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Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
lundi 1 juillet 1912
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1912-07-01, Collections de BAnQ.

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I TROISIEME ANNEE-No.154 MONYRBAL.LUNDI 1er JUILLET, 1912 UN SOU LB NUMERO s %.«sa I- V i fifc* < A ABONNEMENTS: Edition Quotidienne : CANADA BT ETATS-UNIS .$3,00 ÜNION POSTALE.$6.00 Edition Hebdomadaire : CANADA .$1.00 ETATS-UNIS .« .$1.50 ÜNION POSTALE .$3.00 DEVOIR Rédadhon et Administrations 7U RUE SAINT-JACQUES MONTREAL.TELEPHONES : ADMINISTRATION: Mais 7461 RT ACTION: Main 7460 Directeur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS: ** r- LA CLOTURE DU CONGRES (Des bureaux du Devoir, Québec, le 30 juin 1912) Le premier Congrès de la'Langue française vient de se clore dans une splendeur d’apothéose.Rarement l’éloquence a trouvé des accents pareils à ceux qui, sur les lèvres de l’abbé Thellier de Poncheville et de M.Chapais, suscitaient ce soir des acclamations qui ne voulaient plus finir.Et la poésie venait, avec les vers de M.Zidler, draper du manteau royal les magnificences de la prose.Du simple point de vue de la forme, ce fut une fête sans égale.Pour le fond, ce fut la répétition, mais avec quelle chaleur, avec quel brio, du double cantique catholique et français qui depuis huit jours, retentit à Québec.La journée entière fut splendide.Québec offre à toutes les manifestations nationales un cadre unique: la merveilleuse beauté des paysages s’y allie aux plus magnifiques, aux plus touchants souvenirs de l’histoire canadienne.Une admirable journée d’été, éblouissante de soleil, ajoutait à la poésie des choses et des souvenirs un charme nouveau.Aussi la manifestation de la Jeunesse aux Monuments de Laval, de Champlain, de Montcalm et des Braves, a-t-elle pris des proportions inattendues.Elle rappelait les grandes manifestations de l’Arena en 1910 et du Troisième Centenaire en 1908.A la messe de ce matin, Mgr Guertin, l’évêque franco-américain de Manchester, a prononcé à la gloire de la langue française, un discours qui, sur ses lèvres, prend une importance que l’on ne saurait exagérer et qui aura dans tous les groupes franco-américains le plus bienfaisant écho.Hier soir, au Frontenac, nous avons eu une autre fête d’éloquence où les deux Thellier de Poncheville ont été acclamés à outrance et qui laissera à tous un inoubliable souvenir.* # » Le Congrès est fini, et l’on se demande naturellement quels en seront, après,les fêtes splendides et les séances d’étude, les résultats probables.Nous sommes trop près encore de ces journées si pleines pour en mesurer la vraie portée et en deviner la vraie couleur.Quel est l’homme d’ailleurs qui connaît tout le travail fait?Cinq et six sections siégeaient concurremment parfois et, parmi les travaux déposés, plusieurs—ceux qui seront les plus utiles souvent—n’ont été que déposés entre les mains de secrétaires et rapporteurs.Il faudra du temps pour apprécier avec quelque justesse l’effort réalisé.Mais une chose est dès maintenant certaine.Le Congrès pose de façon inéluctable la question française; il affirme à la face du monde notre volonté de vivre.Les hommes les plus éminents de notre race sont venus contresigner les revendications de la foule.Si nous n’étions trop pris par les événements de chaque jour, le congrès qui vient de finir nous apparaîtrait comme une chose vraiment extraordinaire.Quel est le pays où pendant huit jours on a vu réunions pareilles?Le congres linguistiques réunissent d’ordinaire des savants, des littérateurs et des artistes.Cette fois, c’est la foule qui, sans se lasser jamais, a fait le congrès.En réalité, le nombre des gens qui, aujourd’hui même, à Québec, ont voulu faire honneur à la langue française est probablement égal à celui de tous les Français qui, au moment de la Cession, habitaient le continent nord-américain.Après cent cinquante années de domination anglaise, ce rappro-chemerft n’ouvre-t-elle pas à la'pensée dé suggestifs horizons?Pour que le Congrès donne tous ses effets, il faudra que “son oeuvre se continue.Elle se continuera.Le Congrès a constitué un comité permanent qui prolongera son travail et veillera à l’exécution de ses voeux.C’est un fait considérable.Ce comité se compose d’hommes qui ont l’habitude de travailler ensemble, qui connaissent leur travail et qui ont fait preuve d’une inlassable ténacité.Nous avons le droit de croire qu’ils donneront au Congrès de glorieux et féconds lendemains.Orner HEROUX.La colonisation dans l’Abitibi Les journaux amis du régime Gouin donnaient récemment des nouvelles très encourageantes de cet essai de colonisation dans le Témiscamingue et l’Abitibi dont M.Devlin parlait avec tant d’enthousiasme à la dernière session.Jusqu’à quel point ces nouvelles sont justifiées, nous l’ignorons.Nous souhaitons que les faits viennent les corroborer et même dépasser les résultats qu’elles promettent.Mais l’expérience nous a appris qu’entre la colonisation sur