Le devoir, 8 septembre 1930, lundi 8 septembre 1930
Volume XXI — Numéro 207 Abonnements par la poste: Edition quotidienne CANADA E.-Unis et Empire Britannique .UNION POSTALE ?6.00 8.00 10.00 Edition hebdomadaire CANADA E.-UNIS ET UNION POSTALE .2.00 3.00 DEVOIR Montréal, lundi 8 septembre 1930 Directeur: HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! TROIS SOUS LE NUMERO Rédaction et administration 430 EST NOTRE-DAME MONTREAL TELEPHONE: .„ .HArbour 1241* SERVICE DE NUIT* Administration ; », „ HArbour 1243 Rédaction : .», ».» HArbour 3679 Gérant • 1*1 ;•?tm HArbour 4897 La session d’urgence promise par M.Bennett s’est ouverte à midi (Voir page 3) Un aspect inattendu de la question du beurre néo-zélandais — — , Il ' - 4*" "" ^ Où l’on voit que l’ancien premier ministre australien Hughes n’est pas content des Anglais et ne se gêne point pour le dire La petite dépêche d’Australie que publiaient les journaux de samedi risque d’être à peu près noyée dans le récit des préparatifs et du début de la session fédérale.Llle mente tout de même un rapide coup de crayon.Elle sert a illustrer 1 état d esprit d’un certain lombre de nos camarades du Commonweaitn des nations britanniques.A la veille des deux conferences impériales, l’économique et la politique, cela présente pour nous un intérêt tout particulier., Les affaires de l’Australie paraissent aller plutôt mal, et les Australiens ont appelé en consultation, semble-t-il, un spécialiste londonien.Celui-ci, sir Otto Niemeyer, a prescrit au malade un régime sévère.Ce que vaut proprement ce regime e dans quelle mesure les circonstances le justifient, nous 1 ignorons; ce que nous entendons souligner du reste, et ce qui nous paraît singulièrement symptomatique, ce n’est pas le regime lui-même, mais bien les commentaires qu’il inspire à M.W .-M.Hughes, l’ancien premier ministre du pays.M.Hughes ne doit pas être suspect de déloyalisme: il fut premier ministre de l’Australie de 1915 à 1923—c’est-à-dire pendant la majeure partie de la guerre, alors que l’Australie prodiguait dans le conflit mondial son or et le sang de ses enfants.M.Hughes donc, écrivant au Guardian de Sydney, condamne la politique de sir Otto Niemeyer comme une politique de "stagnation et de désespoir", "dont l’objet, ajoute-t-il, est de nous précipiter par esprit de panique (to stampede us) dans l’enclos où veulent nous voir les intérêts financiers qu’il représente".Ceci est plutôt raide déjà.La suite, en précisant qu’il ne s’agit point d’un petit clan, mais de toute l’industrie anglaise, allège peut-être, en ce qui concerne sir Otto Niemeyer, la violence du coup, mais elle en augmente singulièrement la portée politique."C’est un complot — dit du projet Niemeyer M.Hughes — dont l’objet est de nous faire concentrer notre effort sur la production au meilleur marché possible de matières premières pour l'industrie britannique de telle façon que la Grande-Bretagne puisse soutenir la concurrence sur les marchés du monde (to compete in the markets of the world).” Et l’ancien premier ministre de s’écrier, avec un accent où vibre une évidente colère: Nous devons être (we are to be) des scieurs de bois et des porteurs d’eau, mais la diète qui est la nôtre — des deux bleus ensoleillés et un vaste territoire — a créé en nous un esprit d’optimisme qui ne nous prépare point au rôle de serviteur (subservient role) que nous ont attribué Niemeyer et ses amis.Celui-ci ne peut rien changer au ciel bleu de P Australie, mais il a grande confiance dans l’effet calmant (chastening effects) d’une diète sévère (low diet).Ce que sir Otto ne mentionne pas, c’est que la Grande-Bretagne a plus d’une fois prêté de l’argent à des nations qui • n’ont pas fait honneur à leurs engagements (which have defaulted).Elle a abondamment (freely) prêté aux intérêts laitiers de l’Union des Soviets, de la lAit vie, de l’Esthonie et de l’Argentine afin de faire baisser (to depress) sur les marchés