Le devoir, 28 avril 2001, Cahier D
L K DEVOIR.LES S A M E l> I 28 ET DI M A \ t H E 2 ïl AVRIL 2 O O I Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Annie Emaux Page D 6 Henriette Walter Page D 6 le Devoir Gilles Marcotte L CARREFOURS Une langue pour parler Cette conversation n’a pas lieu dans le Loir-et-Cher, comme celles dont Claudel s’est fait le magnifique or-chestrateur, mais — il y a quelques semaines — dans un des mille cafés de la rue Saint-Denis, quelque part entre Mont-Royal et Rachel.Ils sont deux.Ils ont l’air un peu fatigué.Personne sur la terrasse.L'hiver ne se décide pas à finir, bien qu’il se soit octroyé depuis quelques jours le nom frauduleux de printemps, et dehors, sur les trottoirs encore mal dégagés, la sloche triomphe insolemment.Ils sont venus là comme ils le font presque chaque semaine, pour échanger comme on dit, déblatérer contre Jean Chrétien et la faim dans le monde, la fuite des cerveaux (les scientifiques, bien entendu, non les littéraires), et de façon plus générale tenter de cerner leur «être identitaire», comme le disait récemment un romancier de gauche.— Vous êtes allé, vous, assister à quelques séances des Etats généraux sur la situation et l’avenir de la langue française?C’est le plus jeune qui a pris subitement la parole, d’où ce vouvoiement qui donne à ses interventions un léger parfum d’archaïsme.—Je n’en ai pas eu le temps.Je relisais — c’est un rêve que je caressais depuis un quart de siècle — le Dominique de Fromentin, qui est un des deux plus beaux romans d’amour de la littérature française, et dont la langue m’est apparue plus belle encore qu’à la première lecture.En cela, voyez-vous, je participais bien aux débats des Etats généraux, à ma façon, peut-être la meilleure, puisqu’on y parlait semble-t-il, j’ai cru le comprendre en parcourant Le Devoir, de la qualité de la langue.— Je vous reconnais bien là, esthète, élitiste!.— Vous vous trompez gravement.Je ne pense qu’à l’utilité, à l’efficacité.Démonstration suit.Si le porte-parole de la police qui, hier soir, à la télé, me parlait de la chose affreuse qui s’était passée, entre huit heures quarante-deux et neuf heures trois, à l’angle des rues Saint-Ani-cet et Bloomsbury, si ce porte-parole donc avait lu Fromentin, il serait peut-être parvenu à me fournir des explications assez claires.Il ne faisait pas beaucoup plus de fautes de français que le chroniqueur de Radio-Canada, qui, lui, parlait de «problématique» avec l’air de savoir ce que le mot veut dire, «blâmait une situation» qui en rougissait de honte, mais sa langue était si pauvre, si désordonnée qu’il n’arrivait pas à en faire un honnête outil de description.— Vous avez sans doute lu le dernier brûlot de Georges Dor, Chu ben comme chu, paru chez Lanctôt.VOIR PAGE D 2: LANGUE iai wri'Si.RKNiKK l’iumx.KAPm: Tous les départs jacquésToit Au milieu de sa maison de la rue Milton, dans le ghetto McGill, qu'il habite depuis plus de .’{O ans, Jacques Eolch-Ribas l'architecte a construit un vaste escalier en colimaçon aux marches de merisier, qui monte jusqu’à un puits de lumière qui découvre le ciel.«Je l’ai construit pour Amélie», dit Jacques Foleh Ribas l’écrivain, qui vient de publier son plus récent m man, Des années, des mois, des jours, chez Stock.Amélie, dans le roman, c’est la femme de Mathieu, laquelle meurt après lui avoir fait connaître un endroit de rêve qu’ils appellent «Ix“ Paradis».Dans la vie de Jacques 1 oleh Ribas, l’écrivain et l’architecte, cotte femme, une Québécoise, s’appelait Camille.CAROLINE MONT PETIT LE DEVOIR Des années, des mois, des jours, c’est aussi tout le poids du passé que l’on traîne avec soi, ou que l’on tente d’exorciser à coup d'amour et de beauté.C’est le parcours d’un homme expulsé dans l'enfance de son Espagne et de sa Catalogne natales durant la guerre civile provoquée par Franco.Cet homme, qui s’appelle Mathieu Prévost mais dont le parcours ressemble beaucoup à celui de son créateur, Jacques Fol-ch-Ribas, vivra quelque temps en France avant d'aboutir en Amérique, au bras d’une femme qui s’appelle Amélie et qu’il aime intensément C'est évident Jacques Eolch-Ribas est un grand amoureux.Il s’abreuve à ces amours absolues qui ne prennent fin qu’avec la mort L’amour comme la beauté sont ici les seuls remèdes contre la souffrance du monde.Et l'amour, celui d’Amélie dans le roman, efface la douleur d’avoir perdu sa langue, son pays, ses parents, son premier amour, celui de Mada, la cousine morte prématurément Après Amélie, le héros tentera d'aimer encore, une Béatrice cette fois, elle aussi condamnée par la maladie.Comme son héros Mathieu, Jacques Eolch-Ribas est Catalan.Dans le hall de sa maison, une inscription dans la céramique dit Deus vos gard, ce qui veut dire «Dieu vous garde», selon une façon de dire bonjour en catalan.Au mur, une reproduction de Picasso, et dans la bibliothèque, une anthologie de musique catalane.La langue catalane, il l'a apprise de ses parents, en même temps que l'espagnol, fi se souvient donc de cette époque où le régime franquiste interdisait que l’on parle le catalan dans les rues.Une fois ses parents évacués, c’est en France qu’il refera l’apprentissage d'une langue, la fran- çaise cette fois.Et aujourd’hui, après une quarantaine d’années passés en Amérique, cet homme qui ne regrette pas du tout l’Europe affiche encore un léger accent de l’Hexagone.De ses origines, Mathieu a notamment gardé l’habitude de vouvoyer sa bien-aimée.Le «usted» espagnol se transforme ainsi en un «vous» français.Ce vouvoiement, dit-il, c’est tout ce qu’il a conservé de sa langue morte.«lorsque ma langue mourut, lentement, peu à peu, des jours des mois des années s’éloignant sur la mer d'une autre langue, lorsque ma langue fut morte, je me sentis orphelin.De l’ancien langage, une seule manière me restait: le vouvoiement», écrit-il.Ce vouvoiement, dans ce livre construit comme des poupées gigognes, où les dialogues, au «je», au «il» et au «nous», s’emboîtent, c’est la mesure de ce qui le tient à la fois loin et près de la femme qu’il aime.*[.] ce vous qui semblait à d'autres une distance nous apparaissait, à nous deux, une complicité délicieuse et nous rapprochait encore, tout en nous éloignant du monde des intimités rapides que nous trouvions obscènes.Le tu, même dans les livres que je dévorais, je le voyais comme une tache ne signifiant rien qu’une facilité», fait dire Folçh-Ribas à son personnage.Car Mathieu, tout en étant généreux, tout en étant passionné, est pudique à sa façon, dans ce dépouillement par lequel il décrit son amour pour Amélie, dans sa façon de se contenter du Paradis, «cette grande maison bourgeoise, abandonnée depuis des années au bord de l’eau», où il fait son nid avec elle.«Je suis prudent, non, prude», dit d’ailleurs un des personnages.Mais c’est bien à Amélie que Mathieu doit le paradis, VOIR PAGE D 2: PARADIS «Pour moi, l’amour est la seule rédemption » ReLatioNS «x'iélc poliUt/uc religion NU mu KO avKil mai 2001 Dossier La fatigue politique du Québec & tous êtes imités à une table-ronde à laquelle participeront Gilles Itourque.professeur au département de sociologie de l'UQAM Nicole Dmrin professeure au département de sociologie de l'Université de Montréal Wa|di Mouaw.id directeur artistique du Théâtre de Quat'Sous Michel Seymour, professeur au département de philosophie de l’Université de Montréal Jeudi le J mal 2(H) I.à 19 h JO À [.'École ijks sciences de la gestion de l’UQAM 315.ri e Ste-Catmkkine Est.AvunimifAm: RM-110 (Mémo Bkkki-I Q UI) Entrée libre 1 I, K It K V 0 I H .I.E S S A M E I) I x E T I) I M A X < HE 1 AVRIL l O II I I) > LANGUE SUITE DE LA PAGE D 1 —Titre admirable, et qui dit parfaitement, par la forme et par le contenu, l’état de profond contentement dans lequel nous plonge la possession de notre langue à nous.Il faudra plus que les efforts conjugués de monsieur Gérald I arose et de deux ou trois offices de la langue française pour traverser ce mur du son.Cela dit, ma foi, je ne serais pas aussi vétilleux que Georges Dor, dont les exemples viennent tous, si je ne me trompe, de la télévision.Je conçois qu’en parlant d’abondance, devant deux ou trois caméras, on s’enfarge parfois dans les fleurs du tapis.Je serais même disposé à faire l’éloge, un éloge mesuré, de certaines formes déjouai.— Parleriez-vous par hasard de Ixi Petite Vie?— Je ne parle pas de Im Petite Vie.Je n’ai pas le goût de parler de Petite Vie.Je refuse absolument de parler de lu Petite Vie.J'ai autre chose à faire que parler de lu Petite Vie.Je veux parler d’André Belleau, de ce qu’il disait le 13 novembre 1982 au congrès lungue et société au (Québec.Je ne retiendrai d’ailleurs de son texte qu’une seule proposition, si profondément révolutionnaire par rapport aux façons que nous avons de traiter de la situation de la langue française au Québec, qu’elle est passée presque complètement inaperçue.la voici: «viser désormais non pas le français comme tel, disait André Belleau, mais à travers le français le plein exercice de la faculté humaine du langage».— Je ne suis pas sûr de bien comprendre.Gérald larose est plus clair, surtout quand il élève la voix et se demande si «le Québec devra compter sur Haïti».là, on comprend! — J’oublie cette déplorable interruption.Ce que nous dit Belleau, en somme, c’est que la langue françai- se ne doit pas être uniquement, ne doit pas être surtout un héritage, un bien collectif a préserver, mais ce qui nous permet de parler, de developer notre pensée.J’irai un eu plus loin, mais dans le même sens: une appropriation déficiente de la langue n’empêche pas seulement d’exprimer une ensée qui se serait constituée sans son aide, mais elle l’empêche même de se constituer.Entre le [>arler-n’importe-comment et le dire-n’importe-quoi, il existe une complicité redoutable.La langue n’est pas un phénomène iso-lable, un patrimoine, un vieux meuble qu'on pourrait traiter in vitro, sans s’inquiéter du reste.Et lorsqu’on parle de la situation de la langue française au Québec, c’est à un climat linguistique qu’il faut pen-ser et non pas à quelques défauts particuliers, un climat à la fois culturel et social déterminé par des intellectuels, des artistes, des bonimen-teurs en tous genres tout autant et plus que par les porte-parole des diverses polices.— Vous commencez à m’inquiéter.Il me semble que les solutions possibles disparaissent dans les lointains de votre pensée.Il faut féliciter le gouvernement de ne pas vous avoir confié la rédaction du rapport des Etats généraux.Comment transforme-t-on un climat linguistique?L’autre ne répondra pas à cette question trop précise.Un faible rayon de soleil, inattendu dans cette maussade journée de faux printemps, vient de s’égarer dans son coin.Il pense au roman québécois qu’il vient de lire, un roman superbement écrit, d’une écriture fine, intelligente, authentiquement française, et il se dit que la grogne, le pessimisme linguistiques participent peut-être de cela même qu’ils croient dénoncer.C’est avec un courage nouveau qu’il retourne au collège, où l’attendent quelques dizaines de travaux d’étudiants.GROUPE Henaud-i - — (êariïeaû 24 librairies au Québec Brav ^ Librairie ©ariiüau-w— NOS MtlLLfURES VÎNTES du 18 au 24 avril 2001 1 Roman Qc ADÉLAÏDE - le goùl du bonheur, î.2 * 4' Mane LABERGE Boréal 2 Roman (Jt GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 * 21 Marie LABERGE Boréal 3 B.D.4S1ERIX fl U1RAVIAIA 7 Albert UDERZO Albert Rene éd.4 Sport AIM BfREERON À CŒUR OUVfR! 4 Mathias BRUNEI Qc.Amérique S fnoi NO 10G0 : La tyrannie des marques * 2 Noomi KLEIN leméac 6 Polar DfADiy DECISIONS 3 Kathy REICHS Robert Laffont 7 Spiniu, JE GRAND LIVRE DU EENG SHUI 105 Gril HALE Momie 8 Jeuneue HARRY P01IER Et LA [DUPE DE FEU.!.4 * 22 Joanne K.ROWLING Gallimard 9 Polar L'ARGENI DU MONDE.1.1 & 1 2 8 Jeon-J.PELLEIIER Alire 10 Ptytho.cesse; d'éirc gcnïh, soyez vrai i * 15 !.D ANSEMBOURG L’Homme 11 Roman DOICE AGONIA * 6 Noncy HUSION Acier Sud 12 Piycho.