Le devoir, 17 juin 2000, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE IS .111 X 2 O O O ?LE DEVOIR * Romans québécois Page D 3 Le feuilleton Page D 6 La panoplie du voyageur Page D 8 Gérard Bouchard Page D 10 ?Marcelle Perron Page D 9 Gilles Marcotte CARREFOURS Deux écrivains venus d’ailleurs GILLES MARCOTTE Je ne sais trop quel hasard m’a fait rouvrir, l'autre jour, l’ouvrage de Marcel Dubé sur Jean-Paul Lemieux et le livre, paru aux éditions Art Global en 1988.Mais je sais bien par quoi j’ai été atti-_.ré: le beau portrait de «Mademoiselle», sur la couverture, expression d’une solitude acceptée, peut-être souhaitée, qui est une des marques essentielles de l’œuvre de Lemieux.Cette «demoiselle» n'a aucune ressemblance physique avec Gabrielle Roy, mais c’est bien elle pourtant, la maîtresse d'école de La Petite Poule d'eau, issue du texte où la romancière s’est souvenue d’elle-même et s’est transformée en personnage.Entre Jean-Paul Lemieux et la jeune institutrice du Manitoba, devenue plus tard au Québec une amie, la connivence est évidente.Mais le charme des images, splendidement reproduites, ne m’a pas fait oublier de lire, et j’ai découvert des propos de Jean-Paul Lemieux sur Gabrielle Roy qui ne m’avaient pas suffisamment retenu à la première lecture.Jean-Paul Lemieux parle moins de l'œuvre que de la romancière, mais on a peut-être un peu trop insisté, dans la critique, sur l’abîme qui sépare la vie de l’œuvre.François Ricard lui-même, l’auteur de l’admirable biographie que l’on sait, ne s’est pas lancé dans cette entreprise sans quelque malaise, craignant de voir le vécu se substituer à la critique.Mais si la biographie n’explique pas l'œuvre — et d’ailleurs, une œuvre de qualité refuse obstinément de se laisser expliquer —, elle peut suggérer quelques pistes de lecture que l’on n'emprunterait pas sans elle, ou mettre des bâtons dans les roues d’une critique trop facilement prisonnière des schémas habituels.Gi Gabrielle Roy que Jean-Paul Lemieux a bien connue, particulièrement au cours des longues promenades d’été à Port-au-Persil, ne ressemble pas tout à fait à l’image colportée par les manuels de littérature.«Il n’y avait rien de Québécois chez Gabrielle Roy, dit le peintre.Elle montrait parfois des marques d'estime pour le Québec, mais elle était avant tout manitobaine et ce sentiment d'appartenance était enraciné au plus profond d’elle-même.Elle éprouvait par moments une très grande nostalgie pour ce qu’était son vrai pays à elle, celui de son enfance et de sa jeunesse.Et en certaines occasions, se sentant incapable de ne pas y retourner, elle partait.» In déclaration est abrupte: Jean-Paul Lemieux n’était pas homme à s'embarrasser de précautions oratoires.Et le trait qu’il souligne n’appartient pas moins à l'œuvre qu’à l’auteur.Un véritable écrivain VOIR PAGE D 2: ÉCRIVAINS Lectures DES LIVRES A GLISSER DANS SON SAC MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Quatre heures de marche, au moins, chaque jour.De marche, pour tout dire de flânerie, de caprice, de rêverie, de pensée, tout aussi bien.C’est à quatre heures de marche pai‘jour que le poète et philosophe américain Henry-David Thoreau fixait, au siècle avant-dernier, le minimum lui permettant de croire que sa journée n’avait pas été gâchée en tâches inutiles l’ayant détourné de l'essentiel.Comme il nous plaindrait, nous et nos aller-retour ridicules entre le seuil de la maison et la voiture, entre le parking et la porte de l’immeuble à bureaux, nous et nos banlieues de plus en plus lointaines, nos expéditions du dimanche après-midi jusqu’au parc Lafontaine et les trois pâtés de maison que nous croyons avoir vaincus pour y avoir promené le chien, nous, enfin, et nos vélos militants, alors que c’est à pied qu’il faut parcourir le monde si l’on veut s’en rendre maître.Car le marcheur n’est pas dupe.Ses semblables bipèdes le croient occupé avec l'espace, mais c’est le temps qui est sa grande affaire: il l’a presque aboli.Autour de lui, les mêmes soupirent après la mocheté de l’avant-saison, n'osent plus penser aux vacances et cependant comptent les jours.Le marcheur pro- ?4* a gresse d’un pas égal, pour lui c’est déjà l’été éternel.Il sait qu’il est en route et quels livres il veut glisser dan§ son sac.Au premier chef, ce bel Eloge de la marche, de David Le Breton (Métaillié).qui ne consent à s’aventurer sur les sentiers de chèvre qu’en plus sûre compagnie: un Louis Stevenson dans les Cé-vennes, un Jean-Jacques Rousseau du côté d’Ermenonville, un Cabeza de Vaca dans la Floride antédiluvienne des Espagnols, voire un Robert Lalonde, croisé au passage.Faisant appel à toutes les ressources de l’éloquence du corps (pieds, cœur et cerveau mêlés), ce fervent petit essai tente de réhabiliter la grande malaimée de la civilisation moderne: l’archaïque, la simple, la pauvre marche.Il y réussit à merveille.Il s’agit maintenant de lui trouver quelques compagnons dans le sac à dos.Cette seconde sélection des Lectures d’été du cahier Livres n’a pas d’autre ambition.Elle se place sous le haut patronage de la déambulation ici entendue dans tous les sens du terme et dont la curiosité intellectuelle n’est pas le moindre.Récits de voyage, romans historiques, essais, guides pratiques: à chacun de faire son marché de lectures dans l’impatient désordre du temps retrouvé.B t t'tUUM â&Ât 6*- tMiU j L • A.