Le devoir, 2 juin 2001, Cahier D
LE DEVOIR.L E S S A M E D I E T I) 1 M V X ( Il E .1 I I \ > O O I Roman québécois Page D 3 Essais Page D 4 Poche Page D 4 Métamorphoses et clonage Page D 6 Formes Page D 7 LE DEVOIR PHOTO: ALEXIS DESTROISMA1SONS / Ecrire à 20 ans CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Elle ne s’est pas présentée au rendez-vous fixé, invoquant une phobie des espaces libres et des lieux publics.Tapie dans son espace intime, la jeune poète a plutôt accordé une entre vue téléphonique, bien à l’abri des regards indiscrets.On ne saura donc pas laquelle de ses robes Tania Langlais portait ce jour-là et on se contentera de contempler, au dos .de l’ouvrage, la photo d’une jolie jeune femme pensive qui baisse les yeux pudiquement devant l’objectif.Car son premier recueil de poésie est plan de robes.Douze robes, l’une safran, l’autre notre I comme la mort, l’autre couleur de «la malaria qui perd ses eaux», une autre encore dissimulant des lames.Douze robes comme Douze bêtes aux chemises de l’homme, le premier recueil de Tania Langlais, poète de 21 ans, qui vient de remporter le prix Emile-Nelligan, réservé aux poètes de moins de 35 ans.Douze robes comme des enveloppes, qui ne laisseront, à la fin, que «femme nue debout et robe vide sur parquet rompu».C’est un recueil plein d’un «calme toujours inquiet», pour reprendre les mots de David Cantin dans ces pages, que Tania [.anglais a écrit entre le cégep et l’université.Un recueil divisé en cinq parties comptant chacune douze ou vingt et un poèmes, selon un ordre que l’auteur s’est imposé.«Pour moi c’est très important», cet ordre, dit-elle, cette contrainte qui modèle les poèmes, cette forme.«Je voulais organiser tout cela comme un film, avec ses blancs et ses lenteurs avec ses lumières.» L’histoire se déroule en Espagne, entre Séville et Madrid.Une histoire pleine de violence et d’esquive, une sorte de lutte sans merci entre des personnages qui ne finit pas vraiment.Elle met en scène un homme, une femme, et la rumeur, un peu comme une corrida, dans cette culture du «sang pour le sang», précise-t-elle.De l’Espagne, la poète apprécie aussi le maniérisme, une esthétique de la passion, de l’honneur, une certaine fascination du cruel, et Federico Garda Lorca.Ce sont des corridas quelle évoque sans les nommer, où la femme se cabre et charge devant l'homme, corrida qui est aussi symbole d’une Espagne où elle n’a pourtant jamais mis les pieds.«C’était important que le recueil se déroule à un endroit où je n’étais pas allée.Cet endroit est vrai dans la mesure où je l'ai inventé», dit-elle.Tout en allusions, son recueil glisse comme autant de feintes, d’apparences déjouées, dans le cadre d’un jeu dont on pourrait avoir égaré la méthode.Car écrire, pour Tania Langlais, est aussi un jeu.L’envie d’écrire lui est venue il y a plusieurs années, alors que, fréquentant encore les premiers paliers du secondaire, elle feuilletait Baudelaire, René Char et François Charron, dans les bibliothèques.«Cela doit être cela qui m’a dérangée», dit-elle de ces lectures des jeunes années.Pour elle, écrire semble à la fois une nécessité et un drame, un espoir et une vocation de solitude.«Le fait d’écrire, c’est tellement une entreprise solitaire.» Une vie de mots, qui se place «peut-être à côté du réel».Et pourtant, il lui est impossible de ne pas écrire.La fin d’un livre en appelle un autre et comme elle le précise dans une strophe: «si j’ouvre la main, je perds mon nom».Pour elle, toutes les formes d’art relèvent du «même long cri» de l’artiste.Déjà, au cégep Maisonneuve qu’elle fréquentait, Tania Langlais remportait le concours de poésie qui l’a amenée à se VOIR PAGE D 2: ÉCRIRE 1701 Le rendez-vous La Grande Paix de Montréal de 1701, tout le inonde, hormis les historiens et quelques spécialistes des relations autochtones, l’avait à peu près oubliée.Toutefois, à en juger par les diverses activités liées à la commémoration du 300' anniver- saire de l’événement qui se dérouleront pendant l’été, l’oubli WÊt i~.;.i « est en voie d’être réparé.À Montréal, il y a un mois, le musée Pointe-à-Callière inaugurait une exposition d’objets de l’époque.Cette semaine, avec La Grande Paix.Chronique d'une saga diplomatique (Libre Expression), Alain Béaulieu et Roland Viau reconstituent la relation qu’en aurait faite un contemporain.Mais qu’en est-il au juste de ce traité qui modifia le cours de l’histoire de la Nouvelle-France?Retour sur le passé qui rejoint curieusement le présent.MICHEL VENNE LE DEVOIR Ville-Marie, 1701.Depuis au moins 60 ans, les rivalités pour le contrôle du commerce des fourrures dans le Nouveau Monde entraînent des guerres sanglantes entre les Français, les Iroquois, les Anglais et les autres nations amérindiennes de la vallée du Saint-Laurent et des Grands Lacs.Les Murons, entre autres, sont victimes d’attaques systématiques de la part des cinq nations iroquoises.Les Français, qui sont peu nombreux dans la colonie, et qui ont besoin du concours des Amérindiens pour préserver leur position commerciale et militaire, cherchent désespérément depuis Frontenac, à rétablir la paix, non seulement entre eux-mèmes et les Iroquois, mais entre les Iroquois et les autres nations autochtones qui sont leurs alliées.