Le devoir, 4 juillet 1998, Cahier D
L I l> E V OIK.L K S S A M EDI I E T I) I M A X (’ H E .1 r I I.I.E T I !l !t 8 I ?LE DEVOIR ?-: lettres québécoises Page D 3 Poésie Page D 5 Grille télé du week-end Page D 6 Artifices 98 Page D 7 Formes Page D 8 ?L ITTÉRATURE (} U É B É C O I S E Petits livres, grands plaisirs Une séduisante nouvelle collection de «bonheurs-du-jour» EAUX Monique Durand Leméac, collection «•Des bonheurs-du-jour» Montréal, 1998,88 pages LE PONT DU GARD VU DE NUIT Normand Chaurette Leméac, collection «Des bonheurs-du-jour» Montréal, 1998,64 pages HISTOIRES FLEURIES Jean-Pierre Boucher Leméac, collection «Des bonheurs-du-jour» Montréal, 1998,120 pages BLANDINE CAMPION Savez-vous ce qu’est un «bonheur-du-jour»?C’est un petit meuble à tiroirs qui servait de bureau ou de secrétaire et qui, sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, fut particulièrement en vogue.Mais «Des bon-heurs-du-jour», c’est aussi le nom de la nouvelle collection inaugurée ce printemps par les éditions Leméac.Pourquoi ce joli nom?Sans doute, tout d’abord, parce que les petits livres qui constituent cette collection (ils font environ 10 cm de large sur 15 cm de haut) peuvent être savourés à petites bouchées et à tout moment.Leur format, en effet, permet de les porter sur soi sans difficulté, de les glisser dans la poche du pantalon comme dans un recoin de la musette que l’on emporte pour aller en ballade, dans un compartiment du porte-documents comme dans le cabas à provisions.Et l’on peut avec facilité les sortir quand le besoin s’en fait sentir, histoire de profiter de ces petits moments vides où l’on est obligé d'être là sans avoir rien de précis à faire: dans le métro, en attendant son tour à la banque, pendant la pause de lOh ou bien tout simplement en prenant un café sur une terrasse de la l ue Saint-Denis.On peut ainsi se plonger dans la lecture de l’un de ces petits volumes sans que la crainte d’être interrompu, de ne pas avoir le temps, d'être obligé de s’interrompre au moment crucial de l’intrigue ne nous gâche le plaisir.Les trois volumes qui composent pour l’instant la collection sont en effet composés de récits et de nouvelles dont la brièveté fait tout le charme.Bien que l’arrivée de l’été et de la chaleur pousse traditionnellement les lecteurs à ressortir des placards les briques qu’ils ont accumulées tout au long de l’année dans l’attente de ce temps ralenti des vacances, il est bon que ceux dont l’emploi du temps se moque de juillet ou août puissent aussi continuer à profiter des bonheurs de la lecture.Des bonheurs, justement, ces livres en réservent plusieurs.Comme le petit meuble à tiroirs dont la collection tire son nom, chaque volume offre en effet plus de surprises qu'il n'y paraît et la qualité des textes proposés fait en sorte qu'à aucun moment la concision n’empêche la profondeur.VOIR PAGE I) 2: GRANDS PLAISIRS Revivre le siècle de la comtesse de Ségur, de Chateaubriand et de Lamartine 'VVÏW .V S-r s; à V'J f A ¦ ¦ ; >-v MM - • v -S iv w mwi r.V” r f ; D O C R H S R O M A N S D H .S O M M E A JL JL PROPOS DES GENS CÉLÈBRES.ON CROIT SOUVENT QUE TOUT EST DIT.Pourtant, aucun regard indiscret N’ÉPUISE LE MYSTÈRE D’UNE VIE.C’EST CE QUE DÉCOUVRENT LES BIOGRAPHES QUI EFFEUILLENT LES DOCUMENTS.LES PHOTOGRAPHIES.LES TÉMOIGNAGES ET LES ŒUVRES.La liste des ouvrages CONSACRÉS AUX GRANDES FIGURES S’ALLONGE SANS JAMAIS LES METTRE À NU.Autant de points de vue.AUTANT D’ÉCLAIRAGES.G IIY L AI N E MASSOUTRE Tous trois sont nés nobles à un mauvais moment.S’ils jouent un rôle de premier plan dans le glorieux XIXr siècle, ils ne le doivent guère à leur rang: ils ont choisi le métier, la mission d’écrivain.Par là, ils se ressemblent.Non par leur personnalité ni par leurs idées, mais parce qu’ils ont connu la gloire de leur vivant.Elle brille encore.A nos yeux, ils représentent «les forces de l’explosion vitale poussée jusqu'au firmament d'un destin», comme l’écrit joliment Hortense Dufour.Ce sont en sorte des héros.La plus jeune est Russe, née en 1799, le plus vieux est Breton, né en 1768, le troisième est Bourguignon, né en 1790.Ils se nomment respectivement Sophie de Ségur, comtesse née Rostopchine, François-René de Chateaubriand et Alphonse de Lamartine.Trois belles biographies leur sont consacrées — celle d’Hor-tense Dufour est une réédition — qui se lisent comme des romans très documentés.Dispositions d’origine Dès l’enfance, Sophie manifeste très vite sa vive intelligence.Elle commence jeune à «inventer des historiettes auxquelles personne ne comprend rien», écrit son père dans ses mémoires, lui qui descend de Gengis Khan.La famille,-très riche, prodigue à l’enfant une éducation soignée, par l’entremise notamment d’un savant précepteur français.Mais il n’est pas rare que son indiscipline lui vaille le fouet.Elle grandit toutefois heureuse parmi ses six frères et sœurs.Elle aura à son tour huit enfants.François-René, quant à lui, est le dixième enfant de sa famille, dont quatre seulement ont survécu.Est-ce pour cela qu’il se croit chéri des dieux?«Ma naissance se rattache à la naissance d’un homme et d’un peuple; pâle reflet que j’étais d'une immense lumière», écrit-il sans sourciller dans ses Mémoires d'outre-tombe.D’abord modestement pétri par les mœurs provinciales de sa grand-mère, peu choyé de ses parents, il est ensuite placé dans un internat où l’excellence de ses résultats fait oublier ses désirs de liberté insubordonnée: «Frappé à la fois au moral et au physique, je luttais avec mon innocence contre les orages d’une passion prématurée et les terreurs de la superstition.» Alphonse, enfin, se croit prédestiné à de grandes actions.Il élucubre des fantasmagories abracadabrantes sur ses prétendues origines arabes, prémices de son orientalisme et de sa mégalomanie.Peut-être parce que les Lamartine vivent une vie simple et paisible, avec leurs six enfants.VOIR PAGE I) 2: BIOGRAPHIES AUTOBUS DUPLESSIS • BANQUE NATIONALE DU CANADA CONSEIL DES ARTS DE LA COMMUNAUTÉ URBAINE DE MONTRÉAL • CONSEIL DES ARTS DU CANADA ÉDIFICE BELGO • LE DEVOIR • LE SABORD • MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS DU QUÉBEC OPTICA • PARACHUTE • PRATT & WHITNEY CANADA RITZ-CARLTON KEMPINSKI MONTRÉAL SERVICE DE LA CULTURE DE LA VILLE DE MONTRÉAL TÉLÉCITÉ-TMI • TRANS ART • VIA ROUTE • VIE DES ARTS UN GRAND MERCI A NOS PARTENAIRES UN MÉGA-ÉVÉNEMENT LES ACTUALITÉS DE LA PEINTURE ABSTRAITE PLUS DE TRENTE LIEUX D'EXPOSITION PLUS DE 250 ARTISTES 'EXPOSITION THÉMATIQUE ÉDIFICE BELGO À MONTRÉAL DU 6 JUIN AU 11 JUILLET 1998 UNE RÉALISATION DE L'ASSOCIATION DES GALERIES D'ART CONTEMPORAIN (MONTRÉAL) RENSEIGNEMENTS (514) 861-2345 DERNIÈRE CHANCE DE VOIR L'EXPOSITION 1 I.E I) E V I) i R, I.E S S A M E I) I I E T 1) I M A N < Il E .1 H I I.I.E T I !» !t S -Livres BIOGRAPHIES Les lieux et la politique SUITE DE LA PAGE D 1 La forêt qui entoure Voronovo berce l’enfance de Sophie Rostopchine.Dans les galopades entre les bouleaux et la hantise des loups, elle puisera un jour tant d’aventures des Malheurs de Sophie.Mais la famille s’installe bientôt à Moscou, où Fédor, le père, met sa plume de pamphlétaire patriote au service du tsar, en lutte contre la grande armée de Napoléon.Fédor est bientôt nommé gouverneur général de Moscou.Sophie vit alors parmi la société francophile de Saint-Pétersbourg.Survient le grand incendie suicidaire de Moscou, devant l’armée napoléonienne, auquel Fédor est étroitement lié.L’exode commence.Les Rostopchine émigrent à Paris en 1816.François-René, de son côté, s’imprégne du monde irréel, sauvage et désolé de Com-bourg.Il s’exalte dans la nature, se prenant tour à tour pour le vent, l’amoureux idéal ou le plus solitaire des prisonniers.Sa seule confidente est sa sœur Lucile, un être hypersensible et mélancolique.Leur intimité se nourrit de souffrances, auxquelles le nom de Dieu donnera un jour un sens.C’est le temps de l’Ancien Régime.Le jeune homme est présenté au roi à Versailles, sans grand enthousiasme.La Révolution éclate.Il rêve alors d’embarquer pour l’Amérique, ce qui se concrétise en 1791.Il arrive à Terre-Neuve, débarque à Baltimore.Il se métamorphose en coureur des bois.Contrairement à ce qu’il a écrit, il n’a jamais atteint le Mississippi.A Milly, Alphonse est le plus choyé, le mieux protégé de nos trois héros.Sa santé délicate lui permet d’éviter la carrière militaire, en pleine apogée de l’empire napoléonien.Sa mère favorise tous ses caprices.Dès l'adolescence, sa sensibilité et sa sensualité le portent aux amours «rustiques et ancillaires», écrit son biographe.Ainsi, à 17 ans, le voilà père! Ce n’est qu’une étape dans sa longue vie amoureuse.Impossible de dresser la liste de ses conquêtes! Il a de la chance.Elle se présente entre autre sous la forme d'un voyage en Italie, comme il est de mise pour les fils de bonne famille, même peu fortunés.Il y découvre l’art, l’amour de Graziella et l’ambiance d’un pays qui l’inspire.Lorsqu’il revient, son père l’a fait nommer maire de Milly.Il évite ainsi la conscription pour la campagne de Russie.Entrées dans le monde littéraire Sophie se marie avec le beau comte de Ségur.Hortense Dufour, sa biographe, nous fait pénétrer en détails dans sa vie quotidienne.On y voit une mère attentionnée jusqu’à l’abnégation, doublée d’une hôtesse allègre et dévouée.Elle consütue une bibliothèque extraordinaire, indispensable à l’éducation de ses enfants.Sans aide, elle assume entièrement l’instruction de ses filles, ce qui tranche avec les conventions de son milieu.Voici venu le règne des petites filles modèles! La comtesse écrit pour éduquer ses filles.Si, de nos jours, on associe à son éducation les coups de fouet et un moralisme sévère, Madame de Fleurville s’échine à protester: «Je ne fouette jamais!» Hortense Dufour rétablit avec verve la vérité d’une femme née au pays du knout.On comprend mieux pourquoi la petite Sophie de l’œuvre est un garçon manqué, une petite martyre poursuivie par l’ignoble Mme Fichini.Toutefois, la fillette n’aura pas le loisir de pousser sa révolte à son terme: le cabinet de pénitence la dépouillera de ses instincts rebelles.Est-ce la destinée des filles en ce temps?De retour en France, marié par arrangement, Chateaubriand se débat avec son pedigree.Il doit fuir la menace de la guillotine, se réfugie en Angleterre où s’éveille l’écrivain.Le récit épique de son voyage américain, d’une belle éloquence, le lance en littérature.Puis, des rencontres, dont la bien-aimée Pauline de Beaumont — qui tient salon —, le lancent dans une polémique avec Mme de Staël.Le Paris des romantiques lui est maintenant ouvert.Son roman Atala y connaît un succès foudroyant, ce qui lui permet dç rentrer en grâce.D’autres succès suivent.A son tour, le voici à Rome, où il poursuit une carrière de diplomate mondain.Lamartine fréquente les salons, la plume en main et le cœur en bandoulière.Il passe pour catholique et ultraroyaliste.Mais le plus intéressant est sûrement l’engouement que suscite sa poésie.Marié, il se hâte de trouver un poste diplomatique à Florence, où la douceur de la vie lui permet de peaufiner son écriture.Presque naturellement, il revient en France poursuivre sa carrière politique.Il avance et trébuche, mais il devient un tribun engagé dans les réformes.Ardent défenseur de la liberté de presse, du drapeau tricolore, contre la peine de mort, son rôle politique demeure surprenant.Sa biographie épouse parfaitement le cours de l’histoire, dont il est un acteur influent.Des talents récompensés Sophie aussi se promène à Rome.A 54 ans, elle a traversé des années difficiles.Voilà qu’elle se remet à écrire, avec une grande discipline.Farouche négociatrice avec ses éditeurs, elle refuse leurs corrections et traque les coquilles.C’est une femme émancipée que nous découvrons.Avec un sens du détail dont on se demande s’il n’est pas romanesque, Hortense Dufour nous la fait aimer, même si, souvent, son récit s’en tient aux péripéties d’une vie familiale.Nous pénétrons ainsi dans un jeu intime où l’ardeur de vivre triomphe des épreuves.Tant de truculence rajeunit cette œuvre édifiante.La biographie se termine sur des hommages d’écrivains célèbres à la comtesse de Ségur, scandaleuse et populaire, créatrice de petites filles toniques, capables d’allumer des rires et des incendies.L’œuvre de Chateaubriand compte plus de treize mille pages.C’est un monument majeur du romantisme.Il en impose aussi par sa stature d’homme