À CHACUN SA MISSION * 72 ).MONBOURQUEME Novalir 13 Jeunesse IE MIROIR D'AMBRE * 3J Philip PULLMAN Gallimard 14 Roman U MUSIQUE D UNE VIE • 11 Andrei MAKINE Seuil 15 Roman Qt UN DIMANCHE À IA PISCINE A KIGAll * 26 Gil COURIEMANCHE Boréal lé B.D.LUCKY LUKE N° 40 • l’orhsle peinfre 3 MORRIS X GR00I Lucky ed.17 Pryctro.IA SYNERG010GIE * 49 Philippe IURCHEI L'Homme 18 Roman Qc LÀ Oil U MER COMMENCE 4 Dominique DEMERS Robert Laffont 19 B.D.Tj LAMBIL X CAUVIN Dupuis 20 Humour LES «HENNERIES 29 Pmcal BEAUSOlfIL Intouchable! II B.D.LOME X JANRX Dupuis 22 Roril ON NE PEUI PAS EIRE HEUREUX I0UI IE IEAPS * jzl francone GIROUD fayard 23 Essai Qc IA SIMPUCÜE V010NIAIRE * 161 Serge MONCEAU Ecorociété 24 Humoui 10URNAID UN ll-ME 24 Claude MEUNIER Leméac 25 Archilec.LA MAISON AU QUEBEC * jy Yees LAfRAMBOISE [Homme i Roman FORCES IRRESIS1IBCES Aj Danielle SIEEL Pr.de la Cite 27 Sc.Sociale 20 Jocguer B.GELINAS Ecorociete î Psycho.JE l'AIAC.LA VIE • 27; Catherine BENSAID Robert latfont i Horreur CŒURS PERDUS EN AILANIIDE 4 Stephen KING Albin Michel * Psycho.LES CINQ BLESSURES QUI EMPECHENI D ÉIRE SOI-MEME 36, Lire BOURBEAU E.J.C.I Histoire UMPIRE DESORIENJE 3 Catherine BERGMAN Flammarion Qc • 32 Psycho.QUI A PIQUE MON FROMAGE ’ 19 Johmon SPENCER Michel Lafon 33 - Jeunesse CHANSONS DROICS, CHANSONS EOtlES * (LIVRE X CO) 32 HenrieBe MAJOR Eider 34 Sprritu.30 Eckhort JOUE Ariane 1 Roman 2 Joanne HARRIS Libre Expier.1 Romon 99 FRANCS 31 f.BEIGBEDER Grasse! 37 Psycho.DE IA CONVERSAI ION * 85 lheodore ZELDIN Fayard Psycho.LES VILAINS PEIIIS CANARDS * 5 Bar n CYRUINIK Odile Jacob 39 Sport GUIDE DES MOUVEMENIS DE MUSCULAIION * 153 f.DELAVIER Vrgol ï.B.D.CALVIN El HOBBES No20 • Il y a des Irésors porlout1 7 Bill WALTERSON Hors (ollecHon Polar 1 Jamer ELIROX Rivager 4^ Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE * ¦ Ed.Compact - 29 A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 43 Histoire j Jean COURNOXER Slonke i Cuisine SUSHIS fACHES * JJ COlLECHf Marabout 45 B.D.GARFIELD N° 32-Le déU delà faim A Jim DAVIS Datgoud » Coup de (oew R6 ¦¦¦¦ l*,e semoirte sur noire Iule N B.: les didtonnoires el les hires à l'elude son! exclus Nombre de seinoi depuis porulion Pour commander à distance S (514) 342-2815 www.renaud-bray.com ** Livres *» PARADIS L’écrivain a renoncé à retourner en Europe SUITE DE LA PAGE Ü 1 puisque c’est elle aussi qui justifie son établissement en Amérique.Cette Amérique et ce Québec ou il a trouvé refuge, ou il a trouvé la paix.Car ce roman est aussi un roman de l’exil.Un exil qui, lorsqu’il cesse d'être bercé par l’amour, redevient douloureux.«Ce livre est entièrement une allégorie, dit Folch-Ribas en entrevue.Une allégorie de celui qui a perdu son pays, son père, sa mère, ses amours d’enfance et sa langue.C’est vraiment une allégorie de l’exil, et d'un exil qui n'est pas volontaire.» Le personnage a donc sur la mémoire et sur l’oubli nombre de réflexions.Car il y a de la fuite dans ce roman, dans la vie de ce personnage qui s’amuse justement à réécrire une Odyssée où Ulysse ne rentrerait pas à Ithaque.Le regard sur les routes d’Amérique, sur les champs, sur le fleuve, cette impression de grands espaces est bien celle d’un homme venu d’ailleurs.«Les exilés ont le regard fixé sur le rétroviseur.On ne peut pas conduire dans le rétroviseur.Quelqu’un vous dépasse soudain, c'est une scène d’an tan, avec conducteur fou.C’est un pays, c’est une langue, c’est Mada, et c’est un soleil sur la mer.Il ne faut pas que cela recommence», écrit Folch-Ribas.Pourtant, ajoute l’écrivain, à force d’exil, on devient aussi étranger à son propre pays d’origine.L’écrivain a renoncé à retourner en Europe.Il n’a pas pardonné à l’Espagne, dit-il, de l’avoir chassé de son enfance, de lui avoir imposé cette jeunesse peuplée de soldats qu'il décrit en la romançant dans la première partie de son ouvrage Des années, des mois et des jours.Dans les jours qui ont précédé cette entrevue, la mère de Folch-Ribas est morte, à l’âge de 98 ans, dans sa Catalogne natale, où elle est retournée après la guerre.Mais de son enfance, Jacques Folch-Ribas conserve aussi son nom, un nom de famille typique- ment catalan qu'on a du mal a prononcer ailleurs dans le monde.On prononce «Folk», et «c’est comme le folklore sans l’or», lance-t-il a la blague.Au delà de la noirceur du monde, de l’exil, de la guerre, le Mathieu de Folch-Ribas a respiré a pleins poumons l’art, l'amour et la beauté.«Pour moi, l'amour est la seule rédemption», admet l’écrivain.Le militantisme l'a d’ailleurs quitté, depuis la libération de Paris, qu’il a vécue à l’âge de 17 ans.Durant son séjour en France, Jacques Folch-Ribas a pourtant collaboré au journal Combats, où il a rencontré Albert Camus.Aujourd’hui, à 72 ans, il enseigne la littérature au cégep Saint-Laurent, après y avoir aussi longtemps enseigné l’architecture, puisque l’une et l'autre de ces passions ont habité sa vie.Dans l’après-midi suivant notre rencontre, il devait se rendre au lancement de ce roman, son onzième.On y attendait un orchestre de quelques musiciens, qui devait jouer du Schubert.DES ANNÉES, DES MOIS, DES JOURS Jacques Folch-Ribas Stock Paris, 2001,237 pages ! las Jê‘ Que roman 24,95 $ « l n grand roman d idées.Jean Bédard est un semeur d'espoir.» Régis Tremblay, Le Soleil Riche en enseignements, meme pour les incroyants.» Marie Labrecque, Voir « Passionnant.Caroline Montpetit, Le Devoir - |]e,m Bédard | rend enfin justice à de gigantesques figures spirituelles que l’histoire a négligées.» Laurent Laplante, Nuit blanche Son histoire est fascinante.» Reginald Martel, La Pressi isKiaBsisiiTiiani VE CSOUPt Ulir-VAHJ l’HEXAGONE w ww.edhexagone .corn L* passif n «le | A \ Il I 1 0 U I I) V R \] S LITTÉRATURE QUEBECOISE F A N T A S A En famille, c’est-à-dire B^T-BVE.BEBE Elyse Tiasco Traduit de l’anglais par Ivan Steenhout L’Instant même Quebec, 2001,207 pages Des sa parution en 1999 — chez McLeÛand & Stewart au C anada et chez Picador aux États-Unis —.ce premier recueil de nouvelles de la Montréalaise Elyse Gasco a connu le succès.Il a été sur la liste des best-sellers de la New York Times Review of Books, où la critique Margot Livesey a salue le livre, laissant entendre que, si Freud avait eu l’occasion de le lire, il aurait peut-être révisé ses propos sur le roman familial.Car pour les personnages de Bye-bye, bébé, on n’est pas plus certain de l’identité de la mère que de celle du père.Il faut dire que ces femmes de tous âges, Gasco les a privées de famille au départ: enfants, elles ont été abandonnées, puis adoptées.On a écrit dans les journaux que Gasco était enceinte lorsqu'elle a écrit son livre et qu'elle-mème avait été une enfant adoptée.Elle a vécu les mêmes expériences que ses personnages.On n’est pas allé jusqu’à suggérer qu’elle se racontait.Si tel est le cas, Gasco a été jusqu’ici bien malheureuse dans sa vie.Le climat de ses nouvelles est dur, et notamment celui de la première.Une vie bien imaginée, où, à défaut d'origines assurées, une jeune fille adoptée essaie de se représenter, dans un cauchemar fantasmatique, sa mère biologique pendant sa grossesse, enfermée dans un foyer de filles-mères qui tient à la fois de l’orphelinat et de l’asile de fous.La folle du logis L’imagination sera d’ailleurs, pour tous les personnages importants du recueil de Gasco, la folle du logis au sens le plus strict, l’ultime recours des mères et des filles, qui permet au chagrin de s’épancher, d'inventer des réponses à des interrogations lancinantes ou d’inventer des accommodements avec une réalité par ailleurs insoutenable.Il n’empêche qu’à l’exception de la première, les six autres nouvelles du recueil présentent des situations initiales plutôt réalistes, voire banales.Dans Tu as le corps, une femme qui vit avec un homme tout ce qu’il y a d’ordinaire raconte sa grossesse, puis son accouchement, qui se déroulent tous deux sans incidents.Mais d’un jour à l’autre, elle se sent ébranlée dans ses certitudes de femme normale et rangée.Les questions se bousculent dans sa tète: a-t-elle choisi le mauvais géniteur?Sa mère adoptive, qu'elle avait cru bonne, n etait-elle pas sterile par mesquinerie?Et son enfant a naître — comme si un enfant pouvait être a soi! —.sera-t-il un petit tyran?Comment l'elevera-t-elle?Finalement, se demande-t-elle, «de qui sommes-nous le corps-?La question parait absurde, sans réponse, et c'est pourtant là que se trouve, pour elle, la cle de l'identite de chacun.C'est peut-être je même personnage de femme qui.dans Éléments, s’est remis aux etudes.Sa fille a sept ans.Son mari est vétérinaire.Elle mène une existence active et stable.Mais les souvenirs d’enfance affluent, et elle constate qu’en réalité sa vie n'a été qu’une longue suite de pertes: d’objets personnels.de cellules de son corps, de son mari qui dissimule mal une liaison, de ses parents et de sa fille qui lui tient déjà des propos d’adulte.Mais ce ne sont là que des dérapages momentanés de l’imaginaire.qui manifestent le désarroi de ces personnages de femmes.Une fois qu'ils sont passés, elles parviennent à se ressaisir.Dans les nouvelles suivantes, cependant, cela ne se produira plus: l'imagination, dès lors, emportera tout sur son passage.On le pressent dès le debut de La troisième personne, chez cette femme au curieux prénom, «She» — elle s’appelait «Elle» dans la version originale anglaise du recueil —, qui ne sait pas très bien par où commencer à se raconter, à cause de fêlures dans sa perception des choses.Faut-il commencer par préciser qu’on l’a trouvée «à côté» d’une poubelle et non pas «dedans», «comme si la préposition était le plus important de l’histoire»?Ou par cet enfant quelle porte et qui a été conçu «dans un oublieux émoi pendant lequel deux êtres étranges essayaient de se construire une mémoire»?Par le mot de sa biologique, qu’elle a reçu après dix-huit ans de silence?Une folie mystique s'insinue dans l’esprit de cette femme alors que celle de la nouvelle éponyme, elle, va sombrer dans l’abandon.Le seul personnage d’homme en vedette se trouve dans L'araignée de Bumba, qui est la plus états-unienne des nouvelles du recueil.C’est un hippie attardé, gardien de zoo et «étrange animal lui-même», qui kidnappe sa fillette et entreprend avec elle une douce cavale qui va durer des années, jusqu’à ce qu’on les rattrape.In dernière nouvelle du recueil, Mère: une histoire qui n 'est pas vraie, met en scène un personnage jusque-là effacé, dont le rôle ne Robert Chartrand « * nulle part Gasco Linfîant niant peut être qu’ingrat: celui de la mère adoptive, de qui sa tille adolescente dit avec cynisme quelle «avait sauté complètement la saison de l'amour pour atterrir tout droit dans celle de la dénégation et de la dissimulation».Elle est très attachante, cette femme friande de psychologie populaire qui a décidé que toute vérité n'est pas bonne à dire, surtout celle qui concerne les origines de sa fille, et qui désire, à intensité égale, blesser sa fille et lui faire du bien, avec autant d’intensité.Gasco sait jouer très habilement des per pectives de narration pour tracer des portraits parfois très noirs de ces femmes sans noms, enfants abandonnées ou mères incompétentes, de leur conscience qui s’égare, de leur identité fragile.Elles ne sont pas sottes — simplement dépourvues de repères intellectuels et affectifs solides.D’où leur sentiment à toutes de ne rien savoir de la vie, comme s’il leur avait toujours manqué quelque mode d’emploi pour la maternité, pour le deuil ou pour la simple expression de leur amour.On perçoit bien, d’une nouvelle à l’autre du recueil de Gasco, des parentés entre certains des personnages, des échos entre leurs destins.Entre ces histoires, il y a bien plus qu’un thème commun — celui de la famille.Ên fait, ce recueil de nouvelles est si cohérent qu’on aurait pu le présenter comme un roman polyphonique.robert.chartrand5@sytnpatico.ca Pouvoir parallèle MAKI 1 CI \ l t> E M I K AM) K TT K C* est avec un bonheur renouvelé que le lecteur retrouvera, avec L'argent du monde.le très volubile inspecteur Théberge, variation toute que bécoise du detective hard-boiled à la Hammett-Chandler, pour la suite de cette bien étrange en quête au cœur du pouvoir parallèle et de la corruption.Ainsi que ses non moins curieux «acolytes» que sont Chamane le hacker et Hurt, l’homme aux in nombrables personnalités.Alors que le premier tome prend la forme d'une suite de questions relatives à d'horribles meurtres et de non moins odieuses magouilles financières, le second développe' une série de réponses pas toujours rassurantes.L’in trigue se tisse pour l'essentiel au tour d’une sorte de guerre froide à finir entre l’Institut, organisme d’enquête régi |xu le mystérieux F (on ne peut pas ne pas penser à M le maudit de Fritz lang), et le Consortium, étrange entité diri gee par le très machiavélique leonidas Fogg.L’écriture évocatrice, intelligente et fluide de Jean-Jacques Pelletier fait alterner le dialogue philosophique, les rellexions car tésiennes et l’humour décapant dans un style bien licele.