Bio-bulle : bulletin d'information de l'agriculture biologique québécoise, 1 janvier 2012, Hiver 2012 - No 107
PER 6-lW BAnQ une réflexion de pierre barthélémy e natun lement Concours Facebook Offre d'abonnement spécial Deux belles façons de passer un bio Noël avec Bio-bulle PROFITEZ-EN! détails en page 2 également dans nos pages les défis du bio | communautaire ou industriel?délicieux champignons forestiers l'automne au jardin parfums du temps des fêtes Client#: 527 exp au : # Bibliothèque Nationale du Québec Section du dépôt légal Stéphane Ruest 2275, rue Holt Montréal, Québec H2G3H1 6,00$ -Mm 2012-2013 PP40882533 06538586453104 DEUX CADEAUX pour un biO nOË Abonnez-vous} renouvelez ou prolongez votre abonnement à Bio-bulle d’ici le 31 décembre 2012 et abonnez un ami à seulement la moitié du prix! Cette offre vous permet également de profiter de la promotion Druide OU Devenez notre ami Facebook et courez la chance de gagner un magnifique panier de produits régionaux Tirage dès que nous aurons atteint le seuil de 400 amis ¦Jpjïïî* Un petit geste pour soutenir Bio-bulle.de la grande lecture pour toute Vannée! DEUX CADEAUX POUR , .unblo nOË S.V.P.COCHER L’OPTION DE VOTRE CHOIX O Abonnement 1 an 4 numéros t" abonnement 21,74$ *3,26 (TPS î TW): 2* abonnement 10,87$ *1,63$ (TPS STYQ): TOTAL : O Abonnement 2 ans 8 numéros r abonnement 39,14$ ?5,86 (TPS S TW) : 25,00$ 12,50$ 37,50$ 45,00$ ?abonnement 19,57$ *2,93$ (TPS S TW) TOTAL : 22,50$ 67,50$ Merci de soutenir Bio-butie WÊÊÊ et Joyeux Noël! L’offre inclut b promotion Druide ?Mo StotWwaSaiY Scott BiO bulle Voir TOUTE la vieenbio Abonnez-vous, prolongez ou renouvelez votre abonnement à Bio-bulle dpici le 31 décembre 2012 et abonnez un ami à seulement la moitié du prix! JE M ABONNE.nemrt imtirMest , J'ABONNE MON AMI[E].Nom: Nom: Nom de l'organisme (si amfaMe): Nom de l’organisme (si applicable) : Adresse : Adresse : Ville : Ville : Province: Code oostalr Province: Code oostalr Téléphone : Téléphone : Télécopieur : Télécopieur : Courrier élecîronioue : Courrier électronique : Merci de remplir ce formulaire et de le retourner, accompagné de votre chèque, àz .Q 495, route 132, La Pocatière (Québec) G0R1Z0 L9 VIS Tél.: 418.856.5872 • Téléc.: 418.856.2636 • Courriel : abonnement@lavisbio.org BIO Le formulaire est aussi disponible à www.lavisbio.org bulle Voir TOUTE la vie en bio! LÎ u« > Abü' S' 0 0 tnl,ivK de la Côte-du-Sud et du Coll»)** s**rW* La vache Canadienne, la meilleure « machine à beurre » du monde.et dire qu’on a failli la perdre! CTUALITE Hi y CM k Ç : «Nü CD D O S S LES POLITICIENS ET L'AGRICULTURE par roméo bouchard LES DÉFIS DU BIO AU QUÉBEC | la suite par roméo bouchard ÉDUCATION GLOBALE PORTRAIT D'UN ENGAGÉ PASSIONNÉ par mario hard E R NATURELLEMENT PASSER DU CONVENTIONNEL AU BIO par mario bard QU'Y A-T-IL DANS LE LAIT BIO?par carol vachon LA RACE BOVINE CANADIENNE UN JOYAU DU PATRIMOINE QUÉBÉCOIS par andré auclair QUIZ LE LAIT par gaïapresse TENTATION LES CHAMPIGNONS FORESTIERS TRÉSORS SOUS LES FEUILLES par laurie godin CHALEUREUSES RECETTES par l'association manger santé bio ON S O M M AT ION RUBRIQUES 4 LE MOT DU RÉDAC'CHEF 5 BIO INFO 7 BIO CAPSULES 32 NOUVELLES DES ORGANISATIONS par la filière biologique du québec 33 LIVRESQUES RÉCOLTES par renée demers ÉFIEXION TU SERAS UN LILLIPUTIEN VÉGÉTALIEN, MON FILS par pierre barthélémy 24 UN PARFUM DE TEMPS DES FETES par sylvie fortin UNAGE L'INTELLIGENCE ET L’ÉNERGIE VITALE DES PLANTES par christiane émond GUIDE ANNUEL DU JARDINAGE ÉCOLOGIQUE L'AUTOMNE par jean-jacques marcil RODUCTION 30 LA TAILLE DES VIGNES A RAISINS par véronique alexandre Page couverture: «Simplement lait» | Photo StockXchange | Montage Studios Sigma • LE MOT DU REDAC'CHEF» Fractuda et ses sœurs 1884, par une belle journée printanière, naquit Fractuda1.Elle fit immédiatement la joie de ses parents et les emplit d'orgueil avec ses yeux expressifs et son air mutin.Elle vécut une enfance bucolique à Saint-Pacôme et il fallait la voir se déplacer avec une élégance certaine, vêtue de sa robe noire qui faisait tourner bien des têtes.Ayant déjà quelques prétendants, son charme légendaire fera des ravages jusqu’à Sainte-Anne-de-la-Pocatière où elle ira finalement vivre avec Cromwell, l'élu de son coeur.Chacune des quatre années suivantes apportera au jeune couple un rejeton fort et vigoureux comme son père qui fera honneur à ses parents un peu partout dans la province.Seule exception, le troisième, qui sera vendu au Collège pour la boucherie.Fractuda, une vache Canadienne, comme La Dubé, La Francœur et bien d’autres de la ferme modèle de l'École d’agriculture de Sainte-Anne, aura fait sa marque et peut-être est-elle l’ancêtre de représentants de cette race que l'on veut sauver aujourd'hui.En effet, dans ce numéro portant sur le lait, nous avons fait une incursion dans le passé pour