À la fin du siècle, les circonstances sont favorables à la conclusion d’une paix durable en Amérique.Les Français et les Anglais, qui s’affrontent en Europe comme sur le Nouveau Continent, signent la Paix de Ryswick en 1697.De leur côté, les Iroquois, affaiblis par les raids des régiments canadiens et fatigués par des années de combats incessants, sont disposés à mettre fin aux hostilités.Montréal, alors Ville-Marie, devient le point de mire de l’Amérique car elle est le théâtre de cette paix conclue au terme d'une saga diplomatique à laquelle participeront les missionnaires jésuites et les coureurs des bois canadiens, les militaires français et les chefs amérindiens, dont le grand chef huron Kondiaronk, qui se révélera un grand diplomate.C’est lui qui va convaincre les chefs d’une trentaine de nations alliées aux Français de signer cette paix incluant les Iroquois et de remettre à ceux-ci des prisonniers en signe de sincérité.Mille deux cents délégués de 39 nations convergeront sur Ville-Marie durant l’été 1701.La bourgade compte alors à peine plus d’habitants.Les négociations dureront plusieurs jours, durant lesquels de nombreux Amérindiens meurent des suites de maladies contractées au contact des Européens.Kondiaronk, âgé d’environ 75 ans, est du nombre.Son décès, loin de nuire à la ratification, aurait même été un facteur favorable.Les Iroquois, contrairement à ce qui avait été convenu, n’avaient pas ramené sur les lieux leurs prisonniers issus des nations alliées.Le grand chef est fâché, il se sent floué et, avant de mourir, il freine les discussions au point où Louis-Hector de Callière, artisan de la réconciliation et gouverneur de Montréal, craint qu’elles achoppent La paix est finalement signée le 4 août.Elle met tin définitivement aux guerres franco-iroquoises.Jusqu’à la Conquête.Seuls les Anglais sont mécontents parce que Callière obtient la neutralité militaire des Iroquois.VOIR PAGE D 2: CHEFS Les ambassadeurs venus à Montréal, à l’exemple du chef iroquois Etow Oh Koam, qui fut également membre d'une délégation auprès de la reine d’Angleterre, revêtaient leurs plus beaux habits pour participer aux audiences.Huile de John Verelst, 1710 % SOURCE: ÉDITIONS LIBRE EXPRESSION I.K I) E V 0 I R .L E S S A M EDI 2 ET DI M A V ( Il E :t J I I X 2 0 I) I Livres ECRIRE SUITE DE LA PAGE I) 1 rendre a Paris, en 1999, au Salon du livre qui célébrait le Printemps du Québec.Le choc, depuis, a été de publier.Un recueil d’une centaine de pages, avec son nom en lettres bleues qui se détache de la couverture noire des éditions des Herbes rouges.Elle a encore peine a le croire, lorsqu’elle le contemple.C’est un recueil complet, lancé tout d’un coup sans avoir au préalable publié des premiers poèmes dans des revues.Çt puis, il y a eu la remise du prix Emile-Nelligan, accompagné d’une bourse de 5(XX) $.La jeune étudiante, qui écrivait autrefois dans l’ombre, rencontre du coup les poètes qu’elle admire, voit son livre commenté.Aujourd’hui, alors qu’elle vient de redéménager à Montréal après un séjour de deux ans à Trois-Rivières, s prochaines générations d’étudiants auront peut- être envie de savoir pourquoi j’ai fait telle et telle chose, et j’ai envie de le savoir, moi aussi.» Hélas, ses souvenirs demeurent anecdotiques, souvent mondains.Le tout est suivi de fragments de la correspondance de Carson McCullers et son mari en temps de guerre, et de trois nouvelles.«Étrange, ce mélange de raffinement et de sauvagerie, de “morbi-dezza” et de naïveté.Peut-être très douée», écrit Klaus Mann à propos de Carson McCullers.On trouvera dans Le Tournant (10/18) ce qui manque à l’autobiographie de McCullers: la réflexion.Marqué par un père (le très célèbre Thomas Mann) qu’il tient à distance.Klaus Mann craindra aussi d’être dominé par le nazisme et préférera s’exiler.Son autobiographie est celle d'un écrivain, mais elle constitue également le témoignage essentiel d'un Allemand qui, horrifié par le nazisme, voudra le combattre au sein de l’armée américaine.Le Chinois Gao Xingjian, Prix Nobel de littérature, a lui aussi fui son pays pour incompatibilité politique.Dans Ixi Raison d'être de la littérature (L'Aube, format poche), il rappelle: «L’écrivain est un homme ordinaire, peut-être est-il seulement plus sensible, et les hommes trop sensibles sont toujours plus fragiles.L’écrivain ne s'exprime ni en porte-parole du peuple ni en incarnation de la justice; sa voix est forcément faible, cependant c'est précisément la voix de cette sorte d'individu qui est beaucoup plus authentique.» Cette publication très stimulante réunit le discours que livrait l'auteur devant l’Académie suédoise et des dialogues éclairants avec Denis Bourgeois.La littérature était la raison d’être de Virginia Woolf.Michael Cunningham témoigne de