Le devoir, 9 juin 1916, vendredi 9 juin 1916
VOLUME VII—No 134 MONTREAL, VENDREDI 9 JUIN 1916, DEUX SOUS LE NUMERO Abonnements par la poète : Edition quotidienne CANADA ET ETATS-UNIS .**.*.»5.o0 UNION POSTALE .>; ., , * .«, , $8.00 Ê iition hebdomadaire CANADA .$1.00 ETATS-UNIS .v r.$1.B0 UNION POSTALS j; a a * * a a » • • •.$2.00 Rédaction et administrations 43, RUE SAINT-VINCENT MONTRÉAL TÉLÉPHONES: ADMINISTRATION î Main 7461 RÉDACTION : - Main 7460 Directeur: HENRI BOURASSA FAIS ÇE QUE DOIS ! LA SUITE LOGIQUE La Patrie citait hier soir “l'organe de Son Eminence le cardinal Ré-gin'.Car, il y a des nuances: lorsque VAction catholique met les parents en garde contre les dangers de certains théâtres, la Patrie la traite par-dessous la jambe et l’appelle crûment pSr son nom, mais lorsque le même journal attaque le thème de la participation du Canada à la guerre, la Patrie, subitement redevenue ultra-protocolaire et respectueuse, ne parle plus que de “l’organe de Son Eminence’’.La qualification est fausse, mais la Patrie trouve sans doute qu’elle fait bien dans le paysage_ Pourquoi se gênerait-elle d’ailleurs avec les titres, alors que, sans crier gare, elle pratique dans le texte même qu’elle cite d’intéressantes ablations?Car, l’Action catholique a bien dit, comme le répète la Patrie d’hier: “Si nous sommes fiers d’être français et sujets britanniques, il ne suffit pas que nous acclamions la France et l’Angleterre, il nous faut, dans les proportions du juste et de l’équitable, marcher avec elles et ne pas leur refuser le témoignage de notre attachement”; mais elle avait inséré, avant le dixième mot, cette brève incidente, écartée sans mot dire du texte de la Patrie: “et nous avons amplement raison de l’être, MALGRE LES FAUTES COMMISES ICI CONTRE NOTRE RACE.’’ A-t-on craint que ce rappel des iniquités locales ne nuisît à l’effet du reste de l’article?Mais ce sont là bagatelles de la porte, sur lesquelles noi\s ne voulons point davantage insister.L’important, c’est le fond de l'article.L'Action catholique avait affirmé notre devoir de marcher avec la France et l’Angleterre “dans les proportions du juste et de l’équitable”.Comme cet article suit des votes crédit qui se totalisent à $400,000,000, l’enrôlement opéré de plus de 330,000 hommes, un projet d’enrôlement annoncé et en voie de réalisation d’un demi-million d’hommes, au coût annuel probable de $1,000 par homme (soit $500,000,000 pour le demi-million), sans compter les millions qu'absorberont les pensions, la rééducation des mutilés, etc., on a le droit de penser que, dans l'opinion de l’Action catholique, les “proportions du juste et de l’équitable” s’étendent au moins jusque-là.Mais la Patrie a voulu davantage encore préciser, pour son propre compte.“Et quelles doivent être, écrit-elle au bas de sa citation tronquée, “les proportions justes et équitables" de notre coopération?” Sans hésiter elle répond: “Ces proportions justes et équitables impliquent que nous devons, à l’exemple de l’Angleterre et de la France, appliquer à la défense commune TEFFORT ENTIER DE TOUTES NOS ENERGIES ET DE TOUTES NOS RESSOURCES.” Et plus loin encore: “Ainsi la France et l’Angleterre ne réservent rien.TOUT LEUR OR ET TOUT LEUR SANG POUR PRIX DE LA VICTOIRE! “Et le Canada ne fera son devoir, tout son devoir, que s’il mesure son effort à leur effort.