Le devoir, 17 décembre 1994, Cahier D
[" FIDES ?LE DEVOIR Le Feuilleton Page D3 Littérature jeunesse Page 1)19 ?Les Muses mutines Page D23 Formes Page D24 A'** riv ÿv.J£afæ Pierre Cayouette, responsable du cahier Livres Illustration tirée de l'album Cirque du Soleil.Dans les splendeurs de Venise, dans la Provence de Giono ou la Champagne de La Fontaine, sur les plateaux dorés de Hollywood, sous le chapiteau magique du Cirque du Soleil, dans la Russie de toutes les démesures, dans les plus beaux musées de France, sous le hunier d\u2019un grand voilier, au hublot d\u2019une navette spatiale, au cœur de l\u2019Italie gourmande, devant une assiette de cuisine chinoise, entre le Yin de la ciboule et le Yang du gingembre, dans les coulisses de la fabuleuse histoire des coiffures: les beaux livres nous entraînent partout.À quelques jours de Noël, le cahier Livres du Devoir convie donc ses lecteurs à un véritable festin qui, nous l\u2019espérons, les guidera dans leurs emplettes.Plus riches, plus lourds, plus capiteux, plus variés \u2014 et plus onéreux \u2014 que jamais, ces beaux livres nous arrivent cette année par dizaines.C\u2019est pourquoi il a fallu mobiliser une bonne partie des effectifs de la rédaction du Devoir pour les recenser.On a déjà vu plus cruel labeur! Il faut voir dans cette abondance de livres un signe de plus de la bonne santé de l\u2019industrie du livre.Quoi qu\u2019en disent les chevaliers de l\u2019Apocalypse et les avocats du CD ROM qui annoncent ou souhaitent la fin de l\u2019imprimé.rien ne vaut le plaisir de tenir entre ses mains un beau livre et de s\u2019y vautrer goulûment.Bonne lecture! Sous la direction de Denis Monière L\u2019ANNÉE POLITIQUE AU QUÉBEC 1993-1994 Une synthèse de la vie politique au Québec, de la démission de Robert Bourassa, en septembre 1993, à la formation du Conseil des ministres du gouvernement du Parti québécois, en passant par la percée fulgurante du Bloc québécois et l\u2019élection de Jean Chrétien.Vol.de 256 p., abondamment illustré, 24,95$ Æ devoir 4 I.H I) E V OIK.I, E S S A M 10 I) I 17 E T I) I M A NOUE 18 I) E C E M B K E I !» 9 I En coédition avec LE DEVOIR LA PETITE MAISON DE LA GRANDE LITTÉRATURE 114 pages- 15.95$ -* L I V Sur les traces de La Fontaine IA CHAMPAGNE AU PAYS DE IA FONTAINE UN HOMME, UNE ŒUVRE, UN LIEU Gaston Compère, Yves-Marie Lucot, Gérard Gréverand Casterman, Paris, 1994,178 pages, 44,95 $ GILLES LESAGE Parler de La Fontaine n\u2019est jamais un ennui, même quand on serait bien sûr de n\u2019y apporter rien de nouveau; c\u2019est parler de l\u2019expérience même, du résultat moral de la vie, du bon sens pratique, fin et profond, universel et divers, égayé de raillerie, animé de charme et d\u2019imagination, corrigé encore et embelli par les meilleurs sentiments, consolé surtout par l\u2019amitié; c\u2019est parler enfin de toutes ces choses que l\u2019on ne sent jamais mieux que lorsqu\u2019on a mûri soi-même.» Cet exergue de Sainte-Beuve est on ne peut plus approprié au magnifique album que la collection Les Beaux Livres du patrimoine, avec la collaboration de Colette Prieur et du musée Jean-deln-Fontaine (à Château-Thierry, lieu de sa naissance en 1621), consacre au fabuliste, à l\u2019occasion du troisième centenaire de sa mort, le 13 avril prochain.Yves-Marie Lucot nous entraîne allègrement sur les traces de La Fontaine en Champagne, avec chronologie et bibliographie.Gérard Gréverand commente 50 fables illustrées de 1688 (Chauveau) à nos jours (Aractingi), en passant par Fragonard, Delacroix et de multiples graveurs et caricaturistes.Finalement, Gaston Compère présente finement le portrait dhm écrivain aussi présent et actuel qu\u2019il y a 300 ans.L\u2019ensemble est d\u2019une facture fort agréable, intéressante à tous égards, permettant aux aînés de se rafraîchir auprès du Bonhomme, aux plus jeunes, de faire connaissance avec celui qui, selon l\u2019oraison funèbre de Fénélon, «a donné une voix aux bêtes pour qu\u2019elles fissent entendre aux hommes les leçons de la sagesse».» Plus de trois siècles après leur parution, les Fables \u2014 l l\u2019espace total du livre) < reprenant pour «a ; part, d\u2019un récit: sà l\u2019autre, une phrase; ; déjà inscrite dans; l\u2019histoire précédente, ! pour la mettre, en, exergue de la suivaii-te.L\u2019ensemble naît ' donc du premier récit («Cet été-là»),:1e plus long, celui qui : raconte la mort des .parents: celle du père puis, une semai* : ne plus tard, celle de la mère, pen-i < dant que la narratrice attend des: nouvelles de son manuscrit (Les Di- ! manches sont mortels).C\u2019est sur cette , circulation du réel et du fictif dans la vie même de l\u2019auteur figuré que; se i développera la suite.\t< > Ecrira-t-on ici comme un chat; c\u2019est-à-dire, selon l\u2019expression peu connue, d\u2019une manière illisible?Bien, au contraire, se méfiant des «succédanés durassiens», inspirée plutôt.par William Styron, Stendhal, Kun- s dera, et avouant bien d\u2019autres fascis! nations (Kafka, Henry Jamesfl Borges.), toujours la limpidité sera ; au programme.Et la subtilité.: : Plus, peut-être, que la nouvelle; i éponyme, les deux histoires du mi: lieu donnent son poids au recueil; en * mettant en scène des peintres tras: vaillant sur la soie.Comme dansTa.: célèbre histoire de l\u2019artiste chinois, qui, un jour, disparut dans le paysage qu\u2019il avait peint, on entre dansp «Un rêve en soie» et «L\u2019Amour.; l\u2019après-midi» pour s\u2019y perdre.On suit presque certaine Jeanne et son Jean1: («l\u2019homme de sa mort»), derrière,le poète Heinrich von Kleist et sa corn-, pagne Henriette Vogel qui, le 20 no* -vembre 1811, partirent pour l'autre.; monde.On le fait ici avec le larioiu nant andante de Mozart qui servit ide : thème au film Elvira Madigan.! sol D\u2019une écriture un peu sibylliné!, plutôt détachée (à la troisième comme à la première personne), le livré de F.D\u2019Amour est aussi riche qu'attachant, sans prétention.Comme ce* ; lui de P.Zumthor, un cadeau delà saison.\t; Cu Laberge Le Poids des ombres M\\im: i.uwnu roman Une mère, sa fille, leurs amours.«Marie Laberge illustre de manière magistrale la force des pulsions de vie qui habitent un être humain placé au bord d\u2019un précipice.» I I.POIDS 1)1 S O.MBIIKS Dominique Paupardin La Presse 464 pages - 25,95S Qui m'aime me lise » n cadeaux mballages année 362 j°uVS LIBRAIRIE HERMÈS 1120, aye.laurier ouest outremont, montréal tel.: 27-1-3669 téléc: 27*3660 *9 V- If * les éditions du remue-menage I Boréal «Louis Hamelin: le meilleur écrivain de sa génération».Réginald Martel, La Presse Prix Molson de l'Académie des lettres du Québec 1994 Grand Prix du livre de Montréal 1994 éditeur 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2LJZ1 Tel.: 514.525.21.70 \u2022 Téléc.: 514.525.75.37 Les beaux dimanches de Buchenwald L'ECRITURE OU LA VIE Jorge Semprun Gallimard, 319 pages Tls sont en face de moi, l\u2019œil I\trond, et je me vois soudain dans ccregard d\u2019effroi: leur épouvante.«Depuis deux ans, je vivais sans visage.Nul miroir, à Buchenwald.Je voyais mon corps, sa maigreur croissante, une fois par semaine, aux douches.Pas de visage, sur ce corps dérisoire.De la main, parfois, je frôlais une arcade sourcillière, des pommettes saillantes, le creux d\u2019une joue.J\u2019aurais pu me procurer un miroir, sans doute.On trouvait n\u2019importe quoi au marché noir du camp, en échange de pain, de tabac, de margarine.Même de la tendresse, à l\u2019occasion.» Mj \u2018f r ?Ainsi débute le livre bouleversant et moble \u2014 parce que mûri dans la douleur mais sans chagrin ni complainte \u2014 que l\u2019écrivain Jorge Semprun consacre, cinquante ans après, à'son passage dans le camp de concentration de Buchenwald, un camp à deux pas de Weimar d\u2019où l\u2019on sortait surtout «par la cheminée».Lui, arrivé là à 19 ans en janvier 1944 \u2014 dans les transports massifs qui vidaient les prisons françaises \u2014 y fut surpris le 11 avril 1945 aux portes du camp par ces soldats alliés («en face de moi, l\u2019œil rond») qui y entraient après le départ des SS.II\ta 21 ans et il a survécu, ce jeune homme, ce matricule 44904, qui vient de faire durant 15 mois l\u2019expérience la plus paroxystique du mal.L\u2019homme écrit aujourd\u2019hui: «La mort n\u2019ést pas une chose que nous aurions frôlée, côtoyée, dont nous aurions réchappé, comme d\u2019un accident dont on serait sorti indemne.Nous l\u2019avons vécue(.) Nous ne sommes pas des rescapés, mais des revenants.» La particularité des revenants, dans la littérature ou la vie, est de n-\u2019être pas cru lorsqu\u2019ils racontent leur passage du côté de la mort.Dans le convoi de rapatriement qui ramène Semprun en France, en avril 1945, un de ses camarades de baraque lui dira: «Le vrai problème n\u2019est pas de raconter, quelles qu\u2019en soient les difficultés.C\u2019est d\u2019écouter.Voudra-t-on écouter nos histoires, même si elles sont bien racontées?» C\u2019est pourquoi Jorge Semprun, qui était avant Buchenwald un étudiant en philosophie (il a tenu dans ses bras en lui disant des vers de Baudelaire son professeur de la Sor-bohne, Maurice Halbwachs, cadavé-risé et mourant), qui deviendra écrivain (un premier roman en 1961) puis scénariste (pour Resnais et Cos-taJGavras), puis ministre de la Culture\u2019dans le cabinet de Felipe Gonzalez dans les années 80, et aujour-d.\u2019hui mémorialiste de Buchenwald, a d\u2019abord choisi le silence.Il s\u2019explique aujourd\u2019hui: «Je me tus aussitôt, à ce sujet, pour longtemps.Non pas d\u2019un silence affecté, ni coupable, ni craintif non plus.Silence de survie, plutôt.» Ce que les soldats du général Pat-ton qui libèrent Buchenwald voient Les «beaux dimanches» de Buchenwald, la soupe aux nouilles, le règlement relâché, les chansons de Zarah Leander par les haut-parleurs, les discussions sur Goethe avec Maurice Halbwachs, les conciliabules aux latrines boueuses et conviviales, le parterre de fleurs devant le bâtiment de la cantine, l\u2019allégresse d\u2019un soir où ils crièrent des poèmes sous les alarmes, tous ces souvenirs et ces mots que Semprun a arraché un à un de son oubli.Pour mémoire.Semprun écrit: «Jamais je ne pourrai contempler les figures de Giacometti sans me souvenir des étranges promeneurs de Buchenwald: cadavres ambulants dans la pénombre bleutée de la baraque des contagieux: cohortes immémoriales autour du bâtiment des latrines du Petit Camp, trébuchant sur le sol caillouteux, boueux dès la première pluie, inondé à la fonte des neiges, se déplaçant à pas comptés.» Les soldats de Patton face au jeune Semprun en avril 1945 ont l\u2019œil rond.Semprun se souvient que l\u2019un d\u2019eux, le lendemain, l\u2019amena voir la maison de Goethe qui était à un jet de pierres du camp.Pierre Morency Les paroles qui marchent dans la nuit poèmes Une superbe célébration de la vie et du verbe.ROBERT LÉVESQUE ?devant eux («leur épouvante») c\u2019est un jeune homme éberlué qui vit dans la mort, la fréquente, la connaît, la comptabilise, la sent («l\u2019odeur fécale de la mort» et «l\u2019étrange odeur» du four crématoire), et pourtant il vit, il n\u2019aura pas besoin de soins particuliers: «J\u2019étais en bonne santé, en arrivant à Buchenwald».Jorge Semprun, apatride puisque sa famille a fui l\u2019Espagne de Franco en 1936, faisait partie d\u2019un réseau anglais de la résistance en France.Arrêté par la Gestapo, il est envoyé à Buchenwald à 19 ans.C\u2019est le bon âge, dit-il sans çynisme, sans recherche d\u2019effet.A 19 ans vous êtes curieux de toute expérience.Des 850 Espagnols que les Allemands reçoivent à Buchenwald en attendant de les envoyer dans d\u2019autres camps ou alors.