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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2000-01-24, Collections de BAnQ.

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9 1 0 FONDE EN 1910 DEVOIR X C I N ¦ I 2 I.K I.T X 1)1 2 1 ,1 A X V I K I! 2 0 (I 0 8 7e + T A x K s LES SPORTS SUPER BOWL XXXIV: LE TENNESSEE AFFRONTERA ST.LOUIS PAGE B 4 L’ENTREVUE DOUGLAS RUSHKOFF, « UN TECHNORÉALISTE EN COLÈRE PAGE B 1 LE MONDE ÉQUATEUR: LES INDIENS PLEURENT LEUR DÉFAITE PAGE A 5 LES 90 ANS DU DEVOIR Le siècle À l’occasion de son 90' anniversaire, Le Devoir publie aujourd’hui la deuxième d’une série de six entrevues réalisées avec les anciens directeurs du journal.Jusqu’à vendredi, ils feront tour à tour part de leurs impressions sur le XXe siècle.Cette série mènera à la parution, samedi, d’un cahier spécial constitué d’une sélection d’articles publiés dans Le Devoir depuis sa naissance, le 10 janvier 1910.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Claude Ryan, les valeurs d’égalité et de liberté Claude Ryan est né à Montréal en 1925.Il a été directeur du Devoir de 1963 à 1978.JEAN DION LE DEVOIR Anne Hébert (1916-2000) î ¦'?.-fJm •mi».JACQtîES GRENIER EE DEVOIR La mort d’une figure de cristal Aussi discrète par sa vie retirée qu’omniprésente par son oeuvre phare, flottant désormais au-dessus du siècle passé comme la vestale de nos lettres, .Anne Hébert s’est éteinte samedi dernier à l’âge de 83 ans.Mais les poètes, paraît-il, ne meurent jamais.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Enquête S on d age m - C KAC - L e Devoir Urgences : la solution passe par le réseau public PIERRE O’NEILL LE DEVOIR La solution à la crise des urgences ne passe pas par la privatisation ou le rationnement mais par le ressource ment et la revitalisation du système public de santé, croient la très grande majorité des Québécois.Selon une enquête d’opinion publique effectuée par la maison Sondagem pour Le Devoir et la radio de CKAC, les Québécois préféreraient de beaucoup que le gouvernement privilégie des mesures susceptibles de renforcer le réseau public en place plutôt que de se tourner vers le secteur privé, pour améliorer la situation des urgences des hôpitaux: ¦ 89,4 % sont d’avis que le gouvernement devrait s'appliquer à l'amélioration des services offerts par les CLSC; seulement 10,6 % rejettent cette piste de solution; ¦ 89,3 % estiment qu’il faudrait ouvrir plus de lits dans les centres hospitaliers; seulement 10,7 % ne croient pas à l’efficacité d’une telle mesure; ¦ 63,1 % sont convaincus qu’il faudrait, au contraire, favoriser la mise sur pied d’un réseau de grandes cliniques privées; une suggestion que 36,9 % ne trouvent pas judicieuse; ¦ 55,2 % considèrent que la mesure la plus efficace consisterait à imposer un ticket modérateur visant à réduire le nombre de personnes qui se présentent à l’urgence; 44,8 % sont d’avis contraire; ¦ 51.1 % croient qu’il serait préférable de faire appel à du personnel médical provenant de l’étranger; 48,9 % sont d’avis contraire.Il ressort par ailleurs de ce sondage, réalisé du 15 au 20 janvier auprès de 1012 personnes, que la majorité de la population ne fait plus confiance à des dirigeants politiques pour régler cette crise.«Faites-vous confiance au gouvernement de M.Bouchard pour trouver une solution définitive aux engorgements des salles d'urgences des hôpitaux?» A cette question, 54,1 % ont déclaré ne pas avoir confiance, 33,6 % ont répondu Oui et 12,3 % ont dit peut-être.Il s'avère cependant que, dans ce dossier, les libéraux de Jean Charest n'inspirent pas davantage confiance que VOIR PAGE A 8: URGENCES Ly existence, rappelle fréquemment Claude Ryan au fil de l’entrevue, est un combat entre les va-1 leurs d’égalité et de liberté.Entre la prépondérance de la collectivité et la mise de l’accent sur l’individu.Et le XX" siècle aura montré dans le sang que le combat est perpétuel, que la victoire de l'une sur l’autre n’est jamais définitivement acquise.Aussi, lorsqu’il examine les cent années écoulées, l’ancien directeur du Devoir fait-il ressortir entre autres l’échec des doctrines totalitaires comme phénomène marquant.La Deuxième Guerre mondiale, note-t-il, a certes été l’épisode le plus dramatique qu’ait jamais eu à traverser l’humanité.Et cette guerre a consacré «la faillite des idéologies totalitaires, qui ont mis l’accent sur^ la dimension collective de l’individu au mépris de la dignité personnelle de chacun et du respect des libertés, et qui ont fait la preuve de leur caractère extrêmement destructeur».Le siècle a vu «cette faillite et le triomphe du libéralisme politique qui s’exprime par les chartes des droits, par la lutte contre la discrimination raciale, pour l'égalité des sexes et contre la discrimination religieuse».Un triomphe qui n’est toutefois pas exempt de bémols.«Le libéralisme dans sa dimension économique, en même temps qu’il a augmenté la productivité et la richesse, n'a pas réussi à mettre en place une forme de distribution qui ferait reculer les inégalités.On constate cela partout, y compris au Canada, où on a assisté à un accroissement de la pauvreté», estime M.Ryan.Et la question est particulièrement pertinente de nos jours, où la mondialisation galope.Pour mieux comprendre le chemin parcouru, retournons au milieu du siècle.Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, Claude Ryan est dans la jeune vingtaine; il est de la génération qui devra rebâtir.De la guerre naîtra la démocratie occidentale moderne, mais il se rappelle que la chose, au Québec du moins, n'allait pas nécessairement de soi à l’époque.VOIR PAGE A 8: RYAN METEO Montréal Québec Nuageux Faible neige, avec éclaircies.Max: -6 Min: -16 Max: -5 Min: -9 Détails, page B 5 INDEX Annonces B 5 Le monde .A5 Avis publics.B 3 les sports .B 5 Culture B 8 Mots croisés.B 3 Éditorial A 6 Planète .B2 Entrevue B 1 Religions .B 6 Idées A 7 Télévision .B 7 www.ledevoir.com Son beau visage de lumière et sa plume de transparence, tout en douleur, en ferveur et en spiritualité sans dogmes, ont traversé les décennies et les frontières.Le nom d’Anne Hébert rime avec exigence, pureté de cristal, pudeur frémissante; celles d’une grande dame à l’écoute de voix intérieures qui se sont tues avec elle trop banalement pour la légende, à l’hôpital NotreDame de Montréal, emportant sa beauté et son mystère.Nous reste une œuvre foisonnante, en poésie, en prose en écriture théâtrale, couvrant presque soixante ans de création et exigeant toutes les relectures.En Anne Hébert disparaît une figure emblématique du Québec.Comme sa société, elle mena son combat intérieur durant la Grande Noirceur pour gagner au fil des ans une délivrance lyrique.«La poésie n ’est pas le repos du septième jour [.], proférait-elle.Elle est soif et faim, pain et vin.» Ni la surface, ni la facilité ne l’aspirèrent.Son œuvre se joua du côté de l’épure et de l’ascèse, avec autant de bonheur en prose qu’en poésie.L'écrivain et professeur de littérature François Ricard évoque son côté prêtresse, comme il souligne l'exigence, l’économie, le mélange de pureté et de violence d'une écriture qui même dans la prose conservera toujours ses accents poétiques.