Le devoir, 7 janvier 1915, jeudi 7 janvier 1915
VOLUME VI—No 4 MONTREAL, JEUDI 7 JANVIER 1915 DEUX SOUS LE NUMERO Abonnements par la poète : Édition quotidienne : CANADA ET ETATS-UNIS UNION POSTALE $3.00 Édition hebdomadaire : CANADA ETATS-UNIS * 1 • UNION POSTALE $2.00 Directeur : HENRI BOURASSA.Rédaction et Adminiètratic 43 RUE SAINT -VINCENT MONT.RE.AJU TÉLÉPHONES : ADMINISTRATION : M«n 7461.RÉDACTION ; - - Main 7460.FAIS CE QUE DOIS ! A L’ASILE SAINT - JOSEPH ECOLE PROFESSIONNELLE A droite, une maison est occupée par des noirs.A gauche, des Chinois tiennent une modeste buanderie.En arrière, des pensions accueillent Russes, Norvégiens et Suédois.En face, au bout de maisons de rapport où s’entassent Grecs, Italiens et Polonais, une compagnie anglaise prépare une bière alcoolique; dans la cour de la fabrique, des soldats en goguette achèvent de vider leur flacon de cognac.D’un peu plus loin arrive le cri strident des locomotives du Grand-Tronc et du Pacifique-Canadien.C’est de cette Babel, coupée en deux par la ruelle Cathédrale, qu’émerge le clocheton grêle de l’église Saint-Joseph, en apparence trop longue et trop haute pour sa largeur.A son ombre se tapit l’hospice Saint-Joseph avec ses murs noircis de fumée et ses fenêtres basses, invariablement closes.Qui, dans le grand monde, connaît cet asile de la prière, du travail et de la charité?Filiale de la maison-mère des Soeurs Grises, l’institution fait si peu de bruit qu’on en soupçonne à peine l’existence.Et pourtant, que de bien y sèment autour d’elles des mains discrètes 1 Fondé en 1841 par le chevalier Olivier Berthelet, confié aux Soeurs Grises en 1854, l’hospice devait abriter les pauvresses et former les orphelines aux travaux manuels.Depuis lors, il n’a pas changé d’objet.Seulement, de simple ouvroir il est devenu école professionnelle, puis école ménagère.La guerre y a fait installer un fourneau économique.* » * Sous la direction d’une quinzaine de Soeurs assistées de quelques tertiaires et de quelques aides laïques, quatre-vingts jeunes filles apprennent l’art de créer autour d’elles un peu de bonheur.Orphelines, la plu part, elles ont retrouvé dans les directrices les mères qui les ont quittées pour un monde meilleur.Elles apprennent de leurs maîtresses à oublier le présent, à ne se soucier que de leur avenir.De quinze à dix-neuf ans, elles sont ainsi à l’abri des dangers de la misère, de L’abandon et de la faim.La journée est surchargée de travail.Dès huit heures du matin leurs dévotions accomplies, les diligentes jeunes filles ont expédié, du haut en bas, le ménage de l’institution.Alors commencent les séance,! fiévreuses de travail.Deux heures seulement sont consacrées à l’étude théorique; tout le reste du jour, on se livre aux tâches pratiques.On s’exerce à la comptabilité, à la tenue de la maison, à l’art culinaire, à la couture, à la broderie, à la coupe.Quand on a subi quatre années de ce régime, à peine varié par quelques leçons de français et d’anglais, d’écriture, de solfège et de chant, o n est prête à devenir une excellente domestique, une maîtresse de maison ouvrière et même bourgeoise.La quatrième année surtout atteste un admirable esprit d’organisation.A tour de rôle, pendant un mois, les jeunes filles sont mises au service d’une pensionnaire.Elles tiennent en ordre son appartement composé de quatre pièces: le boudoir, la chambre à coucher, le réfectoire et la cuisine.Elles-mêmes préparent tous les mets, perçoivent les revenus, font les achats, tiennent les comptes et communiquent avec la banque.Veut-on des chiffres?Du 4 septembre au 27 décembre 1914, les intendantes de ce département ont reçu $117.18, dépensé $91.12 et déposé par conséquent à la caisse d’épargne $26.06! Combien de maîtresses de maison pourraient