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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-01-20, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 E T I) I M A N (' ME 21 .1 A N VIER 2 0 01 ?LE DEVOIR ?Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Édouard Glissant Page D 6 Formes Page D 8 r* ACTUALITÉ Amertume autrichienne Montréal grossièrement caricaturée par la radio publique autrichienne LOTHAR BAIER \ A la fin du mois de mars 2000, j’ai accompagné quatre écrivaines et écrivains du Québec lors d’un voyage de présentation et de lecture qui nous a menés de Leipzig à Berlin, de Dresde à Munich, en passant par Salz-bourg.Ces derniers — la poétesse Hélène Dorion, la romancière Monique Proulx, le dramaturge Normand Chauret-te et l’essayiste et poète Pierre Morency — avaient d’abord jonglé avec l’idée de décommander leur lecture de Salzbourg compte tenu du boycottage culturel contre l’Autriche prononcé par leurs collègues européens.Mais ils ont préféré y aller et se faire eux-mêmes une idée de la sitqation.A Salzbourg, par contre, une surprise les attendait.Alors que les quatre représentants ont été accueillis de façon très cordiale par le public dans les différentes maisons de la culture allemandes, à celle de Salzbourg, ils se sont fait reprocher amèrement non pas leurs textes mais leur pays d’origine.Il y était question du racisme du Québec, de l’oppression subie par tous ceux qui ne parlent pas français, de la xénophobie ouvertement pratiquée à l’endroit des immigrants.A la question de savoir d’où pouvait bien venir un camouflet si singulier, et cela, dans la ville de Salzbourg (qui, elle, ne cache pas son penchant à soutenir Haider), on les renvoya à cette «extraordinaire et célèbre émission» de l’ORF (la radiodiffusion autrichienne) qui avait tracé un portrait assez lugubre de la province de Québec et plus spécialement de sa métropole, Montréal.Quelque temps plus tard, ladite émission de l’ORF a resurgi, cette fois dans un autre contexte.La maison d’édition Das Wunderhorn, qui avait publié au début de l’année 2000 la première anthologie de littérature québécoise contemporaine en langue allemande sous le titre Anders schreibendes Amerika («l’Amérique qui écrit autrement»), m’informait que sa représentante commerciale en Autriche n’avait quasiment pas pu placer un seul exemplaire là-bas.Les libraires autrichiens lui expliquaient, en se référant à cette si extraordinaire et célèbre émission de l’ORF sur Montréal, qu’ils ne voulaient surtout pas diffuser quelque littérature que ce soit en provenance d’un pays aussi raciste.Je fus curieux de savoir ce que pouvait être une émission dont le contenu était aussi influent.Je me suis donc fait envoyer la cassette de Vienne.Ixtrs de son écoute, j’en ai eu le souffle coupé.D’abord, la fiche technique: «Portrait de Montréal», dans la série Diagonal, première chaîne de l’ORF, radio publique autrichienne, rédigé par Michael Schrott, Peter I^chnit et Stella Rollik, durée de deux heures, diffusée le 18 juin 1999.Au cours de ma vie, j’ai entendu de nombreux documentaires radio, certains très bien réalisés, certains médiocres, tandis que d’autres étaient carrément ratés.Cependant, je n’avais jamais écouté un tel sous-produit, rapiécé avec un tel dilettantisme et en même temps avec une telle VOIR PAGE I) 2: AMERTUME LIrlande derner JACQUES GRENIER LE DEVOIR aryse Rouy C’est en pleine tempête, dans la houle qui soulève l’océan, entre l’Irlande et les États-Unis, que débute ce roman.Sur un bateau rempli d’émigrants irlandais entassés dans l’entrepont, la jeune Mary amorce son apprentissage de la vie au cours d’un premier voyage en direction de l’Amérique, qui deviendra son continent d’adoption.Elle est l’héroïne de Mary l’Irlandaise, dernier roman de Maryse Rouy, paru chez Québec Amérique.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Ui n vieux cahier, relatant une histoire survenue au milieu du XIX’ siècle, est à l’origine de l’ouvrage.Comme la Mary de Mary l’Irlandaise, Mary Hugues, ancêtre de la famille Rocray, ensuite établie à Berthier, s’était, d’Irlande, embarquée sur un vieux bateau en compagnie d’une tante et d’un oncle qui l’ont abandonnée dès l’arrivée à Québec, emportant même son argent et ses bagages.C’est dans la Vieille Ville qu’elle a par la suite été hébergée chez une famille bourgeoise qui l’avait embauchée comme domestique.Le fils de Mary Hugues, Pierre Rocray, avait consigné l’histoire de sa mère en quelques pages.Et ce cahier a ensuite été légué à la petite-fille de Pierre Rocray, amie de Maryse Rouy.