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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1998-09-26, Collections de BAnQ.

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I, E I) E V OIK.I, !• S S A M K I) I 2 I» K T I) I M A N < Il K S E I* T E M K K K I !» !( K ?LE ® Lettres québécoises Page D 3 Le Feuilleton Page D 5 ?Gisele Amantea Page D 9 Formes Page D 10 ESSAIS Où sont les fruits de la Révolution tranquille ?Le cours en abrégé, des forces qui guidèrent le Québec entre 1960 et 1976 LA RÉVOLUTION DÉROUTÉE 1960-1976 Léon Dion Boréal Montréal, 1998,336 pages MICHEL VEN NE LE DEVOIR Léon Dion fut l’un des intellectuels québécois qui ont le plus marqué leur siècle.Acteur lui-même de la Révolution tranquille, il pose sur elle, mais aussi sur ses suites, un regard coloré par la déception.Où sont les fruits de cette prétendue révolution?C’est en quelque sorte la question que soulève son ouvrage posthume, publié ces jours-ci chez Boréal grâce à la collaboration de son épouse, Denyse Dion, qui en a rédigé la préface.Le 20 août 1997, «Léon a posé sa plume, s’est levé pour se détendre autour de la piscine en attendant le dîner et s’est noyé».L’ouvrage était presque terminé, mais l’auteur était à en retravailler les parties essentielles.La conclusion restait à écrire mais devait s’inspirer d’un écrit antérieur que l’éditeur, à la suggestion de Mme Dion, publie tel quel.Dans ce texte sur notre identité incertaine, Dion rappelle que la Révolution tranquille a laissé une trace indélébile.Mais il se chagrine du fait que le vent a abruptement tourné pour les Canadiens français depuis une quinzaine d’années.11 parle d’une accumulation de déceptions sur les plans constitutionnel et politique, de privations résultant du marasme économique, du désenchantement au sujet de la qualité de l’éducation, d’une inquiétude au sujet du statut et de l’avenir de la langue française dans le contexte imprévisible de l’ALENA Il s’en prend à nos élites qui, plutôt que d’appeler les Québécois «à s'identifier au meilleur, à l'essentiel d’eux-mêmes en préconisant des formules et des projets réalistes propres à les stimuler, accentuent, par leurs querelles étroitement corporatistes et politiciennes, les fragmentations que le pluralisme engendre».Une révolution déroutée D’emblée, dans le titre du livre, ce fédéraliste fatigué mais, au fond, infatigable pose un diagnostic, celui d'une révolution déroutée.Déroutée par qui, par quoi?«De nombreuses causes déroutèrent la Révolution tranquille, écrit-il.De Usage à Bourassa, en passant par Johnson, Bertrand et Lévesque, la politique sombre graduellement dans la médiocrité.L'appel à la grandeur de Lesage s’abîme dans sa propre défaillance à compter de 1965; puis il y a l’ambivalence de Johnson, la grisaille de Bertrand, le mirage de Lévesque et le dérapage de Boijrassa.» À lire Dion, on comprend qu’à ses yeux, les chambardements enregistrés à partir de l’élection d’un gouvernement libéral le 22 juin 1960, mais dont le germe avait été semé bien des années auparavant, notamment par le gouvernement d’Adélard Codbout, auraient dû avoir pour seule finalité de faire sortir les Canadiens français de :leur condition d’infériorité.Mais différents mouvements contestataires, fortement inspirés par les influences extérieures, notamment la décolonisation en Afrique et la montée du marxisme-léninisme, ont en quelque sorte brouillé les cartes et offert aux Québécois des solutions qui n’étaient pas adaptées à leurs besoins et à leurs caractéristiques.«Bien des mouvements sociaux que l’ancien régime freinait s’expriment désormais dans les forums.Nombre d’entre eux accentuent ou même déroutent la Révolution tranquille.Une minorité croissante et de plus en plus aguerrie promeut la cause de l'indépendance du Québec, celle de la laïcité ou celle du socialisme.» ' - î'- N.% i j ¦ PHOTO JACQUES NADEAU ¦¦¦ .'\\VT lV -% H *V- Comment fait-on un deuil du haut de ses cinq ans?La poète Denise Desautels goûte à la prose en répondant à cette profonde question.Conjugué sur deux modes, celui de l’enfance, celui de la mort, Ce fauve, le Bonheur livre en douceur le déchirement des deuils reportés à plus tard, des morts étouffées sous l’emprise d’un «Bonheur» imposé, ce fauve.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Elle est poète.Éprise des arts visuels, elle a souvent conçu ses créations littéraires autour des œuvres d’un artiste choisi.On la regarde, et c’est non seulement à l’ordinateur qu’on l’imagine mais virevoltant sur une scène: personnage théâtral, dans le regard, prunelles cernées de noir, dans le noir jais de sa chevelure, cette droiture, et surtout cette voix, chaude, rauque, assurée.Denise Desautels.«Au printemps, raconte-t-elle, j’ai connu un grand moment de déception lorsque j’étais à Paris.En lisant le dernier livre de Jacques Poulin — Chat sauvage —,j’ai réalisé qu'il employait exactement la même expression que moi dans la bouche de son narrateur.Voilà que pour parler de la même chose que moi, du même concept, la même expression, l’âme voyageuse, lui était venue.» Âme voyageuse.Deux mots utilisés par les deux auteurs pour définir la présence des absents.Chez Poulin, c’était un frère adoré, décédé, doucement transformé en une âme voyageuse: là-bas, mais tout près à la fois.Chez Desautels, plus que deux mots glissés dans une phrase, c’est un tourbillon d’âmes voyageuses qui entourent une petite fille au chemin semé de décès.