«Chaque phrase de ses romans, chaque vers de ses poèmes est un manifeste contre le mensonge et une tentative d’apprivoiser la violence de la vie et du « Chaque phrase de ses romans, chaque vers de ses poèmes est un manifeste contre le mensonge » VOIR PAGE A 8: HÉBERT Lire aussi en page A 4 ¦ Gilles Marcotte : Anne Hébert ou l’invention de la justesse ¦ Entre angoisse et jubilation, la création ¦ Les urgences, vues de l’intérieur, page A 2 Enquête Sondagem Le Devoir — CKAC Selon vous, un gouvernement libéral dirigé par M.Jean Charest serait-il meilleur, aussi bon ou moins bon que celui de M.Bouchard pour régler la question des salles d’urgence?23,1 % moins bon aussi bon 14,5% meilleur PERSPECTIVES Au nom des enfants La Cour suprême a repris ses activités dans l’effervescence la semaine dernière avec l’audition fort attendue de la cause de John Robin Sharpe, un homme impopulaire qui a contesté avec succès devant des tri bunaux inférieurs la loi canadienne sur la pornographie juvénile.Une affaire agrémentée de thèmes aussi variés que l’exploitation sexuelle des enfants, la liberté d’expression, l'essor des nouvelles technologies, les erreurs parlementaires et autres complexités.À la Cour suprême d’y voir clair.œil égaré et tout échevelé, John Ro- Brian Alvles LM œil égai * bin Sharpe a formulé quelques remarques incohérentes avant de quitter Ottawa, mercredi, pour retrouver le calme relatif de sa résidence de Vancouver, où il pourra |X‘ut-ètre — tout dépend de la Cour suprême — écrire et dessiner en toute légalité sur l’un de ses sujets de prédilection, les mauvais petits garçons.M.Sharpe n’a pas la cote auprès du public.Mais sa cause a le mérite de soulever des dilemmes moraux qui ne laissent personne indifférent et elle révèle par la bande les vices de fond du parlementarisme canadien.Deux camps se sont affrontés en Cour suprême mardi et mercredi dans cette cause devenue célèbre avant même que les neuf juges de l’ultime tribunal du pays n’aient rendu leur décision.La Colombie-Britannique a plaidé que la simple possession de matériel de pornographie juvénile, même s’il ne fait pas l'objet d’une diffusion, cause déjà un préjudice irréparable aux enfants.L’article 163.1 (1) de la loi sur la pornographie juvénile est si vaste qu’il inclut les sculptures, photographies, peintures, dessins, esquisses, montages par ordinateur, écrits et tout autre matériel représentant les organes sexuels ou l’activité sexuelle de personnes de moins de 18 ans.1a loi va même jusqu’à rendre criminel tout écrit ou toute re- VOIR PAGE A 8: ENFANTS Début de la campagne présidentielle Bush et Gore partent favoris D'APRÈS L'AFP, AP ET LIBÉRATION Des Moines — Le républicain George W.Bush et le démocrate Al Gore apparaissaient hier comme les grands favoris des «caucus» de l’Iowa (centre-ouest) à la veille d’un scrutin déterminant qui donnera aujourd’hui le départ officiel de la campagne présidentielle américaine.Le gouverneur du Texas devance son principal rival dans l'Iowa, le millionnaire Steve Forbes, de plus de 20 points et recueille 43 % des intentions de vote contre 20 % à M.Forbes, selon un sondage paru hier dans le quotidien local Des Moines Register.VOIR PAGE A 8: FAVORIS ¦ Plus d'un million d’Espagnols manifestent contre le terrorisme, page A 5 I I- E I) E V 0 I R .L E LUNDI 24 .1 A N V I E R ' 2 0 0 II LES ACTUALITES COLLOQUES ET CONFERENCES LES AFFAIRES ÉLECTRONIQUES Hôtel Omni Montréal Le 25 janvier Nolie Prévert : (514) 871-4000, poste 4020 Robert H.Gill de Gartner Group nous explique que, plus que toute autre tendance, les affaires électroniques s’imposent aux planificateurs et aux gestionnaires d’entreprises et que ce nouveau concept se définit par bien davantage que le commerce électronique.Cela comprend notamment la gestion de la chaîne d’approvisionnement.En anglais.BELGIQUE CANADA : UN PARTENARIAT POUR LE 21e SIÈCLE Ritz-Carlton Montréal Le 25 janvier Léopold Lessoil : (450) 653-2717 La Chambre de commerce belge et luxembourgeoise au Canada vous invite à un déjeuner-conféren-ice donné par l’ambassadeur de Belgique au Canada, Luc Carbonez, K V 0 1 R .I.K I, I \ I) I 2 1 .1 A N V I K I! 2 (I 0 II A 7 IDEES La famille: une ressource «d’origine immigrée» pour les jeunes à Montréal ARCHIVES U! DEVOIR Dans les faits, les besoins de la famille passent souvent avant les désirs des individus.Obseruatoire Jeunes et Société JOSIANE LE GALL Groupe de recherche Ethnicité et Société (GRES), Université de Montréal existence de conflits entre les parents appartenant à divers «groupes ethnoculturels» et leurs enfants, nés à Montréal ou y étant arrivés très jeunes, est une idée largement répandue.Cette représentation se construit autour de ce raisonnement de sens commun: par leurs contacts quotidiens avec le monde extérieur, les jeunes adoptent les valeurs de la société où ils grandissent.Celles-ci s'opposant aux valeurs du pays d’origine transmises par leurs parents, les conflits naissent et s’enveniment, l^s différences culturelles servent alors d’explication aux nombreux problèmes associés à ces jeunes et dont les journaux se font écho: violence familiale, délinquance, crise d’identité, etc.Qui ne pensent pas aux Antillais, aux Asiatiques ou aux latino-Américains lorsqu’il est question des gangs de rue à Montréal?Mais une toute autre image émerge des résultats d’une recherche menée auprès de jeunes appartenant à divers groupes (Meintel & Le Gall, 1995) et de nos propres travaux sur les familles libanaises de Montréal.Non seulement les jeunes partagent les valeurs de leurs parents mais comme eux, ils possèdent une vision positive de la famille et celle-ci est fortement valorisée.Valoriser la famille et préserver sa cohésion Four la majorité des jeunes, les filles comme les garçons, la famille occupe une place centrale dans la vie quotidienne.Il s'avère donc essentiel de préserver sa cohésion en privilégiant les besoins et le bien-être de la famille souvent aux dépens des intérêts des jeunes eux-mêmes.Beaucoup reconnaissent avoir des obligations envers les membres de leur famille.Ils insistent sur le respect ressenti à l’endroit de leurs parents.Peu importent les désaccords, les restrictions ou les revendications, certaines limites demeurent infranchissables.«On ne parle pas n’importe comment à ses parents.Nos parents, ils seront toujours nos parents.» Les jeunes éprouvent des responsabilités envers les parents, les frères et les sœurs, mais également vis-à-vis des grands-parents et des autres membres de la parenté.Évidemment, les normes et les valeurs familiales diffèrent d’un groupe à l’autre, mais en règle générale, la famille est valorisée par tous.Cette valorisation s’accompagne d’une critique sévère à l’endroit de la famille québécoise.L’image qu’ils s’en font ne constitue nullement un modèle à suivre.A leur avis, les Québécois attachent moins de valeur qu’eux à la famille et ils qualifient leurs rapports familiaux d'individualistes.