Le devoir, 16 mars 1995, Cahier A
LE DEVOIR S y l v iane Tram ier PERSPECTIVES La chute de la maison Salinas L’extraordinaire feuilleton politique mexicain n’en finit pas de nous étonner et de nous en apprendre sur les mœurs politiques au sud du Rio Grande.Avec l’arrestation pour complicité de meurtre du frère de l’ancien président Carlos Satinas de Gortari, héros du miracle économique mexicain, l’imbroglio politico-familial entourant l’assassinat, en mars 1994, de l’ancien candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) Luis Donaldo Colosio et celui, en septembre, du secrétaire général du PRI José Francisco Ruiz Massieu frappe la classe dirigeante de déshonneur public et ébranle le système du «parti-Etat» à la mexicaine.Celui par qui le scandale arrive est Raul Salinas de Gortari, frère aîné de l’ancien président.Cerveau présumé du complot pour assassiner José Francisco Ruiz Massieu, son ancien beau-frère, il aurait agi pour assouvir une vengeance personnelle, vider une querelle politique ou régler un litige financier.Ou peut-être les trois à la fois: argent, famille et pouvoir, éternel cocktail des affaires ténébreuses.Dans le rôle du prince déchu, Carlos Salinas de Gortari.Il avait acquis à l’échelle internationale une réputation de grand leader et il avait gagné le respect de ses pairs.Il incarnait le décollage économique du Mexique, cité comme l’exemple de la réussite des économies en émergence.Les capitaux américains affluaient vers Mexico et M.Salinas était un des favoris pour accéder à la fonction convoitée de premier directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui succède au GATT.Un revers de fortune aussi subit que bizarre a frappé cet homme de 46 ans.Le 1er décembre dernier, il quittait en pleine gloire son poste de président du Mexique, son prestige à peine terni par une dernière année difficile comprenant notamment une insurrection paysanne armée dans le sud du pays et l’assassinat de son dauphin désigné pour être le candidat du PRI aux élections présidentielles.Trois mois plus tard, M.Salinas a dû retirer sa candidature à la direction de l’OMC, entamer une grève de la faim — très vite interrompue — pour laver son honneur et, finalement, quitter son pays pour «un temps indéterminé» en ce qui a tout l’air d’un exil aux Etats-Unis.La disgrâce de Carlos Salinas Carlos Salinas de Gortari est le résultat d’une fé-.j roce lutte de clans au sein du évité sans doute pRi.Bien que les deux premières jv., , enquêtes sur l’assassinat de Luis un affrontement Donaldo Colosio l’ait attribué au geste d’un déséquilibré, ayant agi tout seul, les Mexicains n’ont guère été convaincus et ils ont toujours flairé le complot politique.L’assassinat six mois plus tard du numéro deux du PRI, José Francisco Ruiz Massieu, a confirmé les soupçons.Ici l’affaire se corse et s’embrouille quelque peu.C’est Mario Ruiz Massieu, frère de la deuxième victime et ancien ministre adjoint de la Justice dans le gouvernement Salinas, qui avait été chargé d’enquêter sur l’assassinat de son propre frère.Deux mois plus tard, il quittait le PRI et accusait les dirigeants du parti de faire obstruction à son enquête.Mario Ruiz Massieu est aujourd’hui à son tour accusé d’avoir protégé Raul Salinas, frère de l’ancien président.D a été arrêté aux Etats-Unis alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol à destination de l’Europe.Pour faire bonne mesure, l’intrigue comporte aussi quelques comparses: un responsable de la sécurité du candidat Colosio, incarcéré pour avoir menti au sujet des circonstances de la mort de son patron; un ancien député du PRI en fuite, accusé d’avoir trempé dans l’assassinat de José Francisco Ruiz Massieu et soupçonné d’être lié à un cartel mexicain de la drogue; un entraîneur de chevaux de course, sous les verrous pour sa présumée implication dans le complot L’actuel président mexicain Ernesto Zedillo, choisi par l’ancien président Salinas pour lui succéder, a nommé un nouveau ministre de la Justice, membre de l’opposition du Parti d’action national (PAN).L’enquête sur les deux assassinats, que l’on croit désormais liés, a été confiée à un procureur spécial qui a pour mandat de tout reprendre depuis le début.Cela a déjà produit des résultats.En particulier l’arrestation mouvementée de Raul Salinas qui rompt avec une certaine tradition voulant que la famille des anciens chefs de l’État mexicain soit intouchable.«Personne n’est au-dessus de la loi», a averti le président Zedillo, promettant de mener jusqu’au bout les enquêtes sur les assassinats politiques.Le ministère mexicain de la Justice a publié au début du mois un communiqué selon lequel rien ne permet d’affirmer que l’ancien président Salinas soit mêlé à ces règlements de comptes sanglants.Mais touché de près dans son propre clan familial, Carlos Salinas a sans doute compris qu'il valait mieux quitter le pays, évitant sans doute un affrontement politique majeur avec l’actuel président Zedillo.Celui-ci reste maître d’un terrain encombré de gravats, laissés par le séisme politique qui a entraîné la chute de Carlos Salinas.majeur avec le président Zedillo N D E X MÉTÉO Agenda Avis publies.Classées ,.B6 .B4 .BS Culture .B7 Économie .B2 Éditorial .A6 le monde .A5 Mots croisés.B4 les sports .B5 Montréal Nuageux avec éclaircies.30 % de possibilité d’averses.Max: 13 Québec Nuageux.30 % de possibilité d'averses.Mac 7 Détails en A 2 CULTURE Le dossier du TNM débloque PAGE B 8 tnm • L'ÉCONOMIE Groupe Transcontinental misera sur le CD-ROM PAGE B 2 POLITIQUE Le commissaire de VADQ en Abitibi blâme son parti PAGE A 4 Purge à la SRC La télévision française de Radio-Canada se départira de 750 de ses 2005 employés d’ici avril 1997 PAULE DES RIVIÈRES LE DEVOIR La télévision française de Radio-Canada devra se départir, d’ici au 1er avril 1997, de 750 de ses 2005 employés, soit plus de 37 % de ses effectifs.C’est ce qu’a annoncé hier la patronne de ce secteur, Michèle Fortin, dans sa première communication publique depuis le choc des compressions budgétaires.S’adressant d’abord aux employés de la maison, puis aux journalistes, Mme Fortin a par ailleurs réitéré son intention de maintenir le cap: «Nous choisissons de rester une télévision généraliste, populaire et centrale», a-t-elle déclaré.L’option de la transformation en une télévision plus spécialisée, «de type PBS ou Radio-Québec», est donc écartée, a-t-elle indiqué.«La SRC a encore une influence importante dans la culture populaire, a-t-elle plaidé.Ceci dit, la vice-présidente de la télévision française, qui a émaillé ses propos de «soyons réalistes» et «il ne faut pas se faire d’illusions», n’a pas caché que «l’exercice sera difficile», «l’aventure périlleuse».D’ailleurs, Mme Fortin ne sait pas encore où elle ira puiser tous ces millions qu’Ottawa lui réclame.La situation est d’autant plus difficile que les chiffres fournis hier sur les compressions demeurent des hypothèses, dans la mesure où Mme Fortin ignore si les deux télévisions et les deux radios qui composent la Société VOIR PAGE A 8: PURGE Surchauffe en Espagne Santé et services sociaux mu ri- -j •WhS Pon i ifA PcutfCA ouf otniaw , PS WfiCSHCtWES PdfXVtlVOS O» NMf'151»*' "> te*»* Ht im ù* pi ¦*£.¦ A -à ttiw «RIO -V Ly.r» ** CAMCM mm •««»* ma K fi" ».fA i mË PHOTO AP ENVIRON 100 000 personnes ont marché hier dans les rues de Vigo, dans le nord-ouest de l’Espagne, pour protester contre la saisie par le Canada du chalutier espagnol qui a pêché du turbot au large de Terre-Neuve.Un dialogue se pointe toutefois dans l’horizon trouble de ce conflit canado-européen.Les deux parties ont convenu de se rencontrer aujourd’hui à Bruxelles pour débloquer les pourparlers.Nos informations en pages A 4 et A 5.UAcadie, entre l’intérêt et la solidarité 2200 lits et 12 000 emplois en moins pour la région métropolitaine MARC THIBODEAU LE DEVOIR La Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre souhaite sabrer plus de 2200 lits et 12 000 emplois afin de remodeler de fond en comble le réseau de la santé dans la région métropolitaine.C’est ce qui ressort d’un document dont Le Devoir a obtenu copie, dans lequel l’organisation propose un plan de reconfiguration détaillé qui vise à réduire le budget global du réseau montréalais de quelque 200 millions $ au cours des trois prochaines années.L’initiative de la régie, qui s’inscrit dans la foulée de la politique de croissance zéro annoncée à l’automne dernier par le gouvernement québécois, doit être étudiée ce soir lors d’une réunion extraordinaire du conseil d’administration.Il s’agit en fait d’une proposition qui fera par la suite l’objet d’une consultation publique élaborée.Les auteurs du document soulignent d’entrée de jeu que l’organisation actuelle des services est «mise en déséquilibre à cause de l’effet combiné des changements dans les besoins et les attentes de la population, de l’évo- VOIR PAGE A 8: SANTÉ Le corps médical serait largement épargné par le processus _j_ Des Acadiens contestent la décision d’appuyer le NON à la souveraineté du Québec La Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada a souhaité, mardi, que les Québécois votent NON au référendum sur la souveraineté.Il y a un mois, la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick (SAANB) avait formulé le même vœu.Michel Venne a séjourné quelques jours en Acadie en février, où il a cherché à comprendre pourquoi ceux qui appuyaient le OUI au référendum de 1980 demandent aux Québécois de voter NON en 1995.MICHEL VENNE DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC On m’a dit que c’était l’Acadie qui avait changé.Qu’une nouvelle génération d’Acadiens, plus instruits, rompus aux affaires et au commerce, tenaient désormais une place prépondérante dans les organisations acadiennes.Que ces gens-là avaient damé le pion aux autonomistes des années 1970, qui rêvaient d’une province acadienne et d’un pays québécois.Cette réalité expliquerait en grande partie pourquoi les Acadiens du Nouveau-Brunswick, qui s’étaient rangés dans le camp du OUI en 1980, demandent cette fois-ci aux Québécois de voter NON au référendum sur la souveraineté.«Ce n’est plus le même genre de nationalisme qui fait vibrer les cordes acadiennes, dit le vice-président de L’Assomption Vie, l’un des navires amiraux de l’économie acadienne avec ses 400 millions $ d’actifs, Yvon Fontaine.Nous sommes passés du nationalisme culturel au nationalisme économique.» Cette fois-ci, les intérêts matériels ont prédominé sur le romantisme.Les Acadiens, qui ont «Qui dit que le fédéralisme est notre seule garantie?», demande Jean-Marie déral canadien, haussé leur niveau de vie et accru leur niveau d’instruction, voient les choses froidement et se disent qu’il n’y a aucune raison pour laquelle les Acadiens, qui croient que le fédéralisme canadien et la présence du Québec dans la fédération les a bien servis, se priveraient de le dire cette fois-ci.Jusqu’en 1990, ils avaient préféré s’en abstenir.Lors de la Commission Bélanger-Campeau, celui qui était alors président de la SAANB, Réal Gervais, était resté neutre, se bornant à souhaiter une meilleure collaboration entre le Québec et les Acadiens.Aujourd’hui doyen du Collège communautaire de Bathurst, M.Gervais n’a pas changé d’avis.«C’est évident dit-il, que la présen- bâti des entreprises à l’intérieur du système fé- Nadeau ce du Québec au sein de la fédération canadienne est un plus.Être fédéraliste, c’est dans l’intérêt de notre communauté.Mais devrait-on inciter les Québécois à dire NON à leur destinée?Je ne pense pas», a-t-il conclu.Pour cette raison, M.Gervais croit que la position rendue publique en février par la SAANB sur le référendum québécois pourrait être à nouveau débattue à l’assemblée généra- VOIR PAGE A 8: ACADIE VOIR AUSSI EN PAGE A 6 Québec entend criminaliser l’excision La Commission des droits de la personne n'hésitera pas à poursuivre les responsables de mutilations génitales KONRAD YAKABUSKI LE DEVOIR La Commission des droits de la personne du Québec lance une mise en garde catégorique à l’endroit des parents qui feraient exciser leurs filles, les avertissant qu’ils pourraient faire face à des poursuites en justice de sapait Hier, la CDPQ a vigoureusement condamné cette pratique — qui se ferait de façon clandestine au Québec — et a stipulé qu’elle n’hésitera pas à poursuivre les responsables directs de telles mutilations génitales.Ceux qui en auraient fait la demande seraient également tenus responsables.