-mllm -fP rél A* , irale^ ARTS o LErmeS o SPECTACLES o SCIENCES HUMAINES Dossier «Les cultures de la psychanalyse» n" 173 (juillet-août 2000) En vente dès le 7 juillet La revue fête ses vingt ans cette année.Profitez-en pour vous abonner ! Prochains numéros : « Poètes de VAmérique francophone » (n° 174, septembre-octobre 2000) « Morty le féminisme ?» (n0175, novembre-décembre 2000) « Les nouveaux totalitarismes » (n° 174, janvier-février 2000-2001) Abonnement : (514) 355-3333 sans frais: 1-8000-363-1310 expsmag^expressmag.com ?y .1 L K I) E V 0 I H .L E S S A M E I) I V 1) 2 ET I) I M A N CHE 18 .1 U I X 2 0 0 0 Livres ECRIVAINS Gabrielle Roy, écrivain étranger?LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Vie et mort de Tiffanny Gary SUITE DE LA PAGE D 1 ne quitte jamais les paysages de son enfance, qui ont formé pour toujours son regard, et qu’il écrive La Petite Poule d’eau ou Bonheur d’occasion, Alexandre Chênevert ou Rue Deschambault, il n’a de cesse qu’il n’ait imposé au paysage nouveau la mesure de l’ancien, du premier.Née dans les plaines de l’Ouest, Gabrielle Roy devait jeter sur les réalités québécoises un regard profondément différent de celui d’une Germaine Guèvre-mont, d’un Ringuet, d’un Robert Charbonneau.Si elle a été la première à inventer Montréal, ce n’était pas d’abord, ce n’était pas essentiellement par la vertu d’une observation extrêmement précise, mais parce qu’elle le voyait de loin, dans la lumière d’une compassion qui est tout le contraire de la fusion.Gabrielle Roy a aimé Montréal parce que véritablement elle le découvrait, venant d’ailleurs, d’un horizon à la fois géographique et culturel qui avait peu à voir avec celui du Québec.La culture, en effet: on n’écrit pas de la même façon, selon qu’on est né à la littérature chez Shakespeare ou chez Racine, chez Dickens ou chez Flaubert La profonde compassion qui se lit dans Bonheur d’occasion relève d’une tradition littéraire tout autant que d’une attitude morale.Lisez, côte à côte, un roman de Dickens (ou de Jane Austen) et un roman de Flaubert (ou même de Balzac): la différence saute aux yeux.Les premiers peuvent se permettre d’exprimer des sentiments qui auraient l’air, chez les seconds, d’insupportables niaiseries.Ce n’est pas qu’ils soient de meilleures personnes, mieux disposées à l’égard de leur prochain, mais qu’ils s’ins- SOURCE BNC Gabrielle Roy en vacances vers 1935.crivent dans une vision du monde où la compassion trouve comme naturellement sa place.Gabrielle Roy, écrivain étranger?Jean-Paul Lemieux la rapproche d’un autre écrivain venu d’ailleurs, le Français Louis Hé-mon.«Il y a, dit-il, un rapprochement à faire entre Louis Hémon et Gabrielle Roy.Je parle de la Gabrielle Roy de Bonheur d’occasion.Voilà deux jeunes complètement étrangers au Québec qui s’installent dans deux coins différents du pays, qui y séjournent un temps et parviennent à décrire d’une façon réaliste et vraie des personnages et des décors qu’ils n’avaient auparavant jamais pu imaginer.[.] Les deux œuvres sont passablement différentes, elles ne se rejoignent que par les grands espaces et la solitude dans lesquels habitent les personnages.» GRC R< snaud-Bray —(garîteâu—— \ PALMARÈS du 7 au 13 juin 2000 i POLAR 2 C.Brouillet courte échelle 2 ROMAN Avant de te dire adieu 2 M.Higgins Clark Albin Michel 3 ROMAN City 4 A.Baricco Albin Michel 4 POLAR Le testament 5 John Grisham R.Laffont 5 POLAR 2 Michael Crichton R.Laffont 6 SPIRITU.L’art du bonheur * 67 Dalaï-Lama R.Laffont 8 PSYCHO.À chacun sa mission 30 Monbourquette Novalis 9 SPORT Jean Perron : profil d'un vainqueur 3 Étienne Marquis Trustar 10 SEXUALITÉ Le pénis illustré * 12 Joseph Cohen Kônemann 11 ROMAN Véronika décide de mourir 10 Paulo Coelho Anne Carrière 12 ESSAI Q.Le mystère Villeneuve 6 J.Beaunoyer Qc/Amérique 13 POLAR La lune était noire 2 Michael Connelly Seuil 14 ROMAN Et si c'était vrai.21 Marc Lévy R.Laffont 15 ESSAI Q.Marcel Tessier raconte.12 Marcel Tessier L'Homme PSYCHO.La guérison du cœur 19 Guy Corneau L'Homme 17 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 36 P.J.D'Adamo du Roseau 18 BOGRAPH.Maurice Richard : l'idole d'un peuple 52 J.- M.Pellerin Trustar 19 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 40 Henriette Major Fides 20 SPIRITU.Conversations avec Dieu, T.1 * 164 Neele D.Walsch Ariane 21 HISTOIRE 100 ans d'actualités - La Presse 27 Collectif La Presse 22 ROMAN Le bonheur en Provence 10 Peter Mayle Nil 23 JEUNESSE Harry Potter : coffret 3 vol.26 J.- K.Rowling Gallimard 24 BIOGRAPR Mémoires de la rose * 4 Consuelo de Saint-Exupéry Plon 25 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 137 I.Nazare-Aga L'Homme 26 JEUNESSE Le dinosaure 5 Walt Disney Phidal 27 SC.RCTTON L'empire des anges 7 Bernard Werber Albin Michel 28 ROMAN Un parfum de cèdre * 39 A.- M.Macdonald HanvrerionQ.29 POLAR 7 Henning Mankeil Seuil 30 BIOGRAPR 2 Jean-C.Brialy R.Laffont 31 ROMAN Le périple de Baldassare* 4 Amin Maalouf Grasset 32 ROMAN Balzac et la petite taüleuse chinoise * 18 Dai Sijie Gallimard 33 ROMAN Vers chez les blancs 6 Philippe Djian Gallimard 34 ROMAN La pierre de lumière, tome 1 - Néfer le silencieux 4 Christian Jacq XO éditeur 35 CUISINE 2 Collectif Marabout 36 SANTÉ Le corps heureux 10 T.Cadrin-Petlt L'Homme 37 B.D.Lucky Luke n* 39 - Le prophète 9 Morris/Nordmerm Lucky Comics 38 BIOGRAPR C'est comment l'Amérique?10 Frank McCourt Belfond Q.39 ROMAN Q.L'autruche céleste 17 lléana Doclin Flammarion 40 HORREUR Hannibal * 21 Thomas Harris Albin Michel Livres -format ooche 1 B.D.1 Aklra Toriyama Glénat 2 ROMAN Geisha e 6 Arthur Golden Livre de poche 3 ROMAN Les cendres d'Angela e 67 Franck McCourt J'ai lu 4 SEXUALITÉ 207 Julie Saint-Ange Marabout 5 ROMAN L'alchimiste 223 Paulo Coelho l^J'al lu Coups de coeur RB ¦¦¦: 1èr* semeine sur notre Hste ^— NOMBRE DR SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION www.renaud-bray.com On peut lire, comme on le fait le plus souvent, Bonheur d'occasion et Maria Chapdelaine comme des expressions de nous-mêmes, des miroirs où se reflète fidèlement une réalité qui n'appartient qu’à nous.C'est pourquoi d’ailleurs nous acceptons plus facilement le premier que le second, parce qu’il correspond à l’image urbaine, moderne, que nous nous faisons de notre collectivité.Est-ce dire qu’il nous est devenu impossible de lire le livre admirable qu’est Maria Chapdelaine?Il me semble au contraire que le temps est enfin venu de le lire pour ce qu’il est, débarrassé des diktats que les idéologues du retour à la terre, les avocats du conformisme national ont voulu en tirer.Peut-être faudrait-il se mettre dans la peau, dans l’esprit d’un de ces