«Chez les Québécois, c’est chacun pour soi, on ne se préoccupe pas des autres membres de la famille et à 18 ans, les pa- rents mettent les enfants à la porte.» De tels commentaires reviennent fréquemment dans leurs propos.Pourquoi reproduire le modèle familial de son groupe?Dans les faits, les besoins de la famille passent souvent avant les désirs des individus.La vie familiale peut donc souvent constituer une source de contraintes et de sacrifices.Les jeunes ne sont pas libres d’agir à leur guise, sans tenir compte de l’avis des autres.L’adhésion aux valeurs familiales se manifeste de diverses façons dans leur expérience quotidienne.Es aident aux tâches domestiques, surtout les filles, s’occupent de leurs frères et sœurs, participent à la vie familiale, aux sorties et visites, aux fêtes familiales et aux cérémonies religieuses.L’obligation familiale prend aussi la forme d’une contribution à la vie financière de la famille.Lorsqu'ils travaillent, une partie du salaire est versée aux parents.Dans certains cas, ils participent à l’entreprise familiale.Il n’est pas rare de rencontrer des jeunes d’origine grecque, vietnamienne ou libanaise travaillant dans des restaurants, dépanneurs ou commerces gérés par leurs parents.Leurs choix sont influencés par ceux de la famille.Les préférences des parents, les besoins matériels de la famille ou les désirs des frères et sœurs déterminent souvent leurs décisions.Les jeunes sont aussi soumis à plusieurs restrictions et doivent suivre un nombre de règles.Les parents surveillent étroitement les fréquentations et les sorties.Ce thème est fréquemment objet de divergences et de désaccords.Toute une série de normes orientent leurs démarches.Pour plusieurs jeunes, la cohabitation en couple avant le mariage n’est jamais envisagée, pas plus que le départ de la maison parentale.Dans ces situations, il s’agit le plus souvent de préserver la réputation de leur famille.Pour beaucoup, ces obligations sont source de frustra- tions.Toutefois, la responsabilité ressentie à l’endroit de la famille est rarement contestée et le principe de l'obligation familiale n'est pas remis en cause.Les règles établies par les parents provoquent des désaccords, mais sans que soit questionnée leur autorité.Les jeunes ne cherchent pas à acquérir une liberté et une indépendance comparables à celles qu'ils attribuent aux jeunes québécois.Es se disent satisfaits et expriment le désir de reproduire plus tard le modèle familial qu’ils connaissent.Comment alors expliquer cette adhésion aux valeurs familiales si elles génèrent des contraintes importantes?Pourquoi la fantille revêt un caractère capital aux yeux des jeunes issus de la migration?Une réponse à l’individualisme Même si parfois ils jugent leurs parents trop conservateurs ou protecteurs, les jeunes sont conscients que ces derniers souhaitent pour eux une vie meilleure, la migration, il ne faut pas l’oublier, a souvent été motivée par l'espoir d’assurer l’avenir des enfants.Es perçoivent cette surprotection comme un signe de l’amour parental.«Mes parents, s’ils sont sévères, c'est pour mon bien.C’est parce qu’ils m’aiment.» Les parents s’inquiètent pour eux et cherchent à les mettre à l’abri des dangers de la société.«Au Québec, les jeunes sont laissés à eux-mêmes, c’est eux qui s’élèvent seuls.C’est pour cette raison qu’il y a tant de suicides et des problèmes comme la drogue ou la délinquance.» Posséder une famille unie, peu importe le degré de sévérité et de restriction, leur donne la certitude de ne pas risquer éventuellement de mal tourner.Obs.jeunesfq inrs- culture, quebec.ca L’Observatoire Jeunes et Sociétés et l’INRS Culture et Société a pour mission de recueillir et diffuser de l’information sur les jeunes.John Saul réplique à Gérard Bouchard - 2 Une complexité ancrée dans quatre siècles d’histoire .±£‘-W.t m ARCHIVES LE DEVOIR Aux yeux de John Saul, le premier gouvernement démocratique de Robert Baldwin et Louis LaFontaine a été plus déterminant que la Confédération.JOHN SAUL Auteur ir • n lisant les commentaires du E professeur Bouchard sur Réflexions d’un frère siamois , j’ai eu l’impression que quelqu'un avait écrit un autre de ces livres iv- qui ressassent les problèmes constitutionnels, les pour et les contre de la Confédération, les histoires de Durham, de Dorion, et quoi encore.Cela m’a inquiété.J’ai feuille’té le livre de M.Bouchard et j’ai été rassuré d’y retrouver des douzaines de citations de poètes, romanciers, peintres — Fréchette, Vi-gneault, Hébert, Godbout, Borduas, Pilon, Proulx, Bissonnette, Brault, Dubois, Laper-rière, et des anglophones en plus —, tous intégrés dans des discussions de projet de société.J'ai remarqué qu’on ne citait aucun auteur de l’Angleterre, de la France, des États-Unis.Qu’en revanche, on citait des Scandinaves, des Russes, des écrivains d’Europe centrale et d'Amérique latine.Ça suggérait, il me semble, une approche un peu différente, une théorie sur des liens intellectuels et sociaux véritables.Il y avait aussi des discussions autour des mythologies que pourrait élaborer une telle société — donc, une remise en question des mythologies en place.Pourquoi pas?Cela susciterait peut-être des questionnements et des débats.C’est quand même bien d'ouvrir les débats sur des approches différentes.Ça ne fait pas de mal.Il vaut mieux ne pas s’enfermer dans les concepts du vrai et du faux pour esquiver le débat.M.Bouchard a beaucoup parlé de la Confédération au sujet de Réflexions.C’est curieux parce que, moi, j'en ai très peu parlé.Pourquoi?Ce n'était pas le sujet du livre.En revanche, j’ai parlé énormément des événements des années 1840; sans cesse de Louis-Hippolyte laFontaine et de Robert Baldwin et de leurs amis réformistes.J’ai parlé de l’avènement de la démocratie et du projet de société qui a motivé ces ré-forpiismes.A mon avis, la trajectoire historique moderne de notre civilisation devient plus claire à partir de cette expérience d’il y a 150 ans.On constate, avec LaFontaine-Baldwin, une clarification des tentatives de 1774,1791 et 1837.On voit déjà les complexités d’une société dans laquelle les citoyens peuvent vivre à au moins deux niveaux à la fois.M.Bouchard semble mal à l’aise face à l’idée que les francophones et les anglophones aient pu travailler ensemble pendant plus de deux siècles (1791).Il sort toutes les faillites, toutes les erreurs du passé.Il a raison de le faire.On ne parle jamais assez de ces bêtises.C’est ce que j'appellerais la mémoire pratique.Mais ne retenir que les erreurs est une déformation de la mémoire.Je suis certain que le professeur est d’accord avec moi là-dessus.Peut-être que son problème quant à mon approche vient de ceci — et je le cite au sujet de son propre projet: «Il s'agit de l'écriture de l’histoire nationale proprement dite par les professionnels de la science