étaler un bilan pareil?Dans le département d’art culinaire, les élèves composent des menus et les exécutent sur demande.A l’aide des tableaux muraux ou de dessins au tableau noir, on leur enseigne à découper.Elles y apprennent en particulier cet art si peu connu chez nous: ne rien laisser perdre, profiter de tout.L’atelier de coupe est complété par une chambre d’ajustage, l’atelier de couture par un service pour les personnes du dehors.Dans tous les départements, le travail s’accomplit sous l’oeil même des directrices.A chacune est confiée la surveillance immédiate d’un groupe.Elle guide le travail pratique et donne elle-même les leçons théoriques, dont le nombre s’élève à trente environ pour chacun des six cours.* * * Un autre service vient d’être créé.Emues de la misère régnante, les Soeurs ont voulu faire “quelque chose”, comme elles disent, pour la soulager.Dans le rez-de-chaussée déjà trop étroit, elles ont aménagé une salle assez vaste pour contenir cinquante personnes.Il faut se trouver là entre midi et deux heures pour assister au spectacle.Depuis onze heures, cent, deux cents, trois cents malheureux piétinent de froid dans la ruelle.La porte s’ouvre.Sous les yeux d’un policier, cinquante pénètrent par une porte étroite et basse, dans le réfectoire improvisé.De toute langue, de toute nationalité, ils se rangent autour de la table brute.A peine visible, à travers la passoire, une Soeur remplit de soupe chaude les profondes assiettes.Une autre distribue d’abondants croûtons et verse dans de vastes bols le thé ou le café bouillant.Quand ceux-là sont réconfortés, cinquante autres leur succèdent : le défilé se poursuit ainsi jusqu’à deux heures.La veille du jour de l’An, la table se remplit et se vida neuf fois; on avait servi 454 soupes! * « a Qui donc alimente tous ces services?Pour ce qui est du fourneau économique, nous sommes assez bien renseigné.Un bienfaiteur a fourni $100, un autre $125.Les Conférences de Saint-Vincent de Paul ont envoyé $200.Quand ces revenus seront épuisés, s’il n’en vient pas d’ailleurs, on escomptera sur l’inépuisable banque de la Providence et Oes pauvres ou les sans-travail, “tous” les pauvres et “tous” les sans-travail, pourvu qu’ils soient sobres et honnêtes, continueront à manger la soupe de la charité.A l’école professionnelle, les ressources sont autrement assurées.Les orphelines qui suivent le cours complet n’ont pas un sou à débourser.Le produit des journées de travail données ici et là, celui de la vente des objets fabriqués par les maîtresses et leurs élèves couvrent les frais ordinaires en partie.L’autre partie est soldée à même le revenu des immeubles que des donateurs discrets ont abandonnés, par legs ou autrement, à la méritante institution.* * # Si l’on ne comprend pas que de pareilles ressources aient permis de la maintenir pendant soixante-dix ans, qu’on suive, à travers les classes, les dortoirs, les ateliers, les corridors, la reine intelligente de cette ruche d’abeilles diligentes.Le vrai secret transpirera malgré elle.Derrière ces murs étroits et tristes, on s’entasse, on prend le moins de place possible.Caché aux yeux du monde, on se passe volontiers de toilettes.Sans autre désir que celui de rendre heureux les infortunés, on oublie de se réserver un salaire.On chante, on travaille et l’on prie; le reste vient par surcroît.Le jour, on nourrit le pauvre de bon pain et do-soupe chaude; le matin, on s’est nourri soi-même du Pain de vie et du Sang rédempteur.Qu’après cela, le croûton soit dur ou non, que le morceau de viande suffise ou ne suffise pas, on n’en a cure.Le pauvre reçoit le nécessaire; quand même on s’en priverait, qu’importe! On rit de si bon coeur! # * * En somme, dans cette usine où ne murmurent que la douceur et la prière, on passe son temps à mourir à soi-mème avant de mourir à la vie.La joie du renoncement prépare la joie du trépas.Celle-là explique celle-ci.On n’a figuré sur aucune liste de donateurs annonçant, au bout de son titre, une forte somme que souvent l’on a seulement promise.Mais on est inscrit sur le grand livre du Bon Dieu pour tant de verres d’eau qu’on a vraiment versés en son nom.La liste s’efface; le grand livre est éternel.