milliers de lecteurs de tous les coins du monde qui ont fait le succès mondial du roman de Louis Hémon, se faire soi-même étranger?Il deviendrait possible, alors, d’éprouver une vérité qui s’enracine assurément dans un paysage, dans une époque, mais ne s’y limite pas, portée par une langue étonnante, pudique et forte jusque dans l’expression des sentiments les plus extrêmes.Souvenez-vous: «Autour de nous des étrangers sont venus, qu'il nous plaît d’appeler des barbares; ils ont pris presque tout le pouvoir; ils ont acquis presque tout l’argent; mais au pays de Québec rien n’a changé.» Lue au pied de la lettre — comme l’ont fait, hélas, tant de mauvais lecteurs —, cette phrase n’exprime que le nationalisme, le conservatisme les plus étroits.Mais lire ainsi, c’est ne pas percevoir ce qu'a d’excessif, de superbement excessif, cette image d’une fidélité qui lance un défi téméraire à l’usure, au changement, à l’avenir.Louis Hémon n’est pas un maître à penser; c’est un écrivain.Et Maria Chapdelaine, comme l’a dit magnifiquement Nicole Deschamps, «un conte de neige et d’absence».Aussi bien, ne faudrait-il pas lire de cette façon, comme des étrangers, non seulement ceux qui sont venus de l'extérieur, de France ou du Manitoba, mais également tous ces écrivains que nous considérons un peu trop facilement comme nos porte-parole?Devenez Coréen ou Hollandais, le temps d’une lecture de Perron, et vous verrez.UN JOUR, NOUS ÉPOUSERONS ROMAIN GARY Nicole Bélanger Les Intouchables Montréal, 2000,168 pages BENNY VIGNEAULT T ^ m a fi1'1 Hre du Proust, du « X Tolstoï et du Dostoïevski, déclara la malheureuse, avec ce regard à vous fendre le cœur.Maintenant, qu’est-ce que je vais devenir?» Insérée en quatrième de couverture, cette phrase tirée de La Promesse de l’aube, de Romain Gary, exprime l’essentiel du deuxième roman de Nicole Bélanger: lire, devenir.Car à qui cherche vraiment à se connaître, la vie vient toujours en aide.Les livres vous tombent dessus.Par miracle ou par basai d.Certaines lectures sont déterminantes, voire salvatrices.C’est le cas pour Tiffanny, la jeune narratrice à’Un jour, nous épouserons Romain Gary.L’histoire se déroule sur plusieurs mois et se termine au printemps.De nos jours.Au tournant du siècle.Tiffanny relate rétrospectivement un épisode qui a changé le cours de son existence: celui où, par la force des choses, grâce au destin et avec de la volonté, elle a réussi à se libérer d’une mère omniprésente et despotique.Ses alliés?Sarah, sa meilleure amie, et.Romain Gary, que cette dernière lui fera découvrir à travers la lecture de La Promesse de l’aube.Si Sarah tombe littéralement amoureuse de l’homme derrière l’écrivain, pour Tiffanny, c’est bien davantage: une révélation.«Je n étais plus seule maintenant, dira-t-elle, égarée dans ce monde insensible et froid, entourée d’étrangers qui ne parlaient pas la même langue que moi.Je n ’étais plus seule, il y avait Romain.» Fortes de ce nouvel amour aussi inébranlable que farfelu, Tiffanny et Sarah vont dès lors tout mettre en œuvre pour que s’accomplisse leur rêve: s’envoler pour Paris et y rencontrer leur dieu.Même si ce dernier — elles l’apprendront plus tard — est mort et enterré.Pour Tiffanny, ce voyage «dans l’univers de Romain Gary» ouvrira une porte sur tous les pos- sibles, lui permettra de revenir au commencement.Car depuis que son père s’est enlevé la vie en voiture alors qu’elle n’avait que 14 ans, la jeune fille a un vague à l’âme.Comment se constituer une identité quand, «dans la vingtaine et quelques», on ne se reconnaît pas dans les modèles proposés par la société et par sa succursale immédiate, la famille?Les temps changent.I-a jeunesse aussi.A ce titre, la critique que fait Tiffanny du je-m’en-foutisme de Jean-Paul Belmondo et de l’insouciance de Jean Seberg dans À bout de souffle, toutes choses qui lui rappellent trop sa mère, est exemplaire.«Quand on n’aime rien, lui lance-t-elle, la vie perd vite plaisir à nous faire des cadeaux, on avait compris ça, le smatte, merci !.mais l’envie, le désir, le goût de se battre, le goût d’aimer, [.] est-ce qu’il va nous dire où ça peut encore se trouver?» Surnommée Miss Grand Nord, encore belle en dépit de son âge, la mère de Tiffanny se plaît dans le faste, les mondanités, la sçduction et les faux-semblants.Eternelle insatisfaite, elle s’imagine que tout le monde connaît Lagerfeld et «se fait faire des beautés pour atteindre à lïm-mortalité».On aura compris que la mère de Tiffanny n’est pas bien dans sa peau.«A force de vouloir ressembler à quelque chose, on finit pas avoir l’air de rien», lui lance en vain sa fille alors qu’elle la raccompagne après «son troisième lifting en dix ans».Comment «affirmer notre droit à exister» lorsqu’on est aux prises avec une mère comme la sienne?Tiffanny, elle, est plutôt terre à terre.Elle étudie le monde et les gens qui l’entourent avec un certain détachement.Proches ou lointaines, toutes les relations qu'elle entretient lui servent à se définir: que ce soit avec sa mère, avec Sarah, le gros Rudolf, le voisin du dessus, Maheu, le propriétaire du Boucan, Lady, une fille paumée qui lui ressemble à s’y méprendre ou encore Stevo, son amoureux — 'un immigrant clandestin d’origine bosniaque qu’elle héberge et qui compose «de très jolis poèmes» à partir de mots découpés dans les journaux.Tiffanny adopte une position d’observatrice critique, attentive, sensible et lucide.Ce qu’elle veut: «Accepter d’être moi, et que — ¦;'»# m — Cet été, partez le Québec en poche ! BIBLIOTHÈQUE QUEBECOISE ¦A t ï ArtOrwwMafet § u-f* Tfcrrttny ce soit suffisant.» Il va sans dire que la découverte de Gary puis, plus ençore quelques mois plus tard, d’Emile Ajar va lui donner les armes nécessaires pour arriver à ses fins: «Avec [.] sa façon de déguiser l’insupportable, d’enrober les plus cruelles vérités dans un voile de tendresse et d’ironie, j’apprenais peu à peu à me moquer du monde, à percevoir le réel avec plus de détachement et un brin de dérision.» Au terme du récit, on