historique»; «l’histoire nationale ainsi définie institue un nous (.].Elle s’écrit donc et se lit à la première personne du pluriel.»' Effectivement, son livre est écrit à la première personne du pluriel.Nous ceci et nous cela.Moi, je n’oserais pas.J’écris au nom de moi-même.Je ne me prends pas pour les autres.L'idée de solidarité dans les interprétations du passé me semble plutôt contradictoire et pas très encourageante pour la qua-Eté du débat.Et puis, à mon avis, l’histoire n’est pas une science.Heureusement.C’est-à-dire que ce n’est pas une science sociale.L'histoire fait partie de la tradition humaniste, avec la géographie, la littérature, la philosophie et les sciences proprement dites.L’humanisme n’est pas la recherche de la vérité; l'humaniste tend à croire que les sociétés avancent grâce à des doutes et à des questionnements.Tous les chimistes et biologistes que je connais seront à peu près d'accord avec cette approche.Revenons à ce qui intéresse M.Bouchard: la Confédération.A mon avis, le 11 mars 1848 (formation du premier gouvernement démocratique par Louis LaFontaine) est fondamentalement plus important que le 1" juillet 1867.Les années entre ces deux dates démontrent non pas que le projet de 1848 n’était pas bon mais que la Constitution de 1840 imposait trop de limites à une société non monolithique.1867 est donc plus un exercice de restructuration de forme que de reformulation de projet.Autrement dit, l’image mythique dans l’esprit des hommes de 1867 — Dorion, Cartier, Macdonald et tous les autres — était celle des réformistes de 1848.Ça ne veut pas dire qu’ils étaient tous d'accord sur la procédure à suivre.Mais le contexte intellectuel et social était celui de La-Fontaine-Baldwin.La même chose est vraie pour les deux générations suivantes, aboutissant à Laurier.Et cet espace imaginaire était une célébration de la complexité et de l’idée d’une société non monolithique.M.Bouchard exagère.11 soutient que certaines personnes respectables, parfois éminentes, étaient favorables à une société monolithique et appuyaient les thèses de Durham.Mais bien sûr.On est dans une société réelle.Il n’y a pas de solidarité naturelle.Il est normal qu’il y ait des opinions différentes.Voilà pourquoi il faut suivre des trajectoires et non pas se laisser méduser par des échecs circonstanciels.I ja clarté des idées prévalant en 1848 a été plutôt égal ée dans l'imaginaire de la premiere moitié du XX' siècle.Cela est venu, en bonne partie me semble-t-il, des nouvelles écoles d’historiens qui ont été très influencés par la lame de fond orangiste-ultramon-taine.E en a résulté des approches plus européennes, plus monolithiques, moins adaptées à la trajectoire de la société.C’est pour cette raison que j’ai tenté de foire ressortir l’importance du duo I^Fontaim» Baldwin.En général, je suis content, non pas que tout le monde soit d’accord avec moi — la question n’est pas là — mais d’avoir ravivé le débat sur une complexité qui n’est pas prisonnière de l’idée selon laquelle nous ne sommes qu’une société neuve.Au contraire, c'est une complexité ancrée dans quatre siècles d’histoire.1 Gérard Bouchard, la Nation québécoise au futur et au passé, Montréal, VLB, 1999, pages 83 et 87.Le père Lévesque et la politique Il était de la trempe des véritables leaders VINCENT LEMIEUX Université laval lï==ïj uand la Faculté des sciences sociales est fon- Qdée, en 1943, sous la direction du Père Lévesque, trois départements et une école sont mis sur pied, le Département de sociologie et de morale sociale, le Département d’économique, le Département de relations indus-it=—Jl trielles, et l’École de service social.Les sciences politiques, comme on disait à cette époque, sont laissées de côté, même si on les retrouve dans quelques enseignements.E peut sembler étonnant qu’une Faculté déjà mêlée à cette époque à des débats politiques, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Université, n’ait pas juge bon de se doter d’un département qui fasse de la politique son objet.D’autant plus que les trois départements d’origine avaient été créés pour développer et transmettre des connaissances sur la société, l’économie et le monde du travail, dans le but de guider l’action en ces domaines.Alors, pourquoi pas un département des sciences politiques ?Le Père Lévesque s’est expliqué là-dessus dans le deuxième tome de ses Souvenances.Il avait été question, dit-il, dans la structuration initiale de la Faculté de créer un Département de science politique, mais nous n’avions pas le personnel nécessaire, et même si nous l’avions eu, la prudence nous invitait à surseoir.Dans le contexte socioéconomique du temps, ajoute le Père Lévesque, nous aurions manifestement été accusés de «faire de la politique».Comme le note de son côté Gérard Bergeron, dans un de ses ouvrages, le mot même de « politique» connotait alors quelque chose de suspect, voire de dépravé.Malgré cela, le Père Lévesque continuait de porter un intérêt particulier à la création d’un département des sciences politiques.Au cours des années 1940, il organise des réunions en vue de cette création et à la toute fin de son décanat, en 1954.un département des sciences politiques et administratives est mis sur pied.La référence à l’administration est, se Ion Gérard Bergeron, une précaution pour désamorcer la dynamite du mot «politique».Pour le Père Lévesque, l’addition du qualificatif « administratives» voulait plutôt accentuer le caractère pratique des études projetées dans le nouveau département.Au début du premier tome de ses Souvenances, le Père Lévesque avoue que s’il n’était pas entré dans l’Ordre des Dominicains, il se serait fort probablement orienté vers la politique.Et il ajoute qu’il aurait souhaité être premier ministre le plus vite possible! En 1954, on lui offre de devenir sénateur.E hésite, établissant selon son habitude la colonne des plus et des moins, mais finit par décider d’accepter le poste.Le père provincial, sans consulter l’intéressé, lui indique qu’il ne convient pas qu’un dominicain devienne sénateur.Dans les années 1930, alors qu’il est à Ottawa, le Père Lévesque s’intéresse à la C.C.F.et au Crédit social.Dans l’impétuosité de sa jeunesse il prend des positions.d’abord défavorables à la C.C.F.et favorables au Crédit social, sur lesquelles il revient ensuite, ce qui lui est reproché.C’est sans doute pour cela que ses positions politiques sont ensuite devenues plus discrètes, d’autant plus que son rôle de directeur de l’École des sciences sociales puis de doyen de la Faculté lui imposait un certain devoir de réserve.Il n’en continuait pas moins de fréquenter les hommes politiques, pour leur demander des subventions ou pour les conseiller.Il avait participé à des réunions avec les jeunes libéraux dissidents qui avaient mis leurs espoirs en Paul Gouin.11 connaissait bien Maurice Duplessis et son père, il était en contact avec Diuis Saint-Iaurent.Le maire de Québec, Wilfrid Hamel, était un de ses amis.Comme beaucoup de professeurs et d’anciens étudiants de la Faculté, il a été proche du Parti libéral du Québec, à la fin des années 1950 et au début des années 1960.Entre René Lévesque et lui les relations étaient tout particulièrement chaleureuses.