«Les mutilations sexuelles faites aux femmes constituent une atteinte illicite à l’intégrité de la personne, qui engage la responsabilité de tous ceux et celles qui y ont participé», a affirmé la Commission dans un avis juridique rendu public hier.Rejetant de façon explicite les arguments de certains intervenants à ce sujet, la CDPQ affirme que le droit à la liberté de religion ne peut être aucunement invoqué afin de justifier l’excision d’une fillette.Cette pratique consiste en l’ablation complète ou partielle du clitoris, tandis que dans le cas d’une infibulation, qui accompagne souvent l’excision, l’orifice vaginal est cousu.Pratiques courantes dans certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient, ces interventions extrêmement douloureuses visent à supprimer la libido, à assurer la fidélité des femmes ou à empêcher les viols.Le droit à la liberté de religion ne peut être aucunement invoqué afin de justifier l’excision d’une fillette ¦ L’éditorial de Lise Bissonnette VOIR PAGE A 8: EXCISION I.K I) K V OIK.I.E .1 E UDI I (i M A K S I !) !) f> Lorraine Page critique l’inertie des péquistes NORMAN DELISLE PRESSE CANADIENNE f\uébec — Tout en demeurant Vy souverainiste, la présidente de laCentrale de l’enseignement du Québec (CEQ), Lorraine Pagé, critique sévèrement le gouvernement du Parti québécois dans plusieurs dossiers.Ainsi, Mme Pagé a dit «s’expliquer mal» que le gouvernement péquiste retarde après le référendum la tenue du large débat qu’il a promis d’organiser sur les finances publiques.«On nous dit que la situation des finances publiques est dramatique.Si la situation est dramatique, je ne comprends pas qu’on en parlera aux calendes grecques.Quand on a un problème, on s’en occupe au moment où le problème se pose», a déclaré Mme Pagé à l’ouverture d’une réunion des 300 membres du conseil général de la centrale syndicale.Mme Pagé a cité une récente déclaration de la présidente du Conseil du trésor, la ministre Pauline Ma-rois, qui a reporté après le référendum le débat public promis par son gouvernement.«H y a assez d’éléments pour nous permettre de faire maintenant une réflexion sur les dépenses publiques et dégager les perpectives pour se sortir du pétrin», a dit Mme Pagé.Ce débat pourrait même aider la cause souverainiste en dégageant «une vision plus claire de l’impact du budget fédéral sur les finances publiques québécoises».«On continue à payer le même Lorraine Pagé montant à Ottawa mais on retire moins pour continuer à faire les choses dont on doit s’occuper», a rappelé la présidente syndicale.Mme Pagé a aussi sommé le gouvernement péquiste de préciser «dans les meilleurs délais» quel sort il Réserve à la loi 102, qui permet à l’État de récupérer 1 % de la masse salariale de ses employés, notamment en leur coupant deux jours de paye par année.L’attitude du gouvernement dans ce dossier «sera un des éléments déterminants» pour l’évolution des discussions que la CpQ a accepté d’entreprendre avec l’État sur la tâche de travail des employés du secteur public.Autre dossier qui soulève les critiques de lq CEQ: le retard du ministre de l’Éducation, Jean Garon, à convoquer les états généraux de l’éducation.Le coroner Bouliane fait l’objet d'une enquête KATIA GAGNON PRESSE CANADIENNE Québec — Le coroner Marc-André Bouliane nie formellement être membre du conseil d’administration d’une compagnie qui vendrait à Cuba des autobus scolaires québécois, jugés dangereux par le coroner lui-même dans un rapport l’an dernier.Hier, en réponse aux questions de l’opposition, le ministre de la Sécurité publique Serge Ménard a indiqué avoir institué une enquête sur le coroner Bouliane, qui serait un des trois membres du conseil d’administration de la compagnie Lagarto, constituée le 8 août dernier, qui vendrait en territoire cubain des autobus scolaires usagés en provenance du Québec.Le ministre Ménard a précisé avoir demandé une enquête dès « le lendemain du moment où j’ai appris ces faits», a-t-il précisé.Rejoint chez lui, le coroner Bouliane nie absolument tout.«Je ne suis ni actionnaire, ni administrateur d’aucune compagnie.Tout ça est faux», a-t-il lancé d’emblée.«Je tombe de ma chaise», a-t-il ajouté.Membre du conseil d’administration, André Gilbert a confirmé hier que M.Bouliane ne siège pas au conseil de Lagarto.Le coroner Bouliane a décliné l’invitation de diriger Lagarto quelques jours après l’avoir acceptée.Voilà pourquoi le nom de Marc-André Bouliane apparaît dans certains documents notariés en 1994 et l’identifiant comme membre du conseil d’administration, a expliqué M.Gilbert.Contredisant à nouveau le ministre, M.Bouliane indique qu’il occupe encore ses fonctions de coroner.«Je travaille toujours comme coroner.Je suis toujours coroner-enquêteur dans 54 dossiers de noyades et dans quatre dossiers d’accidents miniers», dit-il.LA METEO Prévision à long terme pour Montréal Aujourd'hui Ce Soir Vendredi Samedi Dimanche Wjspb,' y ?.^ .LV , 4eL.&: H H H H - H H H /'/£*** /'/'Z** 0/-12 La Grande IV * Chibougamau 6/*8 m ¥/ /-/ f P ’’W' NTEUX BROUILLARD PLUIE AVERSE ORAGE NEIGE VERGLAS Températures : MAX / MIN 3/-10 " je*** Goose Bay ‘Jf Blanc Sablon v / [Rivière-du-Loup 4/-6 ¦ r »•« Chicoutimi f Québec WrF I'jWï'i ¦ 0/-4 Iles de la Madeleine ïvyiv / 6/-3 W is-Rivieres f 3/2 .TT, - /*_____Sherbrooke yW/'/ il.— 8/2 ¦ v- 3 P ¦'7,1,1 Environnement Canada Prévision à long terme pour Québec Aujourd'hui Ce Soir Vendredi Samedi Dimanche ^_________ '.'iVi'ii max 4 ES min \ max 3 /'/£*Y Prévision à long terme pour OTTAWA Aujourd'hui Ce Soir Vendredi Samedi Dimanche mai 3 SS m,n ~2 ¦è» Qu Chasse à l’orignal La réserve faunique des Laurentides, chasse gardée des Hurons à Fautomne LOUIS-GILLES FRANCOEUR LE DEVOIR Les Hurons-Wendat vont monopoliser l’essentiel de la réserve faunique des Laurentides pour y chasser l’orignal l’automne prochain, en vertu d’une entente que Québec vient de signer.Cette entente «temporaire», qui ne couvre que la prochaine saison de chasse, pourra être renouvelée indéfiniment par le gouvernement si l’Assemblée nationale avalise un projet de loi allant dans le même sens, parrainé par le ministre de l’Environnement et de la Faune, Jacques Brassard.Ce projet de loi permettrait en effet à Québec de favoriser les autochtones en leur accordant des droits de chasse particuliers dans des territoires bien précis pour qu’ils y pratiquent leurs activités dites «traditionnelles» ou des pêches et chasses de «subsistance».En vertu de l’entente signée par Québec et les Hurons-Wendat, le 21 février, les autochtones de cette bande et leurs familles pourront chasser l’orignal entre le 6 et le 13 octobre dans un territoire constitué de 48 zones de chasse dans la réserve des Laurentides, juste au nord de Québec.Ils ne pourront toucher qu’en partie aux secteurs Croche- McCormick, du Lac Brûlé et des Portes de l’Enfer, dont certains sont administrés par la Société québécoise des établissements de plein air (SEPAQ).Les chasseurs non autochtones doivent payer le prix fort pour utiliser ces quelques territoires.Rien ne dit dans l’entente intervenue quel prix devront acquitter les autochtones pour assumer leur part de la gestion des espèces en cause.Cette entente a déclenché une salve de protestations dans les milieux cynégétiques québécois, qui dénoncent cette entente comme un retour à un système de privilèges, comme celui qu’avait combattu le Parti québécois dans les années 70.Le président de la Fédération québécoise de la Faune (FQF), Claude Lamoureux, et le président de la Fondation de la faune du Québec, Léo-Paul Quintal, estiment que les autochtones peuvent pratiquer leurs activités traditionnelles dans les forêts publiques du Québec, comme tout autre Québécois, en famille ou autrement, sans qu’il soit nécessaire de leur réserver des territoires en exclusivité.Les Hurons-Wendat ont obtenu un jugement de la Cour suprême du Canada, il y a quelques années, qui reconnaissait la valeur du traité de Mur- ray.Ce dernier leur accordait le droit de pratiquer leurs «activités traditionnelles» dans un vaste territoire, qui couvre l’essentiel du contrefort des Laurentides, y compris la réserve.Mais la Cour n’a jamais défini ce qu’étaient ces activités traditionnelles ni affirmé, soutient la FQF, qu’elles nécessitent un régime légal différent de celui imposé aux autres chasseurs au nom de la conservation des espèces et de l’équité sociale.Un ancien haut dirigeant de la FQF, très près du Parti québécois, a qualifié hier sous le couvert de l’anonymat de «club privé ethnique» cette initiative gouvernementale.«11 y a eu des clubs privés américains et anglophones.Il y a maintenant des clubs autochtones», résultat, à son avis, d’une politique «jelly flsh» qu’il attribue au mot d’ordre gouvernemental «d’acheter la paix à tout prix dans certains dossiers chauds».Selon l’entente divulguée officiellement hier, les chasseurs hurons ne prélèveront que des orignaux mâles mais ils obéiront à des règles définies dans un code de pratique élaboré par la bande, qui contrôlera, notamment en lieu et place des agents de conservation, les faits et gestes de ses membres.L’ex-premier ministre Regan dans de beaux draps Seize chefs d'accusation pèsent contre lui, dont celui de viol Bedford, Nouvelle-Écosse (PC) — La GRC a porté 16 chefs d’accusation contre l’ex-premier ministre Gerry Regan de la Nouvelle-Écosse, y compris celles de viol, d’enlèvement et de tentative de viol.Les accusations ont été portées à l’issue d’une enquête de 17 mois sur divers incidents qui remonteraient jusqu’en 1956.Âgé de 67 ans, M.Regan avait à plusieurs reprises nié les allégations faites à son encontre.Il a comparu devant le tribunal, hier, en compagnie de son avocat, Eddie Greenspan.Me Greenspan s’est objecté à une demande de la Couronne qui réclamait que M.Regan dépose son passeport et ne quitte pas la Nouvelle-Écosse.Le juge Ross Archibald, de la Cour provinciale, a donné raison à Me Greenspan et a accepté que les accusations ne soient pas lues durant l’audience et soient plutôt déposées au dossier.L’ex-premier ministre est demeuré assis pendant la procédure, l’air profondément déprimé, en compagnie de sa femme et de deux de ses filles.«De cet homme, vous devez comprendre une chose, a dit Me Greenspan à la sortie du tribunal.Il sera présent pour se défendre et sa famille sera à ses côtés.» M.Regan, qui est père de six enfants, a été premier ministre libéral de 1970 à 1978 et, à titre de député fédéral, a occupé plusieurs ministères entre 1980 et 1984, sous les premiers ministres Pierre Trudeau et John Turner.Il vit maintenant à Bedford, près.de Halifax.Il travaille comme lob-byiste.Gerry Regan La GRC avait annoncé, en octobre 1993, avoir amorcé une enquête sur une plainte portée contre M.Regan pour inconduite à caractère sexuel.Les allégations portaient sur des incidents qui s’étaient produits durant les années 70.En mars de l’an dernier, l’émission Fifth Estate du réseau CBC faisait état d’autres incidents semblables impliquant M.Regan.On avait alors diffusé des entrevues réalisées avec trois femmes — l’une d’entre elles avait été page à l’Assemblée néo-écossaise, la seconde était commis au ministère des Finances et la dernière était à la recherche d’un emploi — qui affirmaient que M.Regan s’était livré à des gestes non sollicités, en caressant notamment leurs seins et en in-troduisant sa langue dans leur bouche.Le réseau CBC affirmait avoir rencontré plus d’une douzaine de femmes qui prétendaient que M.Regan leur avait touché les seins, les avaient embrassées ou les avait caressées, alors qu’il occupait le poste de premier ministre.Six mois après la transmission de l’émission, l’avocat de M.Regan, George MacDonald, de Halifax, entreprenait une poursuite en libelle, soutenant que la réputation de son client «était virtuellement détruite».La poursuite en libelle demeure, mais aucune date n’a été fixée pour les audiences., a récemment admis Me MacDonald.Ménard surveille les motards A uébec (PC) — Le ministre de la W Sécurité publique Serge Ménard a affirmé, hier, que la Sûreté du Québec investit beaucoup d’énergie pour tenter de faire échec aux bandes de motards dont les activités criminelles et les règlements de comptes pour le contrôle du commerce de la drogue se sont accrus ces derniers jours.