Le devoir, 14 mars 1998, Cahier D
L K I) K V OIK.L K S S A M K l> I II E T I) I M A X ( Il K I M A K S I !l !* S ?LE DEVOIR ?Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 ?François Morelli Page D 9 Grille télé du week-end Page Dll Formes Page D 12 Nicole Lavigne Du rêve à la réalité / Ecrire un roman qui soit aux confins et à la rencontre de deux univers: Montréal et Moscou MARIE-ANI)RÉE C H O U I N A R D LE DEVOIR Fiction ou réalité?Combien de romans franchissent la fine barrière qui existe entre ces deux univers.Cette fois, le prétexte est enrobé d’originalité: Antoine, traducteur littéraire spécialiste de la langue russe et de son alphabet cyrillique, se surprend tout à coup à revêtir la peau des personnages dont il traduit les pensées et l’action.«Il ne pouvait dire comment c’était arrivé.On l'avait propulsé dans un tourbillon vertigineux qui bousculait l’ordre rassérénant du quotidien, écrit Nicole lavigne dans Moscou la nuit, son tout dernier roman.Tout à coup, Antoine [.] s'enfonçait dans ce décor de théâtre où se chevauchent trois siècles d’architecture: vieux style russe, classicisme européen et fadeur communiste.[.] Traversait-il un rêve ou était-il réellement à Saint-Pétersbourg?» Histoire toute simple et rocambo-lesque à la fois.Un soupçon de vie trépidante saupoudré sur le quotidien ennuyeux et stagnant d’Antoine, traducteur littéraire tout à coup emporté par les chapitres de Moscou la nuit, manuscrit de l’écrivain russe Chouchkevitch qu’il fait passer des subtilités du russe à celles du français.Des rues de Montréal, où la routine a teinté ses journées de gris, jusqu’à Saint-Pétersbourg et Moscou, Antoine devient Alexis, le héros du roman russe, qui rêve d’une révolution pour une Russie dont le cœur balance entre les résidus communistes et un capitalisme embryonnaire.Le prétexte du traducteur Elle-même passionnée par la Russie, sa langue, ses gens, son pouls politique, Nicole Lavigne a emprunté le prétexte du traducteur littéraire pour naviguer entre fiction et réalité.Un personnage réel, Antoine, et puis un héros fictif, Alexis, tout à coup emboîtés l’un dans l’autre par un caprice d’auteur.Incapable au tout début de son travail d'atteindre l’état de grâce qui lui permet de traduire, Antoine songe à ce qui pourrait l’aider à poursuivre.«Pour y arriver, il devait se mettre en état de réceptivité, comme si l’histoire et les personnages sortaient de son imaginaire encore tiède pour s’ébrouer dans la zone délimitée par l’écran cathodique.» Mme Lavigne, rédactrice à la salle de nouvelles pour la télévision de Radio-Canada, signe ici son troisième roman.Ce sont des lectures attentives et passionnées d’auteurs russes, anciens et modernes, mariées à deux séjours en Russie qui lui ont fourni les outils nécessaires pour la conception de Moscou la nuit.L’écrivaine s’est fortement inspirée d’auteurs russes, tels le romancier et dramaturge Nicolas Vassilievitch Gogol, maître du mariage du rêve et de la réalité dans nombre de ses écrits.VOIR PAGE I) 2: LAVIGNE mPM ¦ MMI L’écrivain PUBLIC Le dernier Jacques Poulin: un chat, des chats, un vieux cocher, un auteur yougoslave, un été passé à Québec et, comme si de rien n’était, la poésie s’installe MARC-ANDRÉ GRENIER CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS Jacques Poulin est en quelque sorte, à Paris, un voisin.Nous nous croisons parfois devant la boulangerie où il aime acheter du pain de blé entier.A moins que ce ne soit au sud de la place de la Nation.Un quartier neutre, populaire, sans monuments ni touristes, pas très loin des portes extérieures mais à cinq minutes du centre-ville.Bref, un quartier qui correspond bien à l’être discret et réservé qu’est Jacques Poulin.Lorsqu’on rencontre un voisin on ne commence pas par l’interroger sur le sort de l’univers et de la littérature contemporaine.On lui parle d’abord de l’épicerie du coin, des gens du quartier, des enfants qui courent dans la rue et de cette grisaille parisienne qu’on échangerait contre toutes les tempêtes de neige du monde.Un peu comme s’écoule la vie dans les romans de Poulin où des gens simples vivent des histoires simples.Le dernier livre de Jacques Poulin s’est appelé tour à tour Petite Musique pour la première neige, L’Arbre à chats, pour finalement s’intituler Chat sauvage.Ce «faux roman policier» est une de ces histoires banales dont Poulin a le secret mais qui restent pourtant gravées dans notre mémoire longtemps après leur lecture.L’idée est née il y a quatre ans à deux pas de chez lui, avenue du Docteur Netter, une rue coincée entre deux hôpitaux et le cours de Vincennes.Un jour, Poulin y découvre une plaque affichant: «Ecrivain public», une expression qu’il avait déjà notée dans une annonce classée.VOIR PAGE D 2: POULIN Rose Au si a nder (1901-1988) ) e £ c ô « t de / « » f ( é e s 4 ô L a, e \ LIBERTE 235 février 1998 140 pages 6$ En vente partout où on aime les livres L K I) E V OIK, I.E S S A M E I) I II E T I) I M A X ( Il E I M A It S I II II 8 I) ‘2 -«• Livres -* LA VIE LITTÉRAIRE Plagiats En France, relate le quotidio" Iœ Monde dans l’une de ses éditions de la semaine, l’heure est au plagiat.Dans le monde de l’édition, à qui la faute?L’auteur, l’éditeur ou encore tous ceux-là qui travaillent dans l’ombre et derrière lesquels l’écrivain se cache?MARIE-ANDRÉE C H O l! I N A R I) LE DEVOIR Cf est dans Le Monde de ce mardi que ce savoureux dossier a été publié.Ouvrant sur la soudaine prolifération de cas de plagiat, le quotidien s’interroge ensuite sur les causes étranges d’une telle situation: [On en vient à se demander si] les éditeurs ne seraient pas victimes d'un système qu’ils ont contribué à mettre en place: la multiplication de collaborateurs œuvrant pour des personnalités dont l’emploi du temps ne leur permet pas d’effectuer eux-mêmes le travail de recherche.» lin l’espace de peu de temps, l’écrivaine Marie Darrieussecq (Naissance des fantômes) est accusée de plagiat par la romancière Marie Ndiaye, Mgr Jacques Caillot (La Dernière Tenta- tion du diable) pointé du doigt pour les mêmes raisons par l’universitaire Paul Ariès, sans compter la célèbre affaire Calixthe Beyala, auteure accusée pour son roman Les Honneurs perdus d’avoir emprunté à Howard Buten et à Ben Okri.Dans le cas Gaillot, l’accusé — qui a conclu l’affaire en retirant de la vente son ouvrage — a