Le devoir, 17 octobre 1998, Cahier D
I i: H I.\ nil!.Il S S A M K II I 17 I I HI M A \ i II i: IS II ( I II It II I Il II Claude Simard Page Dll Formes Page I) 12 Enki Bilal «Je me souviens» Son dernier album a été tiré à 300 000 exemplaires.Il fait du einéma.Bilal est un Yougoslave d’origine qui a appris à lire dans Tinlin, Spirou et Pilote.Il se veut un chroniqueur de la réalité.CH Kl STI A N KIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS Au nombre de lois où Knki Bilal dit ••Je me souviens» en entrevue, il passerait au Québec pour un affreux nationaliste.L’homme au front aussi large et au visage aussi émacié que ses héros de bande dessinée éclate de rire lorsque je lui apprends que ces trois mots sont aussi la devise du Québec.«C'est charmant", dit-il.Car ils auraient tout aussi bien pu servir de titre a son dernier album.«J'ai IS jouis et je me souviens», lit-on dés la première ligne.Le Sommeil du monstre raconte l'histoire d’un bébé recueilli par un journaliste français sur le cadavre d'un soldat yougoslave.Ix‘ militaire portait des chaussures Nike et s’appelait Hatzfeld.L’enfant s’appellera donc Nike Hatzfeld.L'œil du nourrisson contemplant le ciel de Sarajevo à travers le plafond éclaté de l'hôpital devient le point de départ d'une aventure ou Nike, devenu adulte, part à la recherche d'Amir et de Ieyla, ses compagnons de berceau, dans un monde irréel dominé par les sombres forces du méchant Warhole.Pour la première fois, Bilal a lui aussi accepté de se souvenir.C’est la première fois que l’auteur de La Trilogie Nikopol et de Froid Équateur parle du pays de son enfance.Pendant la guerre en Yougoslavie, il était demeure muet, n’osant s’exprimer sur un sujet aussi délicat.Tout comme il refuse dans son dernier album de montrer des scènes de guerre.Par pudeur?«Je ne veux pas peindre la guerre.J'essaie de la suggérer autrement.Ce serait trop facile.C'est un sujet trop grave.Im Yougoslavie était probablement le pays de l'Est le mieux placé pour accéder à une main tendue par l'Europe occidentale.À l’arrivée, c’est celui qui se retrouve marginalisé et où sévissent des gens dangereux.Un vrai gâchis.» Belgrade à dix ans Fils d'un père serbe et d’une mère tchécoslovaque, Pilai quitta Belgrade à dix ans.Il en garde des souvenirs heureux, de jeux d'enfants, de saisons froides, de neige.Membre des pionniers (les scouts titistes), il aurait dû apprendre à jouer au hockey, mais les patins que lui avait envoyés son père étaient trop petits.«J'étais à la fois croate, serbe, musulman et macédonien, dit-il.Quand on est enfant, on ne fait pas de différence.Je cohabitais avec des gens sans savoir ce qu'ils étaient.De toute façon, ça m'était égal.C'est plus tard que j'ai compris que ces histoires d’autodétermination étaient un danger.J’ai donc renoncé à me dire serbe ou croate.» Pilai va jusqu’à dire que «la nation est une aberration.[.•¦] Im notion de patrie, de nationalité me parait aujourd'hui dépassée».11 reconnaît qu’il s’aventure là sur un terrain glissant.«On ne peut tenir ce discou is que lorsqu'on a été déplacé comme moi.Si on est à l'intérieur du pays, on est forcé de choisir un camp.Beaucoup de jeunes ont quand même quitté le pays car ils n'avaient pas envie d'entrer dans ce jeu morbide qui est celui de l'etlmieité.» mm écriture VOIR PAUL D PHOTO .1 ACtjrIIS (.Kl Ml K Michel Tten^av Stanley Pêanu plagc des songes Entre mythe et réalité, l’univers de Gaétan Soucy déconcerte mais ravit l’amoureux de la littérature.Cette fois, dans La petite fille qui aimqÊ trop les allumettes, il imagine un choc des cultures, la rencontre entre des êtres coupés de toute eivilisatijjB nourrisd’àrchaïsrne, et la civilisation moderne, centrée sur l’individdfl MARIE-ANDRÉE EHOUInIrD LE DEVOIR Z"'' omrhent décrire l'indescriptible?À propos V/ de ses livres, Gaétan Soucy affirmait lui-même* l’an dernier qu’il sentait son propos très «déficitaire» en comparaison avec le contenu du volume.De ce troisième roman tout juste arrivé sur nos tablettes — Im petite fille qui aimait trop les allumettes —, il ne |)ense pas moins.«Ce que j’avais à dire sur la chose, c’est écrit là, dans le livre.» -'A Même s’il s’y prête-de bonne grâce, avouons que l’entrevue ne figure pas très haut au rang des activités dites agréables.Ix> plaisir véritable tient en trois petites semaines d’intense activité d’écriture, où line idée déjà un peu travaillée dans le passé l’obnubile, tondult sa main, occupe entièrement sa pensée, et’mène à ces dizaines de pages.En toute fin du Volume, c’est bien inscrit: «27 janvier-24 février 1998».Trois toutes jretites semaines d’écriture d’une intensité sans doute rare, et qu’on voudrait d une quelque mahière similaire à l’état dans lequel le destinataire du livre est plongé.Difficile en effet de trouver les mots justes pour donner un aperçu, si mince fût-il, de cette littérature conjuguée sur un mode unique,\ véritable bouffée d’air frais dans un univers littéraire trop souvent uniforme.Racontons: l’histoire de deux jeunes adolescents, dont nous tairons le sexe — roman oblige —, élevés par un père visiblement dérangé dans un monde archaïque mais surtout entièrement coupé de la société.Étrangers à toute notipn de civilisation, autre que celles auxquelles ils ont accès grâce aux livres ;— vieux de quelques siècles, de surtroît — ou l’enseignement prodigué par un paternel aux pratiques masochistes et religieuses anciennes, les jeunots fonctionnent avec les outils qu’on leur a fournis et sont stupéfaits lorsque le père leur fait faux bond, nouant sa viç ail bout d’une corde et laissant les deux enfants en plan.VOIR PAGE I) 2: SOUCY mon mais -.r.LES BONS LIVRES EN FORMAT DE POCHE En vente chez votre libraire Catalogue complet : www.livres-bq.com Lettres québécoises Page D 3 Le feuille ton Page D 5 Essais québécois Page D 7 ?LE DEVOIE CLICHE REPETE À ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR I.E I) K V I) fll , I.K S S A M E l> I I E T I) I M A N (' ME I K (I (' T 0 M H E I !» !» N ef mi ms smam mm7 I U MM.üüli massm v\vi\4 i.-i* mm* GÂfrrAN S Boréal LA PETITE FILLE Ji QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES r a v u Llllb Un b un b pour la Intima.MARTINE PRATTE JANIS POUR LES INTIMES M A B T J N E PRATTE I’histoiijS de Janis, I rebelle, Irginalc, îcorchce ^tre aimée! LANCTÔT EDITEUR jb /Ai s vous tëcevoie, mai s mou a,vue er moi, ms ub sommbs pas Ms cwyMfs.BILAL Chaque image est traitée une par une SOUCY Écrire pour échapper à la mort M^ Regroupement des éditeurs W ^Sk.canadiens-français Lli DEVOIR riences à la scène (avec le chorégraphe Angelin Preljocaj) et au cinéma (Bunker Palace Hôtel, Tykho Moon) l’ont fortement marqué.Le dessinateur aime se décrire comme un »nomade intellectuel».Après la sortie de Tykho Moon l’an dernier, il avait envie de retrouver sa liberté.«Le cinéma, c’est pas vraiment un espace de liberté, il y a trop de pression, trop de contraintes.C’est passionnant mais très lourd.» Il y reviendra pourtant bientôt car il avoue justement ne pas s’y être «suffisamment mis en position de liberté».Pour cela, il faut se passer davantage de l’argent.«À partir du moment où on a de l’argent, on a des comptes à rendre et des résultats à obtenir.A l’avenir, je vais essayer défaire du cinéma de façon très légère.» Warhole Mais au fil des albums, Bilal ne se complait-il pas dans un genre de série noire où les héros malheureux se démènent dans un monde sans issue?Le Sommeil du monstre ne batifole pas dans les pâquerettes.La souffrance y est même physique.Dès la page 10, LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR En tête de liste de l’édition «nature» cet automne, on retrouve sans l’ombre d’un doute l’ouvrage dédié au journal de voyage d’Audubon, le plus célèbre peintre animalier du continent.LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES i • Gaétan Soucy Boréal, Montréal, 1998,180 pages SUITE DE LA PAGE D 1 Le Sommeil du monstre est étrangement un livre de science-fiction à propos des racines.«Les racines, il ne faut pas les oublier.On y revient toujours, mais il faut se déplacer avec.Si je parle de la mémoire, c’est que j'ai décidé de me déplacer avec ma mémoire.Faire honneur à ses racines et à sa mémoire, ce n’est pas rester figé sur son sol.» Son déplacement brutal à l’âge de dix ans l’a forcé à s’adapter à une nouvelle société, à une nouvelle langue.Bilal apprend donc à lire le français dans les magazines de l’époque.Il dévore Tintin, Spirou et Pilote.Ses héros s’appellent Valérian, Blueberry, Tanguy et Laverdure.Jeune dessinateur, il débutera d’ailleurs chez Pilote.«Par réflexe, j’ai senti que ce serait par la langue que j'arriverais à m’intégrer.Je suis tombé amoureux de la langue française très tôt.» En guise d’hommage à Hergé, il a d’ailleurs dessiné un surprenant tableau du petit personnage à la tête ronde, une valise dans les bras, avec son chien Milou sur les épaules.Les deux compagnons semblent terrifiés, comme abandonnés au milieu d’une rue déserte.Le Sommeil du monstre marque aussi chez Bilal le passage de la gouache et de l’encre de Chine à l’acrylique.Pour cet album, il a commencé à peindre debout plutôt qu’assis.«Ce n’est pas le même mouvement, pas la même énergie.Le geste est plus ample.» Autre nouveauté, il a traité chaque image une par une, plutôt que de composer des planches entières qui laissent moins de liberté dans le montage.Le texte est devenu le squelette du livre, se passant même souvent de dessin.«Mon livre se présente comme un livre de BD, il est classé dans la BD, mais pour moi, c’est un livre, tout simplement.» Cela fait des années qu’avec quelques autres, Bilal refuse d’épouser les codes traditionnels de son art.Il évite les onomatopées, déplace les cadres et refuse de s’enfermer dans des personnages de série.Ses expé- Le Sommeil du monstre, d’Enki Bilal.re.«Un lecteur attentif verra que je compose toujours autour des mêmes thèmes, celui du pardon, de la faute, des obsessions aussi.» Dans La petite fille qui aimait trop les allumettes, la faute est incendiaire, et le châtiment d’une cruauté sans nom.Avec l’écriture, Gaétan Soucy trouve son bonheur, une exaltation créatrice difficile à définir mais aux allures salvatrices.Après l’écriture, c’est l’impression très forte d’avoir écrit «un vrai livre» qui prévaut, suivie d’une grisaille commandée par le' sentiment du «à quoi bon tout ça?» «ü\ y a toujours cette impression mixte que, le livre est la chose la plus importante du monde, mais la plus vaine aussi.» Balancé entre le «post-partum» de la, création, l’impression d’avoir tout dit, et puis le retour de la fibre créatrice, Gaétan Soucy revient invariablement au pupitre, pour une autre saison de bonheur.«Je crois que je suis porté par une conviction plus grande que moi-même.C’est pour ça que je dis que je suis un fou, quelqu’un qui se trompe sûrement.Mais je ne connais pas plus belle erreur.» LA PALETTE SAUVAGE D’AUDUBON 6, on s’en cloutait, 'e trois points cardinaux, d, l’est et l’ouest./®it.SUITE DE LA PAGE 1)1 Porté par le langage À ce contexte déjà particulier, et pour s'imprégner de l’atmosphère d’étrangeté créée par ce roman, il faut ajouter le langage forgé de toutes pièces et imposé par la nature du décor romanesque.Essayant de déterminer ce qu’il valait mieux faire avec ce cadavre encombrant, le plus déluré des deux «frères» décide d’aller au village acheter une «boîte à trou» et s’en convainc de la façon suivante: «[.] on ne pouvait pas laisser à elle-même la dépouille et s’en aller main dans la main mon frère et moi en sifflotant de l’autre côté de la pinède.Ensuite, il fallait bien mettre papa dans un cercueil convenable et pour ce faire qu’un de nous deux se sacrifie et se précipite au village pour y monnayer une boîte à trou.» Une fois au village, réfléchissant sur les procédures mortuaires de ses «semblables» villageois, il poursuit: «J’apprenais récemment dans un dictionnaire qu’on doit poser des fleurs sur les pierres par-dessus les trous où on a enfoncé nos disparus, parce que ça leur prouve hors de tout doute qu’on ne les a pas mis dans le trou pour le plaisir, et qu'on pense encore à eux en se disant qu’on préférerait à tout prendre qu'ils soient encore là, et j'aime tellement les fleurs qu’on ne m’a jamais offertes, comme dans les plus belles histoires que je connaisse, que je me mettrais de moi-même dans un trou si ça pouvait donner l'idée à mon frère de m'en apporter en se disant qu’il préférerait à tout prendre m’avoir encore avec lui, mais pensez-vous.» Vous voyez le genre?Chaque jour, l’un des deux frères enfile la peau du «secrétarien» et transcrit dans le «grimoire» les affres de la journée.Régentés par un père qu’on imagine autoritaire en plus d’être fou, toujours à l’affût d’un «horion» qui pourrait faire voir des étoiles, les deux larrons passent de la «cuisine de notre séjour terrestre» au hangar à bois où se terre le «Juste Châtiment», une réalité qui fascine et fait craindre à la fois et sous laquelle se cache une portion de l’incroyable dénouement de cette histoire.Mythe ou réalité ?L’entrée au village d’un être qui a Image tirée du Sommeil du monstre, de Bilal.Nike a le nez éclaté.Le méchant s'appelle Warhole, allusion à Andy Warhol, parce qu’il conçoit le mal comme une oeuvre d’art.