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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1995-12-04, Collections de BAnQ.

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nsÈBÊf*** ________Les Prix du Québec Ils sont neuf.Neuf créateurs et chercheurs qui ont consacré leur vie entière à créer, innover, développer, bâtir.Neuf personnalités des domaines culturel et scientifique qui, aujourd’hui, obtiennent la reconnaissance de la société québécoise à travers les prix du Québec, leurs pairs les ont recommandés à cette distinction, la plus haute accordée par l’État, jugeant que leur œuvre méritait ce couronnement.Dans ce cahier, U Devoir vous les présente.A travers leur parcours, nous revivons une tranche importante de l’histoire contemporaine du Québec.Dans leurs domaines respectifs, ils ont contribué à l'avancement de notre société.Nous vous invitons à les découvrir en lisant les entrevues qu’ils nous ont accordées.Ces neuf lauréats sont les suivants: Jean Pierre Lefebvrk, cinéaste.Le réalisateur des Dernières Fiançailles a produit vingt-deux longs métrages au cours de sa carrière de cinéaste.S’identifiant à l’école de la liberté, il continue, à 54 ans, à résister au cinéma commercial.Il reçoit le prix Albert-Tessier qui évoque la mémoire de l’un des premiers artisans du cinéma documentaire québécois.Charles Gagnon, peintre.Médaille des lauréats culturels, Prix du Québec 1995.Créatrice: Josée Desjardins.Depuis 35 ans, il poursuit une minutieuse auscultation des possibilités de l’image à l’aide d’un vaste registre d’outils.Partisan de l’interdisciplinarité, il se voit avant tout comme un artiste.Son œuvre est constitué tout autant de peinture que de photographie et de cinéma.Il se voit décerner le prix Paul-Émile-Borduas qui rappelle l’une des principales figures de la peinture de l’après-guerre.Walter Joachim, musicien.Violoncelle solo de l’Orchestre symphonique de Montréal pendant près de 30 ans, il a été un grand pédagogue.Pendant sa carrière, il a formé des centaines d’étudiants, leur enseignant qu’un grand musicien doit savoir rester humble et s’effacer devant le compositeur.Du nom de cette grande dame du théâtre décédée en 1976, le prix Denise-Pelletier qui lui est décerné a été créé pour souligner le travail d’un artiste dans le secteur des arts d’interprétation.John J.Jonas, professeur-génie métallurgique.Par ses recherches menées à l’Université McGill sur la simulation en laboratoire des procédés de mise en forme des matériaux, il a contribué à la révolution sidérurgique.On lui doit de nombreuses innovations techniques.Afin de souligner son apport dans le domaine des sciences pures et appliquées, il reçoit le prix Marie-Victorin créé à la mémoire du fondateur du Jardin botanique de Montréal.Charles R.Scriver, pédiatre.Prix du Quebec X.Pionnier du dépistage génétique, ce médecin-clinicien-chercheur attaché au Montreal Children’s Hospital n’a eu de cesse de pousser plus loin ses recherches sans jamais isoler la maladie de son contexte social.Il reçoit le prix Wilder-Penfield qui rappelle la mémoire du fondateur de l’Institut de neurologie de Montréal.Ce prix est attribué à un scientifique œuvrant dans le domaine biomédical.Maurice Lemire, historien de la littérature.En 1971, il entreprenait à l’Université Laval un travail herculéen, recenser toutes les œuvres littéraires du Québec, dont le résultat fut l’immense Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec.Pour souligner sa contribution exceptionnelle au développement des études québécoises, le jury lui décerne le prix Gérard-Morisset créé pour rendre hommage à un des pionniers de la connaissance et de la mise en valeur du patrimoine québécois.Ces prix ont été remis aux lauréats le dimanche 3 décembre 1995 par la ministre de la Culture et des Communications, Madame Louise Beaudoin, et le ministre de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie, Monsieur Daniel Paillé, à l’occasion d’un gala diffusé sur les ondes de Radio-Québec.Les médailles qu’ils ont reçues à cette occasion ont été réalisées par les joaillières Josée Desjardins et Natalie Narius.Médaille des lauréats scientifiques, Prix du Québec 1995.Créatrice: Natalie Narius.Louis Berlinguet, chimiste.L’actuel président du Conseil de la science et de la technologie du Québec, a ouvert les portes de la recherche scientifique à des milliers de jeunes diplômés :f des cégeps, en dirigeant tout d’abord les activités de recherches de la toute jeune Université du Québec puis en fondant l’Institut national de la recherche scientifique.Le prix Armand-Frappier, du nom du fondateur de l’Institut du même nom, vient souligner sa contribution exceptionnelle au développement des institutions de recherche.Guy Rocher, sociologue.Homme de terrain autant que de science, il a pris part aux grandes décisions sociales, politiques et culturelles du Québec.Son œuvre suit et critique l’histoire, les tourments et les mutations du Québec depuis 40 ans.Le prix Léon-Gérin dont il est le lauréat est réservé aux disciplines des sciences humaines.Léon Gérin est considéré comme le premier sociologue québécois.L’auteur de Volkswagen blues est le romancier de l’Amérique.Comme ses personnages, il va là où le vent le pousse, transportant dans sa tête les grands espaces de ce continent.Et partout où il se trouve, il écrit.Le prix Athanase-David qui lui est remis porte le nom du secrétaire de la province de Québec qui en 1922 créa les concours littéraires et scientifiques à l’origine des actuels prix du Québec.Aujourd’hui, ce prix souligne l’œuvre d’un écrivain.Jacques Poulin, écrivain.A1A I.K I> K V 0 I II .I.K I.Il N |)| I II Y I Y M II II Y I » Il .1 C 2 Dans la foulée des hommes et des femmes qui, au cours des dix-neuf dernières années, se sont vu attribuer la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec, les lauréats des Prix du Québ ec 1995 font partie des bâtisseurs.En nous les présentant aujourd'hui, LE DEVOIR nous fait découvrir la vie et les réalisations de ces Québécois, dont le nom et l’oeuvre enrichissent désormais notre héritage collectif.Source de fierté non seulement pour leurs pairs, mais aussi pour l’ensemble de la société, ces créateurs et ces scientifiques ont tait de leur passion le moteur de leur vie.Sans jamais baisser les bras, ils ont marché là où les appelait leur destin.Puisse leur foi dans leur idéal nous inspirer comme individus et comme peuple.L’occasion nous est donnée de souligner la carrière et la contribution remarquables de: M.Walter Joachim, violoncelliste, pour avoir notamment formé une génération complète de violoncellistes québécois dont plusieurs rayonnent maintenant à travers le monde; M.Jean Pierre Lefebvre, cinéaste, pour avoir mis sa caméra au service du cinéma indépendant et avoir créé une oeuvre cinématographique profondément enracinée dans nos valeurs et dans notre identité; M.Jacques Poulin, écrivain, pour son apport indéniable à la littérature québécoise à travers la puissance d’une écriture qui traduit avec douceur et discrétion la complexité des sentiments humains; M.Charles Gagnon, peintre photographe et cinéaste, pour avoir donné naissance à une oeuvre forte et réfléchie qui occupe une place enviable dans le milieu des arts visuels du Québec; M.Maurice Lemire, historien de la littérature, pour avoir fait oeuvre de pionnier en fournissant aux Québécois et aux Québécoises des repères essentiels à l’affirmation de leur identité.C’est donc avec fierté que je joins ma voix à celles qui s’élèvent aujourd’hui pour rendre hommage à nos lauréats.Gouvernement du Québec Ministère de la Culture et des Communications Louise Beaudoin Ministre de la Culture et des Communications Cet hommage du quotidien Le Devoir envers les lauréats des Prix du Québec 1995 exprime la reconnaissance des Québécois et des Québécoises envers neuf personnalités des domaines culturel et scientifique qui, par leur valeur personnelle et un travail acharné, ont contribué au développement de la société québécoise et à son rayonnement international.Elles sont, à cet égard, des modèles d’excellence et de persévérance pour les générations présentes et futures.11 est important que notre population, les jeunes en particulier, s’approprie toutes les connaissances nécessaires pour mieux saisir les grands enjeux culturels, économiques et sociaux du 21'' siècle.Cette relève a cependant besoin de modèles et les récipiendaires des prix du Québec 1995 le sont à maints égards.Les lauréats honorés cette année sont des visionnaires.Ils favorisent la sensibilisation de nos jeunes, afin de permettre la formation de la relève de demain et la réaffirmation de notre identité québécoise.C’est un honneur que de rendre hommage, avec toute la population québécoise, à: M.Louis Berlinguet, chimiste, pour son apport exceptionnel à l’avancement de notre société par la promotion de la science et de la technologie en dotant le Québec d’organismes et d’établissements de réputation internationale; M.John J.Jonas, spécialiste de la métallurgie physique et mécanique, pour sa contribution aux progrès de la sidérurgie moderne, confirmant ainsi l’excellence et le prestige des milieux industriels et scientifiques du Québec et du Canada; M.Charles R.Scriver, pédiatre, pour son exceptionnelle contribution à l’avancement de la génétique humaine avec, entre autres, ses travaux sur les maladies métaboliques familiales, sur le rachitisme, la thalassémie et la maladie de Tay-Sachs; M.Guy Rocher, sociologue, pour son engagement pluridisciplinaire envers la société québécoise, l’originalité de sa démarche et l’envergure de son oeuvre dans le domaine des sciences humaines.L ! Gouvernement du Québec Ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie Daniel Paillé Ministre de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie toute la carrière lauréats iji'ix du Québec V y ._ ; A-jj LE DEVOIR avec fierté la contribution de ces créateurs et chercheurs au développement de la société québécoise.I i i » I.»: O ».v o i it .i »: i.r x im i !» »: « »: m it it »: i » t> :* (’ CINÉMA Un produit de l’école de la liberté Prix Albert- Tessier PHOTO JACQUES NADEAU JEAN PIERRE LEFEBVRE Jean Pierre Lefebvre eut un peu l'irréductible tiaulois qui tient tête à l’envahisseur commercial.01)11.K T K K M H LAY LE DEVOIR Ça tait quatre ans que Jean Pierre Lefebvre n’a pas tourné de film.Son dernier long métrage.U Fabuleux Voyage de l'ange, avait été passablement éreinté par la critique.Il avait eu pour la premlè re fois un vrai budget de tournage; il est tombé de haut.Depuis, notre plus illustre cinéaste de la marge fait des vidéos, anime des ateliers et des séminaires sur les nouveaux langages cinématographiques, vit maigre, s'implique corps et âme dans toutes sortes d'associations, milite tous azimuts en faveur du cinéma indépendant.Ix* prix Albert-Tessier et sa bourse l'aideront du moins à éponger ses dettes.Pour une fois que ça passe.Précisons-le: Jean Pierre Lefebvre n’a jamais été prophète en son pays.Des Dernières Fiançailles à 11 ne faut pas mourir pour ça, en passant par Les Fraises sauvages, dix de ses films sont allés à Cannes.Il a fait l'objet de rétrospectives en France, en Angleterre.Le Canada anglais lui rend depuis longtemps hommage et tribut.Mais au Québec, ni la critique ni les institutions ne se sont montrées tendres à son égard.A 54 ans, vingt-deux longs métrages derrière lui, Jean Pierre Lefebvre ne se sent pas amer, mais disons.un peu laisse* de côté.Tout dernièrement encore, la SODEC et Téléfilm ont opposé une fin de non-recevoir à son dernier projet de film, une petite tragi-comédie sur la politique.