plaidé l’abus de confiance, précisant que l’éditeur avait mis à sa disposition une équipe de «gens compétents» pour l’aider à avancer la tâche.Des collaborateurs auront donc allègrement plagié en omettant de signaler cette paresse intellectuelle au signataire de l’écrit.Mais, poursuit Le Monde, n’oublions pas que cette disculpation cache «l’aveu implicite, de la part du signataire, de n 'être pas — du moins partiellement — l’auteur de son livre», précisant au passage que nombre de ces accusations concernent des personnalités publiques (l’ancien ministre Jack Lang par exemple) soupçonnées d’avoir peu de temps pour la rédaction de bouquins.L’auteur était-il véritablement l’auteur ou y a-t-il imposture?Editeurs victimes d’un système qu’ils auraient eux-mêmes contribué à instaurer, en élevant au rang d’écrivains des personnalités forcées — par manque de temps ou autre — de faire appel à des documentalistes dont on ne peut vérifier les sources?Interrogé à se sujet, l’avocat Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit d’auteur, estime qu’il n’y a pas plus de ces histoires d’emprunt, légitime ou non, mais quelles sont sans nul doute doublement étalées au grand jour.«Ce qui s’est vraiment développé, c’est le droit de la presse: diffamation, injure, droit à l'image, atteinte à la vie privée.C’est là qu’est la véritable explosion.» 11 n’y a pas que la France que ce genre d'affaire intéresse.Chez nous, dans une veine similaire, qu’on pense seulement à l'écrivain Pierre Tur-geon, poursuivi pour avoir livré dans un manuscrit sur le fondateur de Réno-Dépôt des parcelles d’histoire qui porteraient atteinte à la réputation des descendants.Où établir la limite?Même si ici il n’est pas à proprement parler question de plagiat, on accuse tout de même un auteur d’avoir emprunté des portions d’histoire pour composer son écrit.Rappelons l’affaire Caillou, qui a valsé elle aussi devant les tribunaux, où une illustratrice et une éditrice se disputent la paternité d’un petit bonhomme à la bouille sympathique.Chose certaine, relate conclut Le Monde, le barbouillage médiatique orchestré autour de certaines histoires — des célébrités, politiques ou autres, soudainement attirées par l’écriture, et fortement soupçonnées par la critique d’avoir confié à des collaborateurs de l’ombre la quasi totalité de la tâche livresque — fait son petit bonhomme de chemin dans la tête des lecteurs, et les fait douter du talent authentique du signataire.L’Académie des lettres agrandit son cercle Deux nouveaux membres viennent tout juste de faire leur entrée dans le cercle intime de l’Académie des lettres du Québec: ayant tous deux fait leurs armes dans le monde de la littérature, Monique LaRue et Régi-nald Martel pourront désormais ajouter le titre d’académiciens à tous les fleurons qu’ils ont déjà reçus.La romancière et essayiste Monique La-Rue enseigne la littérature, a longtemps prêté sa plume à la critique littéraire au Devoir, et est l’auteure de Copies conformes (Grand Prix du livre de Montréal 1990), de La Démarche du crabe et de La Cohorte fictive, entre autres ouvrages.Autre personnage connu dans l’univers littéraire, Régi-nald Martel est critique et chroniqueur littéraire au quotidien La Presse depuis 1968.En 1994, il a publié Le Premier lecteur.Chroniques du roman québécois.Avec ces deux nouvelles nominations, 34 des 36 sièges de l’Académie sont comblés.LAVIGNE ROMAN • 256 PAGES • 19,95 $ Boréal Qui m'aime me lise SUITE I)E LA PAGE I) 1 «Gogol a souvent fait cela, prendre des personnages frustrés et les faire sortir des limites imposées par l’époque grâce à l’imaginaire romanesque, explique l’au-teure.Dans Le Manteau, un petit fonctionnaire minable ressent tout à coup le désir de se proairer une nouvelle pelisse et voit son univers s'effondrer le jour où on lui vole son rêve, son rwuveau manteau.» Lui-même frustré au départ par les limites que lui impose la traduction, Antoine s’évade de ses contraintes en se retrouvant tout à coup là-bas, dans l’atmosphère chargée des rues de Saint-Pétersbourg.Son tout dernier séjour en Russie en 1991, alors que le pays était encore sous la gouverne de Mikhail Gorbatchev, a laissé Nicole Lavigne en- L'Homme de paille «Un livre réjouissant, plein de truculence, plein de paillardise.Un vent de liberté, un vent de fjolie filctte et scu^le à travers ce ¦livre qui hait vraiment du bien dans la littérature québécoise.C’est tout à hait savoureux !» Jean Fugere, De bouche à oreille Daniel Poliquin core tout ahurie.«Ça m’a fascinée de voir que des gens ont tellement cru à une certaine idéologie que l’on en retrouve des traces imprégnées jusque dans l’architecture et l’art des villes.» Le coup d’Etat des conservateurs, en 1991, se retrouve dans Moscou la nuit, où un groupe de généraux prend le pouvoir.«Camarades prolétaires, l’heure est au choix douloureux.Nous avons examiné la situation: la Russie court à sa perte.[.] nous vous annonçons aujourd’hui que vos tourments achèvent.Finies l’errance politique et la libéralisation des prix.Fini l’éparpillement du pouvoir.[.] Camarades prolétaires, dans quelques années, nous verrons l’homme nouveau apparaître enfin, tel que l’a prédit If nine.» •- Alertée par la situation politique très précaire qui prévaut en Russie actuellement — «La Russie est très bien résumée, Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec poste ou messagerie.1 Montréal : 342 - 28151 Extérieur : 1-888-746-2283 E>mail : sad@rcnaud-bray.com explique Nicole Lavigne, par cette boutade que j’ai souvent entendue et qui résume le sens de l’humour très particulier des Russes: ‘Tout ce qu’on a dit des bienfaits du communisme était faux, et tout ce qu’on dit des malheurs du capitalisme est vrai.” Us ont le pire des deux mondes.» —, l’écrivaine s’est amusée à goûter la philosophie russe, valsant de l’imaginaire politique emprunté à la réalité aux affres du quotidien elles-mêmes voisines du rêve.