public.Lamartine, qui l’a d’abord traité de «Cigogne-Larmoyante», le considérait comme un génie, sans doute parce qu’il réussissait à épouser tous les courants qui ont agité le XIX' siècle, y compris ses contradictions.Assoiffé de gloire et de reconnaissance, il a été l’inventeur du «mal du siècle», dont il ne fut jamais malade lui-même.Ainsi, ses succès lui permirent d’occuper le devant de la scène.Quant à Lamartine, ses luttes pour la justice sociale et pour la liberté font de lui un homme sympathique.En somme, ce romantique ne fut pas longtemps éthéré.Cette biographie, tout aussi touffue et documentée que les deux autres, met en lumière le visionnaire de génie et l’homme politique de talent, «pour qui les mots de la devise républicaine, “Liberté, Égalité, Fraternité”, ne sont pas vides de sens».Autre statue de l’histoire, signalons la parution du premier volume (trois autres sont à venir) de la biographie de De Gaulle par Max Gallo, L'Appel du destin, chez Robert-Laffont, histoire d’un destin qui se fondit avec celle d’une nation.Un bel album de photographies l’accompagne.Chateaubriand de Diesbach COMTESSE DE SÉGUR, NÉE SOPHIE ROSTOPCHINE Hortense Dufour Flammarion Paris, deuxième édition 1998 (1990), 689 pages CHATEAUBRIAND Ghislain de Diesbach Perrin Paiis, 1998,597 pages LAMARTINE Gérard Unger Flammarion Paris, 1998,539 pages G É R A R I) U N G K R LAMARTINE ç » \M»r» moi; mi’tilt: s | Mammarion GRANDS PLAISIRS Portraits limpides SUITE I)E LA PAGE I) 1 «L’eau était depuis des siècles synonyme de crues, de noyades, de naufrages, un élément destructeur duquel on se méfiait, un perpétuel danger contre lequel on ne se prémunissait jamais assez», nous dit le narrateur de l’une des nouvelles contenues dans le recueil de Monique Durand, justement intitulé Eaux.Et chacun des six textes réunis ici évoque en effet, en portraits limpides, le parcours de personnages qui se perdent dans le flot de la violence contemporaine, qui sombrent dans le mal d’amour et de tendresse, qui chavirent sous le poids de l’indifférence commune ou s’abîment dans la douleur des plaies jamais cicatrisées.Sous la plume de Monique Durand naissent ainsi les silhouettes de Paule et Cyprien (Un jardin à soi), de Rosemonde et Sylviane (Le Train), de Stephen et George (George Black), de William (William), d’une inconnue (Dépouillement), de Federico et Giu-lietta (Federico et Giulietta).En touches légères et graves à la fois, d’une écriture grosse d’images (comme on dit d’une femme qu’elle est grosse d’un enfant à venir) qui ne cessent de naître pour le plaisir des yeux, des doigts, de la bouche, Monique Durand dépeint au fil des nouvelles un univers où l’amour et la mort se côtoient dans des larmes de joie et de douleur mêlées.Un style impeccable, à la poésie à fleur de mots, des personnages forts qui deviennent vite familiers dans leur individualité même, voilà ce qui ressort de ce beau recueil où chaque texte se déroule harmonieusement dans une tension croissante qui nous laisse pantelant, avec le goût de reprendre la lecture pour se laisser envoûter encore.Petites noirceurs On ne présente certes plus Normand Chaurette, dramaturge à l’œuvre féconde.Mais on sait peut-être moins que l’écrivain exerce aussi son talent dans le genre narratif.Déjà auteur d’un roman intitulé Scènes d’enfants, publié chez Leméac en 1988, il nous offre avec Le Font du Gard vu de nuit deux nouvelles dans lesquelles la noirceur se décline sur deux tons.Dans le premier texte, qui donne son nom au recueil, il nous présente en effet un jeune homme qui ne parviendra, paradoxalement, à comprendre et apprécier toute la majesté du fameux pont qu’à la faveur de la nuit, en compagnie de quelques rencontres de passage.Mais, comme le fait remarquer le narrateur, «il est vrai que l'atmosphère était à la poésie, privilégiés que nous étions soudain, à cette heure tardive, en un endroit où le monde ne va que le jour».Invisible pour les yeux, le monument se donnera à voir différemment, préservant son mystère jusqu’à l’instant ultime du départ des spectateurs d’une nuit.Dans Le Poids des choses, la noirceur est plus intérieure, bien que le narrateur et son interlocuteur, Tantris Appleprice, se réfugient dans une auberge juste «avant que la ville aux teintes crépusculaires ne s'absorbe dans une nuit privée de veilleurs».Eux veilleront pourtant, le temps que Tantris fasse l’étrange récit de la relation qui l’unissait à son défunt cousin Ré- Eaux — de Monique Durand I I Ml Ai gis et des morbides conséquences qu’aura la jalousie quelque peu haineuse qu’il entretenait à l’endroit de ce dernier au moment où il sera témoin de la mort de sa tante Aloysia.Dims un style où s’allient le concret et l’abstrait, le réel et le métaphysique, Normand Chaurette nous donne à lire deux textes dont le sens est à débusquer; des textes aux résonances mystérieuses, secrètes, qui se déploient dans une ambiance de confidence feutrée.Dites-le avec des fleurs Le style de Jean-Pierre Boucher, quant à lui, est beaucoup plus incisif.Les 33 textes réunis dans Histoires fleuries se présentent en effet sous la forme de courts dialogues où le verbe se fait volontiers mordant, voire moqueur.L’auteur, qui n’en est pas à ses premières armes en littérature (il a notamment publié deux recueils de nouvelles Coup de fil et Im vie n 'est pas une sinécure), a, c’est le moins que l’on puisse dire, le sens de la repartie, en plus d’un goût prononcé pour le règne végétal.Chaque saynète, en effet, est associée à une fleur ou une plante qui sont l’objet, sinon l’enjeu, de la discussion.Pleins d’humour, habilement construits et dispensant une solide culture florale, ces petits textes feront les délices des amateurs.De petites délices, finement ciselées, pleines de mordant, à déguster lentement pour contrer la grisaille des jours qui ne sont pas chômés.Histoires fleuries ." f i- de Jean Pierre Boucher l I M! A( Sylvie ¦ Germain Tobie des marais roman «Voici une écriture réellement romanesque, créatrice donc d’univers singuliers - le début du récit est proprement étourdissant de maestria littéraire -, où s’exprime une réflexion spirituelle d’une acuité sans concessions.Rares sont les écrivains qui parviennent à cet équilibre!» Jorge Semprun «Une fable éclatante de beauté et tout à la fois d’une terrible violence» Jean-Pierre Denis GALLIMARD ! DENIS MONETTE £mrdtc\ Lr» ÉUIV*'» I OCIOUCS u enfant QUI RÊVAIT D’ÊTRE UN ARBRE lut ta Mon* LOGIQUES Les romans île l’été En vente dans toutes les bonnes librairies Les Éditions LOGIQUES - Distribution exclusive: LOGI'DISQUI 1225.rue de Confié.Montréal (Québec) H3K 2E4 Tét: (514) 933-2225 • Fax: (514) 933-2182 locjique^cam.org • http://www.logique.com L’enfant qui rêvait d’être un arbre Claude Daigneault Un roman touchant qui célèbre la puissance du rêve, de l’imagination et de l’enfance.200 pages À soixante ans, Samuel Bourque n’aspire plus qu’à la tranquillité, au bord d’un lac, dans son petit village.Mais voilà que Pauline, vingt ans, débarque dans sa vie et éveille des passions incontrôlables.Denis Monette à son meilleur! 448 pages L’ermite Denis Monette BEST-SELLER! Le Jack Daniels à la SAQ, tout Bourbon Busset à la librairie Gallimard 3700 boul.St-Laurent, tél : 499-2012 Samedi 4 juillet à 20 h Marie Fabi, piano Gyôrgy Tèrebesi, violon ANIMATEUR Winston McQuade FORFAIT 3 jours / 2 nuits m.pfâLac Morency Tirage le 4 juillet " Les règlements du contours sont disponibles ou Journal de Montréal Billet:25$ (incluant vin & fromage après le concert) RÉSERVATION: (5 14) 229-25K6 - journal « montreal I IM, chemin Ste-Marçucritc (sortie 69 de l’autoroute des Laurentidc») I.K I) K V 0 I It .I.K S S A M K 1)1 I K T I» I M A X < Il K .1 II I I.I.V.I I !» !» S I) :* -*• L I V R.E S - LETTRES QUÉBÉCOISES Des couteaux dans la tête GRAND CHOIX DE COUTEAUX À L’INTÉRIEUR Jeanne Hyvrard Vents d’Ouest, Hull, 1998,135 pages Jeanne Hyvrard, dont l’œuvre est mieux connue dans les milieux intellectuels féministes d’Europe et d’Amérique que du grand public, poursuit depuis une vingtaine d’années une réflexion sur le monde moderne qui l’a amenée à élaborer ce qu’on a appelé une «my-thographie», ou encore une «théorie féministe de l’archétype».Elle en donne un bon aperçu dans un article paru au début de l’an dernier dans la revue Religiologiques de l’UQAM.Dans ce texte où sont mis à contribution l’histoire, la mythologie, la psychanalyse, Hyvrard explique que, selon elle, le malaise fondamental du monde actuel vient des clivages, des cloisons diverses qu’on tente d’imposer aux individus: ce qu’on veut obtenir d’eux, c’est «que ce qui relie un fragment de la matière humaine à un autre soit cassé et que soit vraiment brisé le souffle du monde qui relie et solidarise la biomasse».Hyvrard se situe à contre-courant de l’éloge des particularismes individuels, où elle voit un refus du monde, une indifférence à l'injustice et à la misère ambiantes; elle estime que nous devons revenir à l’essentiel, au primordial, «surmonter la terreur de la fusion pour concevoir un mode de pensée propre à la totalité.C’est une nécessité technique à l'heure de la globalisation.Comment penser l’ensemble dans une logique qui repose sur son refoulement?Ce challenge résume mon travail».Pratiquant elle-même ce qu’elle prône, Hyvrard a élaboré sa réflexion dans divers essais, mais aussi dans des romans et des recueils de nouvelles parus ici et en Europe.Grand Choix de couteaux à l'intérieur n’est pas pour autant un recueil de nouvelles à thèse.On y sent une pensée à l’œuvre, mais incarnée dans des histoires qui se suffisent à elles-mêmes et qu’on peut lire pour le simple plaisir.Ils sont nombreux en effet, les couteaux, dans cette quinzaine de récits, mais ils n’ont ni lames ni manches.Ce sont des couteaux plantés dans les mentalités, qui ont le plus souvent la forme de la peur, des idées toutes faites ou du conformisme et qui coupent les personnages de la réalité ambiante ou de leurs émotions profondes.La première nouvelle du recueil, La Collaboratrice, nous transporte dans le monde des recherches sur la génétique; depuis Mendel, les progrès ont été spectaculaires, mais il n’est pas certain que le travail des chercheurs et la perception qu’ils en ont se soient améliorés.Le doute, l'angoisse, le repli sur soi résistent aux avancées de la science.Et on traitera de souris une femme, archétype de l'assistante de recherche, qui a osé laisser entendre que l’inquiétude métaphysique pouvait causer des lésions au cerveau.Mode ironique Les six premières nouvelles du recueil explorent, sur le mode ironique, les rapports problématiques de divers personnages au savoir et à la culture.Dans une famille traditionnelle, une dispute sur la durée exacte du Moyen Age devient un concours où chacun défend sa chronologie; en fait, chacun fait ses propres comptes, la mère calculant son Moyen Age en faisant le décompte de ses grossesses et de ses tâches domestiques.Car «comment s’assurer d’une durée effective quand on est pris dans l'apparence»?Dans une autre nouvelle, un chat jeté dans une piscine sert de bouc émissaire à une candidate au baccalauréat de philosophie qui n’arrive pas à se rappeler «la différence entre la pensée de Kirketucauses et celle de Quoiquetugardes».Dans Physique-chimie, une défense d’éléphant sculptée, cadeau d’un amoureux, semble avoir d’étranges vertus.Ainsi circulent, dans l’univers de Jeanne Hyvrard, des flux mystérieux entre les animaux et les humains, entre le corps et l’esprit.Plus étrange encore, le septième texte de Grand Choix de couteaux à l'intérieur se présente comme un bilan des nouvelles précédentes, sous forme de questions d’examen auxquelles le lecteur pourra s’amuser à répondre.L’auteu-re s’y désigne elle-même et laisse entendre que son recueil pourrait bien être, à sa façon, un traité d'économie politique ou, si on préfère, de «géonomie», joli néologisme qui connote à la fois l’amour de la Terre, sa connaissance et l’examen des lois mystérieuses qui en font un ensemble fragile et cohérent.Puis, à la faveur d’une dernière petite question, Hyvrard nous invite à expliquer la place de la nouvelle Le Cheval d’or, à la toute fin du recueil; seul récit optimiste de l’ensemble, c’est un conte pour enfants qu’Hyvrard aurait inventé pour sa fille, l'histoire merveilleuse de l’origine des floraisons printanières: cela se passait en des temps très anciens où le conformisme et la peur