Le devoir, 12 août 2000, Cahier D
I K DEVOIR.LE S S A M EDI I 2 E T I) I M A N ( Il E l 3 A O I T 2 O O 0 Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Philosophie Page D 5 ?L’art du siècle Page D 7 Jardins Page D 8 ,Au diable Evangéline! Le 15 août est la fête des Acadiens.C’est l’occasion de s’attarder à une littérature à l’identité réelle, mais qui légitimement, comme toute littérature, ne se laisse pas enfermer dans une formule.D’une littérature en quête de reconnaissance qui mène une offensive sur le double front de la diffusion et du stéréotype.Tour d’horizon.SILVIA GALIPEAU LE DEVOIR C’est dans la manière qu’elle bouge.Ses culottes avec des petites barres mauves.La coupe de ses cheveux.Everything.Perfect.Plus.Ses pendants d’oreille blanc.Ses bas blancs.The wiggle of her hips as she walks.Take a better look» {Gîte, Jean Babineau).C’est ça, la littérature acadienne aujourd’hui.Et beaucoup d’autres choses encore.A mille lieues de la Sagouine.L’Acadie telle qu’elle est dépeinte dans le théâtre ou les romans les plus célèbres d’Antonine Maillet, folklorique et traditionnelle à souhait, a bien évolué.En l’an 2000, la littérature acadienne a les deux pieds bien ancrés dans la modernité, et affiche à ses heures des couleurs encore plus postmodernes qu’ailleurs.A quoi s’ajoute toujours, cependant, une touche particulière, dans la mélodie du langage, l’interrogation identitaire, ou la description des paysages, qui vient révéler une acadianité sans pareille.Parfois pour le plus grand bonheur du lecteur.«Antonine, c’est un peu une planète en elle-même.Ce qu’elle fait encore n’est pas nécessairement représentatif de ce qui se fait maintenant.Antonine est quelqu’un qui s’est formé littérairement à un moment où il fallait affirmer l’Acadie.Elle a créé son propre monde, son propre univers», explique Henri-Dominique Paratte, directeur du département des langues et des littératures à l’université Acadia en Nouvelle-Ecosse.Moderne acadianité Dans le courant des années 80, les écrivains dits de la deuxième génération, c’est-à-dire ceux qui ont succédé à cette vague d'écriture reflétant le côté plus folklorique de l'Acadie, se sont violemment insurgés contre cette image, explique Denis Bourque, professeur de littérature acadienne à l’université de Moncton.Ces auteurs ne cherchent plus à exprimer leur identité.Ils l'affirment Ils ne sont pas seulement le produit d’une tradition, mais s’inscrivent pleinement dans la modernité.Il n’y a qu’à penser à Herménégilde Chiasson (qui a reçu le prix du Gouverneur général du Canada l’an dernier pour Conversations), ou au poète Gérald Leblanc, qui ont tous deux voulu présenter une vision tout autre de leur pays, soit une «Acadie moderne, contemporaine, coupée de tous liens avec son passé».VOIR PAGE D 2: ÉVANGÉLINE LE DEVOIR .'eSHf#*!'1' * .¦ * ¦ .¦¦¦ gCsfcsy» =f *•'¦ ¦ s SERGE TRUFFAUT Dle devoir ans la stricte logique financière consistant à capitaliser sur la mort des trois pieds-nicke-lés de ce qu’on appelle la Beat Generation, une avalanche de livres furent publiés.Il y a du tout et beaucoup de rien.Suffisamment en tout cas pour confondre le simple amateur.D’autant que, les deux d’en haut inscrits à la morgue des écrivains, on s’empressa d’annoncer que le journal que Jack Kerouac, le fils de Mémère, l’enfant de Lowell, l’apprenti footballeur, le frère de saint Gérard, pouvait désormais être dévoilé.Drôle d’histoire que ce journal.Conformément aux souhaits couchés sur papier testamentaire par Stella Sampas, la veuve de Jack, il ne devait pas faire son entrée dans le grand monde tant et aussi longtemps que Ginsberg et Burroughs seraient encore de ce monde.Les deux enterrés, le chat sorti du sac.Les magazines New Yorker et Atlantic Monthly achetèrent des extraits de ce journal que Kerouac commença en 1939 et qu’il poursuivit jusqu’à sa mort en 1969.Grâce à