le papier et la colonisation sur place, il y a une différence énorme; et ce que nous trouvons dans la brochure officielle publiée pour tenter nos gens vers PAbitiêi, nous donne quelque raison de nous méfier.Ai4si, d’après les discours ministériels, l’on était porté à croire que le régime de colonisation dans l’A-bititfi/ différerait complètement de celui que l’on persiste à maintenir dans les vienx cantons.Là, disait-on, tout le bois appartient encore à la couronne, le marchand de bois n’existe pas, et nous allons voir si le principe de la terre libre au colon libre est pratique.Nombre de colons qui ne lisent que les chroniques roses des journaux ministériels ont peut-être entrepris ce lointain voyage avec l’espoir de trouver dans l’entière possession de “leur terre” une compensation suffisante à l’éloignement du clocher natal et aux dépenses considérables que comporte le transport vers l’Abitibi.Que vont-ils penser en lisant les Yiïmditions du billet de location 'suivant: AGENCE DES TERRES DE L’ABITIBI Billet de Location “M.“Est par le présent autorisé à prendre possession.du lot de terre No.contenant.âcres, et à l’occuper, sujet cependant aux conditions suivantes: “1.—L’acquéreur devra défricher au moins trois Acres par année, et les mettre on culture Tannée sui- vante.“2.—Dans les trente mois de la date de l’octroi, Tacquéreur devra bâtir une habitation et une grange, et commencer la résidence requise par la clause 3 pour l’obtention des Lettres-Patentes, “3.—L’acquéreur pourra obtenir ses lettres-patentes après trente mois de résidence continue sur son lot, s’il y a sur ce lot au moins quinze acres pour cent en culture.Tout porteur d’un billet de location résidant avec ses parents (son père ou sa mère) sur un lot situé dans le même conton que le sien, est dispensé de l’obligation de bâtir sur son propre lot et d’y résider, pourvu qu’il y ait en culture, sur chaque lot, l’étendue requise.“N.B.—Une absence de plus de six mois sans la permission de l’agent des terres constitue une interruption de résidence.4.—Il ne sera coupé de bois sur le lot avant l’émission des Lettres-Patentes que pour défrichement, chauffage, bâtisses et clôtures; et tout bois coupé — contrairement à cette condition — sera considéré comme ayant été coupé sans li-cetnce sur les terres publiques.“5—Comme prime d’encouragement, il sera permis au porteur du présent billet de location lorsqu’il aura, dans les deux premières années d’occupation, mis en culture nu moins trois âcres de son terrain, de couper à son profit et sans charge, à l’endroit indique par Tagent local, tout le bois qui croit sur une étendue additionnelle de dix âcres pris en un seul bloc, en sus de la superficie qu’il est tenu de cultiver pour obtenir ces lettres-patentes.“6—L’acquéreur sera obligé de se conformer aux lois et règlements eoncerrtant les terres publiques, les bofs et forêts, les mines et pêcheries dans la Province.“Honoraire pour billet de location, $3.00.” On le voit, les conditions d’établissement dans T Abitibi diffèrent très peu de celles que le colon est tenu de remplir dans les autres parties de la province.Le permis de couper le bois sur une dizaine d’âcres additionnels après deux ans d’occupation est â peu près la seule faveur que Ton fait au colon pour l’amener à cette grosse dépense d’argent que nécessite le voyage de TAbltibi.A LIRE EN PAGES DEUX ET CINQ : Le texte eténographié at complet du discourt dm M.Bouraata au congrès dm Québec, vendredi soir.Car il en coûte une jolie somme pour se rendre là.De la province de Québec à Cochrane, le prix d’un seul passage est de $12 en moyenne, auquel il.faut ajouter $5 pour le trajet de Cochrane à Amos, résidence de Tagent des Terres; et si i’on apporte un peu de bagage avec soi, ce qui est nécessaire, puisqu’il n’y a encore rien là-bas, il faut payer 65c par cent livres de la province de Québec à Cochrane et fiOc par cent livres de Cochrane à Amos.Et pour bénéficier de ces réductions, il faut tenir compte de bien des détails.Il faut d’abord voyager par groupe de dix personnes, puis écarter beaucoup de provisions de bouche.“Les marhandises, telles que épiceries, provisions, ferrnnneies, etc., si elles constituent une trop forte proportion, et aussi les instruments aratoires, les voitures, etc., s’ils sont neufs ne pourront être considérés comme effets de colon et on appliquera le tarif ordinaire.“Si Ton admet plus d’animaux qu’il en est alloué, on paiera pour le surplus le prix porté au tarif et le coût d’un char de cette nature ne devra pas excéder le prix régulier d’un char de bestiaux.”* Ce qui signifie qu’il en coûte cher pour se rendre à l’Abitibi et que Ton n’y vivra pas à bon marché, puisque les taux de fret augmenteront considérablement le prix de la marchandise.Retournons maintenant aux conditions d’établissement pour voir quelle sera la position du colon.