à la mécanique réglée au quart de tour, la's romans de Pelletier passionnent et inquiètent parce qu'ils posent un regard lucide, teinte d’ironie et sans complaisance sur notre époque, regard qui s'incarne le plus souvent sous la forme d’interrogations prenant à parti le lecteur, question de mieux le manipuler.Le second volet de la tétralogie «Les Gestionnaires de l’Apoca lypse» que forment les deux tomes de L'Argent du monde (le premier volet, souvenons-nous, s’intitulait La Chair disparue et avait valu à l’auteur de panégyriques dithyrambes) risque de' vous empêcher de dormir en rond si vous êtes de ceux qui croient au complot mondial des crimes organisés et des empires financiers, autant d’entités nébu- leuses et ultradangereuses qui manipulent les individus, llième chéri, s’il en est.de l’auteur de / Homme trafique et de Blunt -Les Treize Derniers Jours, autant de récits envoûtants et chaotiques de Pelletier, récemment réédités chez le même éditeur.On attend avec impatience les deux autres volets qui compléteront cette tétralogie (tome 3: Le Besoin des autres, et tome 4: La Faim de la Terre).On aime tellement se t;üre manipuler! Du grand art Pour sa part, le petit recueil d’Flisabewth Yonarburg, paru à la fin 2lHX) propose sept nouvelles, la plupart déjà parues sous une forme plus ou moins différente dans des magazines {Solaris et Imagine) ou dans des collectifs de science fiction, et qui furent écrites entre 1979 et 2(XX).L'indéniable talent de Yonarburg, la profondeur de son style et l'imaginaire débordant de ses univers futuristes s’y affirment une lois encore et font passer la s.f.et la fantasy au rang de grand art littéraire.L'auteure, que l’on connaît surtout pour sa Chronique du pays des mères mais aussi pour ses textes critiques et théoriques ainsi que |xnir ses chroniques à la radio de Radio C anada dans le cadre de feu Demain la veille, y présenté sept petits chets-d'œuvre empreints de cette écriture limpide, poétique et inspirée qu'on lui connaît, le premier de ces textes est particulièrement puissant par sa force évocatrice et sa densité psychologique.Quand la s I se fait intelligente et prend la forme du talent, elle a pour nom Elisabeth Yonarburg.L’ARGENT DU MONDE .1 ean-Jaeqttes Pelletier Editions Alire Québec, 2(X)1, en deux tomes de 623 pages et 59b pages IA MAISON AU BORD DE IA MER Elisabeth Yonarburg Editions Alire Québec, 2(XK), 275 pages ivieri librairie »bistr 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Téb: 5iz,-739-3639 Fax : 51W39-3630 service@librairieolivieri.com Harcèlement moral DEMELER LE VRAI DU FAUX Éd.Syros Causerie avec Marie-France Hirigoyen Mercredi 2 mai 19530 Entrée : 5 $ Réservation obligatoire ; 739-3639 Si vous désirez manger au Bistro, il est préférable de réserver LIBER Laurent-Michel Vacher Une triste histoire et autres petits écrits politiques Laurent-Michel Vacher Une triste histoire et autres petits écrits politiqs Liber 180 pages, 20 dollars TOUTES NOS FÉLICITATIONS - ERIC-EMMANUEL SCHMITT Des talents de philosophe, d’auteur dramatique et d’écrivain.À PAULINE GILL.Lauréate du Grand Prix du livre de la Montérégie 2001 catégorie roman.Pauline roman 29,95 $ Par Vauteur de «Variations énigmatiques ».L'Evangilt selon Pilait vlb éditeur www.edvlb.com L* ije |a IrffcVAftfrc lu «m.pe JvhIe-maïê I uwaw.ALBIN MICHEL J I) I.K I) K V O I K .I.K S S A M K I) I 2 H K T l> I M A N < H K i !) A \ K I L '• O 11 Livres I I V V» R < "% ESSAIS QUÉBÉCOIS Un fédéralisme au bout du rouleau LES PROPHETES DÉSARMÉS?Que faire SI UN RÉFÉRENDUM GAGNANT SUR LA SOUVERAINETÉ N’ÉTAIT PAS POSSIBLE ?Claude Morin Boréal Montréal, 2001,222 pages LE DÉCLIN DU FÉDÉRALISME CANADIEN Joseph Facal Vül Montréal, 2001,80 pages O n peut reprocher beaucoup de choses a Claude Morin, mais on ne peut lui enlever ses talents de stratège et d’analyste politique.Avant tout soucieux d’efficacité (il cite Raymond Aron: -La politique est action, et toute action tend a la réussite»), l’ancien ministre laisse a d’autres les arguties.Pour lui, le Québec doit obtenir la maîtrise de son destin pour défendre et promouvoir sa spécificité française en Amérique du Nord.Morin était souverainiste L ou i s Cornellier CrçuLiQ CENTRE DE RECHERCHE EN LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE BOURSE POSTDOC TOR A LE DU CRELIQ Le conseil de direction du C'entre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) de l’Université I aval annonce l’ouverture du concours pour l’obtention d’une bourse destinée à celles et à ceux qui ont terminé leurs éludes de 3C cycle en littérature.Cette bourse sera offerte à une personne répondant aux exigences suivantes : Exigences • Avoir terminé des études de 3e cycle dans une université autre que l’Université Laval ; • avoir procédé au dépôt pour soutenance de sa thèse de doctorat ; • s’engager à participer activement aux activités scientifiques d’un des trois axes de recherche du CRELIQ : histoire littéraire, culture médiatique et dynamique des genres.Présenlation du dossier • La candidate ou le candidat remplira un formulaire de demande de bourse en utilisant le formulaire PDF qui se trouve sur le site web du ' CRELIQ à l'adresse suivante : http://www.creliq.ulaval.ca/ à la rubrique recherche, section formulaire de demande de bourse ; • elle ou il joindra à sa demande une lettre de recommandation (partie C du formulaire), une lettre d’un des chercheurs du CRELIQ qui accepte de superviser le stage (partie B du formulaire) ainsi qu’un article publié dans une revue avec comité de lecture ou un chapitre de sa thèse.Le montant accordé est de 20 000 S.La personne sélectionnée obtiendra également une charge de cours rémunérée selon les tarifs en vigueur au Département des littératures de l’Université Laval.La bourse est offerte pour une durée de 12 mois à compter du 1cr septembre 2001.Date limite pour le dépôt des demandes : 18 juin 2001.Les dossiers devront être envoyés ou déposés au CRELIQ à l’adresse suivante : Local 7101, Pav Charles-De Koninck, Faculté des lettres.Université Laval, Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4.Le jury sera composé des membres du comité exécutif du CRELIQ.Il rendra sa décision le 26 juin 2001.Denis Saint-Jacques Directeur Et si La Belle et la Bête avaient vécu au Québec au XIXe siècle.ominique Demers Le nouveau livre de Dominique Demers Dans la lignée de Marie-Tempête, Un roman qui va droit au cœur et il le reste.Mais en attendant, que faire?Les Prophètes désarmés?propose une analyse lucide de l’état actuel des lieux politiques.Morin y critique sévèrement la logique d’un fédéralisme centralisateur qui muselle les aspirations québécoises et il rappelle que les conceptions divergentes du fédéralisme prônées par le Quebec et les autres provinces pérennisent le blocage constitutionnel.La solution souverainiste, toutefois, tarde à se concrétiser, et bien malin celui qui pourrait dire à quelle heure seront réunies les «conditions gagnantes».Des tendances lourdes de la société québécoise (attachement à une idée du Canada, convictions souverainistes très fragiles chez plusieurs électeurs) et une propagande fédéraliste soutenue qui confond volontairement le maintien du régime actuel et la sauvegarde du pays font en sorte qu’on ne peut présumer de rien quant à la possibilité de tenir à plus ou moins court terme un référendum gagnant sur la souveraineté.Alors, quoi?On se lance tête baissée dans un baroud d’honneur?Ce serait suicidaire.On pratique l’attentisme?Le Québec s’affaiblirait à ne rien faire pendant que les croisés du fédéralisme Canadian s’activent Aussi, au risque de déplaire à beaucoup de monde, Claude Morin pose la question: «Que devraient faire le gouvernement et le PQ si les circonstances se révélaient, en dernière analyse, non propices à la tenue d'un référendum gagnant sur la souveraineté?» Sa réponse: ils devraient au moins «rendre la dynamique du régime moins politiquement dommageable au Québec».Comment?En tenant un référendum gagnant sur une proposition de réforme constitutionnelle qui s’appuierait sur le constat suivant: «Il existe depuis longtemps, chez les Québécois, un consensus sur la nécessité, pour le Québec, d’être maître de ses affaires en récupérant, en obtenant et en conservant les instruments et la marge de manœuvre dont il a un besoin vital pour s’acquitter de sa mission unique.» La proposition exigerait entre autres, la reconnaissance constitutionnelle du peuple québécois, un nouveau partage des pouvoirs, l’autonomie complète du Québec dans ses champs de compétence et en matière de langue, le droit de se représenter lui-même a l’étranger et la confirmation que le territoire québécois est intangible.Chimères que tout cela?Claude Morin a une bonne raison de croire le contraire: «La Cour suprême a apporté au débat politique une composante de toute première importance: Ottawa et le reste du Canada ne peuvent désormais plus refuser de négocier avec le Québec des propositions qui auraient reçu un appui clairement exprimé par sa population.» Dans le passé, les demandes et revendications émanant des politiciens du Québec ont été méprisées par le gouvernement fédéral et la population canadienne et elles continueront de l’être.Que ces demandes, toutefois, reçoivent l’appui formel de l’opinion publique québécoise lors d’un référendum, et voilà la donne modifiée du tout au tout et le fédéral obligé de négocier.«En démocratie, écrit Morin, l’arme par excellence est le soutien de l’opinion publique.» Les prophètes désarmés du titre (inspiré de Machiavel) seraient donc ceux qui partent au combat sans cet appui.Des fédéralistes crieront sûrement à l'astuce pendant que certains souverainistes refuseront ce qu'ils percevront comme un détournement d’idéal.Y a-t-il un scandale, pourtant, à demander aux Québécois de se prononcer sur une proposition qui s’inscrit avec fidélité dans une longue tradition de revendications (autonomie provinciale de Duplessis, régime Claude Morin LES PROPHÈTES DÉSARMÉS ?Que faire u un referendum gagnant sur b souveraineté n’était pas possible ’ particulier de Lesage, égalité ou indépendance de Johnson, rapport Gérin-Lajoie, souveraineté culturelle et société distincte de Bou-rassa, souveraineté-association, etc.)?Si l’on reconnaît que le matraquage de l’argumentaire souverainiste, déjà archidiffusé, risque assez peu de faire des miracles à court et moyen termes, la proposition Morin n’apparaît-elle pas comme une manière pertinente de redonner l’initiative au Québec tout en laissant l’avenir ouvert?Après avoir fait quelques flammèches médiatiques lors de sa parution en février, l’essai de Claude Morin a été renvoyé sans véritable examen dans les limbes du débat sur la question nationale.Il contient pourtant des idées stimulantes qui invitent à une action politique constructive.Un fédéralisme en ruines Ministre des Affaires intergouvemementales canadiennes dans le gouvernement Landry, titulaire d’une maîtrise en science politique et d’un doctorat en sociologie, Joseph Facal est un jeune politicien bien équipé.Orateur au style par trop appuyé, il a toutefois le mérite de s’exprimer clairement et de s’adresser à l’intelligence du citoyen.Dans Le Déclin du fédéralisme canadien, un opuscule d’à peine 70 pages.Facal trace un portrait dévastateur de «la classe politique dirigeante à Ottawa», engagée dans une centralisation sauvage des pouvoirs afin de repondre aux défis de ia mondialisation et de contrer l’autonomisme québécois.Radicale, sa these cherche à montrer que les soi-disant fédéralistes canadiens trahissent eux-mémes leurs propres prétentions: «[.] Ottawa tue le fédéralisme sous prétexte de sauver le Canada.» Le reste du Canada s’en satisfait mais le Québec rechigne avec raison a cette tendance qui le dépossède de son autonomie.Réduction des transferts financiers aux provinces, détournement de la caisse de l’assurance-emploi, accumulation de surplus sur le dos des provinces, signature d’une entente sur l’imion sociale qui méprise le partage constitutionnel des compétences, loi C-20 qui «travestit grossièrement l’avis de la Cour suprême» dans le but de mettre le Québec au pas, appui aux provocations parti-tionnistes, cadenas diplomatique posé sur l’action internationale du Québec depuis 1995, voilà le triste bilan d’un régime qui ne correspond plus du tout à l’image du