«Ça ferait un bon sketch de vingt minutes à Juste pour rire un samedi soir», lui a-t-on servi au téléphone, en guise de commentaire.Dur! Jean Pierre Lefebvre est un peu l’irréductible Gaulois qui tient tête à l'envahisseur commercial.Et qui n'a jamais lâché.Sa méthode intimiste est célèbre, apparentée à celle de la Nouvelle Vague française: pellicule 16 mm, décors naturels, très petit nombre de prises, grande marge de manœuvre laissée aux acteurs pour le meilleur et pour le pire, de longs plans, peu de mouvements d’appareils, des budgets minimalistes.Ajoutez au tableau qu’il écrit ses propres scénarios, s'autoproduit, que plusieurs de ses films sont tournés dans sa propriété de Saint-Armand.Pour lui, l’indépendance du cinéma est une question d’hygiène mentale.Il n’est pas issu du direct comme ses pères immédiats, n’a pas commencé à l’ONF les deux pieds dans la mare aux canards.Jean Pierre Lefebvre est arrivé après les autres: les Carie, Brault, La-brecque et compagnie.Il a toujours cru aux vertus de la fiction, a pris farouchement parti contre le direct.«Mais j’ai rendu un tribut au direct malgré moi», dit-il aujourd’hui, considérant à quel point ses plateaux ont été nourris de la réalité ambiante, et ses scénarios, du contexte social.Son premier film fut un court métrage, L'Homo-man, réalisé en 1964 avec 3000 $.L’année suivante, à travers Le Révolutionnaire, il tâtait le pouls du Québec agité de sursauts indépendantistes, bombes du FLQ en fond de scène.Il s’est interrogé sur l’exploitation sexuelle dans Q-bec my love, sur la drogue dans On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire, sur le rapport à la mère, à la mort dans Il ne faut pas mourir pour ça.Il affirme tourner en état d’urgence sociale, a abordé Octobre, nos rêves politiques, ce sentiment de l’aliénation de Vhomo quebecensus dans un grand nombre de ses films.Son plus touchant fut sans doute Les Dernières Fiançailles (1973), œuvre de pudeur et d’intimité sur le quotidien et l’amour d’un couple de vieillards, dont nul n’a oublié ces anges de cahiers scolaires sortis de l’imagerie pieuse de l’enfance à l’heure du grand départ.Avant Arcand, chevauchant la renommée de Carie, Jean Pierre Lefebvre fut connu, distribué en France.Il ne faut pas mourir pour ça, donnant la ve- dette à Marcel Sabourin — acteur qui allait devenir son alter ego — connut le premier succès commercial de l’Hexagone, sortit à travers tout son circuit art et essai.Présenté et primé dans plusieurs grands festivals internationaux, pour Jean Pierre Lefebvre le tribut de ces années de braise fut de recevoir un prix des mains de Jean Renoir ou de Vittorio de Sica, de deviser avec Godard, de vibrer avec l’histoire du septième art.A quinze ans, ce fils de pharmacien de Saint-Henri sut qu’il ferait du cinéma.Sa mère était folle de comédies musicales américaines et l’avait traîné à toutes les projections du genre dans les drive-in américains, à l’heure des vacances.Encore aujourd’hui, il en fredonne les paroles par cœur.Dans le cinéclub du collège, ce fut le choc des néoréalistes avec Le Voleur de bicyclette, de Vittorio de Sica.Puis le miracle de la comédie tatiesque à travers Jour de fête.Un futur cinéaste était né, un cinéphile aussi.Il se rappelle les années 60 de sa jeunesse, quand tout ce qui était bon venait, paraît-il, de l’étranger.Le jour où il a vu Le Chat dans le sac, de Groulx, il a su que nos cinéastes avaient aussi quelque chose à dire.Il écrivait de la poésie, rêvait de devenir le nouveau Ra-diguet, effectua des études en littérature, partit un an voir jusqu’à cinq films par jour à la Cinémathèque de Paris: le bain intensif de septième art.De John Ford à Louis Feuilla-de, des rétrospectives à la chaîne lui ont appris à sentir la marque d’un auteur, à voir son évolution.De 1958 à 1967, il a fait de la critique de cinéma, notamment à Objectif, Séquences Jean Pierre Lefebvre vient de l’école de la liberté; celle où un scénariste présentait des dialogues in progress, sujets à modifications.Une école de souplesse, opposée aux méthodes du jour maintenant que les institutions réclament des textes achevés, tournés tels quels.«Aucun des scénarios de mes 25 premières années de cinéaste ne pourrait être accepté aujourd’hui», soupire-t-il.Fini le temps où il pouvait s’y réserver une marge de 40 % pour «prendre le risque du réel».Il affiche deux mots d’ordre: continuité à travers son œuvre et responsabilité.Le cinéaste déclare n’avoir jamais commis une scène qu’il ne montrerait pas à ses enfants.Il rêve de retrouver une façon de faire des images «sur ce qu’on a à dire plutôt que sur la façon dont on le dit», alors que l'heure est aux prouesses techniques.«Le cinéma est dans l’impasse, soupire-t-il.C’est comme si les petits ruisseaux qui alimentent les rivières n’existaient plus.J’ai toujours fait des films artisanaux pour parler à des gens que j’essaie de connaître, n’ayant jamais été tenté par ces grandes aventures qui nous mènent tout droit à une espèce de vide.» Vingt-deux films plus tard, Jean Pierre Lefebvre réclame une tribune, une voie alternative au cinéma de production et de vedettes qui avale tout.«Les modèles sont trop à sens unique.Si le Québec est devenu ce que son cinéma est devenu, c’est un pays qui me plaît de moins en moins», conclut avec mélancolie le récipiendaire du prix Albert-Tessier, en demandant qu’on lui garde une place.Quand les gens voient grand c'est tout le Québec qui gagne.GC Hydro Québec L'énergie qui voit loin i Le Musée d’art contemporain de Montréa est fier de souligner l’apport remarquable à la modernité* Québec artistique MUSÉE D’ART C Hommage à Walter Joachim membre honoraire de l’Académie de Musique du Québec Prix Denise-Pelletier arts d’interprétation et à tous les lauréats des Prix du Québec 1995 A Académie de Musique du Québec 125 ans au service de la musique 1870-1995 Gestion du concours «Prix d’Europe».Supervision de l’enseignement privé.Programmes d’étude reconnus par le Ministère de l’Éducation du Québec.PHOTO MARC-ANDRE GRENIER CHARLES GAGNON Le précurseur de la pratique interdisciplinaire Peintre, cinéaste et photographe, Charles dation se voit avant tout comme un artiste.JENNIFER COUËLLE Un mystère, Charles Gagnon?Plusieurs le disent.Discret et religieusement individualiste, le récipiendaire du prix Paul-Emile-Borduas 1995 avoue être un brin amusé de l’attention médiatique soudaine que lui vaut cette marque officielle de distinction.«Une opération presque surréelle», conclut-il des trois journées consécutives d’entrevues avec une session laborieuse de photographie.-On ma dt» mandé, raconte-t-il tout sourire, d’expliquer la supposée énigme que je représente, mon silence.J’ai répondu que ce n’est pas parce que je n’aime pas parler, mais tout simplement parce que des questions, on ne m’en pose pas souvent.» C’est le sort, apparemment.des artistes d’ici et d’ailleurs dont la production défie les grandes classifications de l’histoire de l’art.Il faut croire qu’on est i;u ilemcnt intimidé par ce qui pose problème à nommer.l’lus de trente cinq ans d’activité professionnelle en périphérie des courants artistiques dominants au Québec et au Canada ont fait de Gagnon, comme d’autres tenants de l’art abstrait qui ont erré au large du hasard construit de l’automatisme sans pour autant épouser les aplats géométriques du plasticisme, un «casse-tête» incontournable.Ce petit côté puzzle de sa carrière est d’autant plus accentué que, avec son contemporain canadien Michael Snow, cet artiste montréalais est l’un de nos plus distingués précurseurs du phénomène désormais prisé de ce qu’il est convenu d’appeler la «pratique interdisciplinaire».Car depuis ses débuts, i’œuvre de Gagnon est constitué tout à la fois de peinture, de photographie et de cinéma (généralement expérimental).Et pour étoffer la chose, au début des années 1960, il a réalisé une série de «boîtes» dans lesquelles il assemblait et organisait en réseau complexe des éléments hétérogènes.«Ce n’est pas mon travail qui est interdisciplinaire, lance l’artiste, c’est ma tète.» Sans nier les particularités de langage des différentes disciplines artistiques, Gagnon «le philosophe», comme le qualifie volontiers son galeriste René Blouin, envisage l’ensemble de sa production davantage comme le fruit de sa pensée et de son esprit que l’expérience et la maîtrise de disciplines distinctes.«Je ne me suis jamais considéré comme un peintre, un photographe ou un cinéaste, dit-il, mais toujours comme un artiste.» Et c’est en 1955 que cet artiste avec un grand A est parti étudier au Parsons School of Design de New York plutôt qu’à Paris, où il était alors coutume pour les artistes de faire un passage obligé.«Je ne me sentais aucune affinité avec l’art qui se faisait alors en France», explique-t-il.Gagnon avait vingt et un ans et son séjour dans la mégamétropole américaine allait se prolonger jusqu’en 1960.New York vibrait.L’expressionnisme abstrait battait son plein avec Pollock, Kline, de Kooning et les autres, tandis que le néo-dadaïsme devenait de plus en plus pop avec, notamment, les assemblages de Rauschenberg et les peintures et collages à l’encaustique de Johns.Il y avait aussi John Cage, l’homme de toutes les expériences, avec sa musique et ses écrits.Puis la mode était au zen et Gagnon s’y reconnaissait.Et aux dires de l’artiste, cette philosophie bouddhiste de l’heure fut introduite en Amérique de manière tout à fait circonstancielle.«Elle est arrivée avec les vétérans de la guerre de Corée [1950-1953] qui avaient l’habitude de passer par le Japon avant de rentrer en Amérique.» Pas besoin de dire que dans ce milieu d’ef- fervescence créatrice et intellectuelle, Gagnon allait trouver son compte.11 est d’ailleurs revenu au Québec avec une colossale exposition de grou|x* à son actif, Art: USA 58.