découvrir l'histoire de la vache Canadienne, qui fait partie depuis 1999 des races patrimoniales du Québec, tout comme la poule Chantecler et le cheval Canadien.C’est elle qui a produit le lait, le beurre et le fromage sur la table de nos ancêtres pendant des décennies avant que d'autres races prennent le relais et la menacent de disparition.Puisque nous parlons du lait, un article est consacré à cet aliment, plus particulièrement à la spécificité et aux bienfaits du lait bio avec pour auteur le spécialiste du lait cru, le docteur Carol Yachon.Et comme entre l'animal et la production, il y a le producteur, nous vous offrons le portrait d'une ferme laitière qui est passée du conventionnel au biologique avec son histoire, ses expériences et son avenir.Si nous avons fait un bond de plus de trois cents ans avec l’histoire de la vache Canadienne, d’autres événements plus récents, en train de devenir une tradition, méritent également d'être mentionnés.La dernière semaine de septembre a été choisie pour être l'hôte de la troisième édition de la Semaine Bio qui veut souligner les produits bio, leurs producteurs, transformateurs et distributeurs à la grandeur du pays.Cette visibilité ne peut que garantir une reconnaissance accrue des valeurs et des produits que nous prônons dans Bio-bulle et nous souhaitons un succès de plus en plus grand à ce genre d'événements tels que les marchés publics, les expositions, les foires ou les colloques toujours populaires, sans oublier toutes les démarches individuelles qui apportent leur pierre à l'édifice du bio et de la santé.À tous ces acteurs et participants, nous souhaitons une longue route parsemée de récoltes et d'échanges de toutes sortes.Nous en sortirons tous gagnants! ' Mirhnl Hiir * KJLUKCU^O Michel Dumais, rédacteur en chef micheldumais@yahoo.ca 1 Les noms des protagonistes et des lieux ont été scrupuleusement respectés.•r.EC Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.Canada bulle Voir TOUTE la vie en bio! NUMÉRO 107 • HIVER 2012 L'éditeur laisse aux auteurs l’entière responsabilité de leurs textes.La reproduction des textes publiés dans ce magazine est vivement encouragée à condition que la source soit indiquée.Éditeur : L’avis bio Rédacteur en chef : Michel Dumais micheldumais@yahoo.ca Ont collaboré à ce numéro : Véronique Alexandre, Association Manger Santé Bio, André Auclair, Mario Bard, Pierre Barthélémy, Roméo Bouchard, Renée Demers, Christiane Émond, Filière biologique du Québec, Sylvie Fortin, GaïaPresse, Laurie Godin, Jean-Jacques Marcil, Carol Vachon Révision : Roger Martel Conception et montage : Studios Sigma, tél.& fax : 418.852.3088 sigma@videotron.ca Illustrations : Bertrand Dugas bdugas.com | bedeiste@gmail.com Impression : Les Impressions Soleil Distribution : Messageries Benjamin, 450.621.8167 numéro 107 • hiver 2012 Date de tombée #108 :7 décembre 2012 Parution en kiosque #108:4 février 2013 PUBLICITE Pour tous vos besoins, contactez : Denyse Robitaille 418.867.5341 • robiden@videotron.ca ABONNEMENT Canada (taxes et frais de port inclus) 1 an (4 numéros) : 25,00 $ 2 ans (8 numéros) : 45,00 $ POUR NOUS JOINDRE: L’avis bio, service à la clientèle 495, route 132 La Pocatière Qc, G0R 1Z0 Téléphone : 418.856.5872 Télécopieur : 418.856.2636 Courriel : info@lavisbio.org Dépôt légal : ISSN 1195-03-58 » m BIO GAZ Ecologor Bio-bulle est imprimé sur du Rolland EnvirolOO Print, contenant 100% de fibres postconsommation, fabriqué au Québec par Cascades à partir d'énergie biogaz et certifié FSC recyclé, Écologo et Procédé sans chlore.0 Lavis une réalisation de BIO • B ï O INFO* LA PETITE AGRICULTURE AU PROJET ÉCOSPHÈRE La Foire de l'environnement et de l’écohabitation, que tenait pour la 7e année le Projet Écosphère à Brome les 22 et 23 septembre, a présenté 200 exposants, une trentaine de conférences et un panel agricole qui a fait salle comble, animé par Laure Waridel, avec Jean-Martin Fortier, le jardinier-maraîcher le plus populaire du coin par les temps qui courent, Pascale Tïemblay, la talentueuse agronome animatrice, auteur et commissaire de la Commission Pronovost, Roméo Bouchard, dont le nom reste attaché à la grande remise en question provoquée par l'Union paysanne et chroniqueur régulier dans votre revue préférée.Le débat portait sur l'avenir de la petite agriculture, à laquelle le récent ouvrage de Jean-Martin Fortier vient de redonner toute sa crédibilité en démontrant qu'il est possible d’en vivre tout en nourrissant la population.On a souligné que cette nouvelle agriculture est une agriculture de savoir et d'efficacité, et que l'intérêt des consommateurs pour ses produits ne cesse d’augmenter.Pascale Tfemblay et Roméo Bouchard ont rappelé toutefois qu'elle demeure très marginale, concentrée dans des régions comme l'Estrie, où le marché existe, et dans des productions moins