ces piles de feuilles noircies, du moins des extraits communiqués, on sait que les lascars de la Beat étaient humains, trop humains.Qu’ils n’étaient pas aussi copains comme cochons qu’ils l’avaient laissé croire de leur vivant.Surtout, on découvre un Kerouac plus passionné, voire habité de littérature, toutes les littératures, que son rôle central de la scène Beat le laissait supposer.Toujours est-il que la publication d’extraits par les deux magazines mentionnés fut suivie avec une telle attention que tout ce qui était ou faisait Beat redevint d’actualité.Dans la foulée, on publia des essais et des souvenirs à la pelle.Des livres du genre, «Souvenirs d’une femme de la Beat», «Mémoires du junkie qui roula les premiers pétards que Kerouac et ses jeunes copains consommèrent», «La Beat à la portée de tous», «Le Beat portable».Grâce à cela, les ombres qui oblitèrent ce qu’a été ce mouvement sont en train d’être gommées.Comme un écho à ce renouveau de la Beat, à sa pertinence, son éternelle actualité, à l’intérêt que suscite encore et toujours Kerouac, on vient de publier coup sur coup trois nouveaux ouvrage^: Dharma -Legrand inédit posthume par Jack Kerouac aux Éditions Fayard, Lettres choisies 1940-1956 de Kerouac aux Éditions Gallimard et Sur ma route de Carolyn Cassady aux Editions Denoël & D’ailleurs.Le Dharma est un ensemble de textes retraçant la quête spirituelle, la quête bouddhiste de Kerouac.L’intérêt des Lettres choisies réside dans le fait qu’elles dévoilent ou précisent les goûts littéraires de Kerouac.Quant à Sur ma route, il est un des meilleurs témoignages jamais écrits sur le mouvement vu de l’intérieur.VOIR PAGE D 2: KEROUAC Il y a trois ans, presque jour pour jour, Allen Ginsberg respira sa dernière bouffée d’air frais.Enfin, frais.On n’en a pas la moindre idée.De toute manière, l’état du temps au jour de la mort du bonhomme qui écrivit Howl, c’est juste bon pour les ¦ annalistes versés en humeurs atmosphériques.Quelques mois et des parcelles de| temps plus tard, William Burroi l’homme au physique d’agent d’assurances complètement décharné, déclara forfait.Cahier SPECIAL ¦Tombée publicitaire août 2000 • Parution août 2000- L e Devoir R n LITTERAIRE CLICHÉ RÉPÉIÉ À ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR L K 1) K V OIK.I.E S S A M EDI I 2 E T I) I M A V ( Il E I A A O T T 2 0 0 0 Livres KEROUAC Le Dharma n’est ni roman, ni poème, ni essai ou étude.C’est une longue prière SUITE DE LA PAGE D 1 Peut-être bien que toute la recherche entreprise par le biais du Dharma est contenu dans ces deux phrases: «Tout écrit qui n’est pas une façon de s’éclairer soi-même pourrira comme un corps», «Dénouer la langue du monde, c’est ce que je fais».Le Dharma n’est ni roman, ni poème, ni essai ou étude.C’est une longue prière.Une prière souvent confuse, une prière parfois exaltée.Une prière qui suit le cheminement bouddhiste que Kerouac entreprit en 1953.Qu’on se le dise, ce gros pavet de 420 pages qu’est le Dharma s’adresse aux amateurs maniaques de l’œuvre de Kerouac.Ce bouquin est aussi éloigné de Sur la route que l’est la musique de Massive Attack de celle de Charles Mingus.Chose certaine, il confirme la forte emprise que la ferveur catholique de Ga-brielle, Mémère, eut sur Jack.Ce livre est le livre d’un mystique.