Le devoir, 18 mars 1910, vendredi 18 mars 1910
PREMIERE ANNEE—No, 59 MONTREAL, VENDREDI, 18 MARS 1910 UN SOU LE NUMERO ABONNEMENTS: Rédadion et Àdminidration : «.WoT^Ten,: ¦ Ij1 M M lj1 ¦ffl ¦ ¦ il .¦ mm M H hi Mf ¦ ¦ ¦ Edition Hebdomadaire ¦ il l ¦ V ¦ | ¦f | ¦ ¦ fl.TELEPHONE , \ ^ .Directeur : HENRI BOURASSA.FAIS CE QUE DOIS ! La réponse de M.Turgeon|N0S faiseurs ! M.Adélard Turgeon a enfin rompu son long silence : nous ne pouvons que l’en féliciter tout en déplorant qu ’il ait tellement retardé à donner ses explications.Nous comprenons cependant après les avoir entendues, pourquoi M.Turgeon n’a pas avant aujourd’hui élevé la voix.La presse ministérielle annonçait la veille, à grands coups de tam-tam, que la calomnie serait cette fois à jamais confondue et l’accusateur littéralement pulvérisé.Or il n’en est rien et l’accusation reste debout, aussi formidable qu’avant la défense, intacte: l’accusé n’a apporté ni justification ni excuse.Ce n ’est ni l’heure, ni le moment, de rouvrir le débat : cette affaire, au cours de la présente session, sera longuement discutée au mérite.11 convient seulement de signaler dès maintenant les points saillants du plaidoyer et il faut bien le dire, ses faiblesses.Je tâcherai de le faire sans parti pris, avec le même sang-froid et la même impartialité que j’ai apportés dans l’accusation.Ceux qui peuvent croire que c’est pour l’homme public une joie d’avoir à dénoncer une infamie se trompent étrangement.Ce n’est pas par plaisir qu’il agit, c’est par sentiment de son devoir, et comme tout devoir, celui-ci ne comporte que l’âpre satisfaction de l’avoir accompli.Je ne dissimule pas que le discours de M.Turgeon fut éloquent et bien fait.M.Turgeon, nul ne le conteste, est un de nos grands orateurs, et, dans ce plaidoyer pro domô, il a appelé à son secours toutes les ressources de son talent et d’un travail longuement mûri et préparé.Il a été tour à tour emporté, pathétique, logicien, émouvant, rarement convaincant.D’ailleurs chacun de nous connaît le discours lui-même, dont le texte fut immédiatement distribué aux reporters ministériels.Ajoutez à ce texte la voix et le geste de l’orateur et vous vous direz: Voilà un discours qui a dû produire un grand effet! Eh bien, non ! Je le dis, pour l’avoir vu, pour l’avoir entendu, pour l’avoir constaté.Les collègues même du président du conseil paraissaient mal à l’aise.Et pourtant quel milieu sympathique pour apporter sa défense! Les banquettes de la salle, la barre même réservée aux députés étaient envahies par les plus jolies femmes de Québec, invitées spécialement pour soutenir de leur sympathie et de leur présence la défense du grand calomnié, et applaudir de leurs petites mains gantées à la revanche du grand homme.Et ça n ’a pas marché, et il n ’est resté de tout cela que l’impression d’un silence lourd où l’on entendait tomber les phrases et les périodes.et qui s’est achevé, malgré le superbe effort de la péroraison, sur une nouvelle impression d’abandon et de délaissement.C’est que M.Turgeon n’a véritablement pas présenté de défense, qu’il n'a pas traité la question et encore moins répondu à l’accusation.Son plaidoyer peut, une fois disséqué et dépouillé de mots sonores, se résumer aux propositions suivantes : 1, —M.Turgeon prétend que les lots n’appartenaient pas à la commission du havre; 2.—Qu’ils appartenaient déjà à Etienne Dussault pour les avoir acquis d’un nommé Lortie, ayant lui-même pour auteur la Société de Jésus, seigneur de ces lieux; .3—Qu’il n’a fait que confirmer le titre de Dussault.Je n’entends pas discuter maintenant ces propositions bien au long.Qu’il me suffise de dire que, même en admettant que les lots ne fussent pas la propriété de la commission du hâvre, mais celle des Jésuites, ce n’était pas pour M.Turgeon une raison de les vendre au nom de la province ou encore de les faire payer à Dussault, à qui ils auraient alors appartenu.Mais il y a plus, et je ne veux pour preuve que citer les paroles mêmes de M.Turgeon : “Il est certain, dit-il, que des recherches intelligemment conduites permettront aux propriétaires actuels de reconstituer la chaîne de leurs titres jusqu’à la concession primitive des Jésuites, comme l’a fait la succession Dussault.Alors la dénonciation si injuste du député de Montmagny aura un résultat