«Le monde que je peins n’est pas pire que celui qui existe, réplique aussitôt l’auteur.Allez voir à Moscou et dans certains quartiers de New York.C’est Groucho Marx qui disait à peu près: “Un pessimiste, c’est tin optimiste qui a compris."» Dans tout ce qu’il entreprend, Enki Bilal reste fasciné par l’actualité, dont il se veut en quelque sorte le chroniqueur.«En quelques années, on a quitté un monde bipolaire, parfaitement cadré pqr deux puissances qui s’opposaient.A partir de ce moment, on est entré dans une ère où tout change.Cela crée un sentiment de désarroi très fort et une peur du monde qui naît.» Une mine d'or pour la science-fiction, un genre déconsidéré en France, dit Bilal.«Qu’un auteur s’intéresse à la prospective et joue avec le fiitur, c’est rarissime.La France méprise la science-fiction, qui fait pourtant partie de la grande littérature.Ici, la création noble est celle du présent et du passé, pas celle de l’avenir.» Le Sommeil du monstre a pourtant été tiré à 300 000 exemplaires.Bilal, lui, ne se privera pas d’envisager l’avenir.Le Sommeil du monstre n’est que le premier volet d’une trilogie.Cette semaine sort aussi en France un cédérom contenant les planches du livre.L’objet pourra passer de l’ordinateur à la chaîne stéréo car on y trouve aussi bien des airs rock que des chants touaregs.En contemplant l’animation d’un café parisien, Bilal avoue avoir gardé peu de contacts avec les lieux de son enfance.Il y est retourné pour présenter son dernier film, Tykho Moon.Lui qui imagine ce qui se passe dans la tête d’un bébé de 18 mois n’a pas d’enfants.«Peut-être ce déplacement, cette façon d’être trimbalé, cette violence, ce sentiment de ne pas se sentir installé quelque part ne m’ont-ils pas donné l’envie d’en avoir.» Qu’importe, Bilal n’a pas fini de dessiner l’avenir.Un avenir où, étrangement, les personnages ne cessent de répéter: «Je me souviens.» LE SOMMEIL DU MONSTRE Enki Bilal Les Humanoïdes associés Genève, 1998,70 pages Fleurs d’hiver Maurice Henrie Essais/Nouvelles Éditions Prise de parole 22$ Tout pour l’œil d’Audubon toujours vécu reclus, au delà de cette pinède qui trace la frontière entre la civilisation et le mode de vie archaïque d’une famille à trois têtes — c’est du moins ce que l’on croit —, ne pouvait pas passer inaperçue.Et ne pouvait pas non plus se produire sans que le cours des choses soit modifié et la suite des événements influencée par le choc des cultures.Caché dans le hangar à bois, à la suite de sa brève mais troublante incursion au village, le personnage narrateur (la nature du roman nous impose de demeurer vague sur son identité) reproduit dans son précieux grimoire — que nous parcourons en lisant le livre — le récit de ces événements extraordinaires qui lui permettent de mettre des mots sur des notions qui jusque-là lui avaient échappé.«Il ne faut pas faire une lecture trop étroitement réaliste du personnage, explique Gaétan Soucy.On est dans le mythe.On pourrait dire que la donnée de départ est fort improbable et il est certain que je n’ai pas voulu développer en romancier psychologique et réaliste le thème de l’adolescent qui n’aurait pas connu du tout le reste de l’univers autrement que par des ouvrages savants d’autres siècles.Ce n’est pas ce que j’ai fait.» Comme le personnage narrateur qui s’accroche à un semblant de normalité en transcrivant fidèlement dans son grimoire les aléas de son quotidien bizarroïde, Gaétan Soucy affirme écrire pour échapper à la mort.«Je suis un fou qui croit que faire une oeuvre littéraire, ça va le sauver.Et comme c’est une folie qui est lucide, alors il y a des moments où tu réalises bien la vanité de ça.En ces moments-là, je suis plutôt maussade», affirme l’auteur, qui n'a pas 40 ans.«Si je n’écrivais pas, ce serait beau que je meure d'un seul coup.Mais le problème est justement là: je ne mourrais pas comme ça.L’image la plus forte de ce que je veux par là exprimer, je l’ai écrite dans L’Acquittement, lorsque le narrateur dit que, pour lui, la perspective de ne plus créer correspond à l’idée de se réveiller enfermé dans un cercueil, inhumé par erreur.C’est exactement comme cela que je vois cela.» Voilà trois romans qu’il écrit et autant de paroles et de types de langage utilisés pour rendre justice à l’histoi- Les «beaux» livres occupent une place de choix dans l’édition «nature et environnement» cet automne, au point de damer le pion aux utilitaires, qui dominent généralement ce secteur.David M.Lank Éditions de l’homme, Collection «Mosaïque d’oiseaux» Montréal, 1998,192 pages Une œuvre d’art qui a toute la valeur d’une pièce d’histoire! Des dizaines de livres ont été consacrés à celui qui incarne presque de façon mythique la peinture animalière nord-américaine.Ce nouveau livre, une traduction de l’original publié chez Key Porter Books, vise non seulement à rendre accessible cette véritable pièce d’histoire que constitue The Birds of America, qui constitue le journal de voyage fameusement illustré entrepris par Audubon en 1833 dans le nord du Québec et de Terre-Neuve, mais aussi à réaliser une véritable opération de sauvetage de l'un des cinq exemplaires connus au Canada de ce document historique, celui de la Bibliothèque de référence de Toronto.Beaucoup plus étoffé que Les Oiseaux d’Amérique, publié chez Seghers en 1979, ce livre reprend les planches les plus impressionnantes peintes par Audubon durant son voyage ainsi que ses notes de voyage sur les différentes espèces.Surprise, les dessins des deux livres sur l’ouvrage historique d’Au-dubon ne sont pas identiques, ce qui porte à croire que les éditions originales ayant survécu sont différentes! D’autant plus fascinant d’ailleurs que plusieurs espèces illustrées sont soit éteintes, comme la tourte, soit sérieusement menacées.L’UNIVERS DES CARIBOUS H.John Russell Éditions du Trécarré Saint-Laurent, 1998,114 pages Ix*s Inuits décrivent la migration des caribous avec une expression qui l’assimile à une mer qui coule.Rien n’est plus fascinant que les mœurs de cette bête douce et si docile qu’on la domestique en certaines régions nor- diques.Ce livre, bourré de photographies souvent saisissantes, a le mérite de présenter l’écosystème circumpolaire du caribou comme une région relativement homogène, entrecoupée de frontières sociopolitiques que ces magnifiques animaux ignorent heu-’ reusement.A la fois similaires et différents selon les endroits, ces grands cervidés sont présentés ici dans un texte simple et efficace qui dépasse, pour une fois, les utilitaires destinés aux chasseurs pour aller à fond dans l’écologie de l’espèce.L’UNIVERS DES MORSES Peter Knudtson Éditions du Trécarré Saint-Laurent, 1998 114 pages Comme le précédent, d’ailleurs publié dans la même collection, cette traduction, qui vulgarise plusieurs études scientifiques, se présente comme un livre de grande qualité picturale en raison de l’exceptionnelle qualité des photos qui l’émaillent.Lui aussi vulgarise l’écologie de ce sympathique monstre dodu et dolent qui prend ses bains de soleil sur les banquises! L’ESTUAIRE MARITIME ET LE GOLFE DU SAINT-LAURENT Carnet d’océanographie, INRS Océanographie, Rimouski, 1998 64 pages Un condensé magnifiquemenf illustré des connaissances scienti* fiques sur l’estuaire et le golfe, de?écosystèmes marins surprenants dé la taille d’une mer intérieure.cé qu’ils sont en réalité.Ixs trois eauît superposées, les courants marins, lé chenal Laurentien qui fait passer lç fleuve de 40 à 300 mètres devant Ta) doussac: autant de phénomènes surprenants présentés succinctement ici comme des synthèses de connais! sauces qui ont l’efficacité de bons textes de vulgarisation.Aussi intéressant pour les jeunes que pour le?moins jeunes.curieux.Librairie Gallimard, poétiquement correct.3700 boul.St-Laurent, tél : 499-2012 I.K I) E V 0 I U .I !•: S S A M K 1)1 17 E T D I M A X ( Il K IS (Il I II II II E I !l II S i) LES MALADRESSES DU CŒUR Qui m aime me lise.des ARCHAMBAULT Les Maladresses du cœur roman LETTRES QUÉBÉCOISES La marche mortelle des vivants Tout est grave, même si tout paraît dérisoire dans ce Delisle Les thèmes de l’œuvre de Gilles Archambault -nostalgie, solitude, ironie, tendresse -, illumÿiés, allégés par une maturité qui le rend pleinement maître de sa voix et de son écriture.m kZtj vlb oditôur VIH I.MAKII *** w im ûniKAUKi p./ () û * / y , y BMKJMBBli C^ n A » AV i-v L rt -V.i.A.'A—CL-t -v -vY-* LE DÉSARROI DU MATELOT Michael Delisle Leméac Montréal, 1998,139 pages uel homme étrange que ce Richard Daudelin, le personnage principal du roman de Michael Delisle.11 fut matelot, en effet, dans sa jeunesse, s’étant embarqué à dix-sept ans pour se libérer de la tutelle de son père, «un homme difficile à fuir»-, ce n’était pas un méchant homme: sa tyrannie tenait plutôt à sa «bonté large».Daudelin a navigué, incarnant tant bien que mal cette image, mille fois reprise par les poètes, de l’homme toujours porté vers de nouveaux rivages qui vogue sur quelque vaisseau d’or exposé au Grand Écueil.Mais la présence tutélaire de son père l’a poursuivi au loin.Il lui semble d’ailleurs que tous les hommes qu'il a rencontrés ont exercé une emprise quelconque sur lui.Richard Daudelin n’y peut rien: c’est un dominé dans l’âme.Un soumis de naissance.Ün faible qui peut se transformer en tueur sadique si on le lui commande, mais également un hypersensible que démange le psoriasis.Pour rendre service ou pour prouver son attachement, Richard Daudelin pouvait tranquillement défoncer un crâne à coups de marteau, tirer du revolver ou poser une bombe.Il faisait de son mieux, il s’appliquait, mais il y eut toujours quelque ratage dans ses gestes monstrueux, une inefficacité foncière.Richard Daudelin a été un piètre assassin: il n’arrivait pas â tuer ses victimes, ou elles étaient déjà mortes lorsqu’il frappait.Il y en a ce-pendant une, victime parfaitement innocente, à laquelle il va s’attacher passionnément.C’est un jeune garçon qui s’était trouvé par hasard près d’une bombe qui l’a décapité: il s’a|> pelait Jean-François Vézina-Côté.Daudelin va porter sa photo sur son cœur et faire de cet enfant qu’il a tué son ange gardien, son «chérubin» à qui il confie ses pensées les plus secrètes.Le quinquagénaire en désarroi a trouvé dans cette figure de beauté et d’innocence un abri contre les laideurs de l’existence.Daudelin tente désormais de faire pénitence en acceptant les tâches les plus répugnantes dans la tannerie où il travaille.Et il croit trouver le chemin de la rédemption en devenant un des fidèles de Sister Russell, une «pécheresse» repentie qui accueille à sa «mission» tous les laissés-pour-compte de la société.Daudelin est subjugué par les sermons de cette femme sur le renoncement aux biens de ce monde et la nécessité impérieuse pour chacun de trouver sa vérité profonde, ce qu’elle appelle «the cruel truth».Angoisses et vertiges Mais cet homme a peine à se hisser vers les hauteurs où souffle l'Esprit.Ses aspirations, de même que ses angoisses, se manifestent physiquement, par des vertiges ou des démangeaisons: chez Michael Delisle, le corps est souvent le miroir de l’âme.Ainsi, Daudelin a connu dés ascensions difficiles: il a failli se tuer lorsque, sur un bateau, le commandant l’a obligé à grimper à un mât pour y changer des ampoules; et la première fois où il est entré dans la mission de Sister Russell, il a souffert dans tout son corps en escaladant l’escalier.Tout ceci finit par composer un personnage inquiétant.On croirait par moments que Richard Daudelin pourrait être un mystique, de même qu’il a déjà eu des allures de psychopathe.Mais c’est surtout un pauvre homme qui va d’une tutelle à l’autre et ne s’en rend compte qu’après coup.Il croit d’abord, naïvement, que sa vie est ponctuée de hasards, ramenant tout à sa propre personne, comme s’il était à lui seul le centre privilégié du monde.C’est ce qui faisait dire à Michael Delisle, dans l’interview qu’il a accordée à Marie-Andrée Chouinard dans ces pages le 2 octobre dernier, que Le Désarroi du matelot est en fin de compte «l'histoire de la mort d’une providence».Daudelin va déchanter à propos de Sister Russell et décider de partir vers le Nouveau-Brunswick où, l’espère-t-il, se trouve une communauté qui n’a pas encore été contaminée par l’ambition et l'appât du gain.Mais la tutelle la plus grave, l’incarnation la plus tragique de la prétendue providence, Richard Daudelin va la rencontrer en la personne de Renaud Harrison, un homme de son âge, inquiétant lui aussi, sorte de détective privé qu’on a chargé de filer Daudelin.Harrison, qui apparaît dans la deuxième partie du roman, enchâssée dans le récit de Daudelin, va se laisser prendre au jeu de la filature.Fasciné par celui qu’il surveille, tout en retraçant son passé, il s’immisce dans la vie de Daudelin, lui rend divers services où l’autre ne voit qu’une succession de hasards providentiels.Les rapports entre ces deux personnages d’hommes sont réglés à la manière d'une chorégraphie souple et complexe, sorte de duel sourd où le détective revient sur l’existence de celui qu’il surveille.Voici Richard Daudelin revu et corrigé par son ange gardien, un autre pauvre homme à sa façon; mari ennuyé, père indifférent, Renaud Harrison est un petit bourgeois soudain épris de pureté et d’absolu, qui va tout quitter lui aussi pour suivre l’autre, cette marionnet- H o b e r I C h a r t r a il d ANDRE NERON te en qui il voit un frère ou, peut-être, un fils idéal.228 PAGES • 19,95 $ Les maladresses du cœur sont aussi les bonheurs de la littérature.