«Nous prenons des mesures spéciales, a déclaré le ministre à son entrée au conseil des ministres, tous les derniers incidents sont analysés scu-puleusement.On est en mesure de voir qu’elles sont les bandes impliquées dans les attentats.» La rue n'esl aas un jeu! Pour les jeunes itinérants de Montréal, le Refuge des jeunes représente une halte où ils peuvent trouver un souper, un lit, un petit déjeuner, une douche et rencontrer des gens qui les aideront à s'en sortir.Cette année encore, le Refuge des jeunes vous invite à donner pour atteindre son objectif de 125 000 $.Donnez-leur un lieu et des rencontres nui pourront faire tourner la chance.&&& / oés ulve-5 ge jeunes Montréal Faites parvenir vos dons au: /Refuge des jeunes, 3767, rue Berri, Montréal (Québec) H214G7 Tél.: (514)849-4221 le Refuge des jeunes: pour qu'ils ressent de survivre et recommencent enfin à vivre Vous trouverez ci-joint mon rheque/i mndont ou montant de:_________________________ Veuille/ cocher cette case si vous désire/ un reçu pour vos fins d'impôt J Greenpeace Québec milite aussi pour le français LOUIS-GILLES FRANCOEUR LE DEVOIR Greenpeace Québec a réclamé hier des excuses publiques de son pendant canadien, Greenpeace Canada, qui a tenu mardi une conférence de presse en anglais seulement à Ottawa.’ Non seulement les journalistes francophones n’ont eu aucun porte-parole à se mettre sous le micro au cours de cette conférence de presse, au cours de laquelle Greenpeace Canada a pris fait et cause pour le gouvernement fédéral dans la guerre du turbot, mais certains porte-parole anglophones les ont référés à.Greenpeace Belgique pour des entrevues en français! Inutile de dire que la section québécoise de Greenpeace l’a mal pris, d’autant plus que sa direction a été informée 15 minutes avant la conférence de presse de la position de son pendant canadien, a précisé hier Johanne Filion, porte-parole québécoise.Les commentaires de certains médias ont d’ailleurs pris pour cible, indistinctement, les deux organisations nationales de Greenpeace alors que la section québécoise, qui a obtenu de haute lutte son autonomie depuis deux ans, casquait, en réalité, pour «l’erreur» de l’organisation torontoise.«Nous n’avons pas apprécié l’erreur de notre partenaire canadien, a dit Mme Filion, qui n’a pas respecté les besoins en information des francophones québécois et canadiens.» Depuis 1989, Greenpeace est pré- sent au Québec, pratique et informe autant en français qu’en anglais.«Il est inadmissible qu’encore aujourd’hui, au Canada, on oublie l’existence du français alors que les ressources existent et sont largement disponibles», a commenté François Tanguay, le directeur intérimaire québécois.Ce dernier a souligné que toute l’équipe de la nouvelle organisation québécoise est francophone de souche et parfaitement bilingue.Même si son champ d’action se limite au Québec, a précisé M.Tanguay, il arrive souvent que la section québécoise intervienne comme porte-parole au niveau canadien dans des dossiers comme les pêcheries et la guerre du turbot.Greenpeace Québec s’est d’autre -part félicité de voir «enfin» le gouvernement canadien batailler en faveur de la protection des stocks de poissons., «Nous fondons beaucoup d’espoir,, a précisé Mme Filion, sur la nouvelle fermeté du Canada et nous espéroils qu’elle survivra à la conférence internationale de New York, le 27 mars», alors que l’Organisation des Pêches de l’Atlantique du Nord-Ouest (OPA- ‘ NO) fera le point sur les pêcheries.Rappelant les dizaines de «guerres du poisson» que se livrent entre eux les Européens depuis des années sur toutes les mers du globe, la porte-parole de Greenpeace s’est demandé «combien de guerres faudra-t-il pour que la communauté internationale adopte une vraie politique dé conservation des stocks, avec des inspections et des règles efficaces?» L’Hôtel-Dieu de Québec pourra céder ses droits sur les fortifications SERGE LAPLANTE LE DEVOIR Québec — La signature imminente d’une entente entre la Corporation de l’Hôtel-Dieu de Québec et le ministère du Patrimoine canadien pourrait bien relancer le vieux dossier de la mise en valeur de l’îlot de l’Arsenal.Le conseil des ministres a en effet adopté, le 8 mars dernier, un décret (numéro 287-95) autorisant la Corporation de l’Hôtel-Dieu de Québec à céder au gouvernement fédéral un droit réel d’emphytéose sur certaines de ses propriétés immobilières de Pilot de l’Arsenal, une sorte de ruine historico-industrielle située au cœur de l’arrondissement historique du Vieux-Québec.Ce décret vient confirmer l’entente intervenue à la suite de longs pourparlers, dont la dernière ronde a été amorcée au printemps dernier entre l’Hôtel-Dieu et le gouvernement du Canada.L’entente porte sur la location, par convention emphytéotique d’une durée de 42 ans, de certains terrains et de la section des fortifications de Québec dont l’Hôtel-Dieu est propriétaire.Ces derniers ouvrages, identifiés comme la tenaille des Nouvelles Casernes et une partie du demi-bastion du coteau de la Potasse, surplombent la rue Saint-Vallier.Le fédéral offrait au départ de louer ces ouvrages pour une somme symbolique.L’Hôtel-Dieu demandait plutôt 2 millions $, histoire de rencontrer ses engagements (annulés depuis) dans le dossier du stationnement souterrain de 550 places, construit au coût de 17,2 millions $ pour ses employés, qui devrait être livré en août prochain.On s’est finalement entendu pour 1 250 000 $, a confirmé hier le directeur général de l'établissement.Julien Veilleux, somme qui sera affectée à la part de l’institution dans la construction de son futur centre de recherche en oncologie.L’Hôtel-Dieu s’est engagé pour 1,5 million $ dans ce projet de 19,5 millions $ qui devrait débuter à l’été.On sait que Parcs Canada a dans ses cartons des projets de travaux, réalisables en plusieurs phases sur une période de huit à dix ans, évalués à environ 11 millions $.La première phase consisterait à effectuer des fouilles archéologiques, la deuxième, à stabiliser cette partie des murs des fortifications, une tâche urgente et prioritaire évaluée l’an dernier à 6 ou 7 millions $, et à démolir certains bâtiments et éléments de structure non essentiels.L’autre phase consisterait à reconstruire la Porte du Palais de manière à rétablir le lien piétonnier des fortifications de Québec, qui s’étirent déjà sur 4,5 km, et de compléter, du point de vue de l’interprétation historique, la problématique militaire du Vieux-Québec.Et les Nouvelles Casernes?L’entente intervenue ne concerne cependant pas la restauration des Nouvelles Casernes, un ensemble de bâtiments qui datent du XVIIP siècle.Le sort de ces immeubles, pour lesquels on a déjà évoqué une transformation, avec des partenaires privés, en immeubles administratifs, est entré les mains d’un autre palier de gouvernement.C’est le ministre de la Santé et des Services sociaux qui pilotait le décret au conseil des ministres, décret cosigné par le premier ministre, ministre de la Culture et des Communications Jacques Parizeau ainsi que par la ministre déléguée aux Affaires in tergouvernementales canadiennes, Louise Beaudoin.C’est qu’en vertu de la Loi sur le conseil exécutif, de la Loi sur les services de santé et les services sociaux ainsi que de la I.oi sur les bien culturels, aucun organisme ne peut, sans avoir obtenu l’autorisation préalable du gouvernement, conclure une entente avec un autre gouvernement au Canada, céder un bien public ou modifier un bien situé dans un arrondissement historique.â ? MONTREAL ¦ $ Quartier Côte-des-Neiges La menace des compressions La CECM accepte l’idée de construire une nouvelle école PAUL CAUCHON LE DEVOIR Le conseil des commissaires de la CECM (Commission des écoles catholiques de Montréal) a accepté hier soir le principe de la construction d’une nouvelle école primaire de 550 places dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal.Cette demande avait été formulée officiellement la semaine précédente par le comité de parents de l’école Saint-Pascal-Baylon, qui connaît depuis plusieurs années de sérieux problèmes d’engorgement, dans un quartier pour lequel la CECM prévoit une croissance démographique continue d’ici cinq ans.La commissaire du quartier, Afifa Maaninou, s’est montrée «agréablement surprise» de la décision unanime des commissaires.La résolution prévoit des négociations avec le ministère de l’Éducation en vue d’une entente de financement pour la construction d’une nouvelle école dans le secteur nord-ouest de l’école Saint-Pascal-Baylon.Tout le monde convient que le ministère n’ac- cordera pas nécessairement tout de suite le financement désiré et qu’il faudra négocier serré.Et Mme Maaninou ajoute que le conseil des commissaires devra ultérieurement étudier une solution temporaire pour désengorger cette école en septembre prochain.Reprise du Centre Parc-Extension Le conseil des commissaires a également adopté une proposition voulant qu’on reprenne le Centre Parc-Extension pour subvenir aux besoins d’agrandissement de l’école Barthélemy-Vimont, dans le quartier Parc Extension, mais en acceptant le principe d’une cohabitation avec les organismes communautaires du quartier.Ces organismes ont protesté la semaine dernière contre l’intention de la CECM de reprendre cet été cet édifice loué à la Ville de Montréal, édifice qu’ils occupent depuis quelques années.Les organismes du quartier proposaient plutôt de reprendre le Centre Champagneur, jugé trop petit et moins fonctionnel par les parents.Le commissaire du quartier, Roger Dominguez, gardait confiance hier en la capacité des groupes communautaires et du comité de parents à terminer leur actuelle négociation sur les modalités de cette cohabitation dans le Centre Parc-Extension, mais des représentants de groupes communautaires se montraient plutôt déçus de cette décision hier.Par ailleurs, la CECM étudiait toujours, hier en soirée, une proposition de refonte des fonctions des conseillers pédagogiques à la CECM, ainsi que leur répartition sur le territoire.Un fort contingent de ces professionnels assistait au conseil pour suivre les débats, faisant valoir qu’en saupoudrant leur nombre sur le territoire, plusieurs postes pourraient disparaître.La proposition permettrait en effet aux regroupements administratifs de distribuer l’année prochaine sur chacun de leur territoire respectif un certain nombre de conseillers pédagogiques, alors que dans deux ans ce sont les directions d’école qui auraient à gérer elles-mêmes les sommes accordées à cette fonction, ce qui ouvre la porte à ce que les directions d’école puissent utiliser les sommes à d’autres fins.wmsm •***«*« ! O Ci Z saa- ¦» ffir'"a8 :-v'.