- Première année: défrichement de trois âcres; ce qui veut dire une dépense considérable et un recette nulle.Deuxième année: culture des trois âcres défrichés Tannée précédente et continuation du défrichement; bilan, grosse dépense, peu de recettes.Après cela, si tout va bien, permis de vendre le bois coupé dans la réserve des dix âcres.Mais en attendant que ce permis apporte quelqu’argent au colon et à sa famille, comment vivront-ils?A peu près comme ils vivent dans le reste de la province: de peine et de misère, obligés de partager leur temps entre le défrichement et la coupe du bois dans les chantiers pour .s’empêcher de mourir de faim.Tant mieux si TÂbitibi se colonise rapidement malgré cela.Le succès ne servira toutefois qu’à prouver combien une politique intelligente et généreuse produirait d’excellents résultats dans nos vieux cantons de colonisation plus facile d’accès et où la vie est conséquemment moins dispendieuse.JEAN DUMONT.BILLET DU SOIR MIEUX QUE LE CINÉMA En garde 1 TERMES ANGLAIS ET ANGLICISMES.M.Tabbé Etienne Blanchard, de Weedon, comté de Wolfe, vient de publier sous ce titre une plaquette d’une centaine de pages, à laquelle le congrès du Parler français tenu à Québec la semaine dernière, donne beaucoup d’actualité.L’auteur n’a pas voulu écrire un traité relatif anx anglicismes glissés dans notre langue.Il a tout simplement signalé les plus fréquents, en donnant le mot propre français \qu’il faudrait employer plutôt que l’anglicisme.C’est ainsi qu’il lénumère les termes anglais ou traduits maladroitement de l’anglais, et usités dans le domaine des chemins de fer, dans le sport, dans le commerce, dans l’annonce, dans les relations sociales, dans les journaux, à la ferme, aux chantiers, el par les hommes de profession, les parlementaires et les politiciens.11 donne, chaque foijS, le terme équivalent en français; et iccla (prouve, à maintes reprises, une fois de plus, que notre langue n’a rien à envier en fait de concision, de précision et de clarté à la langue anglaise.L’auteur remarque avec beaucoup de justesse que le journal quotidien contribue puissamment à introduire les anglicismes dans les campagnes, où il n’y a pas du tout d’Anglais.Les campagnards lisent leur journal, y trouvent deux ou trois expressions étranges, dans les annonces ou dans le texte, et, à force de les voir, se mettent à les employer dans la conversation courante.Ils ne se doutent pas que ce peut être un anglicisme, ear ils estiment chartlnblement que les journalistes doivent savoir et savent leur langue.Et c’est ainsi que, grâce à des feuilles qui ne surveillent pas leur rédaction, l’anglicisme se vulgarise dans les paroisses les plus intensément canadiennes-françaises de notre province.L’auteur a en recours, pour dresser la liste des anglicismes et des termes français équivalents qu’il publie dans sa plaquette, à maints auteurs ranadicns-frnnçais, dont il cite entre autres Rinfret, Suite, Biries et Lionel Montai.Il eût pu tirer grand profit des travaux de M# JvJE.Prince parus dans Je Bui- lt est toujours agréable de toucher un port, même d’eau douce.Aussi, les voyageurs allant à Québec sont-ils contents, vers dis heures du soir, d'apercevoir le phare de Sorel et toutes les lumières qui se groupent autour, comme les étoiles auprès de la lune.Seulement, rien ne s’émousse aussi vite que le plaisir et à peine le bateau a-t-il fixé ses amarres au quai que vous éprouve: le désir de repartir.Ces messieurs de.la Richelieu et Ontario*, qui connaissent la psychologie du voyageur, ont trouvé un moyen ingénieux de rendre l’escale diveriissante.La' passerelle jetée, on s'intéresse bien quelque temps au debarquement des passagers qui sont, comme la nature, semblables et ce- gure énergique et sa vigoureuse pendant divers; leur diversité per- "'prestance ne puisse faire croire met de faire des, rapprochements d’autant plus joyeux qu’ils sont moins charitables: mais le petit jeu finit bientôt, faute de voyageurs.Et quand l’équipage s’astreint au débarquement des animaux et colis, les sujets de plaisanterie se font rares.C’est alors, que l’ingéniosité de la compagnie se déploie.Un puissant projecteur fixé à la vigie est allumé par des mains soucieuses de notre agrément, et promène son indiscret rayon de soleil nocturne sur le paysage.Si l’air n’était pur oit monte le filet ténu des cigarettes, on se croirait au Machinscope.Un “embarquement pour Cythère” surgit de la nuit: Elle est intimidée; lui, ennuyé.Sur la grève,, un chien que cet éblouissement inattendu énerve et affole, court après sa queue par le chemin de.ceinture.Le projecteur fouille avec une insistance impolie une vaste automobile où une riante jeunesse s’est entassée avec la complicité des ténèbres soudain déchirées.Une femme forte — mais pas’ seulement au sens des Ecritures — dont la puissance est encore accentuée par une robe blan che, fait des signes désespérés à l'homme cruel qui guide obstinément ses pas, aumappkuidissements unanimes.Mais l’homme an projecteur, pour être taquin, n’en est pas moins humain : Il permet à un monsieur pressé mais économe de retrouver une pièce de cinq sous qu’il cherche depuis longtemps déjà et, lorsque la petite pièce, blanche a disparu dans une poche profonde et hermétique, aux acclamations de la foule; lui, l’homme qui tient dans sa main le soleil de minuit, et qui fait rager les gens et frémir les hiboux, il pose et arrête sa bienfaisante, sa généreuse lumière sur une petite barque de pêcheur qui gagne, à tâtons sur les roches, la grève.Le vieux bonhomme, brandissant d’une main âne ficelle où sont pendus de maigres poissons, enlève de l'autre un feutre antique et cependant sans valeur, et salue à la française.Des applaudissements éclatent du haut des trois ponts du Montréal, et le bonhomme salue de nouveau, comme au Machinscope.LEON LORRAIN.Nos riche - es inconnues INTERESSANTE ENTREVUE DE MGR BLANCHE.