Le devoir, 4 avril 1940, jeudi 4 avril 1940
VOLUME XXXI - Ko 79 MontréoT, jeudi 4 avril 1940 REDACTION ET ADMINISTRATION 430 EST.NOTRE-DAME MONTREAL TOUS LES SERVICES TELEPHONE: BEIair 3361* SOIRS.DIMANCHES ET FETES Administration : BEIair 3366 Rédaction : BEIair 2964 Gérant : BEIair 2239 LE DEVOIR Rédacteur an chaf : Omar HEROUX Diractsur-gérant > Georges PELLETIER TROIS SOUS LE NUMERO ABONNEMENTS PAR LA POSTE EDITION QUOTIDIENNE CANADA $S W (Sauf Montréal at la banlieue) E.-Unis et Empire britannique B 00 UNION POSTALE 10.00 EDITION HEBDOMADAIRE CANADA 2.00 E.-UNIS et UNION POSTALE 3 00 La marine japonaise menace d’intervenir contre le blocus anglais (voir en page 3) Le nouveau vice-roi Le comte d’Athlone, qui devait être notre gouverneur général en 1914 et qui fut empêché par la guerre de rejoindre son poste, nous reviendra cette année.Que le peuple canadien lui réserve, ainsi qu’à son auguste compagne, un accueil à la fois respectueux et cordial, personne ne songera même à en douter.Le vice-roi est le représentant personnel du Roi et nous aVons le sens de l’autorité; puis, tout ce que nous savons du comte et de la comtesse d’Athlone commande l'estime et le respect.D’avance, nous joignons nos hommages à ceux qu’adresseront officiellement aux futurs châtelains de Rideau Hall les représentants officiels du peuple canadien.^ ÿ •¥• Un incident désagréable s’est produit hier, qui a pourtant eu un contre-coup heureux.U avait été entendu que le choix du nouveau vice-roi serait simultanément annoncé d'Ottawa et de Londres.Par suite de nous ne savons trop quelle erreur, la nouvelle est venue de Londres avant que le gouvernement canadien l’eût pu communiquer aux citoyens du Canada.Les gens — et ils sont toujours trop nombreux — qui n'ont encore su sc débarrasser de l’esprit colonial, auront pu conclure de là que le choix avait été décidé à Londres, qu’il était le fait du gouvernement britannique.Or, comme le savent tous ceux qui connaissent le moindrement ces choses, c’est sur la recommandation du gouvernement canadien que le vice-roi a été désigné.En temps ordinaire, M.King n’eût probablement pas jugé opportun d’insister sur ce détail.Mais l'indiscrétion qui s'est produite à Londres paraît avoir incité le chef du gouve'-’^ment canadien à mettre les points sur les i.Sous deux ois formes différentes, il a rappelé que c’est le gou\ ment d’Ottawa qui a fait la recommandation que vier, acceptet Sa Majesté.Il a dit comment elle avait été décidée et pourquoi l’on ne 41® P3* occupé plus tôt.On est donc tenté de se réjouit d’une erreur qui a permis de mettre de la sorte en une indiscutable lumière ce point qui restait obscur pour quelques-uns, de l’enfoncer dans un plus grand nombre de cervelles.* * * On sait notre opinion sur le fond de la question.Le choix du vice-roi relevant de notre propre gouvernement, nous sommes d’avis que le temps esc venu où l’on devrait appeler à ce poste un citoyen canadien.Ce n’est pas l’heure d’insister indûment sur cec aspect de la question.Mais les dépêches, et M.King lui-même, nous préviennent que le comte d’Athlone ne passera probablement point au pays les cinq années réglementaires.D'autre part, les biographies du nouveau gouverneur nous rappellent qu’il a été remplacé en Afrique-Sud par un Sud-Africain, sir Patrick Duncan.Peut-être une évolution semblable se produira-t-elle chez nous et le jour n’cst-il pas très éloigné où l'un des nôtres représentera directement à Ottawa Sa Majesté le Roi du Canada.* * * Faut-il ajouter autre chose?Certaines dépêches paraissent attacher une importance considérable à l'expérience, aux aptitudes administratives du nouveau vice-roi.Les Canadiens ne peuvent que se réjouir de voir à Rideau Hall un homme de valeur.Mais il ne faut jamais perdre de vue que ce n'est pas Rideau Hall, mais bien le premier ministre qui gouverne réellement notre pays.Quoi qu’il advienne, qu’il y ait de l’éloge ou du blâme à décerner, c’est à M.Mackenzie King que l'un ou l’autre devra s’adresser.Le vice-roi, comme le Roi lui-même, est au-dessus de la mêlée.11 sait mieux que personne que telle est sa place, son unique place.4-iv-4o Om«r HEROUX - nzem Gens et choses A Ottawa Ç,pturé.pcr l’orgueil ^ Kjllg 6t 110^6 1101^6311 ViCe-fOl Appelé par métier à fréquenter les couloirs et les cours du palais de justice, le signataire de celte chronique peut, à l’occasion, colliger ici et là certains faits d’où il peut tirer, si le coeur lui en dit.des observations ne manquant pas d’intérêt, au point de vue psycho-ionique.Récemment, un individu qu'il est inutile de nommer ici sc voyait condamner par un des tribunaux à un an de prison, ajirès avoir clé trouvé coupable du vol d'une somme assez considérable.Il s’agissait d’une affaire de plusieurs centaines de dollars enlevés dans la rue avec brutalité au cah i er d une grande firme commercial,:.Le coupable avait longtemps joui de sa liberté avant d’être appréhendé par la police, et c’est par là que son cas commence à trancher sur les fails divers d'ordre criminel.Le voleur en question en était à ses premières armes dans la voie du crime.La police, par conséquent.ne possédait que peu de renseignements sur lui, d’où les lentes recherches.De plus, il faut l’avouer, le malandrin avait dû déployer beaucoup d’habileté à dé pister les agents.’ Toujours est-il qu’il était au large depuis déjà, six mois, à compter de la dale de son forfait, quand un beau soir, inopinément.comme il doit arriver d’ordinaire dans la plupart de ces cas, la police le cueillit dans un restaurant, en train de savourer les derniers fruits de son crime.Il aurait pu respirer ainsi encore longtemps l’air de la liberté, nous confiait un des agents qui opéra son arrestation.Sait-on ce qui Ta perdu?lé orgueil.Précisément, ce voleur habile avait un nuire défaut.En pins de.convoiter le.bien d’autrui, il était vaniteux et vantard: c’csl ce qui le perdit.Il croyait avoir réussi à ne laisser aucune trace de son forfait, il croyait avoir brouillé foules les pistes et pour ainsi dire neutralise le flair des defectives, il était enfin si satisfait de lui-meme que s’il échappa momentanément aux pièges de ceux qui le recherchaient, il tomba dans celui de la mégalomanie.Adieu, prudence! Ce que Ton lait le moins, iTcsl-ce pas la réussite?Vantardise et confidence à un “copain” du ''milieu ', autour d’une table, devant deux verres, livrèrent le coupable, qui sc croydit insaisissable, détruisant aussi la théorie gui veut qu’il y ait des crimes parfaits.Des crimes parfaits, il n'en peut pas exister, pus pins qu’il ne doit exister de bonnes 'jetions parfaites.Cependant, on le constate, il en coûte encore moins cher de rester imparfait dans le sens du bien que dans celui du mal.Car.si Ton se vante île ses bonnes actions, eh bien! la police nu rien à y voir et la liberté ne nous est pas confisquée.J’allnis dire que Taffairc de ce triste gaillard confirme celte autre théorie qu’une série de films tournés par une compagnie américaine met ces jours-ci de l avant, sous le titre général de “Crime does not pay”.Pourtant, cette prédication par l’écran est si catégoriquement démentie par les grosses manchettes de certains journaux américains, presque tous les jours, que je ne me prononcerai i>as.Au fond, croyons vraiment que le crime ne paie pas son homme.U reste que te nombre est effarant de ceux qui, aujourd’hui, y cherchent, avec candeur ou cynisme, leur moyen de subsistance.mv-40 Maurice HUOT Le premier ministre reçoit les journalistes Il