—Abbé Emile CHARTIER.LA MANIFESTATION DU 14 JANVIER LES BILLETS S’ENLEVENT A peine mis en vente les billets de la manifestation du 14 janvier s’enlèvent avec une extrême rapidité.Les commandes faites ce matin dépassent les calculs du comité d’organisation.Ainsi que nous l’avons déjà annoncé, cette réunion aura lieu dans la salle des Fêtes du Monument National, à huit heures du soir.M.Bourassa y fera une revue de l’oeuvre du journal, de ses campagnes passées et futures surtout.Quelques-uns de nos amis prendront aussi la parole.Le Comité Central des AMIS DU “DEVOIR”, organisateur de la manifestation, y convie non seulement les amis et les lecteurs habituels du journal, mais tous ceux qui tiennent à être renseignés sur ses principes et ses aspirations.Les dames sont particulièrement invitées.Le comité a décidé de réserver tous les sièges.Les recettes de la séance seront employées à la propagande du journal.Les billets sont en vente chez Archambault, marchand de pianos, 312, Sainte-Catherine-est (Tél.Est 1842); à la Librairie Granger, 43, Notre-Dame-ouest (Tél.Main 8200) ; à la Pharmacie Migne-ron, 544, Saint-Denis (Tél.Est 1948) et aux bureaux du “Devoir”, 43, rue Saint-Vincent (Tél.Main 7460), au prix de $1.00, 75 et 60 sous.Les loges se vendent $5.00.LA querre:_______________________ LES FRANÇAIS ATTAqilENT ALTKIRCH La marche en avant en Alsace se continue avec succès.— Les soldats de Pau font taire partout devant leurs attaques l’artillerie ennemie.— Succès marqué en Woevre où les Teutons sont chassés de leurs tranchées.-L’avance de Alliés sur l’Yser est beaucoup plus considérable qu’on ne l’avait dit.Les Russes marchent à Toffensive sur Mlawa, quoique les opérations soient entravées par la mauvaise température en Pologne.— La déroute des Turcs est complète.SOULEVEMENT BELGE EN PERSPECTIVE fl BRUXELLES NOS ENERGIES HYDRAULIQUES VENTES ET CONCESSIONS AU RABAIS Il y a tout juste un an aujour-ihui, Rassemblée législative de Québec votait la production d'une iste des forces hydrauliques vendues ou louées par le gouvernement epuis la confédération Cet ordre de la Chambre n’exigeait pas de recherches considéra-b.es.Les renseignements demandés paraissent avoir été fournis dix jours après le vote de la chambre.Gomment se fait-il qu’on ait mis tout près d’un an à les imprimer et à les distribuer au public.Les presses ministérielles sont-elles fourbues ou la distribution est-elle surchargée de travail ?Quoiqu'il en soit, Ton pourrait montrer plus d'empressement à renseigner les conîribua-b es.Il y a encore dans la province quelques personnes que le sujet intéresse.En moins de vingt ans, la province a disposé d’une façon ou de l’autre, mais le plus souvent à perpétuité, de 111 sources d’énergie hydraulique d’une puissance totale de un million trois cent quatre-vingt-quatre chevaux - vapeur environ.Nous disons environ, parce que plus de vingt-cinq pour cent des conces sions énumérées dans ce document ne portent aucune mention de leur capacité de production.Et comme quelques-unes ont été payées deux, trois et quatre mille piastres, il est raisonnable de croire qu’elles sont assez considérables.Il se peut for! bien qu" la force d’énergie électrique concédée depuis vingt ans par 'a province dépasse le million et demi de chevaux-vapeur.C’est une valeur quand on sait ce que l’Ontario