Le devoir, 19 mai 2001, Cahier F
»l I I.K I) K V (Il K LES S A M K I) I SI K T DI M A N < Il E 2 0 M A I 2 0 0 I LE DEVOIR Société et humanisme Sciences sociales et humaines Daniel Weinstock Professeur de philosophie à l'Université de Montréal, il s'interroge, avec Steven Davis de l'Université Simon Fraser, sur l'engagement de l’intellectuel dans le monde.Page 3 Québec, avril 2001 «La négociation sur la ZLEA sert de laboratoire pour tous ceux qui étudient le futur de la libéralisation de l'économie.» Louis Bélanger, directeur de l'Institut québécois des hautes études internationales de l'Université Laval, interroge la coopération internationale dans les Amériques.Page 5 Québec accueillera du 23 au 30 mai les chercheurs de 67 sociétés savantes en provenance de 69 universités.Le 70e congrès de la Fédération cana dienne des sciences humaines et so- ciales se tient à l'Université Laval.irjf JmM- * i mi j *ÏU è i •» ^ ç 1 “ >*?** « .»*¦* ymtjf.»- *.‘ (T #'>-#>* ^ '—:«VwÇ:: • Société s savantes L% entreprise est énorme.Vers Québec, les premiers arrivant le mardi 22 mai pro ' chain au matin et pour huit autres journées, ils pourraient être 8000 à se déplacer.Ces visiteurs proviendront de toutes les régions canadiennes et de tous les ' continents.Raisons du déplacement entendre, voir, rencontrer et échanger.Le congrès de la Fédération canadienne des sciences humaines et sociales est la plus grande assemblée de chercheuses et de chercheurs à être tenue en Amérique du Nord.Si l’objectif était seulement d’établir un record, tout cela semblerait vain car ces visiteurs se retrouvent au quotidien dans les hautes sphères du savoir, étant professeurs et chercheurs, étudiants de doctorat en début de carrière ou spécialistes d’un domaine rattachés à des industries, des gouvernements et d’autres institutions.Le rendez-vous est annuel.Cette année, l’Université Laval.L’an prochain, Toronto, après avoir été tenu en 2000 à Edmonton.Depuis les débuts des années 30, comme si l’intelligentsia eut fait sienne l’habitude de la transhumance, on les retrouve là où les idées fuseront, des résultats de recherches seront communiqués.Car, avant de parler ou lire ne serait-ce qu’un court texte, souvent des années de travail soutiennent les propos du locuteur.Sur le campus universitaire québécois, pour ces seules neuf journées, il est annoncé autour de 20 000 rapports de recherches qui seraient transmis, plusieurs de ces rapports ayant au préalable nécessité la formation d’un groupe, un encadre-ment, un financement permis par l’établissement d’un programme d’études, l’embauche d’équipes de travail et des mois d’approfondissement d’un sujet ou d’une problématique.Politique et onomastique Les champs d’études?Parfois concrets: éducation des adultes, droit, histoire, langues ou littérature.Parfois ésotériques: onoipastique (science des noms propres), patristique (sur la vie et la doctrine des Pères de l’Église) ou herméneutique (de l’interprétation des textes, ordinairement sacrés).Entre ces pôles se construit le projet de refléter l’état d’une société, l’évolution en son sein des idées ou de faire le point face aux mentalités et aux débats de l’heure.Ainsi, si l’Association canadienne de la science politique et la So- m ciété théologique canadienne tiendront congrès à Québec, il en sera de même pour la Société canadienne des études lesbiennes et gaies et l’Association canadienne pour les sciences de l’information.A l’énumération de ces champs de compétence, il y aurait motif à réjouissance de constater à quel point le savoir se construit et s’inscrit sur un territoire.Le seul poids des nombres (en communications, en personnes, en champs d’études) mesure la pénétration des savoirs et décrit une communauté intellectuelle active.Car telle est une des raisons d’être de ce type de rencontre: 'Dans un contexte où les sciences technologiques sont beaucoup plus facilement finançables que les sciences sociales et humaines, perçues souvent comme un luxe de pays riche, l’enjeu principal, pour ces dernières, en est un de visibilité afin de démontrer la place qu’elles peuvent occuper au cœur du monde scientifique et de la société en général.» Pour Conrad Ouellon, le président de ce congrès, le savoir n’a jamais dans nos sociétés contemporaines sa place assurée.Aussi ne faut-il point se surprendre si les grands débats publics ont des sujets qui reflètent l’actualité et les préoccupations actuelles.Car tout est fait pour que la classe citoyenne se déplace sur le campus, assiste à le plus d’échanges possible.Les colloques internationaux ont donc pour sujets les épidémies (le sida et ses millions de morts annueUes étant mis sous observation), le rôle des intellectuels ou la relation entre langue, culture et société.Aussi, un retour sera fait sur le Sommet de Québec, tout comme la mondialisation et le syndicalisme seront mis à l’étude.Et pour la personne curieuse, qui veut constater sans se confronter, un salon du livre est ouvert accessible, avec expositions et ouvrages sous la main.