«par la cheminée», le jeune Semprun est le seul à parler la langue allemande.On le distingue du lot.«C\u2019est l\u2019allemand qui m\u2019a sauvé», écrit-il.On le fait travailler au fichier.Il y gagne la chance de rester à Buchenwald sans y être gazé.Il tiendra quotidiennement la liste des «départs», effaçant le nom de ceux qui sont «partis en fumée» mais sans effacer le numéro afin d\u2019y ajouter le nom d\u2019un autre, d\u2019un arrivant: «Un vivant pourrait désonnais prendre la place de ce mort.Un vivant, je veux dire: un futur cadavre.» L\u2019ouvrage de mémoire de Jorge Semprun sur Buchenwald s\u2019ajoute aux nues ouvrages, de Robert Antel-me et de Primo Lévi entre autres, où des déportés ont témoigné de l\u2019absolu de l\u2019horreur.Si Robert Antelme, le premier mari de Marguerite Duras, a écrit son livre tout de suite après la guerre, témoignant de vitesse avant Pierre Morency LES PAROLES QUI MARCHENT DANS LA NUIT de se taire définitivement, et si Primo Lévi, lui, a plusieurs fois visité et revisité sa mémoire avant de se suicider en 1987, Semprun a fait tout le contraire.Sa démarche de revenant a commencé non seulement dans le silence, mais dans l\u2019effort de l\u2019oubli.Avant d\u2019arriver à pouvoir écrire un tel livre, il lui aura fallu oublier.C\u2019est dans cet oubli qu\u2019il a retrouvé le goût de vivre.L\u2019écriture ou la vie, comme le dit son titre: «J\u2019avais choisi une longue cure d\u2019aphasie, d\u2019amnésie délibérée, pour survivre.» Revenu à Paris il ira chez des femmes auprès desquelles il retrouve un plaisir de la vie, entrecoupé de cauchemars puisque les nuits ne se contrôlent pas comme les jours.Il se réveille mille fois lorsqu\u2019il entend un SS qui crie Crematorium, ausmachen! («Crématoires, éteignez!»), puisque parfois le feu sortant des cheminées pouvait être vu par des escadrilles alliées avançant vers le cœur de l\u2019Allemagne.et alors on éteignait! Jorge Semprun, avec une une clarté qui éblouit, explique comment il a dû devenir un autre pour pouvoir rester lui-même.La stratégie de l\u2019amnésie volontaire lui aide à passer un premier cap de 15 ans, l\u2019espace historique d\u2019une génération.Ce n\u2019est qu\u2019à la parution de son premier roman en 1961, Le Grand Voyage, où il met en scène sous d\u2019autres noms et inventant des camarades le voyage vers Buchenwald, que les choses sont devenues différentes.Une angoisse est revenue, «particulière- ment au mois d\u2019avril» lors des commémorations de la libération du camp.Ce n\u2019est toutefois qu\u2019en 1987, l\u2019année du suicide de Primo Lévi, qu\u2019il met en branle ce livre.Un livre sans rancœur ni rage, l\u2019ouvrage d\u2019une mémoire apaisée où Semprun explique comment dans l\u2019après-Bu-chenwald la mort a cessé un jour d\u2019être dans son passé \u2014 qu\u2019il fuyait \u2014 pour à nouveau surgir dans son avenir, «inévitable et sournoise».En approchant de cette mort qui lui appartiendra, il a pris la décision d\u2019écrire sur celle de Buchenwald.Parce qu\u2019un jour il n\u2019y aura plus personne qui pourra raconter.?Un grand livre sur un grand sujet nous laisse démuni et muet, d\u2019abord.Celui de Jorge Semprun est serein, et parfois gai, il y passe entre les horreurs ordinaires de la vie du camp des brises de nostalgie quand Semprun écrit «je sais déjà que j\u2019aurai toute ma vie un souvenir nostalgique des mégots de machorka fumés avec des copains», et lorsqu\u2019il décrit les dimanches et les séances de cinéma, se souvenant d\u2019y avoir vu Pola Négri dans Mazurka.PHOTO MATHIEU LANDMAN Jorge Semprun Musicienne d\u2019origine brésilienne, Assar-Mary Santana vit à Montréal depuis une vingtaine d\u2019années.Traduit du portugais et de l'espagnol par Suzanne Grenier\t126 pages -15.95 $ «f 11ÛT avj Jbantana Boléro, quelques pas de danse dans un univers quasi mythique où les rites et les croyances populaires se mêlent au quotidien, se faisant l\u2019écho d\u2019une réalité déroutante, empreinte de sensualité.On y rencontre des personnages étonnants.Tari et sa passion pour Laura la magnifique, l\u2019oncle Bernardo, l\u2019aventurier de Caracas, Rosaura, l\u2019intarissable conteuse et 1\u2019«admirablement vieille» madame Eugenia.Yann Martel Paul en Finlande nouvelles Alberto Manguel E3 Boréal «Quiconque serait porté à croire que l\u2019art de la fiction est moribond lira Yann Martel avec étonnement, délices et gratitude.» 258 pages- 18.95S Qui m'aime me lise.112 pages- 18.70S Qui m\u2019aime me lise. I.K I) hi \\' (l I li , I.K S S A M K DI 17 K T I) I M A N C II K I K I) K (' K M II II K I !l DI Jocelyn Coulon LES CASQUES BLEUS G 0 D I N Un enfant du siècle Boréal Boréal 480 pages-27.95S Qui m\u2019aime me lise.\u2022¦«ta*, i.Wauék.-vint^sé S Boréal Qui m\u2019aime me lise.ARCHAMBAULT ?GEORGES PERROS, PAPIERS COLLÉS III Gallimard, collection «L\u2019Imaginaire», 336 pages erros cite Pascal: «Quand on lit trop vite ou trop doucement, on n\u2019entend rien.» Depuis plus de vingt ans, je lis et relis Perros.Le moindre de ses inédits, une lettre que l\u2019on croyait perdue, un fragment de journal, rien de ce qu\u2019il a écrit ne m\u2019indiffère.Il est un de ces rares auteurs avec qui je n\u2019en aurai jamais fini.Convient-il de le lire avec avidité en allant au plus pressé ou, au contraire, doit-on s\u2019efforcer de ne rien rater d\u2019une démarche obstinée vers la vérité?Je ne sais pas.Une chose est certaine, cet homme n\u2019a pas cessé de me soutenir.Alors que tant de livres, couronnés ou non, célébrés avec fanfare ou négligés, me tombent des mains, ces notes qu\u2019il a rédigées la plupart du temps sur des bouts de papier me sont indispensables.Ces troisièmes Papiers collés sont posthumes.Comme dans les deux premiers volets de l\u2019entreprise, on est en présence d\u2019aphorismes, d\u2019écrits intimes de tous ordres, de portraits d\u2019écrivains, de notes de lecture.Qu\u2019il aborde la littérature ou la vie, Perros va à l\u2019essentiel.De l\u2019ordinaire quotidien, il évoque sans avoir l\u2019air d\u2019y toucher les plus troublantes précisions.Cet homme pour qui la gêne matérielle n\u2019était pas un vain mot souffrait de tout son être d\u2019une détresse existentielle totale.Aimant la littérature dans ce qu\u2019elle a de plus exigeant, il ne s\u2019est jamais amusé du jeu littéraire.Dans son coin perdu de Douamenez lui arrivaient des rumeurs de la vie parisienne qu\u2019il avait fuie jadis.Jamais n\u2019a-t-il consenti que ces légèretés-là le dérangent de sa méditation.Je ne cesse jamais de me demander la cause de la fascination qu\u2019exerce son œuvre sur moi.Nous sommes ainsi faits, nous, êtres humains, qu\u2019une joie n\u2019est jamais complète qu\u2019elle n\u2019aie été analysée.Chaque fois, j\u2019en arrive au même constat.Ce sont ses émerveillements devant la vie qui me bouleversent.Qu\u2019un homme d\u2019une telle lucidité ne cède pas complètement au cynisme me surprend et me comble.«Ce que j\u2019ai appris, c\u2019est qu\u2019il est plus difficile d\u2019écrire simplement qu\u2019hermétiquement.L\u2019hermétique doit être absorbé par le simple.Holderlin le savait.Et Artaud.» Il n\u2019est pas si simple, Perros, il a ses astuces.J\u2019aime sa manière, itérative, obstinée, souvent insistante puis à peine allusive.S\u2019il me rejoint toujours, c\u2019est par sa douleur d\u2019écor-ché vif.La solitude qu\u2019a connue Perros, qu\u2019il a recherchée et cultivée, n\u2019allait pas toujours de soi.On trouve dans ses poèmes et dans son journal de nombreux appels de détresse.Dans le contact humain, Perros était bourru, mais on ne tardait pas à percer la carapace.Et que découvrait-on?Un inquiet, un tendre qui aurait bien voulu partager un ballon de rouge avec le premier inconnu, à supposer que ce dernier aime un peu la musique de piano et Rimbaud.L\u2019Ardoise magique qui clôt le recueil raconte les derniers mois de la vie de Perros.On sait qu\u2019il devait mourir à 55 ans d\u2019un cancer de la gorge.«L\u2019impression d\u2019avoir été décapité.Puis on m\u2019aurait remis la tête, un peu de travers.Cet air décalé que nous avons.» Ne cherchant pas à apitoyer le lecteur, mais y parvenant dans l\u2019humour et l\u2019auto-dérision, Perros indique ce qu\u2019est le courage.Alors qu\u2019il se sait condamné: «Après tout, il me reste le plaisir de vivre.Pas mal.» N\u2019est-ce pas le plus beau mensonge qu\u2019il pouvait se conter?Il en aurait mérité de plus somptueux.GEORGES PERROS t IMAGINAIRE GALLIMARD 12Ô pages- 15.95$ La Terre est rouge comme un Casque bleu Incitations à la lecture Cent douze dessins de Serge Chapleau, mordants, irrévérencieux, hilarants, qui sont autant de façons de transformer les mauvais souvenirs de l\u2019année en occasions de rire.fci____________________________ii 1922-1960 Les années de formation d\u2019un homme aussi séduisant et charismatique que difficile dans le quotidien.Pierre Godin René Lévesque Un enfant du siècle dut quelques passages très détaillés sur les opérations des contingents de l\u2019ÔNU sur le terrain, permet de faire ressortir les enjeux de la situation mondiale actuelle.On n\u2019en attendait pas moins d\u2019un journaliste du Devoir.Un des éléments mis en évidence dans Les Casques bleus et qui, de prime abord, surprennent le dilettante, c\u2019est la très grande implication des Canadiens, francophones surtout, dans l\u2019histoire récente et moins récente de l\u2019ONU.Qui se souvient aujourd\u2019hui que Lester B.Pearson a joué un rôle prépondérant dans l\u2019élaboration par les Nations unies du plan de partition de la Palestine qui a mené à la création d\u2019Israël et dans le dénouement de la crise du canal de Suez, rôle pour lequel il allait obtenir le prix Nobel de la paix en 1957?