a déjà fait dans l’intérêt de ses contribuables avec beaucoup moins.Nous tâcherons de revenir sur ce point.Pour aujourd’hui, bornons-nous à l’essentiel.L’on voit que toutes, ou à peu près toutes ces concessions ont été faites sous prétexte d’urgence.Parce que quatre ou cinq grandes concessions ont réellement déterminé le développement d’industries locales, l’on a vendu ou loué presque à tout venant en faisan! toujours valoir l’importance de stimuler l’industrie existante ou d’en attirer de nouvelles.Or, savez-vous combien de ces concessions ne sont pas utilisées?Soixante-une sur cent onze, plus de la moitié! Nous parlions récemment des concessions de la rivière Saguenay fai-Ics à MM.B.A.Scott et L.T.Hoggin.Le document que nous avons sous les yeux estime leur puissance possible a 400,000 chevaux-vapeur.La Oyamel Co.en est actuellement la propriétaire à toujours pour la somme dérisoire de $28,000, soit sept sous le cheval-vapeur! Et bien que ces concessions datent du mois de juin 1900, il y a quatorze ans passés, elles ne sont pas encore utilisées 1 Il fallait concéder aussi le Rapide des Quinze en 1910.Le directeur du “Devoir” qui occupait alors un siège à la législature, mit le gouvernement en garde à ce sujet.M.Gouin concéda quand même sous prétexte que les besoins de la région l’exigeaient.L’enchère eut lieu dans des conditions impossibles.Un M.J.O’Brien obtint cette concession de 30 000 chevaux-vapeur moyennant une annuité de $3,505, soit à peu près, 12 sous le cheval-vapeur, plus l’obligation d’y dépenser $300,000 dans un délai de trois ans.Il y aura bientôt cinq ans de cela.Rien n’a été dépensé et M.O’Brien conserve sa prise en dépit des conditions du bail stipulant Fannullation s’il ne remplissait pas les obligalions.On trouve encore mieux que cela cependant.Lisons le texte même, du document officiel: “27 février 1907 — Rivière Ottawa, Chutes du Grand Calumet, canton de Litchfield, comté de Pontiac.—rCette concession comprend cctlc partie du lit de la rivière Ottawa située entre la ligne de partage des lots Nos 13 et 14 et la ligne de partage des lots Nos 17 et 18 du premier rang du Canton Litchfield.La dite concession comprend aussi les lots Nos 8.9 et 10 faisant front aux lots Nos 2, 3, 4 rocs, pouvoirs d’eau, etc., situés dans les limites ci-dessus décrites, superficie, 119 acres plus ou moins.—Concessionnaire.G.Bryson, Fort Cou-lange.— Force approximative disponible, 52,000 chevaux-vapeur.— Prix de vente, $3,500.— Somme payée, $3,500.— Titres émis le 3 avril 1910.” La force hydraulique que M.Gilman, — est-ce le conseiller législatif ministériel de ce nom?— a acquis de la province lui coûte donc 7 sous le cheval-vapeur.Le bon marché de son acquisition ne paraît pas l’avoir pressé de l’utiliser.Il serait bien fou.Quelque bon jour elle lui vaudra une fortune.Ce document est trop intéressant; nous le scruterons davantage.Jean DUMONT.“THE DUTY OF CANADA” “ The Duty of Canada at the Present Hour ”, la brochure qui contient le discours que devait prononcer à Ottawa M.Henri Bourassa, sera mis en vente demain, au prix de dix sous l’exemplaire, une piastre la douzaine, plus deux sous l’exem-piuire pour les frais de port.Outre le texte du discours, la brochure contient une préface inédite et la photographie des appels à la violence distribués à Ottawa avant les deux réunions où le discours devait être prononcé.Le tout conslitue un bon instrument de propagande dans les milieux anglais.Adresser les commandes aux bureaux du “ Devoir ”, 43, rue Saint-Vincent, Montréal.POUR LA SESSION LE “ DEVOIR ” A 25 SOUS La session provinciale s’ouvre aujourd’hui même.Le “ Devoir ” y sera représenté par M.Jean Dumont.Cela suffit à dire 1 intérêt qu’otfrlra notre correspondance parlementaire.Pour permettre à