Le devoir, 5 août 1998, Cahier A
19 10 FONDE LE DEVOIR I.ÏMiiolion est un li plaudissements de la foule.Environ 1500 personnes ont participé à la cérémonie colorée qui s’est déroulée à New Aiyansh, une petite communauté située à un millier de kilomètres au nord-ouest de Vancouver.Le traité accorde aux Nisga’a des terres équivalant au fiers de la superficie de l'île-du-lYince-Edouard, une autonomie gouvernementale semblable à celle dévolue aux administrations municipales et 190 millions en argent Iœs Nisga’a obtiennent les droits sur l'exploitation des ressources de leurs terres, ce qui leur donne accès aux forêts et à la pêche.Les Nisga’a peuvent se doter de leurs propres tribunaux, mais ils sont assujettis au Code criminel du Canada et à la Constitution.Pour une responsabilité corporative Ottawa (PC) — Les familles des hommes qui ont péri dans la mine Westray, le Nouveau Parti démocratique et le syndicat des Métallurgistes unis d’Amérique veulent que soit amendé le Code criminel pour qu’il tienne les cadres corporatifs responsables de leurs actes aux yeux de la loi.Cette tentative de réforme constituera l’un des points majeurs que fera valoir le parti lors de la session parlementaire à l’automne, a affirmé hier la leader du NPD, Alexa McDonough.«Je m’attende au maximum de soutien possible», a dit Mme McDonough, accompagnée d’un directeur canadien ()es Métallurgistes et de deux Néo-Ecossais ayant perdu des proches dans l’explosion de la mine de charbon Westray, qui a fait 26 morts en 1992. L K I) E V OU, I.K M E H (’ R E D I LE LE MONDE [omcij + I Groupe sanguin \ A- 65% A + 64% B+ 57% La Société canadienne de la Croix-Rouge Info-collecte: 832-0873 Les relations entre La Havane et Washington progressent LAURENT ZECCHINI LE MONDE Washington — Les relations américano-cubaines sont comparables à l’évolution du dialogue entre Washington et Téhéran: elles progressent lentement mais sûrement.Officiellement, l’administration Clinton ne concède rien sur le fond.Des relations diplomatiques normales ne pourront se nouer avec l’Iran tant que ce pays ne renoncera pas au terrorisme, et il n’est pas davantage réaliste d’envisager une normalisation avec Cuba si La Havane ne s’engage pas dans un processus de réformes démocratiques.Ije président cubain n’ayaqt pas changé, répète Madeleine Albright, la secrétaire d’Etat, il n’y a aucune raison de modifier la politique américaine, si ce n’est en l’orientant «au delà de Castro».Washington se borne à vouloir nouer un dialogue avec la société civile cubaine — qui n’est pas sans rappeler le souci du président iranien, Mohamad Khatami, d’engager un «dialogue entre les civilisations» américaine et iranienne —, sans manifester, en principe, le moindre assouplissement à l’égard du régime cubain.Or ce distinguo — indispensable pour ménager un Congrès dominé par un Parti républicain toujours très an-ticastriste — résiste (je moins en moins à l’épreuve des faits: en pratique, les Etats-Unis ont récemment desserré le carcan de l’embargo économique et commercial imposé à Cuba, en 1962, après la crise des missiles soviétiques.L’administration continue de souligner 1’ «anachronisme» du système politique cubain — le message a été répété à l’intention des nations caraïbes qui viennent d’accueillir, un peu trop chaleureusement aux yeux de Washington, Fidel Castro —, mais elle n’ignore pas que l’embargo est considéré comme une très ancienne relique de la guerre froide par une large majorjté de la communauté internationale.Le département d’Etat a donc minimisé l’impact de la tournée caraïbe du Lider Maximo, soulignant que tout prosélytisme de sa part est voué à l’échec.En réalité, comme l’a récemment reconnu un rapport du Pentagone, l’Amérique ne craint plus la moindre exportation, idéologique ou militaire, de la révolution cubaine: Cuba «ne; représente pas une menace militaire significative pour les États-Unis ou d’autres pays de la région».Bien que cet état des lieux tende à confirmer l’inanité du maintien de l’embargo, Bill Clinton dispose d’une marge de manoeuvre bien plus réduite que celle de Fidel Castro pour faire progresser cette diplomatie des petits pas.Il se contente donc de relever certaines avancées sociales à Cuba, en matière de santé et d’éducation.Cette prudence tranche avec les propos de plus en plus conciliants de son homologue, qui n’hésite pas à qualifier le chef de la Maison-Blanche d’ «homme de paix» dont l’action personnelle lui parait «positive».Castro établit une distinction Fidel Castro établit en outre une claire distinction entre le chef de l’exécutif américain et les forces politiques conservatrices dont celui-ci est obligé de tenir compte, tablant sans doute sur la bonne volonté de M.Clinton pour amorcer un rapprochement historique avec Cuba.Parmi ces dernières, le président cubain range les républicains, mais surtout le lobby anticastriste de Floride, coupable à ses yeux d '«attaques terroristes» contre son pays.Sur le fond, il n’a pas tort: M.Clinton s’était engagé sur la voie du pragmatisme diplomatique avant que la destruction de deux avions de tourisme américains par la chasse cubaine, en février 1996, ne l’oblige à faire marche arrière et à accepter le tour de vis de la loi Helms-Burton.Le résultat de cette législation — qui vise à punir les sociétés étrangères commerçant avec \ja Havane — a été d’enfermer la politique cubaine dans un cadre législatif, alors qu’elle relevait auparavant du seul pouvoir exécutif.Le mois dernier, le président américain a de nouveau suspendu pour suc mois l’application des sanctions contre Cuba: en dépit d’un accord transatlantique habilement médiatisé, la loi Helms-Burton restera en effet en vigueur tant que le Congrès ne sera pas disposé à atténuer sa position.Une telle perspective semble encore éloignée, mais le rapport de forces évolue cependant sur la colline du Capitole.Im visite historique du pape à Cuba, en janvier, a ajouté une dimension morale à la condamnation internationale de l’embargo américain.En outre, les milieux d’affaires sont de plus en plus critiques à l’égard de cette «diplomatie des sanctions» qui fait la part belle aux rivales européennes des entreprises américaines.Au Congrès, l’organisation USA Engage, qui regroupe quelque six cent soixante-treize entreprises, est en train d’affaiblir l’influence du puissant lobby anticastriste.Depuis la mort de son «caudillo», Jorge Mas Canosa, la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) cultive en effet les divisions internes.Elle n’a pas été en mesure de s'opposer à la politique dite d’«assouplissement humanitaire» pratiquée par l’administration : reprise des vols directs entre Cuba et les Etats-Unis, de l’aide humanitaire, de la possibilité pour la communauté américano-cubaine de transférer de l’argent à Cuba, accélération des procédures de vente de médicaments.Autant de gestes signalant une même orientation: à moins d’un nouvel incident bilatéral, les relations américano-cubaines semblent devoir évoluer lentement vers la réconciliation.H A ï T I Prêtre assassiné AGENCE FRANCE-PRESSE Port-au-Prince — Le meurtre lundi à Port-au-Prince d'un prêtre catholique engagé, le père Jean Pierre-Louis, est de nature politique, a affirmé le responsable d’une organisation haïtienne de défense des droits de l’homme.Selon Chenet Jean-Baptiste, secrétaire général de la Plateforme des organisations haïtiennes des droits de l'homme, le meurtre du religieux, «militant des droits humains et accompagnateur modèle du mouvement démocratique et populaire» est un «assassinat politique».M.Jean-Baptiste n'a toutefois pas précisé l’appartenance politique des meurtriers.Le meurtre a également été condamné par la délégation argentine de défense des droits de l’homme en visite a Port-au-Prince, composée du Prix Nobel de la paix (1980), Adolfo Perez Esquivel, et de Nora Cortinas, membre fondatrice de l’association des «Mères de la place de mai», et Mabel Gutierrez de la Fédération latino-américaine des associations de familles de détenus-disparus.Les combats se poursuivent dans le Kivu Kinshasa accuse le Rwanda d’agression Un ministre trouve refuge en Afrique du Sud ARTHUR MA LU MA LU REUTERS Kinshasa — Confronté à une rébellion croissante d’unités tutsies de son armée, essentiellement dans l’est de la République démocratique du Congo, le gouvernement de Kinshasa a accusé hier le Rwanda d’agression caractérisée.«Nous disons explicitement que le Rwanda nous agresse.Il n’y a pas eu de rébellion.Il y a eu agression du Rwanda de connivence avec certains officiers militaires qui ont été rapatriés», a déclaré Didier Mumenge, |X)rte-parole du gouvernement.«Nous sommes les agressés.Nous ne pouvons que nous défendre.» Des combats ont été signalés dans plusieurs villes, et, de sources militaires régionales, on affirmait que les mutins avaient pris le contrôle de Goma et de Bukavu, dans l’est de la RDC.«Ils contrôlent ces villes, y compris les aéroports et les stations de radio», indiquait-on à Reuters, à Johannesburg.Mais, selon Mumenge, ce sont les troupes restées loyales au président Laurent-Désiré Kabila qui contrôlent l’aéroport de Bukavu.Ces dernières auraient également conservé le contrôle de Kisangani, troisième ville du pays, dit-on à Johannesburg.De source onusienne, on affirme que les combats ont entraîné la fermeture de l’aéroport, mais la ville elle même est calme selon ses habitants.Les rebelles continuent aussi de combattre les forces de Kabila dans d’autres villes de l’est, Uvira et Kamanyola, a-t-on en outre appris de source régionale.Kabila compte sur la puissance de sa garde présidentielle, composée de 8000 hommes entraînés en Tanzanie, pour renverser la situation en sa faveur, ajoute-t-on.On ne faisait état d’aucun incident hier dans la capitale, Kinshasa, soumise à un deuxième couvre-feu nocturne consécutif depuis le déclenchement des troubles dimanche.Le gouvernement a réagi avec vigueur à la situation insurrectionnelle qui se développe dans le pays en décidant de répondre militairement à la rébellion des Banyamulen-ge, dont les officiers basés à Goma et Bukavu ont appelé l’armée et le peuple à renverser Kabila, accusé de corruption et de népotisme, sur les ondes de la radio la Voix du peuple.Les troupes fidèles à Kabila ont renforcé hier leur emprise sur Kinshasa, où le vice-ministre de l’Intérieur Faustin Munene a procédé à des centaines d’arrestations dans les milieux tutsis.