leur confirme une nouvelle M.Churchill travaillera comme il l’entend Session fédérale vers la fin de mai Ottawa, 4-1Y-40—Le premier ministre du Canada, M.Mackenzie King, a reçu les journalistes un peu après cinq heures, hier après-midi.Il y avait déjà quelque temps que les courriéristes parlementaires n’avaient eu l’occasion de causer avec le chef du gouvernement.Aussi étaient-ils tous présents à l’entrevue d’hier après-midi, même ceux dont les journaux n’avaient pas appuyé la politique ministérielle pendant la campagne électorale qui vient de se terminer.M.Mackenzie King, accompagné de ses secrétaires et des membres du service de l’in formation publique, a fait bon accueil aux membres de la Tribune de la presse.Il a eu un bon mot pour tous et chacun, les remerciant des attentions qu’ils avaient eues a son égard pendant la campagne politique et depuis l'élection générale.M.Mackenzie King ne change pas beaucoup.Il vieillit un peu, ü va sans dire.Mais l'élection ne semble pas l’avoir fatigué.Hier après-midi il a reçu les journalistes le sourire aux lèvres, tout fier encore de son succès électoral.11 est juste d’ajouter toutefois que le premier ministre reste fort modeste.En 1930, au lendemain de l’élection, M.H.B.Bennett ne se contenait pas de joie.Avec des gestes larges il montrait à ses visiteurs l’amas de télégrammes et de lettres de félicitations qinl avait reçus.M.Mackenzie King, il est vrai, a l’habitude de la victoire.Aussi hier après-midi, c’e-tait moins le chef de parti victorieux qui recevait 1rs journalistes, que le premier ministre conscient de ses devoirs et de ses responsabilités.Notre nouveou vice-roi M.King a fait quelques déclarations importantes.Tout d'abord il a confirmé la nouvelle de la nomination du comte d’Athlonc comme gouverneur général du Canada.Des journaux d’Angleterre parlaient de cette nomination depuis quelque temps déjà.Et hier après-midi on disait couramment, dans la coulisse, que le choix de lord Athlonc avait été approuvé par le roi.Frère de la reine Marie d’Angleterre, ancien gouverneur général en Afrique du Sud, soldat distingué, troisième fils de feu le duc de Teck, lord Alhlone est né le 14 avril 1874.Il a été nommé gouverneur general du Canada sur la recommandation du gouvernement canadien, ainsi que le veut le statut constitutionnel de notre pays.A cause de la guerre, on n’annoncera pas d’avance la date de l’arrivée du nouveau gouverneur.Tout ce que l'on sait, c’est que lord Athlonc sera au pays en juin prochain.On avait cru qu’il aurait pu arriver assez tôt pour présider les cérémonies de l'ouverture de la session.Mais apparemment la chose ne sera pas possible.D’autre part on laisse entendre que le nouveau gouverneur général pourrait fort bien ne pas demeurer au pays pendant les cinq ans de son terme.On n’a apporté aucune précision là-dessus cependant.Affaire de convenance, sans doute.Ceux qui recherchent des points de comparaison entre le régim?King-I.apointe et le régime Borden de 1914 seront servis à souhait relativement à la nomination du nouveau gouverneur général.On sait, en effet, que Je comte d’Athlone avait été nommé gouverneur général du Canada en 1914, quelques semaines avant la déclaration de guerre.Toùtefois il n’est pas venu au Canada.11 a fait du service militaire en France.Il n'est pas sans intéi'êt de rappeler cet incident à l’heure actuelle.Le gouvernement King-Lapointe refait les gestes du gouvernement Borden.Et il ne s’agit pas, comme bien Ton pense, de simple coïncidence.M.Rogers ira en Angleterre Le premier ministre a aussi annoncé, hier après-midi, que le ministre de la Défense nationale, M.Norman Rogers, ira bientôt en Angleterre consulter les autorités militaires et politiques du Royaume-Uni.On n’annoncera pas la date du départ du ministre, mais on croit qu’il devrait partir dès ces jours-ci.Pendant qu’il sera en Angleterre, M.Rogers visitera les soldats canadiens et se rendra personnellement compte des progrès de leur entraînement.On estime que le voyage du ministre de la Défense nationale aura des conséquences sérieuses sur la politique de guerre du gouvernement canadien.M.Rogers sera en mesure d’apprendre de première source l’aide que le Royaume-Uni compte recevoir du Canada.La session M- Mackenzie King a dit un mol de la prochaine session.D’apres les renseignements que lui a fournis le directeur général des élections, le premier ministre a semblé d’avis que la session ne pourrait pas commencer avant le 16, peut-être même pas avant le 23 mai.On fera Je compte final des voles le 12 avril dans Comox-Al-berni, le 13 dans Acadia (Alberta) et dans Gaspé (Québec), et le 16 avril dans le comté de Skeena (Colombie canadienne).Dans tous les autres comtes, le compte final sera terminé le 11 de ce mois.Même s’il ne survient aucune complication, le directeur général des élections ne s’attend pas de recevoir le rapport officiel du scrutin avant le 28 avril.Cela pourra même retarder jusqu'à la mi-mai.De sorte que la convocation des Chambres retardera d’autant.Ainsi la session commencera plus tard qu on ne l'avait espéré.Il est probable que le gouvernement lui-même eût désiré pouvoir convoquer les Chambres dès Je début de mai.Le retard toutefois permettra aux ministres de prendre un peu de repos avant d’entreprendre la session.Hier le premier ministre a laissé entendre qu’il pourrait prendre quelques jours de congé.Quant à la question de savoir si le parlement siégera plus d’une fois par année, M.Mackenzie King a dit qu'il s'en remet entièrement au parlement lui-même du soin d’en décider.On sait que depuis quelques jours on a suggéré au gouvernement de suivre Texempie du gouvernement anglais sous ce rapport.Le vole militaire Le premier ministre a fait quel- ques autres déclarations de moindre importance.Ainsi il a interprété le faible vote militaire comme une approbation de la politique du gouvernement.“Si un plus grand nombre de soldats n'ont pas voté, a-t-il dit, c’est signe qu’ils étaient satisfaits du gouvernement”.Comme on le voit, M.Mackenzie King n’a rien perdu de son optimisme.D’ailleurs, hier après-midi, le premier ministre donnait l’impression d'un homme satisfait du nouveau mandat qu’il vient de recevoir de la population, parfaitement conscient de l’importance de la tâche qu’il a à accomplir mais sûr de pouvoir la mener à bien.^ Léopold RICHER Bloc-notes M.King se fait couper l’herbe sous le pied Le nouveau gouverneur général du Canada, quoique apparenté à la famille royale d'Angleterre, n’est pas précisément et pour autant un Anglais.Il est fils du duc de Teck, de pure origine allemande.Le Canada, dans un titre de sa première page, le publie en toutes lettres: Le père de lord Athlonc était un prince allemand.Son cas est assez semblable à bien d’autres membres de la haute et de la plus haute aristocratie anglaise, celle qui tient d’assez près au trône.La femme du duc Arthur de Connaught, qui fut gouverneur général du Canada pendant la plus grande partie de l'autre Grande Guerre, n’était-elle pas la princesse Louise-Marguerite de Prusse, fille cadette du prince Frédéric-Charles de Prusse, dit le Prince de Fer?Quoi qu’il en soit de ses origines, notre nouveau gouverneur est certes de haute et puissante lignée, et c’est d’Angleterre qu'au mois de juin il nous viendra., Ottawa a voulu que ça soit lui, Ottawa a décidé de sa nomination, c’est le gouvernement de M.King qui a fait une recommandation en i conséquence à Sa Majesté le Roi.