À une autre qui veut savoir sans se déplacer, Internet propose une solution: www.hssfc.ca S’il y a 70 ans, au temps des premiers congrès, les universitaires désignaient ces rencontres comme la Conférence de Sociétés savantes, avec le charme et le mystère que l’appellation recouvre, il est à comprendre à partir des échanges à être proposés que la science du savoir a maintenant rejoint toute la société, devenant elle aussi, de fait savante.Normand Thériault U C o n g r Fédération canadienne des sciences humaines et sociales Page 2 Débat Langue et culture Page 2 Nouveau syndicalisme Page 4 Programme d'aide à l'édition savante Page 6 I I 1 J.K DEVOIR.LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 2 ü MAI 2 0 01 HISTOIRE SOCIALE DB IDÉES AU QJJÊBEC 576 pages • 34,95 $ PRIX RICHARD-ARÈS 2000 Yvan Lamonde HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC, 1760-1960 Cette première synthèse de l’histoire intellectuelle du Québec trace sur près de deux siècles — de 1760 à 1896 — la double trame des grands courants d’idées et du développement des institutions culturelles de la colonie britannique qu’est alors le Québec.« Une lumineuse histoire [.j d’une densité et d’une limpidité exemplaires.» Alexandre Vigneault, La Presse David Suzuki En collaboration avec Amanda McConnell L'ÉQUILIBRE SACRÉ Redécouvrir sa place dans la nature À travers une magistrale odyssée scientifique, David Suzuki donne au débat sur l’environnement toute sa dimension spirituelle et invite à une réflexion approfondie sur la place de l’homme dans la nature.L'idée du Bifcole t>a 4» Coll.Radio-Livre Coéd.Radio-Canada 96 pages • 24,95$ + CD Sous la direction de Dominique Lafon LE THÉÂTRE QUÉBÉCOIS 1975-1995 Des spécialistes livrent ici le fruit de leurs recherches sur vingt années de pratique théâtrale et transmettent aux artistes et aux chercheurs un témoignage de leur passion commune.I )'hii à railin' Coll.Champs linguistiques 208 pages *29,95$ L’ÉQUILIBRE SACRÉ •mcouvétt SA PlACt DANS LA MATUM DAVID SUZUKI 306 pages * 24,95 $ Michel Lacombe L’IDÉE DU SIÈCLE La liberté du citoyen Ce radio-livre offre le meilleur d’une grande série radiophonique diffusée sur les ondes de Radio-Canada.Michel Lacombe a invité de grands penseurs à parler de la liberté du citoyen.En rendant accessible la pensée de ces personnalités, il nous propose une réflexion essentielle sur notre temps.tf tméAtri québécois Coll.Archives des lettres canadiennes, 10 528 pages * 44,95 $ Marie-Thérèse Vinet D’UN FRANÇAIS À L’AUTRE La syntaxe de la microvariation Les variantes d’un français parlé, familier ou régional, sont observées sous un angle particulier.L’idée originale est de miser sur l’étude des faits de variation en syntaxe pour mieux dégager l’uniformité des grammaires qui les sous tendent.Sous la direction de Michel Plourde du Conseil de la langue française LE FRANÇAIS AU QUÉBEC 400 ans d’histoire et de vie Plus de quatre-vingts spécialistes bien connus ont apporté leur contribution à cette fresque inusitée qui trace le portrait des quatre cents ans d’histoire et de vie en français au Québec.Un guide pour comprendre le passé, le présent et aussi l’avenir du français au Québec.1 1 I K \ N c VIS VU QUt BU Coédition Les Publications du Quebec 548 pages • 34,95 S SCIENCES SOCIALES 70* congrès Les penseurs sur la place publique La visibilité est un enjeu important pour les sociétés savantes Événement scientifique d’envergure à Québec: le congrès de la Fédération canadienne des sciences humaines et sociales, à TUniversité Laval du 23 au 30 mai.Environ 7000 participants sont attendus.JOHANNE LANDRY La Fédération canadienne des sciences humaines et sociales rassemble 24 000 chercheurs dans 67 sociétés savantes et 69 universités.Elle tient cette année son 70’ congrès et a choisi la ville de Québec pour le faire.