«Je ne peux, écrit-il, renoncer au monde complètement tant que je n’ai pas fini de servir ma mère, qui m’a mis au monde.Cela aussi, c’est le Tao.Si je ne lui survis pas au cours d’une vie zélée partagée entre l’enseignement-écriture dans la maison où elle se trouve et la retraite annuelle dans une hutte solitaire, alors cela signifie seulement que je dois, en tant que Bodhisattva, revenir pas-encore-parfait.» Bigre! Allô maman, bobo.Bon.Le Dharma est à bien des égards incompréhensible.Il est déjanté et absent de sens si ce n’est celui très personnel que Kerouac a cherché.Que comprendre, par exemple, à ceci: «La vieille dame à la télévision qui était surprise d’avoir gagné une Cadillac consciente de quelque Karma caché portant ses fruits d’une implantation précédente sur une autre entité.» Que comprendre?Rien.Lettres choisies.Ces lettres sont à l’évolution littéraire, voire esthétique, de Kerouac ce que le Dharma est à son évolution spirituelle.Elles permettent de découvrir un Kerouac très soucieux de ce que doit être le travail d’écrivain.Elles révèlent un Kerouac aux opinions bien arrêtées.Un Kerouac, enfin, qui cultive l’amitié.Il écrivait beaucoup aux copains et aux copines.Souvent sur le mode de l’admonestation.Au poète Philip Whalen, il écrivit, par exemple, «Arrête de perdre ton temps avec cette idiote de Gertrude Stein et cet autre idiot tout particulier, comment s’appelle-t-il, Miller ou Hemingway.Lis les vrais écrivains, lis Balzac, Han Shan, Shakespeare, Dostoïevski.Non, lis les grands écrivains, tiens-toi à Rabelais, tiens-toi à Homère, tiens-toi à Khayyam [.] et pour Tamour de Dieu jette-moi cette Gertrude Stein elle me fait gerber avec sa gentillesse de gouine qui dissimule tout ce venin.» Des trois livres proposés depuis peu, celui que signe Carolyn Cassa-dy est le plus susceptible de plaire aux simples amateurs de la Beat.Sans fioritures, sans emphase, sans prétention, Carolyn Cassady raconte sa vie en compagnie des uns et des autres.Surtout, elle nous permet de mieux saisir l’impact qu’avait sur les jeunes l’atmosphère d’un temps agité et, ce faisant, la soif de liberté qui les animait On suit les cascades littéraires de Jack et les cascades tout court de Neal Cassidy.Nous sommes les témoins de la sensibilité de Ginsberg et des coups tordus que ne cessait pas d’inventer Ken Kesey.On découvre que l’indifférence était le sentiment le plus partagé.Enfin, on connaît mieux la fin de Jack grâce à cette lettre que Ginsberg envoya à Carolyn.«Dans le cercueil Jack semblait avoir une grosse tête, des lèvres moroses, un point de calvitie au sommet du crâne et lissé jusqu’aux sourcils, les doigts ridés, les mains velues qui dépassent du veston pour tenir un chapelet, des masses de fleurs autour du cercueil, la ride familière en U sur le front, les yeux clos, la corpulence de l’âge mûr, il ressemblait à ce qu'était devenu son père au fil de décennies de rêve antérieures.» Amen! DHARMA Jack Kerouac Traduit de l’anglais et préfacé par Pierre Guglielmina Ed.Fayard Paris, 2000,420 pages LETTRES CHOISIES 1940-1956 Introduction de Ann Charters Traduit de l’anglais par Pjerre Guglielmina Ed.Gallimard Paris, 2000,540 pages SUR MA ROUTE Ma vie avec Neal Cassady, Jack Kerouac, Allen Ginsberg et les autres.Carolyn Cassady Traduit de l’anglais par Marianne Véron Ed.Denoël Paris, 2000,556 pages SurO'J mite HARMA GRC R< DUPEZ màud-Bray rfiiMWiifc—Partirait—— ) PALMARÈS ^ du 2 au 8 août 2000 1 JEUNESSE Harry Potter : volumes 1, 2 et 3 34 J.- K.Rowling Gallimard 2 DICTION.Le Petit Larousse illustré 2001 3 Collectif Larousse 3 ROMAN Fille du destin ?10 Isabel Allende Grasset 4 SPIRITU.L’art du bonheur * 75 Dalaï-Lama R.Laffont 5 ROMAN Et si c'était vrai.29 Marc Lévy R.Laffont 6 POLAR Soins intensifs 10 C.Brouillet courte échelle 7 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) » 48 Henriette Major Fides 8 ROMAN Le périple de Baldassare * 12 Amin Maalouf Grasset 9 B.D.Le petit Spirou n’ 9 - C'est pas de ton âge! 8 Tome & Janry Dupuis 10 POLAR Le testament 13 John Grisham R.Laffont 11 POLAR Prisonniers du temps 10 M.Crichton R.Laffont 12 ROMAN Avant de te dire adieu 10 M.Higgins Clarfc Albin Michel 13 ROMAN Q.L'autruche céleste 25 lléana Doclin Flammarion Q.14 ROMAN Véronika décide de mourir 18 Paulo Coelho Anne Carrière 15 ROMAN City 12 A.Baricco Albin Michel 16 CUISINE Sushi faciles 10 Collectif Marabout 17 ESSAI Q.Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France 24 André Lachance Libre Exprès.18 POÉSIE O.Erreur d'impression 8 Daniel Bélanger coronet liv 19 SEXUALITÉ Le pénis illustré « 20 Joseph Cohen Kônemann 20 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous » 145 1.Nazare-Aga L'Homme 21 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 44 P.J.D'Adamo du Roseau 22 DICTION.Le Nouveau Petit Robert I 4 Collectif Le Robert 23 ROMAN Maintenant et pour toujours 7 Danielle Steel Pr.de la Cité 24 PSYCHO.La guérison du coeur 27 Guy Corneau L'Homme 25 ROMAN Un parfum de cèdre * 47 A.-M.Macdonald Flammarion Q.26 PSYCHO.À chacun sa mission 37 Monbourquette Novalis 27 SANTÉ Le corps heureux 17 T.Cadrin-Petit L'Homme 28 POLAR Napoléon Pommier 8 San-Antonio Fleuve noir 29 POLAR La lune était noire 10 M.Connelly Seuil 30 ROMAN Balzac et la petite taiileuse chinoise * 25 Dai Sijie Gallimard 31 ROMAN Soie • 185 A.Baricco Albin Michel 32 HORREUR Hannibal * 29 Thomas Harris Albin Michel 33 ESSAI Q.Marcel Tessier raconte.21 Marcel Tessier L'Homme 34 ROMAN Bridget Jones : l'âge de raison 8 Helen Fielding Albin Michel 35 CUISINE Les pinardises : recettes & propos culinaires « 299 Daniel Pinard Boréal 36 POLAR La ville de glace * 24 John Farrow Grasset 37 ROMAN Le bonheur en Provence » 17 Peter Mayle Nil 38 ROMAN Harry Potter and the Goblet of Fire ''^Version française disponible dès octobrtu> 5 J.- K.Rowling Bloomsbury 39 CYCLISME Il n'y a pas que le vélo dans la vie 7 L.Armstrong Albin Michel 40 ROMAN Q.Carnets de naufrage * 24 G.Vigneault Boréal Livres -format ooche 1 ROMAN Geisha « 13 Arthur Golden Livre de poche 2 ROMAN L'alchimiste 234 Paulo Coelho J'ai lu 3 B.D.DragonBall n" 41 9 Akira Torlyama Glénat 4 ROMAN Le journal de Bridget Jones * 25 Helen Fielding J'ai lu 5 SPIRITU.Conversations avec Dieu, tome 1 * 6 Neale D.Watech J'ai lu V : Coup» de coeur RB ¦¦¦ : I*1® semaine sur notre Mste ^ NOMBRE I) DEPUIS LEl H SEMAINES !R PARUTION La fille de Longfellow LES VISAGES D’ÉVANGÉLINE.DU POÈME AU MYTHE Robert Viau Éditions MNH Québec, 2000,190 pages BENOÎT LACROIX L> historien Robert Viau, prix ' France-Acadie 1998 avec Les Grands Dérangements, a aussi publié, plusieurs mois après, Les Visages d’Evangéline.Du poème au mythe.Un texte généreux, documenté, une bibliographie de plus de 300 titres.De toute évidence, ce texte s’adresse à ceux et à celles qui sont prêts à relativiser leurs premières conclusions, quitte même à modifier leur perspective de l’histoire acadienne.Ce qui ne va pas toujours de soi, paraît-il.Serait-il utile de relire Les Abus de la mémoire de Tzve-tanTodorov (Paris, Seuil, 1998)?Quoi qu’il en soit, Évangéline n’est plus prisonnière de notre mémoire.Elle voyage d’un pays à l’autre, elle est déjà, 14 fois, sur des sites Internet; elle fut en ces derniers temps l’objet ou plutôt le sujet d’.un drame musical.Étonnante Évangéline! Cette grande sœur aînée doit sa première for- tune littéraire à un poème désormais célèbre, Évangéline de Longfellow (1847).Un Américain de Nouvelle-Angleterre, professeur à Harvard.et jamais déporté à ce que l’on en sait.Peut-être le temps est-il venu de se mettre en route avec Evan-géline.Nous voulons dire qu’il serait intéressant et approprié que certains historiens en collaboration avec les sociologues ouverts aux changements de perspectives étudient les diverses fonctions tout aussi bien que les allées et venues de la mémoire canadienne-française, depuis 1755 et surtout depuis 1760, jusqu’à nos jours.Il semble acquis que la mémoire acadienne soit d’un autre style que la mémoire québécoise.Moins hargneuse en tout cas, mais aussi entêtée.Plus romantique?Sûrement.Trop soumise?C’est à voir.Un fait demeure: la mémoire acadienne respire, comme Evangéline, le grand air, la mer, l’espace.Les Acadiens forcément se soumettent.Peut-être plus officiellement que nous, mais ils gardent leur sang-froid