ceux qui ne lisent pas habituellement le journal d en faire l’essai et pour faciliter la propagande de nos amis, l’adminis-tration du “ Devoir ” accorde un abonnement particulier pour la session : 25 sous pour toute la durée de la session, édition quotidienne.LA GUERRE Une défaite considérable des Turcs dans le Caucase, par les Russes, les opérations françaises dans la Haute-Alsace et le discours de lord Kitchener à la Chambre des Lords, hier, sont les trois évènements saillants des dépêches, aujourd’hui.DANj LE CAUCASE Tandis que, en Pologne, les Russes faisaient échec à l’avance des Allemands sur Varsovie, des Turcs marchaient vers le Caucase afin d envahir le territoire de la Russie, de ce côté.Aux dernières dépêches, ce mouvement semble s’être terminé par un désastre pour la coalition turco-gcrmanique.En effet, le grand-duc Nicolas, dans un communiqué officiel et dans une dépe-ch.au général Joffre, annonce que ses troupes ont cerné et anéanti deux corps d’armée turcs et fait plusieurs centaines de prisonniers, disposant ainsi, dans la région du Caucase, de la tentative d’invasion faite de ce côté par Constantinople, sous l’inspiration de Berlin.La bataille s’est livrée en territoire russe, à Sari Kamysh, en plein Caucase, dit un correspondant de Petrograd.Les Turcs étaient à des milles de leur base d’opérations et de ravitaillement, commandés par des officiers incompétents et diriges de loin par le général von Sanders, expédié de Berlin à Constantinople, au début des hostilités turco-russes.C’est lui qui prit l’initiative de ce mouvement.La bataille durait depuis une Semaine, dans un pays montagneux, et 5 du premier rang de la réserve i du canton Grand Calumet, les ilels,| {Suite à la dernière page) (Spécial au “Devoir”) Paris, 7.— On rapporte que de vifs engagements se livrent aujourd’hui dans le voisinage d’Altkirch, en Alsace.Les Français attaquèrent en force l’ennemi sur les hauteurs à l’ouest de la ville, et ont gagné légèrement du terrain, dit-on.Ils poursuivent aussi leur marche en avant dans le voisinage de Herz-bach, après avoir capturé les avant-postes dans une série d’attaques nocturnes.Les Teutons, on l’admet, sont rentrés en possession de quelques tranchées, d’où ils avaient été délogés au sud de Thann, la semaine dernière, mais les Français occupent encore les hauteurs dominant ces positions.On se bat aussi dans l’Argonne, où les casques dirigent une série de contre-attaques.Les engagements dans cette région sont des plus désespérés et dégénèrent souvent en combats corps-à-corps.Au nord, les combats en Belgique n’ont pratiquement pas modifié la situation.LE SUCCES EST PLUS GRAND QU’ON LE DIT, EN BELGIQUE La Haye, 7.— Au dire d’un correspondant du “Nicuwe Courant”, qui a obtenu la permission de se rendre aux quartiers-généraux français en Belgique, les Alliés ont gagné du terrain d’une façon marquée le long de l’Yser, mais pour des raisons de stratégie on garde le silence là-dessus.Il affirme que durant le mois de décembre ils ont enlevé à l’ennemi 2 milles de terrain tout le long de la ligne.En arrière, ils ont refait les routes, et ont aussi contribué à rebâtir les villages incendiés dans le cours des engagements généraux.LES OPERATIONS EN POLOGNE Petrograd, 7.— Les opérations agressives en Pologne du Sud ont été forcément interrompues par une température humide sans précédent.Les combattants sont dans l’impossibilité de mouvoir les canons et les transports vers le champ des opérations qui a dévié vers le nord, une nouvelle armée russe a prsi l’offensive contre Mlawa sur le front de la Prusse Orientale et s’avance en ordre contre le village.Les Allemands ont fortements renforcé leurs lignes à cet endroit et il est probable qu’il se passera quelques jours avant que les engagements prennent une tournure de conséquence.Au cours des escarmouches les Russes se sont emparés de plusieurs avant-postes ennemis.La déroute turque dans le Caucase continue.L’ennemi en fuite abandonne ses provisions et des régiments entiers ne seraient plus que des bandes désorganisées fuyant vainement pour se mettre en sûreté.BELGES EMPRISONNES A BRUXELLES Amsterdam, 7.