Le devoir, 5 août 2000, Cahier C
L K I) K V 01 R .LES S A M E I) 1 5 E T I) 1 M A X < Il E « A 0 I' T 2 0 0 0 - LE DEVOIR ?PH LE PARI DE LA LITTÉRATURE il 1 U Place au Festiva (D FRAN COFOLIES Page C 6 UN LIEU, UN CRÉATEUR: Momentum Page C 3 Le festival de Trois fête son dixième anniversaire et enterre la revue du même nom.FORMES CAROLINE MONTPETIT Des objets pour tous Page C 8 Cinéma Page C 4 Disques Page C 5 Fort bien portant le Festival de Trois invite à la lecture en faisant appel aux arts de la scène.Tour à tour, des comédiens prêteront leurs corps et leurs voix aux textes littéraires, soigneusement choisis par Béatrice Picard, directrice artistique de l’événement depuis cinq ans.Des textes poétiques et dramatiques, littéraires et analytiques, célébrant le mot et ses auteurs, à Laval, boulevard de la Concorde, chaque lundi du mois d’août.«// s’agit défaire connaître l’art de la parole sous toutes ses formes», dit Béatrice Picard.Rappelons quand même qu’au départ, le festival servait à mettre en valeur la revue du même nom, à laquelle il surrit désormais.C’était en 1990.Trois projets avaient successivement vu le Lundi prochain, le 7, le comédien Aubert Pallascio se promènera sur les mots d’Alessandro Barrico comme sur les notes d’un piano, à travers la nouvelle Novecente, pianiste, écrit par Barrico et traduite de l’italien en 1999.La lecture de ce texte, qui met en scène un pianiste et un trompettiste rivant sur un bateau circulant entre l’Europe et l’Amérique, sera accompagnée de Charles Papasoff au saxophone et de Jean Beaudet au piano.Conçue initialement pour le théâtre, cette œuvre se prête tout à fait aux spectacles littéraires que présentent le Festival de Trois.L’auteur lui-même, dans le préambule de l’édition Mille et Une Nuits du texte, l’a commentée en ces termes: «À voir [cette nouvelle] maintenant sous forme de livre, j’ai plutôt l'impression d'un texte qui serait à mi-chemin entre une vraie mise en scène et une histoire à lire à voix haute.Je ne crois pas qu’il y ait un nom pour les textes de ce genre.Peu importe.[.] J'aime bien l'idée que quelqu’un la lira.» VOIR PAGE C 2: TROIS jour: une revue, une maison d’édition, un festival; trois idées qu’Anne-Marie Alonzo a menées à terme, successivement, avec son équipe; trois sources littéraires auxquelles pouvaient s’abreuver les lecteurs du Québec.Il n’en reste plus que deux, la revue Trois ayant rendu l’âme cette année.Place aujourd’hui au Festival de Trois, qui se déroule depuis lundi dernier à la Maison des Arts de Laval, et à la maison d’édition du même nom. I K I» K V (MR.I K S S A M K I) I .'» E T I) I M A N ( Il K li A 0 V T 2 O ü 0 C 2 TROIS rencontre de Madeleine Perron SUITE DE LA PAGE C 1 Portraits d’auteur Comme d’habitude, la dernière soirée du Festival, à la fin du mois, s’attardera à la découverte d’un auteur en particulier, le festival présentant non seulement des spectacles de littérature, mais aussi sur la littérature.Le 28 août, le public plongera dans l’univers de Madeleine Perron, sœur cadette de Jacques du même nom, d’ailleurs moins connue que lui.A l’aide d’extraits de ses nouvelles et de ses romans, mais aussi de la correspondance qu’elle a échangée avec son frère, qui l’a encouragée à écrire dès l’adolescence, le public est invité à découvrir «les profondeurs inconnues» de cette écrivaine québécoise, croquée à différentes époques de sa vie.Le texte du programme du Festival la présente ainsi comme un personnage «riche en émotions et ivre de sensualités interdites», qui a publié sur le tard.Entre ces deux spectacles, le Festival de Trois, fidèle à son orientation résolument poétique, propose deux soirées de poésie, l’une mettant en espace Bien à moi, de Marie Savard, l’éveil d’une femme dans la quarantaine, sorte à’«enterrement d'une femme mariée», et L’Amour de Marti, de Madeleine Gagnon, qui rappelle la guerre du Kosovo.La suivante se consacre à un des premiers textes d’Anne-Marie Alonzo, Geste, cri d'angoisse d’une femme qui ne peut plus bouger, accompagné du violoncelle de Claude Lamothe.FESTIVAL DE TROIS Alessandro Barricco L’idée du Festival de Trois est d’ailleurs venue à Anne-Marie Alonzo, il y a dk ans, alors qu’elle sortait de l’hôpital.