«Je vous appelle d'une cache à Kinshasa.Je suis venue ici parce que j’ai dû fuir les soldats qui sont venus à mon domicile pour m'arrêter, moi et les membres de ma famille», a dit à Reuters une femme d’affaires très connue de Kinshasa.Selon elle, de nombreux Banyamulenge, des Tutsis qui sont arrivés dans l’ex-Zaïre il y a deux siècles, ont été arrêtés par les agents de la garde présidentielle et des services secrets.La crainte d’une chasse aux sorcières a incité plusieurs hauts dirigeants tutsis, dont le ministre des Affaires étrangères, Bizima Karaha, et le ministre des Affaires présidentielles, Deogratias Bugera, à fuir le pays.Le ministre sud- africain des Affaires étrangères, Alfred Nzo, a annoncé hier que Karaha avait trouvé refuge en Afrique du Sud.Les deux ministres ont décidé de ne pas rentrer en RDC quand ils ont appris que Kabila faisait arrêter les personnes jugées trop proches du Rwanda, qui l’avait aidé à conquérir le pouvoir mais que les proches du président accusent maintenant de chercher à déstabiliser la RDC.Le Rwanda a cette fois démenti toute implication dans les combats, mais le ministre de l’Intérieur de la RDC, Gaktan Kakudji, a déclaré à Reuters que des combats opposaient hier l’armée régulière aux Banyamulenge et aux soldats rwandais à Bukavu.Contacté par Reuters, un habitant de Bukavu a aussi signalé que des camions de soldats avaient franchi dans la nuit la frontière avec le Rwanda, officiellement fermée, pour venir soutenir les Banyamulenge.La rébellion qui secoue l’est de la RDC depuis que le commandement militaire de Bukavu, Goma et Kindu a retiré dimanche son soutien au pouvoir de Kinshasa, n’est pas sans rappeler la révolte des Tutsis qui, avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda, avait conduit à la chute de Mobutu et à l’arrivée au pouvoir de Kabila après une campagne militaire de sept mois.Les rebelles tutsis semblent d’ailleurs avoir fait hier une première tentative pour étendre l’insurrection vers l’ouest du pays, en détournant, au départ de Goma, un avion de la compagnie Congo Airlines (CAL) et en le contraignant à atterrir sur l’aérodrome de Kitona, où sont basés quelque 20 000 soldats de l’ex-armée zaïroise, qu'ils espèrent sans doute rallier à leur cause.iOaSfH #< '*'**£*¦: Mm*}*?mm FALEH KHE1BER REUTERS Des Irakiens ont manifesté hier devant le quartier général de l’UNSCOM, à Bagdad.Échec des négociations sur le désarmement irakien M O H I E I) D I N E R A C H A D AGENCE FRANCE-PRESSE Bagdad — Le chef des inspecteurs de l’ONU chargés de désarmer l’Irak a quitté Bagdad prématurément hier après l’échec de ses discussions, son interlocuteur refusant de continuer à travailler avec lui pour le moment.Richard Butler, chef de la Commission spéciale de l’ONU (UNSCOM) chargée du désarmement, a déclaré à l’AFP qu’il avait proposé au vice-premier ministre irakien Tarek Aziz un calendrier de travail sur cinq semaines pour résoudre les problèmes en suspens.Tarek Aziz «a rejeté la proposition en disant qu'il n’était pas prêt à continuer à travailler avec l’UNSCOM sur ces questions et qu’il n’y aurait plus de discussions pour le moment», a ajouté M.Butler lors d’une escale à Bahrein, base arrière de la Commission spéciale.Un porte-parole de l’UNSCOM, Gustavo Zlauvinen, a expliqué que M.Aziz avait rejeté l’évaluation présentée par M.Butler des progrès accomplis sur le programme de travail qu’ils avaient adopté en juin.Le vice-premier ministre «a demandé que M.Butler présente immédiatement un rapport au Conseil de sécurité affirmant que le travail de désarmement dans les domaines chimique, biologique et balistique a été achevé et qu’il n’existe plus d’armes prohibées en Irak», a-t-il ajouté.«Par conséquent, nous avons annulé les entretiens prévus et avons quitté Bagdad mardi au lieu de mercredi», a-t-il ajouté.L’agence officielle irakienne INA a cependant rapporté des propos apaisants de M.Butler à son départ «Il très important de ne pas exagérer les choses, et je vais m’abstenir d’utiliser le terme de crise», a-t-il déclaré à l’INA.«L’affaire doit être soumise au Conseil de sécurité, je suis certain que le Conseil agira en vue de déterminer les prohaines mesures à prendre», a-t-il ajouté.M.Butler a quitté Bahrein hier soir pour New York.11 a indiqué qu’il infor- merait demain le Conseil de sécurité du résultat de celte mission, une des plus orageuses depuis la création de l’UNSCOM en 1991.A New York, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a déclaré que l’échec des discussions de Bagdad pourrait être «un gros couac», tout en espérant qu'il pourrait être surmonté.M.Annan s’était rendu à Bagdad en février pour désamorcer la dernière crise entre l’ONU et l’Irak, menacé de représailles par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne parce qu’il refusait aux inspecteurs de l’ONU l'accès à ses palais présidentiels.Lors de son dernier passage à Bagdad, M.Butler avait exprimé l’espoir de pouvoir présenter au Conseil en octobre un rapport favorable qui permettrait la levée de l'embargo pétrolier.Mais, depuis, des analyses de laboratoire ont montré que l’Irak avait rempli des missiles de gaz neurotoxique VX avant la guerre du Golfe, contrairement à ses affirmations.L’Irak a contesté ces analyses et une contre-expertise est en cours.L’affaire Lewinski Les revers légaux continuent pour la Maison-Blanche BRIGITTE DUSSEAU AGENCE FRANCE-PRESSE Washington — Les revers légaux ont continué hier pour la Maison-Blanche dans l’affaire Lewinsky, la Cour suprême ayant refusé de reporter la déposition de deux de ses avocats.L’un d’eux, Lanny Breuer, 40 ans, s’est alors rendu au tribunal fédéral à Washington, pour y être entendu par le grand jury (chambre de mise en accusation populaire).Le second avocat, Bruce Lindsey, confident du président Bill Clinton, n’est pas à même d’être interrogé, se remettant d’une intervention chirurgicale subie la semaine dernière.Dans des documents de justice, les services du procureur indépendant Kenneth Starr ont indiqué qu’ils n’avaient pas «l’intention immédiate» de réclamer son témoignage.Le président de la Cour suprême William Rehnquist n’a donné aucune explication à sa décision, transmise oralement, et qui constitue une victoire légale de plus pour le procureur indépendant Kenneth Starr.M.Rehnquist avait été saisi en procédure d’urgence lundi soir par la Maison-Blanche.Après une bataille de plusieurs semaines, tranchée par la Cour suprême, le procureur Starr avait déjà obtenu le mois dernier le témoignage des gardes du corps du président Bill Clinton, dont leur chef Larry Cockell, une première dans une procédure criminelle.La Maison-Blanche s’est dite «un peu déçue» par la décision du juge Rehnquist, un porte-parole Barry Toiv ajoutant quelle restait déterminée à défendre le «principe très important» de la confidentialité des relations client-avocat, «non seulement pour ce président mais, ce qui est plus important, pour les futurs présidents».Une Cour d’appel avait estimé la semaine dernière que cette confidentialité ne pouvait être évoquée dans l’affaire Lewinsky par Bruce Lindsey ou les autres «avocats de la Maison-Blanche, payés par le contribuable, comme le ferait un avocat privé.Le procureur Starr avait alors immédiatement cité à comparaître Lanny Breuer qui, lors d’une précédente comparution, «avait évoqué cette confidentialité pour ne pas répondre à certaines questions.Lanny Breuer fait partie de l’équipe restreinte d’avocats qui, à la Maison-Blanche, s’occupe de l’affaire Lewinsky, qu'il s’agisse des citations à comparaître reçues de M.Starr, ou du «debriefing» de témoins interrogés devant le grand jury.Un accord passé entre certains avocats leur permet en effet de partager leurs informations.La Maison-Blanche a décidé de faire appel auprès de la Cour suprême de la décision de la Cour d’appel.Mais dans l’intervalle, après la décision du juge Rehnquist, rien n’empêche M.Starr de citer à comparaître d’autres avocats de la Maison-Blanche, dont le conseiller du président Charles Ruff.M.Clinton, dans ce scandale sexuel qui empoisonne sa présidence depuis six mois n’a plus guère de marge de manoeuvre: déjà sa secrétaire personnelle, ses gardes du corps, son ami Vernon Jordan et plusieurs proches collaborateurs ont dû témoigner devant le grand jury.Dinny Breuer a fait de même mardi.Monica Lewinsky s’apprête à le faire peut-être dès cette semaine.Le Vatican prie les sans-papiers d’évacuer la nonciature REUTERS Paris — Ix> gouvernement français a réaffirmé hier qu’il ne pouvait pas régulariser la situation de tous les sans-papiers qui occupent depuis samedi 1 ambassade du Vatican à Paris, et qui ont été priés par le Saint-Siège d’évacuer les lieux.Le Vatican a également cherché à ne pas donner l’impression de soutenir sans réserve les revendications du groupe de sans-papiers, en soulignant qu’une solution devait être trouvée dans le respect des lois françaises.