qu’il n’avait probablement pas prévu: celui de faire perdre au trésor provincial des sommes assez considérables qu’il a encaissées par la vente de ces lois de grève”.Mais que ces lots fussent ou non la propriété des commissaires du hâvre ou des Jésuites, M.Turgeon avoue donc que le trésor provincial devra rendre ce qu’il a, par lui, indûment reçu.Et j’ajoute, que ces lots fussent ou non la propriété de la commission du hâvre, M.Turgeon n’explique pas, n'a pas expliqué et n’expliquera pas comment il se fait que lui en a racheté de Dussault, au moment de la mort de celui-ci et dans les conditions que l’on sait, deux quarts indivis.Voilà la gravité de l’affaire: ce n’est pas la vente qui soit le pire, c’est le rachat.Là-dessus, M.Turgeon n’a convaincu personne, et je dirai même qu’il n’a pas paru tenté de le faire.11 a expliqué pourquoi il ne m’avait pas poursuivi en justice: ceci est son affaire, et comme les raisons qu 'il a données ne se rapportent ni de près ni de loin au débat, je ne m’y arrêterai pas.Un point cependant sur lequel je suis d’accord avec lui, c’est que ce n’est pas à lui seul qu’il faut s’en prendre, mais au cabinet tout entier.Ceci est très vrai, et M.Gouin peut, à l’instar de Pilate, laver ses mains augustes et potelées, il ne peut échapper à la solidarité ministérielle.La preuve de toute l’affaire se fera devant la Chambre, et le pays prononcera.Que l’on me poursuive, je ne ferai pas.comme certain grand et gros homme, — que le premier-ministre eonnait bien — attendre ma réponse pendant quinze ans.En attendant, je maintiens intégralement mon accusation.ARMAND LAVERGNE.L’affaire du Long Sault Trois ingénieurs de réputation, occupant dans les divers ministères des Travaux publics, des Chemins de fer et canaux et de la Naviga-tion, les plus hautes fonctions techniques, MM.Lafleur, Butler et Anderson, out signé, le 15 décembre 1909, un rapport où ils déclarent que le barrage du fleuve au Long-; 8ault créerait une situation très! grave au point de vue de la navi-j gation ; que la destruction possible du barrage pourrait semer la ruine dans tout le voisinage et jusqu ’à Montréal, et que les plans de la St.Laurence Power Co.pré-l voient l’utilisation, au bénéfice exclusif de l’industrie américaine, de plus de 80 pour cent de la force motrice que pourrait développer ce barrage.Les trois ingénieurs déclarent en définitive qu’il ne devrait être au pouvoir d ’aucune compagnie privée de régler à son gré le volume d’eau i|iie doit porter un fleuve comme le Saint-Laurent.Or, c’est ce rapport d’une extrême importance qu’on ne voulait pas soumettre à la Chambre avant l’adoption d un projet connexe à celui de la St.Lawrence Power Co., et qui n'a été produit qu’après la furieuse bataille du commencement de la semaine.On se demandera de plus en plus quelles raisons l’on pouvait avoir de retarder la production de cette piece, quelles raisons ont pu inciter -U.Pugsley et ses amis à faire autour de cette question une lutte qu’ils eussent à peine tentée sur une question publique de très grosse importance et pourquoi ils ont virtuellement mis au service d’un intérêt privé toutes les forces parlementaires.Ce rapport en tout cas devra commander à tous les députés d’é- litM1 avec un soin minutieux le bill île la St.Lawrence Power and Transmission Co.M.Pugsley lui-même a admis que ce projet est lié au projet de bar-rage du fleuve.11 s’agit donc en définitive d'une entreprise qui pourrait avoir, sur le progrès de la navigation fluviale et sur notre développement industriel, l'influence la plus considérable; d’une entreprise qui a suscité les protestations les plus vives de la part des grands corps commerciaux comme le Board of Trade, et la Chambre de Commerce, et qui mérite d’être suivie avec une attention d’autant plus vive que personne ne sait exactement quels sont les capitalistes américains qui se dissimulent derrière les diverses compagnies dont le nom est à l’affiche.S’il est une circonstance où l’on puisse demander à la Chambre d’y regarder à deux fois avant d'engager l’avenir du pays, c’est bien celle-là.O.H.DErUIN : Le DEVOIR publiera une lettre de M.Joseph Denais, conseiller municipal de Paris.ET LES JEUNES Aux côtés d’une premier-ministre, chef reconnu d’un parti politique, plus d’un gradé prend charge des