britanniques le prix du beurre de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.Il y a de l’argent tout plein pour ceux-là, mais, pour l’Australie, qui a dépensé des millions pour aider VAngleterre pendant la guerre; pour l'Australie, qui est run des meilleurs clients de la Grande-Bretagne, il n’y a pas un penny.La protestation s’accompagne, on le voit, d’une sorte de réquisitoire: l’ancien premier ministre ne se contente pas d’accuser sir Otto Niemeyer de vouloir, par le refus des capitaux et pour le bénéfice de l’industrie anglaise, acculer l’Australie à jouer le rôle de simple pourvoyeuse de matières premières à bon marché pour les fabricants britanniques, — en d’autres termes, de prétendre Yexploiter, au sens le plus désagréable du mot, pour le bénéfice de la métropole, il déclare^en plus que les Anglais ont joué de leurs ressources financières pour gêner, à leur bénéfice mais au détriment évident des producteurs australiens et néo-zélandais, l’industrie laitière de ces pays britanniques.Et comme il entend bien donner *à sa protestation le maximum de poids et se soulager d’à peu près tout ce qu’il a sur le coeur, M.Hughes, le premier ministre du temps de la guerre, le collègue de M.Borden au Cabinet de guerre impérial, si nous ne nous trompons, s’écrie: Vous nous faites cela, à nous qui sommes vos bons clients, à nous qui avons dépensé des millions pour aider l’Angleterre pendant la guerre! — .IN HELPING ENGLAND during the war”: il n’est même plus question de l’intérêt que l’Australie pouvait avoir en l’affaire ! On voit que cet état d’esprit méritait d’être signalé et qu’il laisse entrevoir de jolis débats pour ces années, et peut-être pour les semaines prochaines.Il vaudra la peine d’y revenir.Pour le moment, notons simplement qu’il ressort de là que, pas plus que les industriels anglo-canadiens les plus loyalistes, les Australiens du type Hughes n’entendent sacrifier à l’Angleterre leurs intérêts matériels, — et qu’ils ne croient point à la fraternelle générosité des Anglais d’Angleterre; notons encore que le grand effort obtenu, au moment de la guerre, par l’exploitation intensive du sentiment de race, produit sa réaction naturelle: ceux qui ont donné leur or s’indignent d’être, à leur avis, plus maltraités cpie les étrangers (si la situation s’aggrave, nous verrons probablement s’accentuer cette note) ; notons enfin que les autorités compétentes, chez nous, auraient intérêt à vérifier, en ce qui concerne l’industrie laitière, les assertions de M.Hughes.C’est un aspect assezlnattcndu — et qui a dû avoir son effet sur notre propre industrie — de la fameuse question du beurre néo-zélandais.Orner HEROUX L’actualité Comment juge-t-on M.Bennett?Quelle impression M.Bennett fait-tl depuis qu’il a assumé le pouvoir gupréme?La semaine dernière, Fun de mes amis est allé le voir, en compagnie d’un certain nombre de délégués, pour traiter d'une question d'affaire.L’impression a été excellente.Le premier ministre s’était donné la peine de lire le mémoire qu’on lui avait adressé; non seulement il l’aiHiit lu mais II F avait compris; non seulement il Favaft lu et compris, mais il se montra capable de faire des suggestions pratiques, de poser des questions pertinentes et de donner une réponse, claire, nette, comme une pièce de cristal taillée.Mon ami, qui n’est pas préjugé le moins du monde, n’en revient pas, tant cette manière est éloignée de la manière ordinaire des politiciens qui ne se donnent pas la peine de lire ce qu’on leur envoie et encore bien moins celle d’écouter et de comprendre, qui font régulièrement des réponses évasives.De sorte que les délégations d’hommes d’affaires s’en retournent avec la dou-ble conviction qu’elles ont perdu leui temps et fait perdre celui, qui doit être précieux, de gens qui président à l’administration d’un grand pays.