(Soyons méchants, qui se souvient même qu\u2019il fut premier ministre du Canada?Mais c\u2019est une autre histoire.) Plusieurs haut gradés des Forces armées canadiennes, tels les brigadiers généraux Maurice Baril et Armand Roy ou le général Lewis MacKenzie, ont aussi été choisis pour diriger d\u2019importantes missions de paix.En fait, depuis 1948, et jusqu\u2019à récemment, le Canada a fait figure de leader respecté quand venait le temps pour l\u2019ONU d\u2019intervenir.Mais la conjoncture actuelle, la fin de la guerre froide, l\u2019éclatement du bloc communiste et la multiplication de ces missions ont modifié l\u2019influence du Canada.Il faut dire que de 11 000 qu\u2019ils étaient à participer à quelques interventions il y a à peine trois ans, les Casques bleus sont maintenant plus de 80 000, répartis dans 17 zones de conflit.Qui plus est, les Casques bleus sont devenus «des symboles impuissants du désordre international» qui prévaut en ce moment et dont le conflit bosniaque est une grotesque caricature.Au point que de plus en plus d\u2019intellectuels se lèvent et s\u2019élèvent contre la «maladie du consensus» qui paralysent les sociétés occidentales et, singulièrement, les grandes puissances.Le plus médiatique d\u2019entre eux est certes Bernard-Henri Lévy à qui Le Devoir donnait justement la parole lundi dernier et qui en profitait pour tomber à bras raccourcis sur le «système intellectuel et politique qui interdit de distinguer entre victimes et bourreaux».Le moins médiatique d\u2019entre eux est certes Pierre Vallières qui dans Le Devoir de résistance (chez VLB éditeur, paru en début d\u2019année, commenté dans cette chronique) disait essentiellement la même chose, que les Serbes sont des fascistes et que de ne pas se mêler de cette guerre équivaut à répéter l\u2019erreur des démocraties occidentales lors de la guerre d\u2019Espagne.Les moyens pour remédier à cette paralysie de la démocratie varient sensiblement toutefois.Pour Lévy, c\u2019est au cœur même de notre civilisation qu\u2019il faut lutter, favoriser l\u2019impur, susciter la colère, combattre les banlieues, celles des villes comme celles de l\u2019âme, ressusciter le politique.Pour Vallières, il s\u2019agit avant tout de combattre la mondialisation de l\u2019économie, de revigorer les régions et d\u2019appuyer le Sud contre le Nord.Les rapports Nord-Sud, voilà une des clés de l\u2019impuissance onusienne.Jocelyn Coulon se penche à quelques reprises (mais sans insister suffisamment à mon humble avis) sur les disparités \u2014 en ressources humaines, en argent et en moyens techniques \u2014 opposant les grandes puissances, qui contrôlent les enjeux, aux pays en voie de développement, dont le poids démocratique se fait de plus en plus sentir.Ces disparités expliquent en très grande partie la lourdeur et la complexité des actions mises en branle par l\u2019ONU, et leur inefficacité.La solution de Jocelyn Coulon?Pragmatique comme se doit de l\u2019être un journaliste, il évoque l\u2019idée déjà émise de forces armées au service de l\u2019ONU, mieux préparées, mieux entraînées, mieux dirigées, qui trancheraient avec la force d\u2019intervention actuelle mise sur pied de façon ad hoc.Mais le problème, il fallait y venir, c\u2019est que l\u2019argent est le nerf de la guerre et que ce qui apparaît comme un désordre du point de vue de la diplomatie est peut-être en fait un ordre du point de vue économique.L\u2019expression «affaires internationales» prend alors un sens particulier.Plusieurs livres sont parus ou à paraître, qui parlent d\u2019économie dans une perspective mondiale.J\u2019y reviendrai aussitôt les Fêtes passées (il faut gaver avant de dégorger).La Terre est bleue comme une grange, disait prémonitoirement Paul Eluard en 1929, 40 ans avant que l\u2019être humain ne s\u2019envoie en l\u2019air pour contempler une planète, la sienne, toute bleutée et légèrement écrasée aux extrémités à la manière d\u2019une orange.Depuis, la Terre est devenue rouge comme un Casque bleu, rouge de honte et parfois de colère.R O B E R T SALE T T I ?LES CASQUES BLEUS Jocelyn Coulon Fides 349 pages Il y a des livres comme cela que l'actualité semble pourchasser.Pour qui suit, même de loin, la scène internationale, le bourbier de l\u2019ex-Yougo-slavie présente des accents que l\u2019on pourrait qualifier de loufoques s\u2019il n\u2019y avait pas tant de vies en jeu et si l\u2019ONU ne constituait pas l\u2019un de nos dernières outils diplomatiques et militaires contre certains nationalismes à tendance totalitaire.Mais cet outil pèse de moins en moins lourd dans l\u2019immense balance des intérêts des grandes puissances.C\u2019est un outil qui donne l\u2019impression de tirer à blanc au milieu d\u2019un combat d\u2019artillerie lourde.Jocelyn Coulon est responsable de l\u2019information internationale au quotidien que vous tenez entre vos mains.Ce n\u2019est pas rien à une époque où ce type d\u2019information est souvent réduit à une portion congrue dans plusieurs journaux, parfois une page ou deux sur une centaine.Les Casques bleus est le premier livre en français, dit-on, basé sur des documents inédits, des interviews (dont une avec le secrétaire général de l\u2019ONU, Boutros Boutros-Ghali) et des enquêtes sur le terrain.Je suis assez mal placé pour juger de la valeur méthodologique de tels ouvrages, n\u2019étant pas, comme plusieurs autres sans doute et au contraire d\u2019un Raymond Lebrun, un passionné des affaires internationales et de leurs rebondissements militaires.Cela dit, les Casques bleus se lit facilement et, si l\u2019on ex- #7 PANTOUTE ROMANS QUÉBÉCOIS 1.CES ENFANÎS D'AILLEURS 2: l'envol des tourterelles, Arlette Cousture -éd.Libre-expression 2.LE POIDS DES OMBRES, Marie Laberge - éd.Boréal 3.\tVA SAVOIR, R.Ducharme - éd.Gallimard 4.UN ANGE CORNU AVEC DES AILES DE TÔLE, M.Tremblay - éd.Leméac/Actes Sud 4P' ESSAIS QUÉBÉCOIS I.RENÉ LÉVESQUE, UN ENFANT DU SIÈCLE, Pierre Godin - éd.Boréal 2.JEAN BÉLIVEAU, UNE ÉPOQUE, UN REGARD, Goyens/Turowetz -éd.Art Global/Libre Expression 3.LA SOUVERAINETÉ RAMPANTE, J.Larose - éd.Boréal 4P' ROMANS ÉTRANGERS L LA VOLEUSE D'HOMMES, M.Atwood - éd.Albin Michel 2.\tPEAU DE LAPIN, N.Kieffer - éd.Seuil 3.\tLA GARENNE, J.Bourin - éd.Julliard 4.\tLE CLIENT, J.Grisham - éd.Robert Laffont 4P' ESSAIS ÉTRANGERS I.DERNIÈRES NOUVELLES DU COSMOS, H.Reeves - éd.Seuil 2.\tLÉGENDE DES COMPORTEMENTS, H.Laboril - éd.Flammarion 3.\tLA SAINTE FOLIE DU COUPLE, P.Salomon - éd.Albin Michel 4P' LIVRE JEUNESSE 1.\tUNE ÉNIGME EN TROIS DIMENSIONS: LE MYSTÈRE DU RUBIS RUSSE, I.Smyth - éd.Seuil 4P' LIVRES PRATIQUES 1.GUIDE DU VIN 1995, M.Phaneuf - éd.de l'Homme 2.LES PINARDISES, Daniel Pinard - éd.Boréal 4P' COUPS DE COEUR I.CHANT D'AMOUR ET DE MORT, R.M.Rilke (illustré par Frédéric Clément) -éd.Casterman (Les Authentiques) 2.\tL'ENFANCE AU MOYEN ÂGE, Riché/Alexandre Bidon - éd.Seuil/Biblio.nat.de France 1100 rue Saint-Jean, Québec (Qc.) GIR 1S5.Téléphone: (418) 694-9748 Télécopieur: (418) 694-0209 Serge Chapleau L\u2019année Chapleau 199Z: mm mm Francine D\u2019Ainour crire comme un Boréal 134 pages- 15.95$ Qui m 'aime me lise Patrick Senécal Marc Lessard Marc Godard Wilshcocqkst ord.19,95 ch.ord.14,95 ch, 15,95 ch, 11,95 ch Venez rencontrer les ««leurs de la série \u201cNoir, le samedi 17 décembre de14hàl6h -tlm »?Champigny 4380 St-Denis, Mtl (514) 844-2587 prix en MVC4 m f Neil Bissoorulath À l\u2019auhe de lendemains précaires Boréal 316 pages- 19.95S Qui m\u2019aime me lise ANDRE CH AST EL L\u2019ART FRANÇAIS TEMPS MODERNES 1430*1620 Flammarion Ci L'ARI FRANÇAIS, TOME II \"' TEMPS MODERNES (1 430-1 620) André Chaste! Flammarion, 1994 335 puges LISE B I S S O N N E TT E LE DEVOIR Le second volume du magistral ouvrage posthume de l\u2019historien français André Chastel, L\u2019Art français (Flammarion, 1994), est dédié aux «centaine d\u2019érudits» qui ont «sauvé de l\u2019oubli» les artisans et artistes qui ont fait la France.Le travail de Chastel, lui-même sauvé de l\u2019oubli par son épouse et ses disciples qui ont reconstitué une réflexion brillante à partir de ses notes, est jus-tement un triomphe de l\u2019érudition qui ne s\u2019excuse pas d\u2019exister.Si la lecture en est néanmoins plus aisée que celle du premier volume, pain l\u2019année dernière à pareille date, c\u2019est que l\u2019époque où entre désormais l\u2019historien, la lin du Moyen Age et la Renaissance, correspond elle-même à une organisation plus soirée et plus identifiable de la société et de l\u2019art qui finira par nous donner la nation française et, bientôt, son Etat Mais avec André Chastel, l\u2019histoire n\u2019est jamais une succession simple.Dans le premier ouvrage, sa lecture des origines de l\u2019art français, de la préhistoire au Moyen Âge, bouleversait les idées reçues sur le croisement des influences et sur les chronologies.Le voyage qu\u2019il propose maintenant à travers la Renaissance n\u2019est surtout pas une marche ordonnée vers le classicisme et les Lumières.Au centre de tout se trouve l\u2019architecture, ce «goût de construire» qui va faire à jamais de la France, durant l\u2019unification du royaume, le lieu du goût tout court.De la fin du Moyen Age \u2014 que Chastel préfère nommer pré-Renaissance \u2014 jusqu\u2019au milieu du seizième siècle, le gothique continue de triompher dans l\u2019enveloppe extérieure des édifices religieux mais les châteaux sont le lieu de l\u2019innovation et de la modernité, avec leurs plans réguliers, leur clarté, leurs symétries, leur façon si ordonnée d\u2019occuper les lieux, «parfait moment d\u2019humanité», décrète Chastel dans ses notes originales.C\u2019est toutefois derrière ou sous l\u2019enveloppe des églises et des grandes demeures que l\u2019art français se déploie désormais dans toute son infinie intelligence et diversité.Dans le détail qui accompagne la vie.Des escaliers aux manteaux de cheminée, des vitraux aux tapisseries, des miniatures aux portraits, les créations des artistes et des artisans ne sont plus des accidents de l\u2019architecture mais bien une mise en scène de la vie en soi, qui célèbre autant les hauts faits militaires ou cérémo-niaux de la naissance du royaume que les galanteries rêvées par une aristocratie et une bourgeoisie aux mœurs plus rudes que ses images.Apparaissent aussi les emblèmes, les symboles, les devises qui s\u2019intégrent à la représentation et qui inventent les codes d\u2019une nation.Il est tout aussi beau à contempler qu\u2019à comprendre, cet art français qui va de 1430 à 1620, dans l\u2019iconographie que proposent les héritiers spirituels d\u2019André Chastel.On s\u2019y affame littéralement devant des détails inédits d\u2019œuvres célèbres ou inconnues, superbement reproduits et photographiés, qui nous rendent la France des puissants à l\u2019époque où elle découvrait notre coin d\u2019Amérique.Intimidante distance de civilisation, qu\u2019il vaut mieux ne pas trop mesurer.Car on n\u2019y peut rien.La France a inventé et possédé le meilleur de ce qui se peut voir, vivre, et aimer.