la fascination qu'il éprouve pour son œuvre, non pas en rédigeant une biographie, mais en écrivant un tv if i TSf^ • i iVlichgfflPLur||ungh Il «este .1 u Ik-UT lev tient n.I l.tl Ivv.» tout yj »l etiu ouvpvTvv (encore qh i le ne n| »iétotv p.u Lure ce genre iV.u lurv).o» Lmsc SjIIy ranger la ville tie han»\ roman très fin, Les Heures (Pocket), prix Faulkner et prix Pulitzer 1999.On y retrouve Clarissa, Virginia et Laura, personnages qui réfèrent à l'œuvre et à l’univers de Virginia Woolf dont les vies parallèles convergent de façon émouvante à la toute fin du roman.Un très bel hommage littéraire, et un excellent roman.Le personnage de Colette a lui aussi marqué les lettres françaises.Michel del Castillo trace son portrait dans Colette, une certaine France (Folio), prix Femina Essai 1999.L'auteur retraverse une œuvre qu'il a beaucoup fréquentée, examine la correspondance, questionne Gazou, la fille de Colette et amie de del Castillo.Ses livres nous donnaient l'image d'une femme gracieuse, généreuse, maternelle?On la découvre ici égoïste, presque mesquine, peu soucieuse de sa fille.Est-ce là la vérité sur Colette?Au lecteur de trancher (s’il le faut).Et si la plume élégante de Michel del Castillo lui donne envie de rester en sa compagnie, il pourra lire son journal, L'Adieu au siècle (Points), sorte de bilan Henriette Dessaulles Journal Deuxième, troisième et quatrième cahiers 1B70-10W concernant l’état du monde avant le passage à l’an 2000.Le Journal d'Henriette Dessaulles (BQ) témoigne, d’une époque plus lointaine.Écrites entre les années 1876 et 1881, ces pages contiennent la vie d’une jeune bourgeoise de Saint-Hyacinthe éprise de littérature, avide d'autonomie.Ce qui n’empêche pas l’amour de pointer son nez en la personne de Maurice, un «parti» auquel la famille d'Henriette résiste jusqu’à ce que l’évidence de leur amour l'emporte.Comblée.Henriette délaisse son journal (qu’en penserait Nancy Huston?) peu de temps avant son mariage, mais reviendra à l’écriture après la mort de son mari pour signer, de 1911 à 1946, une chronique hebdomadaire, Lettre de Fadette.dans les pages du Devoir.Rappelons qu'elle était la cousine d’Henri Bourassa, fondateur du quotidien.Un Journal mieux écrit que bien des romans historiques publiés aujourd’hui.La mort de Marguerite Duras a aussi incité Yann Andréa, son singulier compagnon des der- yi&JL' ii DE VERRE SyWt lauciUt W/f.Imfo/rf ttjêm Carson McCullers Illuminations et nuits blanches 10 18 nières années, à faire un retour à l’écriture.Dans Yann Andréa Steiner (Folio), l'édition définitive du texte publié en 1992, on assiste à leur première rencontre, à Trouville.On y retrouve aussi les figures et les éléments qui traversent l'œuvre de Marguerite Duras: l’impossible amour entre une jeune femme et un petit garçon.NANCY HUSTON IOURNAL DE LA CRÉATION à Marguerite Duras Yann Andréa Steiner f ?l’enfer nazi, la plage, la pluie, la nuit.Terminons avec le recueil de Sylvie Massicotte, L'Œil de verre (L’Insiant même, format poche), où il n’est question ni d’écrivain, ni de littérature, mais où chacune des nouvelles (souvent dans sa chute) déstabilise le lecteur.N'est-ce pas là une des raisons d'être de la littérature?1 L E 1) E V 0 I K .L K S S A M K D I K T 1) I M A N ( Il E :< .1 I I N 2 0 (I 1 i) r> -«- Livres ¦*- ESSAIS ÉTRANGERS Le soixante-huitard impénitent Nos sociétés ont, sur le plaisir, une position ambiguë.D’abord, ouvertement, on nous commande, partout, de le rechercher, de •jouir aujourd’hui puisqu on ne sait pas de quoi demain sera fait».D’autre part, toutes sortes de normes viennent empêcher moult plaisirs.Elles ne sont certes plus édictées, comme jadis, par une morale exigeante mais prennent la forme de principes intériorisés comme le culte du travail, de la performance, ou encore la déification de l'exercice physique, de la santé.Jadis, on entravait la pente du plaisir par des normes sociales contraignantes.Aujourd’hui, les «sacrifices», le refus des plaisirs, c’est l’individu qui se les impose puisque, dans notre modernité tardive, il revient à lui de se forger, de se construire.Il doit être l’auteur de lui-même, ce qui peut nuire au plaisir.La question du plaisir, deux auteurs, en France, s'y sont récemment attardés de façon bien différente.Philippe Delerme, par un petit livre qui (signe des temps?) a connu un succès commercial fabuleux, a rendu hommage, par le truchement de patientes descriptions, aux plaisirs minuscules, telle la •première gorgée de bière».L'écrivain s’est attiré quantité de remarques méprisantes.Le succès littéraire suscite la jalousie! Mais il y a aussi une tradition, remontant entre autres à Tocqueville, qui déplore la petitesse satisfaite des plaisirs de l’ère démocratique.Les aristocrates, eux, avaient des •dépravations somptueuses».Nietzsche verrait en Delerme le prototype du «dernier homme».Par ailleurs, un essayiste, Jean-Claude Guillebaud, s’est aussi fait, récemment, le contempteur d’une «tyrannie du plaisir», c’est-à-dire d’une morale