«C’était l’été, il faisait beau», se souvient-elle, et la ville de Laval, où elle habite, lui semblait bien pauvre en événements littéraires, «une banlieue où les gens s’intéressaient plus aux sports comme le golf».A l'aide du soutien de sa mère, Anne-Marie Alonzo obtient la cour intérieure de la Maison des Arts, pour présenter des spectacles de littérature.Plutôt qu’une nuit de la poésie, l’équipe, qui comptait bien des contacts dans le milieu artistique, voulait offrir une série de lectures, de différents genres littéraires et faire, d’abord et avant tout, connaître différents écrivains au grand public.Le tout visait à donner le goût de la lecture, à dévoiler un pan d’un auteur, à piquer la curiosité du spectateur.FESTIVAL PE TROIS Béatrice Picard Ce dernier ne s’est pas fait prier, et la petite agora a eu tôt fait d’être pleine.Aujourd’hui, c’est dans la salle de spectacles que se tient le festival de Trois.Et en fait, l’événement marche si bien qu’Anne-Marie Alonzo s'est déjà épuisée à la tâche.Au début, raconte-t-elle, le public n’était pas lavallois, et les gens venaient principalement de l’extérieur pour assister aux soirées.Mais aujourd’hui, l’intérêt local s’est accru.Et la fondatrice se réjouit d’avoir réussi à attirer les habitants de cette banlieue.Dans sa formule initiale, le festival prévoyait la présence d'un auteur sur scène, et la première année mettait notamment en scène Marie-Claire Blais et Andrée Lachapelle.Aujourd’hui, sous la direction artistique de Béatrice Picard, ce sont les comédiens qui occupent la scène.On choisira des comédiens très connus pour mettre en valeur des textes plus obscurs, et, à l’inverse, des comédiens moins connus pour donner vie à des pièces célèbres.Cette année, le Festival a consacré sa première soirée, soit celle de lundi dernier, à des sortes de funérailles pour la revue Trois, revue littéraire et d’érudition, qui a fermé ses portes cet hiver, faute d argent.Les revues culturelles ont une vie difficile au Québec, souligne Anne-Marie Alonzo.Sous le titre Les Baroudeuses récidivent, le spectacle de lundi proposait un choix de textes parus au cours des quinze années d’existence de cette revue.France Castel, Françoise Faucher, Nathalie Gadouas, Andrée Lachapelle, Béatrice Picard, Marcel Pomerlo et Monique Richard ont donc prêté leurs vok à ces textes, choisis par Béatrice Picard.Les styles y étaient divers, rendant ainsi hommage à la variété offerte par la défunte revue.Bien sûr, il y avait de la poésie, des extraits de prose, mais aussi quelques textes analytiques, de réflexion, des méditations, des critiques.Béatrice Picard affirme les avoir choisis parce qu’elle les aimait, bien sûr, mais aussi pour leur théâtralité.«Im revue Trois se définissait comme une revue d’art qui abordait différents sujets», dit Béatrice Picard.Pour les fins du spectacle, des chansons ont aussi été présentées, accompagnées de Nadine Turbide au piano.Le choix a été difficile, admet Mme Picard, qui aurait aimé, telle Schéhérazade, pouvoir monter un spectacle pendant mille et un soirs, pour tenir le public en haleine.Affaire de femmes, le Festival de Trois, disent certains.Pas exclusivement, répondent successivement Anne-Marie Alonzo et Béatrice Picard.En fait, chaque édition du festival compte son lot d’hommes participants.La soirée Barrico de cette année est majoritairement masculine.Mais il est vrai qu’à qualité égale, on essaie de privilégier sur cette scène la parole des femmes, qui ne sont pas choyées, dit Mme Alonzo, dans les théâtres du Québec.