«Un rassemblement de scientifiques d’envergure, commente Conrad Ouellon, président du congrès et professeur au département des langues, linguistique et traduction de TUniversité Laval.C’est l’occasion de voir ensemble des gens qui appartiennent à des associations qui ne se rencontrent pas autrement.» Selon les années, le congrès se tient dans différentes régions canadiennes, et la ville hôtesse, souligne le président de l’événement 2001, en profite pour mettre en valeur les réalisations de son milieu.Ainsi une exposition sera ouverte durant toute la durée du congrès, à la bibliothèque de l’université, pour braquer les phares sur l’œuvre de personnalités intellectuelles d’origine québécoise, notamment Léon Dion.On y verra des photos, des pièces en provenance du Musée de la civilisation ainsi que des livres rares, propriété de la bibliothèque universitaire.Tisser des liens Lors du congrès de la Fédération canadienne des sciences humaines et sociales, toutes les asso- ciations membres tiennent simultanément leur rencontre annuelle.Chacune organise cependant son programme d’activités scientifiques de façon autonome et invite les conférenciers de son choix.Indépendamment et simultanément, se déroulent des événements spéciaux ainsi que des colloques, organisés ceux-là par la Fédération.«Une façon, explique Conrad Ouellon, d’obliger des gens de perspectives diverses à se rapprocher et participer à des activités communes.» Particularité de ces colloques, souligne M.Ouellon, les conférenciers invités ne sont pas exclusivement du milieu des universités mais également des politiciens et des acteurs sociaux importants.«Fas de colloques strictement universitaires avec dépôt de projet de recherche et statistiques, insiste-t-il.Nous voulons des rencontres multidisciplinaires pour tisser des liens entre les différentes sciences humaines.Nous sommes allés chercher des gens qui ont une vision plus générale amenée par leur fonction.C’est pour nous une volonté d’ouvrir le champ habituel des disciplines et de nous pencher plutôt sur les sociétés que sur les sujets purement scientifiques.» Colloques Les épidémies: aspects historiques et enjeux contemporains, est le titre du premier colloque, le vendredi 25 mai.On y fera, en première partie, des liens entre épidémies et idéologies, selon une dimension culturelle et sociale, et on abordera, entre autres, la polémique sur l’homéopathie en Europe.La deuxième partie portera sur des aspects plus contemporains, comme les épidémies en Afrique et évidemment le sida On analysera les attitudes collectives et les politiques gouvernementales face à ce fléau.«Plusieurs Africains viendront exposer, sous la thématique être jeune en Afrique urbaine, les problèmes actuels de ce continent.Des thèmes comme sida et discours politique seront également traités ainsi que le refus d’admettre que le sida soit aussi répandu dans certaines sociétés africaines», informe Conrad Ouellon.Le second colloque, celui du samedi du 26, réunira, entre autres, Claude Ryan, Guy Lafo-rest de TUniversité Laval, Michel Seymour de TUniversité de Montréal et la journaliste Lysianne Gagnon, sur le rôle des intellectuels dans le monde.Les discussions tourneront autour de la fonction que peuvent occuper les intellectuels du secteur des sciences sociales et humaines ainsi que sur le défi de combiner indépendance d’esprit et intégrité intellectuelle avec l’engagement et la partialité qui caractérisent souvent la vie publique.Enfin, le dimanche 27, se tiendra un colloque intitulé Le langage, la culture et la communauté, au cours duquel on tentera de faire ressortir les liens entre ces trois concepts.«Sans toutefois s’étendre sur la situation Québec/Canada», précise M.Ouellon.La probléma- tique, en effet, souligne le président du congrès, existe dans tous les pays du monde et le Québec est un cas parmi d’autres.«Nous jouerons surtout, poursuit-il, sur le rapport entre ces trois notions dans les sociétés autochtones et sur la façon dont elles se négocient au Nunavut Une culture est-elle nécessairement attachée à une langue?Outre le cas de l’Afrique du Sud, nous traiterons des perspectives de revitalisation de certaines langues autochtones en Colombie-Britannique et delà langue monta-gnaise au Québec.Il sera également question de la diversité culturelle de l’Europe unie.Cette union, justement, amène-t-elle la disparition des cultures et des langues?» A Tordre du jour du congrès, le mardi 29, s’inscrit également une table ronde, présidée par Louis Bélanger de TUniversité Laval, qui fera le bilan du troisième sommet des Amériques.Les discussions s’ouvriront sur les retom-, bées du sommet, sur la ZLEA, ainsi que sur l’intégration continentale en général.Les débats seront donc ouverts, faisant la preuve que l’activité scientifique, dans les secteurs des sciences humaines et sociales, rejoignent les préoccupations quotidiennes des citoyens.