étaient la règle, où les fils obéissaient aveuglément à leurs pères, où la force donnait du prestige.De ce terreau mortifère auraient émergé miraculeusement l'espoir et le renouveau.Mais avant cette ultime éclaircie, d’autres nouvelles illustrent les nombreux «couteaux» qui coupent encore le libre flux des idées, des sentiments, des sensations.Quelques-unes sont très brèves: L'Amitié résume une conversation entre intellectuelles où pointe la mesquinerie; Elle non plus est une liste d’activités auxquelles une femme ne s’adonne plus et de ses motifs (tous les prétextes sont bons pour justifier l’inaction ou la lâcheté); L’Ennui est une joyeuse satire sur les clichés qu’on entend sans cesse à propos des vacances.Une citoyenne inquiète Hyvrard ironise également sur le désarroi devant les grands bouleversements de notre époque.Ainsi, la quinquagénaire lucide, cette citoyenne inquiète d’Un sommeil de plomb, qui a bien du mal à dormir en paix alors que — mondialisation des marchés oblige — les conditions de vie de la majorité se détériorent.Cette femme éclairée s’efforce de maintenir sa ligne «culture et civisme» en se promenant parfois dans les ghettos de banlieue, et «les jours de spleen, elle avouait qu ’elle avait réussi sa vie, mais au prix que cela lui avait coûté, elle aurait préféré la rater.» Mais quand la guerre menace et que la société semble courir à sa perte, on peut se lasser d’être lucide et vouloir s’enfermer dans les livres, comme si «la poésie était le seul moyen de résister à l'Histoire».Refuge dérisoire, cependant: la lecture de grandes œuvres, comme A la recherche du temps perdu de Proust, ne procure en fin de compte q\x’«une sensation de puissance absolue par l’intoxication généralisée de toutes les connexions du cerveau».Ne reste, pour cette femme pleine de bonne foi, que la télé et ses feuilletons à l’eau de rose.Quant à la femme de L'Attentat, cette peintre du dimanche qui ànonne des injonctions creuses et qui espère trouver la tranquillité en installant son chevalet sur un site archéologique, elle ne peut croire que la violence puisse l’atteindre tout en se répétant qu’«iY ne faut pas se laisser aller», qu ’«il faut réagir» et «s'adapter à la modernité».Mais dans les nouvelles de Jeanne Hyvrard, on ne se replie jamais assez sur soi ou sur quelque sagesse ancienne que l’Histoire ne puisse nous rattraper.Les proverbes éculés sont de bien peu de secours devant les bouleversements qui ont cours, qu’il s’agisse de guerre, de paupérisation des masses ou, comme dans la nouvelle Im Métropolitain, de la grossièreté tranquille d’un jeune effronté dans le métro.Vents d’Ouest, cette |X‘tite maison d'édition établie à Hull, a eu la main heureuse en publiant ces nouvelles pratiquement inédites — certaines avaient paru il y a quelques années dans des revues à diffusion restreinte — qui sont autant de modulations — où dominent l’ironie et un sens aigu de la satire — sur notre désarroi actuel.Jeanne Hyvrard y est fidèle à ses vastes préoccupations, sans verser dans le récit à thèse.Son recueil est, en quelque sorte, une «géonomie» fictionnelle, lucide et parfois mordante, à lire en attendant que se réalise cette présence fusionnelle au monde, débarrassée de tous les couteaux, que souhaite l'auteure.ri , VG Robert C h a r t r u n il FICTION ET ESPACE Au nord de l’écriture Jean Désy et l’espace total Dans quelle mesure et de quelle manière l’espace dans lequel s’inscrit le quotidien des auteurs devient-il un espace mental qui inspire, nourrit ou construit l’écriture?Des réponses à ces questions posées aux écrivains francophones d’ici, afin d’apprendre d’eux les mécanismes mentaux, les affinités électives qui les ont poussés à métamorphoser un espace géographique en espace de la fiction et, en bout de compte, à plonger dans la fiction de l’espace.BLANDINE CAMPION Il faut entendre Jean Désy parler de sa fascination, voir ses yeux s’allumer d’étincelles, écouter ses mots s’envoler et ses phrases prendre de l’ampleur au rythme de l’enthousiasme pour comprendre à quel point cet homme-là est habité.Oui, habité, hanté, éclairé de l’intérieur par un amour jamais démenti pour cet espace rude, grandiose aussi, qu’est le Grand Nord.Ce Nord majuscule auquel les romans, les essais, les récits ou les poèmes de Jean Désy rendent un hommage vibrant.Décrire, dépeindre, raconter, rêver: toutes les facettes du langage, de l’imagination, de la pensée de cet écrivain sont mises au service de cet espace multiple dont il tente de dire la beauté et la majesté, auquel il entreprend de donner corps par l’écriture, comme il l’exprime lui-même dans son dernier recueil de poèmes intitulé de façon significative Ô Nord, mon amour.«Et dans l’espoir d'une terre d'ailleurs, d’un pays qui sent le givre et le thé, je donne naissance à des fables, des sourires, des anima ta et des anges.» Le froid comme un pays Tout jeune, alors qu’il n’est encore ni le docteur en médecine ni le docteur en littérature qu’il deviendra finalement, Jean Désy est envoûté par la poésie des textes de Gilles Vigneault, frappé par la vérité de cette affirmation du chansonnier «Mon pays, ce n'est pas un pays, c’est l'hiver.» Plus tard, les recherches effectuées pour rédiger son essai intitulé Im Rêverie du froid (1991) ne feront que confirmer cette première admiration: «Tout ce qui a trait au froid et au nord s’inscrit dans des grands thèmes comme la solitude, l’immensité, la couleur bleue, et touche à des grands pans de l’imagination humaine.Certains écrivains d'ici ont particulièrement senti cela, comme Gabrielle Roy ou Anne Hébert, mais surtout Yves Thé-riault, qui a bien compris à quel point la neige, la glace, le froid avaient une importance majeure lorsqu’il a voulu établir son roman Agaguk.Mais celui qui me parait avoir tout saisi de ce qu’est l'immensité nordique, c’est Gilles Vigneault, avec son appropriation de l’hiver.C’est le seul qui rêve le froid sans animosité ou sans violence.» Car si, aux yeux de ceux qu’il appelle les «sudistes», le Grand Nord constitue avant tout un espace blanc et profondément cruel, pour Jean Désy, ce même espace qui se décline en rose et bleu est essentiellement un lieu d’harmonie et de perfection esthétique: «Le Nord est l’espace le plus beau, le plus gigantesque dans lequel j’ai pu évoluer.Bien sûr il y a l'espace de la ville, comme Montréal ou Québec, mais l’espace du Nord reste pour moi celui dans lequel l’âme peut voler.Ailleurs, il y a toujours des entraves, toujours un sentiment d'emprisonnement.Bien sûr, le Nord est une nature extrêmement sauvage, mais cette nature ne nous abat pas, car nous ne sommes jamais emprisonnés dans cet espace-là, même aux portes de la mort.» Un monde habité Quant à l’affirmation commune qui veut que le vide soit volontiers associé à cet espace glacé, Jean Désy tient fermement à la démentir: «L’immensité géographique qu’est le Grand Nord québécois est extrêmement habitée.L’espace du Grand Nord est totalement peuplé par des humains, mais à sa façon: un Inuit qui est passé l’année précédente a habité le pays.Il suffit en fait qu’il y ait construit un inukshuk pour que le territoire soit habité.» La prose et la poésie de Jean Désy sont d’ailleurs elles-mêmes habitées par des références constantes à tout ce qui vit et évolue dans le Grand Nord: outardes, tuktuks, caribous, fleurs de toundra se mêlent aux paysages sans cesse renouvelés sous la plume de l’auteur.Sans oublier, bien entendu, ces humains pour lesquels Jean Désy affirme éprouver un attachement profond et auxquels il doit des rencontres inoubliables: «Le Nord, c’est un endroit magique, enjôleur, dans lequel les rapports humains sont plus rudes, plus primitifs, mais plus vrais, que ce soit entre sudistes, entre sudistes et Inuits, ou entre les Inuits eux-mêmes.Je trouve que c’est une autre raison d’être fasciné par ce lieu-là.Il y a là une possibilité d’être un peu moins perdu, comme on peut l’être à Montréal à cause de la multitude.Dans la ville, j’ai l’impression qu’il y a tellement de choses, qu’on finit par être emporté, troublé par le brouhaha.Alors que la ténuité humaine, dans le Nord, laisse plus de place pour moins se perdre.L’isolement, l’immensité, paradoxalement, constituent des éléments de rapprochement.» Un voyage vers l’essentiel Des éléments de rapprochement, certes, mais aussi les conditions d’un retour sur soi, d’un cheminement intérieur qui, pour Jean Désy, est essentiel: «Il y a sans doute des individus qui sont capables d’avoir des voyages intérieurs ou mystiques en pleine ville.Moi, ça m’est à peu près impossible pour l'instant.J'ai besoin du silence.Im qualité du silence de l'espace nordique est quelque chose qui est sans doute fondamental dans mon amour du Grand Nord.» Mais ce silence, heureusement pour les lecteurs, ne tue jamais la parole.C’est au contraire un silence qui ramène à l’essentiel de l’être et du Montréal : 342 - 2815 Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec Hü CHARLES H.LECLERC Jean Désy Jean Désy 0 NORD, MON AMOUR gg3 Le Loup de Gouttière langage, de l’écriture aussi.Si le Nord, pour Jean Désy, constitue avant tout un espace réel, dans lequel il a un plaisir fou à évoluer, c’est aussi un espace imaginaire dans lequel il inscrit son écriture: «C’est dans l'espace nordique que j’ai réussi à avoir un peu plus d’originali- té, en ce sens que cet espace est probablement plus proche de mes racines imaginaires.Sans vouloir le mythifier, j'ai vraiment le sentiment d’avoir plus de place pour mon envol imaginaire dans le Nord, beaucoup plus que dans le Sud en tout cas.C’est pour moi un espace extrêmement parlant, qui me m pascal* Quignard roman «La vie de chacun d'entre nous n’est pas une tentative d’aimer.Elle est l’unique essai.» GALLIMARD permet de parler à mon tour de façon plus libre et d’aller un peu plus à l’essence de ce que je suis.» Et malgré les quatorze ouvrages qu’il a déjà produits, dont on retiendra notamment Voyage au nord du Nord (1993) et Ka-visilaq, impressions nordiques (1992), tous deux parus aux Editions du Loup de Gouttière, Jean Désy est encore loin d’avoir tout dit sur «son» Nord: «J'ai l’impression d’avoir seulement balbutié ou d'avoir fait de petites incursions.Mon écriture du Nord n’est jamais achevée puisqu'elle relève de Tordre de la quête.Le Nord est en effet pour moi le lieu par excellence où Ton peut réaliser sa propre quête.Ailleurs, il y a trop d’obstacles, pas assez d’ouverture au monde.» Et c’est sans doute pour cette raison que Jean Désy a décidé de repartir vers ces lieux dont il sait parfaitement retjdre la fascination contagieuse.A son retour, il aura sans doute en tête, pour nous faire rêver, un nouveau chant que l’on esppre aussi fort que celui du recueil Ô Nord, mon amour, dans lequel l’auteur a su rendre, en phrases éloquentes, toute la puissance et l’évidence de sa ferveur pour ce lieu qui reste «le plus grand climat de [sa] vie».aPpart TU M'APPARTIENS Certaines promesses d'amour cachent parfois les intentions les plus noires.Un Spécial Suspense terrifiant.Le no 100 d'une collection lancée avec La Nuit du Renard, le célèbre roman d'une Mary Higgins Clark toujours au sommet de son art.