«C’était un bon passeport, confie l’artiste, surtout que le jury était composé de gens comme (l’artiste] Adolph Gottlieb.» Des compositions décentrées, du geste vif et des espaces ouverts, démunis de toute structure hiérarchique, de ses premières peintures, fortes des leçons de l’expressionnisme abstrait, l’œuvre de Gagnon allait évoluer vers un langage pictural à la fois plus pur et plus réflexif.Il y eut notamment les tableaux blancs aux bordures noires, sortes de fenêtres-écrans, de la deuxième moitié des années 1960, dont un qui est accroché en permanence aux cimaises du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa.Et dans les années 1970, l’artiste a réalisé un heureux mariage de geste et de géométrie à travers une série de grands tableaux de rectangles mis en abîme et a obtenu une rétrospective au Musée des beaux-arts de Montréal, qui a circulé à travers le Canada fia prochaine est prévue pour 1998, elle se tiendra au Musée du Québec et portera exclusivement sur son œuvre photographique).Puis, au milieu des années 1980, vinrent les mots.Iii surface de ses peintures était désormais codée.mais l’était-elle vraiment?Plus tard, il ne resta plus que des lettres et beaucoup d’ironie (on y viendra), dont un A et un B jurant de leur blancheur contre une surface noire et mate qui porte les traces régulières d’un pinceau.Et à travers tout ça, il y eut, bien sûr, ses photographies, ses «tableaux-photos» et ses films, dont U Huitième Jour, présenté à l’Expo 67, un court métrage anti-guerre, mi-documentaire mi- personnel, qui nécessitait la présence d’une infirmière en raison des évanouissements des malheureux qui voyaient pour la première fois des images de camps de concentration.! N’est-ce pas que ça nous rappelle à quel point nous sommes devenus visuellement désensibilisés?Considérant que Gagnon dit avoir participé au rejet de la figuration parce qu’elle positionne «l’art comme un acte de communication plutôt que de communion, parce qu’en offrant d’emblée une clé de lecture au spectateur, elle ne l’aide pas à participer activement à l’œuvre», il est difficile de ne pas voir poindre l’ironie dans sa production codée de lettres ou, comme dans ses diptyques photographiques des années 1990, de chiffres.On comprendra, par exemple, que les petits chiffres blancs qui truffent les épreuves sombres, presque illisibles, de ses photographies de déserts américains reproduites en double — une image «normale» et sa jumelle plongée dans l’obscurité — n’aident en rien la reconstitution de l’image en question.Au contraire, ils ne font que souligner l’impossibilité de coder le visible, ce phénomène absolu et irréductible de l’idéal moderniste.Moderniste, sans aucun doute, mais formaliste, non pas, l’artiste le réfute.«Je crois à l’abstraction, mais pour des raisons plus spirituelles que formelles.Je ne suis pas un formaliste.Les surfaces planes, les effets de champs colorés et de lumière ne m’ont jamais intéressé.» En revanche, celui qui a également enseigné la photographie, le cinéma et le son pendant près de trente ans, d’abord à l’Université Concordia et jusqu’à cette année à l’Université d’Ottawa, ne manque pas d’être intéressé par la musique, l’archéologie et, plus récemment, l’astronomie.«Mes intérêts changent, ils évoluent toujours, c’est peut-être pour ça que je n’ai jamais de vraies réponses aux questions que je me pose.» Et selon Marcel Brisebois, directeur du Musée d’art contemporain de Montréal, «c’est cette constante et étonnante capacité de renouvellement chez Gagnon qui fait que son œuvre est tout aussi important aujourd’hui qu’il ne l’était au début de sa carrière».C’est dire beaucoup./ Prix Paul-Emile-Borduas I.K I) K V 0 I It .I.E I.I' N DI I D E (' K M It It K I D II ,ri ¦ - ' '1 WÆMrn reconnaissance ouce musique une r- 1 Walter Joachim Violoncelle-solo de l'Orchestre symphonique de Montréal durant 28 ans n Violoncelle-solo de l'Orchestre de chambre de McGill durant 30 ans .r*' Professeur aux conservatoires de Montréal, Québec , et Trois-Rivières et à l'Université McGill ; durant 40 ans n ' ' Membre de jury recherché au Canada et à l'étranger depuis 1952 Félicitations À UN HOMME DE GRAND TALENT Une vie de musique en toute humilité L’histoire de Walter Joachim est celle de la tradition qui se perpétue, qui doit se répéter.MARIO CLOUTIER LE DEVOIR Toute une vie en musique.Son père chantait à i’o|)éra.Son frère Otto est compositeur et a été longtemps l’alto solo de l’OSM.Son épouse joue, enseigne et a appris de lui.Ses enfants aussi.L’autre moitié de leur maison de ville est occupée par un musicien, le pianiste Michael McMahon.Musique, musique, musique.«C’est beau, non?», fait simplement le violoncelliste Walter Joachim, récipiendaire cette année du prix Denise-Pelletier destiné aux arts d’interprétation.Cette vie musicale commence à Düsseldorf en 1917.Otto, de 15 mois l’aîné, et Walter, âgé de cinq ans, commencent à suivre des cours de musique.Mais très vite, les Joachim sont pris dans le tourbillon d’antisé-miüsme qui traverse l’Allemagne.«Ce n’est pas arrivé subitement en 1934, comme on le dit souvent.C’était là tout le temps, aussi loin que je me rappelle.» Très tôt, une carrière de soliste et de chambriste amène Walter Joachim à jouer dans plusieurs pays d’Europe et même en Inde, à Calcutta.De retour en Allemagne toutefois, il ne peut plus jouer.Il l’apprend en 1934 dans une lettre signée de la main de Richard Strauss, président de l’Union des musiciens.«Un collègue m’a informé que j’étais accusé de “crime contre la race”.Je suis parti jouer en Tchécoslovaquie dans les orchestres, à la radio et surtout dans les films muets avec de très bons çhefs et musiciens.J’ai vécu à Vienne aussi.A Marienbad, l’été.Bref, j’étais en vie.Quand les Allemands étaient sur le point d’entrer à Prague, je me suis évadé vers Kuala Lumpur, en Malaisie.Mes parents nous ont rejoints, mon frère et moi, là-bas.» Quand la guerre éclate en 1939, les Anglais lui donnent le choix, en tant qu’Alle-mand, d’aller en Chine ou en Australie, dans un camp.Il choisit la Chine.Pendant 12 ans, il est titulaire de la classe de violoncelle au Conservatoire de Shanghaï et violoncelle solo de l’Orchestre symphonique de Shanghaï.Il a aussi formé en Chine un grand nombre de musiciens qui sont maintenant les piliers de la vie culturelle de ce pays.Ce qui pourrait ressembler à une vie d’aventure aujourd’hui ne l’était pas alors.«Personne ne voulait de nous.C’était très dur de trouver un endroit |Miur vivre.Nous n’avions pas de passeport et personne ne voulait de nous.Nous craignions toujours pour notre vie.Quand l’attaque sur Pearl Harbor est survenue, les Japonais, qui occupaient la Chine, nous ont mis dans un ghetto où nous étions 18 000 Juifs.Heureusement, j’avais toujours mon violoncelle.» A la fin de la guerre, il avait enterré son père à Kuala Lumpur et sa mère à Shanghai’.Cependant, les difficultés ne se sont pas envolées avec la fin des hostilités.Il est déporté aux Etats-Unis, mais les Américains décident qu’il doit retourner en Allemagne dans un camp de «personnes déplacées».Il joue pendant six mois dans un pays qu’il ne reconnaît pas.«Curieusement, il n’y avait plus aucun nazi.Je n’en ai pas trouvé un seul pour avouer: “Oui, j’étais là, je me suis trompé et je m’çn excuse.”» A la suite de son frère, il vient donc ici en 1952 avec toutes les attentes de celui qui n’a plus rien à perdre.«J’ai vécu tout ce temps-là avec l’espoir, le sentiment qu’on me devait quelque chose.Qu’on n’aurait pas dû me traiter comme un Allemand qui avait tué des enfants dans les camps de concentration.C’est malheureux de se promener avec la mauvaise conscience des autres.Je ne rêvais que d’une place où je pourrais jouer comme violoncelle solo dans un orchestre symphonique et dans un orchestre de chambre et, surtout, où je pourrais enseigner à ma façon, comme je l’avais appris en Allemagne.J’ai pu faire tout cela ici.Je ne suis pas un homme malheureux.J’ai fait tout ce que je voulais faire en musique.» Dès son arrivée à Montréal, il entre à l’OSM comme violoncelle solo.Il occupera cette chaise pendant 28 ans jusqu’à sa retraite en 1980.Il a également été membre de tous les orchestres de Radio-Canada, de l’Orchestre de chambre de McGill durant près de 30 ans et cofondateur du quatuor à cordes de Montréal et du Trio de Montréal.Pendant plus de 40 ans, il a enseigné aux conservatoires de Montréal, Québec, Trois-Rivières et à l’Université McGill.«Je suis très content des progrès qu’on a faits à Montréal en musique.Ce n’était pas du tout comme ça quand je suis arrivé en 1952.J’ai trouvé beaucoup de talents, mais les jeunes avaient besoin d’un guide, de quelqu’un qui leur dise quoi faire.Il y avait À son arrivée à Montréal, Walter Joachim entre à l’OSM comme violoncelle solo et occupera cette chaise pendant 28 ans des artistes et de la bonne volonté, mais pas assez de gens de métier, pas assez de professeurs.Nous sommes partis de zéro.En 1952, j’avais deux élèves au Conservatoire, l’année suivante, 21.L’homme qui m’a beaucoup aidé en me laissant faire ce que je voulais, c’est Wilfrid Pelletier.» Il reconnaît avoir eu lui-même d’excellents professeurs.Ici, il a simplement tenté d’étre a leur hauteur.Son histoire est celle de la tradition qui se perpétue, qui doit se répéter.Pour la musique et pour la vie.«La vie comme étudiant avec moi n’est pas facile.Il faut honnêtement jouer un morceau, que toutes les notes soient en place, bonne vitesse, bonne intonation, avant de parler de philosophie.Et surtout ne pas tenter d’améliorer Bach ou Beethoven.S’il y a quatre temps dans la musique, je ne veux pas quatre temps et un quart.» Et on touche là, sans doute, au centre de la carrière et de la vie d’un homme qui a survécu grâce à l’humilité.«C’est vrai, dit-il, que le public vient pour écouter tel ou tel instrumentiste, mais l’interprète ne doit pas occulter le compositeur.Il faut rester humble et jouer ce qui est écrit.C’est plus difficile que d’improviser.En vérité, je n’ai pas deux élèves qui jouent de la même façon.Je leur laisse leur personnalité, là où c’est possible.Mais la structure, le squelette doit être en ordre.Si vous ressentez des émotions au concert, l’interprète a réussi.Mais s’il joue seulement vite, c’est vide, il n’y a pas de message.Un de mes anciens professeurs m’avait dit: “Si je veux voir un acrobate, je vais au cirque.” L’autre jour, j’ai entendu à Radio-Canada un grand musicien européen jouant avec un orchestre, mais c’était impossible de l’accompagner.11 jouait sans rythme et je suis certain que le chef d’orchestre voulait se suicider.» Pour cette raison, le violoncelliste dit ne plus avoir la patience d’enseigner aux tout jeunes.