— Dix personnes ont été arrêtées à Bruxelles pour avoir chanté “Die Wacht Am Schwein” (Pourceaux).Des renseignements échappés à la censure rapportent que l’animosité entre Belges et Allemands s’accentue dans la capitale belge et que les neutres craignent qu’il y ait des soulèvements violents.BULLETIN OFFICIEL DE PARIS Paris, 7 (2.40) communiqué officiel de cet après-midi : “Hier, de la mer à la Lys, il n’y eut qu’une canonnade dans le cours de laquelle nous avons presque toujours eu l’avantage.Nos canons mirent en fuite des aviateurs teutons allant du côté de Dunkerque, et forcèrent les ennemis à lancer des mines dans la région de Zillebeke.“Les Teutons ont violemment bombardé la tête du pont belge, au sud de Dixmude.“Dans la région de Lille, nous avons repoussé une violente attaque dirigée contre une de nos tranchées.Nous avons repris glorieusement cette tranchée que nous avions perdue au commencement.En faisant exploser des mines, nous avons détruit une partie des retranchements allemands.Entre la Somme et l’Aisne, rien à signaler sauf des duels d’artillerie.“A Test de Reims, sur la ferme d’Alger, nous avons lancé quelques bombes hier, enrayant les travaux qu’exécutaient les casques à pointe."Dans l’Argon ne, à l’ouest et au nord de Verdun, des canonnades grondèrent, marquées par peu d’activité de la part de l’ennemi.“Dans la région de Woevre, le terrain gagné au nord-ouest de Flirey, est plus important que nous ne l’avions d’abord cru.Nous nous sommes rendus maîtres d’une portion de la première ligne ennemie.“A Steinbach, et sur les hauteurs voisines, les Allemands n’ont dirigé de contre-attaque.Une pluie persistante et l’état du terrain ont rendu toutes sortes d’operations difficiles.“Nous avons conservé toutes les positions emportées les jours précédents.L’ennemi nous attaqua à 2 endroits, à l’ouest de Watwiller et dans le voisinage de Kolschlag.Nous avons immédiatement repoussé ces deux attaques.Nous avons gagné du terrain du côté d'Altkirch, en occupant une forêt située à 4 kilomètres à l’ouest de ce village.Notre artillerie a réduit au silence celle de l'ennemi.Durant toute la journée d’hier, l’ennemi a bombardé l’hôpital à Thann”.LUNDI : Le DEVOIR commencera la publication de son nouveau feuilleton, “ Les roses refleurissent’ ,de Madame Mathilde Alanic.LA SITUATION VUE DELONDRES Londres, 7.—Ni la Turquie ni l’Allemagne n’ont admis la défaite subie par les armées ottomanes, signa-¦ :ée par un communiqué officiel de | Petrograd.Au fur et à mesure que l’on reçoit de nouveaux détails en cette ville, il semble qu’aucune autre année n’ait subi un désastre plus complet depuis le commencement de la guerre.Le dernier communiqué officiel turc ne parle pas de l’engagement du Caucase, et a trait surtout à la bataille qui s’est engagée au-delà de la frontière perse jusqu’à Urumiah, où les Turcs prétendent avoir défait les Moscovites avec l’aide des Perses.En Pologne, d’après les apparences, les Teutons ne »e sont pas rapprochés davantage de Varsovie.Peu de changements le long du front de balaille, de la Baltique aux Carpa-thes.Les Russes paraissent toujours diriger le gros de leur effort dans les défilés des Carpathes.En même temps, ils continuent à prendre vigoureusement l’offensive dans la région de Bukovine.L’occupation de celte partie de l’Autriche, peuplée en majeure partie de Roumains, contribuera, au dire des experts anglais, à poser en Europe le problème des Balkans.Dans l’ouest, les Alliés pour varier les attaques récemment couronnées de succès dans les dunes des Flandres et en Alsace, ont fait peser une pression plus violente de Reims à la frontière lorraine, où ils ont gagné du terrain.Lse casques à pointe durant ce temps ont cherché à réparer les brèches pratiquées le long de leurs ailes.Ils ont recouvré un peu de terrain dans le voisinage de Steinbach mais on a repoussé leurs attaques dans les Flandres.LA REPONSE DE L’ANGLETERRE Londres, 7.