Le devoir, 24 novembre 1942, mardi 24 novembre 1942
**Le Canada e*t une nation souveraine et ne peut avec docilité accepter de la Grande-Bretagne, ou des Etats-Unis, ou de qui que ce soit d’autre l’attitude qu’il lui faut prendre envers le monde.Le premier devoir de loyalisme d’un Canadien n’est pas envers le Commonwealth britannique des nations, mais envers le Canada et son roi, et ceux qui contestent ceci rendent, à mon avis, un mauvais service au Commonwealth.” (ia-x-S7) Lord TWEEDSMUIR Directeur : Ceorget PELLETIER FAIS CE QUE DOIS Rédacteur an chef : Omar HEROUX LE DEVOIR Montrée), mardi 24 novembre 1942 REDACTION ET ADMINISTRATION 430 EST.NOTRE-DAME MONTREAL TOUS LES SERVICES TELEPHONE: BEIair 3361* SOIRS.DIMANCHES ET FETES Administration : Rédaction : Gérant : BEIair 3361 BEIair 2984 BEIair 3361 L’armée allemande de Stalingrad menacée d’encerclement ( Voir en page 3, Canadiens de nom ou de fait Le racisme est un critère arbitraire-L'Angleterre, pôle d'attraction de trop nombreux Canadiens - Le professeur Scott et M.Sandwell - Une anecdote significative — Les espoirs de Tavant-guerre Hertzog et l’attitude sud-africaine ’est « cet ancien premier ministre que le Sud-Afrique doit de ne participer à la guerre qu’en Afrique — La remise de Dakar à la coalition alliée — Le rôle de Dar* lan et celui du maréchal Pétain — Les histoires qu’on raconta sur Dakar aux Allemands Le carnet du grincheux Le racisme est détestable, qu’il soit allemand, espagnol ou britannique.11 exprime un retour à une conception périmée, barbare, de l’individu, ne retenant chez lui que les notes individuantes matérielles, sans se soucier des valeurs de charité et de civilisation dont il est le porteur.A notre époque, l'Allemagne hitlérienne, empruntant au Français Gobineau une argumentation pseudo-scientifique, a fait de la race un mythe extrêmement pernicieux.Cette dialectique politique s’efforce de diviser les hommes en maîtres et en serviteurs, selon qu’ils appartiennént à telle ou telle nationalité, à telle ou telle famille ethnique: comme si la pigmentation de la peau, la forme carrée ou arrondie du crâne, la ligne du nez formaient des critères définitifs et indiscutables! Théorie funeste, dont nous subissons aujourd’hui les dangereuses répercussions.La victoire des Alliés, croyons-nous, aura pour résultat d’éliminer de la tetre ces conceptions grossièrement matérialistes où la justice ne trouve pas son compte.Il faut néanmoins reconnaître que, si l'Allemagne a exagéré odieusement les implications des théories racistes, elle n’est pas la seule contrée à se réclamer de la race.D’autres pays le font aussi, sous des formes plus modérées, aussi efficaces, même s’ils agissent souvent inconsciemment.C’est une vieille boutade, dont les Anglais intelligents sont les premiers à rire, que d'affirmer que trois sujets britanniques venus du Royaume-Uni, où qu’ils se trouvent dans le monde, ont le sentiment très net de former à eux seuls l’Empire britannique.Fierté nationale exaltée, expression hyperbolique et un peu risible d’un patriotisme s'étendant partout où flotte un Union Jack au-dessus d'un comptoir commercial.Chez des esprits butés et facilement fanatiques, un pareil orgueil peut causer des dégâts et compromettre la vie nationale de plusieurs pays.On l’a bien vu au Canada où certains Canadiens de langue anglaise considèrent notre pays comme une plantation où il fait bon venir faire fortune, mais qui jugent indigne d’eux-mêmes de lui témoigner un attachement patriotique.Pour eux, la patrie, c’est la petite île mercantile très loin au delà des mers, qu’ils regardent comme un phare.Ils entendent mieux le Big Ben que le carillon de la tour à Ottawa; en jetant les yeux sur le canal Rideau, ils songent davantage à la Tamise.Lent rêve est d'aller finir leurs jours au vieux et cher pays: going back home, la formule est heureuse et exacte.Ce n’est pas le fait, est-il besoin de le souligner, de tous les Canadiens de langue anglaise.Mais il reste que beaucoup, que beaucoup trop d’entre eux, pensent ainsi.C’est là la source des difficultés de l’équilibre canadien.Tant qu’ils n’auront pas renoncé à des allégeances extérieures, il sera impossible d’arriver à une véritable union nationale.