Canada à laquelle plusieurs Québécois demeurent attachés.Aussi, s’il veut tirer s’en sortir, en tant que nation, dans le nouveau contexte qui se met en place, le Québec, conclut Facal, doit opter pour la souveraineté et se doter d’un relais national bien à lui.Emanant d’un ténor péquiste, la thèse, valable mais un peu courte, n’a rien pour surprendre.Efficace quand il s'agit de montrer les dangers qui guettent un Québec bâillonné par un Canada centralisateur à l’heure de la mondialisation, elle se lait toutefois trop discrète au moment d’évaluer le potentiel de résistance d’un Québec souverain à une intégration débridée des économies continentales.lou iscornel l ieriapa rroinfo.net SPIRITUALITE L’enfant terrible des contemplatifs DAVID CANTIN On projette trop souvent une image un peu confuse de Thomas Merton.Ses détracteurs le décrivent comme une sorte de «saint postmoderne», indomptable, qui ne cessera d’afficher une grande résistance face au conformisme religieux générateur d’inertie spirituelle.11 serait d’ailleurs étonnant que cette figure complexe et attachante du XX‘ siècle soit un jour canonisée.Toutefois, son art, sa spiritualité, sa poésie, de même que sa pensée dépassent de beaucoup le portrait anecdotique que l’on dresse habituellement de l’intellectuel et trappiste de l’abbaye Notre-Dame-de-Gethsémani.C’est ce qu’on découvre en parcourant l'étude minutieuse de Michael W.Higgins qui vient d'être traduite chez Bellarmin.Thomas Merton.La voie spirituelle d’un hérétique amorce un trajet hors du commun où l’on ose traverser les apparences.Plutôt que de suivre les traces biographiques habituelles, Higgins préfère explorer les liens qui unissent l’œuvre de Merton à celle du génie visionnaire anglais qu’était William Blake.L’auteur s’intéresse, en quelque sorte, à la «géographie spirituelle» que l’on distingue entre ces deux poètes qui partagent un même sang hérétique.Il sera donc question de substance et non d’anecdotes sensationnelles.Dès le premier chapitre, on s'aperçoit que la vie mouvementée de Merton ne gêne aucunement l’essayiste.Bien sûr, on mentionne les grandes lignes ainsi que cette mort survenue en 1968 dans des circonstances quelque peu bizarres.Après une conférence à Bangkok, Merton retourne à sa chambre et reçoit une décharge électrique de 220 volts de courant continu d'un ventilateur de parquet défectueux.Une mort zen, un suicide programmé inconsciemment?Un acte politique, quelque complot assassin?Plutôt que de suivre ce filon, Higgins montre que Merton cherchera à privilégier au fil de sa quête la fusion des arts de l’imagination grâce à une ouverture des sens trop longtemps asservis à un regard étroit.11 s’ins- pire donc des quatre éléments essentiels de la mythologie bla-kéenne (la vision quadruple) pour décrire le tempérament spirituel de celui qui connaîtra un succès fulgurant lors de la parution de La Nuit privée d’étoiles en 1948: Urizen (la Raison), Uf-thona (la Sagesse), Luvah (l’Emotion) etTharmas (l’Instinct).Une énergie jaillit de la réunion de ces contraires qui fondent une réelle synthèse à l’intérieur même de l’individu.Higgins observe aussi que Blake et Merton s'engageront dans des tâches semblables et qu'ils resteront généralement incompris de leurs contemporains.En somme, on a droit à une description assez juste du parfait rebelle.Par ailleurs, on commente de longs passages de l’œuvre qui célèbre une unité métaphysique et psychologique respectueuse de l'homme dans sa totalité.Michael W.Higgins demeure lui-mème conscient d’une «industrie Merton», tout comme ces nombreuses polémiques qu’incitait ce moine habité par une rage de vivre qui cherchera jusqu’à la toute fin de sa vie l’intégration fi- Robert Laffont Alberto Manguel LE LIVRE D’IMAGES Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf « Des traits brosses sur une toile ou du papier surgit une histoire, qui elle-même témoigne d'une époque, d’une partie de l’humanité.» Caroline Montpetit.te Devoir nale au Verbe.Beaucoup plus qu’une introduction habile, Thomas Merton.La voie spirituelle d’un hérétique interroge une œuvre radicale où l’ironie oppressante et la colère apocalyptique se trouvent à la croisée d’un parcours englobant.THOMAS MERTON.LA VOIE SPIRITUELLE D’UN HÉRÉTIQUE Michael W.Higgins Traduit de l’anglais par Geneviève Roquet Bellarmin Montréal, 2001,252 pages ESSENTIEL Sérénité SAGESSE ZEN Timothy Freke Traduit et adapté de l’anglais par Sylvaine Charlet Solar Paris, 2000,30 pages De présentation soignée, en rouge et noir, ce «coffret divinatoire» (ainsi nommé par les éditeurs) contient un petit livre à couverture cartonnée et le jeu de cartes Koan Zen, «un nouveau moyen d’accéder à la connaissance de la vie et à la mystérieuse sagesse du bouddhisme zen».Les koans, explique-t-on, sont «comme des fenêtres à travers lesquelles on peut apercevoir les vérités du bouddhisme».Sur chaque koan, on trouve des pensées à méditer.Ainsi, sur le koan (ou carte) n° 3, il est dit que «la vague et la mer ne sont qu ’un».On peut méditer seul sur ce précepte zen mais on trouve dans le livre le texte correspondant à la carte et des pensées de nature à pousser plus loin sa méditation.L’auteur définit le tout comme une nouvelle approche de la sérénité.Renée Rowan A .50% Plus de 50 000 titres sur tous les sujets ACTES SUD/LEMÉAC téléphone: (5M)S24-5558 /courriel:lemeac(j lemeac.com LIBRAIRE rue Saint-Denis v A M K II I V R E S LE FEUILLETON Sarajevo, ville des départs Un journal métaphysique Je a n - Pier re Den is La question identitaire et les relations interculturelles dans l'ancienne Yougoslavie, et en particulier a Sarajevo, intéressent depuis longtemps l'homme aux multiples têtes qu’est Dze-vad Karahasan — puisqu'il partage son temps entre le journalisme, l'enseignement de l’art dramatique, la critique littéraire, l’essai (Un déménagement, paru chez Calmann-Levy.a obtenu le prix européen de l’essai en 1994), qu’il est par ailleurs écrivain de théâtre et romancier.Cette diversité de talents ne peut être le seul fruit d’une énergie qui chercherait à se dépenser, il lui faut une cause.Homme de paix et d'ouverture, lui qui est né en 1953 à Duv-no, en Bosnie-Herzégovine, dans une famille musulmane, qui s’est exilé en Autriche en 1994 avec sa femme Dragana Tomasevic (aussi écrivain), n'a jamais oublie la leçon de Saraje-* * * vo, non plus que les conséquences de la destruction de la bibliothèque de cette ville par les Serbes dans les premiers mois de son siège.Tous les deux, ville et bibliothèque, témoignaient de la possibilité d'un Etat pluriel, multiethnique, de l'existence d'une «culture à quatre voix dans laquelle l'existence de l’autre est la confirmation de la mienne et vice versa» (Dzevad Karahasan: Discours de la méthode bosniaque.in Vukovar-Sarajevo).Elles témoignaient aussi du fait que la tolérance n’y reposait pas sur l'indifférence, ce sentiment si commun dans nos villes métissées, mais bien sur l’intégration commune de la différence.Pour reprendre les paroles qu'adresse Faruk à la femme qu'il aime, mais qu'il doit pourtant quitter car Sarajevo est la ville des départs, «un bon Bosniaque aime tendrement ses voisins de toutes les confessions [.] ce qui l’oblige à se soucier de la manière dont il saluera un tel, exprimera sa compassion à tel autre, congratulera un troisième.Il lui faut tenir compte de toutes les fêtes, savoir quand et comment on les célèbre, quels sont les vœux que l’on formule à leur occasion.Pour vivre en bonne intelligence avec son entourage, un Sarajévien doit posséder sur les diverses religions et cultures des connaissances qui en font presque un anthropologue ou un ethnologue amateur» (L’Age de sablé).Un récit à tiroirs Comme la ville qu’il représente, le roman que nous offre Dzevad Karahasan n’est pas simple.Roman à tiroirs, nous nous trouvons au début à Sarajevo, avant et après l’encerclement de la ville par les Serbes.Azra, une jeune femme divorcée, rêve depuis longtemps de partir à Venise, tout en ayant le sentiment qu’elle ne pourra sans doute jamais réaliser son souhait.Faruk, lui, est un être compliqué, un idéaliste torturé qu’Azra a rencontré une nuit qu’il hurlait à la lune.Ils se sont reconnus, se sont aimés et, depuis, partagent leur histoire.S’il fallait qualifier Faruk, on pourrait dire de lui qu’il ne vit pas parmi les hommes mais bien dans ses pensées et une sorte de désespoir blanc, glacé.Privé de son père très jeune, puis de son grand frère, enfin d’une autre ligure paternelle en la personne d’un vieil homme avec qui il s’est lié d’amitié, il voit le monde comme un champ de forces et de formes où il lui est impossible de trouver sa place et son sens, où il lui est aussi impossible d’éprouver des sentiments vrais, de sentir sa propre réalité et celle des autres.Comme Azra, lui aussi voudrait bien partir, mais comment partir quand on n’est d’aucun lieu?Pour reprendre la formulation d’Azra: «Pour renoncer à un lieu, il faut lui appartenir.On ne peut quitter que l’endroit où l’on est.Toi, tu es un étranger sur terre, comme ton farnak» (être bâtard, à la fois dépouille périssable et incarnation divine, n’appartenant tout à fait ni à ce monde ni à l’au-delà).Un jour pourtant par amour pour Azra, Faruk part Quelques mois après leur rupture, Azra retourne à l’appartement où vivait Faruk et y découvre un ma- nuscrit laisse à son intention.H s'agit d'un roman, à la fois initiatique et policier, qui se déroulé au XVI' siecle a Istanbul et à l’interieur duquel on trouve un autre récit qui se passe a Sumer.Voilà pour le récit à tiroirs où l’on reconnaît toute la puissance du conteur qu’est Karahasan.Car qu’y a-t-il de commun entre ces trois récits?En apparence, rien.Le premier confine au récit existentiel, le second a une enquête à la fois spirituelle et policière, le troisième à un conte merveilleux qui se rapproche des Mille et une nuits.Pourtant, tous sont traverses par une quête identitaire ou l’ero-tisme (et l’incarnation) tient une part essentielle.•Seul l’érotisme m 'apporte des connaissances sur moi-même au travers de ma propre personne, en éveillant en moi le désir de me donner à l'autre alors que toutes les autres connaissances humaines me tirent hors de ma personne et m occultent à moi-même sous le prétexté de me découvrir le monde», dit Faruk à Azra.De même le djinn qui porte le nom de Bell dans le dernier récit cherche-t-il à s’incarner parmi les hommes en prenant femme car, croit-il.s’il s’efforce suffisamment longtemps d’imiter en tout les humains, il finira bien par prendre corps et ressentir quelque chose.En quoi il est comme le Faruk du début.Un désir d’incarnation Ce n’est pas un mince défi que s’est donne Karahasan.de joindre l’Occident à l’Orient, l’ancien au moderne, le réel à l’imaginaire, et de ne jamais perdre l’attention de son lecteur.J’ai trouvé pour ma part ce roman admirable et d’une grande lucidité, dans sa quête spirituelle aussi bien que dans ses dérives érotico-imaginaires.De toute évidence, il rejoint des préoccupations modernes (je pense aux Ailes du désir de Wim Wenders) et y apporte, si je puis dire, une chair littéraire d’une grande originalité.Faut-il le rappeler, le corps, s’il est objet de désir, est avant tout un objet qui tombe sous le sens des mots.Il est pris dans un réseau de significations qui elles-mêmes tiennent à l’armature symbolique qui leur donne corps.Ajoutons encore que ce roman a l’immense mérite de susciter en nous le désir de le relire.ce qui, en ces temps de disette de temps, vaut la peine d’être souligné.don isjfra videotron, ca L’ÂGE DE SABLE Dzevad Karahasan Traduit du bosniaque par Mireille Robin Ed.Robert Laffont, coll.