«Les contacts se sont limités à transmettre aux mêmes autorités françaises la demande des sans-papiers qui demandent de nouveau que leur situation soit réexaminée.Evidemment, il n ’appartient pas au Saint-Siège d’interférer dans le déve- loppement des procédures prévues par la loi nationale.Il n’y a eu aucun message du secrétariat d’Etat du Vatican en faveur de ces personnes», souligne-t-il dans un communiqué.Dans un communiqué diffusé hier soir, les sans-papiers annoncent qu’ils resteront à la nonciature tant qu’ils n'auront pas «obtenu de garanties sérieuses de la part des représentants de l’État».«Nous ne pouvons nous contenter, expliquent-ils, de propositions orales alors même que les promesses écrites ne sont pas toujours tenues.» Ils soulignent également que leur dimarche ne concerne pas seulement «les sans-papiers qui sont présents à la nonciature», mais vise à «faire aboutir les dossiers des 17 de Saint-Bernard (l’église parisienne occupée par environ 300 personnes en 1996) et obtenir l'ouverture d'un véritable dia- logue avec les autorités de l’État qui doit déboucher sur la définition de modalités pour une régularisation globale des sans-papiers».Le groupe ne compte plus que neuf personnes depuis lundi dans l’enceinte de la mission diplomatique, installée dans le XVIe arrondissement de Paris.Selon le Vatican et le gouvernement français, quatre seulement de ces personnes sont des étrangers sans papiers, les cinq autres étant des citoyens français responsables d’associations de soutien.«Tout en comprenant le drame humain des personnes concernées», le Saint-Siège déclare souhaiter «que ces problèmes soient réglés dans le respect de la loi».La veille, le Vatican avait souhaité que les autorités françaises réexaminent les dossiers des douze personnes qui s’étaient introduites samedi soir à la nonciature apostolique.Le ministère de l’Intérieur a répondu dans un communiqué lundi soir qu’il «appartient aux demandeurs de papiers qui s’y croient fondés, après avoir quitté la nonciature, de se présenter au cabinet du préfet de police où leur cas sera réexaminé selon les critères de la circulaire du 24 juin 1997, précisés à la lumière des avis rendus par la commission consultative mise en place de 2 juillet dernier».Dans son communiqué d’hier soir, le groupe conduit par M.Cissé, qui avait été l’un des principaux porte-parole des «sans-papiers de Saint-Bernard», répond qu’il a «demandé à rencontrer le premier ministre et non le cabinet du préfet de police».D1A I.K I) K V 0 I R .I K M K It (' K K I) I 5 A 0 0 T I il il H A 6 EDITORIAL Lever le tabou Lise Bissonnette La perspective semble issue de cerveaux désœuvrés ou enfiévrés par l’été.Un peu partout au Canada, des analystes spécialisés évoquent et parfois prédisent rien moins que «la mort du dollar canadien« et son remplacement par le dollar américain, hérésie entre toutes.Passagère ou mortelle, l’anémie du huard pourrait toutefois déclencher une réflexion sur l’avenir politique de l’Amérique et lever ainsi un puissant tabou.B donne encore raison à la Banque du Canada, qui préfère laisser rétrécir le dollar canadien jusqu’à monnaie de singe plutôt que d’épuiser ses réserves à le défendre en risquant de récolter surtout une récession, l’indifférence et même le contentement affiché par le premier ministre du Canada ont changé un petit malaise en grande humiliation.Certains commentateurs influents, et parmi ceux qui ont fait les plus tonitruantes leçons au Québec sur le passéisme du nationalisme, appellent au ralliement coûte que coûte derrière le dollar d’ici et reprochent à M.Chrétien de se moquer de la «souveraineté» du Canada, qu’il serait en voie de brader pour les devises des touristes et celles des acheteurs étrangers de nos produits soldés.D’autres, moins sentimentaux, ruminent ouvertement ce qu’aucun dirigeant politique ne pourrait se permettre même de penser: la crise asiatique et la course quelle précipite vers la valeur refuge qu’est la devise américaine pourraient n’être que le prélude du nouvel ordre monétaire mondial qui sera dominé par deux grandes devises, l’euro et le dollar US.Les monnaies mineures, comme notre piastre, n’y survivront pas longtemps.Ce scénario catastrophe n’est certes pas pour demain.Mais il a l’avantage de rélancer la discussion, éteinte en pratique depuis la signature de l’ALENA en 1994, sur les suites de la libéralisation des échanges économiques dans l’espace nord-américain.Contrairement à ce qui se passe en Europe où les tractations entourant la naissance de l’euro ont maintenu vifs les débats politiques reliés à l’accord de Maastricht, les Canadiens ont eu tendance à voir l’ALENA comme le terme du processus de continentalisation amorcé en 1987 avec le premier accord de libre-échange intervenu entre le Canada et les Etats-Unis.Le gouvernement libéral ayant épousé ces accords en arrivant au pouvoir après les avoir répudiés dans l’opposition, on croyait que les chapitres subséquents se limiteraient à l’élargissement éventuel de l’ALENA à quelques pays d’Amérique latine.Mais le commerce sans frontière, ainsi que l’avaient prédit les adversaires du libre-échange, pousse insensiblement vers une harmonisation des politiques sociales, économiques et même culturelles, qu’on sent en effet à tous égards aujourd’hui, du marché de l’emploi jusqu’à celui des magazines.La fusion des monnaies ne devrait normalement intervenir qu’au terme de cette union progressive, mais le fait quelle se profile déjà donne également corps aux prédictions des pessimistes.Sans nécessairement leur donner raison.Le processus de libéralisation des échanges est évidemment irréversible et la meilleure option pour préserver une souveraineté n’est pas de refermer les frontières, comme les opposants à l’ALENA en rêvent encore, mais la recherche d’une participation significative aux décisions prises dans le nouveau cadre multinational.C’est l’équilibre que n’ont cessé de ien qu’une majorité d’experts * négocier entre eux les pays de la Communauté économique européenne depuis leur rapprochement économique d’après-guerre, et cela permet aujourd’hui à leur monnaie commune d’apparaitre dans un cadre politique commun, celui du Parlement européen.Or l’idée même d’un cadre politique de gestion de l’ALENA — oserons-nous parler de «fédération» — est profondément taboue en nos contrées.La vive tradition nationaliste du Mexique s’y oppose, bien sûr, mais le vieux fond anti-américain des élites canadiennes interdit aussi à tout gouvernement d’en entretenir l’idée: la hargne qui entoure encore le souvenir du gouvernement Mulroney, malgré l’adhésion assez générale entourant aujourd’hui sa décision d’ouvrir la porte à la continentalisation de l’économie, tient surtout à son amitié avouée, et franche, pour le voisin.Au Canada cela ne se fait pas, sinon dans la clandestinité réservée à l’adultère.A cause de ce tabou viscéral, incontournable, les Canadiens préfèrent donc laisser l’ALENA faire son œuvre en l’état plutôt que de construire des institutions adéquates pour le gouverner, de peur que le rapprochement avec les États-Unis soit mal vu et malsain.C’est ainsi que des centaines de fonctionnaires des trois pays signataires de l’ALENA, dans des comités inconnus du public, prennent constamment des centaines de décisions affectant l’avenir, sans qu’aucun contrôle démocratique digne de ce nom s'exerce sur cette forme de gouvernement parallèle qui ne tire son autorité que des dispositions obscures d’un traité.A terme, les deux grands espaces économiques que sont l’Europe et l’Amérique arriveront sans doute à une monnaie commune, mais la première dans l’ordre et la seconde dans le chaos, comme les soubresauts actuels en donnent l’avertissement.Il est temps que le Canada commence à se défaire de sa hantise démesurée.Tout au long de la dernière campagne référendaire, les plus fervents fédéralistes ne cessaient d’admonester le Québec en citant l’Europe en exemple et en affirmant que les rapprochements organiques des pays, au sein de cadres politiques communs, sont l’avenir des peuples.Ils présentaient alors le Canada comme une sorte de microcosme de l’Europe, mais la comparaison était évidemment boiteuse.Avec ses 30 millions d’habitants, le Canada équivaut à une petite moitié de la France et le véritable grand ensemble multinational, celui qui pourrait se constituer en face de l’Europe, c’est évidemment l’Amérique, un ensemble auquel le Québec pourrait en effet participer directement.Certes l’équilibre des forces, entre partenaires de cette Amérique, sera plus malaisé qu’en Europe où aucune puissance ne domine nettement les autres.Mais il vaudra toujours mieux convenir des moyens de coexistence avec un géant que de le laisser, en pratique, dicter les règles de la cohabitation.L’ALENA, comme l'affaire des magazines vient de le montrer, est un début mais n’y suffit certainement pas.Ut crise du dollar, qui frappe plus fort l’imagination populaire, aura l’avantage de forcer à cette réflexion, fort indiquée pour le passage du millénaire.La crise du dollar force à une nouvelle réflexion sur le cadre politique des relations nord-américaines.Plus ça change, plus c’est pareil Dans un texte paru dans Le Devoir du samedi 18 juillet dernier, où l’on m’accusait non sans méchanceté de révisionnisme, les auteurs ont réuni tous les éléments d’une dénégation systématique d'une voix qu’ils auraient préféré muette, si l’on en juge au ton du texte-réponse.Je ne veux surtout pas faire d’enflure polémique sur le dos de mes détracteurs, Lapointe et Michaud, •qui ont vivement réagi à la publication d’un texte — le mien — qui traitait, en toute bonne foi, de l’unanimisme douteux autour de Refus global, 50 ans après sa sortie.À leur réaction nerveuse, on se rend vite compte que, malheureusement, leur position borduasienne borne étroitement leur vision des choses et les prive de l’enseignement qu’apporte le temps.C’est pourquoi je soumettrai a leur attention, sans aucun espoir d’être compris, et surtout pas d’être accueilli, une simple citation de Maurice Blain tirée de son article intitulé «Liberté de l’esprit» et paru dans la revue française Esprit, qui consacrait son numéro d’aoùt-septembre 1952 au Canada français.