«Certains auteurs russes m’ont charmée par leur façon adroite de décrire un monde absu rde mais de façon tellement réaliste qu ’on y croit.» Même si la langue russe lui cache encore bien des secrets, Nicole Lavigne la manie suffisamment bien pour avoir dissimulé dans le roman quelques-unes des subtilités qui y sont reliées, souci évident de «traduire» ici les réalités du traducteur littéraire.Des subtilités si fines, toutefois, que seuls les lecteurs avertis — et très avertis — y verront autre chose qu’une erreur de l’auteure ou de l’éditeur: d’une page à l’autre, en effet, un personnage féminin est tantôt Tania, tantôt Tatiana, ce qui n’est pas une méprise mais correspond plutôt aux caprices du russe, qui commande un petit nom plus intime en certains moments et un autre plus formel pour d’autres instants.MOSCOU LA NUIT Nicole Lavigne Les Éditions des Intouchables, Montréal, 1998,197 pages Olivieri La langue au Québec objet d’un débat sans cesse réitéré Les Québécois entretiennent-ils un rapport particulier à leur langue?Quelle est cette langue que nous parlons?La langue québécoise porte-t-elle les marques de l’inculture?Pourquoi ce débat suscite-t-il tant de passion?Participants Chantal Bouchard LA LANGUE ET LE NOMBRIL Histoire d’une obsession québécoise Éditions Fides Diane Lamonde Le maquignon et son joual L’aménagement du français québécois LIBER Gilles Pellerin Récits d’une passion Florilège du français au Québec L’Instant même Animatrice Pascale Navarro • le mardi 17 mars 1998 à 18 heures à la librairie Olivieri 5200.av.Gatineau métro Côte-des-Neiges A l’occasion de la parution récente de trois ouvrages sur la langue au Québec, les auteurs discuterons de ces questions.Pour Chantal Bouchard la question linguistique prend au Québec les allures d’une véritable obscession, Diane Lamonde montre que céder à l’illusion d’une langue québécoise c’est aussi se couper d’un héritage culturel et Gilles Pellerin en amenant la langue sur le terrain du plaisir soutient que le français d’Amérique est notre porte d’accès à l’imaginaire.Réservation obligatoire •739-3639 POULIN Comme si de rien n'était SUITE DE LA PAGE I) 1 Le héros du dernier roman de Poulin est donc un écrivain public de 50 ans qui rédige à la demande curriculum vitæ, mots de condoléances et lettres d’amour.Mais, comme Poulin, Jack s’amuse à semer de petits éclats de soleil dans la vie de ses clients.Ces perles, ce sont de courtes citations qu’il recopie minutieysement dans la correspondance d’Éluard, de Kafka, de Tchékhov ou d’Arlhur Buies.Il les glisr se subrepticement dans une demande d’emploi ou une lettre de félicitation.La poésie comme si de rien n’était.Ce pourrait être une définition de l’art de Poulin.«Je cherchais un métier qui serait celui d’un écrivain déguisé.Je suis parti avec cette idée: l’écrivain public a terminé sa journée de travail lorsque il entend du bruit dans la salle d’attente.En écrivant, je ne savais pas qui il découvrirait derrière la porte.» C’était il y a quatre ans.Le lendemain, il invente le personnage du vieux cocher qui promène les touristes dans la vieille ville.Un vieux plein de mystères qui ressemble au père de Jack et prétend envoyer des lettres à sa femme, alors qu’au fond il dialogue avec la mort.Pour se donner un modèle, Poulin a découpé dans le cahier littéraire du Monde la photo d’un vieil écrivain yougoslave.Elle est toujours collée au mur, à côté du fingo.«C’est venu petit à petit.Vous savez, moi je ne vois jamais plus loin que la demi-page.Sauf à de rares moments, où j’ai des éclairs.Comme une percée.» Il note alors ces bouts de phrases soigneusement dans un carnet de papier kraft.Pour se documenter, Poulin a passé tout un été à Québec, rue Saint-Denis dans l’appartement de la comédienne Marie Gignac, en tournée en Italie.Son premier brouillon en main, il a soigneusement arpenté les rues de la vieille ville et vérifié chaque détail.Dans le grand miroir de son minuscule studio, il y a une photo de la maison où se déroule l’intrigue.Est-ce un hasard?Le dernier roman de Jacques Poulin emprunte les accents d’une peinture sociale.Cela va d’un éloge à peine voilé de René Lévesque («qui avait fait naître dans l’âme des Québécois, un espoir plus vivace que tous les printemps du monde»), à l’omniprésence des chômeurs et des sans-abri qui logent dans la camionnette et l’appartement des personnages principaux.Iœs hôpitaux aussi sont comme par hasard bondés et manquent d’infirmières.On trouve même un humoriste du Festival Juste pour rire qui rédige.des discours de ministre.N’ayez crainte, Poulin ne s’est pas transformé en sociologue de service.Loin de là.C’est comme si tout cela s’était fait à son insu, dit-il.«Avant, je n’avais pas l'habitude de parler de ces questions.C’est peut-être la distance.Quand on s’éloigne on se trouve à sentir plus ses racines.Parce qu’on tire dessus tout simplement.» L’art littéraire selon Poulin Par petites touches discrètes, comme en filigrane, Chat sauvage brosse aussi à sa façon sorte une sorte d’art littéraire à la Poulin.Les allusions à la littérature sont nombreuses, des livres que lit la serveuse du Relais de la place d’Armes aux noms qui parsèment le roman: Carver, Chandler, Ri- chard Ford, Hemingway, Gabrielle Roy.Des auteurs, pour la plupart américains, partisans d’une forme simple qu’affectionne particulièrement Poulin.«Je n 'accroche pas beaucoup aux auteurs français.Ils ne parlent pas de, choses qui m’intéressent.Peut-être pari, ce qu 'ils sont trop abstraits et considè\ rent le roman comme une sorte de di-1 vertissement intellectuel.Pour moi, un romancier, c’est quelqu'un qui raconte une histoire, pas celui qui illustre une idée.Chez moi, les idées viennent en, cour de route.(.) Ma méthode est beaucoup plus insécurisante.» Poulin ne défend pas pour autant la1 sécheresse absolue.«Carver disait qu'il fallait éviter tout effet de style, au risque de se faire ennuyeux.Moi, je ne veux pas aller jusque-là.(.) Je trouve que sans être distrait par l’écriture, il faut que ce soit agréable à lire.» Poulin fait d’ailleurs dire à l’un de ses personnages («l’écrivain le plus populaire de Québec») une phrase de Flaubert: «Le style est à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.» Une affirmation qu’il n’est pas sûr de partager.