— LE LABRA DOR, ANTICOSTI ET SEPT ILES (Des bureaux du “Devoir" à Québec) Mgr Blanche, préfet apostolique du golfe du St-Laurent n’est pas, parmi les personnages qui assistent au Congrès, Tun des moins intéressants.Il est le premier pasteur du plus vaste et du moins connu des diocèses de la province de Québec.Seul de tous ses collègues de la province, il relève directement de la Propagande.Il n’a pas eu, non plus, une vie banale, quoique rien dans sa fi- JOURNEE DE^LOTURE Le Congrès du Parler Français se termine, hier soit dans la splendeur d’une apothéose.— Messe solennelle, manifestation au monument des braves et feu d’artifice letin du Parler français, et relatifs aux termes employés par les chemins de fer de France, ainsi que de plusieurs autres documents publiés dans la même publication.Mais, tel quel, le petit livre de M.Blanchard sera de beaucoup d’utilité, comme compilation de termes français à employer au lieu d’anglicismes qui ont trop souvent cours jusque dans nos journaux.L’auteur a fait modestement une oeuvre pratique; et il convient de le signaler, comme de Ten féliciter.PAUL MOREAU.Sur le Pont d’Avignon.C’est aujourd’hui le quarante-cin quième anniversaire de la confédération.Ce serait le temps pour nos politiciens de faire un examen de conscience el de regarder dans le passé, afin de voir s’ils ont travaillé tous dans l’intérêt dii pays, depuis leur entrée en scène.Mais lu plupart n’ont pas accoutumé à ces retours sur eux-mêmes.Et il est peu probable qu’ils y pensent aujourd’hui.« * * Saviez-vous qu’il y a un trust des pommes de terre frites?Oui, parfaitement, le trust des frites.Il s’appelle In Croustille, capital cent vingt mille piastres.Mais, qu’on ne s’alarme point.Ce Irust nouveau genre n’a pas encore monopolisé les frites du Parc Dominion non plus que du Parc Soh-mer, à Montréal.II opère en France, à Paris.Mais si nos marchands de frites allaient faire un cartell, eux aussi, quel désastre, dans les lieiftc de promenade publics, par un jpur de fête populaire comme celui d’aujourd'hui! Le Veilleur.qu’il a vécu une vie aussi accidentée.Officier de Mobiles en 1870, en France, il fut blessé et fait prisonnier.Quelques années après la guerre ayant réussi à vaincre Top-position de ses parents qui voulaient lui faire continuer son droit, il entrait comme novice chez les Eudistes, à Redon.^Après avoir professé quelque temps en France, il était envoyé au collège Stc-Anne de Church Point, N.-E., qu’il organisait.En 1899, il était nommé supérieur du très important collège de sa communauté, â Versailles, France, d’où il était chassé, comme ses collègues et son général, le célèbre Père Le Doré, par la Iqi des congrégations.Il rentrait alors au Canada et acceptait, sans sourciller, malgré qu’il eût passé Tâge de cette rude vie la direction des missions des régions du Labrador et de TUnga-va.Nous allons frapper à la porte de Mgr Blanche qui nous reçoit aimablement.Il subit, avec la même bienveillance les questions, toutes plus indiscrètes les unes que les autres, de l’interview.Nous lui demandons d’abord de nous parler du Labrador intérieur, un pays, qui comme nous le disions plus haut, nous est presque inconnu, bien qu’il forme partie de notre province.“Depuis un certain nombre d’années nous dit Monseigneur, le Labrador se développe, au point de vue industriel d’une façon étonnante, étant données la difficulté des communications avec l’intérieur des terres.Ce développement tient surtout à l’établissement de quelques usines de pulpe dirigées par les Américains qui ont compris les ressources exceptionnellement^ ri ches de cette région, avec l’esprit pratique qui les caractérise.M.Menier, qui s’est associé son frère, colossalement riche comme lui, fait de son côté dans THe d’An-ticosti, une exportation dv pulpe considérable, grâce à l’outillage moderne qu’il a établi dans ses usines.onze cents ouvriers sont au travail, pendant .toute Tannée Clark City, à 18 milles des Sept Iles, a aussi une usine qui donne de l’ouvrage à (>00 employés.Mais l’exploitation de la pulpe n’est pas, il s’en faut de beaucoup, la prin cipale richesse du pays.Les pêcheries sont aussi très productives Ainsi en ce moment, on fait la pêche du saumon dans la rivière Moi sie.Ce seul cours d’eau donne pendant la saison soixante quinze mille livres de saumon.Ce poisson se débiterait, avec d’énormes