«Il y a maintenant UN RISQUE A DIRE TOUT HAUT CE qu’on SE RACONTE A VOIX BASSE DANS LES COULISSES DU MOUVEMENT SOUVERAINISTE.Convaincu que les CHOSES DOIVENT CHANGER, j’AI PARLÉ.» Un duo remarquable Michael Delisle a créé avec ces personnages un duo tout à fait remarquable.Ces deux hommes sont des faibles à bien des égards, comme il y en a tant dans les grands romans québécois.Mais ils ont parfois — surtout Daudelin — des accès de cruauté effrayants.C'est notamment là ciue se trouvent leur force et leur originalité, dans cette oscillation entre une extrême sensibilité et une violence sadique.Ce sont des écorchés vifs, enchaînés l’un à l’autre malgré eux.Dès lors, leurs rapports ne pourront que se terminer mal.Très mal.Le Désarroi du matelot n'est pas un roman d’horreur pour autant.Michael Delisle a su rendre le désarroi de ses personnages par une série de petites touches, des dizaines de petits riens puissamment révélateurs, avec parfois des accents d’ironie comme il s’en trouvait dans Drame privé, un autre de ses romans, paru aux Herbes rouges en 1989, et dans le recueil de nouvelles Helen avec un secret, publié chez Iœméac en 1995.La légèreté, chez Delisle, est trompeuse et terriblement efficace, elle permet de dire l’insoutenable.Dans l’interview déjà mentionnée, Michael Delisle disait avoir remis ce récit plusieurs fois sur le métier, cherchant patiemment le ton et la forme qui devaient lui convenir.Il a manifestement finit par trouver: Le Désarroi du matelot est un roman très finement ouvragé, où tout paraît nécessaire.Le personnage de Richard Daudelin serait, selon Delisle lui-même, un portrait romanesque de son propre père.Libre alors à nous, parmi les nombreuses lectures possibles du Désarroi du matelot, de choisir la piste psychanalytique.Le détective Harrison n’a-t-il pas trouvé en Daudelin une véritable «œuvre» à laquelle il travaille, un fils moins insignifiant que celui qu’il a engendré?Que penser de ce culte que Daudelin, qui a jadis voulu se détacher de son père, voue à l’icône de Pour Michael Delisle, Le Désarroi du l’enfant dont il a causé la mort: délire de paternité, projection de l’enfant qu’il a lui-même été?Que penser enfin de ces pieds, de ces souliers étonnamment présents dans le roman: disent-ils que la vie est une inexorable marche en avant, où on ne peut qu’écraser sur son passage les êtres — personnes ou insectes — qui s’y trouvent?Tout est grave, même si tout paraît dérisoire dans ce roman superbement désarmant de Michael Delisle.MARTIN CHAMBERLAND LE DEVOIR matelot est en fin de compte «l’histoire de la mort d’une providence».Ain Ire .Won Le temps des hypocrites vlb éditeur cssa i 19,95 $ Maintenant en librairie RAYMOND CLOUTIER TOUR SIMPLE J II roman Un thriller affectif'où s’agitent les nombreux survivants jpB d’une époque révolue, qui tentent de contrer la solitude, le doux mal de cette fin de siècle.LANCTÔT EDITEUR M lu r /¦jX 4 r *jl v «On retrouvera dans ce livre, réussi pour un permier roman, le Raymond Cloutier que l’on connaît : l’esprit frondeur, le provocateur, l’homme qui ne se satisfait pas des demi-mesures, vomissant la bêtise et l’injustice.Zorro revu par Brecht.» Michel Bélair, Le Devoir.«M.Cloutier a su évoquer avec un brin d’humour et beaucoup de réalisme une époque où tout semblait possible, une époque d’avant le désenchantement.Il l'a fait d'une belle écriture, très fluide, capable d'exprimer aussi bien la passion que l'exaspération.» Réginald Martel, La Presse.RAYMOND CLOUTI ER M Martine Doyon i !•: i> !•: v niii.i.K s s ,\ m k d i 17 K T I) I M A X ( II !•: I 8 0 ( T (! I! I! K I II !l 8 I) ms L I V R E S L I T T É R A T II R K Q II É B É C O I S E La Ultima Isla LA CHRONIQUE L’endroit et l’envers d’une île paradisiaque LE CIMETIERE DES ÉLÉPHANTS Hélène Rioux XYZ Éditeur- Éditions PHI, coll.«Romanichels» Montréal-Luxembourg, 1998 192 pages BLANDINE CAMPION Ouvrir le dernier roman d’Hélène Rioux, c’est immanquablement replonger dans cet espace devenu familier d’eau et de mer où le bleu revient comme une couleur lancinante, cet espace de soleil et de plages dans lequel évoluent quelques voyageurs de passage à l’âme souvent blessée, qu’une narratrice traînant elle-même un passé douloureux dans ses valises observe d’un œil tantôt compatissant, tantôt effaré.Poursuivant l’exploration de ces lieux de transhumance qui se transforment bientôt en dernière escale, Hélène Rioux nous offre après, entres autres, Une histoire gitane, Les Miroirs d'Eléonore et Traductrice de sentiments, une nouvelle histoire en forme de galerie de portraits où se mêlent et s’entremêlent de mille et une manières ses thèmes de prédilection: la fascination pour les flots changeants, l’infime équilibre qui se joue entre la vie et la mort, l'enfance dévastée que l'on continue de trimbaler bien malgré soi.l’effrayante séduction qu’opèrent sur les individus le mal et la violence poussés à leur extrême et, bien entendu, l’amour, qu'il soit d'hier ou d’aujourd’hui.Une île C’est dans une île hispanophone et paradisiaque où elle a choisi de venir pour terminer une recherche, «une île dans la mer bleue», que la narratrice, canadienne d’origine et traductrice de métier (comme l'auteure elle-même et comme, souvent, ses narratrices), fera la connaissance de Hubert, Miranda, Valentin, Renata, Olga, Horst, Marie-Claude, Pipo, Margotine et bien d'autres.Tous ces êtres, venus des quatre coins de la planète, ont échoué là, dans un petit village insulaire mais cosmopolite qui prend des allures de refuge contre les fureurs du monde, là-bas, et partagent leurs journées entre la plage, les parties de belote ou de pétanque, les apéritifs et les repas pris au café Mimosa.Oisifs par choix ou par nécessité, ils ont formé une amicale des résidents, qui transforme la petite communauté bavarde en véritable microcosme, avec ses hiérarchies, ses règles tacites, ses habitudes, ses jalousies et ses alliances qui se font ou se défont au fil des humeurs de chacun.Désireuse de protéger sa solitude tranquille et son indépendance, la narratrice (qui restera anonyme tout au long du récit) participe à la vie de la communauté tout en restant en retrait, témoin et confidente privilégiée.C’est en effet en écoutant ou en découvrant, parfois à son corps défendant, des bribes de ces vies apparemment bien remplies que la narratrice apercevra peu à peu, derrière la façade paradisiaque que confèrent le paysage et le climat, les fissures qui se révèlent aussi bien dans ce décor qu’en chacun des êtres qui ont choisi ou n’ont pas choisi d’arriver là.Ainsi, progressivement, l’île enchanteresse s’est transformée, dans Hélène Rioux Le cimetière des iants roman I m i XXI ccl i leur EDITIONS PHI Homanichets l’esprit de la narratrice, en «cimetière des éléphants», ce lieu à la fois mythique et attristant où s’en vont mourir les grands animaux que l’on croyait invulnérables, et dont l’image revient inlassablement au fil des pages, renforcée par les exergues, extraits d’ouvrages scientifiques ou littéraires, qui font écho au récit.Ainsi, de même que «les éléphants ne sont jamais silencieux, qu'ils mangent ou qu ’ils se reposent» ,(Ian et Oria Douglas-Hamilton, Les Éléphants et nous), les membres de la petite communauté ne cessent de ressasser leurs petits et grands malheurs, de commenter le film de leur existence, de rappeler leur grandeur passée, d’évoquer leurs rêves toujours vivants pour ne pas succomber, pas encore, qui à la vieillesse, qui au désespoir ou à la maladie.Pourtant, la mort est là, toute proche, trop douloureusement proche parfois, et ne reste plus alors que la parole, mi-chronique, mi-affabulation, pour contrer son pouvoir d’érosion.Pêcher des histoires Si chacun des personnages endosse tour à tour le rôle de conteur, la narratrice, quant à elle, se plaît dans la posture attentive de celle qui écoute.Il lui suffit d’être là, d’attendre calmement que les mots des autres viennent à elle: «Le pêcheur [.] lance sa ligne dans les flots bleus, il attend patiemment.Je lance la mienne et j’attends que mordent les histoires.» Elle devient ainsi la dépositaire de tous ces récits de vie, qu’on lui a confiés comme on lance une bouteille à la mer et quelle reconstruit pour nous, morceau par morceau.Après deux chapitres quasi introductifs qui mettent en place le décor et l’atmosphère qui règne dans File fies moins réussis de tous), la narratrice déroule donc, au fil Il faut crier l'injure Pierre Pelletier Rouan Éditions du Nordir 22$ Suis-je vraiment en vie, clans cet état d’extase à la limite de la démence ?AH*.Regroupement des éditeurs canadiens-français le Devoir Déguerpir de la maison en feu de ses souvenirs, sa galerie de portraits.Et c’est sans aucun doute clans ces porù-aits.tantôt développés, tantôt à peine esquissés, que l’auteure manifeste tout son talent.On retrouve, dans ces récits-portraits, (buts l’évocation des amours tumultueuses d’Hubert et Miranda, d’Olga et Horst, de la plantureuse Renata, la sensualité à fleur d’écriture qui caractérisait déjà les précédents romans d’Hélène Rioux, la place essentielle donnée aux couleurs, aux odeurs et, bien entendu, à la volupté et au désir.La romancière excelle à créer une atmosphère en quelques notations éparses, à rendre lïune même de per-sonnages qui ne font que traverser le récit mais qui prennent vie en quelques lignes devant nos yeux.Thèmes, figures et portraits Si ce cinquième roman ne fait que confirmer les qualités que la critique s’est plu à relever dans les précédents, il en a toutefois aussi les défauts.Sans même vouloir retenir à ce titre la récurrence lancinante des mêmes thèmes (la mer, le voyage, l’amour, la mort, la ville-mouroir constituaient déjà l’essentiel de Traductrice de sentiments, pour ne citer que cet exemple) ni le retour de figures connues (Éléonore, entre autres, qui apparaît comme une métaphore de l’auteure en fin de récit), on notera toutefois la faiblesse des personnages masculins par rapport aux personnages féminins (toujours très réussis).Mais il manque surtout à tous ces portraits, fort évocateurs au demeurant, un fil conducteur que la présence de la narratrice, la proximité spatiale (la vie sur File) ou la figure de l’éléphant ne parviennent pas toujours à tisser.Ixi critique a, par le passé, reproché à la romancière et nouvelliste de rédiger ses chapitres comme autant de nouvelles, justement, et Le Cimetière des éléphants n’échappe pas toujours à cet écueil.Pourtant, ces faiblesses, il faut le dire, ne parviennent pas à annuler le charme des romans d’Hélène Rioux.Il se dégage de celui-ci un parfum un peu suranné, pareil à celui qui s’échappe d’un vieil album de photographies que l’on feuillette avec plaisir et tristesse à la fois.La petite musique du récit, une fois la dernière page tournée, ressemble à une ancienne rengaine un peu triste, a la mélancolie indolente mais tenace, et dont la grâce tient autant à la fragilité du souvenir qu’à l’éclat des images.Finalement, File racontée par Hélène Rioux évoque celle magnifiquement mise en mots et en musique par Jacques Brel, cet amoureux des Marquises, «une île au large de l’amour / posée sur l’autel de la mer / satin couché sur le velours / une île chaude comme la tendresse / espérante comme un