hédoniste, conçue dans les années 60 et notamment en «mai 68», dont la maxime cardinale enjoignait de «jouir sans entraves».Hervé Hamon, écrivain et éditeur (au Seuil), refuse, dans Le Vent du plaisir, à la fois les plaisirs petits, à la Delerme, et l’analyse de Guillebaud, qu’il qualifie de •puritaine» (il ne cite ni l’un ni l'autre mais les allusions sont claires).Militant gauchiste dans les années 60, Hamon se dit «soixante-huitard impenitent», croit qu’il y a un héritage de 68 à défendre mais cherche en même temps à développer une conception exigeante et large du luxe et du plaisir.Le Vent du plaisir, attention, ne se veut pas une thèse sur la question.Hamon, qui a longtemps mené une carrière d’essayiste d’enquête, avait décide, dans ses derniers livres, d’écrire au je.de se raconter.Choix qu’il relie au thème du present livre: •J'ai découvert que se faire plaisir peut être une agréable manière de s'approcher d'autrui [.].Se faire plaisir et faire plaisir semblant coïncider, j’ai décidé de poursuivre dans cette voie favorable.» Ainsi propose-t-il divers récits et anecdotes, prétextes à des réflexions diverses, voire à des divagations, jamais très éloignées de son thème.Sur 1968, il déplore la «détestation qui s’apparente à une sorte de haine» ayant cours aujourd'hui en France.Il récuse notamment l’analyse, qu’il dit courante, selon laquelle, à partir de cette époque, «la machine désirante se serait emballée.Le laxisme se serait emparé de nos intellectuels, de nos gouvernants, de nos pédagogues et de nous-mêmes.Une onde de lubricité facile et d’éjaculation précoce aurait corrompu nos âmes, nos fils, nos filles et nos compagnes.Il serait temps, scrogneugneu, de rentrer à la maison et de jouir exclusivement le vendredi, jour du poisson, sur une couche réglementaire».Non, répond-il, les années 60 ne peuvent être réduites à un «culte du je qui s'éclate», à un «moi narcissique porté aux nues».Il y aurait là un «contresens».Les soixante-huitards célébraient aussi un monde de paix.Hamon répète constamment qu’il fait partie d’une des premières générations en France qui ont eu la chance de ne pas connaître la guerre.De plus, en réclamant la légitimité de son plaisir, cette génération désirait «l’autonomie», non l'individualisme.Dans ce schéma, selon Hamon, la collectivité importait énormément C’est ensemble qu’on éprouvait le grand plaisir de la révolté.Et l’état d'esprit ressemblait plutôt à cela: «Je veux mon plaisir et je le mix intense.Mais simultanément, je veux qu autrui soit en droit démettre le même souhait et de le réaliser» Y a-t-il pour autant une «pensee 68».comme Luc Ferry et .Alain Renaut l'ont prétendu?Nul corps de doctrine ici, répond Hamon: «Marcuse plus Debord plus Guattari plus .Althusser plus Lyotard plus Ginsberg égalent quoi?Rien d’homogène, rien d'autre qu'un verbe libéré, contradictoire, épris de sa propre contradiction, impossible à mettre au carré, impossible à réduire.» Sauf que, malgré les dérapages et les erreurs (il faut lire Hamon décaper l’utopie des communes!), •changer la vie», ç’a réussi, au moins en partie.A la satisfaction de l'auteur: «Je ne vais quand même pas.écrit-il, bouder mon plaisir qui est tout sauf solitaire, de penser plus librement, de croiser des femmes plus autonomes, d’engendrer des enfants moins soumis, moins conformes.» Poches de résistance Face au «vent du plaisir» qui transforme tout, il existe toutefois, selon Hamon, quelques poches de résistance.L’école française principalement, qu’il dit «chagrine» et ennuyeuse.On en aurait évincé, selon lui, tout plaisir.Elle ne servirait qu’aux sélections.L’enquêteur qu'est Hamon n'a pas pu résister à aller pendant quelques semaines s'asseoir dans une salle de classe afin de se mettre dans la peau de l'élève contemporain.Ses commentaires: comme il est difficile de rester assis, plus de quatre heures par jour, à écouter des gens, souvent inintéressants, parler! «La durée légale du travail hebdomadaire est fixée à trente-cinq heures, écrit-il de façon un peu niaise.Pourquoi nos enfants ne bénéficieraient-ils pas, dans l’exercice de leur profession scolaire, soit durant presque deux décennies, des mêmes règles et des mêmes garanties que les parents?» Hamon déplore aussi le très grand nombre de matières enseignées, peu reliées entre elles.Nulle surprise qu’il fasse l'éloge de la pédagogie tout en dénonçant — c’est déjà ça! — le jargon de la didactique.Pour tout dire, le lecteur du Québec, où la pédagocratie règne sans partage depuis trop longtemps, avec les dommages concomitants quelle a pu entraîner, ne pourra que rester assez dubitatif' face aux propositions de Hamon.Dans ce l en! du plaisir, il y a donc de meilleurs chapitres.Notamment un, portant sur l'écriture, où l'auteur nous fait bien rire en décrivant toutes les stratégies de plaisir dont use l'esprit pour tirer un écrivain do son travail.Mais peut-être pour lui donner le temps de penser.Soulignons aussi un autre chapitre, plutôt touchant, portant sur le plaisir d'un cigarillo que