«Le 6 mai 1950, mon père est mort», affirme d’entrée de jeu la narratrice, que l’on imagine comme une adulte posant aujourd’hui un regard sur les premières marches de sa vie.«Le deuil oblige à dire, mais ma mère, elle, n’a jamais rien dit.» Âgée d’à peine cinq ans, la jeunette perd d’abord un papa au profit des morts.Puis un cousin, encore petit bébé.Une noyade vient ensuite la perturber.Une grand-mère malade, un oncle foudroyé, un copain leucémique s’ajoutent à la fresque de la mort qui se déploie sous les yeux de l’enfanL «Le 6 mai 1950, j’ai cinq ans et j’ignore que, par le décret d une vo- lonté antérieure à la mienne, je suis condamnée au Bonheur.» Condamnée au Bonheur.«Au Bonheur avec un grand B, parce que je voulais bien le distinguer du bonheur tel qu’on y pense habituellement, explique l’auteure.C’est plutôt un bonheur paradoxal, ce Bonheur fauve, imposé, dont on enveloppe la fillette quand un proche meurt.Comme elle est très petite, et comme c’est rassurant d’être dorlotée, consolée, chouchoutée, elle entre de plam-pied dans un monde de caresses, de bercements et de consolations.Mais la narratrice nous fait peu à peu prendre conscience que l’enfant a été piégée d une certaine façon, puisque ces deuils qu’on ne fait pas reviennent un jour ou l'autre.On porte une t/istesse, une mélancolie qu 'on n’arrive pas à cerner ni à nommer.Et plus on vieillit, plus on est aux prises avec la mort.» En une décennie, du début des années 50 jusqu’aux premiers temps de la Révolution tranquille, cette jeune demoiselle raconte son quotidien, teinté par les départs qui se multiplient — ils sont même très nombreux autour d’elle sans quelle y puisse rien changer.«Les liens du Bonheur enserrent la douleur que je n’arrive pas à éprouver pour vrai, pour de bon, affirme la narratrice.Ils en récusent le visage, le transforment à certaines heures du jour en caprice, “je veux.ne veux pas.n’ai pas envie", dans mon corps d’enfant qui ne connaît rien de la mort.[.] À cause du Bonheur, plus rien n'a de légèreté autour de moi.Ni les gestes, ni les voix.» Et plus loin: «Viendront d’autres douleurs communes, indispensables à l’invasion du Bonheur.En quelques années, après la mort de mon père, ce sera le carnage: deux grands-pères, une grand-mère, un oncle, un petit-cousin, une amie de ma mère, sa fille et les autres.Les morts s’entasseront, puis se métamorphoseront.Tant d’âmes voyageuses veillent sur nous, sur moi.» .i-'' i«K«Kr* Le moindre écart, ~ > jf • .a"',- '• -***-• y le moindre soupçon de liberté qui pourrait mçUrd le Bonheur en danger é œVordre éî oriést n y -f f Ât" ' ramené danÊ le Bonhpur $0neds et poi^^gliés^ ^ Nathalie Sarraute Tu ne l’intime VOIR PAGE I) 2: RÉVOLUTION VOIR PAGE D 2: DESAUTELS » CLICHÉ RÉPÉTÉ À ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR A1C I.E I) E V OMI, I.E S S A M E I) I 2 li E T I) I M A N (' Il E S E l> T E M II H E I !l !l 8 I) 2 RÉVOLUTION Un antidote contre la pensée magique SUITE DE LA PAGE D 1 f Dion ne reproche pas à ces mouvements d’avoir existé.Il fait de plusieurs d’entre eux, le Crédit social, le RIN, la Société Saint-Jean-Baptiste, la revue Parti pris et le FLQ, une description et une analyse sans complaisance mais reconnaissante de leur contribution.Il accuse le FLQ d’avoir appuyé son action sur un projet de société vide, des «torrents d'impuissance véhémente».Il reproche au WN et aux indépendantistes d’avoir fait «aveuglément fausse route» en proclamant «ad nauseam que le Québec est une colonie du Canada» tout en refusant de justifier l’indépendance autrement qu’en la présentant comme «un idéal qui se défend de lui-même».Marginalisation des Canadiens français Mais le jugement que porte M.Dion sur les mouvements contestataires est mitigé.Car il constate qu’ils ont contribué à mettre en exergue des problèmes réels et lancinants auxquels il fallait trouver une réponse et qui concernaient la dépendance économique des Canadiens français, leur marginalisation par rapport au reste du monde, leur isolement en Amérique.Il regrette d’ailleurs que le RIN se soit sabordé.Il est moins tendre envers le FLQ dont les assauts terroristes, à son avis, «servirent d’arguments aux élites traditionnelles pour miner la confiance de la population à l’endroit des efforts de réforme des dirigeants sociaux et des gouvernements progressistes et freinèrent la propagation de leurs idées».Si le gouvernement Lesage et les suivants ont tenté de canaliser et de récupérer les récalcitrants, ils échouèrent et furent rapidement conduits à faire des compromis avec les groupes dominants.