et se montrent par là même, et à mesure que le temps avance, plus nobles certes que leurs bourreaux (!).lœs Québé- cois seront-ils d’éternels insoumis?Le Refus global (1948) et, depuis, nos façons de rejeter notre passé tout en favorisant le patrimoine et ses subventions, sont-ils purification ou abus de mémoire?L’étude sérieuse de Robert Viau et ses références accumulées mériteraient un colloque sérieux sur les mythes comparés des Canadiens français et des Québécois.La conclusion de notre auteur est un appel discret mais insistant à réviser les divers cheminements de nos souvenirs, à en faire le bilan, à les comparer au besoin.Comment se crée un mythe et comment survit-il?Le plus récent, celui de Maurice Richard, n’exprime-t-il pas assez déjà la générosité d’un peuple affamé de victoire?C’est à suivre, je vous assure.Pour notre part, nous estimons que la conclusion du livre de Robert Viau, travailleur discret s’il en est un et à l’abri de nos petites rivalités, mérite d’être citée.Et ce, parce que cet historien est assez adulte pour ne pas s’affilier à l’avance à une école de pensée en quête de notoriété ou tout simplement révisionniste par principe plutôt que par connaissance des textes.De nos jours, il reste peu de «héros» dont les comportements ou les valeurs peuvent rallier une majorité d’admirateurs, soit qu’on ne s’y reconnaît plus, soit qu’on ne s’identifie plus aux valeurs qu’ils représentent.L’auréole des héros résiste mal à la loupe grossissante des historiens et des révisionnistes, et aux engouements de la mode.Le doute s’installe et la polémique déboulonne ces héros tirés du passé en tant qu’outils de cohésion sociale.Il semblerait donc que ce genre de personnage ait fait son temps.Cependant, si le personnage d’Évangéline n’est plus proposé comme un modèle à imiter, si Évangéline n’est plus considérée comme l’héroïne acadienne par excellence, le poème de longfellow n’a pas perdu de son charme.Cette œuvre interpelle les lectures dans ce quelles ont de plus précieux et de plus intime: leur croyance en la transcendance de l’amour.Tant que les nouvelles générations de lecteurs seront émues par des récits où l’éloignement et la mort ne peuvent détruire l’amour, elleç s’intéresseront à Evangéline.Évangéline n’a pas fini ses pérégrinations.ÉVANGÉLINE La poésie a toujours été le genre le plus prisé SUITE DE LA PAGE I) 1 Herménégilde Chiasson «dénonce à peu près tout ce qui est en rapport avec l’Acadie traditionnelle».Gérald Leblanc, quant à lui, présente une Acadie franchement urbaine.Dans sa Géographie de la nuit rouge, c’est toute l’américani-té de l’Acadie qui transparaît, avec l’influence culturelle, la contre-culture, les références musicales, etc.Bref, tout ce qui relève de l’Acadie plus traditionnelle est mis au rancart.Et puis dans le courant des années 90, l’héritage acadien transparaît de nouveau, mais sous un nouveau jour.Plus subtil, commente Raoul Boudreau, professeur au département d’études françaises de l'université de Moncton.Au premier abord, à part chez certains, rien ne permet de deviner qu’il s'agit d'auteurs provenant de ce petit bout de pays.«Mais cela revient sous une autre forme.Ce n’est pas direct et explicite, c’est plus symbolique», affirme-t-il.Ainsi, France Daigle, qui a publié récemment son Pas Pire, roman post moderne, où se succèdent les retours sur le récit et les liens entre divers textes, présente une œuvre où s’entremêlent autobiographie et fiction.L'héroïne, alterego de l’auteur, fait un voyage à Paris, où elle souffre d’agoraphobie.Selon Raoul Bou-dreau: «c’est l'envinmnement qui est considéré comme hostile.Or cela peut être interprété comme la situation de tous les Acadiens».S’il faut aller chercher l’Acadie chez certains, d’autres l’affichent comme jamais auparavant.Jean Babineau a publié dernièrement deux œuvres en chiac, cette unique «parlure des Acadiens»: Bloupe et Gîte.Le français, l’anglais et le chiac s’y entremêlent, pour donner un résultat haut en couleur, révélant toute la musicalité de ce dialecte acadien.Les années 90 ont aussi connu d’autres auteurs, inclassables ceux-là.