l'auteur a partage avec sa mere à la veille de la mort de cette dernière.Ce livre, souvent agaçant par son ton baby-boomiste affecté et tutoyant, s'avère parfois habile et juste; drôle, aussi.La conception du «plaisir», qui y est malgré tout théorise et célébré, n'est pas que légèreté stupide, vaine et futile.Insaisissable, certes — comme le vent, «tu ne peux l’archiver, tu ne peux en garder copie confirme, et lorsque tu prétends détenir une image de lui, c’est une figure dégradée» —, la conception que Hamon met en avant s'avère tellement exigeante et large que l'on se demande parfois s'il ne s'est pas trompé de mot en voulant défier les «puritains», réactionnaires et autres méchants grincheux qu’il cherchait à réfuter.LE VENT DU P1A1S1R Hervé Hamon Ije Seuil Paris, 2001,278 pages Antoine Robitaille H l U V 1 II \ VI O N LE VENT PI MSI R SIUll Les habits neufs du censeur SIGNETS Marie-Andrée Lamontagne Le Devoir Dans toute histoire, il faut un vilain.En France, le Second Empire eut le sien en la personne d’Ernest Pinard, procureur substitut au Parquet de la Seine de 1853 à 1859, puis au Parquet de la Cour d’appel de Paris, avant d’être nommé ministre (le l’Intérieur sous Napoléon III.A ces titres divers, l’avocat dut plaider dans nombre de causes où ses fonctions et ses idées l’amenèrent chaque fois à se ranger sans équivoque dans le camp de l’ordre et du bon droit, même musclé.En provoquant le coup d’Etat de 1851, ratifié par un vote populaire en 1852, Napoléon III avait en effet rétabli en France une monarchie à poigne de fer, sans que le nouveau régime jouisse pour autant de la grandeur des rois précédents ou propose d’autre vision que celle qui accompagne le goût du pouvoir et la nécessité de s'y maintenir.Ce prince-là n’aimait guère les écrivains, encore moins les journalistes, en qui il ne voyait que des empêcheurs de régner en rond.Ernest Pinard sévit dans deux procès restés célèbres dans l’histoire littéraire: l’un intenté à Flaubert pour Madame Bovary, l’autre à Baudelaire pour Les Fleurs du mal.En raison du zèle qu’il y déploya, il acquit bientôt la douteuse réputation d’être le censeur des écrivains.L'histoire a souvent le dernier mot.Elle lui fit payer cher les quelques demi-victoires concédées de son vivant (et aussi quelques échecs) en faisant retomber le silence et l’oubli sur son nom aussitôt jetée la dernière poignée de terre sur son cercueil.Flaubert et Baudelaire, avec raison, figurent dans tous les manuels de littérature.Plus d’un siècle après l’insertion du poème dans un recueil qui fit scandale, la voix caressante d’Yves Montand récite Les Bijoux avec un enchantement intact Impertinent, un certain fiacre abrite les amours adultères d’une petite bourgeoise rêveuse et n’a de cesse de narguer l’institution du mariage et la société qui a fait de cette prison féminine sa pierre d’assise.Et si Emma meurt à la fin, ce n’est pas pour que la morale soit sauve.De plus, on sait que le bourgeois Flaubert se moque tout autant des pauvres rêves de son héroïne que des valeurs de son milieu.C’est peut-être là ce qui oppose le plus Radicalement les deux mondes.Equivoques, complexes, les écrivains doivent pouvoir demeurer insaisissables quand Ernest Pinard semble fait d’un seul bloc, celui du travail et de la volonté, qui ne servent souvent qu’à consoler de leur mauvaise fortune les oubliés du génie.Qui voudrait mieux connaître Ernest Pinard?Alexandre Najjar est avocat et romancier.Des études de droit, ainsi que des origines excentrées (il est né à Beyrouth), lui auront sans doute permis d’aborder le personnage avec plus de distance que ne l’aurait fait un biographe hexagonal.Cependant, Le Procureur de l’Empire (Balland, 2001) ne cherche pas à réhabiliter •l’homme qui persécuta Baudelaire, Flaubert, Sue.», comme le rappelle le sous-titre.L'ouvrage se veut d’abord une biographie et, certes, son auteur retrace le parcours du fils d’Autun, monté à Paris pour ses études, qui deviendra procureur général sur le conseil d’un membre de sa famille où, «depuis des générations, on se fait volontiers magistrat ou soldat», tout comme celui-ci avait montré très tôt, à défaut de fantaisie et d’imagination, des dispositions pour la rigueur et l’éloquence des prétoires.Sous la plume légère de Najjar, manifestement étranger aux visées exhaustives de ses confrères anglo-saxons en matière de biographies, le parcours du «petit Pinard», comme le moquaient ses détracteurs, devient le fil rouge guidant le lecteur dans une période de l’histoire politique et sociale française qui vit la censure érigée en arme non moins redoutable pour l’art et les idées que les mousquets ne le furent, sur les barricades, pour les hommes.Un biographe doit-il aimer son sujet?, demande Najjar en guise de préambule.Le caractère détestable du sien lui aura au moins permis d’éviter le piège de l'hagiographie plus ou moins déguisée qui guette le biographe.Et puis, explique l’auteur, il y a péril en la demeure.Du visa d'exploitation retiré au film de Virginie