Ÿ * # Voilà une impression cueillie chez les gens d’affaires.Mais elle ne concorde pas avec celle que M.Bennett paraît avoir faite sur certains membres de la tribune de la presse.Et c’est malheureux pour lui; car tout ce qu’il peut dire ou tout ce qu’il peut faire est interprété aux yeux du pays par la tribune de la presse.Dans le ciné politique c’est la presse qui fournit l’écran.M.Bennett est impuissant à surmonter cette difficulté qui est plus insoluble que la question du chômage.Le premier ministre sera entoure d’une atmosphère sympathique ou il ne le sera pas selon ce que décréteront ces messieurs qui, du haul de leur perchoir, guettent ses paroq les, ses gestes, ses attitudes et peuvent d’un seul mot bien placé, aussi puissant qu’une bombe, détruir l’effet du plus bel effort oratoire.A l’occasion, on le sait, le silence peut être aussi dommageable que le plus perfide compte rendu.M.King s’est souvent rendu compte du handicap que constitue une tribune de la presse peu sympathique.Il n’avait pas, à cause de son peu d’entregent, d’amis zélés parmi ses anciens confrères.M.Bennett semble devoir suivre la même courbe.Il existe, en effet, une solidarifè entre courriéristes.Ce que Fon fait à Fun d’eux est ressenti avec une incroyable intensité par la masse.Or M.Bennett était à peine en selle que Fex-reporter d’un journal de Toronto, lequel n’était pas sympathique à M.Bennett pendant la dernière campagne ni pendant la dernières session, vient heurter à sa porte pour lui réclamer une entrevue.M.Bennett l’a sans cérémonie flanqué dehors, en lui disant que si le journal que représentait ce reporter voulait avoir quelques relations avec le premier ministre il devrait choisir un autre truchement.Dans les journaux anglais surtout, le reporter, voire le rédacteur, ne compte guère.Il n’a pas plus à manifester son senti ment personnel que les mercenaires Suisses qui combattaient dans les armées européennes naguère n’eussent cru séant de juger la politique de l’Etat qui les embauchait.Il est mercenaire.Il n’a pas d’opinions propres.II épouse l’opinion de son employeur; il l’épouse à fond et fidèlement et ne peut en divorcer que par le départ.Et les hommes politiques le savent.C’est pour cela qu’on en rencontre fréquemment qui vitupèrent contre un journal, et qui s’appliquent à entretenir des relations cordiales avec le représentant outaonals de ce journal qui peut fort bien être personnellement leur meilleur ami, même si la feuille pour laquelle il travaille les enguirande quotidiennement.Mais, comme je le disais plus haut, sans avoir seulement Fair d’y toucher, le reporter peut donner à l occasion le coup de pouce qui fait fausser l’effet d’un succès, qui déplace une altitude pourtant habile et la fait sembler risible.Un journaliste né en Ecosse vit à Ottawa depuis environ trente ans.II y a quelque temps le parti libéral le plaçait dans un ministère à ia demande de ses collègues de la tribune.Grit en politique, il était cependant dénué de tout préjugé — qui peut en conserver après trente ans de courrlérisme parlementaire?— et comptait des amis dans Fun et l’autre camp.Or, on raconte qu’il y a quelques jours ce vieux journaliste et nouveau fonctionnaire s’en allait dans un couloir de l’édifice du parlement quand il se trouve face A face avec M.Bennett qu’il cannait, comme de raison, très bien.Très courtois, comme le sont à l’ordinaire les Européens, notre homme s’efface, s’incline profondément, tend la main: — Mister Bennett, I want to congratulate you.Mais M.Bennett se détourne du côté de ceux qui le suivent et, accompagnant ses paroles d’un gaste tranchant comme un coup de faulx: — Another vacancy! dit-il.Lè pauvre bonhomme en resta pantois.Mais si Phtstolre est vraie elle ne sera pas sans fortement indisposer la tribune de la presse qui n’abandonne pas facilement ses protégés.Vouloir toucher à Fun de leurs cheveux c’est s’exposer A F inimitié de fonte la bande.Et nul parlementaire sage ne voudrait se l’attirer.Je fus
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