Le devoir, 11 mars 2000, Cahier D
I.K l> F.VOIR I.K S S A M K l> LE DEVOIR Lettres québécoises Page D 3 Hannah Arendt Page D 4 Roman de l'Amérique Page D 6 ?: Jean Dallaire Page D 7 Formes Page D 8 I 1 te -miww K Société JACQUES GRENIER LE DEVOIR P La langue de chez nous On la glorifie, on la traîne dans la boue, on la récupère.On s’en drape, on s’en débarrasse, on la trompe et on y revient.Elle est au cœur de nos plus vigoureux débats, menace constamment de nous abandonner.Alors, on la protège et on la soigne, on la choisit et on la porte, à bout de bras, tant bien que mal, bon an mal an, comme un trophée ou comme une tare: c’est notre langue.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR ! our tout observateur extérieur, la question linguistique prend au Québec les allures d’une véritable obsession», lit-on dans la présentation de l’essai La Langue et le Nombril - Histoire d’une obsession québécoise, de Chantal Bouchard, qui obtenait en 1999 le prix Genève-Montréal.Mais quelle est-elle donc, cette langue sans nom que l’on parle ici, ni vraiment française ni vraiment québécoise, bâtarde, mais pourtant parlée et comprise, parfois même écrite, par une majorité de Québécois?Pour le dictionnaire Robert, la langue est un «système d’expression du mental et de communication, commun à un groupe social (communauté linguistique)».Le groupe social, en l’occurrence, c’est le Québec.Or, «au Québec, on n’est pas des Français», lance le linguiste Lionel Meney, qui vient de publier, chez Guérin, un dictionnaire de «traduction» québécois-français «pour mieux se comprendre entre francophones».C’est par leur langue, entre autres, que les Québécois se démarquent des Français, dont ils ne partagent pas l’héritage historique (du moins pas entièrement) ou géopolitique, l’organisation, le poids démographique, voire les valeurs.Mais c’est par la langue aussi que les Québécois se dissocient des Anglo-Saxons, avec lesquels ils partagent pourtant un continent, une certaine histoire et un groupe de valeurs typiquement américaines, souligne Meney.Quelle lourde tâche symbolique porte donc cette langue québécoise qui n’en est pas vraiment une, emblème fragile d’un pays en constant devenir.La langue inventée de l’écrivain «Parfois je m'invente, tel un naufragé, dans toute l’étendue de ma langue», écrivait Gaston Miron, cité par Lise Gauvin dans un essai intitulé Langagement, récemment paru chez Boréal, qui étudie le lien entre la langue et les écrivains québécois.«Les écrivains ont toujours été les inventeurs de la langue, dit Lise Gauvin, et l'écrivain doit toujours travailler sa langue.» Prenant source dans les propos du poète Octave Cré-mazie, qui affirmait que «ce qui manque au Canada, c’est d’avoir une langue bien à lui», l’essai s'attarde à l’usage du jouai prôné par la revue Parti pris.11 relate l’émergence des manifestes linguistiques, du Speak White (1968) de Michèle Lalonde à La Grande Langue (1993) d’André Brochu, qui célébrait pour sa part l’usage de l’anglais.«Il faut en finir avec l’identité.Il faut être autre, parler autre», écrit ce dernier.VOIR PAGE D 2: LANGUE CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR est peut-être au cours de la nuit que la poétesse et romancière a tracé les premières lignes de ce roman, qui se déroule à la campagne, dans une région lointaine du Québec, dans une petite communauté où les êtres vivent proches les uns des autres.Ce pourrait être aussi par une nuit d’inquiétude que ses personnages, tous amis de l’héroïne Jeanne, ont surgi de son imagination pour devenir les rouages attachants, indispensables, de cette histoire.À l’image du personnage principal de Jeanne, Christiane Frenette est peut-être insonmiaque.«Le bonheur, c’est dormir», ose pourtant lancer Marianne, le personnage le plus extraverti du roman, au beau milieu d'une classe de philosophie qu’elle partage avec Jeanne.«Dormir est un geste subversif.C’est refuser le monde tel qu'il est et le refaire hors de tout contrôle.Le sommeil est le lieu de la révolution intérieure», lit-on encore.Volubile, fonceuse, urbaine et délurée, le personnage de Marianne jure un peu dans l’univers de Christiane Frenette, cet univers feutré, tout en subtilité, où les personnages avancent lentement, furtivement, comme les animaux dans la forêt en hiver.«Marianne est le seul personnage dans lequel je ne me retrouve pas», confesse d'ailleurs Frenette en entrevue.Il y a dans les romans qu’on écrit des morceaux de personnages que l’on est, et des morceaux de personnages que l’on voudrait être, confie-t-elle.Peut-être est-ce précisément pour cela que Marianne la flamboyante, Marianne l’infidèle aussi («je ne sais même pas si j’aurai envie de revenir»), s’attire une telle admiration de la part de Jeanne, la timide, la dévouée; Jeanne qui partira travailler dans une boulangerie à la campagne, pour être près de Gabrielle, son amie, à jamais handicapée par un accident de voiture, plutôt que d’exercer son métier de traductrice.VOIR PAGE D 2: AMITIÉ C’EST DANS L’ABSENCE QUE LES GENS RÉVÈLENT SOUVENT LEUR IMPORTANCE, LORSQU’ILS NOUS ÉCHAPPENT POUR QUELQUE TEMPS.ALORS, DES NUITS DURANT, NOUS ATTEN- DONS LEUR RETOUR, INTERROGEANT LEURS SECRETS.La Nuit entière est le titre que Christiane Frenette a DONNÉ À SON PLUS RÉCENT ROMAN, PARU CHEZ BORÉAL.On y rencontre des personnages qui s’aiment et qui, par conséquent, s’inquiètent des uns et des autres, SE SENTENT MUTUELLEMENT RESPONSABLES.saion du Livre De L’ouraouais 32 au 26 mars 2000 ~ Palais des congrès de Hull ADULTCS: 6$ ADOLescenTS: 3$ EnFaniS: Graruix (il ans et moins) Lire au* e gluts ¦F » 1 ] i i LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MARS 2 0 0 0 B 2 SUITE DE LA PAGE D 1 L’idée de ce roman est venue à Christiane Frenette de deux citations de René Char, jadis transcrites dans un cahier.«L’ami qui reste n’est pas meilleur que l’ami qui part» et «la fidélité est une terre usurpée».Et c’est encore l’œuvre de René Char qui lie, à un certain moment, Jeanne à Victor, l’ami boulanger qui disparaîtra à la fin du livre et que Jeanne ne pourra pas guère retenir elle non plus.Car on devine un insatiable besoin des autres dans l’œuvre de Christiane Frenette.Un impérieux besoin d’intimité, de fusion, d’«être à l’autre», comme l’explique l’auteur, au point de tenter de déceler ses humeurs, sa peine.Ambitieuse entreprise.Car l’intimité, c’est tellement rare, reconnaît-elle.Les plus grandes amitiés laissent souvent presque entier le mystère que l’autre porte en lui.«Je pense que j'essaie de contrer quelque chose que je trouve très agressant dans notre société et qui s’appelle l’individualisme», reconnaît Frenette.Très vite, ce besoin est cependant doublé du sentiment récurrent que le secret de l’autre nous échappe toujours, qu’il ne nous est souvent révélé qu’après des années et des années de fréquentation, alors que l’on ne s'en doutait pas.Son premier roman, La Terre ferme, qui vient d’être réédité dans la collection «Boréal compact», ne raconte-t-il pas l’histoire d’une mère qui craint que sa fille ne commette le suicide?«Mon absence sera le dernier cadeau», écrivait-elle dans Lettre aux enfants qui s’éloignent, poème publié dans le recupil Les fatigues du dimanche, aux Editions du Noroît.Ne reste plus que la nuit pour laisser monter l’inquiétude, comme celle de Jeanne, alors que son conjoint est parti on ne sait où, que son fils, Jérôme, est gardé par ses grands-parents, AMITIÉ Cil H IS II A M FRIMIII IA NUIT ENTIERE que son ami Victor s’est enfiii, portant en lui tout le poids d’une faute grave, une inquiétude qui creuse des sillons sous les yeux.La nuit, pour éviter que les «balles perdues», ces coups durs que nous envoie la vie, n’achèvent les gens qu’elle aime, comme elles ont achevé l’orignal qui vient finir ses jours à la porte de Jeanne et qu’elle ne peut sauver de la mort.Et il reste aussi le pain, celui que l’on refait tous les jours et qui finit par former le ciment ferme de la vie.Comme ses étudiants, puisqu’elle enseigne la littérature au cégep de Lévis-Lauzon, les personnages de Christiane Frenette se trouvent à une période charnière de leur vie, ce passage de la vie rêvée à la réalité, des études au marché du travail, cette épreuve que représente la perte des illusions.C’est l’heure des choix, parce qu «on ne peut pas être partout à la fois».«Ce qu’on pensait que la vie avait à nous offrir et ce qu’elle nous offre, c’est parfois différent», dit-elle.Au fil du temps, donc, la lucidité fait son œuvre, mais l’avenir échappe au tragique, souvent de justesse, dans les romans de Frenette.La jeune fille suicidaire rentre finalement L 1 V chez elle après avoir flirté avec la mort Le mari violent passe à côté de son ennemi juré.Alors que le personnage principal de son dernier roman menaçait constamment de se jeter dans le fleuve, avant de choisir pour de bon la terre ferme, ceux de La Nuit entière sont bien ancrés sur terre et dans l’existence.Mais leur cheminement dans la vie n’en est pas moins jalonné de doutes, d’hésitations et d’épreuves.D’abord poète Aujourd’hui âgée de 45 ans, Christiane Frenette a d’abord choisi la poésie, ce médium dense et intense qui la plaçait constamment au centre de l’écriture.Puis, le roman lui a donné l’occasion de sortir d’elle-même, de vivre plusieurs vies à travers ses personnages, de s’éclater dans l’espace et le temps, et c’est à ce genre qu’elle veut désormais se consacrer.Mais comme ses personnages, Christiane Frenette est mystérieuse.Il faudrait sans doute une vie entière pour débusquer ses secrets.La Nuit entière, comme La Terre ferme, est un suspense entremêlé de poésie.L’action s’y amorce à pas lents, comme les saisons qu’on ne peut embrasser dans un seul chapitre mais qui envahissent le roman, se déployant pourtant un jour après l’autre, et comme l’amitié, qui se noue pas à pas et devient subitement une part essentielle de la vie.Vers la fin, les secrets qui entouraient les personnages se dissipent, l’œuvre adopte soudain une autre cadence et le lecteur se retrouve au milieu d’un thriller.Des balles se perdent dans la nuit.Insaisissables, les grandes amitiés résistent pourtant longtemps aux coups.Il faut les laisser faire leur œuvre.LA NUIT ENTIÈRE Christiane Frenette Boréal Montréal, 2000,192 pages R E S ** SUITE DE LA PAGE D 1 Comment, dans ce contexte, ne pas parler de Michel Tremblay et de son théâtre?.«Au modèle imposé jusqu’ici par l’école d’un français écrit, littéraire, et fondé sur les ouvrages du passé, on venait tout à coup, sinon de substituer, du moins d’autoriser un modèle oral», et ce modèle était tiré tout droit de notre culture populaire, écrit Chantal Hébert, citée par Gauvin, décrivant le choc créé par les premières représentations des Belles-sœurs, en 1968.Cette liberté prise par Tremblay avec la langue écrite a fait des petits.Par exemple, typiquement québécois est ce e qu’on ajoute à la fin du mot écrivain, pour le féminiser et célébrer les écrivaines qui participent elles aussi à la formation de l’identité québécoise.«Elles se sont donc nommées écrivaines, sachant qu’il n’y a de vain ou de vaine que ce qui n’a pas encore accédé à la conscience ou à l’écriture», écrit Gauvin.Cette forme «est rarissime en français standard», nous dit pour sa part le dictionnaire de Meney.Descriptif plutôt que normatif, l’ouvrage de Meney ne compte pour sa part pas moins de 9000 entrées, recensées à même un vaste corpus emprunté à la littérature québécoise.Les entrées vont d’enfi-rouaper à environnemen-taliste, de tiguidou à envoler, de diachylon à bar-nicles (qui s’écrit aussi barniks, barniques, berniques, bornicles ou berniques) et qui veut dire, bien sûr, «lunettes», en passant par anticonscription, sans oublier rednecks, granole, tabarnac ou chialeux.On y recense même l’expression «What does Quebec want?» pour ceux qui veulent approfondir leur compréhension du Québec.LANGUE L’auteur, Français d’origine vivant au Québec depuis les années 60 et qui enseigne la traduction à l’Université Laval, s’est donné pour mission de comparer systématiquement chacune de ces expressions québécoises par rapport au français standard.Son ouvrage vise entre autres les traducteurs appelés à adapter en français international des ouvrages faits au Québec.On y apprendra entre autres que diachylon, terme fréquemment utilisé au Québec pour nommer un pansement adhésif, est en fait un sparadrap en France et dans tout le reste de la francophonie.S’inspirant de textes d’auteurs québécois, il veut permettre aussi «aux non-Québécois de mieux accéder à la connaissance du Québec».Bilingue, donc, son dictionnaire?Non, puisque le québécois n’est pas une langue en soi, et qu’il demeure en grande partie tributaire du français.L’apparition du jouai, que l’on tenait jusqu’alors caché, dans la langue écrite au Québec était, selon Meney, souhaitable et inévitable.Langue populaire, le jouai perdait du coup son statut de secret de famille honteux.Espace de création La thérapie a porté fruits.Selon lise Gauvin, la langue est devenue espace de création, et les Québécois en font désormais un usage décomplexé, loin des excès auxquels avait peut-être conduit la révolution linguistique des années 70.Pour Meney, les Québécois sont aujourd’hui placés devant quatre possibilités par rapport à leur langue.Ils peuvent parler anglais, solution simple qu’ils ont déjà rejetée.Ils peuvent parler jouai, s’éloignant ainsi d’un patrimoine français riche et susceptible de leur être profitable.Ils peuvent tenter de parler comme les Français, niant ainsi des disparités géographiques et culturelles flagrantes.Ou ils peuvent tenter de se forger une langue québécoise, comme les Danois, eux-mêmes six millions, qui parlent le danois entre eux.Car la position géographique du Québec le rend depuis longtemps, sur le plan de la langue, plus autonome envers la France que d’autres régions francophones, comme la Belgique ou certaines parties de l’Afrique, où les références à la France sont plus récentes et plus constantes.