profits, pour lés pêcljeurs, si les express rapides pouvaicijt le jeter tout frais dans les grands marchés tels que New-York et Boston.Sur place, il se vend à peine sept cents la livre.” Le gouvernement, hélas, néglige totalement cette région qui n’a pas grande importance au point de vue du scrutin.Pas un soul chemin de fer ne la traverse, et les* courriers confiés, Thivcr, à des traînes à chiens, prennent un temps interminable à parvenir à destination.L’initiative privée cherche' un moyen d’obvier à cet inconvénient; et Tété prochain un bateau transportera à Bimouski la poste et le poisson.II est tout de même malheureux que la province ne tire pas parti de l’incomparable port de mer des Sept Iles.L’Immense baie qui contiendrait à l’aise toute la flotte britannique est ouverte à la navigation pendant toute Tannée, et des montagnes la défendent sûrement contre les tempêtes.Il a été question, récemment, de faire un raccordement avec le Grand-Tronc-Paclfique.M.Hill, le magnat des chemins de fer, s’est associé avec cette dernière compagnie et veut construire une ligne reliant les §ept Iles â la province.Cette ligne n’aurait que cent cinquante milles de longueur et elle relierait le centre de la province à Tun des plus beaux ports du inonde, qui serait en même temps Tun des ports du Canada le plus rapprochée de l’Europe.Il est ù noter que la province de Québec n’a pas un seul port d’hiver.Monseigneur nous parle ensuite de son immense préfecture.Pour évangéliser les blancs et les snuva- (Des bureaux du “Devoir”) Québec, 30.— Ce dimanche, dernière journée du premier Congrès de la langue française, a été marqué d’événements limportants et divers.Tout d’abord, le matin, à 10 hrs.Sa Grandeur Mgr Mathieu, évêque de Régina et ancien recteur de TU-niversité Laval, célébrait une grand’messe solennelle.Et Mgr Guertin, évêque de Manchester (Etats-Unis) prononçait un sermon dont les paroles vibrantes mon taient d’un coeur ému.Et l'après-midi, c’était la jeunesse qui manifestait en foule devant les monuments de ceux à qui nous devons de pouvoir exalter aujourd’hui, en terre américaine, le parler des aïeux.Le cortège, composé de l’Association de la Jeunesse canadienne-françnise, des Zouaves canadiens, des Gardes indépendantes canadiennes-françaises du Canada et des Etats-Unis, des sociétés nationales, et d’un très grand nombre de congressistes.Partant de la statue de Mgr de Laval, les manifestants se rendirent nu monument de Champlain et à la statue de Montcalm, ainsi que devant la colonne élevée Aux Braves, sur le chemin Sainte-Foy.Pendant le défilé, plusieurs musiques firent entendre des airs entraînants et Ton chanta des airs populaires canadiens.On déposa des couronnes de fleurs sur tous les socles, et Ton fit une importante manifestation devant le monument des Braves.Pour achever brillamment une si brillante journée, on tira un magni-fiqye feu d’arjifjçe, >djr Içs tjrirtifi,-cations, après la séance de clôture.Cette séance fut l’événement le plus important peut-être de la journée, pour ne pas dire da la semaine, dont elle est en même temps le résumé et le couronnement.Aussi, dès huit heures moins le quart l’immense salle d’exercices était-elle comble jusqu’en ses galeries; et même la vaste estrade du centre était couverte d’une mulitqde ges il a dix-huit pères de sa congrégation.Deux ont déjà été victimes de leur dévouement et se sont noyés, le premier il y a cinq ans, et Tautre, Tannée derfiièrc en voulant aller confesser leurs paroissiens, la veille de l’immaculée Conception.La population actuelle do la région du Labrador et de l’Anti-costi se chiffre à onze mille Canadiens-français et à quatre ou cinq mille sauvages.Ces derniers sont les MonIagnais.toüf catholiques, qui habitent je î UmijiqSt-Laurent; les Esquim tants, évangélisés pur Jbs frères Moraves, qui habiléilt sur la côte de l’Atlantique; les Naskapis, encore païens, qui habitent au nord et le long de la baie d’Hudson.Monseigneur qui eipère beaucoup en l’avenir de TUngava, revient encore sur les,ressources de ce pays.Le sol y est de même composition que dans l’Alaska et il n’y a pas de raison, pense-t-il, pour qu’on n’y découvre pas de l’or, ce qui constituerait un merveilleux facteur de développement.Nous passons ensuite à la question d’éducation en Acadie que notre interlocuteur connaît à fond puisqu’il a dirigé, pendnrrt plus de dix ans, le collège de Church Point.Les Eudistes ont fait un grand bien à la langue française en ce pays, comme le disait à la séance ((’hier soir Tabbé Gauthier.Lorsqu’ils sont arrivés à Chuch Point, notamment, il était défendu aux élèves du couvent de parler français.’ Cette langue est maintenant enseignée tout comme l’anglais.Les Eudistes dirigent le Grand Séminaire de Halifax qui a formé plusieurs prêtres acadiens, entre autres, douze juvénistes qui ont abandonné la congrégation du Père Eurle pour devenir des prêtres séculiers.Cette Institution est en somme le séminaire officiel de tout Tarchidiorè-se de Halifax.Avant 1890, les meilleures positions étaient aux mains des Anglais.Actuellement il y a des hommes de professions acadiens dans toutes les branches, et le collège Stc-Anne compte parmi ses anciens élèves un député, M.Willie Comeau, qui est en même temps président de la société de l’Assomption.Mgr Blanche a été très touché des manifestations en l’honneur de la langue française auxquelles il vient d’assister, et une de ses joies les plus sensibles a été de revoir des figures d’Acndietts après avoir quitté depuis de, longues années lu Nouvelle-Ecosse.LOUIS DUPmii, \' enthousiaste qui chantait d’une seule voix, grande comme celle de la mer, nos bons vieux airs: la gracieuse “Vive la Canadienne”, le mélancolique et mélodieux “Canadien errant”; la délicieuse “A la claire fontaine”; l’obsédante “Hu-ronne” et le touchant “O aril-lon.” Et tout à coup, la voix énorme scande vigoureusement “0 Canada, terre de nos aïeux”.Tout le monde est debout, et l'élite des congressistes monte sur l’estrade, prend place sur la première rangée.Mgr Boy, président du Congrès, en tire les conclusions les plus consolantes, que nous résumons ailleurs.Il termine par ce serment: “Que ma langue s'attache à mon palais si je cesse de parler le français, de le défendre et de le propager.” De vigoureuses acclamations accueillent ces paroles.Dès qu’elles se taisent, Mgr Boy annonce M.Tabbé Thellier de Pon-chevillo.Sa Grandeur ne peut en faire un éloge — d’ailleurs inutile — tant les applaudissements, qui ont éclaté an nom de Tapôtre venu de France, s’enflent en un formidable crescendo.M.Tabbé Thellier de Poncheville prononce un superbe discours sur le rôle de la langue française dans le monde — discours dont nous avons le plaisir de publier le texte sténographié et qui est souvent coupé, interrompu par les applaudissements.Quand il a parlé, toutes les mains battent frénétiquement, longtemps.Et M.Gustave Zidler récite avec une chaleur coiaesupieaitvie •(’»* vers martelés ou caressants — un poème à la gloire du parler de France et un poème héroïque canadien, dont la plupart des strophes sont soulignées par des applaudissements prolongés.Le poète est vivement acclamé.Mgr Roy observe ensuite que les délégués venus de France ne lui en voudront pas sans doute, si les derniers mots du congrès sont dits par “un homme de chez nous.* Et il invite M.Thomas Chapais à prcif dre la parole.La salle entière acclame Térudit historien de Montcalm et de l’intendant Talon.M.Chapais, avec l’autorité que tout le monde lui connaît et lui reconnaît, traite de “la langue, gardienne de la foi, des traditions, de la nationalité.” Nos lecteurs voudront lire, dans une autre colonne, le texte que nous publions de cet éloquent discours.L’exode, qui est un chant d’amour au Verbè de France, souleva d’inextin guildes acclamations.Mgr Roy se lève alors: Mesdames el messieurs, dit-il, vous avez tort de sortir, je veux vous faire un compliment.Oh dit que c’est à Québec qu’on parle le mieux le français, vous avez montré cette semaine que c’est ici qu’on écoute le mieux.Maintenant que l’éloquence a fini de couler, vos oreilles sont devenues inutiles; mais vôus avez des yeux.Ci sera maintenant leur (fête; nous lancerons vers le ciel des gerbes de feu.Et ce sera un symbole: Allez et faites rayonner ainsi la belle parole française.Xi.L.DISCOURS DD CLOTURE PAR S.G.MGR ROY, PRESIDENT DU CONGRES.Monseigneur Roy.présidont-gênérsl du rbngrès du Parler Français, ouvre la (d'ailée de clôture on proposant à.l’approbation do l’assistance une résolution de remerciements à la province et à la ville de Québec pour les généreux encouragements qu’elles ont donnés à l’œuvre du congrès et le cordial aeeueil qu’elles ont fait aux congressistes.Les applaudissements enthousiastes de la foule prouvent assez que cotte proposition est adoptée ù l’unanimité.Sa Grandeur continue ensitite : “I,« congrès va finir.A-t-il été couronné de succès.I,’assistance assidue du très grand nombre des congressistes aux séances, Tcnthousiaamo maintes (fois manifesté, le prouvent assez.Sans doute, il n’a pas été parfait, étant à la mesure de la sagesse humaine, toujours courte sur quelque côté.” Monseigneur veut dire merci aux directeurs et aux collaborateurs qui sa sont dévoués sans compter, l'n tel remerciement s’adresse à trop de monde pour qu’il puisse nommer personne.Nos rœurs feront l’appel nominal.Le congrès va finir, mais cette fin (i« congrès n’est pas un déclitt, on est plutôt porté à la saluer comme une aurore.Pour tout résumer en un mot on peut dire que ce congrès a rempli la mission qu’on lui avait confié.Il devait être un ral.tement pour les français d« l'Ainériqun du Nord, rtr, on a vu à Québec, Ira Acadien» et les Canadien* se serrer dans la plus forte étr Sue es» deux peuples sd I * I lonnée.Québec a vu ( Butte à la E DEVOIR, LUNDI, 1er JUILLET 1912 Texte complet du discours de M.Bourassa à Québec l’avenir et la survivance de nntre langue “Que la langue française conservée par nous, Français d'Amérique, au lieu d’être un élément de discorde entre les deux grandes races, devienne au contraire le véhicule des plus belles et des plus nobles pensées, des pensées généreuses, des pensées d'union par les quelles Anglo-Canadiens et Canadiens-français, Saxons et Celtes sauront faire triompher dans la partir nord du continent américain les meilleures traditions des deux grandes nations qui ont donné naissance à la patrie canad-'cnne."