* * * Question d’état d’esprit beaucoup plus que de naissance.Il y a des Anglo-Canadiens installés au pays depuis longtemps, qui descendent, par exemple, de l’émigration loyaliste consécutive à la révolution américaine, et qui sont plus farouchement Britishers que certaines gens nés là-bas tt venus par la suite au Canada.C’est ainsi qu’à plusieurs égards sur lesquels il n’y a pas lieu d’insister ici, sir John-A.Macdonald, né en Ecosse, s’est révélé un premier ministre plus canadien que sir Wilfrid Laurier, dont 1 ascendance canadienne remontait à 1 666, et que M.Mackenzie King, dont le grand-père a lutté pour la reconnaissance du gouvernement responsable.Le jus soli est donc assez vain en ces matières.Dans sa polémique avec le professeur Frank Scott, le directeur de la Saturday Night, M.B.-K.Sandwell, lui-même né en Angleterre, a donc parfaitement raison de soutenir que les Canadiens de fraîche date ont autant le droit que quiconque de participer à l’élaboration de la politique canadienne, à condition qu’ils soient complètement debarrassés de leurs sentiments et de leurs modes de pensée originaires.Les procédés de naturalisation, s’ils suffisent à conférer la citoyenneté canadienne, sont impuissants à créer une âme canadienne.Le racisme est donc une considération extérieure au sujet.Il ne sert qu’à entretenir des notions erronées.S’il n’y avait qu’à s’informer du lieu de naissance des gens pour s'assurer de la valeur d* leur patriotisme, ce serait beaucoup trop simple.àF ^ L’Anglais de bonne race est souvent beaucoup plus affranchi de préjugés réactionnaires que le colonial endurai.Dans son très intéressant ouvrage, Canada, Today and TomottoiP, dont une traduction française paraîtra à Montréal dans quelques semaines, l’observateur averti qu’est William-Henry Chamberlain raconte une anecdote significative.Durant son séjour dans notre pays, il fit la connaissance d’un officier à la retraite de l’armée anglaise, venu s’installer au Canada pour y faire des affaires.Cet Anglais intelligent ne se privait guère de critiquer certaines habitudes de son pays, de blâmer, par exemple, la old-school tie, de juger le.système éducatif britannique inapte à préparer à la nation de véritables élites, etc., etc.Au terme de ses remarques, il confiait à son interlocuteur: “Comme c’est bon d’exprimer tout haut ce qu on pense et je peux le dire à Vous, un Américain.Je ne pourrais m’exprimer aussi franchement devant un Canadien, vous savez, sans courir le risque d’être lynché.’’ On ne saurait marquer d’un trait plus vif la difference entre l’Anglais à l’esprit ouvert et l’Anglo-Canadien qui pense encore comme s’il vivait sous George III.L’union nationale est-elle réalisable, dans ces conditions?Bien optimiste qui l'affirmerait sans quelque hésitation.Quelques années avant la guerre, il était possible de noter, dans l'opinion anglo-canadienne,^ des^ signes évidents d’autonomisme.Ce fait était particulièrement sensible chez les jeunes universitaires et parmi les intellectuels séduits par ce qu’on est convenu d’appeler les idées de gauche.Et cependant, à l'automne de 1939 et dans les mois qui ont suivi, tout s’était évanoui.Serait-ce que la plupart d’entre eux manquaient des moyens nécessaires pour faire connaître leurs sentiments et poqt peser sur l’orientation générale des esprits et de la politique au Canada?Il est possible qu'il en ait été ainsi.Le fait demeure que ces lueurs d’espoir se sont tôt dissipées et que les Anglo-Canadiens ont fait bloc pour se livrer à une surenchère loyaliste désastreuse.La résistance admirable, — nous l’écrivons avec une sincérité non équivoque, — de la Grande-Bretagne aux assauts des forces nazies n’a pas peu contribué à chauffer à blanc le patriotisme désaxé de nos concitoyens de langue anglaise.Parce que les Anglais se montraient courageux et tenaces, était-ce une raison suffisante pour que nous oubliions aussitôt nos devoirs premiers à l’égard de la patrie canadienne?Pourquoi fausser la hiérarchie des valeurs?Si les hasards de la guerre avaient voulu que la Grande-Bretagne tombât au cours de la première manche et que ce fût la France qui maintînt la résistance, s'imagine-t-on que les Canadiens français, si attachés qu'ils demeurent spirituellement et intellectuellement à leur ancienne mère-patrie, se seraient de ce fait découvert une allégeance envers la France?Toute personne sensée sait bien le con-traire.Beaucoup de gens s’insurgent quand ils entendent des Canadiens français se déclarer les seuls véritables