«Cette autonomie nous sert et nous dessert en même temps», dit lise Gauvin.Mais même cette «langue» québécoise, si elle obtient un jour droit officiel de cité, devra, croit Meney, rester proche et intelligible de l’ensemble de la francophonie.«Si on fait une norme qui s’éloigne beaucoup [du patrimoine français], dit-il, cela fera une rupture.» Or les Québécois éprouveront toujours, croit-il, le besoin de s’abreuver à une culture qui leur soit extérieure, et le besoin aussi d’être compris par l’étranger.DICTIONNAIRE QUÉBÉCOIS FRANÇAIS Lionel Meney Guérin Montréal, 2000,1886 pages LANGAGEMENT Lise Gauvin Boréal Montréal, 2000,256 pages DICTIONNAIRE QUÉBÉCOIS FRANÇAIS NLangagomeiJI GRC R< \i ir>F“ JUKI.*naud-Bray — *nj]unfc—tgarnéau—— PALMARÈS du 2 au 8 mars 2000 i ROMAN Et si c'était vrai.5 Marc Lévy R.Laffont 2 PSYCHO.La guérison du cœur 6 Guy Corneau L'Homme 3 B.D.Blake et Mortimer n'14 - La machination Voronov 3 Sente & JuMard Blake & Mortimer 4 HISTOIRE 100 ans d'actualités - La Presse 13 Collectif La Preste s ROMAN Balzac et la petite tallleuse chinoise « 4 Dal SIJie Gallimard 6 SPIRITU.L'art du bonheur * 53 Dalaï-Lama R.Laffont 7 ESSAI Q.Vivre, aimer et mourir en Nouvelle-France 3 AncM Lachance Libre exprès.B HORREUR Hannibal 7 Thomas Harris Albin Michel 9 NUTRITION Quatre groupes sanguins, quatre régimes 23 Pater J.D'Adam) du Roseau 10 JEUNESSE Quand les grands jouaient à la guerre « 4 lléna F.- Gruda Actes Sud 11 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous v 123 1.Nazare-Aga L'Homme 12 PSYCHO.À chacun sa mission 17 Monbourquetle Novalls 13 JEUNESSE Harry Potter : coffret 3 vol.13 J.* K.Rowling Gallimard 14 B.O.Adulte La débauche e 5 Tard) a Pennac Gallimard 15 CUISINE 20 Ryulchl Yushli Sollne 16 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 v 155 N.Walsch Ariane 17 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) « 27 Henriette Ma|or Fldes 18 ESSAI 0.Sortie de secours 5 Jsan-F.Lisàe Boréal 19 ESSAI Docteur Patch Adams - Quand l'humour se fait médecin 8 Patch Adams Stanké 20 NUTRITION Recettes et menus santé, tome 2 6 M.Montlgnac Truster 21 B.D.Album Spirou n‘252 2 Tome & Janry Dupuis 22 SPIRITU.Le Vatican mis à nu 4 Collectif R.Laffont 23 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus « 313 John Gray Logiques 24 ROMAN Un parfum de cèdre * 25 A-M.Macdonald HammsrionQ 25 PHILO.Le siècle de Sartre « 4 Bernard H.-Uvy Grasset 26 NUTRITION Une assiette gourmande pour un coeur en santé 20 Collectif Institut de cardiologie 27 ROMAN Autobiographie d'un amour 25 Alexandre Jardin Gallimard 28 ESSAI Q.Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole 17 Fernand Folay Lanctftt éd.29 ÉDUCATION Les carrières d'avenir au Québec 2000 5 Collectif Ma Carrière 30 POLITIQUE La mondialisation de la pauvreté « 68 MChoaudovaky Écoeoclèté 31 SCIENCES 18 Y.A.- Bertrand detaMartMére 32 CUISINE Les plnardlses : recettes & propos culinaires « 278 Daniel Pinard Boréal 33 ROMAN Geisha v 57 A.Golden Lattès 34 POÉSIE 0.7 Léonard Cohen l'Hexagone 35 ROMAN Q.Fitlion et frères « 3 Françole Gravai Q.-Amérique 36 BIOQRA.L'adversaire 8 E.Carrère P.O.L 37 MÉDECINE Docteur tendresse 3 Pfltch Adams Alex.Stanké 38 ÉSOTÉRIS.4 Kryeon Ariane 39 ROMAN 3 Salve Plein Bettond 40 PSYCHO.1 Robert Hopcke R.Laffont Livres -format ooche 1 B.O.Dragon Bail n*40 - La fusion 4 Aklra Tortyama Glénat 2 ROMAN Le journal de Bridget Jones * S Helen Fielding J'ai lu 3 FICTION 2 DarHon A Schmr Pleuve noir 4 ROMAN Q.La petite füto qui aimait trop les aNumsNM 6 Gaétan Soucy Borétecomp.5 ROMAN Las cendres d'Angela « 54 Frank McCourl J'ai lu 9 : Coiim dt ootur RB : 1èr* «amaina aur notre M» ^ nombre de semaines DEPUIS LEUR PARUTION ROMAN Derrière le coma éthylique : imposture et misogynie LE ZOO DE BERLIN Louis-Bernard Robitaille Editions Boréal Montréal, 2000,288 pages ÉRIC SABOURIN La quantité prodigieuse d’alcool qu’avale le banquier Patrick Delarue, le protagoniste du roman Le Zoo de Berlin, fait grand honneur à la vaste confrérie des alcooliques.Perçu comme un rustre bûcheron du Canada par ses subalternes et collègues français (on connaît la chanson!), l’antihéros est d’origine montréalaise et irlandaise.Qu’on ne se méprenne cependant pas, M.Delarue est devenu un authentique Parisien blasé, toujours en état d’ébriété, ou en voie de l’être! Sur le ton de la notoire mais infâme condescendance parisienne envers le reste du genre humain et de l’univers, un intermédiaire de sa conscience s’exprime avec les expressions argotiques à la mode.Ce ton narratif rend tout très vite imbuvable, puisque ce narrateur est parfois plus âcre et rêche que la plus vulgaire piquette.L’histoire de Delarue se résume à celle d’un mâle au bord du gouffre, fiiyant à Berlin le scandale appréhendé d’une enquête policière pour malversation et délit bancaire.Pendant quelques jours, dans le Berlin des années 90, cette existence chancelante à la remorque de tous les débits d’alcool sur son passage est en proie au spleen des rassasiés de la haute finance et aux remises en question de la quarantaine.Quelques photos dans une enveloppe le poussent à un retour sur ses ori- KCV Gouvernement Government ¦ wl du Canada of Canada gines familiales, le seul moment un peu émouvant du récit, surtout son rapport troublé avec un père décédé, jadis incarcéré pour crimes mafieux et dont il avait rejeté le nom d’O’Flaherty pour adopter celui de sa mère.Mais cette relation père-fils est trop effleurée pour soutenir l’empathie.Terme final de la mince affabulation, Patrick Delarue sortira indemne de la supposée «affaire» scandaleuse qu’on n’aura jamais beaucoup pénétrée de toute façon, puisque les policiers ne seront pas à la hauteur des exigences de Tenquê-te et que les juges d’instruction classeront le dossier après une série de mises en examen infructueuses.L’éloquente scène ultime du roman montre deux femmes on ne peut plus figurantes durant tout le récit la maîtresse de l’instant et l’épouse de service de Delarue, qui se croisent à l’issue d’une soirée mondaine.Elles s’agitent à peine dans ce dernier numéro de fausseté, de spéciosité et d’artifice, sans doute voulu comme un effet de miroir, dernier élément d’une savante représentation du monde: ainsi, le propre des femmes, par leurs soucis factices ou les paroles constamment insipides qu’on leur fait prononcer dans les marges du récit serait la séduction et la légèreté au service des deux mâles triomphants qu’elles servent parce que ceux-ci les entretiennent.Voilà la haute sodété.Que reste-t-il donc de ce roman dans cette tempête brève?Justement il s’agit d’un navire déserté.Il n’y a pas un seul personnage attachant dans ce cinéma et aucune chaleur humaine en renfort malgré les hectolitres d’alcool ingurgités.Tous les rôles secondaires l.ouis-BiiRNARD Robi iaiu i: LE ZOO DE BERLIN sont épisodiques ou tenus par des ratés ou des loques humaines que le narrateur décrit avec mépris, de loin le sentiment s’il en est un, qui collera en définitive comme étant celui de tout l’ouvrage.En filigrane, le mépris des femmes se révèle d’ailleurs insupportable: les figurantes du roman sont confinées à des rôles de subalternes, de servantes, de maîtresses, de femmes mondaines désœuvrées, de putes ou de vieilles filles flétries, toutes décrites sous le seul angle de leurs attributs sexuels, lorsqu’elles ont la chance de les avoir conservés.Si l’invention de la trame narrative est faible, la disposition des événements narratifs est alambiquée, et quoiqu’il soit de bon ton de ne pas composer un récit linéaire, on dépasse ici les bornes en matière de retours en arrière (analepses ou flashs-back).En ce qui a trait au point de vue narratif et à la cohérence du personnage du banquier, celui-ci réfléchit davantage en bohème parvenu dans ses vision^ ou ses perceptions qu’en financier.A la rescousse de cette imposture, peu de choses: certainement pas une écriture limpide et travaillée.A cet égard, même si on comprend que le prologue de vingt-six pages devait donner au lecteur une impression de quasi-somnambulisme, avouons que cette prolixité, arrivant à peine à rendre ce coma «éthylique», reste un peu inexcusable.D’autres causes fondamentales embourbent la lecture.Passons sur la ponctuation bancale, trop souvent omise ou confuse, créant plusieurs phrases amphigouriques.Le plus décevant, c’est la fréquente indifférence fece au lecteur moyen: on donne, page 190, des explications sur le patronyme de Delarue qu’il eût fallu connaître dès le début du roman.11 y a encore les sigles, les énumérations voyageuses et les références à l’actualité politique française que le lecteur québécois ne saisira pas d’emblée.Les seuls brefs moments intéressants du récit demeureront les souvenirs de l’enfance.Une remarque finale: quand l’auteur raconte des faits, le texte glisse, mais quand il essaie de créer une ambiance onirique, une atmosphère d’introspection vraiment littéraire, il s’embourbe.La suffisance de ce banquier conquérant ne peut faire oublier l’imposture d’une narration où beaucoup de choses titubent! RÉCITS JE PARLE FRANÇAIS VOUS SEREZ FASCINÉ PAR CETTE CÉLÉBRATION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE FRANCOPHONES Je parle français présente la francophonie canadienne dans toute sa richesse et sa diversité.Ce livre magnifiquement Illustré retrace avec émotion les parcours, les lieux de mémoire, les réglons, les villes et les villages qui sont devenus des symboles et des témoins de l'évolution culturelle, économique et sociale des francophones au Canada.Alto Available in English Livre à couverture toupie • 18,SS S Édition reliée • 34,95 $ 112 pages Numéro de cat.: CH4-40H999F Numéro de cat.: CH4-40/1999-1F 26 ( 33 cm ISBN : 0-662-83870-X POStG L°s Editions du gouvernement du Canada Travaux publics et Services gouvernementaux Canada Ottawa (Ontario) Kl A OS9 Téléphoné (si9) 956-4800 ou 1 800 635-7943 Télécopieur (819) 994-1498 Internet http://publications.tpsgc.gc.ca Canada Sarajevo, jadis ! D’UN PRINTEMPS À L’AUTRE Récits par Isak Samokovlija traduits du serbo-croate p^r Jean Descat Éditions Payot Paris, 1999,334 pages NAlM KATTAN Avant que la guerre fratricide ne déchire sa population, Sarajevo était une ville cosmopolite où des communautés religieuses et des groupes culturels vivaient côte à côte.Au XIV' siècle, les Juifs espagnols (séfarades) fuyaient l’Inquisition et trouvaient refuge dans l’Empire ottoman dont les Balkans faisaient partie.Isak Samokovlija décrit les Juifs de Sarajevo, les descendants des rescapés de l’Inquisition, tels qu’ils vivaient au début du XX' siècle.Né en Bosnie en 1889, l’auteur ap partenait à la communauté juive de Sarajevo où il fit des études de médecine qu’il poursuivit ensuite à Vienne.Entre les années 20 et 30, il écrit des récits où il met en scène des person- nages hauts en couleur appartenant à cette communauté: des hommes et des femmes naïfs, simples, malmenés par la société et par la nature.Ainsi: le cordonnier veuf qui guette les regards, croit-il, attentifs d’une bonne qui cependant convole en juste noces avec un voisin; l’apprenti maltraité par son patron et plus encore par la femme de celui-ci; ou encore une orpheline de mère élevée par son père.Comme il en est de chaque minorité, les solidarités sont fortes, réelles, parmi les Juifs de Sarajevo, mais aussi les querelles, les luttes et les controverses.Pour les faire connaître, l’auteur a cherché à épouser la mentalité de ses personnages.Il laisse voir les remous qui agitent cette société, sans donner à voir les mouvements profonds qui la déchjl rent.Il a choisi le pittoresque, mer-tan t de l’avant ce qui frappe.Ce roman présente un groupe avec ses bizarreries, ses superstitions, sans que le lecteur puisse comprendre les valeurs qui l’animent et lui donnent son vrai caractère.