\t Offrez-lui de la tendresse.L E S B E A l Un parfait moment d\u2019humanité roman Ce livre célèbre les humbles triomphes de ceux qui sont perpétuellement sous la menace de leurs émotions, qui ne peuvent compter que sur eux-mèmes et qui trouvent en eux la force de continuer à vivre.nouvelles Ces textes disent sur un ton tantôt grave, tantôt moqueur, la vanité de la création, de l\u2019engagement, les frayeurs de l\u2019enfance ou l\u2019impuissance devant la mort.V R E S - Le pays de toutes les démesures Le cœur de la Baleine bleue de Jacques Poulin Neil Bissoondath V A l\u2019aube de lendemains précaires LES RUSSES LA TRAVERSÉE DU SIÈCLE par Brian Moynaltan Albin Michel éditeur 320 pages, 1994 ROCH CÔTÉ LE DEVOIR Quel autre pays que la Russie pourrait donner au monde un tel livre d\u2019images, rempli de paysans pauvres et de révolutionnaires ardents, de paysages de boue où titubent des ivrognes, d\u2019enfants affamés et de grasses babouchkas, de moines barbus aux yeux brûlants d\u2019une mystique lueur.Les Russes, c\u2019est le titre de ce magnifique album mais c\u2019est surtout l\u2019histoire d\u2019un nom retrouvé.Cet empire qui s\u2019appelle la Russie au début du livre perd vite son son nom dans un immense cataclysme qui allait durer 70 ans et engloutir des millions de vies, pour le retrouver avant la fin du siècle au bout d\u2019une histoire propre à faire dresser les cheveux sur la tête et s\u2019arrêter le cœur de battre, selon l\u2019expression de Pasternak.Le texte de Brian Moynahan défile à travers des images dont certaines sont déjà bien connues mais d\u2019autres que l\u2019on voit pour la première fois avec ravissement ou avec stupeur, c\u2019est selon.Comment ne pas rester saisis devant cette double page où se côtoient la photo d\u2019un banquet de l\u2019aristocratie et celle d une soupe populaire sortie tout droit des scènes les plus misérabilistes de la littérature russe?Comment ne pas trembler devant le regard de Félix Dzerjinski, le fondateur de la police soviétique, que l\u2019on prendrait volontiers pour la ré- incarnation d\u2019un personnage des Possédés?À côté des démons, les visages des grands écrivains nous rappellent que la Russie est le pays de toutes les démesures, tant celle de l\u2019horreur que de la compassion: voyez Tchékhov, Tolstoï, le jeune Nabokov, Maïakovski, Gorki, Pasternak, Akhmatova, êtres de lumière au milieu de grands pans de nuit.«Que cela vous plaise au non, écrit dans sa belle préface le poète Evtouchenko, tous ces visages forment celui de la Russie, pays des écrivains immenses, des savants géniaux, des grands-mères extraordinaires, des premiers cosmonautes, mais aussi du cannibalisme et, aujourd'hui, de la mafia, des racketteurs et des proxénètes.» S\u2019il voyait ces images, Dostoïevski n\u2019hésiterait pas à écrire encore que «la Russie est un pays en bois, pauvre et dangereux».Francine D Autour Ecrire comme un chat ' I, v.n !\u2022: v ni K , I, !\u2022: s s ,\\ m k d i i E T I) I M A N C II E I K I) E \u20ac E M 11 It E I !) ill BEAUX LI V RE S - Les Editions LOGIQUES .Tél.: (SI4) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 Le ' de sui da IXlntern its Editions LOGIQIÆS UarisHorks SIMPLIFIÉ POUR MACINTOSH L>« Édition» IVJV Ajawwfw a «tr.rismr.lp; 16.95$ Internet: le guide de s.survie de l\u2019internaute n; D.J.Sohier\tS1 Adobe Illustrator pour Macintosh Les fonctions de base 18,95$ 95 FileMaker Pro 2 ur Windows et Macintosh Les fonctions de base LOGIQUES ClarisWorks simplifiés J.Pitre\t; 19.95 $ Microsoft Word 5.1 pour Macintosh Les fonctions de base Fonctions intermédiaires 16.95$ ch.HUGO PLUS ILOGID1SQUE Version 8.0c Sous Windows HUGO PLUS 8 H.Manseau, F.Malka H Donnez l'espoir qui fait vivre.Arriver à Venise.VENISE IMPRÉVU Cesare M.Cunaccia et Mark E.Smith Flammarion, 128 pages ROBERT LÉVESQUE LE DEVOIR On l\u2019appelle la Sérénissime à cause de son histoire, quand elle était une République, qu\u2019elle comptait ses Doges et que le théâtre de Goldoni y faisait l\u2019actualité, mais c\u2019est la Célébrissime qu\u2019il faudrait dire, aujourd\u2019hui, tant cette ville, la plus belle du monde, a été célébrée, visitée, décrite, photographiée, filmée, désirée.Rien n\u2019est plus marquant que sa première arrivée à Venise.C\u2019est un éblouissement qui ne se répétera pas aussi purement.On y descend du train court qui vient de vous amener de Mestre à Venise, du continent au bout de la lagune, et c\u2019est généralement le petit matin, vous êtes un peu beaucoup froissé par la longue nuit ferroviaire, et dans mon cas j\u2019avais fait Paris-Venise dans un train yougoslave où dans un compartiment un employé vendait en sous-main des bouteilles d\u2019un cognac apatride fort traître.Vous traversez la gare en un rien de temps, le cœur serré, et soudain devant vous, au pied de longues et larges marches où il y a des flâ- neurs, des vendeurs de bouquets, des miséreux, le voilà, c\u2019est le Grand Canal, c\u2019est Venise, on s\u2019imagine dans la tête une cavatine de Mozart, un léger brouillard clair se lève, vous avez avalé un Fernet Branca au comptoir de la gare et vous prenez votre premier vaporetto pour la place Saint-Marc; il y a à bord des fonctionnaires avec attaché-case et des ménagères avec cabas parmi lesquels vous croyez vous glisser mais vous êtes un extra-terrestre, les yeux éblouis, la gueule incrédule, les narines avides et les oreilles innocentes, vous voyez enfin ce que vous admiriez depuis toujours devant un tableau de Canaletto ou une simple carte postale, et maintenant ça vit, il y a des odeurs de mer, des bniits étouffés, cet étrange calme dont vous savez qu\u2019il naît de l\u2019absence de voitures et de klaxons.Et puis les palais sont pour vous comme les baraques raffinées d\u2019un gigantesque cirque forain d\u2019une beauté indescriptible.Sous le Rialto votre cœur n\u2019est plus à vous; vous avez l\u2019impression de comprendre le théâtre de Goldoni, la musique de Vivaldi, tout cela en une grande respiration.L\u2019autre plaisir vous attend, lorsque vous mettrez le pied au bas de la place Saint-Marc, lorsque vous irez vous perdre dans les ruelles et l\u2019échiquier anarchiste et splendide des placettes de la célébrissime Sérénissime.Si l\u2019on ne va pas à Venise, d\u2019autres moyens sont là pour vous consoler.Le plus récent album sur la ville de Bellini propose un voyage intime dans «Venise imprévu».C\u2019est le circuit intérieur.On nous y ouvre les portes des palais, des cloîtres et des églises les moins exploités par l\u2019industrie du tourisme.Le palais Labia décoré par Tiepolo, la salle de bal du palais Rezzonico, une chambre à coucher du palais Minotto-Barbari-go, la salle à manger du palais Gri-mani, l\u2019entresol du palais Barbari-go.Des splendeurs que l\u2019on ne peut voir à notre premier voyage ni même aux suivants, mais qui dans cet album magnifique ont été photographiées pour vous.s'Sssgaswa fU'-u Flammarion LE PEUT ROBERT DES NOMS PROPRES «WIIHWIIIIIIll.-\"W* ___________I Encore mieux en photos ; MAGNUM CINÉMAS Textes d\u2019Alain Bergala Paris, Cahiers du cinéma, Paris Audiovisuel, 358 p.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Le cinéma, c\u2019est davantage que vingt-quatre images/seconde venues créer l\u2019impression du mouvement.Parfois une pose immobilisée paraît d\u2019autant plus éloquente de traduire pour la postérité du septième art une unique expression figée à jamais: Les regards absents de Marilyn Monroe et d\u2019Arthur Miller à l\u2019heure des Misfits, le même rire agitant François Truffaut et son double Jean-Pierre Léaud, sur le tournage de Les Deux Anglaises et le Continent.Ils s\u2019appelaient Robert Capa, Henri Cartier-Bresson et Georges Rodger, tous grands photographes de guerre et de paix devant l\u2019Eternel.Au milieu des années 40, ils allaient fonder l\u2019agence de photographie Magnum, arrondissant leurs fins de mois avec les images de plateau.C\u2019est Robert Capa bardé de relations prestigieuses et «glamoureuses» qui ouvrit les portes des grands studios aux caméras de ses amis.«Hollywod est le plus grand tas de merde où j\u2019aie jamais marché», dira-t-il pourtant.11 y marcha toutefois.L\u2019agence Magnum nous a livré en j images près de 50 années de tour- I nages et des pans immenses de This- I toire du cinéma.Des centaines de photos viennent I ici témoigner du cinéma des stars, I mais aussi des travailleurs de l\u2019ombre: I les techniciens, voire les cinéastes, car I le public s\u2019intéressait bien davantage à S Marilyn et à Ava Gardner qu\u2019à Jean 1 Renoir ou à Andrej Zulawski.Ce ma- I gnilique album réunit autant des ins- I tantanés qui firent les délices de Time j Magazine et de Look que des inven- I dables: les dessous du plateau, la poé- I sie d\u2019un univers qui marie le faux et le I vrai, comme ce cheval de carton suivant John Wayne.Certaines photographies sont devenues des classiques, telle la dégaine de James Dean, silhouette écrasée sous les buildings, ou la tête d\u2019Orson Welles précédée d\u2019un cigare à la Churchill à l\u2019heure de Falstaff.Les grands de la caméra signent ici de vraies œuvres d\u2019art.Raymond De-pardon, Dennis Stock ont travaillé pour Magnum.Nous nous aventurons à travers le tournage des Misfits.¦ film au destin crépusculaire puisqu\u2019il allait constituer le chant du cygne de deux mythes: Clark Cable et Marilyn Monroe, dont les photographes de Magnum ont capté sans le savoir la détresse de dernière heure.Qfsùur Noël\\ offrez le Nouveau Petit Robert dev no nu propres U'ROBERT DI S NOMS PROPRES qui vous donne accès à l\u2019ensemble du patrimoine mondial, dans un esprit d\u2019ouverture et de modernité.Rédigé par une centaine de spécialistes de toutes disciplines encadré* par la Rédaction de,) Dictionnaires Le Robert, cet ouvrage met à la portée de tous non seulement un exceptionnel volume de connaissance,) mai,) aiutsi, sur les pays, sur les hommes, sur tes idées, sur les oeuvres, des analyses de première main : les faits et l\u2019intelligence des faits.de la Préhistoire à l\u2019actualité la plus récente.DICTIONNAIRES LE ROBERT Toute la richesse de la langue PRIX PROMOTIONNEL 69,95$ Prix courant 84,95$ Disponible en librairie.Un antidote contre les petites misères quotidiennes GRAND ATLAS Larousse/Hammond, 304 pages GILLES ARCHAMBAULT Pour les natures impressionnables, la consultation d\u2019un atlas peut être une rude épreuve.On y est rapidement mis en présence de son ignorance.De la planète où nous séjournons pour quelques décennies, que savons-nous au juste?Des bribes d\u2019aperçus la plupart du temps oubliées dès qu\u2019apprises.Chez Larousse on a adapté pour le lectorat francophone un ouvrage mis en forme par la société américaine Hammond.A l\u2019ampleur des moyens dont disposait l\u2019éditeur original, au sérieux de son entreprise, s\u2019est donc greffée une approche française.Pour autant que je puisse en juger, le mariage est heureux.On consulte les cartes innombrables, on se met à rêver à des destinations qu\u2019on n\u2019atteindra jamais.Quant aux changements qu\u2019impose la politique de plus en plus nerveuse en cette fin de millénaire, ils ne manquent pas de donner le vertige.On ne s\u2019intéresserait pas bien longtemps à cet atlas s\u2019il ne nous proposait pas en même temps de brefs états de la question sur des sujets I aussi préoccupants que l\u2019environne- ¦ ment, les langues et religions, la po-1 pulation, les niveaux de vie, le climat I et la végétation.Il ne s\u2019agit évidem-1 ment pas d\u2019aller plus loin que la simple évocation d\u2019une situation.Peut-être partagera-t-on mon étonnement et mon effroi d\u2019apprendre qu\u2019en l\u2019an 2020 la population mondiale devrait dépasser les huit milliards I cinq cent millions d\u2019habi-1 tants?Saviez-vous qu\u2019il y 1 avait sur terre 1 milliard cinq I cent millions de chrétiens, I un milliard de musulmans et I 700 millions d\u2019hindouistes?8 «Toutefois, précise-t-011, le I nombre des pratiquants réels est I sans doute (surtout chez les chré-1 tiens) inférieur à ces chiffres.» La consultation de cet atlas en I couleurs (et des textes qui l\u2019accom-1 pagnent) me paraît un bon antidote I contre les petites misères quoti-1 diennes.En y mettant un peu du I sien, on a même l\u2019impréssion d\u2019être I partie d\u2019une aventure qui n\u2019a rien de I banal.