«Pavillons» Paris, 2000,303 pages Dzevad Karahasan Lage de sable Nancy Huston DOLCE AGONIA « [.] on sait qu’on entre dans le mystère d’un grand roman, vaste comme la vie, inexorable comme le temps, implacable comme la destinée humaine, fidèle comme l’amitié complice entre de vieux amis, dur et rare comme l’amour.» Monique Roy, Châtelaine « Nancy Huston au sommet de sa curiosité envers l’humain, la mémoire, la mort.Un roman dérangeant et rare!» René Homier-Roy.SRÇ « [.] rarement aura-t-on vu une telle ode à la vie, pleine de ses douces misères et de ses inoubliables .agonies.» Antoine Tanguay, (CI Montréo/.com «Tendre et mélancolique,Dolce ogonia est un hymne de joie au pouvoir de \ la création.» Christine Ferrand, livre Hefado ACTES SUD/LEMÉAC téléphone : (S 14) S24-55S8 / courriel : lemeac@lemeac.com Chaque page de ee journal de Marcelin Pleynet raconte l'aventure vivifiante d'un esprit éclairé Sous-titre- «romans».Les \'oyageurs de Tan PtXK), lo 33' livre de Marcelin Pleynet, est un journal que l’auteur, secrétaire île rédaction de la revue L’Infini, a tenu durant l’annee 1998.Le sous-titre n’est pas fallacieux mais indique plutôt une voie à suivre quant au genre pratiqué, la vie est un roman, chaque jour l’est aussi, et il y a mille et une manières de vivre ce roman: dans la littérature, dans la peinture, dans la musique.la- journal est un voyage dans l’écriture, dans la poursuite du travail de l'écrivain.Les lecteurs de Pleynet, qu’on n’imagine pas si nombreux que ça.ht» las!, ne seront pas dépayses par la forme de ce journal où la pensée dégage la vérité de l'événement.Mais l’événement n’est pas ici confondu avec l’actualité (qui.d’ailleurs, n’est pas minimisée par l'auteur), il est avènement qu'il faut vivre dans la passion de comprendre le monde.«Qu 'est-ce qui nous arrive?», ne cesse de se demander le diariste.On sera ravi par le travail de réflexion que Pleynet mène au jour le jour.Foin ici de confidences.Absence complète de toute évocation à la vie privée.Pas de version de l'intimité, sans intérêt aux yeux de l'écrivain et qui ne relève pour lui que du lieu commun.«lorsque je vis ce que l’on aimerait me faire raconter, je n’ai d’autre désir que de le vivre.Et lorsque je l’ai vécu, traversé, je crois l’avoir suffisamment vécu pour n avoir pas besoin d’entrer dans les détails.Ce vécu [.1 se diffuse sur ce que je vis et pense par ailleurs, sur ce que je peux en vivre, en rêvant et en lisant, en écoutant de la musique, dans la contemplation d’un paysage, d’un tableau.» Le journal est un monologue à plusieurs voix qu’autorisent les lectures, les experiences musicales ou visuelles.Un livre lu, une exposition visitée, un film vu s'imposent comme éléments autobiographiques, commandés par l'actualité éditoriale, l'enseignement, les émissions à France Culture (auxquelles participe l'auteur), et produisent chaque fois un petit essai sur un sujet Ainsi, pour l’émission Panorama de France Culture, où on lui a demandé de rendre compte du tome VIII de la Correspondance générale de Roger Martin du Gard, Marcelin Pleynet s’engage à lire l’ensemble des volumes de cette correspondance et les trois volumineux tomes du Journal de l'écrivain.Et que découvre-t-il?Qu’en 1936, un an avant de recevoir le prix Nobel de littérature, Martin du Gard est ému par les discours d’Hitler et trouve sincères ses rodomontades.Que les citoyens romains sous l’Italie fasciste ne souffrent pas, qu’ils vivent dans une ambiance paisible, dans une sorte de bien-être moral qui les rend heureux.Qu’en 1937, il trouve parfait le pavillon allemand à l’Exposition universelle Le journal est un monologue à plusieurs qu'autorisent les lectures, les expériences musicales ou visuelles de Paris.Qu’en 1941.il accepte l’autorité de Vichy, trouvant Pétain de bonne foi.Pleynet voit dans ces milliers de pages un «témoignage du désarroi et des misères d’une pensée qui ne veut rien savoir de ee qui l'empêche.[.] l’asservit».C'est toujours ainsi au fil des pages: pénétrant, d'une forte acuité.Pour trouver l'esprit de Mai 68, faites comme Pleynet.lisez Guy Debord, et vous constaterez que dans «le monde réellement renversé le vrai est un moment du .taux».Vous ne serez pas eton nés d'apprendre que «la mauvaise littérature est d'une incontestable efficacité» et que «les mauvais tomans n 'ont du succès qu auprès de ceux dont la vie est un mauvais roman».1,actualité, mauvais feuilleton, «participe du .faux», elle aussi.le feuilleton du Monde sur Mai 68, rédigé par Patrick Rambaud.est pour l'auteur un exemple evident de ce vrai devenu faux 30 ans plus t;ird La société du spectacle, théorisé par Guy Debord.fonctionne à plein régime.Elle a ses effets sur les intellectuels qui non seulement sont de plus en plus priés d'en fain- partie mais désirent s’y intégrer Pleynet pointe férocement ce désir en li saut un article du philosophe Alain Finkiel kraut publié d;ms Is Monde (un quotidien qu'il lit assidûment) à l'occasion de la vie toire de la France au Mondial du football.On ne finirait pas de citer les pages de ces Voyageurs de l'an 2(XX) où, par le de-tour d’une lecture d'Hôlderlin, de l'induré, de Casanova, de Baudelaire, de Rimbaud, de Ixiutréamont, de Stendhal ou de- Hei degger (très souvent appelé à la rescous se), les choses sont si intelligemment et clairement remises à leur place.Une preuve encore: l’oeuvre de Stéphane Mallarmé est un «des plus grands et somptueux monuments nihilistes» du français, et faut-il alors «s'étonner si, après Mallarmé, ce qui relève du genre poétique n 'est plus que le dérisoire et misérable refuge d'une microsociété [celle des poètes) toujours politiquement correcte, ).] qu’elle se déclare de droite ou de gauche»?Oui, dans quelle histoire vivons-nous, dans quel livre, dans quel tableau?Chaque page de ce journal raconte l’aventure vivifiante d’un esprit éclairé.On y lit le roman métaphysique d’un écrivain à la pensée radicale, armée contre toute dérive et tout asservis sentent.La Voyageurs de Tan 2000sont traversée, lumière, vision, proximité, passion, volupté de la distance.Un livre de résistance.LES VOYAGEURS DE L’AN 2000 Marcelin Pleynet Gallimard, collection «L’Infini» Palis, 2000,268 pages SIM « En plus du souffle, de la romancière, | on retiendra une * qualité d’écriture fj qui la place dans le peloton de mÊÉ tête des écrivaim/M québécois » Il Lt Courrier Le destin du peuple des Mesquakies a JUk f inspiré à l’auteure de Léi Route de Parramatta une fresque historique qui ressuscite la terri Me campagne d’extermination menée contre ce peuple au XVIIIe siècle.Thana : un roman aussi séduisant que houleversant^^^^^^^ Libre I.K I) K V OIK.L K .S !» A V K I I 2 0 0 1 I) (i ROMAN FRANÇAIS Le retour d’une obsession GU Y LAI NK MASSOUTRE Annie Krnaux occupe un secteur encombré de la littérature française: elle a pris le parti de raconter ses expériences amoureuses.«Ce qui est périlleux, c’est qu’a partir d'un certain âge, a-t-elle expliqué au public venu la rencontrer, dans le cadre du festival Metropolis Bleu, on peut vivre les relations amoureuses dans la lucidité.La lucidité permet de vivre les choses plusieurs fois, de les revoir en prenant de la distance.» C’est pourquoi on peut lire Passion simple, un bref récit de sa liaison avec un diplomate russe à Paris, publié il y a dix ans, et Se perdre, extraits, plus volumineux, des cahiers d’un journal qu’elle n’avait pas regardé depuis cinq ans.Passion racontée a chaud, dans la brûlure de la séparation; passion retrouvée à froid, dans la contemplation retrospect! ve des bilans.Deux fois, c’est la même histoire, qui se situe en 19K9, l’année du bicentenaire de la Révolution française et celle de la chute du mur de Berlin.Deux fois, les mêmes protagonistes: l’amant russe et la maîtresse française, le séducteur et l’amoureuse.Un seul sujet: être libre, sauf du choix d’être maltraitée, sauf des sentiments.Un seul but: mettre à nu les liens du désir, la terreur de la passion.L’aliénation de désirer Dans les deux livres, l’écriture est un projet, dont raconter et témoigner n’offrent qu’une satisfaction transitoire.Dans Passion simple, elle écrivait: «Il m’a semblé que l’écriture devait tendre à cela, cette impression que provoque la scène de Pacte sexuel, cette angoisse et cette stupeur, une suspension du jugement moral.» Dans Se perdre, la fascination semble toujours la même: «Je me suis aperçue qu’il y avait dans ces pages une “vérité" autre que celle contenue dans Passion simple.Quelque chose de noir et de cru, sans salut, quelque chose de l’oblation.J’ai pensé que cela aussi devait être porté au jour.» Que veut donc tant donner Annie Ernaux?«Je n’écris pas pour choquer.Ce qui est écrit est un sentiment vieux de dix am, quelque chose qui est complètement hors de moi, a-t-elle expliqué.Je ne pense pas à ce que le lecteur va se dire en lisant.J’ai pris beaucoup de temps avant décrire ce livre.» C’est précisément ce recul temporel qui anime l’écrivaine.11 lui insuflle la force d’accepter les sentiments, la sexualité et, finalement, sa vie.En même temps, il la dispose à «partager avec tout le monde».Il en résulte une écriture fine, mais assez froide, de ce qui a, dans le moment, été vécu dans l’explosion et l’expérience de ce qu’elle a|>-pelle «une figure de l'absolu, de ce qui suscite la terreur sans nom».Cette figure avait alors le visage éphémère, le corps vite repus, les goûts incontrôlables de l’amant.Aujourd'hui.le livre dégage la maîtrise de l’aventure dominée.Ernaux exploite le souvenir réconcilié, mais toujours marqué d’étrange, de ce que Pascal Quignard a décrit de l’éros archaïque, aussi fascinant que les secousses du volcan; on pense a son essai sur l’érotisme romain, intitulé Le Sexe et l’Effroi (Gallimard, 1994; Folio, 1996).11 y a une tradition d’écriture, tou- ! te française, de l’impudeur des j mœurs libres.Les libertins du XVIir siècle n’ont rien omis des actes qui arrachent ses cris et ses douleurs a la jouissance.Une de leurs forces fut précisément de libé rer les mœurs du puritanisme qui cautionnait, sous le couvert de sa morale, une absence de justice là où les lois morales n’entraient pas.C’est une exigence similaire, ancrée dans la véracité, qui anime Ernaux.Elle la nomme, à la fin de son livre, «ce besoin d’écrire quelque chose de dangereux pour moi, comme une porte de cave qui s’ouvre, où il faut entrer coûte que coûte».Misère d’une époque On l’aura saisi, l’audace va de pair avec un certain courage.Disons que le succès qui la porte confirme sa volonté d’un livre historique, d’une œuvre qui «fixe», écrit-elle, le désir sans cesse fuyant.Dominique Rolin, dans son Journal amoureux, et Philippe Sellers, dans Passion fixe, tous objets de Gallimard, ont réalisé à quatre mains une entreprise similaire.Combler le vide de soi et transposer la brutalité des faits en une sorte d’alléluia, tel est le vertige que l’écriture porte à égalité avec la passion charnelle.Annie Ernaux revendique sa liberté de langage, au même titre que son statut de mère.Dévoiler sa vie sexuelle ne dérange ni sa vie publique ni ses relations avec ses fils: «Je comprends mieux ce qui m’agaçait chez ma mère, un côté romanesque.Je veux me connaître moi, ce qui ne veut pas dire être immobile.Je cherche à dévoiler la part d’un moi constitué, qui n 'empêche pas que mes relations avec mon entourage puissent changer», a-t-elle expliqué à une audience sous le charme.la limite de cette écriture gît sans doute dans son refus du roman, genre privé de l'assise de réalité qui la ramène sans cesse à elle, la quête de soi débouche sur une déperdition de l’altérité, sur l’impossibilité de la rencontre, qui rejoint un mqlaise social largement répandu: «Ecrire, c’est aboutir à quelque chose qui va passer vers les autres», dit-elle encore, reconnaissante à son talent, à défaut de l’amour, de l'avoir sortie de cette «nappe de souffrance égocentrique» qui couvre les pages de tout journal intime.le mal est tenace, sournoise maladie de l’époque.Il se signale amplement clans toutes les positions de soumission qu’elle décrit.Ernaux en fait une affaire de style.Impossible de ne pas voir, dans sa posture sincère d’esthète, la tension activité/soumission qui se déplace, en demeurant le fond invariant de ce qu'elle pense être «la libération».SE PERDRE Annie Ernaux NRF Gallimard Pâtis, 2(X)1,294 pages CENTRE DE RECHERCHE EN LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE BOl RS K DE DOCTORAT KN III IKK VIT RE Ql ÉBÉCOISK.AU CENTRE DE RECHERCHE EN LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE (CRELIQ) DE L’UNIVERSITÉ LAVAL Le Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) de l’Université Laval annonce l'ouverture d'un concours pour l’obtention d'une bourse de 10 000 S pour une étudiante ou un étudiant ayant obtenu un diplôme de deuxième cycle.Cette bourse sera offerte à une personne répondant aux exigences suivantes : Exigences • Avoir terminé des études de 2e cycle dans une université québécoise, canadienne ou étrangère autre que l’Université Laval ; • s’engager à s'inscrire au programme de 3e cycle en littérature québécoise au Département des littératures de l’Université Laval en septembre 2001 et de faite une thèse de doctorat sous la direction d’une ou d’un professeur