«Moi, je serais incapable de commencer un livre à partir du style», dit-il même s’il considère que «c'est parce qu’on a trouvé un ton spécial que ça prend parfois une direction particulière».Poulin a toujours préféré faire parler les choses plutôt que les êtres.Tout plutôt que le «détestable monologue intérieur».Dans Chat sauvage, ce sont souvent les chats qui parlent à la place de l’auteur, comme lorsqu’à la fin, Petite Mine glisse «sur une pente glacée», au moment même où Jack quitte pour toujours le lit de sa maîtresse.Les chats sont d’ailleurs partout dans ce roman qui s’était longtemps intitulé L’Arbre à chat.Cet arbre, c’est celui où s’installent les chats de la maison.Il illustre, dit l’auteur, «l’importance du rôle féminin symbolisé par la chatte au sommet de l’arbre».Ces temps-ci, Jacques Poulin s’intéresse aussi aux ordinateurs.Il en à d’ailleurs glissé un peu partout dans Chat sauvage.Converti de la dernière heure, il a fait toutes les corrections du livre sur son nouveau PowerBook.Mais son prochain roman pourrait en parler encore plus.«Mes livres sont toujours dans le livre d'avant», dit-il.Un savant professeur de l’université dé Sherbrooke, Pierre Hébert, a mêmé tenté de démontrer que toute son œuvre était contenue en germe dans son premier roman: Mon cheval pour un royaume.Un livre que Poulin considère, en passant, comme un échec.Sur sa table de travail, qui sert aussi de table à manger, traîne l’ébauché'' d’une histoire mettant en scène un ordinateur plutôt original.Imaginez, iT rouspète et engueule son propriétaire!1 «Ça existe déjà dans les voitures, dit-ü1-! [.] Le poète Ferlinghetti disait récent-| ment que l'ordinateur était la dernière: phase de la révolution industrielle et qu\ la prochaine génération se révolterait' contre l'inhumanité des machines.» J Mais tout cela ne donnera peut-être rien, se ravise Poulin qui ne veut pas en dire plus.Rendez-vous dans trois ou quatre ans.«Vous savez, moi, je suis le contraire d’un écrivain public!» CHAT SAUVAGE Jacques Poulin, Leméac/Actes sud Montréal/Arles, 1998,189 pages « Se projeter dans l’écriture, c'est donner naissance à rtnAtuwf- THÉOH'C XYZ éditeur Le C.ofrm de l'écriture 1 h; UrtUH'Iléti»”1 .ni UybcfHOi del écriture, montre avec beaucoup d'intelligence que l'écriture juive contemporaine s'élabore et se construit sur cette diffraction du moi qui constitue une des marques du postmodernisme.» Régine Robin Le Golem de l'écriture De l’auto fiction au Cybersoi àilfi «Scliteu r XYZ éditeur 1781 rue Saln>-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 ______ Téléphone: 525.21.70 • Télécopieur: 525.75.37 » > 4 4 I, E I) E V (MR.1.E S S A M EDI II E T I) I M A X ( Il E I ü M A R S I !l !) 8 I) ») ') -*¦ Livres »- LETTRES QUÉBÉCOISES La femme narcissique CARNETS D’UNE HABITUÉE Bianca Côté Les Herbes rouges, Montréal, 1998,109 pages ans Faux partages — un récit de Bianca Côté paru en 1994 chez le même éditeur —, une jeune femme racontait, par petites notations fragmentaires, le ratage d’un partage amoureux avec un homme-enfant, velléitaire et capricieux, de même que son adaptation à sa nouvelle solitude.Je rêve, disait-elle, à un ennui paisible, réconfortant, qui ne m’effraierait pas.Et elle y parvenait, en s’offrant dans son chez-soi douillet de petits plaisirs domestiques: la préparation d’un plat ou le soin de ses plantes.Elle ne fréquentait personne, se contentant d’observer avec empathie des passants dans la rue ou les clients d’un café, partageant à leur insu les bribes de leur vie offertes à son regard.Mais paradoxalement, cette fraternité distante avec des inconnus l’a menée à des connivences intimes, plus vraies qu’avec l’amant disparu.Ainsi, cet homme aux cheveux gris, amateur de mots croisés, qui fréquente le même café qu’elle et dont le regard lui parle fort distinctement: osera-t-elle s’en rapprocher davantage, affronter avec lui les périls du quotidien partagé?Sans doute vaut-il mieux s’en abstenir car, note-t-elle, nous ne saurions tolérer une proximité autre que cel- le-ci: nos tables, nos fumets de café, la musique au-dessus de nos têtes, nos menus objets qui lévitent sur la table.Les Carnets d'une habituée sont le prolongement, sinon la suite, de Faux Partages.Il s’agit ici aussi du récit par fragments — certains n’ont que quelques lignes — du quotidien d’une femme seule, habituée d’un café qui lui tient lieu de repère et de refuge, car, dit-elle, la douleur est moins grande dans un café.Douleur diffuse, jamais désignée: celle, devine-t-on, d’une vie sans attaches.Au fil des saisons, au gré des jours qui passent, elle glane du réconfort chez elle et dans la rue, comme le faisait la narratrice de Faux Partages.Comme cette dernière, mais avec plus de sérénité, elle pratique une sorte d’écologie du quotidien, s’efforçant d’harmoniser les gens, les lieux et les objets dans un ensemble où ellç se sentira elle-même tranquille, confortable.A la folle ambition de la quête du bonheur elle préfère la recherche, plus modeste, du bien-être de tous les jours.Ainsi s’écoule, doucement, sans heurts, l’existence citadine de cette femme.Sans passé problématique — elle n’a dans la mémoire que des souvenirs d’enfance heureux —, elle évite, au jour le jour, les situations irritantes.Que fait-elle si d’aventure une voisine un peu bruyante l’empêche de goûter dans son jardin la quiétude du soir?Je rentre, même si l’ennui fait davantage de bruit.Le personnage de Bianca Côté, comme la facture même de son récit, on le voit, sont postmodernes.Évacuées, ici, les préoccupations angoissantes et les grandes passions.Sans fuir la société ni se désintéresser de la marche du monde, elle n’en retient que ce qui l’intrigue ou l’accommode.Ainsi, ces Italiens ou ces Algériens aperçus dans la rue ou au café sont-ils des sujets d’observation sympathiques.La télé ou les journaux sont des occasions de curiosité ou de détente; la lecture d’un nouveau livre, elle, fait partie des nourritures terrestres: c’est, dit-elle, le corollaire obligé du demi-litre de vin.Et pour elle, la musique, populaire ou classique, sert essentiellement à accompagner ou à assombrir l’humeur du moment.Cette femme appréhende et raconte le monde par fragments; elle cherche son bien dans l’actualité et dans la culture — et le trouve.Exemples éloquents: si elle évoque brièvement le cinéaste Claude Jutra et le romancier Réjean Ducharme, c’est qu’elle a été intriguée par la photo de l’un et de l’autre.Ce ne sont pas leurs œuvres qui sont en cause, mais leur physionomie, aix-rçue un jour, objets d’une interrogation passagère.Pour la narratrice des Carnets d'une habituée, les êtres et les objets n’existent que s’ils peuvent entrer dans la sphère de ses impressions.L’écriture minimaliste de Bianca Côté, le petit monde sur mesure, peuplé de croquis et d’instantanés, que son personnage