| Pourtant, c’est Londres qui a transmis, hier, la nouvelle de, la nomination au public canadien.Notre premier ministre, M.Mac- (Suite à la dernière page) Il dirigera l'effort anglais contre le Reich — M.Reynaud, la paix et les Américaîns — Les buts du blocus économique COMMENT LES PARTIS CANADIENS ONT REUSSI, LE 26 MARS DERNIER M» Le carnet du grincheux La Turquie déclare qu’il n y a pas de danger de guerre dans les Balkans.Autant dire que les Balkans ne sont plus les Balkans.* * * M.de la Warr est arrivé à Pans.Il a un nom bilingue et il est secrétaire d’Etat à l’instruction publique en Angleterre.Peut-être M.Post, correspondant du N.Y.Times à Londres et auteur de la dépêche sur la fédération anglo-française, nous apprendra-t-il que M.de la Warr vient prendre des dispositions pour l’epseignement de l’anglais dans les écoles communales françaises.¥ * * Les Parisiens ont pris de l’avance pour bilinguiier leur langue laquelle contient déjà; chicken-pie, pull-over, (flats, cake, gag, slogan, girls, stars qui remplacent autant de vocables français, démonétisés on ne sait pourquoi.¥ ¥ * L’abomination de la désolation, c’est l’introduction de mots anglais ou vankis comme chicken-pi« dans le vocabulaire culinaire.Il n’y a (arnais eu de par le monde qu’une cuisine — la française.A cause de cela les menus du monde entier dans les endroits où l’on mange quand l’on prétend manger étaient jusqu’ici français.* * * Substituer petit à petit à cela les menus de chez Child’s, c’est — succombons à la manie — childish.* * * M.Louis Gillet avait dit naguère que l’anglais n’est en somme que du français mal prononcé.Ce français mal prononcé est en train de nos revenir, plus mal prononcé encore.* * * Les nouveaux crédits militaires soviétiques sont les plus élevés qu’on ait jamais vus en Russie.Mais ils sont cotés en roubles ce en quoi le petit père Staline se montre roublard.¥ ¥ ¥ Personne ne sait, en effet, ce que vaut le rouble.S’il est descendu au-dessous du sou, jusqu’à !a maille, il devient.en ce cas, bien protégé: c’est la cot(t)e de maille.* * * L’invasion étant un fait de guerre, le Luxembourg croit que te meilleur moyen de l’éviter, c’est de s’y préparer.* * * Selon le correspondant de la Caiefte I à Québec, des députés liberaux de la | région de Montréal sont disposas à dé-; missionner parce que la session de Qué-I bec traîne en longueur.Un compromis I1 est toujours possible: relever l'indemnité et donner aux législateurs plus d’argent pour plus de temps perdu.Y songent-I ils?Cette nouvelle de M.Carroll, si elle 1 est vraie — car qui n'entend qu'un ea-i roi n’entend qu'un son —, prouve qu'une .partie de la députation ministérielle tait siennes les critiques de l’opposition.* * * On veut contraindre M.Godbout à | apprendre l'art des blits-renions.Le remaniement du cabinet anglais, dans lequel M.Winston Churchill prend une place prépondérante, quant à la poursuite active de la guerre et du blocus dirigé contre le Reich; le discours de M.Paul Reynaud, premier ministre de France, aux Américains du Nord; les manoeuvres de toutes sortes relatives au blocus économique; l'avertissement par Tokyo à Londres d'y aller avec modération dans la chasse aux navires russes sur le Pacifique chargés de produits à destination de l'Allemagne par voie de Vladivostok; autant de nouvelles des dernières heures à signaler, voire à mettre en vedette.Chez nous, outre lo désignation officielle du comte d'Athlone au titre de vice-roi du Canada à la succession de lord Tweedsmuir, décédé il y a quelques semaines, on peut signaler la situation définitive des partis fédéraux à la suite de l'élection de guerre du 26 mars et le moffvcment amorcé dans le parti libéral ontarien contre M.Mitchell Hepburn, premier ministre libéral de la provincé, qui dénonça si vivement le régime King, ces mois derniers.Il y a aussi la fantastique intervention du procureur général ontarien Conant, ultra-loyaliste, qui lance un appel aux Etats-Unis pour qu'il entrent dans la guerre, du côté des Alliés.M.Winston Churchill est un des ennemis en vue de l'Allemagne et, comme tel, détesté par les gouvernants et la presse du Reich.Il fut un des artisans du blocus et de la défaite des Allemands, pendant la guerre de 1914 à 1918.Revenu à l'Amirauté anglaise ou debut de cette guerre-ci, il s'y est applique à faire poursuivre partout les submersibles, les cuirassés de poche et les raiders allemands.Il dirige dans une large mesure les manoeuvres d'encerclement économique du Reich.Malgré ses défauts ou ses singularisés de caractère, c'est un des adversaires les plus déterminés, les plus intelligents et les plus obstinés de l'Allemagne.On parle de lui comme successeur éventuel de M.Chamberlain à la tête d'un ministère britannique.Issu d'une lignée d'hommes politiques ou militaires, membre d'une famille qui a fait sa marque dans l'histoire d'Angleterre depuis trois ou quatre siècles, — la maison de Marlborough, — M.Churchill est à 65 ans d'une aeti vité tenace et d'un esprit d'initiative sans cesse en éveil, doublé d'une imagination riche en ressources de tout genre.Il était déjà premier lord civil de l'Amirauté, pierre d'assise de la puissance britannique, puisque l'Amirauté commande la route des océans et de' mers.A la suite du remaniement ministériel opéré hier, à Londres, M.Churchill passe au tout premier rang du cabinet de guerre de M.Chamberlain.Il reste premier lord de l'Amirauté, et devient président du comité de guerre le plus important.Il sera le grand stratège du cabinet de guerre anglais; il ajoutera à ses fonctions anciennes la direction de tout ce qui regarde le blocus économique, militaire et naval du Reich.Ont été promus, pour l'aider dans sa tâche considérable: sir John Simon, sir Kingsley-Wood et sir Samuel Hoare, tandis que lord Chatfield est relevé de son poste de ministre de coordination de la défense.A l'heure présente, M.Winston Churchill se trouve donc à exercer les pouvoirs les plus étendus, qu'il croit indispensables à la conduite logique de la guerre dans tous les domaines et sur tous les fronts, au titre civil, il va de soi; car les chefs d'état-major de terre, de mer et des airs gardent leurs postes et leur autorité bien définie, quittes à se concerter à l'occasion avec M.Churchill et le cabinet de guerre en vue des campagnes à entreprendre, ou à pousser à fond.M.Churchill a obtenu son objectif et il aura la pleine direction de la guerre, s'il n'a pas celle des opérations militaires, navales et aériennes, confiées à des chefs de la carrière.C'est un grand pas accompli dans la voie de la cohésion des efforts, qu‘ manquait, dit la presse britannique.-é -T- Ÿ M.Paul Reynaud connaît les Anglais et les Américains et parle leur langue; il vient de s'adresser par radio au monde anglo-saxon de l'Amérique du Nord, pour exposer certains aspects de la politique française pendant le conflit présent.Nous, les Alliés, allons vaincre, dit-il; et nous ne nous servirons pas de la : victoire pour asservir des nations, mois pour assurer 1 la sécurité et l'existence libre des petites nations, à côté des grandes; et pour répandre la liberté au lieu 'de multiplier les esclavages.Il ne s'agit pas que de faire un traité de paix, mais d'établir la poix, — rien que la paix; non pas une paix de vingt-cinq années, mais la poix durable, pour nos fils et nos petits-fils, a-t-il dit entre outres choses.Les dépêches signalent, d'autre part, qu'a l'Italie plus ou moins inquiète des prétentions de la France sur les territoires italiens, a ce que dit Berlin, M.Reynaud vient de donner l'assurance verbale que rien de tout celji n'est sérieux.Ni Londres ni Paris, dit-il, n'ont la moindre visée d'ordre territorial ou autre, quant à ce qui appartient à l'Italie.