ïiufij.TO «* EDITORIAL Ualignement Lise Bisson nette Les Québécois ont un devoir de solidarité à l’égard des francophones des autres provinces, quoi qu’il arrive ici.Mais rien ne les oblige à la naïveté ou à la bonasserie à l’égard de leur leadership politique, qui s’incarne dans la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).our la première fois depuis sa fondation, il y a une vingtaine d’années, la Fédération a décidé de renoncer à tout rapport de forces et de se placer sous le parapluie du gouvernement fédéral dans ses rapports avec le Québec en général, et avec les souverainistes québécois en particulier.La décision ne s’est pas prise sans débats, il y a de la dissidence dans les rangs.Mais c’est fait.Tout en affirmant les convictions fédéralistes de la FCFA, sa présidente, Claire Lanteigne, affirmait en janvier que la Fédération ne se joindrait pas au camp du NON durant le débat référendaire et ne dirait pas aux Québécois comment voter.En février, bien avant la fin de son mandat, elle démissionnait sans explication.Elle n’a toujours pas été remplacée, les élections à la présidence ont lieu en juin mais la nouvelle FCFA ne pouvait pas attendre, semble-t-il, pour émettre mardi par un vague «porte-parole» un communiqué qui met fin à la non-ingérence dans les af-faires du Québec.Le titre était limpide — «La FCFA en faveur du NON» — et le premier paragraphe aussi — «La fédération des communautés francophones et acadienne du Canada souhaite que les Québécois et les Québécoises votent NON lors du référendum sur la souveraineté du Québec.» Pourquoi la FCFA était-elle si pressée d’enterrer les positions de son ancienne présidente?Pourquoi devance-t-elle la campagne référendaire?Pourquoi ne prend-elle pas le temps de consulter ses membres à fond sur une question aussi délicate?Seuls ses dirigeants intérimaires le savent.Mais ils n’ont pas à se surprendre de la fumée qui fait aujourd’hui jaser autour de leur feu.Leur avis sur le NON, que personne n’avait sollicité à ce qu’on sache, est arrivé au moment même où on apprenait que Michel Dupuy, le ministre du Patrimoine, pourtant désargenté comme pas un, venait d’accorder à la FCFA un joli demi-million de dollars pour une vaste campagne de publicité sur la «dualité linguistique».Mme Lanteigne en rêvait aussi de ce demi-million pour des vidéos.H mettait du temps à venir.Soudain le voilà.Le plus désolant dans cette affaire, n’est pas l’échange de bons procédés autour d’une subvention.La méthode durera aussi longtemps que des politiciens auront les deux mains dans les fonds publics, qu’ils minaudent ou pas comme M.Dupuy.La FCFA, et c’est cela qui est fort dangereux pour les communautés sur le terrain, troque ici son héritage pour un plat de lentilles.Les concessions parfois importantes que des provinces ont faites à leurs groupes francophones depuis vingt ans ont été souvent payées avec de l’argent d’Ottawa.Mais elles ont d’abord été le fruit d’un processus politique, d’une tension créée par la montée du mouvement souverainiste au Québec.Indifférentes et hostiles depuis toujours, les provinces ont voulu faire mentir «les séparatistes» en démontrant qu’il était possible de conserver quelque vie française hors Québec.Tout en affirmant leur attachement au Canada — ce qui est leur droit le plus strict — les leaders francophones s’abstenaient généralement de répudier le mouvement souverainiste et d’en renier les fondements, souvent si proches de leur propre insatisfaction.Le souverainisme devenait une sorte d’allié objectif.Aujourd’hui, ils se livrent pieds et poings liés, ils affirment le Canada, right or wrong.Ils auront beau, pour la forme, raconter qu’ils souhaitent le renouvellement du fédéralisme, comme Daniel Johnson ils savent qu’ils viennent de se résigner au statu quo.Mais si la poussière retombe sur la question québécoise, comme ils y comptent désormais, elle retombera sur eux aussi.C’est la loi naturelle de leur histoire, depuis les débuts du Canada.Au lieu de veiller à maintenir un rapport de forces qui leur a été bénéfique, ils font le parti, lénifiant, de la persuasion.La campagne publicitaire vantera les mérites de la «dualité linguistique» un peu partout dans les provinces.Non seulement est-ce choquant en période de disette de fonds publics, mais c’est totalement inutile.La publicité peut être très efficace pour vendre des produits mais elle n’a jamais transformé les valeurs d’un peuple.Ce qui manque, dans les rapports entre les minorités francophones et la majorité anglophone du Canada, c’est un sens de justice et d’égalité.A défaut, comme le sait fort bien la FCFA, les tribunaux en produiront toujours plus, de force, que la vidéo.A la FCFA comme ailleurs, les leaders politiques passent et les situations restent.L’épisode, aussi décevant qu’il soit pour le Bloc québécois et le Parti québécois qui tentaient des rapprochements, ne devrait en rien interrompre une réflexion qui s’imposait aux souverainistes, bien tard venus aux exigences de la solidarité avec les peuples francophones du Canada.Ils doivent résister à couper des ponts à leur tour.La FCFA troque son héritage pour des lentilles.Tour de piste des artistes Je an-Rober QIf===j ui a dit que les artistes restaient à l’écart et refusaient de se prononcer quant à l’avenir du Québec?Depuis quelques jours, on ne voit qu’eux, on n’entend qu’eux, on ne parle que d’eux, et la campagne référendaire n’est même pas officiel- - lement commencée.Les artistes sont des citoyens comme les autres dont la fonction première n’est pas de se substituer aux politiciens mais de bien faire leur boulot d’acteurs, d’auteurs, de chanteurs.Trop souvent, on tente d’utiliser leur talent, leur notoriété, à la seule fin de faire mousser une cause.Tout aussi souvent, on s’adresse moins à leur intelligence, leur esprit créateur qu’à leur générosité, leur fidélité, quand ce n’est pas à leur culpabilité ou leur naïveté de militants néophytes.Pour convaincre le médecin, l’avocate, l’homme d’affaires ou le journaliste, on accepte d’y mettre le temps, l’énergie et l’argent Rien n’est acquis.Mais quand il s’agit des artistes, c’est à eux qu’il reviendrait de consacrer temps et talent au sendee de la cause.Pourtant, le jour du scrutin passé, ce ne sont pas eux qui ont droit aux contrats d’asphalte.Les artistes, on les aime purs, inconditionnels et pauvres.Ou l’inverse, c’est selon.À certains moments de l’histoire, les artistes se font plus que d’autres les chantres des rêves et des espoirs des peuples.Ce qui a changé au Québec entre 1980 et aujourd’hui, ce ne sont pas tant les artistes eux-mêmes que les rêves et les espoirs en question.Si quelque leader politique possède la réponse aux angoisses légitimes des artistes, il t Sans fa ç o n lui revient de la faire connaître.Non pas en lançant un appel à la mobilisation, mais en expliquant la place qui leur serait réservée dans un Québec moderne.Si la réponse convient, les artistes la défendront, dans la rue si nécessaire.D’ailleurs, l’excellente prestation d’un Paul Piché lors de son passage à l’émission Le Point, mardi soir, son calme et son aplomb devant le barrage de questions en forme de réponses provenant de journalistes vedettes pourtant chevronnés, démontrent bien la capacité de certains artistes à une analyse froide et un engagement réfléchi.La même constatation vaut pour ces autres artistes interrogés lors du premier reportage radio-canadien, les Deschamps, René-Richard Cyr ou Louise Forestier.Qu’on approuve ou pas, là n’est pas la question.Tous ont accepté de se prononcer alors que rien ne les y obligeait, avec sincérité et courage.Dans le présent débat référendaire, si l’opinion des artistes intéresse autant, ce n’est pas parce qu’elle est porteuse de plus de vérité que celle des scientifiques ou des enseignants, pour ne nommer qu’eux, mais parce qu’elle a valeur de symbole.Que des artistes soient devenus conscients de ce rôle et que certains d’entre eux aient choisi d’y renoncer, cela ne regarde qu’eux.Ce n’est pas un mal que plusieurs artistes de grand talent soient passés de l’adolescence à l’âge adulte, qu’ils soient devenus plus exigeants, même si cela les a rendus hésitants et méfiants.Voilà plutôt le gage de choix professionnels et politiques sincères et solides, même dépourvus d’éclat patriotique.mi FRÈSÎDEJPr 3>E K)ATOKJAUE ; UfO roSTt STLBLh, Les bons sentiments Slî=====! i l’on se place du point de vue de Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général des Nations unies, et de l’équipe d’experts intema-Jl tionaux qui l’ont préparé de longue date, nul doute que le Sommet mondial sur le développement social, qui a conclu ses travaux il y a quelques jours à Copenhague, a été un franc succès, exceptionnel même.En effet, alors qu’il est devenu quasi routinier que de telles conférences se tiennent pour discuter de paix, d’environnement ou d’économie, c’était la première fois dans l’histoire que des dirigeants du monde entier se réunissaient, sous l’égide de l’ONU, pour tenter de s’entendre sur des politiques et des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre la pauvreté, combattre le chômage et réduire les inégalités, en somme, pour tenter de repriser le grand tissu social qui, usé à la corde par le libéralisme triomphant, s’effiloche de partout.Près de 180 pays étaient représentés et pas moins de 118 chefs d’Etat et de gouvernement avaient fait le déplacement afin de se pencher, compatissants, sur la condition misérable de quelque 1,3 milliard d’êtres humains (sur les 5,3 milliards qui habitent notre planète) vivant aujourd’hui dans un état de pauvreté absolue, c’est-à-dire avec moins d’un dollar par jour, et sur le sort à peine plus enviable des centaines de millions de personnes en chômage ou sous-employées un peu partout sur la terre.Après cinq laborieuses journées de palabres, entrecoupées il est vrai de quelques festins, les grands de ce monde ont adopté une Déclaration finale dans laquelle, n’étant contraints ni par une échéance, ni par des moyens précis, ni par une obligation de résultat, ils n’ont pas lésiné sur les objectifs qu’ils «s’engagent à tenter d’atteindre»: éradication de la pauvreté, plein emploi et respect des conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT) notamment contre le travail forcé des enfants, égalité et équité PIERRE N E GRAVEL ?entre femmes et hommes, accès de tous à l’éducation, inclusion d’un volet social dans les programmes d’ajustement structurels, hausse et meilleure utilisation des programmes d’aide au développement, renforcement de la coopération internationale, etc.Boutros Boutros-Ghali s’est dit satisfait des résultats.Le Sommet aura pennis, a-t-il affirmé, de susciter une prise de conscience de l’ampleur de la désintégration sociale de la planète, sans apparemment se rendre compte de ce qu’une telle admission révélait sur le degré de lucidité qu’il accorde aux dirigeants politiques.Avaient-ils vraiment besoin de cette grande messe médiatique pour découvrir une réalité aussi évidente?Désormais, a-t-il prétendu, chacun se mettra à penser à la pauvreté, non pas d’une manière «humanitaire», ce qui n’intéresse plus personne, mais d’une manière égoïste et stratégique.On fera la lutte à la pauvreté parce que la pauvreté peut susciter la guerre.Quel merveilleux sens de l’éthique! Les pauvres du Québec doivent-ils, par exemple, en conclure qu’ils auraient intérêt à faire la guerre aux riches pour pouvoir espérer qu’on s’intéresse enfin à eux?Le problème avec ce sommet, c’est qu’à peu près aucune des pistes de solutions réelles n’a été retenue.Le prix des matières premières dont dépendent cruellement nombre de pays démunis continuera de diminuer, au mieux de stagner.Les dettes des pays les plus pauvres ne seront pas effacées.Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ne cesseront pas de leur imposer des «programmes d’ajustement structurels» les obligeant à diminuer les subsides alimentaires à leurs populations et à sabrer dans les dépenses d’éducation et de santé.L’Organisation internationale du travail ne sera pas renforcée.Le projet de «contrats de développement» avec les pays du Tiers-Monde ne verra pas le jour.La taxe «pour le développement social» sur les centaines de milliards de transactions boursières qui se font chaque jour ne sera pas instaurée.Le problème, c’est aussi que la plupart des pays industrialisés, loin de progresser vers l’atteinte de l’objectif d’octroyer 0,7% de leur PNB à l’aide au développement, se montrent au contraire de moins en moins généreux.Prenons un exemple au hasard: le Canada.Alors que celui-ci consacrait 0,42% de son PNB à l’aide au développement avant le dernier budget fédéral, il n’y accordera plus que 0,31% en 1996 et 0,27% en 1997.Le gouvernement du «plus beau pays au monde» a choisi de réduire son déficit sur le dos des plus pauvres de la terre, sabrant 21% dans le budget de l’aide (contre 14,2% de compressions dans le budget de la Défense), sans qu’aucune voix, fût-elle souveraine, ne se fasse entendre à la Chambre des communes pour protester contre cette ignominie.Plusieurs années après la fin de la guerre froide, le Canada continuera d’affecter cinq fois plus de ressources à ses dépenses militaires qu’à l’aide aux populations dans le besoin.Et il ne s’est pas trouvé un seul ministre québécois pour dénoncer ce choix économiquement douteux et moralement inacceptable qui, à lui seul, constitue pourtant un argument de poids en faveur de l’indépendance.On dit que «ventre affamée n’a point d’oreilles».Comment peut-on encore espérer calmer la misère des peuples démunis en les gavant de belles déclarations et de bons sentiments?LETTRES -?