Canadiens.L’affirmation dépasse-t-elle tellement la réalité?L’expression est regrettable, car nous ne tenons pas à cette exclusivité.Mais est-elle fausse?Là, et la seulement, est la vraie question.Nous ne demandons pas mieux que tous les habitants du Canada pensent et agissent en Canadiens.Jusqu'ici, nous estimons que nous formons le seul groupe ethnique à nous être comportés ainsi et à ne pas nous être laissé abattre à cet égard par les tourmentes et les situations compliquées.Cette attitude, elle est confor-•me à la ligne de notre histoire.Elle n’a jamais varié depuis le jour où nos ancêtres ont pris possession de ce pays, pour s’y créer une patrie définitive, pout eux comme pout leurs descendants.Le racisme ne suffit donc pas à juger ks hommes.Mieux que le sang, les esprits et les coeurs forment le véritable critère qui permet d'apprécier la qualité du patriotisme de ceux qui s’estiment de passage au Canada et de ceux qui y sont pour y vivre et pour y mourir.Roger DUHAMEL 24-XI-42 ** Tout s’expliqu».Voyez la Preste d’hier soir, fond de la 1ère page, déclaration d’appui à M.King, i l’occasion de l'élection d Outremont.La Presse devient organe quasi officiel du parti libéral fédéral, trois jours après l'accession de M.DuTremblay au Sénat.Ne cherchez pas plus loin.Vrai, tout s’ex- La Presse est collaborationnisfe."Collaborons généreusement avec lui” [M.King], C’est ça: la presse collaboration-nisto.Cela aussi s’explique.* ?w La Praste va déclasser le Soleil.Et le Canada est écarté.Le vrai journal de M.King, c'est la Presse.Le Canada?La feuille à M.Godbout.* * ¥ La "formation complète” dent parlait M.Godbout à Berthier, samedi, c'est l’inscription des enfants dans le parti libéral.Qui donc a dit que du nazisme de Hitler au libéralisme de Québec, il y a la différence de zéro à double zéro?it K * La Presse bat la marche, Lamarche fait la Praise et le Canada ferme la marche.Ça n’est pas l’esprit de l’escalier, c'est l'escalier des grands esprits.* * ¥ En 1917 M.DuTremblay était candidat libéral anticonscriptionniste, —- et combien! -— dans le comté de Laurier-Outremont.Et il était élu député lau-rieriste.Depuis on a divisé le comté de Laurier-Outremont en deux, et M.DuTremblay a coupé en deux le terme anticonscriptionniste.Il a raccourci le mot.et il est devenu sénateur.Le temps passe et les convictions aussi: surtout quand elles ne sont pas profondément enracinées.On s’assoit à l’ombre de l’opportunisme.et l'on s'endort.Là aussi, ça s’explique.* * * Ça n’est pas une invitation que M.Vien a reçue, lui, mais un ordre, un ordre auquel il a obéi ave* autant d’empressement que s’il se fut agi d’un raid de commandos contre Dieppe.A A ?Les organisateur^ du candidat cons-criptionniste dans Outremont téléphonent aux électeurs et aux éiectrices pour leur offrir de les voiturer en automobile, gratuitement, le jour du scrutin.C’est ce qui s’appelle économiser l'essence pour intensifier l’effort de guerre.A A A Partout, dans Outremonf, les affiches du candidat de la conscription sont écrites en bleu et en rouge.Ne serait-ce pas le signe avant-coureur d’une union prochaine des impérialistes libéraux et des impérialistes conservateurs?A A A Ces mêmes affiches, quand elles sont installées à la montre d'innombrables magasins, reçoivent, chaque soir, un éclairage abondant.C’est sans doute très conforme à la politique de l’économie du courant électrique.A A A La Gazette a recours au dictionnaire Castel pour trouver la signification d'un mot français, lui découvrir un sens obscène qu’il n’a pas, ne peut pas avoir dans le cas qui l'intéresse.Mais tous les moyens sont bons à la vieille commère de la rue Saint-Antoine, dès qu'il s’agit de nuire i quelqu’un qui contrecarre son sentiment de loyaiism abject.Le Grincheux 24-XI-42 A Ottawa Sur la mort d'un journaliste parlementaire M.J.-A.Fortier, doyen des correspondants ,à Ottawa, meurt au poste — Regrets confraternels UNE LONGUE CARRIERE CLOSE SUBITEMENT L’actualité Vers la termitière ?Par Léopold Richer Ottawa, 24-XI-42.