manoeuvres de la barque ministérielle.Il y a là tous les emplois, toutes les besognes.On y rencontre tous les talents toutes les aptitudes, toutes les souplesses d’échine et de caractère, souvent beaucoup d’énergie, toujours le souci outré de l’intérêt personnel.Le parti soi-disant “libéral”, possède à Ottawa, à côté du chef M.Laurier, quelques spécimens intéressants que la discussion du bill de la marine a mis en évidence ou qui recherchent la lumière pour faire admirer quelques plumes qu’ils ont délibérément volées au panache d’autrui.Je n’en citerai que deux, des prototypes: MM.Rodolphe Lemieux et Raoul Dandurand.Tous les deux sont chamarrés de rubans et de décorations habilement décrochées aux panoplies des consulats étrangers; l’un, ministre gourmé, infatué de lui-même, se rit des “éliacins”, des jeunes, quand il n’insulte pas à la mémoire des nôtres; l’autre, sénateur grouillant.récolte toujours sans avoir semé.Sans faire une analyse complète de leur carrière politique — notre journal n ’étant pas une feuille humoristique — à titre de “jeune”, de défenseur ardent des vraies et •saines doctrines libérales prêehées et mises en pratique par les Papineau, les Lafontaine, les .Mackenzie, les Blake les Laurier (do 1902) ; les Mercier, les Geoffrion, les Laflamme, les Marsil, les Prévost, les Marchand,.j’ai bien le droit, ce me semble, de demander à ces deux faiseurs pour quelles raisons ils ont voulu nous tromper en nous lançant, au plus fort des mêlées électorales, pour défen-dre un programme, des idées qu’ils renient si facilement, maintenant qu’ils sont repus.Bien avant “9b”, M.Laurier parcourait les campagnes et les villes, prêchait les idées du vieux parti rouge.A sa parole magique, les foules accouraient, Les jeunes surtout se passionnaient pour des idées nouvelles.Après avoir suivi puis abandonné Mercier, Rodolphe Lemieux, journaliste, s’accrocha au char do M.Laurier.Admis à la tribune populaire, il défend le même programme.Tl fallait l’entendre faire appel aux jeunes, espoir du lendemain.défenseurs triomphants du Canada libre et indépendant!!.Son âme était susceptible d’idéal et comme il n’était pas encore “gavé”, sa digestion permettait à son esprit libre de voir en Papineau “ LTNSPTRATKUR.StbJ.BI K ET L A PRE DKtTASl.ï R de son pays.Il savait reconnaître encore au créateur du parti libéral.“ Sa voix, sa grande voix aux .sublimes colères.Sa voix qui déchaînait sur les flots populaires Tant de sarcasme amer et d’éclats triomphants, Sa voix qui.des tyrans déconcertant l’audace, Quarante ans proclama les droits de notre race, Enseignait les petits enfants ! ”.En ces temps-là l’on s’appelait Rodolphe Lemieux et l’honorable ministre du Travail — le MAITRE des Postes — n’avait pas encore, ô ironie, troqué ses titres contre celui de “Saint-Denis”.Il est vrai que Langlois parti, l’on pouvait introduire ce “saint” dans la niche.Aujourd’hui, qu’importe le passé 1 Pour Al.Lemieux comme pour M.Raoul Dandurand.qu’importe le programme et les idées défendues hier, avec tant de conviction, au prix de quels sacrifices, par toute une pléiade d’hommes valeureux ?Se croyant “l’organisateur de la victoire”, comme Carnot, parce qu’il dirige certaines campagnes électorales avec toutes les ressources que peut fournir une caisse noire bien remplie et pour talisman le nom de ” Laurier”.M.Dandurand exulte, il se croit irrésistible.Oublieux d’une jeunesse plutôt triste, des luttes pénibles du début, des kyrielles de louanges que son gosier dut fournir avant que les maîtres du temps daignent s’apercevoir qu’il existait un Raoul quelconque, il ne se souvient plus que du ruban rouge que lui valut un “moi aussi’’ républicain, un jour de fête royaliste à Montréal.Il est vite fait sénateur, tant il est reconnu “utile” et incapable d’être élu quelque part.Le voici honorable et décoré.Comme M.Lemieux, il intriguera auprès des étudiants, des jeunes pour les besoins de la cause à laquelle il doit tout.Soumise, il banquettera la jeunesse ministérielle de Laval, à Ottawa.mais demande-t-elle avec Armand Lavergne, le respect des droits de la langue française dans le service des grandes compagnies d’utilité publique, il menace, lui fait taper dessus par immenses si rapidement la feuille ministérielle du matin, [cauawr cherche à la ridiculiser au Monu-1creusés.ment National.Quelle belle leçon nous donne là voyant que Lavergne et la jeu- /a science astronomique, dans le nrsse triomphent, que les compn-\ professeur Lowell, vous serions gnies de chemin de fer cèdent de-\constamment restés plongés dans Je vant leurs justes revendications, le ôoMrôter inextricable de notre grouillant sénateur Raoul fait [ignorance croupissante, et nous jouer les ficelles et les pantins pn- \ n’aurions pas trouvé sur lu Terre lient que: un exemple d’activité aussi .