désert qu’un nuage de pluie caresse».Cette île qui, sous la plume du chanteur et poète, «sommeillait en nos yeux / depuis les portes de l’enfance» devient, dans le récit d’Hélène Rioux, cette ultima isla où s’achève le voyage.Je refermais précautionneusement la porte derrière moi, m’y adossais et respirais à pleines narines les effluves balsamiques de l’encre, du papier et de la colle qui embaumaient la petite pièce.Sur une table reposait la machine photocopieuse Gestetnçr, la maison d’édition de mes premiers vers risque-tout.A tour de bras, je l’obligeais à me livrer cent exemplaires d’un poème qui ne m’avait pas coûté grand-chose, n’allait rien me rapporter, sentait bon l’encre fraîche et prophétiserait, à qui avait des yeux pour lire, l’éclatant avenir littéraire auquel j’étais promis, contre toute attente.Une grande fenêtre, haut perchée, laissait pénétrer dans le local exigu une clarté de dévoilement, d’extraordinaire divulgation, l’ébruitement rayonnant d’une inspiration que j’avais trop longtemps gardée pour moi.Je regardais avec une espérance effrayante, une fierté violente, le soubresaut de la page, bondissant de la machine, où était mystérieusement ébauché le commencement d’un talent hors de l’accoutumé.Quand elle m’avait tiré les cent copies réglementaires — toujours le même tirage, il ne fallait pas que je gaspille trop d’encre, et puis, quand j’aurais trouvé cent lecteurs, ce serait déjà la gloire! —, je faisais taire la machine, m’asseyais à la table, faisais bruire les pages: j’imaginais alors tout un recueil de ma poésie désaliénante, surnaturelle, et fermais les yeux devant l’insupportable joie de mon prodige éparpillé dans le monde.Désenchantement Je revenais lentement de mon extase, les mains tremblantes et le cœur abasourdi.Alors je baissais les yeux sur la première feuille, apercevais mon écriture sans la reconnaître et déchiffrais, dans un désenchantement poignant, les rimes traîne-misère, empilées les unes sur les autres, comme les tranches de pain sec, sur la table du réfectoire: Je boirai toute l’eau de tes yeux sans perdre ma soif jamais Tu es là, ici, là-bas, adieu Tout à l'heure sans moi tu marchais.J’étais cruellement désillusionné, anéanti, farouchement sorti de mon rêve amoureux et lyrique, définitivement songe-creux, bête, demeuré, misérable rimailleur et triste adorateur d’une paire d’yeux digne d’un Cyrano infiniment plus reconnaissant et plus humble que moi devant la beauté stupéfiante.Je me levais, faisais vingt pas dans la pièce, me cognais aux chaises, aux murs, mouche à feu au bout de son phosphore, dans sa bouteille enfermée.Et aussitôt ma désespérance me fuyait: demain j’allais recommencer, l’amour était un martyre progressif, l’écriture aussi.Et puis la machine était patiente: à deux, demain, jeudi ou samedi au plus tard, nous aurions du génie, et mon amour serait publié dans le vaste monde.A seize ans, on est aspirant et expirant, quasiment dans le même temps, on est acharné et engourdi: infaillible et incapable, ver et étoile, immortel et défuntisé.J’étais poète débutant, le temps jouerait pour moi, la machine aussi.Quant à mon cœur, il n’avait pas fini de battre la chamade, d’aller l’amble, de monter sur ses grands chevaux.J’aimais ces mots-là, l’amble, la chamade, les grands chevaux: je les traçais au revers du poème manqué, et aussitôt j’entrevoyais la formulation irrévocable, l’œuvre possible, le recueil de mes émois, inexplicables et passionnants, enfin broché et mis entre toutes les mains.Intermède Je cherchais comme un forcené puis abandonnais lâchement ma quête, m’endormais sur l’appui de la fenêtre, me réveillais, ahuri, lisais une page, convolais avec les phrases d’un autre, m’accouplais à des syllabes sorties d’un génie qui connaissait l’amour et le dictionnaire par cœur, et finalement courais jouer avec les autres, ayant tout oublié de mon destin d’épeleur de mystères, abandonnant le mauvais poème cent fois répété, en morceaux, dans la corbeille à papier.Mais je revenais souvent dans le petit local, imprimer un détail ou l’autre de mon grand ouvrage, sans cesse entrepris, sans cesse différé, et pour lequel je concevais une patience suppliciante et entêtée.Un après-midi, alors que la machine, dans un grand tintamarre de locomotive à écrire, achevait de pondre les cinquante reproductions — j’acquérais tranquillement, une modestie dont je m’enorgueillissais avec ferveur — d’une page d’amour à nulle autres pareille, j’entendis tousser derrière moi.J’arrêtai net ma gesticulation frénétique, épouvanté comme le brasseur de whisky de contrebande surpris devant son alambic par le shérif du comté, et me retournai brusquement.J’avais devant moi le père Tho-mas, qui me dévisageait gravement, mais d’un œil seulement, l’autre étant embusqué sous la mèche qui lui dégringolait sur le front.«Ah, c’est donc toi! — Moi qui quoi?» En guise de réponse, le père a sorti de sa poche une A’ o b c r / A a I o il il e L’amour était un martyre progressif, l’écriture aussi feuille froissée qu’il a dépliée avec une application solennelle, sans me lâcher des yeux.Je savais par cœur, hélas, ce qu’il entreprit de me lire, d’une voix exagérément indulgente.11 s’agissait de l’avant-dernier cantique, célébrant le visage aimé, entraperçu dans un songe plus vrai que la vie, et qui faisait lamentablement rimer «visage» avec «ravage».J’eus honte à me confesser, et m’aperçus sans délai, ma, valise à la main, descendant pour la dernière fois les: marches du collège, escorté par cent rires malveillants, condamnant du mêine coup mes vers saugrenus et mon amour chimérique.A seize ans, on s’insurge et se résigne d’un même hochement de tête, on est prêt à mourir à tout moment, fauché par la vérité, émise à contre-temps: un coup révélées, ma passion et mon ode me contraignaient à la fois à revendiquer et à renier, comme saint Pierre avant le chant du coq, ma dévotion envers l’ami fabuleux.J’étais prêt à jurer, d’une même lancée sauvage, aussi bien que ces ùistes vers étaient d’un autre et méritaient l’anathème qu’ils étaient de moi et valaient de For.Passions Mais je n’eus ni à m’encenser ni à me discul-’ per: le père n’en voulait ni à mes vers insuffisants, ni à ma passion défendue, mais à ma pâleur de ressuscité, à mon désarroi de troubadour éploré, à ma tristesse d’enfermé visité par des spectres.Il me cita Ovide par cœur, Homère et Shakespeare, s’enthousiasma en modulant Ronsard et le Cantique des cantiques, versa une larme en chantant La Ballade du pendu de Villon, jusqu’à ce que sonne la cloche du souper et que s’éteigne la lueur du couchant, dans la fenêtre du petit local.Je venais de faire la connaissance du grand ami des poètes, celui qui mémorise leurs rimes, comme les versets d’une prière et les récite, en tout lieu, à tout moment, avec la voix qui convient tant à leurs débordements les plus dé-, durants comme à leurs murmures les plu'^ doux.Le père Thomas me clama, de mardi en jeudi, debout contre la fenêtre du petit local, Verlaine, Mallarmé, Aragon, Venetius de Moraïs, Miron, Lapointe, Latj-J nier, Grandbois — je l’entends encore psalmodier «O toil genou rond comme l’île de mon enfance.» de sa voix chevrotante — et même quelques-uns de mes quatrains, qui sonnaient tellement plus gracieux et plus cadencés, dans sa bouche à lui.Jamais on ne nous dérangea, ces après-midis-là.La porte restait pourtant grande ouverte, et chacun aurait pu entrer et mêler sa voix à notre récitation fervente, ininterrompue, recueillie.Nous entendions les cris et les chj-meurs des joueurs de baseball ou de hockey, dans la cour; et, quand se couchait le soleil, les trilles de la grive ou les roucoulements des pigeons accompagnaient la voix dij père, chuchotant Valéry: O pour moi seul, à moi seul, en moi-même, J’attends l'écho de ma grandeur interne, Amère, sombre et sonore citerne sonnant dans l’âme un creux toujours futur!.Et je voyais mes lendemains chanter, ma vocation épanouie, ma joie triste de ménestrel au destin d’étoile filante.Le père Thomas fit avec moi de longues promenades, dans la forêt, au bord des chemins, m’incita à ouvrir l’œil, à découvrir autour de moi le matériau de mes images, à renoncer à l’amble et à la chamade, à garder les grands chevaux et à me taire quand j’endurais des joies et des misères pour lesquelles les bons mots ne ver naient pas facilement.«Regarde autour de toi, lis, et tâche de te retenir jusqu’à ce que tu n’en puisses plus.Comme ça, au moins, ce que tu écriras sera nécessaire comme respirer en sortant d’une maison en feu.» Un après-midi, je me retrouvai seul, en tête-à-tête avec la Gestetner muette et la clarté blême d’hiver dans la grandé fenêtre.Le père ne vint pas, ne vint plus jamais.J’appris qu’on l’avait «changé de collège» et soupçonnai que son grand amour des poètes n’était pas étranger à cet exil-là.Il m’écrivit, pendant une année, des lettres chaleureuses, empressées, pleines de Rimbaud, de Giguère, de Chamberland.Puis il se tut, et alors, moi, je commençai à me faire entendre, n’en pouvant plus de me retenir de respirer dans le collège en feu.Mon premier texte — j’avais abandonné les vers, trop sorciers pour moi — célébra son amitié «effervescente, tout feu tout flamme et claire comme l’hiver dans la fenêtre du petit local».Alors me parvint une autre lettre, la dernière, qui m’assurait que la petite pièce où nous récitions était à coup sûr inoubliable mais que le qualificatif «effervescent» ne convenait plus au vieil homme asséché qui achevait doucement sa vie entre les murs d’une chambre sombre, au fin bout du monde.La dernière phrase, précédant son ultime adieu, m’incitait à modérer mes transports, à élire l’image vigoureuse et à bannir le remplissage et la redondance: «N’oublie pas: déguerpir de la maison en feu ne laisse pas le temps de palabrer.» LIVRES PRATIQUES Intérieurs chinois METTEZ DU FENG SHUI DANS VOTRE VIE George Birdsall Traduit de l’américain par Sophie Lemaire Éditions de l’Homme, Montréal 1998,174 pages Ingénieur et architecte, Fauteur est aussi consultant en feng shui.Le feng shui est un système très ancien de concepts, de principes et de règles qui, s’appuyant sur l’idée se- lon laquelle l’habitat exerce une influence déterminante sur l’être humain, s’attache à concevoir des lieux d’habitation ou de travail dont l’architecture intérieure, l’aménagement et l’environnement seront les plus favorables à son bien-être.Les deux mots clés du feng shui sont l’équilibre et l’harmonie.Un ouvrage qui peut vous aider à aménager votre intérieur de telle sorte que vous prendrez plaisir à y revenir et que vous vous y sentirez bien.L’auteur suggère de multiples façons d’appliquer à du Gvnje lUrihtll Mettez' n?votre vie' c e contexte occidental certains aspects de cette an-c i e n n e pratique divinatoire qui s’inspire de la philosophie chinoise.Une façon de faire dont on peut tirer quelques enseignements.