«Dans un contexte où les sciences technolo-, giques sont beaucoup plus facilement jinançables que les sciences sociales et humaines, perçues souvent comme un luxe de pays riche, fait remarquer Conrad Ouellon, l’enjeu principal, pour ces dernières, en est un de visibilité afin de démontrer la place qu’elles peuvent occuper au cœur du monde scientifique et de la société en général.» Langue et culture Le droit des minorités Amener le débat à l'extérieur du cadre étroit du fédéralisme canadien «L’uniformisation des cultures entraîne (’aplanissement des différences, mais la société québécoise ne peut se couper du fait anglais sans se démolir.» Comment concilier l’inconciliable?La survie des langues et cultures locales confrontée à la nécessité de l’internationalisation.MADELEINE LEBLANC Les rapports entre langues et cultures nationales et langues de communication internationales ainsi que les défis que posent ces rapports sur le maintien des cultures et communautés minoritaires semblent à Tordre du jour.Ils font notamment partie des préoccupations de plusieurs grands organismes internationaux.Et ces questions seront incidemment le thème d’un colloque, le 27 mai, intitulé Langue, culture et communauté, colloque organisé par TUniversité Laval.«Notre objectif est de démontrer que cette coexistence est une menace plus ou moins universelle.Nous avons voulu présenter une perspective autre que notre dualité canadienne, car il existe d’autres cas plus dramatiques.Nous cherchons davantage à dégager des solutions qu’à perpétuer les sempiternels conflits.Nous souhaitons élever le débat et ne pas toujours faire appel aux mêmes acteurs», souligne Conrad Ouellon, président du congrès, professeur de linguistique à TUniversité Laval et président du comité d’agrément des programmes de formation à Ten-seignement Cette volonté de traiter du problème qui n’est pas que canadien procède également d’un désir d’examiner des facettes moins souvent observées des retombées de la prédominance d’une langue et d’une culture.On y interrogera notamment le facteur du déclin d’une langue susceptible d’entraîner la perte de la culture d’une communauté et sa disparition.On cherche à établir comment concilier sauvegarde des langues, respect des cultures et ouverture sur le monde.De l’Afrique au Nunavut On le sait, certaines cultures et les langues de ceux qui les propagent ont tendance à s’imposer.Comment protéger les cultures FELICITATIONS A ESTHER TREPANIER LAURÉATE DU PRIX RAYMOND-KLIBANSKY 2000 PEINTURE ET MODERNITE AU QUÉBEC 1919-1939 ESTHER TREPANIER lî'- ^ /; M Planches couleurs Abondamment illustré $ Éditions Nota bent minoritaires et assurer leur développement tout en sauvegardant l’accès au savoir et aux connaissances des membres de ces communautés culturelles, dans le contexte de la mondialisation des échanges de biens et de personnes?Le colloque réunira des chercheurs et des spécialistes de ces questions.On doit y examiner également de quelle façon ces questions ont été envisagées dans l’espace plurilingue européen.La question des langues autochtones ressort dans quatre des cinq présentations qui ont pour titre Le cas de l’Afrique du Sud, First Nations Languages of Canada: the Challenge of Loss and of Revitalization, La survivance du montagnais en lien avec la sauvegarde de la culture et de la communauté et Liens entre culture et langue au Nunavut.Dans le contexte de sauvegarde de ces langues, les autochtones et les grands organismes les représentant revendiquent le droit à leur langue nationale et à une plus grande diversité.«Cette situation remet en cause les questions des langues au Canada.L’angle recherché était défaire ressortir ces nouvelles préoccupations internationales.On ne prétend évidemment pas tout couvrir.On a voulu colorer l’ensemble des interventions et démontrer les liens qui existent entre les langues, leurs cultures et leurs communautés.Il n’est pas sûr qu’un Montagnais qui a perdu sa langue a perdu sa culture pour autant.Les gens de cette communauté se sentent encore profondément autochtones.H y a une diversité de situations à mettre en perspective.Il faut démontrer qu’il n’existe pas de recette universelle.La survie d'une langue est souvent liée à des questions de capacité financière.Les Juifs ont réussi avec