‘Cette réforme, c’est M.le séna-1 merveilleux que celui dont VAmé-^ leur Dandurand qui 1 a accom-1ricain nous donne gratuitement la ' plie sans tapage, sans cris et sans \primeur.’ froissement, en s'adressant sim- Penser, réfléchir, agir.Quelle " plantant en homme d’affaires à'.belle logique.Ici, nous agissons— des hommes d’affaires.”:(La Pa-\quand par hasard nous agissons — trie)' \ft ensuite nous pensons.Xous ne réfléchissons cependant jamais.LETTRE D'OTTAWA LES POMPONS VERTS.— LES JOURS SE SUIVENT.— UNE VISITï AU SENAT.— ON V DORT DUR.— GESTE IMPERCEPTIBLE.— CA L’AMUSE.CE YANKEE! — LE MINISTRE ET LES INSECTES.-ARRERAGES DE SOMMEIL.— A PROPOS DE POMMES.— OU SONT LES MEILLEURES?— POUR LEUR PAROISSE.— AU FIL DE L’EAU.— UN RETOUR A LA POLITIQUE.— AJOURNEMENT D’UNE CONVENTION.— LA VRAIE RAISON.— GENS EMBARRAS SES.— L’APPUI DE QUEBEC.— LES REGRETS.— TENTATIVES DE RAPPROCHEMENT.L’homme étant un être, très per- l)re c,p fedible, ne manquera pas d’accep-Icr une ligne de conduite aussi sage que relie des Martiens, et je prévois déjà une ère de prospérité et de grandeur nationales dansl’é-mancipalion etc la pensée vers l’ac-f,ui.constituera un agréable dérivatif de l’action vers la pensée.Ainsi, nets ressources régnicolcs seront gardées pour les nôtres, nos produits seront mis à profit, les grandes entreprises se feront rapidement, et I on trouvera des sages qui donneront de bons conseils au peuple, et un peuple qui les observera.Mais voilà, Je lue! le professeur Lowell nous donnereii-t-d jamais complètement le secret des communications qu’il reçut des sages Martiens!’ O 1rs heureux Martiens! Les imiter, et mourir.JULES TREMBLAY.Guerre de Tarifs Pauvres créatures qui voulez faire bénéficier notre lîaoul national de l’amendement à la loi des chemins de fer que faisaient adopter, à la dernière session MM.Xante! et Paquet, obligeant, sous peine d’amende, les compagnies à imprimer en français leurs horaires, connaissements, etc., dans la Province de Québec, vous me paraissez bien ignorantes, bien soumises ou d’une insigne mauvaise foi! Et ceux qui.comme moi, ont fait plusieurs campagnes électorales, ont défendu la politique antiimpérialiste de M.Laurier sur les tréteaux populaires, se souviennent encore do la voix sifflante et grincheuse du besogneux sénateur, du profil pédant du tonitruant Maître des Postes.Ils se souviennent encore, ceux-là.des termes expressifs dont se servaient nos deux faiseurs pour qualifier la politique impérialiste de Chamberlain et de certains tories d’Ontario qui voulaient nous l’imposer.Comiques, va ! lîegardez-les au-jourd’hui ! Non ! Non! On ne joue pas ainsi avec le coeur, l’esprit, le dévouement, l’enthousiasme des jeunes.Demain renie hier, il se prépare quelque chose do nouveau.Quand les jeunes désapprouvent leurs aînés, on peut tout craindre tout espérer.Par vos indications, vous nous avez induits à croire ou vous nous avez laissé croire à un idéal politique sain : vous nous avez lancés au combat pour le maintien d’une politique dont vous vous moquez maintenant ; vous vous riez de la foule et de ses sentiments; vous nous méprisez tous.Prenez garde! Ces jeunes gens, ees “éliacins” de nos universités ou de nos collèges, ces révoltés et ces résolus qui, en abordant la vie à vingt ans, souffrent affreusement au contact de vos lâchetés, de votre abandon de nos droits les plus sacrés.sentent en leur coeur le froid de votre trahison.Le dédain monte de leur âme.de qui réside la suprême décision, Ils ne sont que quelques cents, J) a prononcé encore aucune paroi, dites-vous.jdécisive et que la plupart des liom- —Peut-être, mais cette poignée |mes d’affaires ne croient pas du de braves, c'est le levain dans la pont à l'imminence d’une guerre de pâte in forme,
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