«Les théâtres traditionnels comptent majoritairement des hommes comme auteurs, ajoute-t-elle.[.] FESTIVAL DE TROIS Madeleine Gagnon Le règne des femmes est dépassé depuis longtemps.» A Trois, on ne se prive pas de plumes masculines pour autant.L’an dernier, le festival tendait son micro aux auteurs d’Europe de l'Est, dont la participation était essentiellement masculine.On a aussi jadis largement célébré les poètes maudits, pour la plupart masculins.Béatrice Picard ajoute qu’el-le évite d’avoir des éditions toutes masculines ou toutes féminines.Il s’agit d’arriver à un juste partage de la scène.FESTIVAL DE TROIS les 7,14,21 et 28 août, à 20h Maison des Arts de Laval, 1395, boul.de la Concorde Renseignements: (450) 6634028 FESTIVAL DE TROIS Marie Savard VIE CULTURELLE Un théâtre citoyen Wajdi Mouawad engage le Théâtre de QuafSous dans la voie de la conscience politique SILVIA GA LIP EAU LE DEVOIR Le théâtre est un citoyen dans la cité.Il connaît des prises de conscience.Tout comme un citoyen peut avoir des prises de conscience.«Je ne changerai pas parce que je suis directeur de théâtre.A titre de directeur, le théâtre devient un peu moi [le citoyen que je suis].C’est la beauté du geste.» Qui pourrait prononcer de telles paroles?Qui d'autre que notre créateur rebelle national, Wajdi Mouawad?Ce dernier est à la direction du Théâtre de Quat’Sous depuis janvier dernier.Certains diront qu’il n'avait pas fait parler de lui depuis un moment.Plus précisément, depuis sa dernière sortie en règle et haute en couleur à l’automne dernier, contre le système des commandites dans les théâtres.Mais cette fois, c’est lui qu’on est venu chercher.Cette année marque le 10e anniversaire des sanctions économiques occidentales contre l’Irak.A Montréal, le groupe Objection de conscience, qui ne voulait pas passer l’événement sous silence, a approché Wajdi Mouawad dans le but d’organiser un événement de commémoration et de solidarité avec le peuple irakien, victime malgré lui des sanctions.Le plus naturellement du monde, Wajdi Mouawad a donc accepté d’ouvrir son théâtre, pour une veillée (ce soir, samedi, à 22 heures) de musique, poésies, chansons et discours, faisant appel à la collaboration d’artistes arabes, francophones et anglophones, mobilisés autour d’une même cause.Pour Wajdi Mouawad, cela allait de soi.Comment aurait-il pu faire autrement?«Le rôle du F ESTIVAL DE Au cœur des mots TROIS Place à la littérature 10’ ÉDITION Tous les lundis du 31 juillet au 28 août 2000 Lundi 7 août Novecento: pianists d’Alessandro Baricco Avec Aubert Pallascio Saxophone: Charles Papasoff et piano: Jean Beaudet Mise en lecture de Béatrice Picard Lundi 14 août Bien à moi de Marie Savard Avec Marie-France Marcotte L’amour de Mati de Madeleine Gagnon Avec Cari Béchard, Nathalie Gascon et Dominique Lamy Mise en lecture de Martine Beaulne Lundi 21 août Geste d’Anne-Marie Alonzo Avec Sophie Faucher, Catherine Bégin et la voix de Monique Richard.Mise en lecture de France Castel Lundi 28 août Madeleine Perron, femme-avant et après la lettre Avec Benoît Gouin et Brigitte Paquette Adaptation et montage de Lucie Joubert Mise en lecture de Lorraine Pintal Maison des Arts de Laval Prix régulier: 19 î Prix étudiants ét aînés: 17 $ (taxes incluses) Série abonnement 5 soirées : 25 % de réduction Billets en vente I Réservations Maison des Arts de laval (450) 667-2040 Réseau Admission (514) 790-1245 Tous les spectacles