Ça console.LAROUSSE Grand Atlas ¦ - ;w.-: y- : - \"\"-.,j j; j lAkrtijUU yv H M M M a\\ 6 /A fl* fl* A-V Paul Longpré MALGRÉ TOUT, L'ESPOIR Rencontre avec Bernard Hubert Cet livre permettra de découvrir le point de vue d\u2019un évêque qui garde espoir, malgré tout.Vol.de 328 p.\u2014 24,95$ Robert bebel, éviqn» UNE IDÉE DE DIEU llt\u2019lunnin Jacques Grand'Maison et Solange Lefebvre (dir.) LA PART DES AÎNÉS «Ce n'est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne de vieilles pommes.» Une analyse percutante de ce que les aînés disent d'eux-mêmes, des autres et de la société.Vol.de 364 p.\u2014 24,95$ Marie-Claire Blais UNE SAISON DANS LA VIE D'EMMANUEL Ce roman tient une place à part dans la littérature québécoise.Vol.de 160 p.32,95$ PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL / LITTÉRATURE JEUNESSE 1994 Suzanne Martel UNE BELLE JOURNÉE POUR MOURIR LES MEUBLES PEINTS DU ( ;ANAD/fü'UANÇAISi ïi».iii,ii l\u2019Ol'H LA MAISON fXSi* ILLUSTRATION TIREE DE SA VEURS DU QUÉBEC 5219, chemin de la Côte-des-Neige ^Côte-des-Neiges (514)342-1515 4301, rue Saint-Denis © Mont-Royal (514) 499-3656 5117, avenue du Parc ©Laurier (514) 276-7651\t, 1474, rue Peel ©Peel (514)287-1011\tj C°üp0f# rr \\i (\u2019 K M II II K I» » I L E S B E A l! X L I V I! E S Ar\u2019^r- HISTOIRE DESIGN 1940-1990 HAZAN.50 ans de design vus du pont HISTOIRE DU DESIGN, 1 940 1 990 Raymond Guidot Hazan, 368 pages.SOPHIE GI R ON N A Y Un sens de la synthèse poussé à ce point extrême, ce n\u2019est plus du talent, c\u2019est réellement du grand art.Il faut dire que Raymond Guidot a disposé personnellement de près de quarante ans pour assimiler sa matière.Spécialiste en histoire du design, ingénieur, professeur et organisateur, pour le Centre Pompidou, d\u2019expositions sur le design, il fut aussi designer praticien, notamment chez Roger Talion (le papa du TGV) de 1961 à 1969.Le Français Raymond Guidot est donc à la fois un puits de science et d\u2019expérience.L\u2019ouvrage coûte plutôt cher, et au départ, on se demande pourquoi.Car le livre, de sobre apparence (témoin, la couverture) ne fait pas de nam-mèches.Le texte, par exemple, écrit tout uniment, évite tout espèce de coquetterie.Mais c\u2019est, se rend-on compte à la lecture, parce que son auteur en a trop à dire! Son immense mérite, en effet, est de placer toute l\u2019évolution du design dans son contexte non seulement historique, politique, social, économique, mais également scientifique.On ne vous épargne même pas les découvertes sur les matières plastiques et autres données de haute technologie.Aucun élément susceptible d\u2019avoir influencé le développement du design et de ses multiples formes n\u2019est oublié.Aucune application non plus, car Guidot évoque aussi bien le design industriel et le design d\u2019ameublement que l'architecture ou la mode.Si bien que sa vision, aussi globalisante que compacte, jette des ponts d\u2019une discipline ou d\u2019un courant à l\u2019autre.Des ponts qui sont autant de fusées éclairantes.Les 860 illustrations (au demeurant très bien imprimées) évitent elles aussi le tape-à-l'œil.C\u2019est parce qu\u2019elles sacrifient l\u2019effet facile au contenu, souvent inédit et intéressant.Enfin, l\u2019ouvrage se termine sur 84 biographies et offre en prime un tableau chronologique.Bref, un livre dense et rigoureux, pas tellement à offrir qu\u2019à s\u2019offrir soi-même, pourvu qu\u2019on soit intéressé de près par le sujet.Tout le contraire d\u2019un livre de «table à café».HENRI LABO RI T LA LÉGENDE COMPORTEMENTS FUronwk'ri Marcel Brouillard1 auteur de Félix Lederc L'homme derrière la légende le samedi 17 décembre de 14hà 16h 4380 ST-DENIS,MONTREAL TÉL: 844-2587 MI-ROYAL LAROU! 1W «isrtfcrtrrtM rn-vf vir -m 5219, cjjeiniri de la Côte-des- Neiges__ ®Côte-des-Neiqes (514)342-15151 fitnlt >01, rue Saint LES GRANDS LES GRANDS EVENEMENTS DE LES GRANDS EVENEMENTS DE Mont-Ri MONUMENTS L\u2019HISTOIRE DU MONDE L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ART ayeilue du P ittrier\t___ 276-7651 1474, np *eel 287-1011 LAROUSSE ¦8ga-iiiiiai- imiiimnlwmin uuumiuü \u2022twîwmm BBSB9!BBBBI8I8ÜB |«tl LA DENTELLE LE TISSAGE LE PATCHWORK *«\u2022 raines o mies il ven LE PATCHWORK O.Travis 96 pages Illustre en couleur 29,95 S ¦ sire en plum's toucâs Ce Cfat cd rrr : _ \\tmasU.p WJ.S?(3m a \"55'u jtna PIERRE L O U Y S L'ŒUV-RE ÉROTIQUE S0RTILÈGES La sociobiologie poussée à Textrême L\u2019héritage d\u2019un grand écrivain érotique ment de cette riche multitude «humaine trop humaine» est toujours à rechercher dans les relations complexes et systémiques qui organisent le biologique, le psychologique et le social.En vérité, le médecin accorde énormément d\u2019importance au déterminisme pour ainsi dire «cervical», au cerveau et à ses différentes fonctions (mémorisation, imagination, etc.).Celte logique débouche sur la recherche du fondement physique des comportements, par exemple la présence d\u2019une protéine d\u2019enzyme qui transforme une molécule impliquée dans les servomécanismes.«L\u2019action est toujours motivée par la nécessité de maintenir la structure biologique de l\u2019organisrqe», écrit Henri Laborit.A la toute fin de son ouvrage, il réfère même au «vide quantique» (c\u2019est-à-dire aux particules dites virtuelles de photons \u2014 sans masse \u2014 ou de neutrinos), qui, «peut-être, prend une part dans les comportements».Bref, c\u2019est de la socio-biologie poussée à l\u2019extrême.Le genre de livre idéologiquement teinté que certains esprits (des cerveaux.) formés aux explications des sciences humaines ne pourront avaler que s\u2019il succombent à l\u2019éloge de la cuite, et encore, après plusieurs pintes de houblon.Henri Laborit a peut-être atteint un âge canonique, ça ne l'empêche pas de continuer à déconner aux yeux de tous ceux qui pensent encore que la fonction symbolique et ses conséquences culturelles introduisent une discontinuité radicale dans l\u2019univers, que l\u2019homme est d\u2019abord et avant tout un être de culture dont les comportements ne se comprennent que dans un certain contexte de sens et de significations, nonobstant les particules et autres molécules.Ml M « M O I « I B [ L\u2019H U M A N1TÉ LES GRANDS ÉVÉNEMENTS DE L\u2019HISTOIRE DES FEMMES donnez sang risque Pour savoir où et quand donner du sang, appelez Info-Collecte au 527-1501 + La Société canadienne de la Croix-Rouge Services transfusionnels IA LÉGENDE DES COMPORTEMENTS Henri Ixiborit, Flammarion, 318 pages STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Henri Laborit a maintenant «quatre-vingt piges» \u2014 il est né à Hanoi en 1914.Et comme le héros de Bertrand Poirot Delpech, il ne laisse personne dire que çet âge respectable est «la fin des haricots».A preuve, le célèbre médecin spécialiste du système nerveux vient de publier un nouveau livre pour présenter au grand public ses idées sur l\u2019homme et la société.La Légende des comportements traite des mille et cent façon de se comporter en privé et en public, .( dans les cent et une so-\u2022 piétés humaines.Surtout, , je docte docteur reprend ,- et raffine la perspective \u201e flbiopsychosociologique» !n.qu\u2019il développe depuis les .années quarante et cinquante, et qui a déjà été exposée dans le film Mon u pncle d\u2019Amérique de Alain , , Resnais.> j : L\u2019objectif est de propo-. Jescent, l\u2019inhibition pathologique de l\u2019ouvrier !,\u2022 devant le patron dominateur.Tout y passe, .,avec un texte clair et de magnifiques photos, !, (de l\u2019activité politique aux aventures amoureuses, des relations économiques internatio-, - males aux disciplines artistiques, du dévelop-[ peinent du langage aux comportements suicidaires.Pour M.Laborit, ultimement, le fonde- LAROÜ: ifésE LAROUSSE Québec /Amérique vous invitent à venir ;\t.rencontrer.Marcel Brouillard L\u2019ŒUVRE EROTIQUE Pierre Louÿs.Sortilèges 1994 (Les Belles Lettres et Jean-Jacques Pauvert).Edition établie et présentée par Jean-Paul Goujon PAUL CAUCHON LE DEVOIR Mille quatre vingt-trois pages, bien tassées.Et ce n\u2019est là qu\u2019une partie de l\u2019œuvre érotique laissé par Pierre Imuÿs, poète et écrivain parnassien du tournant du siècle, dont les dictionnaires des œuvres littéraires ne donnent pourtant qu\u2019une demi-douzaine d\u2019œuvres «officielles» \u2014 les plus connues demeurent La Femme et le Pantin et Les Chansons de Bilitis.A sa manière, Louÿs était une soçte de monstre littéraire.A sa mort en 1925, Louÿs aurait laissé 400 kilogrammes de manuscrits (!), éparpillés aux quatre vents, recherchés par les collectionneurs et les amateurs particuliers, certains textes édités plus ou moins confidentiellement au fil des ans.Cette production de Pierre Louÿs s\u2019est échelonnée sur trente ans.On y trouve de tout: poèmes, prose, contes, parodies, théâtre, aphorismes et pensées.Les images précieuses très «fin de siècle» voisinent les dialogues les plus scabreux, et les descriptions provocatrices sont souvent tempérées par un humour gaillard.On a peine à mesurer un tel investissement personnel, suitout à une époque où l\u2019on qualifie d\u2019érotique la moindre bluette parsemée de quelques scènes de copulation, où l\u2019écrivain célèbre risquera son petit essai olé-olé sans craindre la censure, et où les grandes libraiiies vous offrent une section complète de textes érotiques au bénéfice des branchés.Jean-Paul Goujon retrace en préface l\u2019histoire de ces textes, et il pose carrément la question: Pierre Louÿs serait-il le plus grand écrivain érotique de l\u2019histoire, non loin du marquis de Sade?On laissera aux spécialistes le soin de répondre à cette question.Mais il apparaît clair que l\u2019érotisme a représenté pour Louÿs l\u2019histoire de sa vie.Par le nombre de textes, bien sûr, par la variété des genres abordés, par le radicalisme des propos (parmi les thèmes récurrents, Louÿs apparaît obsédé par la sodomie et par l'inceste).Mais il y a plus encore.Pour Louÿs, l\u2019érotisme n\u2019était pas une pulsion subite d\u2019écriture, ni une tentative adolescente de choquer les bourgeois.