Ën plus de toutes ses autres qualités, le Père Lévesque avait celles des véritables leaders politiques.Son action était fondée sur des principes, mais c’est son intuition qui lui révélait les tâches à accomplir, et une fois décidé rien ne pouvait l’arrêter.Sa conviction et son enthousiasme étaient contagieux.Le cours qu’il nous donnait, intitulé Morale et technique de l'action, était résumé, en partie, dans un cahier un peu sévère, dont il se détachait fréquemment.Le but du cours était de montrer comment on peut agir à la fois moralement et efficacement, ce qui résumait bien sa conception de l’action politique.Au verso d’une des pages du Cahier, j’avais écrit ceci, tiré d’une des digressions du Père lévesque : «Le passé éclaire, mais c’est le futur, la fin, qui doit donner la direction».Tel était le Père lœvesque.Un homme éclairé par un passé où il avait vécu heureux, et qui travaillait à construire, de façon morale et efficace, une société plus libre et plus instruite.Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les çommentaires et les analyses de ses lecteurs et lectrices.Etant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.Au début du premier tome de ses Souvenances, le père Lévesque confie qu’il aurait souhaité être premier ministre le plus vite possible! L’ÉQUIPE DU DEVOIR rouis Laplerre (adjoint au directeur de l’inûirmatiim), Sylvain Blanchard, Jean Chartier (vie urbaine).Marie-Andrée Chouinard (éducation) Yves d'Avignon (spnrUK Faute des Rivieres (éditorialiste).Jean I lion, I ouis-Ulles h rancœur ’ .• .** ¦ • '¦ »- | 2 I J A N V IKK 2 0 0 0 le devoir ENFANTS SUITE DE LA PAGE 1 présentation qui fait l’apologie des relations sexuelles avec les moins de 18 ans.Elle ne fait aucune distinction entre les personnages réels ou issus d’une imagination tordue; les œuvres à prétention artistique ou les pires vulgarités.Mais pour la Colombie-Britannique, appuyée par le gouvernement fédéral, six provinces (Ontario, Québec, Nouvelle-Ecosse, Nouveau-Brunswick, Manitoba, Alberta) et l’Association canadienne des policiers, la loi doit être préservée intacte.A leurs yeux, la possession de matériel de pornographie juvénile, ne serait-ce qu’à des fins personnelles, constitue une grave offense.Elle banalise l’exploitation sexuelle des enfants et peut laisser croire à ces vulnérables et influençables créatures que les comportements pédophiles sont acceptables.Elle renforce les distorsions des pédophiles, qui sont pour la plupart persuadés que leurs comportements sont normaux, et que la société a tout faux.Possession et production sont par ailleurs trop étroitement liées pour fermer les yeux, a fait valoir l’Association canadienne des policiers, partisane de la ligne dure et de la protection absolue des enfants».Dans un monde en mutation technologique, un individu mal intentionné peut fabriquer de toute pièce du matériel de pornographie juvénile grâce à de savants logiciels de manipulation de l’image et en faire la diffusion à grande échelle sur Internet.Le flou entourant la loi facilite le travail des policiers.C’est en épinglant les gens pour possession simple qu’ils sont en mesure de remonter la filière et d’attraper des réseaux de distribution auxquels s'abreuvent finalement d’authentiques pédophiles.La pédophilie n’a cependant guère alimenté les discussions à la Cour suprême.Pour le public comme les journalistes, il est impossible de se faire une idée juste de ce qu’est la pédophilie à la lumière de cette cause.Le fait de collectionner des documents considérés comme de la pornographie juvénile au sens de la loi peut-il conduire un individu à agresser sexuellement d’un enfant?Les avis sont partagés.D’un côté, la possession simple est décrite comme un exutoire ayant une fonction cathartique.De l’autre, elle est plutôt considérée comme une bougie d’allumage risquant de faire exploser des comportements déviants.Et quand un enfant a été agressé, il est déjà trop tard pour intervenir, ont souligné la Colombie-Britannique et ses alliés.Mais pour John Robin Sharpe et ses avocats, cette cause n’a rien à voir avec la pornographie juvénile, la sécurité des enfants ou la menace pédophile.L’histoire de John Robin Sharpe frappe le cœur des valeurs fondamentales d’un pays libre et démocratique, à savoir le droit à la libre expression et le droit à la vue privée.C’est en invoquant ces deux droits garantis par la Charte que John Robin Sharpe a triomphé devant la Cour Suprême et la Cour d'appel de la Colombie-Britannique.Par deux fois, les juges ont invalidé des portions de la loi sur la pornographie juvénile, estimant qu’elles allaient à l’encontre de la Charte.John Robin Sharpe se réclame d’un artiste.Il dessine et écrit des œuvres que les policiers avaient considérées lors de son arrestation, il y a cinq ans, comme du matériel de pornographie juvénile.Les avocats de M.Sharpe ont soutenu que leur client n’avait fait que coucher sur papier, à ses seules fins, des pensées qu’il avait exprimées.Il n’avait pas l’intention d’en faire la diffusion.Pour Me Richard Peck, la loi ne constitue rien de moins qu'une forme de «contrôle de la pensée».Les associations des libertés civiles du Canada et de la Colombie-Britannique ont adopté la même position, estimant que la loi sur la pornographie juvénile, par son caractère trop flou, porte une atteinte sans précédent à la liberté d’expression.Qui a raison?Difficile à dire.Qui a tort?Le Parlement fédéral, qui a adopté à l’unanimité la loi sur la pornographie juvénile à la hâte en juin 1993, faisant fi des avertissements qui lui avaient été lancés.Des juristes, artistes, cinéastes et autres conservateurs de musées avaient sonné l'alarme: le projet de loi comporte de graves entraves à la liberté d’expression, il ne pourra résister à l’épreuve de la Charte, et il sera certainement contesté devant les tribunaux en raison de son caractère trop flou.Mais les députés de toutes les couleurs politiques n’ont rien écouté.Quitte à corriger certains détails plus tard, ils ont adopté la loi à toute vapeur.au nom de la protection des enfants.Et c’est maintenant aux juges de la Cour suprême d’assumer la sale besogne.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9 étage, Montréal (Québec), H3A3M9 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction Au téléphone Par télécopieur Par courriel (514) 985-3333 (514) 985-3360 redaction@ledevoir.com (514) 985-3346 (514) 985-3390 (514) 985-3399 (514) 985-3390 1-800-363-0305 (sans frais) L’agenda culturel Au téléphone Par télécopieur La publicité Au téléphone Par télécopieur Extérieur de Montréal Les avis publics et appels d’offres Au téléphone (514) 985-3344 Par télécopieur (514)985-3340 Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphone (514) 985-3322 Par télécopieur (514)985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 7h30 à 16h30 Par télécopieur (514) 985-3390 Par courriel abonnements@ledevoir.com Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) Le Devoir est publié du lundi au samedi par I^* Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury, 9 étage, Montréal.