«Il en résulta une recrudescence des impulsions contestataires et ces gouvernements furent bientôt considérés comme une composante majeure du système à abattre.» Un dernier reproche traverse son livre.Il est adressé aux artisans de la Révolution tranquille.C’est d’avoir jeté inconsidérément au panier toutes les pratiques et les valeurs traditionnelles au lieu de chercher à les arrimer aux emprunts étrangers.Il constate aussi que «le fil explicatif» de cette époque est l’irruption d’une «rationalité instrumentale issue de la suprématie croissante de l’économie et de la technique, qui étend son emprise sur une large part de la société civile, écrit-il.Sous l'égide du patronat et du monde des affaires, cette rationalité instrumentale envahit la politique elle-même, récuse la rationalité sociale du syndicalisme et de nombreux mouvements sociaux, et refoule à l’arrière-plan les anciennes élites dont la rationalité culturelle avait jusque-là aiguillé l’histoire et balisé le passé».L’ouvrage de Dion, bien qu’incomplet, est un cours en abrégé des forces qui guidèrent le Québec entre 1960 et 1976.Mais c’est surtout un antidote contre la pensée magique, qu’elle soit de droite ou de gauche.BORÉAL K mm Sir® CAROLE MASSE L’ENNEMI ROUGES / RÉCIT LES HERBES mj&Sk LES HERBES ROUGES / RÉCIT CAROLE MASSE L’Ennemi Récit onirique et baroque, L’Ennemi plonge les lecteurs dans un univers où s’entremêlent réalité et imaginaire.102 p., 14,95$ 2 7 Livres - ESSAIS ÉTRANGERS Sacres et autres péchés de langue HAMBURGER KUNSTHALLE BIBLIOTHEK, BÂLE Le Blasphème contre Dieu, par Albrecht Dürer, HISTOIRE DU BLASPHÈME EN OCCIDENT Alain Cabantous Albin Michel, Paris, 1998,308 pages ANTOINE ROBITAILLE Le sujet peut paraître anodin: le blasphème.On croirait que le phénomène a disparu de nos sociétés à coups de sécularisation, de laïcisation.Est-ce vraiment le cas?Alain Cabantous, auteur de plusieurs ouvrages sur les «gens de mer», démontre que le blasphème a une vieille histoire, rappelant que Jésus fut «traité de blasphémateur et livré à la mort».Il s’attarde à la période de la fin du XVI" siècle au milieu du XDV siècle et étudie ainsi la période de la Réforme et de la Contre-Réforme, où on assiste à une sorte de réanimation du deuxième commandement: «Tu ne prononceras pas en vain le nom de Dieu.» Le «blasphémateur», à cette époque, c’est toujours celui de l’autre confession.Seule la tolérance calmera le jeu.L’historien s’attarde à ceux qui sont chargés de condamner et d’exécuter les sanctions pour violation du fameux commandement.Il met en relief des tensions entre les sphères séculaires et religieuses.Aussi, il montre que le blasphème a une importance différente selon l’endroit où il est proféré.On réprime davantage cet outrage à Dieu sur un bateau, puisque des vies innocentes sont ainsi mises en péril par une possible intervention divine.Malheureusement, Cabantous n’a pas l’occasion de s’étendre très longuement sur la signification des «péchés de langue» contemporains.Mais quelques rapprochements nous font entrevoir sur quoi pourrait déboucher cette étude historique: une sociologie du blasphème qui reste à faire.Cabantous écrit par exemple, dans une note, qu’on ne doit pas s’étonner «que ce soit en Italie, en Espagne et au Québec, terres de forte chrétienté jusqu’à une période récente, que le blasphème soit resté longtemps très vivace.Il jouait son rôle d’expression de la résistance au poids social et culturel très lourd du catholicisme».Les «sacres» québécois Voilà un début d’explication à une énigme québécoise: alors que «Dieu est mort», «le sacre» demeure ici très vivant.Plusieurs définissent même le Québec par ses jurons.Le poète Paul-Marie Lapointe, dans son recueil Le Sacre, publié ce moisd (Hexagone), en fait le matériau d’un jeu poétique.Rappelons aussi que notre collègue critique Louis Cornellier est l’auteur d’un plaidoyer pour une «idéologie tabamaco».Tout cela fait naître, à Acapulco, et un peu partout dans le monde, le mythe des Tabarnacos.Parlant de «cette fierté que montrent les Québécois lorsqu’ils évoquent les froids les plus noirs: — Câlice! La poudrerie du siècle!», le philosophe Michel Serres, nouvelliste l’espace d’un recueil (Nouvelles du monde, Flammarion, 1997), nous a dépeints tels que nous sommes: de fréquent^ utilisateurs des mots d’Église «interdits».Et je me dois de citer ici une des meilleures (et drôles) analyses de notre propension à jurer, trouvée par hasard dans un guide touristique (Hachette, 1985).On y prévenait les Français de «la présence constante du sacre ou du blasphème — sans aucune intention sacrilège — dans la conversation courante».Le rédacteur du guide, Louis-Martin Tard, fin observateur, notait que le sacre s’est même mué en un mot-outil, propre à scander les phrases.Les insonores virgides [.] et autres signes de ponctuation sont ainsi figurés dans le langage oral par des séries de “Sakraman!”, “Calvère!”.[.] Ces interjections [.] dérivent parfois en verbes à tout dire.Ainsi, “Kriss!” a donné naissance à “krisser", avec des variantes comme “contrekrisser”».Cabantous fait remarquer que le «poids de l’interdit» favorisa jadis l’émergence «de l’euphémie qui corrige et désarme le blasphème».Le père Coton, confesseur d’Henri IV, avait proposé «jarnicoton» pour remplacer «jar-nidieu».Ainsi «pardi» prit naissance comme substitut de «par Dieu!».Le guide Hachette relève ce même phénomène au Québec où les «gens distingués» utilisent des «variantes supplétives» comme «Câline!», «Tabar-nouche!» et autres «Kristal!».