- Logique et contradiction On n’a pas besoin de réfléchir bien longtemps avant de constater que les seuls Québécois pouvant logiquement désirer la séparation d’avec un Canada majoritairement anglophone sont ceux de langue française.Condamner ou, pis encore, ridiculiser quiconque a le malheur d’évoquer cette évidente réalité, c’est faire preuve, a mon avis, d’un grave manque d’objectivité.Que dire, donc, de ceux qui soulèvent le spectre du racisme, voire du nazisme, contre des intervenants qui ne veulent que la préservation de leur patrimoine linguistique?Far ailleurs, que faut-il penser de l’inconséquene d’un chef de l'opposition qui.tout en s’opposant a la plus vaste consultation jamais of-I^rtC 3UX V/UÉOeCOlS, aCCTJS*?IP » 3i* ti québécois de ne pas être en out of touch with Quebecers»)?Voilà bien la logique de ceux qui favorisent un statu quo nous tenant en minorité depuis plus de 130 ans, et déjà en train de nous noyer ici même à Montréal.Pierre Beaudiy Montréal, 9 mars 1995 Un pays à moi Je suis convaincue que, pour obtenir le respect du Canada, il faut que le Québec puisse agir d’égal a égal: un pays qui communique avec un autre pays.Même les francophones hors Québec seront heureux d’avoir un pays a visiter, un pays ou «se ressourcer».es immigrants aussi seront me patrie d’adoption, ils vivront lOI bec même, il y a 42 ans, un Écossais nouvellement arrivé au pays.Si mon rqari avait désiré aller travailler en Écosse, l’Écosse serait devenue ma patrie d’adoption.Il a choisi l’Ontario.Je ne me suis jamais sentie chez moi pendant les 18 ans que j’y ai vécu.Je ne pouvais pas en faire un pays d’adoption.L’Ontario est bel et bien une province du Canada, donc de mon pays.J’aurais dû me sentir chez moi si le Canada est mon pays.J’ai visité les Rocheuses a plusieurs reprises et je me suis rendue dans les provinces maritimes.C’est un beau pays que le Canada.Je l'aime, mais j’aime aussi la Grande-Bretagne, la Grèce, la France, l’Italie, tous les pays que j’ai visités au cours des années.Je veux un pays a moi car si le Québec continue de faire partie du Canada aux conditions actuelles, il s'achemine vers la perte de sa langue et de sa culture françaises.Agathe Cloutier Uulrtmunl,.?man 799.5 À P R 0 P 0 S -?- .de la population immigrée à Montréal Lors du recensement de 1991, la population immigrée se chiffrait à 520 535 personnes dans la région métropolitaine de recensement de Montréal (RMR), soit 16,8% de la population totale.Cette part a progressé d’un point par rapport au recensement de 1986 alors qu’elle se situait à 15,9%.Parmi l’ensemble de la population immigrée du Québec, 88% réside dans la RMR de Montréal.Cette concentration s’accentue à chaque recensement depuis 1961.D)rs du recensement de 1961,83% de la population immigrée se concentrait dans la RMR de Montréal: cette proportion s’est élevée à 86% lors des recensements de 1971 et de 1981 puis a gagné un point en 1986 (87%) pour s’établir enfin à 88% lors du dernier recensement.Ministère des Affaires internationales, de l'Immigration et des Communautés culturelles du Québec 1994 Directrice USE BISSONNETTE ROUND YVES C A RIG N A N PIERRE RE AUI.IE II.GUY TAII.I.EFER A1C I.E I) E V OIK, I.E .1 E U 1) I I li M A H S I it !> .'> A 7 IDEES La crise du turbot Le Canada protège bien les intérêts de ses grosses compagnies poissonnières POL CHANTRAINE Auteur de La Dernière Queue de morue, paru chez L'Etincelle éditeur à la fin de 1992.ien sûr, c’était l’euphorie à Saint-Jean de Terre-Neuve lorsqu’est arrivé le chalutier espagnol arraisonné hors de ses eaux territoriales par le Canada.Pour les Terres-Neuviens, ce pays dont ils font partie depuis moins d’un demi-siècle faisait enfin un geste tangible en leur faveur! Encore que ce geste venait bien tardivement: on eût certes préféré voir le Canada démontrer autant de détermination lorsqu’il y avait encore de la morue sur les Grands Bancs, au üeu que pour du turbot que l’on pêche faute de mieux.On aurait certes mieux compris qu’il viole (ou tutoie) le droit de la mer il y a cinq ou dix ans: on aurait pu encore croire qu’il le faisait pour les 30 ou 40 000 travailleurs de la mer qui ont depuis perdu leur emploi.Or, cette année, son intervention musclée, tout en se parant du noble motif de protéger une ressource halieutique malmenée, ne profite en fait qu’aux quelques grosses compagnies canadiennes qui chahutent le turbot Qui d’autre possède les chalutiers de haute mer capables de le pêcher si loin au large en plein hiver?Même à l’intérieur des eaux canadiennes, force est de constater que certains pêcheurs sont plus égaux que d’autres quant à l’accès à cette ressource.La façon dont Pêches et Océans Canada a sévi l’été dernier contre des pêcheurs gaspésiens partis pêcher ce même turbot sur les côtes du Labrador en témoigne.M.Tobin aura beau dire que les Espagnols (ou les Européens) sont des forcenés de la surpêche et les pointer du doigt comme responsables du pitoyable état des stocks sur les Grands Bancs, il n’a qu’à tourner les yeux un peu plus à l’ouest pour se rendre compte que les industriels canadiens sont tout aussi capables de surpêche que quiconque.S’il ne reste plus de poisson dans le golfe du Saint-Laurent, on ne peut l’imputer qu’à eux — et à une gestion des pêches biaisée en leur faveur des autorités canadiennes.Mais tout le monde à Terre-Neuve, les travailleurs d’usine de transformation qui n’ont pas travaillé depuis des lustres, les pêcheurs à qui l’on n’autorise qu’une pêche «de subsistance» minime, etc., ont néanmoins applaudi à l’arraisonnement de YEstai.La vengeance contre le «pilleur», la castration du bouc émissaire (!), rendaient plus tolérables les misères du présent.Rares étaient ceux qui concevaient que l’acte de piraterie en eaux internationales du Canada (en fonction d’une interprétation stricte du droit de la mer) n’était que le dernier raté de l’effroyable politique menée par ce pays en matière de gestion des pêches depuis la proclamation de sa zone économique exclusive de 200 milles en 1977.Et notamment envers l’Espagne.En 1981, des négo- Maintenant que la morue et la plie ont été pillées à un point où les stocks prendront des années à se reconstituer, tous se jettent sur une espèce substitut, le turbot.dations avaient presque abouti avec ce pays.Les négociateurs canadiens pensaient avoir en main l’entente du siècle: l’Espagne, en 10 ans, renonçait à des droits historiques de pêche vieux de 400 ans.C’était considérable! Mais pas pour les grosses poissonnières canadiennes, qui ne voulaient pas partager leur mome avec quiponque, et elles l’ont torpillée.A cette époque (1981), de regrettables erreurs dans l’évaluation des stocks de morue des Grands Bancs par le Canada justifiaient un optimisme débordant de la paît des gestionnaires des pêches.Si bien que tout en boutant les flottilles morutières étrangères hors de sa zone, le Canada s’y alloua des quotas de morue fabuleux.Guère contentes de se faire traiter de façon aussi cavalière, les flottilles étrangères intensifièrent alors leur pêche hivernale sur le nez et la queue des Grands Bancs, là où la morue migre et se trouve en grande concentration de décembre à avril.Sachant fort bien, d’après leurs propres évaluations, qu’il n’y avait pas des stocks de morue qui justifiaient les quotas fabuleux que le Canada s’allouait, les pêcheurs étrangers se livrèrent eux aussi à une surpêche éhontée.Maintenant que la morue et la plie ont été pillées à un point où les stocks prendront des années à se reconstituer, tous se jettent sur une espèce substitut, le turbot.Là encore, il faut dire que le Canada a émis des signaux peu clairs aux autres pays pêcheurs lorsque, pour pallier au moratoire de la pêche à la mome, à l’été 1992, le ministre des Pêches d’alors, John Crosbie a augmenté, du jour au lendemain, le quota canadien de capture du turbot (flétan du Groenland) de 20 000 tonnes.Un vieux pêcheur côtier de Saint-Anthony (nord de Terre-Neuve) avait alors ridiculisé ce nouveau quota dans une assemblée en disant qu’«il n’y avait pas assez de turbot pour faire souper tout le monde ici».Trois ans plus tard, sa caricaturale description des stocks sous-tend le grave contentieux qui surgit entre le Canada et l’Europe.Le scénario est sensiblement le même qu’avec la mome.Après s’être octroyé un quota sans doute excessif dans sa zone, le Canada joue de son influence à l’OPANO pour faire décroître le quota global de prises de flétan noir hors de sa zone de moitié de 1994 à 1995, soit à 27 000 tonnes; à la suite de quoi il revendique 60% des captures et n’en alloue que 13% à l’Europe.Or, si l’on peut parler de «droits historiques» dans cette pêche, qui n’est une pêche dirigée que depuis deux ans, il faut bien reconnaître que l’Europe se sent flouée, car elle réalisait les trois quarts des prises jusqu’à l’an dernier.Elle est particulièrement amère, non seulement que l’on ait réduit sa part à 13% du total des prises admissibles, mais que l’OPANO en ait alloué 10% au Japon et 12% à la Russie qui, jusqu’en 1994, n’avait pas pêché cette espèce.Maintenant, que va-t-il se passer?Si l’on se fie au discours tenu par les quatre ambassadeurs européens venus accueillir les marins-pêcheurs espagnols à Saint-Jean, aucun compromis ne sera concédé de la part de l’Europe jusqu’à ce que le Canada ait libé- 4 * I i k I I iMH [|tt Éj| ËÊ |.¦NHK' ¦ IM»! j* w * .a T mm mm me SS m '.'Sift#: ilïîj.\\w Le navire espagnol Estai.ré le navire arraisonné.L’on peut même s’attendre à ce que les tensions s’accroissent sur les bancs de pêche.Pour nous qui ne sommes pas habitués à ces façons de faire, pareils échanges de feu peuvent apparaître comme le préambule de la guerre.Pas pour les Espagnols: chaque année, dans le golfe de Gascogne, les bâtiments de surveillance français et espagnols canardent des salves de semonce contre les pêcheurs de sardine du pays voisin qui se trouvent du mauvais côté de la ligne de démarcation des eaux territoriales.Bien sûr, tout finira sans doute autour d’une table de négociation, mais seulement après la pêche, car il faut tenjr compte de l’implacable fierté espagnole.A long terme, il devrait apparaître que le problème de la surpêche, qui est pandémique, de l’Islande aux Seychelles, n’est pas tant une question de pavillons qu’une question de technologie.Les chalutiers modernes, entre les mains de qui que ce soit, invitent à la surpêche, non seulement des espèces recherchées, mais de toutes celles qui se trouvent sur leur chemin, du fait de leur manque de sélectivité.La pêche à la crevette en mer du Labrador a sans doute fait plus de tort à la mome que la pêche à la mome elle-même, si l’on compte le nombre effarant d’alevins de mome de la taille d’une crevette qui ont été (et sont encore) sacrifiés lorsqu’on remonte un chalut de crevette.Les armateurs, tant espagnols que canadiens, doivent rentabiliser les énormes unités de pêche dont ils se sont équipés, et ce, dans le contexte d’une pénurie généralisée de poisson dans l’Atlantique Nord-Ouest.Ce sont de puissants intérêts financiers qui, en bout de ligne, les contrôlent.Suffisants pour qu’on le souligne de part et d’autre par quelques coups de semonce de canon.I*» .