réglementées comme la production maraîchère; ils ont ECOSPHERE Projet I ^ • 5 o, , % Le minuscule royaume himalayen du Bhoutan mesure déjà sa prospérité à l'aune du bonheur de ses habitants par l'ndice de « bonheur intérieur brut », instauré en 1972.Voilà maintenant que le Bhoutan s'est engagé à devenir le premier pays au monde à se convertir à un système agricole 100 pour cent biologique.Les agriculteurs du Bhoutan cultivent principalement du riz et du maïs, ainsi que quelques fruits et légumes.La demande alimentaire de ces dernières années a obligé le pays à devenir un importateur net de denrées alimentaires.Le ministre de l'Agriculture précise que le programme biologique ne porte pas seulement sur la protection de l'environnement, mais aussi sur la formation des agriculteurs à de nouvelles méthodes qui les aideront à produire plus de vivres et amener le pays vers l'autosuffisance., www.fnab.org ETUDE A L’APPUI! Ceux qui doutent encore que les produits bio contiennent plus de nutriments que les produits traditionnels seront-ils bientôt désavoués par la communauté scientifique?Aliments phares de l'agriculture biologique, les tomates bio se démarqueraient par un taux plus élevé en antioxydants que celles cultivées au moyen de multiples produits chimiques phytosanitaires, si l'on en croit une étude de scientifiques de l'Université de Barcelone en Espagne.Les tomates bio et leurs « cousines » traditionnelles présentent certes le même nombre de composés bénéfiques pour la santé, 34 au total, mais les premières posséderaient de surcroît un niveau plus élevé de polyphénol, molécule ayant un rôle d'antioxydant naturel qui suscite de plus en plus d'intérêt dans le cadre de la prévention et du traitement du cancer, des maladies inflammatoires, cardiovasculaires et neurodégénératives.Il s'agit d'un autre argument de poids en faveur de la généralisation de l'agriculture verte, dont la caractéristique première est de proscrire les pesticides, objets de nombreuses études à charge ayant révélé des liens de causalité entre leur présence massive dans notre quotidien et l'apparition de maladies nerveuses.JUSTE MEILLEURE.www.zegreenweb.com IULLE NUMÉRO 107 • • • WWW.LAVISBIO.ORG 1 actualité • ACTUALITE» Les politiciens et l'agriculture Par Roméo Bouchard Ex-président fondateur de l'Union paysanne et agriculteur biologique à la retraite > récente campagne électorale au Québec a prouvé une fois de plus que les grands partis politiques et I— U leurs chefs ne savent généralement pas grand-chose des questions dont ils débattent et qu’ils se contentent de lancer à tort et à travers des promesses conçues pour séduire l'électorat mais que l’on juge le plus souvent de peu de valeur quand on s'y attarde le moindrement.C’est en tout cas ce qui s'est produit, pour ce qui est de l’agriculture, à l'occasion de la dernière élection.Les chefs sont d’abord passés au confessionnal de l'Union des producteurs agricoles (UPA) qui les avait convoqués à Lévis tout au début de la campagne.On leur a expliqué ce qu'il fallait entendre par de nombreux grands mots que l’UPA a empruntés aux mouvements paysans et vidés de tout leur contenu progressiste pour y substituer son credo, soit le maintien de son monopole sur tout le secteur agricole, qui est en train de faire basculer notre agriculture et nos terres entre les mains des grands intégrateurs privés ou coopératifs.Ces mots sont : souveraineté alimentaire, auto suffisance alimentaire, politique bioalimentaire, occupation du territoire, protection des terres et du territoire agricoles, action collective, agriculture durable, agriculture de proximité, agriculture multifonctionnelle, agroenvironnement, relève agricole, achat local, produits du terroir, syndicalisme agricole, assurances agricoles, mission de la Financière agricole.En 2008, la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (Commission Pronovost) a décrit, dans un rapport qui demeure un guide exceptionnel pour la mise en place d'une agriculture de l’avenir, les changements structurels en matière de financement, de mise en marché, de zonage agricole et de représentation syndicale qu'il faudrait mettre en oeuvre pour donner un contenu réel aux grands mots énumérés ci-dessus et changer quoi que ce soit.Aucun des partis politiques, pas même Québec solidaire - dont le coporte-parole, Amir Khadir, semblait de toute évidence avoir oublié les questions qu'il m'avait posées en Commission parlementaire - n'a mentionné le rapport Pronovost, sans doute pour ne pas indisposer l'UPA, qui s'y oppose depuis le début et tient absolument à conserver les structures actuelles de financement (axées sur les gros), de mise en marché collective (défavorables à la production de proximité et de créneau), de zonage agricole (qui réservent la zone verte aux productions industrielles) et de représentation syndicale (qui excluent de la table tous ceux qui ne font pas partie du club des grandes productions commerciales).Comment imaginer, dans ce contexte, que l’on va augmenter notre taux de souveraineté et d'autosuffisance alimentaire Ces sujets vous interpellent?Venez en discuter sur notre page Facebook sous Magazine Bio-bulle! Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois En 2008, agriculteurs et citoyens ont remis plus de 600 mémoires à la Commission Pronovost dont le rapport qu'elle en a tiré jette les bases d'une agriculture pérenne, saine et propre à faire du Québec une société autosuffisante sur le plan agroalimentaire.Faut-il s'étonner qu'un rapport aussi pertinent soit toujours sur une tablette?- qui est passé de 80 à 30% en 25 ans - et qu’on va développer notre secteur de production et de mise en marché d'aliments de proximité et de qualité biologique?S'il avait fallu en plus que Marie Bouillé, issue du Syndicat des producteurs de pommes de terre de l'UPA et critique de l'agriculture au Parti québécois ces dernières années, soit nommée ministre de l'Agriculture! Heureusement, c'est François Gendron qui a hérité de cette charge.Il a au moins le mérite de provenir d'un secteur d'activité différent et d'appartenir à une région, l'Abibiti-Témiscamingue, qui compte beaucoup d’agriculteurs qui veulent, envers et contre tous, nourrir la population de leur territoire.On parle déjà d’un Sommet de l'agriculture.pour faire oublier la Commission Pronovost et ses 800 mémoires.Jean Garon, pour sa part, se permet de déclarer dans La Lerre de chez nous qu'il s'attaquerait à l’intégration et favoriserait l'autosuffisance alimentaire : « J'arrêterais d'assurer les intégrateurs, qui accaparent la plus grosse partie des sommes versées en assurance stabilisation.J’assurerais les fermes familiales indépendantes et efficaces.Pourquoi un gouvernement soutiendrait-il l'intégration?» WWW.LAVISBIO.ORG BIO-BULLE NUMERC Photos : Éliane Vincent • ACTUALITE» Il n'est pas exagéré de dire qu'il y a plusieurs années que le tableau n'a pas été si noir : tous les espoirs suscités par l'Union paysanne, Équiterre, les Amis de la terre, Nature-Québec, les organismes de bassins versants, le rapport Pronovost, Claude Béchard et les milliers de producteurs artisans de la nouvelle agriculture, tous ces espoirs ont été politiquement anéantis.Aujourd'hui, la mise en place de l'agriculture de l’avenir dépend uniquement du travail des artisans qui l'inventent et qui la tiennent à bout de bras sur le terrain.LES VRAIS ESPOIRS DE UAGRICULTURE DE DEMAIN Jean-Martin Fortier ; 4* R 2b -A ¦’%* Deux nouvelles publications montrent à l’œuvre ces artisans et pionniers de l'agriculture de l’avenir.Le Jardinier-maraîcher, manuel d'agriculture biologique sur petite surface, publié chez Écosociété et signé Jean-Martin Fortier, est un petit bijou à tous points de vue.Mieux qu’un guide, ce livre rigoureux démontre l'incroyable efficacité de la production agricole biologique artisanale « sans tracteur » et pourtant intensive, opérant en circuits courts.On comprend qu'au lieu de favoriser, pour nourrir une population, la production intensive industrielle et chimique sans agriculteurs, on pourrait choisir de multiplier partout sur le territoire le nombre des producteurs artisans biologiques : ce n'est pas une question d'efficacité, c’est une question de modèle économique et de choix de société.REGARD SUR LES PIONNIERS Pour faire connaissance avec quelques dizaines de ces artisans de l'agriculture de l'avenir, je vous conseille un livre que viennent de publier deux femmes qui ont été au cœur de la Commission Pronovost, Pascale Tfemblay, l'une des trois commissaires, et Suzanne Dion1, qui en était la secrétaire générale.Leur livre, qui s’intitule Ces gens qui changent la terre (La Presse), est en quelque sorte la mise en situation concrète du rapport Pronovost.Il regroupe, autour des grands thèmes du rapport Pronovost, une vingtaine de pionniers de la nouvelle agriculture, des noms que nous connaissons : André Nault, Robert Beau-chemin, Daniel Gosselin, Lucie Cadieux, Loïc Dewavrin, et aussi d’autres moins connus mais portés par des personnes tout aussi admirables.Ils sont des milliers au Québec qui travaillent dans et avec leur communauté.On ne parle pas d'eux.La politique les ignore pour mieux se coller à l'UPA.Ils sont donc forcés d'ignorer la politique et de ne rien attendre des politiciens.Je crois qu'il convient, pour terminer, de faire mienne la conclusion que présente Jean-Martin Fortier dans son récent ouvrage, qu’il a intitulée significativement La politique agricole : le retour en avant, et qui me semble refléter correctement l'attitude des jeunes envers la politique : « On peut douter que les transformations souhaitées seront initiées par les politiques, c'est-à-dire « d’en haut ».Les gouvernements sont plus souvent qu’autrement à la remorque des changements sociaux et, en ce sens, il faut se tourner vers d'autres horizons pour espérer le changement » (p.133).