«Il est entré dans l\u2019érotisme comme d\u2019autres entrent en politique ou en religion», écrit Goujon en préface, ajoutant que «toute l\u2019œuvre érotique de Louÿs ne serait que l\u2019expression de la conviction que le langage parvient à créer ce qu\u2019il représente».L\u2019écriture érotique de Louÿs était structurée, constante, et l'épondait à une nécessité intérieure.Comme s\u2019il avait consciemment décidé d\u2019explorer de façon systématique tout l\u2019univers de la sexualité.Non seulement par l\u2019écriture, d\u2019ailleurs, mais aussi comme collectionneur, puisque Goujon raconte que Louÿs était un grand col-lectionneur de textes érotiques rarissimes de toutes les époques, des conteurs libertins des siècles précédents aux poètes arabes, hindous.Et Louÿs aui\u2018ait également mené cette exploration dans sa propre vie privée.Mais là, on ne parle plus de littérature.Ce cSüJ! El E S B E A 1! X m Sur les rails, sous les étoiles L22 s: V/ A DECOUVREZ LE MONDE KN niNÊHAIRKS OK LÊÜKNUK IMS if fri ¦ril sola; \"hYiUVtT '* - cO*F«i>, ÉïOÏSfcâ Il fut une époque où le livre-cadeau ultime, c\u2019était l\u2019album luxueux consacré au grand peintre.Puis sont venus les albums de photographie, de mode, de voyages.Aujourd\u2019hui, tout est possible: histoire du jouet, histoire des téléséries américaines, histoire des dessous féminins.je connais même une «histoire de la chemise hawaïenne», c\u2019est vous dire.En vrac, quelques exemples de livres-cadeaux récents pour les intérêts plus particuliers.LES PLUS BEAUX VOYAGES EN TRAIN Solar 1994 Original et à faire rêver: cet ouvrage collectif (traduit de textes publiés en 1993 par The Automobile Association), raconte trente circuits ferroviaires célèbres, jugés comme étant les plus intéressants au monde.Ouvrage pratique, puisqu\u2019il livre pour chaque circuit quelques détails techniques nécessaires (coordonnées des compagnies ferroviaires, départs et arrivées, etc.), livre de luxe, avec profusion de photos pour chacun des circuits, mais également reportage touristico-littéraire, avec des textes décrivant l\u2019histoire de chaque circuit, et ce qu\u2019on peut y voir aujourd\u2019hui.Le Transsibérien y est (le plus long circuit au monde, avec 9440 kilomètres), le «Veni-se-Simplon-Orient-Express» aussi, peut-être le plus mythique (l\u2019Orient-Express inspira six films, 19 romans et.un fox-trot).Mais on peut aussi rêver au Glacier Express qui, de Zermatt à Saint-Moritz dans les Alpes suisses, emprunte, sur 290 km, pas moins de 91 tunnels et 291 ponts.On peut aussi rêver au Central péruvien, le plus haut train au monde.On sait que le Canada fut un pays de trains, et deux circuits partiellement ou entièrement canadiens sont signalés: l\u2019Adirondack d\u2019Amtrak, de New York à Montréal, mais surtout le Canadian, qualifié d\u2019un des plus beaux voyages au monde, avec ses 4467 kilomètres entre Toronto et Vancouver.LE COFFRE! AUX ÉTOILES Catherine Tennant, Solar Un petit bijou, même pour ceux qui ne s\u2019adonnent pas à l\u2019astronomie.L\u2019ensemble se présente comme une petite boîte bleue: on soulève le couvercle, on y trouve un livre, mais surtout 32 cartes représentant autant de constellations, reproductions d\u2019images mythologiques du début du XIX' siècle.Le livre en soi est un ouvrage d\u2019astronomie qui explique comment trouver les dites constellations, mais surtout un ouvrage historique sur l\u2019histoire de chacune d\u2019elles, l\u2019auteur retraçant les mythes et légendes qui ont donné naissance au nom de la constellation.Si on connaît bien les constellations identifiées aux douze signes traditionnels du zodiaque, on connaît sûrement moins le Dauphin, le Grand Chien ou encore l\u2019étonnante Machine pneumatique, constellation trouvée en 1763 par un astronome qui, le premier, dressait la carte du ciel austral.Bref, un livre sur la capacité de l\u2019homme à se créer des symboles pour mieux se retrouver dans l\u2019inconnu.tIAKIXjL OPAU-DALi U3 Aï»!?ÇV.9TQJ} ttX'I.Um-\th .' â i I i Le style des années Nigel Cawthorne Hasts COLLECTION SIXTIES.LE STYLE DES ANNEES 60 Nigel Cawthome Éditions Hors Collection Les Presses de la Cité Le même éditeur nous avait auparavant donné les «fifties».Les «seventies» risquent d\u2019être les prochaines sur la liste.Le type même d\u2019ouvrage conçu d\u2019abord pour le baby-boomer nostalgique qui versera une larme sur l\u2019époque où il avait des cheveux, qui lui descendaient d\u2019ailleurs aux épaules.Mais si l\u2019introduction ne consiste qu\u2019en une fastidieuse énumération d\u2019événements marquants, on a ensuite fait un effort pour retracer, en sept chapitres, l\u2019histoire de ce qui caractérise le style d\u2019une époque, style étant pris ici surtout dans le sens visuel: immeubles, vêtements, bijoux, objets, matériaux, design intérieur (avec un septième chapitre un peu fourre-tout consacré au «monde du spectacle» et qui tente de retracer plutôt des tendances culturelles).L\u2019album donne ainsi à voir des exemples plus inédits de ce qu\u2019on a l\u2019habitude de remarquer dans ce type d\u2019ouvrage: l\u2019évolution des armements, par exemple, les emballages publicitaires, ou encore la presse underground dans différents pays.«YS» 15,95$ ch, \u2022 Venez -, rencontrer créateur de E'T le dimanche 18 décembre de14hà16h Champigny 4380 ST-DENIS, MONTREAL TÉL.: 844-5587 ^mi roval\" AIDER LE MONDE MOT À MOT CODE MASSIMO CHARLES G.PHILBY ROMAN ?UNE SEULE LIBRAIRIE LES MEILLEURS PRIX R O B NOUVELLE [£ ROBERT EDITION DES NOMS PROPRES LE PETIT ROBERT 2 ra Prix ord.: 69\u201d$ LE ROBERT LEPET,T ROBERT 1 Prix ord.: W 4795$ LÉ Rr)BE;Rl ip rorfrt / Ju.Wor LE Robert 64'\tJ™0\" ™ Prix ord.: fc.fr 24\u201d$ K ïïT 1895$ Q U E B E C AME R I Q U E LE ROBERT HISTORIQUE Prix ord.: 200\u201d$ 12795$ Marcel Bit FELIX LECLERC L'HOMME DERRIÈRE IA LÉGENDE Prix ord.: 24\u201d$ DICTIONNAIRE DES CITATIONS QUÉBÉCOISES DICTIONNAIRE DES CITATIONS QUÉBÉCOISES Prix ord.: ! 59\u201d$\t¦ $ Lempicka COLLECTION LIVRE D\u2019ART TASCHEN IL Iri ord.: 9\u201d$ COFFRET DALI 2 LIVRES Prix ord.: 119\u201d$ R O U S S E LE PETIT PETIT LAROUSSE LAROUSSE ILLUSTRÉ LE PETIT LAROUSSE 1995 T R i\tPrix ord.:\tPETIT\tGRAND r C __ 1995\t> R M A T \t54\u201d$\tLAROUSSE\t\t \t\tGRAND FORMAT\t\t¦ \t\tPrix ord.: 69\u201d$\t\t¦ 37\u201d$ LAROUSSE LAR01 SSE DES «* DES V VINS \u2022VINS* PriAorf.: 79\u201d$ 53\u201d$ LE 1DEL KxamvwsnjMotci 57\u201d$ LE VISUEL MULTILINGUE Prix ord.: 64\u201d$ mm LA GARANTIE DU MEILLEUR PRIX Si un concurrent annonce un livre à un prix moindre que Le Parchemin nous réduirons ce pri^ de 5°/o le Parchemins- RÉDUCTION SIT* TOUS NOS LIVRES À L\u2019ANNEE Prix en vigueur jusqu'au 24 décembre 1994 À l\u2019intérieur de la station Métro53 Berri-UQAM Tel.: 845-5243 I) Mi I.K I) R V 0 I R .I, R S S A M R D I 17 R T l> I M A N C II R I R R (' R M R It R I II!) I BEAUX L I V RES Lire est un voyage lire est un voyage.Dans les pas de qui trace les lignes d\u2019un univers réel ou imaginaire, qu\u2019il soit ou non complété de photos qui illustrent ou renvoient à d\u2019autres clefs.Si la vie est un songe, les livres en sont les oreillers.l'IlE DE PÂQUES - LA MÉMOIRE RETROUVÉE Pierre Branche (textes) et Yves Gellie (photos) Casterman, 44,95 $.\u2022 Florence Trystram- J| V-;DcTOiympe à la Nasa, ^ \u2022 une histoire des géographes et de la géographie TERRE! TERRE! Florence Trystram, JCLattès NORMAND CAZELAIS Les explorateurs et découvreurs sont mieux connus que les géographes.Certains, tel Samuel de Champlain, furent tout cela, explorateurs, découvreurs et géographes.Dans l\u2019ensemble, les premiers repoussèrent, siècle après siècle, les limites de la terra incognita, s\u2019appuyant en partie sur les données codifiées et cartographies que leur fournissaient les géographes du temps, données elles-mêmes issues des explorations et découvertes antérieures.Qui connaît la vie du grec Hérodote qui remonta le Nil, de Ptolémée dont la vision du monde perdura jusqu\u2019à la Renaissance, de Muhh\u2019ammad Ibn Mûsâ al-Khuwârizmî, considéré comme le premier géographe arabe, de Freidrich Heinrich Alexander von Humboldt, baron de son état qui fit, dans Cosmos, une magistrale synthèse des connaissances de son époque, ou de Paul Vidal de la Blache, né à Pézenas dans le sud de la France le 22 janvier 1845, qui a décrit l\u2019espace français avec une précision d\u2019entomologiste et une ferveur de poète?La géographie est une science mal aimée.Dès les bancs de la petite école, tout un chacun apprend à la hair, à détester ces noms de capitales, ces millions de tonnes de charbon produites ici et des milliards de quintaux de blé ou de riz exportés là.Pendant longtemps fondamentale dans l\u2019éducation dite humaniste, elle a été peu à peu rangée au rayon des disciplines obsolètes, peut-être intéressantes mais pas assez importantes pour s\u2019y attacher longuement.________________ La philosophie, la politique, les mathématiques, l\u2019astronomie, les langues et les arts, l\u2019histoire qui fut presque toujours sa sœur jumelle constituèrent la base de connaissance de tout lettré.La géographie faisait, elle aussi, partie de ce très sélect parnasse.Encore aujourd\u2019hui, toutes, sauf la géographie, font régulièrement l\u2019objet d\u2019analyses historiques, de rétrospectives, d\u2019essais qui expliquent à la façon le sens du monde où nous vivons.Sauf la géographie.Qui connaît l\u2019histoire et la portée de la géographie?Son itinéraire est pourtant passionnant: au début de ce siècle encore, il y avait de grandes taches sombres et inconnues sur les planisphères, en Afrique, aux pôles, en de multiples lieux.Dès les débuts des sociétés, il a fallu dire ce que sont montagnes, plaines et cours d\u2019eau, les identifier et les nommer, les localiser au moyen de coordonnées qui devinrent degrés de longitude et de latitude.Il a fallu écrire la Terre: géo-graphie.À quoi donc sert la géographie?A ennuyer les écoliers, à dessiner des cartes, à faire la guerre comme l\u2019a soutenu avec fracas Paul Lacoste, géographe lui-même et activement iconoclaste?Qu\u2019est-ce que cette géographie?S\u2019apprend-elle consciencieusement dans les livres ou par les pieds comme l\u2019affirmait Raoul Blanchard qui, tout Français qu\u2019il fut, écrivit vraiment la première géographie du Québec?Terre! Terre! de Florence Trystram, dont l\u2019intitulé reprend ce cri de découverte qu\u2019ont dû hurler des générations de huniers à la vue d\u2019horizons tant désirés, fait, comme le souligne son sous-titre, «de l\u2019Olympe à la Nasa, une histoire des géographes et de la géographie».S\u2019il n\u2019a ni le génie ni l\u2019ampleur de vue des Découvreurs de Daniel Boorstin (Robert Laffont, collection Bouquins), l\u2019ouvrage comporte suffisamment de documents iconographiques et de commentaires intéressants pour en justifier l\u2019achat.Ses derniers chapitres, consacrés à l\u2019époque contemporaine, à ses découvertes et à ses interrogations, montrent la géographie et les géographes encore une fois «à la croisée des chemins».