, dont Mme Lacroix vante les classes d’analyse pétries de poésie, et Michel Gonneville.Une formule originale L’utilité de l’ECM dans la trajectoire de Mme Sokolovic?«On a pu l’aider, l’encadrer et surtout lui permettre de développer particulièrement ce qu’elle aimait.» Sur la démarche de tout compositeur, Mme Lacroix glisse avec le sourire: «Im composition, c’est connue la natation, ça ne s’apprend pas à distance, il faut que tu plonges à l’eau.» Le 6 mars, en la salle Gabriel-Cusson du Conservatoire de musique du Québec à Montréal (CMQM) — l’entrée est libre —, le public est convié par l’ECM à découvrir «quatre pay- sages musicaux originaux» par le truchement d’autant d’œuvres récentes signées par Alain Beauchesne, Vincent Collard (28 ans; a déjà 15 compositions à son actif), Patrice Coulombe et Justin Mariner, jeune enseignant à McGill qui est aussi en nomination, avec sa pièce Relapse, au concours des jeunes compositeurs de la Société Radio-Canada, qui se tient les 10 et 11 mars à Montréal.L'originalité de la formule proposée par l'ECM tient au fait que ces créations furent précédées de deux concerts-ateliers qui eurent lieu en septembre et octobre, les auteurs y travaillant à vif leurs compositions, se frottant à la fois aux musiciens de l’ECM et au public.Tout l’art d'un chef d’orchestre dont la spécialité est faite surtout de titres contemporains est de concocter la posologie désirée pour «atténuer les appréhensions» que peut entretenir le public devant cette musique contemporaine qu’il connaît peu ou prou, plaide en gros Véronique Lacroix.Et cela réussit à merveille à ce chef d’orchestre.Par intuition, au départ, avec ses copains du CMQM, elle avait accolé Mozart à Anthony Rosankovic, «l’un des jeunes compositeurs qui nous entouraient».Sept ans plus tard, une fois son statut professionnel reconnu, elle plaçait dans un même programme Mozart (Concerto pour piano en sol majeur) et une œuvre dont le pianiste Marc-André Hamelin assura la création: Adonwe, pour piano et orchestre de 22 musiciens, de Michel Gonneville.Ce programme fut peu après gravé sur disque Port-Royal, à la SRC, et fort bien reçu par la critique.Une pédagogue passionnée C’est une pédagogue passionnée que j’ai en face de moi, durant ces 90 minutes d’entrevue vite écoulées.Une femme qui ne prétend ni à la perfection ni à la stature de «superwoman», et qui assume des risques dans la bonne humeur et une énergie apparemment inaltérable.Elle reconnaît qu'elle en faisait trop — elle a déjà cumulé un certain temps la direction de l’ECM, celle de l'orchestre symphonique de Scarborough en plus de guider l’Orchestre des jeunes du West Island dont elle eut la direction durant huit ans — et que toute passion, en musique comme dans d’autres sphères, comporte des choix déchirants, parfois des doutes.«Serai-je à la hauteur, pourrai-je toujours repousser les limites comme j’y suis encline?» Maintenant que l’ECM est en résidence au CMQM où elle enseigne, elle se concentre sur un ensemble et une méthode d’intervention où, après coup, elle découvre une cohérence — le mot revient souvent dans ses propos — qui peut paraître étonnante.Sa stratégie est triple: travailler à la relève chez les compositeurs, «ceux qui seront joués demain par le NEM de Lorraine Vaillancourt ou par l’ensemble de la SMCQ » que dirige Walter Boudreau, les deux formations en vedette à Présences 99 en janvier à Paris: attirer un public plus nombreux vers la musique contemporaine grâce à divers concerts thématiques; et, enfin, former la relève chez les instrumentistes.Pour les plus jeunes sont présentés périodiquement des concerts intitulés J’écoute, j’imagine, je compose! Avec dix de ses élèves avancés (classe d’interprétation de musique contemporaine), Véronique Lacroix fera une tournée de concerts dans six villes de France à l’invitation de l’Offi- ce franco-québécois de la jeunesse, du 17 mai au 1" juin, à l’occasion du Printemps du Québec en France.Un avant-goût de la tournée est présenté (concert gratuit) au CMQM le 19 mars alors que l’on présente des œuvres