peut le croire, Tiffanny est installée à Paris et repart à zéro.Par quel subterfuge?Et qui est ce «tu» à qui la narratrice raconte son histoire, cette deuxième personne qu’elle interpelle sporadiquement au cours de son récit?Plusieurs questions resteront ainsi en suspens.Tout le roman de Nicole Bélanger est habité par la vie et l’œuvre de Romain Gary.Une sorte d’hommage du cœur, en somme.Les allusions à l’œuvre foisonnent.Mais il faut se garder de chercher les liens outre-mesure car l’auteure fait plus que manier la simple référence.Il y a l’esprit qui anime le personnage principal, Tiffanny, et ce qu’elle retient de son «mariage symbolique» avec l’écrivain, une fois quelle l’a fait sien, en quelque sorte.Lire, devenir, c’est avant tout cela.Les inconditionnels et les habitués de Gary, s’ils se prennent au jeu, se délecteront.Les autres voudront faire le détour.Déjà remarquée par un premier roman, Salut mon roi mongol!, Nicole Bélanger en propose un second à la fois loufoque et intelligent.La narration, vivante et imagée, d’une richesse langagière indéniable, est au service d’une intrigue sans prétention et montre volontiers ses ficelles.L’essentiel est ailleurs.Un jour, nous épouserons Romain Gary tient à la fois de la fable et du jeu.C’est la littérature qui engendre ici la littérature, mais non pas de façon naïve ou superficielle.Si l’on reconnaît volontiers que la pure fiction n’existe pas et que la vie réelle joue un rôle déterminant dans l’élaboration de la fable, voire de tout acte créateur, pourquoi n’en serait-il pas de même à l’opposé?La littérature peut influencer notre vie, voire en changer le cours.Parfois, du moins.À L’ESSENTIEL 999 - LE LIVRE DU MILLÉNAIRE DES MAÎTRES DU FANTASTIQUE 29 nouvelles inédites présentées par Al Sarrantonio Traduites de l’anglais par Evelyne Châtelain, William Olivier Desmond, Sylvie Doizelet, Maryse leynaud, Valérie Malfoy, Dominique Peters et Claudine Richelin Albin Michel Paris, 1999,812 pages 999, c’est 666, le chiffre de la bête, inversé.C’est aussi un recueil de nouvelles fantastiques colligées, présentées et publiées par Al Sarrantonio pour souligner le changement de millénaire.En tout, 29 textes par autant d’auteurs, dont quelques-uns des plus grands noms du fantastique et quelques jeunes loups des plus prometteurs.Un court roman, trois nouvelles, huit nouvelles courtes et dix-sept histoires brèves ont été regroupés par Sarrantonio pour former la plus importante anthologie de littérature fantastique jamais publiée.Projet ambitieux, soit, mais force est de constater que cet écrivain, critique et journaliste s’en tire avec tous les honneurs.Qu’elles soient surnaturelles ou «naturelles», dans la tradition du suspense ou de la fantasy, qu’elles aient un parfum gothique ou allégorique, quelles soient teintées de décadence ou de surréalisme, toutes ces histoires ont un but commun: faire peur.Certains récits sont très efficacement menés, notamment la nouvelle du jeune Bentley little, intitulée Le Théâtre, qui emprunte largement à l’univers kafkaïen, ou Un été de chien de Joe R Lansdale, aux effluves southern gothic.les textes de Stephen King et William Peter Blaty, auteur de L’Exorciste, sont plutôt troublants.Tout n’est pas génial et l’appréciation des textes variera grandement selon les goûts de chacun.Mais l’ensemble est fort agréable et on y trouve quelques bonnes histoires à lire avant d’aller au lit quand dormir n’est pas une condition sine qua non au bon fonctionnement de vos neurones.Ça vous rappellera vos insomnies d’adolescent, entre une histoire d’horreur et un roman de fantasy.Seul inconvénient majeur: le format de ce livre.Cette brique est tellement lourde que vous pourriez en développer une luxation des poignets.Marie Claude Mirandette k r \ 4 L E DEVOIR, LES S A M E 1) T 1 , Livres ROMANS QUÉBÉCOIS Les hommes de la rue Saint-Hubert PILLION ET FRÈRES François Gravel Québec Amérique Montréal, 2000,348 pages «Ü e ne sais plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas dans cette histoire, mais je sais que je parle toujours de lui, quelle qu 'en soit la manière.Et de moi, bien sûr, mais autrement.» C’est sur ce désarroi parfaitement romanesque du narrateur, ce mélange de doute immédiat et de certitude du long terme, que débute le dernier livre de François Gravel.Le lecteur, lui, saute dans un train en marche.Qu’est-ce qui a bien pu se passer avant qu’il y soit?Est-ce qu’on aurait commencé sans lui?Bref, il est pris, et il sent bien qu’on ne le lâchera plus.Le narrateur de Pillion et frères ne joue pourtant pas au séducteur qui s’amuserait à égarer ceux qui prétendent le suivre.11 se pose, de son côté de la fiction, les mêmes questions que nous: quand et comment cela a-t-il commencé?Ou, plus précisément: comment raconter son père pour dire avec une certaine justesse l’homme qu’il a été?Et puisqu’il faut décider d’un commencement, ce sera le krach de 1929, alors que Louis Fdlion est un tout jeune garçon.Son père a perdu son emploi et, du même coup, son statut de chef de famille.An-nette, sa femme, l’a bien vu.Arrive alors le moment inaugural où Louis Fillion, à dix ans, est appelé à devenir lui-même: sa mère lui demande de dévisser le couvercle d’un pot de confitures.La tâche est rude.Louis s’y met.Il n’y arrive pas et vient bien près de renoncer.Mais voilà que le couvercle bouge enfin.Louis a réussi.Sa mère lui dit alors: «Je savais que tu serais capable, tu n’es pas un bon à rien comme ton bon à rien de père.À partir de maintenant, tâche de ne pas me décevoir.» Est-ce à partir de ce jour-là, de cette scène banale, que le père du narrateur, ce garçon timide et taciturne, se serait senti responsable à jamais de sa famille?On le croit.Oui, les choses ont dû se passer ainsi.Fillion et frères raconte l’histoire d’une famille de neuf enfants élevés par Annette, une femme forte qui fût plus mère qu’épouse et qui compta très tôt sur ses fils — les premiers hommes de sa vie?