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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1998-03-19, Collections de BAnQ.

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V (I i.I.,\ X x | x n " r> !» LE DEVOIR PERSPECTIVES Une société à numéros Le numéro d’identification personnelle, dit le NIP, plus le code postal, plus le cellulaire, plus le téléavertisseur surnommé pagette, auxquels s’ajoutent le code d’entrée de son ordinateur combiné à celui de son répondeur, le tout englué dans le dédale numérisé du labyrinthe cher à la boîte vocale, forment une équation.Laquelle?On chiffre à tout va et tout le temps.On quantifie de plus en plus; on qualifie de moins en moins.est fou! C’est dingue! C’est tellement déstabilisant que ce n’est même plus contrariant.C’est quelque chose d’autre.Quoi donc?L’imposition qui nous est faite de mémoriser une avalanche de chiffres entrecoupés parfois de lettres, sans omettre le @ du courrier électronique connu également sous le sobriquet du E-mail., on respire!., est en train de numériser si rapidement les neurones du citoyen et de la citoyenne que ceux-ci risquent fort de devenir aussi durs que les pois chiches.Autrement dit, vides de sens.On n’en peut plus.Ce n’est pas que la citoyenne et son confrère soient contre le progrès.la question n’est vraiment pas là parce que la question est la suivante: comment peut-on raisonnablement se souvenir d’une batterie de chiffres alors que rien ne ressemble plus à un six qu’un six.Après tout, il n’y a qu’un six, il ne peut pas y avoir un autre six.Bonté divine! Ça dépasse l’entendement.Prenez les universités.Prenons ces institutions parce qu’elles sont justement des institutions publiques, donc censées être plus citoyennes que les privées.Essayez de joindre un «logue», comme dans sociologue ou anthropologue.11 faut faire le 2 ou le 6 ou le 7.Pour les fouilles — les fouilles! —, il faut appuyer sur le 9 suivi du carré ou du dièse.Tant qu’à proposer le dièse, on pourrait faire un effort et ajouter la clé de sol.Hein! Et pour «le logue»?Faudra repasser.Toujours est-il qu’en la matière, celle de la boîte vocale, on ne cesse pas de communiquer ou de verser des chiffres, des combinaisons, des fonctions.Si tel n’est pas le cas, c’est le désormais conventionnel: «Avez-vous reçu mon message?» On encode et on décode.Et ce, avec une telle frénésie que c’est à se demander, avec l’anthropologue Serge Bouchard, également co-auteur de la série Les Lieux communs, «si c'est moins ce qu’on a à dire qui est important que de rejoindre ou contacter quelqu'un.Les boites vocales parviennent à se parler entre elles».Le plus extraordinaire, dans le sens fantastique ou mystérieux du terme, c’est que, lorsqu’on tombe dans la grotte vocale en question, on finit de plus en plus souvent par nous proposer, après qu’on a cheminé dans toutes les impasses présentées, de composer ou d’appuyer sur le zéro pour joindre quelqu’un ou quelqu’une.On fait le zéro et tout à coup il y a un bipède ou une femme.Sur cet aspect, cet état de la société numérique, il faut vraiment s’arrêter.D’abord, pour rappeler les expressions qui se conjuguent avec ce faux chiffre.Il y a le «on avait le moral à zéro», «vous comptez pour zéro», «pour moi, c’est zéro» et surtout, surtout, le «c’est un zéro».Mais alors, si, pour faire la causette en temps réel et non en temps différé, il faut appuyer sur le zéro, est-ce à dire qu’on.Réduire l’humain à un zéro, vraiment ils sont forts, très, très forts, les architectes des cavernes qui vocalisent à qui mieux mieux et toujours sur le même tempo.Pathétique! Avec tous ces chiffres, c’est écrit dans le ciel, il arrive qu’on oublie une combinaison.On égare des chiffres.Quand c’est par exemple ceux du NIP, c’est bonjour les dégâts.«Allô la maison, c’est quoi le NIP?» «Mais non, ça, c’est la recette de la relativité à l’Albert, le Einstein.» Un malin qui avait décidé de conserver sa mémoire pour les choses essentielles.Et alors?Il avait inscrit son numéro de téléphone sur un bout de papier.Tant qu’à être dans le NIP, autrement dit dans le financier, le bancaire, restons-y.Depuis peu, au moins une institution a décidé que la mise à jour du livret ne se ferait plus dans les succursales.En lieu et place, on propose l’envoie mensuel d'un relevé de comptes.Du coup, on gomme la mise à jour.On la remplace par une mise au futur.Et l’humain, trop humain, de se retrouver Gros-Jean comme devant.Désormais, en attendant son relevé de comptes, il doit lui-même additionner le revenu et soustraire les dépenses, y compris celles des frais bancaires.C’est fort, ça.Très, très fort.On fait leur boulot et ils empochent C’est quoi, la recette?Allez, quoi.SVP.Plus sérieusement, Serge Bouchard a constaté que cette prépondérance de la société numérique se traduisait par un appauvrissement du langage et, ce faisant, de la qualité de la communication.Bizarrement, «on n’aurait rien à dire qu'on continuerait à s’appeler.Je crois que tout cela est symptomatique de la solitude grandissante qui marque notre temps.La multiplication des prises de contact est liée à l’angoisse de notre modernité.Nous sommes de plus en plus incompétents quand il s'agit de dire le vrai et le sensible.» Tout ça est bien rigolo.Demain, au train où vont les choses, la véritable transgression, la seule provocation possible, consistera à instiller du contenu dans toute cette quincaillerie.En attendant, est-ce que quelqu’un connaîtrait le code permettant le désabonnement de la société numérique?Serge Truffaut ?MÉTÉO Montréal Québec Neige.Ennuagement Max: 0 Min: -8 suivi de neige.Max:-2 Min:-11 Détails, page B 6 INDEX Amenda .B 6 Le inonde .A Annonces.B 6 Les sports .B Avis publics.B 4 Montréal .A Culture .B 8 Mots croisés.B Économie .B 2 Politique .A Éditorial .A 6 Télévision .B www.ledevoir.com M 0 N T I! K A I.I.K .1 K F I) I I !» M A 11 S I !» !» K ACTUALITÉS Controverse autour du choix d'un recteur à rUdeM, page A 2 MONTRÉAL Bourque remerciera une trentaine de cadres, page A 3 ?M 7 «• + T A X K S = I $ / T 0 It O N T 0 I $ ÉCONOMIE La FTQ prendra McDonald's d'assaut, page B 2 Rochon sur la sellette ¦ La grève des chirurgiens de Sacré-Cœur force l'annulation d'une centaine d'opérations ¦ Le CHUM manque d'anesthésistes et l'accès aux examens radiologiques pourrait être réduit Le milieu de la santé a connu une journée mouvementée, hier, alors que le ministre de la Santé, Jean Rochon, a essuyé une pluie d’attaques lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.Pendant ce temps, les 65 chirurgiens et anesthésistes de l’hôpital Sacré-Cœur en étaient à leur deuxième et dernière journée de grève.Le CHUM manque d’anesthésistes pour assurer le bon fonctionnement de ses salles d’opération.Attaqué de toutes parts par les libéraux, le ministre Rochon a minimisé la situation en parlant d’un «système qui se réorganise».Mais le ministre de la Santé n’a pas été le seul visé par les attaques de l’opposition.Le chef libéral Daniel Johnson a accusé le premier ministre Bouchard d’avoir coupé dans la santé cinq fois plus que dans les autres ministères.M.Bouchard a répliqué en parlant du déficit de six milliards laissé par le gouvernement libéral de Daniel Johnson.A l’hôpital Sacré-Cœur, les 65 chirurgiens et anesthésistes ont mis fin à leurs moyens de pression ce matin, ¦ Un ministre en panne: l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon, page A 6 après deux jours de grève qui ont entraîné l’annulation d’une centaine de chirurgies électives aux blocs opératoires et aux cliniques externes.Les médecins, qui avaient débrayé pour protester contre le report des chirurgies en raison de la pression exercée par l’urgence, ont accepté de retourner au travail après avoir obtenu l’engagement de l’hôpital que des solutions durables seront examinées pour éviter que les patients en attente de chirurgie ne subissent les contrecoups de l’engorgement à l’urgence.Nos informations, page A 2 L'autre candidat JACQUES NADEAU LE DEVOIR Y ^«4 'r*t - */' w., SEUL LIBERAL à avoir annoncé officiellement son intention de se présenter à la course au leadership, le journaliste-humoriste Jean-René Dufort a participé hier avec une centaine de fans à une manifestation devant les bureaux du FLQ.Le parti a refusé de remettre un formulaire de mise en candidature au journaliste de l’émission de télévision La Fin du monde est à sept heures (TQS), estimant sans doute que la farce avait assez duré.Mais le coloré journaliste, qui arbore fièrement une perruque frisée «à la Charest» et proclame qu’il a le droit d’être «aussi opportuniste» que son rival, ne lâche pas prise: il ira à la Commission des droits de la personne déposer une plainte formelle.Lire le texte de Paul Cauchon en page A 8.Chrétien menace de poursuivre Manning La nomination de Ross Fitzpatrick au Sénat déclenche une tempête aux Communes Un premier ministre qui menace de poursuivre le chef de l’opposition officielle pour atteinte à sa réputation.Un chef de l’opposition officielle qui promet de faire payer chèrement à son adversaire chacune de ses nominations partisanes.Voilà le spectacle inusité qu’ont offert, hier à la sortie des Communes, Jean Chrétien et Preston Manning, et ce, à cause de cette éternelle