«Rien ne remplace un Spécial Suspense.» ALBIN MICHEL L K I) K V » I R .LES S A M E D I t E T I) I M A N (' Il E .1 I I I.I.K T I II !» S Livres» LA CHRONIQUE Inspiration ou expiration ?imanche en ville — théâtre oblige! — et je longe les parcs, lorgne les grands arbres, plonge la tête et les bras dans l’eau des fontaines.Comme je me sens exilé, perdu, errant, à tout moment énervé pour rien, au cœur de la ville chauffée à blanc.Langueur, es-seulement, mystère des destins qui me frôlent, agitation qui me disperse.Chiens en laisse, leurs maîtres au pas de course, bicyclettes-météores qui m’attrapent la manche et filent sans dire bonjour, éclairs pointus du chrome des voitures, signaux aveuglants d’un cataclysme sans cesse différé, et qui n’est que l’ordinaire tempétueux des rues chaudes.Je ne sais plus qui je suis, où je vais, où aller, qui être.Je deviens l’urgence douloureuse de telle sirène hurlante, la pauvre paume tendue du mendiant, où pas l’ombre d’un destin n’est lisible dans les lignes croisées et encrassées, le sourire triste de la mère poussant un carrosse grinçant, où le bébé est invisible, soqs les sacs d’épicerie.Ecrasé sur un banc, encerclé par les pigeons tapageurs, je lis Cocteau, ce menteur qui dit la vérité, cet acteur tragique au masque drôle: «J’ai toujours eu les cheveux plantés en plusieurs sens, et les dents, et les poils de la barbe.Or les nerfs et toute lame doivent être plantés comme cela.C'est ce qui me rend insoluble aux personnes qui sont plantées en un sens et ne peuvent concevoir une touffe d’épis.» Cocteau l’illusionniste, le magicien à deux tètes (l’une pensante, l’autre obnubilée par le «désordre organique» de la vie, «qui m’est une sauvegarde parce qu'il éloigne de moi les inattentifs»), le poète des contrastes, de la diversité, de l’errance imaginative, celui qui penche «d'un côté ou de l’autre, selon que tel objet le sollicite ou le remet d'aplomb».Cocteau le brillant, le magnifique, le tourmenté, clown blanc aux humeurs intelligentes, dangereusement intelligentes, vertigineuses: «Il ne faut pas confondre l’intelligence, adroite à duper son homme, et cet organe dont le siège n’est nulle part et qui nous renseigne sans appel sur nos limites.» Cocteau, le vagabond immobile, cet Orphée revenu des Enfers, les mains vides et le cœur ébloui, cet amoureux fou sans amour, ce talentueux sans génie et qui avoue qu'«être doué c’est se perdre, si l’on n’y voit pas clair à temps pour redresser les pentes et ne pas les descendre toutes.» Cocteau l’indécis, l’écartelé, le jongleur attrapé par son numéro, et qui a peur des «mots dans sa plume».«L’idée galope conseil léger, mais tout de même cor- Robert L a I o ti d e Cocteau, ce menteur qui dit la vérité devant.Lorsqu’elle s’arrête et regarde en arrière, elle me voit à la traîne.Cela l'impatiente.Elle se sauve.Je ne la retrouve plus.» Cocteau l’incontentable, créateur d’une légende «qui s’échappe et va son train» («Inutile de mettre mon œuvre à l’étude.Tout cela s’est fait tout seul.Magicien.Ce mot facilite les choses.»).Cocteau, avec son diable au corps, cette fausse morgue née d’un désir de vaincre sa gêne à se montrer tel qu’il est, une «promptitude à fondre», cette pente naturelle à vivre «conformément aux Évangiles qui éloignent des dogmes».Cocteau coupable de ce «crime social» qui consiste à «souhaiter la solitude».Cocteau «l’englué de charme», si rapide à s’éblouir — «J’appartiens à la minute, elle me fausse les perspectives [.] Je me charge de besognes.J’y traîne et manque partout.La solitude m’est bonne.Elle regroupe mon vif-argent.» Une vieille et grande dame Un concert de klaxons fous me tire du livre, et aussitôt mes pigeons s’envolent, frôlant de leurs ailes désordonnées la statue lisante que je suis, sous l’érable mutilé, au milieu du petit parc.Une vieille et grande dame, habillée de rutilantes guenilles, compte ses trésors — un vieux grille-pain, une poupée noircie, des flacons très mystérieux — fraîchement débusqués des nombreuses poubelles du quartier.Elle sourit, elle est aux anges, ou aux démons, en tout cas elle parait contente, extasiée d’une félicité qui donne le frisson, un bonheur théâtral et qui fait un peu peur.{«Le théâtre est une fournaise.Qui ne s’en doute pas s’y consume à la longue, ou brûle d’un coup [.] On promet de ne plus s’y laisser prendre.On y retourne.C’est la salle de jeu.On y joue ce qu’on a.La torture est exquise.» ) Cocteau, aux rythmes inégaux, aux sincérités successives, ce capitaine très distrait, qui surveille mal son équipage, si bien que la belle comme la bète lui échappent: ses personnages profitent de ses aptitudes, sans se soumettre à ses désirs («Ce n’est pas inspiration, c’est expiration qu'il faut dire, car le souffle vient d’une zone de l’homme où l'homme ne peut descendre.») Cocteau le résigné, accordé à sa nonchalance de surdoué: «Je ne serai jamais mon maître.Je suis fait pour l’obéissance.Ces lignes que je trace, j’ignorais, il y a une semaine, que j'eusse à les tracer.» Cocteau, l’ange fraternel, qui murmure, en guise de bon Ci LU Cil Cil CiJ ÜJ tu ÜJ CrUCil Cil TROIS BOUQUINERIES I I I 1 1 I I 1 1 40% à 70% de rabais sur tous les livres neufs LIVRES D’OCCASION Achat • Vente 7 jours • 7 soirs ^BOUQUINERIE ** au plateau 799, avenue du Mont-Royal Est S (angle St-Hubert) sj (514) 523-5628 BOUQUINERIE SAINT-DENIS 4075, rue St-Denis (angle Duluth) (514) 288-5567 dial, à l’oreille de l’apprenti-scri-bouiileur: «Iœ souffle qui t’habite, tu ne le connais pas.Il n’est pas tendre.Il ignore la fatigue.Le génie?C'est un prétexte à tenter des mauvais coups.» Cocteau l’intrépide, l’imposteur forcené, mais qui «voyait» le merveilleux, «ce simple miracle humain et fort terre à terre qui consiste à donner ata objets et aux personnages un insolite qui échappe à l'analyse.» Cocteau le voyant, le trouveur de trésors, celui qui savait que «le ravissement ne vient pas des facilités que le livre, le poème, le dessin, le film offrent aux stratagèmes, mais de quelque faute, de quelque syncope, de quelque rencontre fortuite entre l’attention et l’inattention de l’auteur.» «Aussitôt qu’on voit les fées, elles disparaissent», écrit-il pour louer le secret, l’indicible, le mystère entourant toute création.«Merveilleux et Poésie attaquent par embuscade.Notre itinéraire ne doit pas les prévoir.» Les hommes dorment Et pour tenter d’éclaircir un peu le malentendu qui piège son œuvre, il écrit: «lœs hommes dorment et pensent que je dors et que mon, réveil les réveillera.» Cocteau de L'Étemel Retour, las des échecs et du faux brillant de quelques réussites: «Il y a de quoi prendre la fuite.Mais l’âme est tenace.Détruisez sa niche, elle la refait.» Chassé de ma place à l’ombre par une poignée de touristes bruyants — l’un s’apprête à photographier l’artiste avachi, les pantalons roulés sur les cuisses —, je m’élance dans une rue épouvantablement ensoleillée, où les maisons sont des aquarelles à demi effacées et les arbres des torches, qui flambent au bord du trottoir blanc.Et je songe à Cocteau, au chevet de Proust, «pareil au spectre de Sacher Masoch, bâtissant une cathédrale dans sa chambre, au milieu des églantines qu’il faisait pousser [.] Son œuvre vivait, elle, à côté de lui, pareille au bracelet-montre des soldats morts».Cocteau le bienveillant, l’égoïste, le paresseux, l’acharné, Cocteau le paradoxal, le bourreau, le supplicié.Obsédé par la crainte du vide («elle me dessèche!»), il s’exerce à survoler l’abîme.Acrobate incrédule, et pourtant adroit — virtuose, même —, il pratique le rire qui «purge des dégoûts» et empêche de «vivre sur les nerfs».(«La légèreté du rire vous console d’avoir les semelles si lourdes pour vous rendre à l’échafaud.») Ce qui me ramène — précédé par le tremblement du trac, en plein cœur du plexus — aux planches du théâtre, où je me rends au pas de course (mon errance et Cocteau m’ont mis en retard!).Le rire, «qui déshabille comme la foudre!» En ouvrant la porte du théâtre, où figure ma face agrandie, grave — un masque que je reconnais à peine —, je songe que je suis, moi aussi, ce menteur qui dit la vérité, celui qui a «l’œil d’un charpentier sur l’échafaud du roi et que les planches intéressent davantage que le supplice».LA DIFFICULTÉ D’ÊTRE Jean Cocteau Rocher Littérature, Paris, 1983 L I T T É R A T I) R E N E S S E Vacances à tribord Pour aller ou rêver à la mer Vacances en mer, vacances à la mer, il faut souvent plus qu’une plage et le flip flap des vagues pour amuser les plus jeunes.Surtout si La Nina se met de la partie.Voici donc quelques suggestions de lecture pour préparer, accompagner ou enrichir une visite au bord des flots bleus.CAROLE TREMBLAY vaisseaux célèbres MERS ET OCEANS Collectif, Gallimard Jeunesse Collection «Phénix Milieux» Paris, 1997,104 pages Pour ceux qui sont un peu perdus dans toute la palette de plantureuses collections de documentaires des éditions Gallimard, précisons que «Phénix» est une des dernières-nées, quelle s’adresse aux plus de dix ans et qu’elle mêle la science, l’histoire, les arts et la littérature.Plus postmoderne que ça, tu meurs.Passons rapidement sur la traditionnelle qualité des illustrations, du papier et de la reliure de la maison parisienne pour plonger dans le vif du sujet, abordé dans le premier chapitre par un espèce de reportage romancé sur la vie à bord d’un voilier.Après l’aventure vécue suivent des pages purement scientifiques sur la faune, la llore et la géologie marines.On poursuit le voyage à travers des textes de fiction célèbres ayant pour thème la mer pour ensuite aller s’échouer dans les trésors de l’histoire de l’art, où on peut comparer les vagues des estampes de Hokusai à celles des sculptures de Camille Claudel.Quelques pages d’activités et de références bibliographiques concluent cet ouvrage tout-terrain, prêt â prendre le large.DÉCOUVRIR LE BORD DE LA MER Frédéric Iisak, Éditions Milan Collection «Carnets de nature», 1998,31 pages Bon, d’accord, c’est français, et les références à la Méditerranée sont parfois agaçantes.N’empêche que ce petit bouquin contient plusieurs suggestions d’activités adaptées à tout bord de mer, qu’elle soit de Chine ou d’Amérique.Sculpture de sable, bricolage a partir de galets et de coquillages, expérience sur la salinité de l’eau, observation de la faune et de la flore.De quoi distraire quelques jours les explorateurs de huit â dix ans en mal d’occupation et ainsi permettre à papa et maman de bronzer idiots.LES VAISSEAUX CÉLÈBRES Sadie Fields Traduction par Pascale J usforgues, Bayard Editions La vague du Titanic a laissé nombre de produits dérivés sur son sillage.Elle a aussi fait naître de multiples passions.Juste après celles suscitées par le beau Leonardo vient un intérêt soudain pour les bateaux, vaisseaux, voiliers et autres véhicules flottants.Les armateurs amateurs pourront se régaler de cet album tout en pages à déplier et volets à soulever, qui présente une demi-douzaine des vaisseaux les plus célèbres, du Santa Maria au Mayflower an passant par le Victory de l’amiral Nelson.Un brin d’histoire et quelques données techniques complètent le tableau.QUI SE CACHE DANS LA MER Richard Powell et Steve Cox Bilboquet, Paris, 1998,12 pages Un jeu de devinettes avec des demi-pages cachottières qui permettent à l’enfant de découvrir l’animal tapi derrière le rocher, l’algue ou encore l’iceberg.Simple et amusant pour les petits à partir de deux ans.Le bambin risque cependant d’être déçu, une fois arrivé â la plage, de n’y rencontrer ni pieuvre, ni baleine, et encore moins de trésor.Comme quoi la fiction dépasse parfois la réalité, quoi qu’on en dise.v».- 4$ w.BAYARD ÉDITIONS BANDES DESSINE E S Où est passée la came ?Le dernier volet d'une série signée Ckomet et de Crécy LEON LA CAME Tome III: Priez pour nous De Crécy/Chomet Casterman, Belgique, 1998,72 pages DENIS LORD Si on considère séparément les trois volumes de la trilogie If on la came, charge ravageuse contre le néolibéralisme, on ne peut qu’être frappé par un phénomène de déperdition.Iœ premier album était un chef- LE PRIX XtüÏÏonde DE LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE Deuxième oeooion 199N/I999 En 1997, Le Monde de l'Education, de la Culture et de la Formation a créé, avec le concours de la Fondation Banques CIC pour le livre premier mécène de l’université, de la Fondation Charles-Léopold Mayer pour le progrès de l’homme e soutien de l’Unesco, le Prix L-Monde de la recherche universitaire.et Chaque année, ce concours vise à publier jusqu’à dix thèses dans Partage du savoir, une nouvelle collection des Editions Grasset dirigée par Edgar Morin et Laure Adler dont l’ambition est de relier science et citoyen, d’offrir une tribune aux jeunes chercheurs et de favoriser l’émergence de pensées nouvelles.Il est ouvert à tout étudiant, rédigeant sa thèse en français, quelle que soit sa discipline de rattachement, et soutenant son doctorat entre octobre 1997 et septembre 1998.Les étudiants des universités québécoises sont admissibles.Il sera décerné en décembre prochain par un jury coprésidé par Jean-Marie Colombani, directeur du Monde, et le sociologue et essayiste Edgar Morin.Informations candidats : 011-33-1-42-17-29-58 - Julie Chupin http://www.lemonde.lr/educ/prix chupin@lemonde.tr.21 bis, rue Claude-Bernard - 75242 Paris CEDEX 05 d’œuvre, le second très bon mais déjà un peu décevant, et Priez pour nous n’est pas un mauvais album, loin de là, mais la chute se poursuit.En même temps, ce dernier tome offre une conclusion qui, bien qu’elle eût pu être autre, a le mérite d’être conséquente, et c’est pourquoi il faut revoir la trilogie dans sa globalité.Dans le premier tome, qui