de Jean Lesage, d’André Ris-tic, d’Eric Morin, d’Edgar Varèse, de Yannick Plamondon et de Pierre Kla-nac (on mise sur la génération de cette fin de siècle).Cette femme qui entend être de son temps admet tout de même son embarras quand on lui demande de citer des auteurs contemporains qui l’auraient davantage impressionnée ou marquée.Elle évoque les «tortures» que vivent les passionnés si on les pousse à choisir, mais finalement s’en tire avec franchise: «Le plaisir de l’interprète n'est pas nécessairement le même que celui de l’auditeur», d’autant que «mon premier contact, c’est sur le papier, avec la partition; je dois en faire une lecture qui évoque des sons, chercher à en atteindre la beauté, la cohérence».11 lui faut du temps, reconnaît-elle, avant d’avoir une appréciation passive (d’auditrice) d’une œuvre.Véronique Lacroix est spécialisée, elle n’en fait pas de complexe, et tente de profiter de toute occasion pour ajouter à sa connaissance du très vaste monde des créateurs contemporains.On la verra en Ukraine l’automne prochain; elle a déjà été invitée à diriger l’ensemble Barcelone 216 et maints orchestres canadiens ou étrangers.Au nombre des distinctions qui lui furent décernées, il y eut le prix Heinz Unger remis en 1994 au chef d’orchestre canadien le plus prometteur.Personne n’a contesté le diagnostic posé.0 Orchestre symphonique des jeunes de Montréal Louis Luvigueur, directeur artistique et chef attitré • Le samedi 6 mars 1999 à 20h00 Nille.l i.iiHlu-Cbampagni*, .10, ,iv Vincent rllnrly, OutrcmonL Adulte- rq.no Ç l'u-: ' Aine 10,11' s II i"‘em- - Rens.514-385-0064 Francis POULENC Les biches: suite Ludwig van BEETHOVEN Thplc concerto pour violon, violoncelle et piano ' en do majeur, op 56 Solistes: Claude RICHARD, violon Hélène GAGNÉ, violoncelle Élise RICHARD, piano Johanne BRAHMS Symphonie no 2 en ré rnajeur.op 73 Gèncerts piano Dorothy Fraiberg violons Denise Lupien & Pascale Beaudry alto Francine Lupien-Bang violoncelle Katherine Skorzewska contrebasse Catherine Lefebvre flûte Denis Bluteau « clarinette Simon Aldrich trompette Paul Merkelo Oeuvres de Mozart.Torelli.Prokofiev & Schubert jeudi 4 mars 1999,20 heures Salle Redpath, Université McG Entrée libre En vertu d une entente avec la Fédération Américaine des Musiciens (A.F M ).les compagnes de disques subventionnent en parte cet événement muséal pour promouvoir la musique active par l'entremise de la Guilde des Musiciens du Québec roNOATION MSMALADICS DU COCUS Merci A LA CHAÎNE CUl.TURÉLl.l DE RADIO-CANADA www.radio-canada.ca 90,3 TORONTO 95,3 QUEBEC • 101,5 RIMOUSKI • 90,7 ESTRIE 3 MAURICIE-CENTRE DU QUEBEC 102,5 OTTAWA-HULL 100,7 MONTREAL 95,3 LAMEQUE • 98,3 MONCTON 101,9 ALLARDVILLE • 100,9 CHICOUTIMI Les SYMPHONIES PORTUAIRES sont de retour! En direct de Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Port de Montréal, on pourra entendre Sirènes volantes, du compositeur Jean-François Laporte, conçue pour des sirènes de bateaux, des sifflets de trains et les cloches de la basilique Notre-Dame.Une seconde création du compositeur Silvio Palmieri aura lieu le 7 mars au même endroit.La Chaîne culturelle est le diffuseur officiel de l'événement.Anim.Hélène Prévost et Éric Létourneau Réal.Hélène Prévost Dimanche à 13 h 45 La pianiste Brigitte Poulin interprète des oeuvres d'Erik Satie à RADIO-CONCERTS.Anim.Johanne Laurendeau Réal.Michèle Vaudry Vendredi à 20 h LIGNE INFO-CONCERT En tout temps, composez le (514) 597-3800 à Montréal ou le 1-888-597-3800.Vous saurez tout ce qu'il faut savoir sur les concerts présentés en après-midi et en soirée à la Chaîne culturelle.Pour une pause toute en douceur au cœur de la journée, Carole Trahan vous invite au MITAN, une demi-heure de musique apaisante précédant le retour à la maison.Du lundi au vendredi à 15 h 30 Puis, à L'EMBARQUEMENT, Myra Créé partage non sans audace et humour son goût pour le mariage entre genre musicaux tenus trop souvent éloignés les uns des autres.Réal.Marie-Claude Senécal Du lundi au vendredi à 16 h
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