«C’est l’une de mes amies qui m’a parlé du cahier de son grand-père, qui racontait l’histoire de son arrière-grand-mère, raconte la romancière en entrevue.Son arrière-grand-mère est arrivée sur un bateau au début des années 1830.Moi, j'ai choisi de la faire arriver en 1833 parce que c'était entre les deux épidémies de choléra.Elle m’a montré ce cahier qui racontait l’arrivée de son aïeule et elle m’a dit: “Si tu as envie de raconter l’histoire, je te la donne.”» 1833, c’était aussi quelques années avant la rébellion des Patriotes, la gloire de Ixjuis-Joseph Papineau au Parlement et les affrontements avec le gouvernement colonial.«Je me suis passionnée pour cette histoire, d’abord parce que c’était pas banal d’être abandonnée sur le quai à 14 ans, et aussi parce que c’était une époque particulièrement intéressante», dit Rouy.Séduite par cette histoire, Maryse Rouy, qui jusqu’à présent avait surtout écrit sur le Moyen Âge français, en a fait un roman.Sur l’histoire de Mary Hugues, elle en a brodé une autre, celle de Mary O’Connor, trempée dans l’eau de rose celle-là, avec ses doutes, ses amours, ses ambitions.VOIR PAGE 1) 2: ROUY LES SA M E DI 20 ET DI M ANCHE 21 JANVIER 2 0 01 ROUY SUITE DE LA PAGE D 1 Pour alimenter ce roman, l’auteur, d’origine française et établie au Québec depuis 25 ans, a mené d’intenses recherches, lisant des livres et des journaux portant sur cette période troublée de l’histoire québécoise, fouillant le passé de villages, tel celui de Sainte-Famille, sur Tile d’Orléans, ou celui de la petite ville de Berthier.«Le souci de véracité est très important, je fais toujours des recherches très sérieuses», dit celle qui a déjà signé trois romans portant sur le Moyen Âge, en France, et qui, lorsqu’elle était inscrite en littérature à l’Université de Montréal, a fait son mémoire de maîtrise sur la poésie des troubadours.Après 25 ans de vie en Amérique, l’envie d’écrire sur son pays d’adoption la tenaillait et la recherche lui fournissait une occasion de mieux connaître le Québec.Elle a lu, donc: sur l’histoire politique, mais a'ussi sur la façon dont on vivait à l’époque.Elle s’inspire des Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, de Provencher, et trouve, à la Bibliothèque nationale de Paris, un ouvrage traitant des rapports entre maîtres et domestiques qui la scandalise particulièrement.Le Manuel de la maîtresse de maison, signé par Mme Pari-set en 1821, suggère notamment «d’avoir toujours pour eux [les domestiques] du pain de la veille: s’il est dur, ils en mangent moins», reprend une Rouy indignée.La romancière a aussi lu les notes d’Alexis de Tocqueville sur son voyage en Amérique ainsi que les carnets de lady Aylmer, épouse du gouverneur.«C’était tout à fait intéressant sur la façon dont elle voyait les Canadiens français.[.] Elle n’avait pas de mépris mais elle les regar- MARYSE ROUY r/A GROUPE Renaud-Bray — digJUifc — (Carneau - w— %, PALMARÈS HEBDOMADAIRE Jm selon les venres de nos 24 succursales HL Jm ^ Dh l(Lau 16 janvier 2001 24 ÉSOTÉRISME 25 Sc.FICTION Gabrielle » Journal d'un Ti-Mé Les chrétiennerles Harry Potier et la coupe de feu » Un dimanche à la piscine à Kigali M Encore des pinardises » Le guide du vin 2001 La synergologie Le guide de l'auto 2001 Un parfum de cèdre » - Éd.compacte - Lettre ouverte aux Français qui se croient le nombril du monde Dans ces bras-là * - Prix Femina Les manipulateurs sont parmi nous » 168 I.Nazare-Aga | L'Homme Stupeur et tremblements » Sushis faciles * Les cinq blessures qui empêchent d'être soi-même Chansons drôles, chansons folles (Livre & DO) * L'année Chapleau 2000 Les manipulateurs et l'amour Je t'aime, la vie « Horoscope 2001 Pauline Pinchaud, servante Astrologie 2001 L'encyclopédie du savoir relatif et absolu Trois jours avant Noël Un homme au fourneau l'état du monde 2001 Les pinardises : recettes & propos culinaires e Les couples heureux ont leurs secrets Penser, c'est mourir un peu À chacun sa mission Horoscope 2001 Et si c'était vrai.7 Marie Laberge Boréal Claude Meunier iLeméac Pascal Beausoleil Intouchables G.Courtemanche Boréal Michel Phaneuf i L'Homme Philippe Turchet | L'Homme Duval & Duquel L'Homme A.-M.MacDonald i Flammarion Oc.D.Bombardier Camille Laurens P.O.L 71 Amélie Nothomb Albin Michel 17 F.Belgbeder 22 Lise Bourbeau E.T.C.18 Henriette Major Fides Serge Chapleau Boréal 16 i I.Nazare-Aga 13 C.Bensaïd 22 Anne-M.ChaHtoux 7 jours 19 Denis Monette 20 Andrée D'Amour L'Homme 6 Bernard Werber 7 M.Higgins Cto* & C.Hlgglns Clark 12 Guy Fournier 322 Daniel Pinard 37 John M.Gottman G.Taschereau 58 J.Monbourquette Le livre international des cocktails * Mon bébé ; je l'attends, je l'élève 1S0 E.Fenwick La guérison du cœur 100 ans d'actualités : 1900 - 2000 Le pénis Illustré * La séduction : vérités et mensonges S n—tos DtgMt 54 G.Corneau 41 Joseph Cohen 17 Richard Fleet Livres -format poche 1 JEUNESSE Harry Potter : volumes 1, 2 et 3 * 57 J.