donne son nom à la série, Aymard Houx-Wardiougue rapatrie de Bolivie son père Léon pour en faire l’objet d’une campagne de publicité destinée à hausser les ventes de son usine de cosmétique.Mais Léon, aventurier et anarchiste bientôt centenaire, s’intéresse davantage au bonheur de son petit-fils Gégé, hypersensible pataugeant dans la mare aux requins, qu’à la promotion des crèmes de beauté.Dans Laid, pauvre et malade, Léon, décédé, relégué au rang de marionnette, cède son statut de mentor à l’auteur du Manuel du savoir-winner, bible dq positivisme néolibéral triomphant.A la suite de sa lecture, Gégé se met en devoir de devenir un gagnant, chose pour laquelle il possède autant d’aptitude qu’une sardine pour la broderie.Elu maire d’une minuscule bourgade des Cévennes, il y laisse sa femme, qui vient de perdre l’enfant qu’elle portait, pour monter à Paris mettre en pratique les préceptes de son nouveau maître à penser.Echec sur toute la ligne.Après s’être fait voler ses économies, il devient un paria alcoolique, péripatéticien occasionnel.Gégé ne sera jamais qu’un individu foncièrement bon mais à la docilité dangereuse.Adrienne Priez pour nous propose un nouveau gourou, Monsieur Chose, tellement anodin qu’il en est invisible, symbole de la masse, pendant soeio-pathe de L’Homme des foules de Poe, qui convertit Gégé à une obscure religion consistant, pour l’essentiel, à oc- cire les «connards».Et ils sont légion! Simultanément, la vieille Adrienne, ancienne secrétaire de Gégé, arpente la ville à sa recherche pour le ramener à sa femme, de nouveau enceinte.Avec ses comparses, trois hommes évadés d’un camp de chômeurs, elle en est réduite au vol pour poursuivre ses recherches.Adrienne constitue en quelque sorte le pendant féminin de Léon.Sa présence et son désir de ramener Gégé au village suggèrent famille et ruralité comme un nucléus préférable à l’anonymat et à l’indifférence du nouvel ordre mondialiste.Mais la réponse est-elle dans le passé?Adrienne comme Léon, conscience impuissante de Gégé, icône d’un idéalisme socialisant de début de siècle, sont incapables de le faire dévier de sa néfaste trajectoire.Ce retour aux sources est présenté comme une solution et un danger.Dans la séquence de mise en abîme qui boucle la trilogie, les auteurs mettent en scène la naissance du fils de Gégé de manière à ce qu’elle puisse aussi être interprétée comme la naissance de Léon, le grand-père devenant le fils.L’histoire est ainsi condamnée à se répéter, les générations d’Houx-Wardiougue incarnant son mouvement de balancier, le néolibéralisme engendrant son contraire et vice-versa.Ainsi, la trilogie révèle une cohérence et le dessin de De Crécy, aux teintes particulièrement glauques et lugubres ici, n’a rien perdu de son pouvoir d’évocation.Mais dans cette conclusion vaudevillesque, les qualités qui faisaient du premier tome un des grands crus de la décennie sont devenues sourdes, ténues: l’extravagance et la richesse de la mise en scène, la faculté de faire passer le lecteur du rire à la tristesse et la finesse des dialogues.Et Léon nous manque, gouailleur, libertaire et empathique, incarnation d’un «vieux rêve têtu qui nous tenait debout».Les Bouquinistes du Saint-Laurent A Montréal SUR LES QUAIS DU VIEUX-PORT Le 3 juillet de 17 h à 23 h Du 4 au 19 juillet de 11 h à 23 h Une production et réalisation d’Hélène Tirole Des boîtes de livres à ciel ouvert ! Des livres anciens, neufs ou d’occasion, à tous les prix, pour tous les goûts.en collaboration avec le Devoir ££££2 « Le pouvoir ues mots /tSSEMBLEE NATIONALE srançois /h'tu/In*' Député do Marguerite-D’Youville Vice-président de In Commission do l’économie et du travail ^Gouvernement du Québec Ministère de In Métropolo I E VIEUX-PORT DE MONTRÉAL » journal « montreal I I.K l> !•: V (Il It .I.V.S S A M K II I I K T I» I M A X ( Il K .1 I I I.I.K T I il il S i) r> L I V R, E S C O N T E S ET N O II V E L L E S Q U É B É COIS Le Feu des Roussi / Henri Edouard Faucher de Saint-Maurice Narcisse Henri Édouard Faucher, qui signait ses œuvres Henri Édouard Faucher de Saint-Maurice, est né en 1844 à Beaumont et est mort à 52 ans en 1897.Tour à tour soldat (1864-1866), greffier du Conseil législatif (1867-1881), député (1881-1890) puis de nouveau greffier jusqu’à sa mort, il laisse une œuvre de plus de 6000 pages: chroniques, articles dans diverses revues, récits de voyages, essais, etc.Mais c’est avant tout comme conteur que Faucher de Saint-Maurice est passé à la postérité.Son recueil de contes le plus célèbre reste À la brimante, publié pour la première fois en 1874 et réédité par Fides dans la collection «Bibliothèque québécoise» (Montréal, 1998, 366 pages), dont est extrait le récit suivant.Quinze ans s’étaient écoulés depuis ce jour de bonheur et d’union, quinze ans de paix, tels que Cyprien n’avait jamais osé les souhaiter lui-même à ses heures de rêveries les plus égoïstes.La petite famille s’était augmentée d’un gros garçon bien fait et bien portant, et, comme Cyprien s’était vite apprivoisé à l’idée du travail, une modeste aisance l’avait bientôt récompensé de son labeur assidu.C’était à Paspébiac qu’il habitait maintenant; il lui avait été difficile de demeurer plus longtemps en ce village de la bonne Sainte-Anne du Nord, qui ne lui rappelait que le souvenir de ses fredaines passées.Là, il avait trouvé de l’emploi auprès de la maison Robin qui avait su apprécier cet homme sobre, actif, rangé; et petit à petit les économies n’avaient cessé de se grouper autour de lui; car Marie aidait aussi de son côté, et tout marchait à merveille.Chaque semaine, les écus s’en allaient au fond du grand coffre qui renfermait le linge blanc; et là, ils s’amoncelaient dans le silence, en attendant le mois de septembre suivant, époque où le fils Jeannot pourrait monter commencer ses études au petit séminaire de Québec.Cyprien s’était bien mis en tête de lui faire faire son cours classique, et Jeannot avilit débuté en écoutant attentivement sa mère lui inculquer ces principes sages, cet amour de la religion et cette triste expérience du monde qu’elle avait su jadis faire passer dans l’âme du petit Cyprien.Le bonheur terrestre semblait fait pour cette humble maison; la paix de l'âme y régnait en souveraine, lorsqu’un soir une catastrophe soudaine y fit entrer les larmes et les sanglots.C’était en hiver, au mois de janvier.Marie était seule à préparer le souper auprès du poêle rougi: Cyprien et Jean s’en étaient allés causer d’affaires à la maison occupée par les employés de MM.Robin.Que se passa-t-il pendant cette triste absence?Personne ne put le dire.Seulement, lorsque Cyprien et son (ils furent arrivés sur le seuil de leur demeure, ils entendirent des gémissements plaintifs.Ils se précipitèrent dans la cuisine, et le pied du malheureux père heurta le corps de sa pauvre femme, qui gisait sur le plancher au milieu d’une mare d’eau bouillante.A ses côtés, une bouilloire entrouverte, n’indiquait que trop comment ce malheur navrant était arrivé.Pendant deux heures, Marie eut le triste courage de vivre ainsi; elle offrait à Dieu ses indicibles souffrances, en échange de cette absolution qu’elle savait ne pouvoir obtenir sur terre; car on était alors en 1801, et la côte était desservie par un pieux missionnaire qui restait à une trop grande distance de Paspébiac.Agenouillés auprès de ce calvaire de douleur, Cyprien et Jean pleuraient à chaudes larmes.Déjà ce calme poignant qui se glisse sous les couvertures du moribond, était venu présager l’agonie, et Marie, les yeux demi-fermés, semblait reposer, lorsque tout à coup elle les ouvrit démesurément grands.Cyprien vit qu’elle baissait: il se leva pour se pencher sur elle; mais la main de la pauvre endolorie s’agita faiblement sur le bord du lit, et il l’entendit murmurer; — Ta promesse, Cyprien, de ne plus boire.— Je m’en souviens toujours, et je la tiendrai; sois tranquille; dors mon enfant! Le silence de l’éternité avait envahi la maisonnette du pauvre Cyprien, ne laissant derrière lui que des larmes et de l'abandon.Le coup fut rude à supporter; aussi Cyprien prit-il du temps à s’en remettre.Ce départ avait tout dérangé et, comme bien d’autres projets, celui de mettre Jean au séminaire fut abandonné.En ces temps de douleurs, son père avait vieilli de dix longues années; cette vieillesse prématurée affaiblissait ses forces ainsi que son courage, et Jean lui-même avait demandé à rester pour venir en aide au travail paternel.Les jours passaient devant eux, mornes et sans joie, lorsqu’un matin Daniel Gen-dron fit sa bruyante entrée dans la maison des délaissés.Gendron arrivait en droite ligne de Saint-Féréol.Là, il avait entendu dire que par en bas la pêche était bonne.Si la pauvreté contrariait maître Daniel; en revanche l’esprit d’ordre ne le taquinait pas trop et, repoussé de toutes les fermes de Montmorency, il s’en était venu solliciter un engagement à la maison Robin.Elle avait besoin de bras: il fut accepté, et sa première visite était pour Cyprien avec qui il avait bu plus d’un joyeux coup, lors des interminables flâneries de jadis, sur les bords de la Grande-Rivière de Sainte-Anne.Cyprien n’aimait lias trop à revoir ceux qui avaient eu connaissance de sa vie de jeunesse; aussi lui fit-il un accueil assez froid.Gendron ne put s’empêcher de remarquer: — Comme tu as l'air tout chose aujourd’hui, maître Cyprien; est-ce que ça ne te fait pas plaisir de me revoir?— Oui, oui, Daniel, ça me ferait plaisir en tout autre moment; mais aujourd’hui c’est jour de pêche et, comme tu es novice, j’aime à te dire qu’on ne prépare pas en une minute tout ce qu'il faut emporter pour aller au large.— Tiens! je serais curieux de t’accompagner pour voir ça; tu me donneras ta première leçon.— Je veux bien; mais si tu veux suivre un bon conseil, tu ferais mieux de profiter de ton dernier jour de liberté; car on travaille dur par ici.— Bah! ça me fait plaisir d’aller jeter une ligne; et puis nous parlerons du bon temps.— Ali! pour cela, non! dit énergiquement Cyprien, je n’aime pas qu’on me le rappelle! — Pourquoi donc, mon cher?Nous buvions sec et nous chantions fort alors! Est-ce que cela n’était pas le vrai plaisir, Cyprien?— Daniel, ce qui est mort est mort: laissons ça là.— Comme tu voudras, monsieur; mais tout de même, tu es devenu fièrement ennuyeux! Et toi qui riais de si bon cœur de notre curé, tu as rattrapé le temps perdu, et te voilà plus dévot que le pape.Sans répondre, Cyprien se dirigea vers la grève, suivi de Jean et de Daniel; là, ils poussèrent la berge à l’eau, et se mirent à ramer vers le large.Le temps était légèrement couvert; un petit vent soufflait doucement, et tout promettait une bonne pêche.Daniel chantait une chanson de rameur, pendant que Cyprien et Jean fendaient silencieusement la lame; cela dura ainsi jusqu’à ce qu’il fussent arrivés sur les fonds; alors, ils se mirent courageusement à pêcher.Pendant deux bonnes heures, ils y allèrent de tout cœur, et la berge s’emplissait de morue, lorsque Daniel interrompit tout à coup son travail, en disant: — Ne trouves-tu pas Cyprien que la brise renforcit?Il serait plus prudent de rentrer, qu’en dis-tu?Cyprien sembla sortir d’une longue rêverie: du regard, il fit le tour de l’horizon; puis, d’une voix brève, il commanda à Jean: — Lève la haussière! Et se tournant vers Daniel: — Déferle la voile! Je prends la barre! Déferle vite, nous n’avons pas de temps à perdre, Daniel! Une minute après, la berge était coquettement penchée sur la vague et volait à tire-d’aile vers la pointe du banc de Paspébiac.On était alors vers les premiers jours de mai: il faisait encore froid à cette époque, surtout par une grosse brise, et rien de surprenant si les mains s’engourdissaient facilement.Daniel ne le savait bien que trop; car il se soufflait dans les doigts depuis quelque temps, lorsque tout à coup, portant la main à sa poche, il en retira une bouteille de rhum.Il la tendit triomphalement à Cyprien: — Prends un coup, mon homme, ça ré- chauffe, et ça n’est pas l’occasion qui manque par cette température-ci.Diable! qui a eu l’idée d’appeler cette baie, la baie des Chaleurs?