— Avoir connu de près tous les hommes, grands et petits, libéraux, conservateurs, Indépendants, progressistes, travaillistes, qui se sont agités sur la scene politique pendant une quarantaine d’années; avoir été témoin d innombrables intrigues, de jeux de coulisse, d’ambitions de ceux qui veulent gouverner; avoir reçu les confidences des puissants et les plaintes des envieux; avoir assisté aux victoires des partis et à leurs ¦défaites, aux succès et aux chutes des gouvernements; avoir mente l’amitié de tous ceux qui ont joue un rôle dans la direction u 1 administration du pays; avoir eu tout cela; et pourtant n’avoir jamais voulu êlre autre chose qu’un journaliste, journaliste rivé à une dure tâche qu’il aimait et dont il ne pouvait plus se passer, parce qu’elle lui était devenue aussi nécessaire que l’air qu’il respirait, voilà une longue carrière, bien remplie, qui fait honneur à la profession et mérite plus qu'une brève mention dans la chronique des faits divers.* * * L’hommage unanime que la presse canadienne, tant de langue anglaise que de langue française, rend aujourd’hui à la mémoire de Joseph-Alfred Fortier, montre la haute estime que les journalistes avaient pour le doyen des correspondants parlementaires à Ottawa.Il était entré tôt dans le journalisme.Il avait fait ses premières armes au Canada et au Temps d'Ottawa.deux journaux que le Droll devait plus tard remplacer.r Puis il était passé à la Patrie, de Montréal, dont il devait être le correspondant politique pendant une vingtaine d’années, Il y a quinze ont il devenait correspondant de la Presse de Montréal.C’est peut-être pendant ses années de service à la Patrie, qu’il a connu ses plus beaux jours comme journaliste politique.11 aimnit souvent rappeler les relations qu’il avait entretenues avec la famille Tarte.¥ ¥ * Il ne quitta le journalisme qd'une fois et pour peu de temps.C’était pendant la Grande Guerre.Le gouvernement de l'époque l’avait nommé censeur des journaux et des pu-blicatibns de langue française, fonction qui lui permit de rendre des services appréciables à plusieurs confrères.Il revint ensuite au journalisme qu'il ne devait plus (suite à la page six) Notre pays aux vastes espaces en est rendu au régime des ménages entassés.Evoluons-nous vers la termitière?, , i On a pu lire dernièrement sous ; le titre Encombrement dans les lo-1 gis des villes canadiennes la plus récente statistique sur le logement au Canada.“Les ménages entassés, y est-il dit, c’est-à-dire ceux qui disposent d'une pièce par personne, comprennent de 7 à 28 p.c.de tous les ménages en vingt-sept villes canadiennes de plus de 30,000 âmes.Le total est d’environ 150,000 ménages comptant environ un million de personnes; ce total comprend 18% des ménages et 28% de la population de ces 27 cités.Les ménages entassés comprennent environ 40,-000 familles logeuses et les ménages qui ont en moyenne plus d une pièce par personne comprennent un autre 70,000 familles logeuses; il faudrait, par conséquent, environ 110.000 nouvelles unités de logement pour donner une habitation séparée à chaque famille dans les cités de plus de 30,000 habitants.Ceci équivaudrait à peu près à l'ensemble actuel dos facilités de logement d’Ottawa, Hamilton, London et Calgary".N’est-ce pas paradoxal et inquiétant?Un million de personnes, ou 150.000 ménages canadiens vivent dans moins d'une pièce.Et ces chif- (suite à la page six) Voir en page 3 : Détails sur les procédais , relatives à la détention de I Marc Carrière.Citation d’actualité Héritiers de cet outil de précision, [le frinçais] respectons-en la justesse.Soumettonz-nous de bonne grâce à ses exigences bienfaisantes, car sa justesse est liée à sa délicatesse.Manier cet instrument est un art dont l'exercice suppose, outre la connaissance d'une grammaire subtile entre toutes, la pratique d’analyses grammaticales et logiques sans lesquelles nul ne peut en maîtriser la syntaxe, l’étude attentive et sans cesse reprise d'un vocabulaire qui ne tolère pas l'imprécision."En pensant à ces exigences du français pris comme langue de haute culture, je disais récemment qu’on peut et doit apprendre bien des langues, mais qu’on ne peut en avoir qu'une.Permettez-moi d'ajouter ici qu'à moins d'en avoir une, on n’en apprendra jamais bien aucune autre.L'Europe est pleine de portiers d’hôtels qui peuvent indiquer aux voyageurs leur chemin en quatre ou cinq langues différentes.Ces portiers sont gens fort utiles mais nos Universités ne sont pas des Ecoles d’industrie Hôtelière.On rencontre assez souvent d'aimables personnes qui peuvent dire toutes les sottises du • monde en deux ou trois jingues différentes.mais un sot n'en est pas moins sot pour être polyglotte; Il n’en est que plus redoutable.Chacun d* nous n'a qu'une pensée; c'est pourquoi chacun de nous n'a qu'une langue : ce français qu'il ne cesse de parler même quand c'est en anglais qu'il s'exprime et qu’il n« peut p4t ne pas écrire même si c’est en anglais qu’il écrit.” Etiennt GILSON .i Bxtnslt d'une allocution radiophonique sur le Franc*!