-"Nous n'avons pas de réclamation de territoire à faire valoir, nous ne faisons pas la guerre pour cela, nous ne j nous battons que pour la paix et l'ordre de l'Europe et ; pour la sauvegarde de nos seuls intérêts légitimes", a fait entendre M.Reynaud.Rome a été mise en méfiance par des rapports venus d'Allemagne et qui se seraient fondés en partie sur une carte géographique parue dans une grande revue de Fronce, carte sans caractère officiel dont l'étude, au reste, démontrerait que Berlin a pour le moins hautement coloré des informations que Paris traite net de fantaisistes.# # * Le blocus économique du Reich est difficile à j mettre au point de telle sorte qu'il travaille à plein.Ce ; que les Alliés veulent, c'est d'empécher les neutres de s'approvisionner outre mesure pour vendre leur surplus d'importations à l'Allemagne, à prix forts; c'est aussi d'acheter aux pays neutres tout leur surplus de production, de manière à empêcher l'Allemagne de l'importer pour sa consommation; c'est enfin d'arrêter tout mouvement maritime ou océanique du minerai de j fer, d'aluminium ou d'autres minerais des ports suédois ou norvégiens à destination du Reich; et aussi de paralyser les importations océaniques de l'Allemagne, par voie de Vladivostok, sur le Pacifique, à travers la | Russie d'Asie et d'Europe.Il y a le chemin de fer 1 transsibérien, voie longue, mais par où il passe déjà des cargaisons de matériel de guerre américain embarqué à Son Francisco et ailleurs sur des cargos russes.C'est de ce côté que des difficultés peuvent survenir avec le Japon, qui fait, ou s'arroge le droit de faire presque seul la police de l'océan Pacifique, du côfé des ports asiatiques, et vient de le faire entendre sèchement à Londres.* * * Outre la nouvelle officiellement confirmée du choix du comte d'Athlone, oncle de notre roi présent, au poste de vice-roi du Canada, — nouvelle rendue publique hier à Londres avant que M.King ne l'eût annoncée lui-même ici, comme il devait et voulait le faire, — il y a que la session fédérale ne pourra commencer avant la mi-mai ou plus tôt, peut-être guère avant la fin de mai.Des complications de procédure électorale retarderont la réunion de nos nouveaux députés.Cela ne changera rien à la politique pratique du ministère.On fait connaître de plus que le Québec devra attendre encore des semaines et des mois le secrétaire d'Etat qui doit remplacer M.Fernand Rin-fret, mort en juillet dernier et dont M.Lapointe cumule de façon intérimaire les fonctions avec celles de ministre de la Justice.En fait, le Québec a un ministre de moins dans le ministère, depuis au delà de six mois.Cela n'a aucune importance, disent des gens réalistes.Cela peut n'en pas avoir, pour eux, mais il y a des députés qui aspirent à ce portefeuille; et pour ceux-ia l'affoire est d'importance.Entretemps, les ambitions se donnent libre cours.Sport de haute qualité, la chasse au portefeuille.A l'heure présente, la situation respective des partis fédéraux, comparativement à ce qu'elle était après l'élection de 1935, s'établit ainsi: 1935 1940 Libéraux .171 177 Libéraux-progressistes 2 3 *••• Libéraux-indépendants 5 178 3 183 Conservateurs 39 39 Conservateur-ind.I 40 1 40 Créditistes 17 9 C.C.F 7 8 Autres • • •• •• 3 • • •« 2 A venir 0 3 245 245 Les libéraux ont gagné 5 comtés, en 1940; les conservateurs restent au même point, les créditistes (né-démocrates) ont perdu 8 comtés; les coopératistes ICC.F.) en ont gagné 1; et il reste trois comtés à venir, soit retard dons l'élection, soit vacance nouvelle (ainsi à Saskatoon dont le député élu le 26 mars est mort le 1er avril), soit résultat encore douteux.Cela devra donner 1 voix de plus aux libéraux, 1 de plus soit aux coopératistes, soit aux néo-démocrates; et Saskatoon pourrait élire un autre réformiste, partisan d'un programme sans représentation pour la peine aux Communes.Ce que les libéraux ont déjà gagné, ils l'ont enlevé surtout aux créditistes de l'Alberta.* * * En Ontario, on signale une agitation plus ou moins importante parmi les libéraux, chez lesquels M.Hepburn a perdu quelque terrain, vu son attitude hostile à l'endroit de M.King.Le mouvement est dirigé contre la présence de M.Hepburn à la tête du parti libéral.On tient d'autre part dons toute une presse ontarienne qu'au fond, l'intervention bruyante de MM.Hepburn et Drew contre M.King et ses ministres a été en partie cause de l'insuccès de M.Manion.MM.Hepburn et Drew lui auraient donc lancé le pavé de l'ours.On ne pense pas que la tentative faite en vue de déplacer M.Hepburn de la direction du parti libéral provincial aboutisse pour l'heure à autre chose qu'a des manifestations de mécontentement plus ou moins intéressées, faites par des gens qui tiennent à rester ou à s'insinuer plus avant dans le.bonnes grâces des puissants du jour, à Ottawa.Lo déposition politique de M.Mitchell Hepburn serait une rude opération à réussir.L appel que M.Gordon Conont, ministre de M.Hepburn et procureur général ontarien, a lancé à Washington, auquel il demande d'intervenir de façon armée dans la guerre, du côté des Alliés, parait être une bourde de premier plan.A moins que ce que n# soit manoeuvre ultra-loyaliste plus ou moins irréfléchie.Il n y a pas de sacrifice trop grand que le Canada ne puisse foire pour décider les Etats-Unis à se- jeter dons lo guerre avec nous.S'ils veulent la canalisation du Saint-Laurent, de toutes façons il faut la leur accorder, à leurs conditions.S'ils veulent un corridor en terre canadienne pour oiler en Alaska, concédons-le leur.Ne leur sacrifions pas notre souveraineté nationale, certes, mais hors celo, donnons-leur tout, pour aider au maintien de la liberté et de la démocratie", dit entre autres choses M.Conant.Au nom de qui parle ce monsieur, et de quelle autorité?— G.P.4-IV-40 # * * ties sur les autobus à tarif plus élevé, j LlfC CH DQQ6 9 I En multipliant nos agents commer- C est, quoi qu on en puisse dire, démo-1 , ^ • j-l.ciaux, nous ne ferons peut-être pas plus cra*‘ser I® transport.Le trajnway est A s^UGDBC LOFIQ Q£DQ ( de commerce ma,, ils pourront nous ^ pris.0,;,nie^* se*r£1,is •' ,rol,*v: ç U U:|| nciPnfP* prouver disertemenf pourquoi seul 1 a,Jtobus.totalemen.libre, est di-1 SUf Ig Dili UgS agCnCCS » * * «"«^Hp^auisedittei.commerciales, par Alexis te Grincheux M.J.-M.Savignac veut que les cor- respondances de tramway soient vala-1 i i\ .se Gagnon. 2.- LE DEVOIR,’MONTREAL, JEUDI 4 AVRIL' 1940 VOLUME XXXI - No 79 «Il n’y aura pas de fausse paix lorsque la guerre sera gagnée” Un discours anglais de M.Paul Reynaud, radiophone en anglais pour l'Amérique du Nord PARIS, 4 (C.P.-Hovas) - Dans un discours qu'il a adresse hier P*' naux avec T.S.F.à l'Amérique du Nord, en anglais, le premier ministre de France, égaje la (|iatrj M.Paul Reynaud, a déclaré que les Alliés ne livrent pas une fausse guerre, i zje — criliqui ce gagnée mais L’opinion française et l’Italie Les relations entre Italiens et Français — L'attitude de la presse des deux pays Paris, t.(P.-C.-Havas — Par Lucien Homier).