du CRELIQ.Présentation du dossier Pour s’inscrire au concours, la candidate ou le candidat doit faire parvenir : 1- un curriculum vitæ ; 2- un projet de thèse (environ 500 mots) : 3- une copie de son diplôme de maîtrise (ou une lettre officielle confirmant que les exigences du programme de deuxième cycle ont été respectées) ; 4- une lettre de recommandation de la directrice ou du directeur de thèse pressenti.La bourse est offerte pour une durée de 12 mois à compter du P' septembre 2001.Date limite pour le dépôt des demandes : 28 mai 2001.Pour plus d’informations sur le CRELIQ.on peut consulter le site http: www.creliq.ulaval.ea , Les dossiers devront être envoyés ou déposés au CRELIQ à l’adresse suivante: Local 7101, Pav.Charlcs-De Koninck.Faculté des lettres.Université Laval, Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4.Le comité rendra sa décision le 1er juin 2001.Cf^eLiQ S A M E I) I 2 K ET I) I M A X (HE 2 L I V I! î s - Entrevue avec Henriette Walter Vive les anglicismes libres ! Contrairement à ce qu’on pense, il n’y aurait pas de langues plus amies que le français et l’anglais.Après un millénaire de concubinage, elles n’auraient pas fini de s’enrichir l’une l’autre.En doutez-vous?Le dernier livre d’Henriette Walter va faire rugir tous les frileux de la francophonie.CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS T) ig panini.» Les mots s’affi- Jj chent en gros caractères dans la vitrine des deux cafés qui jouxtent l’église Saint-Augustin, près des grands boulevards.Henriette Walter, qui habite à deux pas de là, ne manque jamais de s’arrêter quelques instants devant ce bel exemple de brassage linguistique.Un cas en or pour cette linguiste un peu excentrique qui a déclaré la guerre a tous ceux qui rêvent d’une «langue pure».Si vous passez par son immense appartement de la rive droite, elle vous expliquera longuement comment le mot panini, pluriel de panino (petit pain), en est venu à désigner ces sandwichs chauds que le français ne savait pas nommer.Quant au big, eh bien, dit-elle, il ne s’agit peut-être que d’un effet de mode qui sera disparu dans quelques années.Pas question pour cette amoureuse des langues de monter sur ses ergots dès qu’elle voit un big, un best ou un much.Henriette Walter n’en démord pas.Elle est convaincue que les francophones doivent cesser d’avoir peur du «grand méchant loup».Même que, contrairement au préjugé populaire, elle est convaincue que l’anglais et le français ne vivent pas une amourette ou une simple aventure mais une véritable histoire d’amour depuis près d’un millénaire.C’est du moins la thèse qu’elle défend dans son dernier livre, Honni soit qui mal y pense (Robert Laffont).«Aucunes autres langues n’ont eu des rapports aussi suivis», dit-elle.Elle en veut pour preuve que deux mots anglais sur trois viennent carrément du français.Deux sur trois! A l’inverse, on ne recense que 5 ou 6 % de mots français qui viennent de l’anglais.Alors, pour l’assimilation et l’envahissement linguistiques, on repassera! 700 ans d’assimilation.française Pour mettre de l’ordre dans les préjugés, rien de tel qu’un petit cour d’histoire.«Les rapports entre l'anglais et le français ont commencé au XL siècle.dit Henriette Walter.Peut-être même avant, puisque ce sont les mêmes populations celtes et romaines qui ont occupé les territoires de part et d’autre de la Manche.Évidemment, les influences ont été très différentes.Le latin ne s’est pas imposé aux populations de l’Angleterre comme en France avec la montée du christianisme.Il est resté confiné à la noblesse, dans certains monastères et les grandes villes fortifiées.» Pendant ce temps, le latin se mélangeait si bien au gaulois et aux langues germaniques en France que lorsque Charlemagne s’y rendit, au VIH' siècle, il ne reconnut plus le latin qu’il avait appris.Pour relatiniser la France, il fera venir d’Angleterre le grand savant Alcuin, qui parlait un latin traditionnel.C’est donc grâce à un Anglais de York que le français naissant renouera avec ses origines latines.Plus tard, le français s’est imposé en Angleterre comme la langue du roi et de la cour.Il sera toujours plus prestigieux que la langue des paysans.Voilà pourquoi les animaux de sa Gracieuse Majesté ont un nom pour les champs (pig, sheep, ox) et un autre pour la table (pork, mutton, beef).De la même façon, les fleurs des arbres (blossom) sont anglaises alors que les ailtivées sont françaises (flower).«La plupart du temps, les gens ont complètement oublié l’immense influence que le français a eue sur l’anglais, dit Henriette Walter.Ceux qui enseignent les langues vivantes oublient d’en raconter l’histoire.Or l’histoire nous fait comprendre qu’il n’y a pas de langues pures.Toutes les langues ont toujours emprunté.Et heureusement!» A l’inverse, le Français ne commence à s’intéresser à l’anglais qu’à partir de la Révolution française.«Pour prendre quelque chose à une langue, il faut admirer les gens qui la parlent», dit la linguiste.Voltaire admirait le système parlementaire britannique.Ce qui fait qu’une partie de notre vocabulaire politique vient justement de l’Angleterre (parliament, par exemple).La mode se démode Pour la linguiste, lorsqu’une langue emprunte des mots à une autre, c’est généralement qu’elle en a besoin.Bien sûr, il y a aussi la mode.Mais la mode se demode.Il y a donc des mots qui disparaissent aussi vite qu’ils sont venus.Ils ne restent parfois que quelques années.«Pour dire qu’une chose est belle, mon grand-père disait “iklife” [high life].Il prononçait le mot comme il le lisait.Plus personne ne dit ça.C’est complètement disparu.Ce « ’est plus la mode.Les anglicismes qui restent sont la plupart du temps ceux qui servent car ils ne font pas double emploi et introduisent quelque chose de nouveau.» Le fameux week-end est arrivé en France avec les congés payés du samedi et du dimanche, qui n’existaient pas auparavant.Il n'y avait donc pas de mot pour les désigner.Quant à la «fin de semaine» québécoise, elle crée une confusion en France, ou elle désigne le jeudi et le vendredi.«Quelquefois, la langue résiste sans qu’on le sache», dit Walter.D y a dix ans, le monde des sports parlait de doping.Aujourd'hui, il est question de dopage, une forme parfaitement française.Henriette Walter a noté, à partir de 1925, la progression des mots en ing: parking, smoking, pressing, etc.Mais la mode est passée, dit-elle.Dans les dictionnaires récents, elle en a trouvé très peu de nouveaux.Living (room) a même été progressivement remplacé par séjour.La vieille forme française en age, courante au Québec, est aussi de retour.«Le plus extraordinaire, c’est que ça s’est fait tout seul!» Selon la linguiste, les francophones ont la mémoire trop courte.Personne ne se plaint plus du vocabulaire emprunté au néerlandais au XIIL siècle (cabillaud, mite, brandy, brodequins, etc.).Au XVIe siècle, on s’est plaint de l’italien, qui était la langue de l’élégance, des arts de la table et de l’architecture.Les italianismes choquaient énormément et furent vivement dénoncés.«Qui en a encore contre le mot “escarpin”?À l’époque, on disait “escarpe”pour désigner les chaussures.Ce n’est pas resté.“Escarpin” est demeuré parce qu’il désigne une chaussure fine et non un simple soulier.C’est la même chose pour les anglicismes.Il y en a de bons et de mauvais.» Le latin est de retour Lorsque de nouveaux mots arrivent, ils dérangent souvent.«On aime bien nos habitudes.On est choqué de voir les jeunes parler autrement et utiliser des mots anglais.Pourtant, au bout d’un certain temps, ces mots deviennent français ou disparaissent.» Même en situation très minoritaire, comme en Acadie, «le français reste du français», note Henriette Walter.En France, «il y a très peu de structures syntaxiques qui viennent de l’anglais parce que les Français parlent assez peu anglais».La linguiste a même découvert que, contrairement à ce que l’on croit, la langue de la mondialisation est peut-être.le latin.80 % des mots des nouveaux dictionnaires d’informatique sont en effet d’origine latine.«Bien sûr, l’anglais est devenu la langue internationale.Mais de quel anglais parle-t-on?C’est un anglais qui ressemble souvent au latin.Or la langue française est d’origine latine.Et si nous acceptor tellement de formes anglaises, c’est probablement parce qu’elles contiennent beaucoup de latin, notre mère commune.» Douce revanche! Un des vieux professeurs d’Henriette Walter ne disait-il pas que le latin s’était transformé parce qu’il était mal foutu et trop compliqué?«Finalement, toutes les langues rotmnes et germaniques ont passé leur temps à lui emprunter des mots.Ce qui fait qu'on a un fond commun qu’on n’a pas besoin d’inventer.» Il n’y a qu’à penser au vocabulaire de la botanique, de la médecine et des sciences en général.Pour Henriette Walter, il faut donc distinguer la langue française, dont le bulletin de santé est bon, du combat politique nécessaire pour sa reconnaissance.«Il est évident que le français n’est plus la langue internationale qu’elle a été quand elle était parlée par toutes les cours d’Europe.Elle a besoin de faire sa place et de lutter Ce qui ne veut pas dire que le français va mal.Au contraire, le français est parfaitement capable d’exprimer le monde moderne avec les mots qu’il emprunte à l’anglais et ceux qu’il engendre avec son fond propre.Si le français n’empruntait pas de mots anglais, ce serait même inquiétant.Ce serait un signe de fossilisation.» HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE L’incroyable histoire D’AMOUR ENTRE LE FRANÇAIS ET L'ANGLAIS Henriette Walter Robert Laffont Paris, 2001,368 pages Le lecteur qui voit SIGNETS Ma rie - A n dr é e L a m o n t a g n e Le Devoir éditeur Jérôme Lindon est mort.La nouvelle est tombée il y a trois semaines, aussi sèche qu’un couperet.Elle fut rendue publique le 13.Le décès était survenu le 9.Quatre jours privés, dans la pudeur et la discrétion, à l’image d’un éditeur qui n'aimait rien autant que de dénicher des inconnus, que de publier, s'inspirant en cela d’une maxime de l’éditeur allemand Fischer, «des livres dont le public ne veut pas».Ou du moins pas encore.Car cette attitude d'austère dépisteur qui fait reposer la décision de publier ou non sur sa lecture et sur rien d’autre — ni réputation, ni relations, ni perspectives de vente — a donné des fruits, comme n’ont pas manqué de le souligner les journaux en rendant hommage à son catalogue prestigieux.Qu’on essaie de se représenter une pièce au mobilier réduit à sa plus simple expression: un bureau.une armoire, une bibliothèque, une fenêtre (pour l'appel d’air frais), deux chaises (l’une pour l’éditeur, l’autre pour celui qu’il reçoit).Malgré son dépouillement apparent, cette pièce est grosse des centaines de manuscrits qui s’empilent un peu partout et au milieu desquels disparait un homme (ce peut aussi être une femme) avec la résolution d'un plongeur se jetant sur le site présumé de la riche épave qu'il saura voir, lui, quand tout le monde ne voit que la mer étale.Qu'on se représente cette scène et l'on aura une juste idée de ce qui constitue le cœur battant de toute maison d’édition vouée à la littérature, dont les Editions de Minuit, dirigées par Jérôme Lindon et, ces dernières années, de plus en plus par sa fille Irène, furent l’illustration exemplaire.Qu’il se représente cette scène et, aussitôt, l'auteur inconnu en mal d’éditeur devrait avoir compris qu’il vaut toujours mieux envoyer son manuscrit par la poste, qu’il ne sert à rien de se présenter à la maison d’édition, rougissant, faussement modeste, son opus sous le bras, pour d'abord «établir le contact».Ce dernier, s’il a lieu, ne peut avoir lieu qu’avec le texte, et ce serait faire injure à ce que l'auteur croit y avoir insufflé de vie que de penser qu’il faille d'abord l’enrober de salamalecs pour le rendre aimable.Sur ce point, certains auteurs sont impayables: ruban mauve ou vert artistiquement noué autour des feuillets, photo du génie créateur saisi dans un moment d’abandon humain (il sourit), longue épître explicative sur le sens caché du texte, avec l’inévitable mention de la présence d’un comité de lecture personnel formé d'amis dont les jugements sévères devraient dispenser l'éditeur de faire appel à ceux de son comité.Certains poussent même l’amabilité jusqu’à joindre à l’envoi du manuscrit le texte de la quatrième de couverture, montrant bien par là dans quel rôle ils entendent confiner