• | i LE MIEUX DE LA PEUR Michèle Morgan Libre Expression Montréal, 1998 264 pages Il y a des peurs qui permettent d’avancer dans la vie quand on parvient à s’en libérer.Chacun de noùs connaît la peur sous une forme ou une autre; ce qui est essentiel, estime 1 auteure, c est d arriver a se servir de ses peurs comme d’un leviér pour transformer celles-ci en foreds et s’en faire ainsi des alliées.I Renée Rowan 'k I- K I) K V II I It .I.K s S ,\ M K II I 17 K T I) I M A X ( Il K IS (IC T (I It It K I il il S Livres LE FEUILLETON Un éloge bien naïf de la réalité ¦°^ versai wml; >J*#a©4 Regroupement des éditeurs canadiens-français LE que Kafka, Duras, Gide ont tous, d'une manière ou d’une autre, abandonné le roman pour se consacrer à la vraie littérature qui consisterait en «l'apprentissage de soi-même perpétuellement poussé au bord de l'épuisement de sa [sic] pensée».Je ne sache pas que ces écrivains aient dit plus vrai à la fin qu’au début! Dire «Je» Citant Gilles Deleuze qui, dans Critique et clinique, écrivait: «Im littérature ne commence que lorsque naît en nous une troisième personne qui nous dessaisit du pouvoir de dire je», Donner voudrait par ailleurs s’en prendre à tous ces papes et ces doctes des sciences humaines (littérature, philosophie, anthropologie.) qui se seraient fourvoyés sur la véritable nature du geste d’écrire et de réfléchir le monde et qui, surtout, auraient refusé au «je» ses prérogatives.Et il le fait bien stupidement, s’en rapportant aux thèses d’Alain Sokal et Bean Bricmont, mais sans les citer ni les nommer expressément (pour ceux qui voudraient avoir un aperçu du débat qu’ils ont suscité en France, voir la revue de presse sur le site Internet: pec-catte.rever.fr/SBPresse/-SokalBricmontPresse.html).Pourquoi ne pas citer Sartre qui, dans son livre sur Flaubert (L'Idiot de la famille), écrivait d’un de ses personnages, le pharmacien Homais: «Ce qu’il [Flaubert] reproche à Hormis, c'est de se complaire à écraser sous l’entassement de petites vérités précises et coupantes les grandes inquiétudes de l’humanité.» Il y a certes malaise dans la littérature romanesque, mais fallait-il avoir de si pauvres arguments que le cinéma apparaisse plus près de la réalité parce qu’il nous restitue un «temps réel», que l’exécution du couple Ceausescu compte «parmi les plus grands moments de l'histoire du cinéma, et sera toujours au-dessus de toutes les adaptations, si “réussies"soient-elles, de Shakespeare»?Où donc avez-vous rangé votre imagination?denisjp@mlink.net Le style contre la réalité S'emportant contre le «style» qui, en notre époque, serait devenu maquillage et maniérisme (souvent même une manière de tomber dans les marécages de la vanité) et s’affirmerait contre la hiérarchie des vraies valeurs sans oser aller jusqu’au dévoilement de celui qui parle (écrit), Donner aimerait bien que l’auteur se réconcilie avec lui-même, c’est-à-dire avec sa réalité, qu’il ne se cache pas derrière des artifices et des faux-semblants.N’entendez pas ici qu'il prônerait un retour au «réalisme» en littérature.Le réalisme n’est jamais qu’un «effet de réalité», pas la réalité, le «réel», en d’autres mots, si je suis son raisonnement, la «vérité».Accordons-lui qu’il soit encore en mesure de distinguer entre un «récit de soi» (journal intime, par exemple) qui serait parfaitement superficiel et mensonger et un récit de fiction qui, sous couvert de fantaisie, recèlerait «des vérités parmi les plus tranchantes de la littérature».Il n’est donc pas si bête.Mais, ajoute-t-il aussitôt, «quand on y regarde de près, le tableau est d’une telle complexité que je suis bien tenté d'arrêter là mon investigation, d’autant que tout le monde a déjà parfaitement compris où je veux en venir».Eh bien non, M.Donner, je n’ai pas compris, et ceux qui le prétendraient seraient justement de ceux-là qui, au lieu de «lire», projetteraient leur imaginaire et leurs désirs sur le livre qu’ils ont sous les yeux.Ce sont là les plus mauvais lecteurs et, malheureusement, les plus nombreux.Donc, argumentez encore! Et dites-nous pourquoi l’imagination empêcherait «la vérité de faire jour [sic] à l’intérieur d’un récit personnel»! Pourquoi l’imagination serait presque toujours au service de l’ignorance et du mensonge, du moins de l’évasion, de l’oubli de soi, de la distraction, de la ARCHIVES SLE DEVOIR Christophe Donner Conversations Herménégilde Chiasson Poésie Éditions d’Acadie 16$ Un jour, il va bien falloir s’attaquer à l’inquiétant désordre du monde.Commandez vos livres ehez Renaud-Bray \oiis expédions partout au Québec pnsll' nil IIH .ll-VI II' 1 Montréal : 342 - 2815 1 Extérieur : I-NNN-746-22X3 I mail : sa du/ rcnaud-bray.com CONTRE L’IMAGINATION , Christophe Donner Editions Fayard, Paris, 1998,120 pages « U n poison infeste la littérature», nous dit Christophe Donner dès l’amorce de ce qu'il a voulu être un manifeste littéraire: «l’imagination.» Il s’emploie à le dire, plutôt qu’à le démontrer avec rigueur, tout au long de ces 120 pages.C’est le titre qui m’avait attiré: Contre l’imagination.Sous la plume d’un romancier de 42 ans qui a déjà plus de trente romans derrière lui, cela promettait.Tout le monde sent bien qu’aujour-d’hui, la majorité des romans qui nous sont donnés à lire sont inutiles, parfaitement inutiles, tout comme la majorité des films et des œuvres de fiction.Nous croulons littéralement sous le poids des œuvres produites par r«imagination», qui ne sont plus souvent qu’un ramassis de clichés, avec ou sans portée morale, avec ou sans finalité esthétique, destinés au divertissement des consommateurs que nous sommes devenus.En réalité, nous vivons par procuration, toute notre civilisation a choisi de vivre par procuration en permettant au spectacle (celui du sport, du théâtre, du cinéma, de la télévision, du vidéo, du roman.) de se substituer à nos vies, c’est-à-dire de nous offrir des héros (Oh, souvent de bien pauvres héros!) qui nous font oublier que nous n’en sommes pas.Et depuis que la réalité virtuelle a fait son entrée sur la scène de nos rêves (pensez à l’immonde succès d’un film aussi nul, aussi sentimentalement anémique que Titanic), les choses n’ont fait que se gâter encore plus.Nous sommes aujourd’hui capables de nous passer de la réalité, c’est même ce que nous souhaitons le plus ardemment.Le politique?Des études austères?La responsabilité sociale ou humanitaire?La confrontation au réel?Nous n’avons et ne savons qu’en faire.Puisque tout nous paraît également immoral ou simplement indigeste, voire inaccessible du côté de la réalité, vive la fiction! Au moins, avec elle, nous nous paierons du bon temps! Mais c’est précisément ce «temps» qui, désormais, nous échappe.Le temps de «notre» vie.Je ne sais si le malaise de Donner vient de tout ce que je viens d’évoquer.Certainement en partie, lui qui s’est décidé de se révolter contre l’imagination comme, jadis, il l’avait fait bien naïvement contre «la petite musique des mots» en littérature, ce «chant d'hypnose».Seulement, quand on entre un peu plus dans le champ de son argumentation, les choses se gâtent terriblement.passivité.Pourquoi encore, alors que la «vérité ne s’oublie pas, qu’elle a une influence, un impact définitif sur l’esprit [.].L’imagination, au contraire, s’oublie très vite [.]».11 est vrai que certaines œuvres d’imagination s’oublient très vite, qu’elles ne marquent pas, je l’ai même déjà écrit dans ces pages.L’usage de l’imagination Mais ce n’est pas l’imagination en soi qui est en question, c’est son usage et sa finalité, la rigueur dans laquelle on la tient.Quand elle se met au service d'une question impérieuse, d’une véritable quête de sens doublée d’une quête de forme, elle est ce que l’art produit de mieux.En fait, vous êtes contre le règne absolu de l’imagination en nos sociétés car vous vous êtes aperçu que même dans les écoles, c’est ce qu’on demandait aux jeunes enfants: faire preuve d’imagination.Et en effet, mieux vaudrait, pour leur éducation et leur formation, les mettre plutôt à l’épreuve de la réalité — à la condition de ne pas tomber dans cette mauvaise interprétation de la réalité qui consiste, chez certains auteurs de littérature jeunesse, à leur raconter sans magie la lutte des sexes, les petits désagréments du quotidien, les difficultés scolaires, l’embarras d’être parent, et j’en passe.Rêver est important à cet âge.Vous avez aussi sans doute raison de déplorer que le roman se soit littéralement «approprié le livre, comme si cet objet était fait pour lui.Un peu comme la marque Frigidaire s’est approprié le réfrigérateur».Il y a aujourd’hui trop de romans et pas assez de poésie.Mais pourquoi toujours ramener le roman à la fiction inutile et oiseuse, dire que Gabriel Garcia Marquez, ce Nobel de l’imagination, se décide enfin aujourd’hui, à 70 ans, à raconter sa vie et que c’est pour le mieux?Que Céline ne parlait plus à la fin de sa vie qu’en son nom, Jean-Pierre Den is ?Sur la route de — — GREGORY BAUM Le nationalisme perspectives éthiques et religieuses / 325 PAGES • 29.95$ WILLY W DEWEERT -LES-ALLUMEES DELA SACRISTIE ** OfVcAÉI W SACVAt* 0/0 "0 -0r0 0 0 0 * » » * « * » * O « / ASDM'f \ ‘Vf, Mut FM’ V Tians et N etits farcis Nivr ramcirr» «acm \ J*L: V m?m J T 1 Dmc^R dt Bpoumrr 304 l PAGES • 38.95$ Géopolitique B du sens Dctdée de Brouwer 384 PAGES • 52.95$ y&u | YM- f g Y .\ mil ARN IN "-.A l'ÿçtjws ' -j- 200 PAGES • 24.95$ Distribution Fides En vente chez votre libraire PASCAL 8RIS5EIIE ses états Corolle Simard LA PLACE Fonctionnaires et immigrés au Québec L'AUTRE — — 176 PAGES • 24.95$ Hélène Oorion LES MURS DE LA GROTTE m — 96 PAGES • 19.95$ 278 PAGES • 24,95$ \utf lit direction de Zaki I/aïdi 212 PAGES • 30.95$ Un mythe national mmp-j—i 228 pages • 23.95$ 232 PAGES • 24.95$ i: i 02 L K l> !•: V 0 I H .L E S S A M E I) I 17 E T I) I M A N C II E 18 II C T () li |( E I !l !) 8 > i vf t * Aiarr hx'xufr VWr mm màWà 'yisÇfii , Jim Harrison Ahmadou Kourouma est considéré comme un des grands écrivains africains de langue française.Une histoire en trompe-Pœil EN ATTENDANT LE VOTE DES BÊTES SAUVAGES Ahmadou Kourouma Seuil, Paris, 1998,358 pages LISE GAU VI N Le Kourouma nouveau est arrivé.L’événement, car c’en est un, mérite une attention spéciale: il s’agit là du troisième roman de celui qui est considéré comme l’un des plus grands écrivains africains de langue française.Mais plus étonnant encore est le fait que cet auteur n’aurait peut-être jamais été connu sans la création du Prix de la revue Etudes françaises grâce auquel son premier roman, Les Soleils des indépendances, a été publié en 1968.Ce manuscrit, après avoir été refusé par plusieurs maisons d’édition françaises, avait été expédié par la poste à Montréal et primé, au grand plaisir de son auteur qui ne manque pas une occasion de manifester sa reconnaissance envers les Québécois en général et Georges-André Vachon en particulier.Celui-ci, alors directeur de la revue, avait eu l’instinct de reconnaître un véritable romancier.Le roman fut ensuite repris par les éditions du Seuil en 1970, sans qu’aucune mention ne soit faite d’une publication antérieure.Il fut suivi par un deuxième récit, Monnè, Outrages et défis (1990), dans lequel la satire de la période colonisatrice n’épargne personne.Avec ce troisième titre.En attendant le vote des bêtes sauvages, Kourouma choisit une fois de plus de faire revivre la période qui suit les indépendances, présentée cette fois à la manière d’une vaste fresque retraçant les grandes étapes de la vie de quelques dictateurs africains.Pour ce faire, le romancier invente une forme qui a l’avantage de distribuer le récit en autant de plans qui se superposent et se complètent pour mieux déstabiliser le lecteur et l’entraîner dans des histoires époustouflantes, celles des présidents engagés dans une Histoire qui leur échappe malgré tous les efforts qu’ils font pour la maitriser.Au premier plan se trouve le récitant, celui qu’on appelle le sont, chargé de retracer les faits et gestes de la vie de maître chasseur et dictateur-président de la République du Golfe, Koya-ga.Ainsi commence un récit purificatoire, désigné sous le nom de donso-mana, qui se poursuivra tout au long de six veillées qui sont autant de chapitres du livre.Mais la parole du récitant est doublée par celle d’un répondeur dont la fonction est d’interrompre le récit et de traduire en termes crus ce que peut avoir de conventionnel et de pompeux la narration du sora.Ainsi cette mise en scène de la parole obéit-elle à un rituel qui emprunte autant à la veine comique et aux facéties qu’au style élevé de l’épopée.Lorsque le récitant déclare à propos de Koyaga: «En République du Golfe, tout le monde savait, tout le monde se disait que vous étiez capable de l'incroyable», le répondeur, quelques lignes plus bas, affirme: «La politique ne réussit que par la duplicité.» A la fois figure du fou, du médiateur et de l’interprète, le répondeur module, pour l’intelligence du lecteur, les faits et gestes rapportés.Au second plan se lit l’histoire des indépendances africaines telle que gérée par les dictateurs au pouvoir.Ces dictateurs, que rencontre Koyaga au cours d’une visite initiatrice dans différents pays, lui apprennent à se méfier de dangereux principes, comme celui de séparer la caisse de l’État de sa caisse personnelle ou encore de faire la distinction entre vérité et mensonge.Ils lui apprennent encore que le véritable chef africain est celui qui ne connaît qu’un seul système de gouvernement, l’authenticité.Au nom de cette authenticité, il pourra disposer de tout l’argent du Trésor et de la Banque centrale et décider de se substituer aux lois.On aura compris que la charge est féroce et que la comparaison entre les hommes et les bêtes ne se fait pas toujours à l’avantage des premiers.Car les hommes, comparés parfois à des bêtes désemparées, parfois à «une bande de singes rouges», offrent une image peu reluisante d’eux-mêmes.Ici tout n’est que meurtres, rapines, viols et tyrannies de tout acabit, sanctionnés par la bénédiction de l’Occident et légitimés par la peur du communisme international.Koyaga le dictateur ne cesse de recevoir des doctorats honoris causa des universités américaines.