— Garde pour toi, Daniel; je n’en prends pas, merci! Veille toujours à l’écoute! Èt il secoua tristement sa pipe par-dessus bord de l’air d’un homme qui ne se sent pas le cœur à l’aise.Cependant la brise montait grand train.De minute en minute, le temps se chagrinait; les nuages gris étaient devenus noirs comme de l’encre, et pour cette nuit-là la mer ne présageait rien de bon.Tout à coup la berge prêta le flanc, et une vague plus grosse que les autres, arrivant en ce moment, couvrit Cyprien des pieds à la tête.Roussi tint bon tout de même; sa main n’avait pas lâché la barre; ses habits ruisselaient, le froid augmentait, et Daniel qui avait à demi esquivé ce coup de mer, s’en consolait en prenant un second coup.— Là, vraiment, Cyprien, tu n’en prendrais |ias?Ça fait furieusement du bien pourtant, lorsqu’on est mouillé! Cyprien eut un frisson; il ne sentait plus la pression de ses doigts sur la barre; l’onglée l’avait saisi, et détachant une main du gouvernail, il la tendit enfin vers Daniel et but à longs traits., Il avait menti à sa pauvre morte! Qu’advint-il d’eux depuis?Nul ne le sait.Le lendemain matin, on trouva à l’entrée du Banc une berge jetée au plein, la quille en l’air, et à ses côtés, maître Daniel Gendron qui avait perdu connaissance.Depuis ce sinistre, on aperçoit à la veille du mauvais temps une flamme bleuâtre courir sur la baie.Suivant les rapports de ceux qui l’ont examinée, dit l’abbé Ferland, elle s’élève parfois au sein de la mer, à mi-distance entre Cara-quet et Paspébiac.Tantôt petite comme un flambeau, tantôt grosse et étendue comme un incendie, elle s’avance, elle recule, elle s’élève.Quand le voyageur croit être arrivé au lieu où il la voyait, elle disparaît tout à coup , puis elle se montre de nouveau, lorsqu’il est éloigné.Les pêcheurs affirment que ces feux marquent l’endroit où périt dans un gros temps une berge conduite par quelques hardis marins du nom de Roussi; cette lumière, selon l’interprétation populaire, avertirait les passants de prier pour les pauvres noyés.Ceci est la pure vérité.Aussi, voyageurs et pêcheurs, lorsque vous verrez osciller un point lumineux au fond de la baie des Chaleurs, agenouillez-vous, et dites un De Profundis pour les deux défunts, car vous aurez vu le feu des Roussi.Faucher de Saint-Maurice À la brimante I* O E S I E CLIVE CUSSLER 6 CRAIG DIRGO .49 Colères et révoltes ALMAGESTE Marc Vaillancourt Triptyque, Montréal, 1998,92 pages J’AI LAISSÉ Al! DIABLE TES YEUX EN POURBOIRE Fernand Durepos Les Éditions des Intouchables, collection «Poètes de brousse» Montréal, 1998,71 pages DAVID CANTIN Depuis L'Équation personnelle (Triptyque, 1992) jusqu’à Al-mageste, l’œuvre de Marc Vaillancourt ne cesse d’aller à l’encontre des principales tendances de la poésie québécoise contemporaine.Qu’on aime ou qu’on déteste, on doit bien reconnaître que cette parole excessive ne laisse lias indifférent.D’ailleurs, il est juste de préciser que le souffle épique de Vaillancourt va en se complexifiant d’un livre à l’autre.C’est grâce à cette façon décapante de parcourir une mythologie individuelle que l’on reconnaît ainsi l’humeur fiévreuse de cet écrivain polémiste.En premier lieu, Ahnageste désigne (selon la définition du Littré que l’auteur place en exergue) «un vaste ouvrage de synthèse où toutes les connaissances astronomiques des anciens sont condensées et systématisées».Cette référence illustre l’ambition curieuse d’un tel projet, tout comme ses liens immédiats avec une culture des plus savante.Par ailleurs, la poésie de Vaillancourt se prête à une dérision assez ludique du «grand chic postmoderne» mièvre et illusoire.'Fout semble en opposition dans ce recueil qui confronte le sarcasme du pamphlétaire à une langue hautement recherchée.Pourtant, cette œuvre ne recule guère face à la grandeur étourdissante de ses ambitions: «lœ soir va son allure gagnante: / un conte de fées derrière les carreaux; / au jeu chacun affame sa chance / et la bougrerie des grands hêtres / fait ferme contre une forêt / d’ormes et de charmes: / là grelottent des milliasses d'oseilles saintes / l’averse gribouille les oghams de la pluie; / l'amour coupe à pique et donne, / l'intraduit chevrote: / fumez fumez disait ma mère! / Un clairon dans le ciel / le feu étincelle; / mais la cheminée tire mal/ et la lune s’échappe.» En lisant ce poète, il faut surtout avoir à l’esprit cette remarque importante: «Ce livre sort du gueuloir; il ne sera pas inconvénient de le lire à voix haute, con espressione, en y mettant du v’Ian.» À travers ses excès, la sensibilité furieuse de Vaillancourt se prête à un déploiement oral de la langue.On découvre ainsi une violence verbalç qui submerge les multiples nuances internes de ce lyrisme.A l’occasion, on regrette que ce style exubérant accable le contenu primordial de ces vers.En revanche, il est possible de croire que la complexité demeure le véritable sujet de cette poésie audacieuse.Pacotille Tandis que Vaillancourt provoque, d’autres «Poètes de brousse» frôlent le ridicule avec une révolte de pacotille.C’est malheureusement le cas de Fernpnd Durepos dans J’ai laissé au diable tes yeux en pourboire aux Editions des Intouchables.Ce cinquième livre que signe Durepos rassemble plusieurs lieux communs d’une contre-culture dépassée.Sur fond de cauchemar urbain, on y retrouve l’image typique du poète maudit qui hurle sa désillusion amoureuse.C’est l’école, pourtant si conformiste, du «bad writing» et des déclarations «politically incorrect».On se demande parfois s’il ne s’agit pas d’une mauvaise caricature de Lucien Francœur.De plus, certains textes sont plus près de la chanson que du poème.Ainsi, peut-on parler d’une poésie post-beat ou néo-contestataire?Une chose est sûre, la facilité devient un des mots d’ordre de cette esthétique fin de siècle: «low riders de leur mémoire / s’en vont comme en ultime promenade / rebelles dans des restes / de baby-boom / ils slaloment sur les rollerblades de la dernière chance / mais finissent souvent par rentrer / tôt ou tard / et reprendre / chutant d’un hit / la seule place qu 'il leur revient / dans le nœud marin d’une corde / demain au-dessus de gens et de chiens se frayant un / chemin / entre seringues souillées et carcasses de rats / déchus mais radieux / ils squeegeront ce qu ’il reste de ciel / avant de se caler dans les nuages / et de compter / cigarette toute fraîche au bec / le pourboire surprenant des anges.» Il existe, sans doute, une façon plus convaincante d’évoquer le désarroi du rebelle contemporain.Pourquoi faut-il constamment se heurter aux références habituelles (Rimbaud — version Francœur —, Kerouac, Bukows-ki)?Rendue à ce point ahurissant, la poésie devient un spectacle publicitaire qui n’arrive qu’à improviser un réalisme tape-à-l’œil.Paradoxalement, cette écriture de l’urgence libératrice s’immobilise dans une série de procédés aussi contraignants que prévisibles.Malgré l’attrait médiatique de ces poètes, il me semble qu’ils n’en viennent qu’à se convaincre entre eux.C'EST L'ÉTÉ plongez dans un livre Chasseur d'épaves D’ÉPAVES L'aventure est toujours au cœur de la vie de Clive Cussler.Une des ses passions est de chercher des grands navires perdus dans les profondeurs de l’océan.Le lecteur découvrira que les aventures de Dirk Pitt, son alter ego romanesque, sont souvent inspirées de la réalité.Une certaine justice La très célèbre romancière anglaise déroule sa nouvelle intrigue au cœur de Londres, dans un monde judiciaire dont elle décortique les mécanismes avec la précision et le sens psychologique auxquels elle nous a habitués.r: I).James Une certaine justice Le jardin de Badalpour Zahr, fille de sultane et descendante d'un des derniers souverains de Constantinople, a été élevée loin de ses origines.Une fois adulte elle se lance dans une quête désespérée de sa véritable identité.Le second volet de la saga familiale inaugurée par le roman De la part de la princesse morte.T khica JONG De mémoire de filles C'est quatre générations de femmes extraordinaires.De mémoire Leur histoire traverse le monde et le siècle, de la Russie des tsars jusqu'au New York de l'an 2000.Une jiirês saga mouvementée où brillent l'esprit et l'intelligence.POUR RETROUVER CE PERSONNAGE FAMILIER le Parchemin QUARTIER LATIN «C’était l’Iiiver sur Belleville et il y avait cinq personnages.Six, en comptant la plaque de verglas.» À l'intérieur du ISsl Métro Bcrri-UQAM Téléphone : (514) 845-5243 APRES|OI IN Uneherone américaine Jackie après John Jacqueline Onassis avait reçu plusieurs biographies peu indulgentes.Celle-ci joue la carte de la franche férocité.Longtemps Erik Orsenna raconte dans Longtemps quatre décennies d'une passion de légende.Ce roman d'une inconsolable gaieté est un enchantement.Le Nouvel Observateur Erik Orsenna Longtemps Pu» «y t • » iniit» twm H HACHETTE Canada Inc.www.hachette.qc.ca CTV CBC CABLE TQS IQc I) () K I) E V OIIV.1.!• S S A M E I) 1 I E T I) I M A N C II K 5 .1 l! I I.I.E T I !l !» 8 LE DEVOIR ALA TELEVISION SAMEDI CINEMA NOS CHOIX BIOGRAPHIES JAZZ À l’occasion du festival que vous connaissez bien sûr, un portrait de Charlie Parker, mort trop jeune en 1955 après avoir révolutionné l’art du saxophone.Canal D, 21 h SPECTACLES JAZZ Un récent spectacle à Montréal de la chanteuse Diana Krall avec son trio.Canal D, 22h Paul Cauchon VOCATION JOURNALISTE Première d’une série, échelonnée sur treize semaines, d’émissions consacrées à des pionniers du journalisme écrit.Ce soir, on présente l’ensemble de la série autour d’Olivar Asselin.RDI, 22li30 16h30 17h00 17h30 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 2 1 hOO 21h30 22h00 22h30 23h00 2 3 h 30 lŒDSJ CllGDQ ?DID® CD CD 0533$ CDD® HD [3®(46) 0)0® 60(35) SE RDI mg) Œ ŒD MP (SX SD (SE) PDS C3D J CD ¦ gbl Branché Vie de chalet Chez nous 98 Cinéma/TROUBLE JEU (5) avec Aidan Quinn, Isabella Rossellini (16:00) Les Nouvelles Aventures de Skippy Box Office Le Journal FR2 Vins.Le Corps (16:00) Bougez! 1x5 Heidi Passion plein air Aujourd'hui Journal suisse Les Pieds.L'Etalon noir Grand Journal (2) Hebdo Sports (17:40) Bull, jeunes Les FrancoFolies / Edith Butler Allô docteur SPAM Musique vidéo MusiMax Collection (1400) Le Génie.Scooby Doo Soccer (14:45) Golf LPGA Billy le chat Le Diable.Sucroé Les Jetson Le Téléjournal O Ce soir Le TVA Le Vent des années 60 Baseball / Marlins - Expos Le Téléjournal Les Nouvelles du sport (22:27) Cinéma/SUPERMAN IV (6) avec Christopher Reeve, Gene Hackman Monde merveilleux de Disney / Culture éclair (18:55) Dehors les chefs Simplement.Rivières National Geographic Cinéma / DANIELLE STEEL: CHER DADDY (6) avec Patrick Duffy, Kate Mulgrew Himalaya/ Au coeur des glaciers Thalassa M*A*S*H .juste pour rire Fête des bébés Combat.chefs Fax Cinéma/LOUP (4) avec Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer Les Pays du Québec Cinéma / LA FEMME DE ROSE HILL (3) avec Marie Gaydu, Jean-Philippe Ecorfey Cinéma / L'ESCORTE (5) avec Claudio Amendola, Enrico Lo Verso (22:50) Le TVA Sports (23:24) / Loteries 23:40) / (23:50) Cinéma/ALIEN 3 (5) avec Sigourney Weaver, Charles S.Dutton Monde ce soir Cdn au Vietnam Hong Kong: ombres chinoises Le Journal RDI | Ent.des artistes [Trajectoires | Journaliste Cinéma / UNE LONGUE JOURNEE QUI S'ACHEVE (3) avec Marjorie Yates, Leigh McCormack (22 40) Le Grand Cinéma/ Journal L’ESCARPIN (22:58) ROUGE (23:28) Journal de FR2 Pour la gloire / Le Journal des festivals (20:45) Les Châteaux./ Les Barons Le Goût du monde / Hong Kong Solo/Plaisirs farfelus à s'offrir seul Box-Office Perfecto Top 30 MusiMax Les Joyeux.Tom et Jerry Monde du sport Le Studio Chahut, Bahut Shlak Yogi tours Sports 30 Mag Tennis / Tournoi de Wimbledon - Finale chez les femmes Baseball / Blue Jays - Devil Rays (16:00) .Heaven (16 00) Northwood I ED X) 1(13) I® ID |C8l CD CBS 6B (57) (Ml TSfl Xena.(16:00) Stuff Soccer (14:30) Entertainment Now World Championship Wrestling The Simpsons A.Hitchcock Get a Life Planet Video Professional Boxing Series Greater Hartford Open / Golf (16:00) Golf LPGA / Omnium des Etats-Unis (15.00) Points North Antiques Roadshow Classic Homes Week in Bus.Wall Street.VideoFlOW (14:30) Soccer (14:30) Golf LPGA News Pulse Regional.Home Teams Jake and the Kid Story Studio News World News News Archaeology Wold News Pub CBS Evening News NBC News The Lawrence Welk Show Antiques Roadshow MuchMegaHits .Volleyball | Sportsdesk Diagnostic/Trauma Griffe Faites la fête Biographies / Charlie Parker Tango AC/DC: No Bull | Musique vidéo Les Grands Concerts / Classic Whitney Live from Washington D.C.La Boîte à jazz MusiMax Mtl spectacle Journal beige Jazz: Diana Krall Trio Cinéma /BETHUNE (4) Eros et Compagnie / Spécial sexualité des ados Bouge! Groove MusiMax Collection Fifi Brindacier Bêtes à craquer Splat! Ned.triton Les Simpson | Capitaine Star North of 60 Whell of.Dbl Exposure Star Trek: Voyager Ready or Not Myster.Island Great Canadian Parks Wheel of.Jeopardy Pub Star Trek: Deep Space Nine Entertainment this Week Wheel of.Jeopardy Jeopardy Frasier Mulberry The Editors McLaughlin Wheel of.Inside Edition .Being Served MuchOnDemand Witness Cops Neon Rider Patrouille.