l’hébreu, mais il n'y a pas de modèle unique ni de patrons copiables.Il faut tenir compte des particularités locales.» M.Ouellon explique le souhait des organisateurs de ne pas réunir uniquement des scientifiques capables de se cacher derrière des chiffres.Des politiciens devraient pouvoir rendre compte de situations très complexes selon le pays qu’ils représentent André Ja-quet.Haut Commissaire d’Afrique du Sud, rappellera que la protection des langues nationales y est légalement assurée depuis la fin de l’apartheid.La sauvegarde des langues et de leur diversité offre une perspective nouvelle où le droit des autochtones à s’affirmer est de plus en plus reconnu.Autochtones et bilinguisme On traitera également des possibilités de revitalisation des langues autochtones.Est-il possible de les faire revivre?Le peut-on et le veut-on?Quelles sont les attitudes des jeunes vis-à-vis de la langue de leur communauté en regard des aspects culturel, politique et linguistique qu’elle comporte?Comment redéfinir la prédominance de l’anglais au Nunavut?Enfin, on examinera comment des langues diverses peuvent cohabiter dans le respect des cultures des peuples et comment en Europe l’anglais n’attaque pas nécessairement les cultures française, allemande et celles d’une série de communautés qui ont des poids économiques comparables.Comment peut-on y jouer le multilinguisme sans procéder à une américanisation de l’Europe?«Le risque d’appauvrissement culturel est sous-jacent partout.Il faut démontrer qu’au Canada, en centrant l’objectif sur les deux langues officielles, on a oublié le drame des autres langues derrière notre grand problème.Il y a pourtant d’autres grands problèmes et des communautés qui se dislo-quent.La perspective autochtone .montre bien qu’en se souciant de questions relatives aux grandes langues on néglige les autres langues nationales.» Illusions perdues et espoir Si M.Ouellon reconnaît avoir perdu ses illusions quant au réel -pouvoir d’intervention, la perti- ; nence d’une réflexion faite sur ce: ; grand sujet lui semble très actuelle.«L’illustration du conflit de l’Africain appelé à respecter sa langue et obligé d’apprendre le français parce que ses parents refusent de le priver d’un mieux-être procuré par l’instruction, même si celle-ci entraîne parfois une certaine acculturation, fait bien ressortir : combien l’obligation de transiger en .; empruntant les langues internationales risque d’aller à l’encontre de la survie de sa propre langue.» Selon le chercheur, le but de sauvegarder une langue n’est valable que si Ton s’adresse aux personnes qui parlent ces langues.Et puis, le sort des langues n’est pas prévisible.L’essentiel serait; que ceux qui parlent une langue minoritaire aient le droit de vivre, de prospérer et de s’épanouir grâce à cette langue qui reste leur moyen de communication.«C’est le locuteur qui m’intéresse.Tous doivent avoir les mêmes droits.Comment gérer ces conflits pour que les droits à la prospérité soient Protégés alors que le poids des langues n’est pas équitable?» A partir de faits d’observation courante, ces gens tenteront donc de démontrer que chacun a le droit à ses particularités sans devoir s’empêcher de s’ouvrir à une autre réalité.«L’uniformisation des cultures entraîne l’aplanissement des différences, mais la société québécoise ne peut se couper du fait anglais sans se démolir.C’est là où réside toute l’ambiguïté.» < l i ’ * LE DEVOIR, LES SA M EDI I » ET DI M A N C H E 2 O M A I 2 O O I SCIENCES SOCIALES F T *¦ Vie académique et engagement public La double vie de l’intellectuel engagé Peut-on être à la fois penseur et politicien ?Si le inonde intellectuel se caractérise par un questionnement perpétuel, le monde politique, quant à lui, s’appuie sur la stabilité et le conformisme de son discours.Nombreux sont pourtant les intellectuels qui s’engagent dans la voie politique.Comment parviennent-ils à appréhender les logiques divergentes de ces deux sphères?ESTELLE Z E H LE R La problématique de l’engagement de l'intellectuel dans le monde sera mise de lavant lors d'un colloque inscrit au Congrès des sciences sociales et humaines.Cette exploration est placée sous la férule de deux coordonateurs: Steven Davis, professeur de philosophie à TUniversité Simon Fraser, professeur adjoint à TUniversité de Montréal et McGill, et Daniel Weinstock, professeur agrégé en philosophie à l’Université de Montréal.Intellectuel et engagement?Sera-t-il question des prises de position déterminantes, telle celle