- K.Bowling Folio Junior 2 SPIRITU.L'art du bonheur « 9 Dalaï-Lama J'ai lu 3 ROMAN Geisha * 36 Arthur Qoldan Livra da pocha 4 JEUNESSE Les royaumes du Nord 37 Philip Pullman Folio Junior 5 SEXUALITÉ 177 façons d'emmener une femme au Septième ciel 339 ktogot SMnt-Loup Marabout V : Coup de coeur RB ¦¦ 1èr* semaine sur notre Hat» NA.: Lee dictionnaires et les titres h l'étude sont exclus NOMRKB DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION Pour commander à distance ® (r,i4) 342-28ir, www.renaud-bray.com Livres doit comme des gens curieux, avec lesquels elle n’avait pas de relations.Les seules relations qu’elle avait, c’était avec la supérieure du couvent», dit Rouy.De la vie des domestiques, Rouy relève aussi d’autres injustices.«La jeune domestique qui se fait violer ou séduire, soit par le maître de maison, soit par le fils, très souvent par le fils, soit par les autres domestiques masculins, c’est une constante dans l’histoire», se souvient-elle.Et une fois enceinte, la domestique porte entièrement le poids de la faute et se fait souvent renvoyer sans autre forme de procès.Détaillant les tensions entre Anglais et Français, entre catholiques et protestants, la romancière s’indigne aussi de la légèreté des mœurs de la bourgeoisie du Québec au XIXe siècle.Pendant que certains événements politiques font rage, mentionne-t-elle, on s’intéresse plutôt au théâtre, aux mondanités.«Je suis toujours plus sympathique au peuple», dit-elle.Pour raconter l’histoire de la jeune Mary, Rouy s’est d’ailleurs inspirée de l’histoire de sa propre grand-mère, immigrée de l’Espagne vers la France au début du siècle, qui avait été placée comme bonne dans une maison bourgeoise alors qu’elle était adolescente.«Elle m’a raconté des histoires toute mon enfance, dit-elle.[.] Et quand on paiiaitde “Madame”, il y avait en arrière du mot, de la façon dont le mot était prononcé, des abîmes de rancœur.Et je pense que cela m’a aidée à comprendre comment on se sent quand on sert quelqu’un.Même si, dans le livre, Mary n'est pas amère.» Un pan de l’histoire À travers l’histoire de Mary, Rouy, elle-même immigrante et petite-fille d’immigrants, donne vie à un pan de l’histoire du Québec.Elle s’intéresse particulièrement au parcours de ceux qui ont quitté leur pays pour un autre.«Il y a trois sortes d’immigrants qui sont représentés dans ce roman», dit-elle.Mary l’Irlandaise choisit de vivre au Québec, bien que son père, demeuré en Irlande, fasse insérer une annonce dans le journal pour lui offrir de rentrer.Rapidement initiée à la langue française, la jeune Mary devient bilingue et finit d’ailleurs par tomber amoureuse d’un ardent patriote, donnant lieu à une intrigue un brin guimauve.«J’avais envie d’en faire un personnage positif», dit Rouy, qui confesse d’ailleurs une sympathie romantique pour les Patriotes.«Et ce type d’immigrant existait.Elle était seule au monde.Alors, il fallait bien qu’elle s’adapte d'un côté ou de l’autre.Ce sont les circonstances qui ont fait qu’elle s’est adaptée de ce côté-là.» Elena, autre personnage du roman, incarne pour sa part la grande bourgeoise irlandaise, venue en Amérique de force et qui vit au Québec exactement comme elle le faisait en Europe avant d’y retourner.Et enfin, Mme Rondeau, la femme du médecin, «un type d’immigrant qui existe, que j’ai rencontré à l’occasion, devenue immigrante parce qu’elle s’est mariée et qui passe sa vie à regretter son pays, a la nostalgie, croit que tout était mieux là-bas», dit Rouy.Comme Mary, Maryse Rouy affirme pour sa part être bien adaptée au Québec.L’écrivaine n’a pu s’empêcher d’intégrer un coureur des bois, incarné par Jean-Denis, dans ce roman, qui se déroule à une époque où ils sont pourtant en voie de disparition.«C’est vraiment l’extrême limite.Il fallait vraiment tenir au coureur des bois pour en mettre un à cette époque.Il y en avait encore, mais le commerce de la fourrure avait décliné depuis le début du XIXe siècle et il n’y en avait plus beaucoup.Mais j’y tenais parce que c’était un héros romantique.On ne pouvait pas résister.» Ah, romance, quand tu nous tiens.Parallèlement à son travail d’enseignante, la romancière continue d’écrire.Mais son prochain roman la renvoie au Moyen Âge et à l’histoire de France, domaine qu’elle a exploré durant dix ans et qu’elle connaît maintenant sur le bout des doigts.MARY L’IRLANDAISE Maryse Rouy Québec Amérique Montréal, 2000,376 pages AMERTUME SUITE DE LA PAGE D 1 méchanceté que ce «portrait de la ville de Montréal».