source de dispute politique qu’est le patronage.Tout tourne autour de la nomination, il y a deux semaines, de Ross Fitzpatrick, un ami et organisateur de longue date de Jean Chrétien, au poste de sénateur pour la Colombie-Britannique.Le Reform, qui a repris sa campagne pour un sénat élu, a évidemment dénoncé cette nomination, mais ses attaques ont augmenté de plusieurs crans quand il a eu vent des relations d’affaires entre les deux hommes.Les faits sont les suivants.Lors de sa brève retraite de la vie politique, M.Chrétien a accepté il y a 11 ans d’être membre du conseil d’administration de l'entreprise de M.Fitzpatrick, travail pour lequel il n’était pas rémunéré.Son ami lui a toutefois vendu 10 000 actions de sa compagnie au prix de 8 $ chacune, une aubaine comparativement au prix du marché.Une semaine plus tard, M.Chrétien en a vendu la moitié au prix unitaire de 17,12 $, ce qui lui a permis d’empocher environ 45 000 $.La transaction était publique et légale.Selon le chef réformiste Preston Manning, cette histoire VOIK PAGE A 8: CHRÉTIEN Aux couleurs de Clinton Primary Colors narre les aventures sexuelles d'un politicien.A s'y méprendre.PATRICK SABATIER CORRESPONDANT DE LIBÉRATION À WASHINGTON JW" ack Stanton, jeupe et sémillant gouverneur d’un petit Etat du Sud, candidat à la Maison-Blanche, est accusé par une coiffeuse de l'avoir mise enceinte | quand elle était encore mineure.Il nie, s la jeune femme produit des bandes magnétiques où elle a enregistré ses conversations avec le gouverneur.Réalité (les informations d'hier soir en direct de la Maison-Blanche) ou fiction (celle de Primary Colors, film de Mike Nichols qui soj-t cette semaine sur les écrans américains)?«Evénement politique.» Où s’arrête Stanton (alias John Travolta) et où commence Clinton?Avant même sa sortie en salle, Primary Colors «est un événement politique», dit Newsweek.Jack Stanton a fait la une de Time.La semaine prochaine, ce sera peut-être Bill Clinton.La chaîne télévisée NBC intercale des bandes-annonces pour le film de Nichols dans les «confessions» de Kathleen Willey, une des victimes des attentions sexuelles de Clinton.Jamais la confusion entre politique et spectacle n'a été plus totale.«Ce n’est pas un film sur Clinton», répète le réalisateur Mike Nichols à longueur d’entretiens.«C’est un film sur la politique et les gens qui la font.» Les patrons des studios Universal VOIR PAGE A 8: CLINTON ARCHIVES I.E DEVOIR John Travolta dans le rôle de Jack Stanton.Jamais la confusion entre politique et spectacle n’a été si totale.Droits des conjoints homosexuels: la Cour suprême tranchera PRESSE CANADIENNE Ottawa—L’Ontario ne devrait pas permettre aux couples homosexuels de se prévaloir de la législation ontarienne en matière de pensions alimentaires parce que leurs besoins diffèrent de ceux des couples hétérosexuels, a plaidé hier un avocat de la province devant la Cour suprême.M' Bob Charney a déclaré que les lois ontariennes sur la famille ont pour but de protéger les femmes qui, dans le cadre de mariages traditionnels, abandonnent leur travail pour se consacrer à l’éducation des enfants.«Le déséquilibre du pouvoir inhérent aux relations hétérosexuelles n’est pas le même que celui des relations homosexuelles», a soutenu M'Charney, qui a cependant subi un vigoureux interrogatoire de la part des juges.«Pourquoi est-ce un remède inapproprié quand les conjoints vivent ensemble et qu'il y a un déséquilibre économique?», a demandé la juge Beverley McLachlin.La Cour suprême a été saisie d’une cause qui pourrait faire jurisprudence, celle d’une lesbienne qui s’est retrouvée sans le sou et sans aucun recours juridique lorsqu’elle et sa conjointe se sont séparées en 1992.Deux tribunaux inférieurs ont statué que la province violait les droits constitutionnels des homosexuels en leur refusant d’exiger une pension alimentaire.VOIR PAGE A 8: HOMOSEXUELS 778313000672 I.E I) E V DIR.I, E .1 E lT l> I I !» M A II S I !» !» S EN BREF Le choix d’un recteur Tempête médiatique Un inspecteur «désinvolte» (PC) — L’inspecteur chef Jean-Claude Turcotte, de la Sûreté du Québec, qui devait amorcer son témoignage, hier, devant la commission Poitras, a plutôt choisi de demeurer à Sept-lîes pour mieux assister au témoignage d’un collègue policier.Cette attitude a été qualifiée de «désinvolte, cavalière et méprisante de la part d’un ancien membre de la commission de déontologie policière» par le procureur de la commission, Bernard Roy.Il a été établi que M.Turcotte avait fini de témoigner, mardi, dans le cadre de la commission d’enquête Roberge, chargée d’examiner les circonstances entourant la mort de deux Montagnais survenue en juin 1977 sur la rivière Moisie.M.Turcotte était l’un des deux enquêteurs chargés de ce dossier, à l’époque.Son avocat a fait valoir qu’il n’était pas raisonnable de demander à M.Turcotte qu’aussitôt son témoignage fini, «de sauter dans l’avion et d’être ici dans les heures qui suivent».Le président de la commission, Lawrence Poitras, a indiqué qu’il n’était pas question pour lui d’acquiescer à la demande «de cinq jours de décompression», soit jusqu a lundi, et a émis une citation à comparaître ordonnant à M.Turcotte de se présenter devant lui dès aujourd’hui.C’est pourtant à la demande pressante de M.Turcotte que la commission d’enquête sur la SQ a accepté de l’entendre.Aide financière: les étudiants dénoncent (Le Devoir) — Les étudiants de Rimouski, Chicoutimi et Abitibi ont dénoncé, avec l’appui des recteurs des constituantes universitaires de ces régions, de nouvelles modifications à l’aide financière adoptées en douce le mois dernier et affectant les jeunes étudiants dans une région éloignée.Jusqu’à maintenant, quelque 11000 étudiants québécois se prévalaient de l'allocation de 460 $ accordée aux étudiants optant pour une université éloignée.A l’Université du Québec à Rimouski, par exemple, plus de 80 % des étudiants bénéficiaires de l’aide financière seront touchés par cette nouvelle restriction.Cette mesure est d’autant plus déplacée, estime le président de la Fédération étudiante universitaire québécoise, que la survie même des universités en régions est déjà fragilisée par les baisses d’inscriptions.Hausse du salaire des juges fédéraux Ottawa (PC) — La ministre canadienne de la Justice déposera aujourd’hui un projet d’augmentation des salaires des juges nommés par le gouvernement fédéral, dans le cadre d’amendements à la Loi des juges.Les juges de la Cour fédérale, de la Cour de l’impôt et les juges des cours supérieures des provinces obtiendront une hausse de leur rémunération de 8,3 %„ soit 4,1 % par an, au cours des deux prochaines années.A l'heure actuelle, le salaire de base des juges, qui sont au nombre d’environ un millier, est de 159 000 $.Les salaires des juges ont été gelés pendant cinq ans jusqu’en avril dernier.Ils ont alors été relevés en fonction de l’indice composé de Statistique Canada sur l’évolution des salaires moyens.Leur salaire continuera d’être indexé annuellement.L’annonce de la ministre fait suite au rapport d’une commission indépendante sur les salaires et avantages des juges, remis en 1996.Mise en garde des professeurs de TU de M P AU LE DES RIVIÈRES LE DEVOIR Le président du syndicat des professeurs de l’Université de Montréal, André Tremblay, a mis en garde le président du conseil de l’institution, André Bisson, contre la tentation «autoritaire» dans le choix du prochain recteur, qui doit être désigné ce soir.Dans sa lettre envoyée vendredi à M.Bisson, M.Tremblay écrit qu’«îur le système d’éducation, M.1 )ion a rappelé que cinq provinces sur dix enregistraient des surplus budgétaires, et que toutes les autres avaient des déficits acceptables. I.E I) E V (MU.L E .1 E I’ I) I I !( M A H S I !» !) S A 5 -?LE DEVOIR ?-= LE MONDE La police serbe tire sur des manifestants La pression sur Belgrade se renforce; le dirigeant albanais Ibrahim Rugova parle de former une équipe de négociateurs La violence a repris dans la région albanophone du Kosovo, en Yougoslavie, alors que la pression sur Belgrade s’accentue, surtout de la part des États-Unis.A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a entamé hier des consultations au cours desquelles il devait étudier un projet de sanctions.LJUBOMIR MI LASIN AGENCE FRANCE-PRESSE Pristina — La police serbe a tiré sur des manifestants hier à Pec (ouest du Kosovo), tuant un homme et blessant au moins cinq personnes, ont affirmé des sources albanaises, alors que l’émissaire américain Robert Gelbard, arrivé le jour même dans la province, lançait un nouvel avertissement à Belgrade.Washington insistera pour que des «sanctions supplémentaires» soient imposées à la Yougoslavie (RFY) si elle continue à se soustraire aux exigences du Groupe de contact, a averti M.Gelbard, après s’être entretenu avec les dirigeants de la communauté albanaise.pans la capitale américaine, le secrétaire d’Etat Madeleine Albright allait dans le même sens, déclarant que «nous sommes prêts à prendre des mesures supplémentaires» si la répression continue.Quelques heures plus tard, le secrétaire d’Etat ad- joint Strobe Talbott, en tournée dans les Balkans, dénonçait à Bucarest la «campagne systématique» de répression menée par Belgrade au Kosovo.A Pristina, chef-lieu de la province, plus de 50 000 Albanais sont descendus hier dans les rues, sans que la police n’intervienne.C’était la plus importante manifestation contre le pouvoir serbe jamais organisée dans cette ville.Le rassemblement se déroulait alors que le chef de la diplomatie russe Evgueni Primakov achevait une mission de deux jours à Belgrade, où le président yougoslave Slobodan Milosevic a rejeté toute ingérence» extérieure dans le règlement de la crise.Le président de Serbie Milan Milutinovic a pour sa part invité une nouvelle fois les dirigeants albanais à entamer «sans tarder» un dialogue, dont il s’est porté «garant».