—( M.Henri Bourassa, 28 juin 1912).Messeigneura, -Meadamos et Messieurs, •J’ai peine à croire que les organisateurs de ce magnifique congrès n’aient pas eu une arrière pensée de prudence lorsqu’ils ont choisi pour moi un sujet confiné dans la région de l’avenir, afin de m’empêcher de parler du présent I rires et applaudissements ) Mais comme je n’ai nulle prétention au don de prophétie, on me permettra bien de procéder dans la prévision de l’avenir en me reposant sur les enseignements du passé et sur les leçons de l’heure actuelle.f)n m'a demandé de vous entretenir de la langue française et de son influence sur l’avenir de la race.Si vous en avez la patience, nous allons étudier la question à un double point de vue.Nous allons considérer un instant quelle peut être la relation de la langue avec l’avenir de la race en elle-même, et nous étudierons aussi ce qui, à mon sens, est l’aspeet le plus important de la question : le rôle de la langue dans les relations qui doivent exister entre la race française et les races qui co-habitent avec elle le confinent américain.De la nécessité de conserver la langue afin de conserver la race, est-il nécessaire de vous entretenir longtemps?Dans le domaine de la diplomatie et de la politique, peut-être Talleyrand avait-il raison de dire que la parole n été donnée à.l'homme pour déguiser sa pensée.Mais lorsqu’il s’agit de la vie des nations.Dieu merci, le don de Dieu n'a pas défailli et la parole reste aux nations et aux races pour exprimer tout ce qu’il y a de plus noble et de plus généreux en elle ; et elles ont cessé de vivre le jour où elles ont perdu leur langue.( Longs applaudissements ) .Peut-être m’objectera-t-on, et avec raison, l’exemple d’une race dont je, veux dire un mot sympathique ce soir ( peut-être parce que ce n'est pas le temps de le faire) : je veux parler de la race irlandaise ( rires et, applaudissements), qui a subsisté et conservé son caractère ethnique bien qu’elle ait perdu depuis longtemps sa langue.les circonstances qui ont entraîné cette perte, je n’ai pas besoin do les relater ce soir, •fe veux seulement rappeler que si la race irlandaise a pu, à Ira vers trois siècles de persécution et de déchirements, conserver son caractère propre, e’est à cause même de cette persécution ; c’est en luttant pour son existence même et pour la conservation de sa foi qu’elle a maintenu son identité.* Mais x-oyez la situation de la race irlandaise aux F.tats-Pnis.Certes, cot-t« «ituiition, nu point de vue des hommes qui la composent est.étonnante.Les Irlandais y ont conquis une influence considérable oont nos compatriotes se plaignent parfois (rires); mais ils feraient peut-être mieux d’imiter leur exemple, clans en qu’il a île bon.que île se borner à de vaines dénonciations et à alimenter des haines qui n’ont jamais rien enfanté de bon.( Applaudissements) .Mais si les Irlandais sont devenus peut-être le groupe politique prépondérant des F.tats-T nis, la race s’est noyée dans le grand tout d’origine anglo-saxonne, qui est le peuple Améri-eain.Considérez maintenant le peuple écossais, si remarquable par ses talents, par son énonne,-per la diversité de ses faeidtés intellectuelles et morales.Kn perdant leur langue et en s’assimilant intellectuellement à la race anglo-saxonne, les Feossais ont fourni à l’Angleterre et à l’empire britannique un coefficient moral et intellectuel dont'on ne saurait nier la valeur ; mais la race écossaise a disparu comme race et est devenue simplement l'un des éléments constitutifs du peuple britannique.Le jour où une race cesse d’exprimer sa pensée et ses sentiments dans sa langue, dans cette langue qui a grandi avec elle et s’est formée avec son tempérament ethnique, elle est perdue comme race.La conservation de In langue est absolument nécessaire à la conservation de la race, de son génie, de son caractère et de son tempérament.( Applaudissements.) T A-T-IL AVANTAGE A CONSERVER NOTRE LANGUE?Maintenant y a-t-il avantage pour nous à conserver notre langue ?ün jour, dans une réunion intime, j’entendais un Canadien-français éminent exprimer le regret que ses compatriotes eussent perdu tant d’années à lutter pour la conservation de leur langue ; car, disait-il, il est bien difficile de supposer qu’ils y réussiront toujours.Ils finiront par adopter la langue de la majorité ; — et alors pourquoi ne pas s’y résoudre dès maintenant ?