{«Mais le vrai sacreur, affirme Tard, préfère les maudzisaintcibouèredekâlissdeta-barnakd’osti!" [s/c] qui font le charme de bien des conversations de taverne.») Les jurons Trêve d’illustrations.Ce tic historique qui nous caractérise n’a plus les conséquences d’un réel blasphème.Ces mots entreraient maintenant, si l’on suit Cabantous, dans la catégorie des «jurons».Distinction importante.Nos «tabarnacs» actuels n’ont rien à faire des imprécations d’un cardinal Villeneuve, (cité par Cabantous à partir du Guide raisonné des jurons, de J.-R Pichette, Montréal, 1980), qui faisait comprendre à ses ouailles, en 1943, que «les catastrophes historiques» étaient «autant de punitions contre les blasphémateurs».Cette époque est close, mais est-ce à dire qu’il n’y a plus de blasphème, sociologiquement parlant?Certes non, suggère Cabantous, citant entre autres les cas de Rushdie et de Scorsese (La Dernière Tentation du Christ), participant d’une montée des intégrismes.Les interdits ne sont toutefois plus l'apanage du religieux.Il y a eu, rapi)elle Cabantous éloquemment, des «transferts de sacralité».Il note que La Marseillaise de Serge Gainsbourg a été considérée comme blasphématoi- re, en 1979, selon une logique héritée de la Révolution française où la Patrie, le Peuple, la République sont devenus des «références interdites au sacrilège de la langue».Aussi Cabantous conclut en disant que «l'Homme lui-même, personne sacrée, n’est-il pas l'objet de blasphème lorsqu’il est atteint dans son intégrité, son image, sa dignité parce que désormais les “Droits de l’homme” sont aussi autorisé à fonder une sacralité»?Certes, mais la religion des droits de l’homme, comme toutes les religions, peut déraper lorsque, par exemple, elle condamne comme blasphématoire un terme de «nigger black», même utilisé avec ironie.Reste à savoir vers quoi les Québécois ont transféré la sacralité dont les «sacres» étaient jadis chargés.Une intuition —quitte à faire plaisir à William Johnson —: vers la pureté du français et la condamnation des anglicismes, voire de l’affichage anglais?Après tout, la foi a longtemps été la gardienne de la langue.arobitailleCqsympatico.ca Antoine Robit aille ?DESAUTELS Variations sur le thème de la mémoire SUITE DE LA PAGE D 1 Poésie narrative ou prose poétique ?Ils sont plusieurs ces jours-ci à sauter le pas de la poésie pour goûter l’aventure de la prose.La littérature qu’on retrouve alors, tout à fait particulière, porte en elle le sceau du poème; dentelle langagière et flot d’images confèrent au résultat littéraire un cachet plutôt unique.Denise Desautels s’inscrit parfaite- Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec pO-.lL’ 011 IllL-SSilgL-riL-.I Montréal : 342 - 28151 Extérieur : 1-888-746-2283 L-mail : sad( I M A X ( Il E S E I* T E M II II E I !» !» S I) ») ») LETTRES QUÉBÉCOISES Dans les griffes du Dans IjC Saut de l’auge, un recueil de poèmes paru en 1992, Denise Desautels écrivait: «À cinq ans, je suis orpheline: le cœur ne résiste pas, vêtement de mémoire recouvrant mes gestes.Il lui faudrait une langue sans réconfort qui, parlant d’essoufflement autant que de passion, se souvienne à la fois de l'ordre ancien et des rages précieuses qui l'ont suivi.» De fait, l’enfance est présente tout au long de l’œuvre de Desautels, thème ou leitmotiv qu’on retrouve dans bon nombre des livres qu’elle a publiés depuis le milieu des années 70 et qui apparaît plus circonstanciée dans ses textes récents.Cette enfance a été marquée par un événement très précisément daté: la mort du père, le 6 mai 1950, désignée comme une «blessure» première, comme l’indique le titre d’un poème en prose, paru en 1987, dans le recueil Un livre de Kafka à la main-, cette mort, note-t-elle en 1995 dans Cimetières: la rage muette, lit d’elle «cette enfant esseulée devant le mot orpheline qu’on avait inventé exprès pour elle, du moins l'avait-elle cru à l’époque».Réticente à se mettre en scène, Denise Desautels a ainsi parlé d’elle-même dans son œuvre poétique, mais de manière incidente.Ira plupart de Sès recueils, illustrés de peintures, de sculptures, de photographies d'artistes prestigieux, sont même consacrés à ces illustrations, comme si la voix de l’auteure avait besoin, pour se faire entendre, d’être accompagnée d’autres œuvres, de s’adresser à cfelles-ci pour être moins seule." Ces images d’artistes inspirent littéralement l’écriture de Desautels, où elle tente de mettre au jour ce qu’elles suscitent en elle de sensations et d'émotions, dans une prose poétique parfois impressionniste ou résolument descriptive.Ces œuvres d’art contemplées, touchées, la mènent à elle-même, à son histoire personnelle, dans une sorte de dévoilement pudique qui est précisément la caractéristique de Ce fauve, le Bonheur.Ce premier véritable récit dans l’œuvre de Desautels semble avoir eu une genèse à l’inverse de ses recueils de poèmes.Comme elle l’indique dans une note liminaire, elle a commencé le livre comme une autobiographie dont elle aurait été l’héroïne, mais il lui a fallu «avoir recours à des forces vives, délibérément fictives, grâce auxquelles une autre vérité, plus légère celle-là, aurait une chance de s’imposer».La