* t f 4 I LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET D 1 M A N ('.Il E 1 2 M A R S 2 0 0 0 Livres ROMAN QUÉBÉCOIS Du nord au sud, avec aller-retour CARNETS DE NAUFRAGE Gui)laume Vigneault Les Editions du Boréal MontréaL 2000,264 pages Ainsi vont souvent les premiers romans: même si leurs auteurs résistent bravement à la tentation autobiographique ou la noient parmi des anecdotes fantaisistes, on ne peut qu’y lire la défense et l’illustration de leurs rêves, de leurs colères ou de leurs préjugés, qui sont peut-être ceux de leur tranche d’âge ou de leur sexe.Cela peut donner des livres de «gars», comme récemment ceux de Maxime-Olivier Moutier, de Bruno Hébert, de Jacques Desfossés, de Patrick Brisebois.L’imaginaire y cogne dur, même s’il tente de se racheter par l’humour: repères sociaux et familiaux dynamités, sexualité agressive et désinvolte, etc.Il y a également, forcément différents, des livres de «filles».La tendance semble être là, dans l’air du temps, récupérée avec profit par une «fureur» télévisée et de nombreux humoristes en herbe: même s’ils ont 25 ou 30 ans bien sonnés, garçons et filles s’attardent dans un climat d’adolescence, se retranchant dans leurs camps respectifs, comme si on se sentait mieux entre soi, malgré une lancinante attirance vers l’autre.Ils jouent à être deux peuples, deux races hostiles et également fascinées par l’autre, les premiers voulant montrer qu’ils sont forts et durs — ou meilleurs qu’elles —; elles, décidées à ne pas s’en laisser imposer.S’ils écrivent, c’est à partir d’eux et, en dépit de bien des détours, sur eux-mêmes, ce qui est tout à fait excusable: avant de parler du monde, et à supposer qu’il en vaille la peine, on parle de soi.Ce sont des cris, des aveux peut-être, où la littérature ne trouve pas toujours son compte.Mais il n’est pas dit que cela ne viendra pas un peu plus tard.Carnets de naufrage est de cette race de romans.En 50 petits chapitres, Alex, un Montréalais de 27 ans, raconte quelque six mois de sa vie.Un peu étudiant en lettres — si peu, à vrai dire, qu’on n’est pas du tout surpris de le voir décrocher —, il est davantage barman à temps partiel.Et surtout, surtout, il vient d’être laissé par Marlène, partie pour réfléchir, mais aussi un peu parce qu’elle en aime un autre.Cependant, eÛe l’aime encore, son Alex.Allez donc comprendre les filles ou, pire, essayer de raisonner avec elles.Quand on les caresse et qu’elles jouissent qui peut être sûr, n’est-ce pas, qu’elles ne pensent pas à quelqu’un d’autre?Portrait d’un tombeur Alex est foudroyé sur le moment, mais bon, mais ça n’est pas tout, ça.Parce que, hop, il faut bien continuer de vivre, non?Et comme, foi d’un copain, il a du «pouvoir» sur les femmes, Alex séduit une jeune Lolita — elle s’appelle Camille — puis, pour l’exotisme peut-être, une Serbe, Katarina.C’est agréable, mais ça n’arrange rien.Elles sont désirables, ces filles, mais aussi compliquées que Marlène.Et il n’est pas sûr que l’une chassera l’autre dans son petit cœur.Volage, ce garçon?H est en tout cas désinvolte à la ville comme en amour, mais tout à la fois jaloux comme un Robert Chartrand petit coq.Ne sachant pas toujours ce qui le retient de casser la figure de ces gars qui tournent autour de ses blondes, il se laisse parfois aller.Charmeur, opportuniste, un tantinet pique-assiette — il a des copains vraiment chic qui ne demandent pas mieux que de ITiéberger ou de lui prêter de l’argent —, Alex a une vie organique importante.D s’applique à vivre à ras de sensations.Il boit beaucoup, il aime bien bâfrer, quitte à avoir des lendemains de veille éprouvants, dont il se remet en deux temps trois mouvements.Alex a un corps d’acier et un estomac de fer.Et si le monde est moche, lui, il tient la forme.Quoi d’autre?Il raffole de la natation, où il prend plaisir à éprouver sa résistance jusqu’à l’épuisement, pour flirter brièvement avec la mort.Ce n’est pas qu’il soit suicidaire.Mais qu’il fait bon, pour lui, de vivre un peu dangereusement! Il fuit la réalité et ses contraintes, mais se rabat sur le courage physique.C’est un peu son rachat Cette dépense physique ne l’empêche pas de bavarder volontiers avec les copains ou d’essayer de discuter avec les filles — car il soupçonne, sans le dire, qu’il est comme tous les humains, un être de langage.Mais il n’en résulte que du décousu: on gaspille sa salive et on est plus confus après qu’avant ou plus fâché.Alors qu’on est si bien, que tout devient si simple quand on bricole, qu’on cuisine ou, mieux, qu’on joue au billard tranquillement, entre hommes.D fait bon à Montréal: le scotch est excellent et les loyers, plus qu’abordables: on peut y vivre agréablement avec peu, à condition de savoir s’y prendre.Mais Alex part pour le Mexique sur un coup de tête.Il y aura à peu près la même existence: repas gargantuesques, virées nocturnes.Mais voici du sérieux: il fait la connaissance d’un quinquagénaire, Bernard Juneau, un météorologue québécois qui a tout laissé tomber.Ce dernier vit désormais en solitaire sur son voilier et il fait du surf.Il y a du Hemingway chez cet homme bâti comme un buffle; c’est le vieil homme et la vague, pourrait-on dire, qui fait subir à Alex le jeunot l’épreuve du silence — que celui-ci passe haut la main.— avant de l’initier au surf.Alex se lance à corps perdu, se fait culbuter dangereusement, mais en redemande.Il veut faire ses preuves devant cet homme qui le séduit II lui arrivera d’être grisé au point de croire qu’il défie, l’espace de quelques secondes, les lois de la physique.Alors, note-t-il, mou de la üttémtuïe CHRISTIANE FRENETTE I) ou viennent toutes ces bulles perdues qui nous atteignent droit au cœur ?LA NUIT ENTIERE Lauréate du PRIX DU GOUVFRNLIJR GÉNÉRAL 1998 pour son roman LA TLRRF FLRMF www.odilionsboipal.qi c a t i L K I) K V 0 I K .L E S SAMEDI II ET DI M ANCHE I 2 M A K S 2 0 0 0 ^ Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS Les médias décapés MÉDIAS ET DÉMOCRATIE: LE GRAND MALENTENDU Anne-Marie Gingras Presses de l’Université du Québec Sainte-Foy, 1999,238 pages Les médias remplissent-ils leur rôle d’agora libre permettant la discussion publique et contribuant ainsi à l’élargissement de l’horizon démocratique ou sont-ils plutôt des appareils idéologiques au service de l’inertie sociale?Doit-on les qualifier d’outils démocratiques ou d’usines à fabriquer du consentement?Le débat fait rage, surtout depuis le milieu du XX' siècle, et l’époque actuelle, dominée par le paradigme de la communication, nous fait une obligation de le poursuivre.Professeur de science politique à l’Université Laval, Anne-Marie Gingras, avec Médias et démocratie: le grand malentendu, se lance dans la mêlée visière levée: «Nous voulons déconstruire l’image romantique du journaliste valeureux à la recherche des faits et celle tout aussi romantique des médias comme sphère publique, une conception qui s’appuie davantage sur des croyances que sur des faits.» Analyse méthodique du fonctionnement des médias, cet ouvrage au ton universitaire adopte une perspective à ce point critique qu'on peut en parler comme d'un projet polémique.La conception occidentale des médias, écrit Gingras, correspond au modèle (ou à l'idéal type) de la sphère publique tel que théorisé par le philosophe allemand Jürgen Habermas.Dans ce modèle, le gouvernement par le peuple se réalise au moyen de la délibération publique par l’entremise des médias définis en fonction de trois caractéristiques: la rationalité, l’accessibilité et la transparence.Or, ce modèle est en crise parce que la réalité le contredit: l’irrationalité ne cesse d’occuper une place importante dans le débat public, le mythe de l’ac- Louis Cbrnel lier cessibilité est battu en brèche par plusieurs études qui «suggèrent qu’un nombre fort restreint d’acteurs sociaux ont accès aux médias» et l’idéal de transparence se voit contredit par l’expérience qui sécrète le mensonge, tant du côté politique que médiatique (où prolifère, de plus, le recours aux sources anonymes).Cette première étape critique amène l'analyste à constater que le lien établi entre les médias et la démocratie relève du malentendu et à développer, en s’inspirant des études critiques néomarxistes, le modèle de l’appareil idéologique qui lui semble mieux rendre compte de la réalité.Un croisement et une relecture des travaux d’Adorno et de Horkheimer, de Gram-sci, d'Althusser, de Douglas Kellner et de Stuart Hall lui permettent de proposer qu’il faut «voir le rôle des médias comme un des maillons dans l’ensemble des moyens dont disposent les élites pour maintenir leur domination sur la société, et plus précisément leur hégémonie, un concept qui suppose une forme d’acceptation des faits par la collectivité».Afin de contrer les accusations de dogmatisme, elle précisera cependant qu’il faut éviter la posture déterministe et plutôt tenter de situer les divers médias (et ceux qui les font) sur le continuum délimité, d’un côté, par l’idéal de la sphère publique et, de l’autre, par le modèle de l’appareil idéologique, un pôle beaucoup plus fréquenté selon elle.Médias et pouvoirs politiques Sa démonstration, qu’elle dit fondée sur une analyse matérielle et symbolique des médias, débute avec un regard critique posé sur les rapports entre les médias et les pouvoirs politiques.Son analyse des pratiques journalistiques pointe des enjeux essentiels: liberté du journaliste limitée par la susceptibilité des sources, informations jugées plus en fonction de leur provenance que de leur substance, couverture d’événements créés de toutes pièces pour les médias, considération complaisante accordée à des informations anonymes et recherche du spectaculaire.En ce qui a trait aux conditions de travail, elle souligne les contraintes créées par l’affectation des ressources, le manque de temps et l’absence de liberté face aux sondages commandités par l’employeur.La soumission à ce que Gingras nomme «les styles politico-médiatiques» tire aussi l’univers des médias vers le pôle «appareil idéologique».En effet, en pratiquant la personnalisation, la dramatisation, la fragmentation (absence de mise en contexte), la normalisation (les autorités ont le contrôle) ët le culte du direct (pourtant nuisible au journalisme de qualité), les médias favorisent la politique-.spectacle, l’inculture politique et dépriment l’engagement Le vrai journalisme d’enquête passe justement par le refus de ces styles.Enfin, le problème du code de communication des personnages politiques compléterait le tableau de la soumission médiatique.Privilégiant le mode de la plaidoirie à celui de la délibération démocratique, les politiciens usent de procédés rhétoriques qui contreviennent radicalement au modèle de la sphère publique.Mensonges, langue de bois et sophismes (appel aux émotions, à l’autorité, aux préjugés, utilisation du faux dilemme, de l’analogie fallacieuse, argument de la pente fatale, etc.) sont le pain quotidien de la vie politique, et Anne-Marie Gingras en livre ici une analyse très instructive.En leur accordant le statut d’informations valables, les médias jouent le jeu de ceux qui les utilisent à leurs fins politiques et idéologiques.Individuellement, certains journalistes, mieux armés que d’autres, peuvent parvenir à contourner ces pièges, mais les contraintes structurelles pèsent lourd et Gingras croit donc surtout nécessaire d’insister sur le fait qu’elles «placent les détenteurs du pouvoir en situation avantageuse par rapport aux journalistes».Quant aux rapports entre les médias et les pouvoirs économiques, le tableau n’est guère plus reluisant Par une analyse serrée du pouvoir des pa- trons de presse, la politologue ébranle le mythe de la liberté rédactionnelle absolue.Que ce soit par des décisions à caractère économique (nombre d’employés, salaires, etc.), par le contrôle qu’ils exercent sur l'affectation des ressources humaines et matérielles, par des interventions directes (elle mentionne les affaires André Pratte et Chantal Hébert à La Presse, le choix des éditorialistes) ou encore par les accointances qu’ils entretiennent avec les personnages politiques, les patrons de presse influencent les contenus rédactionnels.Logique économique Sur un autre plan, les logiques économiques laissent aussi leur marque: «La majorité des médias appartiennent à des entreprises privées [.] et ces entreprises ont des intérêts spécifiques à défendre.» Résultats: la promotion du secteur privé et de ses valeurs prend beaucoup de place et le poids des annonceurs relègue le principe du droit du public à l’information au second plan.On taira, par exemple, que telle compagnie exploite les enfants, on soumettra les contenus aux annonceurs qui tiennent à les surveiller et on ira jusqu'à confondre, parfois, pub et information pour donner de la crédibilité à la première.Transformée en marchandise.Tin-formation n’éclaire plus: elle sert à vendre.