«L\u2019étude de la géographie, pour laisser des traces profondes, écrivait Charles Estienne, dans sa (le nom était alors féminin) Guide des chemins de France reveue et augmentée pour la troisiesme fois, doit ressembler à un voyage.Les savants qui l\u2019ont réduite en définitions, en divisions, en sous-divisions, ont rendu sans doute un grand service, puisqu\u2019ils ont mis de la netteté et de l\u2019ordre dans une matière naturellement sujette à confusion.Mais cette méthode a de grands inconvénients: elle surcharge la mémoire sans l\u2019aider; elle commande le travail à l\u2019esprit sans l\u2019encourager.» C\u2019était en 1553.Tempus fugit.Le titre de la collection, L\u2019Esprit des lieux, a levé haut la barre: traduire, en de beaux livres, à la fois la personnalité de certains endroits très particuliers et l\u2019espèce d\u2019aura qui les habite.Ont été publiés jusqu\u2019ici Les Chats de Venise, Prague, Terre maya, Le Jardin de Claude Monet, L\u2019Esprit des Indiens, Au pays de La Fontaine, Istamboul (Le regard de Pierre Loti) et Rajasthan (Carnets d\u2019un voyageur).Il s\u2019agit ici d\u2019une île perdue, comme les Galapagos, au milieu de l\u2019immense Pacifique.Une île qui, comme les Galapagos, représente pour les humains d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019un des derniers trésors à préserver.Mais le trésor en question a subi les avanies du temps (bien des statues mythiques \u2014 les moais \u2014 sont tombées et s\u2019érodent sous les intempéries) et les actions des hommes (les Pascuans ont bien failli disparaître à jamais lors du génocide de 1862 et leurs 2700 survivants vivent difficilement les effets de la civilisation).Les images montrent l\u2019île au présent: les grandes figures de tuf volcanique friable dressées sur une terre presque sans arbre, les travaux archéologiques entrepris pour en remettre certaines en état sur leurs autels de pierre (les ahu), les grappes de touristes qui «découvrent» File, les insulaires qui tentent d\u2019en tirer bénéfice en devenant guides, commerçants, aubergistes.Un livre, malgré lui, nostalgique.LES PROMENADES DE JEAN GIONO Texte de Pierre Magnan, photographies de Daniel Faure Éditions du Chêne, 81,95 $.W.Portrait d\u2019un homme et d\u2019un pays maintenant indissociables, ces textes et ces photos parlent de champs de lavande, des rues de Manosque, des hauteurs du mont Venoux et des entrailles de la Durance.Pierre Magnan, écrivain célèbre mais longtemps inconnu dit avoir découvert sa vocation en suivant Giono, l\u2019homme de Regain et du Hussard sur le toit, le pacifiste qui fut arrêté et interdit de publication durant la guerre.Mais Magnan n\u2019est pas seul dans son voya- NTURES RÉESDÈ IN mmm PEINTURES SACRÉES DE L'INDE Stephen P.Huyler Arthaud Tu n\u2019as pas de forme, mais je te vénère sous ces formes», dit une prière hindoue.Je ne savais rien de cet art.La lecture au fil des pages, qui va de l\u2019Uttar Pradesh au Gujarat, du Tamil Nadu au Rajasthan et ainsi à travers les régions du sous-continent indien, se transforme en lente initiation.D\u2019une photo à l\u2019autre, des femmes de tout âge et de toute condition, sur les trottoirs, sur les murs des maisons, des clôtures et des bâtiments de ferme, dessinent avec de la poudre de riz, de l\u2019ocre dilué dans l\u2019eau, des couleurs végétales, des formes complexes le plus souvent abstraites.Elles perpétuent l\u2019œuvre de la déesse Sita qui, dans le grand poème épique, le Ramayana, peint la forêt de motifs sacrés quand son époux, le dieu Rama, la laisse seule pour chasser la biche magique.Un art intemporel et éphémère car, chaque fois, ces étonnantes peintures disparaîtront sous le soleil ou la pluie.ge: l\u2019accompagnent clichés d\u2019époque, photos de prés et de hameaux débordant de couleurs, toiles de Lucien Jacques qui fut l\u2019ami et le confident.Un livre de respect et de vénération.En complément, une dizaine de pages forment un petit guide touristique détaillant «ce qu\u2019il faut voir» et donnant prix et adresses, distillant aussi quelques citations telle celle-ci à propos du mont d\u2019Or: «Ce beau sein rond est une colline, sa vieille terre ne porte que des vergers sombres.» JERUSALEM Louis Estrangin (textes) et Hervé Champollion (photos) Éditions Ouest-France, 84,95 $.Catholiques, chrétiens orthodoxes de rite arménien, grec ou slave, juifs et mahométans la vénèrent.Et parfois se la disputent.Jérusalem est l\u2019un des grands lieux saints de la planète.J\u2019aime de ce livre son format, la disposition très aérée des pages et les photos lumineuses, sans artifices, attentives aux sentiments des hommes et la pérennité des pierres.Dommage que la pauvreté du texte viennent ternir l\u2019ensemble.Dommage aussi que l\u2019éditeur propose un tel ouvrage d\u2019à peine une centaine de pages à un prix aussi prohibitif.um À L'AUTOMNE 1994, LA LITTÉRATURE CHEZ QUÉBEC/AMÉRIQUE RÉCOLTE LES HONNEURS ittérature LAURÉATE AU PRIX DU SIGNET D'OR : Andrée Dahan pour l'Exil aux portes du paradis FINALISTES AU PRIX MOLSON DE L'ACADÉMIE DES LETTRES DU QUÉBEC : Stéphane Bourguignon pour l'Avaleur de sable François Gravel pour Ostende FINALISTES AU PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL : Hélène Rioux pour Pense à mon rendez-vous Michèle Marineau pour sa traduction de Au-delà des ténèbres LAURÉAT DU PRIX AURORA 1994 : Daniel Sernine pour Chronoreg FINALISTE AU GRAND PRIX DES LECTRICES ET DES LECTEURS DU JOURNAL DE MONTRÉAL : Stéphane Bourguignon pour l\u2019Avaleur de sable eunesse FINALISTES AU PRIX DU SIGNET D'OR : Christiane Duchesne pour La 42e Sœur de Bébcrt François Gravel pour Klonk LAURÉATE : Dominique Demers pour Ils dansent dans la tempête LAURÉAT DU PRIX ALVINE-BÉLISLE 1994 : François Gravel pour Klonk FINALISTE AU PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL 1994 : François Gravel pour Klonk FINALISTES AU PRIX 12/17 BRIVE / MONTRÉAL : Dominique Demers pour Ils dansent dans la tempête Jacques Lazure pour Monsieur n\u2019importe qui Jean Lemieux pour La Cousine des États EN PREMIÈRE PLACE AU PALMARÈS DE LA LIVROMANIE 1993-1994 Dominique Demers pour Les grands sapins ne meurent pas EN SIXIÈME PLACE AU PALMARÈS DE LA LIVROMANIE 1993-1994 : Michèle Marineau pour La route de Chlifa 1 T I O N S QUÉBEC ! AMÉRIQUE DE L'HUMAIN ET DE L'INHUMAIN -LE VOYAGE PHOTOGRAPHIQUE DE GEORGE RODGER Texte de Bruce Bernard Pliaidon En couverture, deux jeunes Ougandaises, serrées l\u2019une contre l\u2019autre, photographiées en 1948, regardent, l\u2019une timide, l\u2019autre frondeuse, l\u2019objectif.Depuis 50 ans, George Rodger, photographe à Life et plus tard de l\u2019agence Magnum, a tout enregistré: le blitzkrieg à Londres, les horreurs des camps de concentration, des lutteurs nouba au sud du Soudan, les messes de minuit à Jérusalem, des enfants d\u2019Haïti sur le chemin de l\u2019école, des beautés balinaises se reposant près de rizières.Un livre grand format, relié pleine toile, lourd, imposant, riche de 300 photos \u2014 toutes en noir et blanc \u2014 parfois insoutenables, parfois fraîches comme un matin.«Certaines de ses images, dit Henri Cartier* Bresson dans sa préface, font partie de notre mémoire collective.Il appartient à la grande tradition des explo-ratreurs-aventuriers.Son œuvre est un témoignage émouvant à travers les temps et les lieux.» 11 PHAIDON MADAME POMMERY -LE GÉNIE ET LE CŒUR Prince Alain de Polignac, Stock Quand Madame Alexandre Louis j Pommery (elle s\u2019appela aussi:, Jeanne-Alexandrine Mélin.) meurt le 18 mars 1890, la maison est un fleuron de Champagne.Pourtant, à son décès 32 ans plus tôt, son mari1 ne lui avait légué qu\u2019une modeste entreprise produisant moins de 30 000 j bouteilles par an.Sur la jaquette du livre, une femme d\u2019un certain âge, très digne, nous fixe avec des yeux qui ont pris du çecul sur la vie.Etrange, n\u2019est-ce pas, que les architectes de certaines sociétés du vin le plus prestigieux du monde \u2014 pensons aussi à Cliquot \u2014 aient été des veuves.A une époque surtout où l\u2019émancipation féminine n\u2019était ni daqs les mœurs ni dans les lois.Ecrit par l\u2019œnologue de la maison (qui tient à son titre de prince, dans une France tout de même républicaine), l\u2019ouvrage ne peut, bien sûr, prétendre à l\u2019objectivité du biographe rigoureux.11 enrichira pourtant la bibliothèque des amateurs de vins qui aiment connaître, au-delà des qualités du précieux liquide, l\u2019univers plus secret des êtres et des terroirs.1995 - DE GRANDS ALLEMANDS ET LEURS VILLES Office de presse et d'information du gouvernement fédéral.Livres singuliers, les agendas marquent le temps.Ces guides des heures qui filent peuvent être d\u2019un ennui et d\u2019une platitude absolus.Ou n\u2019offrir que de belles images sur des propos vides.Pour l\u2019année qui vient, les consulats allemands distribuent un agenda (photos et cartes couleurs, papier 100 % blanchi sans chlore, reliure spiralée, une semaine par page) qui est une espèce d'anthologie de la pensée et de Faction allemandes à travers les villes, grandes ou petites, du pays.On connait la filiation Wagner-Bayreuth.Oppen-heim-Cologne et Dietrich-Berlin, mais celles de la peintre Gabriele Münter avec Mumau.du théologien Niemoller avec I jppstadt.de l\u2019écrivain Herman Hesse avec Calw?Connaissez-vous quelqu'un dans les cercles officiels allemands? Dans le sillage des grands voiliers d'aujourd'hui gpÆ&A, gspm fÿ-f.y.Giancario &hiàv(mi s; .; .-\" \u2019 \\ ' .;, \\ *} ¦ '\t,.y\u2019 ¦ I M A N ES BEAUX I V R E S La vitrine du Père Noël ff» * * j» 'SS iiMB 3 .3* mk \u2022< ** ¦** Wm&Mi mm :.'.______________________ &SfiS5 ©IIëIbi Il .J fiscale (Je 7iourqoina a /ferre ûenieuil ©X-1X02 - THénjm-ur t-M4i n -afcssaf^.Mrntèh 5!^?Tvr^ JÈ .-a -«****&£ T 5/4, mm ÎMM MsV «SUV- |||52»MSpSS»s\u201c*jSj!! ÉlüBwmltitttv smmw* ,- .: \u2022\u2022 :'\u2022\u2022 ' jSpgjT Ailleurs.Au Japon, un entre- H preneur privé a cou-vié les plus grands ar- ;!f chitectes au monde à bâtir un village complet à .Fukuoka.L\u2019Espagne a confié le plan directeur du village olympique de Barcelone au célèbre Bohigas, qui à son tour imposa aux constructeurs les trente architectes primés par les FAAD (équivalent de nos prix d\u2019excellence) des dernières années.En France, de par la loi, tout projet de plus de vingt logements fait l\u2019objet d\u2019un concours (à Bois-Franc, il y en a 8000).Aucune solution n\u2019est parfaite, et Fred Corriveau a raison quand il dit que les architectes et les constructeurs doivent travailler main dans la main.