À quelques reprises, j’en suis venu à penser que ces collaborateurs n’avaient même jamais mis les pieds à Montréal puisqu’ils n’étaient pas même capables de désigner correctement la montagne à Montréal, soit le mont Royal.Peut-être avaient-ils dilapidé leur allocation de dépenses ailleurs et, entre deux bouteilles de schnaps, avaient-ils produit ce feuilleton fictif sur Montréal- Plus sérieusement, histoire de bien mettre les choses au clair, j’aimerais ajouter que je suis de ces auditeurs avec lesquels les rédacteurs de l’émission Diagonal n’avaient apparemment pas compté, nommément ceux qui ont une certaine idée sur le sujet évoqué au micro.Je connais Montréal depuis 1992, et entre-temps, j’y ai passé beaucoup de temps, entre autres en tant que professeur invité.De la part de journalistes qui dressent le portrait d’une ville qui leur est inconnue jusqu’ici, personne ne s’attend raisonnablement à ce qu’ils aient une connaissance approfondie du sujet.Mais l’on doit par contre s’attendre à ce qu’ils mettent au moins le nez dans des livres d’histoire avant de se répandre en invectives au micro.L’auteur de l’émission de la radiodiffusion autrichienne, Peter Lachnit, qui joue le rôle de l’expert sur Montréal, s’est ainsi fait raconter des histoires au sujet du motif du drapeau de la ville, sur lequel on trouve la fleur de lys des Bourbon, la rose anglaise, le chardon écossais et le trèfle irlandais.Lachnit raconte alors à ses auditeurs autrichiens, et sur un ton des plus assurés, que ce sont là les symboles des «quatre groupes qui ont fondé Montréal.Donc, que le groupe des Français était déjà minoritaire».Voilà ce que conclut l’érpinent expert avec aplomb.À l’exception d’une courte période au XIXe siècle, les francophones ont toujours formé la population majoritaire de Montréal (environ les deux tiers aujourd’hui alors que, dans la province de Québec, les francophones forment plus de 80 % de la population).De tout cela, les rédacteurs de la radio autrichienne ne savent rien, ou s’ils s’en doutent, ils ne veulent pas le reconnaître, pour une raison ou pour une autre.«Qu’est-ce qui a bien pu changer suite à la fin delà domination des Anglais?», se demande, de façon rhétorique, Peter Lachnit, qui ne sait pas, ou feint d’ignorer, que cette domination était celle d’un pouvoir colonial minoritaire sur une population dont la majorité parlait une autre langue.Alexis de Tocqueville s’étonnait, lors de son séjour canadien, que, dans un pays majoritaire ment francophone, la langue de l’administration de la justice et des journaux fut l’anglais.Entretemps, la situation a changé puisque, dans les années 70, le gouvernement de la province de Québec, compte tenu de l’évolution des rapports démographiques, a décrété le français langue officielle de la province.Auprès des touristes, Montréal se vante d’être «la deuxième plus grande ville française après Paris».Mais la rédaction de TORE n’a, d’une certaine façon, toujours rien compris.L’une de leurs collaboratrices, Stella Rollik, ancienne chargée d’affaires artistiques du gouvernement fédéral autrichien, a été envoyée en reportage pour y faire un compte rendu de la vie cidtureile.Mais cette dernière avoue elle-même ne dis- ° Y* J- Jv-f?r> ’ ; X' HISTOIRE DE LA LIBRAIRIE AU QUÉBEC Fernande Roy ! I n| oiivnij;c llKolHoum,Ibk, m I on veut inmptYndrc ci suivre l,i dilluilc éclosion île l.i culimc ,iu Quclx Yvon Moiiiov.i.A / i l.Ml AC poser que d’un français remontant à l’école secondaire qui «a tendance à s’effriter», soit, pour tout dire, qu’elle ne le maîtrise pas.Elle ne peut donc pas lire trois des quatre quotidiens publiés à Montréal.Elle ne peut pas comprendre les programmes de radio et de télévision de langue française.Elle ne peut pas accéder a la plupart des théâtres dans une ville de théâtre comme Montréal (elle n’a ainsi pas la moindre idée qu’un des grands événements théâtraux des dernières années fut la mise en scène de Maîtres anciens, de Thomas Bernhard, par Denis Marleau).Bref, la plus grande partie de la vie culturelle de Montréal (qui se passe en langue française) lui est inaccessible.Le fait inclut les ouvrages de littérature publiés en français en provenance de la métropole du Québec; tout cela la dépasse.Ce que la journaliste offre finalement en tant que «journal culturel» ressemble à une mauvaise blague.Un parti pris idéologique À cause de leurs connaissances linguistiques limitées, les journalistes sont forcés de s’informer auprès du seul journal en langue anglaise de Montréal, The Gazette.Ce qui veut dire que les journalistes de l’ORF transmettent exclusivement le point de vue de ce journal.Mais le message y est aussi pour quelque chose dans le choix des interlocuteurs, lui-même déterminé par les limitations linguistiques ainsi que par les préférences idéologiques de la rédaction de l’émission Diagonal.Par exemple, dans la section «Journal culturel», le rôle de l’accusateur en chef de la majorité francophone du Québec revient à un cinéaste