se fabrique petit à petit, ressemblent à certains égards à ceux d’autres jeunes écrivaines québé- coises, comme Danielle Roger qui publie également aux éditions des Herbes rouges.Mais il y a dans les récits de cette dernière — Petites fins du monde et autres plaisirs de i la vie ou Le manteau de la femme de l’Est — une ironie, une sorte de dérision désolée (autres ingrédients postmodernes) qu’on ne retrouve pas ) chez Bianca Côté, dont le personnage de femme a une humeur beaucoup plus étale; elle { s'installe en tous cas dans une quiétude quelle voudrait parfaite, à l’abri des passions et des mi- j sères du monde extérieur, sans se plaindre de .celui-ci ni le critiquer.Comme bien des per- I sonnes dans la réalité, elle fait ses emplettes dans ce, que le philosophe Gilles Lipovetsky, dans L’Ère du vide, appelait l’hypermarché des styles de vie.!' Si l'on préfère des personnages préoccupés des graves questions qui agitent la planète, on pourra trouver irritante cette femme narcissique, qui pratique un postmodernisme soft, 1 cette habituée d’un café qui décide d’en changer, pour un .autre qui ressemble tout à fait au premier.Mais elle est, i qu’on le veuille ou non, actuelle.Peut-être même exemplaire.11 est fréquent, de nos jours, d’entendre ou de lire des propos semblables à ceux-ci: si quelques olives farcies 1 redonnent quelque vigueur à la luzerne anémique, je ( m’avoue presque heureuse.Un mur où mon regard peut se perdre et le bonheur affiche complet.S’exprime là une bêtise contagieuse ou, qui sait?un nouvel art de vivre.Robert C h a r t r a n tl Une écriture minimaliste pour introduire l’hypermarché des styles de vie ÉDUCATION Une nouvelle école IUCI>*,D d'une i obsewon 1 québéco«e 1 D I L’ÉCONOMISTE ET L’ÉDUCATION Clément Lemelin Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1998,617 pages LOUISE JULIEN Dix-sept chapitres, «17 leçons sur la relation entre l’éducation, l’économie et la science économique», sont proposés à des étudiants en sciences économiques et en éducation, «à des spécialistes des autres sciences de l’éducation non réfractaires à une approche pluridisciplinaire, à divers travailleurs en éducation: enseignants, administrateurs et fonctionnaires et enfin à tous les citoyens qui reconnaissent l’importance sociale de l’éducation».L’auteur, Clément Lemelin, professeur au département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal, insiste sur ce large public.Et il a raison puisque cet ouvrage majeur dans le domaine en est un à la fois de vulgarisation et d’érudition.La partie «formalisation», nécessaire à la science économique, n’est pas un assommoir pour le lecteur, ni un trompe-l’œil; elle permet d’établir le fil conducteur à partir de trois questions pourtant simples: «Quoi ou combien produire?, Comment produire?et Pour qui produire?» Ces questions — qui a priori pourraient irriter puisque entendues trop souvent — remplis- sent très bien leur rôle d’assises aux nombreuses réponses que l’auteur nous communique, en toute générosité, dans cette somme de plus de 20 années d’expérience, d’enseignement, de recherche, de cueillettes diverses et surtout de maturation.Ses propos réussissent à adoucir cette amère constatation avec laquelle nous devons vivre: «Le problème fondamental en science économique est la rareté: les besoins sont supérieurs aux ressources et on ne peut tout produire ni tout avoir.» Le deuxième chapitre sera probablement le plus consulté: il a pour titre «Les dépenses d’éducation au Québec».Quant au chapitre 3, il saura en intéresser plusieurs puisqu’il analyse «la contribution de l’éducation à la croissance économique» pour permettre d’identifier plus loin dans l’ouvrage «les divers avantages et les coûts de l’éducation».Le chapitre 6 traite de la rentabilité de l’éducation, et le lecteur est rassuré: «L’éducation n'a pas cessé d’être un investissement rentable au Canada.» Quant à la question du rendement scolaire, inévitablement abordée, l’auteur nous confirme qu’elle n’est pas réglée puisque l’on ne s’entend pas sur sa portée: suffit-il d’avoir le diplôme ou au contraire faut-il valoriser l’accumulation des connaissances?Les dossiers du marché du travail et de la scolarité-revenu sont très bien fouillés.¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦i Chantal Bouchard T question JL/d linguistic JL/Cl linguistique prend au Québec les allures d'une véritable ! obsession.Comment expliquer ce phénomène?Par quel processus depuis la Conquête, les rapports entre les Québécois et leur langue sont-ils devenus si complexes et si difficiles?Chantal Bouchard retrace l'histoire de cette obsession et donne une image étonnante de la société québécoise.IA LANGUE ET LE I I listoire d'une obsession québécoise ( oil.Nouvelles éludes québécoises 312 p.ujns 24,955 ¦ Questions d’égalité Au chapitre 16, le lecteur doit se rendre à l’évidence que «l’égalité d’accès n’assure pas l’égalité de traitement», ce qui réfère à «l’égalité devant l’éducation (égalité à l’entrée)», à «l’égalité dans l’éducation (pendant la scolarisation)» et à «l’égalité par l’éducation (l’égalité des résultats)».Ce volet nous ramène tristement à nos lectures d’il y a trente ans (Bourdieu et Passeron, puis Baudelot et Establet) et nous force à constater que dans les faits, les choses n’ont pas tellement changé.L’école québécoise a fait des efforts (l’auteur évoque l’Opération Renouveau), mais «les facteurs scolaires ne peuvent avoir qu’un effet modeste» puisqu’il faut encore considérer l’origine et la famille.Peut-on espérer une amélioration en ce sens?11 faudra y travailler, sans relâche.Le livre se termine par l’épineuse question du financement de l’enseignement universitaire, analysée entre autres par l’accessibilité et la démocratisation.Clément Lemelin est un pédagogue qui aime l’école et l’école publique.Le livre aurait pu s’intituler «L’Economie et l’éducation», mais le fait d’allier une personne — qui vient analyser l’éducation et surtout expliquer un passé, présenter une réalité et prédire un court avenir — au concept d’éducation, met un baume sur des expressions pessimistes qui réfèrent trop souvent à des réalités difficiles (situation, contexte et difficultés économiques).Cet ouvrage, qui en est aussi un Le deuil du soleil Gagnon Madele Un livre de mort et de vie.Un requiem pour les êtres en allés.récits 