< Cï3t°cK: S'ii focO; ¦ •; i worn.her\j not a t*Nt$ I ONE.PHOTOS ARCHIVES Des Terre-Neuviens protestaient dimanche dernier, en anglais et en espagnol, au moment où YEstai entrait a Saint-Jean.La souveraineté est d’abord culturelle Une société qui ne se définit que par ses valeurs comptables et marchandes ne peut avoir les ressources nécessaires pour se maintenir; se renouveler et se dépasser ACADÉMIE DES LETTRES DU QUÉBEC Voici de larges extraits d’un manifeste sur la question de la souveraineté du Québec signé par les membres de l’Académie des lettres du Québec que sont Yves Beauchemin, Marie-Claire Blais, Nicole Brossant, Gilbert Choquette, Pierre de Grandpré, Marcel Dubé, Fernand Dumont, Jean-Pierre Duquette, Jacques Folch-Ribas, Madeleine Gagnon, Nairn Rattan, Claude IJvesque, Louise Maheux-Forcier, Andrée Maillet, Madeleine Ouellette-Michalska, Jean-Guy Pilon, Edmond Robillard, Jean Royer et Marcel Trudel.==j| ondée il y a 50 ans, notre Acadé- Fmie a réuni depuis 1944 plus d’une centaine d’intellectuels et d’écrivains canadiens-français et québécois qui ont participé par leur présence, par leur œuvre et leur ac- tion, à la fondation du Québec moderne.Aussi nous sentons-nous concernés par le débat qui anime cette année référendaire.Nous, croyons utile de rappeler au gouvernement québécois et à nos concitoyens que la souveraineté est d’abord un fait culturel.L’enjeu des discussions reste la culture d’un peuple, c’est-à-dire ce qui fonde son existence et le transforme, ce qui le distingue et lui donne sa façon d’être au monde.Notre classe politique de 1995 semble ignorer qu’il ne peut y avoir de souveraineté ni de bien-être sans la culture.D’ailleurs, le projet d’un pays québécois souverain s’enracine dans la révolution culturelle des années I960.L’a-t-on oublié?Ce qu’on a appelé la Révolution tranquille était un projet de société et s’inspirait des possibles de notre cultu- I re.Ut culture est l’âme de la maison Aujourd’hui, tous les débats autour de la souveraineté semblent vouloir évacuer la ulture au profit des seules considérations économiques.La souveraineté, c’est la culture d’un leuple dans toute son expression.Son his-oire et sa mémoire, ses mythologies, sa angue et ses paroles, sa littérature et ses ruvrcs artistiques: voilà cette culture qui end un peuple souverain et lui permet d’en-icliir le monde avec sa propre version de livre l'humanité.Il n'y aura de souveraineté que celle qui se iéfinira dans, par et pour la culture du toupie québécois.Notre existence dans le nonde tient à la façon d'exister de notre cul-un\ Déjà, il y a 20 ans, un des artisans de la Révolution tranquille, l’écrivain et journaliste André Langevin interpellait la société québécoise en précisant que rien ne sert de vouloir l’indépendance si on ne lui trouve pas un contenu, une identité.«Il faut que le Québec se définisse d’abord un modèle culturel propre, et viable», disait André Langevin.En somme, c’est la culture qui contient le politique, et non l’inverse.La politique est au service de la culture et de notre projet de société.Mais alors, qu’a-t-on fait de notre projet culturel et de l’enthousiasme qui l’a inspiré?La culture n’est plus au centre des préoccupations politiques.Les événements récents au ministère de la Culture nous le rappellent cruellement.Il y a longtemps aus^i que les technocrates du ministère de l’Éducation ont perdu de vue le sort de la culture.Une sorte d’antiintellectualisme est venu pourrir les idéaux de la Révolution tranquille qui avait fait naître ces deux ministères.Il est temps de rappeler à Jacques Parizeau et à ses ministres cette dimension d’un pays souverain qui devrait être son cœur, son terrain fertile: la culture.La culture est l’âme de la maison.Mais le projet péquiste d’un pays souverain a-t-il une âme?Veut-on donner à cette souveraineté les conditions de sa pensée?Quel sort réserve-t-on à cette culture?Attendons-nous d’être souverains pour enseigner l’histoire du Québec à nos enfants?Prend-on la littérature pour un simple outil de communication, alors qu’elle est bel et bien une expression de tout notre être-au-monde?Que signifie cet apti-intellectualis-me récent du ministre de l'Éducation, quand il s’adresse aux universités?A quoi servent des états généraux de l’éducation, si l’enjeu n’est plus la pédagogie de transmission d’un savoir?On évalue le sort d’une culture à la mesure du destin qu’elle propose à des personnes.nous a enseigné Fernand Dumont.Ainsi, notre système d'éducation, tout comme le regard que nous portons sur notre propre culture, sont les ponts que nous construisons entre notre histoire et notre avenir.(.) I)e son côté, dans un éditorial récent, la directrice du Devoir résumait ainsi la conduite du Parti québécois envers la culture: «Porté au pouvoir grâce aux gens do culture qui lui ont donné de l'âme, écrit Mme Use Risson-notto.le Parti québécois a été d’une rare in- En somme, c’est la culture qui contient le politique, et non l’inverse.différence à leur égard durant son premier passage au gouvernement, où les amusettes ont tenu lieu de politique culturelle tandis que tous les rattrapages urgents restaient en plan, dont le si désolant dossier des équipements.Neuf ans de séjour dans l’opposition n’auront même pas réussi à produire l’ombre du début d’un programme culturel.» Certes, la culture qui concerne les ensembles sociaux, c’est la culture de la vie quotidienne, celle dont parlent les anthropologues et les sociologues.Cette culture, qui fonde une société et ses individus, on peut la résumer en trois mots, avec Fernand Dumont: «Créer.Aimer.Habiter.» Créer.Cette activité rend compte de l’autre culture, celle qui transforme l’individu et lui permet d’enrichir sa culture fondatrice.La culture est aussi un projet qui donne des œuvres, des points de vue sur le monde, des mouvements de pensée, des «formes plus fortes que la mort» (André Malraux).C’est ce qui la rend souveraine et en fait la condition de toute souveraineté politique.En ce sens, c’est la nouveauté de toute œuvre d’art qui en fait la nécessité.La culture est un projet d’existence.(.) Au moment où l’on s’apprête à fonder un pays souverain, il est urgent de se demander ce qui fait l’âme et l’armature de cette nouvelle communauté.Jusqu’à maintenant, l’attention s’est portée surtout sur les ressources économiques et politiques qui fondent le projet de souveraineté, la culture comme telle, dans sa portée la plus vive et la plus essentielle, ayant été, somme toute, purement et simplement ignorée.Or.n’est-ce pas ce qui définit le foyer le plus fécond, le plus nécesssaire de toute communauté, ce qui lui donne son être et sa cohésion, son sens et sa densité?Une société qui ne se définit que par ses valeurs comptables et marchandes ne peut avoir les ressources nécessaires pour se maintenir, se renouveler et se dépasser.Elle ne peut que se refermer sur elle-même, se constituer en ghetto.Seuls l’amour de la langue, la création artistique, la production d’œuvres véritables, la qualité de son système d’enseignement ouvrent des horizons nouveaux, déstabilisent ce qui tend à se refermer, se scléroser, provoquant la communauté à se dépasser radicalement elle-même vers un au-delà imprévisible.C’est l’art et la culture qui nous mettent en contact avec les sources mystérieuses de notre être et de notre monde, glorifiant la vie telle qu’elle est, dans son rapport inéluctable à ses souffrances et ses joies.A-t-on oublié que l’art justifie la vie et qu’il est le plus grand rassembleur des êtres?(.) L’occasion est belle, pour l’Académie des lettres du Québec, de rappeler au gouvernement péquiste que tout projet de souveraineté tire essentiellement sa légitimité de notre différence linguistique et culturelle, c’est-à-dire de notre histoire et de nos institutions; que l’argument économique ne saurait avoir préséance sur l’argument culturel.La différence québécoise est d’abord et avant tout culturelle.Comment peut-on parler de souveraineté en reléguant la culture au second plan?Alors que le chef du gouvernement a très bien compris l’importance que revêt l’appui symbolique de la Érance à l’égard du projet de souveraineté, qu’est-ce donc qui le garde à distance, le retient de parler de la langue et de la culture, de la mémoire et de l’histoire comme de la littérature et des arts de l’imaginaire?Pourquoi la classe politique a-t-elle peur de parler de la culture comme de l’enjeu de ce référendum?Victor Barbeau écrivait.À l’Académie des lettres du Québec, nous sommes des intellectuels et des écrivains à qui Victor Barbeau (1894-1994), le premier, fondateur de notre compagnie, défenseur et promoteur de la langue et de la culture françaises, a montré le chemin., Pour lui, professeur à l’École des hautes études commerciales et fondateur de l’Alliance des cooopératives de consommation, la culture elle-même doit fonder nos préoccupations économiques et autres.Évoquant la langue et la culture, Victor Barbeau a bien écrit: «Individuellement, les écrivains en sont les premiers dépositaires.Collectivement, ils doivent en être les premiers garants.Il est donc impérieux qu’iis en assument la défense.» Et c'est ce que nous.Académiciens des lettres du Québec, voulons signifier à notre gouvernement et à nos concitoyens, en cette année référendaire.Nous avons la conviction que le goût des commencements, l'intuition de la beauté, l'enthousiasme d’appartenir et le sens d’exister.tout cela fonde le projet d'une souveraineté.oui.mais qui.pour être économique et politique, devra se définir d’abord et avant tout comme étant culturelle.L’ÉQUIPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes: à l’information générale et métropolitaine: Sylvain Blanchard, Paul Cauchon, Jean Chartier, Louis-Gilles Francoeur (environr nement), Kathleen Lévesque, Caroline Montpetit, Bernard Morrier, Isabelle Paré, Louis Lapierre (adjoint au directeur de l’information), Konrad Yakabuski; Jean-Pierre Legault (responsable des pages thématiques), Diane Précourt (pages éditoriales, responsable de la section Tourisme)', Martin Duclos et Christine Dumazet (relecteurs); Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes); à l’information culturelle: Michel Bélair (responsable)\ Stéphane Baillargeon, Pierre Cayouettè (livres), Paule des Rivières, Marie Laurier, Robert Lévesque, Benoît Munger, Odile Tremblay; à l’information économique; Gérard Bérubé (responsable), Robert Du-trisac, Claude Lévesque, Serge Truffaut, Claude Turcotte; à l’information internationale: Jocelyn Coulon (responsable), François Brousseau (éditorialiste), Antoine Char, Sylviane Tramier, Clément Trudel; à l’information politique: Pierre O’Neill, Jean Dion (correspondant parlementaire à Ottawa), Gilles Lesage (correspondant parlementaire et éditorialiste à Québec), Michel Venne (correspondant parlementaire à Québec); Serge Chapleau (caricaturiste); à l’information sportive: Yves d'Avignon: Denise Babin, Marie-Claude Petit (commis), Marie-Hélène Ala-rie (secrétaire à la rédaction).La Documentation: Gilles Paré (directeur); Manon Scott, Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBLICITÉ Lucie Pinsonneault (directrice), Yves Williams (superviseur, Avis publics et annonces classées), Jacqueline Avril, Daniel Barbeau, Jean de Billy, Brigitte Cloutier, Gyslaine Côté, Marlène Côté, Sylvie Hanna, Christiane Legault, Suzanne Miscevic, Jacques A.Nadeau, Micheline Ruelland, Monique Verreault (publicitaires); Sylvie Laporte, Pierrette Rousseau.Micheline Turgeon; Michèle Bouchard (secrétaire).' L’ADMINISTRATION Henry Riedl.c.m.a.