«Je laisse ça à ma femme.» Mais il reçoit encore les plus âgés à la maison, ses anciens élèves qui ont encore besoin d’un conseil ou deux.Tous les étés, il continue également de donner des ateliers au Domaine Forget de Charlevoix.Il a formé plus de 60 violoncellistes en 40 ans d’enseignement, dont Denis Brott, David Ellis, Sophie Rolland et Elisabeth Groulx.Il a beaucoup semé durant sa carrière de musicien et d’enseignant.Aujourd’hui, comme il dit: «Je dors bien.» Prix Denise-Pelletier PHOTO MARC-ANDRE GRENIER WALTER JOACHIM y , am bto-quebec I I.K |> K V U I II .I.K I.I' \ It | | |t K I K M It It I it It ?PRIX DU QUEBEC* SCIENCES PURES ET APPLIQUÉES Un alchimiste postmoderne vvii^-v PHOTO MARC-ANDRÉ GRENIER John J.Jonas a contribué à la révolution sidérurgique qui a conduit à la constitution de «nouveaux matériaux».JEAN PICH KTTK COLLABORATION SPÉCIALE Enfant.John J.Jonas s'amusait «à défaire puis refaire ses jouets, même s'il lui arrivait parfois d’être incapable de revenir au modèle original.Sa voie était déjà toute tracée.«J’ai toujours su que j’allais devenir ingénieur un jour», note-t-il.Récipiendaire du prix Marie-Victorin pour son apport dans le domaine des sciences pures et appliquées, le professeur de génie métallurgique de l’Université McGill doit cueillir les honneurs aussi naturellement qu'il triturait ses jouets il y a quelques décennies: un mur de son bureau de la rue University, dont la fenêtre donne sur le high school de son adolescence, est en effet couvert de médailles — incluant la Grande Médaille de la Société française de métallurgie et des matériaux, qu’aucun autre Canadien n’a reçue à ce jour — et de diplômes.dont celui de l’Office de la langue française, qui atteste des compétences en français de ce Québécois trilingue, exigence requise pour devenir membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec.Ses parents, Hongrois d’origine, émigrent à Montréal en 1921, oil John J.Jonas verra le jour, en 1932, à l’hôpital Royal Victoria, situé tout près de son université.et de l’école de sa jeunesse! Pourtant, après avoir obtenu un baccalauréat en génie métallurgique à McGill, le jeune ingénieur devra s'exiler durant quelques années en Angleterre pour faire son doctorat à la prestigieuse université Cambridge, les programmes de doctorat en génie étant pratiquement inexistants au Canada à l’époque.De retour à Montréal, il entame en 1960 sa carrière de professeur, à McGill, où il devient titulaire, en 1985, d’une chaire de recherche industrielle appuyée par l’Association pour la recherche dans l’industrie sidérurgique canadienne (ARISC) et par le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNGC).La passion de Jonas pour les métaux et pour ses recherches transparaît lors- ¦ vert sortant Kn discutant n'y a pas si longtemps, les puces électroniques qu’on trouve aujourd'hui dans les ordinateurs?Je m’amuse parfois a rêver que je rencontre un homn de sa soucoupe volant avec lui, il apprend que je suis métallurgiste et me donne une petite partie de sa soucou|x‘, faite d’un acier d'une résistance incroyable.Essayez d’imaginer tout ce qu’on ixmrrait apprendre en étudiant un tel matériau.» S'il ne croit pas aux petits hommes verts, John Jonas pense toutefois au pou-voir de la science pour faire reculer sans cesse les limites de notre connaissance.Il aime a ce sujet citer Einstein: «Pendant que le rayon de notre savoir grandit, la circonférence de notre ignorance en fait de même.» C’est pourquoi il dirige, tel un chef d'orchestre, une équipe de chercheurs qui, par-delà les problèmes de laminage, tentent de mieux comprendre les réactions fondamentales de l’acier.A ce titre, la carrière de cet «alchimiste», l’un des métallurgistes canadiens les plus connus au monde, témoigne du rôle essentiel joué par la recherche fondamentale dans l’évolution de l’industrie sidérurgique.«Si je ne faisais que des recherches sur le laminage, j’aurais beaucoup de difficultés à comprendre les phénomènes qui se passent à l’intérieur de l’acier, comme le déplacement des impuretés lorsqu’il est chauffé.Mais à l’inverse, si je me limitais à la recherche fondamentale, je manquerais des questions très importantes qui se posent à l’industrie sidérurgique.C’est pourquoi je considère que les deux volets de mon travail sont complémentaires.» Peut-être cela explique-t-il la présence de si nombreuses médailles dans son bureau.Mais au 17thme oil il les accumule, devra-t-il se résigner un jour à les passer au laminoir?«Je m'amuse parfois à rêver que je rencontre un homme vert sortant de sa soucoupe volante.En discutant avec lui, il apprend que je suis métallurgiste et me donne une petite partie de sa soucoupe, faite d’un acier d’une résistance incroyable» Prix Marie- Victorin qu’il saisit une simple boîte métallique de boisson gazeuse.«En contrôlant bien les procédés thermomécaniques, on peut doubler la résistance des aciers, ex-plique-t-il.Ainsi, le poids des voitures a presque diminué de moitié depuis une vingtaine d’années, non seulement parce qu’elles sont plus petites, mais parce que l’acier utilisé est deux fois plus résistant qu'avant.» C’est ce créneau de la métallurgie qui intéresse particulièrement le chercheur, également reconnu pour ses qualités de pédagogue.La métallurgie s’intéresse à la transformation des métaux à partir des minerais, pour en extraire le métal, qui veut toujours redevenir minerai, comme le montre l’acier qui rouille lorsqu’il est laissé à l’extérieur.Cette première phase du travail du métallurgiste est ensuite suivie de la solidification des métaux, à la suite de laquelle le professeur Jonas entre en scène.JOHN J.JONAS Spécialiste du laminage, son rôle consiste à réduire progressivement la taille des lingots de métal issus du processus de solidification.Il doit à cet effet procéder par étapes pour obtenir un acier de la meilleure qualité possible.Les expériences requises pour la mise au point du meilleur procédé de laminage posent toutefois d’énormes problèmes.L’exploitation des laminoirs est en effet très coûteuse, et la moindre petite expérience peut facilement représenter un déboursé de 100 000 $.Pour contourner ce problème, la simulation en laboratoire des procédés de mise en forme des métaux utilisés dans l’industrie permet des économies extrêmement intéressantes.«En confectionnant un modèle réduit, le métallurgiste peut ainsi simuler l’histoire d’un morceau de métal qui réagit, à son échelle, de la même façon que les tonnes d’acier que l’on retrouve dans un vrai laminoir.Cela per- met de contrôler à volonté les diverses données de l’expérience: température, vitesse de iaminage, taux de refroidissement, etc., et de mettre au point des métaux plus résistants.» C’est en simulant en laboratoire les processus de déformation à chaud par le laminoir que le professeur Jonas a pu contribuer à la révolution de l’industrie sidérurgique, qui a conduit à la constitution de «nouveaux matériaux», utilisés dans des conditions climatiques très froides, comme dans les plates-formes de forage pour l’extraction de pétrole en haute mer, ou pour le transport de pétrole par pipelines, en Alaska par exemple.Transformé en alchimiste postmodeme, le métallurgiste peut-il se mettre à rêver de sa pierre philosophale, matériau à la fois très résistant et très souple?«Il n’y a pas de limite aux améliorations qu’on peut apporter aux matériaux, pense Jonas.Qui aurait pu imaginer, il HOMMAGE AUX LAUREATS L'ÉCOLE POL YTECHNIQUE DE MONTRÉAL EST F/ÉRE DE RENDRE HO M MA GE AUX LAURÉATS DES PRIX DU QUÉBEC 1995 LES GRANDS CRÉA TEURS, QU'ILS SOIENT DU DOMAINE CULTUREL OU SCIENTIFIQUE DÉMONTRENT PAR LEURS RÉALISA T/ONS QUE LE GÉNIE EST SANS FRONTIÈRES.ECOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL génie ansJron ronticres AUX RECIPIENDAIRES DES PRIX DU QUÉBEC L'UNIVERSITÉ DU QUÉBEC RENDENT HOMMAGE AUX RÉCIPIENDAIRES DES PRIX DU QUÉBEC Arcs visuels, arcs d’incerprécacion, cinéma, littérature, sciences Humaines, sciences du vivant, ' V • n ¦ ¦ 1 sciences pures et appliquées, technologie, patrimoine., tous ces secteurs, l'Université du Québec a contribué à les développer et à les rendre accessibles à travers tout le Québec.Elle partage la fierté de la société québécoise de compter parmi les siens d'éminentes figures de la création et de la science.Université du Québec UNIVERSITÉ DU OUÉBEC A MONTRÉAL UNIVERSITÉ DU OUÉBEC A TROIS-RIVIÈRES ' UNIVERSITÉ DU OUÉBEC A CHICOUTIMI UNIVERSITÉ DU OUÉBEC A RIMOUSKf UNIVERSITÉ DU OUÉBEC A HULL UNIVERSITÉ DU OUÉBEC EN ABITIBI-TÉMISCAMINGUE INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE INSTITUT ARMAND-FRAPPIER ÉCOLE NATIONALE D'ADMINISTRATION PUBLIOUE « ÉCOLE.DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE TÉLÉ-UNIVERSITÉ SIÉGÉ SOCIAL.UNIVERSITÉ DU OUÉBEC ( I.r X |I I I U K (’ K M li It K I II II X ( I.t II t: V out.I.PRIX DU QUEBEC DÉVELOPPEMENT DES INSTITUTIONS DE RECHERCHE Un bâtisseur de nouvelles universités Prix Armand-Frappier PHOTO MARC-ANDRÉ GRENIER LOUIS BERLINGUET Louis Berlinguet a ouvert les portes de la recherche scientifique aux milliers de nouveaux diplômés des cégeps.CLAUDE LÉVESQUE LE DEVOIR Pour intéresser les jeunes à la chose scientifique comme pour donner à l’ensemble des citoyens du Québec un niveau acceptable de «culture scientifique», il faut se débarrasser de l'idée que la science est nécessairement difficile et ennuyeuse.De toute façon, signale le récipiendaire du prix Armand-Frappier 1995, nous vivons dans un monde où les produits de la science et de la technologie nous entourent de plus en plus dans notre vie quotidienne.Comme d’autres scientifiques de renom, le Dr Louis Berlinguet, avant de faire œuvre de pionnier à plusieurs titres, a vu sa vocation se préciser au contact d’un professeur de chimie de lfr année, le frère Adrien, oui savait communiquer sa passion a ses élèves de l’Académie des sciences de Trois-Rivières.Aujourd'hui, l’importance des professeurs est d’autant plus grande que les élèves se trouvent confrontés, à un jeune âge, à une multiplicité d’options de cours.«On peut rendre les sciences intéressantes, même pour les enfants.Par des initiatives aussi simples que d’illustrer le principe d’Archimède en demandant aux enfants de faire flotter une allumette de bois dans un verre d’eau.Il faut, plaide encore M.Berlinguet, qu’un professeur puisse situer la science dans l’ensemble de l’univers.Idéalement, les professeurs de première année universitaire devraient avoir les cheveux blancs, laissant les jeunes cracks fraîchement issus de leurs études post-doctorales enseigner aux candidats au doctorat.» Hélas, reconnaît-il, les règles et procédures ne permettent pas toujours que cela se fasse.Après ses études scientifiques aux Universités de Montréal et Laval, suivies d’une brillante carrière d’enseignant et de chercheur au département de biochimie de la faculté de médecine de cette dernière université, le Dr Berlinguet a été au centre des grands bouleversements qui ont marqué le monde de J’enseignement et de la recherche au Québec.A la fin des années soixante, il a participé à la création de l’Université du Québec et de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), à une époque de grande effervescence sociale.