«.sur le plan des valeurs de l'esprit, la tradition mythologique dans le Québec demeure dangereusement intacte et ¦ vivante, que renouvellent sans cesse par l’intérieur l’idéalisme fondamental \ de notre culture et la fonction fabulatri-ce de notre société de croyants profes-; sionnels.» Bien amicalement, du révisionniste Philippe Dubé Université ImvüI Québec, 31 juillet 1998 LETT R, E S -?- Le meilleur pays.Bravo, Gilles Archambault, affichez vos couleurs (Le Devoir, 24 juillet 1998).Un tee-shirt avec l’avis imprimé «Canada is simply the best!» est pour vous du «chauvinisme, particulièrement bèbête».De plus, cela vous rappelle «l’outrecuidance du premier ministre».Quel premier ministre?Cela va de soi: celui d’Ottawa, un noir dans votre vision noir-et-blanc du monde, a bad guy, en langage hollywoodien.Mais est-ce que vous ne tirez pas avec un canon sur des moineaux?M.Archambault, je vous croyais poète, non?Le grand troubadour Walther von der Vogelweide, autour de 1200, appelait déjà l'Allemagne «le meilleur des pays», et ses compatriotes tyroliens chantent encore aujourd’hui: «Ij> plus beau pays du monde / c’est mon pays le Tyrol» (Des schonste l/md der Welt/iet mein Tirolerland).Chauvinisme bébète?Mais voyons donc, M.Archambault, décontractez-vous un peu! Je vous parie qu’on trouve les mêmes phrases hyperboliques, naïves, inno centes et touchantes en même temps, dans tous les pays, et cela sans exception.Le Québec inclus! Wilhelm Schwarz, professeur Professeur, Université iMval Sainte-Foy, 27 juillet 1998 .Un chauvinisme bébête Pour moi, tout chauvinisme est hébété.De plus, qu’y puis-je, je ne trouve pas que le Canada soit nécessairement meilleur qu’un autre endroit du monde où le sort m’aurait fait naître.Et je n’aime pas la propagande, même celle des fabricants de tee-shirts.(iilles Archambault Bocelli, frites et flashs Une partie de hockey au Centre Mol-son doit sûrement être un must.Un jour, j’irai.Mais pour un concert de musique classique, en l’occurrence des extraits d’opéra, il faut émettre des réserves.Bocelli?Excellent Peut-être un certain manque de nuances dans ses interprétations.Le son est presque toujours forte ou fortissimo.Son attitude est certes un peu statique, mais cela s’explique.La cantatrice Ana Maria Martinez?Parfaite.Une voix sûre, un timbre agréable et beaucoup de souplesse dans son exécution des diverses pièces.L’orchestre?Rien à redire.Le public?Voilà le problème.Beaucoup y sont allés pour le Cou te partira qui s’est fait attendre.Il y avait les «tous-seux» (cigarette oblige!), les «connaisseurs» qui fredonnaient les mélodies, les «verbeux» qui passaient leurs réflexions a tout moment (j’ai dû demander a mes voisins de se taire!), et les assoiffés de [jerformances (plus c'était haut et fort, plus c’était beau).Les affamés s’amenaient avec leur cabaret rempli de frites, boissons gazeuses et autres bousti-failles.Vinrent aussi les retardataires en très grand nombre (je sais maintenant à quoi servent les ouvertures jouées par l’orchestre: permettre aux traînards de n’arriver qu’au milieu de la première aria).S’y trouvaient également de nombreux photographes.On avait (X)urtant annoncé au tout début qu’il était interdit de fumer, d’enregistrer et de prendre des photos.Or, pendant tout le spectacle, les flashs ont étincelé degauche à droite, tel un test de champ visuel chez l’ophtalmologiste.Le concert avait bien meilleure allure pour ceux atteints de cécité ou qui l’écoutaient les yeux fermés.Yvon Masse lllainville, 31 juillet 1998 lUfNÊ TfliftbAfiQUÊ PeUft M£j>£CinS.- '.PoiiR PfVoiVCffc > Intitulé Mythes, mémoire et mensonges (éd.Robert Davies, 1998), le livre dont il est ici question se présente comme une étude de «l’intelligentsia du Québec devant la tentation fasciste 1939-1960» et il arbore tout l’attirail de notes et de références destiné à lui donner l’apparence d’un travail objectif et sérieux.Comment, me suis-je d'abord demandé, répliquer à une accusation historique aussi grave, et faut-il seulement le faire?Qu’on réinterprète des pans de l’histoire à la lumière de nouvelles découvertes, moi je veux bien, et ce me semble même la condition sine qua non à une vie intellectuelle vivante et stimulante.Cela dit, mon malaise reste entier: le droit de réinterpréter va-t-il jusqu’à celui de tordre la mémoire des faits afin de nourrir des prises de position idéologiques actuelles?En d’autres termes, Esther Delisle, parce quelle abhorre le nationalisme québécois, est-elle justifiée de pratiquer la recherche historique sur le mode de la chasse aux sorcières?N’étant ni historien ni particulièrement porté vers la fouille méticuleuse de documents d’archives, je laisserai à d’autres le soin de vérifier si plusieurs des conclusions que Mme Delisle avance dans son livre (sur le traitement de faveur offert aux collabos français, sur l’antisémitisme et le pétainisme de la plupart des groupes nationalistes au Québec, par exemple) sont conformes aux documents et à la vérité historiques.Seulement, pour mémoire, je rappellerai qu’à la suite de la parution de son précédent pamphlet (qui était aussi, à peu de variantes près, une thèse de doctorat!), Le Traître et le Juif, Delisle avait subi une critique en règle mais rigoureuse de la part du sociologue Gary Caldwell, laquelle critique invalidait l’essentiel du travail de la chercheure à ce moment (voir L'Agora, juin 1994).Cela dit, sur le cas spécifique de Groulx, je me permettrai quelques commentaires, car, sur ce plan, la manœuvre d’Esther Delisle est trop grossière ixiur qu'on se contente de la renvoyer à des débats de spécialistes.Chacun, bien sûr, est libre de puiser son espérance à la source qui lui convient.Et Lionel Groulx fut, justement, et pour plusieurs dont certains ne sont déjà plus de ce monde, cette source.L’intention première qui parcourt son œuvre, la seule au fond pourrait-on dire, est celle de favoriser l’épanouissement du peuple canadien-français, de faire advenir toutes ses |x>-tentialités positives.A l’heure où, rendus minoritaires dans leur propre pays et exploités par des patrons sans vergogne qui cherchaient même à les déposséder de leur être culturel, les Canadiens français se voyaient tentés par le mépris d’eux-mêmes, le chanoine Groulx a voulu leur dire leur droit d’exister pour ce qu’ils étaient, de même qu’il a résolu, pour ce faire, de fonder leur espérance sur un socle historique qui n’avait rien de méprisable.Auteur d’un des textes les plus lumineux qu’il m’ait été donné de lire sur le cas du chanoine Groulx (voir Les cahiers d’histoire du Québec au XX' siècle, aut.1997), Dominique Garand (UQAM) résume: «En définitive, Groulx portait le rêve, bien légitime U rne semble, de voir les siens devenir maîtres de leur travail et du produit de leur travail, il dénonçait l'état de servitude dans lequel ils s'étaient laissé entraîner.C’est avant tout pour le rôle d'éveilleur qu’il a joué que les nationalistes éprouvent de la gratitude envers lui et c'est pour cela que certains lieta publics ont reçu son nom.» Les accusations, néanmoins, pieu-vent.On a fait de lui un anglophobe parce qu’il refusait une politique de bonne-entente qui ne reposait pas sur la réciprocité.On a fait de lui, condamnation suprême, un antisémite, alors qu’il a même été jusqu’à écrire, un jour, que les Canadiens français étaient les «Juifs d'Amérique», même s’il déplorait que l’esprit de solidarité qu’il attribuait aux Juifs ne soit pas pratiqué au même degré par son peuple.C’est d’ailleurs lui, encore, ce «führer animé d’une haine nihiliste pour les JuiJs» tel que décrit par Esther Delisle, qui écrira: «L’antisémitisme, non seulement n'est pas une position chrétienne; c’est une solution négative et niaise.» Conservateur, traditionaliste de droite, corporatiste, peut-être, probablement.Mais, sur l’essentiel, le moins que l’on puisse dire, c’est que le vieux prêtre avait le nazisme passablement étriqué! Nous sommes en 1998 et la société québécoise n’est plus ce quelle était du temps du chanoine.Aussi, réfléchir de façon pertinente au Québec d'aujourd’hui exige que nous le fassions dans des termes autres que ceux employés par Groulx dans les urgences qui étaient propres à son époque.Néanmoins, cela ne devrait pas nous dispenser de retenir leçon: «Interpréter sa condition: ce reste l’occupation première, la grandeur des personnes et des communautés.