«Au lendemain de l’élection québécoise du 30 novembre 1998, il y avait à la une du journal Le Soleil une publicité imparable: un collant vert et rond d’un diamètre d'environ six centimètres vantant une marque de bière qui cachait les résultats obtenus par le PQ.» Si on ajoute à cela la tendance récente à une concentration de plus en plus évidente de la propriété de presse avec la réduction du pluralisme idéologique qui s’ensuit, les raisons de s’alarmer sautent aux yeux.Malgré tout, diront certains, l’opinion publique existe et les décideurs qui prendraient le risque de l’ignorer s’exposeraient à frapper un mur.En ce sens, il faudrait compter sur l’impact des sondages, de plus en plus nombreux, pour faire évoluer les rapports de force politiques en faveur de la dé- Anne-Marie Cii Médias démocratie Le grand jtnalentendu I Pr*s««s d* rUnrvarSft* du Québec mocratie.Radicale, la critique développée par Anne-Marie Gingras ne manque pas de faire éclater ce miroir aux alouettes.Grâce à une analyse technique et langagière des méthodes de sondages, elle met en lumière leur caractère probabiliste et construit, et démontre qu’en procédant par imposition de problématique, les commanditaires de sondages défendent leurs intérêts particuliers.Dévastateur, ce chapitre devrait être lu par tous les citoyens consciencieux.Le vernis scientifique des sondages impressionne et leur confère un caractère objectif.Supercherie, écrit Gingras: ce sont des armes idéologiques.Le dernier chapitre de ce livre est consacré à une analyse des nouvelles technologies de l’information et de la communication, aux espoirs qu’elles créent, aux dangers qu’elles comportent (la logique du privé y domine presque mur à mur).L’idéal de la sphère publique habermassienne y trouvera-t-il sa niche?Rien n’est moins sûr, constate Gingras, qui ne nie pourtant pas le potentiel démocratique de ce lieu en développement La face cachée des médias Accessible, rigoureux, exempt de jargon, cet essai qui démolit ce qu’il présente comme l’illusion de la démocratie médiatique mérite d’être lu parce qu’il déniaise en offrant une critique argumentée de la face plus ou moins cachée des médias.Il s’inscrit d’ailleurs dans une tendance dénonciatrice assez prisée ces derniers temps.Ceux que la question intéresse (ce devrait être tout le monde) pourront consulter, à ce sujet les ouvrages suivants, qui ont récemment creusé ce sillon: Les Nouveaux Chiens de garde (Liber, 1997), un virulent pamphlet de Serge Halimi: La Fabrication de l’information (La découverte, 1999), de Florence Aubenas_et Miguel Bena-sayag; Le Troisième Age du quatrième pouvoir (Labor, 1999), de Gabriel Tho-veron.Pour un son de cloche différent, critique aussi mais plus promédias d’une certaine façon, il faut lire, en réédition, Le Métier de journaliste (Boréal, 2000) de Pierre Sormany et un incontournable, la fougueuse réplique de Daniel Schneidermann aux critiques bourdieusiennes: Du journalisme après Bourdieu (Fayard, 1999).Même les passionnés et les accros des médias, dont je suis un représentant caractérisé, ne doivent pas refuser cette épreuve nécessaire.En revanche, il faut mettre en garde les critiques quant aux dangers d’un radicalisme sans concession: à trop s’acharner sur un univers qu’on discrédite en le réduisant au statut de porte-voix du pouvoir, on risque de stimuler un cynisme politique déjà trop répandu dans la population.Malgré leurs défauts, les médias ne restent-ils pas nécessaires?Ne faudrait-il pas d’abord inciter à les lire plutôt que de se contenter de faire étalage de leurs vices en oubliant leurs vertus?Qui aura le courage et l’intelligence suffisamment aiguisés pour redire avec force que la seule position qui vaille en ce domaine se résume ainsi: sans les médias, le monde et nos contemporains nous échappent; sans une lecture critique et plurielle des médias, le monde et nos contemporains nous aveuglent La démocratie a besoin des médias et vice versa.Les deux peuvent être améliorés.louiscornellier@parroinfo.net PHILOSOPHIE Pour Famour du monde : Hannah Arendt GEORGES LEROUX L* admiration de Karl Jaspers pour ' son étude sur saint Augustin était entière et il ne faut pas s’en étonner.Quand on relit aujourd’hui ce texte de 1929, fraîchement réédité, et en particulier sa troisième partie sur la vie en commun, on ne peut s’empêcher d’y retrouver les thèmes les plus constants et les plus riches de la pensée d’Hannah Arendt.Formée auprès de Martin Heidegger, dans un milieu où la théologie chrétienne croisait la phénoménologie, elle allait demeurer en effet, comme son ami Hans Jonas qui écrivit aussi une thèse sur saint Augustin, marquée toute sa vie par la question de l’amour du prochain.Qui est cet autre moi-même que le commande- ment de Dieu m’intime d’aimer d’aussi près?Est-il toute la communauté dont je fais partie?N’est-il que mon proche ou mon parent?Ken ne prédisposait Hannah Arendt, qui était juive, à s’engager vers le concept chrétien d’une communauté universelle de l’amour, mais sans doute pressentait-elle que cet idéal était porteur de tout ce qui allait nourrir sa réflexion, aussi bien les échecs politiques du vingtième siècle que les exigences éthiques d’un monde commun, poursuivi passionnément en tant que tel.Ses deux principales biographes (E.Young-Bruehl, réédité chez Calmann-Lévy en 1999, et S.Courtine-Denamy, réédité chez Hachette en 1997) ont tracé son destin exceptionnel comme philosophe de notre L'Union des écrivaines et écrivains québécois, en collaboration avec la Chapelle historique du Bon-Pasteur et le Musée de l'Amérique française, présente dans la série Les poètes de l'Amérique française LouLie Dupréy poète accompagnée par /Marlène Couture, ooprano Clauàe Gagnon, guitare Guy Cloutier, animateur au Musée de l'Amérique française, Québec le lundi 13 mars 2000, à 19 h 30 à la Chapelle historique du Bon-Pasteur le mardi 14 mars 2000, à 20 h 100,-rue Sherbrooke Est, Montréal U N E O - > VIII* 0* Montré*) u: devoir temps; elles ont aussi montré comment, lasse du désir d’y intervenir, Arendt a terminé son œuvre dans une méditation sur les fondements de l’action humaine, alimentée aux pensées d’Aristote et de Kant.La publication de riches correspondances (avec Karl Jaspers, Mary McCarthy, Martin Heidegger, son mari Heinrich Blücher) a également contribué à notre connaissance de ses engagements et de son itinéraire de pensée.Mais jamais autant que dans les deux livreç récents de Françoise Collin et d’Etienne Tassin, deux lecteurs de longue date de son œuvre et éditeurs de ses traductions, n'avait-on eu accès en langue française à des interprétations aussi fortes de sa pensée.Françoise Collin présente un ouvrage introductif.Elle part de la réflexion sur le totalitarisme, dont l’expérience contemporaine fut pour Arendt le déclencheur d’une réflexion sur la condition humaine et sur le mal.Si l’humanité ne va plus de soi, quelles sont les chances de Tamoür et du monde commun?Faite d’un renoncement tragique à la protection théologique de l’humanité, la pensée d’Arendt est d’abord une vo- FRANÇOISE COLLIN L’HOMME EST-IL DEVENU SI PE RELU ?HANNAH ARENDT lonté tendue à l’extrême de maintenir l’action commune, car seule la passivité laisse au mal sa latitude.Chacun est responsable de ce monde commun, qui se fonde de manière ininterrompue dans chaque Cette semaine à CENT TITRES Danielle Laurin rencontre Dany Laferrière à Miami pour la parution prochaine de son dixième roman, Le cri des oiseaux fous, dernier tome de ce qu'il qualifie d’autobiographie américaine.L’écrivain de la provocation et de la séduction fait place à l’écrivain de l’intériorité.• En cette fin de saison, nous retrouvons les trois chroniqueurs de Cent titres.Zoomba nous parle d'Andrea H.Japp, une française qui écrit des polars à l’américaine, et Jean-Paul Daoust livre un hommage vibrant à Anne Hébert.• Quant à Robert Lévesque, il nous présente le dernier David Lodge, Les quatre vérités, une satire savoureuse «des écrivains vaniteux et de la presse à sensation.: Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Mercredi 19h30 Rediffusion vendredi 13h30 IÆ DEVOIR échange singulier, rendant ainsi aux identités et aux cultures plurielles leur responsabilité politique fondamentale.L’essence du totalitarisme est précisément d’annuler l’individu en le réduisant à l’état de masse indistincte.C’est sur ce fond que le mal se banalise, parce qu’il se nourrit d’abord de l’indifférence.La nécessité d'une définition d’abord politique de l’être humain se démontre donc à compter des ravages de Tes-seulement, qui pave les chemins de la domination.Décrire l’existence politique Pour Arendt, l’humanité est d’emblée plurielle, toujours déjà engagée vers la communauté à fonder et à réinventer dans chaque action, de la plus ordinaire à la plus sublime.Toute sa pensée politique repose sur une affirmation forte, celle de sujets politiques différents, et sa valorisation des «oasis» et des petites républiques résulte d’une réflexion, sans cesse reprise, sur la citoyenneté antique qu’elle associe, quasi spontanément, à l’idée du pacte fondateur américain.C’est ainsi qu’elle élabore une méditation très sédimentée sur la personne, le privé et le public, le nous et le quelqu’un, l’identité narrative, où on perçoit d’abord le projet de décrire l’existence politique pour en tirer le sens à la fois politique et existentiel.Françoise Collin accorde beaucoup d’importance aux positions d’Arendt sur la citoyenneté transétatique, par où elle rejoint le cosmopolitisme grec et romain.On trouvera dans son chapitre sur la pluralité et la natalité une magnifique introduction à une philosophie de la transmission et de la filiation.Il ne s’agit pas seulement d’une intégration du concept de la vie dans la philosophie politique, ce qui déjà serait considérable, mais d’une recherche de la continuité entre la forme fondamentale de la vie dans la maison (pikia) et la forme politique de Tagora: ont-elles quelque chose en commun?Peut-on réfuter l’individualisme à compter précisément de la vie?Les lecteurs d’Arendt connaissent son insistance sur la vie active, dont elle fait le principe même de cette continuité, sous l’horizon de l’amitié et de l’agir ensemble.Ce beau livre se termine sur une esquisse de la réception de l’œuvre dans l’espace francophone.Personne mieux que Françoise Collin ne pouvait dresser ce bilan des études, elle qui avait fait publier la thèse sur saint Augustin et un des premiers collectifs sur l’œpvre (Cahiers du GRIF, 1985).Étienne Tassin est un autre grand arendtien, un lecteur rigoureux et nourri au plus profond de la source grecque qui irrigue toute l'œuvre.On le connaît aussi comme lecteur de Jan Patocka et sa méditation des impasses politiques de la phénomé- nologie donne un relief d’une grande profondeur à sa lecture d’Arendt Aucune communauté ne fait partie du déjà donné, chacune se fonde et en se fondant crée le politique.Il nous offre ici une étude de très grand calibre, dont le titre s’arrime à cette tradition interrompue par les horreurs du siècle.Ce trésor perdu, c’est celui de l’action politique, «sa capacité à instaurer un monde humain parce que commun».Là où Arendt évoquait la tradition cachée, il faut désormais rechercher, contre la déstructuration du monde produite par le totalitarisme et contre la désolation de l’âge techno-scientifique, un raccord possible avec l’énergie d’instaurer.Etienne Tassin montre avec beaucoup de clarté comment cet exercice politique de la pensée est un amour du monde, c’est-à-dire un soin porté au monde de l’existence en commun, qui est toujours plurielle.Son livre précise aussi bien le concept de philosophie à l’œuvre chez Arendt que la portée phénoménologique de son projet.C’est cette perspective qui soutient son interprétation du concept de monde, dans un chapitre remarquable où on retrouve la grande pensée de Patocka.La mondanéité et la pluralité sont le double versant de la condition humaine, mis en tension par Taction.Comme Françoise Collin, Etienne Tassin termine sa lecture sur la question de la citoyenneté et du cosmopolitisme.«L'ordre du politique, écrit-il, est celui de l’ouverture publique d’un monde commun aux étrangers.» En son point d’aboutissement, la pensée d’Arendt demeure, en dépit de sa réticence à formuler des normes et en raison même de la force de ses analyses, une leçon pour notre temps.LE CONCEPT D’AMOUR CHEZ SAINT AUGUSTIN Hannah Arendt Traduit de l’allemand par Anne-Sophie Astrup Rivages poche Paris, 1999,184 pages L’HOMME EST-IL DEVENU SUPERFLU?HANNAH ARENDT , Françoise Collin Éditions Odile Jacob Paris, 1999,332 pages LE TRÉSOR PERDU.HANNAH ARENDT, L’INTELLIGENCE DE L’ACTION POLITIQUE.