“Voilà ce que nos intérêts, notre honneur, notre conscience nous commandent.” Or, qu’ont fait la France et l'Angleterre?La France a demandé à ses lois sur le service obligatoire le rendement maximum, l’Angleterre, après avoir longtemps hésité devant cette suprême démarche, a jeté dans le gouffre ses craintes séculaires et inscrit dans ses lois le principe de la conscription générale.Si donc notre devoir exige que nous mesurions notre effort “à leur effort”, nous devrons, nous aussi, adopter la conscription.C’est la suite logique de l’article de la Patrie, la suite logique de la campagne qui établit entre la métropole et nous parité d’intérêts et d’obligations.On l’a explicitement reconnu hier, au synode anglican de Toronto, lor'quç l’on a adopté une résolution en faveur de tout projet de nature à mettre plus, efficacement en valeur “toutes les ressources du Canada en hommes et matériel, lesquelles devraient être placées sans réserve à la disposition de notre pays et de l’Empire.” Quelqu’un ayant demandé à l’un des parrains de la résolution si cela impliquait jusqu’à l’approbation de la conscription, on lui répondit nettement que oui.La Patrie, nous le supposons, n’hésitera pas davantage devant les mots et les réalités.Orner HEROUX.LE CINEMA 11 Un correspondant du New-York Post qui signe “Joseph Dick” va nous aider à juger le cinéma américain au point de vue de sa valeur esthétique.La lettre est remarquable.L’auteur y laisse paraître, en effet, un esprit d’observation aigü qui s’explique d’autant mieux que, avoue-t-il.la surdité lui a scellé les oreilles, il y a quelque cinq ans.On sait que la nature reporte sur les au-h'es sens ce qu’elle enlève à l’un d’entre eux.De là le toucher pour ainsi dire devinateur des aveugles et leur odorat extrêmement sensible.Les sourds n’étant pas distraits par la multitude des sons et des bruits qui arrachent le commun des mortels à leurs meditations intérieures, observent avec plus de précision, voient plus clair et plus vite.Le fait est que M.Dick, puisqu’il se désigne ainsi lui-même, a vu une foule rie menus détails qui échappent à l’observation de la plupart de ses compatriot¦’3 ; point n’est besoin, cependant, d’être analyste consommé pour saisir les défauts des acteurs et des metteurs en scène du cinéma américain, lesquels sautent aux yeux.D’abord, dit le correspondant, sous le.rapport de la mise en scène, les pellicules américaines sont infiniment inférieures à celles de l’étranger.Et il donne des descriptions drolatiques de ces murs de briques sans relief, sensés simuler une maison délabrée et dont la netteté des quadrilatères, fraîchement peints, trahit tout de suite le truquage.L'oeil est donc froissé par le fond même de la scène.On se dit: Voilà des murs qui ne sont qu’en toile.On nous veut duper avec ce délabrement fait à dessein.Et tout de suite le drame qui va se dérouler dans ce cadre nous sera suspect.On épiera les gestes de chacun des acteurs et nn les trouvera faux, comme le mur sur lequel ils se profilent.L’auteur ne le dit pas.mais dans les films européens, qu’ils soient italiens, danois ou français, quelle différence! On pousse le souci des détails jusqu'à soigner autant que l’accoutre-ment de l’héroïne, les trous du mur, l’usure du parquet, le poli, indice d'un long usage, de la chambranle des portes ou des fenêtres.Si on ne peut réussir à atteindre eette apparence de vétusté par des moyens artificiels, on surmontera plutôt des difficultés de lumière et on situera la scène dans une véritable chau- mière, puisque c’est d’une chaumière dont on a besoin.Mais, ce souci des petites choses; cette copie servile et exacte de la vie, n’est-ce pas le scrupule de l’art que possèdent tous les artistes véritables et qui poussait les ciseleurs du moyen-âge, quand ils faisaient d’un bloc de granit une masse frémissante de feuillage à .sculpter jusqu’à l’envers (les feuilles, dont on ne pouvait voir les nervures délicates qu’à la suite du plus minutieux des examens?“Qu’on me donne plutôt de ces stupides chasses de cow-boys”, déclare notre auteur.