«Il s’agissait de trouver la façon d’accueillir les milliers de jeunes diplômés des nouveaux cégeps.Un comité d’enseignants et de jeunes fonctionnaires a été mis sur pied, avec le mandat de créer une nouvelle université multicampus, rappelle M.Berlinguet.Nous nous sommes inspirés des Universités d’Etat de Californie et de New York, mais — nous étions dans la foulée de mai 68 — nous voulions y ajouter une structure de participation ouverte à tous.» Ce concept «idéaliste» a donné des résultats mitigés.C’était une époque où la société était très revendicatrice et la nouvelle université n’a pas été épargnée par les mouvements de grèves, parfois violentes.«Mais c’étaient de bonnes années, peut-être les meilleures si j’exclus les 23 passées dans l’enseignement et la recherche en laboratoire.Bâtir une université avec peu, c’était une expérience emballante.Il y avait de l’argent, pas énormément, mais on pouvait bâtir quelque chose.» A titre de vice-président à la recherche de l’Université du Québec, M.Berlinguet, en plus de veiller à la mise sur pied des activités de recherches dans les constituantes, a compris qu’il fallait créer une entité distincte, l’Institut national de recherche scientifique (INRS).Cette initiative visant à pallier la lenteur avec laquelle la recherche intra tnuros allait inévitablement démarrer, ne manqua pas de se heurter à l’opposition, tant des universités et départements constituants, que des autres universités.«Nous étions des squatters.J’avais pensé à louer des locaux à l’IREQ (Institut de recherche en électricité du Québec) à Varennes et au complexe scientifique de Sainte-Foy, et choisir des gens de l’industrie pour venir enseigner comme professeurs invités.» M.Berlinguet se rappelle qu’Armand Frappier avait aussi été critiqué par les autorités universitaires du temps lorsqu’il était allé fonder, vingt-cinq ans plus tôt, son Institut de microbiologie et d’hygiène à Laval, en banlieue de Montréal.Le lien entre la recherche et l’industrie a-t-il été poussé trop loin?M.Berlinguet ne le croit pas: «Actuellement, selon moi, c’est seulement 20 % de la recherche qui est d’application assez immédiate, et 80 % qui, tout en étant orientée, demeure assez fondamentale.De tout façon, la frontière entre la recherche appliquée et la recherche pure est assez ténue.» Dans les années 1970, le Dr Berlinguet a étendu son œuvre de pionnier à Ottawa et au domaine de la coopération internationale.Après avoir siégé durant quelques années au comité exécutif du nouveau Centre de recherche en développement international créé par le gouvernement de Lester B.Pearson, il devient en 1976 premier vice-président de cet organisme qui a, au fil des ans, reçu plusieurs des témoignages d’excellence venant des pays du tiers monde.L'originalité du CRDI tient au fait que l’affectation de son budget, qui provient de l'enveloppe que le gouvernement fédéral consacre à l’aide au développement, incombe à un conseil d’administration de 21 membres, dont dix viennent de pays en développement.Les recherches ainsi financées devaient egalement émaner des pays concernés.I-e mode de fonctionnement novateur du CRDI a été copié par d'autres pays, dont la Suède.Depuis 1990, à titre de président du Conseil de la science et de la technologie du Québec, M.Berlinguet joue un rôle de premier plan dans le développement des politiques et de la culture scientifiques.Au chapitre des politiques, le récipiendaire du prix Armand-Frappier croit que «les initiatives intéressantes prises depuis une vingtaine d’années ont permis au Québec de rattraper le retard [qu’il accusait] par rapport aux autres provinces.Dans les universités, nous avons un nombre de chercheurs normal.Nous avons développé des forces dans les secteurs de la santé, de la pharmacologie et de l'aéronautique.Nous avons de bonnes politiques, qui sont responsables de ces progrès.» M.Berlinguet mentionne les incitatifs fiscaux, le placement en entreprises de chercheurs dont le salaire est payé en partie par le gouvernement, de même que la mise sur pied de centres de transfert technologiques comme le Centre québécois de valorisation de la biomasse, des Innocentres et des sociétés Innovatech, «qui font l’envie des autres provinces».11 faut maintenant mettre à jour ces politiques, à la lumière des changement intervenus notamment dans les règles qui régissent le commerce international, note M.Berlinguet.Dans un monde où nous côtoyons des magnétoscopes et des ordinateurs, il faudra nécessairement hausser le niveau des connaissances scientifiques de tous.Il est d’autant plus important d’avoir une population éclairée, que nous aurons des décisions importantes à prendre en tant que société, que ce soit en matière d’euthanasie, dans le choix des traitements pratiqués dans les hôpitaux, ou dans l’arbitrage entre le développement économique et la protection de l’environnement.Si le niveau de culture scientifique des Québécois peut se comparer à celui des Ontariens ou des Américains, M.Berlinguet déplore tout de même la portion congrue qui est réservée à la chose scientifique dans les médias, de même l’absence d’un musée ou d’une «maison» des sciences comme il en existe en France, en Californie ou en Ontario.M.Berlinguet croit, à ce chapitre, que la région montréalaise devrait profiter de la présence de sociétés œuvrant dans les techniques de pointes, ce qui n’exclut pas la possibilité, grâce aux moyens de communications modernes, d’intégrer les projets de même nature qui se font jour en régions.Hommage aux créateurs qui, jour après jour, redéfinissent l'excellence Bell félicite tous les lauréats des Prix du Québec qui, grâce à leur engagement de tous les instants, contribuent à l'excellence de la vie culturelle et scientifique du Québec. I.K I) K V 0 I It , I.Y.I.I’ X I» I I I) R (' K M It It Y I II II 5 ?PRIX DU QUEBEC* LITTÉRATURE Le romancier de l’Amérique Jacques Poulin est comme ses personnages: il va là où le vent le pousse.pourvu qu’il puisse écrire.CHRISTIAN RIOUX 'correspondant DU DEVOIR A PARIS Une planche posée sur des tréteaux pour manger et écrire, un lit surélevé à deux mètres du sol.une photo de 1a championne de tennis Martina Navratilova.un vieux jean délavé suspendu à un cintre, une grande fenêtre qui donne sur un immeuble moderne, voilà tout l’univers de Jacques Poulin.Dans les 20 mètres carrés de cette ancienne loge de concierge où il a lui-même installé le chauffage, Jacques Poulin écrit, mange et dort depuis près d’une dizaine d’années qu’il vit a Paris.«J’ai la chance de pouvoir travailler n’importe où.Pour écrire, dit Poulin, il suffit d’avoir la paix et un peu d’argent.>* Car ses grands espaces.Jacques Poulin les transporte dans sa tête.Dans son réduit parisien, il n’a qu’à ouvrir la bouche, adossé debout à une bibliothèque afin de reposer sa colonne vertébrale malade, pour que surgissent les grands horizons d’un auteur enraciné au plus profond de l’Amérique.«Un Québécois à Québec finit par ne plus voir le fleuve, le déb.ut des Lauren-tides, l’ile d’Orléans, etc.A l’étranger, on retrouve les paysages qu’on porte en soi.[.] J’aime la sensation qu’on a quand on n’est pas dans son pays.Il y a quelque chose de masochiste et de mélancolique dans tout ça.A l’étranger, on est plus sensible à la beauté des choses.Ça m’aiguise le regard.» Tout compte fait, Poulin dit qu’il n’est pas plus mal dans ce petit studio à 450 dollars par mois (une misère à Paris!) que dans la camionnette Volkswagen avec laquelle il a parcouru l’Amérique et l’Europe il y a plusieurs années.Pas plus mal que dans ce penthouse d’Acapulco où il corrigea les épreuves de Volkswagen Blues avant d'être assailli par un voyou du quartier.Pas plus mal que sur ce parking d’une autoroute italienne où il a écrit pendant des jours avec des boules Quiès dans les oreilles.Poulin en connaît un bout sur les boules! Car dans tous les lieux où il écrit, l’écrivain de 58 ans cherche à retrouver le calme et la lumière irradiante de son enfance.Celle du solarium de la grande maison familiale, à Saint-Gédéon-de-Beauce, au-dessus d’un magasin général qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui de Mon Oncle Antoine.le film de Claude Jutra.Qu’il relise les livres qu’il a écrits à 20 ans ou ceux qu’il lisait quand il était enfant.Jacques Poulin a toujours peur d’être déçu.L'été dernier, il a passé trois mois à Québec pour recueillir des renseignements afin de mettre la dernière main au premier brouillon du roman sur lequel il travaille depuis deux ans.Maniaque des détails, il a vérifié si les maisons, les épiceries, les rues de la vieille ville étaient bien comme il se l'imaginait.«Je veux que mes descriptions soient le plus près possible de la réalité.C’est très important.mais si la réalité ne me convient pas, ie la change», dit-il en soupesant quatre blocs-notes de 100 pages chacun.remplis d’une écriture fine qu’il devra peaufiner pendant encore deux ans.Chacun d’eux porte sur le côté gauche un trait vertical à l’encre pour indiquer le milieu des pages, limite au-delà de laquelle se termine la journée d'écriture de Jacques Poulin.Sur la commode, traîne pourtant un Po-werBook tout neuf que l’écrivain n’a pas encore apprivoisé.«J’écris tellement lentement qu’il me semblerait absurde de passer la journée devant un écran pour taper une demi-page.» Car si Jacques Poulin décrit de grands espaces dans un studio parisien, il écrit aussi en France de véritables romans américains.Des œuvres minimalistes au sens où l’entendait Raymond Carver, sans fioritures ni effets littéraires.Poulin tire d’une pile de livres le succès de librairie parisien de Jean Echenoz, Les Grandes Blondes (Editions de Minuit).C’est un exemple, dit-il, de ce qu’il ne faut pas faire.«Je suis ébloui par la virtuosité de l’écriture.Pas une phrase qui ne soit pas originale, rien n’y est dit de manière banale.Mais cela produit l’effet inverse de ce qui est recherché.Comme un rideau fleuri, baroque, sur lequel on poserait une photo.Les personnages deviennent invisibles tellement le texte est travaillé.Ils ne se détachent pas, on oublie leur âge, leur caractère.L’action et l’émotion se perdent.» Pour Poulin, la littérature française produit trop de ces «divertissements littéraires» où l’émotion croule sous le style.Est-ce pour cela que Poulin, coédité en France par Actes Sud, n’a toujours pas de véritable public français?Vendre ses livres en France à d’autres que des spécialistes de la littérature québécoise, il n’y croit pas vraiment.«La concurrence ici est terrible.» D’autant plus qu'il ne faut pas compter sur lui pour les entrevues à la radio et a la télévision.