d’un illustre Zola?En fait, l’attention se portera sur les hommes et les femmes qui vivent de leur esprit, de leurs idées et arguments, qu’ils soient indé-pendants ou des professionnels de l'université.La définition se resserre toutefois dans l’appréhension de la notion d’engagement.En effet, toute une palette de modus vivendi existe en la matière, qui s’échelonne de la ample adhésion à la parti-sanerie.Autrement dit, deux individus ayant la même idéologie pourront lui accorder une intensité variable, de l’implication passive ou distante, au surinvestissement actif.Cette dernière position entraîne la rencontre des mondes du savoir et du politique, de la science et de l’idéologie.Rencontre ou collision?D’emblée, le rapport semble antinomique de par le mouvement perpétuel de la pensée et la statique de la logique partisane.Conformisme Les domaines du savoir, de la science sont par essence exempts de toute fmitude.D'une idée à l’autre, d’une hypothèse à l’autre, il n’y a pas de point, seules les virgules maîtrisent cet espace de questionnement perpétuel.L’observation du politique présente une scène sur laquelle divers individus luttent pour la conquête du pouvoir d’Etat Ces hommes et ces SOCIETE E T H U M A N 1 S M E S CIE N C E S SOCIALES ET H U M A INES CE CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR LE DEVOIR Responsable NORMAND THÉ RI AU LT ii tlieriaulleledcvoir.ca 2050, rue de Bleury, 0' étage, Montréal (Québec) H3A 3M9.Tel.: (514) 985-3333 redaction@ledevoir.com FAIS CE QUE DOIS femmes, toutefois, ne se lancent pas individuellement dans Taréne politique.L’exercice légitime du pouvoir nécessite des choix partisans qui se focalisent généralement dans les partis politiques.Or, pour sa survivance dans ce jeu.le groupe doit maintenir une forte homogénéité qui peut engendrer un certain nivellement ou tout au moins conformité.«Classe politique et grand public n'admettent pas la dissension au sein d’un parti, souligne Daniel Weinstock.Cette logique de conformité pousse les élus, les responsables politiques à se conduire comme si les grandes questions à traiter étaient déjà réglées, et comme si la réponse apportée faisait l'unanimité à l’intérieur du parti.- Le groupe politique devient le centre ordonnateur sur lequel pivote la représentation du monde de ses membres.Ainsi, l’individu balance entre une objectivité rationnelle et des représentations mentales plus proches de la sphère des sentiments et de la détermination des valeurs.Comment l’intellectuel parvient-il alors à faire la part des choses, face à cette absolutisation partisane?Quelle est sa responsabilité?Y a-t-il prégnance du politique sur le savoir?Lucidité Le principal devoir de l’intellectuel engagé en politique est sans doute à mettre en relation avec l’immense complexité du monde.En effet, cette incroyable interpénétration et interdépendance des sociétés exige des regards lucides.M.Davis précise: «L’intellectuel a un rôle de régénérateur fl doit amener des idées pour activer le monde politique, parce qu'il observe la société différemment.Mais naturellement, il devra faire des compromis afin de concilier les différents intérêts en présence.» Cependant, malgré la prise de conscience de la complexité sociale, Daniel Weinstock répond négativement à la question de la possible influence des intellectuels sur fef" ' ' : SOURCE UNIVERSITE DK MONTRÉAL Daniel Weinstock est professeur agrégé en philosophie A l’Université de Montréal.l’ouverture du politique: «Dans un monde idéal, il devrait être possible de prendre position pour un parti politique tout en maintenant un certain 'faillibilisme'’.Il faudrait que l’on puisse se réserver le droit de dire qu'en dernière analyse on s’est trompé, pour favoriser une vitalité dans la pensée politique.On aurait pu espérer que cela apparaisse comme un signe de santé dans une démocratie.» I.a tension entre dynamique et statique de la pensée, qui confronte l’intellectuel, ne semble pas se résoudre à ce niveau.Il n’en est pas moins vital que les intellectuels, les scientifiques présents fassent bénéficier le groupe de leur expertise.Pour Steven Davis, «la théorie scientifique dit ce qui est, tandis que la théorie morale dit ce qui devrait être.Or, le lien qui existe entre théorie scientifique, prudence et rationalité peut permettre des choix éclairés.» Toutefois, les grandes orientations de notre société, les décisions sociales doivent absolument rester du ressort de l’ensemble des citoyens, rajoute Daniel Weinstock.