“J’avoue que j’aime mieux cela et que la foule aussi s’y complaît davantage, et j’aime mieux la lande la plus nue, la plus déserte et la plus triste, mais réelle, que la prétendue misère simulée et qui ne me trompe pas, de l’intérieur de masure où vous m’avez transporté.” Le costume, voilà le second point au théâtre.Le cinéma américain s’y montre aussi pitoyable que dans la mise en scène.M.Dick ne parle pas, il va de soi, des scènes historiques où l’infériorité des Américains qui n’ont pas de musée du costume est aussi explicable qu’excusable; mais veut-on présenter au public des pauvres, des mendiants, des chemineaux?On les couvre littéralement de haillons où les déchirures ne sont pas produites par l’usure, mais où il n’est ciue trop évident qu’on les a pratiquées avec des ciseaux, de sorte que les morceaux d’étoffe pendent comme une langue hors de la bouche, à intervalles réguliers.Les pauvres sont-ils vraiment aussi négligés que cela ou s’amusent-ils à faire des trous à leurs guenilles?se demande M.Dick.C’est bien invraisemblable.S'ils sont estimables ils tâchent autant que possible à ra-A'atider ici et là pour garder à leur accoutrement une apparence de propreté.Cette exagération est bien américaine et bien inartistique, Le correspondant raconte, à ce sujet, qu’il voyait récemment un film danois où deux des héros de la pièce, braves jeunes gens, tombaient dans la misère noire.Nulle part, pendant la suite, on ne les voyait velus de lambeaux.Ils faisaient durer leurs habits qui devenaient de plus en plus élimés à mesure que progressait l’intrigue et cette gradation dans la misère témoignait quel souci on avait pris pour atteindre à la vraisemblance.Ce qui amuse le plus M.Dick, c’est la mimique des acteurs.Quand on apprend les premiers rudiments du dessin, écrit-il, le professeur vous dit; "Dessinez un profil au repos.puis mettez dans le coin des lèvres des traits qui remontent vers l’oeil.Votre bonhomme aura l’air de sourire; tirez deux traits vers le menton, il paraîtra pleurer.” Voilà tout le secret de la mimique des acteurs américains: pour eux, le jeu des passions se rend par des signes aussi conventionnels.C’est d’ailleurs la même chose au théâtre parlé.Le héros demande-t-il vengeance, il soulève ses deux poings fermés au-dessus de sa tète.Se fâche-t-il, il serre vigoureusement ses dents les unes contre les autres.La colère ou l’amour violent se manifestent toujours chez le héros ou l’héroïne par un gonflement asthmatique de la poitrine.Enfin, le correspondant ridiculise en terminant les têtes de “Arrow Collars” des héros du cinéma américain.Nous avons, dit-il, une pléthore de beautés masculines à la Gibson et tous nos hommes avec leurs figures glabres se ressemblent.La barbe et la moustache sont les ornements de la figure et elles seules, par la façon dont on les dispose, lui prêtent de l’originalité.bien ne peut dépasser la fadeur de nos artistes dont toutes les ressources consistent en une moue qui leur est particulière, ou encore à une façon plus ou moins habile de pleurer ou de soupirer.Pour le reste, l’auteur a bien le droit de conclure que rien ne ressemble tant au jeu d’un grand artiste américain que le jeu d’un artiste américain quelconque.Nous n’avons donné qu’un court et pâle aperçu de celte très longue lettre; mais nous comptons avoir suffisamment prouvé comme le film américain est peu artistique et ne mérite pas la vogue dont il jouit chez nous.Sans compter, encore une fois, comme nous le disions hier, qu’il constitue une arme de plus et une arme, redoutable à la vérité, prêtée à l’anglicisation.Notons que nous n’avons fait qu’effleurer ses pernicieux effets, au point de vue moral.Louis DUPIRE.pour l’Allemagne d’après-demain, ainsi si dépeuplée d’avance.