l’éditeur: celui d’imprimeur de leur œuvre.L'arrivée d’Internet leur facilitera la tâche.Et il est réjouissant de penser que l’autoédition électronique, qui fait florès là-bas, draine une bonne partie des gra-phomanes pressés qui comptent encore pour 60 %, vous diront ceux qui en gèrent le flux, des manuscrits non sollicités par les maisons d'édition.A ce nombre, il faut ajouter les manuscrits impubliables, malgré la bonne volonté et les nobles intentions de leurs géniteurs: 30 %, la matière première d’un éditeur se trouve donc dans les 10 % qui restent, dont il lui faudra encore retrancher ces œuvres publiables mais rendues incompatibles, par leur facture ou leur genre, avec la sensibilité de la maison et qui devront chercher ailleurs un éditeur pour les défendre: 5 %.C'est sur cet ultime résidu de 5 %, toutes scories mises à part.que l’éditeur fera porter ses efforts éditoriaux.On aura compris que, dans la pièce aux manuscrits, les choses ne se présentent jamais dans cet ordre, mais plutôt dans le désordre d’une nature prodigue qui prévoit chaque jour de la belle saison l’éclosion d’une nuée d’éphémères pour que quelques-uns d’entre eux survivent au coucher du soleil.Du temps perdu Ces efforts éditoriaux prendront plusieurs formes et, en vertu d’une logique stupidement gestionnaire, sont les premières dépenses que les directions des grands groupes financiers où plusieurs maisons d’édition sont désormais forcées d’évoluer, voudront voir disparaître comme du temps perdu.Dans les maisons encore indépendantes et, pour cette raison, souvent placées dans une situation précaire, on voudra le réduire au minimum.S'il est facile d’écarter les manuscrits franchement mauvais, lire un manuscrit potentiellement intéressant demande du temps.Quant à celui passé à le relire pour lui donner, avec l’auteur, sa forme la plus achevée, il serait vain de le borner outre mesure.car c'est ce travail délicat qui confère une plus-value au livre publié chez un éditeur sérieux et en modifiera, dans une certaine mesure, la réception.Jean-Philippe Toussaint a publié en 1985, aux Editions de Minuit, un roman intitulé La Salle de bain, qui fut bien accueilli par la critique.Dans une entrevue accordée à l'écrivain et critique belge Jacques de Decker, publiée à l'origine dans Le Soir de Bruxelles (reprise dans La Brosse à relire.Editions Luce Wil-quim, 2001), Toussaint rend hommage au travail de son éditeur.Lindon, dit-il, «est un lecteur extraordinaire.Il m’a proposé trente modifications de détail et deux de fond, qui ont fort servi le livre.» De plus, ces efforts éditoriaux, quoi qu'il en coûte, ne sont pas toujours synonymes de publication.Dans le dossier préparé par Libération à l'occasion du décès de Jérôme Lindon (édition du 13 avril 2001), l'écrivain Christian Oster, qui avait publié trois livres à d'autres enseignes avant d’envoyer son manuscrit à Minuit, raconte qu'il fut reçu par Jérôme Lindon pour se faire dire, de vive voix, que son manuscrit était refusé.Par la suite, même après la publication de Volley-ball aux Editions de Minuit, Jérôme Lindon lui refusa deux autres livres: «Pour moi, ajoute Oster, ces livres refusés n’existent plus, j’ai besoin d’avoir une confiance absolue en quelqu’un.Jérôme Lindon permettait cela: un type très fort qui voit à ta place.» Tous les éditeurs ne sont pas des «types très forts» en qui avoir une confiance aveugle.Mais comme tous les auteurs ne sont pas non plus Samuel Beckett, la partie est égale et mérite d’être jouée.Dans ce contexte, comment ne pas regretter la contestation accrue de la figure de l’intermédiaire dont on peut voir les signes partout.Autoédition sur Internet, mais aussi autoédition traditionnelle rendue plus facile par la technique.Multiplication de nouvelles compagnies théâtrales ou de danse mises sur pied par de jeunes artistes soucieux de se donner sans attendre les moyens de diffuser leur travail.Recul de la fonction critique, jugée encombrante (et il est vrai pas toujours à la hauteur), dans certaines émissions culturelles à la télévision.Disparition progressive du rôle de banc d’essai traditionnellement dévolu aux revues.Pourquoi attendre?demandent un nombre croissant d'auteurs, piaffant.Vite, au livre! Et si l’éditeur fait la fine bouche et demande à l’écrivain, qui a déjà tant donné de lui-même, de retravailler son livre, on changera de crémerie.Et on en changera encore si l’éditeur reporte la publication de l'ouvrage tant attendu à ces calendes grecques que semble être devenu, pour plusieurs, un intervalle de quelques mois.On a dit de Jérôme Lindon qu'il était un éditeur janséniste.Dans un monde couleur jésuite, tant il se montre friand d’accommodements, la perspective que celui-ci puisse être laissé sans remplaçant ne fera, hélas, pleurer personne.I L K DEVOIR.L E S S A M K l> I E T l> I M A X ( H E 2 t* A V R I I O O Livres O 1 S K La vie inséparable de l’amour Lucien Francœur délaisse l'image du rockeur sanctifié pour surprendre une fois de plus DAVID CANTIN On sait à quel point l'amour peut devenir un piege hasardeux pour certains poètes.Toutefois, chez Francoeur et Velter, cette passion véritable envers l'être aimé suscite une expérience d'ecriture qui dépassé les attentes habituelles.Depuis la mort tragique de Chantal Mauduit, l'œuvre d'André Velter a voulu dire l'effroi de ce départ troublant Une autre altitude vient mettre un terme à une trilogie remarquable.Avec Cio la gitane, Lucien Francœur délaisse l’image du rockeur sanctifié pour surprendre une fois de plus avec ses poèmes aux résonances éluardiennes.L'éditeur a cru bon d’inclure un CD d'une trentaine de minutes où musique et poésie incitent à suivre la voix facilement reconnaissable du chantre du groupe Aut' Chose.Le plus récent livre de Francœur permet, à un plus large public, de découvrir un versant assez méconnu du parcours de ce poète et chanteur rock: l’éloge amoureux intimiste.En 1982, Des images pour une gitane paraissait de m3nière presque clandestine aux Editions Orphée.On comprendra désormais que ce recueil s'éloignait de la provocation habituelle que célébrera durant toute sa carrière ce personnage plutôt coloré.Ces strophes prenaient une certaine distance par rapport à l’exemple contre-culturel américain pour se rapprocher davantage d’une langue beaucoup plus classique et visiblement dépouillée du moindre artifice littéraire.C'est cette courte suite qui inaugure un quatuor amoureux où la compagne-poète Claudine Bertrand occupe l’espace le plus vaste.Des photographies viennent même ponctuer ces textes qui s’étendent sur 20 ans d’écriture.Plus près d’un recueil comme Les Néons las (L’Hexagone, 1978), Cio la gitane retrace cette présence fulgurante que dégage l'amoureuse.On est plutôt loin des élucubrations sexuelles et spiritualistes de Rock Désir.Une très grande pudeur va même jusqu’à surprendre.Suivant l’exemple de Breton et sa Nadja, la Nush d’Eluard et l’Eisa d’Aragon, la muse catalyse cette parole entièrement liée au regard de la gitane mystérieuse.A travers son errance, Francœur profite de l’occasion pour sublimer une tendresse qui évite de se perdre dans un envol lyrique.Le poème est très souvent bref, économe, dense, mais aussi disponible dans sa mise en scène d’un quotidien familier: «Comme un fouillis d’étoiles vibrantes / Sous un ciel d’automne en délire / La fille des Rômes m’étourdit / De beaux midis derrière les jours / Pour faire des promenades au bois / Parmi les couleurs en pâmoison / C’est une liaison qui monte à la tête / Et l’air de rien fait l’effet saturnien.» Si ce n’était de la référence à Verlaine, on reconnaîtrait à peine la démesure de Francœur.Bien que le recueil multiplie les clins d’œil et se permette de prendre quelques détours un peu faciles, il reste que cette voix cherche à suivre d’autres chemins sans pour autant trahir son passé.L’amour demeure la seule chose qui compte vraiment, à travers cette quête faite d’énigmes et de rêves.Tout au long de Cio la gitane, on constate que Lucien Francœur ne s’est pas laissé prendre à un jeu qu'il connaît bien.Mise à l’écart «J'attache à ton désir un désir absolu / j’appelle de ton nom le # i i»- vf \ L ./! PIERRE A.GAUTHIER Claudine Bertrand, la muse de Lucien Francœur, telle qu’elle apparaît sur la couverture de son plus récent recueil, Cio la gitane, poèmes d’amour.chant des solitudes»: c'est autour de ces vers d'André Velter que se termine, curieusement, le périple bohémien de Francœur.On irait même jusqu’à croire que la transparence d'un livre comme Le Septième Sommet (Gallimard, 1998) a sans doute eu un impact direct dans la réécriture des quatre frag-ments qui traversent Cio la gitane.Certaines indications sont mêmes évidentes.Au départ, le décès cruel de Chantal Mauduit dans les Alpes aurait très bien pu se traduire par un seul moment d’écriture.Toutefois, il n’est jamais facile de mettre pareille épreuve à l’écart.Donc, après L’Amour extrême (Gallimard, 2000), le troisième volet a pour titre Une autre altitude.Le recueil achève l’ascension d’un amour qui ne cesse de s’épanouir.Le deuil se vit comme une épreuve liée au destin, un trajet prenant comme exemple l’extase libératrice: «Etre avec toi qui n’es plus^ ce n’est pas choisir l’immobile.Etre fanatiquement avec toi qui n’es plus, ce n’est pas ralentir, alanguir, arrêter notre course.Ton absence violente, irrémédiable, ne doit rien pétrifier.Pour aller à contre-démence, il n’est qu'un pari de fou, qui se voue au meurtre rituel du temps.Car je veux poursuivre avec toi, sans toi.Car je vais poursuivre sans toi.avec toi, cette ascension qui ne dépend plus de nous.» Dans la dernière partie de ce recueil, Velter s’inspire librement de l’expédition de Damnai vers les hauteurs du mont Analogue.Montagne sacrée et symbole d’un contact possible avec l’au-delà, cette référence demeure des plus pertinentes afin de traduire un lien tangible possible avec la «mariée du ciel».Simple mais jamais simpliste, cette poésie dévoile une facette judicieuse de l'œuvre d’André Velter.Alors que L’Arbre-Seul vient tout juste de paraître en format poche, il ne serait pas surprenant de retrouver bientôt l'ensemble de ce triptyque dans la prestigieuse collection Gallimard «Poésie».CLO LA GITANE -POÈMES D’AMOUR Lucien Francœur Trait d’union Montréal, 2001,139 pages UNE AITRE ALTITUDE -POÈMES POUR CHANTAL MAUDUIT André Velter Gallimard Paris, 2001,80 pages Luc Boulanger PIÈCES À CONVICTION Entretiens avec MICHEL TREMBLAY Entre la confidence et l'analyse, ces propos permettent de découvrir l'exceptionnel parcours artistique d'un créateur qui a radicalement renouvelé le théâtre québécois et qui continue aujourd’hui d’en être l’un dés phares.LEMÉAC téléphone : (514) 524-5558 / courriel : lemeac@lemeac.com Nous avons pris du À l’achat de trois livres, Le Parchemin vous offre de rabais sur le premier livre * de rabais sur le deuxième livre * »0sc îles structures qui év oquent des murets.et dont les angles et les volumes.balayés de manière astucieuse par di's éclairages étudiés, semblent prolonger l’espace des photographies.1 es effets de spatialisation sont particulièrement réussis dans ces œuvres nouvelles.Toutefois, de nouveaux problèmes sont sou levés.Le remplacement des monolithes que l'artiste place habituellement devant ses images hautement contrastées par des murets établit une distance entre ces tandems et le spectateur.Ces structures minces ne sont pas sans évoquer l'idee de bouclieret consequemment font travail de repoussoir, l’eut-être l’artiste a-t-elle voulu trancher avec ses précédentes propositions.Cela dit, ses choix renoncent à une dimension pourtant primordiale à nos yeux dans son travail, cette manière de rompre avec la frontalité des œuvres, effel que la nouvelle série n’arrive pas à faire.Au contraire, elle force la dis tance et retourne de façon plus classique dans l'espace bidimensionnel, rétablissant un régime scopique habituellement connu sous la peinture, alors que l’artiste continue à puiser dans le vocabulaire de l’art minimaliste qui, précisément, tentait de faire de la perception une affaire de déambulation dans l’espace, la nouvelle série d’Alloucherie évité le surplace, mais pose de cette façon de nouveaux problèmes, dont certains aspects attendent encore d’être résolus.Isabelle Hayeur "Paysages incertains" Murielle Dupuis Larose "Le couloir" DU 18 AVRIL AU 27 MAI 2001 Du mercredi au dimanche de 12:00 à 18 00 h entree libre 2084.bout des laurentides Laval tél (450)975-1188 CHUANG CHE INCEPTIVE PHENOMENON PEINTURES OUVERTS TOUS LES DIMANCHES 2001 avril 20 • 14 mai 2001 HAN ART CONTEMPORAIN 460, rui- Sainlc-Catherint Ourst, Espace 409, Montréal Tél.: 1514) 876-9278 téléc.: (614) 876-9241 CENTRE YVONNE L.BOMBARDIER présente l’exposition JOSÉE PERREAUJ-T VOYAGE AU-DELÀ DES APPARENCES La maison des Esprits # 2, Aquarelle vernie sur papier Arches, 76,2 x 101,6 cm 15 avril au 30 mai 2001 Regard global sur un parcours en aquarelle Un catalogue de l'exposition est publié sous le même titre • Également présents à la galerie • JEAN BRILLANT DAVID SORENSEN Sculpture Sculpture et peinture VALlUUk 1002, av J A Bombardier • Valcourt (Québec) • tél : (450) 532-3033 • courriel ccylbMjab.qc.ca heures D'ouvERTune : mardi au dimanche 10 h à 17 h • soirs : mardi, mercredi et vendredi 19 h à 21 h 7098 I.K U K V O I K , LES S A M E I) I 2 H ET I) I M A X E 2 il A K LE DEVOIR Si un jour vous avez rêvé de devenir photographe, de parcourir le monde, l’appareil photo à l’œil, en quête d’images, de visages, d’événements tous azimuts.Auriez-vous aussi souhaité devenir photographe d’architecture?