* et I* Philosophie, k Montréal, le 30 mare i»40 ) LIRE EN PAGE 6; Les bloci-notes oor Qmer Héron* et Emile Benoist.Fabricants anglais inquiets des effets du prêt-bail sur leurs industries Le fait saillant des dernières vingt-quatre heures, c'est la cession de Dakar e< de la région avoisinante, en Afrique française, à la coalition anglo-américaine, par l'entremise de l'amiial Darlan.Un accord américain avec le représentant officiel de l'Etat français dons les Antilles françaises assure aussi la neutralité de la Martinique et de la Guadeloupe.A l'heure présente, sauf l'Indochine, tout l'empire colonial français, de Saint-Pierre et Miqueion jusqu'à Madagascar, est sous bonne garde, de la part des Alliés.L'Allemagne et ses associés n'y peuvent plus rien faire.Et jusqu'à quel point cela les contrarie, on s'en rend compte facilement.On ignore quel est le sort définitif du maréchal Pétain, depuis les derniers événements survenus à Vichy, mais il se confirme qu'il prendra bientôt sa retraite.C'était à prévoir, dès le jour où les Allemands rompirent l'armistice de 1940 en envahissant l'Etat français dont le maréchal est nominalement le président.ACTIONS MILITAIRES Du côté de la Tunisie, peu de neuf.Les escarmouches continuent, entre les troupes de l'Axe et celles de la coalition anglo-franco-américaine.Les combats aériens aussi, autour de Bizerte et de Tunis.Tant vers le sud que le long du littoral de la Tunisie, les soldats alliés progressent.La combinaison italo-allemande n'a pas réussi jusqu'ici à dresser le barrage qu'elle voulait éiever contre la pénétration alliée en Tunisie.Le Maroc et l'Algérie passés eux mains du groupe anglo-américain aidé des Français libérés dans ces régions, on ne tardera pas à voir les troupes allemandes jetées à la mer ou forcées de s'embarquer en vitesse pour le continent européen, à ce que l'on peut croire.En Libye, la 8e armée britannique a passe Agedabia, à 100 milles au sud de Bengasi et poursuit les Italo-Allemands qui retraitent vers El-Agheïla Une dépêche de provenance marocaine parle d'un combat qui se livrerait à 30 milles au delà d'El-Agheïla vers l'ouest, mais on ajoute peu de foi à cette information, à Londres.En Russie, les Russes disent avoir enfoncé les lignes ennemies des deux côtés de Stalingrad et, depuis 4 jours, avoir pris ou tué 50,000 hommes aux Allemands, de même qu'un matériel de guerre considérable serait tombé entre les mains des soldats de Timoshenko.Les Allemands admettent que les Russes ont pratiqué une trouée dans leurs lignes avancées, mais disent avoir pris des contre-mesures pour bloquer toute nouvelle avance des Soviets.En Orient, on se demande si les Japonais ne commenceront pas, maintenant, par tenter l'écrasement définitif de la Chine, avant de se lancer contre l'Inde ou l'Australie.Les Britanniques surveillent la Birmanie, où il pourrait bien y avoir d'ici peu des préliminaires d'opérations contre le Japon.A Guadalcanal et en Papouasie, les soldats de Tokio ont la vie dure et perdent quelque terrain.On a nettement l'impression que le Japon est à élaborer quelque nouveau plan de campagne qu'il lancerait soudainement, vers la date de l'attaque déclenchée contre Pearl-Harbor, il y aura un an en décembre prochain.LE PRET-BAIL ET L'ANGLETERRE -,.y.Les conséquences du prêt-bail ("lease-lend”, comme on dit en anglais) seraient-elles à la longue désastreuses pour le commerce et l'industrie de l'Angleterre?C'est une question de cette sorte que vient de poser aux Communes un critique déterminé de cette législation, pourtant favorable jusqu'ici à l'Angleterre et sans laquelle elle n'aurait peut-être pu tenir le coup contre l'Allemagne, pendant plusieurs mois, ii' Patrick Hannon, fabricant de sauces condimentaires, — sauces dont le Britannique fait grand usage partout dans son empire, par suite de l'insipidité ordinaire des produits de la cuisine anglaise, — vient de soulever devechef le sujet du "lease-lend" devant une association d'industriels anglais réunis à Londres Ha "National Union of Manufacturers") il y a