17,95 S Un texte touchant d’humanité, sans enflure, sans pathos, qui montre au mieux ce lien profond qui se tisse en nous entre les morts et les mots.Jean Fugère, Radio-Canada Pour apprécier tout le charme et la profondeur de l’ouvrage de Madeleine Gagnon, il faut accepter de se laisser porter par ces récits poétiques.Blandine Campion, Le Devoir vlb éditeur (/c /(/ /iffera fun de culture, procure un plaisir puisque la réflexion ne se veut ni moralisatrice ni accusatrice.Le lecteur se posera encore plus de questions, mais il pourra penser à des solutions qu’il n’avait pas nécessairement envisagées, en jonglant avec un nouveau vocabulaire, de nou- veaux concepts et de nouvelles grilles d’analyse.J’ose espérer que ce questionne- 1 ment suscitera des discussions et nous éloignera des mots allergènes I qui, depuis trois ans, servent à toutes les sauces: coupures sombres et rationalisation.Suzanne jacob tlorèa Suzanne Parlez-moi d'amour «Avec /.] le souci de laisser aux lecteurs le soin d’imaginer tout seuls ce qui n’est pas évident, Suzanne Jacob signe ici des nouvelles dont l’intérêt est variable, certes, mais l’impact, chaque fids incontestable.» Reginald Martel, La Preae ROMAN • 120 PAGES • 17,95 $ Boréal Qui m'aime me lise I I 18 I V.I) K V (I I li .I.K S S A M K I) I II K I I) I M A X C II K I M A I! S I !l !l 8 I) I LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Portraits d’une décomposition Un premier recueil étonnant, entre l'oral et l'anal i | NE ME QUITTEZ PAS! Guy Perrault, Tryptique Montréal, 1998,135 pages BLANDINE CAMPION C* est toujours une agréable surprise que de découvrir des pre-l miers textes dans lesquels se profi-: lent un ton, une voix, et dont on pres- sent qu’ils sont les signes avant-coureurs d’un talent qui ne demande qu’à se confirmer.Le premier recueil de , récits de Guy Perrault, intitulé Ne me quittez pas!, est de ceux-là.En effet, si l’auteur (qui a déjà fait paraître dans 1 diverses revues poèmes, nouvelles et essais) a choisi comme fil conducteur l à ses récits le thème banal de la séparation, le traitement qu’il accorde à ce 1 motif éculé ne manque à tout le moins ni de force ni d’audace.Mais c’est surtout à son écriture même que ce recueil doit son étrange pouvoir de sé-• duction, une écriture qui n'hésite pas à jouer de l’abjection et de la violence 1 pour entraîner le lecteur dans les méandres de la déréliction vécue par les personnages.Réunis sous le titre évocateur de Ne me quittez pas!, cri à la fois retentissant et silencieux qui étouffe les protagonistes, chacun des trois récits contenus dans ce recueil explore donc les conséquences désastreuses, , tant pour l'esprit que pour le corps, d'une déchirure que rien ne peut ré-I parer.Et Guy Perrault a su rendre particulièrement palpable l’omniprésence, la toute-puissance et le caractère irrémédiable de cette scission opé-‘ rée par le départ de l'Autre dans la ! facture même de son texte.Morcelés, 1 hachés, discontinus, ses récits sont 1 entrecoupés par des blancs typographiques qui disent à la fois l’absence et la mutilation, sans jamais perdre de leur cohérence.Une lente dégradation Ainsi, dans Eaux mortes, récit qui ouvre le recueil, la lente dégradation ! mentale et physique du personnage anonyme est parfaitement rendue par I la fragmentation du texte, par le rythme saccadé des phrases, qui illustrent dans leur forme même les égarements d’un esprit sombrant peu à , peu, s’effritant irrémédiablement dans un chaos d’obsessions.Aban-I donné par la femme qu'il aime, cet homme se laisse aller à la plus totale désolation, s'accrochant désespérément au téléphone, devenu a la fois le I seul moyen de contact et le canal par | lequel la souffrance prend forme.Comme par un principe de vases communicants, plus la folie s’immisce dans son être, plus le personnage dégorge la douleur par tous ses fluides corporels.Les larmes, la sueur, le sperme, la salive et surtout l’urine, toutes ces «eaux mortes» s'échappent, comme les images qui tourbillonnent dans sa tête, dans «un flot qu'il ne parvient plus à endiguer» et constituent le dernier don qu’il peut faire à l’aimée, devenue impossible à atteindre.Celui qui se sent si vide se met alors à ressentir un irrépressible besoin de «remplir», jusqu'au délire: 1’«hémorragie» dont souffre le personnage le pousse en effet à remplir levier, la baignoire, la poubelle, tous les contenants de la ville de la «pluie jaune» de son urine, «couleur soleil malade».L’élément liquide et la douleur de l’arrachement se retrouvent dans le deuxième récit intitulé Im petite fille au fond de la baignoire.Voici donc une autre séparation, tout aussi définitive: celle qui décompose la cellule familiale lorsque la mort ravit l’enfant, âgée de quelques années à peine.Jouant .sur les frontières entre le réel et le Guy Perreault Ne me quittez pas ! î^Trlplyquc fantastique, l’auteur nous dit l’hystérie qui s’empare de la mère, bien décidée à garder pour elle seule son enfant morte qui sourit du fond de la baignoire où on l’a plongée, pour un dernier bain.Quant aux maux du corps, ils prennent cette fois la forme des douleurs intestinales qui rongent le père, pris avec ce tourment concret au creux du ventre.Si le temps, une fois de plus, s’est figé, l’espace quant à lui se voit considérablement diminué, les trois personnages semblant prisonniers d’un «univers réduit aux dimensions d’une salle de bain».Ouvertement scatologique Quant au huis clos à'Etoile froide, troisième et dernier récit, c’est celui de la chambre où «aucun jour, aucune nuit ne transpire à travers la toile du rideau tiré».Le mari, toujours anonyme, refuse l’évidence de la mort qui a pris possession du corps de son épouse.Le récit se fait alors ouvertement scatologique: le veuf continue à sodomiser encore et encore le cadavre dont il tire une maigre jouissance, espérant toujours qu’un signe, un souffle, un mot, trahira le retour à la vie de la vieille compagne.En vain, bien entendu.Car malgré le désir et l’amour, la morte persiste dans son silence.Aussi têtus l’un que l’autre, l’homme et la mort se disputent donc sans merci ce corps qui se défait, le mari offrant, comme une ultime preuve d’amour, son sexe dressé pour «en-culçr ce qui subsiste de soleil».Ecrits au présent, ces récits nous disent le temps qui tourne sur lui-même, lorsque la suite des jours