— ou ils resteront isolés comme les Hébreux sur la terre d’Fgypte ; ils seront privés de maints avantages dont ils pourraient jouir s’ils se fusionnaient avec les autres races par la langue, par les mœurs et par les habituées de la vie commune.Dit reste, a-joutuit-il, conservant leurs qualités propres, et acquérant celles des Anglo-saxons, ils exerceraient une influence prépondérante.Certes, abstraction faite de toute .Merté nationale, cette opinion envisagée sous un angle étroit, est peut-être soutenable.Mais, Messieurs, notre fierté et.notre instinct no nous avertissent-ils pas que le jour où nous aurons perdu notre larygne, nous perdrons précisément ee caractère propre, ces facultés spéciales qui peuvent faire de nous un élément désirable pour la construction de la nation canadienne et le développement de la nation américaine.?Le jour où nous aurions perdu notre langue, nous serions peut-être des Anglais médiocres, des Ecossais passables ou de mauvais Irlandais, mais nous no ?crions plus de véritables Canadiens.||( Applaudissements) ., Rappelez-vous cette parole lapidaire 'que vous applaudissiez naguère, cette parole prononcée par l’éminent délégué do l’Académie Française, M.Lamy : “Chaque langue sollicite, révèle et eon-eaere le génie d’une race”.En effet c’est la langue qui donne aux oeuvres de l’esprit d’une race cette marque indélébile qui en fait toute la valeur, comme l’art d’un pays, n ’a de valeur que si les œuvre* reflètent le génie particulier de la nation.AVONS-NOUS LES DROIT DE 00N-SURVER NOTRE LANGUE?S’il y a pour nous nécessité de conserver notre langue et si nous trouvons avantage dans cette eoneervation, en avons-nous le droit! A’oilà une question qui mérite d’être envisagée sous plusieurs aspects.Le droit naturel, personne ne le nie.Encore ici qu’on me permette de citer une parole de M.Lamy ; “L’avantage des armes et la masse de la population ne confèrent à aucun peuple le droit ni le moyen d’imposer son langage”.A côté du mot moyen, je poserais peut-être un point d’interrogation et l’histoire de l’Irlande suffit à justifier mon doute, mais sur le droit, assuré ment, aucune hésitation ne peut exister au moins chez quiconque a l’esprit bien fait et le coeur à la bonne place.(Applaudissements).Mais avons-nous, au Canada, le droit légal, le droit constitutionnel, d’exiger la conservation et la propagande de la langue française dans toute l’étendue de la Confédération Canadienne ?(Plusieurs voix: Oui, oui).Je sais bien que le Lraité de.Paris ne contenait aucune stipulation à ce sujet; je sais également que la capitulation de Québec et de Montréal n’en parlaient pas; je n’ignore pas que la constitution de 1774, et celle de 1791 étaient muettes à ce sujet; je sais que la constitution de 1841, parlant, pour la première fois, de l’usage de la langue française au Canada, la proscrivait dans les sphères officielles.Dans le traxfail très-intéressant qu’il vous a communiqué, l’honorable M.Belcourt, a traité ee sujet avec beaucoup de science et de clarté; et c’était utile.Il est bon en effet que nous soyons bien renseignés sur ce que nous garantit la lettre de nos mis.M.Bel-court a surtout envisagé la question en juriste.Permettez-moi de vous demander de sortir des bornes étroites de la lettre des traités et des constitutions, et de remonter aux principes fondamentaux, de la constitution anglaise, à ces larges principes de droit acquis, mais non écrit pii sont le plus glorieux apanage de tous les citoyens britanniques.La constitution anglaise elle-même, qu’est-elle, sinon une série de principes de droit privé, social et politique, pra tiques pendant des siècles et consignés de temps ù autre dans les Statuts de la.Grande-Bretagne.S’il fallait s’en tenir h la lettre des Statuts, que] est le droit moral, quel est le droit politique ou le droit social qui aurait la moindre base solide dans tout l’Empire Britannique! Toute notre histoire prouve qu’en dehors de la lettre des traités et des lois, nous possédons un droit positif à la conservation et à la propagande de la langue française à travers toute l’éten due do la Confédération Canadienne.1775 Douze ans après le traité de Paris, il n’y avait encore qu’uue poignée de marchands anglais sur le vieux rocher de Québec mais il y était resté quelques milliers de colons de France, abandonnés, forcément je veux bien le croire, par la Mère Patrie.Une armée des rebelles anglo-saxons assiégeait la ville.Les communications avec Montréal étaient interrompues par l'armée du général Amherst.Sir Guy Carleton, voyant qu’il ne pouvait compter ni sur la force de ses canons ni sur l’armée anglaise pour sc défendre, fit appel au peuple de Québec.Il demanda à tous les citoyens en âge de porter les armes de s’enrôler volontairement et il ordonna à ceux qui n’avaient pas assez de courage ovi de conviction pour prendre les armes de sortir de la ville.Les vingt-cinq ou trente marchands anglais sortirent et allèrent sur File d’Orléans attendre à l’abri des coups, le résultat de la lutte.Qui triompherait! le Roi ou la Ligue! Mais les “mangeurs de soupe aux pois” prirent les armes et coururent à la défense des remparts d’où, quinze ans aupara vant, le canon anglais les mitraillait.Fidèles au serment prêté, il la voix du clergé qui leur av.rt ¦'m-seillé »«• foeoiuM
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