«L'hésitation et le retard apporté dans l’ouverture d’un dialogue entre les représentants du gouvernement serbe et les partis politiques albanais maintiennent les toisions et bloquent le processus de règlement de la question du Ko-sovç», a estime M.Milutinovic.A Pec, la police a tiré sur des manifestants, tuant un habitant, Querim Uke Murici, 50 ans, et blessant au moins cinq personnes, selon le Comité local des droits de l’homme.Cette information, corroborée par plusieurs témoignages, n’a pas été confirmée par les autorités serbes.Des manifestants y ont endommagé des véhicules de la i*>li-ce, lancé des pierres et brisé des devantures de magasins, selon le ministère.Madeleine Les manifestants à Pristina [x>r- Albright taient des pancartes avec les inscriptions «Nous ne sommes pas des terroristes», «Nous sacrifierons nos vies mais pas le Kosovo», «Libérez le Kosovo», «Nous ne renoncerons jamais à l’indépendance».De leur côté, environ 2000 Serbes ont défilé à Pristina, brandissant un drapeau serbe et scandant «Nous ne donnerons pas le Kosovo».Des opérations des forces serbes contre des «terroristes», membres présumés du groupe clandestin «Armée de libération du Kosovo» (UCK), ont fait au moins 80 morts fin février et début mars.LUCK a appelé au boycottage des élections générales convoquées pour dimanche par les leaders albanais de la province, «en raison de l’état d'exception au Kosovo et de l’état de guerre dans la Drenica», dans un communiqué publié hier à Pristina Un autre communiqué, publié le même jour à Tirana, a fait état de la création |>ar l’UCK d’un «Conseil national de défense» chargé de «constituer des farces armées» dont l’objectif sera de faire du Kosovo un «Etat indépendant».A /Ankara, cinq pays d’Europe du Sud-Est ont annoncé «un accord de principe pour créer une farce multinationale d'intervention rapide» dans les Balkans pour faire face aux situations de aise.Le dirigeant albanais Ibrahim Rugova a assuré de son côté que les Albanais étaient favorables à «un échange de vues [avec Belgrade] le plus tôt possible, à condition qu’il soit sérieux et bien préparé» et a demandé aux Etats-Unis de «faciliter les discussions».M.Gelbard a annoncé que M.Rugova était prêt à former une équipe en vue d’éventuelles négociations avec Belgrade.L’émissaire américain a déclaré que M.Rugova lui avait annoncé son intention de présenter «une proposition pour des négociations politiques».Vive discussion sur les Grands Lacs à l’UQÀM L’écho des rivalités africaines se fait entendre à Montréal P R O C H E - O R 1 E N T L’Inde songe à se doter d’un arsenal nucléaire Le BJP rend public son programme SANJEEV MIGLANI REUTERS New Delhi — Au nom de la sécurité nationale, le nouveau gouvernement indien a revendiqué ouvertement hier la faculté de devenir une puissance nucléaire militaire.L’Inde avait procédé avec succès en 1974 à des essais nucléaire souterrains dans le désert du Rajasthan, officiellement à des fins pacifiques, mais s”était imposé depuis un moratoire unilatéral.Selon les ex|x*rts occidentaux, elle dispose du savoir-faire pour se doter d’armes atomiques, si ce n’est d’ores et déjà fait.Elle produit également des missiles susceptibles d’être munis de tête nucléaires.Comme son voisin et traditionnel rival le Pakistan, elle a refusé de signer les traités de non-prolifération et d’interdiction global des essais d’armes nucléaires, estimant qu’ils faisaient la part trop belle aux grandes puissances atomiques établies.Le nouveau gouvernement de coalition conduit par le parti nationaliste hindouiste BJP a rendu public hier son programme, dans lequel il annonce qu’il va «réévaluer la politique nucléaire» du pays afin de lui donner «les moyens de produire des armes nucléaires».«Il n'y aura pas de compromis sur notre sécurité nationale», a martelé Atal Behari Vajpayee, le nouveau premier ministre désigné, en dévoilant, lors d’une conférence de presse, les grandes lignes de ce projet commun des 13 partis de la coalition minoritaire issue des récentes législatives.«Nous exercerons toutes les options, y compris les options nucléaires, pour protéger notre sécurité et notre souveraineté», a dit Vajpayee, qui prêtera serment aujourd’hui, en précisant que cette politique serait menée sans limite de temps.U- programme commun prévoit la mise sur pied d’un Conseil national de sécurité pour étudier les «menaces politiques, économiques et militaires envers la nation» et entreprendre «la première réévaluation de la défense stratégique de l'Inde» jamais réaliséee.«Personne ne doit se sentir inquiet, pas plus que nous ne nous préoccupons que l’on s'inquiète», a-t-il affirmé en anticipant les critiques internationales, et surtout régionales.Le Pakistan a toujours justifié son droit à se doter d’une capacité nucléaire par l’existence de celle de son voisin, avec lequel il a livré trois guerre depuis leur indépendance, en 1947.' EN B R E F Colombie : Samper aurait échappé à un putsch en 1995 Bogota (AFP) — Carlos Alfonso Velasquez, colonel de l’armée colombienne qui a été porté à la retraite il y a quelques mois, a révélé dims une entrevue, hier à la télévision (Caracol) que le président Ernesto Samper devait être déjxjsé et exilé lors d’un coup d’Etat militaire, en novembre 1995.Selon l’ex-militaire, tout devait se dérouler à Apartado, dans la zone bananière d’Uraba (Antioquia) et le président aurait alors été forcé c)e prendre l’avion pour l’exil.Ce plan (frustré) de coup d’Etat a été décrit en détails par Velasquez.Papon : réquisitoires du ministère public Bordeaux (Reuters) — U* procès de Maurice Papon n’est pas celui du régime de Vichy mais d’un homme accusé du ur le maintien de troupes américaines en Bosnie conformément aux accords de paix de 1995, le secrétaire à la Défense William Cohen a toutefois estimé que ces forces pourraient être ramenées de 85(00 à 6000 hommes.Outre William Cohen, le secrétaire d'État Madeleine Albright et des responsables de l'Armée ont demandé à la Commission de la sécurité du Congrès de soutenir le rôle actif de l’administration Clinton dans l’application des accords de Dayton.CLÉMENT T RUDE L LE DEVOIR La rencontre portant sur la recherche de solutions à la crise des Grands Lacs africains a connu, mardi soir à l’Université du Québec à Montréal, une fin disgracieuse.Un noyau de Zaïrois vivant à Montréal a bousillé ce que le groupe Alternatives et Partenariat Afrique-Canada espéraient: une pause dans la logique de confrontation, dans ce que l'un des invités, le prêtre et sociologue Aloys Tegera, qualifie de «racisme tropical».Malgré quelques interruptions, les invités avaient tout de même pu exposer leur vision des choses durant près de 90 minutes.Il y eut avortement du débat qui devait s’ensuivre.Certains avaient pris soin de faire circuler une publication américaine d’extrême droite accusant Londres d’être à la source d’un complot pour organiser un «holocauste africain»! La journaliste Dominique Payette, modératrice débordée, prit finalement sur elle d’interrompre la période de questions qui tournait aux insinuations si cfe n’est aux affirmations injurieuses.La journaliste Colette Braeckman — son dernier livre traite des racines de la violence au Burundi, au Rwanda et au Zaire (République démocratique du Congo) — a estimé pour sa part que la situation au Rwanda était «pire qu’il y a un an» et qu’en RDC l’entourage de Kabila n’est pas équipé pour nouer des relations avec une société civile qui a «réussi à conquérir des espaces démocratiques».Le Tutsi congolais Aloys Tegera, rattaché aux Pères blancs, missionnaires d’Afrique, est actif dans la préfecture de Gisenyi (Rwanda) auprès de quelque 20 (XX) réfugiés tutsis congolais qui font partie d’une population civile pourchassée.Leur lieu d’implantation est le Kivu, ce que beaucoup de Zaïrois d’ici nient.Ces Banyamulenge ont tout de même, fait remarquer Mme Braeckman, acquis la nationalité congolaise «avant l’indépendance» du Congo belge.Dans le seul diocèse rwandais de Ginsenyi, 32 prêtres ont déjà péri en raison de la spirale de haine qui ne s’est pas es-tompée.Tegera est hué lorsqu’il rappelle qu’une croissance démographique rapide, «véritable bombe à retardement», n'a pas aidé à contrer la manipulation dont les jeunes rwandais furent l’objet, notamment dans les milices interahmwes.Selon Tegera, il existe une crise de la citoyenneté.L’idéal de ce prêtre et de ses partenaires du jeune institut interculturel Pole est de multiplier les «regards croisés», de valoriser les cultures.Il dut hausser le ton pour terminer son exposé, accueilli avec sarcasme par certains.