(Quelle idée, direz-vous! Pourtant, c’est un métier passionnant mais, somme toute, ces chasseurs d’images sont des êtres un peu particuliers qui, patients, calculent la course du soleil sur un mur aveugle.mettent en valeur la mo-dénature d’une corniche, l’appareillage de briques ou le détail du jambage d’une fenêtre qui ne sera à son meilleur que pendant quelques minutes sous cet angle.à cette saison.Troisième et dernier article d’une série de trois sur ceux qui façonnent l’image des projets architecturaux.FORME Edifice du patrimoine naturel, Musée canadien de la nature, Aylmer, Québec, Provencher Roy et associés architectes/Des-noyers Mercure et Associés architectes, Michel Brunelle photographe MICHÈLE PICARD Dans un univers confronté à l'image, vraie ou virtuelle, nettoyée et modifiée, triturée et tronquée, et même parfois d'interprétation difficile, l’œil s’agrandit devant la photographie criante de vérité d’un magazine ou d’une affiche.Qu’elle serve à la promotion d’un projet ou à un concours, qu'elle soit exposée dans une galerie ou un musée, la photographie est aussi un art, un art de formes et de lumières, et le photographe, un magicien et un artiste.Si les collègues maquettistes (page Formes du 10 mars dernier) et maquettistes du virtuel (page Formes du 14 avtil) interprètent et travaillent à partir des idées et des concepts des architectes avec méthode et échéancier, les photographes, eux, débarquent avec armes et bagages après la construction, à moins qu'il ne s’agisse de photographier la maquette ou de faire une prise de vue pour y insérer un projet virtuel.Ils interviennent parfois en catastrophe à la veille de l'envoi des dossiers pour les prix de l’Ordre des architectes du Québec ou encore on leur commande des photographies qui auraient dû être remises avant-hier en vue d’une parution le surlendemain.Souvent, les termes de leurs contrats sont en contradiction avec leur travail, qui demande un temps d’arrêt, un temps de pose et de pause (sans mauvais jeux de mots), puisque l’allié incontestable des photographes est le temps et la clémence du temps.Photographes.Ils ont comme prédécesseurs les Nohnan, Hayward, livernois, le Studio O.Allard et Armour Landry, tous photographes connus et reconnus dont les images hantent les voûtes et réserves de nos musées et centres d’archives.Mais eux, ils sont bien vivants et actifs, ancrés dans la frénésie du XXIe siècle, doigt sur le déclencheur et œil à l’affût du moment parfait, qu'ils attendent avec patience.Leur équipement semble parler le langage des chiffres: chambre quatre par cinq, deux et quart et trente cinq millimètres.Ixurs studios sont encombrés de tous les types d’appareils possibles, de grands-angles, de multiples objectifs, de trépieds, on y parle DIN ou ISO et on négocie avec Photoshop.Comme tous les professionnels de la photographie, ils sont confrontés à une production dichotomique, c'est-à-dire, d'une part, aux aspects techniques de la prise de vue et, d’autre part, à l’expression artistique de leur vision et de leur interprétation de l’objet photographié, en l’occurrence l'architecture.Les photographes d’architecture .de l’architecture Le sujet peut paraître toujours le même, mais il est chaque fois différent, exprimé par les concepteurs de façons variées, matériaux et formes, concept et spatialité, couleurs et textures.Il est photogénique ou pas (eh oui, tous les photographes sont d’accord là-dessus!), offre du recul pour permettre les photos et exige tant de prises pour une vue d’ensemble, sous tous les éclairages possibles.Chaque contrat de photographie est donc différent, mais certains architectes ne travaillent qu’avec certains photographes qui savent démontrer une sensibilité particulière face à l’œuvre d’un autre créateur et exprimer avec exactitude l’essence de leur conception.D’autres, par contre, changent constamment de photographe, afin de découvrir ou de redécouvrir l’élément architecture photographié.Si les outils techniques sont les pellicules, les plaques photographiques et les appareils, le principal instrument demeure la lumière, qui agit comme un scalpel de la forme, et le temps comme peinture de l'image.L'expression du bâtiment interprété à travers la création de l’artiste photographe permet de saisir l’instant sublime de la perfection visuelle.La photographie donne parfois à l’architecte une nouvelle perspective de son bâtiment, en mettant en relief, à travers l’exploration visuelle, la complexité et l’essence du projet.Si les contraintes physiques, telles la configuration des lieux, les utilisateurs, la sécurité, l’ensoleillement, le repérage et les échéances prévalent dans un premier temps, l’harmonie et la composition de l’image, les couleurs et les reflets, les contextes formels, les regards et les observations du photographe mènent directement à certains choix de photographies.Qu’elle soit documentaire — aérienne, contextuelle, comme un plan ou une élévation —, qu'elle exprime un point de vue mettant en évidence une partie du projet ou encore quelle donne carrément dans le détail et à la limite dans l’abstraction, telle une œuvre d’art distincte de son sujet, la photographie montre le point de vue de deux créateurs, l’architecte et le photographe.Professionnels Les photographes d’architecture ne sont pas légion; ceux qui en vivent se comptent sur les doigts d’une main.Bien que les tarifs de publication et les droits d’auteur soient régis par l’Association canadienne des photographes et illustrateurs en communication (CAP1C), les photographes restent aux prises avec la notion mal comprise et surtout peu respectée du droit d’auteur.Dans la majorité des contrats, les utilisations sont limitées à la documentation et à la promotion d'un projet particulier.Les photographes ne cèdent que rarement le droit d'utilisation commerciale de leurs œuvres.Précisons aussitôt que, pour cette page Formes, c'est autorisé! Selon les quatre photographes rencontrés, ce qui prédispose à ce type de pratique, c’est la passion du bâti qui oriente lentement vers l'apprentissage de l’architecture et de ses particularités en photographie.Mais comment devient-on photographe d’architecture?Certains ont étudié la photographie mais ne sont arrivés à l’architecture qu'au fil de diverses expériences qui font la richesse de leur production et en déterminent le langage.Alain Laforest, autodidacte qui est aussi chef des services photographiques du Centre canadien d'architecture, a pour sa part évolué dans le domaine de la photographie urbaine, son sujet de prédilection, jusqu’à développer une connaissance de l’architecture qui la lui fasse voir différemment La page Formes a publié à maintes reprises certaines de ses images.Quant à Michel Brunelle, des études en graphisme à l’Ecole de Design de l’UQAM lui ont fait côtoyer architectes et designers et décrocher moult contrats.Et entre son travail de création graphique et celui de création photographique, il n’y a eu qu’un pas.Marc Cramer a été photographe de mode et d’objets mais a toujours fait de la photographie de jardins et de la documentation sociale pour son plaisir, puis a bifurqué du design intérieur vers l’architecture, y compris le paysage.Robert Etcheverry a étudié en architecture à l’Université de Montréal et, après un voyage de formation en Europe, s’est tourné vers l’étude de la photographie.Il explore différentes facettes, comme le portrait — ce qu’il fait encore —, et revient à sa première passion: l’architecture.Faire des photographies d’architecture, c’est accentuer la compréhension du lieu et donner un sens aux formes par une série de regards que le photographe pose en amplifiant certains aspects du projet Les vides et les pleins, les hauts contrastes et clairs-obscurs prennent une autre dimension et l’ombre et la lumière deviennent presque palpables.La valorisation, la composition graphique ou la déformation d’un aspect donnent une signature, une création artistique qui est une œuvre en soi.Mais trêve de commentaires.Place maintenant aux images qui valent bien mille mots.Cependant, on se souviendra que, de colorées et modulées, elles sont reproduites ici en noir et blanc.REGARDS OBLIQUES Paris-Toronto Une exposition de photographies, celles du photographe parisien Eugène Atget (France, 1857-1927), qui nous offre sa vision de la ville de Paris, au Toronto Art Gallery of Ontario jusqu’au 27 mai.Montréal La maison du photographe WiEiam Notman (Écosse, 1826 - Montréal, 1891), classée monument historique, est en danger de devenir le banal lobby d’un hôtel de sept étages qui démolirait le magnifique et historique hôpital Saint Margaret situé à l’arrière et qui conserve des vestiges importants de son jardin centenaire.Selon la rumeur, l’administration Bourque serait prête à accepter le projet, le ministère de la Culture et des Communications doit statuer sur l’acceptabilité de ce projet sur ce site, et un contre-projet flotte dans l’air faire de la maison Notman et du Saint Margaret un musée de la photographie avec la collection Notman.Un groupe pour la sauvegarde de la maison a été formé dans le quartier.Pour les appuyer dans leur démarche: .michelepicard@videotron.ca Cégep Gérald-Gotfin, Sauoier+Perrotte architectss/Desnoyers Mercure et associés architectes, Marc Cramer photographe Mois du design 2001 : des rendez-vous à ne pas manquer Institut de Design Montréal 390,rue Saim-Paul Est Marche Bonsecours (niveau 3) Montréal (Québec' Canada H2Y IH2 Téléphone : (514) 866-2436 Télécopieur : (514) 866 0881 Courriel idm@idm.qc.ca Site Web http /Avww.idm.qc ca INSTITUT DE DESIGN MONTREAL Gala des Prix de l'Institut de Design Montréal 16 mai, spr invitation seulement Cahier spécial du journal Les Affaires Conférences de l'International Councit of Societies of Industrial Design.Inscription obligatoire, 17,18 mai.Exposition au SIDIM Information : 1514)866-2436 VILLE DE MONTREAL Gala du concours Commerce Design Montréal 1er mai, sur invitation seulement : (514)872-8076 UNIVERSITE MCGILL 1er mai au 10r juin Information (514)398-6700 MARCHE BONSECOURS 'Vitrine Design' Information (514) 866-1255, poste 21 Défilé de mode, 29 mai.Information I5141398-0761 ASSOCIATION DES DESIGNERS INDUSTRIELS OU QUEBEC IADIQ) Prix ADIQ-Andté Jarry, édition 2001 2.3,15,17.et 24 mai.Information : (514) 287-6531 UNIVERSITE 0E MONTREAL - XP001 4 au 6 mai.Information : |5H) 343-7294 SOCIETE DE DÉVELOPPEMENT ANGUS Conférence, 18 mai.Information (514) 286-0334 ASSOCIATION DES ARCHITECTES PAYSAGISTES DU QUEBEC IAAPOI Tours guidés, 6.13,20 et 27 mai.Réservations : (514) 521-7802 13* SALON INTERNATIONAL DU DESIGN D'INTÉRIEUR DE MONTRÉAL (SIDIM) 24 au 26 mai.Information : (514) 284-3636 SOCIETE DE DEVELOPPEMENT OU BOULEVARD SAINT-LAURENT Circuit Commerce Design Montréal 27 mai.Conférence la valeur économique du design.30 mai.Inscription obligatoire (514) 286-0334 UNIVERSITE CONCORDIA Exposition annuelle sur le design écologique 28 mai au 2 juin.Vernissage le 29 mai.Information : (514) 848-4626 SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT DE L'AVENUE DU MONT-ROYAL Conférence l'optimisation de l image globale de l'entreprise par l'intégration du design, 22 mai Inscription obligatoire : 1514) 522-3797 Bonne fête du design à tous !
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