[.] Voilà pourquoi, reprenant autrement que Groulx la tâche de nous interpréter, il ne nous répugne pas de nous dire, nous aussi, nationalistes.Aux technocraties qui s'essoufflent à fabriquer des mécanismes sociaux ata engrenages parfaitement ajustés, nous opposons la volonté de travailler à maintenir les communautés précaires où les hommes croient que l’histoire est leur héritage et leur défi, eux-mêmes [Fernand Dumont |.» Esther Delisle, elle, a plutôt donné raison à Péguy, qui aurait assurément souhaité, cette fois-là, avoir tort.Ne la félicitons pas.louis.cornellier@collanaud.qc.ca Lo u i s Cor ne II ie r A P R 0 P 0 s .des investissements au Québec par rapport à l’OCDE Une comparaison du Québec avec les 13 pays les plus importants de l'OCDE révèle que les investissements dans le secteur manufacturier ont été légèrement supérieurs au Québec |xmr la période 1973-1992: ils y ont représenté 15,1 % de la valeur ajoutée contre 14 % pour des pays de l'OCDE.Cependant, cette performance supérieure du Québec masque le fait que les investissements y furent concentrés dims quelques secteurs.Par rapport aux 13 pays de l’OCDE, le Québec a l’avantage dans la métallurgie (alumineries), les pâtes et papier, les produits chimiques et les machines de bureau et ordinateurs; il est de même niveau dans les secteurs du matériel de transport, du bois et des meubles et des produits minéraux non métalliques, mais cède le pas dans tous les autres secteurs, notamment dans des industries intensives en main-d’œuvre (textiles et vêtements, aliments et boissons.Les industries où le Québec a excellé sont très intensives en capital, de sorte que ces investissements massifs ont créé peu d’emplois (quoique très bien rémunérés), sauf durant la période de construction.L’entreprise innovante au Québec: les clés du succès, «Avis» du Conseil de la science et de la technologie, juin 1998.F 0 N f.N R J A N V I F R Directrice LISE BISSONNETTE Directeurs adjoints de Rédacteur en chef adjoint JEAN-ROBERT SANSFAÇON Rédacteur en e h e f a d j o i n I C II RIS TI A N T IEEE T Directrice, ventes et marketing MARTINE DURÉ Q II E I) 0 I S ¦¦¦I L K I) E V OIK, L K M E R C R E I) I IDEES tram;-' .1 «Est-il normal qu’un élève tienne en mains un diplôme d’études secondaires sans avoir réussi à écrire un paragraphe de quinze lignes sans erreur?» THÉRÈSE BELZILE Professeur de français Collège de Rosemont «Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément» Nicolas Boileau u’est le faire sans le dire?» La société met aujourd’hui l’accent sur le «faire».Les «vieux» ne cessent de complimenter les jeunes sur tout ce qu’ils savent faire.Mais «faire» n’est pas «penser».Et c’est la pensée qui fait évoluer les hommes.Pour arriver à produire, il faut savoir penser, et l’on pense avec des mots; les productions de l’homme sont des idées avant d’être des réalités.Est-il besoin d’ajouter que ces idées doivent être agencées logiquement pour arriver à quelque chose?(Pourtant il y a des productions puisqu’on félicite les jeunes! C’est donc qu’on ne parle pas nécessairement des mêmes personnes.) Il est impossible de concevoir une bonne thèse de doctorat sans réfléchir et s’exprimer; il est impossible de concevoir un livre sans le penser, il est impossible de communiquer des renseignements, des informations, des idées sans les concevoir, l’instrument dont se sert l’être humain dans chacune de ces circonstances est la langue.Enfin, sans la maîtrise de cet outil, il est illusoire de s’imaginer qu’on peut mener un raisonnement logique ni même arriver à penser; même les déficients auditifs arrivent à concevoir ce qui est abstrait, mais quel travail ils exécutent pour y parvenir! L’élève d’aujourd’hui apprend comment fonctionnent les logiciels avant de pouvoir s’en servir adéquatement; il doit apprendre de la même façon le fonctionnement de sa langue pour apprendre à penser et à fonctionner dans la société qui est la sienne et dans laquelle il devra fonctionner demain.Depuis huit des vingt-sept années que j’enseigne (sans avoir fréquenté quelque faculté d’éducation que ce soit), je les vois défiler devant moi ces élèves qui viennent se «remettre à niveau».In plupart se sont rendu compte qu’il leur manque cet outil qu’est la langue; certains travaillent souvent très fort pour l’acquérir; mais on ne refait pas en 45 heures ce qui n’a pas été construit adéquatement depuis onze ans.Ces jeunes ne sont heureusement pas majoritaires en nombre; il en reste qui, comme autrefois, savent se servir adéquatement de la langue.Il y en a toujours eu; il y en aura toujours.Le problème, c’est qu’il ne faut pas regarder les choses sans oublier qu’on a décidé, comme société, de «Il serait peut-être temps que l’on pose quelques questions.» JACQUES NADEAU LE DEVOIR munir tout le monde d’un diplôme au nom de la démocratisation de l’enseignement; c’est cette décision qui crée ces artifices.Et ce sont les jeunes qui paient la facture! Oh! bien sûr! la facture en argent revient aux plus vieux; mais la «facture» de l’avenir, ce sont les victimes de la démocratisation de l’enseignement qui la paient! Et ça leur coûte cher! Il serait peut-être temps que l’on se pose quelques questions: Est-il normal qu’un élève tienne en mains un diplôme d’études secondaires, remis par le ministère de l’Éducation du Québec, sans avoir réussi à écrire un paragraphe de quinze lignes sans erreur?Depuis trente ans, les collèges voient apparaître chaque automne les élèves qui arrivent de l’école secondaire.Chaque année, les enseignants espèrent rencontrer des élèves mieux formés, des élèves ca- pables de comprendre et de s’exprimer dans leur langue maternelle.Victimes du système Malheureusement, ce n’est pas le cas; mais ces jeunes ne semblent pas trop en souffrir: victimes du système, ils jouent les «assistés sociaux de la langue».Ils en viennent à croire qu’on leur doit quelque chose, qu’ils n’ont pas reçu leur dû.Ils ont raison.Là où ils ont moins raison, c’est lorsqu'ils se laissent aller et qu’ils croient pouvoir récupérer ce qu’on leur doit sans effort.Le problème, c’est que les élèves ne savent même plus où leurs études vont les mener.Pourquoi?Tout simplement parce qu’ils ont perdu de vue leurs véritables objectifs d’apprentissage.Ils ne désirent pas réellement se perfectionner, mais plutôt satisfaire le système pour pouvoir continuer leur route dans ce même système, dans la so- ciété d’aujourd’hui.Leur motivation ne nourrit donc pas leur ambition personnelle, mais se réduit plutôt à intégref le système passivement Par opposition, les groupes sont parsemés d’allophones qui veulent à tout prix apprendre cette nouvelle langue et pour qui, dans bien des cas, un cours de langue seconde serait peut-être plus approprié.Quant au professeur, il doit envisager une nouvelle ses1 sion avec tout ce beau monde en espérant le faire progresser à un même rythme et ce, avec optimisme! Quel a été le cheminement de ces élèves durant les onze premières années d’études pour n’avoir pas dépassé un si bas niveau?On a longtemps parlé de l’école occupationnelle, celle qui fait si bien passer le temps aux enfants jugés incapables de suivre des cours «normaux».Pendant onze ans, assis sur les bancs de l’école, ces élèves ont écrit des textes dans lesquels il était surtout important d’exprimer leur «moi», sans se soucier de la façon de le faire.Notre jeunesse d’aujourd’hui est soumise à la loi du moindre effort, d’abord celui des professeurs du secondaire qui ne veulent pas corriger parce qu’ils ont trop d’heures d’enseignement et trop d’élèves; ensuite, celuj des jeunes eux-mêmes à qui l’on croit avoir tout donné, mais qui, en fait, n’ont rien reçu d’autre que des biens matériels et le désir d’en avoir toujours plus, le plus rapidement possible.Phénomène de société! Oui! «nos enfants nécessitent des têtes solides et fécondes»! Mais pourquoi la société a-t-elle dénigré cette «profession» au point que les têtes les plus brillantes refu: sent de s’y engager?Et on fera ce qu’on voudra aux portes de l’université, cela ne réglera pas le problème, car enseigner, ça ne s’apprend pas dans les livres! Ni ailleurs d’ailleurs! Comme pour toutes les professions, c’est un talent naturel; on ne va à l’université que pour acquérir une formation solide qui permettra d’enseigner quelque chose.L’art de transmettre ces connaissances, c’est en lui-même que le professeur le trouve.C’est ainsi qu’un professeur de français aura pour objectif, non seulement de faire retenir par cœur des règles de grammaire, mais d’apprendre aux élèves à se servir logiquement du code linguistique pour être en mesure de comprendre, de concevoir et de se faire comprendre des autres; car la langue, c’est un instrument qui permet de faire connaître aux autres ce que l’on pense.En même temps, le professeur a l'énorme possibilité de lui Elire apprécier la littérature de toute la francophonie.Ia lecture aide à apprendre à s’exprimer.A plus grande échelle, la maîtrise de la langue française permettrait à l’élève l’ouverture d'une porte sur l’univers des connaissances et des idées, afin de l’amener à conquérir le monde de demain.D’une simple mise à niveau, c’est la société au complet qui se remettrait à niveau.Réaction à un texte de Jean-Luc Gouin paru le 11 juillet Quand les jeunes jouent les «assistés sociaux de la langue» Par où entrer en Israël ?«L’espoir de plusieurs volontaires de pénétrer à fond la culture israélienne par l’entremise de l’expérience kibboutz tourne très souvent à la désillusion.et à la frustration de ne pas s’être mis à l’hébreu avant!» REUTERS Israéliens fêtant, en mai à Tel-Aviv, le cinquantenaire de l’État hébreu.s FRANCIS CAUCHON Étudiant en sociologie Boischatel p- • nspirés par l’esprit révolu- Itionnaire qui fermentait en Russie au début du siècle, des Juifs de l’Europe de l’Est décidèrent de créer une société juive égalitaire, et ce, en Terre promise.Ils ‘*==^ y achetèrent alors des terres et commencèrent à les cultiver.Ixjs premières années furent extrêmement pénibles, car ces pionniers ne connaissaient pas grand-chose à l’agriculture, sans compter le fait que le sud de Tel Aviv n’était alors que désert et que les vallées de Houla, du Jourdain et de Jezréel étaient totalement inexploitées.Mais très rapidement, le type d'exploitation agricole qu’ils avaient créé pour l’occasion — au sein duquel les moyens de production, les logements ainsi que les équipements communautaires appartiennent à la communauté — se popularisa, et ce à un tel point que le kibboutz (c’est ainsi que se nomme ce type d'exploitation) constitua en fait l’épine dorsale de la société israélienne jusqu'à la fin des années 80, fournissant notamment au pays 50% de ses besoins alimentaires.Notons au passage que les kibboutziks (les habitants d’un kibboutz) ont été longtemps considérés comme l’élite de la société israélienne, car bien qu’ils ne représentant que 3% de la population totale, ils sont sur-représentés au sein des officiers de l’armée et des membres du gouvernement.En mai dernier, je me suis évadé pour cinq semaines en Israël.J’étais particulièrement désireux de tenter l’expérience unique dp la vie dans un kibboutz.Pourquoi?A cause de l’importance et de l’histoire fascinante de cette institution au sein de la société israélienne, doublé du fait que l’on y est logé, nourri, habillé et qu’en plus, on touche un petit salaire.Tout cela en partageant pour quelque temps, la vie de colons juifs en plein cœur du Moyen-Orient.Avouez que ça peut être hautement instructif comme expérience de vie! Or, bien que cette réalité soit à la portée de toute personne qui le désire, il existe une petite contrainte: les responsables des kibboutzim ont imposé une durée de séjour minimum d'un mois afin d’éviter que leur mode de vie communautaire devienne un lieu d’arrêt pour touristes en manque d’exotisme.