— La réponse dei’An-gleterre à la note américaine est, au dire des çens bien au courant, d’un ton tout a fait conciliant, et révèle que l’Angleterre est disposée à faire tout ce qui est compatible avec les intérêts des Alliés, pour faciliter et stimuler le commerce mondial.Conséquemment, l’Angleterre, dit-on, ne protestera pas contre l’acquisition des paquebots ailemands par les Américains, pourvu que la ven-I te soit véritable, et non une simple formalité destinée à faire échapper les Teutons aux conséquences de l’état de guerre.Les Alliés s’objecteront probablement à ce que les paquebots allemands battant pavillon américain, transportent des cargaisons de coton en Allemagne, bien que Je coton ne constitue pas un produit de contrebande.Si le gouvernement des Etats-Unis ou les Américains s’engageaient à ne faire servir les paquebots allemands mTau commerce '"¦oc l’Amérique du Sud, cela et cela seul satisferait les Alliés et couperait court à toute objection.BULLETIN BERLINOIS Berlin, 7.viâ Lon-dres.— Communiqué officiel: Dans l’ouest, les Anglais et les Français continuent à détruire les villages belges et français en arrière de nous, en effectuant leur bombardement.Au nord d’Arras, on se dispute encore la possession des tranchées que nous avons prises d’assaut.Dans la partie oue/st de la forêt d’Argonne, nous avons gagné encore du terrain.Les Français en nous attaquant le 5 janvier, dans la partie est de l’Argonne, non loin de Courtechaussée, s’avancèrent Jusqu’à nos tranchées, mais nous les avons repoussés tout le long de la ligne, èn leur faisant subir des pertes élevées.Les nôtres sont relativement légères.A l’ouest de Cemay, les, Français tentèrent de nouveau hier soir de s’emparer de la hauteur dite “Colline 425”.Notre feu fit échouer l’attaque, et nous restâmes maîtres de la position.Dans l’est, aucun changement.Un temps des plus défavorables entrave nos opérations, mais nous n’en continuons pas moins à poursuivre lentement nos attaques. Il LE DEVOIR, MONTREAL, JEUDI 7 JANVIER 1915 VOL.VI.— No 4 L’OPINION DES AUTRES Lettres à la rédadtion du DEVOIR.LE CANADA ET LES ALLIES Ker-Victoire, Saint-Lunaire, 2 septembre 1914.(Anniversaire de Sedan) Cher Monsieur, Vous voyez que je n'ai pas peur d’évoquer un anniversaire lugubre pour les âmes françaises.Nul ne doute en effet, quelies que puissent être les péripéties de la lutte, du I n’êtr'e succès définilif qui effacera le souvenir des désastres passés et sera le triomphe du droit et de la civi-lisation.De la civilisation: vous avez vu les violaljons systématiques du droit international et du droit des gens accomplies par les Allemands.Je suis en mesure de vous en donne!