Çtienne Tassin Éditions Payot, «Critique de la politique» Paris, 1999,592 pages I f I.K I) K V 0 I R .1, K S S A M EDI II E T I) I M A N (' ME 12 M A R S 2 0 0 0 *• Livres LE FEUILLETON L’ombre du mal LE SILENCE DES EAUX Rodrigo Rey Rosa Traduit de l’espagnol (Guatemala) .par André Gabastou Editions nrf Gallimard Paris, 1999,144 pages ans les démocraties soft et relativement transparentes comme les nôtres, nous avons beaucoup de difficulté à nous imaginer le «mal» comme une réalité première, souterraine, omniprésente, qui affecte notre vie de tous les jours.Il y a bien eu des époques où nous avons cru le percevoir, par exemple dans les menées capitalistes des grandes multinationales américaines (rappelons-nous Allende au Chili), mais ce temps nous paraît déjà lointain depuis que le communisme a perdu la guerre idéologique qui l’opposait à l’oncle Sam.Le mal, pour nous, s’est réfugié dans l’inconscient, dans les perversions individuelles, la perte des repères, la déliquescence de nos valeurs, rarement dans les institutions et la vie politique que nous croyons contrôler.Quant au capitalisme (on parle aujourd’hui plus volontiers de néolibéralisme), depuis qu’il est seul sur la scène et qu’il s’est annexé le champ Jean-Pierre Denis des «communications» —cet immense réservoir de dollars et de puissance effective —, il est devenu notre fabrique de rêves.Et qui aurait envie qu’on le prive de rêves?Aussi vivons-nous assez bien ce nouvel ordre des choses, pour peu, bien sûr, que nous en tirions un profit raisonnable.Et rares sont ceux qui pensent encore en termes de conspiration ou de Big Brother.La paranoïa est devenue elle aussi soft, et nous admettons la surveillance électronique comme un moindre mal, voire comme une nécessité puisqu’elle nous protège et nous rassure.Certes, éprouvons-nous parfois le sentiment que les choses nous échappent, qu’elles sont hors de notre contrôle, que la publicité exagère, que le travail ne nous comble pas, que les valeurs dominantes sont trop exclusivement matérialistes, qu’il n’y en a plus que pour l’argent, le pouvoir, les manipulations, etc., mais cela nous semble faire partie de cette réalité qui est devenue nôtre, que nous nous sommes même donnée à coups d’avantages sociaux et de REER.Bienheureux les simples d’esprit car le royaume des deux est à eux.Nous sommes décidément optimistes.Dans un pays comme le Guatemala, toutefois, il en va tout autrement.Et on comprend Rodrigo Rey Rosa de l’avoir fui pendant plusieurs années, d’abord en s’exilant à New York, ensuite à Tanger où il s’est lié d’amitié avec Paul Bowles, qui devint alors son premier traducteur.Ce qui se passe là-bas, c’est ce qui se passe ou s’est passé dans tant de pays d’Amérique latine: régimes militaires, tortures et meurtres, corruption politique, mafia, drogue.Encore tout dernièrement, les élections ont été gagnées par un parti d’extrême droite dont le président est en procès pour génocide, et pas avec n’importe quelle majorité: 75 % des votants! De quoi vous décourager de vivre dans un tel pays.Quand je pense qu’il y en a qui voulaient s’exiler (de honte, disaient-ils) si Jean Chrétien venait au pouvoir!.Une violence contenue Ce qu’il y a de fascinant dans les récits de Rey Rosa, c’est qu’ils sont extraordinairement économes: de mots, d’images, de gestes.Qu’ils sont par ailleurs d’une rare violence, parce que contenue, réservée.Même l’intrigue se fait discrète, comme si elle se passait à l’arrière-plan, dans les silences, dans les paysages, dans ce qui n’est pas montré ou dit Le Silence des eaux a été composé en 1996 et tourne autour d’un changement politique qui pourrait (aurait pu) bien tourner.C’est le moment où le pouvoir militaire est aux aguets, où les procès se multiplient, où il vaut mieux ne s’être pas com- mis à des actes par trop répréhensibles (meurtres, tortures, etc.).Des têtes tombent, d’autres semblent miraculeusement épargnées.Ernesto, un jeune officier, cherche à se recycler en retournant aux études, même s’il ne sait pas trop ce qu’il peut en espérer.«Au-delà de la cruelle activité de la guerre, la vie n’est qu’un ensemble de rites vides, gratuits et absurdes.Non pas que la guerre eût un sens au-delà de la destruction réciproque entre ennemis, mais chaque acte, chaque pensée y avaient une finalité précise.Un tel ordre était peut-être une illusion, mais c’était assez pour donner un cadre à la vie des hommes.En dehors de cela, tout semblait absurde.» Le jour de son inscription, il rencontre une jeune fille, Emilia, et tombe amoureux d’elle, au point de s’inscrire dans la même discipline, la philosophie.Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’Emilia fait partie de la guérilla et qu’il va payer très cher de 1 avoir rencontrée.Pedro Moràn, le meilleur ami d’Ernesto, n’a, quant à lui, aucunement l’intention de le suivre dans cette voie.«Dans ce pays, pour des gens comme toi et moi, le seul endroit où on peut s'enrichir, c'est l'Armée.Ou la drogue.» Comme on va l’apprendre au cours du récit, il fera mieux que cela, il conciliera les deux.Il est, si vous voulez, cette force du mal dont je parlais au début, et son réseau tentaculaire est suffisamment vaste et puissant pour le préserver contre toute attaque, n y a un autre personnage, fort intéressant, incarné par un vieil Anglais de 85 ans, et qu’on retrouve sur la piste d’un massacre d’indiens qui aurait eu lieu quelques mois plus tôt au cœur d’un village en pleine forêt.Ce vieil Anglais est écrivain.H a aussi une autre particularité: il est sourd quand il ne porte pas son appareil acoustique, un audiophone.On apprend progressivement que cet appareil a aussi une autre fonction: celle d’espionner à distance les conversations.Alors, subtilement, le vieil Anglais les égare, comme le petit Poucet les cailloux sur la route.Ce qui donne lieu à des scènes fascinantes où nous assistons en direct à des conversations qui se tiennent à des kilomètres de là et où, bien que nous ne voyions rien, nous pouvons reconstituer les fieux, voir apparaître des paysages, suivre les routes empruntées, assister aux actions.C’est là une belle invention d’écrivain que d’avoir introduit la représentation sonore dans l’ordre de récrit.«Parler des choses qui se produisent derrière le rideau me parait plus réaliste que de décrire la réalité comme s’il s’agissait d’un film», expliquait un jour Rodrigo Rey Rosa.Comme cela nous repose des romans cinématographiques d’aujourd’hui! Un récit d’une terrible efficacité D’une écriture simple, dépouillée, presque transparente, loin du bavardage, Rey Rosa produit des récits exemplaires qui nous captent entièrement.Et ce qui est le plus fort, c’est que la violence qu’il met en scène tombe toujours comme un coup de tonnerre dans une chambre sourde, dans un bruit atténué, mais avec une profonde efficacité.Le mal est toujours au-delà du descriptible.Ce que nous en recevons, ce sont les échos ou les traces.Il faut lire ce livre envoûtant, elliptique, jamais criard, loin des modes — donc nécessaire.denisjp@mlink.net Gérard Bessette, le grand oublié JACQUES ALLARD Avez-vous récemment relu Gérard Bessette?Le voici qui vien de fêter son quatre-vingtième anniversaire.L’écrivain de Kingston (Ontario) est né le 25 février 1920 à Sabrevois (près de Saint-Jean).C’est l’occasion de rappeler l’importance de son œuvre au bon souvenir des liseurs.Car après le départ tout proche encore d’Anne Hébert, après celui déjà trop lointain d’Hubert Aquin, l’auteur célèbre du Libraire est le dernier à nous rester des grands maîtres du roman contemporain.Mais on ne le sait plus guère tant s’est estompée la partie la plus exigeante de son œuvre, à partir du roman postmoderne (éclaté, critique, irrespectueux), que l’auteur propose de 1965 à 1985, soit de L’Incubation aux Dires d’Omer Marin.Il ne faudrait justement pas oublier l’exemplarité d’une œuvre qui, dans son évolution même, reproduit celle de notre littérature.Gérard Bessette est de ceux qui nous font passer d’une esthétique traditionnelle à une modernité nouvelle, du XDC au XXJ' siècle.A ce caractère audacieux, toujours renouvelé, de son écriture, il faut ajouter celui du discours sans cesse provocant sur les «bourgeois», comme on disait jadis avec Sartre.Le fait par exemple, que le versant final, très autobiographique, de son œuvre soit aussi peu aimable pour ses pairs de l’institution littéraire a sûrement contribué à sa mise en purgatoire.Beaucoup de ses collègues écrivains piqués par son irrévérence auront oublié ce que Jacques Ferron avait lui bien vu: si Bessette tape sur les autres, il en fait autant sur lui et ses «griffonnages».Sa moquerie aussi amère que généralisée du littéraire et de ses mythes, à travers les personnes, les écritures, la réception même, donne une dimension désespérée à toute l’entreprise, laquelle devient sardonique pour ne pas se faire tragique.M Gérard Bessette ARCHIVES LE DEVOIR Mais comment accepter cet humour quand vous voyez vos titres et même votre nom cruellement déformés, lorsqu’on vous appelle Achier-Laid alors que vous ayez eu l’élégance de vous rebaptiser Ethier-Blais, ou encore Butor-Ali Nonlieu quand vous aviez choisi Victor-Lévy Beaulieu?Même si le méchant se renomme lui-mêrqe Pinard Mazette et parle de son Elucubration {L’Incubation) et du Cul de Christophine {La Garden-party de.).Pire encore: quand il recouvre le tout d’un discours soi-disant psychocritique pour se moquer de Freud et de toutes ses références.Un corps-à-corps avec le langage Le blasphème bessettien résulte sans doute d’une tentative sysiphien-ne (comme il le dirait lui-même) de triompher par le langage, d’accéder à une parole enfin accomplie, souveraine, définitive.Toute son œuvre dit qu’il n’y arrive pas plus que les autres et que tout est toujours à recommencer.Cela s’énonce dès son premier livre, dès sa première ligne romanesque: c’est l’incipit de La Bagarre (1958), un récit plus qu’à moitié dialogué! Et ce roman social batailleur qui propose l’émancipation de la classe ouvrière par l’éducation montrera en parallèle l’inanité de l’entreprise littéraire chez trois compères intellos: Le-beuf, le romancier improbable, Sille-ry le précieux homosexuel, Weston, l’Américain bilinguisé.Et tout recommence dans Le Libraire où ne se trouve aucun dialogue, que de l’indirect libre, du rapporté.Par un chafouin nommé Jo-doin.Pour montrer admirablement la négociation sournoise qui se faisait dans les années 1950 avec les cléricaux sur le dire et la circulation des idées.Tout cela est maintenant bien connu.Jusqu’en Europe de l’Est où Hervé Jodoin a incarné le parfait dissident dans ce roman (en traduction tchèque) qu’on se passait sous le manteau dans les années 1980.Classique de notre littérature, Le Libraire fait maintenant ombrage aux autres romans qui, pour l’auteur, furent à chaque fois l’occasion d’une nouvelle expérimentation formelle de son expressionnisme.Avez-vous déjà lu Les Pédagogues?L’ancien élève du bien-disant Jean-Marie Laurence (à l’École normale Jacques-Cartier) y raconte à nouveau la bataille des normes, cette fois globales, pas seulement linguistiques, et en multipliant les points de vue, dans la perspective de l’école unanimiste.Jamais ce romancier ne se répète sur le plan formel.Toujours une expérience est en cours, même dans ce roman, raté pour les esprits chagrins, qui offre, comme La Bagarre, des vues nouvelles sur Montréal.On y retrouve aussi la bes-settienne (la vie nocturne).Après ses trois premiers récits de formes traditionnelles, survient en 1965 la rupture de la fameuse Incubation (titre d’époque s’il en fut un).Bien sûr, la rupture se trouve aussi admirablement faite par le Prochain épisode d’Hubert Aquin et Une saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais.C’est, en tout cas, avec L’Incubation que Bessette passe à la bamboche romanesque.Inspirée de La Route des Flandres de Claude Simon, cette superbe dérive narrative, qui tient pratiquement en une seule phrase, marque aussi l’étape de l’invention lexicale.En rompant la grammaire du récit, le romancier sautait aussi la barrière du dictionnaire: L’Incubation contient des dizaines de néologismes.Tout se passe ici comme si l’amour enfin raconté faisait éclater des normes déjà moquées mais jamais transgressées sans mal par les Jodoin.En 1971, Le Cycle pousse plus loin le «stream of consciousness», le flux conscienciel que Bessette avait tant apprécié chez Faulkner et Joyce.Plus que dans L’Incubation, on aura une mise en texte non seulement du monologue intérieur et de ses couches plus ou moins conscientes mais aussi des indications cénesthésiques nous informant de la vie inconsciente, des sensations éprouvées par l’un ou l’autre des sept membres de la famille qui se présentent au salon funéraire, devant la dépouille du père.Quel récit que celui de la vie qui bat si misérablement devant la mort! Mais c’est en 1977 que paraîtra l’ouvrage préféré de l’auteur, parce qu’il est revenu à l’univers de son enfance, celui de Rosny aîné {Im Guer- re du feu).Il s’agit d’une sacrée épopée, longtemps rêvée et longuement écrite et retouchée: Les Anthropoïdes.Cette énorme histoire a des ambitions bien modestes: raconter les commencements de l’humanité et en même temps ceux du récit.