«Il n’y a pas vraiment de tendances, comme il y a peu d’écrivains, il y a surtout des individus», explique Raoul Boudreau.Il mentionne Ulysse landry, qui relance des thèmes chers aux années 70, l’anticapitalisme et l’écologisme notamment, ou encore Gratia Couturier, avec L’Antichambre, ou Je regardais Rebecca, auteur très moderne, mettant en scène des sujets d’actualité (le cancer, la fé condation in vitro), par le biais de mises en abyme multiples, rendant «la lecture très difficile».Fit puis tout dernièrement, à la tin des années 90 et au début de l'année 2000, une nouvelle géné ration de jeunes écrivains est née, essentiellement poètes, reflétant la tradition profondément orale de la culture acadienne.«Im poésie a toujours été le genre le plus prisé, là où l’on publie le plus en Acadie.C’est aussi souvent le cas de jeunes auteurs, |qui choisissent la poésie], à cause de l'urgence de leur message.Le roman demande une plus grande maîtrise de la littérature», explique Raoul Boudreau.Il cite différents noms: Flric Cormier, qui vient de faire une tournée en France, Mathieu Gallant, et Christian Roy, affichant tous trois un ton très emporté.«Ils bousculent un peu tout, il y a un refus, une opposition au monde, aux normes».Hors de Montréal, point de salut?Ces trois écrivains se sont fait connaître dans leur milieu, mais combien encore tentent de percer?La publication n’est pas une chose facile en Acadie.Pour beaucoup, hors de Montréal, point de salut.Antonine Maillet, Jacques Savoie, et d’autres l’ont bien compris.«Si on est à Moncton où ailleurs, on n’est pas là où ça compte», commente Henri-Dominique Paratte.Et pour cause: le milieu du livre y compte peu d’institutions, et quand elles existent, elles sont fragiles.Les Eklitions de l'Acadie, celles-là mêmes qui ont fait connaître les premiers auteurs en Acadie, seraient, selon toutes les personnes interrogées, au bord de la faillite.Le magazine littéraire Vent d'est a cessé de paraître en avril dernier.Alors qù publier?Il existe bien sûr les Éditions Perce-neige à Moncton, qui aiment prendre des risques et pubjier de jeunes auteurs.Et les Editions du Grand Pré, en Nouvelle-Ecosse.C’est peu.Le verdict d’Henri-Dominique Paratte est sévère: «si on publie, on est dans un grand vide ici.À part un petit cercle de fanatiques.».Et le ressentiment, face aux auteurs qui réussissent à se faire connaître à l’extérieur de l’Acadie, reste tenace.Malgré tout, Raoul Boudreau demeure confiant.Il voit une litté rature tout à fait originale en train de naître.«Nous allons vers la constitution d'une littérature véritablement propre à elle», affirme-t-il.Propre à elle par son style: «il y a une distance face aux normes littéraires.On a beaucoup de romans qui ne ressemblent en rien aux romans auxquels on s'attend».Tout en se réclamant d’une fonction qui, si elle n’est unique à la littérature acadienne, prend là une dimension qui lui est propre: «la littérature pose les questions avant que d’autres ne les posent.Elle pose des questions, exprime des situations, comme la coexistence entre deux langues ].].Si la littérature arrive à nous faire prendre conscience de situations dont on n ’a pas encore conscience, je pense quelle joue son rôle».L’homme qui observe l’évolution de la littérature acadienne depuis plus de vingt ans a noté une nette transformation, les textes devenant de plus en plus riches.Bien sûr, il faudra encore plusieurs années avant de voir l’ensemble des œuvres acadiennes sur les rayons des librairies québécoises.Paris ne s’est pas fait en un jour, et la littérature acadienne est encore jeune.?* r ! 