«J’ai une conception ancienne qui veut que la promotion d’uu livre soit le travail de l’éditeur.C’est d'ailleurs écrit dans les contrats!» Au point que Jacques Poulin serait prêt à refuser un prix littéraire si on l'obligeait a participer à une cérémonie et à faire un discours.«Je ne veux pas qu’on me reconnaisse dans la rue.Je veux vieillir.comme toqt le monde.» A 58 ans, Jacques Poulin pense de plus en plus à la vieillesse.Le roman qu’il écrit en ce moment, dont il refuse de divulguer le sujet, met justement en scène un vieux imaginé à partir de la photographie d’un écrivain d’Europe de l’Est découpée dans le journal Le Monde.Sa photo est soigneusement collée au-dessus de l’évier.Pour Poulin, la vieillesse est d’abord un problème littéraire.«Mon personnage principal a toujours eu quelques années de moins que moi.Je ne sais pas si c’est une bonne idée d’avoir un narrateur de 50 ans.La vieillesse, j’ai pas envie de traiter de ça directement.D’ailleurs, qui a envie de lire là-dessus?Mais je ne sais pas comment je vais faire, car j’ai toujours parlé des choses que je connaissais le mieux.» Tout bien réfléchi, son personnage restera encore longtemps à l’aube de la cinquantaine.Comme il continuera à se promener dans les rues de Québec et à parcourir l’Amérique.Pas question qu’on le retrouve sur les bords de la fontaine Médicis du jardin du Luxembourg, où Poulin aime flâner les week-ends.«Je n’ai pas la compétence nécessaire pour parler de Paris.Ce serait du travail d’amateur.» Qui sait par contre dans quel pays échouera Jacques Poulin?L’écrivain aime raconter qu’un jour il s’est retrouvé au Québec par hasard.De retour du Mexique, devant le tableau des départs de l’aéroport de San Francisco, il a fait le pari de prendre le premier vol en direction de Montréal ou Miami.Le sort a choisi Montréal.Plus tard, il est arrivé en Europe par hasard.Venu chercher à Bruxelles le prix France-Belgique, il a investi l’argent reçu dans une camionnette Volkswagen avec laquelle il est allé jusqu’à Prague.Quelque part dans la vallée du Rhône, il est tombé en amour avec un professeur de mathématiques.Jacques Poulin est comme ses personnages, il va là où le vent le pousse.pourvu qu’il puisse écrire, la seule chose qu’il n’ait jamais, mais vraiment jamais, laissée au hasard.Prix Athanase-David PHOTO MARC-ANDRE GRENIER JACQUES POULIN SODEC Bravo à tous les lauréats des Prix du Québec 1995.Société de développement des entreprises culturelles 1755, boul.René-Lévesque Est, bureau 200 Montréal (Québec) H2K 4P6 Téléphone: (514) 873-7768 Télécopieur : (514) 873-4388 ATHANASE-DAVID 1995 ¦ ¦ ‘ ' .'¦¦f N *' WtêmËm LEMÉAC lu lillérulurr d'aujourd'hui Quand vous commencez à écrire une histoire, vous êtes comme un voyageur qui a vu de très loin un château.Extrait de l e Vieux Chagrin.Les romans de ce doux écrivain débordent d'humanité.Son cœur est québécois, sa langue est française, son espace est américain, son art d'écrire est celui de la tendresse de vivre.Ses personnages et ses histoires gravitent souvent autour de la ville de Québec avant de partir vers le monde comme des bouteilles à la mer, avec à l'intérieur des messages pour mieux lire la vie.PIERRE FILION Directeur littéraire OUVRAGES PARUS Mon cheval pour un royaume, Editions du Jour, 1967; Leméac, 1987.Jimmy, Editions du Jour, 1969; Leméac, 1978.Le Cœur de la baleine bleue, Éditions du Jour, 1970; Leméac, 1987.Faites de beaux rêves, L'Actuelle, 1974; Leméac, 1988.Us Grandes Marées, Leméac, 1978.Volkswagen Blues, Québec-Amérique, 1984.Le Vieux Chagrin, Leméac/Actes Sud, 1989; Babel, 1995.La Tournée d'automne, Leméac, 1993.T I.f.I) K V 0 I H .I.K I.I' X l>l I I» K < K M It It K I II II 5 S O C I O I- () G I K L’archétype du sociologue impliqué Prix Léon-Gérin PHOTO MARC-ANDRE GRENIER GUY ROCHER L’œuvre de Guy Rocher suit et critique l’histoire, les tourments et les mutations du Québec depuis 40 ans.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Sociologue un jour, sociologue toujours.Quand on lui demande des réactions sur l’obtention d’un prix du Québec 1995, le professeur de sociologie Guy Rocher se lance dans une longue mise en contexte socio-historiographique de celui qui a légué son nom à la récompense pour les «sciences humaines».11 parle de la formation d’avocat de Léon Gérin (1865-1951), de son travail comme traducteur à la Chambre des communes et de ses recherches empiriques sur le Québec rural, entreprises à son compte, pendant ses périodes de loisir, après une formation en France où il s’était familiarisé avec la «méthode monographique» de Frédéric Le Play.«C’est un très grand personnage, vous savez, dit M.Rocher.Il a été le premier à faire de la recherche sociologique sérieuse ici.[.] Il vivait encore quand j’étais étudiant, j'ai lu de ses travaux, mais j’étais trop timide et je ne l’ai jamais rencontré.» Guy Rocher est né à Berthierville en 1924.Il a obtenu son baccalauréat à l’Université de Montréal (1943) puis est allé poursuivre sa formation à l’Université Laval.Il appartient donc à cette génération formée à l’école des sciences sociales du père Georges-Henri Lévesque, dont plusieurs membres l’ont précédé au prix Léon-Gérin, notamment Léon Dion, Fernand Dumont et Gérard Bergeron.On a souvent répété que la Révolution tranquille s’était préparée dans ce think tank exceptionnel.«Je pense que nous formions le premier groupe à avoir comme vocation de mieux comprendre notre société de la façon la plus objective possible, non plus à travers une philosophie sociale particulière ou les idéologies dominantes mais en portant un nouveau regard pour permettre une meilleure compréhension de l’histoire économique du Québec (comme chez Faucher), ou de son système politique (comme chez Bergeron et Dion), dit M.Rocher.Tous, nous avions un profond sentiment de responsabilité et nous pouvions aussi l’assumer de façon générale, en examinant l’ensemble de la société.» Sa propre contribution s’est faite à ce niveau d’ensemble.Après son doctoral obtenu a Harvard, en 1(158, -onia direction conjointe de Talcott Far-sons et Barrington Moore, Guy Rodin s'est en quelque sorte «spécial] sé dans les généralisations», selon le joli mot de Daniel Bell, un autre sociologue américain.Banni sa douzaine de livres, on compte plusieurs ouvrages du genre, par exemple Continuité et rupture.Us Sciences sociales au Québec (PUM, 1984) et U Québec en jeu.Comprendre les grands défis (PUM, 1992), deux «collectifs» qu’il a codirigés.Mais le plus célèbre demeure 17»-troduction générale à la sociologie, publié chez HMH en 1968 et repris au Seuil, en France.Depuis, l’ouvrage a été traduit en plusieurs langues (anglais, italien, espagnol, portugais, grec et même persan) et est toujours largement utilisé comme manuel de base par des milliers d’étudiants à travers le monde.Une version remaniée vient d’ailleurs d’être rééditée, en français.«C’est l’ouvrage qui me fait le plus connaître: il se promène beaucoup en Afrique, en Europe et en Amérique du Sud.» Et comment explique-t-il ce succès mondial?«On me dit que c’est le manuel qui réussit le mieux à faire la jonction entre la sociologie européenne et la sociologie américaine.» Ce qui amène à parler de Talcott Parsons et la sociologie américaine, paru aux Presses universitaires de France en 1972.Cet ouvrage a également connu plusieurs traductions (néerlandais, japonais.) et a contribué à faire connaître la pensée du célèbre professeur de Harvard.«Je trouvais qu’en France et ailleurs dans le monde francophone, son œuvre était trop peu ou mal connue, dit Guy Rocher.J’ai voulu la réhabiliter avec ce qu’elle a de forces mais aussi de faiblesses.Pour moi, la découverte de l’œuvre de Parsons a été fondamentale.Si je suis devenu un universitaire, c’est à cause de mon passage à Harvard.Ç’a été pour moi une deuxième naissance.» Ce qui était d'autant plus important à l’é|x>que que la swiologie française, comme la québécoise quelle influençait déjà fortement, étaient alors em-patouillée dans une perspective «marxienne».«J’avais conscience d’être le méchant, se remémore M.Rocher.On m’identifiait à ce qu’on a|>-pelait alors le fonctionnalisme — siuts que je comprenne trop pourquoi d’ailleurs —, à ce qui était bourgeois et américain.Ça m’ennuyait un |X‘u.mais je dois dire qu'il n’y a jamais eu de clans à l’Université de Montréal, on se respectait.» I.a compulsion de convergence a également poussé Guy Rocher à participer à la fondation de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) dès la fin des années cinquante.Mais le professeur a aussi |x;riodi-quement quitté sa tour d’observation universitaire pour en quelque sorte descendre dans les terres québécoises.Guy Rocher a notamment été membre de la Commission royale d’enquête sur l'enseignement (la fameuse Commission Parent) entre 1961 et 1966.Il a également été secrétaire général associé au Conseil exécutif et sous-ministre au Développement culturel (1977-1979).Il a alors participé à l'élaboration de la politique linguistique (Livre blanc et Charte de la langue française), de la politique culturelle (Livre blanc) et de la politique scientifique du Québec (Livre vert).«J'ai fait ma part de service civil, si vous voulez.A partir de ma formation, j’ai essayé de poser ma pierre dans l’édifice en train d’être construit.Et puis je dirais que j’étais plus équivoque que d’autres à cet égard, j’étais plus un homme d’action que d’autres sociologues.» Le relais entre l’université et l’administration publique lui a d’ailleurs permis d’ajuster l’une et l’auge pratiques.Ainsi, après son passage à la Commission Parent, il a entrepris d’importantes recherches sur l’éducation.Et après son travail dans la haute administration publique, il a développé un nouveau champ d’intérêt, en sociologie du droit Depuis 1979, Guy Rocher travaille au Centre de recherche en droit public de la faculté de droit de l’Université de Montréal.Il s’y intéresse aux questions éthiques et aux modes de régulation sociale et a dirigé de nom- breuses recherches empiriques sur l’enseignement privé, l'application de la loi 101 dans les écoles de langue française, l’attitude des médecins et des infirmières lace à la mort, les représentations sociales de lu génétique et bien d'autres sujets encore.En même temps, il a continué de s'intéresser aux généralisations théoriques en publiant des études sur l’interne»-mativité, l’effectivité du droit et, de manière plus globale encore, le statut du droit dans la modernité.Il met actuellement la touche finale à un recueil d'articles sur ces différents sujets, en atteiuhuit la grande synthèse, son traité de sociologie du droit, lui aussi en préparation.