Le devoir, 21 septembre 1933, jeudi 21 septembre 1933
Montréal, jeudi 21 sept.1933 Rédaction et administration 430 EST.NOTRE-DAME UOITTKKAI, TELEPHONE: .H Arbour 1241* SERVICE DE NUIT : Administration : .HArbour 1243 Rédaction : .HArbour 3679 Gérant HArbour 4897 DEVOIR Vol.XXIV —No 218 TROIS SOUS LE NUMERO Abonnements par la poste Edition quotidienne CANADA .(Sauf Montréal et banlieue) $ 6.00 8.00 Directeur-gérant: GEORGES PELLETIER FAIS CE QUE DOIS! Rédacteur en chef : OMER HEROUX E.-Unis et Empire Britannique .UNION POSTALE.10.00 Edition hebdomadaire.- CANADA.2.00 E.-UNIS et UNION POSTALE .3.00 sacre Sacré ce matin dans Thistorique église de Notre-Dame, depuis si longtenips associée à la gloire de i’illustre Compagnie dont il fut l’une des plus modestes, mais des plus sûres forces, S.E.Mgr Yelle s’en ira dès les jours prochains prêter au vénérable archevêque de Saint-Boniface l’appui de sa jeune vigueur.Les voeux de tout le clergé, de tout un peuple catholique, l’accompagneront là-bas.Si le grand public ne connaît qu’assez peu le nouvel archevêque, qui véciîi toujours dans l’ombre, il sait trop la sagesse de l’Eglise, le soin avec lequel Rome fait ses choix, pour n’avoir pas tout de suite compris que ce prêtre de quarante ans.depuis plusieurs années déjà préposé à l’une des fonctions les plus importantes qui soient: la formation du jeune clergé, et subite-ment'appelé à un haut poste de commandement, était l’une de nos grandes ressources cachées.De généreuses indiscrétions, d’amicales confidences ont depuis révélé la très haute estime, l’affectueux respect dont le nouvel archevêque était partout entouré.Elles n’ont fait que confirmer l’impression créée par son choix même.Celui qui, aux côtés du vénéré Mgr Béliveau, s’en va poursuivre dans l’Ouest l’oeuvre des Provancher, des Taché et des Langevin, en même temps qu’un Prince de l’Eglise, est, par la science, par sa prudence, par sa connaissance des hommes, par son intelligence et par ses vertus, un homme de premier plan.Le choix de sa devise, la façon dont il l’expliquait, ce midi même, auront profondément touché tous ceux qui ont le culte du sol, en même temps qu’elles révélaient tout un coin de son coeur.Ce fils d'habitant, dont les parents cultivent encore la terre, s’est hautement loué d’être l’héritier de sept générations de terriens.Il a tenu, dans l’une des plus solennelles circonstances où il se pouvait trouver, à se réclamer de cette noble origine.On ne l’oubliera point.* ¥ * Dans cette même et si touchante allocution, le nouveau coadjuteur de Saint-Boniface a tenu à rappeler la gloire du siège illustre auprès duquel fl va s’asseoir et la grandeur des hommes qui, depuis un siècle.Font occupé.Quelle magnifique série d’images, si grandes et si différentes pourtant, pourrait à ce propos dessiner un artiste de talent! Pour les hommes qui approchent la soixantaine, le premier des évêques de l’Ouest, Provanclfer, c’est presque une figure de légende, dont il faut chercher les traits dans les histoires, où I on trouve des mots comme celui-ci, qui projette une singulière lumière sur les conditions où Mgr Provancher vécut ses premières années dans l’Ouest (il s’agit d’une lettre qu’il écrivait au retour de son premier voyage, alors qu’il devait, à sa grande consternation, apprendre qu’on le voulait préposer au gouvernement de cette région) : "Quand fwrinai à Montréal, je n avais plus rien: ni argent, ni habita convenables pour paraître en public.Je fus obligé d'emprunter quelques piastres pour m'acheter une soutane, des souliers et un chapeau.En attendant ces trois articles, il me fallut rester enfermé au logis, tant se trouvaient en mauvais état ceux qu'ils devaient remplacer.’’ Nous avons davantage connu Mgr Taché.Notre jeunesse a été emplie du bruit de ses luttes pour la liberté de l’école catholique, de l’écho de ses glorieuses aventures en pays de missions; nous avons lu ses brochures, oeuvres d’édification, de science et de combat; nous l'avons vu passer avec son air de doux patriarche et sa magnifique légende de pieux dévouement.Dans mon pays des Trois-Rivières, nous le connaissions, nous le vénérions plus qu’ailleurs encore peut-être, car il était l’ami de coeur, le frère d’âme de notre vieil évêque, Mgr Laflé-che, et jamais il ne passait dans la province de Québec sans venir saluer son ancien compagnon d’apostolat dans l’Ouest, son constant appui dans les luttes scolaires.Mgr Langevin, déjà grand, lui aussi, dans noire histoire, restera le héros particulièrement cher à deux générations, qui ont aimé et souffert avec lui, qui ont, pour ainsi dire, perçu les battements de son coeur, qui ont frémi sous les accents de son inégale mais prodigieuse eloquence.Aucun de ceux qui l’ont entendu n’oubliera jamais le cri fameux qu’il lançait aux trente-cinq mille jeunes gens qui, lors du Congrès eucharistique international, l’entouraient à VArena: Je suis un blessé, je ne suis pas un vaincu! Personne n’oubliera non plus la grande scène du Congrès de la Langue française, alors que les milliers d’auditeurs et d’auditrices, représentants de tous les groupes français d'Amérique, se dressaient spontanément pour acclamer d’une même voix, d’un même coeur, le chevalier de la Foi, du Droit et de la Langue ancestrale, qui évoquait en nos temps troublés le souvenir des anciens preux.Des vivants, il est plus difficile de parler, mais comment ne pas dire à quel point le nom de Mgr Béliveau est cher, non seulement à l’Ouest catholique et français, mais à tout notre pays?D’un tempérament, d’une allure qui différaient singulièrement de ceux de Mgr Langevin, le jeune auxiliaire, qui devait recueillir sa lourde succession, se révéla tôt digne de ce glorieux héritage.Méthodique, admirablement tenace, sachant trouver à 1 occasion les formules qui se gravent à jamais dans les mémoires, il est rapidement devenu l’une des plus hautes personnalités de notre pays.Quand s’écrira l’histoire totale, on ne pourra s’empêcher de le saluer comme l’un de nos plus grands hommes.Dans l’Ouest proprement dit, dans l’Ontario où des circonstances heureuses lui ont permis de tenir dans la résistance au Règlement XVII un rôle de premier ordre, dans le pays tout entier, il est apparu comme l’incarnation même de 1 inflexible et tranquille énergie, de la ténacité sans retour et sans défaillance.(.est auprès d’un vaillant entre les vaillants que le jeune archevêque-coadjuteur s’en ira continuer l’oeuvre des anciens.¥ ¥ ¥ Par le choix de Mgr Yelle, comme par celui tout récent encore de Mgr l’Evêque de Gravelbourg, do nouveaux lie#s s'établissent entre l’Est et l’Ouest du Canada.Nos frères, et d une façon plus générale encore, les catholiques et les Canadiens de 1 Ouest n’auront pas auprès des vieilles provinces de plus sûrs, de plus dévoués interprètes que ces jeunes évêques nés et élevés dans l’Est.Par eux se poursuivra l’oeuvre nécessaire de rapprochement, de paix et de concorde, pour le succès de laquelle leurs glorieux aînés n’ont ménagé ni leur temps ni leurs efforts.Comme ceux-ci, ils seront, en même temps que de fidèles apôtres du Christ, de bons ouvriers de la grandeur nationale.Orner HEROUX L’actualité M0,t
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