«Troisième voix» Deux femmes africaines ont aussi plaidé pour que prévale la «troisième voix» (ou voie?), celle qui annulerait, à terme, l’impact des voix extrémistes des deux camps.La Congolaise Elise Muhimuzi travaille avec les femmes de RDC à faire face aux problèmes de tous les jours (elles réapprennent à faire du savon, à boulanger) et les multiples contacts de ces femmes débouchent sur des réflexions à incidence politique.Elle parle d’une armée (de Kabila) cosmopolite «qui n’a rien de national», mais la patience dont elle fait montre face à Kabila ne passe pas auprès de ce commando de Zaïrois-Québécois.Pour elle, l’important est de trouver un modus vivendi pour instaurer la paix: «On ne peut plus continuer à mourir pour une guerre qu 'on n ’a pas décidée».Prudente et habile à la fois, Eugénie Aw, de Partenariat Afrique-Canada, commence par se demander si elle est légitimée d’intervenir dans une conférence sur les lointains Grands lacs.Disant mettre sa confiance dans une brochette d’initiatives locales, elle a pris connaissance lors d'une récente tournée là-bas de rêves exprimés: il est souhaitable que ces rêves se réalisent, plaide-t-elle après avoir rencontré le plus de gens possible (des militants des droits, des cercles de femmes, voire des poètes).Pour Eugénie Aw, la région et particulièrement la RDC peut compter sur une bonne portion de citoyens sachant travailler en coalition et formés à tenir des «discussions politiques remarquables».Cet espoir, momentanément, fut contredit sur place.En RDC, le vrai monde, las de crises, pourra réagir sans sectarisme à une alternative qu’un groupe did a semblé, mardi, vouloir torpiller sans appel.Blair soutient Robin Cook REUTERS Londres — Tony Blair a apporté hier son «total» soutien à la diplomatie incisive adoptie par Robin Cook la veille en Israël, où le secrétaire au Foreign Office a été rudoyé par des dirigeants israéliens ulcérées que sa visite ait été centrée sur le nouveau quartier juif controversé de Har Homa, dans le secteur arabe de Jérusalem.Le premier ministre travailliste britannique a en outre fait savoir qu’il maintenait son propre projet de visite dans un mois en Israël, où il représentera lui aussi l’Union européenne, que la Grande-Bretagne préside et qui est décidée à jouer un rôle accru dans la, relance des efforts de paix en dépit de la répugnance de l’État juif.De source autorisée britannique, on juge «désagréable et indélicate» la manière dont le gouvernement de Benjamin Nétanyahou a traité l’émissaire européen, dont l’entrevue houleuse avec le premier ministre a été abruptement écourtée, et qui s’est vu «privé de dîner», de conférence de presse et de séance pnoto avec «Bibi».Én outre, aucun officiel israélien ne l’a salué à son départ hier pour Damas.Les autorités israéliennes reprochent au chef de la diplomatie britannique d’avoir voulu à tout prix se rendre sur le chantier de Har Homa, où il a été conspué en termes peu amènes par des extrémistes juifs, et de les avoir mises devant le fait accompli en rencontrant inopinément à proximitié un élu palestinien, ainsi que d’avoir boudé l’incontournable visite au mémorial de Yad Vashem à la mimoire des victimes des nazis.Israël avait multiplié ces derniers jours pressions et menaces pour que Cook ne se rende pas à Har Homa, dont l’ouverture du chantier par Nétanyahou il y a un an avait porté un coup d’arrêt au processus de paix, alors que cette visite avait été décidée au niveau politique des Quinze pour signifier clairement le refus de l’Europe d’accepter la construction ou l’agrandissement de nouvelles colonies juives.Malgré tout.Benjamin Nétanyahou a affirmé hier que les récents efforts de l’Éurope en faveur de la relance du processus de paix israélo-palestinien étaient bienvenus, à l’issue d’un entretien avec le président chypriote Glafcos Cléridès.Entrevue avec Wei Jingsheng «Le PC chinois n’a l’intention de respecter aucun pacte» sur les droits fondamentaux Libre depuis quatre mois après avoir passé près de 18 ans dans les camps et les prisons chinoises, Wei Jingsheng a entamé une tournée en Europe.Après une rencontre à Londres avec Robin Cook, secrétaire du Foreign Office, et à Bruxelles avec le vice-président de la Commission européenne, Leon Brittan, Wei se trouve en France.Celui qu’on a baptisé le «père du mouvement démocratique chinois» doit se rendre prochainement à la Commission des droits de l’homme des Nations unies à Genève.LIBÉRATION /A uestion: L’Union européenne, puis les W Etats-Unis, ont décidé pour la première fois cette année de ne pas déposer de résolution condamnant les violations des droits de l’homme en Chine.Vous avez néanmoins décidé de vous rendre à la Commission des droits de l'homme à Genève.Réponse de Wei Jingsheng: H faut bien que quelqu’un élève la voix, ne serait-ce que pour modérer les accents triomphants du parti communiste chinois.Q: Comment avez-vous accueilli cet infléchissement déjà politique de l’Union européenne et des États-Unis sur la question des droits de l’homme?R: Iss hauts-responsables européens que je viens de rencontrer, y compris à Bruxelles Leon Brittan, ne m’ont pas donné d'explication convaincante.Four eux, les projets de résolutions [condamnant la Chine] n’ayant pas été votés par la Commission depuis plusieurs années, mieux vaut user d'autres moyens, plus efficaces m'a-t-on dit.J’ai répondu que le fait que le passage d’une résolution tarde depuis si longtemps désespère certes beaucoup de Chinois, mais que d’un autre côté, abandonner en bloc cet effort envoyait un message encore plus désastreux au Chinois.(}: la France et d’autres pays de l’UE présen- tent comme des «progrès» le fait que le gouvernement chinois ait signé, sans toutefois le ratifier, le Pacte de l'ONU sur les droits culturels, économiques et sociaux, et déclaré son intention de signer le pacte sur les droits politiques et civils.Qu’en pensez-vous?R: Le parti communiste chinois n 'a l’intention de respecter aucun de ces pactes.Il ne respecte même pas la législation qu’il a lui-même mise en place.Si l’on veut que le PC chinois applique réellement de tels engagements, il faut continuer de faire pression sur lui, voire accentuer cette pression.Or très curieusement, à peine Pékin a-t-il déclaré son intention de «peut-être» ratifier ces deux pactes, que certains hommes politiques occidentaux prennent cela pour argent comptant, et décident d’abandonner toute pression.Q: Les décisions américaines et européennes cachent-elles un accord, secret ou en tout cas tacite?Par exemple la libération de l’ex-leader étudiant Wang Dan contre l’abandon de la procédure onusienne?ÏUl me semble que ce soit effectivement le cas, bien que personne ne me l'ait certifié.Et je dois dire qu'en l’occurrence, ce genre de marchandage, s’il existe bel et bien, est révoltant.Comment pourrait-on négocier la libération dime ou deux personnes contre l’abandon de positions de principe sur les droits de l’homme?Q: Pour vous, F’Occident ne cherche qu’à se donner bonne conscience pour continuer à faire du commerce avec la Chine?R: Oui, c’est bien la manière dont je perçois la situation.Nous assistons, de fait, à une collusion entre le parti communiste chinois et nombre d’hommes politiques occidentaux, qui a pour effet d’abuser l’opinion publique occidentale.lorsqu’une loi est votée dans les pays démocratiques, elle se doit d’être appliquée.Mais comment peut-on faire croire qu’il en va de même en Chine?Q: Attribuez-vous le fait que vous soyez libre aujourd’hui, et même le fait que vous soyez vivant, aux pressions internationales?R: Très certainement.Sans celles-ci, j’aurais probablement été fusillé dès 1979.J'ai passé de très mauvais moments en prison, mais si j'ai fini par m'en sortir vivant, c’est qu’aux moments cruciaux, certains de mes gardiens, d’ordinaire fort peu amènes, m'ont procuré si l'on peut dire une «aide» vitale.Ces «coups de main» calculés étaient un effet direct des pressions internationales.J’en veux pour preuve la détérioration, immédiate et mécanique, de mes conditions de détention au printemps dernier, juste après que plusieurs pays, la France en tête, eurent décidé de ne plus tabler de résolution condamnant les violation des droits de l’homme en Chine devant la Commission de Genève.Quelques gardiens qui avaient fait montre de sympathie à mon égard furent même disciplinés sur le champ.Q: Étant donné que plus un État est puis- sant, moins ont peut lui demander de comptes, la Commission des droits de l’homme sert-elle encore à quelquechose?R: Leon Brittan, il y a quelques jours, m'a posé la même question.Je lui ai répondu en prenant l'exemple de l'Union soviétique, pays plus puissant encore que la Chine.LOccident, en maintenant sur une longue période une politique inflexible à son égard, est parvenu à le faire changer.Lefficacité de ce genre d’action se joue impérativement sur le long terme.Q: Quel genre de pressions internationales préconisez-vous?IC 1/ y o deux sortes de pressions efficaces.Les pressions d'ordre politique seront d'une grande efficacité à condition donc que l’Occident se montre inflexible sur ses principes et exige sur la durée un changement de la politique répressive de la