Étant donné la courte durée de mon séjour en ce pays, j’avais mis une croix sur la possibilité de découvrir cette réalité typiquement israélienne.«Décision forcée» Je me suis donc «replié» sur les auberges de jeunesse pour loger en ce pays.Et ce que j’y ai appris des kibboutzim me fit grandement apprécier ma «décision forcée» de ne pas y séjourner.Voici brièvement pourquoi.Tout d’abord, comme tout un chacun s’en doute, on rencontre des gens de partout lorsque l’on couche dans des auberges de jeunesse, et cela est particulièrement vrai en Israël pour diverses raisons qu’il serait un peu long d’expliciter ici.Et parmi ces «gens de partout», il y a entre autres des volontaires de kibboutz «en probation», c’est-à-dire qu'une fois par mois, les volontaires disposent de trois jours pour visiter le pays.Résultat: étant donné qu’il y a plus de 260 kibboutzim en Israël, il est pratiquement impossible de loger dans une auberge de jeunesse sans tomber sur des volontaires en visite.Ces rencontres inévitables m’ont permis de vivre l’expérience kibboutz en différé si on peut dire.Après avoir rencontré une trentaine de volontaires, je peux vous dire que 27 d’entre eux étaient de relativement à totalement déçus de leur expérience, que deux ne savaient pas encore quoi en penser étant donné qu’ils commençaient leur «nouvelle vie», et qu'une personne seulement était enthousiasmée.Bref, il ne serait pas excessif d’en conclure que ce mode de vie n’est pas exactement la Terre promise.Mais comment expliquer cette déception généralisée?La première raison est fort simple: un problème de communication.Ées kib-boutzniks parlent hébreu, et étant donné que leur mode de vie ne favorise pas vraiment les contacts avec l’extérieur, peu d’entre eux connaissent l'anglais (ou ne sont-ils simplement pas désireux de communiquer dans cette langue?) Bref, l’espoir de plusieurs volontaires de pénétrer à fond la culture israélienne par l’entremise de l’expérience kibboutz tourne très souvent à la désillusion.et à la frustration de ne pas s’être mis à l’hébreu avant! Une autre raison explicative de leur déception, c’est le mode de vie hyper routinier.En effet, plusieurs volontaires m’ont raconté que la tâche que l’on se fait assigner à son arrivée n’est pas, règle générale, des plus réjouissantes.Pour prendre un exemple, j’ai rencontré une belge qui avait comme tâche de préparer le dîner et le souper six jours sur sept — Une ou deux heures de travail le matin, la même chose l’après-midi, c’est tout! m’a-t-elle dit.— Et après?Lui ai-je demandé — Il y a deux possibilités: soit que tu t’isoles dans ta chambre (car les volontaires vivent séparément du reste des habitants), soit que tu vas au bar du kibboutz pour y faire le party avec les autres volontaires.Le jour suivant, même scénario, et ainsi de suite! Bref, ça peut être vraiment décevant à la longue, question découverte culturelle.Heureusement, il existe un scénario mille fois plus intéressant si l’on veut découvrir ce pays, sa population ainsi que les touristes de partout qui y séjournent.Celui-ci est fort simple par ailleurs: il s’agit de visiter Israël en voyageant d’auberge en auberge.Pourquoi?Tout d’abord, c’est là que l’on a la chance de côtoyer la population hétéroclite des visiteurs d’Israël: des Serbes, des Coréens, des Français, des Néo-zélandais, des Brésiliens, etc.Cette population est composée de Juifs qui s’étaient promis de venir en Israël au moins une fois dans leur vie, de pèlerins tous un peu plus croyants les uns que les autres, d’étudiants en vacances, d’habitants des pays frontaliers en visite qui ne manqueront pas de vous faire connaître leurs amis israéliens, etc.Vous aurez compris que les rencontres que vous risquez très fortement d’y faire vous ouvriront les portes de ce pays.et de bien d’autres pays en réalité! Un autre atout à cette manière de visiter la terre des Juifs, c’est quelle se marie fort bien avec le désir de fouiner dans tous les coins du pays qui nous inspirent, ce qui peut prendre un bon bout de temps lorsque l’on ne dispose que de trois jours par mois, comme c’est le cas des volontaires.Dernier avantage des auberges: les possibilités de travail.Avis aux voyageurs qui s’étaient réfugiés dans les kibboutzim pour contraintes financières, ils auraient mieux fait d’être un peu plus téméraires en tentant l’expérience de la vie en auberge.En effet, la très grande majorité de celles-ci offrent du travail, soit directement sur les lieux, soit dans les restaurants du coin, les boutiques touristiques, les jardins publics, etc.La morale de cette histoire?Il est extrêmement facile, puisque Israël est un pays ultra touristique (le pays de la Bible a quelque peu changé depuis!), de le visiter sans partir avec une fortune en poche.Suffit d’avoir le temps de bosser quelque temps dans une ville avant de continuer sa route.En somme, les auberges de jeunesse vous permettront d’entrevoir plusieurs facettes de la complexe réalité israélienne, ce qui n’est pas forcément du kibboutz.Comme quoi, les entrées officielles d'un lieu ne sont pas toujours la meilleure façon d’y pénétrer! L’ÉQUIPE I) U I) E VOIR IA RÉDACTION Journalistes à l’information générale et métropolitaine : Louis Lapierre (adjoint au directeur de l'information), Sylvain Blanchard, Jean Chartier (régions), Faille des Rivières (éducation), Jean Dion, Louis-Gilles Francœur (environnement), Judith Lachapelle, Kathleen Lévesque (actualités politiques municipales), Caroline Montpetit, Brian Myles (politique municipale), Isabelle Paré (santé), Jean Pichette (justice), Clément Trudel (relations de travail), Serge Truffaut (questions urbaines) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Diane Précourt (pages éditoriales, responsable des pages thématiques) ; Martin Duclos et Christine Durnazet (relecteurs) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; à l’information culturelle : Michel Bélair (responsable), Stéphane Baillargeon (arts visuels et théâtre), Paul Cauchon (médias), Marie-Andrée Chouinard (livres et politiques culturelles), Louise Leduc (musique), Jean-Pierre Legault, Odile Tremblay (cinéma) ; à l’information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l’information), Robert Dutrisac, Benoit Munger, François Normand.Claude Turcotte ; à l'information internationale : Jocelyn Coulon (adjoint au directeur de I information), Guy Taillefer (éditorialiste), Claude Iévcsque ; à l’information politique : Pierre O’Neill, Manon Cornellier (correspondante parlementaire à Ottawa), Mario Cloutier et Gilles Lesage (correspondants parlementaires à Québec), Michel Venne (correspondant parlementaire et éditorialiste à Québec) ; à l'information sportive : Yves d'Avignon : Marie-Hélène Àlarie (secrétaire à la rédaction) ; Julie Tremblay.Marie-Claude Petit (commis).1st documentation : Gilles Paré (directeur) ; Brigitte Arsenault.Manon Derome, Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa).IA PUBLICITE ET LE MARKETING Martine Dubé (directrice), Daniel Barbeau (directeur adjoint), Carole Dallaire (avis publics et appels d’offres), Jacqueline Avril, Jean de Billy.Gyslaine Côté.Marlène Côté, Christiane Legault, Jacques A Nadeau, Claire Paquet, Chantal Rainville, Micheline Ruelland, Alexandre Leduc (publicitaires) ; Geneviève Landry, Sylvie Laporte, Micheline Turgeon • Francine Oueliet (secrétaire).IA PRODUCTION Jocelyn Arsenault (directeur des approvisionnements, distribution et production), Marie-France Turgeon (responsable de la production), Claudine Bédard, Johanne Brunet.Danielle Cantara, Richard Des Cormiers.Christian Goulet, Marie-Josée Hudon.Christian Vieil, Olivier Zuida.Philippe Borne.SERVICE À LA CLIENTÈLE Johanne Brien (responsable), Evelyne Labonté (responsable à la promotion des abonnements), Manon Blanchette-Turcotte, Monique L’Heureux, Use Lachapelle, Rachelle Leclerc-Venne.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables), Jeanne-d'Arc Houde (secrétaire à la direction) ; Céline Furoy, Patrick Inkel (contrôleur), Ghislaine Lafleur, Danielle Nantcl (secrétaire administrative), Nathalie Perrier„Danielle Ponton.Danielle Ross.IA FONDATION DU DEVOIR Marcel Couture (président), Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général). L K I) E V OIK, I.K M K K C R E I) I 5 A O Û T 1 !» !) 8 A 8 f1-?LE DEVOIR ?