Ét peut-être le début de l’espace canado-qué-bécois.Qui a lu ce roman?Qui osera encore le faire?Le défi est considérable qui marque les limites du village québécois pour ne pas dire gaulois.Alors, permettez-moi d’insister un peu.L’œuvre se présente comme la répétition que fait de son récit le jeune Guito au fond de sa caverne.Il doit raconter l’histoire de sa communauté et de son univers où l’homme a commencé à marcher sur deux pattes.Le problème?Dans ce roman de trois cents grandes pages, Guito recommencera trois fois le récit pendant les cent premières et aura pour ce faire le style torrentiel que vous savez, avec ce que cela suppose de libertés stylistiques: de longues phrases et des mots inventés en telle quantité qu’il faut se reporter au lexique donné en fin du livre; mots pairés, reliés par un trait d’union pour mieux dire telle action ou telle qualité ou tel âge.Et une violence (même chez les femmes) rarement égalée dans la fiction québécoise.Tout pour se faire aimer.Les Anthropoïdes serait-il le roman indépassé, indépassable de l’histoire littéraire du Québec?Illisible?Pourtant, ce n’est pas du Gauvreau.C’est du français, très maîtrisé, très inventif, libre.La plus grande entreprise romanesque que je connais ici.Voilà ce que je pensais signaler à ceux qui se demandent encore parfois quoi lire au Québec.Il faut revisiter cette œuvre.Faire la fête à cet auteur unique dans la littérature française contemporaine.Plutôt que de l’enterrer vivant pour mieux le célébrer ensuite au lendemain de sa mort.Gérard Bessette n’a peut-être plus la santé pour écrire mais il porte bien, semble-t-il, ses 80 ans.Il vit toujours à Kingston auprès d’Irène, sa femme, retraitée comme lui de l’université Queen’s.Si la littérature du Québec a depuis quarante ans bâti sa souveraineté, c’est à des gens comme lui qu’elle le ! doit.Allez-y pour voir! Comme tous’ les grands écrivains, quand l’auteur des Anthropoïdes écrit, il vous invente.Il donne forme et vie à votre langage, à votre culture, à votre humanité.R-S.: N’ont pas été réédités: L’Incubation, Les Anthropoïdes, Le Semestre.Comme par hasard.Les plus difficiles, les meilleurs.Ceux que l’on ne demande pas aux libraires.Où êtes-vous, grands liseurs?Essayiste (Le Roman mauve, 1998), Jacques Allard enseigne la littérature québécoise à l’Université du Québec à Montréal.CAUSERIE LA PENSEE DE LA TOLERANCE, autour de Giordano Bruno et de quelques autres.Avec RAYMOND KLIBANSKY Né à Paris en 1905, Raymond Klibansky a fait ses études de philosophie en Allemagne.Il a enseigné à Londres et à Montréal, où il vit aujourd’hui.Intellectuel engagé dans un projet de paix et de tolérance, il n’a cessé de penser que la philosophie devait contribuer à ce projet.Il est l’auteur notamment de : Le philosophe et la mémoire du siècle.Entretiens avec Georges Leroux, Éd.Boréal Saturne et la Mélancolie, avec E.Panofsky et F.Saxl, Éd.Gallimard Animateur : Georges Leroux, professeur de philosophie à l’UQAM Jeudi 16 mars 2000,19 h 30 RSVP : 514.739.3639 Olivieri librairie • bistro 5219 ch.de la côte-des-neiges T 514.739.3639 F 514.739.3630 H3T 1Y1 métro côte-des-neiges SI vous désirez souper au Bistro avant la causerie, Il est préférable de réserver.Lecture - concert Inuktituk, nuLiiijue dej g laced et aurorec boréalec Le Grand Nord Pierre Morency, poète et cinéaste, nous offre la beauté fulgurante du Grand Nord, accompagné par Anthony Rozankovic, au piano.à la Maison des écrivains 3492, avenue Laval, Montréal (métro Sherbrooke) Réservation obligatoire : (514) 849-8540 Entrée libre / CONSEIL DECRIS UNEQ «j* LE DEVOIR Normand de Bellefeuille La Marche de l’aveugle sans son chien Normand de Bellefeuille La Marche de l’aveugle sans son chien rzm ! J u I) K V () I K S A M E I) I ^ L I V R E S ^ ROMAN DE L’AMÉRIQUE Le degré zéro du désir Avec un titre comme celui-là, je viens sans doute de perdre une ribambelle de lecteurs, déjà égarés dans la précocité du printemps.Or, en littérature, où tout est question de distance (réelle, supposée, fantasmée) entre l’objet et le sujet, degré zéro ne veut pas dire absence.Je crois me rappeler que Pierre Vadeboncœur, dans ses Trois essais sur l’insignifiance, évoquait, à propos du classique Le facteur sonne toujours deux fois, l’univers vide de toute possibilité spirituelle du romancier James Cain, où cette distance, justement, donne l’impression d’être comprimée, jusqu’à atteindre une valeur proche de zéro.Rien ne s’oppose, à part l’univers matériel des choses elles-mêmes, à la possession immédiate de l’objet désiré.Cette impression, je la ressens à la lecture du Bâtard, premier roman d’Ers-kine Caldwell, récemment réédité.Bon Dieu, si le gardien de prison vous ouvre la porte et vous permet de vous offrir gratuitement la fille installée depuis le matin dans la cellule d’à côté, qu’importe qu’elle fût une simple fugueuse qui, une heure auparavant, possédait encore sa virginité, ou qu’elle ne fût pas spécialement consentante?Diable.Si on est un jeune héros paumé des, années vingt, vivant dans le sud des Etats-Unis, on tire son coup en fermant les yeux sur les bleus indélicats laissés par le gardien et on décampe.Faudrait-il en plus dire merci?Décidément vous voulez rire.«Quand ü en eut terminé avec elle, Gene siffla le geôlier et se fit ouvrir la porte.À midi, il rentra chez lui pour déjeuner, en sifflotant tout le long du chemin.» L’impudence des héros ü faut savoir que le Gene en question, qu’on hésiterait un peu à qualifier de héros, même d’un livre, n'a rien d'un bandit.C’est un bâtard tout simplement, qui se tire plutôt bien d’affaire en restant en mouvement tant qu’il peut, ne s’arrêtant dans une ville que le temps nécessaire pour travailler et se refaire les poches, et profiter, dans la mesure du possible, de toutes les «bonnes occasions» (exemple: celle de la prison), puisqu'il n’oublie jamais de garder un œil ouvert et même vigilant sur l’élément féminin local.Or ce qui, s’agissant d’amour, pouvait choquer à bon droit devient carrément hallucinant quand on franchit la frontière normalement ténue, mais bien délimitée, qui se dresse devant la mort La scène dans laquelle un Noir employé dans une scierie, qui a commis l’impardonnable offense de continuer à mâcher un morceau de pastèque un peu trop longtemps, est battu à coups ERSKINE CALDWELL LE BÂTARD À LA RECHERCHE DE B I S C O ¦ .v.', e* Mirw QirëMW AX** MICHEL.FABRE Louis Ha me lin le meme toit que L'ODYSSÉE un repas, un petit gueuleton ou un verre ANGLE SAINTE CATHERINE ET SAINT-URBAIN RESERVATIONS |514| 866.8669 de planches puis proprement éventré (accidentellement, on veut bien, du moins au début, quand il tombe de tout son long sur la scie), cette scène dans laquelle un Nègre, comme on les appelle alors, se voit transformé, à son corps défendant, en leçon d’anatomie gratuite, frémit d’une horreur tellement énorme qu’on se surprend à lire les phrases deux fois plutôt qu’une, le cerveau hésitant à croire ce qu’on lui montre.«On ferait mieux de se tirer, hein?suggéra Gene.— Se barrer?demanda John d’une voix étonnée.Merde, ça sert à rien de se barrer.Personne te fera de remarque par ici.» John est le propriétaire de la scierie.Rappelons qu’ils viennent juste de sectionner le corps à la scie à débiter parce que «c’est plus pratique en deux petits bouts qu’en un grand, pas vrai?», pour le mettre dans une charrette et aller le domper dans la cour de la cahute où le Noir vivait avec femme et enfants.Au Québec, si on excepte les tenants d’un certain «gory» qui croient que mettre beaucoup de sang arrange toujours l’affaire, il faut aller voir du côté de La Scouine, d’Albert Laberge, pour trouver l’exemple d’un crime si banalement et totalement abrutissant, qui pourrait avoir été mis en scène par Samuel Beckett dans le cadre d’une plaisanterie métaphysique.Et pourtant, il n’y a là, selon toute apparence, que de l’existence brute: celle qui désire et dévore sans avoir besoin de connaître les raisons qui l’animent, dans la biologie à trois sous qui s’épanouit à l’ombre de la plus extrême pauvreté.Cette pauvreté, dans son expression ultime, possède un nom qu’un certain roi de l’Antiquité connut, mais que le Sphinx penché sur le roman de Caldwell se gardera habilement de révéler en toutes lettres.Ce grand écrivain du Sud s’amuse.Son impassibilité apparente est un masque et si, en lisant Le Bâtard, on aurait pu être tenté de douter que ce réalisme extrêmement cru et violent contient bien une charge sociale, portée par un comique féroce, seul capable de la rendre soutenable, l’essai autobiographique intitulé À la recherche de Bisco, paru en 1965 et inclus dans le présent volume, suffirait à dissiper tout doute.Cette histoire de la recherche, par un homme parvenu à l’âge mûr, de son petit ami d’enfance noir, dont il fut séparé par leurs parents, est une longue réflexion pleine d’intelligence, d’empathie et de pénétration sur les problèmes séculaires du Sud profond: racisme, intégration, pauvreté, et cette culture du lynchage qui semble encore aujourd’hui bien en vigueur dans un çndroit comme le Texas et ces autres Etats du Sud où un Noir pauvre condamné à mort possède peu de chances de se disculper, comme jadis il lui était presque impossible de prouver qu’il n’avait pas violée telle Blanche à la réputation pourtant discutable.Accepté par un spectre politique allant de Hillary Clinton à George W.Bush, le lynchage légalisé et institutionnalisé fait aujourd’hui régner sa terreur bien-pensante comme un héritage occulte du KKK et de ses sinistres «night-ri-ders» chargés d’intimider, au cours d’opérations nocturnes, les Noirs en principe affranchis.En romancier alerte, se doublant d’un reporter hors pair (selon une solide tradition qui, prolongeant la littérature réaliste, semble trouver son apogée chez les romanciers américains), le narrateur reste en retrait, donnant la parole à tour de rôle à ceux qu’il défend, et à ceux qu’il attaque, mais avec toute la corde qu’il faut, à ces derniers, pour se pendre.Du grand art LE BÂTARD Suivi de À LA RECHERCHE DE BISCO Erskine Caldwell Traduit de l’américain par Jean-Pierre Turbergue et Marie-Caroline Aubert Mémoire du livre Paris, 2000,356 pages roman français Un Chinois en quête de paternité littéraire Petite histoire d'une génération sacrifiée ESSENTIEL SEXE, STASE ET ORGONE Les thèses du docteur Reich David Rompré Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan Sainte-Foy, 2000,90 pages Le délirant docteur Wilhelm Reich (1897-1957), dont les intuitions ont par ailleurs été parfois brillantes, n’en démordait pas: «Ce qui cloche ici-bas, c’est la réticence des gens à se laisser aller.» Dans quel sens?Allons donc, vous aviez compris: «Les gens commencent à accumuler de la haine le jour où ils ne peuvent plus donner satisfaction à leurs désirs érotiques.» Aujourd’hui, on n’entend plus ce nom, mais qu’on ne s’y trompe pas: ses thèses les plus abracadabrantes font les choux gras des auteurs nou-velâgeux qui les trafiquent à leur convenance, c’est-à-dire selon le public visé.Voyez le genre: «Par les blo- cages du dpdans arrivent les crises du dehors.» Ecoute ton corps encore, comme on dit Dans un petit livre dense, sérieux, plein de concepts compliqués de psychanalyse freudienne réinterprétés à travers le filtre reichien, le sociologue David Rompré nous offre de comprendre la genèse et l’évolution des thèses du docteur Reich, ainsi que les excroissances théoriques encore plus douteuses, si cela est possible, qu’elles ont inspirées.Difficile et passionnant tout à la fois, ce livre instruit en faisant sourire.De la psychanalyse au marxisme, pour enfin déboucher sur la biologie, la physique et, enfin, une manière de pot-pourri de tout cela, le docteur orgasme n’aura pas chômé.David Rompré n’adhère pas; il présente, analyse et questionne.Le résultat est une curiosité essayistique plutôt sympathique.Louis Cornellier BALZAC ET LA PETITE TAILLEUSE CHINOISE Dai Sijie NRF Gallimard Paris, 2000,192 pages GUYLAINE MASSOUTRE On parle beaucoup de ce Balzac chinois.Après le phénomène Angot, voilà le second événement littéraire de la saison parisienne telle que Bernard Pivot la fait: l’histoire, chinoise, écrite à Paris, raconte les péripéties rocambolesques d’une rééducation à la manière Mao.Deux garçons de la ville sont expédiés dans une bourgade lointaine où un paysan chef de village est chargé de leur ôter leurs relents d’odeurs civilisées.Bien sûr, l’histoire tourne en farce puisqu’on retrouve Dai Sijie, cinéaste et romancier — c’est un premier roman —, installé en sol français.Si l’aventure dépasse l’espièglerie, on en retiendra surtout qu’elle est racontée avec le courage d’une jovjalité inébranlable.Ecrite à la première personne, déclarée «histoire vraie» par son auteur aux journalistes, ce récit rocambo-lesque se paye la tête de tout ce qui y passe.Sauf Balzac, prétexte à une parodie de la quête du Graal.Quelle France, celle qui se veut encore terre d’accueil, n’en serait-elle pas honorée?Sa littérature, portée au pinacle de la résistance intérieure et des vérités intemporelles à travers ses ambassadeurs, Stendhal, Balzac, Baudelaire, Hugo et les grands classiques d’ailleurs, a-t-elle vraiment combattu la marée rouge qui recouvrit la Révolution culturelle de millions de drames individuels?On ne saura jamais, dans ce roman au rythme enlevé, pourquoi Mozart valait plus que tel film nord-coréen, sinon qu’une sonate au violon peut tirer des larmes à un villageois sensible à la limpidité de cet art.