Chine.Cette efficacité ne sera pas nécessairement directemment palpable pour l'Occident.Mais en encourageant les Chinois à conquérir leurs droits, elle suscitera une pression intérieure sur le parti communiste que celui-ci ne pourra pas ignorer.Les pressions et sanctions d’ordre économique, de divers ordres et degrés, ont également le pouvoir d'influencer la politique du PC.Q:La Chine vient d’élire un nouveau premier ministre, Zhu Rongji, que certains présentent comme une sorte de Gorbatchev en puissance.Partagez-vous ce point de vue?R: On a dit la même chose des ex-chefs du PC, Hu Yaobang, Zhao Ziyang et même du président Jiang Zemin.Mais un homme politique, quel qu'il soit, ne pourra jamais changer un système par sa seule volonté.L'atavisme du sys-tème est tel que tout ce qui va à son encontre sera purgé, à l'instar de Hu Yaobang et Zhao Ziyang [évincés respectivement en 1987 et 1989], Le parti répond à une sorte de loi naturelle de la sélection.L’atavisme du système est tel que tout ce qui va à son encontre sera purgé I.K l> K V Oil!.I.K .1 K UDI I !l M A 11 S I DDK A (> EDITORIAL Un ministre en panne Je a n - R o b e r t S a n s fa ç o n Grève de spécialistes à Sacré-Cœur, récriminations à répétition de la part des groupes d’intervenants, appel de la Régie régionale à une injection de ressources, sondage troublant quant à la perception des Québécois de la performance du ministre de la Santé, reportages à forte odeur de sensationnalisme sur les ondes de la télévision d’État.décidément, le système de santé en prend pour son rhume en cette fin d’hiver québécois! N otre réseau de santé traverse une période difficile, cela crève les yeux.Mais ne dramatise-t-on pas à outrance en certains milieux où l’image vaut plus que la réalité quelle prétend illustrer?Présenter à l’écran une femme obèse qui souffre et qui affirme ne pas pouvoir se déplacer avec aisance à cause de l’arthrite, et son médecin qui regrette avec sa patiente quelle ne puisse avoir accès à un fauteuil roulant électrique, voilà qui s’appelle du voyeurisme.Depuis quand le régime de santé doit-il fournir un fauteuil électrique à une personne d’âge moyen atteinte d’arthrite, un remède dont le seul résultat prévisible serait l’ankylose bientôt suivie de l’hospitalisation pour le reste de ses jours?Et cet homme atteint d’un cancer en phase terminale qui a choisi de mourir chez lui: qu'est-ce qui, dans cette scène, nous marque le plus?L’effet des compressions dans le réseau de la santé ou la vue indécente de cet homme aminci, terrassé par la maladie, couché sur son grabat dans l’attente d’une mort certaine et qui doit écouter un médecin lui dire qu’il ne mourra pas avant quelques jours?À qui veut-on faire croire que la mort pourrait être quelque chose d’acceptable sans le virage maudit?Tout cela est tellement réducteur, mais si efficace pour illustrer le propos qui se résume à une chose: les compressions budgétaires empêchent d’investir suffisamment dans les soins palliatifs et le suivi à domicile, ce qui est par ailleurs tout à fait juste.Et si la décision de notre télévision d'État de diffuser, en période des sondages d’auditoire alors que les indices d’écoute de son émission amirale victimes des coups de boutoir de la station voisine sont en baisse, si ce genre de décisions éditoriales y était pour quelque chose dans la perception de désastre consommé qui s’abat sur le système de santé au même moment où une large majorité de citoyens se disent par ailleurs assurés qu’ils recevraient les soins nécessaires en cas de maladie?Notre système de santé est en crise, mais ce ne sont pas les diagnostics-pop et les reality shows qui vont permettre d’identifier les problèmes et de trouver les solutions.Le Québec est entré dans une phase de transformation caractérisée par le passage d’un système axé sur le recours fréquent et prolongé au milieu hospitalier à un autre dans lequel l’hôpital est appelé à jouer un rôle de troisième ligne.On hospitalise déjà moins qu’il y a quelques années et la durée de séjour est sensiblement réduite, une tendance qui doit se poursuivre.A l’urgence, le nombre de patients a diminué de 831 000 à 774 000 au cours des deux dernières années et le nombre de ceux qui doivent attendre plus de 48 heures avant de monter aux étages a baissé de 50 000 qu’il était en 1990 à moins de 20 000 en 1997, une diminution de 60 %.Une amélioration que l’engorgement des dernières semaines a relégué au bas de la liste des actifs sur la feuille du bilan de la réforme.Là où le bât blesse, et il blesse vraiment, c’est qu’on est allé trop vite, sans prendre le temps de mettre en place tous les services ambulatoires et d’accompagnement qui auraient permis un passage en douce de l’ancien régime au nouveau.I.a faute ne vient pas d’un quelconque projet de désengagement de l’État, mais de la situation exécrable des finances Le retard à compléter le réseau des soins est susceptible de saboter la réforme en santé publiques de la province, la pire au pays.Au cours des cinq dernières années, le budget du ministère de la Santé est passé de 12,7 à 12,9 milliards, puis à 13,1 avant de redescendre à 12,9 l’an dernier et finalement à 12,5 milliards cette année.Par rapport à 1994, la baisse est d’au plus 1,6 %, mais par rapport au sommet atteint il y a deux ans, le pourcentage de réduction est de 4,5 %.Ce qui ne serait pas si dramatique n’eût été de l’obligation pour les institutions du réseau d’absorber aussi les hausses naturelles de coûts inhérentes à toute grande organisation.Ce qui fait qu’au bout du compte, le réseau de la santé vit cette année un manque à gagner de près d’un milliard par rapport au sommet de 1995, soit une chute de 8 %.Et comme une partie de ces économies a été obtenue grâce au départ pour la retraite d’une quinzaine de milliers d’employés, dont un bon nombre n’a pas été remplacé, le réseau se retrouve aujourd’hui dans un état d’instabilité dont il aurait pu se passer.S’il est une chose dont on peut accuser le ministre de la Santé, le Dr Jean Rochon, c’est de n’avoir pas réussi à convaincre assez tôt le Conseil des ministres et son premier ministre inexpérimenté de l’impossibilité de comprimer les dépenses de santé autant et dans un délai aussi court tout en réformant le réseau en profondeur.11 est vrai que de fermer un hôpital génère des économies récurrentes, mais si on ne réinvestit qu’une fraction trop petite de cet argent pour la mise en place des ressources alternatives indispensables pour assurer le suivi des patients dans leur communauté, le risque d’un échec de la phase transitoire est considérable.Seuls le ministre et les hauts fonctionnaires pouvaient savoir ce dont le système aurait besoin, le reste de la société étant soumis à leur diagnostic.Or, si on ne peut pas honnêtement parler de dérapage après aussi peu d’années d’une réforme aussi importante, on peut à tout le moins parler de retards significatifs susceptibles de nuire de façon irrémédiable à la santé des patients actuels et à la perception que garderont les citoyens des changements amorcés.Comme il a été dit la semaine dernière lors des séances de consultation organisées par la Régie de Montréal Centre, ces retards sont apparus avec évidence pour ce qui est de la disponibilité des soins à domicile dans tous les cas autres que postopératoires, du nombre de places en centres de soins prolongés, des heures d’ouverture des CLSC et de la mise en réseau des cliniques privées, des listes d’attente en chirurgie et des ressources communautaires en santé mentale.Autant de changements coûteux qu’il fallait apporter de façon préalable, ou à tout le moins concomitante à la fermeture de lits en centres hospitaliers.Ce qui n’a pas été fait au rythme nécessaire.Pour avoir été solidaire avec son gouvernement au delà du possible, le ministre de la Santé, qui ne bénéficie pas des qualités charismatiques de son chef, ne pourra pas récolter lui-même les fruits de sa réforme.C’est à quelqu’un d’autre qu’il reviendra d’annoncer les bonnes nouvelles, une fois l’équilibre des finances publiques retrouvé.D’ici les prochaines élections, M.Rochon ne doit pas manquer une seule occasion de rappeler aux membres du gouvernement que pour les Québécois, la santé est le poste budgétaire le plus important.Bien plus important en fait que l’atteinte de l’équilibre budgétaire.Les «porteurs-dos» Toute ma sympathie à Serge Truffaut pour son «Sus au sac à dos» (Le Devoir, 12 mars 1998) à bord des autobus de la STCUM.Je ne connais guère de passagers normaux plein-tarif — comme toujours, c’est la classe moyenne qui écope! — qui apprécient de se faire bousculer par le mètre cube de butin que tant de jeunes baudets remorquent en toute inconscience.Leurs profs de physique auraient-ils raté cette nouvelle application du principe d'Archimède, voulant que tout corps adolescent plongé dans un autobus bondé cause sur son environnement humain une pression et une irritation égales au volume de son appendice dorsal?Je n’identifie qu’une seule carence au papier de l’ami Truffaut, celle de ne pas avoir poussé le souci du journalisme d’enquête jusqu’à effectuer un sondage— une série de fouilles librement consenties, quoi! — qui assouvisse enfin ma curiosité de nullipa-re quant à la nature exacte du contenu de ces fameux sacs.Je soupçonne vaguement que le tout puisse se subdiviser en trois piles fort inégales, à savoir: ¦ les-services-essentiels-à-rapporter-absolument-à-la-maison (25 %); ¦ le yarfe-wecMW-potentiellement-uti-le-à-trainer (35%); ¦ et le-vieux-stock-qui-moisit-là-de-puis-belle-lurette (40%).Est-il vraiment nécessaire que LETTRES -?