— Alors que les journaux italiens, — et certains de ces vee une véhémence qui be de la presse na-liquent sans cesse l’atti-lions des Alliés, on contraire, une rcmar-ou discrétion de la part des journaux français à l’é-j gard de Tltalie.i L’opinion française, sauf quel-I ques exceptions, perdit l’habitude d’être sensible aux campagnes de presse de ses voisins d’outre-Alpes ! pour deux raisons: d’abord, parce I que l’immense majorité des Fran-j çais n’éprouve aucune espèce d’bos-j lilité à l’égard des Italiens et que, I par conséquent, il lui est difficile de | se passionner pour des disputes qui ___-; “ , | lui paraissent ne pas correspondre Le premier ministre Chamberlain a declare \ aux réalités qu’elle connaît; secun- qui signifie qu'il n'y aura pas de fausse paix lorsque la guerre aura efe | tude çn intent gnée.Il n'est pas question cette fois-ci de faire un traité de poix, d.t-.l,, consiate au co is de foire lo paix, une paix qui ne durera pas 25 ans, mois qui se pro- | J longera pendant la vie de nos enfants et de nos petits-enfants M.Reynaud a laissé entendre que la poix sérait suivie du desarmement et de la libération du commerce international.M.Chamberlain se déclare dix fois plus assuré de la victoire qu’au début de la guerre LONDRES, 4 (C.P.juiourd'hui devant le conseil du parti conservateur qu il est dix fois plus ; do, parce que les commentaires et ossuré de lo victoire qu'ou début de la guerre.Lo Grande-Bretagne con- ! je ton agressif des journaux ita-„ „ M j.m j- i'Allomn«n«» a nrocnnp 'bcus qui se proclament anlifian- - -''augmenter sa puissance, dit-il, tandis que I Allemagne a presque js firire|ll 1 • .le plafond de lo sienne.L'Allemagne s'était préparée depuis long ! nm|)res;ij0ll a assure tinue d augmenrer sa puissance u.-.,, .u„u„ | lis finirenl p;,r donner à l’opinion atteint le plafond de la sienne.L Allemagne s était préparée depuis long i l’impression d’un parti-pris lelle-temps à lo guerre, mais Hitler n'a pas su profiter de sa supériorité initiale ¦ nient arrêté et artificiel qu’elle n’y et nous a ainsi permis de corriger nos déficiences.J cherche plus du iout la significa- M.Chamberlain o ajouté que ran DW* *.¦»««, direct» ut-iénuU. LE DEVOIR, MONTREAL, JEUP» 4 AVRIL 1940 VOLUME XXXI — Nô T9 LE COURS GILSON La lutte entre l’humanisme et dialectique au moyen âge la Apparition d'un nouveau type de savant,du Ile au 12e siècle: le dialecticien — La réaction des humanistes, Pierre de Blois, Jean de Salisbury, et autres — Le triomphe de la dialectique — Les grammaires spéculative et universelle Quatrième conférence de M.Etienne Gilson Voici un compte rendu de la première partie de la quatrième conférence de M.Etienne Gilson: Le changement le plus important à noter, du onzième au douzième siècle, c’est l’apparition d’un nouveau type de savant: le dialecticien.Un nouveau type de dialecticien; du moins pour le moyen âge, car c’est le même type contre lequel Cicéron protestait, l’homme pour qui la forme intellectuelle consiste uniquement dans la dialectique et pas autre chose.Le dialecticien n’est pas simplement un homme qui connaît quelque chose aq sujet de la dialectique.Il se définit comme suit: un homme qui se spécialise dans la dialectique et considère tous les problèmes à ia lumière de cette dialectique seulement.La conséquence immédiate de ce changement fut double: Tout d’abord, elle eut pour résultat d’éliminer encore plus complètement l’étude du quadrivium (au moyen âge, subdivision des arts libéraux, contenant les quatre arts arithmétiques: arithmétique, musique, géométrie, astronomie); deuxièmement, dans le trivium lui-même (trivium: grammaire, rhétorique et dialectique), subordonner l’étude de la rhétorique, et même de la grammaire, à celle de la dialectique; enfin, et ce n’est pas le moins important, la théologie devenait la servante de la dialectique.Il suffit de citer quelques noms pour voir les conséquences de ce changement.Bérenger de Tours Parmi les élèves de Fulbert de Chartres, nous trouvons le célèbre Bérenger de Tours (mort en 1088), dont l’attitude est typique de la nouvelle catégorie d’hommes que nous allons rencontrer en nombre toujours croissant.Bérenger de Tours n’était pas seulement en faveur de la dialectique, il était aussi carrément opposé à la grammaire.Avec lui commence la longue lutte séculaire entre l’art de la logique et les auteurs, autrement dit la lecture des classiques.Comme on le sait, Bérenger fut entraîné dans des discussions théologiques sur le dogme de la Tran-subsiantiation.Ses adversaires étaient des théologiens de haute réputation, notamment Lanfranc.La différence entre lui et Lanfranc ne provenait pas de ce que Béranger était dialecticien et l’autre théologien, car tous deux étaient théologiens.Mais Lanfranc prenait grand soin de soumettre la dialectique à la Révélation, tandis que Bérenger était extrêmement imprudent sur ce point.Bérenger fut condamné comme hérétique au sujet de cette discussion.Roscelin Parmi les dialecticiens on doit mentionner Hoscelin, mort en 1106, qui fut le grand adveisaire de saint Anselme de Cantorbéry, et qui fut professeur de dialectique et même, pendant un temps, maître du jeune Abelard, qu'il devait par la suite combattre avec acharnement.C’était un très eminent dialecticien, mais il eut lui aussi des démêlés avec l’Eglise, parce que, en vertu de sa doctrine, il était un nominaliste radical et réduisait les concepts à des noms.* Pierre Abélard Le plus grand de ces dialecticiens du Xllème siècle fut Pierre Abélard.Ses commentaires sur l'oeuvre de Boèce témoignent de 1 excellence de son enseignement.Abélard n’était en aucune façon opposé à l’étude de la grammaire, ni à la culture classique.Tout au contraire.En fait, comme théologien, la manière' d'Ain lard se rapproche beaucoup plus de celle de saint Augustin que ne i était, par exemple, la logique théologique de saint Anselme.Avec un esprit mieux équilibré, Abélard auraii pu réaliser au Xllème siècle la restauration complète de l’idéal patriotique de culture chrétienne, par lequel tous les arts libéraux coopèrent avec l’éloquence, et l’éloquence elle-même avec la F'oi.lui aussi engagé dans des difficultés théologiques.Notons donc tout de suite un fait qui se produit avec l’aflparition de ces dialecticiens, qui avaient réduit les sept arts libéraux à un seul, la dialectique.Ces hommes se sont presque tous trouvés aux prises avec des difficultés théologiques.Pourquoi?Parce que dans la réaction, dans la ré volte de l’humanisme, il faut tenir compte de l’élément religieux.Dans la lutte déclenchée dans les attaques contre l’apparition de ce nouveau type de culture, les huma nistes ont presque toujours eu partie liée avec les esprits religieux; il s’est produit entre eux une alliance spontanée et qui a été à peu près constante.Pierre de Blois Un des premiers témoins de celte réaction pieuse-humaniste contre la dialectique, est Pierre de Blois, un Français éduqué à Paris, au milieu du Xllème siècle (décédé environ vers l’année 1200).Mais il a passé la meilleure partie de sa vie en Angleterre, et il écrit à un ami: “Vous faites de grands éloges de votre neveu, en disant que jamais vous n’avez trouvé un homme d’esprit plus subtil; parce que, véritablement, négligeant la grammaire et éludant la lecture des auteurs classiques, il est accouru aux finesses des logiciens, où non dans les livres eux-mêmes, mais à coups de citations et de notes, il a appris la dialectique.La connaissance des lettres ne peut reposer sur un tel système, et la subtilité que vous louanges peut être pernicieuse.Car Sénèque dit bien que rien n’est plus détestable que la subtilité pour la subtilité elle-même.Certaines gens, sans connaître les éléments de l’éducation, voudraient discou-rer sur le libre-arbitre, le sort, la chance, la physique, les points, les lignes et la superficie, la matière et le vide, les causes des choses et les secrets de la nature et des sources du Nil! Nos première années étaient consacrées à apprendre les règles de la grammaire, de l’analogie, à connaître les barbarismes, les solécismes, les tropes, sous l’enseignement de Donatus, Priscien et Béde, qui ne se seraient pas donné tant de peine, s’ils avaient cru que l’on pouvait acquérir de solides ba-j ses de connaissances sans cela.