«Cœur sincère fait fleurir la pierre» «Mao haïssait les intellectuels», constatent Luo et son acolyte narrateur.Qu’est donc devenue cette génération, dont fait partie Dai Sijie, éjluquée dans l’interdit du livre et de tout ce qui appartenait à la culture occidentale?Ce roman intéresse par où il tranche avec un homme de la génération de François Cheng, dont le magistral roman, Le Dit de Tianyi (Albin Michel, prix Femina 1998), a été l’an dernier une merveilleuse révélation.Contrairement à son devancier, Dai Sijie est issu d’une génération sans culture, ce qu’il raconte intelligemment et sans honte: «Imaginez un jeune puceau de dix-neuf ans.qui n’avait jamais connu que les blabla révolutionnaires.ce petit livre me parlait de l’éveil du désir.» Mao hâissait aussi les sentiments.L’écriture de Sijie fait penser aux romans populaires du XIXe, jadis publiés en feuilleton, par son alacrité et ses rebondissements incessants; pour sa psychologie de surface, également.Lire ce roman n’a rien de balzacien: on vous garantit un divertissement excellent, à moins d’esprit chagrin.Entre les mains d’un cinéaste emporté par la verve de son récit, ce Balzac.tient par la trame d’un scénario dont on attend de voir les Balzac et la Petite Tailleuse chinoise Comment gagner un voyage pour deux i vous abomrant d’ici le 20 mai 2000 notre prix spécial Paris ! 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est assurée soigneusement, les Ying Chen, Shima-zaki ou Kôkis ont bénéficié d’un soutien linguistique qui sert la collectivité des lecteurs.Dai Sijie, qui s’exprime oralement dans un français excellent, a fait l’objet d’une relecture éditoriale dont il conviendrait à l’illustre maison de s’expliquer.Si les imparfaits du subjonctif côtoient les petites constructions malhabiles, si les adverbes temporels du récit confondent présent et passé, si les on et les nous valsent étourdiment dans la même phrase, on ne mettra jamais ces incohérences au compte de l’oralité.Qui donc écrit?Profession: conteur D’accord, Dai Sijie .doit se lire vite, comme une épopée.A ce titre, la matière foisonne de portraits drôles — voyez le binoclard ou le vieux meunier plein de poux — et de regards malicieux.On y trouve aussi ce thème classique chinois du héros voyageur, toujours sur quelque chemin où pullulent les dangers et les rencontres picaresques.On y rit de soi-même avant de parodier autrui.Gage de modestie et succès de charme?Il y a dans cette légèreté impuissante quelque chose d’exquis, un donquichottisme régénéré.Toutefois, il s’y confirme aussi le rejet du père, d’ailleurs éliminé pour «activités réactionnaires» par celui qui s’est institué seul géniteur de son peuple.«Les formes des pics et des rochers autour de notre maison sur pilotis s’estompaient dans un épais brouillard sinistre, et ce paysage mollement irréel nous donnait le cafard [.].C’était pipe que d’habiter au fond d’une cave.» Eternelle jeunesse, avide de modernité et de renouveau.Justement, voilà un thème cher à Balzac.Le parti pris de rire, pour cacher un fonds de déprime et beaucoup d'ennui, fait ici un pied de nez à l’ignorance crasse érigée en système.Dans ces situations quotidiennes, dirigées par une tyrannie décomposée dans les lourdeurs de son administration, la liberté fourmille d’inventions limitées mais insolentes.Seuls de jeunes gens peuvent enfiler l’habit de ces valets dignes de Molière qui font ressortir les travers d’une psychologie névrosée.C’est donc une tout autre Chine que celle des rochers vivants et des calligrammes élégants qui nous est présentée.Pas la Chine de Cheng, né en 1929, mais celle de Sijie, dont le héros orphelin est né en 1964.Or, fait étrange, cette Chine rééduquée, industrieuse et médiocre nous ramène, comme une leçon morale, face à notre propre culte des médias de masse et à ses clichés.u^a Tous les samedis dans L’agenda L K O K v 0 I R • LES S A M E D 1 11 E T I) I M A N C HE 12 M A R S 2 0 0 0 t n EXPOSITIONS Les visages sans images de Dallaire JEAN DALLAIRE Musée des beaux-arts de Montréal Pavillon Jean-Noël Desmarais 1380, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 30 avril BERNARD LAMARCHE Pour lui a été ressortie l’étiquette du «peintre maudit», autour de lui, il a été fait mention du «cas» Dallaire.Inaugurée l’été dernier au Musée du Québec qui organise cette nécessaire rétrospective, l’exposition des œuvres de Jean Dallaire ouvrait la semaine dernière au Musée des beaux-arts de Montréal.Certes, Jean Dallaire a été un peintre marginal.Mais pas au sens auquel veulent l’attacher les précédentes épithètes.De fait, Dallaire (Hull, 1916-Vence, 1965) aura été un peintre de la marge, en marge.Individualiste, indépendant, il n’a pas été des mouvements collectifs qui ont redéfini les arts plastiques québécois depuis la fin des années 40, il aura plutôt puisé dans plusieurs bassins de culture imagée, sans y trouver réellement d’images.Il ne mérite pas de se voir servir les plus éculés des lieux communs des vies d’artistes, qui voudraient pour chacun qu’il soit plus sombre, plus esseulé que les autres, plus dissocié de la société et encore plus trahi par elle.Il a certes connu une existence bousculée, mais de secousses qu’il a lui-même provoquées.«Découvrez l’univers poétique et fascinant de Jean Dallaire», clame l’affiche qui invite à voir ces œuvres sur lesquelles les collectionneurs ont fait main basse rapidement.Justement, cette première rétrospective (depuis celle, en 1968, du Musée d’art contemporain de Montréal) et dont est responsable Michèle Grandbois, conservatrice de l’art moderne au Musée du Québec, permet d’obtenir un regard englobant sur cette production à maints égards réellement fascinante, permettant de débroussailler une lecture qui soit mieux fondée que celle qu’en donnait Guy Robert, dans La Peinture au Québec depuis ses origines.Dans les pages de ce volume, Robert vantait du peintre «l’imagination délirante», et disait essentiellement qu’on ne peut rien dire de cette production, tellement elle est éclatée, diversifiée, atypique, bien qu’influencée par de nombreuses sources facilement repérables.En 1980, Robert consacrait également une monographie au peintre natif de Hull, qui le rapprochait d’une esthétique de la «panique», à la limite proche de la paranoïa cruelle d’un Artaud.Bousculade De fait, la carrière de Dallaire n’emprunte pas les sentiers battus.Formé à Hull et à Toronto, il débute sa carrière comme peintre religieux.Dans les années trente, à Paris, il élira comme lieu de recherches plastiques «l’exploration féconde des expressions modernes».Ainsi, sa production résonnera du symbolisme, du cubisme et de l’expressionnisme, liste de styles à laquelle il n’est pas impensable d’ajouter, vu la palette expressive à laquelle Dallaire a souvent eu recours, le fauvisme.C’est dire la versatilité de cet artiste, qui en 1938, tout juste avant son départ pour la France en 1938, produisait des autoportraits cubistes «étonnants d'audace pour le Canada».Par la suite, cette esthétique très particulière, proche du surréalisme à ses heures, tirant vers l’art naïf à d’autres, dont certains accents font penser à Paul Klee, à Mirô — il produira même des pastiches de Dali — mettra constamment à l’épreuve une connaissance solide du dessin.Dallaire est semblable à Alfred Pel-lan dans la mesure où il aura assimilé rapidement plusieurs esthétiques pour en tirer une imagerie tout à fait personnelle, pour développer un imaginaire qu’il est tout seul à posséder.La facture de ses premiers dessins, dans l’exposition, est tournée vers celle des académiciens, et très rapidement, le peintre prolifique se détachera des enseignements trop restrictifs de cette école.Un des autres lieux communs autour de Dallaire, un de ceux qui collent à l’artiste sans éclairer son parcours, est celui voulant qu’il ait cultivé une grande liberté.Ses séjours en France, où il s’éteint d’ailleurs des causes de la maladie, contribueront à ce qu’ici, il ne fasse pas école.Un généreux créateur Avec ses 130 dessins et tableaux, l’exposition permet de voir la ferveur avec laquelle Dallaire s’est attaché à la figure.Dans ses œuvres, même les plus tardives placées pour les besoins du découpage de l’exposition, sous la rubrique La figure éclatée, Dallaire se rabat sur la figure toujours campée sur des fonds de scène troubles, un imaginaire qui situe ses personnages dans des mondes parfois délirants.Dallaire surprend dans chaque toile par le métier qu’il démontre.Symboliste {La Danseuse et la Mort, 1938), son fusain donne lieu à des textures feutrées.Même plus fidèle à la figure humaine, comme dans Composition (Femme assise) de 1955, Dallaire soigne le rendu des ombres et celui des textures qui s’éloignent de la banalité.Il pourra soutenir un dessin dont le tracé étonne, comme dans une série désignée comme des «abstractions», à la fin des années 50, et parvenir à d’écla-tantes couleurs — il faut voir sur place son fameux et flamboyant Coq li- corne (1952).Tout n'est pas égal dans le monde de Dallaire, mais il fait montre,d’une grande générosité créatrice.A vrai dire, difficile d’en avoir contre cette mosaïque enlevée de styles et d’esthétiques, tellement à chaque coup Dallaire démontre sa volonté de se tenir à l’écart.Très ins-tructif, très amusant aussi.A lire également, ou à consulter, le très beau et très utile catalogue de l’exposition, signé par Michèle Grandbois qui étoffe tableau par tableau l’étude de cette œuvre, par Marie Carani qui replace Dallaire dans le développement de la modernité figurative au Québec et ailleurs, en plus de fournir une interprétation globale de cette œuvre dans le sens d’un théâtre iconoclaste, et par Michael Lachance, qui approfondit l’étude de la psychologie mise en forme pour les figures peintes par Dallaire, autour du thème du carnavalesque, dans une contribution aux fondements théoriques plus affirmés.Œuvres tardives En complément de programme, sachez que le Musée d’art de Mont-Saint-Hilaire présente également une exposition Dallaire, que nous n ’avons pas encore-eu l’occasion d’aller visiter.Jusqu’au 9 avril, ce sont les œuvres tardives du peintre qui sont en vedette.Exécutées dans les deux dernières années de sa vie, alors qu’il résidait en France, ces œuvres complètent une période dont la grande exposition est relativement plus avare.L’exposition comporte aussi des dessins inédits réalisés en 1957 lors d’un séjour de Dallaire à l’hôpital.Des effets personnels du peintre donnent en plus une touche intimiste à l’ensemble.Le Musée d’art de Mont-Saint-Hilaire est situé au 150, rue Centre-civique à Mont-Saint-Hilaire.©JEAN DALLAIRE/SODRAC (MONTRÉAL) 2000- Dallaire pouvait parvenir à d’éclatantes couleurs — il faut voir sur place son fameux et flamboyant Coq licorne (détail), 1952.Tableau noir %,- 1 SOURCE THE ROBERT MCLAUGHLIN GALLERY, OSHAWA Evelyn Pleasant, rue Sainte-Famille, 1937, de Louis Muhlstock LE REGARD DE L’AUTRE: ARTISTES CANADIENS BLANCS- SUJETS FÉMININS NOIRS Galerie Leonard et Bina Ellen 1400, boulevard de Maisonneuve Jusqu’au 18 mars BERNARD LAMARCHE Il ne reste qu’une semaine pour voir l’exposition singulière Le Regard de l’autre, qui s’est arrêtée dans sa tournée canadienne pour une escale montréalaise.Singulière?L’exposition défend une thèse très ciblée: le sous-titre de l’exposition l’énonce clairement, il s'agit d’aligner sur les cimaises de la galerie Concordia des toiles et photographies d’artistes blancs qui ont peint ou photographié des modèles noirs.De la commissaire Charmaine Nelson (pour le compte de la Robert McLaughlin Gallery, à Oshawa, qui en organise la tournée), l’exposition affiche le net intérêt des artistes canadiens, sur plus de deux siècles, pour ce qu’il a été longtemps coutume d’appeler la «négritude».Justement, à ce sujet, l’exposition taillée à la mesure des cultural studies met au jour la propension des artistes à associer les sujets noirs à la poursuite d’un idéal colonialiste montrant souvent ces modèles noirs dans un décor exotique, sauvage, ou comme dépourvus d’un statut social propre.D’une œuvre à l’autre, des réseaux de sens émergent, révélateurs du regard biaisé que posent les artistes sur ces modèles (pour ce qui est de la race et du sexe).Ces artistes ne sont pas des moindres.De François Malépart Beaucourt (1786) à Johanne Tod, en passant par des peintres associés à la modernité, même naissante: pour ne nommer que les Prudence Heward, James Wilson Morrice, John Lyman, Louis Muhlstock et Lawren Harris du fameux Groupe des Sept, les tableaux et les sculptures aguichantes de ces artistes sont passés au crible des études colonialistes.Progressivement, si l’on est sensible à la problématique soulevée par la commissaire, se construit sous les yeux l’ensemble des connotations liées aux lieux communs que sont l’exotisme et l’altérité (ici, c’est le regard blanc qui est identifié comme étant celui de l’autre).Une exception: les photographies de William Notman semblent ne pas souscrire à ce type de représentation de la femme noire: il faudrait fouiller davantage la question de