«Une des responsabilités de l’intellectuel, du chercheur sur la scène publique, est de ne pas donner l’impression de parler du haut de sa science.Il ne peut qu’émettre des propositions, naturel lement sans faire abstraction de son savoir, mais celles-ci devront faire l’objet d’un débat démocratique.» Démocratie La démocratie pourrait a|ors être envisagée connue une papst^ reUe entre les logiques intellectuelle et politique.Si cette hypothèse semble acceptable, il convient toutefois de la compléter.Ainsi, St^ven Davis propose un détour pur Iriis taire, en rappelant la cite atheifien-ne de Périclès, qui bien que ddno-cratique négligeait les droits civils de ses citoyens.De même, ÿus qu’une «pure démocratie», une ^démocratie libérale» est nécessaire afin d’autoriser et garantir la libre expression non seulement de Tin tellectuel, mais de tous £es membres.Son collègue, Dattiel Weinstock estime, quant à lui.jîuur avoir participé à un colloqué en Chine, que la démocratie n’estîpas absolument indispensable ppur permettre à un intellectuel de \jvre ces deux registres.Toutefois, Jelle devient une condition sine qua Mon pour une coexistence saine de*ces logiques.Elle est également primordiale pour instaurer une c^la lion bidirectionnelle, et non unidirectionnelle, dans le débat public.Ainsi, non seulement l’inlelieduel participe à la régénération du>dis cours politique, mais lui-mèmebé-néficie, grâce à cette communication, d’une multitude de points de vue dont il pourra alimenter sa propre réflexion.Il s'agit donc çl'un enrichissement mutuel.Ainsi, malgré le fait que soq engagement peut être source dépensions, l'intellectuel doit persévérer sur la voie partisane, consictere Daniel Weinstock.De plu*, il constitue une ressource qui doit son existence aux contribution! de tous les citoyens ayant permis de la sorte la création et l'administration d’écoles, d'universités.Itest en quelque sorte la création 4?la collectivité.Même si la cou fri il talion de ses idées au débat public provoque une pression, un tiryl-ment, l’intellectuel tout comrqp la société en tireront prolit.Collections PUL et IQRC Les PUL et l’IQRC sont heureuses de présenter leurs collections et les directrices et directeurs qui les animent.Atlas historique du Québec Serge Courville et Normand Séguin Bibliothèque copte de Nag Hammadi Louis Painchaud Communautique et médiatique Pierre-Léonard Harvey Culture et Société Denise Lemieux Culture française d’Amérique Simon Langlois Diagnostic Léo Jacques Dictionnaire biographique du Canada Réal Bélanger Dikè Josiane Boulad-Ayoub et Bjame Melkevik Échanges culturels Léon Bernier Ethnologie de l’Amérique française Jocelyne Mathieu Explorer la culture Fernand Harvey et Léo Jacques Formation et profession Maurice Tardif, Clermont Gauthier et MarielleTousignant Géographie historique Serge Courville Intercultures LaurierTurgeon Langue française en Amérique du Nord Claude Verreault Leçons de linguistique de Gustave Guillaume Ronald Lowe Lectures Denis Jeffrey Mercure du Nord Josiane Boulad-Ayoub Méthodes des sciences humaines Louis M.Imbeau Œuvres de Paul Tillich André Gounelle et Jean Richard Prisme Guy Laforest Les régions du Québec Normand Perron Les régions du Québec.histoire en Bref Léo Jacques et Normand Perron Religions, cultures et sociétés Brigitte Caulier et Raymond Brodeur La République des Lettres Thierry Belleguic, Éric Van derSchueren et Sabrina Vervacke Sciences de l’administration Jean-Fkmçois Chanlat Sociétés, culture et santé Francine Saillant Sociologie contemporaine Daniel Mercure Textes oubliés de la francophonie Françoise Têtu de Labsade Trajectoires professionnelles et marché du travail contemporain Geneviève Fournier Travail social Jean-Pierre Deslauriers et Yves Hurtubise La vie dans la classe Denis Jeffrey Vie des lettres québécoises Andrée Mercier, Robert Major et Barbara Havercroft Zêtêsis Jean-Marc Narbonne Les auteurs qui désirent soumettre un manuscrit peuvent le faire parvenir à l’adresse suivante : Les Presses de l’UniversitE Laval Les Éditions de l’IQR Pavillon Maurice-Pollack.bureau 3103 Cité univesitair .Sainte-Foy (Québec), G IK 7P4 Tél.(418) 656-2803 • Téléc.(418) 656-3305 Pres$es@pul.ulaval.ca • www.ulaval.ca/pul « UNIVERSITE 1AVAL tOMOf i 'l&wteô' cUr C COMMUNICATION Langues et linguistique ^Département de langues, linguistique et traduction Faculté des lettres Université Laval, Québec (Québec), G1K 7P4, Canada Publication annuelle Cahiers de géographie du Québec Département de géographie Université Lavai, Québec (Québec) G1K 7P4, Canada T rois volumes par an Communication dr droit ü*:*i «rar w* l'Jl * les Département d’information et communication Pavillon L.