(contrôleur), Nicole Carmel (responsable des services comptables); Florine Cormier.Céline Furoy.Jean-Guy Lacas, Nathalie Perrier.Danielle Ponton, Danielle Ross, Linda Thériault (adjointe à l'administration).LE MARKETING ET SERVICE À LA CLIENTÈLE Christian-ne Benjamin (directrice).Johanne Brien (secrétaire).Manon Blanchette, Monique L'Heureux, Lise Lachapelle.Rachelle Le-clerc-Venne.LA PROMOTION ET LES RELATIONS PUBLIQUES Guv-Renaud Kirouac (directeur).Chrystian Guy (superviseur à la promotion des abonnements).LA PRODUCTION Marie-France Turgeon (directrice de la production).Jean Lemav (directeur adjoint, production et informatique).Johanne Brunet.Danielle Cantara.Richard DesCormiers.Caroline des Rosiers.Lynda Di Cesare.Marie-Josée Hudon.Sylvain Lesage.Michèle Malenfant.Christiane Vaillant.Christian Vien.Olivier Zuida LE CONSEIL DU DE-VOIR INC.Marcel Couture (président) LA FONDATION DU DEV OIR Marcel Couture (président).Roger Boisvert (rice-présidrnt et directeur général). A 8 E I) E V 0 I H .E E .1 E II I) I I (i M A R S I I) !) ,r> LE DEVOIR ACTUALITES PURGE Les artistes, les comédiens et les auteurs seront les grands perdants SUITE DE LA PAGE 1 Radio-Canada les subiront avec la même sévérité.Si c’est le cas, ce sont 60 millions $ que la télévision française devra couper en 24 mois, sur un budget de 310 millions $.Rappelons que la SRC fait face à un manque à gagner de 350 millions $ et que, ayant jugé cette situation intenable, son président Anthony Manera démissionnera le 31 mars prochain.Pour cette année, tous les services devront réduire leur budget de 4 %.Mais l’année de tous les dangers, comme dit Mme Fortin, sera 1996-97.«11 n’y aura probablement pas de mises à pied massives avant l’année prochaine», a-t-elle dit.Le chiffre de 750 exclut les employés des régions, tout comme ceux de la radio, qui seront fixés cet après-midi.L’année prochaine, les 100 ou 150 premiers départs concerneront probablement des gens qui désirent partir ou qui occupent des postes qui ne seront pas remplacés.Pour le reste, la direction de la télévision française s’atta- quera d’abord aux services de soutien, puis au personnel affecté à la production des émissions.1996, c’est également l’année de la négociation avec les syndicats.A ce sujet, Mme Fortin a été limpide: «Il faudra beaucoup de courage et de travail et il faudra aussi que tous soient convaincus que le jeu en vaut la chandelle.» En d’autres termes, que les syndicats participent à l’opération.Les représentants des journalistes, des employés de production et des techniciens ont tous indiqué, hier, qu’ils étaient conscients des difficultés présentes et qu’ils étaient ouverts à la discussion.Ceci dit, personne n’est rassuré.«Elle (Mme Fortin) sait comment couper 10 millions $, elle dit “je peux me rendre jusqu’à 25”, mais 60 ou 70 (millions), elle ne sait pas, note Gilles Provost, président du Syndicat des journalistes.Mais la vie continue.Nous tenterons de réfléchir sur des suggestions à faire.» Pour sa part, Liliane Campbell, présidente du syndicat des 750 employés de la production, trouve «tout cela très ambigu».Chez les techniciens, Jean-Paul Rouillard est aussi inquiet mais il note que «la confiance doit régner».Mme Fortin a indiqué que les méthodes de travail seront réexaminées.Les coûts de production seront systématiquement comparés à ceux du secteur privé de manière à ce qu’ils ne les dépassent pas.Un système d’imputabilité sera également mis en place.Dans l’immédiat, Mme Fortin assure que les réductions ne paraîtront pas à l’écran à l’automne.Il reste que la SRC produira moins de dramatiques et cessera de produire des émissions «coûteuses qui ne rapportent pas».De plus, a dit Mme Fortin, «il sera de plus en plus difficile de produire des émissions culturelles de haute qualité.Ce n’est pas le public qui va perdre, ce sont les artistes, les comédiens, les auteurs».Car il y aura moins d’enregistrements de spectacles en direct; la SRC achètera, à coût moindre, des productions étrangères en seconde ou troisième diffusion.Tout changement pour l’automne sera annoncé en juin.En décembre 1995, la direction de la télé française présentera un plan global de compressions qui commencera à entrer en vigueur en avril 1996.Cet après-midi, ce sera au tour des employés de la radio d’entendre leur président, Marcel Pépin.Les employés du secteur anglais, dont la majorité se trouve à Toronto, n’ont pas encore reçu d’information de leurs patrons.Une chose est certaine, Mme Fortin suit avec intérêt ce qui s’y passe car elle ne voudrait pas que la télévision française soit entraînée dans des changements conçus sur mesure pour la télévision anglaise.CBC, rappelons-le, a souffert beaucoup plus que son pendant français de l’arrivée des canaux spécialisés et de la forte concurrence américaine.«Je trouverais justifié que les mandats soient différents.Mais quant à nous, il est important que nous puissions continuer à produire des émissions qui nous ressemblent.» Une partie de cette réponse se trouve à Téléfilm.Si la société d’Etat devait cesser, à cause des compressions, de soutenir des séries télévisées, c’en serait fini de Scoop ou de La Petite Vie.SANTE SUITE DE LA PAGE 1 lution technologique et des contraintes financières».Ces facteurs amènent la Régie à «rechercher un nouvel équilibre entre les ressources consacrées aux lits et à l’hébergement par rapport à celles disponibles pour la réadaptation précoce, les services intensifs, les services ambulatoires et les services à domicile».Afin d’atteindre ces objectifs tout en répondant aux contraintes financières qui la forceront à ramener son budget de 3,32 milliards $ à 3,13 milliards en 1998, la Régie propose un plan de réorganisation comprenant cinq volets.Le premier vise à augmenter les services qui évitent ou réduisent Hospitalisation, en favorisant par exemple le virage ambulatoire au sein des centres de courte durée ou encore en assurant une meilleure liaison entre les CLSC et les hôpitaux.Ces premières mesures, estime la Régie, permettront de réaliser des économies de 352 millions $, dont 170 millions $ seront réalloués à d’autres secteurs.Cette phase du plan prévoit notamment la fermeture de 1250 lits de courte durée, soit l’équivalent de cinq hôpitaux de taille moyenne, ainsi que l’élimination de 1010 autres lits de longue durée, de ""’convalescence et de réadaptation, pour un total de 2260 lits.La Régie ne précise cependant pas le nom des établissements qui seront touchés, ce qui devrait être fait lors d’une étape subséquente du processus.Le second volet prévoit la mise en œuvre des priorités régionales en matière de promotion et de prévention de la santé, qui avaient été définies à la Régie en décembre dernier.Ces mesures n’entraîneront aucune diminution des dépenses et entraîneront plutôt une réallocation budgétaire de 20 millions $.Le volet suivant vise à favoriser le développement de services alternatifs en santé mentale et bénéficiera d’une réallocation budgétaire de 3 millions $.Le quatrième volet prévoit pour sa part la mise en place d’un fonds d’équilibre régional, qui entraînera une réallocation de 42 millions $.Ce fonds permettra à la Régie de maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande pour des services particuliers comme la dialyse et les médicaments pour les personnes atteintes du sida et du cancer.Finalement, le plan de l’organisation prévoit une amélioration significative de l’efficacité du réseau.Une mesure qui, indique le document, devrait permettre une diminution des dépenses de 73 millions $.En additionnant les économies potentielles et en soustrayant les sommes réallouées, la Régie en arrive à une diminution globale de son budget de 190 millions $.Cette réorganisation massive des services dans la région n’épargnera évidemment pas le personnel «puisque qu’en moyenne 80 % du budget d’un établissement est constitué de sa masse salariale».Le plan de la Régie précise à ce titre que 12 103 personnes pourraient être touchées, soit 1000 cadres et 11103 salariés, ce qui représente au bas mot 14 % des postes équivalents à temps complet du réseau montréalais.Le projet de réorganisation, poursuivent les auteurs, pourrait toutefois nécessiter de combler 4587 postes et ainsi compenser une partie des emplois perdus, de telle façon que le nombre de «sacrifiés» se situerait finalement à 4720.Ce qui représente une masse salariale d’environ 188 millions $.Le corps médical serait largement épargné par le processus, 92 postes de spécialiste devant être coupés d’ici au 1er avril 1996.Pour la même période, le nombre d’omnipraticiens devrait augmenter de 44.Actuellement, on retrouve 1320 médecins omnipraticiens et 3174 spécialistes dans la région de Montréal-Centre.Bien que la Régie souligne qu’il existe peu d’exemples pour apprécier les conséquences que pourrait avoir son plan sur la qualité des soins, elle cite l’exemple d’une réforme similaire conduite à Winnipeg, où 9,2 % des lits de courte durée avaient été fermés en 1991.Les auteurs précisent que ce projet avait permis de maintenir l’accessibilité et la qualité des soins sans affecter la santé de la population.La consultation publique qui sera amorcée après la réunion du conseil de ce soir se déroulera en deux étapes principales.Dans un premier temps, les groupes et organismes intéressés pourront prendre connaissance des données et des tendances qui orienteront la transformation de l’organisation des services à Montréal.Les intervenants seront également invités à se prononcer sur la faisabilité des transformations proposés et pourront proposer d’autres scénarios.Après cette première partie, qui se déroulera du 18 au 20 avril 1995, la Régie préparera de nouveaux documents de consultation, plus élaborés et dans lesquels les mesures les plus appropriées, ainsi que la liste des établissements touchés, seront explicitées.Les participants seront alors invités à se prononcer sur la meilleure façon de réaliser les transformations au plan de l’organisation des services et des ressources humaines, financières et matérielles.EXCISION SUITE DE LA PAGE 1 Bien que la CDPQ n’intervienne habituellement qu’à la suite d’une plainte d’une personne lésée, elle a indiqué hier qu’elle ne se limitera pas à ce critère dans les cas d’excision ou d’infibulation, dont les victimes sont le plus souvent des jeunes filles ou des adolescentes.En vertu de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, la CDPQ peut également intervenir préalablement si elle possède des informations selon lesquelles «la vie, la santé ou la sécurité d’une personne visée par un cas de discrimination est menacée».Dans de telles circonstances, la Commission pourrait s’adresser à un tribunal afin «d’obtenir d'urgence une mesure propre à faire cesser une telle menace».Il semble que cette dernière disposition s’adresse en partie à ceux qui travaillent dans le milieu de la santé.Des cas de parents qui se sont présentés aux CLSC et ont demandé que leur enfant soit excisée ont déjà été répertoriés.Les CLSC refusent évidemment ces demandes.Mais à la lumière de l’avis de la CDPQ, seront-ils obligés de faire parvenir ces informations à la Commission?La question est de mise.«Parce que l’on peut très bien penser que ces parents se tournent vers d’autres sources» pour faire exciser leurs filles, a affirmé hier Marie Moisan, agente de recherche au Conseil du statut de la femme de Québec.Bien qu’elle accueille bien la démarche de la Commission, Mme Moisan s’est interrogée sur les résultats qu’elle pourrait entraîner, «étant donné que ça se fait de façon très clandestine».On ne possède aucune donnée sur l’ampleur de ce phénomène au Québec.Mais les groupes de femmes et le milieu médical se doutent que certains immigrants fassent toujours exciser leurs filles, possiblement en retournant temporairement dans leur pays d’origine, ce qui n’empêcherait pas les autorités canadiennes de les poursuivre.L’hôpital Sacré-Cœur avait été cité l’année dernière pour avoir procédé à des réinfibulations sur des femmes à la suite d’un accouchement.Et le gynécologue Claude Fortin dit avoir pratiqué neuf défibulations sur des femmes immigrantes, à leur demande.Ces femmes portaient encore les cicatrices du «traumatisme psychologique» consécutif à une telle intervention.Et même si la défibula-tion leur permet de reprendre une vie sexuelle s’apparentant à celle des autres femmes, «on ne peut jamais qualifier de normale une relation dont un organe est absent», a-t-il soutenu dans une entrevue hier.Les inquiétudes croissantes selon lesquelles ce phénomène a bel et bien lieu au Québec ont amené en novembre dernier le ministre de la Justice, Paul Bégin, a demandé à son vis-à-vis fédéral, Allan Rock, d’inscrire explicitement les mutilations génitales des femmes parmi les actes interdits par le Code criminel.M.Bégin a cité les démarches entreprises en ce sens par certains pays, dont la Suède, la Belgique, la Norvège et le Royaume-Uni, ainsi que certains Etats américains.Mais il semble que M.Rock soit peu disposé à donner suite à cette requête.Dans une réponse envoyée à M.Bégin le 18 janvier dernier, le ministre fédéral a fait remarquer que les articles 265, 267, 268 et 269 du Code criminel actuel, qui traitent des voies de fait, suffiraient pour faire condamner une personne coupable d’avoir pratiqué une excision.M.Rock a d'ailleurs donné cette même réponse l’année dernière au Conseil consultatif canadien sur le statut de la femme, qui lui avait demandé d’étudier la possibilité d’un tel amendement.Le vis-à-vis québécois de cet organisme, le Conseil du statut de la femme du Québec (CSFQ), est partagé sur cette question.Bien qu’une nouvelle disposition puisse contribuer à l’éradication de cette pratique, elle pourrait aussi avoir l’effet contradictoire «de la reléguer encore plus dans la clandestinité», a fait valoir Mme Moisan.Le CSFQ favorise plutôt des efforts de sensibilisation auprès des communautés quj ont une tradition d’excision et d’infibulation.A cet effet, on s’attend à ce que le nouveau Comité d’orientation sur les mutilations génitales en arrive à des solutions pour rejoindre ces communautés.Ce comité, mis sur pied l’automne dernier, regroupe des représentants du gouvernement québécois et des groupes des femmes.