d’origine pakistanaise du nom de Julian Samuel qui, localement, est davantage connu pour ses attaques verbales que pour ses films.Il est considéré comme la terreur de plusieurs jurys artistiques au Canada et au Québec.Si on lui refuse un prix ou une subvention, il prend bien soin de se venger en accusant les membres du jury de racisme des Blancs.Au Québec, où la Charte des droits interdit toute forme de discrimination, cela est une accusation sérieuse.Il a déjà accusé les membres du jury pour l’achat d’œuvres du Musée d’art contemporain de Montréal d’être racistes, jusqu’au jour où il dit lui-même invité à faire partie du jury.Il plaida alors vigoureusement pour l’achat de ses œuvres.Le «racisme» du Québec l’aura au moins bièn servi.Peter Lachnit met toute son énergie à décrire la politique linguistique québécoise comme étant répressive, à la clouer au pilori comme étant même fasciste.Il raconte au public de la «célèbre» émission de la radiodiffusion autrichienne que les chauvins de la langue française sont allés aussi loin que d’interdire des désignations anglaises internationales usuelles comme «hot-dog» pour les remplacer par leur traduction française.Il rapporte ainsi sur un ton indigné que «sur la façade des casse-croûtes de Montréal, il est écrit “chiens chauds”.Non pas quelque chose comme “hot-dogs - chiens chauds”, non, il y a seulement “chiens chauds”».Pouvez-vous imaginer cela?Une telle affirmation, comme plusieurs autres exemples illustrant ce portrait montréalais, est tout simplement inventée.Au cours de mes années passées à Montréal, je n’ai dû voir l’expression «chien chaud» qu’à peut-être deux ou trois reprises.Toutes les chaînes de restauration rapide que je connais font de la publicité pour des hot-dogs et des hamburgers.Et il n’y a pas de «police de la langue» pour arracher les affiches.D est vrai que l’Assemblée nationale du Québec a adopté une loi faisant du français la langue officielle du Québec et que cette loi réglemente l’affichage public et la publicité (qui, soit dit en passant, est actuellement soumise à un processus de révision).Comme toute réglementation stricte, cette loi, qui cherche à établir la prédominance du français par rapport à l’anglais, pourrait conduire à des absurdités si elle était appliquée à la lettre.Pour un observateur extérieur, tout cela peut paraître curieux et dans une large mesure incompréhensible, à moins de comprendre les conditions qui prévalaient jusqu’à tout récemment au Québec.Jusqu’aux années 70, la population majoritaire francophone était dominée par une élite économique anglophone dans une ville où l’affichage et la publicité se faisaient en anglais.Les clients francophones du grand magasin Eaton devaient s’adresser au personnel en anglais, sinon on ne les servait pas.Même leurs supérieurs demandaient à leurs employés de s’adresser à eux en anglais.Ijes journalistes du service français de la radio publique, Radio-Canada, recevaient les notes de service de leurs patrons rédigées en langue anglaise.L’émission de l’ORF ne sait rien ou ne veut rien savoir de cette mise en contexte historique.Tout ce qui l’intéresse, c’est de présenter les francophones du Québec comme étant des rustres, des chauvins, des anachronismes douteux, vivant sur un continent anglophone, éclairé et libre.Ainsi, les auteurs de l’émission donnent la parole, par exemple, au chef du groupe de pression Alliance Québec, Anthony Housefather.Personne ne contredit le porte-parole de ce lobby lorsqu’il raconte l’histoire fantaisiste selon laquelle seul le Montréalais anglophone est «multiethnique», le francophone étant «ethnocentrique».On ne rapporte pas l’existence d’une importante communauté sépharade francophone qui soutient sa propre librairie française juive.On ne mentionne même pas une nouvelle des plus intéressantes, soit qu’au cours des dix ou quinze dernières années, de nombreux écrivains d’autres communautés se sont joints au réseau des auteurs publiés en français, qui ont fait le choix d’écrire en français (comme le Brésilien Sergio Kokis, la Chinoise Ying Chen, la Japonaise AM Shima-saki, Fit,alien Marco Micone et autres).Evidemment, les auditeurs de l’ORF ne sauront rien de l’expérience de ces écrivains (qui enfre-temps sont devenus appréciés des lecteurs alors que leurs ouvrages ont été reconnus par de nombreux prix) avec la société montréalaise et le Québec.Plutôt, Julian Samuel, terreur des jurys, y va de son commentaire profond (ou considéré tel par la rédaction de l’ORF) : c’est toujours «une manœuvre tactique de la culture majoritaire d’ignorer les contributions des immigrants».Aucun citoyen ordinaire francophone de cette ville ne prend la parole mais plutôt un fonctionnaire de l’Office de la langue française, Gé-rald