| Quintilien, César, Cicéron recommandent à la jeunesse d’étudier la grammaire.Pourquoi condamner les écrits des anciens?Il est écrit que la science se trouve chez les anciens.Vous ne sortez des ténèbres de l’ignorance pour entrer dans la clarté de la science, que par l’étude approfondie des anciens.Jérôme se fait gloire d’avoir lu Origène.Horace se vante d’avoir relu plusieurs fois Homère.Ce fut à mon grand profit, que, lorsque j’étais enfant, j’apprenais comment faire des vers, que, suivant l’ordre de mon maître, je puisais mes connaissances, non pas dans les fables, mais dans des histoires véridiques.Et je profitais des lettres d’Hilcîebert du Mans, si élégantes de style et de gracieuse urbanité, car étant enfant, on m’en a fait apprendre quelques-unes par coeur.Dans d’autres livres bien connus dans les écoles, j’ai appris à fréquenter Trogue-Pompée, Josè-phe, Suétone, Hégésippe, Quinte-Curce, Tacite et Tite-Live, qui tous ont placé dans leurs récits ce qui aide à l’édification morale et à l’avancement dans la connaissance.Et j’ai lu beaucoup d’autres livres, qui ne parlaient pas de l’histoire.Et dans tous ces livres nous pouvons cueillir des fleurs parfumées, ou les cultiver nous-mêmes pour la douceur de leur langage”.La défense de l'humanisme jiagnée sité”.Ces hommes étaient destinés à prendre une grande influence aux XIV et XVème siècles.Ecoutons plutôt ce qui suit: “Oh! s’ils apportaient à l’édification des moeurs autant de zèle qu’ils mettent à leurs élucubrations nocturnes! “Oh! s’ils pâlissaient pour le soin de la patrie céleste, comme ils pâlissent par une application véhémente de I’ame* alors qu’ils consument leur vie et leurs années sur de vaines subtilités de mots! “Les subtilités qu’ils ne peuvent atteindre, ils veulent les comprendre parfaitement.“Qu’y a-t-il de plus vain que de consacrer tout son temps à des subtilités et des frivolités?“O la vanité de l’ostentation! O l’ambition de gloire! O curiosité inutile!” Qui parle ainsi?L’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ?Pas du tout, c’est Alexandre Neckharu qui parle.Ce n’est pas un grammairien, ni un homme éloquent ni un savant, ainsi qu’on l’a vu précédemment.Mais il aime les arts seulement en fonction de la sagesse divine.“La poussière des mots est méprisable, dit-il, la dévotion est simple.” “La dévotion est simple”: deux mots que l’on doit se rappeler, ca*-ils sont importants.Pendant les XIII et XlVe siècles, la piété simple s’alignera toujours avec les grammairiens contre les dialecticiens, parce que Ja culture traditionnelle des Pères de l’Eglise était inséparable de la grammalica classique et presque entièrement étrangère à la dialectique.La victoire des humanistes dti XVIe siècle contre la scolastique resterait pour nous inex-plicanle si nous ne savions que la constante opposition qui a accom-la scolastique, pendant toute durée des XHIe et XlVe siècles, a toujours trouvé ses plus puissant* alliés dans l’Eglise elle-même.Jean de Salisbury Mais la plus remarquable réaction contre le mouvement nous est venue d’un autre Anglais, Jean de Salisbury.C’était un être exquis.Né à Starum en 1115, il alla à Paris en 1138 et y demeura jusqu’en 1148.11 retourna alors en Angleterre et y devint l’ami de Theobald, archevêque de Cantorbéry.Il fut aussi, plus tard, l’ami de Thomas Becket.En 1176, il fut nommé évêque de Chartres, où il mourut en 1180.Après son arrivée à Paris, en 1136, Jean de Salisbury avait étudié la logique sous Abélard, puis, après le départ d’Abélard, sous Albéric de Reims et Robert de Melun.Ces études de logique durèrent deux ans.Il se livra ensuite à l’étude de la grammaire sous Guillaume de Conches pendant trois ans, puis de la rhétorique sous le célèbre grammairien Petrus Hébas.Alors il décida de recommencer toutes ses études, sous Richard l’Evêque, homme de peu d’éloquence, mais d’un immense savoir.Il enseigna ensuite pendant trois ans.Nous ne savons où il enseigna, sauf que Jean, dès qu’il avait amassé quelque argent, recommençait à suivre les conférences, cette fois d’un certain Gilbert de la Porrér, puis de Robert Pullus, qui lui cnsci gna la théologie.Ayant ainsi terminé son cours d’études, Jean de Salisbury retourna à Paris, animé surtout par le désir de revoir ses anciens professeurs et confrères d’écoles, qui s’y trouvaient encore à enseigner et a étudier la logique, pendant que lui-même approfondissait sa grammati-ca et apprenait sa théologie, en de hors de Paris.Jean de Salisbury, narrant cette visite, écrit: Une régression “Je les trouvai tels qu’ils étaient et où ils étaient, auparavant; ils n’avaienl pas paru avoir avancé d’un seul pas dans la solution des vieux problèmes, ni asroir trouvé une seule proposition nouvelle.Les que ne possède qu’une fonction instrumentale.La plaie des écoles Le diagnostic de Jean de Salisbury était parfaitement correct.Lu plaie qui a fait rage dans les écoles du Xlle siècle n’était rien autre qu’une rébellion ouverte de la logique contre les autres arts liberaux.La logique, désertant son poste et son rang dans l’ordre de la culture classique et, au lieu de rester un moyen, ambitionnant de prendre le rang de fin ou même “la fin”.Contre un mal si dangereux, Jean de Salisbury ne trouve qu’un remède, qui est de rétablir l’ordre classique des sept arts liberaux, -., , , ., dans leur intégrité initiale, avec la Xlle siècle, des le deuxieme quart grammaire comme base, la rhéto- 1 rique au-dessus de la logique, et tous les arts libéraux au service de la vérité chrétienne.me est pernicieuse.Sénèque l’a dit, rien de plus odieux que la subtilité pour elle-même.B ailleurs cette dialectique ne sert de rien, que dans les écoles.On enseigne aux enfants une masse de questions alors qu’ils ignorent les éléments.Il faut commencer les enfants par les règles de la grammaire.D’ailleurs Quintilien, César et Cicéron en ont recommandé l’étude.Pierre de Blois se félicite d’avoir été obligé d’apprendre par coeur les lettres élégantes de Hihle-bert et d’avoir, outre les livres plus connus dans les écoles, souvent parcouru Trogue Pompée, Joseph, Suétone, Egésippe, Quinte-Curce, Tacite, Tite-Live, etc., etc.Voilà précisément ce qui commençait d’être vaincu dès la fin du m w • 1 — 1 _ 1 X « „ 1 i < v i ., r A /I 11 t* 1 Evidemment nous entendons ici le chant funèbre de la culture classique du Xllème siècle, mais elle n’etait pas morte et avant de disparaître temporairement, elle allait se donner le plaisir d’une rude bataille défensive.Et elle allait avoir des alliés.Tel, par exemple, l’Anglais Alex- ; ne connaissaient plus la modestie, andre Neckham.Ce dernier n’était ai1 PpinJ 1 pn pouvait désespé-\PiU il .iv.it n i,,, in a „i i.|l>as d’un esprit t ré s lumineux, et r‘’r (*e 'pJ,r guérison.Ainsi l’expé-p.