4 L K I) E V H I H .L E S S A M EDI 12 E I I) I M A \ ( Il E I 3 A (I I T 2 0 O 0 i) L i v r i: s ^ ROMAN QUÉBÉCOIS La mort en face OMAN Mario Cyr CE N’El MP SAMED119 AOÛT 16 h Conférence-rencontre avec Françoise Sullivan 17h à 18h Performance - danse contemporaine Le* Productions Château-Buté Nkv*> Pellnrtn al Mfwin Veillefte JEUDI 24 ET VENDREDI 25 AOÛT Colloque «Faire oeuvre : Le fil de la métis» sous la présidence d'honneur de René Passeron SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 SEPTEMBRE Forum « Le Symposium, un événement en perspectives et en prospectives » PEINTURE MÉTIS UN ÉVÉNEMENT RENDU POSSIBLE GRACE À e partenaire principal commandite par 1 e Centre d o*» es! subventionne par 11.rue Forget (418) 435-3681 www.ava.qc.ca/symposium2000 É I, K I) K V 0 I K .LES S A M K I) I 12 ET Ül M A X LME I 3 A 0 C T 2 0 « 0 I) S =-?LE DEVOIR ?JARDINS Arbres honnis Certaines municipalités ont interdit la plantation des vigoureux saules, peupliers et érables argentés sur leur territoire » if PHOTOS JACQUES GRENIER LE DEVOIR Les arbres hors la loi, le saule en fait partie, ne sont pas si destructeurs qu’on le croit, T- », - 4 4-J* a 4%-S,'! îfc, .I WA.ZH ifX k '•mm ‘Jl La fortune des arbres, comme celle des hommes, connaît d’étonnants revirements.Tel était adulé qui aujourd’hui est honni.À un autre, on ne trouvait que des qualités faute d’en connaître les travers.Ainsi, l’érable argenté qu’on estimait pour sa croissance rapide et son feuillage découpé est banni de municipalités sous prétexte de racines envahissantes.Pour les mêmes raisons, le saule pleureur au port gracieusement mélancolique est devenu un indésirable planté par les seuls fous et poètes.Et l’érable de Norvège si abondamment planté se révèle moins policé qu’on ne le croyait.Ni tout à fait bons ni complètement mauvais, qu’en est-il de ces arbres?LM érable argenté, les ~ saules et les peupliers sont arbres de terrains humides aux vigoureuses racines superficielles.Quand les racines de ces arbres assoiffés viennent à proximité de tuyaux d’égout ou d’eau potable endommagés et qui fuient, elles peuvent s’y introduire par une fissure déjà existante et obstruer les tuyaux, explique Suzanne Gourvil, ingénieur forestier à la Mai-* * * son de l’arbre du Jardin botanique de Montréal.En fait, toute racine peut obstruer des tuyaux.Celles d’arbres à croissance rapide les obstruent plus rapidement, tout simplement.Certaines municipalités ont donc interdit la plantation des vigoureux saules, peupliers et érables argentés sur leur territoire.La Ville de Montréal, elle, se contente de déconseiller la plantation de certaines essences, dont les saules et les peupliers, mais utilise encore des érables argentés dans certains parcs, mentionne Suzanne Gourvil.Danielle Da ffe nui s Accusés à tort On a aussi accusé les érables argentés de nos villes d’avoir asséché certains sols glaiseux faisant craqueler les fondations des bâtiments.On sait qu’un sol argileux se contracte en séchant et s’affaisse.Là encore, Suzanne Gourvil vient à la défense de l'arbre mal aimé.En fait, c’est plutôt le drainage des sols exigé par la construction de rues et de trottoirs, entre autres, qui a asséché le sol au fil des ans.Quant aux allégations de racines puissantes forçant les fondations de nos maisons, cela relèverait aussi de la fabulation la plus paranoïaque.Tout au plus ces racines pourraient-elles agrandir — et encore — des fissures déjà existantes.Bois faible En dernier lieu, tous ces arbres hors la loi partagent l’insigne qualité et l’énorme défaut d’une croissance rapide et donc d’un bois faible.Pas plus ni moins faible que l’érable à Gi-guère {Acer negundo), remarque cependant Suzanne Gourvil, arbre qui pousse où bon lui semble et en toute légalité.Quant à la résistance au verglas, faut-il rappeler combien d’arbres à bois dur (l’érable à sucre par exemple) en