part d’autobiographie est bien là, sans doute .importante, (huis ce récit, mais on n’y trouvera pas de confession brute: Ce fauve, le Bonheur raconte l’enfance d’une fillette, mais mise en écriture.C’est un livre plutôt qu’une simple tranche de vie.La religion du bonheur D’entrée de jeu, le moment fatidique de la mort du père est relaté.C’est par sa disparition prématurée qu’il va continuer d’exister parmi ses proches.On ne saura presque rien de lui.Véritable présence de l’absence, son décès, et celui de nombreux autres proches, fut l’élément déclencheur d’une religion familiale du bonheur, à la fois confortable et étouffante, dont la narratrice mettra beaucoup de temps à s’affranchir.La mère, dès lors, va occuper tout le champ de l’affection parentale et enfermer la jeune narratrice dans une bulle douillette.L’enfant se voit condamnée au bonheur «par le décret d’une volonté antérieure à la mienne», reprenant à son compte les propos de François, le personnage du Torrent d’Anne Hébert.Ni miroir, ni ennemie, la mère, avec le concours des autres membres de la famille, entoure sa fille de toute son affection protectrice: le mot tristesse lui-même est banni du vocabulaire familial.Il y a pourtant tout un cortège de morts, souvent précoces, tout au long de l’enfance de la fillette, disparitions douloureuses, mais rendues presque familières tant elles sont fréquentes, d’où cette recherche acharnée du bien-être de la part de tout son entourage.Chacun semble s’être donné pour mission d’éviter les conflits et les émotions trop fortes et d’imposer coûte que coûte «la présence janséniste de l’espoir».Dans cette famille frileuse, on préfère le silence aux affrontements, on s’agrippe aux moments de joie qui paraissent fragiles et éphémères en se répétant: «Je ne veux pas que ça finisse.» L’intimité est si grande entre la mère et sa fille qu’aux yeux de celle-ci, elles forment un véritable couple.L’écolière exemplaire, la petite fille modèle avoue à sa mère ses pensées les plus secrètes pour mieux fuir sa propre individualité et demeurer dans R o b e r t C h a r t r a n il Denise Desautels Ce fauve, le Bonheur • l’HEXAGONE Récit Du 25 septembre j 31 octobre 1998 toute la collection EXPOSITION EXPOS T ON EXPOS T ON à la librairie hampignv 4380 St-Denis, Montréal tél : 844-2587 Achetez trois FOLIO et obtenez une boîte de chocolats Livres I V K K 1) P O C H E bonheur ce «nous» fusionnel qui l’étouffe autant qu’il la rassure.Le récit de Denise Desautels est en quelque sorte l’histoire d’une sensibilité, celle d’une fillette, de 5 à 15 ans, dans les années 50.Cette jeunesse ponctuée de morts, habitée par «ces âmes voyageuses», c’est aussi celle d’une vie quotidienne où sont racontés le premier émoi amoureux, les amitiés et les jalousies, des souvenirs de la petite école et du logis que partagent la mère et sa sœur, une randonnée en auto, des vacances à la campagne.Ces situations toutes simples deviennent autant de «climats» variables, la jeune narratrice éprouvant à les vivre des montées d’émotions, des sensations agréables ou de l'abattement Le révélation de Van Gogh Ce fauve, le Bonheur est également un roman de formation, où la fillette découvre le sens de certains mots: leucémie, Holocauste et les réalités tragiques qu’ils recouvrent, où elle avoue même, avec une belle candeur, son ignorance.Cette enfance prend fin à un moment aussi précis que son début: certain jour de 1960, lorsque la narratrice voit avec une amie une exposition des toiles de Van Gogh, elle a la révélation de l’art et de la liberté grâce à cette peinture qui lui fait penser à un cri.Elle se sent une fraternité avec le célèbre peintre: la chambre désordonnée représentée dans une de ses toiles est, aux yeux de la jeune fille, un pied de nez au conformisme douillet de la famille: «Si maman voyait ça», dit-elle avec délectation.Ce jour-là, écrit-elle, «je suis passée, presque sans heurt, du côté de mon désir».L’œuvre de Van Gogh lui fut un «pont», ou «une simple passerelle pour accéder à la vie».Cependant, c’est la littérature, bien plus que la peinture, qui accompagne en quelque sorte ce récit de Denise Desautels.Chaque chapitre est précédé de citations d’écrivains québécois — Louise Cotnoir, Hélène Mo-nette, Paul-Chanel Malenfant — mais aussi d’Albert Camus ou d’Alain Fin-.kielkraut, qui annoncent le ton ou le ' propos du chapitre.La concordance est d’ailleurs si parfaite entre ces épigraphes et le texte de Desautels qu’on est en droit de se demander si chaque partie du récit n’a pas été écrite en fonction d’elles.Il en est de même pour les phrases d’écrivains insérées dans le corps du récit: elles sont signalées par des italiques — et leurs auteurs: Nelligan, Gabrielle Roy, Anne Hébert nommés en fin de volume — mais font parfaitement corps avec les propos de la narratrice.Ce sont là, manifestement, des emprunts fraternels qui laissent entendre que la littérature alimente la mémoire.L’enfance, dans le livre de Denise Desautels, apparaît douillette malgré les deuils.Elle serait sans histoires si le bonheur n’y avait pas été imposé à chaque moment, comme une corvée ou une menace.Ni moyenne, ni exemplaire, c’est une enfance