laisse place à l’indéterminé: les «encore une fois» ne débouchent que sur des «tous les matins», «tout le temps», pour aboutir à «un autre soir qui (.) n’est toujours que la même nuit».Déjections, putréfactions, excréments: la douleur tourne en pourriture et laisse des séquelles irréparables dans ce recueil où la crudité du discours n’em-pèche pourtant pas une certaine poésie de trouver sa place.On regrettera cependant le côté lassant des références constantes à la défécation, ainsi que quelques longueurs, dont souffre notamment le dernier récit, qui aurait gagné à plus de brièveté et de densité.Il n’en reste pas moins que, malgré une certaine complaisance pour le scabreux, Guy Perrault parvient à exprimer avec émotion toute la détresse de ceux qui n’ont pas su ou pas pu empêcher l’être cher de les quitter, et il sait rendre poignant le récit de ces misères orales qui tissent peu à peu le néant de leur propre délire.Il serait donc dommage que cette écriture puissante en reste au stade anal.Liber Maurice Chalom LE POLICIER ET LE CITOYEN Pour une police de proximité Préface de Jean-Paul Brodeur I Mil H 168 pages, 21 dollars I, M utiricf (ha I a ai LL POLICIER ET LE CITOYEN l'trfmtr rfr //••-/* I LITTÉRATURE JEUNESSE Pudeur, réalisme et aventures BOUTIQUE et LIBRAIRIE du MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL Musée OMINIQÜE B LAIN médiation Du 12 mars au 10 mai 1998 Dominique Blain, Missa (détail), 1992-1994.Cent paires de bottes d’armée suspendues par des fils de nylon à une grille, 7 x 7 m.Coll.Musée des beaux-arts de Montréal.Photo: Robert Wedemeyer L'exposition est présentée grâce aux appuis financiers du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des arts du Canada et du ministère des Affaires étrangères et du commerce international du Canada.Heures d'ouverture Du mardi au dimanche de 11 h à 17h45 le mercredi de 11 h à 20 h 45 Droits d’entrée: 5,75$ (aîné: 4,75$; moins de 16 ans: gratuit) Catalogue de l’exposition en vente à la librairie-boutique du Musée du Québec (39,95$) MUSÉE DU QUÉBEC Parc des Champs-de-bataille, Québec, Canada GIR 5H3 (418)643.2150 http7/www mdq org Le Musée du Québec est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec V P i > I i, 1390, rue Sherbrooke ouest .: : (514) 285-1600 I ivre Salon Tombée publicitaire: le lundi 16 publié le 21 mars 1998 mil TnnQZMï) *Jïr ^ I) K V U I I! S A M K I) I M A X ( Envolées L’œuvre ailée de Morelli 11 FRANÇOIS MORELLI Œuvres récentes Galerie Christiane Chassay 372, rue Sainte-Catherine Ouest Salle 418, Jusqu’au 21 mars L’Assise Galerie Circa 372, rue Sainte-Catherine Ouest, sal-' i le 444, Dans la jjetite salle Jusqu’au 21 mars BERNARD LAMARCHE Après la superbe exposition que lui consacrait l’an dernier la Galerie d’art Leonard & Bina Ellen de l’université Concordia, François Morelli est de retour avec pas moins de deux expositions, l’une chez Christiane Chassay, l’autre à la galerie Circa, sous l’invitation du jeune artiste Patrick Viallet (dont l’exposition Apories, dans la grande salle, bien que très inégale, réserve de beaux moments).Chez Chassay, Morelli exploite à nouveau le motif qu’on lui reconnaît maintenant depuis L’Origine du Monde, au Musée d’art contemporain (le Montréal en 1994, à savoir l’aile.A Circa, c’est de tout autres formes qu’il explore sans perdre l’acuité du premier motif, passablement plus chargé symboliquement.On ne cessera sans doute jamais de produire le rapprochement entre le travail de Morelli et le surréalisme.Or, si l’onirisme est toujours présent dans son travail, incluant ses perfprmances d’avant son séjour aux Etats-Unis, un commentaire social n’est jamais éloigné de ses préoccupations, considérations absentes chez les artistes de la trempe des surréalistes.En effet, si Morelli utilise des objets du quotidien, pour certes les recontextualiser selon un univers proche de la rêverie, les objets qui en résultent ne s’éloignent jamais totalement d’un potentiel de fonctionnement.Le corps est constamment invité à entrer virtuellement dans les accessoires corporels que l’artiste fomente.Les artifices qu’il bâtit, jamais à court d’émerveillement, pourraient recevoir le corps (Morelli fabriquait au départ ce type d’objets comme accessoires pour ses performances) et le dégager des contraintes du réel.Cette prise en charge du corps, on la retrouve à différent degrés dans la toute dernière production.Lançant un clin d’œil amusé à la tradition encore récente de la sculpture molle, ce sont deux treillis de lanières de tissu que Morelli accroche au mur.Pazuzu no 1 et no 2 (1996-97) reprennent le grillage des précédentes ailes métalliques, et là où la rigidité alourdie du fil de métal rendait impossible l’envolée, sinon que métaphoriquement, la flaccidité du matériau n’alourdit pas moins les tentatives de celui qui voudrait avec ces prothèses se décharger de l’attraction terrestre.À tout hasard, on pense à Icare (Morelli rapporte qu’un spectateur lui disait en bouta- de que si Icare avait eu ces ailes pour s’approcher du soleil, les ceintures de sécurité aquatique qui servent de harnais lui auraient été d’une grande aide).En effet, toutes les fictions sont permises avec ce travail très ouvert.Si l’on s’arrête à la seule catégorie de la sculpture, encore une fois le travail de Morelli ne déçoit pas.Deux ailes identiques se déploient sur les murs de la galerie, dépliées différemment pour exalter les possibilités sculpturales de ces objets atypiques.Une autre pièce, Le iMtnan-tin (1995), pourrait être retenue comme une allégorie de l’équilibre.Sur un socle circulaire, une longue tige métallique supporte en un de ses bouts un drôle de balancier, fait d’un cercle accueillant une forme dynamique allongée, grillage prolongé par deux palmes qui viennent en contrôler le mouvement.Ici, au «design» (ce mot n’est pas mésadapté au travail de Morelli) de la pièce est retirée toute ambition de fonctionnalité.Résiste tout de même l’idée d’un point de suspension à atteindre, claudicant peut-être, un état précaire auquel les ailes ne parviendraient guère mieux si revêtues.Une sorte de pathologie généralisée se dégage souvent du travail de Morelli.Dans la salle de la galerie Chassay, deux œuvres répondent autrement du travail précédent de l’artiste.Au sol et appuyées sur le mur, deux paires d’ailes en verre dépoli reçoivent une