sont sortis ébran-chés?Ces arbres honnis ne sont donc pas si destructeurs qu’on le croit.Plantation en toute sécurité En fait, érable argenté ou pas, tout arbre à grand développement devrait être planté à plus de trois mètres de la maison pour garder la cime bien à distance du toit tout autant que les racines à distance des fondations.Dommage, le mignon petit marronnier d’Inde né du marron qu’un écureuil a enfoui contre la fondation de votre maison devra être déplacé.Tout comme le hêtre dont une faine a germé sous la marche d’escalier et qui déjà touche à la fenêtre.Si vous replantez ces arbres cadeaux du ciel ou des écureuils, sachez que vous obtiendrez une progéniture inattendue et différente de la variété mère.Ainsi va la génétique.Par exemple, il y a fort à parier qu’un févier germant dans votre compost aura les longues épines de son espèce bien que l’arbre mère ait été inerme, explique Isabelle Duchesne de l’Institut québécois de développement de l’horticulture ornementale.D’ailleurs, les variétés de nos arbres ornementaux sont multipliées par greffage et non par semis.Tout ceci explique que les multiples rejetons de votre érable de Norvège Crimson King ou Drummondii présentent un feuillage platement vert.Drakkar contre canot Parlons-en d’ailleurs de ce prolifique semeur d’érable de Norvège.Que ses samares germent à tort et à travers de la haie et des plates-bandes passe encore, mais quand sa progéniture envahit les secteurs de régénération de forêt comme celle du mont Saint-Bruno, c’est plus inquiétant.D’ailleurs, l’érable de Norvège est considéré comme une plante envahissante a,u Canada et dans de nombreux Etats américains du Nord-Est — Maine et Massachusetts, entre autres — de même que par la Ville de Montréal.Cette dernière recommande tout simplement de ne pas en planter.Modérons donc notre enthousiasme pour cet arbre importun.La perfection, constatons-le encore une fois, n’est pas de ce monde.Tant mieux.Le peuplier On a aussi accusé les érables argentés, avec ou sans nid de guêpes, d’avoir asséché certains sols glaiseux faisant craqueler les fondations des bâtiments.à > a * 4.v.f * a Que faire cette semaine?¦ Érable argenté: Suzanne Gourvil aime bien la variété Weiri au port pleureur, aux feuilles très découpées et aux revers d’argent, bien sûr pour vastes espaces.¦ A l’érable de Norvège, préférez l’érable rouge: notre ingénieur forestier a un faible pour le Morgan (de l’Arboretum Morgan du même nom à Sainte-Anne-de-Bellevue).L’érable Morgan conserve un tronc unique tout au long de sa croissance et rougit bellement à l’automne.¦ Pour info sur les plantes envahissantes du Canada, tapez à tout hasard http://www.cws-scf.ec.gc.ca/habitat: peut-être le serveur daigpera-t-il vous répondre.Pour les États-Unis, http://www.Js.fed.us/r9/weed\ vous ne pouvez pas vous trompez.¦ Récolte des graines.Récoltez sans hésiter les graines d’espèces ou de variétés non hybrides dont les fruits sont maintenant secs: ancolie du Canada, certains géraniums vivaces, cosmos, etc.Pour les ressemer où bon vous semble.¦ Faites emplettes d’un joli cahier solidement relié pour y consigner vos notes de jardin: les achillées Terra cotta qui détonnent contre les Salmon Queen, la plate-bande qui aspire à plus de verticale, les vieux rosiers qu’il faudra dégager de la haie.Vous y collerez les photos de votre jardin à toutes époques de la saison et des illustrations de magazine pour l’inspiration et les longues soirées d’hiver.Joliment présenté, Le Bloc-notes du jardinier de Noël Kingsbury en serait la version de luxe à donner aux amis jardiniers en panne d’idées.Mais attention, les indications de cultüre se réfèrent à un climat plus doux que le nôtre et les diktats de l’auteur en matière de goût agaceront peut-être les esprits plus libres (Gründ, 2000,28 $).» I
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