particulière, revisitée sur le ton de la confidence chuchotée.Les lieux, les événements, les protagonistes paraissent tout proches, donnés à voir et à comprendre.La narration, très dépouillée, est traversées d’images séduisantes, où on retrouve l’écriture à la fois maîtrisée et sensuelle caractéristique de toute l’œuvre de Denise Desautels.Ainsi, le souvenir de la grand-mère qui «nous pressait contre son ventre rond, nous enrubannait de plaisir, en parlant de nos âmes aériennes, libérées un jour de leur poids de corps et de poussière».Ou le rappel troublant de ce geste d’une institutrice, «petite caresse parfumée, infinie, le long de ma joue, jusqu’à la naissance de mon cou, le temps d’un frisson, impudique victoire du désir».Récit intime et pudique tout à la fois, Ce fauve, le Bonheur laisse entendre les inflexions très personnelles de la voix de Denise Desautels, qui est une écrivaine et une artiste.Ces femmes qui tuent Cinq polars pour le plaisir de lire à l'état brut M A R C EI.J E A N T e n’ai jamais bien compris pour-J quoi les femmes étaient de si habiles meurtrières.D’Agatha Christie à Patricia Cornwell en passant par Mmes Highsmith, Rendell, Wentworth, Higgins Clark et autres, les plus grands noms du «Qui a tué?» sont en effet des femmes, ce qui a amené certains commentateurs à rebaptiser le genre, de façon péjorative, «romans de vieilles Anglaises».On aurait tort, cependant, de bouder son plaisir en regardant de trop haut cette littérature qui peut se révéler d’un précieux secours lorsqu’on a deux heures de train à faire ou qu’on veut tout simplement s’évader sans entendre les pétarades incessantes du cinéma américain de consommation courante.Cette littérature, c’est le plaisir de lire à l’état brut.Celui qu’on a souvent ressenti dans notre prime jeunesse et auquel il fait bon de revenir de temps à autre.RUTH RENDELL TOME IV LES ANNÉES 1976-1984 Ruth Rendell Traductions diverses Éditions du Masque Paris, 1997,1111 pages Ce gros volume contient quatre romans et deux recueils de nouvelles signés par l’une des plus célèbres et mystérieuses dames de la littérature anglaise.Attirée par les sciences occultes, les possessions et les maléfices, Mme Rendell se laisse parfois tenter par le néogothique (L'Enveloppe mauve, Le Lac des ténèbres, Son âme au diable) tout en demeurant le plus souvent préoccupée de réalisme, cette dernière caractéristique la rattachant à la tradition du roman à énigme britannique.Cela nous donne des ouvrages pétris de références littéraires (Le Imc des ténèbres emprunte son titre à Shakespeare; Le Maître de la lande convoque autant Agatha Christie que les sœurs Brontë) mais d’une efficacité narrative toujours remarquable.LE SEPTIEME CERCLE Andrea H.Japp Kiosque, Flammarion Paris, 1998,126 pages Mme Japp est toxicologue, experte auprès de la NASA et de plusieurs entreprises.Elle signe ici son cinquième roman, court récit habilement construit autour d’un personnage de femme de carrière qui, pour surmonter le trouble suscité par la mort accidentelle de son mari et de son fils, décide de mener sa propre enquête sur l’assassinat d’une journaliste.Le Septième cercle mise sur une écriture d’une vigueur extrême — des phrases très courtes, des segments dialogués qui vont à l’essentiel — pour entraîner le lecteur dans une histoire prenante qui se déroule à grande vitesse.En fait, ce roman est presque une longue nouvelle, qu’on lira d’un trait.Du travail bien fait! AND R.E A H.JAPP Le Septième?Cercle ^ V-./ «lUMliflfc.U * } \KJ® § Vfeotftf L ; ~jË (\vi coWtqt N j SMMit (jtMoHtww n m, apty \ V " V A'f '***îw)t ë J«%uquer A aunw*66.jAon>Suc Bosco N a» •c o 3 c o a U 111 4 1 i Essais Le Canada d’un mythe à l'autre de Frédéric Lasserre — 39,95 5 Histoire du collège Sainte-Marie de Montréal 1848-1969 de Jean Cinq-Mars — 49,95 S Éduquer au musée de Michel Allard et Suzanne Boucher — 22,50 5 Roman Confiteor de Monique Bosco —16,95 S H U HTUl I II HMH ÉDITIONS HURTUBISE HMH LTÉE adresses stylistiques parmi les plus courantes.On y traite de l’usage de la virgule, des anglicismes, de la tournure passive, des phrases incomplètes et de bien d’autres choses encore.Fiches, exemples et exercices sont regroupés en cinq parties: les principes généraux de rédaction, les erreurs de vocabulaire, les erreurs dans la construction de la phrase, lçs principes de base de la ponctuation pt différentes façons d’améliorer un texte.Le chapitre intitulé Feriez-vous tin bon réviseur?vous aidera à faire votre1 autocritique.—.pr* André Marquis LE STYl.i: ENTRE L art de retravailler'! 