— pour assurer le bien-être de tous.Les temps sont durs, au début de ces années 30, et on ne peut compter que sur la chance et la débrouillardise.Les Fillion vont devenir des commerçants grâce à Philippe, le deuxième fils, l’optimiste du clan qui a des projets plein la tête.On récupère d’abord Robert Chartrand Comment raconter son père pour dire avec une certaine justesse l’homme qu’il a été?du bois qu’on vend pour le chauffage.Puis, on fabrique de menus objets et des meubles.Et on ouvre un magasin rue Saint-Hubert, en plein cœur de ce qui allait devenir la «plaza» prospère des années 50 et du début des années 60.Les frères Fillion, qui étaient d'abord quatre comme les mousquetaires, n’ont pas la bosse des affaires.Mais ils ont des idées et du cœur au ventre.Ils travaillent en n’oubliant pas de rêver parfois, ni de s’envoyer derrière la cravate une shot de gin ou de rye.Car on a un penchant pour la bouteille.C’est de famille, semble-t-il.Chaque homme a son «mickey» qui ne le quitte jamais.L’alcool leur donne de l’allant, il les récompense de leurs efforts, leur permet parfois d’oublier les peines.C’est un doux vice qui ne brise pas leurs vies.C’est surtout Louis, son père, qui intéresse le narrateur.Mais comme l’homme a vécu avec ses proches et pour eux, il est impossible de le comprendre sans parler également de ses frètes, de ses sœurs.D’Edouard, le plus jeune des garçons, qui a bien failli devenir prêtre; de Léo, l’aîné, qui, de l’avis même de sa mère, n’a sûrement pas inventé le bouton à quatre trous; de Margot, pas jolie du tout mais qui se trouve belle et réussit à le faire croire à bien des hommes; de Juliette, «le petit chicot», qui fut la préférée de Louis.Et parmi bien d’autres, à la périphérie du clan, une belle-sœur rougeaude, à la charpente solide, dont le rire éclatant était comme un printemps; un comptable au grand cœur, Roland Vinet, qui savait imiter comme pas un le bruit d’un pantalon qui se déchire; mademoiselle Thibeault, la secrétaire; monsieur Faquin, professeur de français et de latin; monsieur Lunn, enfin, un juif qui rêvait de devenir millionnaire mais qui n’a jamais su comment s’y prendre.La chronique d’une époque Tous ces personnages, dont certains sont esquissés en quelques traits, paraissent également vrais.On reconnaît là le talent de François Gravel qui, dans la plupart de ses romans, choisit une époque dont il fait la chronique à travers le portrait de quelques personnages: ce furent les débuts de la psychiatrie dans Bonheur fou, ou encore l’effervescence de la jeunesse des années 60, qui rêvait de refaire le monde, dans Ostende.Mais dans chaque cas, l’époque et le milieu sont à l’arrière-plan, ce sont des décors sur lesquels se détachent quelques protagonistes, qui occupent l’essentiel de ses romans.Gravel est un romancier qui se sert de l’histoire pour tracer des portraits.Le voyage initiatique d'un Québécois qui fuit le Nord pour partir à la découverte d'un nouveau monde à la fois réel et mythique, sur les traces des Incas.FRANÇOIS GRAVEL Fillion et frères Ce professeur d’économie — le narrateur de Fillion et frères, lui, enseigne l’administration — qui écrit des romans pour le plaisir est un artisan soigneux qui connaît le poids des mots.Gravel n’essaie pas de faire de la «littérature» mais tout simplement d’écrire juste.Son narrateur, ce fils qui cherche à retracer la physionomie de son père, est aussi discret que son auteur; on ne connaîtra que sa sensibilité qui affleure çà et là et l’affection lucide qu’il a pour ce Louis Fillion, cet homme plutôt silencieux, promu chef de famille par décret de sa mère, condamné à être responsable et qui le fut envers tous, en dépit de ses défaillances.Sans nous en rendre compte, comme naturellement, nous nous glissons dans l’intimité de ces personnages, dans le secret de leurs désirs, de leurs déceptions, pour découvrir ce qu’ils pensaient sans l’avoir dit, ce qu’ils auraient aimé faire si la vie leur en avait donné l’occasion.Et nous avons droit, en prime, à des passages savoureux sur les lois tacites auxquelles tout individu convenable doit se plier, sur la manière de s’y prendre pour vendre un objet à un Canadien français.Ce sont de véritables capsules d’ethnologie appliquée.Si François Gravel n’a pas écrit de grands romans jusqu’ici, il n’en a jamais écrit de mauvais.Et celui-ci est peut-être son meilleur.rchartrandiüvideotron.ca Amours, passé et présent Des lieux d'incertitude et de recueillement LE VISAGE DES MOTS Jean Royer Écrits des Forges/Proverbe Trois-Rivières/Marchain ville, 2000,86 pages LES ALGUES SANGUINES Christine Richard Editions Trois, coll.«Opsale» Laval, 2000,74 pages DAVID CANTIN Dans l’une de ses grandes conférences, Jorge Luis Borges mentionne que «le texte est lui aussi le fleuve changeant d'Heraclite».Tout change sans cesse, la lecture ainsi que la relecture d’un poème qui est fait d’aveux, de souvenirs et d’une expérience particulière du monde.Un peu plus loin, Borges cite «Bradley [qui] dit qu’un des effets de la poésie devrait être de nous donner l’impression non pas de trouver quelque chose de nouveau mais de nous rappeler quelque chose d'oublié».C’est ce qui a conduit, en quelque sorte, ma lecture des derniers recueils de Jean Royer et de Christine Richard.Il me semble que ces livres témoignent, avant tout, d’un passage voué aux rencontres possibles.D’une présence à son absence inévitable, ces poèmes deviennent des lieux d’incertitude et de recueillement On retrouve dans la poésie de Jean Royer une parole qui fait largement place à l’autre.On connaît, bien sûr, l’expérience acharnée du critique et de l’historien de la littérature québécoise.Ce contact donne un sens très précis au poème, à une mémoire qui se tisse à partir des liens les plus fragiles.Dans Le Visage des mots, Royer se questionne sur les répercussions d’un affrontement entre la vie et la mort.On s'arrête, au premier coup d’œil, sur ce magnifique dessin de Michel Madore en couverture, comme une image à retenir face aux pages qui suivent.Cette Figure endormie ne retient que les détails essentiels d’un silence lumineux.Il existe une présence semblable dans ce recueil qui laisse le recul d’un individu faire face au temps.La vieillesse, la fi-nitude, mais aussi le bonheur comme lieu d’union et de désu- Rubis I’hiu’OI' OKA: DERNIER ALIBI DU CANADA ANGLAIS Édition enrichie d'une postface Chiefs may propos* boycott of Quebec j»o« *•?” 