• 1 En 2005 et 2006, Suzanne Dion a publié dans Bio-bulle une série de huit articles sous le thème Quand on veut changer le monde.Consultez-les sur la page Facebook de Bio-bulle ou à lavisbio.org.Les réponses au quiz GaïaPresse de la page 21 : d $ q-g ja e-f q-£ :q-z :qq GAÏAPRESSE LE PORTAIL DES NOUVELLES EN ENVIRONNEMENT Retrouvez toute l'actualité environnementale à travers : les 17 régions du Québec et 14 thématiques environnementales ¦ w / WWW.GAIAPRESSE.CA Devenez membre dès maintenant! IULLE NUMÉRO 107 • • * WWW.LAVISBIO.ORG 9 actualité actualité • ACTUALITE Les défis du bio au Quebec L'enquête sur le bio au Québec se poursuit.Merci encore à Denis LaFrance, Christian Côté, Catherine Valton, Yves Gagnon, Richard Favreau, Charles A.Marois et plusieurs autres qui ont accepté de partager leur point de vue avec Roméo, l'initiateur de ce grand chantier.Rappelons les six chapitres de l'enquête qui tentera de définir les défis auxquels les différents acteurs du bio sont confrontés et comment y répondre, à partir d'un retour sur les 40 ans d'histoire du bio au Québec : 1 40 ans d'efforts acharnés pour implanter le bio au Québec (en deux parties) £ Le portrait du bio au Québec en 2011 (en deux parties) 3 Défi 1 : le bio, produit de niche ou une alternative à l'agrochimie 4 Défi 2 : le soutien indispensable au développement du bio d Défi 3 : la défense des producteurs biologiques et la promotion du bio 6 Défi 4 : bio industriel versus bio communautaire Défi 4: bio industriel versus bio communautaire Si nous voulons que le bio occupe une part de plus en plus grande du marché, il faut augmenter les volumes de production bio.Cela peut se faire de deux façons : en développant des fermes bio industrielles ou en multipliant les petites fermes bio efficaces.LE BIO INDUSTRIEL La tendance du marché favorise la production industrielle, qui s'arrime naturellement aux infrastructures industrielles de transformation et de distribution industrielles et commerciales.Mais la production bio industrielle exerce des pressions importantes sur le cahier de charges bio et l'éthique sociale et environnementale qui caractérisent le bio depuis ses origines.TOURNER LES COINS RONDS Sur le cahier de charges d’abord.La production en grand volume fait disparaître la ferme diversifiée où se complé-mentaient élevages et cultures diversifiées, en un mot, la ferme comme écosystème agroalimentaire.Les productions spécialisées et les monocultures rendent pratiquement impossible l’autosuffisance de la ferme en engrais, obligent l’importation de fumiers et d’engrais conventionnels controversés ainsi que de plusieurs autres intrants; en augmentant l'incidence des maladies et des déséquilibres des sols, elles multiplient les recours exceptionnels à des intrants étrangers aux normes biologiques comme les produits pharmaceutiques; la recherche des hauts rendements incite à l’utilisation de procédés contraires à l'esprit du biologique, comme l'insémination artificielle en élevage, l’osmose inversée et le vacuum en acériculture, etc.Les cahiers de charges deviennent ainsi des contrôles de plus en plus technocratiques de l'innocuité du produit, qui vont parfois à l’opposé de l'esprit originel de la ferme biologique et de l'agriculture biologique comme mode de vie.Au-delà des pratiques et des normes, c'est surtout l'éthique sociale et environnementale du bio qui en prend pour son rhume.Au plan environnemental, la spécialisation met souvent à mal la biodiversité et les écosystèmes dans lesquels évolue l'entreprise.La mécanisation augmente considérablement l'utilisation des produits pétroliers et la production de gaz à effets de serre sur la ferme.La production et la mise en marché industrielles multiplient les opérations de transport sur de longues distances.Au plan social, il va de soi que la production bio industrielle n’apporte pas la même contribution à l'occupation du territoire, à la communauté locale et à la création d’emplois communautaires que la ferme artisanale de proximité.L'entreprise bio est forcée d’adopter les modes de production et de gestion dictés par les grands marchés et les règles d’efficacité de la filière industrielle, incluant l'exploitation de travailleurs étrangers.L'approche devient prioritairement économique et sectorielle.WWW.LAVISBIO.ORG BIO-BULLE NUMERI • ACTUALITÉ* C'est ce qui faisait dire à l'ancien président de Nature et Progrès, Jordy Van den Akker : « La certification a favorisé les filières au détriment des réseaux solidaires.L’écologie et le social, qui sont pour nous des valeurs importantes de la bio, ne sont plus associés à l'économique.Le label et la réglementation européenne ont