«Ça ne sert à rien d’avoir des femmes blanches qui vont dans ces communautés pour leur dire d’arrêter cette pratique.Pour que la prévention se fasse, il faut que les femmes africaines soient impliquées», a souligné hier Chantal Lapointe du Regroupement des centres de santé des femmes du Québec et membre du Comité d’orientation.Bien qu’aucune plainte formelle n’ait été jusqu’ici déposée auprès de la CDPQ, la Commission a jugé opportun de se prononcer sur ce sujet à cause des nombreuses requêtes qu’elle a reçues pour son avis là-dessus, a dit son porte-parole, Robert Sylvestre.Dans l’avis préparé par Maurice Drapeau et Haïlou Wolde-Giorghis, la CDPQ cite l’obligation du Canada et du Québec de respecter les conventions et pactes internationaux auxquels ils ont adhéré.Or, en décembre 1993, l’ONU est intervenue pour inclure dans la définition de la violence au sein de la famille «les mutilations génitales et d’autres pratiques traditionnelles préjudiciables à la femme».La CDPQ conclut que les mutilations génitales violent non seulement l’article 1 de la Charte québécoise (le droit à la sûreté et à l’intégrité de la personne), mais qu’elles constituent également un acte discriminatoire parce qu’elles visent spécifiquement les femmes.«Ces pratiques auraient pour objectif la soumission permanente de la femme à la volonté de l’homme», affirme la CDPQ.La Commission précise que ce raisonnement ne s’appliquerait toutefois pas dans le cas de la circoncision, puisque «même si, à première vue, elle est une atteinte à l’intégrité physique, il serait difficile d’affirmer que c’est un acte illicite préjudiciable aux jeunes garçons ou ayant des effets nuisibles à leur vie sexuelle».L’intelligentsia du Canada anglais veut qu’Ottawa fasse «souffrir le Québec» SUZANNE DANSEREAU PRESSE CANADIENNE Toronto — S’il faut se fier à une discussion qui a eu lieu hier à Toronto entre la crème des intellectuels au Canada anglais, il n’y a pas grand chance qu’Ottawa accepte de s’asseoir avec le gouvernement Parizeau pour négocier pacifiquement la sécession du Québec si le OUI l’emporte lors d’un référendum sur la souveraineté.Au contraire, l’intelligentsia canadienne-anglaise semble penser qu’il est préférable que le premier ministre Jean Chrétien ne bouge pas au lendemain d’un OUI, dans l’espoir que les choses aillent si mal pour le Québec que la sécession n’ait finalement pas lieu.«Si Jean Chrétien va au balcon et reconnaît la sécession, il jette sa carrière politique aux ordures.Ce serait sombrer dans le ridicule politique et l’illégalité constitutionnelle», a déclaré hier Stanley Hartt, un ex-conseiller du gouvernement Mulroney.«Son jeu — en fait, son devoir — sera au contraire de faire souffrir le Québec afin d’éviter que la sécession ne soit proclamée et ne devienne irréversible», a-t-il ajouté.Voici son raisonnement: au lendemain d’un OUI, la réaction des marchés financiers sera très dure.Mais comme le Canada a les reins plus solides que le Québec au niveau financier, il peut donc «tenir le coup plus longtemps» et se permettre «d’attendre et voir venir».Et si, pendant ce temps, la situation économique se dégrade, les Québécois changeront d’idée, a ajouté le politicologue québécois Stéphane Dion: «Plus ça fera mal, plusl’appui à la souveraineté baissera.» Ce forum était organisé par l’Institut C.D.Howe à Toronto.On avait réuni une quarantaine de politicologues, économistes, journalistes et avocats reconnus au Canada anglais.Deux Québécois du camp du NON, Stéphane Dion et le président du Comité du NON, Michel Bélanger, étaient également présents.L’essentiel de la discussion portait sur la théorie exposée par Robert Young, un politicologue de l’Université Queen’s à Kingston.M.Young croit que si le OUI l’emporte, Ottawa devra le reconnaître et s’asseoir avec le gouvernement Parizeau pour négocier pacifiquement la sécession du Québec.Il croit que cette négociation sera rapide, entre autres pour éviter une crise économique provoquée par la réaction négative des marchés financiers à un OUI.Mais sa théorie a été assaillie de tous côtés, hier, et il s’est retrouvé isolé.Un de ses plus grands opposants fut Patrick Monahan, de l’Université York, qui lui a dit qu’il jouait le jeu du Parti québécois et qu’Ottawa ne devait pas négocier simplement pour «acheter la stabilité» et réduire l’incertitude.D’autres, comme Gordon Ritchie, de Strategico Inc., lui ont dit qu’il donnait trop de légitimité à la question référendaire ou encore à la mince majorité que le OUI risque d’obtenir lors d’un référendum (on a parlé de 51-52%).ACADIE Les Acadiens sont «déchirés entre le papa pourvoyeur fédéral et la mère adoptive québécoise» SUITE DE LA PAGE 1 le de la société, en juin.«C’est une décision qu’on devra reconsidérer.Cette question-là sera sur la table.» Comme lui, Jean-Marie Nadeau, l’un des animateurs du Parti acadien dans les années 1970, croit que ce référendum «n’est pas de nos affaires».Nadeau croit que ce n’est pas à l’avantage des Acadiens d’aller «peddler le fédéralisme au Québec», surtout que le taux d’assimilation des francophones est de «78 % à Terre-Neuve et de 57 % en Saskatchewan», ce qui constitue selon lui des chiffres qui ne militent pas en faveur du Canada.«Qui dit que le fédéralisme est notre seule garantie?Est-ce que je sais si un Québec indépendant ne ferait pas mieux?», demande M.Nadeau.Il se choque de ce que les Acadiens aient déroulé le tapis rouge pour le chef libéral Daniel Johnson, lors de sa visite au Nouveau-Brunswick le 14 février.«C’est l’Acadie qui se met aux côtés de McKenna, du Reform Party et des autres, grogne-t-il.C’est trop facile d’adopter la position des majoritaires.Plus les Acadiens vous disent de voter NON, plus vous devriez voter OUI.» Le secrétaire général de la Société nationale de l’Acadie (qui regroupe des Acadiens de plusieurs provinces), René Légère, estime que les commentaires des Gervais et Nadeau sont le fait d’individus isolés qui ne représentent pas une tendance importante.Selon M.Légère, la position adoptée par la SAANB représente un «pas qu’il était important de franchir: dire que le fédéralisme a bien servi les communautés acadiennes».«J’ai trois enfants, dit M.Fontaine.Le jour où le Québec ne sera plus là, j’élèverai mes enfants dans un ghetto.» Si c’est OUI, «dans 50 ans, la langue française n’aura plus aucune valeur en dehors du territoire du Québec en Amérique du Nord», dit M.Légère.«Si c’est OUI, je crains un backlash des anglophones (dans les autres provinces que le Québec)», dit le recteur de l’Université de Moncton, Jean-Bernard Robichaud.«Ils vont dire aux francophones: “On leur a donné un pays (le Québec), qu’ils s’en aillent!”, dit Eliane Roy, de Coop-Atlantique, une entreprise dont les ventes dans la distribution alimentaire frisent les 450 millions $.Déjà, on entend: “Go back to France!” Ils voijt nous dire: “Go back to Québec!”» A l’université, selon Pascale Paulin, de l’association des étudiants de l’Université de Moncton, «les jeunes ont peur, c’est la panique.Les jeunes qui m’entourent, dit-elle, disent que les Québécois ne peuvent pas nous faire ça».M.Fontaine compare ce qui adviendrait aux Acadiens si les Québécois votent OUI à l’effet qu’a eu la grève des joueurs de baseball sur la dernière saison des Expos de Montréal.L’équipe montréalaise voguait vers un championnat.La grève a tout gâché.«Il est légitime, comme gestionnaire qui doit veiller à l’implantation d’un plan d’affaires d’une grande entreprise dans cette province, de s’interroger sur les conséquences de la séparation du Québec», dit-il.«On est en train de se remettre sur pied, dit le directeur du Conseil économique du Nouveau-Brunswick, Jean Nadeau.Avec la souveraineté du Québec, il faudra s’adapter à des taux d’intérêt plus élevé.Ce sera juste plus d’incertitude dans un monde déjà incertain.C’est pour ça que je suis émotionnellement impliqué», dit ce Québécois d’origine.Selon l’autre Nadeau, Jean-Marie, qui travaille aujourd’hui à l’Association des pêcheurs acadiens, les Acadiens avaient, en 1980, une «sympathie pour les thèses autonomistes».Il rappelle qu’à l’époque, les Acadiens entretenaient pour eux-mêmes des velléités autonomistes plus grandes: certains ont même songé à une province acadienne.Mais aujourd’hui, dit-il, les Acadiens sont «déchirés entre le papa pourvoyeur fédéral et la mère adoptive québécoise».Il croit que la «valse-hésitation des Québécois a fini par écœurer tout le monde».«Les jeunes contestataires aux cheveux longs et aux jeans troués, soulignait récemment Euclide Chiasson, fondateur du Parti acadien, portent mainte- nant des cravates comme hauts fonctionnaires à Fredericton, relationnistes au centre d’oncologie Georges-Dumont, ingénieurs, entrepreneurs.» Il ne partage pas la crainte que l’indépendance du Québec soit aussi catastrophique qu’on le dit pour les Acadiens, à cause du nouveau contexte mondial, où les frontières jouent un rôle moins important dans la protection de la langue.En outre, les liens formels Québec-Acadie sont peu nombreux.Selon lui, il y a un ressentiment des Acadiens envers les Québécois, mais qui ne découle pas forcément du référendum.«Les Acadiens disent “maudits Québécois” comme vous dites “maudits Français”, dit-il.Ils trouvent que les Québécois ne tiennent pas beaucoup compte des autres.» Cette distance entre les Québécois et les communautés francophones dans les autres provinces avait été consacré lorsque la Fédération des francophones hors Québec avait changé son nom, en 1991, pour la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.Il s’agissait pour elles de ne plus se définir par rapport au Québec.Malgré tout, et quoi qu’il advienne, le recteur Robichaud souhaite que Québécois et.Acadiens sauront aller au-delà des rapports entre Etats et maintenir des relations «de peuple à peuple».«Ce qu’on doit le plus protéger, c’est la solidarité Québec-Acadie», dit Jean-Marie Nadeau.LE DEVOIR LES BUREAUX DU DEVOIR SONT OUVERTS DU LUNDI AU VENDREDI DE 9H00 À 16H30 2050.RUE DE BLEURY.9E ÉTAGE.MONTRÉAL (QUÉBEC) H3A 3M9 RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION : (514)985 3333 PUBLICITÉ AVIS PUBLICS (514) 985 3344 ANNONCES CLASSÉES (514)985 3344 + PUBLICITÉ (514)985 3399 / télécopieur (514)985-3390 NUMÉRO SANS FRAIS 1 800-363-0305 les eenéros de télépAone sehreals sont valables pool le service de livraison pei camelot et poet les aboaaeneels postier.SERVICE DES ABONNEMENTS DU LUNDI AU VENDREDI DE 8H00 A 16H30 Montréal (514) 985-3355 / lélécopieur (514) 985-3390 Extérieur (sans frais) 1 800 463-7559 ror Inc.612 < imt-Jarquc*.Monterai l.'Ajrrm p à rrnployrr rt à diffuser les ibficit^: (514) 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