(Québec), ILIA :tM9 II est imprimé par Imprimerie Québécor LaSalle, 7743, rue de Bourdeau, division de Imprimeries Québécor Inc., 612, rue Saint-Jacques Ouest.Montréal.L'agence Bresse Canadienne est autorisée a employer et à diffuser les informations publiées dans Is Devoir.U Devoir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc., 900, boulevard Saint-Martin Ouest.laval.Envoi de publication — Enregistrement n*0858.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec ACTUALITES URGENCES L’inquiétude et l’insécurité tenaillent les Québécois SUITE DE LA PAGE 1 les péquistes de Lucien Bouchard: 62,4 % des personnes interrogées estiment que le chef de l’opposition serait «aussi bon» que le chef du gouvernement; 23,1 % jugent qu’il serait «moins bon», alors que 14,5 % seulement pensent qu’il serait «meilleur».Il n’y a pas que Lucien Bouchard et Jean Charest qui souffrent de la mauvaise humeur de la population.La ministre de la Santé semble également devoir assumer une partie du blâme.67,7 % se disent «peu ou pas du tout satisfaits» du travail de Mme Marois à la direction de ce ministère, alors que 32,3 % se déclarent «trà ou assez satisfaits.» Dans ce sondage, les Québécois portent un jugement global sévère sur la situation des urgences dans les hôpitaux: 65,1 % constatent qu’elle s'est détériorée depuis un an; 30,8 % considèrent qu’elle est demeurée la même, alors que seulement 4,1 % trouvent qu’elle s’est améliorée.Toutes les données mises en lumière ici comprennent la répartition des indécis.Qu’il s’agisse donc de juger le pouvoir politique ou la gestion des hôpitaux, l’insatisfaction est plus grande chez les personnes âgées, les femmes, les plus démunis, les anglophones, les gens de la région de Montréal et les moins scolarisés.Quant aux mesures suggérées pour résoudre le problème, la perception des Québécois diffère selon leur statut dans la société: les per- sonnes âgées sont plus favorables que d’autres au ticket modérateur; les 18 à 34 ans croient davantage à l’efficacité d’ouvrir de nouveaux lits dans les hôpitaux et à l’implantation d’un réseau de méga-cliniques privées; les plus scolarisés optent pour l’amélioration des CLSC, une préférence que les francophones expriment beaucoup plus clairement que les anglophones; les plus pauvres souhaitent que l’on comble les besoins en faisant appel à des médecins de l’étranger et en ouvrant de nouveaux lits.Selon le président de Sondagem, Jean Noiseux, les conclusions de ce sondage témoignent avant tout de l’inquiétude et de l’insécurité qui tenaillent les Québécois.Il lui paraît évident que la dramatisation quotidienne de la situation dans les médias a fini par miner la confiance de la population dans ses chefs politiques.D trouve par ailleurs étonnant que, malgré les déboires actuels du réseau public, on ne soit pas davantage tenté de se tourner vers le privé.Cette loyauté envers le réseau public, le président de Sondagem l’explique par le fait que les Québécois demeurent fiers de leur système de santé.Pourquoi sont-ils réticents à faire venir des médecins de l’étranger?J[ean Noiseux n’y voit pas l’expression d’un sentiment de xénophobie mais plutôt la çonviction que la solution ne se trouve pas ailleurs qu’au Québec.A son avis, des mesures comme l’exportation de malades ou l’importation de médecins sont impopulaires parce qu’elles font figure de pis-aller.Méthode Ce sondage sur l’opinion des Québécois a été réalisé par Sondagem pour Le Devoir et CKAC.Pour cette étude, 1012 entrevues téléphoniques ont été effectuées auprès d’un échantillon représentatif de la population adulte du Québec.Cet échantillon probabiliste stratifié non proportionnel comprenait trois strates (région métropolitaine de Montréal, région métropolitaine de Québec et province).Il a été tiré aléatoirement par ordinateur à partir des listes de numéros de téléphone résidentiels du Québec par la, méthode du hasard systématique.A partir de 1656 numéros de téléphone valides, 1012 entrevues ont été effectuées, permettant d’obtenir un taux de réponse de 61,1 %.Toutes les entrevues ont été réalisées à partir de Montréal du 15 au 20 janvier 2000.En retenant un seuil de confiance de 95 %, on estime la marge d’erreur statistique maximale d’un tel sondage à plus ou moins 3,2 % dans 19 cas sur 20.HEBERT «Elle fut une orfèvre de l’écriture, et une grande créatrice de mythes» FAVORIS SUITE DE LA PAGE 1 destin humain», précise le président de l’Académie des lettres et poète Jean Royer.La lauréate 1982 du prix Femina pour Les Fous de Basson (dont Yves Simoneau tirera un film), la romancière fiévreuse de Kamouraska, la poétesse inspirée du Tombeau des rois, demeura même durant ses longues années d'exil parisien (plus de trente ans) collée à ses sources d’inspiration québécoises, gagnant à ce recul géographique toutes les germinations créatrices.Elle y gagna aussi la reconnaissance internationale.La France qui l’hébergea la considérait comme un écrivain universel.En 1997, elle était revenue au pays comme on boude la boucle d’une existence en attachant les dernières années aux galons des premières.Sa discrétion, (elle préservait farouchement son intimité) contribue à créer autour d’elle à la fois le mythe et la réalité d’une femme de lettres qui répugnait aux grandes déclarations publiques, protégeait ses secrets comme un coffre-fort, cultivait des amitiés sincères mais s’absorbait avant tout dans l’implacable corps à corps avec les mots.«Elle fut une orfèvre de récriture, précise le romancier et professeur Pierre Nepveu et une grande créatrice de mythes, atteignant quelque chose d'archaïque, d’archétypal qui touche les fondements de notre conscience dans ce qu’elle a de plus lumineux et de plus opaque.» Décliner la liste des prix qu’elle reçut id et ailleurs serait quasi fastidieux, tant ils ont jalonné sa carrière, de la légion d’honneur, au Femina, en passant par l’Ordre du Québec, du Canada, etc.Outre le Femina, précisons qu’elle reçut le prix des libraires de France pour l’onirique et sanglant Kamouraska en 1970 (porté ensuite à l’écran par Claude Jutra) celui du gouverneur général en 1992 pour L'Enfant chargé de songes, le Gilles-Corbeil en 1994 et ce mois-ci le Grand Prix littéraire France-Québec-Jean HameUn pour l’ensemble de ses écrits et son dernier roman: Un habit de lumière.Car elle ne cessa jamais d'écrire, et sa prose de maturité comme Le Dernier Jardin, un hommage à la ville de Québec, ou L’Enfant chargé de songes si lyrique avec ses amours idéales fracassées sur une réalité maléfique, témoignent de la même exigence, de la même jeunesse qu’à ses débuts.Rare phénomène pour une œuvre qui s’est déroulée sur presque 60 ans, celle-ci n’aura jamais connu de phase de déclin, mais plutôt la cohérence d’un coipus littéraire parcouru par une voix reconnaissable entre toutes qui ne s’est jamais gplvaudée, jamais pliée aux modes du jour.M voici désormais d'autant plus précieuse qu’elle flotte hors du temps.