Despentes à la condamnation pour dif- dwbmMb) I homme qui petvécuta Bmidelalfv.Haubert sur Alexandre Le procureur de l’Empire famation de l’écrivain Mathieu Lindon et de son éditeur pour avoir l’un écrit, l’autre publié un roman intitulé Le Procès de Jean-Marie Le Pen, en passant par la garde à vue d’un professeur de lycée ayant fait lire à ses élèves Le Grand Cahier d’Agota Kristof, ainsi que l’interdiction faite à Françoise Chandernagor de publier dans Le Figaro le feuilleton que lui avait inspiré un certain fait divers: quatre causes, rappelle-t-il, en l'an 2000 seulement, auront opposé des écrivains à l’appareil judiciaire français.Au Canada anglais, pendant ce temps, pourrait-on ajouter, un adolescent fêtait le jour de l’An en prison pour un devoir d’écolier pris au pied de la lettre.Coupable de réalisme Chaque fois, un délit de vraisemblance semble avoir été retenu contre les écrivains.Au nom du respect de la vie privée, ceux-ci n’auraient en somme le droit de s’inspirer du réel qu’en prenant soin de le travestir jusqu'à le rendre méconnaissable.Telles sont les limites que l’époque, par la bouche de ses avocats, assignerait à la fiction.Pourtant, n'y a-t-il pas quelque hypocrisie ou, à tout le moins, contradiction, de la part de la société actuelle, à élever au rang de principe sacro-saint le respect de la vie privée tout en permettant par ailleurs, voire en les encourageant, les confessions et les déballages de toutes sortes qui n’ont même pas l'art pour alibi mais le commerce et le voyeurisme des foules?Ce que le législateur appelle encore le droit à la vie privée n’est-il pas devenu insensiblement, et plus cyniquement, le droit pour chacun de gérer son image publique?Tout individu, célèbre ou non, peut ainsi fabriquer son propre mythe en se donnant l'air, là de dévoiler, ici de cacher, jouant, selon ses intérêts et les circonstances, de la sincérité et de la pudeur comme autant d’instruments d'une image à construire, jusqu’à la faire se confondre avec son identité.Tout autant qu’avec le conformisme social né d’une rectitude politique qui peut obliger les écrivains à pratiquer l'autocensure, on se trouve peut-être là au coeur des «nouvelles formes de totalitarisme intellectuel» évoquées par Najjar au début de son livre pour justifier son intérêt à l’endroit d’un personnage qui aura fait de la censure l’outil de ses convictions.«Le législateur a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si la morale est offensée, si la limite a été franchie», plaide Ernest Pinard devant un Haubert assis sur le banc des accusés.Et il ajoute: «Is juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière.» Ce langage de caserne est révélateur du terrain sur lequel se situe l’art.Il y aurait le clapier, il y aurait la garenne et il y aurait les gardiens.Pourtant, l’écrivain doit pouvoir donner une forme à toute question qui l’obsède, dût-il la (X)-ser différemment selon que la censure est brutale ou insidieuse, quelle dit son nom ou se drape dans la verlu bien-pensante, dût-il ne pas connaître lui-même la réponse.Cette mise à plat est consubstantielle à toute œuvre d’art qui aspire à être autre chose que divertissement Il va de soi qu’aucune société, aucun pouvoir, aucun ordre établi, même le plus libéral, ne peut accorder à l’artiste ce blanc-seing.Inévitablement, une partie de cache-cache s’engage donc.Dans la solitude de sa chambre, l’écrivain sait que Molière trouvera toujours des Tartuffe sur son chemin.Il se prépare.Il ruse.Et il arrive que la nécessité de ruser soit le plus fécond des aiguillons.Quelle sera la réaction des lecteurs?Ignorance, indignation ou indifférence: le monde va à ses plaisirs et ne veut pas toujours être réveillé.Le censeur peut compter sur quelques alliés.LE PROCUREUR ET L’EMPIRE Ernest Pinard (1822-1909) Alexandre Najjar Balland Paris, 2001,364 pages les Intouchables René Lévesque et la communauté juive de Victor Teboul VICTOR TEBOUL René Lévesque et la communauté juive Pour souligner le 169e anniversaire de l'obtention du droit de vote par les Juifs du Québec, le lancement aura lieu le mardi 5 juin à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Venez rencontrer Victor Teboul à la Librairie Champigny dans le cadre d'un entretien avec M.Osée Kamga, critique littéraire à l'hebdomadaire ICI, le jeudi 7 juin, à partir de 19 h au 4380, rue Saint-Denis, à Montréal.I- IT i -1 une présentation du I Conseil des arts textiles du Québec jgGjj I tél.514.524.6645 •www.catq.qc.ca S S U s 4/24 illin 2001 \ une rencontre inédite entre textile et vidéo 18 installations in situ dans une ville en mutation Carole Baillargeon, Ivon Bellavance, Marie Lynda Bilodeau, Lou Cabeen, Caroline Gagné, Louis Hains, Michelle Héon et Emmanuelle Baud, Charlotte Herben, Annie Martin, Shelley Miller, Dominique Noreau, Clio Padovani, Amélie Pellerin, Ana Rewakowicz, Ruth Sheuing, Leila Sujir, Maren K.Ullrich, Lisa Vinebaum I I I I I I I I I 8 juin 20 h : Soirée inaugurale à la SAT Tables rondes, les mercredis de 5 à 7 à la