permis de développer un marché international facilitant la libre circulation des produits, le commerce et la concurrence.Nous ne nous reconnaissons pas là-dedans.» (Le Monde diplomatique, février 2011 - www.monde-diplomatique.fr/2011/02/BAQlJE/20129) Par ailleurs, le plus souvent, les chaînes d'alimentation conventionnelles finissent par imposer leurs normes de marketing, de prix et d’approvisionnement aux producteurs biologiques et les obligent à constamment réduire leurs standards au lieu de valoriser la qualité et les avantages supérieurs de leurs produits.BIO COMMUNAUTAIRE ET MODE DE VIE On pourrait tout aussi bien fournir des produits bio à toute la population, sur tout le territoire, en multipliant les fermes artisanales de proximité, intégrées à leur milieu et à leur territoire.Jean-Martin Fortier vient d'en donner une illustration remarquable dans son Manuel d'agriculture biologique sur petite surface : on peut faire vivre une famille et en nourrir 200 avec moins d’un hectare en culture maraîchère intensive.D'autres, comme Richard Favreau à Saint-Valérien-de-Ri-mouski et Marc Bérubé à Sainte-Agnès-de-Charlevoix, en ont aussi fait la preuve.Tbutes les statistiques ont démontré que le taux de productivité d'une ferme est inversement proportionnel à sa dimension : selon une statistique américaine de 1992, le rendement net à l’acre s était de 12$ dans les fermes de 1 6000 acres, de 53$ dans les fermes S de 200 acres et de 1400$ dans les I fermes de 4 acres.L'impact d'un tel choix serait considérable sur l'occupation dynamique du territoire, la création d'emplois valorisants, l'entrée des jeunes en agriculture, la qualité des paysages et des écosystèmes, le sentiment d'appartenance, la culture et l'identité territoriale, le développement régional et la souveraineté alimentaire.Il va de soi qu'une telle option devrait s'accompagner de la mise en place d'un réseau de distribution approprié, établi sur des bases marketing et commerciales entièrement différentes de celles des grandes chaînes actuelles.LE BIO PLURIEL En l'absence d'un choix de société aussi clair, beaucoup estiment que le label bio est appelé à se diversifier dans l'avenir afin de permettre aux consommateurs de choisir le bio qu'ils estiment répondre le mieux à leurs exigences 4^ V > >W d'innocuité et d’éthique sociale et environnementale.Un label dédié à une agriculture biologique paysanne pourrait permettre de se démarquer du bio industriel et purement technique.On pourrait penser à un label bio équitable et durable, pour des produits provenant d'agriculteurs plus exigeants au niveau de l'environnement et de l'éthique de travail.Il existe le label Demeter pour les produits issus d'agriculture biodynamique.Des labels d'agriculture écologique et durable existent déjà, qui risquent aussi d’occulter les exigences d'innocuité qui caractérisent depuis toujours les produits biologiques.Le bio d'appellation géographique est aussi une possibilité.CHOIX DE SOCIÉTÉ ET VOLONTÉ POLITIQUE Ce qui est sûr, c'est que l'avenir du bio ne doit pas être laissé au marché : il doit être un choix de société.Et pour ceux qui prétendent que la main invisible du marché est une fatalité, je conclurai en citant l'exemple de la Suisse, qui a inscrit dans sa constitution en 1999, suite à un référendum d'initiative populaire, l'article 104 suivant : « La Confédération vèille à ce que l'agriculture, par une production répondant à la fois aux exigences du développement durable et à celles du marché, contribue substantiellement à la sécurité de l’approvisionnement de la population, à la conservation des ressources naturelles et à l'entretien du paysage, à l'occupation décentralisée du territoire.Elle encourage les exploitations paysannes cultivant le sol [.] elle conçoit les mesures de sorte que l’agriculture réponde à ses multiples fonctions [.] elle complète le revenu paysan par des paiements directs à condition que l'exploitant apporte la preuve qu’il satisfait à des exigences de caractère écologique [.] elle encourage les formes d'exploitation particulièrement en accord avec la nature et respectueuses de l'environnement et des animaux [.] elle légifère sur la provenance, la qualité, les méthodes de production et les procédés de transformation des denrées alimentaires [.] elle protège l'environnement contre les atteintes liées à l'utilisation abusive d’engrais, de produits chimiques et d'autres matières auxiliaires [.] elle peut légiférer sur la consolidation de la propriété foncière rurale [.] » De quoi faire pâlir notre défunt Livre Vert! • É p i Suppléments et cosmétiques Fruits, légumes, viandes et poissons bio En prime, votre compte-client! 