| Highlander" Les Superstars WWF Cinéma / JOHNNY MNEMONIC (5) avec Keanu Reeves, Dolph Lundgren America's Most Wanted Traders Early Edition The Outer Limits Inside Country Sat.Night Live Cinéma/DAYS OF HEAVEN (2)avec Richard Gere |Conversations(21:40) [Cinéma/ BOUND FOR GLORY (3) (2215) Once a Thief Les Simpson Sports 30 Mag Saturday Report CTV News Ned.triton France 98 Cinéma/ LYDIA (4) News Pulse / Sports Timecop Dr.Quinn, Medicine Woman Cinéma/UNSTRUNG HEROES (4) avec Nathan Watt, Andie MacDowell Early Edition Cinéma / TALL TALES: THE LEGEND OF PECOS BILL (4) avec Nick Stahl, Patrick Swayze A Capitol Fourth 1998 Yes, Minister Goodnight.Monthy.Fax Walker, Texas Ranger The Profiler The Statue of Liberty Faith in.Pop-Up Video '97 Smash Hits Poll Winners.VideoFlow Ripping Yarns Baseball / Expos - Marlins News Roseanne News Leonard Bernstein's New York Cinéma PSI Factor Roseanne Baywatch Hercules X-Files (23:35) Sat.Night Live A Capitol Fourth 1998 Beavis & Butt-Head Fax World Cup Sportsdesk Classification des films: (1) Chef-d'œuvre — (2) Excellent — (3) Très bon — (4) Bon — (5) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable A U I’ E T I T ÉCRAN LOUP (4) (Wolf) É.-U.1994.Drame fantastique de M.Nichols avec Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer et James Spader.Après avoir été mordu par un loup, un éditeur apathique constate d’étranges transformations dans son physique et sa personnalité.TVA 20h30 LA FEMME DE ROSE HILL (3) Suis.1989.Drame de mœurs d’A.Tanner avec Marie Gaydu, Jean-Philippe Ecoffey et Denise Péron.Venue en Suisse pour épouser un paysan, une jeune étrangère de race noire quitte celui-ci après le mariage pour aller vivre avec le (ils d’un industriel.TQ21U UNE LONGUE JOURNÉE QUI S’ACHÈVE (3) OTie Long Day Closes) G.-B.1992.Chronique de T.Davies avec Marjorie Yates, Leigh McCormack et Anthony Watson.Dans un quartier ouvrier de Livetpool, dans les années 50, un garçonnet friand de cinéma éprouve de la difficulté à s’adapter à sa nouvelle école.TQ 22h40 LE SOUS-SOL DE LA PEUR (4) (The People Under the Stairs) É-U.1991.Drame d’horreur de W.Craven avec Brandon Adams, Everett McGill et Wendy Robie.Un adolescent s’introduit par effraction dans une grande demeure qui recèle des secrets horrifiants.TVA minuit DIMANCHE NOS CHOIX SALUT ANTIBES AVEC MICHEL LEGRAND Spectacle enregistré au Fesdval franco-ontarien avec Michel Legrand, Nicole Croisille, Johanne Blouin.Radio-Canada, 191/30 Paul Cauchon UN SIÈCLE D’ECRIVAINS Une nouvelle série estivale, en remplacement de Bouillon de culture, qui promet, du moins sur papier.Bernard Rapp présente toutes les semaines un documentaire sur un grand écrivain du siècle.Début ce soir avec Jean Giono, un choix populaire.TV5, 20h BIOGRAPHIES JAZZ A-t-elle été la plus grande chanteuse de jazz?En tout cas, elle a sûrement été la plus émouvante.On a beaucoup parlé de sa vie trouble.Il faudrait aussi se souvenir de son style unique et original, jamais égalé.Portrait de Billie Holliday.Canal D, 21 h LA BOÎTE À JAZZ Spectacles diffusés en direct du Festival de jazz de Montréal.Ce soir, le Flamenco Ail Stars d’Espagne.MusiMax, 22h CINEMA AU PETIT ÉCRAN GDCzDQ CD ID® KD .Arche de Noé Les Contes d’Avonlea OL Archede Noé (16 30) _e Téléjournal O Ce soir Découverte Les Beaux Dimanches/ Salut Antibes, avec Michel Legrand Cinéma / NOUS ÉTIONS GUERRIERS (2) avec Rena Owen, Temuera Morrison Le Téléjournal (22:15) Sport (22:43) Cinéma/VIOL PASSION (3) avec Burt Lane Silvana Manga tNUL 11 aster, no (23:05) 003® ooæ KD SB® @53 Cinéma/Y A-l DANS L AVIOt avec Robert H '-IL ENFIN UN PILOTE J?(61 ays, Julie Hagerty (16 00) Le TVA Drôle de vidéo Fort Boyard Cinéma / RETOUR VERS LE FUTUR III (4) avec Michael J.Fox, Christopher Lloyd Le TVA TVA Sports (22:54) / Loteries (23:10) Vins et Fromages (23:17)/ Évangélisation 2000 (23:47) OS ® 24] @§3 @13 Les Nouvelles Aventures de Skippy Heidi L Étalon noir Le Monde merveilleux de Disney Culture éclair (18:55) En pleine nature On aura tout vu Les Pays du Québec Cinéma / MAZEPPA (4) avec Bartabas, Miguel Bose Montagne / Potosi, le cri de la pierre(22:53) Faune nordique / Les chevaux en liberté (23 22) (2)(4) (Ü3 6Q '35 49.Passion plein air Pas si bête que ça! Le Grand Journal YUL Partis pour l'été/Jean-Michel Anctil Hercule Cinéma/QUELLE FAMILLE ( avec Shirley MacLaine, Marci 4) alio Mastroianni Salle d'urgenc e Le Grand Journal m Le Journal FR2 Aujourd'hui Bull, jeunes Courants.Horizons.Monde ce soir Pierre Elliott Trudeau (1919 -1968) Le Journal RDI Scully RDI Trajectoires Second Regard Dossier Wj .forêt (16 00) Journal suisse Gourmands École des fans Journal (18:45) Journal FR2 Cap Aventure I Un Siècle d'écrivains Viva (20:45) Bons Baisers d’Amérique Journal beige Alice Verso CD Le Corps (16 00) Claude Gauthii er M*A'S*H .juste pour rire Les Châteaux./Jardins.Le Goût du monde / Toscane Biographies / Billie Holiday Jazz/Colin James Cinéma / POUSSE MAIS.(6) ŒD Évasion Allô docteur Guérir autrem.Combat.chefs Médecine enq.Santé en.De l'autre côté du gang Victoire Des Histoires de famillee | Lignes de vie Tango (MË Musique vidée 1(13:30) Fax Musique vidéo / Se poursuit jusqu'à 3h00.(MX) MusiMax Collection (14 oo) Présentations spéciales / Joh in Fogerty / Classic Whitney Live from Washington D.C MusiMax Collection | La Boîte à jazz MusiMax |MusiMax Collection (S3 Emprunteurs Billy le chat Robinson.Joy.Naufragés Le Studio Chahut.Bahut Shlak .— .— i : ED Scooby Doo 2 Stupid Dogs Cléo et Chico Le Diable.Yogi l'ours Fifi Brindacier Bêtes à craquer Capitaine Star Ned.Les Simpson Image par image | Highlander Les Simpson Ned.triton 'RDS, Golf LPGA Mag.olymp.Sports 30 Mag Triathlon Baseball / Mariners - Rangers Sports 30 Mag France 98 o f@D Equestrian (16:00) The Wonderfu Disney il World of Emily of the New Moon Cinéma/APOLLO 13 (4) avec Tom Hanks, Kevin Bacon Sunday Report Sports Late Night mm Cinéma (15.00) I Seventh Heaven News Little Lulu America’s Funniest Home Videos Cinéma/AT THE MIDNIGHT HOUR (5) aver.Patsv Kensit.Keeaan Macintosh CTV News News Puise/Sports KD Wine â Cheese World of.Fashion TV Puise Travel Travel Touched by an Angel æ Dave’s World The Simpsons .Mecanics .Island Talking Heads 60 Minutes Simpsons King of the Hill The X-Files Sliders Heart of.Newsweek m Imprint.(16 00) Blood and Bel onging Dialogue Allan Gregg Great Parks .Explorer [Hamish Macbeth The Problem with Men The View from Here Allan Gregg Footnotes CD (13) [2Ï\ NHRA Drag Racing Special (16:00) International Race of Champions Nev/s ABC World News Sunday Cinéma / SLAM DUNK ERNEST (6) avec Jim Varney, Kareem Abdul-Jabbar Cinéma / IN THE BLINK OF AN EYE (5) avec Veronica Hamel, Mimi Rogers News Pub E.T this Week World Nev/s M'A’S'H The Entertaine irs m (8) Greater Hartfc ird Open/Golf (1600) Sunday Nev/s Seinfeld 60 Minutes Touched by an Angel Cinéma / DAVE (4) aver Kevin Kline.Siaournev Weaver Mad.(23:20) News (23:20) News News TTT CD ® Golf LPGA / Omnium des États-Unis (15:00) Pub NBC News TV Censored Bloopers Dateline NBC Frasier Working Law and Order viper News | News NY Wired Ë0 (57) Money Game I The Statue of Liberty Animais.Lost Animals Anyplace Wild Naturescene Nature / Jaguar: Year of the Cat I Masterpiece Theatre / The Cl hoir (1/3) Mystery Cooking in I Healthweek I Travels Europe ITN Wrld Focus Religion, Ethics Ballykissangel Live from Lincoln Center/Wynton Marsalis Happy Birthday, George Gershwin Cinéma (MMj Best of Snow Job 98/Sepo lursuit jusqu’à lundi 11 h30.(16:00) ® | Golf LPGA (16:00) Golf Sportsdesk | Wk Baseball I Baseball / Mariners - Rangers Sportsdesk NOUS ETIONS GUERRIERS (2) (Once Were Warriors) N.-Z.1994.Drame social de L.Tamahori avec Rena Owen, Temuera Morrison et Mamaengaroa Kerr-Bell.Une mère de famille aborigène accepte de plus en plus mal le climat de violence que fait régner autour de lui son mari macho.SRC 20h30 MAZEPPA (4) Fr.1992.Drame de mœurs réalisé et interprété par Bartabas avec Miguel Bose et Brigitte Mary.Afin d’étudier de plus près les chevaux, le peintre romantique Géricault séjourne parmi les membres d’un cirque spécialisé dans les spectacles équestres.TQ 211/ VIOLENCE ET PASSION (3) It.1973.Drame psychologique de L.Visconti avec Burt Omcaster, Silva-na Mangano et Helmut Berger.Forcé de louer une partie de son appartement, un professeur à la retraite devient l’observateur de curieuses mœurs.SRC 231/03 LES DOORS (4) (The Doors) E.-U.1991.Drame biographique de O.Stone avec Val Kilmer, Meg Ryan et Kevin Dillon.Evocation de la carrière et de la vie sentimentale du chanteur américain Jim Morrison.TQS ///ii///il I K l> E \ (M It , I.E S S A M E I) I I E T I» I M A X ( Il E .1 I' I I.I.E T I Il II K I) 7 : ecoMUsee DU FI6R MONDE V>.? ter sur les trois gigantesques poupées gonflables à figure d’enfants qui se trémoussent sur le plancher de la salle.Animés d’un mouvement généré par un souffle mécanique, ces imposants géants infantiles de Max Strei-cher emplissent l’espace qu’ils articulent de leur présence problématique.En d’autres vitrines, celles du demi-sous-sol du local des Cours Mont-Royal (rue Metcalfe) sont plutôt réduites.On a tenu à y déposer des tableaux hybrides, absolument kitsch, du duo constitué eje Bill Anhang et de Glen Louckock.A la surface des tableaux ont été fichés des jeux virevoltants de petites lumières décoratives.L’effet de ces petits dispositifs est toutefois plus saisissant dans les petits «sons et lumières» miniatures que le duo a concocté ailleurs à la surface de tableaux figuratifs, à l’aide de fibre optique.Par contre, notez que ces petits tableaux psychotroniques sont dans le sous-sol de l’ancien local de Musique Plus (il y en a partout, qu’on vous dit).Pour revenir à la rue Metcalfe, disons que c’est l’endroit où finalement l’intégration de différentes productions est la moins réussie.L’œuvre de Guy Blackburn — une série de bancs disséminés, subvertis en univers sans logique interne — semble perdre son impact irréaliste.Tout comme l’œuvre d’Eliza Griffiths, un bordel fait de peinture, exigeait d’être autonome pour que son «peep-show» marque, celle de Blackburn aurait gagné à être isolée.Elle aurait pu rejoindre les espaces labyrinthiques du sous-sol de Musique Plus, où certaines œuvres dramatiques sont misçs en relief de façon extraordinaire.A sa défense toutefois, l’œuvre de Blackburn, dont on perd les frontières, résonne admirablement de l’espace partiellement rénové où son installation a été déposée.Dans ce même espace, les découpes fantomatiques d’objets peints en négatif de Luis Jacob ne sont pas sans rappeler les «rayogrammes» de Man Ray.Elles réservent des effets tout de même réussis dans la mesure oil l’on ne reconnaît plus les référents de ces blanches silhouettes.On y retrouve les toiles très graphiques d’Eric Glavin, très «pop» d’esprit et hard-edge de facture, ainsi que les dessins et tables très froids de Peter Bowyer, moins attachants, mais tout de même inquiétants, traitant d’aliénation dans la sphère publique.2081 et 2089, rue Sainte-Catherine Ouest Côté vitrine, encore, les deux derniers locaux ont beaucoup à offrir.Au 2081, un meuble tout doré de Claude Perreault, fait de poupées Barbies et d’icônes puisées dans l’univers de McDonald’s, transporte tous les péchés du monde à même les connotations religieuses suggérées par son vocabulaire architectural.Détail amusant, la coupole supportée pas ses colonnades est surmontée d’une reproduction de la tour du CN à Toronto, symbole (phallique) de puissance canadienne s’il en est un.Le clin d’œil prend toute sa dimen- sion lorsqu’on se rend compte que l’accompagnent dans cet espace les œuvres picturales de deux artistes originaires de Toronto, Sadko Hadzi-hasanovic et Sheila Gregory.Aux fables cinglantes de Hadzihasanovic sur la violence quotidienne et publicisée, bricolées sur papier peint, répond la large fresque abstraite de Gregory, un enchevêtrement dense de formes organiques dont les couleurs vives affirment leur qualité de «patterns» à peindre.De la rue, la vitrine de la dernière adresse (2089, rue Sainte-Catherine Ouest) laisse voir une des deux bandes vidéo de Karma Clark-Davis.On y suit la mystérieuse démarche nocturne d’une femme étrangement vêtpe allant faire des courses.A cette vidéo proche de la culture de rue répond dans le fond de l’espace l’œuvre aux considérations formelles plus accentuées d’Alexandre Castonguay, celui-là de Hull.Datée de 1995, une cascade de télévisions de tous formats diffuse les images fragmentées d’une chute d’eau.Ix* mur bancal de télévisions, à mille lieues des monuments de techniques de pointe habituels, associe les grands formats d’écrans aux close-up, et les petits, juchés haut dans cette installation, aux prises de vues de loin.L’effet est saisissant.On aura peut-être l’occasion d’y revenir, mais cette dernière salle donne plusieurs occurrences d’un même motif, celui de la grille.Quelques artistes de Toronto — Elizabeth Macintosh et le duo de Anhang et Loukcock (peinture), aussi Suzan Kealey (photographie) — donnent la répartie à Carmen Ruschiens-ky et David Blatherwick.N’oubliez pas, Artifice n’est pas un show de vitrine, une impression que pourrait vous laisser cette lecture.La vitrine ici joue son rôle aguichant d’interface entre le privé et le public.Elle ne fait office que de premier contact.Tout spécialement dans les méandres de l’ancien local de Musique Plus, il y a de l’art dans tous les coins.Trop, vous dites?Peut-être.Mais après tout, c’est gratuit, retour-nez-y plus d’une fois.