- des exemples.Notre femme de ménage esl allée mercredi dernier à Rennes voir au passage son mari qui, fusilier marin, était dirigé de Brest sur Baris.Comme elle attendait la venue de son train, un train de réfugiés belges est arrivé en gare.Les pauvres gens, déguenillés, épuisés de souffrances morales et physiques, faisaient peine à voir; on les interrogeait, voici quelques-unes des horreurs que la femme du marin a entendues et qui l’ont bouleversée.Une femme belge a déclaré: ils ont tué mes sept enfants et mon mari, je les ai suppliés de me tuer aussi.Ils n’ont pas voulu! Us n’ont pas voulu et cette femme est ainsi un témoignage vivant de leurs forfaits.Une autre femme est avec son enfant, elle a eu juste le temps de fuir au moment où ils mettaient le feu dans la maison et*su vieille mère paralytique étouffait dans les flammes! A un enfant de cinq ans (il me semble que c’est l’âge qu’elie m’a indiqué, peu importe d’ailleurs) ils ont, par amusement, coupé les oreilles.Ils prennent plaisir à les éventrer ainsi que les femmes.L’un d’eux était ainsi pendu par un pied et il était taillé comme les bouchers font des veaux.La femme d’un aviateur habile tirés de chez nous; son mari (dont l’appareil a été à plusieurs reprises atteint par les balles) a vu des colonnes allemandes précédées par des gens du pays poussés en avant comme un bouclier protecteur et des soldats lancer en l’air les enfants des femmes marchant devant eux et s’amuser â les recevoir sur la pointe de leur bayonnettes.Tant de forfaits crient vengeance vers Dieu! J’ai par hasard assisté hier à la traversée de Saint-Malo par un groupe de réfugiés belges.On ne pouvait les voir sans que les larmes vous montent aux yeux.Les femmes et les enfants casés dans des voitures, les plus valides à pied, quelques paquets, je vois encore un vieillard un baluchon â la main et dessus un petit chien qu’il n’avait pas voulu abandonner, vieux compagnon sans doute de son vieux maître et plus tirés de l’humanité que les Allemands qui les ont chassés .Quelle misère! Tout leur être et ce regard fixe éternellement douloureux qui dit les trop dures et ineffaçables souffrances! Et défilant devant une grande foule tout émue de colère et de pitié accueillante pour cet immense malheur d’un noblè pays, la triste caravane s’est embarquée par une fin d’après-midi dorçe, dans une douce lumière de couchant, pour Dinard, la riche et belle station balnéaire de l’autre côté de la rade (où rim-tel royal est devenu hôpital militai-iie); él tandis que s’amincissait la fine et fière silhouette de la cité malouine, l’antique bateau à aubes transportait leur misère sur les eaux bleues infiniment calmes, sous un ciel pur, au sein d’une nature pleine de charme et de grâce, indifférente à nos tristesses et à nos angoisses.Je vous disais la pleine confiance de tous, malgré les épreuves et tes alarmes, dans le succès définitif.Les Allemands, par leurs forfaits |siavt, méthodiquement accomplis, ont cru répandre la terreur ; il n’existe en les âmes que l'horreur et l’exaspération.Peut-être, bien que la si-tuatipn me paraisse favorable — qu’au moment où cette lettre vous parviendra Paris sera assiégé, mais magne provocante et dominatrice mais non pour la France.On répliquait : “L Allemagne représente la civilisation séieâtifique.” (lus campagnes ont des origines et des ramifications mystérieuses.Mais de la pari des gens sincères, quelle confusionI La civilisation scientifique, c’est-à-dire l’application méthodique des sciences aux indus-ries, aux relations humaines peut à l’occasion, comme l’événement le prouve, que la barbarie scientifique.La véritable civilisation est dans la loyauté des rapports sociaux, dans la paternité affectueuse et dévouée qui trouve en la charité chrétienne son expression parfaite.Je Ermine eetle longue lettre, j cher Monsieur, en vous priant de recevoir mon meilleur souvenir et d’agréer mes bien cordiaux sentiments.L.LEAU.Vous êtes sans doute surpris de voir que je vous écris du bord de la mer.Universitaire soumis à l’ancien régime, je ne suis pas mobilisable et dois reprendre au 1er octobre les classes qui n’ont pas chômé en 70-71, même pendant la Commune, sauf à la fin.* * * REPONSE DE M.BOURASSA Montréal, 10 petobre 1914, Monsieur L.Lean,
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