- chaque écolier charrie quotidiennement tout ce barda?Les jeunes d’aujourd’hui doivent décidément être bien studieux, car je crois me souvenir qu’à leur âge, la séquence du souper, de l’émission radio de Michel Desrochers (dont on s’ennuie) et de la télédiffusion de Cré Basile! ne me laissait guère le temps de potasser plus de deux matières par soir.Tant mieux pour eux s’ils sont moins cancres que je ne l’étais; dans un avenir prochain, ils rouleront sans doute, le plus écologiquement du monde, à bord de leur propre allemande.Et dire qu’il y en a pour jeter les hauts cris parce que chaque étudiant ne disposerait pas de son manuel pour chaque matière au programme! Assurément, ce sont encore des fonctionnaires de Québec ignorants des réalités montréalaises; ont-ils réfléchi aux conséquences d’une soudaine prodigalité sur l’occupation physique de nos véhicules publics, qui se retrouveraient ipso facto aussi surchargés que les autobus du Caire ou le métro de Tokyo?C’était bien la peine que nos grands-parents, naguère relégués au rang de "porteurs d'eau» en raison de leur manque d’instruction, se saignent à blanc pour scolariser une génération de «porteurs-dos».Louise Sexton Montréal 13 mars 1998 Une leçon de métro Dans l’un des derniers numéros de L’Itinéraire acheté au cours d'une promenade rue Saint-Denis, un article intitulé «L’art et l’histoire au-delà du béton» m'a vite interpellée.Même si je suis une habituée du métro de Montréal, j’ignorais en grande partie que les 65 stations «proposaient une série d'œuvres d’art au patrimoine artistique inestimable».Est-ce à dire que le plus souvent, nous courons pour ne pas rater notre train?Ou serait-il plus juste de qualifier nos allées et venues d’automatismes bien réglés?Enfin, en lisant les détails concernant les œuvres du fameux parcours artistique, une idée m’est venue.Quand nous filons d’une station à une autre, pourquoi ne pas faire, de temps à autre, sur les petits écrans qui attisent nos regards, un rappel des noms des artistes: architectes, peintres, poètes, dont les œuvres figurent dans les nombreuses stations?Pourquoi pas un rappel de tous ces grands hommes, partie intégrante de l'histoire collective de Montréal?Une initiation à notre culture sur ces petits écrans silencieux, mais si vivants, et parlant abondamment sans jamais pourtant s’imposer, se présenterait comme une heureuse leçon «à la grecque», pas sur les parvis du temple, mais dans notre métro considéré comme l’un des plus beaux au monde.Christianne Ethier Montréal 4 mars 1998 Jou£ Çf LAVAGE AuY ComMua/tV O / O 0 A \ «Wf £ r Le renouveau culturel en Nouvelle-Ecosse ucune conjoncture politique particulière n’explique le renouveau culturel en Nouvelle-Écosse.La politique y est assez terne.Une politologue, jalouse du débat qui s’amorce au Québec, m’a dit dernièrement que la période la plus dramatique du récent débat des chefs fut un silence de 30 secondes.En effet, le chef conservateur John Hamm a marqué des points lors de ce débat lorsqu’il a demandé à deux reprises au premier ministre Russ MacLellan s’il démissionnerait dans l’éventualité où les libéraux ne réussiraient pas à produire un budget équilibré.Silence.Contrairement à Terre-Neuve, il n’y a pas de grande tradition de rhétorique politique en Nouvelle-Ecosse.Les premiers ministres, de Robert Stanfield à Russ MacLellan en passant par George Smith, Gerald Regan, John Buchanan et John Savage, sont plutôt effacés et ce ne sont pas des personnages colorés.Les élections de mardi prochain ne font pas exception à la règle.M.MacLellan, ancien député libéral fédéral, est solide, aimable, mais sans panache.S’il perd au profit du néodémocrate Robert Chisolm ou du conservateur, la défaite constituera une répétition du message fédéral de l’année dernière, où les libéraux ont beaucoup perdu à cause de l’amertume générale devant les compressions.Les derniers sondages suggèrent que les libéraux mènent avec 39 %, que les néo-démocrates sont deuxièmes avec 26 % et que les tories sont troisièmes avec 21 % — mais avec un taux d’indécis extrêmement élevé de 62 %.Ce qui est intéressant tputefois, c’est le fait que la Nouvelle-Écosse vit Graham Fra se r ?le discours politique reste plutôt fade.La musique celtique, avec des jeunes comme Ashley Maclsaac, jouit d’un impact international.Le film The Hanging Garden de Thom Fitzgerald a gagné un prix ex-aequo avec The Sweet Hereafter d’Atom Egoyan fie film canadien qui fut en nomination pour un oscar).Le livre extraordinaire d’Anne-Marie MacDonald, Fall On Your Knees, est un best-seller au Canada depuis plus d’un an.Et la pièce The Glace Bay Miners' Museum de Wendy Lill a eu un succès fou récemment à Ottawa — tout comme le film Margaret’s Museum il y a quelques années.La pièce et le film ont tous deux été adaptés du roman de Sheldon Currie.Il y a plusieurs traits culturels communs entre ces succès artistiques.Dans les quatre cas, on trouve une sexualité exubérante et un lien entre un passé folklorique et un avenir postmoderne; dans les trois textes, il y a aussi un aspect surréel, un sens de l’humour chaleureux et humain, une vision intime de la puissance psychologique de la famille et un sens du choc narratif.The Hanging Garden a étonné avec l’histoire émouvante d’une famille déchirée par l’identité sexuelle du jeune adolescent et une question sans réponse sur le suicide qui hante le scénario.Fall On Your Knees est le grand roman d’une famille de Cap Breton du début du siècle marquée par des tensions religieuses et raciales.The Glace Bay Miners' Museum est probablement la plus traditionnelle des trois histoires.C’est le récit d’une jeune femme, Margaret McNeil, qui raconte, peu après la Deuxième Guerre mondiale, son amour pour Ian Currie, un ancien combattant traditionaliste qui veut préserver la langue, la culture et la musique gaéliquue, un un renouveau culturel au moment où troubadour qui refuse de descendre dans les mines de Glace Bay.Le frère de Margaret, tout comme son défunt père et son grand-père invalide et muet, est mineur et militant syndical.Wendy Lill, qui a adapté le roman en pièce de théâtre, raconte comment, en tant que nouvelle venue dans la région qui essayait d’en comprendre la culture, elle s’est fait dire qu’un seul texte suffirait: la nouvelle de Sheldon Currie.«Elle m’a enchantée dès les premiers mots: “1m première fois que j’ai vu le con."jusqu’aux derniers, écrit-elle dans le programme de la pièce.Et elle avait raison, même si je ne sais pas encore tout à fait pourquoi — sauf que l’histoire m’a hantée pendant des années alors que je cherchais à saisir l'endroit.Elle a une dureté, une rage féroce, une passion et une gaieté que je ne pouvais quitter.» En effet, Currie — et Lill, puis le cinéaste Mort Ransen qui a réalisé le film Margaret’s Museum — présente une tragédie profondément politique qui traite des colères syndicales et des tristesses culturelles d,e ce peuple fier que sont les Néo-Écossais, des gens qui gardent précieusement en mémoire leurs expériences de solidarité et leurs souvenirs de batailles perdues.On n’entend pas souvent cette voue radicale sur la scène politique.La plupart des politiciens de la Nouvelle-Écosse ont choisi un discours plus conventionnel et des interventions plus efficaces.D’Alan McEachen à David Dingwall, les grands ministres libéraux de la province ont livré la marchandise du fédéral au lieu de confronter le système.Mais il y a au moins un signe de changement, un pont potentiel entre cette nouvelle agitation culturelle et le calme politique traditionnel.En plus d’être dramaturge et écrivain, Wendy Lill est aussi politicienne.Elle est députée néo-démocrate de Dartmouth.On peut donc espérer que cette nouvelle énergie cuîturelle trouvera sa voix à Ottawa.A PROP 0 S -?- .de criminels de tous les âges Le penchant à la violence diminue en fonction de l’âge, mais assez faiblement.Curieusement, la distribution par classe d’âge des agressions initiées et reçues s’équilibre: 8,4 % des voies de fait sont commises par des agresseurs de 50 ans et plus, mais 9,4 % des victimes ont également plus de 50 ans; 8,5 % des voies de fait sont commises par des juvéniles et 9,4 % des victimes sont des mineurs.Cet équilibre joue également pour les 18 à 29 ans (35 % des agresseurs, 36 % des victimes) et pour les 30 à 49 ans (48 % des agresseurs et 45 % des victimes).On ne peut expliquer cet état de choses en supposant simplement que les adversaires qu’opposent ces voies de fait sont très généralement du même âge.Les juvéniles s’attaquent à d’autres juvéniles mais dans 53 % des cas seulement; pour les jeunes adultes, la proportion est de 58 % et pour les 30 à 49, la proportion atteint 60 %.Dans 40 à 50 % des incidents, par conséquent, les voies de fait opposent des groupes d’âge différents, la fréquence relative des conflits (comme des interactions) diminuant en fonction du nombre d’années qui les séparent.L’exception à cette tendance, ce sont les personnes de 50 ans et plus qui ne s’en prennent à des personnes du même âge que dans le tiers des cas: 46 à 48 % des voies de fait dont ils sont à l’origine ou dont ils sont la cible les opposent aux 30 à 49 ans, 15 à 20 % aux 18 à 29 ans et 5 % aux juvéniles.Rarement en conflits violents entre eux, la majorité des cibles de leur colère et de leur hargne se localisent à l’extérieur de leur groupe d’âge.Par ailleurs, les deux tiers des adversaires qui les attaquent profitent sans doute du déclin de leur force physique ou de la lenteur de leurs réflexes à se défendre ou à protéger leur patrimoine.Pierre Tremblay, dans Québec 1998, éditions Fides — Le Devoir.