iconographie déjà rencontrée chez lui, tirée des denses pochoirs qui constituent un autre pendant de son œuvre.Des bras s’allongent sur les ailes déposées aux sol, alors qu’au mur, des motifs de violon, du corps d’un enfant et d’autres encore sont enchâssés les uns dans les autres.La «fabrication» de matière à fiction nous semble moins dégagée dans ces deux cas, malgré toute la finesse des formes déçoupées.A Circa, dans la petite salle toute blanche de la galerie, Morelli a déposé Hip-Hop (1997-1998), et accroché au plafond L'assise (1995).Dans la première, une unique jambe effilée chausse deux patins à roulettes prenant appui sur le sol.La pièce n’est pas sans rappeler le balancier du Lamantin.Au plafond, une chaise de jardin bon marché en plastique, un ancien modèle très arrondi, accueille son prolongement spatial, une bulle irrégulière de grillage métallique qui pend au-dessus des têtes, sujette à la déformation de l’attraction terrestre.Au sol, invitant les spectateurs à s’asseoir, une autre chaise du même type, au motif tressé plus affirmé, complète cet espace virtuel que crée l’arrondissement du mobilier.Ces deux œuvres, surtout celle qui est haut juchée, montrent combien l’œuvre de Morelli est alimentée par une réflexion sur la forme largement informée par le design et, à la limite, par l’ergonomie, cette science de l’environnement adaptée au bon rendement du travailleur.Tiens, cette idée de l’utilité qui revient.SOURCE GAI.ERIE CHRISTIANE CHASSAY Le Lamantin, fil de métal et tuyau d’acier, de François Morelli.GRAHAM CANTIENI peinture abstraite «Oeuvres récentes 1997-1998» du 8 mars au 5 avril Centre d'exposition des gouverneurs 90, chemin des Patriotes, Sorel J3P 2K7 S5 (514) 780-5720 CLAUDE GUERTIN (œuvres récentes) du 19 février au 29 mars 1998 il I! T S ARTS VISUELS Retour sur Hurtubise En marge de la rétrospective de l’œuvre de Jacques Hurtubise au Musée des beaux-arts de Montréal, deux expositions organisées dans autant de galeries montréalaises complètent le portrait de cette production considérable par un retour sur un volet de l’œuvre: l’utilisation du noir et du blanc, et la présentation des productions récentes.HURTUBISE NOIR ET BLANC Galerie Graff 963, rue Rachel Est Prolongé jusqu’au 4 avril La galerie Graff présente une exposition à caractère historique, en proposant une découpe thématique dans l’œuvre d’Hurtubise, centrée autour de la binaire question du noir et du blanc.L’exposition, en plus de démontrer que chez Hurtubise ce couple n’est pas aussi binaire qu’il ne le laisse croire à prime abord, montre en quoi son exploration du domaine n’a rien à envier à d’autres peintres d’après-guerre, aux Franz Kline et autres Pierre Soulages, ]x>ur ne nommer que ceux-là.1a- parcours rapide, en onze toiles bien ciblées, propose et complète l’échantillonnage des divers essais du peintre dans le domaine de la réduction radicale des couleurs.On voit Hurtubise flirter avec le dessin, intégrer de profondes et parcimonieuses touches de couleurs, et ailleurs se rapprocher, avec Quadrature (1964), de ce que d’autres ont pressenti comme le degré zéro de la représentation, en peignant un carré blanc sur fond noir.S’étalant sur près de vingt années, cet accrochage éclaire sur ce qui finalement, les œuvres montrées le prouvent, aura été chez Hurtubise plus qu’une passade, en établissant le noir et le blanc comme une veine récurrente, vitale même, de sa démarche picturale.ŒUVRES RÉCENTES Waddington & Gorce 1446, rue Sherbrooke Ouest jusqu’au 21 avril La galerie Waddington & Gorce présente des œuvres toutes récentes du peintre.Dans la lignée des dernières salles de la rétrospective, dix toiles sont accrochées qui poursuivent la réflexion picturale du peintre.Manifestement, ici, Hurtubise cherche à s’extinx-r de toute avenue qui permettrait aux spectateurs de songer à une quelconque redite.Dix toiles, donc, produites entre 1994 et 1997 qui n’étonneront pas ceux qui ont suivi Hurtubise pendant ces dernières années quand les autres trouveront sa manière passablement transformée.Réussie, cette exposition solo?La fragmentation des couches supérieures de peinture qui se détachent des fonds texturés, les cernes appuyés qui viennent souligner ces découpes et les couleurs parfois criardes qu’il préconise ne se laissent pas facilement apprivoiser.Inversement, les textures fluides qu’il oppose en superposant des couches nettement tranchées de peinture demeurent aptes à exciter l’intérêt.Forcément, à ne pas rester dans une formule trop identifiable, Hurtubise essaie d’autres avenues.Difficile de dire où il s’en va.Un autre vieux dilemme.A voir tout de même.Bernard Lamarche RICHARD MAX TREMBLAY Quadrature, 1964, de Jacques Hurtubise.tfyr.r*** **, **• « ** ?- Prolongée .iüan„ au 29 mars LES.PARADIS .DU.MONDE/ L’ART POPULAIRE DU QUÉBEC Participez à la création d’un totem cinétique avec le recycleur inventif Florent Veilleux.Atelier de création pour patenteux en herbe de 8 à 12 ans.Les dimanches 8, 15, 22 et 29 mars de 13 h à 15 h Apportez vos objets de récupération favoris.Les places sont limitées.Réservations nécessaires.Musée McCord 690, rue Sherbrooke Ouest.Métro McGil (514) 398.7100, poste 234 autobus 24 B LE DEVOIR Cette exposition a été réalisée par le Musée canadien des civilisations avec l'appui de la Compagnie Ford du Canada Limitée.L’activité Patenteux en herbe est réalisée grâce à l'appui de l’Association des concessionnaires Ford et Mercury de la région de Montréal.— QUÉBEC Élise Dumais «L'heure indigo» du 22 mars au 16 avril GALERIE ESTAMPE PLUS 49, rue Saint-Pierre, Québec Tél.: (418) 694-1303 A G A C 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 521 Montréal (Québec) H3B 1A2 Téléphone : 861-2345 Édifice Belgo I Lynda Bruce Œuvres récentes jusqu’au 31 mars 1998 JL» Galerie Madeleine Lacerte 1, côte Dinan, Québec (Québec) Tél.: 1.418.692.1566 MONTRÉAL ASSOCIATION DES GALERIES D'ART CONTEMPORAIN HURTUBISE noir, et blanc Peintures 1961-1995 Éditions récentes jusqu'au 4 avril 1998 GALERIE GRAFF 961.Rachel Hm.Montreal.Qc II2J 2J4 ici.: (514) 526-2616 c-mail: gralïlacam.org Trois Points • • • EVERGON Fairies and Cowboys VERNISSAGE Le samedi 21 mars, de 14 h à 17 h Jusqu'au 18 avril 372, rue Sainte-Catherine Ouest Porte 520, Montréal (Québec) Canada H 3 B 1A2 Tél.:
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