quelques heures.Il ovoit déjà critiqué la législation américaine pourtant jadis accueillie avec enthousiasme, dans les pays britanniques, parce qu'elle apportait une aide immédiate à une Angleterre quasi bloquée, du point de vue industriel, et dont les fabriques, bombardées à mort, ne produisaient ouère ce qu'il fallait à l'Angleterre pour résister victorieusement à Berlin.A ce qu'affirme sir Patrick Hannon, l'on doit reconnaître "l'immense contribution du prêt-bail à l'effort de guerre., mais ce qui est inquiétant, c'est l'embargo presque écrasant que le gouvernement anglais imposa sur les exportations de tout genre.Il aurait été possible de continuer l'exportation sérieuse de produits anglais vers les Dominions et dans l'Empire colonial britannique sans consulter les Etats-Unis afin de savor d eux si tel ou tel article en particulier pourrait être porté à la liste des exportations britanniques permises", dit entre autres choses "dr Patrick Hannon Quant à la charte de l'Atlantique, ce critique s'alarme des effets qu'elle pourrait bien avoir, — du moins à cause de certaines de ses clauses, — sur l'emploi de nombre d'hommes et de femmes en Angleterre.' Plusieurs d'entre nous, a-t-il déclaré sans ambages, s'inquiètent de la complexité et de la gravité des problèmes qui vont devoir se poser quon.à nos Dominions et à notre empire d'outre-mer; surtour si l'on examine cettj charte à la lumière des conséquences qu'elle peut avoir à la longue sur le pouvoir de concurrence de le Grande-Bretagne et du même coup sur les moyens de vivre, à l'avenir, de masses considérables d'hommes et de femmes, parmi notre population".En d'autres termes, et pour rendre plus claire la réflexion du pre siaent 'de la "National Union of Manufacturers" d'Angleterre est-ce que, de plus en plus, le fonctionnement du programme de prêt-bail ne nuira pas telle ment à l'industrie britannique et au commerce impérial que les fabricants anglais et leurs milliers d'ouvriers n'en souffriraient pas, parce qu'ils se trouveraient à rencontrer un concurrent qui forcerait les usiniers anglais à chômer l'un de ces mois, — ainsi dès lo fin de la guerre?M.Clement Attlee vient de dire aux Communes que la politique de l'après-guerre, quant aux matières premières et aux marchés extérieurs, devra tenir compte des dispositions de la charte de l'Atlantique et des accords mutuels du 23 février dernier entre Londres et Washington.Quels seront les effets pour les intérêts commerciaux et industriels anglais de cette série de pactes et d'accords, une fois l» guerre close, voilà ce qui préoccupe les consortiums industriels britanniques.Tout cela, ainsi que les propos hardis de M.Wendell Willkie au sujet de l'Empire britannique d'après-guerre et de la répartition internationale des matières premières, n'est pas sans créer des inquiétudes parmi les grands industriels anglais habitués à une exportation massive qui, les enrichis sont, enrichit l'Angleterre.DAKAR ET LES ALLIES On a lu pendant plusieurs mois des dépêches alarmistes de tout genre, soit de Londres, soit de Washington, soit d'ailleurs, au sujet du danger que lo proximité relative de Dakar, à la pointe extrême ouest de l'Afrique vers l'Amériaue di.Sud, ferait courir aux Alliés et aussi aux nations sud-américaines groupées avec les Nations-Unies contre l'Allemagne.Il y a environ 1,800 milles de Dakar au point le plus rapproché du Brésil, et l'on parlait couramment du "détroit de Dakar", comme s'il se fût agi d'un canal de la largeur de la Manche.Il y avait des submersibles allemands à Dakar, la place était fortifiée en vue de menacer la navigation alliée, de permettre plus tard aux Allemands de descendre en Amérique du Sud, etc., etc.Les propos des plus alarmistes affluaient.Pourtant des correspondants américains qui avaient passé par Dakar signalaient n'y avoir rien vu de bien inquiétant, sauf que la ville était organisée pour se défendre en cas d'une attaque comme celle de septembre 1940, où une expédition du général de Gaulle, appuyée par des unités anglaises, échouo himentiblement, pour avoir été lancée trop tôt et avoir été mal préparée.Depuis que les Américains sont intervenus ou Maroc et dans l'Afrique du Nord française, il était à prévoir que Dakar, un de ces jours, se rendrait aux troupes d'Eisenhower et de Clark.On en parlait ici même, il y a une dizaine de jours, et ce qu'on pouvait