«Mais le pouvoir doit être équilibré», nuance Jacques St-Jean, architecte du projet Le Ménil de la Randonnée à Sainte-Julie, dont je parlerai dans le quatrième et dernier épisode de cette série (après les Fêtes).L\u2019échappée belle Pour voir à quels architectes Bois-Franc a échappé, deux beaux petits livres viennent de sortir.L\u2019un, Architecture Canada, copublié par Méridien et l\u2019Institut royal d\u2019architecture du Canada, est le recueil des projets primés aux prix du Gouverneur général 1994.Le choix excellent des photos met en évidence une production architecturale enthousiasmante et variée (de plus, on y compte beaucoup de Québécois).L\u2019autre ouvrage fait l\u2019analyse en profondeur de Pointe-à-Cal-lière, avec croquis, plans, et surtout une entrevue fouillée avec son créateur Dan Hanganu, où la fine intelligence du monsieur brille de tous ses feux.Où l\u2019on voit comment un vrai bâtiment est le résultat d\u2019une pensée.Ce Pointe-à-Calliè-re est un joli cadeau pour archi en herbe, ou même en blé mûr (Les Editions section B).LE * 7 7\tsur\tj j villes nouvelles au-aessus PHOTO ALAIN LAFOREST A Bombardierland, néo-ville, le sommet du faux-semblant architectural est atteint par le Havre de la Brunante en simili-traditionnel plaqué pierre.Et le kiosque, est-il en faux cuivre ou en plastique véritable?On ne sait plus! La musak de nsramtrJüHHEiissi .Impatienté par des problèmes de finition qui ne se réglaient pas, un résidant affichait, un dimanche: «Je suis très insatisfait de Plexmont» (le constructeur).Une heure plus tard accourut «M.Bombardier» qui convint d\u2019une entente (dixit le résidant) et l\u2019affiche disparut Mais les colonnes de plastique demeurent.PHOTOS ALAIN LAFOREST SOPHIE GIRONNAY Poussée par l\u2019article enthousiaste d\u2019un confrère, dans La Presse du samedi, je me mis en devoir d\u2019aller voir sur place, par un dimanche ensoleillé, ce qu\u2019il en était de la phase 1 de Bois-Franc.Le hasard me conduit d\u2019abord square Gauguin.Devant chaque entrée, des colonnettes en plastique, dont les vis ressortent, font semblant de soutenir un fronton en briques mal jointées, porté par une barre de fer.apparente! Sur l\u2019étroit palier, la base des colonnes et la rampe se disputent l\u2019espace, dans une querelle sans logique.Aux fenêtres on a voulu mettre des appuis de pierre, mais pour que ça coïncide avec les largeurs sans doute non prévues de certaines fenêtres, on a dû raboudiner d\u2019inégaux morceaux.Sur chaque parterre, un nuage d\u2019air chaud \u2014 la sortie de sécheuse \u2014 enveloppe de son souffle mortel un conifère planté par le promoteur.Très vite, dans ce décor de carton-pâte, un curieux malaise me saisit que plusieurs visites subséquentes n\u2019arriveront plus à dissiper.Tout ce qu\u2019on voit à Bois-Franc est en principe le résultat d\u2019un enchaînement concerté de prises de décision.Qui a décidé, qui a formé quoi?Voilà qui est moins clair.Une fois dessiné le plan d\u2019urbanisme (par Lou Sauer, nous l\u2019avons vu), il a fallu en venir à l\u2019architecture.Bombardier se tourna alors vers un architecte en qui l\u2019entreprise avait toute confiance: Roger Desmarais (du méga-bureau Desmarais, Pilon, Cousineau, Yaghjian, St-Jean, Rogers, responsable du Sanctuaire, du carré Pouchkine à Moscou, du siège social de Canadair à Dorval, d\u2019un énorme complexe au mont Tremblant, etc.).Sur le chemin de Damas.Roger Desmarais en trouva, du coup, son chemin de Damas.«Moi, diplômé de McGill, élève de Moshe Safdie, projeté comme un boulet par le canon du modernisme que je pratique depuis 30 ans, je m\u2019aperçois que je faisais fausse route», affirme-t-il.Magazines, traités savants, photos à l\u2019appui, Roger Desmarais démontre comment, afin d\u2019orienter ce projet dont la construction allait s\u2019étaler sur dix à vingt ans, il se mit en quête de valeurs absolues et intemporelles.Comment il faut en revenir aux vertus de l\u2019ornementation, de l\u2019architecture verticale, des proportions classiques, et du vocabulaire local ou vernaculaire.Comment, enfin, selon cette ligne de pensée que ne désavouerait pas un prince Charles, il a rédigé le guide de critères architecturaux qui fait force de loi à Bois-Franc.Parallèlement, Bombardier Immobilier inc.embaucha Edith Germain.Cette petite jeune dame dont l\u2019ex- l'architectur périence combine architecture et urbanisme \u2014 aux permis de la Ville de Brassard notamment \u2014 reçoit et encadre les promoteurs qui achètent à Bombardier un lot de terrain pour y construire.C\u2019est elle qui aide les architectes que ceux-ci engagent à interpréter le guide des critères.«Tant que l\u2019équipe formée par le constructeur et son architecte ne présente pas des plans conformes à nos attentes, nous ne signons pas la vente des terrains», dit-elle.Il y a aussi eu des «focus groups», au cours desquels furent présentés à des acheteurs potentiels d\u2019une part des photos de ce qui s\u2019est construit récemment dans les banlieues de Montréal, et d\u2019autre part des dessins d\u2019ambiance, de style rue Saint-Denis ou Westmount, esquissés par quelqu\u2019un de chez Desmarais.Devinez ce que les gens préférèrent.Enfin, tout au bout de la chaîne décisionnelle, arrivèrent les architectes.Par exemple, des jeunes bien souples et gentils comme Eric Huot, qui jure que «oui, le guide des critères laisse de la place à la créativité» et que «non, le cqdre n\u2019est pas trop rigide, enfin pas plus qu\u2019ailleurs».Eric Huot signera les phases 2 et 4 du Groupe Capital, où il suit un autre collègue.Vingt individus déjà se sont succédé au service des six promoteurs.«Sachant que les architectes sont au chômage à 50 %, les constructeurs négocient dur, très dur», lance Mme Germain.Matante Simone Les choses auraient pu se passer autrement.«Quand le grand patron de Bombardier, Laurent Beaudoin, est venu me trouver au départ, il m\u2019a demandé: \u201cQue devons-nous faire?Oriente-nous, Roger!\u201d», se souvient M.Desmarais.«Devons-nous engager le plus grand architecte au monde?» Que croyez-vous qu\u2019il répondit?«J\u2019ai répondu non», raconte-t-il.«Non, car le projet est trop vaste pour qu\u2019un seul homme apporte assez de variété.» Pourquoi pas, dans ce cas, les dix plus grands architectes au monde ou, à défaut, au Canada?A cela, M.Desmarais évite de me répondre.Car il en a contre ce qu\u2019il appelle les «architectes académiques», ceux qu\u2019on voit toujours dans les revues, ceux qui gagnent des prix.Une ville nouvelle par Frank Gehry, de Portzamparc, et tutti quanti?Non merci! Pas pour Montréal.D\u2019ailleurs, comme le dit Fred Corriveau, président de Bombardier Immobilier inc.: «C\u2019est ben de valeur, mais les maisons qui gagnent des prix, ç\u2019a jamais fait d\u2019argent pis ça n\u2019en fera jamais.Et après tout, c\u2019est le constructeur qui prend le risque de rester pris avec une maison qui ne se vendra pas.» À cela, Mme Germain acquiesce.«Je me demande toujours si une matante Simone achèterait, car nous c\u2019est aux matantes Simone qu\u2019on s\u2019adresse.» Et comme disait si justement l\u2019un des personnages de Robertson Davies dans son dernier roman: «Jamais aucun journal n\u2019a fait faillite en sous-estimant l\u2019intelligence de ses lecteurs.» Au total, Bois-Franc est un assemblage mal intégré, mal digéré, des signes extérieurs d\u2019une architecture d'un autre siècle (frontons, piliers, colonnes) et d\u2019autres coins de Montréal (le Plateau, Westmount, Saint-Henri).On a voulu recréer la variété, la chaleur, l\u2019ambiance des vieux quartiers, toutes ces qualités auxquelles aspire le consommateur d\u2019aujourd\u2019hui (et comme on le comprend!) Mais on a confondu l\u2019esprit et les signes, symboles vides qu\u2019on plaque n\u2019importe comment sur les façades, elles-mêmes sans cohérence aucune avec les espaces intérieurs.Comme si pas un seul architecte contemporain n\u2019était capable de créer, dans un langage de notre époque, quelque chose de chaleureux, de vivant et de réfléchi.Comme si pas une matante Simone, une fois mise au pied de ces murs, n\u2019aurait été capable de sentir la différence.Mais revenons au square Gauguin.Vous croyez que j\u2019accroche injustement sur un détail?Qu\u2019elles ne sont, au fond, qu\u2019une bavure, qu\u2019un dérapage, ces colonnettes en plastique blanc?Moi aussi je l\u2019ai d\u2019abord pensé.Jusqu\u2019à ce qu\u2019Edith Germain m\u2019explique, transportée: «Quand le groupe Sotramont et leur architecte M.Chiniara se sont présentés avec le plan du square Gauguin, on a failli tomber en bas de nos chaises tellement ils étaient allés au-delà de nos espérances.A partir de là, on s\u2019est dit qu\u2019on pouvait se permettre d\u2019exiger au moins aussi bien de la part des autres promoteurs.» La colonne en plastique du square Gauguin n\u2019était donc pas un accident, mais l\u2019emblème de tout Bois-Franc, l\u2019aune à laquelle sera mesurée la tenue architecturale des autres projets, pa;- ceux qui en sont responsables.Donc par Edith Germain.«Bois-Franc, enchaîna-t-elle, c\u2019est une architecture rêveuse, qui crée une ambiance dans laquelle on ne peut pas devenir agressif.» Ce qui me fit penser aussitôt que la seule manière vraiment efficace de me rendre agressive, c\u2019est de m\u2019obliger à fonctionner dans une pièce où on m\u2019imposerait un fond sonore de «musique douce», du genre que l\u2019on fait jouer dans les centres commerciaux, par exemple.Je crois que je finirais par tuer.Eh! bien, Bois-franc, c\u2019est tout à fait ça: c\u2019est la musak de l\u2019architecture.«Nous c\u2019est aux matantes Simone qu\u2019on s\u2019adresse» Rappel: cinquième appel de propositions, projets de recherche appliquée en design L'Institut de Design Montréal (IDM),\tIl s'adresse plus particulièrement a organisme sans but lucratif, a pour principal but de petites et moyennes entreprises situé stimuler la recherche appliquée en design.Il offre principal me de ts de mt dans la grande régior ers.aux\tSont admissibles au pr :t aux projets de recherche en design rel \u2018gré de industriel; à la mode: à l'art l\u2019architecture du paysage: au design ition de graphisme; à la production m et le l\u2019urbanisme.omdu lontréal.mme les Contributions maximales: 50% des coûts admissibles d'un projet, jusqu\u2019à concurrence de KM) (XK) $.Réception des formulaires de proposition: du lundi 5 décembre 1994 au mardi 31 janvier 1995 avant 16 heures.Nouveaux formulaires de proposition et conditions disponibles, la semaine, de 9 heures à IA heures à: l'Institut de Design Montréal.1037, rue Rachel.3e étage.Montréal (Québec) H2J 2J5.Institut de Design Montréal A1C 7827 "]
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