sont à 20h00 1395, boul.de la Concorde ouest, Laval (Qc) Métro Henri-Bourassa, autobus 35 ou 37 MAISON DES ARTS DE LAVAI [• IS-H! Rh.kivm >i •.i 11 *«n m» iuVilL CO'.Sf» Dfs wsn NilETWI nuouïocc théâtre, le rôle de l’artiste, c’est d’être dam son monde.Le premier rôle du théâtre est de raconter des histoires, mais c’est aussi de prendre part aux différents courants», explique-t-il en entrevue téléphonique.Bref, il s’agit de «faire du théâtre un citoyen dans la ville».Ce n’est pas la première fois que Mouawad prend publiquement de telles positions politiques.On l’a dit: il a déjà lancé la pierre à la commercialisation grandissante de l’art.Libanais d'origine, immigrant forcé de surcroît, il a aussi refusé il y a deux ans de participer à un festival de théâtre à Beyrouth, pour protester, à sa manière, contre la mise sous tutelle de son pays d’origine par la Syrie.Cependant, c’est la première fois qu'il prend position cette fois non plus à titre personnel, mais dans un théâtre, dans le théâtre dont on lui a confié la direction.«Là, j’engage aussi une équipe, un lieu.[,.| Il est important qu’un théâtre s’ouvre aussi à un discours.Ce n’est pas n’importe quoi, c'est un discours qui touche la direction artistique.[.] C’est une prise de position.Nous disons: nous aussi, au Théâtre de Quat’Sous, nous nous interrogeons sur le bien-fondé des sanctions.» Ce pourrait bien être la première d’une série d’autres manifestations du genre.Il n’est pas contre.Il est même plutôt pour.«Si les causes se présentent.Cela dépendra de ce qui va être soulevé.» Qu’on ne se méprenne pas: il ne s’agit pas là d’une politisation de l’art et des artistes.En fait, l'art est déjà, par essence, politique, affirme Mouawad.«Toutes ces questions sont le fait aussi des arts.[.] De toute façon, faire du théâtre, monter sur une scène, ça ne peut être que politique.» Comment cela?«Pourquoi raconte-t-on une histoire?Parce qu’on a besoin, ensemble, de trouver un sens à nos dénominateurs communs, qui sont la mort, l’amour, le bonheur, le bien et le mal.Ix théâtre est un lieu où on met en scène ces dénominateurs communs.Et ces dénominateurs communs sont profondément influencés par les choix politiques de nos dirigeants.Il n’y a qu’à regarder la question référendaire, elle est bourrée de dénominateurs communs.» Ce qui rejoint la prise de position politique et la création, c’est la révolte, poursuit-il.Dire non, sur une place publique ou sur une scène, cela revient toujours à dire-non.Tout comme les militants manifestent leur révolte sur la place publique contre les sanctions imposées à l’Irak, «le théâtre est un lieu où l’on dit que les choses ne vont pas bien.Si les choses étaient parfaites, il n’y aurait plus de nécessité à l’art.Il est impossible de créer et de se conformer.Créer, c’est se révolter.Au point de départ, il y a un: non!» Pourtant, ce ne sont pas tous les artistes qui se révoltent ainsi publiquement, en prenant position contre diverses formes d’injustice autour d’eux.Wajdi Mouawad lui-même, de son propre aveu, et tout Don Quichotte qu’il en ait l’air, se sent parfois dépassé par les événements.«Je me souviens, pendant la guerre du Kosovo en mars 1999, on était à deux mois du Festival des Amériques.Je me disais: merde, le pays est en guerre ! Mais la situation politique n’influençait absolument pas les œuvres que l’on était en train de créer.H n ’y avait aucune conscience.1.] On [était] tous dans le même bain.» Pourtant, il s’interroge: «comment peut-on participer à une culture si on sait que cette culture commet des actes injustes?» I.a question mérite réflexion.Wajdi Mouawad, malgré ses airs de jeune rebelle, n’a rien d’un impulsif.Ce n’est qu’après un long silence, ponctué de quelques