deviner est arrivé.Dès la semaine dernière, une mission française était allée de Dakar, dans un secret relatif, vers Alger.Hier, l'amiral Darlan, rallié aux Américains e* qui les a jusqu'ici bien servis, a mandé aux autorités de Dakar qu'il acceptait leur reddition de cette base navale et du pays français avoisinanr Malgré un ordre de caractère plutôt fictif attribué au maréchal Pétain, — virtuellement prisonnier des Allemands, ceux-ci peuvent apposer sa signature sur n'importe quel bout de dépêche et ils ne sont peint scrupuleux quant aux faux, pas plus que sur le reste, — Dakar est passé en bloc aux Alliés, qui n'auront plus à lire de textes inquiétants comme ceux qu'on leur a servis depuis deux ans sur la pénétration allemande dans cette baje navale française.Le voile tombe et l'on voit jusqu'à quel point une partie du public allié s'en est fait raconter quant à Dakar.L'invraisemblable n'était pas vrai.Légendes et propagande stupides.L'AFRIQUE DU SUD Il faut noter, fût-ce quelque peu en retard, la mort du générai Hertzog, à Prétorw, Afrique du Sud Hertzog fut premier ministre de la confédération sud africaine, de 1924 jusqu'aux approches de la guerr» présente.Il succéda à Smuts, qui avait perdu le pouvoir en 1924, mais devait le reprendre en 1939.Mort 4 76 ans, des suites d'une grave opération, Hertzog, fu' toute sa vie le champion de lo race boer, dont il a été l'une des illustrations.Toute sa carrière, il se battit pour faire reconnaître l égalité de sa race avec cell* des Anglais et des Britanniques qui forment un groups compact en Afrique du Sud et parlent là-bas commt ici de conquête anglaise.On sait dans quelles circonstances se fit là-bas la conquête anglaise, à la suits d'une guerre dont on est mieux pour l'heure de ne point raconter l'histoire.Hertzog qui fit cette guerre, du côté des siens, — les Boers, à la longue dépossédés di leur indépendance, — ne pardonna peut-être jamais aux Anglais leurs agissements au temps du conflil armé où il se battit contre eux.C'était un partisan de l'indépendance de la confédération sud-africaine.Il voulait une république libre et affranchie de toute influence extérieure.Il s'opposa à l'entrée de son pays dans la guerre de 1939 et proposa que l'Etat sud-africain restât neutre et gardât ses relations avec les nations belligérantes.Cette proposition écartée pat les partis qui se coalisèrent contre lui, il démissionna et le général Smuts, qui lui succéda, déclara la guerre à l'Allemagne dès son accession au ministère, dont il est le chef, depuis lors, l'intervention de Hertzog eut pour effet d'amener son pays à limiter son effort de guerre au continent africain, de sorte que, depuis septembre 1939, les soldats sud-africains, sortant de leur pays, ne se bottent qu en territoire africain, de la Libye et de l'Egypte, où on les voit toujours, jusqu'au Cap-de-Bonne-Espérance Des troupes sud-africainel ont aussi participé à l'occupation de l'île de Madagascar, considérée territoire africain Hertzog eut des dissentiments et des heurts d'opinion avec Botha, Smuts et d'autres hommes publics sud-africains qu «• considérait outre mesure favorables à l'Angleterre et tièdes pour ce qui était de I intérêt de leur pays, tel qu'il l'entendit toujours.Ce fut un patriote entier, oui ne pratiqua ni la coicession ni le compromis.C'est à lui que les Sud-Africains doivent de ne pas être allés se battre hors de* limites de l'Afrique.—(5.R.34-XI-4a 2 IE DEVOIR, MONTREAL MARDI 24 NOVEMBRE 1942 VOLUME XXXIII — No 274 V _____— Gazette DES Tribunaux pat P«i XAURIOL Règlement municipal déclaré nul — Limites fixées a l’autorité locale par la loi des véhicules automobiles — La juridiction des cours de recorder Jugement 4* M.le juge Durmleju, de la Cour tupérieurf, 6 mari 1942.Cité de Hull v.Gunner.Appel rejeté avec dépeni, le .