SAT 6 juin : Textile numérique (en anglais), entrée libre i ICARI (Institut de création artistique et de recherche infographique) 55, avenue Mont-Royal Ouest, 5* étage | Mai (Montréal, arts interculturels) 3680, rue Jeanne-Mance | SAT (Société des arts technologiques) 305, rue Sainte-Catherine Ouest Installations extérieures 3675 et 3700, rue Saint-Dominique t i.E I) E V 0 I R , [.E S SAMEDI 2 ET DI M A N C H E 3 .1 l' I X 2 « 0 I I) (> ?ARTS VISUELS Sur quelques autofictions actuelles MÉTAMORPHOSES ET CLONAGE Gilles Harbier, Vanessa Beecroft, David Blatherwick, Marie-Claude Bouthillier, Janieta Eyre, Nathalie Grimard, Marc Quinn, Reva Stone, Spencer Tunick, Xavier Veilhan, Zhang Huan Musée d'art contemporain de Montréal Du 25 mai au 2 septembre; 2(X)1 MARIE-ÈVE CHARRON Métamorphoses et clonage.Klle était attendue, cette exposition c|ue le MACM réservait pour sa saison estivale.Depuis quelques semaines déjà, la devanture de l’institution attirait les regards du public avec cette image de corps nus inertes massés sur un pavé urbain, reproduction d'une œuvre de l’artiste américain Spencer Tunick.Au dire de certains toutefois, c’est l’actualité du thème, et la part de craintes mêlées de fascination qui l’accompagne, qui aura plus que tout suscité l’attention.Si effectivement le second terme du titre est d'usage courant dans les conversations actuelles — l’exploit autour de la brebis Dolly aurait été l’événement déclencheur —, le premier, «métamorphose», occupe pourtant les humains depuis beaucoup plus longtemps, bit de l’un à l’autre, entre le passé et le présent, entre les moyens d’autrefois et ceux d’aujourd’hui, un •pont serait jeté.Si, donc, l’exposition veut remuer une tradition investie notamment par la littérature, depuis Ovide jusqu’à Kafka, pour ne nommer que les plus évidentes références, elle veut surtout mon- trer les inflexions apportées par le discours et les pratiques scientifiques maintenant que ceux-ci ont rattrapé l’imaginaire.Nul doute toutefois que le secret des laboratoires doit être levé; les artistes reconnaissent l’univers des biotechnologies comme un espace fantasmatique supplémentaire sur lequel s'arrêter pour en interroger les effets, en détourner les issues prévisibles.C’est en fait dans cette perspective, mais sans que les liens avec la science soient explicitement pointés, que la commissaire Sandra Grant Marchand a réuni onze jeunes artistes dont quatre proviennent du Québec et du Canada.La diversité de leur pratique a été regroupée sous trois thèmes, lesquels trahissent bien l’étendue de la question que l’on a voulu embrasser: «la fusion du corps dans la nature, la transgression des formes animales et humaines ainsi que la duplication et la multiplication de la figure humaine».L’avenue de l’autoportrait, à travers des déclinaisons qui ne sont pas toujours des plus stimulantes, est sans conteste privilégiée dans cette exposition.En cela, on comprendra que ce qui est le plus dérouté avec les biotechnologies et leurs fantasmes, c’est la vision traditionnelle du corps et son image comme creuset de l’identité.Sans céder aux discours alarmistes, plusieurs artistes ont visé à marquer positivement cette expérience de soi — pour reprendre ici une hypothèse soutenue par Jean-Enerst Joos dans la publication qui accompagne l’exposition — par la représentation et les différentes stratégies d’altération.FRANÇOIS AUBRUN BRUME SILENCE TRANSPARENCE PEINTURES - ŒUVRES RÉCENTES OUVERTS TOUS LES DIMANCHES 2001 mai 15 • 13 juin 2001 M HAN ART C I) N I I M I’ (I H A J N ' - ~ *" ' >.-r GALERIE GEORGES PHILIPPE & NATHALIE VALLOIS Polyfocus 1, 1999, de Gilles Barbier .TÜgrTB L’autre en moi A l’amorce du parcours, lequel du reste n’est pas des plus soignés, les œuvres étonnantes de la série iMdy Lazarus (1998-2000), de Janieta Eyre, inscrivent d’emblée les enjeux autour de la duplication de soi.Bien que ne faisant pas directement référence à la reproduction par clonage, les photographies grands formats de l’artiste font voir des autoportraits dont les dispositifs fictionnels sont exacerbés.Dans des espaces artificiels — dont les couleurs toniques de certaines photographies ne parviennent pas à retirer les effets étouffants instaurés, dès le départ, par d’autres en noir et blanc —, la figure de l’artiste apparaît en position frontale accompagnée de son double, celui-ci jamais tout à fait similaire.Sous les jeux de masques, de maquillage et de costumes — stratégies, en définitive, qui apparaissent plutôt convenues dans le cadre de cette exposition —, la représentation de soi révèle un sujet privé d’unité et en perpétuelles transformations.Toujours imparfaite, l’adéquation à certaines catégories identitaires (le sexe, le genre, le statut social, la race) laisse béantes des interstices où s’infiltre l’incertitude.Ce caractère labile de l’identité rejoint également le jeu de duplication emprunté par Gilles Barbier dont les œuvres photographiques seront certainement parmi celles qui retiendront le plus l’attention.Les