Paquette.Le fonctionnaire fait ce que l’on attend de tous les fonctionnaires du monde: il représente loyalement la direction politique de ceux qui l’emploient Pour justifier la nécessité d’une protection étatique spéciale des six millions de francophones québécois, protection dont les 300 millions d’anglophones du continent nord-américain n’ont pas besoin, il a recours à une comparaison botanique assez étonnante: le français est comme une rose, qui requiert des soins particuliers, alors que l’anglais est comme le pissenlit qui se multiplie et se maintient tout seul.Peter Lachnit, le journaliste de l’ORF, peut à peine contenir son indignation antifasciste: «La rose française et la mauvaise herbe anglaise.Voilà qui explique tout.» Du fait voulant que la racine de cette «mauvaise herbe» qu’est le pissenlit soit considérée comme une plante médidna-le et qqe ses feu ille^ se.mangent en salàde, nôtre formidable journaliste n’a jamais entendu parlèr.Pouf lui, les choses sont parfaitement claires: les tensions entre francophones et anglophones à Montréal approcheraient un tel point que des conflits violents comme aux Balkans, voire une guerre civile, on le devine déjà, seraient à craindre.Fantômes du passé Comment expliquer les motifs derrière la fabrication de cette caricature d’une ville, caricature qui se veut «portrait»?De nombreux éléments de cette émission donnent l’impression que ses auteurs n’avaient pas une ville du Nouveau Monde réellement existante devant leurs yeux mais le fantôme d’une ville d’une autre époque et d’un autre continent: par exemple, la Prague d’après la Première Guerre mondiale.Cette ville, devenue en 1918 capitale de la nouvelle République indépendante de Tchécoslovaquie, s’est appelée désormais Praha; les places, les rues et les quartiers changeaient de nom; le père de Franz Kafka, commerçant, devait rédiger l’affiche de son magasin en langue tchèque.Avec amertume, la minorité germanophone de Prague a dû assister à la prise du pouvoir de la majorité tchèque, une majorité qu’elle avait auparavant détestée, la considérant comme une masse de paysans incultes et illettrés, parlant une langue incompréhensible.Et cette masse-là se mettait désormais à gouverner un pays jusqu’alors dominé politiquement et culturellement par les germanophones de l’empire austro-hongrois.Trouvant à Montréal une situation vaguement analogue, ces journalistes autrichiens ont dû sentir remonter en eux le souvenir d’une vieille amertume germano-autrichienne.Leurs détestables Tchèques d’antan, ce sont maintenant les francophones du Québec.C’est pourquoi ils s’identifient sans nuances à la minorité anglophone et à ses points de vue.Ils arrivent à très bien comprendre les griefs d’une partie de son élite qui contemple des hauteurs de Westmount la perte de ses prérogatives.La chanson préférée des auteurs de l’émission est chantée par un groupe rock appelé Angry Anglos.lœ vrai titre de cette drôle d’émission de radio devrait s’écrire, dans leur langue de prédilection: «Angry Austrians looking at a city too complicated for them to understand.» Texte traduit de l’allemand par IxHiis Bouchard.Le texte original a été publié dans le numéro 121 (décembre 2(XX)) de la revue littéraire viennoise Wespennest («nid de guêpes»), Lothar Baier est notamment Fauteur d’ la croisée des langues - Du métissage culturel d’Est en Ouest (Actes Sud - Leméac, 1997). LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 (I ET DIMANCHE 21 .1 A N V 1ER 2 O O I I) » Livres -* ROMANS QUÉBÉCOIS Dire, dit-elle DEUX ET DEUX Marie-Christine Arbour Planète rebelle Montréal, 2000,116 pages CM est un récit qui, ré-^ duit à sa seule dimension anecdotique, ressemble à tant d’autres.Actuel, «urbain» comme on aime à le dire de certains contes publiés chez le même éditeur.Et fragmenté.Une jeune fille de vingt ans vit seule depuis quelques mois, «en adulte», précise-t-elle en se moquant.Elle a un père, mais «c’est trop dire.Il est ailleurs, c’est-à-dire ici».On aura compris qu’il est disparu depuis belle lurette.Sa mère — «la» mère, dit-elle — s’est remariée.La fille s’est alors sentie de trop, la mère ayant toujours été «deux», il ne restait à l’enfant qu’à être «le fantôme de la somme»: fruit dérisoire d’un couple, cinquième roue de la charrette, presque rien.Elle n’a donc pas d’attaches familiales à fuir, d’autonomie nouvelle à chérir.Que font deux et deux, s’agissant de couples?Sûrement pas quatre, ni d’ailleurs aucun autre nombre.Il n’y a pas d’opération arithmétique qui tienne dans le paysage affectif de cette jeune fille.Et elle sait de quoi elle parle, puisqu’elle étudie les mathématiques à l’université.Elle a l’impression d’avoir été depuis toujours «singulièrement malheureuse».On a fini par la déclarer «malade faute d’autre mot».Elle consulte d’ailleurs un psy, qui lui prescrit des tranquillisants.H lui faudrait, pour se sentir quelqu’un, un autre avec qui former un «deux» à son tour.N’importe qui, dans les circonstances.Cet homme de quarante ans, tiens, qui la suit dans la rue, puis l’accoste.Il est tout gris de sa personne, cheveux et teint, il flotte dans son costume défraîchi: c’est tout ce qui lui reste de l’époque où il était gras et prospère.Il se prénomme John-Etienne, mais c’est un faux demi-Anglo.Comme étranger, on aurait pu faire mieux.Il est de Québec, d’une famille bourgeoise où on ne parlait pas un mot d’anglais.Il a eu une vie faste, des femmes à volonté.Maintenant, il n’est plus qu'une loque qui habite un logis miteux.Qu’est-ce qui attire la jeune fille chez cet homme usé prématurément, ce fumeur invétéré, «mondain et défraîchi», ce parasite sans gêne qui, ayant lui-même tout perdu, a beau jeu de prôner le bannissement de tous les possessifs?Ses mots doux — il l'appelle «#wh petit chat» —, sa voix peut-être — «fleuve sa voix, coulant, coulant», écrit-elle —, ou ses mains, baladeuses et sournoises, mais si joliment fuselées?Elle se soumet à ses manières, elle joue à la femme-objet avec une sorte de délectation amère, un détachement parfois amusé, puisque c’est ce qu’il attend d’elle.Il la veut, il la prend.Elle le laisse taire, du moins pendant un certain temps, celui qu’il faut pour mesurer le danger.Ce tyranneau lui resseipble, ou du moins sa folie.John-Etienne éprouve, de loin en loin, des «claquages de tête».On l’a diagnostiqué comme maniaco-dépressif.L’étiquette plaît à la narratrice: «Je m’accrochai au second terme, le mien propre.J’étais à demi lui.» Pour elle, c’est un début: elle serait une moitié de quelqu’un qui se défait, un,e fraction qui la ferait exister.A lui le lithium, à elle les tranquillisants.Cela crée des solidarités.S’amuse-t-elle de choquer son entourage en s’affichant aux bras de cet homme qui a le double de son âge?Ils seraient ce couple-cliché: l’homme mûr qui refuse de vieillir et la jeunette qui s'invente une figure paternelle.C’est l’impression qu’ils donnent, elle le voit bien.Mais elle n'y prend pas de plaisir particulier.Les défis l’indiffèrent tout autant que les explications.Elle est ailleurs, soucieuse de «bien faire» avec toute l’ironie qu’elle peut y mettre, et de dire avec le plus de justesse possible ce qui lui arrive.«Je dis», écrit-elle à quelques reprises, pour installer sa propre parole à mesure qu’elle se raconte.Injonction et défi devant la folie qu'on lui a imposée.Elle se laissera aller à la tentative d’un autre «deux», aussi peu planifié que le premier, avec un garçon de son âge, guère plps reluisant que son vieux John-Etienne, une version rajeunie de l’homme irresponsable.Cela n’aboutira qu’à une «merdeuse amphibologie», un second cul-de-sac, plus court que le premier.Deux et deux ne font toujours que désillusions.Mais elle se bat, cette jeune femme, à partir de son discours, parfois incohérent, pour s’ériger un monde et exister par elle-même.Et c’est ce qui fait toute la richesse de ce petit livre, ce manuel de survie adressé à personne, long soliloque où tente de s’ériger une personnalité, où quelqu’un, là, cherche sa voix.ftonuo % On dirait qu’elle se protège par un cynisme autodérisoire, qui peut rappeler les meilleures pages d’Hélène Monette.Femme soumise, qui se félicite brièvement «d’avoir été explorée», qui trahit ses défaillances tout en se maintenant en deçà des sentiments nobles: amour, haine ou colère.Elle s’en tient à un peu de honte, à des peurs passagères, à de l’ennui ou de l’agacement.Stratégies de survie et, pour nous, plaisirs de lecture.Cette raconteuse étonnante cherche sa voix.Elle s’attache à des hommes et s’en moque.Elle les voit venir, avec leurs gros sabots, y compris son psy, affreux fumeur de pipe, qu'elle contente en ingurgitant les «bonbons» qu’il lui prescrit: «Il s’y plaisait, dans ma vie», devine-t-elle.Elle imagine même son contentement de thérapeute: «Comprenez, nos fous nous les aimons, nous qui ne le sommes pas.» Dans Deux à deux émerge peu à peu un discours qui tente de s’extraire de la folie sans la travestir.Les toutes premières phrases du roman trahissent d’ailleurs ce trouble profond de la jeune narratrice: «J’eus vingt ans Jamais.Je ne fus.C’était un jour donc.» La syntaxe défaille par endroits, l’ordre des mots disparaît, mais c’est très bref.Pas si folle, cette jeune femme.Elle a des crises passagères qui la font buter sur des phrases inachevées ou se lancer dans des juxtapositions déroutantes.Et un lexique personnel, où des mots tout simples — le ventre, faire, les méthodes — prennent des résonances terribles.La narratrice de Deux à deux