* * * Qu’offririons-nous au reste aux gens à la recherche d’un nouveau pays?Nous n’aurons pas besoin d’artisans.Il nous en reviendra des milliers, avec les troupes canadiennes que la paix licenciera.Et puis, la législation ouvrière d’Australie est si avancée, — ici, elle n’existe à vrai enfin un embarcadère que des mots anglais déparent encore: “Ferry to St.Helen’s Island".probable que M.le gouverneur n’a pas encore eu le temps de faire traduire cela en langage de salon.En tout cas, on cm-1 barque, sur un Longueuil ou un I Pierrepont, car il y a cette année deux bateaux pour le service, et l’on attend un petit quart d’heure, pour le départ, tout en constatant avec dire aucunement, — que l'artisan ! saUsfaction que l’on est déjà sorti de anglo-saxon, par exemple, s'il veut H3 vilîe> Qui apparaît sale et enfumée, de BILLET DU SOIR.LE PARAPLUIE BLOC - NOTES Vn citoyen de New-York, fort distingué, vient de faire une suggestion au public par Ventremise de l’un des plus grands journaux de la métropole.Il voudrait que l’on exigeât un permis pour le port du parapluie.N’allez pas prendre ce monsieur La légende La légende stupide qu’on sc raconte dans les loges orangistes, celle d’après laquelle les Canadiens-français rêvent de dominer le Canada et d’en faire un pays de langue française, vient de retrouver l’has- énùgrer, devra se diriger' de préfé-! avec toutes ses grosses maisons de|f°.,ir Orincheitx.Il se déclare 1 pitaîité dan* le* çolonnfcs d’un jour-rence vers TAustralie, ou la Xou-îf>0lnniere les grands entrepôts à i 'm-nïeme pacifiste conuaincu, mais liai qui se dît et que beaucoup de velle-Zêlande.Au surplus, les Etats-1 grains de la Commission du Havre, i ^nwureux de i ordre; et, après avoir ses lecteurs croient sérieux.Mar-Unis, plus riches que nous, plus po- jUc l’autre côté, c’est le fleuve, et le! aveÇ une franchise qui l'ho- puleux, mieux développés au point di dernier, le News, de de vue industriel, offrant plus d’occasions de réussite aux artisans émigrants, devront plus tenter ceux-ci que notre pays, encore à ses débuts, et que la guerre, si elle l’enrichit provisoirement, d’un côté, appauvrira, une fois terminéej parce qu’alors ce sera la grande période de liquidation.Les Etats-Unis n'auront pas de dette de guerre, ils auront peu de , .- nouvelles taxes, elles ne seront pas1 epatuc au lieu de guetter les lourdes comme les nôtres, il y aura ! marins : "Charroyez-vcus bef cent fois plus d’argent qu’ici, puis- d6 monde cet été?” que, tandis que nous empruntons et; ,—Pas beaucoup, me répond-on, il nous nous endettons pour faire lai | n a Pas hiit assez, chaud, guerre, eux prêtent aux belligé- —Alors, les Juifs.rants et sont les banquiers et les! masses' hommes d1 affaires des nations en v, esf un peuple pacifique et paisible; mais Jean-Baptiste là-dedans, ____ ____ ,________ _______ .Toronto, pont Victoria, et Plie et puis Lon- ! nore, que la mesure restrictive dans[ n'écrivait-il pas en effet que “les gueuil.un peu plus bas Toute i;i | l’emploi du parapluie dont il non-jchefs canadiens-français emploient campagne et tout l’été L’asphalte et dr«f7 P«rfhPfioi!, vise uniquement leur langage peur chasser les Antes.tramw ays sont supprimés, ainsi jles femmes, il étaye son plaidoyer niais et implanter des Canadiens-que les dépêches de guerre.On ra- sllv (les faits.Il s’est promené j français a leur place.Ils ont pour jeunit, pendant que le bateau recule, juin IIMlt.PIJOVINCC Pt: Ijt fOIIKC, nktrlct de Mont jléal.Cour de Circuit.No IHHÎ, .C.Ailard iWï^lî* r.l,,‘ ¦I” Montréal, n ! Adélard Boudenu, de In ville ,|r Mnlsonneu-! 'l Jour de i Ji' Iliioln'i* 1 .•W’* ,1r • "Vont-mldl.mi domicile du dit défritdrftr, nu No üui mr ; Uourljomitere.en la cité de Mnisomieuve M iont vendu» par autorité di justlee le* iiipii» ri rflfU du dit «irTriuirur *aittU rr mtr mutr.fnntliitant! ru «Hiclr» dr m
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