l’identité de ces femmes, mais sans doute faut-il y voir une confirmation de la règle, Notman a produit des portraits photographiques de femmes noires dont l’iden- tité n’est pas éclipsée, pas plus que le statut social.Cela dit, il n’est pas sûr que la cible soit atteinte.En effet, la lecture des commentaires à l’entrée (ou plutôt à la sortie de l’exposition) montre clairement que la distance critique souhaitée par la commissaire n’atteint pas sa pleine mesure.En quelque sorte, la démonstration demeure incomplète.De plus grands moyens auraient peut-être permis d’inclure des œuvres qui auraient rendu encore plus évidentes les conclusions auxquelles cherche à parvenir Mme Nelson (et qui sont autre chose qu’un renversement de proposition).N’empêche, et peutêtre même à cause de cette manière de ne pas réduire le propos de l’accrochage à cette seule dimension du regard colonialiste, en raison de ce qui n’est peutêtre pas en définitive un ratage, l’exposition, pour le peu de temps qu’elle est encore à l’affiche, est à inscrire à votre horaire.VERNISSA GE LE DIMANCHE 12 MARS Jusqu’au 31 mars RICHARD MORIN Les hasards de la mémoire lusqu'au 1" avril GALERIE SIMON BLAIS 4521.rue ( Idrk Montreal H21 2T3 b!4 849116b Ouvert du mardi au samedi de 9 h 30 à 17 h 30 GALERIE BERNARD RÉALISME Cinq artistes peintres Giuseppe Di Léo Jacques Léveillé Jean Gaudet Marilyn-Ann Ranco Suzanne Sterzi IlISÇnrAU H A V' R I I A ()()() 90 av.Laurier Ouest Tél.: (514) 277-0770 (tu mardi au vi-nrimli etc I I li OO a 17 h OO.samedi de Ig 11 00 à 17 h 00 GALERIE DE BEtLEFEUILLE Danièle Rochon L exposition se poursuit jusqu'au 16 mars 2000 1367.ave Greene.Westmount tel: (514) 933-4406 km -sam 10h - 18h ‘ dim.12h -I7h30 EXPOSITION JEAN-PAUL RIOPELLE DU 4 AU 31 MARS WADDINGTON & GORCE 1446, rue Sherbrooke Ouest Montréal H.IG 1K4 Tél.: 847-1112 Fax .847-1113 Du mercredi au samedi de 10 h à 17 h 5 E-mail : wadgorce@total.net jj Web : http:llwww.total.net/~wadgorce d’artistes Œuvres récentes V AI- E K I E Linda Verge Mli').U I \ I I 1)1,s l K Mil i s ou lit e MIS) sis K ΑJ.Î ' PORTRAITS D'ÉCRIVAINS Tableaux de l'auteur et peintre DANIEL GAGNON-BARBEAU Une quarantaine de vibrants portraits d'écrivains québécois contemporains Jusqu'au 20 avril 2000 mardi, mercredi, jeudi : 13 h à 20 h vendredi, samedi, dimanche : 13 h à 17 h Entrée gratuite Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce 3755, rue Botrel, angle chemin de la Côte-Saint-Antoine (métro Villa-Maria) À l'occasion de cette exposition Slusieurs événements à caractère ttéraire auront lieu à la maison de la culture au cours du mois de mars.Renseignements : (514)872-2157 www.ville.montreal.qc.ca/maisons Montréal 2 O O O /V jusqu'au 23 avril 2000 == MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss 185, rue Sainte-Catherine Ouest Montréal Métro Place-des-Arts • Renseignements : (514) 847-6226 Une présentation de CSSIIOR www.essilor.ca i 1)8 L K I) K V 0 I K .L K S SAMEDI II ET DI M A N C H E 1 2 MARS 2 0 0 0 ?LE DEVOIR - Le week-end sitôt sonné, pour plusieurs, l’hiver est synonyme d’exode de la ville vers les pentes de ski.Difficile à imaginer — mais pourtant vrai —, il fut un temps où le centre-ville de Montréal était le lieu d’innombrables activités en plein air au cours de la saison froide.Permettons-nous cette semaine une petite incursion dans ces formes de neige et de glace d’antan issues d’une époque (presque) entièrement révolue.CLAUDINE DÉOM Le terrible incendie de l’aréna Mont-Royal, la semaine dernière, en aura, du coup, consterné plusieurs et surpris certains.En effet, peu se doutaient de l’importance du lieu dans l'histoire du hockey à Montréal, notre sport hivernal par excellence, dira-t-on.Il faut reconnaître que le bâtiment ne révélait pas aisément son passé: la disparition de la patinoire à la fin des années 1930 et l’ajout des façades commerciales sur l’avenue du Mont-Royal avaient rendu l’endroit anonyme depuis longtemps.L’ancien stade d’hiver demeurait néanmoins un des derniers témoins des débuts glorieux du Canadien et des premiers temps du hockey professionnel à Montréal.(Les lecteurs nous pardonneront le temps de ce bref bilan.Le sujet de cette page s’y prêtant bien, il était difficile de ne pas revenir sur cette triste histoire d’un patrimoine réduit en cendres.) Carnaval d’hiver Le hockey sur glace, malgré la popularité qu’on lui connaît, n’était qu’une des nombreuses activités pratiquées au cours de l’hiver montréalais.Avant même qu’on ne parle de ski, des sports comme la raquette, le patin à glace et le curling ont gagné la faveur des Montréalais qui, très souvent, s’y adonnaient en tant que membres d’un club amateur.Complètement à la merci de dame Nature, la saison hivernale s’étendait jadis de novembre à avril, mais comptait parfois des interruptions redevables à des températures plus clémentes ou à un printemps précoce.Au siècle dernier, les compétitions amicales atteignaient leur apogée de plaisir lorsque Montréal, alors le centre économique et culturel du pays, accueillait un grand nombre de touristes américains à l’occasion de son carnaval d’hiver (et cela, avant même que Québec n’ait le sien!).Ces festivités, lancées dès 1883, maté rialisaient les préoccupations mercantiles de certaines compagnies ferroviaires et de grands hôtels soucieux de transformer Montréal en une destination privilégiée, hiver comme été.Pour l’occasion, on construisait un énorme palais entièrement fait de blocs de glace — gracieuseté du fleuve Saint-Laurent — et illuminé à la tombée de la nuit.la construction, érigée sur le site actuel de la place du Canada, était le point de dé part de compétitions et d’activités en tout genre.On raconte même qu’une des activités les plus prisées du carnaval consistait en un assaut du palais par une équipe de raquetteurs venus de la Montagne.Le combat (simulé, bien sûr) se terminait par la prise du château! Deux clubs de curling Bien entendu, les palais de glace des carnavals n’ont jamais survécu à la venue du printemps.Les installations consacrées aux sports d’hiver ne se voulaient cependant pas toutes si éphémères.Au contraire, dès la fin du siècle dernier, des constructions permanentes sont érigées, notamment celles pour le curling, un sport qui connaît une grande popularité à l’époque.(En fait, il est inté ressant de constater qu’un grand nombre de villes de la province comptaient au moins un club de curling.A Québec et Shawinigan, par exemple, on en retrouvait même deux.) Alors qu’à ses débuts ce sport se joue sur le fleuve Saint-Laurent, à proximité du Vieux-Montréal, cette pratique est rapidement abandonnée au profit d’espaces fermés, à l’abri du vent, tels que des entrepôts portuaires en bois, abandonnés pour la saison.Fait inconnu de plusieurs, le curling se joue encore dans le centre-ville de Montréal: le Royal Montreal Curling Club et le Thistle Club (du nom anglais du chardon, fleur emblème de l’Ecosse) ont poursuivi leurs activités, contrairement à la plupart des autres clubs ayant déménagé vers la périphérie ou simplement disparu.Peu de piétons (et encore moins d’automobilistes) remarquent l’architecture du club-house et de la patinoire qui, bien que tout à fait respectable, n’est certes pas la plus monumentale.(Avec son revêtement en tôle, Taré na Mont-Royal prend même des allures îo.13S3.K, satu: JANU.Jl L—¦;—1 JplPt- : -y ggpti ¦ , ’V.¦A:'S'-S*V Le Palais de glace du carnaval de 1883 de hangar.) Qui oserait croire que derrière ces murs se dissimule une tradition spprtive des plus riches, attribuable non seulement à l’âge vénérable du sport en question — qui aurait vu le jour en Ecosse, au Moyen Age, selon certains auteurs — mais aussi à celui des deux institutions datant respectivement de 1807 et 1843?A ce titre, ajoutons que le Royal Montreal Curling Club a l’honneur d’être le plus ancien club de curling du continent Plus récemment, alors que ce dernier semble résister au passage du temps et aux transformations du centre-ville — on nous dit d’ailleurs que le curling connaît une recrudescence à la suite de son introduction aux Olympiades d’hiver de Nagano en 1998 —, le Thisüe, lui, est forcé de cesser ses activités.Cédant sous le poids de ses dettes, le club se voit obligé de liquider une partie de ses biens.La propriété de la rue du Fort maison de club et patinoire, est à vendre depuis le début de l’hiver.Bien que relativement récentes — il s’agit là en fait du second club-house de l’organisme, qui s’installe en ce lieu dès 1913 —, les infrastructures n’accueillent dorénavant plus de joueurs et demeurent en attente d’une nouvelle vocation.Pour finir le plat, l’avenir du club semble tout aussi sombre que celui des bâtiments qu’elle a jadis occupés.Sans ces bâtiments pour entretenir notre mémoire, comment s’assurer que ces moments d’histoire populaire ne sombrent pas dans l’oubli?•HOTO: C.DKOM Le Royal Montreal Curling Club Des lieux et des traditions Progrès oblige, le centre-ville de Montréal n’est plus ce qu’il était au XIX1 siècle.Il reste que la disparition de clubs comme le Thistle ne se limite pas à la perte de quelques édifices, si intéressants soient-ils.L’animation et la fraternité émanant de ce type d’association, sans parler de la tradition du jeu qui s’est perpétuée au fil des siècles, sont aussi des espèces rares en voie d’extinction.Sans ces bâtiments pour entretenir notre mémoire, comment s’assurer que ces moments d’histoire populaire ne sombrent pas dans l’oubli?Dans le but d’assurer la pérennité du club et de ses immeubles, le Royal Montreal Curling Club a récemment entamé des discussions avec le ministère du Patrimoine canadien.Ce dernier étudie la possibilité de reconnaître l’importance historique nationale des bâtiments et leur admissibilité au programme de partage des frais des lieux historiques nationaux.Quant au Thistle, les nombreux appels à l’aide lancés auprès de la Ville de Montréal au cours des dernières années — notamment pour un allégement de taxes — n’auront manifestement pas porté fruits.Histoire d’appliquer un peu de baume sur la plaie, on ne peut que se réjouir des efforts déployés par certains afin de retrouver un peu de cette magie hivernale montréalaise de jadis.Suivant l’exemple des clubs de raquetteurs qui, flambeaux en main, escaladaient autrefois la Montagne la nuit, environ 600 personnes ont participé à la sixième édition de la montée aux flambeaux du mont Royal organisée par le Centre de la Montagne le mois dernier.Plus récemment, les Tuques Bleues, surnom donné autrefois au plus ancien club de raquetteurs de Montréal Ce Montreal Snow Shoe Club, fondé en 1840), dont les membres s’adonnaient à des courses au sommet de la Montagne chaussés de raquettes, ont été ressuscitées.Cet hiver, pour la seconde fois, une escalade du mont Royal en raquettes a eu lieu.Bien que l’événement se soit inscrit dans une stratégie de financement pour la conservation du mont Royal — on doit débourser 150 $ pour coiffer le bonnet bleu en question —, la popularité de l’événement démontre la volonté de plusieurs de raviver le charme de l’hiver en ville,, à la manière du XD0.Aussi, bonne fin d’hiver! cdeom@supemet.ca JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le Thistle, rue du Fort à Montréal R E G A R I) O B L I Q U E Toussaint-Xénophon Renaud: un décorateur méconnu Dans un tout autre ordre d’idées, amateurs d’églises, n’oubliez pas d’inscrire jeudi prochain, le 16 mars, à votre agenda afin de ne pas manquer l’ouverture de l’exposition consacrée à l’oeuvre de T.-X.Renaud.Plus d’une quarantaine de tableaux et de photographies présenteront les réalisations de cet artiste né à Montréal en 1860 et qui demeure un des décorateurs d’église les plus prolifiques de la première moitié du XX' siècle.La carrière solo de l’ancien étudiant de Napoléon Bourassa — à qui on doit, entre autres, la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, située près de l’UQAM — compte envirop 200 intérieurs d’églises au Québec, en Ontario et aux Etats-Unis, notamment l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus du quartier Ho-chelaga-Maisonneuve et la chapelle du manoir Masson de Terrebonne.Présentée par l’Atelier d’histoire Hochelaga-Maisonneuve, l’exposition logera dans le château Dufresne, jusqu’au 28 mai.Egalement à surveiller, l’atelier proposera au printemps des visites guidées de certains des intérieurs signés par l’artiste.Non seulement les œuvres montréalaises mais certaines autres situées à Laval, à Terrebonne et dans la région de l’Outaouais seront au programme.Voilà de belles promenades qui s’annoncent! Avis aux intéressés, la programmation sera disponible sous peu.Galerie de l’Institut de Design Montréal Vente fin de saison 35 % de rabais jusqu’au 14 mars Vitrine unique OBJETS DESIGN.POUR VOUS! 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours Montréal (Québec) Canada H2V1H2 Téléphone (514)866-1255 Heures d'ouverture de la Galerie IDM Du lundi au dimanche, de 10 h à 18 h t
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