«Plutôt qu'un roman ou un recueil en particulier, l’important, c’est de considérer l’ensemble, le massif de son œuvre, estime François Ricard.Sa voix unique, si originale, s’y montre d’une rare cohérence.» Aux yeux du poète Jacques Brault, la poésie du Tombeau des rois, particulièrement sublime, devrait figurer dans toutes les anthologies qui se respectent.«J’admirais sa langue à la fois simple et somptueuse, exprime le poète, faite d'évocation, de résonance, toujours ferme, jamais guimauve, d’une violence feutrée, capable de silence parlant.» L'écrivaine disparue est du bois dont on fait les légendes, elle qui fut la cousine et amie du poète Saint-Denys Carneau, parenté également spirituelle et littéraire.Sa légende vient également d’être issue, dans un Québec de suffocation, en 1916, d’un milieu éclairé, avec Maurice, un père poète et critique littéraire à Québec et une mère férue de théâtre.Par sa grand-mère maternelle, elle descendait d’Achille Taché, le seigneur de Kamouraska (où elle passa souvent ses vacances), qui lui inspira le roman que l’on sait.Anne Hébert a commencé à écrire jeune pour elle-même mais ne publia qu’en 1942 Les Songes en équilibre, recueil de poésie fort bien accueilli par la critique, qui lui valut le troisième prix Athanase-David.«Dans un Québec où il n’était pas facile de publier ou même d’écrire, elle a ouvert le chemin à tous», se rappelle Jacques Brault.Son ardent recueil de nouvelles Le Torrent (publié en 1950 à compte d'auteur car les éditeurs le jugeaient trop violent) imposa d’entrée de jeu sa thématique de tourbillons initiatiques où l’âme se trempe comme une épée au feu.Trois ans plus tard, elle publiera son grand œuvre poétique: Le Tombeau des rois.«J’ai mon cœur au poing -Comme un faucon aveugle», y lancera-t-elle comme un cri sourd qui résonne encore.Scénariste à l’ONF en 1953, c’est l'année suivante qu’une bourse de la Société royale du Canada lui permettra de séjourner à Paris et d’écrire son premier roman Les Chambres de bois lauréat du prix Athanase-David en 1959.De poésie en prose, d’allers-retours entre les deux continents, avec peu à peu ce pied posé à Paris, ce n’est qu’en 1970 avec Kamouraska , récit de neige, de passion et de sang que lui viendra la consécration et l’aisance matérielle dans son trois-pièces en plein Saint-Germain-des-Près qui abritera les années de maturité, puis la gloire, douze ans plus tard du Femina.Refusant d’être le porte-drapeau de causes sociales ou politiques, elle le fut pourtant à sa manière par son exigence et le choix de ses thèmes.La poétesse Hélène Dorion rappelle à quel point son exemple fut de lumière et d’exigence pour les femmes d’écritures qui suivirent sa lancée.«Son œuvre est une leçon», dit-elle.Féministe, Anne Hébert ne prétendit jamais l’être, mais un roman comme Kamouraska qui met en scène une femme étouffée par les conventions jusqu'à l’explosion dans son Québec d’antan, fut plus puissante qu’un manifeste pour exprimer une aliénation collective que ses vers reprennent en écho: «Il y a certainement quelqu’un - Qui m’a tuée - Puis s’en est allé - Sur la pointe des pieds - Sans rompre sa danse parfaite», écrivait-elle.Les funérailles auront lieu dans la plus stricte intimité à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier où l’écrivaine sera inhumée aux côtés du poète Saint-Denys Gameau et des autres membres de sa famille.Le public pourra signer des livres de condoléances demain à la Bibliothèque nationale du Québec et à la Bibliothèque Gabrielle-Roy, à Québec.SUITE DE LA PAGE 1 De son côté, le vice-président des Etats-Unis recueille 56 % des intentions de vote contre 28 % à son unique rival, l’ancien sénateur Bill Bradley, selon ce sondage réalisé du 16 au 21 janvier.M.Bradley a toutefois reçu un appui significatif hier avec le soutien du Des Moines Register, le plus grand quotidien de la capitale de l’Iowa, selon lequel il est le «leader dont les idées et l’approche sur la façon de gouverner sont les plus proches des besoins de notre temps».Les petits candidats, tous résignés à perdre aujourd’hui, espéraient pouvoir sauver la face et gardaient leurs forces pour les primaires du New Hampshire qui se dérouleront le 1er février.«C’est un marathon pas un sprint», a souligné Forbes qui se présente comme la solution de rechange conservatrice à Bush, une formule à laquelle ses piètres résultats dans les sondages donnent pour le moment peu de poids.Les candidats ont poursuivi hier activement campagne, traversant de long en large, comme ils le font depuis des semaines, cet Etat agricole d’un peu moins de trois millions d’habitants qui joue le rôle d'avant-coureur dans le marathon de l’élection présidentielle.MM.Bradley, Forbes et Bush étaient également les invités des émissions dominicales télévisées.M.Bradley s’y est décrit comme celui qui luttait contre le ‘pouvoir installé», et a insisté sur le fait que ses problèmes d’arythmie cardiaque n’était qu'«une gêne, rien de plus».M.Forbes a affirmé que son but était «d’émerger [ce soir] comme le vrai candidat conservateur».M.Bush a lui soigneusement détaillé son programme, promettant à nouveau une baisse générale des impôts.Les «caucus» (comités électoraux), se déroulent dans des fermes, écoles ou même dans un domicile privé rassemblant parfois une poignée de militants, fis offrent un premier baromètre des forces en présence.Les candidats républicains à l’élection présidentielle américaine ne s’y trompent pas: dans ce petit État agricole du Midwest, la droite religieuse jope un rôle influent et tous l’ont courtisée avec application.A l’exception de George W.Bush, tous se sont ainsi rendus samedi soir à un «rallye présidentiel» organisé par une église pentecôtiste, la «First Assembly of God», pour récupérer les voix des «chrétiens conservateurs».M.Bush s’y est rendu hier pour un service religieux.Plaidoyers vibrants contre l’avortement, contre l’homosexualité ou pour la défense des valeurs familiales, les candidats républicains ont rivalisé d’ardeur pour séduire cet électorat, dans sa grande majorité blanc.La droite religieuse forme près de 40 % de l’électorat républicain dans l'Iowa selon les sondages les plus récents et jouera donc un rôle crucial lors du scrutin au sein du parti républicain.Près d’un millier de personnes, hommes et femmes de tous âges, dont de nombreux retraités, tous blancs, ont assisté samedi soir à cette «réunim pour la famille, la foi et la liberté».Cette manifestation intervenait au moment du 27 anniversaire du fameux arrêt Roe contre Wade, par lequel la Cour suprême avait pour la première fois légalisé en 1973 l’interruption volontaire de grossesse.Le sénateur John McCain a décidé de faire l’impasse sur l’Iowa, préférant tout miser sur les primaires dans le New Hampshire, le 1er février, mais cela n’exclut pas qu’il obtienne un score honorable.RYAN SUITE DE LA PAGE 1 «On n’avait pas été élevés dans le culte de la démocratie, dans les années 1930 au Québec.Il y avait quand même assez de sympathie pour des types comme Mussolini, Salazar, et Hitler un peu moins.La tendance allait plutôt du côté autoritaire.Plusieurs leaders canadiensfrançais étaient contre la participation du Québec à l'effort de guerre», raconte-t-il.