î*.1 les fables qu’il nous conte dans son rience m a appris une conclusion buts qui les inspiraient alors étaient toujours les mêmes.Ils n’avaient avancé que sur un seul point: ils avaient désappris la modération, ils logique.Et il le savait, et il le dit, à sa façon directe et émouvante, lorsqu’il écrit au début de sa profession de foi à Héloïse: “Soeur Ht loisc, la dialectique m’a rendu détestable au monde entier Abélard enseignait la logique d’Aristote, et son succès était tel que les élèves accouraient de tous les coins du monde, pour suivre ses leçons.Abélard fut un des premiers professeurs de logique à connaître les Analytiques d’Aristote, ouvrage qui fut découvert en 1128.Tout l’Organon, d’Aristote, était connu de Jean de Salisbury, en 1159, et celle augmentation notable dans la matière employée pal les professeurs dans leurs classes a aussi favorisé l’invasion progressive de l’enseignement de la logique dans les écoles.Or ce même Abélard s’est trouvé NOUVEAUTE Barbelés ronges Trois Russes s'évadent des bagnes soviétiques par IVAN SOLONIEVITCH Brochure de 265 pages.Au comptoir ou par la poste .90s.SERVICE DE LIBRAIRE DU "DEVOIR" livre De natura rcrum ne sont pas pour augmenter l’estime pour son intelligence.C’est ainsi qu’il nous donne du coq des notions assez surprenantes.Car, dit-il, lorsque les coq deviennent vieux, ils pondent quelquefois, et si ces oeufs sont couvés dans un crapaud, il en celât un oiseau qu’on appelle le basilic, il nous parle aussi d’un curieux poisson appelé “hippopotame” et surtout il nous donne une belle définition de l’homme.C’est, pour Neckham, un arbre à i’envers, parce que les cheveux de l’homme lui font penser à des racines, en sorte que l’homme marche racines en l’air.Mais à part cette science biscornue, Neckham n’était pas ennemi des arts libéraux.Loin de ’à, i! n même écrit un très bon poème de .:6G vers élégiaques pour les célébrer.Mais précisément, il aime ies arts uniquement en fonction de la sagesse divine.La vanité de la gloire Et donc Neckham s écrie soudain: O temporal o mores! o inqul-sitiones! Et Neckham prie Dieu de le préserver de la vanité de vaine gloire qui semble conduire les professeurs parisiens à la perdition éternelle.Neckham est un homme très pieux qui se défie de ces nouvelles inventions, de ces subtilités inutiles.Il *st intéressant comme un type presque exagéré de ces nombreuses gens qui combattront la dialectique, moins parce qu’ils aimaient la grammaire, que parce qu’ils craignaient la “vaine curio- v .qi a poursuivre les autres études, elle est par elle-même sans vie et aride et elle ne peut entraîner l’âme à évidente, c’est que si la logique aide ou donner les fruits de la philosophie.” Ainsi donc Jean de Salisbury avait réalisé clairement qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas avec les logiciens de son temps.Son cas est d’autant plus intéressant pour nous que Jean lui-même était un excellent dialecticien, sans le moindre sentiment d’hostilité contre 1a logique.Il offre les remèdes dans ce même livre Metalogicus.Le rôle de la logique Pour Jean de Salisbury, la logique, en tant que logique, n’était pas seulement un art utile, elle était absolument nécessaire.La logique parcourt toutes les autres disciplines comme le sang parcourt le corps pour le faire vivre, mouvoir et agir.Mais, précisément, là où il n’y a pas de nourriture il n’y a pas de sang, il n’y a pas de vie.Le mal n’était pas dans la Logique, mais, suivant l’usage qu’en faisaient les contemporains de Salisbury, était précisément que, la Logique étant une partie du trivium, elle tentait de s’échapper des autres arts, et même de les remplacer tous.Tandis que Jean de Salisbury prétend, au contraire et avec persistance, que les seules questions que la Logique puisse résoudre sans aucun autre secours que celui de la grammaire, ce sont les questions logiques: ‘propositus de se expedit qiiaetiones.sed ad alia non consurgif".Fin résumé, prise en elle-même, la logi- Cornificius Certains, écrit Jean de Salisbury, disent qu’il est Inutile d’apprendre l’éloquence, parce une c’est un don naturel^ C’est absurde.L’éloquence est un don de la nature, mais qui peut être perfectionné par l’art.L’éloquence sans sagesse est aveugle, mais la sagesse sans éloquence est impuissante, elle est incapable de convaincre.En fait c’est une “dulcis et fructuosa conjugalio ra-tionis et verbi".Si l’éloquence est Mercure, l’amour du vrai est Philologie.Il ne faut pas les divorcer.Attaquer l’éloquence c’est attaquer li philosophie tout entière.C’est ce que fait Cornificius (un détracteur de Virgile et dont il fait le prototype du dialecticien dans ce qu’u peut présenter de détestable).Cornificius est un sophiste et qui pose par exemple le problème suivant: “Quand un porc est conduit au marché, qu’est-ce qui le tient, l’homme ou la corde?” Ce sont des gens qui ne parlent pas des choses, mais de la -.lanière d’en parler et qui ne peuvent faire aucun raisonnement sans dire quel raisonnement c’est.Les élèves savent tout, et tout de suite, et sont pires que le maître.Les uns deviennent médecins en un clin d’oeil à Montpellier; ils ne retiennent que deux recettes entendues à leur manière: Gbi indigenlia non oportet laborare (chez les pauvres pas besoin de travailler) et “—Dum do-let, accipe".— D’autres se font courtisans.Bref, tous sont philosophes en un rien de temps.Cornificius dit qu’il est inutile d’étudier la rhétorique, parce que la nature la donne ou non: si elle la donne, le travail est inutile; si elle la refuse, le travail est encore inutile pour cette raison.En fait c’est faux, car l’éloquence ne s’acquiert qu’au prix d’un travail assidu.Dans tous les arts le travail fait l’artisan.Parler n’est pas être éloquent.L’éloquence est la facilité de parler; mais la facilité suppose une faculté, il est vrai, mais avec l’étude en plus.I Pour parler il faut avoir quelque chose à dire Car pour bien parler il faut avoir quelque chose à dire et savoir user de sa raison.Donc l’éloquence présuppose la philosophie au lieu de l’exclure.Elle présuppose avant tout la logique qui est donc non seulement utile mais nécessaire.Tous les arts sont utiles: ils sont ce que les Grecs nomment des méthodes, c’est-à-dire des procédés pour faire facilement des choses difficiles.Jean de Salisbury ajoute que la logique et la dialectique sont nécessaires.Seulement, il ne faut pas y passer sa vie.Certaines gens qui n’admettent pas la dialectique sont comme des vieillards occupés à des vétilles.Ils critiquent tout, coupent tout en morceaux, syllabes et lettres.Ils finissent par ne pas savoir ce qu’ils disent .Aristote les auraii désavoués s’il les avait entendus, lui qui dit qu’on ne doit pas disputer de tout, ni de ce qui est evident, ni de ce qui dépasse la discussion dialectique, par exemple la neige est blanche, etc.Donc, dit Jean de Salisbury, pas d’éloquence sans sagesse.La dialectique servira chacun dans la mesure de ce qu’il sait.Il faut donc dépasser la dialectique et acquérir les connaissances dont elle permet de se servir.On ne peut parler que de ce qu’on sait.La logique d'Aristote Mais la protestation de Jean de Salisbury demeura sans effet.En fait, il y eut un enthousiasme ge-.néral extraordinaire pour la logique d’Aristote occasionné surtout par une double découverte dans ses oeuvres.Le goût des études dialectiques fut loin de diminuer pendant le Xllème siècle.Au contraire, il ne fit qu’augmenter, au point où tout le siècle semble avoir été submergé par un océan d’enseignement de la logique et des discussions dialectiques.Dans les Universités du treizième siècle, l’enseignement de la Logique avait presque entièrement remplacé l’étude de la grammaire et de la rhétorique.Si l’on