À un troisième niveau enfin, le récit laisse planer une question irrésolue: qu’ont gagné les ancêtres, ceux qu’on nomme les paléortégritiques, ces hommes nus dont le métier était principalement de chasser, à se vêtir et à fréquenter les hommes dits civilisés?N’ont-ils pas été jusqu’à aller se battre pour eux en Indochine, comme l’avait fait Koyaga?Question lancinante, qui traverse toute la littérature africaine et était déjà l’enjeu de L’Aventure ambiguë (1961) du romancier sénégalais Cheikh Hamidou Kane.Aucune réponse n’est donnée, sinon de manière indirecte, par l’une des dernières scènes du roman, qui décrit une assemblée que l’on croirait surréaliste si elle ne ressemblait que trop aux expériences communes de chacun: «La première question importante qui se posa à la Conférence fut de débaptiser et d'attribuer de nouvelles appellations à l’hôtel et à la salle où se déroulaient les travaux.Après deux jours et deux nuits de bruyantes discussions, l’accord put être obtenu sur le nom à donner à la salle de la réunion — «salle des martyrs»; mais pas sur celui de l’hôtel.Les travaux se poursuivirent dans un hôtel sans nom.» Quant à la finale du roman, elle donne à voir, en une vision apocalyptique, une migration gigantesque, hommes et bêtes confondues, vers un lieu mythique où devrait avoir lieu l’élection d’un nouveau président.Kourouma, en habile maître d’œuvre, s’est bien gardé de commenter les faits autrement que par cet agencement en trompe-l’œil d’un spectacle qui peut sembler caricatural et humoristique mais dont la force évocatrice n’en paraît pas moins troublante de vérité.Empruntant à l’épique et au dérisoire, le roman incite à repenser l’histoire d’une Afrique partagée entre les impitoyables Soleils des indépendances et l’attente d’une improbable rédemption.TÉMOINS D'UNE TERRE VIVANTE ÉVÉNEMENT MULTI-ARTS QUI CÉLÈBRE LA CRÉATION EXPOSITION Monic Thouin-Perrault rétrospective 25 ans de peinture et œuvres récentes du 22 octobre au 6 décembre 1998 Salle Alfred-Pellan Maison des Arts de Laval 1395 bout de la Concorde O.[.aval ACTIVITES DIVERSES Les dimanches à 14 h I” novembre causerie Monic Thouin-l’errault (sur invitation) 22 novembre atelier famille en arts visuels Volte-face et Monic Thouin-Perrault (sur invitation) • 8, 1 5, 29 novembre et 6 décembre spectacles multi-arts Diane Major, danse Monic Thouin-Perrault.peinture et Société littéraire tie Laval, auteurs invités, lecture de textes ENTRÉE LIIIRE Information: (450) 662-4442 •kA&lL Société littéral) de Lai ni TÜgfe ?Tounsmo LE DEVOIR L’autre oncle d’Amerique L'Europe lit ses livres, l'Amérique en fait des films Jim Harrison, 60 ans, est si médiatique qu’on en oublierait presque qu’il est l’un des plus grands écrivains américains.SOURCE SEUII.MICHEL HOLTZ LIBÉRATION On a beau fouiller, rien.Dans l’une des plus grandes librairies de Detroit, au Michigan, Jim Harrison est aux abonnés absents.Même son nom n’évoque rien au vendeur: «Vous parlez de Toni Morrison, peut-être?» Pour dénicher en un tour de main l’un des bouquins de l’Américain, mieux vaut fréquenter une librairie parisienne.La Route du retour, son dernier opus, plastronne en tête de gondole.Dalva, l’un de ses précédents ouvrages, est en rupture.Harrison, délaissé dans ses grandes plaines, est une star en France.Pas un nom qu’on se refile entre initiés, ils l’ont tous adoubé depuis dix ans, mais une pointure pour plateaux de télévision.Sauf que ce succès récent a comme un goût de méprise, qui tient plus à la légende que trimbale le bonhomme du haut de son mètre quatre-vingt massif, à sa cabane en rondins, à ses mémorables bringues, qu’à ce souffle littéraire qui lui vaut d’être l’un des plus grands écrivains de cette fin de siècle.Le livre deviendrait l’accessoire de l’homme.Il s’en défend en calculant les années et les pages.«Aujourd'hui, je suis à la mode parce que j'ai 60 ans et quinze bouquins derrière moi.Des types se disent que c’est une œuvre, pas comme lorsque je sortais avec trois nouvelles à leur donner.C'est juste une question de fiabilité pour des critiques pas trop sûrs d’eux.» Crazy Horse La Route du retour n’est pas son meilleur livre, mais le public n’a pas soif d’explications de texte et préfère écouter le^ belles histoires de cet oncle d’Amérique.Alors il soigne son fonds de commerce, à coups de Ricard secs — «une découverte, une vraie médecine» — et d’histoires parfois énormes.«J'étais au Crazy Horse l’autre jour.Fabuleux.Je dois leur écrire un spectacle, avec plein de fermières affriolantes.» Des vérités parfois imaginées et, lorsqu’il se met à pleuvoir sur Paris: «J’ai écrit une histoire de la pluie, dans laquelle la pluie est un personnage unique.Mais elle est inédite.» Brice Mathieussent, son traducteur, corrige: «Il ne lui reste plus qu’à l’écrire pour qu'elle ne le soit plus.» Pour sa visite de promotion, il s’est installé dans un petit hôtel du VII' ar- rondissement où il débarque chaque année.Mais, cette fois-ci, les copains hexagonaux, Mathieussent ou Guy de Lit Valdène, le fils de famille normande qui partage avec lui le goût des faisans et du calvados, n’ont droit qu’au service minimum.«Mon éditeur m’a payé tellement cher pour mon dernier bouquin que je me plie à toutes ses fantaisies.» En l’occurrence, un planning de trente interviews en huit jours, enquillées sans sourciller.Sauf de temps à autre, quand un plumitif flatte sa grande carcasse d’un: «J’ai pleuré à chaque page de votre livre.Mais comment faites-vous, monsieur Harrison?» Alors il chope son Ricard et regagne sa chambre, sans un mot.C’est toujours la même, pour la vue sur les jardins de Matignon.Avec une longue-vue, il tente d’apercevoir les bureaux du premier ministre.«C'est une lunette de chasseur; comme j’ai perdu un œil, je n’ai pas besoin de jumelles.C’est économique.» 11 a perdu son œil gauche à sept ans en jouant avec une petite fille qui, voulant le sauver de la guêpe scotchée sur sa joue, s’est précipitée sur lui avec un tesson de bouteille.Un accident avoué il y a peu.Pendant des années, l’œil avait disparu de nombreuses façons, dans les combats contre les viêt-congs ou dans une bagarre de rue.Nombreuses aussi les invérifiables histoires qu’il rapporte de ses aventures à Hollywood.«Légendes d’automne s’est vendu à un million d'exemplaires rien qu’aux Etats-Unis.Du coup, Hollywood m’a fait des offres de nabab.Alors, j’ai joué au nabab.Quand ils m’ont demandé ce que je voulais comme bagnole, je leur ai dit qu’il me fallait absolument une Ford Taurus marron de cinq ans un peu sale, conduite par un nain, pour que moi, assis à l’arrière, je puisse voir sans problème à travers le pare-brise.De plus, je voulais une boîte de M&M’s jaunes à côté de moi.Ils ont tout trouvé, sauf la bagnole, car la couleur n'existait pas.Du coup, j'ai tout refusé.Mais je me marre encore en les imaginant trier les M&M's un par un.» Aventures hollywoodiennes Hollywood, qui a consciencieusement pillé tous ses livres, de Légendes d’automne avec Brad Pitt, qui «manquait de sang et de boue», à Dalva, son roman le plus tumultueux, le plus introspectif aussi, avec Farah Fawcett chevauchant un appaloosa dans les champs de blé pour un film aussi réussi qu’un dépliant touristique.Mais Harrison est tenace et ne lâche pas le cinéma, malgré ses trahisons.Jack Nicholson doit réaliser une adaptation dejulip, une nouvelle de 1993.Entre deux scénarios tronçonnés ou repoussés, il retourne là où il est né, dans le Michigan.C’est là que son père et sa sœur se sont tués, dans un accident de voiture, en 1958.C’est là encore qu’est ancrée sa comédie humaine.Un univers où de faux Indiens s’inventent une généalogie de Sioux, où de vrais Blancs parlent aux loups et deviennent loups.Les vieilles croyances indiennes sont devenues siennes.L’homme peut devenir oiseau ou coyote.Lui, petit-fils d’émi-grant Scandinave, arbore aujourd’hui une tête de vieil Indien.Et Zinedine Zidane est devenu ballon.«J'étais allongé sur un lit d’hôpital.Comme je m’emmerdais, j’ai regardé la finale de la Coupe du monde de foot à la télé.Et là, j’ai été stupéfait par le coup de tête de Zidane.Il est impossible qu’un homme calcule la trajectoire et la vitesse d'un ballon qui arrive de trente mètres, et qu 'il te frappe de sa tête aussi précisément.C’est donc qu’à ce moment-là Zidane est devenu ballon.» Harrison, lui, continue d’alterner les moments de surexposition, de voyages et de gueuletons, avec de longues périodes de repli et quelques grosses dépressions qui ont jalonné sa vie.De la truculence à l’écriture, au fond de la ferme de Lake Leelanau, au nord du Michigan, où il vit avec Linda, sa femme, sa sécurité, depuis trente-huit ans.En attendant le retour, il se promène de Paris à Marseille en passant par Strasbourg, pour une tournée de rock star, esclandres compris.Dans un grand restaurant alsacien, il s’est jeté sur la moquette pour regarder sous les jupes d’une dame, «car elle lui rappelait sa tante et qu’à cinq ans il a eu ses premières émotions de cette manière».Une tournée de signatures aussi, dans des librairies encombrées de fans transis, dont certains lui présentent leurs fillettes baptisées Dalva.Plus star à Paris qu’à Detroit.Au point que son nouveau roman est paru en France en priorité, attendant d’être publié, dans un mois, à New York.Question d’exotisme.Car, à 8000 km de distance, le vent des grandes plaines souffle plus fort.LA ROUTE DU RETOUR Jim Harrison Editions Christian Bourgois, Paris, 1998, 528 pages L m L’écrivain américain Jim Harrison.Hollywood a consciencieusement pillé tous ses films.SOURCE LUI it RATION } i K i> !¦: v oik.i.!•: s s m k hi 17 ’!¦: t d i m a \ c 11 k is 0 c t 0 n 11 k i a vérité de Duras, à un seuil, se fond dans le collectif.Ix- sillage de son œuvre jette alors le lecteur sur une rive sèche.Les questions de la biographie resteront sans réponse.Cela n’empêche pas Laure Adler de pointer de vrais problèmes, sous la chape durassienne.Surtout, la collaboration.Lorsque Duras écrit L'Empire français, en 1940, une apologie de la colonisation, elle se comporte «comme une Française moyenne».Elle le demeure en 1942, après la mort de son premier enfant, lorsqu’elle entre comme salariée au Comité d’organisation du livre, une commission qui attribue le papier aux éditeurs de manuscrits approuvés.La Propaganda surveille toutes ces étapes étroitement.Mais il y a pire à venir.D’abord, Duras est entrée dans la Résistance, aux côtés de François Mitterrand, en 1943.De plus, Marguerite, mariée à Robert Antelme, qui aime Anne-Marie, aime Dionys, qui vit ailleurs.Puis, en 1944, Robert est arrêté par la Gestapo, déporté.La littérature de Duras reflue, tandis que la biographie d’Adler avance avec clarté.Dans les bureaux de la Gestapo, Duras rencontre Delval, le collabo qui a arrêté son mari.A ce moment, la vague de la narration durassienne reprend le dessus.Dans La Douleur, elle raconte la séduction de Delval.Puis, son arrestation, à la libération de Paris.Et enfin, la «torture», un mot terrible pour nommer «des interrogatoires un peu brutaux», selon d’autres témoins, les derniers actes d’épuration des traîtres, qui seront fusillés.Quant à Antelme, il reviendra brisé.Duras ignore que Mme Delval sera bientôt la maîtresse de Dionys, qui lui fait un enfant un peu avant Jean, celui de Marguerite.Derrière les mots, il y a les gestes, et au delà, le mystère des sentiments.Inure Adler poursuit admirablement l’enquête.Elle évite de commenter ce qui est encore plus douloureux que l’Indochine.Si bien qu’au-jourd’hui, à Paris, depuis la sortie du livre, les passions se déchaînent: un passé honteux de Paris en guerre refait surface, intensément dramatique et encore compliqué par le témoignage de Mitterrand en première ligne.Mais les mots de Laure Adler, empruntés à Duras, sont confondants, et la reconstitution illusoire des données entraîne un abandon au flot d’émotions qui les porte.C’est la richesse, mais aussi la limite de cette biographie, qui soudain achoppe sur l’histoire.Une confusion s’installe, reflet des passions où la seule vérité, au bout du compte, c’est «détruire», dit-elle.Cinquante ans d’écriture ont suivi.Duras, l’amorale, brocarde ses enne-.mis, devient la femme publique que l’on sait, mégalomane et géniale.Un numéro de la Nouvelle Revue française (mars 1998), consacré à Duras, complète très utilement le riche texte de Laure Adler.En quelques pages, Julia Kristeva porte un regard analytique décisif; Nancy Huston, une brillante compréhension de romancière.Le domaine Duras est toujours ouvert.ALBIN MICHEL BANDES DESSINÉES Lavis en rouge Rabaté est un virtuose IBICUS Rabaté Vents d’Ouest France, 1998,134 pages DENIS LORD Ly Ibicus de Pascal Rabaté semble ' placé sous le signe de l’équivoque.D’abord, on classerait facilement cet auteur méconnu dans la catégorie de la relève, l’associant à cette nouvelle génération d'auteurs sans concession qu’on retrouve par exemple à l’Association.Il est vrai qu’hormis ses deux albums précédents, parus chez Vents d’Ouest, ses autres œuvres sont disséminées chez des éditeurs défunts ou peu diffusés ici, Futuropo-lis et Rackham par exemple.Rabaté est donc un artiste aguerri mais, en effet, sa démarche artistique l'associe à des auteurs plus jeunes.Seconde méprise: Rabaté adapte ici un roman de Tolstoï.Pardon?L’auteur de Guerre et Paix en bulles et en cases?Erreur.Il s’agit non de Léon (1828-1910) mais d’Alexis (1883-1945), poète et romancier sans parenté avec son illustre prédécesseur, assez célèbre pour se retrouver dans le Dictionnaire québécois d'aujourd’hui mais absent des librairies.Achetant Ibicus dans un bazar, Rabaté lui-même a confondu les homonymes slaves.Suave malentendu comme on aimerait en faire plus souvent.Si Ibicus n’est pas nominé ou lauréat au prochain Salon d’Angoulème dans plusieurs catégories, je jure de lire du Van Hamme jusqu'à l’atrophie totale et irréversible de mon cerveau.Souffles de révolution Pétrograd, février 1917.Mutineries, manifestations, pénuries alimentaires et désordres, les premier souffles de la Révolution d’octobre déferlent sur la Russie, le tsar Nicolas II va bientôt abdiquer.Rien ne saurait davantage contenter Siméon Nevzo-rof puisqu’une bohémienne lui a prédit que lorsque le monde s’écroulerait, il vivrait des aventures extraordinaires et deviendrait riche.Et c’est positivement ce qui lui arrive, la rencontre fortuite d'un antiquaire anglais rachetant à bas pris les biens d’aristo- crates fuyant le communisme le met sur le chemin de la fortune.