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Le jeune créateur se désole quand il aborde la question de la petite enfance.Selon lui, ce système est dramatique car on « triche les enfants », ceux-ci n'étant pas en mesure de dire ce qui ne va pas, contrairement à ceux de l'école primaire qui sont déjà plus bavards.Pour arriver à donner vie à ce tout nouveau projet - créé en 2011 - il offre des consultations dans les garderies afin de les transformer en « métagarderies »! Ce qui veut dire un lieu qui devient un endroit d’éducation globale pour l'enfant : éveil à l'environnement, à la santé et à une meilleure qualité d'éducation; un endroit qui possède également « la puissance de raviver les communautés », estime-t-il.Tbut cela en plus de son emploi comme professeur.Pour l'instant, le projet n'est ni prématernelle, ni garderie.Il semble plus facile de le réaliser en milieu familial, ce qui devrait aussi s'avérer plus abordable pour les parents.On demande à ceux-ci de s'impliquer au moins trois heures par mois dans le projet « afin d'assurer le bon fonctionnement ».BIO, MAIS DE QUALITÉ A-t-il été influencé par ses parents?« Non, c'est plutôt moi qui les ai inspirés! », sourit Mathieu, précisant que sa mère a maintenant diminué sa consommation de viande et mis un peu plus de produits biologiques sur sa table.1 Par Mario Bard, collaborateur Peut-il déjà mettre en pratique, à l'école dite conventionnelle, ce qu'il aimerait mettre sur pied en termes d'alimentation?« On ne peut plus compter sur l'école pour l'alimentation bio », déplore-t-il.Et chaque fois qu'il s'est aventuré à présenter aux enfants les tenants et aboutissants de l'alimentation bio, les autorités scolaires n'ont pas apprécié.« Il y a encore beaucoup de réticence du milieu scolaire.» Les enfants ne connaissent finalement que les bases données par le Guide alimentaire canadien - ce qui est déjà un début - mais d’autres façons d'élargir la réflexion feraient comprendre les aspects sociaux et environnementaux de ce que nous mangeons chaque jour, en présentant au passage les principes du commerce local et équitable.« Dans certaines garderies, fait-il remarquer, on sert de la nourriture bio mais les enfants sont entassés et le reste [des activités] est très peu en lien avec des valeurs environnementales, de santé et d'éducation globale.C'est comme si on vous donnait un beau lit dans une chambre à gaz! », s’indigne le créateur.REVOLUTION JOYEUSE! Ce projet pour une nouvelle façon d'éduquer a un coût.« Avant le chalet et le condo, il faut investir dans l'enfance », indique Mathieu.Et son investissement -près de 100 000$ pour la dernière année - ne s'arrête pas au seul milieu scolaire.Il se veut public grâce à la production d'une websérie, La déséducation, sélectionnée en France au WebTV Festival et retenue parmi les finalistes aux prix Gémeaux en 2011.« Des professeurs du secteur collégial et universitaire, notamment en éducation et en sociologie, utilisent ses webisodes dans le cadre de leurs cours au Québec et en Europe », indique le site internet de l'organisme.Présent sur les médias sociaux que sont Facebook et TWitter, Mathieu a également donné des conférences sur le sujet à Trois-Rivières, Magog, Montréal et en Abitibi-Témiscamingue.Il existe donc un très grand intérêt lié à ses travaux.Comment les premières expériences de La Grenouille et la Tbrtue ont été reçues?« L’expérience crée des discussions avec des parents plus concluantes que dans le système scolaire.Ça m'a également permis de créer des partenariats : magasins d'alimentation, échange de visibilité, etc.» Il se réjouit de voir la volonté des gens qui veulent améliorer les choses et qui veulent faire la différence.« Une révolution joyeuse par les bienfaits et par l'exemple », conclut ce jeune passionné qui fait effectivement une différence.• WWW.LAVIS8IO.ORG • * - BIO-BULLE NUMÉR UNE QUESTION V I E Que faut-il pour passer d'une ferme laitière dite conventionnelle à la production de lait biologique?À écouter la productrice Nicole Gauthier, c’est d'abord « la passion de l'agriculture », puis du cran, du courage, de la patience et certainement un point de non-retour causé, dans son cas, par la mort de plusieurs de ses vaches au vêlage.Par Mario Bard, collaborateur L|j amateur de lait connaît peu le taux de mortalité des vaches ¦ lors de l'accouchement dans les fermes laitières dites conventionnelles.Si l’on prend l'exemple de Nicole Gauthier, ce sont entre cinq et neuf vaches qui mouraient chaque année en couches.« Pourquoi?C'est naturel d'avoir un petit, pourquoi elle en meurt?», se demandait-elle.« Les meilleures partaient en premier.