«Mais il y avait aussi des voix pour s’élever contre les idées à la mode.Je me souviens d'un jour de 1942 où le cardinal Jean-Marie Villeneuve était venu au parc Jeanne-Mance à l’occasion des célébrations du 300e anniversaire de fondation de Montréal.Il avait alors dit que la guerre était une guerre de civilisation et qu'il fallait appuyer les Alliés.Im foule l'avait hué.Mais il avait raison.lœ cardinal Villeneuve a fait preuve d'un leadership exemplaire.» De prémonition, peut-être aussi.La guerre montrera également au monde la puissance de la fission de l’atome, que M.Ryan classe parmi les quatre grandes avancées scientifiques du siècle avec l’exploration de l’espace, les progrès de la génétique et l'avènement de l’informatique, des phénomènes qui «ont changé toute notre existence».A propos d’atome, M.Ryan se remémore une autre intervention publique l’ayant particulièrement frappé.«C'était tout juste à la fin de la guerre.On venait d'avoir Hiroshima et Nagasaki.Un philosophe de l'Université de Chicago, Mortimer Adler, était venu prononcer une conférence ici.Il avait dit: ‘Tout le monde s’alarme actuellement, mais c’est peut-être une bénédiction, a blessing in disguise, une bénédiction indirecte qui nous arrive, parce que désormais il y aura un mot qui dominera les relations internationales, un petit mot de quatre lettres: peur." Et si on a eu la paix sur le plan international depuis un demi-siècle, c’est peut-être attribuable aux armes nucléaires, assez paradoxalement.» De nouveaux pôles S’ensuivirent effectivement l’équilibre de la terreur et plus de quarante ans de guerre froide, pendant lesquels la perspective d’un autre conflit à grande échelle était trop terrifiante pour que l’upe ou l'autre des nouvelles puissances mondiales, les Etats-Unis et l’Union soviétique, s’aventurât à le déclencher.Mais l’éclatement de l’URSS à la fin des années 1980, si, elle a ouvert la voie à une domination sans partage des États-Unis, n’a pas pour autant réglé définitivement le problème, autre paradoxe.«Maintenant, avec le progrès des communications, il devient possible que des armes de type nucléaire se retrouvent entre les mains de n ’importe qui.Plusieurs pays essaient d’en avoir.On va trouver le moyen d'industrialiser ces secretsfà, ce qui va contribuer à fragiliser beaucoup l’existence au cours du prochain siècle», croit M.Ryan.Dans cette optique, «il faut créer un nouvel équilibre multipolaire.Ça prendrait trois ou quatre pôles importants à travers le monde pour garder la situation sous contrôle».A cet égard, il constate une montée récente de l’Asie, qui sera à son avis le nouvel acteur majeur du XXL siècle.Et il fait plus précisément une place de choix à l’Inde, dont la population devrait dépasser celle de la Chine au cours des 25 prochaines années et qui, du seul fait de son poids démographique, devrait être admise comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.«L’Inde a une tradition démocratique et une .tradition spirituelle assez fortes.J’ai bien confiance en la sagesse de ce peuple-là», relate-t-il.A la lumière des comportements observés au cours du dernier siècle, Claude Ryan estime d’autre part qu’un renforcement de l’autorité internationale s’impose, et l’idée d’un «gendarme mondial» qui a commencé de germer lors de conflits armés récents — ex-Yougoslavie, Rwanda, Timor oriental — est à appuyer.«Il faut quelque chose.Autrement, la dignité de l'être humain, qu'est-ce que ça veut dire?Une charte des droits à l’échelle mondiale, c’est bien beau, mais si on ne l’applique pas.Si un gars peut faire ce qu’il veut dans son pays, tuer des collectivités entières, est-ce qu on va le laisser faire?Il me semble que c’est contraire à la logique, et à l'humanité, la plus élémentaire.» Canada-Québec I .’histoire canadienne des quatre dernières décennies est indissociable de la sempiternelle «question nationale».Claude Ryan, lui, n’exclut pas un éventuel fractionnement du pays.Mais il continue, encore et toujours, «de chercher des aménagements qui permettraient au Québec de se développer suivant ce qu’il est tout en continuant de faire partie du Canada»: et s’il «comprend très bien la thèse souverainiste mais ne la partage pas», il regarde l’histoire et prévient qu «il jaut se méfier des nationalismes de manière générale: ils ont été des facteurs de progrès pour certains peuples, mais ils ont aussi été des facteurs de guerre, de discorde et de préjugés».A propos du Canada, M.Ryan tient à souligner un élément méconnu.«On entend souvent dire au Canada anglais que l'approche québécoise fondée sur la dualité [les deux peuples fondateurs] ne tient plus parce que le pays s’est grandement diversifié.Mais considérez ces chiffres: au début du siècle, 22 % des habitants du Canada étaient nés dans un pays étranger; aujourd’hui, ce taux se situe entre 15 et 17 %.» «C’est donc dire qu’après toutes les vagues d’immigration dont le pays a été l’objet en cent ans, le fond canadien est beaucoup plus fort aujourd’hui.C’est un pays qui a renouvelé sa population de manière convenable tout en consolidant sa base que j’appellerais autochtone.» Du Québec du XX' siècle, M.Ryan note une évolution du nationalisme canadien-français vers une préoccupation des intérêts proprement québécois, une urbanisation massive, une sécularisation culturelle (imputable surtout à la télévision) et sociale (due au transfert de responsabilités de 1 Eglise vers 1 État), un essoufflement démographique devenu «sujet de préoccupation majeur» et causé par «la désagrégation de l unité familiale», elle-même provoquée par «un essoufflement du sens moral qui a contribué à émousser le sens des responsabilités».«On a cherché un refuge dans le nationalisme, dans l’étatisme, dans le syndicalisme, mais ce ne peuvent être des solutions.Ce sont des éléments importants dans une société, mais ils ne peuvent être des sources de foi pour l'engagement personnel et la prise en charge des responsabilités», déclare-t-il.Dans la même veine, et dans la foulée d’André Malraux, M.Ryan prophétise une recrudescence de la religion dans le siècle à venir.«Non parce que je le souhaite mais parce que les autres humanismes qui ont été proposés à la famille humaine jusqu'à maintenant ne réussissent pas à répondre à ses interrogations fimdamentales, à lui procurer l’équilibre sans lequel l’existence ne vaut presque pas la peine d’être vécue.» Demain: Michel Roy
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