Ça et un petit crime.Voilà donc Siméon qui quitte Pétrograd pour se réfugier parmi un groupe de noctambules apolitiques, nobles, aventuriers et parasites, qui attendent l’apocalypse en faisant la fête.Siméon croit y trouver — trouble troisième — un statut privilégié en s’octroyant le titre de comte.Mais on lui rit en plein visage.Priorité aux plaisirs et au pognon, donc, même si ces derniers sont parfois, comme dans le cas présent, sources de déchéance et d’amertume.Si la Révolution d’octobre est le moteur de l’action, on n’en voit jamais dans ce premier tome que les signes avant-coureurs, hormis quelques balles perdues et une séquence de rêve.Ibicus tient davantage du récit psychologique que du récit historique et se situe, tant dans le propos que dans le graphisme, à mille lieues des interminables sagas qu’on publie chez Glénat.On sera frappé de plein fouet par l'immense beauté visuelle de l’album.Œuvrant dans le registre de lavis crémeux à la dynamique expressionniste, Rabaté se révèle virtuose: les perspectives, les proportions et les cadrages, tout est au quart de poil, d’une extraordinaire puissance d’évocation émotionnelle.On l’appréciera d’autant plus que l’auteur ne fait pas dans le tape-à-l’œil; presque discret et pudique, son talent est tout au service d’un récit dont on attend impatiemment la suite.«Avec Mercure, Amélie Nothomb joue une fois encore avec brio sur l'éventail des passions fatales, de l'imposture et de l'absolu amoureux, du délicat passage entre illusion et vérité.» Guy Rocher est l'auteur du best-seller Introduction à la sociologie générale, traduit en six langues.HMH ÉDITIONS HURTUBISE HMH LTÉE i.i: i) !•: v (i i h .i.!•: s s m k d i 17 K T I) I M A X ( Il K I M (I ( T d I! Il K I !l II S I) L I V R, E S •*- L 1 T T É R A T II K E J E U N E S S E Au pays des pharaons Trois ouvrages qui redonnent vie aux tombeaux égyptiens LA VI E L I T T É K A I R E L’Union des écrivains «écrit» à Serge Ménard Le dossier de l’écrivain Pierre Turgeon n’est pas encore passé sous la lorgnette de la Cour d’appel du Québec, mais il alimente les conversations de corridor et fait couler beaucoup d’encre.Au tour de l’Union des écrivains du Québec d’interpeller le ministre Serge Ménard.MARIE-ANDRÉE C H O L I N A RI) LE DEVOIR La Cour d’appel du Québec doit encore se prononcer sur un jugement prononcé en Cour supérieure et interdisant la publication d’une biographie écrite par l’historien Pierre Turgeon sur le fondateur de la chaîne de magasins à grande surface Réno-Dé-pôt.Nous commençons à connaître la chanson, n’est-ce pas?En attendant la suite juridique des événements, les tractations se poursuivent, hors cour.Après avoir accordé une entrevue au magazine de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, Le 30, le ministre de la Justice, Serge Ménard, est interpellé de toutes parts.I);uis un entretien portant sur l’affaire Gilbert Duclos (le photographe dont le cliché d’un quidam publié dans Vice Versa a fait l’objet d'un jugement) mais aussi sur le conflit qui oppose l’écrivain Pierre Turgeon au p.-d.g.de Réno-Dépôt, Pierre Michaud, le ministre Ménard a répondu en juin à quelques questions sur la cause, notamment sur les incidences du jugement sur la liberté d’expression.Après avoir reçu une lettre de l’avocat de Turgeon lui demandant de retirer ses commentaires puisque la cause est toujours pendante — et que «le ministre ne peut être juge et partie à la fois», tel que le disait M' François Shanks —, c’est maintenant l’Union des écrivains du Québec (UNEQ), qui supporte Turgeon depuis les débuts de l’affaire afin de défendre les intérêts des auteurs, qui riposte à sa sortie par la voie épistolaire, exigeant elle aussi une rétractation de la part du ministre.«Permettez-nous d'exprimer notre désapprobation face au fait que vous ayez accepté de vous prononcer publiquement sur une cause sub judice, franchissant ainsi la frontière qui devrait toujours séparer les pouvoirs législatif et judiciaire», écrit le président de l’UNEQ, Louis Gauthier.«[.] lorsque vous affirmez “que l'article 35 (qui stipule que l’on ne peut porter atteinte à la vie privée d’une personne décédée sans que ses héritiers n’y consentent) n'est venu qu’exprimer des règles de jurisprudence qui existaient déjà”, nous différons d’avis, car n ’eut été de ce nouvel article controversé [il est issu du nouveau Code civil du Québec], les écrivains, les journalistes, les historiens, les éditeurs et Pierre Turgeon, au premier chef, ne se retrouveraient pas aujourd'hui limités dans leur droit de publication d’ouvrages à caractère biographique ni devant les tribunaux.» Dans l’entrevue accordée au journaliste du 30, rappelons que Serge Ménard avait évoqué le fait que le jugement de la Cour supérieure (juge Audet) ne portait pas sur l’article 35 mais bien sur une interprétation des contrats signés entre l’auteur et le commandeur de l’œuvre, le p.-d.g.de Réno-Dépôt.«Il s’agit plutôt d’un problème de droit d’auteur, qui est pour le moment de compétence fédérale», avait affirmé M.Ménard.«[.] comme vous le savez ou devriez le savoir, l’interprétation du “contrat de service” par le juge Audet est contestée en vertu même de la Loi sur le droit d'auteur qui, pour être de compétence fédérale, n’en touche pas moins plusieurs milliers d'auteurs au Québec.» Afin de permettre que la cause soit «jugée avec toute l'impartialité requise» et en réaction à cette «intervention publique [.] déplacée, non fondée et malencontreuse», le président de l’UNEQ demande donc au ministre de la Justice de se rétracter.Printemps du Québec en France C’est cette semaine que le Commissariat du Printemps du Québec dévoilait le premier détail de sa programmation.Le Printemps mettra le Québec en vedette en France — une porte ouverte sur l’Europe, nous dit-on — entre mars et juin 1999, une invitation à exhiber la culture d’autres pays, comme l’ont fait plusieurs nations avant la nôtre.Tous les arts y seront à l’honneur, mais c’est à la littérature qu’on offre l’honneur d’ouvrir le bal.C'est en effet le Salon du livre de Paris qui, en raison de ce Printemps du Québec en France, a décidé de joindre l’agréable à l’utile en faisant du Québec son invité d’honneur, ce qui lui assure un espace considérable à l’un des plus prestigieux salons du livre du monde, en plus d'une visibilité des plus appréciables, notamment sur la scène médiatique.On dit que 220 ()()() visiteurs fréquentent cette librairie géante pendant les cinq jours que dure le salon.Présent cette semaine lors de la présentation de cette programmation, le commissaire du Printemps, Robert Lepage — il partage la direction du Commissariat avec un vis-à-vis français, Didier Fusillier, figure très marquante sur la scène culturelle françai- JHAN-GUY THIBODEAU Pierre Turgeon f* '.s>S(*Çv se —, affirmait à propos de cette invitation qu’elle comportait deux premières: «C’est la première fois que le Salon du livre de Paris invite un pays non souverain, mais c’est aussi la première fois qu’un pays invité publie dans la langue française», a-t-il affirmé, soulignant l’importance de cette présence pour le roulement de l’économie de l’édition.Rappelons que certains craignent que cette «première» provoque une hésitation de la partie française qui, dans le choix des auteurs mis en vedette pendant la durée du Salon, pourrait préférer les écrivains publiés dans les vitrines de l’Hexagone à la compétition franco-québécoise.Ijors de cette conférence de presse, la ministre de la Culture et des Communications, U)uise Beaudoin, a réitéré son souhait de voir doubler la consommation de livres québécois en sol français en l’espace de quelques années — en août dernier, elle évoquait un laps de temps de deux ou trois ans.Alors que le Québec achète pour près de 15 $ de livres français per capita, la France n’en consomme que pour 0,11 $ par habitant.Hommage d’un (Québécois au Nobel littéraire Dans §on recueil de nouvelles publié aux Editions de l’instant même en 1994, Saisir l’absence, l’auteur québécois Louis Jolicœur intitulait une de ses nouvelles Saramago et le cochon sauvage.Quatre ans plus tard, Stockholm déclarait avoir porté son choix sur l’écrivain portugais José Saramago pour porter le chapeau du Nobel de la littérature édition 1998.Dans sa nouvelle, Jolicœur affirmait: «Saramago, c'est l'incarnation même du Portugal.Avec cette façon de s’éloigner soudain des choses pour mieux les ressaisir et les exprimer, et cet humour sournois et complice à la fois, le tragique si près du désopilant: on se dit que c’est aussi l’écrivain universel par essence.» Très près de l’œuvre de l’auteur portugais, Louis Jolicœur y a déjà consacré plusieurs articles.Prix du Gouverneur: à venir Les prix du Gouverneur général seront remis le 17 novembre prochain, dans le cadre d’une cérémonie présidée par Roméo Leblanc, à Rideau I fall.Le nom des auteurs en lice dans les diverses catégories sera connu en début de semaine.À L’ÉPOQUE DES PHARAONS Michel Sethus (texte) et Ginette Hoffmann (ill.) Casterman, «Des enfants dans l’Histoire», 1985/1998,48 pages MOMIES D’ÉGYPTE Aliki Traduction de l’anglais , par Madeleine Gillard Éditions du Sorbier, Paris, 1983/1998,32 pages L’IGNOBLE PANE B Viviane Koenig livre de poche jeunesse, «Junior», Paris, 1998,220 pages CAROLE TREMBLAY S y il est une époque de l’Histoire qui fascine petits et grands, c’est bien l’âge d’or des pharaons égyptiens.«Pyramide», «sarcophage» et «momie» constituent véritablement trois mots magiques pour propulser les foules vers les tourniquets des musées.À preuve, l'exposition Mystères d'Egypte, au Musée canadien des civilisations, de Hull, vient de dépasser le demi-million de visiteurs.Comme l’enseignement de l’Histoire se perd dans la nuit scolaire — particulièrement au primaire —, voici quelques propositions d'ouvrages destinés aux 7-12 ans qui pourront soit aider le visiteur éventuel à préparer sa visite, soit cimenter le savoir fraîchement acquis de celui qui a vu, ou alors, tout ^implement, servir d'introduction à l’Égypte ancienne à celui qui n’a pas vu et n’a pas l’intention de voir non plus.A l’époque des pharaons, de la col- En réponse à l’article du 12 septembre 1998 de Robert Char-trand sur mon livre Le Flambant nu, éditions Leméac/Actes-Sud (sic).Je passerai à l’histoire, pas vous, et c’est ce qui agace le petit tendancieux et farceur que vous êtes.En fait, qui êtes-vous, Robert Char-trand?Un prof, un auteur, ou encore pis, un romancier?Pour ce qui est d’être critique, on n’en parle pas! Ne seriez-vous pas par hasard membre d’une petite clique littéraire à la gomme?On sent que vous auriez bien aimé vous taper les filles qui ont passé dans ma vie.Dommage pour vous! Vous n’avez pu vous empêcher de condescendre et de finalement m'appeler «Pélo», comme le dénonçait si bien J.