âglement municipal no 3S4, art.6, déclaré ultra virei dei pouvoirs du conseil.M.Gunner a été poursuivi devant ia Cour du recorder de Huit parce qu’il ne s’etait pas conforme au règlement municipal de cette ville, qui exige que les chauffeurs de taxi obtiennent un permis de a ville pour exercer leur commerce dans les limites de la ville.M.'e recorder Rodrigue Bédard, de 'a ville de Hull, par jugement du T mars 1941, a rejeté la plainte sur le p.aidoyer de la défepse que 'e règlement municipal invoqué est illégal.La ville a porté cette décision en appel.M.le juge Duranleau, de la Cour supérieure, a entendu '¦» cause et, par jugement du 6 mars dernier, il a rejeté l’appei.Il a décidé que la Cour du recorder n'avait pas juridiction pour se prononcer sur la validité du règlement municipal, mais d’autre part il a conclu comme le recorder que 'e règlement invoqué était ultra vires; tout en affirmant que c’est un règlement sage, il a dû décider que la Législature n’a pas donné la ville le pouvoir de l'adopter.Voici des extraits du jugement de M.le juge Duranleau: ”Cet appel est interjeté en vertu ries'disp asitions de l’art.749 et suivants.partie XV du Code criminel, concernant les convictions sommaires des juges de paix.“11 v est édicté que la Cour, a la-quelle l’appel est porté, instruit % cause et est juge absolu, tant sur les faits que sur le droit; que l'une ou l’autre des parties à l'appel peut assigner des témoins et produire des preuves, que ces témoins aient été entendus et ces preuves produites ou non, lors de l'audition de U cause en première instance.“Il résulte de ces dispositions légales que cet appel est, en réalité, un nouveau procès devant cette Cou r.“D’après la jurisprudence unanime de nos tribunaux, la Cour du banc du roi, juridiction criminelle en appel, se trouve dans la même position que si elle entendait la cause en première instance et elle n'est pas tenue de considérer les raisons du juge de paix ou de la Cour de recorder ou de se limiter a leurs considérants.“11 s’ensuit que ce Tribunal d|ap-pel, pour en arriver à une décision, n’a pas besoin de se prononcer sur ie point de savoir si oui ou non la Cour de recorder a le pouvoir de considérer comme invalides les règlements municipaux qu’elle a mission d'appliquer, il suffit que ledit Tribunal d’appel ait lui-même celte autorité, ce qui, je crois, psi indiscutable, celte cour n’étant pas un tribunal inférieur, au sens de la loi, dont les procédures et jugements sont .sujets au bref de prohibition ou au bref de certiorari.“Je suis d’avis que l’appelante n’est pas devant le tribunal voulu pour faire déterminer la compétence de la Cour de recorder et que le bref de certiorari aurait été la seule procédure appropriée et l’on peut se demander si l’appelante, en adoptant le présent appel n’a pas accepte implicitement la juridiction de la Cour de recorder, puisque, par soi appel, elle a provoqué une »-éaudition de la caiHe au mérite, en d’autres termes, lorsqu’une partie désire attaquer le jugement d'un recorder rendu dans les limites de sa juridiction, elle doit le faire par voie d’appel suivant la par.b* XV du Code criminel, tandis que lorsqu’elle veut faire annuler un jugement, pour excès de juridiction, elle doit recourir au bref de certiorari (Laten-dresse Piette (1)."La Cour, avant de se prononcer sur le mérite de la cause, n’a pas d’objection, cependant, vu le désir exprimé par les savants avocats de l'appelante, de formuler son opinion sur les pouvoirs du recorder et du tribunal qu’îi préside, en ce qui concerne la validité ou t’illégi-lité des règlements municipaux: La Cour tie recorder, d’après la charte de l’appelante, a les pouvoirs d’un recorder; le recorder est un magistrat municipal, avec une juridiction criminelle et civile déterminée par la charte et limitée; il a aussi les pouvoirs de deux juges de paix, mais lorsqu’il siège, pour l’application des règlements municipaux.il agit en sa qualité de recorder.La présente cause, c’est la Cour de recorder, présidée par le recor- provinciale spéciale concernant les véhicules automobiles et une autre loi, ladite loi spéciale doit prévaloir.“L’article 15 de cette lui concerne les permis à obtenir de l'autorité provinciale pour conduire les automobiles dans les chemins de la province et l’art.24 de ladite loi donne au ministre de la Voirie provinciale, seul, le droit de refuser une licence ou un permis ou d’en restreindre les effets.• “Sans doute, l’autorité municipale a adopté le règlement municipal 354, art.6, dans un but fort louable.L’on sait que bien des infractions contre la justice et contre la morale, surtout dans les villes et les cités, se commettent dans ou par le moyen des voitures de taxis, et nous croyons que cette legislation municipale est sage et qu elle devrait être autorisée par Je législateur.“Je suis donc d’avis que le règlement 354.art.
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