— ACTUALITES REVENTE BOURSES SUITE DE LA PAGE 1 les prix se sont stabilisés, a souligné Jean Laferrière, analyste principal de marché au sein de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).Et ce, notamment au sein de la catégorie unifamiliale, qui reste bien évidemment la catégorie dominante de l’activité immobilière.D’après les chiffres dévoilés hier, la valeur moyenne des propriétés unifamiliales est désormais de 124 000 $, soit une augmentation assez appréciable sur la valeur établie il Ÿ a un an tout juste, soit 118 000 $.On se souviendra qu’au milieu de la décennie la valeur moyenne de l’unifamiliale avoisinait les 112 000 $., Signe des temps comme des tendances qui animent le marché, le nombre d’inscriptions est à la baisse.Toutes catégories confondues, on compte actuellement 36 256 unités sur le marché contre 36 749 il y a douze mois.Cette di-rfiinution du stock d’unités mises en vente indique que les surplus accumulés au cours des années précédentes sont en voie d’être absorbés, si ce n’est déjà fait.Cette embellie généralisée est attribuable à toute une série de variables.In première d'entre elles étant évidemment la stabilité relative des taux hypothécaires à des niveaux qui, malgré la récente majoration de 20 points, demeurent les plus bas des trente dernières années.I/' facteur hypothécaire mis à part, M.Laferrière a indiqué que le marché de la revente, à cause de l’éventail des choix et des prix qu’il propose, exerçait auprès des premiers acheteurs un pouvoir d’attraction plus marqué actuellement qu’au cours des années antérieures.Ensuite, contrairement à ce qui s’est passé entre le début de la décennie et l’an dernier, le deuxième acheteur reste dans le déjà existant.Alors qu’aupara-vant il avait tendance à vendre son bien et à se retirer du marché, le deuxième acheteur vend pour mieux bénéficier des aubaines présentes sur le segment des 150 000 $ et plus.Ainsi, au sein du marché de la maison chère, très chère, soit la maison qui se transige au delà des 300 000 $, une augmentation très forte des ventes a été enregistrée.Entre janvier et juillet dernier, le nombre de transactions des propriétés se négociant à compter de 300 000 $ a enregistré une hausse de 62 % sur la période correspondante en 1997.Outre les facteurs mentionnés, l'analyste principal de la SCHI.a confié que la création de 23 000 emplois à temps plein dans la région montréalaise depuis le début de l'année avait favorisé une certaine hausse des ventes.Enfin, le niveau de confiance des consommateurs, qui demeure le plus élevé de la décennie, a lui aussi eu son impact sur le rythme du marché.Toutes ces données confondues, tous ces chiffres consolidés, le mois de juillet a confirmé un certain rééquilibrage de l'activité immobilière.En effet, selon les statistiques publiées, près de 27 % des transactions réalisées se situaient entre 70 000 $ et 99 000 $, près de 32 % entre 100 000 $ et 149 000 $ et plus de 15 % entre 150 000 $ et 249 000 S.Ces données indiquent notamment que la gamme des bas prix ne domine plus le profil du marché comme auparavant.En ce qui concerne maintenant la hausse des taux commandée par la Banque CIBC, et à laquelle toutes les institutions ont fait écho, M.Laferrière ne pense pas quelle va freiner le rythme des transactions au cours des prochains mois.«Prenez l'hypothèque de cinq ans, à 7,15 %, soit le taux d’aujourd'hui, elle reste l’une des plus faibles des trente dernières année.» Si l’on se fie aux prédictions formulées en la matière par François Dupuis, économiste principal et stratégiste du Mouvement Desjardins, il est probable qu'une autre majoration des taux sera commandée par les grandes banques canadiennes au cours de l’automne.On s’attend à ce que la grille des taux soit haussée d’un autre 25 points pour fixçr ainsi l'hypothèque cinq ans à 7,40 %.A cet égard, M.Laferrière a jugé que les banques seront d'autant plus réticentes à déstabiliser le profil des taux que ceux-ci demeurent élevés en termes réels.lorsqu’on prend en considération le fait que l’inflation est actuellement de 0,9 %, les taux hypothécaires sont effectivement très élevés.S.V.P.Assurez-vous que ce papier journal soit recyclé.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue de Bleury, 91 étage, Montréal (Québec), H3A3M9 E3 Place-des-Arts Ds sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction (514) 985-3333 Au téléphone Par télécopieur Par courrier électronique Pour l’agenda culturel La publicité Au téléphone Par télécopieur Extérieur de Montréal Les avis publics et Au téléphone Par télécopieur (514) 985-3360 redaction@ledevoir.com (514) 985-3551 (514) 985-3399 (514) 985-3390 1 -800-363-0305 (sans frais) appels d’offres (514) 985-3344 (514) 985-3340 Les petites annonces et la publicité par regroupement 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tarder.«À moins d’une crise substantielle de confiance à l'égard du dollar canadien, la Banque du Canada semble bien décidée à ne pas augmenter pour le moment ses taux directeurs, compte tenu de la faiblesse de l’économie.En conséquence, la chute pourrait se poursuivre.Toutefois, si le dollar ne se stabilisait pas au-dessus des 64 (, la banque centrale devrait intervenir vigoureusement.» La tension était donc très forte hier.Elle s’est fait sentir de manière prononcée en Bourse.L’indice TSE 300 de la Bourse de Toronto a terminé la séance en recul de 227,10 points, ou de 3,3 %, à 6704,33.Un seul secteur a terminé en hausse, soit les aurifères, qui ont applaudi à une remontée de 4,80 $ US de l’once d’or, à 288,80 $ US.Mêmes se-cousseç à Montréal: l’indice XXM abandonnait 3 %.I>es Etats-Unis également n’ont pas été épargnés.Wall Street a subi hier sa plus forte baisse depuis le début de l’année, avec un recul de 3,4 % (299,43 points) du Dow Jones, à 8487,31, un recul qui a fait déclencher les coupe- circuits.La moyenne des 30 industrielles de Wall Street perd ainsi 9,1 % depuis son record établi le 17 juillet.Au sud de la frontière, on vit donc également au rythme de la crise asiatique qui secoue fortement le Japon.«Us analystes ont sous-estimé l’impact de cette crise sur les bénéfices des entreprises», a souligné Robert Normand.Depuis le début de l'année, les entreprises font donc moins bien que les scénarios attendus.«U marché misait encore sur des anticipations de profits affichant une croissance moyenne de 15 % cette année.Or, à la lumière des résultats semestriels, les entreprises américaines se dirigent plutôt vers une augmentation moyenne de 3 ou 4 % de leurs profits.C'est bon, compte tenu des niveaux déjà élevés des années précédentes.Mais c’est loin des anticipations», a ajouté M.Normand.Tous les scénarios sont donc révisés à la baisse.D’autant plus que la crainte d’une récession commence à planer sur l’économie américaine, alors que les plus pessimistes, s’inspirant de ce ralentissement observable combiné à un taux d’inflation quasi nul, reviennent avec le spectre de la déflation.Entre ces extrêmes, la nervosité s’accroît, une nervosité alimentée par cette statistique, an- noncée hier, faisant ressortir un recul de l’indicateur avancé en juin.Cet indicateur, conçu pour devancer de six mois l’évolution de l’activité économique, s’est replié pour un deuxième mois consécutif aux Etats-Unis.La lecture de juin a beau être influencée et faussée par le long conflit chez GM, elle ne vient que nourrir les pronostics les plus sombres.Surtout qu’elle s’ajoute à cette autre statistique, dévoilée vendredi dernier, indiquant que le PIB américain n’avait crû que de 1,4 % au deuxième trimestre, contre 5,5 % au premier.Ralph Acampora, de Prudential Securities, surnommé «Monsieur dix mille» en raison de ses prévisions d’un Dow Jones à 10 000 points d’ici la fin de l’année, a également contribué au repli des cours en tempérant son enthousiasme.Dans une conférence avec les courtiers de Prudential, il a estimé que le Dow Jones pourrait perdre de 15 à 20 % dans les prochains mois par rap|>ort à son record de la mi-juillet Une baisse de cette ampleur ramènerait l’indice entre 7500 et 8000 points, un niveau comparable à celui de la fin août 1997, et mettrait fin à trois années de gains supérieurs à 20 % pour Wall Street.PAYETTE «Peut-être retournerons-nous sur la Lune?Peut-être sur Mars?» SUITE DE LA PAGE 1 «C’est la préparation qui est difficile, l'entraînement est intensif», reconnaît Marc Garneau, qui a déjà deux séjours dans l’espace derrière lui.Vivre en apesanteur Là-haut on espère bientôt pouvoir accueillir une équipe permanente, qui testera les limites du corps humain en apesanteur et les possibilités de développement technologique dans un tel contexte.«Nous voulons explorer le développement pharmaceutique», a expliqué hier l’administrateur en chef de la NASA, Daniel S.Goldin, venu à Montréal pour l’occasion.Lorsqu’ils sont en apesanteur, les astronautes souffrent en effet, entre autres, d’atrophie de 30 à 40 % de la force musculaire, ainsi que de troubles du sommeil.Certains astronautes, dont le corps est distendu par l’apesanteur, peuvent gagner jusqu’à cinq centimètres en taille durant leur séjour dans l’espace.«Cela m’est arrivé, raconte Marc Garneau.Quand on enlève l’effort de la force de gravité, la colonne vertébrale a tendance à s’allonger.Je pouvais sentir un mal de dos à cause de ça.» Il arrive également que les myopes retrouvent une vue adéquate durant un voyage dans l’espace.L’œil change çie forme en l’absence d’une force de gravité.Éventuellement, les explorateurs de l’espace espèrent donc développer une médecine qui permettra aux humains de faire des séjours de longue durée dans l’espace, notamment sur Mars, qui se situe à environ six mois de voyage de la Terre.Plusieurs entreprises privées espèrent ainsi y tester les produits technologiques de l’avenir.«Nous voulons pouvoir faire des voyages sur Mars d’un an ou deux, et pouvoir revenir sur la terre et y travailler», dit Marc Garneau.La station spatiale internationale a ceci de particulier qu’elle regroupe les efforts consentis par 16 pays différents, sous la direction des États-Unis.On y retrouve donc le Canada, le Japon, le Brésil et la Russie, ainsi que onze pays œuvrant avec l’Agence spatiale européenne.Savourant le couronnement de six ans de travail en ce sens, Julie se réjouissait hier que la carrière d’astronaute soit de moins en moins inaccessible pour de jeunes Montréalais.