est une folle magnifique, qui réussit à dire l’absolue singularité de sa folie tout en la donnant à lire.Ce court roman, le premier d’Arbour, séduit et se dérobe tout à la fois.robert.chartrandS (à'sympatico.ca Robert C h artrand LITTÉRATURE FRANÇAISE Le fond de la vie ANDRÉ ROY La Dame du fond de la coures! un roman posthume quYves Navarre, mort en 1994, avait écrit en 1992.Contrairement aux autres fictions de cet écrivain qui, on le sait, a vécu au Québec pendant quelques années, ce dernier titre met exceptionnellement en scène une femme, pré-nommçe ici Camille, que son ‘àhfàrtt'EtfcfaVec qui elle vivait, a quittée' éepf ans auparavant.1 La rupture provoqua chez elle une ischémie cérébelleuse.Depuis, elle ne se remet pas de cette perte et ne peut écrire (elle est écrivaine).La rencontre, un soir, d’un chauffeur de taxi algérien l’aide à surmonter momentanément son désespoir.L’amitié du chauffeur et de sa femme ne l’empêchera toutefois pas de tenter de se suicider et ne lui permettra pas non plus de se remettre à l'écriture.Du moins tombera-t-elle de nouveau amoureuse, de Nicolas cette fois, l’infirmier qui veilla à son rétablissement sept ans plus tôt.Roman intimiste où alternent le point de vue, omniscient, du romancier et des extraits de notes écrites par Camille elle-même, La Dame du fond de la cour est en fait un long monologue, cruel, désespéré, qui, malgré jongleries narratives et jeux de mots — auxquels nous avait déjà habitués Navarre le virtuose —, lasse le lecteur et le laisse dans l’état cafardeux qu’il a distillé au fil des pages.Plus intéressante est l’annexe que l’éditeur a ajoutée à la fin.Son titre, «Journal d’une relecture», dit tout et nous montre un auteur en pleine détresse, qui se sent piégé par le geste d’écrire.Y est ressassée dans un mouvement de lucidité terrible une fatigue de vivre où n’existent plus ni le plaisir ni le désir.Ce journal éclaire le suicide d’Yves Navarre et ajoute alors à ce roman une valeur qu’il n’avait pas au départ.LA DAME DU FOND DE LA COUR Yves Navarre Leméac/Actes Sud Montréal, 2000,167 pages JACQUES GRENIER LE DEVOIR Yves Navarre POÉSIE Regards sur le Québec CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Ils effleurent les arbres, hument la neige, plongent leur regard dans le fleuve, font la roue avec l’éventail des mots.Les poètes, d’ici et d’ailleurs, célèbrent chaque jour l’existence du monde.Et sous leurs plumes, le Québec, le temps d’un éclair, le Québec comme patrie ou comme terre de passage, retrouve sa jeunesse et son innocence.Le recueil Le Québec des poètes, paru aux éditions Trait d’union, regroupe ainsi des textes de dk-sept poètes français et de dk-sept poètes québécois, comme autant de regards sur le Québec d’aujourd’hui.Claudine Bertrand, qui a dirigé l’ouvrage, a réuni ici une brochette intéressante de poètes de France et du Québec, avec l’intention d’offrir une vision moderne du Québec contemporain.On retrouve entre autres, dans ce recueil.les signatures françaises de Francis Combes, de Robert Marteau, de Bernard Noël, d’André Velter, aux côtés de celles, québécoises, de Paul Chanel Malenfant, de Pierre Ouellet, de Guy Cloutier, de David Cantin ou de Madeleine Ouellette-Michalska.«[.] j’omble, je truite, j’ourse, j’orignale, je mirone, je hurone, je rondine, j’érablise, je québèque», écrit Frédéric Jacques Temple, dans un poème intitulé En marchant vers le mont Tremblant, dédié à Gaston Miron.«[.] pays que voit du ciel, un oiseau qui serait peintre», écrit encore Temple dans un texte intitulé Val-David, dédié cette fois à l’artiste René Derouin.Vénus Khoury-Ghata a aussi ces jolis mots dans L’Arbre sans nom: «Cette incapacité à arrêter son rêve / dehors / les arbres pris de folie courent en tout sens / de leurs valises béantes, s’échappent des feuilles mortes et des bouts de papiers brûlés.» Pour la sélection française, Claudine Bertrand a choisi des plumes renommées, et des poètes qui avaient déjà tissé des liens solides avec le Québec et ses poètes.Au moment de faire la sélection québécoise, Bertrand a voulu varier le regard sur le Québec en choisissant, outre ceux de Montréal, des poètes vivant à Rimouski, à Grand-Mère, à Québec ou en Gaspésie.L’ouvrage est d’ailleurs illustré d’une série de photographies signées Jean-Paul Coulom-be.Et le Québec, vu de Sainte-Flavie, des villes de Québec et de Montréal, de Grand-Mère, des Laurentides, de Charlevoix, le Québec avec son fleuve et ses bancs de neige, avec ses arbres et ses oiseaux, s’offre donc plaisamment au regard.«Montréal, c’est le miracle que l’athée souhaite rencontrer en Amérique», écrit Antonio d’Alfonso dans Montréal.«[.] que le courage miwi Plus de loo photos /Vf/ilr
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