«C’est la suite logique de ce que j'ai fait au gouvernement», dit le professeur.Ce qui |X‘rmet au professeur suisse Christian I .alive d’Epinay, dans sa lettre d'appui à la candidature du professeur Rocher pour le prix du Québec, de parler non pas d’un sociologue engagé, selon le modèle sartrien, mais d’un sociologue impliqué, selon le joli mot de l'anthropologue Roger Bastide.«Guy Rocher, à mes yeux, représente l'archétype du sociologue impliqué», résume-t-il.Mais ce temps des sociologues professionnels, impliqués ou pas, n’est plus ce qu’il était, because les compressions budgétaires.Ix* Centre de recherche en droit public de la faculté de droit de l’Université de Montréal a récemment ouvert un poste de chercheur et reçu 43 candidatures.«C'est très inquiétant, commente le professeur Rocher.Je fais de la formation de jeunes chercheurs et en même temps je dois leur dire que la carrière de chercheur est à peu près inexistante dans les sciences sociales chez nous.» Dans trente ou quarante ans, un de ces actuels étudiants de Guy Rocher recevra peut-être à son tour un prix du Québec pour les sciences humaines, mais il risque d’avoir travaillé davantage comme Léon Gérin, non pas en dilettante mais pas davantage en universitaire.«C’est possible», conclut le récipiendaire de 1995, qui se lance à nouveau dans une analyse sociologique.«Si Léon Gérin n’a pas pratiqué le droit, c’est qu’à l’époque le marché du travail était complètement bloqué pour cette profession.» Sociologue un jour, sociologue toujours.NOUS SALUONS LA PUISSANCE DE L’iNGÉ- niosité de l’Homme.Elle demeure la FORCE INITIALE DERRIÈRE NOS GRANDS CRÉATEURS QUI DÉFINISSENT NOTRE IDENTITÉ ET NOTRE MOUVANCE.ingénieuse Têléglobe tient à féliciter les lauréats des Prix du Québec 1995 qui, par leur ingéniosité et leur détermination, contribuent à l’essor de la science et de LA CULTURE QUÉBÉCOISES.LEUR CONTRIBUTION EST UNE SOURCE D’INSPIRATION POUR NOTRE SOCIÉTÉ.TELEGLOBE L'ingéniosité fera toujours la différence.Une vision Montreal • Washington • Franctort • Hong-rong • Lonores • Moscou • Tokyo • Singapour • Bangkok Université de Montréal j?.scientifique qu'est Guy Rocher a su contribuer tant au développement de son institution et de sa société qu'à l'avancement des connaissances.Par son enseignement d'un inoubliable cours d'introduction à la sociologie, il a marqué une génération d'étudiants.Par ses recherches, il a fait comprendre le fonctionnement de la société québécoise et en a infléchi l'évolution.Par son engagement face à l'Université et par sa participation active à la vie de cette institution, il a agit sur l'Université de Montréal, en a favorisé l'essor et accru le rayonnement.Danielle Juteau Faculté des arts et des sciences (jo, Œ/hioo omment ne pas nous réjouir du prix qui est ainsi attribué à notre collègue Guy Rocher que nous avons le privilège et l’honneur de côtoyer quotidiennement?Illustration de son ouverture d’esprit, Guy Rocher a choisi depuis plusieurs années d’accomplir l’essentiel de son activité scientifique dans un environnement interdisciplinaire, au sein du Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de l’Université de Montréal.On ne soulignera jamais suffisamment l’importance de l’influence de ce sociologue pour ces générations d’étudiants qu’il a patiemment et si généreusement formé.Pour les collègues qui ont le privilège de travailler avec lui, Guy Rocher représente l’humaniste doublé de l’universitaire modèle au service du doute, des interrogations les plus fondamentales de notre société, du droit et des systèmes normatifs.S’il est un intellectuel modèle, ce remarquable universitaire a toujours pris bien soin de ne pas s’isoler et de faire ainsi bénéficier la société québécoise de sa pensée et de son action.Son apport à notre vie intellectuelle collective est indispensable; souhaitons qu’il nous fera profiter de ses lumières et de sa sagesse encore bien longtemps.Jacques Frémont Centre de recherche en droit public et /ne/'Cf ous les collègues de Guy Rocher au Département de sociologie de l’Université de Montréal sont heureux et fiers qu’il ait mérité cette année le Prix du Québec en sciences sociales.Guy Rocher est un grand sociologue québécois qui a joué un rôle central dans l’histoire du Québec depuis la Révolution tranquille.Il est aussi très connu et très apprécié au Canada anglais, aux États-Unis et en Europe.On lui doit le développement, au Québec, de la sociologie de l’éducation et de la sociologie du droit, tant au plan théorique qu’au niveau de la recherche empirique.Outre ses grandes qualités de chercheur, Guy Rocher s’est avéré un grand pédagogue et un grand démocrate.Cet homme très engagé et très généreux, qui a toujours eu le souci du bien commun et de l’intérêt général, a su rester proche des jeunes, des étudiants, des chercheurs juniors et de ses collègues.Au plan personnel.Guy Rocher se révèle très jeune d’esprit, très jovial, très ouvert et très disponible.Il demeure une source d’inspiration pour les générations montantes de professeurs et de chercheurs en sciences sociales.Bref, il est, pour nous tous, l’universitaire par excellence.Jean-Guy Vaillancourt Département de sociologie * MIKtOM ' Un Dr Welby high- tech Médecin-cliniden-chercheur, Charles H.Seriver a été un pionnier du dépistage génétique.J KAN PICHETTE COLLABORATION SPÉCIALE Prix Wilder-Penfield Dans son tout petit bureau, au Montreal Children’s Hospital, Charles R.Scri-ver parle avec passion de génétique humaine, même s'il vient tout juste d’atteindre l’âge où plusieurs se réjouissent de pouvoir enfin se retirer du monde du travail.«Le Programme du génome humain est le plus important et le plus fascinant projet scientifique de cette fin de siècle.11 est plus pertinent-que les voyages sur la Lune, même s’il ne faut pas oublier que ceux-ci ont été philosophiquement très importants.Je dirais qu’aujourd’hui, le voyage vers le génome est philosophiquement aussi important.» Figure dominante en génétique humaine à l’échelle internationale, le Dr Scriver a patiemment construit une œuvre scientifique tout simplement colossale.Pourtant, ce grand humaniste a refusé de s’enfermer dans un laboratoire qui le tiendrait éloigné des patients.Médecin-clinicien-chercheur, il conjugue ces titres avec un tel soin qu’on ne s’étonne pas de le voir aborder les sujets les plus variés et intégrer le biologique aux questions sociales plus larges.Scientifique dévoué au combat contre l’ignorance, le docteur évite ainsi l’écueil scientiste, tout en demandant davantage de patience à ceux qui seraient tentés de remettre en question certaines aventures scientifiques au nom de leur incapacité à apporter des réponses immédiates aux problèmes auxquels elles se frottent.«Certains ont créé tellement d’attentes avec le Programme sur le génome humain qu’il n’est pas vraiment surprenant aujourd’hui d’entendre des gens le remettre en cause parce qu’il n’aurait pas rempli ses promesses.Pourtant, il a fallu cinq milliards d’années pour que la vie apparaisse sur la Terre, 400 millions d’années pour que se développent les vertébrés, quatre autres millions pour voir apparaître les premiers humains et 100 000 ans pour que les espèces supérieures finissent par peupler la Terre.Si tout ce temps a été nécessaire pour assembler les pièces du puzzle génétique ayant permis à l’être humain de s’adap- ter au monde comme il l'a fait, il est bien sûr improbable que nous puissions résoudre les problèmes génétiques en dix ans!» Si le travail d'identification des gènes et de leur structure se déroule selon lui comme prévu, c’est à cause du travail de pionniers auquel des chercheurs comme lui ont consacré leur vie.Après ses études de médecine à l’Université McGill et sa spécialisation en pédiatrie à l’université Harvard, Charles Scriver se retrouve à Londres, à la fin des années 50, où deux spécialistes de renom l’initient à la génétique biochimique: Charles Dent et Harry Harris.De retour à Montréal, il entre à l'hôpital où il œuvre encore aujourd’hui, puis à la faculté de médecine de McGill, en 1961.Il a alors la chance d’avoir un supérieur qui l’invite à profiter pleinement de la formation académique qu’il a reçue.«Cet homme, Allan Ross, m’a invité à poser les problèmes de façon différente.A mon arrivée à la faculté, il m’a encouragé à sortir des sentiers battus afin que la pédiatrie devienne meilleure que ce qu’elle était quand j’y suis arrivé.» 11 n’est certes pas exagéré de dire que la carrière du Dr Scriver témoigne de son respect scrupuleux du conseil que lui avait prodigué son ancien «patron», même si le pédiatre montréalais reconnaît que le contexte actuel rend beaucoup plus difficile l’adoption d’une telle attitude chez les jeunes médecins, ne fut-ce que par la rareté des fonds disponibles pour la recherche.«Peut-être qu’aujourd’hui, Charles Scriver ne réussirait pas à entamer sa carrière comme il l’a fait», note-t-il.Mais peu importe le contexte, le Dr Scriver a été à l’origine de plusieurs «premières» dans le domaine médical.Pionnier du dépistage génétique, il réalise une étude-pilote auprès de 44 000 familles, en collaboration avec le Dr Claude Laberge, afin d’élaborer un programme de dépistage génétique chez les nouveau-nés.Cette étude débouchera sur la création, en 1970, du Réseau de médecine génétique du Québec, comme il n’en existe alors nulle part ailleurs dans le monde.C’est toutefois dès 1967 qu’il met sur pied une Banque alimentaire: si on ne peut encore diagnostiquer les problèmes génétiques avant qu’ils n’apparaissent au grand jour, les maladies héréditaires du métabolisme déjà déclarées peuvent faire l’objet de régimes particuliers qui permettent d’en combattre les effets.«Au lieu de garder les malades à temps plein à l’hôpital, nous sommes allés chez eux, dans leur environnement naturel.On a en fait débuté, dès cette époque, les soins à domicile.Le gouvernement permettait l’achat de nourriture spéciale qui était acheminée, sous une supervision médicale stricte, vers les familles souffrant de maladies génétiques.Le ministre de la Santé de l’époque, Claude Castonguay, avait rapidement approuvé notre approche, qui réduisait les coût des soins de santé re- CHARLES R.SCRIVER quis pour traiter ces personnes.» Cet émule du Dr Welby, version high tech, ne peut décidément pas isoler la maladie de son contexte social.«Les maladies n’apparaissent pas isolément.Elles peuvent bien sûr trouver leur source dans une mutation génétique, mais on peut parfois neutraliser les effets de cette mutation simplement en changeant le régime.Il faut donc soutenir les familles atteintes de maladies génétiques si on veut lutter contre ces maladies.» Officier de l’Ordre du Canada, Fellow de la Royal Society de Londres et du Royal College of Physicians of Ireland, détenteur d’un doctorat honorifique de l’université de Glasgow et décoré de nombreuses autres distinctions, Charles Scriver a probablement été le premier à appliquer au Québec l’analyse moléculai- PHOTO MARC-ANDRE GRENIER re de l’ADN et des gènes du noyau à l'étude de la diversité génétique chez l’être humain et des variations génétiques dans la population.Avec des collègues de l’Institut interuniversitaire de recherches sur les populations, il a pu décrire l’origine et la répartition de certaines maladies produisant des mutations au Québec.Et à l’écouter, on devine tout de suite que ce passionné n’est pas prêt de ranger définitivement sarrau et microscope.