-J.-Casault, B.-5604 Université Laval, Québec (Québec) G1K7P4, Canada Deux numéros par an Études Inuit Études inuit Pavillon De Koninck Local 0450 Université Laval, Québec (Québec) G1K7P4, Canada Deux numéros par an Anthropologie et société Département d’anthropologie Faculté des sciences sociales Université Laval, Québec (Québec) G1K7P4, Canada Trois numéros par an Études internationales Institut québécois des hautes études internationales Université Laval, Québec (Québec) G1K7P4, Canada Publication trimestrielle Relations industrielles Département des relations industrielles Université Laval, Québec (Québec) G1K 7P4, Canada Publication trimestrielle Études littéraires Département des littératures Faculté des lettres Université Lavai, Québec (Québec) G1K7P4, Canada Trois numéros per an ***** wi m au: A r H u m r n t Ifsâmmm Les Cahiers de droit Faculté de droit Bureau 7133 Université Laval, Québec (Québec) G1K 7P4, Canada Quatre numéros par an Ethnologies CÉLAT Université Laval, Québec (Québec) CîlK 71*4, Canada Deux numéros par an Laval théologique et philosophique Faculté de théologie et de sciences religieuses Université Laval, Québec (Québec) G1K 7P4, Canada T rois numéros par an Recherches féministes GREMF Pavillon De Koninck Université Laval, Québec (Québec) (ilK 7P4, Canada Deux numéros par an Recherches sociographiques Département de sociologie Université Laval, Québec (Québec) G1K 7P4, Canada Deux numéros par an Recherche en éducation musicale Faculté de musique Université Laval.Québec (Québec) G1K 7P4, Canada Publication annuelle Argument Les Presses de l’Université Laval Pavillon Maurice-Pollack Université Laval, Québec (Québec) G1K 7P4, Canada Deux numéros par an La revue juridique Om étudiants et étudiantsa de T université Laval Faculté de Droit, Local 7110 Université Laval, Québec (Québec) G1K 7P4.Canada Deux numéros par an I ) l s \ I LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Antimo L.Farro LES MOUVEMENTS SOCIAUX Diversité, action collective et globalisation Ce livre propose un modèle explicatif des mouvements sociaux contemporains.Il réexamine dans cette optique les classiques de la sociologie, puis il passe en revue les théories plus récentes de la mobilisation des ressources et de la sociologie de l’action.Coll.Politique et économie 264 pages • 24,95 S Sous (a direction d’Edmond Orban et Michel Fortmann LE SYSTÈME POLITIQUE AMÉRICAIN Le système politique des États-Unis demeure, à bien des égards, unique.Des spécialistes en études américaines présentent ici son fonctionnement dans ses multiples dimensions.Le système politique américain |l *s ».< •KAtut »> Histoire rie la didactique des langues au siècle des 1 umteres ffém MoiArtatfir iJMEaaoltya* Coéd.Gunter Narr VerlagTUbingen 570 pages • 39,95 $ Coll.Paramètres 448 pages • 34,95 $ Jean-Antoine Caravolas HISTOIRE DE LA DIDACTIQUE DES LANGUES AU SIÈCLE DES LUMIÈRES Précis et anthologie thématique Cet ouvrage de référence, qui comprend un précis et une anthologie thématique, traite du siècle cosmopolite par excellence, où la didactique des langues a connu un important regain d’intérêt.Choix de textes et présentation par Claude Corbo avec la collaboration de Jean-Pierre Couture REPENSER L’ÉCOLE Une anthologie des débats sur l’éducation au Québec de 1945 au rapport Parent Cette anthologie témoigne de ce fécond bouillonnement d’idées qui allait aboutir au rapport Parent.Les textes permettent de juger du chemin parcouru et montrent la profondeur historique de questions toujours actuelles.* Repenser l'école 1.1».y \ 4,' i Coll.PUM-Corpus 676 pages • 39,95 $ (VON IANOCMI •OABtltll lAUOV HISTOIRE DE L’ÉTHIQUE MÉDICALE ET INFIRMIÈRE Guy Durand, Andrée Duplantie, Y van Laroche, Danielle Laudy HISTOIRE DE L’ÉTHIQUE MÉDICALE ET INFIRMIÈRE Ce livre présente une histoire de la pensée éthique située dans le contexte politique et social, avant d’être inscrite dans le cadre particulier des découvertes scientifiques et techniques.Coéd.Les éditions inf.368 pages • 39,95 S Sociologie et sociétés volume 32, numéro 2 LES PROMESSES DU CYBERESPACE Ce numéro thématique présente une perspective sociologique et critique sur les enjeux des nouvelles formes de communication et sur les promesses que suscitent ces dernières.Sociologie#-ET sociétés in trtaftm «i
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.