1 Eight weeks after Surete on lâCiSt Chateauguay resemble! rampage Alabama in the 1960s t C1TVSTATE ¦ itin st * ; i.TSatnrC’iJf- A» tt>rjfe- £t*WKiw Mat»;?**! >-*.X < èjKivaiKfH •», «wtttMg»; * vio éditeur 18,95 $ La crise d’Oka: dix ans déjà.Un ouvrage toujours d’actualité sur ses véritables enjeux.["] vlb éditeur * 'J www.edvlb.com nion.Le deuil de la mère, ou encore de proches, est vécu autour de cette attente du monde sensible, d'un appel qui soulève un autre ordre de la réalité aussi tangible qu’abstrait.Beaucoup de noms d’artistes et d’écrivains traversent ce livre.On nomme Miron, Uguay, Nepveu, Bonet, Derouin et Madore, à l’image de ces passeurs solitaires qui se rencontrent parfois.Il y a dans cette quête individuelle les signes d’une appartenance à ces traces de paroles qui inspirent le poème: «Les deux versants du silence / sont la parole et la mort./ Il faut remonter en soi à la source bleue de la vie / pour reconnaître quel silence nous emporte./ D’un côté c’est le vide / la neige dans le noir, / la dernière tempête./ De l’autre nait la musique./ Là, un silence vaut un regard: / il précède la parole où l’enveloppe / de sa chaleur avant la naissance./ Ainsi chaque sommet de la vie: / nous attend la parole / au bord de la mort.» Ce recueil tient compte de ses fausses routes, de ses «poèmes imparfaits» qui disent pourtant l’épreuve d’aimer.Qu’elle soit lyrique ou lapidaire, la poésie de Christine Richard LES ALGUES SANGUINE Jean Royer s’exerce à «conquérir l'étrangeté du destin».Elle regarde le monde avec ses forces et ses faiblesses.Le troisième recueil de Christine Richard, intitulé Les Algues sanguines, poursuit cette histoire sans fin de l'exil intérieur.Entre le récit et le poème elliptique, cette voue gagne encore en assurance et en force évocatrice.La fiction poétique commence dans ce désir de fuite envers cette existence ancienne qui pèse de tout son poids.On se rend compte que la parole étrangère est ici au centre de l’intrigue.Ces courtes proses notent des gestes, des endroits ainsi que des constats qui se dispersent à la recherche d’une réponse possible.C’est la séparation entre deux êtres qui, aussitôt, fait surgir le sort de l’enfant qui «amasse des algues souples pour marquer nos territoires».Il y a dans ce parcours de l’univers intime un regard qui ne consiste pas à contourner les obstacles mais plutôt à les inclure au fil de ce périple fait d’ombres et d’orages.Désormais, la narratrice du poème ne tente que d’éclairer la vérité après le «début des combats»: «Tu m’attendais devant la maison.Un rêve familier.Je te revenais affranchie d’une babel où j’étais cette folle ne sachant pas tenir ma langue.Je reconnaissais l’odeur des rosiers sauvages, le crissement des galets et le ciel au-delà des cages et des côtes.Je te parlais d’eau claire, de fenêtres à ouvrir davantage, de soulier perdu.Tu souriais à l’illusion d’un bonheur simple.» L’histoire que raconte Christine Richard se mesure à l’impuissance du langage et du monde.Cette prose cache une émotion soutenue par la peur et l’espoir.On plonge dans cette tentation des existences séparées qui jaillit de l’imprévisible mouvement de la solitude.Les Algues sanguines en est la preuve.JJ a pafrMOii de (a (itteuitinc GUIDES € > VOIR De nouvelles destinations ! Mexique Afrique du SUD COUSES k-Ff: lPl !» VIOSTVA! Restaijrani # i I Barcelone Cataukînt Fi-sm LEGENDES ui vn m x surs iiv birmu Chez votre libraire, la série complète des irremplaçables GUIDES 00 VOIR Ilref Epiessicn I « 144 Wutrt.grand fonnat 35$ 5M4«JB,«wtr.,Man*ljh45S 392 |»n 11n ministère des Ressources naturelles du Québec MUSÉE DU QUÉBEC Parc dos Champs-de-Bataille, Quebec Heures d ouverture tous les jours rie 10 h a 18 h.le mercredi jusrju a 21 h ~ Québec ï!” (41 8) 643-21 50 www.mdq.org Catnlnçjiio et souvenirs de I exposition a la BmitK|ue du Musee Egalement, en vente chez tous les libraires Krn't/hnff, de la collection Artistns (lunhrcois Premiere /enroiifre 19.95 S) DÉCOUVRIR UNE ÉGUSE Olivier Mignon Frédéric Siard Jean-Pierre Mouton Les éditions de l’Atelier Paris, 2000,72 pages Visiter une église fait partie des plaisirs du voyage que ce soit au Québec, en Europe ou ailleurs.Mais il y a un minimum de connaissances à acquérir pour profiter de l’expérience et la rendre encore plus intéressante.Avec ce guide en poche, accessible à tous, vous disposerez des outils voulus pour mieux comprendre, mieux apprécier l’architecture du lieu de culte et les trésors qui recèle.Ce petit guide inusité propose au travers de ses douze chapitres 340 définitions simples de tous les termes permettant de découvrir une église.Est-ce une abbatiale, une basilique, une cathédrale, une chapelle, une église conventuelle ou une église votive?Est-ce du roman ou du gothique?, Pourquoi y a-t-il deux clochers?A quoi sert le jubé, où se trouve le baptistère, qu’est-ce qu’un retable?Les illustrations de Frédéric Siard sont particulièrement soignées et abondantes: elles aident grandement à la compréhension des termes utilisés.Au début de chaque chapitre, on trouve un texte décrivant l’évolution des formes et des usages de l’architecture religieuse, explicité par un choix de références bibliques et théologiques.Un petit ouvrage bien fait qui nous guide non pas dans telle église particulière mais dans toutes les églises.PRIÈRES Un projet de Fabrica dirigé par Oliviero Toscani Éditions Bayard/Médiapaul France-Canada, 2000,140 pages «Désolé, Seigneur, mon Dieu, c’est l’autre.» Christina Sanchez Bernardo, 16 ans, Espagne.Ce recueil de prières non conventionnel et moderne dans sa conception est l’aboutissement d’un projet original s’adressant à