7‘j fuiies illustrant Uesrrreur* tt des nuUdrcie )FfelGe8ÙRf4C ¦ T i.' 1 L’ECOUTE Collectif dirigé par Éric Galam Éditions Autrement Paris, 1998,204 pages L’écoute, c’est le bruissement des feuilles dans le vent, le pépiement des oiseaux, une pièce musicale qui remue toutes les émotions, les pleurs, les rires d’un enfant, l’appel d’un malade, les battements d’un cœur en détresse, les confidences d’un ami.L’aide que chacun peut apporter à son prochain est fondée avant tout sur la capacité d’accueillir, d’écouter et de répondre à la demande de l’autre tout en laissant émerger et s’exprimer la sienne.Un livre qui suscite une réflexion intéressante à l’ère du répondeur, du portable et de la télématique.Renée Rowan I.K I) K V 0 I H .I.K S S A M K DI 2 6 K T I) I M A \ ( Il K S K l> T K M 15 II K I !l !) K VIE El T T É R A I R E Livres -** Littérature en scène Dans le cadre des Journées de la culture, la littérature s’anime: au Théâtre du Nouveau Monde et à la Place des Arts — entre autres ac- t ¦ tivités, notons-le bien —, les mots envahissent la scène.L’Académie distribue les honneurs.Et Sergio Kokis est enfin publié au.Brésil! M A K I E - A N I) K É E CHOUINARD 1 LE DEVOIR Ly un des souhaits des organisateurs i des Journées de la culture, qui battent leur plein cette fin de semaine à l’échelle de la province, était de réussir à convaincre le milieu culturel de sortir des sentiers battus, des limites de leur champ d’action, pour convier la population à un bain de culture hors de l’ordinaire.Même si, pour plusieurs, la description d’activités se limite malheureusement à un simple «portes ouvertes», chez d’autres, l’esprit des Journées a germé, donnant lieu à d’agréables surprises.Au Théâtre du Nouveau Monde, incidemment, on ouvre grand la porte à la littérature — et même plus, à la poésie! —, conviant sur la scène, et pour une lecture de nuit, plusieurs poètes parmi nos plus connus.Dans la nuit de samedi à dimanche (ce soir, donc), de minuit trente à 6h du matin, on déroule le tapis à une nuit folle, redonnant vie à des happenings de nuit qui avaient fait voir des étoiles à plusieurs adeptes ravis en 1970 d’abord puis en 1980.Une cinquantaine de poètes et ;irtisles se retrouvent sur scène, et parmi ceux-là: José Acquelin, Claude Beausoleil, Louky Bersianik, François Charron, Hélène Dorion, Raoul Duguay, Lucien Francœur, Madeleine Gagnon, Roland Giguère, 1).Kimm, Paul-Marie Lapointe, Hélène Monette, Jean-François Poupart, Geneviève Letarte, Claude Péloquin, Jean-Pierre Ronfard, Michelle Rossignol, Dominic Champagne, Pauline Vaillan-court, de même que les comédiens de la pièce Les oranges sont vertes, dont Pierre Lebeau, Andrée Lachapelle et Marc Béland.Soulignons que dans le cadre des Journées de la culture également, le TNM tient aujourd’hui une rencontre autour de Claude Gauvreau (auteur de la pièce Les oranges sont vertes) et de son,œuvre, en présence de la directrice artistique du TNM, lorraine Pintal, du frère du dramaturge, lierre Gauvreau, et de la compagne de celui-ci, Janine Carreau.Qu’y a-t-il derrière l’art de Claude Gauvreau?Aujourd’hui, au Café du Nouveau Monde, entre 12h et 14h.Aussi dans le cadre des Journées de la culture, la Place des Arts sera le théâtre dimanche d’une lecture [Publique composée de textes de chroniqueurs, pamphlétaires et polémistes du siècle dernier (Arthur Bures, Basile Routhier, Olivar Asse-lin, Louis Fréchette.).Cette activité, intitulée Reflets et pamphlets et organisée en collaboration avec le Festival de Trois, la Compagnie Jean Duceppe et la Société de la Place des Arts, met en scène Michel Dumont, France Castel, Albert Miliaire et François Tassé à la lecture.La mise en lecture et les collages ont été faits sous la baguette de Béatrice Picard.Demain à 14h30, à la cinquième salle de la Place des Arts, à Montréal.Les laissez-passer seront disponibles à l’entrée de cette salle vingt minutes avant le début du spectacle.Les prix de l’Académie C’est à une dame aux chapeaux multiples, dont celui d’écrivaine, que l’Académie des lettres du Québec décerne dette année sa médaille.En effet, Lise Bissonnette, ex-directrice de ce quoti- dien, fraîchement nommée à la barre de la Grande Bibliothèque du Québec mais aussi auteure de romans, reçoit la médaille 1998 de l’Académie, laquelle reconnaît depuis 1946 l’œuvre ou l’action d’une personnalité de la vie littérai-re chaque année.Cet honneur lui sera décerné lors du prochain Colloque des écrivains — orchestré par l’Académie — qui aura lieu le 17 octobre prochain sous le thème «Féminisme et création».Publiée chez Boréal, Mme Bissonnette a déjà écrit Marie suivait l’été (1992), Choses crues (1995) et le recueil de nouvelles Quittes et doubles (1997).L’an dernier, c’est au journaliste Réginald Martel que cet honneur avait été remis; Gabrielle Roy, Germaine Guèvremont, Félix Leclerc et Gaston Miron font partie des «médaillés» de l’Académie des lettres.L’Académie annonçait aussi cette semaine les noms des finalistes pour l’attribution prochaine — ce lundi — des prix Alain-Grandbois (poésie), Victor-Barbeau (essai) et Ringuet (roman).En poésie, sont finalistes Jean-Marc Desgent (Les Paysages de l’extase, Herbes rouges), Suzanne Jacob (Im Part du feu.Boréal), Marcel bibine (Carnages, Herbes rouges), Paul Chanel Malenfant (Fleuves, Noroît) et Pierre Nepveu (Romansfleuves.Noroît).Dans la catégorie essai, Jacques Allard (Im Roman mauve, Québec/Amérique), Robert Iœvesque (Im Uberté de blâmer.Boréal), Laurent Mailhot (Im Littérature québécoise, TYPO), Marcel Olskamp (Im Fils du notaire, Fîdes) et Fernand Ouellette (Figures intérieures, Leméac) sont en lice.Côté roman, les ouvrages de François Barcelo (Vie sans suite, Libre Expression), Christiane Frenette (Im Terre ferme.Boréal), Madeleine Monette (Im Femme furieuse, L’Hexagone), lierre Ouellet (Légende dorée, L’Instant même) et Pan Boyoucas (Im Vengeance d'un père, libre Expression) ont été retenus.Les trois prix, accompagnés d’une bourse de 2(XX) $ chacun, seront décernés lundi soir.I)u Kokis en portugais Sergio Kokis, auteur d’origine brésilienne, sera disponible sur les tablettes des librairies du Brésil.La maison d’édition Record a en effet acquis les droits de traduction — du français au portugais — pour un de ses romans, Im Pavillon des miroirs, publié en 1994 par XYZ éditeur.On prévoit que la machine à dollars s’activera puisqu’une pe-tite polémique enveloppe ce roman.