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI B 0 U R A S S A LE 10 JANVIER 9 I 0 Directrice LISE BISS0NNETTE Rédacteur en chef BERNARD DESCÔTEAIIX Vice-président, finances et administration FRANÇOIS T II OU IN Directeur de l’information CLAUDE BEAUREGARD Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, PIERRE CAY0UETTE, NORMAND THERIAULT Rédacteurs en chef adjoints JEAN-ROBERT SANSFAÇ0N, ROLAND-YVES CARIGNAN Directrice, ventes et marketing MARTINE DIIBÉ 2050, rue de Blcury, 9" étage, Montréal (Québec) USA 3M9.TéI.: (5 I 4) 985-3333 FAIS CE QUE DOIS I.K I) K V (l I li .I.K .1 K 11)1 I !» M A I! S I !) !) X IDEES Le recours à des enquêteurs privés pour débusquer d’éventuels fraudeurs à la CSST Le viol de la vie privée serait-il devenu un mode d’enquête banal ?Faire suivre des employés accidentés du travail ou les filmer à leur insu pour mettre au jour une fraude éventuelle est malsain et très dangereux MARC LAVIOLETTE Vice-président de la CSN our certains employeurs, prendre des employés en filature et les filmer à leur insu est devenu monnaie courante depuis longtemps.L’adoption de notre nouveau Code civil, en 1994, n’a rien changé à leurs habitudes.Celui-ci établit pourtant clairement, à son article 36, que le fait de «capter ou utiliser l'image d'une personne ou sa voix lorsqu’elle se trouve dans des lieux privés et de surveiller sa vie privée par quelque moyen que ce soit» constitue une atteinte à la vie privée.Depuis quelques années, la CSST recourt elle aussi à ces moyens pour débusquer d’éventuels fraudeurs.Jusqu’à 758 fois l’an passé, a-t-elle révélé aux journalistes.Or, même si elle prétend que «l'enquêteur qui procède à la filature ne doit pas utiliser de subterfuges pour s’introduire chez le travailleur, [.] inciter une person- ne à commettre un geste qu’elle n’aurait pas commis autrement» (Josée Quirion, «Etre filmé à son insu dans une “drôle" de vidéo.», Prévention au travail, mars-avril 1997, page 32), l’enquête que nous avons menée auprès de nos membres accidentés victimes de filatures révèle tout autre chose.Les firmes privées engagées par la CSST pour recueillir ce type de preuves n’ont pas tant de scrupules.Ainsi, nous avons recensé des cas d’accidentés filmés à l’intérieur de leur domicile par des fenêtres ou une porte restée ouverte — et jusque dans leur chambre à coucher! —, des introductions dans le domicile grâce à un subterfuge (la maison de l’accidenté est à vendre et l’enquêteur se fait passer pour un acheteur éventuel), des pièges tendus à l’accidenté pour lui faire courber le dos (les accidentés trouvent souvent des pièces de monnaie à côté de leur portière et leurs voitures ont souvent les pneus mous).Enfin, des montages vidéo ont déjà été déposés en preuve alors que la CSST prétend que tout le matériel recueilli et accepté est déposé dans son format intégral.Les travailleurs en arrêt de travail pour cause d’accident ou de maladie se trouvent déjà dans un état de grande vulnérabilité.En plus de se voir affaiblis, incapables de remplir leurs fonctions ou de pourvoir aux besoins de leur famille, il leur faut affronter cette immense machine qu’est le système d’indemnisation et prouver que leur lésion est liée à leur travail.S’ils souffrent d'un mal de dos qu’aucun examen ne peut déceler — ce qui est souvent le cas des victimes de filature —, ils doivent aussi faire face aux railleries des médecins spécialistes qui font mine de ne pas les croire.Alors quand, par-dessus tout cela, ils se rendent compte qu’ils ont été espionnés dans tous leurs gestes et déplacements, violés dans leur intimité, quelle ne doivent pas être leur détresse et leur impuissance! Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de parler à quelques-uns d’entre eux, qui en étaient terrorisés.Ces firmes, nous l’avons dit, ne respectent aucune éthique; leurs propriétaires sont d’ailleurs souvent des policiers enquêteurs à la retraite Des accidentés ont été filmés jusque dans leur chambre à coucher qui voient dans ce «travail» plus qu’une façon d’arrondir leurs fins de mois: une véritable mine d’or! Nous avons vu les abus dont ils se rendent coupables en toute impunité.Mais il faut pousser plus loin notre réflexion et nous demander ce qu'il reste de la vie privée si on admet que les employeurs ou la CSST puissent recueillir une foule de renseignements sur les fréquentations des employés, leurs habitudes de vie, leurs affiliations politiques, autant de renseignements qui leur seraient à bon droit refusés s’ils les sollicitaient.Dans le cas des filatures demandées par la CSST, 35 % ne donnent rien.Un pourcentage disproportionné par rapport à l’objectif poursuivi — autant de personnes violées dans leur intimité tout à fait gratuitement — et qui n’inclut pas les enquêtes commandées par les employeurs.Quant aux 65 % restants, elles ne contiennent pas nécessairement des éléments pouvant mener à la cessation du versement des indemnités puisque la preuve est souvent faite devant les tribu- naux administratifs qu’un accidenté qui fournit un effort occasionnel et de courte durée demeure incapable de forcer huit heures d’affilée chaque jour.Rappelons que ces immenses moyens sont déployés contre des gens qui ne représentent aucun danger pour la société! Nous nous opposons au principe même de la filature des victimes d’accidents de travail.Il y a quelque chose de malsain et de dangereux dans le fait d’admettre que n’importe quel moyen puisse être utilisé pour débusquer d’éventuels fraudeurs.Dans quelle sorte de société vivrons-nous si ces habitudes deviennent la méthode d’enquête privilégiée des ministères et organismes publics?C’est pourquoi nous avons demandé au ministre de la Justice d’intervenir afin qu’il mène enquête et mette fin à cette situation.Car accepter que la Charte des droits ne s’applique pas à une catégorie de citoyens, c’est jeter le discrédit sur tout notre système de justice et sur les valeurs qui le fondent.Espionnés dans leurs moindres gestes et déplacements, vidés de leur intimité Lettre ouverte aux directions artistiques des théâtres du Québec Que veut-on de la critique ?En exigeant le congédiement du critique de théâtre du magazine Hour, la direction artistique du Centaur menace le droit de critiquer ce qui le mérite f ARCHIVES LE DEVOIR Ardon Bess et Jane Wheeler dans la pièce Gone With The Wind: Twelfth Night, de William Shakespeare, dirigée par Gordon McCall et présentée au Centaur en début d’année.Le critique a éreinté la pièce: la direction artistique du théâtre Centaur éreinte maintenant le critique.LOUISE VIGEANT Cahiers de théâtre Jeu Présidente de l’Association québécoise des critiques de théâtre HERVÉ G U AY Le Devoir Vice-président MARIE LAH RECQUE Voir Secrétaire-trésorière j==ji e Centaur vient de récla- Lmer le congédiement de Gaëtan Charlebois, critique de théâtre au magazine Hour, parce qu’il a — écrit que Twelfth Night était un très mauvais spectacle.Si le journal n’obtempère pas, non seulement on rayera le nom de M.Charlebois sur la liste de presse, mais on ne mettra plus le journal Hour à la disposition du public dans le hall du théâtre.C’est du chantage! La situation se détériore.Et l’Association québécoise des critiques de théâtre tient à dénoncer le réflexe punitif qui semble s’emparer de certaines directions artistiques.A l’automne dernier, nous avons manifesté notre étonnement et notre désapprobation à la direction de l’Espace Go qui venait de payer une publicité pour désigner à la vindicte publique le même Gaëtan Charlebois.Ixi Veillée, faut-il le rappeler, refuse des billets à Robert Lévesque, anciennement du Devoir et maintenant critique à l’émission C’est bien meilleur le matin à Radio-Canada, depuis la publication d’un article paru le 30 mai 1987 (vous avez bien lu, onze ans plus tard)! Eh oui, certains théâtres se constituent des listes noires! Nous ne pouvons que nous élever farouchement contre cette pratique: les billets de presse ne sont pas des «bénéfices» que les théâtres accordent aux critiques et qu’ils peuvent leur retirer quand bon leur semble.Si, ailleurs, les médias paient les billets de théâtre de leurs critiques, à Montréal, comme dans de nombreuses villes, il est de tradition que les théâtres invitent les journalistes à ce qui s’appelle des premières de presse.de toute la presse, car il serait inacceptable qu’un auditeur ou un lecteur de tel ou tel média soit privé de l’information sous prétexte que le théâtre