des jeunes du monde entier qui ont répondu à un appel diffusé par près de soixante revues internationales et par le site Web de Fabrica.On les invitait à envoyer leur contributions, que ce soit sous forme de textes, de vidéos ou de photos sur leur représentation de la prière.Fabrica, pour ceux qui l’ignoreraient, c’est le centre de recherche en communication de Benetton, créé en 1993 par Oliviero Toscani, l’initiateur des campagnes Benetton.Cette démarche a donné le jour à un recueil de prières et de très belles photos, un recueil touchant, authentique, révélant chez les moins de 25 ans une intense volonté d’exprimer leur vie intérieure et leur quête de spiritualité.Certaines photos fourmillent d’idées, d’invention; d’autres sont éloquentes, bouleversantes.Ainsi, celle qui ouvre le recueil: de jeunes Noires, jambes nues, sont assis en rond; la plante de leurs pieds qui se touchent semble former le cœur d’un immense soleil.Certaines prières révèlent beaucoup d’espoir, d’autres, de la souffrance.«Ma prière est dure, Ma prière, c’est moi, Moi qui vis et frappe à ta porte Et cherche sans relâche à comprendre Ce que je veux, qui je suis.» PLAISIRS D’ÉTÉ PAS CHERS Alain Demers Éditions du Trécarré Outremont, 2000,220 pages 101 IDÉES VACANCES AU QUÉBEC Maxime Soucy Éditions du Trécarré Outremont, 2000,142 pages Vous serez bientôt en vacances, vous êtes en mal d’idées?Voici ce qu’il vous faut.Deux guides pratiques parus chez le même éditeur, deux petits livres fort bien faits, qui fourmillent de suggestions, que vous passiez l’été à Balconville ou que vous disposiez de temps et d’argent pour partir à la découverte du Québec.Dans le premier, l’auteur, journaliste bien connu, propose une centaine d’excursions pour moins de 10 $ à Montréal et aux alentours.Certaines sont plus connues, c’est inévitable, mais d’autres représentent pour moi une découverte: la petite caverne de Saint-Léonard; le parc des Rapides, joyau de LaSalle; la Balade écolo au boisé Papineau; l’étonnant marais du Bois-de-l’île-Bizard; la Pointe-du-Buisson, au parc archéologique de Montréal; le Récré-O-Parc, une fenêtre sur le OUvit' Hlgnon fiédèriC SiotQI A I / LE 1) E V 0 I K .LES SAMEDI 17 ET D I .M A N (HE 18 .III X 2 0 0 0 I) r> Otivurl du nMidi vHi s.imrdi di'9 h 50 à 17 h JO L'ART DU PORTRAIT L'HUMANISME EN CÉLÉBRATION 2000 juin 13 • 04 juillet’2000 M HAN ART CONTEMPORAIN 4G0, rue Sainte-Catherine Ouest, Espace 409, Montréal Tél.: (514) 876-9278 Téléc.: |î>14| 876-9241 B a i e - S a t intern ivelle peinture au i 4 septembre en présence COLLO FORU.les 2 et 3 septi activités parallèles.EXPO Che Chuang LE MINISTER • LE CONSEIL DESAR LE CONSEIL DES ARTS DU ¦ LE DEVOIR • LE S LE CEN les 24 et llivan Jim Tiley tené Passeron ul Riopelle artistes invités sym| ; et tableaux de npes de jrtr la 17” édition du Le partenaire princi d’art est subventioni Htf ¦p.1 commandité ïlse-Fafard, Baie-Saint-I 435-3681 Télécopieur: (418) *• i k € I i 1) 10 L K 1) K V (Il B .L K S DANS LA POCHE De grands romans en petit format JOHANNE JARRY ffliction (Babel), de Russel Banks, raconte l’histoire de Wade, un policier brisé par la violence et l’alcoolisme de son père.La vie de cet homme, que sa femme a quitté et que sa fdle évite parce qu’il lui fait honte, va basculer lorsqu’il se met à enquêter sur un accident de chasse suspect De plus en plus isolé, Wade n’aura que son frère, narrateur de cette histoire, à qui confier ses doutes, sa souffrance.Affliction s’inspire de faits biographiques: l’auteur l’a dédié à son père, Earl Banks.Soulignons que le cinéaste Paul Schrader en a fait un film très respectueux, aussi implacable que le roman.Autre roman (bientôt) porté à l’écran, par Steven Spielberg cette fois: Geisha (Livçe de poche), d’Arthur Golden.A l'âge de neuf ans, Chiyo est vendue par son père à une tenancière d’okiya (nom donné à la maison des geishas).Détestée par la geisha en chef, la jeune fille devra faire preuve de persévérance pour pratiquer un métier enviable à ses yeux.Arthur Golden, spécialiste de l’art japonais qui a travaillé au Japon, a recueilli les confidences de geishas pour écrire ce roman; ses connaissances permettent au lecteur de s’insinuer dans l’univers exotique des maisons closes japonaises.Toutefois, on peut lui reprocher de traiter son sujet un peu trop à l’américaine, en insistant davantage sur le conflit qui oppose la jeune fille à la patronne.Ce procédé escamote des aspects difficiles de la vie des geishas, déjà bien assez idéalisée par les Occidentaux.Malgré cette réserve, Geisha demeure un roman prenant.Ceux que le sujet passionne pourront lire la version japonaise, plus crue: Mémoires d’une geisha (Picquier poche) de Inoue Yuki.Parions que le roman de Pierre Assouline, Im Cliente (Folio), trouvera lui aussi son cinéaste.Un biographe est amené à consulter des documents secrets sur la période de l’Occupation pour vérifier des éléments de la vie d'un écrivain célèbre.Par hasard, ses recherches lui révèlent l'identité de la personne qui a condamné à la déportation plusieurs membres d’une famille juive à laquelle il est lié.Révolté, il décide de faire justice.Mais sa soif de vengeance a quelque chose de gênant, d’autant plus que les principaux concernés ont tourné la page sur la faute.Ce n’est qu’arrivé à ses fins que le jus-ticier comprend qu’il a agi en aveugle.Grands espaces américains Ceux pour qui Dafra (10/18), de Jim Harrison, demeure un moment de lecture exceptionnel peuvent maintenant en lire la suite: La Route du retour (10/18), un peu ' ' longuet, mais tout aussi jubilatoi-re.Son auteur livre les journaux intimes de ceux qui ont entouré Dalva.Leurs écrits parlent, entre autres, de l’Amérique profonde où le «Peau rouge» est en ménage (ou non) avec le «Blanc».On comprend la fascination des Français pour cet univers presque mythique.Mais on aurait tort de croire que Jim Harrison fait du folklo-“ re sur le dos des Indiens: c’est d’abord la condition humaine qui est au cœur de son œuvre.Par ailleurs, la réalité des Indiens des villes américaines, et du racisme dont ils font l’objet, est fort bien rendue dans Indian Killer (10/18), un roman du jeune Sherman Alexie, un Cœur d'Alène qui a grandi sur une réserve.Plus près de chez nous, dans un style sans fioritures, Jeanne-Mance De-lisle nous donne des Nouvelles d’Abitibi (BQ).Un recueil aux accents rauques, traversé par le désir des femmes et qu’on peut lire comme un hommage à ceux qui habitent ce coin de terre québécois dépeuplé.Les grands-parents de Gabriel-le Roy ont immigré vers l’Ouest canadien.Pour la jeune femme, nous rappelle François Ricard dans Gabrielle Roy.Une vie.