«Certains lecteurs, qui ont lu la version française, trouvent que le portrait du Brésil tracé par Kokis est loin d’être flatteur», rapporte l’éditeur québécois, André Vanasse.Ce à quoi l’auteur réplique: «Je ne suis pas un dessinateur de cartes postales!» Ce roman de Sergio Kokis lui avait valu à l’époque le prix de l’Académie des lettres du Québec, le grand prix littéraire de la Ville de Montréal, le prix Québec-Paris de même que le prix Desjardins.Rectificatif Nous vous parlions la semaine dernière de la traduction de Celine, biographie écrite en français par Georges-Hébert Germain.Non seulement le traducteur David Homel mais aussi le journaliste, écrivain et traducteur Fred Reed contribuent à faire connaître Céline Dion en anglais.Mille excuses au principal intéressé.Venez à la librairie Gallimard, ce n'est pas la fin des Baricco 3700 boul.St-Laurent.tél : 499-2012 fax .499-1535 www gallimard-mtt.com H W !î II I! ïfi ¦¦ ¦ ** Il II 10 v * MARCH.FOURNIER Fntrritmi mrc fONIVVIION M IONW mV.NI S I)» E\l KIMISOtOEJI I JDKK ¦I.« * Marcel Fournier ENTRETIENS AVEC Denis Szabo Fondation et fondements de la criminologie 234 pages, 24 dollars collection de vive voix Ados et pogos Les derniers romans de la série des Watatatow LES CAUCHEMARS DE MICHEL COUILLARD Michèle Frémont Québec Amérique, coll.«Les romans Watatatow», Montréal, 1998,128 pages ÉMILIE, LE JOUR ET IA NUIT Marcia Pilote Québec Amérique, coll.«Les romans Watatatow», Montréal, 1998,136 pages GISÈLE DESROCHES Les Cauchemars de Michel Couillard, c’est le cadet de la série Watatatow, une collection alignée sur la populaire série télévisée destinée aux ados.Emilie, le jour et la nuit, de Marcia Pilote, l’aîné de la collection qui nous promet six titres, a été lancé le printemps dernier au Salon Pepsi Jeunesse.Les personnages se couchent les uns après les autres sur papier en espérant que leurs fans les suivent.Ils y vivent des aventures inédites, qui ne sont ni l’adaptation de récits déjà diffusés ni le scénario d’épisodes à venir.Le premier roman de la série était commandité par les yogourts Uberté et le magazine Adorable-, le second, écrit par Michèle Frémont, porte, en quatrième de couverture, les marques de commerce de Valentine, de Pogo, en plus de celui d'Adorable.De la publicité sur les livres! De la pub de fast food\ Un parti pris pour la médiocrité?On recrute chez les amateurs de pogo et de hot dog.Ou bien est-ce l’inverse: on encourage les lecteurs à bouffer des frites?C’est merveilleux pour l’acné juvénile, après tout.Bon, qu’est-ce que j’ai à jouer les indignées?C’est clair (lue la visée est large.On joue à fond la carte ado.L’univers ado.Les goûts, les drames ados.Ce n’est ni pire ni meilleur que la série De-grassi ou certaines traductions.Le texte est truffé de mots anglais, à l’image même du langage des jeunes.Quoi de surprenant à ça?Le lecteur visé ne sera pas trop dépaysé, il reconnaîtra sa polyvalente, ses humeurs.Le comportement de Michel Couillard, ses emportements, ses fuites, ses peurs.Celui-ci fait des cauchemars à ré])étition depuis quelque temps.Il se voit dans un tiroir de la morgue.Or en soirée, il travaille à l’hôpital où il doit astiquer les tiroirs en inox qui lui donnent des cauchemars.On devine qu’il fera tout pour faire cesser cette torture.Tenter de minimiser, en parler à un ami, se faire remplacer, consulter la psychologue de l’école sur qui il com- .tiO tUltitltli Les Cauchkmars a >,», dk Michel Couillard Michéle Frémont mencera à fantasmer.Lettres de menaces.Réminiscences de transactions de drogue.Violente attaque dans un stationnement Ça ressemble à une banale série américaine.Faire lire L’ado-tout-le-monde ne raisonnera jjas comme moi, c’est sûr.Il ne cherchera pas à prendre du read.Il n’a pas assez de perspective |X)ur cela.S'il prend son pied rapidement et sans trop se faire suer, il recommencera.Se tapera la série.Comme il y trouvera beaucoup de bras-secamarade, des émotions traitées avec un brin d’humour, quelques passages sensuels, des hésitations bien adolescentes et un rien de je-m’en-foutisme, ça passera très bien.Ce qui est formidable, quand on y pense.On veut faire lire les jeunes, après tout! Si l’histoire leur colle à la peau, tant mieux.Mais il ne faut lias en demander trop.Une fois le livre acheté, les éditeurs s’en lavent les mains.Les perfectionnistes du français, les amateurs de surprises ou de beau papier iront voir ailleurs.Le texte aurait bénéficié d'une bonne révision linguistique.Certaines coquilles sont inexcusables (par exemple:
de

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