soupirs de réflexion, qu’il poursuit: «une situation politique comme celle-là peut plonger quelqu’un qui en prend connaissance dans deux formes d'états: un sentiment de profonde culpabilité ou alors d’indifférence».La culpabilité s’exprime par plusieurs questions: qu’est-ce que je peux faire?comment?etc.L'indifférence, quant à elle, témoigne de la solitude dans laquelle vivent trop de gens.Mais pour Wajdi Mouawad, il existe une façon d’échapper à ces deux options: «c’est de témoigner que nous sommes au courant [.], c’est d’engager nos idées et de prendre des positions pour ne serait-ce que discuter».Du coup, de lutter contre la solitude.«C’est là l’importance de prendre position.Cela démontre qu’on est là, qu’on est en vie.» Telle est précisément la voie qu’il a choisie.SOIRÉE DE SOLIDARITÉ AVEC LTRAK Théâtre de Quat’Sous, 100, Avenue des Pins Est, Montréal le samedi 5 août, 22h.S i h lin marché irakien h l'approche des fêtes soulignant la fin du mois du Ramadan.KKUTKRS LE I) E V 0 I K .LES S A M E I) I 5 ET I) I M A N ( Il E ti A 0 C T 2 0 II 0 ?C 3 ?—-—-—- UN LIEU, UN CRÉATEUR Rendez-vous après l’Apocalypse Musique, peinture, danse, littérature, théâtre: sans lieu qui permette à l esprit créateur de s'épanouir, ces mots demeurent des catégories, sans doute commodes pour le classement mais qui attendent d'être habités par les œuvres.Celles-ci ne tardent pas à venir tant le génie du lieu renvoie aussi à ce que deux ou trois Grecs rêveurs ont appelé l'inspiration.Depuis le début de l'été, nous vous invitons à entrer dans les coulisses de la création en visitant l atelier, la chambre, le loft ou le studio de quelques artistes du Québec choisis dans différentes disciplines.Soyons modernes: ces lieux sont éclatés, tout à la fois espace mental et cadre physique.On les trouvera dans tel café où l’on a ses habitudes, dans la rue, voire, pour les gens de Momentum, dans divers endroits de la ville où l’imagination dresse des scènes étonnantes.Pour célébrer la fin du deuxième millénaire, la compagnie Momentum a présenté 12 spectacles en autant de mois, l’an dernier, «XII messes» dans autant de lieux de culte différents, de l’ancien hôpital Reddy Memorial au dépotoir de la ville.Le groupe a survécu au «début de la fin des temps» et va bientôt relancer la machine à mythes.Les bons coups de la compagnie se préparent dans un beau grand loft, la «zone d’autonomie temporaire» des neufs directeurs de la compagnie, «les neuf de l’œuf», dont Jean-Frédéric Messier et Dominique Leduc.STÉPHANE BAI LLARGEON LE DEVOIR Toutes les sectes, tous les gourous le savent: quand la prophétie ne se réalise pas, il faut faire comme si.Comme si de rien n’était.Comme si la promesse avait été tenue.Comme si le vieux monde avait sombré pour être remplacé par un autre, meilleur.Les premiers disciples d’un certain Jésus, mort en croix subite-ment, l’avaient bien compris.Tous les révolutionnaires parvenus au pouvoir connaissent aussi la stratégie de la poudre aux yeux.Momentum, la troupe d’avant-garde (ou de ce qui en tient lieu) respecte la tradition.révolutionnaire ou sectaire (ou ce qui en tient lieu).Elle va donc faire comme si.Comme si le monde avait terminé sa course.Comme si une nouvelle ère avait commencé.Après avoir annoncé et réalisé ses XII Messes pour le début de la fin des temps, la troupe poursuit donc de plus belle.