(Boréal compact), ce départ revêtait des allures de western.Issue d’une famille de migrants, elle quittera son pays pour l'Europe, puis^our une contrée plus abstraite: l’écriture.La réussite de cette biographie est-elle liée à la réticence qu’éprouve son auteur pour les biographies d’écrivains qui, selon lui, "détournent l'attention de l’œuvre au profit d'aspects parfois secondaires d’une vie»?Si François Ricard n’hésite pas à opposer la vie de Gabrielle Roy à ce qu’elle en écrit elle-même (par exemple, son absence au chevet de son père, lors de son agonie, alors qu’elle se décrit dans la Détresse et l’Enchantement totalement bouleversée par l’événement), il se garde bien de juger l’écrivaine, et tente plutôt de comprendre comment le réel se transforme en littérature.Exemplaire.Dans Une poignée de gens (Folio), d'Anne Wiazemsky, Marie Belgorodsky, une quarantenaire parisienne, est retracée par un vieux Russe qui lui remet le journal intime de la famille princière Belgorodsky dont elle est la dernière descendante.Intitulé Livre des destins, le journal relate la vie de ses ancêtres avant et après la Révolution de 1917, au moment où le prince est forcé d’abandonner ses terres aux paysans en révolte.Anne Wiazemsky laisse entendre, par la volonté des Belgorodsky de collaborer à cette organisation sociale révolutionnaire, que le partage des privilèges aurait pu être possible.Mais, comme l'histoire le prouve, les nobles n’étaient pas tous aussi bons princes.Une jolie histoire.Pour avoir une idée de la Russie d’aujourd’hui, La Mort pour la mort (Points) d’Alexandra Marinina, est tout à fait indiqué.Jadis lieutenant-colonel de la police judiciaire de Moscou, Alexandra Marinina est maintenant l’auteure très bien informée de romans policiers qui dénoncent la corruption des nouvelles institutions russes et le pouvoir quasi exclusif de la mafia.Ins-truçtif et bien mené.Electre à la Havane (Métailié Suites), d’Edouardo Padura, est tout aussi révélateur de la société cubaine, en mode plus noir.Un policier en panne d’écriture enquête sur la mort d'un jeune homosexuel.Cette enquête lève le voile sur deux sujets tabous à Cuba: l’homosexualité et la culture (autre que celle du Parti).On s'étonne que la publication des romans d’Edouardo Padura, qui vit toujours à Cuba, soit autorisée compte tenu de leurs propos critiques, voire cyniques envers le régime de Castro.Une belle découverte, à lire en dégustant un café, denrée qui fait cruellement défaut au policier écrivain.Après avoir lu le roman de Padura, on comprend que plusieurs écrivains cubains choisissent l'exil.Ce fut le cas de Zoé Valdès.Paraissait récemment Soleil en solde (Mille et une nuits), un court récit qui illustre la débâcle du pays, aussi hallucinant qu’une insolation sur une plage de Cuba, lieu où se déroule l’action.Est-ce parce qu'il est né à Santiago de Cuba que Paul Lafargue a écrit Le Droit à la paresse (éditions Allia)?Ce court essai écrit en 1883 fait réfléchir les modernes que nous sommes.En gros, Paul Lafargue estime que l’homme est l’artisan de son propre malheur en ne cessant de réclamer son droit au travail.Pour celui qui fut le gendre de Karl Marx, trois heures de travail par jour élimineraient chômage et surmenage et permettraient aux mortels que nous sommes de profiter des plaisirs de la vie.A glisser dans la valise du workholic ou sous le nez d’un employeur zélé.Enfin, ceux qui voudront profiter de l’été pour plonger dans l’œuvre de Franz Kafka seront bien servis avec Kafka, récits, romans, journaux (La Pocho-thèque).L'édition présente dans l'ordre chronologique les romans (Le Procès et Le Château), les journaux intimes des années 1912 et 1917 et plusieurs nouvelles de Kafka, l’ensemble, entrecoupé d’éléments biographiques concernant l’écrivain, ainsi que des commentaires éclairants et des analyses de Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent 11 y manque toutefois un texte biographique important: la Lettre au père (Folio bilingue), jamais remise à son destinataire parce qu’elle «m ’existait que pour être écrite, pas pour être lue».En vrac .«La marche est souvent un détour pour se rassembler soi», écrit David Le Breton dans son essai Éloge de la marche (Métailié essais).C’est le livre qu’il vous faut si vous troquez la voiture pour les espadrilles.Ceux qui sont convaincus des bienfaits et des plaisirs que procure cette activité seront confortés dans leur pratique.Les autres y trouveront de bonnes raisons de persévérer, malgré quelques ampoules aux pieds.Un autre essai, plutôt pointu: Comment faire rire un paranoïaque (Poches Odile Jacob), de François Roustang, un recueil de textes où l’auteur remet en question la psychanalyse et sa prétention à guérir le sujet; un ouvrage pour lecteurs avertis.Aussi à signaler, le roman de Sylvain Tru-del, Terre du roi Christian (Typo), qui raconte une histoire d’enfance marquée par l'absence du père.En plus léger, les Nouvelles chroniques de San Francisco d’Armis-tead Maupin (10/18) présentent, sous forme de saynètes, des portraits d’Américains d’un réalisme désopilant.Un phénomène littéraire aux Etats-Unis.Et pour finir, lœ Carnet noir, un polar d’Ian Rankin, un auteur écossais très populaire en Grande-Bretagne.Lecture en cours, pour celui-ci; ça semble très prometteur.S A M EDI 17 ET I) I M A N < HE 18 .1 I 1 N 2 O O 0
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