«Au Québec, 5 % de la population aura complètement développé une maladie génétique avant d’atteindre 25 ans.Au cours de leur vie, 60 % des gens auront une maladie comportant une dimension génétique importante.Ce sont là de bonnes raisons pour continuer la recherche afin d’en savoir plus sur la génétique.» L’ENERGIE DES BATISSEURS Si les grands projets naissent de l’inspiration, ils se réalisent à force d’engagement, de volonté et de persévérance.Bâtir, c’est trouver en soi l’énergie de mener toujours plus loin la poursuite de l’excellence.EGaz Métropolitain hsemble, à la recherche de la santé Au nom de Pfizer Canada, nous sommes heureux de nous joindre à d'autres membres de l'Association canadienne de l’industrie du médicament pour commanditer le prix Wilder-Penfield pour la recherche biomédicale.Par ailleurs, nous offrons nos félicitations à tous les lauréats des Prix du Québec 1995.Nous sommes fiers que Pfizer Canada ait son siège social au Québec depuis plus de 40 ans.Grâce à son engagement dans le domaine de la recherche-développement, notre Société est devenue l'entreprise pharmaceutique innovatrice dont la croissance est la plus rapide au Canada.Cette année, Pfizer dépensera près de 2 milliards de dollars à l'échelle mondiale pour mettre au point des médicaments novateurs qui aideront les gens à demeurer en bonne santé et à continuer à mener une vie productive.Ensemble, à la recherche de la santé Pfizer Canada Inc., 17300, route Transcanadienne, Kirkland (Québec) H9| 2M5 Tél.: (514) 695-0500 ¦¦¦ % h v ARLETTE COUSTURE, romancière ¦*¦'- ••••' JEAN BEAUDIN, réausateur FRANÇOISE SULLIVAN, ARTI$TH*f%lNTRe _____ wmt ÉDOUARD LOCK, chorégraphe iGONE, METTEUR EN SCÈNE, ClRQUf DU SOIEII Les travaux herculéens d’un historien La plus haute distinction accordée par le Gouvernement du Québec dans les domaines culturel et scientifique Il faut de l'inspiration pour creer une œuvre, du cran pour livrer ses émotions, de la passion pour conquérir le public.Rendons hommage à nos artistes.Leur vision du monde est le reflet de ce que nous sommes.BANQUE NATIONALE Notre banque nationale intitulée Us Grands Thèmes nationalistes du roman historique canadien-français.Dans son propre pays.U*mire s’est très vite rendu compte que «beaucoup de gens parlaient de la littérature québécoise, mais presque personne ne l’avait vraiment lue».Il se souvient des critiques littéraires, dans les années 50 et 60, qui ne parlaient presque jamais des auteurs québécois.Il se rappelle aussi que dans les bibliothèques, même universitaires, les collections étaient loin d’être complètes.«Devant ces carences, j’ai cru qu’il était nécessaire de faire un vaste inventaire, de fixer le corpus de la littérature québécoise», explique Maurice Lemire.Avec le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, non seulement Ix-mire a-t-il fait œuvre de pionnier dans l’effort de reconnaissance de la littérature québécoise mais il*a aussi jeté les bases d’une tradition de lecture.Il y a présenté la valeur relative des œuvres dans un ensemble et a aussi favorisé la constitution d’une histoire autonome de la littérature québécoise par rapport à la tradition hexagonale.Ainsi, on percevait mieux que jamais les filiations, les thématiques et les différents courants idéologiques propres au discours social d’ici.Maurice Ixmire n’est pas peu fier de l’effet que la publication du Dictionnaire a eu: «Dans tous lés milieux et dans toute la francophonie, on a constaté l’envergure de la littérature québécoise.Les écrivains ont reconnu que c’est ce qui s’était fait de mieux pour la promotion de la littérature québécoise.» Au fur et à mesure de la parution des tomes, les milieux culturels ont développé — et maintenu — un intérêt pour le passé littéraire du Québec.Des émissions de radio sont produites.On relit les œuvres; on publie des anthologies de toutes sortes.Le monde de l’édition en profite pour rééditer des auteurs que les enseignants mettent au programme.Du reste, on peut parler du DOLQ, un acronyme familier dans le domaine de la littérature, comme d’une œuvre vivante, puisqu’on continuera à y ajouter des tomes tant qu’il y aura des livres québécois.Le DOLQ a aussi des échos internationaux.Il a fait connaître et rayonner la littérature québécoise.Lemire ajoute: «Il a aussi insufflé un certain dynamisme à la périphérie francophone.» En effet, les Belges et les Africains sont en train de constituer des recensions de leurs œuvres Le regard de l'artiste allume les passions.Maurice Lemire récipiendaire du prix Gérard-Morisset 1995 Les Éditions Fides et Les Presses de l'Université Laval rendent hommage au professeur Maurice Lemire Premier directeur du Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, directeur de la collection du Nénuphar et directeur de la collection La vie littéraire au Québec Récipiendaire du Prix Gérard-Morisset 1995 sur le mouèle du «Dictionnaire Lemire».Bien que le DOLQ soit un élément cardinal de la carrière de Maurice Lemire, l’homme n’a pas décidé de se reposer une fois terminée la première phase de son projet Une fois le corpus littéraire circonscrit il convenait d’en faire l’interprétation.En 1987 donc, Maurice Lemire lance un projet sur l’histoire de la vie littéraire au Québec.Encore ici, le produit final comportera plusieurs tomes (on en prévoit six, dont deux sont publiés) et procède d’une même volonté d’exhaustivité: «On veut parler de tout ce qui s’est publié, de tout ce qui animait la vie littéraire.Il y a des choses aberrantes dans ça, mais c’est ce qui se faisait.On n’y échappe pas.Pourrait-on faire l’histoire de la médecine en ne recensant que les cas où les médecins ont réussi à guérir?» Parallèlement à ces grands travaux, Maurice Lemire s’est taillé un secteur particulier de recherche, celui de l’imagi- naire.Aux côtés de Fernand Dumont, à l’Institut québécois de recherche sur la culture, il fut chef de chantier sur la culture savante.La publication de Formation de l’imaginaire québécois, qui part de l’étude de contes, de légendes et de romans, vient clore ce processus de recherche en 1993.Heureux d’être à la retraite, Maurice Lemire en profite pour.travailler.Il a laissé à d’autres la direction du DOLQ et se consacre particulièrement à l'Histoire de la vie littéraire au Québec.Il dirige aussi la belle collection Nénuphar, le Panthéon littéraire québécois, aux éditions Fides.Dire que Maurice Lemire croule sous les prix et les honneurs ne relève presque pas de l’inflation verbale.Il est devenu membre de la Société royale du Canada en 1984.En 1986, il reçoit un certificat d’honneur de l’Association des études canadiennes.On lui remet la médaille Lorne-Pierce de la Société royale du Canada en 1989.Il y a trois ans, la Fédération canadienne des études humaines lui remettait le prix Raymond-Kli-bansky.En 1993, l’Académie des lettres du Québec lui a décerné une médaille pour l'ensemble de son œuvre.L’université Laval l’a nommé professeur émérite en 1993.Pour souligner sa contribution hors du commun au développement des études québécoises, il recevra le prix Gérard-Morisset.Que pense-t-il dç cette autre distinction, accordée par l’État du Québec dans le domaine de la mise en valeur du patrimoine?Un prix de plus?La réponse de Maurice Lemire est tout empreinte de son profond attachement à sa patrie; source de son inébranlable motivation à décrypter les secrets de l’identité québécoise: «Au fond, c’est d’abord chez soi qu’on veut être reconnu.Être reconnu au Québec, c’est vraiment la consécration, c’est le prix qui me fait le plus chaud au cœur.» Prix Gérard-Morisset MAURICE LEMIRE PHOTO MARC-ANDRÉ «RENIER Maurice Lemire a voulu décrypter dans la littérature les secrets de l’identité québécoise.ANTOINE KOBITAILLK Maurice Lemire a compris très tôt qu’être Québécois signifiait avoir une existence «périphérique».C’est-à-dire baigner dans une culture en marge de celles des grandes nations de ce monde; elles qui se croient les seules autorisées à disserter sur les valeurs universelles.Cette situation de «périphérique», il l’a acceptée non sans y résister, non sans y travailler.Se donnant, dès 1971, une mission considérable; un «travail d’Hercu-le», affirme son collègue Laurent Mail-hot, de l'Université de Montréal: faire la recension de toutes les œuvres littéraires que le Québec a produites.Ix- résultat est impressionnant: le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, qui compte à ce jour six tomes de plus d’un millier de pages chacun, s’ouvrant sur Us Voyages de Jacques Cartier et se terminant avec les publications de l’année 1980.On pourrait dire que les travaux de Maurice Lemire se situent en droite ligne avec la tradition lancée au siècle dernier par l’historien François-Xavier Garneau.Du moins y a-t-il similitude dans la motivation de base: répondre à ceux qui, à l’instar de Durham, parlent des Québécois comme d’un peuple «sans histoire et sans littérature».Lemire se souvient par exemple de ses années de collège, à Brébeuf, où «on parlait de littérature canadienne uniquement pour faire de la dérision.Pour montrer qu’en comparaison avec les grands écrivains français, ça ne faisait pas le poids».De 1954 à 1957, jeune étudiant à la Sorbonne, Lemire subit un choc.«J’ai passé trois ans là-bas, j’ai suivi un grand nombre de cours et n’ai jamais entendu parler d’un seul auteur québécois.» «Ça provoque un questionnement» eu-phémise-t-il; car on sent bien que l’homme fut profondément marqué par cette expérience.«C’est là que j’ai pris conscience de cette identité nationale qui se rattachait à la littérature.» Un rapport auquel il consacrera sa carrière, et qu’il contribuera au reste à éclaircir dans sa thèse de doctorat, terminée en 1966 et C)3ü LES GENS QUI VOIENT GRAND Derrière les découvertes, les recherches et les grandes créations de notre société, il y a des gens.Des gens qui ont une vision.Des gens curieux, généreux et passionnés.Des gens qui dépassent les frontières.Par leur détermination à avancer, ils sont devenus des grands.Alcan est très fière, dans le cadre des Prix du Québec 1995, ARRIVENT TOUJOURS A SE DEPASSER.de remettre le prix Marie-Victorin à un grand homme, John J.Jonas, ingénieur, qui a marqué la recherche des 20 dernières années dans le domaine scientifique.'ALCAN
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