séries Polyfocus (1999) et Planqué dans l’atelier (1995-96) font voir tour à tour la multiplication et le morcellement de la figure de l’artiste dans un lieu loin d’être innocent, à savoir l’atelier; est attaqué ici le mythe de l’artiste romantique pour qui l’isolement de l’atelier assure l’inspiration.La répétition est à penser autrement chez Vanessa Beecroft.Des vêtements identiques donnent l’apparence d’uniformité aux individus qu’elle rassemble dans des images numériques ou vidéo.L’anonymat de cette masse est contrecarré par un dosage efficace des éléments de la mise en scène permettant ainsi de laisser poindre avec subtilité les particularités de chaque corps.Ailleurs, ce sont ces corps nus étendus que des configurations précises rassemblent dans les épreuves pho- nie StimU Ciilhirmf Oursl, K|kuo 40;i, Montré.il Ici |M4) h'ltr.: (!»I4) H/(îT)Z4l * ALEX CHEUNG COMPANY U HI ai -mcP TJ AftTifetf JtftPMTtiK: MÉTAMORPHOSES ET CLONAGE DU 25 MXl AU 2 SEPTEMBRE 2001 = MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss iViitaconi St'Ql! Renseignements : (S 14) 847-6226 Métro Place-des-Arts www.macm.org Letendre Peintures récentes et publication d'une importante monographie couleurs Jusqu’au 30 juin 4V1.nié ( l.uk Moi il km i II,U Jl > MllM1) lli>’> Ou veil' du niiiidi.m Vêiulii'fli ‘111 W \ i/li M d le viiuêdi lilli ¦» l/li GALERIE SIMON BLAIS 90 av.Laurier Ouest (514) 277 0770 john soane 1753-1837 du 16 mai au 3 septembre 2001 CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal 514 939 7026 www.tca.qt.ca -A Merrill Lynch Un* exposition d* ta Royal Academy of Arts.Londres, *t du Sir John Soane's Museum.ûû Banque de Montva«l SncMaom?1* tographiques de Tunick.Y sont activés des ressorts similaires à ceux de Beecroft dans la mesure où, selon la proximité du regard, ces corps sont soit reconnus pour leurs spécificités, soit indifférenciés au profit du tout qu’ils forment en symbiose avec leur environnement.Ces résultats statiques — qui peuvent finir par lasser — offerts par les photos trouvent un complément fort appréciable avec Dermafluxus (1998), un vidéogramme qui restitue toute la dimension participative inhérente à la démarche de l’artiste.C’est aussi cette voie de la «fusion du corps avec la nature» que Multiple Horizon (1998), de David Blatherwick, entreprend de montrer avec un dispositif qui évite les évidences.L’image du corps est négociée à partir des frontières de plusieurs écrans vidéo qui en multiplient un certain fragment placé à l’horizontal.Sans la bande sonore qui rapporte des sons humains, la ligne esquissée par le corps tendrait davantage vers l’évocation d’un paysage, malgré la respiration qui l’anime.L’œuvre s’efforce avec efficacité de maintenir cet état indécidable, d’oscillation.Au détour d’autres cimaises, les œuvres de Marie-Claude Bouthillier et de Zhang Huan arrêtent leur propos sur ce qui est le plus fondamentalement atteint par le clonage, soit la filiation et la généalogie.L’inscription obsessive des initiales de Bouthillier fait du nom une amarre étrangement ambivalente, alors que Huan aborde des registres plus près de la douleur.Son visage en gros plan rendu par la série Foam (1998) y montre la bouche — lieu de la parole et aussi, selon un certain topos, de l’inspiration poétique —, servant de support à une photo de famille.Se cristallise là le heurt irréconciliable entre l’histoire de la famille et le présent de l’artiste.Du travail de cet artiste toutefois, le spectateur ne pourra pas avoir une juste mesure, puisque la performance est en premier lieu son champ de pratique.S’attarde également sur la souffrance le récit médical de soi que livre Nathalie Grimard.Le recensement minutieux de son état physique journalier a été transcrit par le rythme régulier de l’aiguille à broder, exercice compulsif qui visait à ramener l’objectivité convenue du relevé médical sur un terrain plus personnel.Si ce corps-là est veillé dans ses moindres soubresauts, c’est peut-être aussi pour faire contrepoids à sa possible disparition ou du moins à ses médiations technologiques toujours plus grandes qui en effacent la chair (Reva Stone).Toute livrée à une traversée des frontières — des disciplines, des identités et du corps même —, l’exposition a voulu s’attaquer à un sujet de l’heure dont l’étendue aurait pu être endiguée en ciblant plus étroitement les enjeux activés par le titre.En ouvrant grande la porte à la question du corps, c’est comme si on n’avait pu que réitérer son caractère indicible en ne pouvant pas renoncer, dans la démonstration, à un certain éparpillement MARIO MEROLA Dessins ci reliefs (514) 381-6338 Exposition d'art non visuel du vendredi 27 avril au 23 juin 2001 /ulit Métu H*ur«j d« viittt : les mercredis et les jeudis de ij h 17 h.les vendredis de 13 h à ei h, les samedis de 12 h à 11 h et les dimanches de 12 h à 17 h.Centrée est libre.Autoroute 15.sortie 7.direction boulevard de la Concorde.Métro Henn-Bourassa : autobus 40 ou 61
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