«Nous décrétons que le calendrier chrétien est mort et nous allons en proposer un nouveau: en décembre, on lance l’An 1 de Momentum», annonce fièrement Jean-Frédéric Messier, codirecteur et cofondateur de la compagnie de théâtre qui a accouché de la merveilleuse dodécafolie, un des points de références de la dernière année théâtrale.Les XII Messes, chacune avec sa personnalité propre, ont été célébrées en autant de lieux de culte à la dérive contemporaine, vers le meilleur comme le pire.Chaque début de mois les «apôtres» prenaient d’assaut un recoin méconnu de la ville ou de ses environs, un paysage bucolique des Basses Laurentides, un hôpital désaffecté, le grand dépotoir de l'ancienne carrière Miron, l’immeuble où est installé le Q.G.de la compagnie.L’œuf à neuf Le grand loft de répétition occupe le dernier étage d’une ancienne usine de l’Est.De grandes vitres délimitent une image de la ville presque trop cliché pour être vraie, avec, en bonnes places, le pont Jacques-Cartier, l’usine Molson, la tour de Radio-Canada, le centre Parthenais.«Il y a un scénario dans tout ça, dit M.Messier.Et cette prison, qui bloque la vue à tout le quartier, qui lui jette de l’ombre, comme une menace.» Momentum partage son propre espace avec II va s’en dire, la compagnie de Dominic «Don Quichotte/Ulysse» Champagne.Le local est bourré de costumes et d'instruments de musiques, certains inventés par le jeune homme, dramaturge, metteur en scène et musicien.«Nous sommes en transition, d’une direction patriarcale à une direction disons.polygame», dit-il en jetant un coup d’œil amusé vers Dominique Leduc, codirectrice de la compagnie.«Disons plutôt multicéphale», corrige-t-elle, en rappelant que neuf personnes dirigent maintenant la compagnie alors qu’au début Jean-Frédéric Messier était le seul vrai maitre à bord.Ce groupe de neuf artistes «très différents» forment ce qu’ils appellent l’œuf.«L’œuf alimente la création tandis qu’un triumvirat, le jaune d’œuf quoi, s’occupe de la cuisine.Pour l’œuf, Momentum, c'est l’endroit où les rêves et les fantasmes peuvent devenir réalité.» Jean-Frédéric Messier en rajoute en citant «un philosophe cyber-punk» qui parle d’une «zone d’autonomie temporaire», une ZAT quoi, «c’est-à-dire un espace de liberté entre des plages d’activités plus contraignantes».En se penchant un peu, par les fenêtres de cette «ZAT», on peut voir le local de répétition de la troupe pour enfants Le Carrousel, et plus loin, l’Espace libre, la caserne du Nouveau Théâtre expérimental, une autre ZAT, pour d’autres hommes et d’autres femmes de théâtre.«Je me sens très près de cette compagnie, dit J.-F.Messier en soulignant que la sienne aussi sert de lieux d'expérimentations débridées à «une belle gang».«C’est très hygiénique, ajoute Mme Leduc.Momentum m’a permis de réaliser toutes sortes de folies, de décrocher du système théâtral, sans contrainte.» Recherche église désespérément.La partie et le tout, l’œuf et le jaune s’activent déjà autour de la nouvelle série qui sera lancée en janvier prochain, au début officiel du nouveau millénaire.Sans trop soulever la coquille, Dominique Leduc révèle que certaines lignes de forces des XII Messes seront récupérées.If it works, don’t jix it.Même quand on veut refaire le monde.«On a aimé la récurrence des messes, le rituel, dit-elle.On veut aussi poursuivre certaines explorations, reprendre des messes même.» On risque de voir cinq à JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean-Frédéric Messier et Dominique Leduc, codirectrice de la compagnie.5* i f i ^ S *2 9 Tss-"'»* & Le A théâtre Pour l’horaire complet, consultez LE DEVOIR =m LE FUTUR EST UE J A LA ! «INTELLIGENT, BRILLANT ET CBÉATIE».MARVEL IMLCaitlE-IIMIH® mm!> ?SON DIGITAL A L'AFFICHE! > VERSION FRANÇAISE i r—CINÉPLEX ODÉON——i f ' LES CINEMAS"¦ i i——CINEPLEX OOCON——i r— MÉQA-PLEX' QUZZO —i IQUARTIER LATIN ?! | LANGEUER 6 ?11 LASALLE (Place) ?11TASCHEREAU 18 ?! r— MÉQA-PLEX' QUZZO—i l—MÉQA-PLEX - GUZZO—i i-CINÉPLEX ODÉON-il CINÉPLEX ODÉON IPONT-ViÀU 18 ?] I JACQUES CJJITIER !
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