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pour un événement tel Artifice 98, le mot clé, c’est la «diffusion» de l’art contemporain.C’est le cas des bandes vidéo de Sylvie Laliberté, Jean-Sébastien Denis, François Daigle, Manon Labrecque, Cathy Sisler, David Altmejd et Claudette Lemay, à l’ancien quartier gé.néral de Musique Plus.i Paul-Emile Borduas.Sans are.1950.Gouache sur papier 18.9 x 22.2 cm Legs de Monsieur Claude Hmton.Collection : Musee d'art contemporain de Montréal.Phoio : Richard-Max Tremblay: «**< v sMmmm .i rtÉtijin S*-A ,-»-«¦» ;j^P| £>L L CHARLES-ANTOINE ROUYER e siège social de Nortel est un immeuble à bureaux de 50 étages étalé à l'horizontale, agencé à l'intérieur comme une ville, avec sa rue principale, ses quartiers, ses places publiques, quelques magasins.Et près d'un an après l'ouverture, l'expérience semble concluante.Brampton, Ontario — Prenez l’immense hangar d’une usine désaffectée, percez de grandes baies vitrées dans le plafond, disposez ensuite du mobilier de bureau de part et d’autre d’une rue centrale traversée d’allées transversales, reliez enfin le tout par un réseau fait de fibre optique courant en hauteur (pour cause de dalle de béton au sol), puis colorez chaque «quartier» en rouge, jaune, bleu ou vert.Vous obtenez alors la ville Nortel, le centre névralgique international d’un chef de file mondial de la téléphonie.Le siège social de Nortel, le nouveau nom de Northern Telecom, ouvrait officiellement ses portes en mai 1997 à Brampton, à une trentaine de kilomètres au nord de Toronto et à deux pas de l’aéroport international Pearson.Et si l’on en croit les employés qui y travaillent, l’objectif semble avoir été atteint: le fait de rassembler près de 2600 employés éparpillés entre cinq immeubles dans la région torontoise a favorisé les contacts entre ces employés et amélioré leurs conditions de travail et leur qualité de vie.L’idée d’exploiter une ancienne usine de Nortel (désaffectée depuis 1995 pour cause de relocalisation de la production) germait alors que trois contrats locatifs sur cinq arrivaient à terme.Le bureau torontois du cabinet d’architecte de Houston Hellmuth, Obata and Kassabaum (HOK) concoctait alors la mini-ville, après de nombreuses consultations auprès du personnel.Les torontois Bregman and Hamann Interiors auront collaboré à la décoration intérieure.Quarante millions de dollars plus tard (investissement amorti en trois ans seulement, grâce notamment aux économies de cinq loyers), le complexe était né.Il couvre plus de 100 000 mètres carrés, soit six terrains de football ou l’équivalent d’un immeuble vertical de 50 étages.Au centre du complexe, la ville en tant que telle occupe 43 000 mètres carrés et accueille 1200 employés.Et dans cette ville de bureaux, il n’y a pratiquement aucun bureau.Murs et cloisons ont disparu.Un «hôtel de ville» au centre de chacun des dix quartiers abrite quelques bureaux fermés que partagent les membres de chaque service.Cette architecture ouverte semble ainsi plus propice aux échanges entre employés de différents départements et les occasions de rencontres sont multipliées, ne se déroulant plus seulement dans le traditionnel carrefour vertical qu’est l’ascenseur entre les différents étages ou, à l’étage, autour de la machine à café.Ici, donc, ressources humaines côtoient service informatique, centre de soutien téléphonique ou finances, le tout dans un silence qui surprend (merci!, hauts plafonds de l’ancienne usine!).L’espace de certains services a été pensé dans une optique d’architecture traditionnelle: il en est ainsi pour les services des relations avec les employés et les pensionnés.Ces bureaux se retrouvent derrière des murs et des portes avec code de sécurité à l’entrée.Confidentialité oblige.Et pour encourager davantage le réseautage interne, des «piazzas» à l’italienne, machine à espresso et petites tables rondes comprises, occupent certains coins de rues.Lorsque ce n’est pas une agence de voyages, un dépanneur, une banque automatisée, voire même un centre de santé, le Wellness Centre.Notons aussi au passage un ravissant jardin zen dans sa cage de verre baignée de lumière naturelle où quelque 25 arbres de taille fort respectable bordent les rues ça et là.En éliminant la hiérarchie verticale entre différents services, direction et finance dominant habituellement aux planchers supérieurs, le projet était d’aplanir la hiérarchie de l’organigramme, où président et vice-présidents siègent traditionnellement aux étages les plus hauts.En fin de compte, la direction se retrouve tout de même perchée au premier étage, dans un bâtiment mitoyen à l’ancienne usine et rattaché au complexe par une verrière.Et si le beige avait été absolument banni de la palette de couleurs vives imposée aux architectes et décorateurs pour la partie ville, on retrouve à la direction les traditionnels ébène mordoré et moquette.beige.La ville Nortel comporte aussi un centre d’affaires identique à ceux que les aéroports réservent à leurs passagers plus fortunés.Clients de passage, employés en déplacement au siège social ou membres du personnel travaillant depuis leur domicile trouveront ici réceptionniste, bureau, télécopieur et autre prise pour modem.A noter enfin le journal bimensuel City-News, «au service de la communauté du Centre Nortel de Brampton».Ainsi équipée, la ville Nortel fait, semble-t-il, beaucoup d’envieux et attire de nouveaux habitants.Elle est toujours en expansion (en s’étalant à l’horizontale.).Près d’un an après l’ouverture, des travaux sont en cours pour ajouter 30 (XJ0 mètres carrés supplémentaires à compter de la fin de l’année 1998.Il y aura même, annonce-t-on, une grande fontaine et un auditorium public.Des signes évidents que la ville Nortel prospère.Travailler dans la ville Nortel semble être une expérience concluante, aux dires des employés.«Je trouve cela pratique [d’avoir services et commerces à proximité], explique Marie-France Co-lombey.Avant j’étais dans un immeuble séparé, ajoute l’employée de 50 ans aux services aux employés et pensionnés.Maintenant, on sent que l’on fait partie de la compagnie.» Pour Brigitte Dionne, une graphiste de 26 ans, couleurs et lumière naturelle favorisent la créativité.«Il y a beaucoup de décorations de couleur.À mon autre place, c’était gris.C’était difficile d'être créative, se rappelle-t-elle.Je suis en face du jardin zen.Cela m'aide à penser.C’est la nature», résume Brigitte Dionne.«Tu es chanceuse», coupe Marie-France Colombey, qui elle travaille dans l’un des rares édifices internes avec murs et code de sécurité.Toutefois, elle précise qu’à l’intérieur la disposition ouverte aura exigé une période d’acclimatation, «/,’open concept, cela a pris du temps pour s’y adapter.Au téléphone, il a fallu baisser un peu le ton», souligne Marie-France Colombey.La disposition ouverte dans la ville favorise le réseautage interne, ajoute Mathieu Lupien, un employé de 26 ans travaillant au service financier.«En me rendant au service pour les investisseurs [à l’autre bout du complexe], je croiserai quelqu’un que je connais.Je vais mettre 10 ou 15 minutes de plus, mais plus tard je saurai où cette personne se trouve quand j'aurai besoin d'un renseignement.Ou bien l’après-midi, quand j’irai m'acheter un café, je vais alors discuter avec un autre employé [d’un autre service]», explique ce natif d’Ottawa particulièrement enthousiasmé par son cadre de travail.D’autre part, la proximité de services tels que le gymnase procure beaucoup de souplesse dans les horaires.«Je peux m'arrêter à deux heures et demie, confie Mathieu Lupien, pour aller faire de l’haltérophilie et revenir travailler deux heures après.» Pour sa part, Brigitte Dionne confie avoir débuté le taï chi, en plus de ses cours de karaté habituels, grâce aux activités offertes par le centre sportif.Les relations entre paliers hiérarchiques dans cette disposition à l’horizontale semblent bien fonctionner.«Le matin, dit Mathieu Lupien, nous attendons à 8h30 pour aller au Tim Horton’s en groupe.Si le vice-président passe, il nous dit de venir.Cela augmente l'interaction du côté humain.» Marie-France Colombey abonde elle aussi dans le même sens.«Nos patrons ne sont pas en haut.Cela encourage le contact entre employés et directeurs.» Et finalement, la proximité de divers services facilite la vie personnelle.«Nous travaillons de très longues heures, précise Mathieu Lupien, surtout en fin de trimestre [pour les rapports financiers], Jusqu’à deux heures du matin parfois.Il n’y a pas besoin de sortir.Tu peux passer ta vie ici.» Le Centre de Brampton, le nom officiel du siège social de Nortel, recevait un prix fort envié en novembre dernier.Le magazine Business Week lui décernait son Architectural Award, sous l’égide de l’Ameriean Institute of Architects.Nortel recevait par ailleurs deux autres prix en septembre dernier à Montréal.Les Nations unies et la sévère Environmental Protection Agency (EPA) américaine récompensaient la multinationale pour avoir éliminé de sa production les CFC (chlorofluorocarbones) si cruels pour la couche d’ozone.Mais en marge de ces efforts écologiques louables, il faut toutefois souligner que la métaphore de l’urbanisme harmonieux de ce superbe complexe de bureaux s’arrête dès que l’on met le nez dehors.D’immenses station nements pour voitures (2800 places) s’étalent de toutes parts: un rappel que le site n’est pas aisément accessible par les transports en commun.La pollution atmosphérique occasionnée par les gaz d’échappement des automobiles s’impose comme une préoccupation urbaine pressante.On aurait aussi aimé voir le superbe étang qui jouxte le siège social de Nortel remplir une fonction écologique et pas seulement esthétique.La comparaison s’impose avec un autre siège social torontois, celui des boutiques lx Body Shop et son cyclo-filtre (une serre dont les plantes filtrent les eaux usées du bâtiment, Formes, 6 juin 1998).Enfin, cette ville, qui ressemble à un centre commercial de bureaux, permet d’une part aux employés de relever les défis d’une vie professionnelle contemporaine qui s’accélère sans cesse.Mais d’autre part, la frontière entre vie professionnelle et vie privée s’estompe encore davantage.Ainsi, un jeu d’échec géant sur l’une des «piazzas» est, paraît-il, très apprécié des enfants, lorsque leurs parents doivent venir travailler la fin de semaine.Découvrez les 20 Commerces Design de Montréal N’oubliez pas de voter pour vos préférés ! Date limite : le 10 juillet 1998 Guides et bulletins de vote disponibles à la Société des designers d’intérieur du Québec, 354, rue Notre-Dame Ouest, bureau 200.A gagner : un voyage pour deux personnes à Paris 1998 Stéphane Le Duc Porte parole (lu concours et président du jury 1998 /*"% Société des g | Designers d'intérieur du Québec Ville de Montréal Ç^Hydro Québec Québec ss ?LE DEVOIR ?LES EMPLOYÉS SEMBLENT AIMER LEUR
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