-P.De La Grave et que j’ai cité en prologue dans mon livre Dix doigts sur le rail, paru chez Leméac.Vous dites que «j’incarnais alors pour plusieurs le poète authentique», et aujourd’hui?Rien?Vous n’êtes qu’un petit rat dans le monde de la littérature.Je vous plains et je vous pardonne vos petits coups d’épingle.Moi.j’aime bien les coups de sabre.Vous en êtes incapable.Pour ce qui est de Riopelle, laissez-moi vous corriger: je n’ai jamais demandé à Jean-Paul de «graver des yeux de hibou sur des ailes de papillon», comme vous dites si erronément.Sachez que ces papillons avec des yeux de hibou sous leurs ailes existent bel et bien.Ils m’avaient été offerts par mon ami Georges Brassard de l'Insectarium.J’ai plutôt demandé à Riopelle de faire une série de gravures avec de tels papillons, vu J9$ infants dons CHiittft* V A L'époque lection «Des enfants dans l’Histoire», chez Casterman, est un heureux mélange de fiction et de documentaire.On y présente la journée de Séthi, un jeune Thébain de neuf ans, qui entreprend le dur apprentissage du métier de scribe.Iœ lecteur suit le garçon à travers les multiples activités de sa journée, découvrant la maison, l’habillement et l’alimentation du héros autant que les légendes et les rituels religieux de son peuple.Le texte de fiction, au demeurant très agréable à lire, est entrecoupé d’encarts informatifs plus pointus, difficiles à intégrer dans le récit: le mode de fabrication de la bière, par exemple, ou la signification des principaux hiéroglyphes.Le tout est bien entendu copieusement illustré.La collection «Des enfants dans l’Histoire» n’est pas nouvelle.C’est en quelque sorte une vedette sur le retour.Née en 1984, elle a fait connaître aux jeunes lecteurs de sept ans et plus la vie des enfants de dix-huit son grand respect des hiboux.Et en passant: Jordi Bonet s’écrit avec un h! Je m’excuse d’avoir froissé vos oreilles avec mon livre.Tant mieux, ça s’imposait, avant que vous creviez dans l’oubli avec votre jalousie évidente.Merci d’avoir pris soin de ne pas mentionner aux lecteurs que ce même livre a été accepté à Paris chez un éditeur aussi prestigieux qu’Actes-Sud.Ça fait partie d’une petitesse d’esprit hélas bien québécoise de ne pas se donner de chance les uns les autres.Moi, j’aime bien les loups.Pas les coquerelles comme vous.Claude Péloquitt Réplique Ainsi donc, Claude Péloquin est vexé de ce que je n’aie pas encensé son dernier livre.Mais pourquoi une telle fureur, étant donné la créature répugnante que je serais?Sur les détails, deux précisions: l’erreur de graphie du nom de Jordi Bonet, simple coquille, n’est pas de moi; et j’ai bien signalé — sans m’en extasier, il est vrai — la co-édition Iœ-méac/Actes Sud dans les coordonnées du livre.Sur l’essentiel, c’est-à-dire la fange de mes motivations, on comprendra que je répugne à y revenir.Jalousie, envie, mesquinerie: ce sont là de puissants moteurs, mais aussi de bien vieilles scies.Au cours d’un long entretien que j’ai eu récemment avec M.Hubert Nyssen, le fondateur des éditions Actes Sud, celui-ci m’a traité de «grand lecteur».C’était flatteur.J’ai un époques différentes.Elle compte plus de 500 (XX) exemplaires vendus, dont 65 000 d'Au temps des cavernes, son plus grand succès toutes catégories.Depuis 1992, la collection ne s’était enrichie d’aucun nouveau titre.Elle vit sa seconde jeunesse en rééditant ses meilleurs ouvrages sous des couvertures redessinées, avec une typographie renouvelée et une mise en pages plus aérée, comme la mode le veut en cette ère du multimédia.Embaumement et momification Momies d’Egypte, des éditions du Sorbier, ne joue pas la carte de la fiction.Comme son titre l’indique, c’est un ouvrage entièrement consacré aux cadavres desséchés des anciens Égyptiens et aux rituels entourant leur mort.Les procédés d’embaumement et de momification y sont décrits dans le détail.A force de trop vouloir utiliser des phrases courtes et simples, l’auteur offre un texte un peu sec, mais la quantité et la qualité de l’information qu’il prodigue compensent largement sa faiblesse littéraire.Iii plupart des illustrations sont inspirées de peintures et de sculptures retrouvées d,ans les anciens tombeaux égyptiens.A cause de la sévérité du texte et, entre autres, des crochets pour retirer le cerveau par les narines dçs cadavres en traitement, Momies d'Égypte s’adresse à un public légèrement plus âgé qu'Au temps des pharaons.L’Ignoble Paneb, en Livre de poche junior, est un roman.Un véritable roman de plus de 200 pages.Il relate l'histoire de Menna, douze ans, fils de paysan, qui décide de se hisser dans l’échelle sociale en devenant artisan.Son plus grand rêve: orner de peintures le tombeau de Pharaon.Menna quitte donc la vallée du Nil pour le dé- peu protesté.Jaloux, mesquin, et vaniteux de surcroît.Et puis tiens, en passant: le nom de sert aride et troque sa famille pour une équipe de travail.Tout se passe à merveille jusqu’à la mort du gentil chef de chantier, soudainement remplacé par nul autre que l’ignoble Paneb, un être d’une méchanceté et d’une perfidie sans égales/ Intéressant d’un point de vue didactique, le récit manque cependant dé piquant romanesque.Ix?méchant est tellement méchant qu’on a peine à y croire; la palette demotions de Menna est assez limitée et son quotidien devient rapidement redondant.Sans parler de la complexité des noms égyptiens, qui force toujours à retourner en arrière pour comprendre de quel personnage il s’agit.Mais bon, peut-être qu'à dix ans, on est moins regardant sur ce genre de détails.Par ailleurs, l’ouvrage est bien documenté et l’originalité du thème mérite qu’on le souligne.ignoble Paneb £ l’éditeur de M.Péloquin s’écrit Actes Sud, sans trait d’union.R.C.Pierrette t^aZZ' EoqhfunWersto''e sur ta rentre Sousl.0) 736-63II Coi'kkiii : ioi ii rir@nx,iN.M i Imikmi : www.iiw.c.k.( a/musi i .|oi irri îvc' y* I jdaÈBr i aw> m f .vv-V.vvnV,: ?k '?i?- ¦ ¦ ¦ s «T'*- v .•e.‘liiutiiliUi»" mm ee soi;uci: musicic canadien ors civilisations Bas-relief de la tombe de Ramsès, représentant un couple à un banquet.nables reconstitutions de sites archéologiques, des moyens inédits ont été mis en branle pour simuler la réalité de cet univers disparu.Outre le film Imax, on a eu recours à la technologie de la réalité virtuelle 3-D pour recréer les tombes de Néfer-tari, une des plus magnifiques qui furent découvertes dans le nécropole thébaine, et de Toutânkhamon, un des sites touristiques les plus achalandés de la vallée des Rois.On annonce la simulation à grand déploiement comme une des possibilités afin de palier la détérioration des sites de fouilles ori- ginaux.On y explique que la succession des visiteurs dans les salles royales a accéléré tragiquement leur dégradation.Déjà que l’accès est partiel dans l’enceinte de la tombe de Toutânkhamon — la chambre funéraire faisant l'objet d’un accès limité —, l’informatique constitue un moyen efficace pour rendre une idée de ces espaces instables (bien qu’elle ne puisse encore combler toutes les lacunes que cause une perte de contact direct avec l’objet).Lait à noter, toute la production de ce simulacre est de contribution canadienne.INTERESSE à participer à une performance au Musée d'art contemporain de Montréal?Le MACM est à la recherche de bénévoles désirant participer à une performance de l'artiste américaine Ann Hamilton.Les bénévoles prendront part à la fascinante installation intitulée mattering.Si cette aventure vous intéresse, veuillez rejoindre Pierre Alvarez au (514) 847-6907. ans.il se décide enfin a pratiquer l'architecture.J'ai toujours considéré /• s revues comme des objets de design, c'- st-à-dire des objets industriels produits en série.Un directeur de rerue doit définir h cadre et l’image de son ma gazent.um image forte.et laisser ses collaborateurs exprimer leur talent à i intérr n ¦ de ce cadre.En fait, c’est sur ce plan que j'ai bâti ma propre pratique.Savoir orchestrer le talent "Comme architecte, je suis très jeune.Jusqu'à 30 ans, je ne savais tr>p quoi faire.Jetais très pessimiste, ear la vie pour moi n'avait pas été très farde.Jusqu'à 50 ans.j'ai collaboré aux revues.Alchimia, c’était de l'expérimentation, pas de l'architecture i rritable Puis la famille Alessi m’a propose dt réaliser leur maison.a Omegna.Une maison a laquelle ont d'ailleurs collabore plusieurs de ses amis, dont Sottsass, Aldo Rossi et Robert Venturi -Mais, c'est la commande du muser Groninger, en Hollande, qui a vrai ment lancé ma carrière ‘professionnel le".» Encore la.il demande a Philippe Starck.Michele de Uucchi et au groupe néerlandais Coophimmelblau d';.participer.~Pour moi, le projet est une orclu tration de talents.Tout ce que je fa.• t le résultat d’un travail de groupe Ma collaboration à Sicatch, Philips et Alessi en est un exemple, /’esquisse a la main des dessins et des figures systémiques.Mes idées.di nié ou que cellt des gens que j'im ite.sont ensuite dé> n vient me voir, mes clients -.ai ent a quoi s’attendre.¦ L'originalité dt* montre* Swatch, la grâce de la nouvelle ligm ¦ 'rï* *.»:."v- s > |* s! avons développé une “stylématique”, une façon d’unifier, d'uniformiser notre style.Elle s’inspire des formes géométriques, de la nature et de l'histoire de la peinture, par exemple le pointillisme.l£ pointillisme m'intéresse beaucoup parce qu’il créé dans l’objet,une sorte d’atmosphère immatérielle.On perd la ligne, la fopné et on gagne une émotion, une réalité sensorielle au delà de la limite physique de l’objet:» Il conclut par une réflexion sur l’architecture: «On doit penser une maison comme oh imagine un musée, une église ou un théâtre et vice versa.Mêler les messages spatiaux.User de liberté et de fantaisie.Nous sommes comme dans un théâtre, remplis de petites scènes où nous sommes comme des acteurs.Chez nous, nous devenons aussi des acteurs, mais les vrais protagonistes de la pièce.» r.i BIGOiril d'eL ctroménagers Philips et la sérié de petits accessoires .ir Ai< si — tire-bouchons en forme de petite bonne femme — leur uitrent bien la richesse d’une approche basée sur la ollaooration.Humble, il rajoute: Mais dans mon cas, je suis : rii ¦ go I.< s revues m’ont donné une certaine notoriété.¦ Comme l'a si bien fait remarquer le professeur Alain Findé-!:.lors de la conference: -Us Italiens, et Alessandro Mendini en ¦¦ U .ont su très bien se situer historiquement eux-mêmes, par ¦ or- Hires et Ictus nombreux magazines sur le design.- Ainsi, a l'instar de Le Corbusier qui utilisa sa revue L’Esprit nouveau pour créer son personnage et un mouvement important du XX -iecle le Purisme, sa démarche, consciente ou non, lui r ira permis d’établir un terrain propice a l’émergence de sa vi-n "sthetique du monde.Je veux introduire dans l’objet la ¦ iiité.le rendre poétique, en faire une sorte d’exposé non di-l’u introduisant davantage une atmosphère qu'un dis-Ji préû-re - ommuniquer par l’objet et les écrits que par les disi airs et les conférences.» pn ¦ tun çad ch p (loi qu yp.h n Réflexions sur l’esthétique - .Voulaire esthétique d’Alessandro Mendini est émue do poerie et de métaphores ou -les objets, les architec-ii' < omme des Jleurs posées dans le territoire-, ou les fa-os deviennent -comme de grands tableaux peints».«Ma re-vlu ur le camouflage militaire rise a rendre positives les x: < -thétiqw exploité/ • par l’armée et a poursuivre mon : c ment ur l’immatériel.hj souri de se fondre à la natu- Im plupart dt pay < tant d’ailleurs inspirés de leurs plus o pay agi l/i Finlande, m er le blanc et le vert, de nom-•ix pay africain \ um le jaune et le marron, le Japon, aver le t azur.SOtlKCIi AI.KSSANIIKO MI-NtlINI K KGAK DS LATÉRAUX Précisions Quelques omissions se sont glissées dans la page Formes de samedi dernier, alors qu’on vous dévoilait les lauréats du Concours Commerce Montréal 1998.Nous vous invitons donc à prendre connaissance de la nomenclature complète des projets et des lauréats dans le premier cahier du Devoir d’aujounPhui.Encore une fois, bravo à tous les lauréats.Installation multimédia Je vous invite à ex|)érimenter une ixtlife installation multimédia fqrt intéressante dans le cadre du Festival du nouveau cjnéma de Montréal.Paysage 1 est un «panorama vidéo interactif» réalisé par le Montréalais Luc Courchesne.L'oeuvre a récemment remporté le premier prix de la Biennale de Tokyo, au Japon.À voir du 15 octobre au 15 novembre, à la salle MacLaren de la Cinémathèque québécoise.; mm yt* Institut de Design Montréal Séminaires pour diplômé-es en design - Horaire, Automne 1998 Inscription (514) 866-2436, poste 25 Horaire CV et lettre rte présentation (t soirée, 18 h à 21 h) Portfolio (1 soirée, 18 h à 21 h 30) Marketing (t journée ou 2 soirs) Propriété urtellectuelle ( I soirée, 18 II à 21 II) Introduction a la gestion de projets ( 1 soirée, 18 h à 22 h) Rudiments/lancement d'une entreprise (2 jours, 9 h à 17 h) Autres activités la propriété intel recherche d’cmplc renseignements si QaleriSj OBJETS DESIGN.POUR VOUS!
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