Ça me faisait poser des questions », raconte-t-elle.En 2005, c'est la goutte qui fait déborder le vase.Neuf vaches meurent en couches cette année-là, dont cinq pour le seul mois d'octobre.Et pour chacune d'elles c’est ni plus ni moins qu'un deuil qui se vit car Nicole connaît chacune des 105 têtes qui forment son troupeau, toutes des Holstein - la sympathique vache blanche aux taches noires - ainsi qu’une Charolaise-Holstein au poil beige particulièrement affectionnée par sa fille Joannie.Tbutes sont enregistrées à l'Association Holstein Canada qui existe depuis 125 ans.Elles ont un nom, une personnalité, une existence.Elles sont plus que des bêtes de somme pour la productrice : ce sont des êtres vivants.Chez elle, l'espérance de vie des laitières est d'un minimum de huit ans, alors que la moyenne québécoise est de 4,3 ans.Il y a aussi les conséquences économiques de ces décès.En effet, les deux premières années, celles qui deviendront des vaches ne produisent pas de lait.Dans le cas de la ferme de Nicole, ce sont près de 40% des bovins qui ont moins de deux ans.D’un point de vue monétaire, elles ne rapportent rien.D’où l'importance d’avoir un troupeau de productives qui soient en santé.Chaque vache qui meurt, c'est un remplacement à combler le plus tôt possible pour assurer son quota.Une vache vaut de 3000$ à 15 000$ selon son histoire génétique.DEVENIR BIO : DIFFICILE MAIS RENTABLE La ferme Jorithan, c'est tout d'abord un nom créé par une syllabe des prénoms de chacun des trois enfants du couple formé par Nicole Gauthier et Jean-Claude Fleurent : « Jo » pour Joannie, « Ri » pour Richard et « Than » pour Jonathan.Jean-Claude, un fils d'agriculteur, s'occupe du secteur des champs, de la gestion de quotas et des Nicole, Jonathan, Joannie, Richard et Jean-Claude ont viré bio.ils ne s’en portent que mieux, et leurs vaches aussi! fourrages.Les terres cultivées de la ferme représentent 200 acres, composées de fourrage, de grains mélangés et de pâturage, sans compter les terres à bois.Nicole, petite-fille d’agriculteur, s'occupe du troupeau, de la papeterie et de la comptabilité.Richard, technologue en programmation électronique industrielle dans le domaine agricole, vient aider aux récoltes et Jonathan étudie à l’université pour devenir ingénieur en informatique.C'est en 1984 que le couple reprend la terre du père de Jean-Claude.Une tradition familiale qui risque de se perpétuer avec Richard et sa sœur Joannie, cette dernière prévoyant reprendre le troupeau en y ajoutant davantage de Holstein blanche et rouge ou de 1'Ayrshire.Située à Sainte-Perpétue dans le Centre-du-Québec, les artisans de la ferme Jorithan - devenue copropriété du couple en 1993 - ont dû respecter plusieurs étapes avant de recevoir l'accréditation lui permettant d'être reconnue comme ferme bio.Il a d'abord fallu semer des grains biologiques en plus de cesser d'épandre de l'engrais chimique et des pesticides.Puis, il a fallu s'assurer qu'il y ait une bande tampon de huit mètres entre leurs champs et ceux du voisin qui cultive de façon dite conventionnelle.Après deux ans, un inspecteur de Québec Vrai est venu visiter la ferme.« C'est très bien vérifié », note Nicole.C'est à ce moment-là que la ferme reçoit un statut de pré-certification.En plus de s'assurer que tout se fasse dans les règles, Québec Vrai soutient la transformation.« Nous sommes bien entourés, supervisés et le site internet possède des modèles qui aident à passer du conventionnel au bio.Le dossier de chaque animal est vérifié et nous devons apporter la preuve que les semences sont biologiques ».Comment?Les factures parlent d'elles-mêmes puisqu'elles contiennent le détail de l’achat.Si une semence n'est pas bio, les vérificateurs le verront par le nom de la semence BIO-BULLE NUMÉRO 107 • • • WWW.LAVISBIO.ORG conventionnelle et les numéros de lots.côté du troupeau, les vaches doivent manger 80% de leur ration bio pendant 9 mois pour passer ensuite à 100% les 3 mois suivants afin que le lait soit finalement homologué.Chez les Gauthier-Fleurent, la transformation vers le bio a commencé au printemps 2006 et l'homologation a eu lieu à l'automne 2009.Mais comme le marché du lait bio est encore très récent, sa transformation pour la vente est encore grandement contingentée.C’est ainsi que pendant deux ans, le lait bio s'est retrouvé mélangé à celui dit conventionnel.Ce n'est qu'en novembre 2011 que le précieux liquide a finalement trouvé sa niche dans le marché biologique.Un soulagement qui dépasse largement la fierté des efforts accomplis : il s'avère aussi financier.Pour mieux comprendre, il faut aller du côté d’un sujet généralement inconnu pour le buveur de lait ordinaire : la notion de quota.LES QUOTAS DÉCORTIQUÉS œ LU Les quotas laitiers au Canada voient le jour dans les années 1970.Les producteurs de lait doivent alors posséder un permis pour chaque litre de lait qu'ils vendent aux usines.Ce système vise à harmoniser la quantité totale de lait produit au pays à celui qui est consommé par les Canadiens, évitant ainsi les surplus et les pénuries.Un système complexe pour le commun des mortels, mais que Nicole explique avec aisance.
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