consulte par exemple les Status des Artistes de la nation anglaise de la F'aculté des arts de Paris en vue de la licence ès arts (début de 1252) on constate qu’ils requéraient cinq ans d’études, ou au moins quatre ans.La grammaire reléguée au second rang Or le programme comporte huit ouvrages de logique étudiés contre 2 de grammaire.Et celle-ci n’y joue qu’un rôle bien effacé, qui est d’enseigner le latin à l’usage des écoles.Il n’y a pas d'examen proprement littéraire; pas d'étude des auteurs anciens.Si l’on consulte les Chartres Univ.de Paris, on y voit qu’Aristo te y est cité à maintes reprises, mais ni Cicéron, ni Virgile, ni Sénèque ne figurent dans aucun texte du treizième siècle.Que l’on compare cette formation grammaticale et logique à celle que donnait au Xllème siècle Bernard de Chartres à ses élèves, ou du treizième siècle.La rérction de la grammaire On dit généralement que le treizième et le quatorzième siècles furent l’époque de la théologie et de la philosophie scolastique.Mais il importe de souligner un autre aspect de la situation, aspect généralement méconnu et ignoré, ignorance qui explique pourquoi la Renaissance a paru à beaucoup une explosion brusque, sans préparation.Mais ce dont il faut se rappeler, c’est qu’il y a eu sans cesse de nombreuses protestations humanistes et religieuses contre le triomphe à peu près complet de la dialectique.Les professeurs déplacés Et pourquoi y a-t-il eu des protestations?La chose est toute naiurel-le( du moins à un certain point de vue.C’est que l’invasion des écoles par les dialecticiens a fait perdre leur place aux professeurs de grammaires et de lettres.En certaines écoles, les choses en vinrent au maire et de lettres.En certaines n’y en avait plus que deux pour la grammaire.Et non seulement l’importance des professeurs de grammaire et de lettres avait diminué, mais il est arrivé finalement qu’ils ont été évincés des grandes institutions pour être rejetés dans les petites écoles.On conçoit que ces professeurs n’ont pas laissé faire sans protester avec véhémence.La grammaire en vers Leur ressentiment était d autant plus vif que les logiciens et les dialecticiens, non contents de chasser la grammalica des écoles, l’ont transformée, si bien qu’au lieu de faire lire Virgile aux élèves, on a proposé de faire une science de la grammaire, savamment déduite en logique et dialectique.On en a même écrit en vers, à peu près comme on mettrait en poésie les règles du jeu de bridge.Comme dit Paeton, “un changement beaucoup plus important eut lieu par l’influence des dialecticiens et logiciens, qui transformèrent la grammaire en une étude spéculative.Au lieu de référer à Jes exemples tirés de la meilleure littérature latine pour expliquer u’u point douteux, les grammairiens préféraient résoudre la question par les régies de la logique.Priscien ne pouvait plus satisfaire les exigences nouvelles.La situation est ainsi résumée dans une glose pour par les règles de la logique.Pris-que Priscien n’a pas enseigné la grammaire par tous les moyens possibles, la valeur de ses oeuvres est grandement diminuée.Ainsi il présente diverses constructions sans en donner les causes et se base uniquement sur l’autorité des anciens grammairiens.Donc il n’enseigne pas; n’enseignent que ceux qui donnent les causes de ce qu’ils disent.La grammaire spéculative C’était non seulement un changement, c’était une révolution dans l’histoire de la grammaire, car elle a fait surgir deux grammaires nouvelles retentissantes: la Doctrinale, d’Alexandre de Villedieu, et le Grae-cismus, d’Evrard de Béthune, deux grammaires où l’on décèle sans peine l’influence de la logique.Elle a aussi fait surgir une autre sorte de grammaire et d’enseignement grammatical assez surprenants: la grammalica speculativa.Considérée dans son sens ordinaire et traditionnel, elle a pour objet propre d’enseigner les convenances du langage.Savoir la gram-maire^ d’une langue donnée, c’est connaître les règles qui permettent à quelqu’un de s’exprimer correctement dans cette langue en particulier.Aussi, il y a autant de grammaires que de langues.Or les professeurs d’écoles du XlIIe siècle n’ont pas été lents à s’apercevoir que les problèmes que présenté une grammaire dans toute langue sont de deux sortes: les uns sont dus aux particularités individuelles de cette langue; _ d’autres sont communes à toutes lés langues humaines.en autant que, en dépit de leur idiosyncrasie propre, toutes remplissent la même fonction: elles expriment au moyen des mots le con tenu du cerveaii humain.Etudier ce second groupe de problèmes, en dehors du premier, c’est étudier les modi significandi.La science qui le fait se nomme la grammaire spéculative.La grammaire universelle A partir du XlIIe siècle, l’idée de ce type de grammaire entièrement nouveau se formula progressivement.Ce devait être une grammaire universelle, non plus l’art d’em- ployer telle ou telle grammaire pour tel ou tel langage dank la science des modes universels d’expres-siAn de la pensée humaine.Comme dit Roger Bacon : la grammaire substantiellement une est la même pour toutes les langues, bien qu’elle puisse subir des variations accidentelles.Un auteur anonyme dit: “Celui qui connait la grammaire dans une langue la connait aussi dans une autre langue, quant aux parties essentielles de la grammaire.Le fait que néanmoins il ne puisse parler dans cette autre langue, ni comprendre celui qui parle cette autre langue, est dû à la diversité des mots et aux différences dans leur formation, lesquelles sont accidentelles à la grammaire.Cette idée d’une grammaire universelle persista longtemps, puisque lors de la révolution française, la Convention non seulement voulut édicter des poids et mesures universels, mais aussi faire faire une grammaire universelle pour le monde entier.La dialectique Ce nouveau développement dans l’enseignement de la grammaire devait avoir d’importantes conséquences, que l’on peut suivre jusqu'au XVIIIe siècle.Ce changement au XlIIe siècle peut se résumer comme suit: Jusqu’alors la dialectique avait été comprise dans le coués d’études, comme un des moyens de compléter la grammaire et de parfaire l’éloquence.Désormais et jusqu’au XVIe siècle, l’éloquence anisi que la grammaire seront comprises nans Tctude de la dialectique.Ce premier changement en a apporté un second, savoir que les grammairiens qui jusqu’alors avaient représenté la puissance dirigeante dans l’éducation ae sont trouvés transformés dès lors en une sorte d’opposition à l’égard de la nouvelle puissance dans le domaine éducationnel.M.Politis prend sa retraite Paris, 3.— M.Folitu, mtntatw d* Orée», oui, atteint par la limite d'âge, va quitter la direction de la légation de Orée* à Paris, vient d'étre nommé, par application d'une loi publiée la semaine dernière, conseiller Juridique de toutes les ambassades et légations de Grèce avec rang d’ambassadeur et résidence à Parla.'Mieux vaut la vérité' Le "Devoir" commence aujourd'hui la publication d'un nouveau feuilleton : "Mieux vaut la vérité", adapté de l'anglais.au programme esquissé par Pierre de Blois dans une lettre datée de Paris, vers 1160.Dès cette époque Pierre de Blois protesta contre le fait qu’un jeune Guillaume abandonnait la science de la grammaire et des auteurs pour ne s’occuper que de logique.Erreur, dit-il, car il n’y a pas de fondements de connaissance dans de telles choses, et cette subtilité qu’apprend Guillau- mm tsm £
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