«Peut-être retournerons-nous sur la Lune?Peut-être sur Mars?Plus loin encore?Nous ne savons pas encore exactement où ce voyage nous mènera ou quelles découvertes nous ferons en chemin.Mais je sais ceci: le fait que nous ignorions ce qui est là-bas nous incite à aller encore plus loin», disait hier l’administrateur en chef de la NASA, M.Goldin.Pour sa part, le Canada a consenti trois milliards de dollars dans ses activités d’exploration spatiale, sur une période de dix ans, soit entre 1994 et 2004.«J’aimerais que l’effort soit plutôt calculé sur une base annuelle», disait hier John Manley, ministre fédéral de l’Industrie.M.Manley se réjouit cependant qu’une bonne part de technologie produite par des entreprises canadiennes soit utilisée à bord de la station spatiale internationale.Laide aux entreprises REUTERS UN GROUPE de Mexicains a protesté hier devant les portes du Palais national contre le fonds de secours (FOBAPROA) du gouvernement à l’intention d’entreprises en faillite.Le fonds de 11,2 milliards a fait l’objet de sévères critiques pour avoir offert une sortie de secours trop facile à des dirigeants d’entreprises malhonnêtes ou incompétents.Voir nos informations en page B 3.L’opposition réclame la tête d’Eggleton Ottawa (PC) — Le Parti réformiste a réclamé hier une enquête et la démission du ministre de la Défense, Art Eggleton, pour une enquête mal faite sur des allégations de trafic de drogue à une station secrète d’écoute de l’armée.Le critique réformiste en matière de défense, Art Hanger, a déclaré que le ministre avait induit les Communes en erreur l’automne dernier lorsqu’il a affirmé que l’enquête sur des allégations d’usage et de trafic de drogue à la station Leifrim, non loin d’Ottawa, avait été complète et approfondie.A peine quelques jours plus tard, un bilan interne en venait à la conclusion contraire, c’est-à-dire que l’enquête avait été un cafouillis complet Le Parti réformiste a reconnu qu’il était possible que le ministre n’en ait pas été informé.M.Eggleton est actuellement en vacances, et le personnel de son bureau n’avait aucun commentaire à faire.Le député Hanger a aussi soutenu que l’affaire de drogue a pu compromettre la sécurité nationale, si des informations secrètes recueillies par le personnel de la station d'écoute ont été transmises à des trafiquants de drogue.La station Leitrim est un poste d’écoute électronique sophistiqué capable d’intercepter les messages codés de gouvernements étrangers, ou de capter les appels faits sur téléphones cellulaires par des trafiquants de drogue.Iœ grand prévôt des Forces canadiennes — l’équivalent du chef de police de l’armée —, le colonel Patricia Sam-son, a affirmé hier que rien ne permettait de prouver qu’il y ait eu menace à la sécurité nationale.Selon le rapport de la police militaire, obtenu par le truchement de la Loi d’accès à l’information, l’enquête sur les allégations de trafic de drogue à la station a été bousillée par des policiers militaires de niveau inférieur, inexpérimentés.C’est un informateur qui a avisé la police militaire, à l’été 1995, de l’existence présumée d’un réseau d’utilisateurs de drogues à Leitrim.Avant que les policiers ne puissent mettre leur enquête en branîe, le mot s’était passé à la station et les policiers n’ont rien pu tirer des suspects.La police devait fermer le dossier en juillet 1996 sans qu’aucune accusation ne soit portée.LORCA SUITE DE LA PAGE 1 chemises prêtes à éclater sous la pression du papier jauni, et il s’enfonça dans un fauteuil de velours moelleux, du genre de ceux qu’on incljne vers l’arrière pour dormir.— Votre nom?Age?État civil?Profession?Revenu an-nuçl familial?A la quatrième question, Lorca se souvint qu’il était là pour se débarrasser d’un colis.Puis il pensa à son taxi qu’il devait récupérer au plus vite.A la cinquième, il comprit que la partie n’était pas gagnée, que i’exalté qui le mitraillait de questions n’était probablement pas Angel Stone.— Eh bien?Iœ chat vous a mangé la langue?Je n'ai pas que ça à faire et si vous ne me fournissez pas les données de base, je ne peux pas continuer.Alors, pressons! Comme la femme fatale revenait à la charge, avec un café et des biscuits fins, Lorca répondit docilement, mais il portait plus d’attention aux longues jambes de sa bienfaitrice qu’aux interrogations étourdissantes de son curieux hôte.— Bon.Maintenant, vous allez me dire quel genre de voiture vous conduisez, ce que vous faites le samedi, ce que vous mangez quand vous vous levez la nuit, combien de fois vous faites l’amour chaque semaine, pourquoi vous votez pour un parti plutôt que l’autre, pour quelle équipe de soccer vous prenez.Euh, ça, ça va.Précisez si vous préférez la pizza à croûte mince ou épaisse, avec quel shampooing vous vous lavez les cheveux, la marque de votre af-ter-shave.Ici, l’homme, qui avait commencé à épouvanter Eugenio Lorca, prit une pause et l’examina avec précaution.Il semblait se demander si Lorca se rasait ou s’il était du genre à laisser la barbe tomber d’elle-même.Puis il enchaîna: — Mmm.Disons qu’on passe,pour l’after-shave.Avez-vous déjà pris vos vacances aux États- Unis?Croyez-vous que vous payez trop d’impôts?Devrions-nous abandonner les explorations dans l’espace?Faut-il ouvrir plus d’hôpitaux?Souffrez-vous de maux de dos chroniques?De fatigue oculaire?De brûlures d’estomac ou de crampes intestinales?Que pensez-vous du body piercing?De la disparition des ciné-parcs?Du réchauffement de la planète?Avez-vous un faible pour le poixorn ou préférez-vous les croustilles?Écoutez-vous les commerciaux à la télé?Les paroles des chansons populaires?Croyez-vous en Dieu?Eh bien?Vous répondez, oui ou non! Quand il eut avalé son café, et englouti quelques sablés à l’orange, Eugenio Lorca poussa un lancinant soupir.Il profita du fait que l’autre s’était essoufflé pour intervenir, et s’enquit de ce qu’on pouvait bien trouver d’intéressant à recueillir de tels renseignements.— Comment?Mais vous le savez bien! On peut déduire des tas de choses de mes sondages et à partir de mes statistiques! J’ai toujours maintenu ma marge d’erreur à un niveau fort acceptable, et je paie bien les gens qui répondent à mes questions.C’est pour ça que vous êtes là, non?Visiblement ébahi par les réticences de Lorca, le statisticien s'adossa à sa chaise et, de ses paumes, se mit à frapper ses appuie-bras à un rythme saccadé.— Ce que je fais est vital, pensez donc! J’aide les compagnies à mieux cibler leur clientèle.Je permets aux gouvernements de manipuler l’opinion publique à leur guise! Et aux employeurs, d’obtenir le maximum de leur main-d’œuvre.Je dresse des portraits sociaux très fidèles.Je sais que les célibataires de votre groupe d’âge s'adonnent au jeu, qu’ils aiment notamment les loteries et les courses, et qu’ils ne sortent jamais le dimanche! Pris de panique à l’idée qu’on puisse connaître dans ses moindres détails ne serait-ce qu’une parcelle de sa vie privée, Eugenio Lorca se leva d’un bond et chercha la sortie, mais il ne distinguait plus la porte.Tous les murs semblaient lisses comme du crépi encore humide, et la splendide blonde s’était volatilisée.Il retomba sur son fauteuil, secoué d’un violent vertige.— Allons, ne le prenez pas comme ça.A six milliards d’individus, on ne peut quand même pas être si différents les uns des autres ! Et où en étais-je?Ah oui! Les déodo-ranLs.Avez-vous déjà utilisé le déodorant de votre petite amie?Sa brosse à dents?Vous avez bien déjà eu une petite amie.Quel genre de film louez-vous la plupart du temps?Ne le dites pas, ça je le sais.Possédez-vous une arme blanche?Un revolver?Combien de fois par mois faites-vous le ménage?Ça aussi, je devine.Portez-vous des slips de couleur ou blancs?Avez-vous quelque chose contre les squeegees?Les punks?Les festivals westerns?Que pensez-vous de l’Internet?Du vernis à ongles vert?Qu’est-ce que vous avez dans ce paquet, dites donc?Le colis.Lorca avait pris la fâcheuse habitude de l’éradiquer de sa mémoire.En proie à une immense lassitude, il se demanda alors si on l’avait drogué tant il avait du mal à s’extraire de son siège.Il songea un instant à la réceptionniste multicolore qui l’avait mal guidé, et à son nouveau patron qui lui avait mis un paquet inlivrable sur les bras.Enfin, il détestait cet imbécile d’Angel Stone qu'il finirait bien par épingler.— Maintenant, on va passer à des questions plus personnelles.Le statisticien se grattait le front avec une plume fontaine; il ne se rendait pas compte qu’il s’était barbouillé les tempes et que cela lui donnait des allures de Maori courroucé.Cette idée fit d’abord sourire Eugenio Dtrca.Après quelques secondes, il se mit à ricaner franchement, puis à rigoler à tue-tête sous le regard médusé de son bourreau.Comme s’il avait puisé de l’énergie à même cette hilarité qui tintait trop fort, Lorca se mit debout et, bien qu’il se soit senti pantelant, exigea qu’on lui indique la sortie.— Euh, c’est là.Mais nous n’avons pas terminé.balbutia le statisticien qui, de toute évidence, ne savait plus s’il devait séquestrer Lorca, détruire sa fiche ou la compléter lui-même.Il resta d’autant plus interloqué que son répondant lui posa encore une question.— Votre nom, c’est quoi?— Maurice Lavanant.Lorca fit la grimace, tourna le dos à Lavanant et disparut derrière une cloison pivotante et opaque.Quelques ricanements parvinrent aux oreilles du statisticien, puis s’éteignirent.lorsque le silence eut enveloppé ce dernier, il se résigna à appuyer sur «Delete», rigueur scientifique obligeant.Sur le palier, Eugenio Djrca, trente-deux ans, célibataire, normalement chauffeur de taxi dont le salaire annuel brut déclaré ne dépassait pas 14 (XX) $, avait retrouvé ses esprits et s’apprêtait à réintégrer l’ascenseur.«Un slip de couleur?», se dit-il, en retrouvant le cagibi capitonné qui le ramènerait en bas: Eugenio Lorca n’y avait jamais songé.(À suivre)
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