boycotte son critique attitré.Far ailleurs, n’est-il pas odieux de la part du directeur artistique du Centaur de se servir de son poste pour demander le renvoi de quelqu’un qui a critiqué son travail en tant que metteur en scène?Gordon McCall est juge et partie! Comme il était indigne de la part de Ginette Noiseux d’employer un vocabulaire offensant, elle qui venait de fustiger le critique pour avoir censément insulté les artistes.Elle ne s’est pas gênée pour parler d’«intolérance», de «haine» et de «fanatisme» en parlant de la critique, en plus de signer sa lettre à titre de «récipiendaire artiste pour la paix», se plaçant ainsi bien sûr du côté de la «vertu» ! Dans la lettre que nous lui avons adressée après la parution de sa publicité, nous avons dénoncé la délation et l’abus de langage et nous nous sommes élevés contre ce geste qui constituait un dangereux précédent.Nous n’avons pas eu de réponse.En passant, où sont les conseils d’administration dans ces affaires?Et les subventionneurs?Endossent-ils parfaitement ces sorties des directions artistiques?Il n’est pas du ressort des directions artistiques de décider qui va couvrir ou non tel ou tel événement culturel.Récemment, Claude Deschênes a même dit en ondes, au Montréal ce soir, à Radio-Canada, que bien que Carbone 14 lui ait refusé de capter des images de L’Hiver, lui qui avait tenu des propos sévères à l’égard des Âmes mortes, le spectacle précédent de la troupe, il est tout de même allé voir le spectacle et en a traité! Si nous écrivons aujourd'hui cette lettre publique, c’est pour qu’on se rende compte de la pente dangereuse sur laquelle nous sommes en train de glisser.Les artistes vont-ils choisir leurs critiques?Qui va tirer la ligne à partir de laquelle une critique négative deviendra inacceptable?Qui va publier la liste des adjectifs supportables?Nous l’écrivons dans l’espoir que cessent les conduites discriminatoires et pour demander aux directions artistiques de reconnaître que les théâtres ont le devoir de fournir à tous les critiques, sans exception, les mêmes conditions de travail.Venons-en à l’essentiel.Nous devons défendre, ici, la liberté d’expression.Cette liberté comprend tout autant la liberté de blâmer que celle de louanger (qui ne nous a jamais défendu de nous lever à la fin d’un spectacle et de crier bravo?).Certains oublient-ils que «sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur», comme le disait Beaumarchais?Qu’est-ce que le public dirait si un politicien demandait la démission d’un éditorialiste qui l’aurait sévèrement critiqué?Il va de soi que nous n’encourageons pas les comportements intempestifs de quiconque, avant, pendant ou après la représentation d’un spectacle.Mais il arrive que cela se produise, et il serait abusif d’y voir une situation à ce point répréhensible qu’il faudrait tenir pour justifié un train de représailles qui donnerait tête baissée dans l’ostracisme.Nous ne pouvons imaginer une société sans critique.Mieux, nous admettons qu’il puisse y avoir une critique de la critique.mais nous dénoncerons toujours toute démarche qui viserait à la faire taire.Ne serait-il pas temps que nous ayons un débat public sérieux sur le rôle de la critique dans notre société, débat auquel participeraient tous les représentants du milieu, des artistes aux critiques en passant par les directions des théâtres?Quant à nous, nous voulons bien nous prêter à l’exercice.À l’Association québécoise des critiques de théâtre, nous considérons que les critiques ont un rôle actif à jouer dans la vie culturelle, et nous ne pouvons accepter que l’on veuille nous réduire à des agents promotionnels.Nous croyons sincèrement que nous avons tous — spectateurs, artistes, directeurs et critiques — intérêt à ce que soit réaffirmé sans ambages le droit à la liberté d’expression, laquelle passe par l’assurance que tous puissent avoir le même accès aux spectacles.Ont appuyé cette lettre Raymond Bernatchez (La Presse), Luc Boulanger (Voir), Gaëtan Charlebois (Hour), Gilbert David (L’Annuaire théâtral), Claude Deschênes (Radio-Canada), Marcel Fortin (L’Annuaire théâtral), Pierre Iuivoie (Cahiers de théâtre Jeu), Yves Jubinville (Spirale), Pierre L'Hérault (Spirale), Solange Lévesque (Le Devoir et Cahiers de théâtre Jeu), Robert Lévesque (Radio-Canada), Carmen Montessuit (Le Journal de Montréal), Aurèle Parisien (The Gazette), Jean Saint-Hilaire (Le Soleil), Michel Vais (Radio-Canada et Cahiers de théâtre Jeu) et Philipp Wickham (Cahiers de théâtre Jeu).Nous admettons qu’il puisse y avoir une critique de la critique.mais nous dénoncerons toujours toute démarche qui viserait à la faire taire Programmes de formation en soins infirmiers Une réforme inquiétante OLIVE GOULET Professeure à la faculté des sciences infirmières de l’Université Dirai l -i] e communiqué émis ré- L comment sur les orientations de la ministre Pauline Marois et celles du ministre de la Santé ayant trait l!==J à la révision des programmes de formation en soins infirmiers suscite chez moi une grande inquiétude quant à l’avenir de la profession infirmière au Québec ainsi qu’à sa capacité de répondre adéquatement aux besoins de santé de la population.Le système de formation proposé, en confinant la formation infirmière initiale à l’enseignement collégial, en maintenant les infirmières auxiliaires pour les consacrer aux soins prolongés, en éliminant les programmes de formation initiale au premier cycle universitaire tout en confiant, en prime, aux universités, le mandat de développer la discipline infirmière et la spécialisation des diplômés du niveau collégial, ignore justement l’existence de la discipline infirmière ou, à tout le moins, s’appuie sur une vision éculée et réductrice de la pratique infirmière.Ces orientations renforcent la marginalisation de la discipline et de la profession infirmière d’autant plus qu’elles ont été retenues arbitrairement, en dehors de la consultation sur l’université devant l’avenir et des travaux de la Commission des universités sur les programmes (CUP).Et la marginalisation va plus loin.Une formation de niveau collégial prive les infirmiers, soi-disant professionnelles, de la formation fondamentale consentie aux autres professionnels de la santé, avec lesquels ils sont pourtant censés œuvrer en collégialité et en interdisciplinarité.Le travail interdisciplinaire, reconnu indispensable dans le contexte actuel des services de santé, n’exige-t-il pas un vocabulaire et un langage communs et le même niveau d’activité intellectuelle pour prendre des décisions responsables?Les infirmières contrôlent une grande partie de l’information touchant les réactions des usagers à leurs problèmes de santé.La transmission efficace de ces renseignements est une affaire de connaissances et de jugement qui dépasse l’expertise technique ou l’application d’un protocole.Par ailleurs, la suppression des programmes de formation initiale au premier cycle universitaire, pour y substituer des programmes de spécialisation, va à l’encontre des tendances nord-américaines actuelles, en ce qui concerne non seulement la discipline infirmière mais l’ensemble des programmes universitaires de premier cycle, que l’on souhaiterait plus generaux.De plus, le développement de la discipline infirmière se trouve ainsi compromis.La formation de niveau collégial, aussi excellente soit-elle en fonction de ses propres objectifs, ne peut pas en même temps donner la formation professionnelle et la formation fondamentale nécessaires pour assurer la connaissance des concepts et de la méthode propres à la discipline infirmière.Peut-on imaginer actuellement une formation pour professionnels de la santé, comme par exemple les ergothérapeutes ou les travailleurs sociaux, découpée en tranches dont l'une relèverait de l’enseignement secondaire, une autre de l’enseignement collégial et les trois dernières du niveau universitaire?Pourtant, c’est au bout du compte le système prévu pour la profession infirmière.Pour justifier sa position, le ministre de la santé évoque les changements qui se sont produits dans le réseau de la santé et des services sociaux ces dernières années, les besoins de la population qui ne sont plus les mêmes, les modifications des structures organisationnelles des établissements de santé et, qui plus est, la transformation des responsabilités des intervenants.Autant d'arguments habituellement utilisés pour démontrer la nécessité de consolider la formation infirmière, alors qu’au Québec, on entreprend de la réduire.Il est bien évident que les orientations proposées sont fondées sur une logique politique sans égard aux besoins de santé de la population québécoise et à l'obligation qu’ont les facultés des sciences infirmières d’apporter leur quote-part au développement et à la diffusion des connaissances dans le domaine de la santé.Je suggère que le dossier de la formation infirmière et de la contribution des soins infirmiers à l’amélioration de la santé de la population soit soumis, pour révision, à un organisme neutre dont le mandat viserait à protéger les intérêts de la population en matière de santé plutôt qu'un en-„ semble d’intérêts particuliers.I) E V O K L • É
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